Hollandomanie: Et si l’on donnait à Hollande son prix Nobel tout de suite ? (How long can an exceptional nation ignore the laws of economic gravity?)

Le grand mystère français, c’est comment une nation peut être témoin de ce qui arrive aux pays qui vivent au-dessus de leurs moyens et insister pour continuer à faire de même. La dette publique de la France atteindra 90% cette année contre 59% il y a dix ans.  Elle dépense plus de son PIB en versements sociaux (28.4%) que n’importe quel autre état du monde développé. Elle a un taux d’emploi de 62.8% par rapport à 76.5% pour l’Allemagne ou 82.9% pour la Suisse. Ce genre de statistiques pouvaient encore passer pour ésotériques au temps où avant la crise économique la politique pouvait être l’art de ne pas faire des choix. Aujourd’hui, il faudrait des boules quies, un casque et une burqa pour ne pas voir l’évidence. Les nations, comme les personnes, ne peuvent pas dépenser beaucoup plus que ce qu’elles gagnent ; sinon elles risquent de perdre leur solvabilité et se retrouver sans le sou. La concurrence dans une économie globale est une réalité, pas une option. La richesse ne peut pas être transférée si les transferts détruisent également la richesse. Les riches peuvent toujours prendre leur argent (et leurs paiements d’impôts) ailleurs. L « arbitrage » entre le travail et les loisirs est toujours au bout du compte un choix entre la richesse et la pauvreté. Bret Stephens
On passe de 15 ministres, 4 secrétaires d’Etat et 1 Haut commissaire à 34 ministres et ministres délégués, soit une hausse de 65%. La baisse des salaires de 30% ne peut pas masquer cette réalité: le gouvernement de François Hollande va coûter beaucoup plus cher au contribuable. D’autant qu’aux 14 ministres de plus, il faut ajouter les dizaines de collaborateurs en plus, les moyens de fonctionnement. Jean-François Copé
C’est à peine si Hollande ne marche pas sur l’eau. Tout le monde se pâme devant lui. Moi, je remarque surtout qu’il a maintenu une promesse électorale — retirer les soldats français d’Afghanistan d’ici décembre 2012 — au mépris de l’intérêt national et du respect de la parole donnée par la France à ses alliés. A un moment, il faut savoir passer du statut de président du conseil général de la Corrèze à celui de président de la République. (…)  Par ailleurs, il faudra bien rapatrier notre matériel. Cela va prendre du temps. Des troupes non combattantes, environ 2000 soldats, seront bien obligées de rester après 2012. On voit que cette décision est avant tout un habillage politique que nos militaires sur place vivent très mal. Pierre Lellouche
La croissance, comme disent les Américains, c’est comme la tarte aux pommes et la patrie : tout le monde est pour. Pierre Lellouche
Confronté à une crise sans précédent, François Hollande nous dit aujourd’hui qu’il connaît la recette pour nous en sortir sans douleur, deux doigts (voire quatre ou cinq…) de hausse d’impôts et un zeste de croissance. Qu’il y croie vraiment ou – hypothèse plus probable – qu’il entretienne les Français dans l’illusion le temps d’une élection législative, il ne rend pas service au pays. Plus cet état d’apesanteur économique et sociale durera, plus il sera difficile à François Hollande de faire accepter une politique de rigueur et de diminution substantielle de la dépense publique. Le précédent de 1981 nous apprend que les états de grâce finissent par se payer. Cash. Guillaume Roquette
C’est incontestable, on gaspille beaucoup dans le social. Les prestations finissent par enfermer les populations en difficulté. Ce sont par exemple ces chômeurs qui choisissent des formations rémunérées mais qui n’apporteront rien à leur projet professionnel. On continue ainsi à former des secrétaires alors que tout le monde sait que ce métier est en voie de disparition. Les entreprises, petites ou grandes, n’en embauchent plus. Même les PDG écrivent eux-mêmes leurs mails. Autre exemple bien connu des assistantes sociales, l’allocation de rentrée scolaire versée en septembre permet souvent aux familles de s’équiper d’un écran plat. Pourquoi ne pas verser ces sommes aux écoles, qui achèteraient elles-mêmes livres et fournitures scolaires aux enfants ? On pourrait malheureusement multiplier les exemples de ce type, de dépenses inefficaces ou détournées. Directrice d’un centre d’information sur les droits des femmes et des familles
