Economie: La face cachée du modèle français (Vive la différence, but for how long and at what cost?)

Sarkozy (The Economist)Les points forts qui donnent plus de résistance à l’Europe continentale en temps de récession, pourraient se transformer en faiblesses dans le rebond. Car il y a un prix à payer pour plus de sécurité et plus de protection de l’emploi : moins de souplesse et d’innovation qui signifient, à plus long terme, moins de croissance. (…) Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pourraient sortir de la récession plus vite que la majeure partie de l’Europe continentale. The Economist

Douce ironie, vue d’outre-Manche, d’un étatiste aussi incorrigible que Sarkozy perçu en France comme le plus sauvage des hyper-libéraux!

Recul du PIB de 3 % contre 4,1 % en Grande-Bretagne, 4,4 % en Italie et 5,6 % en Allemagne (car dépendant moins des exportations, augmentation de la consommation des ménages (grâce aux primes de l’Etat ?), déficit de 6,2 % du PIB contre 13,6 % pour les Etats-Unis et 9,8 % pour la Grande-Bretagne, forte épargne et faible endettement des ménages (inférieur de moitié à celui de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis), salaires des patrons qui n’ont rien d’extravagant et inégalités plus faibles qu’en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, 21 % de tous les employés dans le secteur public, 49 % des actifs ou retraités que modérément vulnérables à la récession, couverture maladie universelle tout en préservant la relative bonne santé de la population pour un coût par personne moitié moindre qu’outre-Atlantique et avec des délais d’attente pour accéder aux soins moins longs qu’en Grande-Bretagne, planification à long terme des infrastructures publiques (TGV, RER), écoles d’ingénieurs, de commerce et d’administration publique de stature mondiale, obsession de la réglementation (nombre d’officines que peut posséder un pharmacien, taxis de Paris, jours où les camions peuvent parcourir les routes de France, périodicité des soldes (deux fois par an, aux dates fixées par les autorités), grandes banques mieux sorties de la crise que leurs homologues britanniques ou américaines, prêts avec bien plus de prudence, dette hypothécaire que 35 % du PIB contre 48% pour l’Allemagne, 78% pour le Royaume-Uni, 75 % pour l’Irlande et 62 % pour l’Espagne …

Intéressante traduction, dans Courrier international et après les récents éloges d’une certaine presse américaine, d’un article à première vue très favorable sur l’économie française de l’hebdomadaire britannique The Economist qui, en bon porte-drapeau de l’hyper-libéralisme, avait soutenu Kerry puis Sarkozy et Obama …

Et conclue néanmoins que si le dirigisme permet d’amortir les effets des crises, il se paie en réalité par une économie moins dynamique et moins innovante (croissance faible et taux de chômage élevé).

Ainsi en fait qu’un système à deux vitesses entre emplois stables et protégés et emplois précaires et chômage, ou, pour l’enseignement, entre des grandes écoles réputées pour une toute petite élite et des universités de second choix pour les masses …

Et si les Français avaient raison…
Courrier International
14/19 Mai 2009

Il y a encore quelques mois, le “modèle français” était moqué, voire méprisé. Trop interventionniste et trop protecteur. Aujourd’hui, et pour les mêmes raisons, le très libéral The Economist lui trouve beaucoup de qualités.

Flatteuse pour la France, la une de The Economist, titrée “La nouvelle hiérarchie européenne”, vient après une série d’articles parus dans la presse anglo-saxonne sur le sujet. Le premier à avoir tiré, en septembre 2008, est le magazine américain Time, dans un article très commenté intitulé “Comment nous sommes devenus les Etats-Unis de France”. La thèse était simple : les méthodes employées par l’administration américaine pour contenir la crise ressemblaient à s’y méprendre à celles de notre bon vieil Etat colbertiste. Newsweek remettait le sujet à l’ordre du jour en janvier dernier, avec un long article sur notre pays intitulé : “Le dernier modèle encore debout est le modèle français”. Entre-temps, même le prestigieux New York Times s’est interrogé sur le “modèle français”, qui sous-tendrait les premières décisions de l’administration Obama. Ces dernières années, avant le krach financier, ce que l’on définissait vaguement comme le modèle français était l’objet de critiques acharnées. On lui reprochait essentiellement de ne pas parvenir à créer suffisamment de croissance et d’emplois. Parmi ses détracteurs, on trouvait non seulement les Anglo-Saxons, mais aussi Nicolas Sarkozy en personne. Or il se trouve que l’économie française a été moins durement touchée que bien d’autres. D’après le FMI, son PIB devrait reculer de 3 % cette année, alors qu’il plongera de 4,1 % en Grande-Bretagne, de 4,4 % en Italie et de 5,6 % en Allemagne.

