Libération d’Ingrid Bétancourt: Attention, un syndrome de Stockholm peut en cacher bien d’autres

Western human shields  (Bagdad, 2003)Rape of the Sabines (David)J’espère que je peux aider, que je peux faire quelque chose pour rétablir l’amitié, la confiance entre Hugo Chavez et Alvaro Uribe (…) Je veux être un soldat de cette cause (…) Je ne sais pas comment le faire parce que Chavez détient une clef que personne d’autre ne possède. Les Farc l’écoutent. Chavez est un allié pour nous (…) Chavez, je l’adore. (…) on est arrivé au moment où il faut changer ce vocabulaire radical, extrémiste, de haine, de mots très forts qui blessent intimement l’être humain. Ingrid Betancourt (RFI)

Attention, comme nous le suggérions déjà dans notre dernier billet, un syndrome de Stockholm peut en cacher bien d’autres!

Rumeurs de paiement de rançon évoquées par les relais des Farc en Suisse suite à la réduction au rôle de diversion de leurs représentants (notamment Jean-Pierre Gontard, impliqué, d’après les traces retrouvées dans l’ordinateur du numéro deux des Farc tué en mars, dans des activités illicites liées à la guérilla) …

Appel de Sainte Ingrid elle-même, après l’euphorie du début où elle bénissait ses libérateurs, pour un changement de vocabulaire du président colombien et une implication du « génial » président Chavez afin d’engager un dialogue avec les Farc pour obtenir la libération des otages toujours en leurs mains …

Les répercussions d’une des plus longues prises d’otages de l’histoire récente (près de six ans et demi) n’ont pas fini, on le voit, de nous surprendre …

Mais, dans cette sorte de thérapie de groupe à grande échelle (processus de béatification compris) que sont en train de nous faire subir nos médias réunis, le plus surprenant n’est-il pas leur étrange aveuglement sur des phénomènes qui sont pourtant bien connus et décrits par les spécialistes?

Comment ne pas reconnaître en effet dans tout ça le comportement paradoxal (plus ou moins atténué) décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain F. Ochberg sous le nom de syndrome de Stockholm (où ces symptômes furent fameusement observés suite à la prise d’otages lors d’une attaque de banque cinq ans plus tôt) ?

D’où l’intérêt de lire ou relire, sur le site « libertaire », cet excellent article du docteur Eric Torres et de Virginie Grenier-Boley qui rappelle notamment:

Que le phénomène ne date bien sûr pas d’aujourd’hui: le mot lui-même, issu du français ancien « hostage » (hôte forcé?) date du 13e siècle et il est déjà évoqué dans le fameux épisode de l’époque de la naissance de Rome de « l’enlèvement des Sabines » où « les jeunes captives s’étaient interposées entre les ravisseurs et leurs familles en demandant qu’une paix soit conclue »).

Mais qu’il se développe surtout avec l’avènement conjoint des médias de masse et du terrorisme international à partir des années 70: comme avec les cas de l’ambassadeur britannique sir Geoffray Jackson enlevé par les terroristes Tupamaros uruguayens (1971), la fille de magnat de la presse de San Francisco Patricia Hearst retenue par un groupuscule d’extrême-gauche (1974), les otages américains Allyn Conwell et John Testrake de l’avion détourné de la TWA à Beyrouth (1985) ou plus près de nous, le baron Empain …

Que le transfert positif et l’identification à la cause de ses ravisseurs des victimes qui le caractérisent est en fait un mécanisme de défense et de survie face à la déshumanisation comme à la dépendance et à la promiscuité entrainées par les conditions, souvent dégradantes, de la séquestration.

Qu’on retrouve historiquement ledit phénomène dans toutes les situations extrêmes (y compris, sous certaines conditions, les camps de concentration?) et qui ont été, comme on le sait, exploités par les mouvements et systèmes totalitaires (totalitarisme nazi ou communiste et aujourd’hui islamiste, sectes).

Que si les répercussions comportementales et séquelles psychologiques sont généralement réversibles, elles sont néanmoins susceptibles de bouleverser profondément la vie des ex-otages comme de leur famille.

Mais aussi et peut-être surtout, en une sorte de néo-dhimmitude orchestrée via les grands moyens de communication de masse actuels et depuis les pacifistes allemands du « plutôt rouges que morts » des années 80 aux plus récents « boucliers humains » occidentaux de Saddam, l’opinion publique que nous sommes …

Le syndrome de Stockholm
Dr Eric Torres, Virginie Grenier-Boley

Pourquoi ce paradoxe ?

Le 23 août 1973 à 10h15, un évadé de prison, Jen Erik Olsson tente de commettre un hold-up au Crédit Suédois de Stockholm. L’intervention des forces de l’ordre l’oblige à se retrancher dans la banque où il prend en otage quatre employés. Il obtient la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui vient immédiatement le rejoindre. Les médias rapportent les surprenantes déclarations des personnes détenues : « nous avons pleinement confiance dans les deux bandits », « les voleurs nous protègent contre la police » (1, 2). Six jours de négociation aboutissent finalement à la libération des otages au cours de laquelle ceux-ci s’interposeront entre leurs ravisseurs et les forces de l’ordre. Par la suite, ils refuseront de témoigner à charge lors du procès, contribueront à leur défense et iront leur rendre visite en prison. L’une des victimes, tombée amoureuse de Jan Erik Olsson, finira même par l’épouser.

Tableau clinique

Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otage est décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain F. Ochberg qui lui donne le nom de « syndrome de Stockholm ». Il en établit le diagnostic à partir de trois critères : le développement d’un sentiment de confiance, voir de sympathie des otages vis à vis de leurs ravisseurs, le développement réciproque d’un sentiment positif des ravisseurs à l’égard de leurs otages, et l’apparition d’une hostilité des victimes envers les forces de l’ordre.

Pour que ce syndrome puisse apparaître, trois conditions sont nécessaires (3) : l’agresseur doit être capable d’une conceptualisation idéologique suffisante pour pouvoir justifier son acte aux yeux de ses victimes ; il ne doit exister aucun antagonisme ethnique, aucun racisme, ni aucun sentiment de haine des agresseurs à l’égard des otages ; enfin, il est nécessaire que les victimes potentielles n’aient pas été préalablement informées de l’existence de ce syndrome.

Le syndrome de Stockholm se différencie des psychoses par un caractère généralement réversible qui se manifeste dans les jours ou dans les semaines qui suivent la libération. Il est néanmoins susceptible de bouleverser profondément la vie des personnes ayant été détenues (victimisation directe), ainsi que celle de leur famille (victimisation indirecte). Il peut modifier durablement, voire définitivement, la personnalité, les valeurs et les convictions morales de l’individu (2). L’otage adopte souvent par la suite un jugement permissif vis à vis de la délinquance ainsi qu’une attitude souvent très critique à l’encontre de la société (1).