Quand on se penche sur l’aide réelle aux SDF, on s’aperçoit que 90 % des sommes engagées financent les brancardiers, les brancards, bref les professionnels de l’action sociale. Bel exemple d’inefficacité, où l’argent sert à entretenir la réparation plutôt qu’à faire de la prévention en s’attaquant aux vraies causes de l’exclusion. Il faut aider ceux qui sont à la rue à s’en sortir plutôt que les y maintenir dans des tentes régulièrement renouvelées. Parmi les SDF, 40 % sont issus de la Dass. Ce sont des blessés de la route familiale. Les responsables sont les parents défaillants et non la société, qui doit cependant s’en occuper. Les 60% restant sont souvent des hommes seuls, très peu qualifiés et qui ont rencontré un problème de santé. Un tableau qui conduit à être éjecté du monde du travail et à produire des individus inemployables. Pourquoi, au lieu d’imposer des examens de santé pour entrer à la RATP (par exemple) pour travailler derrière un guichet, on ne réserverait pas justement ces emplois à ces personnes accidentées de la vie, quitte à les faire travailler en binôme ? (…) Face à toutes ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, que fait-on pour retrouver les pères et les contraindre à participer réellement à l’éducation de leurs enfants ? Rien. Alors que celui qui fait un excès de vitesse de 5 kilomètres heure sur l’autoroute est retrouvé dans les dix jours. Récemment, j’ai croisé une femme qui élève seule un enfant, avec 900 euros. Le père de l’enfant est policier et lui verse seulement 90 euros par mois de pension alimentaire. Il serait quand même simple de le retrouver et de le mettre face à ses responsabilités. Mais non, on préfère dire à la mère qu’elle va bénéficier de l’allocation parent isolé. En réalité, les travailleurs sociaux entretiennent une politique de guichet. Parce qu’ils ne savent pas faire autre chose, alors qu’il faudrait accompagner les individus en difficulté dans une dynamique de projet et non les assister. Nos systèmes sociaux sont suffisants pour que ceux qui sont au bas de l’échelle s’en sortent. Le problème vient de ceux qui en profitent de façon abusive. Comme les parents qui touchent des allocations sans même s’assurer que leurs enfants vont à l’école. Ils n’ont pas que des droits, mais aussi un devoir d’éducation. Si les parents ne le remplissent pas, il faut placer les enfants dans des internats, en leur donnant des bourses. Pourquoi n’a-t- on jamais de difficultés avec les enfants d’origine asiatique ? Tout simplement parce que leur éducation est restée stricte, sans déficit d’autorité. La famille remplit son devoir premier, celui d’éduquer les enfants. (…)   L’exemple du RSA et de ses effets pervers est symptomatique. Une fois de plus, l’enfer est pavé de bonnes intentions. La généreuse idée de ce dispositif consistait à dire que celui qui reprenait un emploi rémunéré au smic ne devait plus perdre d’argent en se remettant à travailler, par le jeu des aides qu’il perdait automatiquement. Mais on a construit le dispositif de telle manière que celui qui travaille 26 heures par semaine et touche le RSA bénéficie de plus d’avantages et de revenus que le travailleur, au smic, à plein temps. En voulant inciter les gens à retravailler, on décourage les smicards, avec en plus des dispositifs tellement complexes qu’il a fallu recruter des milliers de personnes et fermer les CAF débordées par les dossiers dignes de notre “modèle soviétique réussi”. (…) Le schéma social français, c’est assurer l’assistance puis ensuite attendre que les individus reviennent vers le monde économique. On s’en sort d’autant moins que les personnes en difficulté sont entre les mains de travailleurs sociaux qui fondamentalement pensent qu’ils ne sont pas là pour panser les plaies du capitalisme. Ce sont des nostalgiques du mur de Berlin. Ils ne sont pas mécontents d’entretenir l’image d’un mauvais système. Il est certes perfectible, mais n’oublions pas que notre espérance de vie a augmenté de quarante-quatre ans depuis 1900 et le revenu par habitant de 50% depuis 1980. (…)  Que voit-on quand on analyse la précarité ? On découvre une première pauvreté, monétaire : tous ceux qui ont moins de 1900 euros par mois, pour une famille avec deux enfants. C’est peu, mais en province, vous avez des familles qui, avec ce niveau de vie, s’en sortent, élèvent bien leurs enfants, partent en vacances en caravane. La deuxième catégorie, ce sont tous ceux qui ont des fins de mois difficiles parce qu’ils dépensent plus que ce qu’ils gagnent. Une catégorie comprenant aussi des personnes à qui il reste deux euros par jour, une fois payés les téléphones portables, les cigarettes et Canal Plus. (…) La France, qui se vantait d’être un modèle soviétique réussi, risque d’échouer. La socialisation de l’économie française a commencé sous Giscard d’Estaing : la dépense publique a augmenté d’un point de PIB par an, durant son septennat. C’était les débuts de la dérive des dépenses, trajectoire dont nous n’avons jamais dévié. Depuis dix ans, la France est le seul pays de la zone euro où le PIB augmente moins vite que le revenu distribué. On a vécu au-dessus de nos moyens en prenant dans la poche de nos enfants. ‘…) On est à un tournant où la France doit arrêter de vivre dans l’illusion, cesser de penser qu’il est possible de travailler moins que les autres, (trois semaines de moins, par habitant, très exactement, que la moyenne communautaire). Avec un coût du travail devenu 10 % supérieur à celui de l’Allemagne, une tendance logique puisque l’on paye les gens trente-neuf heures pour travailler trente-cinq heures. L’Allemagne représente 40 % de notre déficit industriel, elle n’est pourtant pas un pays à bas salaires. Michel Godet