La France dépend moins des exportations que l’Allemagne, et la consommation des ménages a même augmenté au premier trimestre de 2009, par rapport à la même période l’an dernier. L’Etat, d’ordinaire dénoncé pour ses libéralités, devrait pourtant afficher un déficit (6,2 % du PIB) nettement inférieur à celui des Etats-Unis (13,6 %) et de la Grande-Bretagne (9,8 %). Les Français épargnent beaucoup, et la plupart n’ont pas souscrit de crédits immobiliers qu’ils ne pouvaient honorer, ni trop dépensé à crédit. L’endettement des ménages, en France, est inférieur de moitié à celui de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Pour l’heure, Paris n’a pas encore eu besoin de sauver ses grandes banques du naufrage et encore moins de les nationaliser.

Si les primes que touchent les dirigeants d’entreprises qui licencient soulèvent un tollé, les salaires des patrons français n’ont rien d’extravagant, et le fossé qui sépare les 10 % de la population active les mieux payés des 10 % les moins bien rémunérés est bien moins large qu’en Grande-Bretagne ou qu’aux Etats-Unis. A vrai dire, pris entre l’autosatisfaction et l’amusement, les Français contemplent ces Anglo-Saxons qui de plus en plus, se mettent à franciser leur discours. Mais au-delà des lieux communs, en quoi exactement consiste le modèle français ? Fonctionne-t-il vraiment ? Alors que les gouvernements s’efforcent de trouver l’équilibre idéal entre le marché et l’Etat, les Français auraient-ils la solution, eux ?

Le plateau de Picardie, dans le nord du pays, a été aussi durement frappé par la récession planétaire que n’importe quelle autre région. Les ouvriers de Continental, un fabricant de pneumatiques, ont saccagé il y a peu les bureaux de la sous-préfecture de l’Oise, à Compiègne, au moment où la justice a confirmé la fermeture d’une usine à Clairoix, entraînant la perte de 1 120 emplois – un coup terrible pour les salariés, qui avaient accepté de travailler plus longtemps si l’employeur s’engageait à maintenir le site en activité. Non loin de là, à Beauvais, Bosch a fermé son usine l’an dernier, mettant 240 personnes au chômage. Aujourd’hui, la ville s’inquiète de l’avenir d’une usine qui produit des éponges.

Pourtant, à l’heure du déjeuner par une chaude journée de printemps, les tables des cafés dans les rues pavées du centre de Beauvais, près de la cathédrale corsetée d’échafaudages, sont toutes occupées. Les massifs de fleurs municipaux, où des lupins bleutés côtoient des choux ornementaux, sont luxuriants et soigneusement entretenus. Le parking de l’hypermarché du coin est bondé. La circulation reste dense aux alentours de l’aéroport, un employeur important, fréquenté par des compagnies à bas prix. Et les usines d’électronique et de parfum s’en sortent bien. “Ce n’est pas une ville riche”, reconnaît Caroline Cayeux, le maire de centre droit. “Mais, grâce au système social français, les gens peuvent garder la tête hors de l’eau.” Beauvais, préfecture du département de l’Oise, est un exemple de la façon dont le système social français (et ses principes égalitaires) amortit l’impact de la récession. Près de la moitié des Beauvaisiens vivent dans des logements sociaux. La mairie elle-même fournit de nombreux emplois : ainsi, quelque 130 jardiniers s’occupent des massifs tout au long de l’année, ils bêchent, plantent et désherbent. Elle distribue également des aides directes de toutes sortes aux familles, des subventions pour les vacances des enfants ou encore pour les activités extrascolaires. La municipalité a par ailleurs mis au point un programme spécial pour les 4 500 “travailleurs démunis” qui ne sont pas pris en charge par les autres filets de sécurité du système social national.

