Antisémitisme: Ne pas désespérer Montfermeil (I’m a semite, how could I be an antisemite?)

Judios go home! (Venezuelan graffiti, Feb. 2009)
What freedom looks like at night (Mideast)
J’ai dit: “Je brûlerai tous les livres israéliens moi-même, si jamais j’en trouvais un seul” ; c’était une hyperbole, une manière un peu populaire de dire qu’il n’y en a pas. Je suis sémite, comment serais-je antisémite? Farouk Hosni (ministre de la Culture égyptien)
Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil. Pierre Jourde

Comment peut-on être « immigré, victime, et antisémite »?

A l’heure où, après la direction de la Commission des droits humains et de la Conférence sur le racisme attribuée aux parangons de vertu démocratique libyen, iranien et cubain, l’ONU s’apprête à offrir la présidence de l’UNESCO à un ministre de la Culture égyptien conspué dans son propre pays pour cause d’antisémitisme trop tiède …

Retour sur un texte de décembre 2008 de l’universitaire et écrivain Pierre Jourde qui circule actuellement sur le net sous le titre « Les Palestiniens sont victimes d’une injustice inacceptable ».

Et qui a le mérite, avec la cinglante ironie qu’on lui connait, de remettre un certain nombre de pendules à l’heure.

Notamment sur la magie de l’antiracisme moderne qui, « grâce à la bonne fée Israël, évite à nos chères têtes blondes des banlieues et à leurs divers portes-voix de « s’interroger sur leurs propres insuffisances », « transformant ainsi une vieille crapulerie raciste en militantisme de damnés de la terre ».

Et surtout sur « le scandale d’une poignée de Juifs qui transforme un désert en pays prospère et démocratique, au milieu d’un océan de dictatures arabes sanglantes, de misère, d’islamisme et de corruption »!

Morceaux choisis:

Cent chrétiens lynchés au Pakistan valent moins, médiatiquement parlant, qu’un mort palestinien. Pourquoi l’injustice commise envers les Palestiniens reçoit-elle vingt fois plus d’écho que celle faite aux Tibétains, aux Tamouls, aux chrétiens du Soudan, aux Indiens du Guatemala, aux Touaregs du Niger, aux Noirs de Mauritanie ? Y a-t-il plus de gens concernés, plus de sang versé, une culture plus menacée dans son existence ? En fait, ce serait plutôt l’inverse. Que la Papouasie soit envahie par des colons musulmans qui massacrent les Papous et trouvent, en plus, inacceptable de voir les rescapés manger du cochon, voilà qui ne risque pas de remporter un franc succès à Mantes la Jolie.

Que des sales Nègres, considérés et nommés comme tels, soient exterminés par des milices arabes au Darfour, les femmes enceintes éventrées, les bébés massacrés, voilà qui ne soulève pas la colère des jeunes des cités. Et c’est dommage : si l’on accorde des circonstances atténuantes à un jeune Français d’origine maghrébine qui s’en prend à un Juif à cause de la Palestine, alors il serait tout aussi logique de trouver excellent que tous les Maliens, Sénégalais ou Ivoiriens d’origine s’en prennent aux Algériens et aux Tunisiens. Voilà qui mettrait vraiment de l’ambiance dans nos banlieues. Le racisme franchement assumé des Saoudiens ou des Emiratis envers les Noirs, les Indiens ou les Philippins, traités comme des esclaves, ne soulève pas la vindicte de la tribu Ka, ni des Noirs de France. La responsabilité directe des Africains dans la traite des Noirs n’induit pas des pogroms de guinéens par les Antillais.

Ne leur dites pas que, du point de vue des libertés, de la démocratie et des droits de l’homme, non seulement il vaut mille fois mieux être arabe en Israël que juif dans un pays arabe, mais sans doute même vaut-il mieux être arabe en Israël qu’arabe dans un pays arabe. Ne leur dites pas qu’Alain Soral, du Front national, qu’ils détestent tant, est allé manifester son soutien au Hezbollah, qu’ils admirent si fort.

Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil.