Hausse de la dette publique de quelque 50% en 10 ans (bientôt 90% contre 59% du PIB), record mondial de versements sociaux  (28.4%), augmentation du PIB plus faible que celle du revenu distribué, employabilité de  62.8% contre 76.5% pour l’Allemagne et 82.9% pour la Suisse, temps de travail par habitant de trois semaines de moins que la moyenne communautaire, coût du travail de 10 % supérieur à celui de l’Allemagne

Et si l’on donnait à Hollande son prix Nobel tout de suite ?

A l’heure où, avec l’arrivée précoce du père Noël, nos heureux bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire se préparent à renouveler ou se racheter un écran plat de plus …

Et où, pour un président américain en pleine campagne de réélection ravi, notre Obama blanc à nous (dont, comme pour son prédécesseur et modèle il y a quatre ans, certains en sont à se demander s’il ne marche pas sur l’eau) vient, Allemagne peut-être exceptée, devant nos médias ébahis de nous refaire le coup de  l’apesanteur …

Pendant qu’à la veille d’élections législatives où, pour un pays cinq fois moins peuplé et sept fois moins riche, la France « modeste » aux 267 représentations diplomatiques (contre 261) va, sans compter ses 343 sénateurs (contre 100), se choisir la bagatelle de 577 députés (contre 343) …

Et qu’entre un préposé au « redressement productif » (sic) et une responsable de « l’égalité des territoires » (resic) et derrière l’écran de fumée de la parité parfaite comme de la réduction des salaires, la « présidence modeste » accouche en fait en s’alignant sur le dernier gouvernement Filllon de quatorze ministres de plus que le premier

Sans parler d’un front afghan où on nous refait, comme l’Habilleur politique en chef de la Maison blanche quatre ans plus tôt, le coup de l’Irak (plus de « troupes combattantes » – tout étant bien sûr dans le « combattantes ») ou de Guantanamo (demain on ferme gratis) …

Retour, avec des articles de Valeurs actuelles d’il y a deux ans (!), sur cette merveilleuse exception française que le monde entier nous envie.

A savoir une couverture sociale qui ferait pâlir d’envie nos amis suédois même.

Mais qui, à force d’empilement d’aides et de découragement du travail productif depuis près de 40 ans,  nous rapproche en fait chaque jour un peu plus de ce qu’est devenu le fameux régime crétois …

580 milliards d’euros par an

Dépenses sociales : la grande dérive

Josée Pochat

Valeurs actuelles

15/07/2010

 Le “modèle” social français se fissure : on dépense beaucoup, toujours plus et mal. Cette situation peut-elle durer, à l’heure de la rigueur ?

Cette fois, c’est parti. Le 6 juillet, François Baroin, le ministre du Budget, a annoncé très clairement l’intention du gouvernement de réduire les dépenses sociales.

Rigueur oblige. Bercy évoque, pour commencer, la fin du cumul de l’aide personnalisée au logement, perçue par les étudiants, et de la demi-part fiscale pour enfant à charge, dont bénéficient leurs parents, la suppression des allégements de charges pour les emplois à domicile et de la déduction de l’impôt sur le revenu des intérêts d’un crédit immobilier (aide promise et accordée par Nicolas Sarkozy en 2007, au lendemain de son élection). La France vient de s’engager auprès de Bruxelles à réaliser des économies de 100 milliards d’euros en trois ans, pour réduire ses déficits. Après les promesses de remise en ordre de nos comptes publics, et alors que les pays européens annoncent les uns après les autres des plans de rigueur drastiques, n’était-il pas illusoire d’imaginer que la France, pays champion du monde des dépenses sociales, résoudrait sa propre équation sans douleur ?

« Aides sociales, dépenses de santé, retraites, assurance chômage… la France redistribue chaque année 580 milliards d’euros, souligne Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée.

C’est le prix de ce que l’on nomme l’État-providence. Certes, ces dépenses sont un formidable réducteur d’inégalités, puisque les 20 % de Français les plus pauvres voient leurs revenus augmenter de 50 % grâce à l’aide sociale, mais, dans le même temps, ce niveau de prestation peut étouffer l’emploi », reconnaît – timidement – l’ancien ministre, en soulignant que Jérôme Vignon, le président des Semaines sociales de France, partage cette analyse quand il constate que « la France n’a pas de résultats à la mesure de ses dépenses sociales ». L’économiste Michel Godet aussi, quand il affirme que « notre système de protection est certes nécessaire, mais inefficace et contrecontreproductif ». Même les travailleurs sociaux ne défendent plus le schéma social français : « C’est incontestable, on gaspille beaucoup dans le social, confie une directrice d’un centre d’information sur les droits des femmes et des familles. Les prestations finissent par enfermer les populations en difficulté. Ce sont par exemple ces chômeurs qui choisissent des formations rémunérées mais qui n’apporteront rien à leur projet professionnel. On continue ainsi à former des secrétaires alors que tout le monde sait que ce métier est en voie de disparition. Les entreprises, petites ou grandes, n’en embauchent plus. Même les PDG écrivent eux-mêmes leurs mails. Autre exemple bien connu des assistantes sociales, poursuit-elle, l’allocation de rentrée scolaire versée en septembre permet souvent aux familles de s’équiper d’un écran plat. Pourquoi ne pas verser ces sommes aux écoles, qui achèteraient elles-mêmes livres et fournitures scolaires aux enfants ? On pourrait malheureusement multiplier les exemples de ce type, de dépenses inefficaces ou détournées », regrette-t-elle.

Le constat finit presque par faire l’unanimité : le social, c’est beaucoup d’argent dépensé, mais mal. «Et cette somme de 580 milliards d’euros augmente de 4,5 % chaque année », précise Pierre Méhaignerie. Ce que la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap) appelle « le dérapage incontrôlé », le « toujours plus » de la protection sociale française qui ne résout pas pour autant les problèmes.

La Fondation a analysé cette “exception française”. Selon Eurostat, l’institut statistique de l’Union européenne, les dépenses de notre système redistributif ont augmenté de 24% en euros constants depuis 1997. Avec des dépenses sociales qui dépassent 30% du PIB, la France est le pays européen (et même probablement le pays au monde) où les dépenses sociales sont les plus élevées. Entre 1997 et 2007, les aides accordées sous conditions de ressources se sont envolées : +48% pour les prestations pauvreté et exclusion, +43% pour les aides aux familles (hors allocations familiales), +115 % pour le minimum vieillesse et l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), +32% pour les prestations invalidité… Pour un total qui avoisine les 90 milliards d’euros.