L’adhésion des victimes à la cause de leurs agresseurs est souvent persistante. On se souvient de l’interview du baron Empain, réalisée plusieurs années après sa séquestration, au cours de laquelle il évoquait avec une certaine « bienveillance » le souvenir de ses ravisseurs tout en soulignant la « compréhension » qu’ils avaient manifestée à son égard et cela malgré le motif crapuleux du rapt et l’amputation d’une phalange qu’ils lui avaient fait subir.

Il est à noter que ces sentiments positifs apparaissent indépendamment de toute manipulation mentale (4, 5, 6). A cet égard, L. Crocq (2) parle de la « subjugation » de la victime par son ravisseur et souligne le double sens que peut avoir ce mot qui signifie à la fois « mettre sous le joug » et « séduire ».

Le syndrome de Stockholm : contexte de survenue

Le syndrome de Stockholm est intimement lié au contexte particulier qui caractérise la prise d’otage. On en retrouve certainement l’une des premières évocations à l’époque de la naissance de Rome au travers du récit de « l’enlèvement des Sabines » tel qu’il nous est rapporté par Tite-Live. On se souvient qu’ici aussi, les jeunes captives s’étaient interposées entre les ravisseurs et leurs familles en demandant qu’une paix soit conclue.

Nous allons voir que le concept d’otage s’est progressivement modifié au cours du temps pour aboutir à une définition particulière, favorable à l’apparition du syndrome de Stockholm.

Evolution de la définition de l’otage

Le terme « otage » provient du mot « ostage » qui signifie « habitation » en français ancien (7). Dans l’Antiquité, il désignait une personne placée en « résidence surveillée » et servant de garantie lors de l’exécution d’une promesse. Cette définition s’est progressivement modifiée pour désigner aujourd’hui l’individu dont on s’empare et que l’on utilise comme moyen de pression pour obtenir ce que l’on exige ou pour se garantir contre d’éventuelles représailles. Le statut d’otage a donc évolué dans le temps de celui de « garant d’une promesse » à celui de « monnaie d’échange ».

Contexte politico médiatique de survenue

En matière de terrorisme international, les prises d’otage modernes se caractérisent par un aspect médiatique très marqué le plus souvent recherché par les agresseurs qui tentent ainsi d’afficher leur idéologie. Lorsque le contexte n’est pas politique, mais crapuleux (hold-up) la médiatisation n’est souvent pas souhaitée par les hors-la-loi, mais elle n’est pourtant pas moins présente. Ce contexte médiatique spécifique (développement des grands médias) couplé à une situation politique particulière (multiplication des rapts à composante terroriste et recherche de propagande) est très certainement à l’origine des multiples cas de syndromes de Stockholm décrits dans les années 70-80. La première prise d’otage véritablement significative de cette nouvelle tendance correspond certainement au détournement de l’avion de la compagnie israélienne El Al à Alger en 1969. En effet, à partir de cette date, il devint de plus en plus difficile d’établir un clivage net entre la revendication terroriste immédiate et le but « publicitaire » recherché par les terroristes (3).

Rappelons que, du point de vue du droit international, les prises d’otage sont officiellement interdites depuis 1949 par la Convention de Genève dans les conflits militaires ou civils (3). Elles sont également considérées comme contraires à La Convention des Droits de l’Homme. Leur usage renvoie donc obligatoirement à la notion de terrorisme (imposition de revendications) ou à celle de droit commun (demande de rançon).

Equilibre des forces en présence

Le procédé de la prise d’otage, tel que nous le connaissons depuis la seconde moitié du XXe siècle, met en jeu quatre protagonistes : la « victime primaire » (ou victime active) représentée par l’individu ou les structures (financières ou politiques) visés par le chantage ; la « victime secondaire » (ou victime passive) constituée par les personnes effectivement prises en otage ; le ravisseur (ou preneur d’otage), qui fait peser une menace (menace de mort) sur la victime secondaire ; et l’opinion publique (ou victime indirecte) tenue au courant de la situation par les médias.

Dans ce système, il est clair que la victime secondaire (celle qui nous occupe) n’est qu’un intermédiaire entre le ravisseur et la victime primaire. Elle n’est qu’un moyen utilisé par le preneur d’otage pour contraindre sa véritable cible (la victime primaire) à accepter ses revendications. L’otage n’est plus alors visé en tant que sujet par son agresseur, mais utilisé comme une simple « monnaie d’échange ».

Déroulement type d’une prise d’otage

Le déroulement d’une prise d’otage est relativement systématisé. Il se met en place selon une procédure en quatre phases, décrite par L. Crocq en 1993. La succession de ces quatre périodes aide à mieux comprendre la physiopathogénie du syndrome de Stockholm (19).

La phase de capture entraîne une réaction de choc due à un stress aigu qui se caractérise par la survenue d’un traumatisme émotionnel ainsi que par l’apparition de manifestations neurovégétatives diverses (stress physiologique). Sur le plan psychologique, il s’agit d’un état de sidération prolongé qui s’accompagne d’une agitation anxieuse pouvant aller jusqu’à une véritable confusion mentale (stress pathologique). Ces réactions de stress, une fois dépassées, peuvent donner lieu à des réactions émotionnelles qui, si elles perdurent, peuvent entraîner des réactions comportementales pathologiques (1, 8). Cette « réaction d’effroi » est liée à la confrontation directe du sujet avec la réalité d’une mort possible. Cette proximité à la mort entraîne une effraction dans le fantasme d’immortalité jusqu’alors défendu. Les victimes font alors souvent état d’un sentiment de « basculement de la réalité » qui correspond à l’effondrement brutal du « mythe personnel d’invulnérabilité » et des barrières protectrices de l’individu (1, 2). La réaction d’effroi dépassée, l’otage va chercher, dans un premier temps, à s’enfuir ou à s’opposer à ses ravisseurs. Ses résistances s’épuisent secondairement et il est alors tenté de collaborer. Si cette tentative de collaboration est suivie d’une réponse adaptée de l’agresseur, les conditions sont réunies pour que le syndrome de Stockholm puisse apparaître.

La phase de séquestration est non seulement de durée extrêmement variable, mais elle survient, de surcroît, dans un contexte où la perception du temps est profondément modifiée par le contexte de stress. C’est pendant cette phase que se constitue véritablement le syndrome de Stockholm (2). Elle comporte trois périodes : le déni (négation de la situation), l’espoir (illusion de répit) et la perte d’espoir (acceptation du statut d’otage).