Il ne faut pas désespérer Montfermeil
Nos anti-feujs de banlieue seraient-ils de banals antisémites ?
Pierre Jourde
Causeur
12 décembre 2008

Pierre Jourde est romancier (« Paradis noir » sortira chez Gallimard en février), essayiste (« Littérature monstre » vient de paraître) critique littéraire (« La littérature sans estomac ») et professeur à l’université de Grenoble III, du moins tant que quelque chose comme l’université existe encore, ça ne devrait pas durer.

L’antisémitisme nouveau est arrivé. Il remporte un certain succès parmi ce que les journalistes appellent, à leur manière pateline, les jeunes des quartiers, c’est-à-dire, en gros, parmi des adolescents issus de l’immigration africaine. Evidemment, le phénomène gêne un peu. Pour le prêt-à-penser de gauche, il était plus facile d’envisager le bon vieil antisémitisme à la Drumont, que l’on pouvait tranquillement imputer au seul Français de souche. Comment ? immigré, victime, et antisémite ? Ça n’existe pas, ce n’est pas possible. Ou alors, il y a des excuses. Cette excuse est toute trouvée : elle s’appelle Israël. Tout va bien : l’antisémitisme n’est plus de l’antisémitisme, c’est de l’antisionisme. Et comme le sionisme, depuis 1975, est assimilé au racisme, être antisioniste, c’est être antiraciste.

Les jeunes d’origine maghrébine ne font après tout qu’exprimer leur solidarité avec les frères palestiniens opprimés. Entre victimes de l’injustice et du néocolonialisme, il faut bien s’entraider. De même, les jeunes gens originaires d’Afrique noire ne s’attaquent aux Juifs que parce que ceux-ci incarnent à leurs yeux l’esclavagisme, selon la pertinente analyse historique de la tribu Ka et de Dieudonné. Merci, bonne fée Israël. Grâce à ta baguette magique, tu transformes une vieille crapulerie raciste en militantisme de damnés de la terre. Que ferions-nous sans toi ?

Les Palestiniens sont victimes d’une injustice inacceptable. Soit. Depuis soixante ans, sans relâche, les médias du monde entier se focalisent sur ce conflit. On se dit tout de même que la rentabilité injustice/information est très faible, si l’on ne considère que le rapport entre le nombre de morts et la quantité de papiers et d’images déversés sur le monde en général, et les masses arabes en particulier. Même rentabilité faible si l’on prend en compte la quantité de personnes concernées, importante certes, mais moins qu’en d’autres lieux de la planète. Quant aux atrocités commises, n’en parlons pas, une plaisanterie.

Au nombre de morts, de réfugiés, d’horreurs, il y a beaucoup mieux, un peu partout. Remarquons, à titre d’apéritif, qu’avec la meilleure volonté du monde, Tsahal aura du mal à exterminer autant de Palestiniens que l’ont fait, sans états d’âmes, les régimes arabes de la région, notamment la Syrie, le Liban et la Jordanie, qui n’en veulent pas, eux non plus, des Palestiniens, et qui ont peu de scrupules humanitaires lorsqu’il s’agit de s’en débarrasser. Mais Israël est un coupable idéal, non seulement dans nos banlieues, mais en Europe en général. Nous le chargeons de toute notre mauvaise conscience d’anciens colonisateurs. Une poignée de Juifs qui transforme un désert en pays prospère et démocratique, au milieu d’un océan de dictatures arabes sanglantes, de misère, d’islamisme et de corruption, voilà un scandale. Il faut donc bien que cela soit intrinsèquement coupable, sinon où serait la justice ? L’injustice est avant tout israélienne. Ce n’est même pas un fait, c’est une métaphysique.