La faute à la gauche ? Une idée reçue. Si on doit à des gouvernements socialistes la CMU, l’APA et la PPE (prime pour l’emploi), la droite n’est pas en reste. Sous les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, on a vu successivement le développement de la CMU, l’augmentation de la PPE et des prestations liées aux jeunes enfants et surtout la création du RSA. Ces prestations sont venues s’ajouter aux aides plus anciennes, comme le minimum vieillesse (1956), les exonérations de taxes locales (1965), les aides aux adultes handicapés (1975), l’allocation spécifique de solidarité (1984), l’allocation de rentrée scolaire (1986), le RMI (1988)…

Problème, note l’Ifrap, « l’empilement des aides auquel les gouvernements successifs ont procédé depuis trente ans devient incompréhensible pour leurs bénéficiaires. Elles ne répondent quasiment jamais aux mêmes conditions, certaines sont forfaitaires, d’autres dégressives en fonction des revenus et les règles de cumul entre elles sont infiniment compliquées ».

«Politiques de droite comme politiques de gauche ont en réalité conduit la France à un niveau de protection sociale monétaire qui ne peut guère connaître de nouveaux développements sans redéfinition des missions sociales publiques », résume la Fondation. Il ne reste plus grand monde pour le contester. Reste à passer à l’acte…

Voir aussi:

Entretien. L’économiste Michel Godet dénonce les mauvaises dépenses de la protection sociale.

Michel Godet : « Assez d’assistanat sans contrepartie »

Josée Pochat

Valeurs actuelles
15/07/2010

La France est le pays champion du monde de la dépense sociale… et de l’insatisfaction. Encore une “exception française”, analysée sans concession par ce professeur au Conservatoire national des arts et métiers.

La dérive de nos dépenses de protection sociale est largement financée par la dette. Cette situation peut-elle durer ?
Méfions-nous de l’amalgame entre déficit public et dépenses sociales. Je ne suis pas sûr que les prestations sociales doivent être montrées du doigt comme source d’économies. En revanche, il est clair qu’il faut les affecter de façon plus efficace. Nous dépensons beaucoup pour la solidarité et c’est normal, mais ces dépenses sont trop souvent inefficaces et c’est anormal.

Quand on se penche sur l’aide réelle aux SDF, on s’aperçoit que 90 % des sommes engagées financent les brancardiers, les brancards, bref les professionnels de l’action sociale. Bel exemple d’inefficacité, où l’argent sert à entretenir la réparation plutôt qu’à faire de la prévention en s’attaquant aux vraies causes de l’exclusion.

Il faut aider ceux qui sont à la rue à s’en sortir plutôt que les y maintenir dans des tentes régulièrement renouvelées.

Parmi les SDF, 40 % sont issus de la Dass. Ce sont des blessés de la route familiale. Les responsables sont les parents défaillants et non la société, qui doit cependant s’en occuper. Les 60% restant sont souvent des hommes seuls, très peu qualifiés et qui ont rencontré un problème de santé. Un tableau qui conduit à être éjecté du monde du travail et à produire des individus inemployables. Pourquoi, au lieu d’imposer des examens de santé pour entrer à la RATP (par exemple) pour travailler derrière un guichet, on ne réserverait pas justement ces emplois à ces personnes accidentées de la vie, quitte à les faire travailler en binôme ?

Comment agir sur les défaillances familiales ?
Face à toutes ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, que fait-on pour retrouver les pères et les contraindre à participer réellement à l’éducation de leurs enfants ? Rien. Alors que celui qui fait un excès de vitesse de 5 kilomètresheure sur l’autoroute est retrouvé dans les dix jours. Récemment, j’ai croisé une femme qui élève seule un enfant, avec 900 euros. Le père de l’enfant est policier et lui verse seulement 90 euros par mois de pension alimentaire. Il serait quand même simple de le retrouver et de le mettre face à ses responsabilités.

Mais non, on préfère dire à la mère qu’elle va bénéficier de l’allocation parent isolé. En réalité, les travailleurs sociaux entretiennent une politique de guichet. Parce qu’ils ne savent pas faire autre chose, alors qu’il faudrait accompagner les individus en difficulté dans une dynamique de projet et non les assister.

Nos systèmes sociaux sont suffisants pour que ceux qui sont au bas de l’échelle s’en sortent. Le problème vient de ceux qui en profitent de façon abusive. Comme les parents qui touchent des allocations sans même s’assurer que leurs enfants vont à l’école. Ils n’ont pas que des droits, mais aussi un devoir d’éducation. Si les parents ne le remplissent pas, il faut placer les enfants dans des internats, en leur donnant des bourses. Pourquoi n’a-t- on jamais de difficultés avec les enfants d’origine asiatique ? Tout simplement parce que leur éducation est restée stricte, sans déficit d’autorité. La famille remplit son devoir premier, celui d’éduquer les enfants.

Je crois qu’il est temps d’être plus interventionniste dans les quartiers sensibles pour en tirer les jeunes qui sont condamnés si on ne les sort pas de leur cité. C’est pour cela que je suis un libéral interventionniste, libéral parce que social. Le marché est dominé par le court terme et la mixité sociale ne se construit pas sans intervention publique. Dans le XVIe arrondissement de Paris, les gens ne s’aperçoivent de rien, partent dans leur maison de campagne le week-end, leurs enfants se fréquentent en circuit fermé dans des rallyes. On est en train de fabriquer une société de ghetto, à la sud-africaine. En Île-de-France, c’est déjà fait.