Les conditions, souvent dégradantes, dans lesquelles se déroule la séquestration favorisent l’apparition du sentiment de « déshumanisation ». En contrepartie, il s’établit entre l’agresseur et l’otage une situation de dépendance et de promiscuité susceptible de favoriser l’apparition d’un sentiment de sympathie ou de compassion réciproques (au sens étymologique du terme, ces deux mots signifient « souffrir avec ») qui représentent les premiers éléments constitutifs du syndrome de Stockholm. Il s’y associe des éléments issus de la dynamique de groupe. Des contacts positifs peuvent ainsi s’établir entre les ravisseurs et les otages qui traversent ensemble une « situation d’exception ». Ils sont susceptibles de déboucher sur un sentiment défensif de cohésion du groupe autour du projet commun de recouvrer la liberté.

Si la situation d’isolement perdure, l’agresseur, en quête d’un interlocuteur, finit par se tourner vers sa victime à laquelle il restitue ainsi une valeur humaine. Le fait que l’agresseur tout puissant ne passe pas à l’acte sur sa victime renforce le sentiment pathologique de gratitude à son égard (7). Si l’on en croit L. Crocq, l’otage n’a plus alors comme recours que l’identification au seul modèle avec lequel il peut encore communiquer et qui possède en outre le pouvoir d’adoucir son sort (2). C’est ce qu’on appelle l’identification agressé-agresseur (7). C’est à ce moment que des réactions paradoxales peuvent s’établir entre les otages et les victimes primaires (ou leurs représentants) désignées comme les « responsables de la situation » par les ravisseurs. Elles sont favorisées par un certain degré de suggestibilité pouvant être réactionnel à la confusion qui accompagne la réaction d’effroi.

C’est au cours de cette phase de séquestration que l’otage prend conscience de sa valeur marchande et de ses fluctuations au cours des négociations. Il est assimilé à « une monnaie d’échange » par ses ravisseurs et il représente « un enjeu » aux yeux des forces de l’ordre. Il perd ainsi toute identité sociale. On parle alors de « chosification » de la victime. À ce stade apparaissent des ruminations anxieuses (exacerbées par l’alternance de l’espoir et du découragement) qui favorisent une remise en cause du passé de l’otage et de ses valeurs. Elles sont également caractéristiques du syndrome de Stockholm.

La phase de libération (ou de dénouement) est concomitante d’une recrudescence des phénomènes anxieux. L’angoisse croît exponentiellement avec la crainte d’une intervention des forces de l’ordre. Le risque de survenue d’une issue dramatique est alors à son apogée. Lors de la libération, la stabilité des défenses réaménagées pendant les négociations est brutalement remise en question. Des idées de culpabilité peuvent aggraver la situation, en particulier lorsque d’autres otages sont restés prisonniers ou ont été abattus. C’est à ce moment que l’on note l’émergence de réactions paradoxales de rejet des libérateurs ainsi que d’éventuelles tentatives destinées à protéger les ravisseurs contre l’assaut des forces de l’ordre (2).

La phase séquellaire fait suite à la libération. Les premiers jours sont souvent marqués par une euphorie, mais des troubles de l’humeur plus ou moins intriqués à des idées de culpabilité, peuvent se rencontrer (8). C’est à ce stade que les complications apparaissent. Il peut s’agir d’un syndrome de Stockholm constitué ou de l’une de ses formes atténuées (rationalisation secondaire de l’épisode de la prise d’otage avec remise en question plus ou moins profonde du système de valeur social et culturel du sujet). On peut également voir apparaître au cours de cette phase séquellaire un Post Traumatic Stress Disorder (PTSD) qui constitue lui aussi une complication fréquente des prises d’otages.

Approche psychopathologique

L’un des mécanismes de défense qui prévaut dans le syndrome de Stockholm, et qui favoriseraient l’apparition de réactions paradoxales est représenté par l’identification à l’agresseur. Cette identification représente une réponse élaborée contre l’angoisse et plus particulièrement contre l’angoisse de mort engendrée par la situation. Cette identification est définie par S. Ferenczi comme une « introjection de l’agresseur, [ce dernier] disparaissant en tant que réalité extérieure, et devenant [une réalité] intrapsychique ». Ce mécanisme d’introjection n’est possible qu’en référence à des mécanismes psychiques particuliers liés au contexte de dépendance et de promiscuité.

Pendant la période des négociations, le sentiment de « carence de la société » ressenti par l’otage symbolise la carence du père. Dans ces conditions, le ravisseur, en raison de sa toute-puissance, peut se substituer à l’image du père idéal.

L’existence d’une dépendance réelle de l’otage vis-à-vis du ravisseur produirait une régression à un stade précoce de la vie infantile (stade préœdipien). Pour que cela soit possible, il doit exister un contact affectif neutre et dénué de toute forme d’agressivité individuelle entre l’otage et les ravisseurs puisque toute haine de l’agresseur envers sa victime empêche l’identification et l’apparition du sentiment sympathie. Le ravisseur peut alors être perçu par sa victime comme « la bonne mère qui protège son enfant » (9).

Quelques exemples
En dehors du cas princeps représenté par le hold-up du Crédit Suédois du 23 août à Stockholm (1973), on retrouve dans la littérature de nombreuses descriptions de ce syndrome. Il est classique de citer la prise d’otage survenue un an plus tard dans la même ville à l’ambassade de la République Fédérale Allemande (Stockholm, 1974), à l’issue de laquelle l’une des fonctionnaires séquestrées déclara son adhésion à la cause de la bande à Baader.

L’enlèvement de sir Geoffray Jackson par les Tupamaros à Montevideo (1971), alors qu’il était ambassadeur de grande Bretagne en Uruguay dura près de huit mois. Le diplomate finit par partager les idées de ses ravisseurs et par adhérer à leurs revendications pendant et après le rapt (3).

Le cas de Patricia Hearst est encore dans toutes les mémoires. Cette adolescente, fille de milliardaire, enlevée le 4 février à Berkeley par un commando mi-politique, mi-terroriste de droit commun se réclamant de l’« Armée de Libération Symbionèse » (San Francisco, 1974) avait défrayé l’opinion publique en participant volontairement à une attaque de banque en compagnie de ses anciens ravisseurs le 15 avril 1974 (11). Ce fait divers classiquement cité pour illustrer le syndrome de Stockholm est cependant considéré comme relativement aspécifique par certains auteurs en raison de ses caractéristiques particulières (immaturité de la victime et nature de ses relations avec les preneurs d’otage) (3).

La prise en otage des magistrats du tribunal de Nantes par G. Courtois et deux de ses complices, le 19 décembre 1985, fut filmée en direct par les équipes de la télévision (Nantes, 1985). 34 personnes furent séquestrées pendant 36 heures, l’une d’elles divorça un peu plus tard pour épouser l’un des malfaiteurs.

La même année au Proche-Orient les otages américains de Beyrouth (1985) furent libérés. Allyn Conwell, leur porte parole et John Testrake, pilote de l’avion détourné de la TWA, se métamorphosent en propagandistes convaincus de la cause de leurs geôliers, et cela, malgré qu’un jeune marine eut été abattu par les terroristes (11).