Cent chrétiens lynchés au Pakistan valent moins, médiatiquement parlant, qu’un mort palestinien. Pourquoi l’injustice commise envers les Palestiniens reçoit-elle vingt fois plus d’écho que celle faite aux Tibétains, aux Tamouls, aux chrétiens du Soudan, aux Indiens du Guatemala, aux Touaregs du Niger, aux Noirs de Mauritanie ? Y a-t-il plus de gens concernés, plus de sang versé, une culture plus menacée dans son existence ? En fait, ce serait plutôt l’inverse. Que la Papouasie soit envahie par des colons musulmans qui massacrent les Papous et trouvent, en plus, inacceptable de voir les rescapés manger du cochon, voilà qui ne risque pas de remporter un franc succès à Mantes la Jolie. Que des sales Nègres, considérés et nommés comme tels, soient exterminés par des milices arabes au Darfour, les femmes enceintes éventrées, les bébés massacrés, voilà qui ne soulève pas la colère des jeunes des cités. Et c’est dommage : si l’on accorde des circonstances atténuantes à un jeune Français d’origine maghrébine qui s’en prend à un Juif à cause de la Palestine, alors il serait tout aussi logique de trouver excellent que tous les Maliens, Sénégalais ou Ivoiriens d’origine s’en prennent aux Algériens et aux Tunisiens. Voilà qui mettrait vraiment de l’ambiance dans nos banlieues. Le racisme franchement assumé des Saoudiens ou des Emiratis envers les Noirs, les Indiens ou les Philippins, traités comme des esclaves, ne soulève pas la vindicte de la tribu Ka, ni des Noirs de France. La responsabilité directe des Africains dans la traite des Noirs n’induit pas des pogroms de guinéens par les Antillais. Pourquoi seulement Israël ? A moins que la haine d’Israël ne soit que le paravent du bon vieil antisémitisme ; mais non, cela n’est pas possible, bien entendu.

Israël, 20.000 km2, 7 millions d’habitants, dont 5 millions de Juifs, est responsable du malheur des Arabes, de tous les Arabes, qu’ils soient égyptiens, saoudiens ou français. Israël est l’Injustice même. En le rayant de la face du globe, en massacrant les Juifs, on effacerait l’injustice. C’est bon, de se sentir animé par une juste colère. C’est bon, d’éprouver la joie de frapper et de persécuter pour une juste cause. Voilà pourquoi il ne faut pas dire aux “jeunes des cités” que les deux millions d’Arabes israéliens ont le droit de vote, élisent leurs députés librement. Ne leur dites pas qu’Israël soutient financièrement la Palestine. Ne leur dites pas que des milliers de Palestiniens vont se faire soigner dans les hôpitaux israéliens. Ne leur dites pas que l’université hébraïque de Jérusalem est pleine de jeunes musulmanes voilées. Ne leur demandez pas où sont passés les milliers de Juifs d’Alexandrie. Il en reste trente aujourd’hui. Ne leur demandez ce qu’il est advenu de tous les Juifs des pays arabes. Ne leur demandez pas s’ils ont le droit au retour, eux aussi. Ne leur demandez pas quelle est la société la plus “métissée”, Israël ou la Syrie. Ne leur dites pas que, s’il y a de nombreux pro-palestiniens en Israël, on attend toujours de voir les pro-israéliens dans les pays arabes. Ne leur dites pas que le négationnisme ou l’admiration pour Hitler ne sont pas rares dans les pays arabes ; que, lorsqu’il s’est agi d’illustrer les différentes cultures par leurs grands textes, la bibliothèque d’Alexandrie a choisi d’exposer, pour le judaïsme, le Protocole des Sages de Sion ; que ce faux antisémite est largement diffusé dans les pays arabes. Ne leur dites pas que, du point de vue des libertés, de la démocratie et des droits de l’homme, non seulement il vaut mille fois mieux être arabe en Israël que juif dans un pays arabe, mais sans doute même vaut-il mieux être arabe en Israël qu’arabe dans un pays arabe. Ne leur dites pas qu’Alain Soral, du Front national, qu’ils détestent tant, est allé manifester son soutien au Hezbollah, qu’ils admirent si fort.

Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil.

Mais après tout, on peut tout de même essayer de leur dire tout cela sans trop de risque. Ils traiteront l’informateur de menteur, d’agent du Mossad, de représentant du lobby sioniste ou de raciste. Ils auront raison. Pourquoi se défaire de la commode figure du Croquemitaine responsable de toute la misère du monde ? Elle évite de s’interroger sur ses propres insuffisances.

http://www.lesechos.fr/depeches/culture-art-de-vivre/afp_00178959-unesco-le-candidat-egyptien-a-la-direction-generale-dans-les-feux-de-la-controverse.htm

Unesco: le candidat égyptien à la direction générale dans les feux de la controverse
Les Echos/AFP
Christophe de ROQUEFEUIL
01/09/09

Le ministre de la Culture égyptien, Farouk Hosni, défend sa candidature controversée à la tête de l’Unesco en bataillant contre les accusations d’antisémitisme qui pèsent sur sa campagne à l’étranger, et les attaques, à domicile, le jugeant trop conciliant envers Israël.