À l’inverse, l’action sociale est inapte à remettre les gens tombés à terre en selle de façon économiquement viable.

Vous dites que l’on entretient une politique de guichet, signifiez-vous par là que l’on a développé l’assistanat ?
Bien sûr. Les politiques n’ont jamais eu le courage d’accorder une aide en exigeant une contrepartie d’activité. Ce devrait pourtant être une règle d’or : pas de revenu sans contrepartie d’activité. C’est une question de dignité pour les individus et d’efficacité pour la société.

L’exemple du RSA et de ses effets pervers est symptomatique. Une fois de plus, l’enfer est pavé de bonnes intentions. La généreuse idée de ce dispositif consistait à dire que celui qui reprenait un emploi rémunéré au smic ne devait plus perdre d’argent en se remettant à travailler, par le jeu des aides qu’il perdait automatiquement. Mais on a construit le dispositif de telle manière que celui qui travaille 26 heures par semaine et touche le RSA bénéficie de plus d’avantages et de revenus que le travailleur, au smic, à plein temps. En voulant inciter les gens à retravailler, on décourage les smicards, avec en plus des dispositifs tellement complexes qu’il a fallu recruter des milliers de personnes et fermer les CAF débordées par les dossiers dignes de notre “modèle soviétique réussi”.

Comment sortir de cette logique de l’assistanat?
En remettant les individus dans une dynamique de projet. Sur le terrain, il y a une guerre de religion entre ceux qui pensent qu’il faut partir du soutien social par les aides pour accompagner les individus vers l’économique, et ceux qui croient au contraire, comme moi, que l’insertion se fait grâce à l’économique. On s’est rendu compte qu’en confiant à un chômeur la responsabilité, au sein d’une entreprise, de réveiller un projet dormant, on le remet en situation de travail. Même si le projet n’aboutit pas, la personne est redevenue employable, notamment parce qu’elle est sortie de l’assistanat.

On lui a fait ce cadeau de lui dire : « Lève-toi et marche. » La clef est là. C’est la même chose avec le handicap. Dans sa thèse, Bachir Kerroumi, lui même aveugle, a montré que le handicap était une différence à positiver. Quand on embauche un handicapé, la productivité globale du service où il a été placé augmente. Pourquoi ? Parce que tout le monde se met à l’aider et que cela crée du sens et du lien. Il faut redonner des responsabilités aux gens, les mettre en situation. L’insertion est en soi formatrice. Il ne faut pas former les gens pour leur donner un emploi, il faut les insérer pour leur donner une formation qui débouchera sur un emploi. On ne forme pas pour l’emploi, mais par l’emploi. En France, on préfère malheureusement donner aux chômeurs des formations bidon. En maintenant les personnes en difficulté dans l’assistance, on les condamne à y rester.

Nous sommes très éloignés du concept social que vous défendez ?
Le schéma social français, c’est assurer l’assistance puis ensuite attendre que les individus reviennent vers le monde économique. On s’en sort d’autant moins que les personnes en difficulté sont entre les mains de travailleurs sociaux qui fondamentalement pensent qu’ils ne sont pas là pour panser les plaies du capitalisme. Ce sont des nostalgiques du mur de Berlin. Ils ne sont pas mécontents d’entretenir l’image d’un mauvais système. Il est certes perfec – tible, mais n’oublions pas que notre espérance de vie a augmenté de quarante-quatre ans depuis 1900 et le revenu par habitant de 50% depuis 1980. Si les Français qui vivaient au moment de la guerre de 1914 revenaient, ils nous diraient : «Vous pleurez la bouche pleine. » Au lieu d’être conscient de ces avancées, de ce que l’on possède, on est frustré de ce que l’on n’a pas.

Comment expliquer justement qu’en étant le pays qui dépense le plus en redistribution sociale, on ressente un tel sentiment d’insatisfaction ?
Je reprends cette image parlante : « Quand mon voisin s’achète une grosse voiture, mon niveau de vie relatif baisse.» Que voit-on quand on analyse la précarité ? On découvre une première pauvreté, monétaire : tous ceux qui ont moins de 1900 euros par mois, pour une famille avec deux enfants. C’est peu, mais en province, vous avez des familles qui, avec ce niveau de vie, s’en sortent, élèvent bien leurs enfants, partent en vacances en caravane. La deuxième catégorie, ce sont tous ceux qui ont des fins de mois difficiles parce qu’ils dépensent plus que ce qu’ils gagnent. Une catégorie comprenant aussi des personnes à qui il reste deux euros par jour, une fois payés les téléphones portables, les cigarettes et Canal Plus.

La France est le seul pays où depuis vingt ans, la moitié de la population a peur de tomber dans l’exclusion, où les jeunes sont aussi pessimistes face à l’avenir. Non, en réalité, il n’y a pas de raison d’être inquiet pour les jeunes, ils vivront plus longtemps et seront rares et donc convoités par les entreprises, à condition qu’ils aient envie de travailler. On ne leur rend pas service en les assistant. Cette idée saine, de simple bon sens en réalité, n’est pas nouvelle. Sous Jean le Bon, en 1351, on disait que faire l’aumône à un bien-portant était un délit. On distinguait les valides des invalides. Les premiers devaient travailler, les seconds être aidés. On se lamente toujours devant le taux communément admis de 25 % de jeunes au chômage. Ce n’est pas si simple. Il s’agit de la part des 16 à 25 ans qui se présentent sur le marché du travail. On oublie les 60 % de jeunes qui font des études. En réalité, ce sont seulement 10 jeunes sur 100 que nous croisons dans la rue qui sont au chômage.