La prise en otage de 52 personnes dans un train par un groupe d’autonomistes Sud-Moluquois, le 2 décembre 1975 aux Pays-Bas (Amsterdam 1975), constitue également un cas d’école. Certains observateurs laisseront entendre que les deux otages tués lors de l’assaut des forces de l’ordre l’auraient été en tentant de s’interposer entre la police et les terroristes.

Remarquons pour finir que si des observations similaires ont effectivement été réalisées en Italie et en Allemagne lors des actions terroristes des Brigades Rouges et de la Fraction Armée Rouge, il est remarquable de constater que ce syndrome n’est pratiquement pas décrit dans le cadre des actions terroristes des groupes autonomistes d’Europe occidentale (à l’exclusion des Pays-Bas). Il n’existe en effet aucun exemple similaire impliquant les autonomistes corses, basques ou catalans. Cela peut vraisemblablement s’expliquer par l’absence de potentialités amicales et affectives entre les agresseurs leurs otages.

Conduite à tenir

L’action peut être menée aussi bien en amont qu’en aval de la phase de libération des otages. En amont, elle concerne la recherche de facteurs prédictifs pouvant favoriser l’apparition du syndrome de Stockholm ainsi que les techniques mises en œuvre par les négociateurs professionnels (12). En aval, elle intéresse l’action des médecins présents sur les lieux et pour lesquels une formation préalable en victimologie est souhaitable.

Facteurs prédictifs

On retrouve dans la littérature toute une série de facteurs prédictifs pouvant favoriser ou s’opposer à l’apparition du syndrome de Stockholm.

L’âge de la victime détermine sa vulnérabilité car l’immaturité psychoaffective des sujets jeunes facilite l’apparition de la relation de confiance nécessaire à la genèse du syndrome de Stockholm. Selon certains auteurs, un âge relativement avancé pourrait également favoriser le respect de l’otage par ses ravisseurs (2).

Le sexe de la victime importe également, les femmes paraissant plus vulnérables que les hommes, en particulier lorsqu’elles occupent une position hiérarchique inférieure au sein du groupe des otages (les ravisseurs ayant plus facilement tendance à les ménager).

Le nombre d’otages constituant le groupe serait censé favoriser la résistance au syndrome de Stockholm. Ces résultats sont cependant discutés puisque plusieurs syndromes de Stockholm collectifs ont été décrits.

Le degré de cohésion du groupe ainsi que son homogénéité constituent des paramètres de plus grande valeur pour limiter l’apparition de ce syndrome. L’existence de tensions internes en favorise au contraire la survenue.

La longue durée de la prise d’otage est un facteur favorisant dans la mesure où il est nécessaire qu’il s’écoule suffisamment de temps pour que des relations interpersonnelles verbales (et non verbales) puissent s’établir entre les otages et leurs ravisseurs.

La sympathie qu’inspire la cause défendue par les terroristes est également un facteur favorisant l’éclosion du syndrome de Stockholm, bien que cette notion reste encore très discutée à l’heure actuelle. À l’inverse, un membre de la communauté visée par les terroristes se montrera plus difficile à convaincre.

Le type de traitement infligé à l’otage par son agresseur influence également la survenue du syndrome de Stockholm.

En ce qui concerne la personnalité des protagonistes, précisons que c’est surtout celle des ravisseurs qui importe. Un agresseur ayant une personnalité paranoïaque facilitera la conversion des otages à sa cause. Au contraire, la personnalité des victimes semble être très peu prédictive puisque de nombreux auteurs considèrent que le comportement des individus confrontés brutalement à une situation extrême est relativement imprévisible.

Négociations avec les ravisseurs

Intervenir sur une prise d’otage en tant que négociateur ne se résume pas à traiter uniquement l’acte de prise d’otage, mais plutôt à tenter de gérer au mieux une situation de crise susceptible d’exploser à divers niveaux (ravisseurs, otages, familles, autorités, forces de l’ordre, opinion publique) (12). Dans ce contexte, le but de toute négociation consiste à tenter d’obtenir une conciliation ou une reddition dès lors qu’elle est possible (12). Pour cela, la CIA et le FBI proposent des formations spécifiques reposant en grande partie sur l’utilisation de la Programmation Neuro Linguistique (PNL). Le principe général consiste à détecter le mode de communication préférentiel de l’agresseur (visuel, auditif, kinesthésique) et à s’y adapter de manière à optimiser la communication et à augmenter ainsi les chances de succès de la négociation (8, 13).

Il semble également nécessaire de ne pas confier la négociation à un seul individu, mais à un petit groupe constitué de 2 à 4 personnes afin de ménager une « interchangeabilité horizontale » permettant d’établir un dialogue dans les meilleures conditions possible et une « interchangeabilité verticale » destinée à dépasser d’éventuels blocages et à accéder rapidement à un niveau ou la prise de décision est possible. Cette technique est utilisée avec succès dans notre pays par les négociateurs du RAID et du GIPN (12, 6, 14).

Malgré tous les efforts mis en œuvre, il existe malheureusement des situations où les techniques de négociation peuvent avoir des résultats très aléatoires (psychopathes, paranoïaques, mélancoliques) ou être impossibles à utiliser (psychoses aiguës). Il faut également se rappeler que dans un contexte tendu, la situation la plus grave est celle où les ravisseurs refusent le contact. Dans cette éventualité, des cris ou des injures constituent parfois les prémices d’une possible évolution (12). Dans d’autres cas, les techniques de négociation peuvent donner d’excellents résultats (terroristes, droit commun, dépression réactionnelle).

Prise en charge des otages

Durant la phase de libération, l’otage laisse apparaître ses émotions (pleurs, joie, colère). La tension longtemps retenue s’exprime le plus souvent au travers de la verbalisation de la mauvaise humeur exprimée à l’égard des forces de l’ordre ou des décideurs. La mise en œuvre de mesures précoces de soutien psychologique est indispensable. Un « débriefing » rapide est nécessaire pour permettre l’expression des émotions. Il doit en outre favoriser la réassurance et la déculpabilisation. Il a aussi pour fonction d’informer les victimes sur l’éventuelle apparition d’un syndrome psychotraumatique et sur le risque de survenue d’un syndrome de Stockholm. Au cours du débriefing, il faut favoriser les affirmations qui confirment la sortie du cauchemar « tout est fini, vous êtes sain et sauf » et éviter toutes celles susceptibles de cautionner les transferts positifs vis à vis des ravisseurs « ils ne vous ont fait aucun mal ». La thérapie de l’otage peut parfois associer sa famille. Elle doit en outre viser à lui épargner les harcèlements médiatiques. Le principe de la prise en charge curative repose le plus souvent sur les techniques abréactives de groupe, mais leur réussite reste très aléatoire. La prise en charge doit alors souvent s’organiser sur le long terme.