Cette candidature « repose sur une philosophie de base: la réconciliation entre les peuples », assure le ministre dans un entretien à l’AFP.

Pas favorable en tant que ministre à une normalisation complète entre son pays et l’Etat hébreu sans paix signée avec les Palestiniens, il affirme toutefois que s’il dirige l’Unesco il fera de cette instance « un lieu de rapprochement pour toute la région, sans exception ».

M. Hosni doit se rendre à partir de jeudi à Paris pour soutenir sa candidature devant les 58 membres du Conseil exécutif de l’Organisation des Nations unies pour la Culture, qui se réunissent du 7 au 23 septembre pour choisir le futur directeur général parmi une dizaine de candidats.

Des prises de position anti-israéliennes de M. Hosni ont provoqué un malaise dans de nombreuses chancelleries, surtout après qu’il eut affirmé en 2008 qu’il « brûlerait lui-même » les livres israéliens qu’il trouverait dans les bibliothèques égyptiennes.

Des personnalités juives, comme le prix Nobel de la Paix Elie Wiesel ou l’écrivain Bernard-Henri Levy, se sont indignées de sa possible accession à la tête de l’Unesco, en soulignant qu’il n’en était pas à sa première déclaration « nauséabonde ».

Un récent article dans la prestigieuse revue américaine Foreign Policy jugeait cette candidature « scandaleuse », et accusait M. Hosni de faire écho à une « judéophobie rampante » dans les milieux intellectuels de son pays.

M. Hosni, qui a déjà affirmé dans le journal Le Monde « regretter » ses propos sur les livres israéliens, s’efforce toujours de calmer le jeu.

« C’était dans le cadre d’une dispute avec un fondamentaliste islamiste dans les couloirs du Parlement. J’ai dit ça comme on aurait dit +Go to hell, va au diable+. Dans le monde entier on dit des choses comme ça. C’est une phrase sortie de son contexte », assure-t-il.

« Si j’étais antisémite, pourquoi aurais-je engagé la restauration des synagogues du pays depuis 1998? », plaide-t-il. Et de promettre que s’il dirige l’Unesco, aller en Israël ne lui posera « aucun problème ».

Mais les propos apaisants de M. Hosni, à la tête du ministère de la Culture depuis 22 ans, lui valent en retour du fil à retordre en Egypte, où certains l’accusent de ménager Israël –qui a fait savoir qu’il ne s’opposerait pas à sa candidature– afin de conserver ses chances pour l’Unesco.

« Je suis très fâché contre lui. Le fait qu’il s’excuse de cette manière me blesse », affirme le poète égyptien Abderrahmane al-Abnoudi dans la revue pro-gouvernementale Al-Moussawwer.

Déjà l’an dernier 26 intellectuels égyptiens avaient dénoncé « une soumission humiliante aux exactions israéliennes pour un profit personnel », après qu’il eut accordé un entretien à un quotidien israélien.

M. Hosni répond qu’en tant que ministre, il reste opposé à ce stade à la normalisation totale avec Israël malgré la paix conclue avec l’Egypte en 1979. « La normalisation viendra en son temps, mais pas maintenant. Quand la paix sera établie (avec les Palestiniens), je serai le premier à normaliser », affirme-t-il.

Malgré ce climat polémique, M. Hosni estime à ce jour avoir l’appui de 32 pays sur les 58 membres du Conseil exécutif, la plupart des autres étant encore indécis. Prudent, il souligne toutefois que « dans toute élection, il faut rester méfiant jusqu’au bout ».

Un commentaire pour Antisémitisme: Ne pas désespérer Montfermeil (I’m a semite, how could I be an antisemite?)

  1. […] Retour, en cette rentrée où des centaines de nouveaux livres (659!) se disputent les prix littéraires (à quand les 2000 prix littéraires pour la seule âtrie des frère Goncourt?) comme notre attention (ou plutôt nos porte-monnaies!), sur un entretien de décembre 2008 de l’universitaire écrivain Pierre Jourde. […]

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