C’est-à-dire la moitié des 20 % d’une classe d’âge en échec scolaire non employable, faute de “savoirêtre” minimal,

Au fond, vous êtes plutôt optimiste ?
Oui, parce qu’entre un bateau qui coule et un bateau qui flotte, il n’y a pas un grand écart. Ce qui me réjouit, c’est que nous connaissons l’ampleur de nos gaspillages. Nos dépenses publiques (54 % du PIB) sont plus élevées de 6 points que la moyenne de l’Union européenne. Soit 120 milliards d’euros. Le montant des économies réalisables est à la hauteur de nos gaspillages.

On n’arrête pas d’entendre que l’ascenseur social est en panne. C’est encore une bêtise. Si l’ascenseur par les diplômes ne fonctionne plus parce qu’ils sont dévalués, on peut toujours se construire un escalier par ses compétences et ses efforts. Je pourrais raconter dix, vingt, cinquante belles his toires de jeunes ou de moins jeunes qui se sont battus, ont entrepris, en partant d’un projet qu’ils ont défendu, et qui ont réussi.

Comme celle de ce jeune agriculteur de Machecoul, Pascal Beillevaire. Ses parents avaient 60 vaches, ils vendaient du lait caillé au marché. Avec le développement de la grande distribution, l’exploitation était condamnée. Ce jeune a décidé de se battre, il a réfléchi. Il avait la bosse du commerce. Trente ans après, il est devenu producteur et premier affineur français de fromage au lait cru. Il est à la tête de plusieurs dizaines de magasins, dont 18 à Paris.

Nicolas Sarkozy nous promettait la rupture, où la voyez-vous dans nos pratiques sociales et dans l’évolution de la dé pense publique ?J’ai été un déçu du socialisme, je suis maintenant un déçu du sarkozysme. La France, qui se vantait d’être un modèle soviétique réussi, risque d’échouer. La socialisation de l’économie française a commencé sous Giscard d’Estaing : la dépense publique a augmenté d’un point de PIB par an, durant son septennat. C’était les débuts de la dérive des dépenses, trajectoire dont nous n’avons jamais dévié. Depuis dix ans, la France est le seul pays de la zone euro où le PIB augmente moins vite que le revenu distribué. On a vécu au-dessus de nos moyens en prenant dans la poche de nos enfants.

C’est irresponsable. On ne s’est pas rendu compte que l’on était comme la Grèce, anesthésiés par l’euro. Maintenant, on n’a plus le choix, si on ne veut pas être relégués par les Allemands dans les “pays du Club Med”. Ils nous laisseraient l’euro comme un “sous-mark”.

On est à un tournant où la France doit arrêter de vivre dans l’illusion, cesser de penser qu’il est possible de travailler moins que les autres, (trois semaines de moins, par habitant, très exactement, que la moyenne communautaire). Avec un coût du travail devenu 10 % supérieur à celui de l’Allemagne, une tendance logique puisque l’on paye les gens trente-neuf heures pour travailler trente-cinq heures. L’Allemagne représente 40 % de notre déficit industriel, elle n’est pourtant pas un pays à bas salaires.

Demain, il faudra remettre la France au boulot, et dans certains cas, travailler plus pour ne pas gagner moins.

Propos recueillis par Josée Pochat

À lire
Le Courage du bon sens. Pour construire l’avenir autrement, Odile Jacob, 464 pages, 22 €.

Voir encore:

Pierre Lellouche : « C’est à peine si Hollande ne marche pas sur l’eau »

Propos recueillis par Frédéric Gerschel

20.05.2012

Pour Pierre Lellouche, François Hollande devrait «savoir passer du statut de président du conseil général de la Corrèze à celui de président de la République.

Spécialiste des questions franco- américaines, l’ancien ministre de Sarkozy chargé des Affaires européennes critique la décision de François Hollande de retirer les troupes françaises d’Afghanistan fin 2012.

Comment jugez-vous les premiers pas de Hollande sur la scène internationale ?

Pierre Lellouche. En ce moment, nous vivons une phase d’euphorie en France.

C’est à peine si Hollande ne marche pas sur l’eau. Tout le monde se pâme devant lui. Moi, je remarque surtout qu’il a maintenu une promesse électorale — retirer les soldats français d’Afghanistan d’ici décembre 2012 — au mépris de l’intérêt national et du respect de la parole donnée par la France à ses alliés. A un moment, il faut savoir passer du statut de président du conseil général de la Corrèze à celui de président de la République. Sur ce point précis, je constate que ce n’est pas le cas.

En quoi ce retrait anticipé pose-t-il problème ?

Il oblige les Etats-Unis à envoyer une brigade à la place des soldats français qui opéraient en Kapisa, une région clé puisqu’il s’agit d’un verrou entre le Pakistan et Kaboul. Par ailleurs, il faudra bien rapatrier notre matériel. Cela va prendre du temps. Des troupes non combattantes, environ 2000 soldats, seront bien obligées de rester après 2012. On voit que cette décision est avant tout un habillage politique que nos militaires sur place vivent très mal. Car, comme l’a dit Angela Merkel : « Nous sommes entrés ensemble, nous repartons ensemble. » C’est la ligne que François Hollande aurait dû suivre.