La France adore planifier, souvent pour le meilleur

Dans toute la France, 5,2 millions de salariés, soit 21 % de tous les employés, travaillent dans le secteur public. Si l’on compte ceux dont les emplois ou les revenus ne sont pas exposés au cycle économique, 49 % des actifs ou des retraités ne sont, en France, que modérément vulnérables à la récession, à en croire Xerfi, une entreprise spécialisée dans les études de marché. A cela s’ajoutent plusieurs niveaux de protection sociale, dont des allocations chômage, qui peuvent représenter jusqu’à 75 % du dernier salaire perçu, et des aides directes aux familles, comme la prime de 889,72 euros versée pour une naissance [sous condition de ressources]. On comprend donc que les Français soient relativement à l’abri des aléas du marché.

Qui plus est, le système français de santé réussit à garantir une couverture maladie universelle tout en préservant la relative bonne santé de la population, et ce pour un coût par personne moitié moindre qu’outre-Atlantique et avec des délais d’attente pour accéder aux soins moins longs qu’en Grande-Bretagne. Après contrôle des ressources, l’Etat prend en charge les personnes qui ne peuvent pas se payer une mutuelle, nécessaire pour compléter les remboursements de la Sécurité sociale.

Mais au cœur du modèle français se trouve l’interventionnisme de l’Etat, qui amortit les chocs pour les citoyens, redistribue les richesses et stimule la demande en cas de coup dur. Mais l’Etat remplit également deux autres fonctions, la planification et la réglementation. La planification à long terme des infrastructures publiques constitue le plus bel exemple de ce qui fonctionne à merveille. L’inauguration de la première ligne de métro express interurbain de Londres, le Crossrail, est prévue en 2017, alors que Paris peut se vanter d’avoir un réseau de cinq lignes de RER, dont la première a été mise en service à la fin des années 60. Le Président Sarkozy vient de dévoiler la prochaine étape : un projet décennal de métro automatique qui ferait le tour de la capitale en passant par les communes de banlieue et qui relierait les grands aéroports. Le réseau actuel de TGV, dont la réalisation fut lancée en 1974, sous la présidence de Georges Pompidou, continue de s’étendre. Avec des vitesses moyennes de 300 kilomètres à l’heure, le train est une solution de rechange viable et écologique, par rapport au transport aérien et routier.

La planification stratégique à la française ne se contente pas de prévoir les infrastructures à long terme, elle cherche aussi à créer la chaîne industrielle nécessaire pour les mener à bien. L’Etat a soit créé des entreprises (EDF, Areva), soit renfloué des sociétés privées en difficulté (Alstom, le constructeur des rames du TGV), de manière à ne pas interrompre l’approvisionnement. Et cette planification concerne également l’enseignement. La France possède des écoles d’ingénieurs, de commerce et d’administration publique de stature mondiale, les fameuses « grandes écoles » chargées de former les élites techniquement compétentes pour diriger ces firmes. Ce n’est pas un hasard si les patrons d’EDF (Pierre Gardonneix), d’Alsthom (Patrick Kron) et d’Areva (Anne Lauvargeon) sont tous diplomés des grandes écoles scientifiques.

Tout réglementer, une utile obsession hexagonale

La tendance à tout contrôler, à la base du modèle français, se reflète également dans la troisième fonction de l’Etat, celle de réglementer. Les Français sont les rois de la réglementation. Il en existe sur le nombre d’officines que peut posséder un pharmacien (une) comme sur celui des taxis circulant dans les rues de Paris (15 300) ; sur les jours où les camions peuvent parcourir les routes de France (jamais le dimanche) ou sur la périodicité des soldes (deux fois par an, aux dates fixées par les autorités). Certaines règles paraissent incongrues. Mais dans le secteur financier, la manie française de légiférer s’est révélée salutaire en ces temps de crise.