Conclusion

Les prises d’otage constituent des agressions sociales tournées vers un individu ou vers un groupe (victimes secondaires), destinées à exercer une contrainte sur autre individu, sur un autre groupe, ou sur une structure (victimes primaires). Ce syndrome semble assez caractéristique de la seconde partie du XXe siècle en raison de la coexistence d’un contexte politique particulier avec un développement spectaculaire de l’influence des médias. La baisse actuelle du nombre des cas s’explique certainement par une meilleure information du public sur l’existence de cette réaction paradoxale (15, 16, 17, 18). La formation des personnels exposés à certains risques (policiers, journalistes) semble souhaitable pour éviter l’apparition de ce syndrome. Cette formation est, par contre, d’un intérêt discutable pour les personnes potentiellement exposées au risque de prise d’otage (employées de banque, personnel d’ambassades ou de consulats) dans la mesure où la survenue d’un syndrome de Stockholm augmenterait les chances de survie des victimes (16). Il faut cependant souligner que cette pathologie est également bien connue aujourd’hui de certains groupes terroristes spécialement entraînés, qui ont pour habitude d’isoler les otages qu’ils projettent d’exécuter afin de prévenir l’apparition de sentiments positifs réciproques (8).

Dr Eric Torres
SDIS 13

Virginie Grenier-Boley
Psychoclinicienne
Bibliographie

1. L. Crocq – Les Otages et la violence – document de formation du CISCP, Paris 1998.

2. L. Crocq – Pour une nouvelle définition du syndrome de Stockholm – Etudes Epidémiologiques, 1989, 1 p.165-179.

3. Skurnik N. – Le syndrome de Stockholm, essai et étude de ses critères – Société médico-psychologique, Ann. Méd. Psy.,Vol 146, n° 1 et 2, Octobre 1987, p.174-181.

4. R.V. Joule, J.L. Beauvois – Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens – Presses Universitaires de Grenoble, 1987, 229 p.

5. R.V. Joule, J.L. Beauvois – La soumission librement consentie – Presses Universitaires de France, 1998, 214 p.

6. Centre d’Etude en Sciences Sociales de la Défense – Les influences psychologiques – Editions Addim, 1999, 210 p.

7. J. Audet, J.F. Katz – Précis de victimologie générale – Dunod 1999.

8. Lopez, Bornstein – Victimologie clinique – Maloine, 1995.

9. T. Bigot, S. Bornstein – Schème paradoxal de comportement lors de prises d’otage (Syndrome de Stockholm) – Anales de psychiatrie, 1998, 3, p. 196-205.

10. P. Hearst – Mon voyage en enfer – Presses Pocket – Julliard éd. Paris, 407 p.

11. Andersen T. – La fosse aux lions, 2454 jours otage au Liban – éd JC Lattès.

12. L. Bayon – La négociation lors des prises d’otage – CISCP, Paris 1998

13. J. O’Connoe, J. Seymour – Introduction à la PNL (Programmation Neuro Linguistique) – Vigot, 1995, 255 p.

14. J. Rivolier – Facteurs humains et situations extrêmes – Masson, Paris, 1992.

15. Ronald D.C., Relisten et Szabo denis, Hostage taking, Lexiton Book. Toronto 1979.

16. T. Strentz – The Stockholm syndrom : law enforcement policy and hostage behaviour – National and international terrorism, in Ochberg & Soskis, Westwiew Press, Boulder, Colorado, 1982.

17. M. Symonds – Victim responses to terror : understanding and treatment – in Ochberg & Soskis, Westwiew Press, Boulder, Colorado, 1982.

18. F.M. Ochberg, D.A. Soskis – Victims of terrorism, Westwiew Special Studies in national and international terrorism – Westwiew Press, Boulder, Colorado, 1982, 201 p.

19. L. Crocq, M. sailhan, C. Barrois – Névroses traumatiques (névrose d’effroi, névrose de guerre) – Encyclopédie Médico Chirurgicale, 2.1983, 37329 AIO, 12 p. Lien d’origine : http://www.urgence.com/med/stockholm/index.html

Voir aussi:

Syndrome de Stockholm : l’islam, gigantesque prise d’otages?
Radu Stoenescu
Riposte laïque
1er avril 2008
A voir les réactions déclenchées en 2005 par les caricatures danoises de Mahomet ou plus récemment par le film de Geert Wilders, Fitna, on ne peut pas manquer d’être étonné par la « sensibilité » des musulmans. La disproportion entre la « provocation » et la « riposte religieuse » laisse pantois le plus je-m’en-foutiste d’entre nous. Même les citoyens les plus enclins à voir du fascisme partout sont devenus réticents à faire l’amalgame entre la publication de quelques dessins et la promulgation des lois de Nuremberg.

C’est la panique chez les bien-pensants autoritaires qui nous sommaient jusqu’à la semaine dernière de cacher ce fascisme qu’ils ne sauraient voir ! On commence à comprendre que sous couvert de lutte contre la discrimination, ceux qui défendent les « sensibilités religieuses » font du fascisme… préventif !

Dans la réaction musulmane à la critique et à l’exposition publique des aspects les plus odieux de l’islam, il y a une violence disproportionnée qui intrigue le psychologue de comptoir qui gît en chacun de nous. Les fidèles d’une religion qui se donne pour l’achèvement de toutes les autres, pour la manifestation de la dernière volonté de Dieu, se montrent étrangement vulnérables en s’émouvant aussi facilement à la moindre pique ironique qu’on leur lance.

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La susceptibilité est toujours suspecte, car elle trahit un doute intellectuel qui se réconcilie mal avec l’affirmation de détenir la vérité ultime. Quand on est sûr de son fait, on n’a pas une telle susceptibilité, mais une indifférence, voire une compassion infinie envers ceux qui ne sont pas éclairés des mêmes lumières. Alors pourquoi les musulmans sont si susceptibles ? Eux qui sont si sûrs que tous les autres êtres humains iront en enfer, pourquoi réagissent-ils aussi violemment à des attaques aussi bénignes que des caricatures ou un court métrage qui ne fait que reprendre des images diffusées par les musulmans eux-mêmes ? Pourquoi condamnent-ils leurs apostats à mort, au lieu de les plaindre et d’essayer de les ramener dans le droit chemin pour leur éviter les « peines de l’enfer » ?

Je crois que la clé pour comprendre la réaction violente des musulmans à la critique est ce que les psychologues ont baptisé « le syndrome de Stockholm ». Dans cet article, je vais essayer de montrer dans les grandes lignes en quoi l’islam dans son ensemble pourrait être décrit comme un gigantesque syndrome de Stockholm.
1. Qu’est-ce que le syndrome de Stockholm ?