Hollande et Obama demandent à Merkel plus de croissance en Europe…

La croissance, comme disent les Américains, c’est comme la tarte aux pommes et la patrie : tout le monde est pour. Eux, ils peuvent imprimer des dollars pour financer la dette énorme du pays et les importations. En Europe, c’est interdit. Si on pense qu’on va sauver l’économie française en embauchant des fonctionnaires, en boostant la demande par l’emprunt, en augmentant les impôts comme le propose Hollande, nous allons à la catastrophe.

Voir de même:

Saint François marchant sur l’eau…

Franz-Olivier Giesbert

Le Point

24/05/2012

Pas encore de fausse note. Jusqu’à présent, François Hollande a fait un zéro faute. Ses premiers pas de président ont été placés sous le signe du professionnalisme, comme s’il s’était préparé depuis longtemps à ce moment : ce fut vrai pour la formation du gouvernement comme pour ses premiers pas à l’étranger. Respect.

Il y a pourtant une ombre au tableau: l’état énamouré de nos chers médias, au comble de la félicité, qui nous rapportent les faits et gestes de François Hollande comme s’il s’agissait d’une épopée du Moyen Age. Ce n’est plus l’état de grâce, c’est l’état de béatitude, j’allais dire de bêtise.

Résumons ce qu’on nous raconte. Saint François marchant sur l’eau, multipliant les pains et terrassant les dragons. La pauvre Angela Merkel n’a qu’à bien se tenir. La preuve, Barack Obama et le monde entier se sont alignés sans discuter sur les positions du président français, leur nouveau maître spirituel. Grâce à lui, ils viennent de redécouvrir les bienfaits de la croissance, qu’ils ont aussitôt décrétée, il suffisait d’y penser.

A en croire ces chers médias, il ne resterait plus qu’à attendre les résultats de l’effet Hollande pour que la zone euro renoue avec la croissance. C’est ce qu’on dit chez nous après chaque élection présidentielle et, avouons-le, on risque d’attendre encore longtemps…

Saint François marchant sur l’eau…

Voir par ailleurs:

As Goes France

Bret Stephens

The Wall Street Journal

April 23, 2012

Even exceptional nations cannot ignore the laws of economic gravity.

The first round of France’s presidential election is getting plenty of attention in the U.S., and it’s easy to see why: It challenges the proposition that a free society, knowing that it stands at the edge of an abyss, will not persuade itself that it has learned to fly.

Political scientists sometimes speak of the concept of the rational voter, which is the idea that each person will typically make an intelligent political choice given his interests and options. In France—where Sunday’s electoral menu consisted of quasi-fascism, quasi-Marxism, soft socialism and the bouillabaisse ideology of a failed and desperate incumbent—the rational choice for voters was to stay home.

Instead, the French came out in huge numbers, 80%-plus, to show their enthusiasm for their preferred recipe for disaster. As expected, Socialist Party challenger François Hollande came out slightly ahead of President Nicolas Sarkozy—27.9% to 26.7%—and the two will now go head-to-head in the May 6 runoff.

So this is the « responsible » choice now before the French. On the one hand, there is a man-child president who will one day serve as a second object lesson in the perils of raising to high office hyperactive but diminutive men. On the other hand, there is his laid-back, congenial challenger, about whom the worst that can be said is that his ideas are crazy. Again, rational French voters should probably stay home. Again, they’ll probably turn out in big numbers.

What is the matter with France?

Like everything in life, national politics always look different from the inside looking out than the outside looking in, and France’s real problems aren’t necessarily what they seem to the rest of the world. The talk of the day is the strong third-place finish of National Front candidate Marine Le Pen, which suggests that fascism, in heels, is again becoming fashionable in Europe.

But every Western democracy has a sizeable (if often submerged) constituency that supports some combination of xenophobia and economic nationalism, and Ms. Le Pen did only slightly better than her father’s second-place, first-round, finish in 2002. France is not slouching toward 1933.

Nor can the French be faulted for wanting to throw Mr. Sarkozy out. Incumbents everywhere in Europe are getting the voters’ boot, and the president’s performance has been particularly disappointing given the pledges he made five years ago to break radically with the stagnation-inducing policies of the previous decades. Mr. Sarkozy, like Barack Obama, committed the original political sin of overpromising and underdelivering.

Still, the mystery of France is how a nation can witness what happens to countries that live beyond their means and yet insist on living beyond its means. France’s debt-to-GDP ratio will rise to 90% this year from 59% a decade ago. It spends more of its GDP on welfare payments (28.4%) than any other state in the developed world. It has an employment rate of 62.8%, as compared to Germany’s 76.5% or Switzerland’s 82.9%.

These sorts of statistics may have been obscure before the economic crisis, when politics could still be the art of not making choices. Today you would need earplugs, a helmet and a burqa for the message not to get through. Nations, like people, cannot spend too much more than they make; otherwise they can lose their creditworthiness and go broke. Competition in a global economy is a reality, not an option. Wealth cannot be transferred if transfers also destroy wealth. Rich people can always take their money (and their tax payments) elsewhere. The « trade-off » between work and leisure is ultimately a choice between wealth and poverty.

Now the French have stared all this in the face and said: Ça n’a rien à voir avec nous. It has nothing to do with us.

No candidate in the contest has suggested the country ought to attract foreign investment or nurture its native entrepreneurs. No candidate seems to think a tax cut—whether on consumers, producers or wage-earners—might be a good idea. Is France capable of nurturing a Steve Jobs or a Mark Zuckerberg? The idea seems to have crossed none of the candidates’ minds.