Les grandes banques françaises ont sans doute perdu beaucoup d’argent, mais elles s’en sont certainement mieux sorties que leurs homologues britanniques ou américaines, et la plupart restent même bénéficiaires. Pour le marché du crédit immobilier, par exemple, les banques françaises ont accordé des prêts avec bien plus de prudence. En 2007, la dette hypothécaire n’a représenté que 35 % du PIB, selon la Fédération hypothécaire européenne, moins que l’Allemagne (48%) et très loin derrière les chiffres enregistrés dans les « économies de bulle » comme le Royaume-Uni (78%), l’Irlande (75 %) et l’Espagne (62 %). Certes, les prix de l’immobilier se sont envolés. Mais la Banque de France impute cette hausse autant à la croissance démographique, à l’augmentation des revenus réels disponibles, et à la pénurie de logements qu’à la spéculation.

Si le modèle français est parvenu à protéger l’essentiel de sa population des excès du marché tout en préservant une demande forte, en maintenant les inégalités à un niveau acceptable et en continuant d’entretenir ses bâtiments et ses massifs fleuris, faut-il en déduire qu’il marche ? La réponse à cette question est à chercher dans des performances macroéconomiques généralement médiocres – croissance faible et taux de chômage élevé –, également imputables au rôle de l’Etat français. L’Etat-providence impose de telles charges aux entreprises et aux contribuables pour financer le système de sécurité sociale qu’il décourage la création d’emplois. Si les Français affichent une meilleure productivité horaire que les Américains, c’est en partie parce qu’ils sont très peu nombreux à avoir un travail. Bon nombre de travailleurs alternent stages et emplois temporaires. Le responsable d’une chaîne de restauration rapide déclare qu’en France ses établissements emploient un tiers de salariés de moins qu’au Royaume-Uni.

L’université, l’exemple type d’un gâchis collectif

Le phénomène se traduit donc par une segmentation du marché du travail avec, d’une part, les emplois stables et protégés par les conventions professionnelles et, d’autre part, les emplois précaires, non protégés, et le chômage. Les jeunes sont tout particulièrement touchés : en France, le taux de chômage des moins de 25 ans se situe à 21 %. Dans les cités de banlieue, c’est le double. L’Etat planificateur a également ses faiblesses. Ainsi que le note un haut fonctionnaire, la culture industrielle colbertiste se prête mieux à l’organisation de grands projets qu’à faire remonter des idées de la base ou à gérer des marchés incertains. La France manque de start-up, et ses petites entreprises ont du mal à se développer. Presque toutes les grandes sociétés cotées à la Bourse de Paris ont été fondées il y a plus de cinquante ans.

L’impératif égalitaire n’est pas non plus nécessairement synonyme de qualité, comme le montrent les universités françaises. En réalité, le système d’enseignement supérieur a deux vitesses : les grandes écoles, internationalement renommées, forment une toute petite élite, tandis que les masses échouent dans les universités de second choix. Des réformes récentes ont commencé à introduire un début de concurrence entre établissements et pourraient aboutir à l’émergence de pôles d’excellence, mais, jusqu’à présent, la méfiance des Français envers toute forme de concurrence et de sélection s’est traduite par des amphithéâtres bondés, une surabondance d’étudiants en philosophie et en sciences sociales, et un fort taux d’abandon en cours d’année. Quant à l’Etat législateur, il a peut-être su protéger l’économie française d’une extrême instabilité, mais il n’est pas sans défauts non plus. Une économie plus stable en période de récession est également moins dynamique et moins innovante en phase d’expansion. En dépit de tous ses aspects positifs, le modèle français n’est donc pas encore assez flexible, car il rend la solidarité obligatoire sans susciter la croissance économique nécessaire à sa propre survie à long terme.

2 Responses to Economie: La face cachée du modèle français (Vive la différence, but for how long and at what cost?)

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  2. […] général de laisser le marché du travail aux forces économiques. En Autriche, en Belgique, en France et en Allemagne, on peut y voir sa plus belle traduction, pays dans lesquels les syndicats ont un […]

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