Le syndrome de Stockholm est une réaction psychologique étrange qui se développe parfois lors d’une prise d’otages : la victime sympathise avec son ravisseur au lieu de développer le sentiment logique correspondant à la situation, à savoir de la haine à son égard. Cette attitude psychologique paradoxale porte ce nom à cause des circonstances dans lesquelles on l’a observée pour la première fois. Le 23 août 1973 à 10 h 15, un évadé de prison, Jen Erik Olsson tente de commettre un hold-up au Crédit suédois de Stockholm. L’intervention des forces de l’ordre l’oblige à se retrancher dans la banque où il prend en otage quatre employés. Il obtient la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui vient immédiatement le rejoindre. Les médias rapportent les surprenantes déclarations des personnes détenues : « Nous avons pleinement confiance dans les deux bandits, les voleurs nous protègent contre la police. » Six jours de négociation aboutissent, finalement, à la libération des otages au cours de laquelle ceux-ci s’interposeront entre leurs ravisseurs et les forces de l’ordre. Par la suite, ils refuseront de témoigner à charge lors du procès, contribueront à leur défense et iront leur rendre visite en prison. L’une des victimes, tombée amoureuse de Jen Erik Olsson, finira même par l’épouser.

Pour que ce syndrome puisse apparaître, trois conditions sont nécessaires :

a) l’agresseur doit être capable d’une conceptualisation idéologique suffisante pour pouvoir justifier son acte aux yeux de ses victimes ;

b) il ne doit exister aucun antagonisme ethnique, aucun racisme, ni aucun sentiment de haine des agresseurs à l’égard des otages ;

c) enfin, il est nécessaire que les victimes potentielles n’aient pas été préalablement informées de l’existence de ce syndrome. » (1)

Le syndrome de Stockholm c’est « un attachement émotionnel, un lien d’interdépendance qui se développe entre la victime et son ravisseur, quand celui-ci « menace de vous tuer, négocie, et finalement renonce à mettre ses menaces à exécution. » (Symonds, 1980). Le soulagement dû au fait de ne pas être tué engendre des sentiments profonds de gratitude et de peur qui se mélangent pour rendre l’otage réticent à manifester des sentiments négatifs à l’égard du terroriste ou du ravisseur.

C’est cette dynamique qui pousse les ex-otages et les survivants à minimiser les dommages subis et à refuser de collaborer pour faire condamner leurs agresseurs. « L’envie de survivre de la victime est plus forte que son impulsion à haïr la personne qui a créé son dilemme. » (Strentz, 1980). La victime en arrive à considérer son ravisseur comme un « bon gars », voire un sauveur. Cette réaction psychique apparaît dans les circonstances très précises :

1. Percevoir une menace pour sa survie et être convaincu que le ravisseur souhaite la mettre à exécution.

2. Le ravisseur montre quelques signes de gentillesse, tout en maintenant le contexte de terreur.

3. La vision du monde du ravisseur est considérée comme la seule possible.

4. Il est impossible de s’échapper.

Les victimes sont obsédées par la survie, ce qui les empêche d’avoir une réaction directe, honnête au traitement inhumain qu’elles subissent. Par conséquent, les victimes connaissent mieux leur bourreau qu’elles ne se connaissent elles-mêmes. Elles sont encouragées à développer des caractéristiques psychiques qui plaisent au preneur d’otages : dépendance, manque d’initiative, incapacité d’agir, de décider et de penser, etc. Elles développent des stratégies pour rester en vie, parmi lesquelles on trouve le déni, l’attention aux moindres désirs de l’agresseur, la sympathie à son égard mêlée de crainte, la peur de faire appel aux autorités établies, et l’adoption du point de vue de leur tyran. Les otages lui sont extrêmement reconnaissants de rester en vie. Ils se concentrent sur ses marques de douceur, et négligent ses actes brutaux. Ses gentillesses soulagent les victimes du stress émotionnel qu’il a lui-même créé. Elles finissent souvent par voir en lui un être tout-puissant. » (2)

Cette même attitude psychologique paradoxale se développe dans le cas des femmes battues ou des enfants battus, d’où l’appellation « syndrome de la femme battue », ou « syndrome de l’enfant battu ». Il faut souligner aussi que cette attitude mentale n’est pas l’effet d’une quelconque manipulation mentale.

Quel est le rapport entre ce syndrome et l’islam ? On peut légitimement faire le parallèle si l’on se souvient de la manière dont l’islam est apparu et dont il se maintien. Pour cela, il faut faire un effort empathique extraordinaire, et aborder des rivages psychiques que la mentalité occidentale a déserté depuis des siècles : il faut comprendre que ces personnes ont une peur bleue de Dieu et de l’enfer ! (3)
2. L’islam : une gigantesque prise d’otages

Il suffit de feuilleter le Coran pour être stupéfait par le nombre de menaces violentes qu’Allah (ou Mahomet) prononce à l’encontre des hommes. En fait, Mahomet et Allah forment une et une seule instance psychique qui promet les pires châtiments à tous ceux qui ne l’écoutent pas, dans « cette vie » et dans l’au-delà. La prédication de Mahomet est extrêmement simple et moyenâgeuse : « si vous m’écoutez, vous irez au paradis, si vous me désobéissez, vous irez en enfer. » Une fois devenu chef d’Etat à Médine, Mahomet ne se contente plus de menacer, mais fait aussi exécuter ceux qui lui désobéissent, en les accusant de trahison. Le premier qui « surfe sur la peur », c’est donc Allah/Mahomet, qui oblige ses contemporains à choisir entre la soumission (l’islam) et la mort.

La prédication d’aujourd’hui est la même qu’il y a mille quatre cents ans. « Champion du prosélytisme, j’étais devenu une figure de l’islam dans ma cité. Je ne vivais que pour ça. (…) Ils m’écoutaient tous parler de LA GRANDEUR DIVINE, DES SUPPLICES DE LA TOMBE ET DE L’ENFER ou des délices du paradis. Dans la masse, j’en repérais toujours un particulièrement attentif et je concentrais sur lui mes efforts jusqu’à ce que j’aie réussi à l’entraîner à la mosquée. » écrit Abd Al Malik dans Qu’Allah bénisse la France. (4)

Allah/Mahomet opère exactement la même agression que les truands de Stockholm : il pose le dilemme « la soumission ou la vie. » C’est une prise d’otage psychique. La peur est démultipliée par la confusion Allah/Mahomet : la peur de mourir se double de la peur de passer l’éternité en enfer. Les musulmans (soumis) sont ces otages qu’Allah a menacés de mort, à qui il a montré à travers Mahomet la fermeté de ses intentions meurtrières et qu’il a finalement épargnés en échange de leur soumission. Ces victimes initiales deviennent ensuite les alliés de leur ravisseur, et reproduisent le même chantage à l’égard de ceux qui sont encore libres. Les musulmans prosélytes utilisent la peur de l’enfer et les menaces physiques pour soumettre les autres, exactement comme ils ont été eux-mêmes soumis. On pourrait résumer l’islam par ce commandement : « Tu soumettra ton prochain comme toi-même. »