And how will France get out of its debts? Not through a more productive private sector and a more frugal public one, but in a flood of ever-cheaper currency, courtesy of a pliant ECB. That’s something on which both Mr. Sarkozy and Mr. Hollande firmly agree. Inflation is the windy updraft the falling man often mistakes as a force more powerful than gravity.

The U.S. differs from France in having a much more robust distrust of the state’s power and its claims to wisdom, and an equally powerful faith in the regenerative powers of the free market. Federalism also creates opportunities for policy experiment—on school choice, for instance, or lower taxes—not always available to the French.

Yet Americans should also take note that we aren’t so different from France, either: in our debt-to-GDP ratio, our employment rate, our credit rating. Above all, both in France and in America there’s a belief that, as exceptional nations, we are impervious to the forces that make other nations fall. It’s the conceit that, sooner or later, brings every great nation crashing to earth.

Voir aussi:

 Jerry Brown vs. Chris Christie

More states are realizing that the road to fiscal hell is paved with progressive intentions.

 William McGurn

The Wall Street Journal

May 14, 2012

In his January 2011 inaugural address, California Gov. Jerry Brown declared it a « time to honestly assess our financial condition and make the tough choices. » Plainly the choices weren’t tough enough: Mr. Brown has just announced that he faces a state budget deficit of $16 billion—nearly twice the $9.2 billion he predicted in January. In Sacramento Monday, he coupled a new round of spending cuts with a call for some hefty new tax hikes.

In his own inaugural address back in January 2010, New Jersey Gov. Chris Christie also spoke of making tough choices for the people of his state. For his first full budget, Mr. Christie faced a deficit of $10.7 billion—one-third of projected revenues. Not only did Mr. Christie close that deficit without raising taxes, he is now plumping for a 10% across-the-board tax cut.

It’s not just looks that make Mr. Brown Laurel to Mr. Christie’s Hardy. It’s also their political choices.

When the Obama administration’s Transportation Department called on California to cough up billions for a high-speed bullet train or lose federal dollars, Mr. Brown went along. In sharp contrast, when the feds delivered a similar ultimatum to Mr. Christie over a proposed commuter rail tunnel between New York and New Jersey, he nixed the project, saying his state just couldn’t afford it.

On the « millionaire’s » tax, Mr. Brown says that California desperately needs to approve one if the state is to recover. The one on California’s November ballot kicks in at income of $250,000 and would raise the top rate to 13.3% from 10.3% on incomes above $1 million. Again in sharp contrast, when New Jersey Democrats attempted to embarrass Mr. Christie by sending a millionaire’s tax to his desk, he called their bluff and promptly vetoed it.

On public-employee unions, Mr. Brown can talk a good game—at Monday’s press conference, he announced a 5% pay cut for state workers, and he has proposed pension reform. Yet for all his pull with unions (the last time he was governor, he gave California’s public-sector unions collective-bargaining rights), Gov. Brown, a Democrat, has not been able to accomplish what Republican Gov. Christie has: persuade a Democratic legislature to require government workers to kick in more for their health care and pensions.

Now, no one will confuse New Jersey with free-market Hong Kong. Still, because the challenges facing the Golden and Garden States are so similar, the different paths taken by their respective governors are all the more striking. And these two men are by no means alone.

Our states today are conducting a profound and contentious rethink about the right level of taxes, spending and government. Most obvious is the battle for Wisconsin. There Republican Gov. Scott Walker finds himself pitted against public-sector unions that successfully forced a recall election for June 5 after the legislature adopted the governor’s package of labor reforms last spring.

Amid the turmoil—Democratic legislators fled the state to prevent a vote, while union-backed protesters occupied the Capitol—Mr. Walker looked weakened. Now he has taken the lead in polls. More than that, voters have taken the lesson: A recent Marquette University Law School poll showed only 12% of Wisconsin voters listing « restoring collective bargaining rights for public employees » as their priority.

Indeed, the American Midwest today is home to some of the biggest experiments in government. Republicans now hold both the governorships and the legislatures in Michigan, Indiana and Ohio, and in Wisconsin they control all but the Senate. In each they are pushing for smaller, more accountable government. The outlier is Illinois, where Democratic Gov. Pat Quinn and his Democratic legislature pushed through a tax increase on their heavily indebted state.

Now ask yourself this. Can anyone look at Illinois and say to himself: I have seen the future and it works?

Indiana’s Mitch Daniels, a Republican, is probably the only governor who can truly claim to have turned around a failing state. That may change if we get eight years of Mr. Christie in New Jersey. Louisiana’s Bobby Jindal, also a Republican, may be another challenger for the title, having just succeeded in pushing through arguably the most far-reaching reform of any state public-school system in America.

Hard economic times bring their own lessons. Though few have been spared the ravages of the last recession and the sluggish recovery, those in states where taxes are light, government lives within its means, and the climate is friendly to investment have learned the value of the arrangement they have. They are not likely to give it up.

Meanwhile, leaders in some struggling states have taken notice. They know the road to fiscal hell is paved with progressive intentions. The question regarding the sensible ones is whether they have the will and wherewithal to impose the reforms they know their states need on the interest groups whose political and economic clout is so closely tied with the public purse.

Mr. Brown’s remarks Monday suggest the answer to this question is no.

 Voir enfin:

One Response to Hollandomanie: Et si l’on donnait à Hollande son prix Nobel tout de suite ? (How long can an exceptional nation ignore the laws of economic gravity?)

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