A charge, dans la biographie de Mahomet, on trouve cet épisode extraordinaire : « Huwayyiça, qui n’était pas musulman, demanda à son frère (musulman) : « C’est toi qui as tué Ka’b ibn Yahûdha ? » « Oui, c’est moi. » « Tu vas donc t’engraisser de la fortune de cet homme ! Tu n’es qu’un vil individu ! » « J’ai reçu l’ordre de le tuer de quelqu’un à qui j’obéirais même s’il m’ordonnait de te tuer toi-même. » Huwayyiça fut étonné de la réplique de son frère et s’en alla, choqué. On raconte qu’il se réveillait la nuit en sursaut, obsédé qu’il était par la réponse de son frère (musulman). Il se réveilla un matin et dit « Ça, c’est une religion ! » Il alla trouver le Prophète et se convertit à l’islam. » (5)

L’attitude des musulmans à l’égard d’Allah et de Mahomet correspond parfaitement aux effets du syndrome de Stockholm : il s’agit de gratitude mêlée de crainte, « dépendance, manque d’initiative, incapacité d’agir, de décider et de penser ». Quand on évoque les épisodes les plus sanglants de sa vie, on ne peut manquer de constater qu’ils « se concentrent sur ses marques de douceur, et négligent ses actes brutaux. » D’autre part, le preneur d’otages Allah/Mahomet répond aussi à l’exigence de conceptualisation nécessaire à l’apparition du syndrome. Il élabore une véritable vision du monde, en pillant et en détournant les concepts judéo-chrétiens. Il évite soigneusement tout antagonisme racial, qui pourrait constituer un obstacle à la soumission, en prêchant son idéologie à tous les hommes.

Nous avons vu qu’une condition sine qua non de l’apparition du syndrome de Stockholm est l’absence d’une perspective sur la situation vécue différente de celle du preneur d’otages. C’est à cette exigence que répond l’absence de curiosité culturelle du monde arabo-musulman envers le reste de l’humanité : rappelons-nous qu’en 2002 un rapport de l’Unesco (6) montrait qu’en mille ans l’on avait traduit vers l’arabe autant de livres que l’on traduit en un an vers l’espagnol !

L’interdiction à peu près totale des manifestations prosélytes des autres religions sur le sol des pays musulmans correspond aussi au souci de préserver une et une seule perspective sur le monde, celle de Mahomet, et une seule conception de la divinité, celle d’Allah. L’interdiction de lire la Bible, ou de fréquenter les chrétiens et les juifs peut être analysée aussi comme procédant du souci d’éviter d’envisager une autre manière de vivre son rapport à Dieu. La peine de mort contre les apostats vient aussi de la peur de voir l’insoumission se propager comme une traînée de poudre, par mimétisme, et remettre en question toute la vision du monde des otages.

La réaction des musulmans à la critique de Mahomet et/ou de l’islam semble disproportionnée seulement parce que l’on ne comprend pas que la moindre critique peut faire vaciller l’autorité du preneur d’otages, en tant qu’elle montre qu’il est possible de vivre autrement, c’est-à-dire sans se soucier de son chantage ignoble. Ceux qui, comme Geert Wilders ou Ayaan Hirsi Ali, montrent les horreurs commises au nom de l’islam, attaquent de front le déni de réalité dans lequel les otages sont pris. Cela est intolérable pour les soumis au chantage d’Allah/Mahomet.

Plus précisément, il faut souligner que les fidèles de Mahomet nient le sens des faits, non pas les faits eux-mêmes – dans le cas du film Fitna, ils seraient bien en peine de le faire, puisqu’il ne s’agit que des images produites par les musulmans eux-mêmes. Ce qui les scandalise, c’est que cela ne nous effraie pas ! Ce qu’ils refusent de concevoir, ce que l’on puisse vivre en dehors de ce chantage qu’ils appellent leur foi. Les musulmans défendent l’honneur de Mahomet en dépit des violences faites en son nom, tout comme les otages de Stockholm ou d’ailleurs ont défendu leurs ravisseurs contre la police.

Je tiens à souligner que l’attitude saine devant un preneur d’otage, c’est exactement celle condamnée par tous les défenseurs de l’islam : la haine. Répétons-le : le syndrome de Stockholm est un autre nom de la lâcheté, car il apparaît lorsque « l’envie de survivre de la victime est plus forte que son impulsion à haïr la personne qui a créé son dilemme ». Le reproche d’être haineux que l’on a fait à Ayaan Hirsi Ali, à Robert Redeker ou à Geert Wilders est complètement dénué de fondement. Non pas parce qu’ils n’auraient aucune haine pour rien ni pour personne, mais parce que la haine n’est pas haïssable en soi, tout comme l’amour n’est pas aimable en soi. Tout dépend de ce que l’on aime et de ce que l’on hait ! Les fanatiques sont des personnes pleines d’amour, mais l’objet de leur amour est rarement aimable.

Il est parfaitement sain d’éprouver de l’aversion contre ce qui se présente comme une menace envers sa personne. Ressentir de la haine contre une idéologie moyenâgeuse qui menace à la fois du feu de l’enfer et du feu terroriste tous ceux qui ne la respectent pas est LA réaction saine par excellence. C’est le manque d’aversion envers un tel danger explicite qui est une folie. Ceux qui stigmatisent a priori toute haine font fi du bon sens le plus commun.

L’accusation d’islamophobie est le premier pas dans la direction de l’instauration de l’attitude mentale soumise et irrationnelle des otages victimes du syndrome de Stockholm. Elle vise à la fois à faire peur et à interdire d’avoir peur. C’est une exigence contradictoire dont le but est de paralyser la réaction normale devant tout danger et de tuer dans l’œuf toute résistance devant l’agression.

Pour éviter la soumission, rétablissons l’aversion dans ses droits ! N’ayons plus honte de nos haines, car beaucoup devraient rougir de leurs amours ! Ne cédons plus aux menaces de mort, la « sensibilité religieuse » des musulmans n’est que le cri d’effroi de leur peur de l’enfer devant notre liberté insouciante. Leurs descendants nous sauront gré d’avoir résisté à leur chantage, tout comme nous rendons grâce aux humanistes et aux lumières de nous avoir délivrés de l’obscurantisme catholique.

Radu Stoenescu

(1) http://1libertaire.free.fr/Soumission10.html

(2) http://www.familyrightsassociation.com/info/stockholm/syndrome.html

(3) Voir quelques vidéos de propagande moyenâgeuse http://fr.youtube.com/watch ?v=CrwHcMUKMFs

http://fr.youtube.com/watch ?v=-cE_c2qaCo4

(4) Editions Albin Michel, p.109.

(5) Ibn Hicham, trad. Wahib Atallah, p.233.

(6) http://www.unesco.emb-japan.go.jp/htm/vf/jpbulletin07_2.htm
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Voir enfin:

On Stockholm Syndrome
AFRA Google Search for « Stockholm Syndrome »

The term, Stockholm Syndrome, was coined in the early 70’s to describe the puzzling reactions of four bank employees to their captor. On August 23, 1973, three women and one man were taken hostage in one of the largest banks in Stockholm. They were held for six days by two ex-convicts who threatened their lives but also showed them kindness. To the world’s surprise, all of the hostages strongly resisted the government’s efforts to rescue them and were quite eager to defend their captors. Indeed, several months after the hostages were saved by the police, they still had warm feelings for the men who threatened their lives. Two of the women eventually got engaged to the captors.

« … it’s such a common phenomenon that it deserves a name. Thus the label, Stockholm Syndrome, was born. »
The Stockholm incident compelled journalists and social scientists to research whether the emotional bonding between captors and captives was a « freak » incident or a common occurrence in oppressive situations. They discovered that It has happened to concentration camp prisoners, cult members, civilians in Chinese Communist prisons, pimp-procured prostitutes, incest victims, physically and/or emotionally abused children (ESPECIALLY by the state), battered women, prisoners of war, victims of hijackings, and of course, hostages. Virtually anyone can get Stockholm Syndrome it the following conditions are met:

* Perceived threat to survival and the belief that one’s captor is willing to act on that threat
* The captive’s perception of small kindnesses from the captor within a context of terror
* Isolation from perspectives other than those of the captor
* Perceived inability to escape.

Stockholm Syndrome is a survival mechanism. The men, women and CHILDREN who get it are not lunatics. They are fighting for their lives.

According to psychologists, the abused bond to their abusers as a means to endure violence.

Victims’ Observed Strategies for Survival

Victims have to concentrate on survival, requiring avoidance of direct, honest reaction to destructive treatment. Become highly attuned to pleasure and displeasure reactions of
ESPECIALLY SEE
« Are CPS People Sociopaths? »
victimizers. As a result, victims know much about captors, less about themselves. Victims are encouraged to develop psychological characteristics pleasing to captors: dependency, lack of initiative, inability to act, decide, think, etc. Both actively develop strategies for staying alive, including denial, attentiveness to victimizer’s wants, fondness for victimizer accompanied by fear, fear of interference by authorities, and adoption of victimizer’s perspective. Hostages are overwhelmingly grateful to terrorists for giving them life. They focus on captor’s kindnesses, not his acts of brutality. Battered women may assume that the abuser is a good man whose actions stem from problems that she can help him solve. Both feel fear, as well as love, compassion and empathy toward a captor who has shown them any kindness. Any acts of kindness by the captors will help ease the emotional distress they have created and will set the stage for emotional dependency of Counterproductive Victim Responses

Denial of terror and anger, and the perception of their victimizers as omnipotent people help to keep victims psychologically attached to victimizers. High anxiety functions to keep victims from seeing available options. Psychophysical stress responses develop.

NOTES:

Excerpts from, Domestic Violence Response Training Curriculum, November 1991, by Jeri Martinez
Psychological Responses to Terrorism
by Rev. Fr. Charles T. Brusca

At 10:15 A.M. on Thursday, August 23rd, 1973 the « Sveriges Kreditbank » of Stockholm, Sweden was rocked by sub-machine gun fire.(1) « The party has just begun », announced a 32 year old prison escapee named Jan-Erik Olsson. « The party », indeed, continued for some 131 hours, or five and a half days, as Olsson held four of the bank’s employees hostage in an 11 by 47 foot vault until late in the evening of August 28th.

While the « Sveriges Kreditbank » robbery itself may not have been of world shattering importance, later interviews with the four hostages yielded surprising results — results that have been confirmed in numerous other « hostage situations » in the years that followed. Even though the captives themselves were not able to explain it, they displayed a strange association with their captors, identifying with them while fearing those who sought to end their captivity. In some cases they later testified on behalf of or raised money for the legal defense of their captors. The Swedish location of the « Sveriges Kreditbank » gave its name to this mental aberration as « The Stockholm Syndrome ».

Long-term psychological study of this and similar hostage situations has defined a fairly clear and characteristic set of symptoms for the Stockholm Syndrome:

The captives begin to identify with their captors. At least at first this is a defensive mechanism, based on the (often unconscious) idea that the captor will not hurt the captive if he is cooperative and even positively supportive. The captive seeks to win the favor of the captor in an almost childlike way.

The captive often realizes that action taken by his would-be rescuers is very likely to hurt him instead of obtaining his release. Attempts at rescue may turn a presently tolerable situation into a lethal one. If the bullets of the authorities don’t get him, quite possibly those of the provoked captor will.

Long term captivity builds even stronger attachment to the captor as he becomes known as a human being with his own problems and aspirations. Particularly in political or ideological situations, longer captivity also allows the captive to become familiar with the captor’s point of view and the history of his grievances against authority. He may come to believe that the captor’s position is just.

The captive seeks to distance himself emotionally from the situation by denial that it is actually taking place. He fancies that « it is all a dream », or looses himself in excessive periods of sleep, or in delusions of being magically rescued. He may try to forget the situation by engaging in useless but time consuming « busy work ». Depending on his degree of identification with the captor he may deny that the captor is at fault, holding that the would-be rescuers and their insistence on punishing the captor are really to blame for his situation.

NOTES:
1. Information on the robbery and subsequent psychological analysis of the victims may be found in Frank M. Ochberg & David A. Soskis, eds., Victims of Terrorism, Boulder Colorado: Westview Press, 1982.
The Stockholm Syndrome: Not Just For Hostages
by Dee L.R. Graham, Edna Rawlings, Nelly Rimini

The Stockholm Syndrome is an emotional attachment, a bond of interdependence between captive and captor that develops ‘when someone threatens your life, deliberates, and doesn’t kill you.’ (Symonds, 1980) The relief resulting from the removal of the threat of death generates intense feelings of gratitude and fear which combine to make the captive reluctant to display negative feelings toward the captor or terrorist. In fact, former hostages have visited their captors in jail, recommended defense counsel, and even started a defense fund. It is this dynamic which causes former hostages and abuse survivors to minimize the damage done to them and refuse to cooperate in prosecuting their tormentors.

« The victims’ need to survive is stronger than his impulse to hate the person who has created his dilemma. » (Strentz, 1980) The victim comes to see the captor as a ‘good guy’, even a savior. This condition…occurs in response to the four specific conditions listed below:

o A person threatens to kill another and is perceived as having the capability to do so.

o The other cannot escape, so her or his life depends on the threatening person.

o The threatened person is isolated from outsiders so that the only other perspective available to her or him is that of the threatening person.

o The threatening person is perceived as showing some degree of kindness to the one being threatened

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One Response to Libération d’Ingrid Bétancourt: Attention, un syndrome de Stockholm peut en cacher bien d’autres

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