Irak/3e: L’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain (Laurent Murawiec)

Nowar15feb2003marseille_2Les « pacifistes » croient donner une chance à la paix. En fait, s’ils donnent une chance, c’est à l’aveuglement et à lui seul. Les manifestations de samedi dernier c’est l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain. Une naïveté poussée jusqu’à l’absence complète de discernement le dispute au mépris de la réalité. Il n’y a rien à attendre d’une telle alliance. Laurent Murawiec

Un an déjà … !

Un an déjà depuis …

Notre premier « Tintin au pays des Soviets » sur le « Montreuil s’oppose au survol du territoire par les avions militaires des anglo-américains Montreuil dit NON à la guerre de Bush pour le pétrole » du fronton de la Mairie de Montreuil-sous-bois du printemps 2003″ …

Un an depuis le retour de « ce petit souvenir d’un séjour prolongé au pays des Soviets et … l’envie d’en préserver les traces de peur qu’avec le temps on ne me croie tout simplement plus ! » …

Un an déjà que j’ai commencé ce blog, à l’occasion justement du deuxième anniversaire approchant du déclenchement de l’Opération Liberté pour l’Irak.

Et, après 44 notes, 105 commentaires et 600 pages vues (soit la formidable moyenne de… 4 visiteurs par jour !), nouvelle occasion de reprendre la remontée dans le temps que j’avais alors voulu faire, pour tenter de l’éclairer, « sur cette étrange période et cette étrange passion qui nous avaient alors saisis tous ou presque »…

Mais aussi « la volonté de revisiter et de faire (re)connaitre – en une manière d’hommage – les quelques rares textes et articles qui avaient alors tenté de résister à la pression majoritaire, à cette sorte d’hystérie tour à tour anti-américaine et anti-israélienne » …

Comme justement cet entretien du chercheur franco-américain Laurent Murawiec, l’un des rares critiques à l’époque des manifestations pacifistes qui remplissaient alors les rues parisiennes mais aussi nationales et européennes et dont la Patrie auto-proclamée des droits de l’homme était si fière …

IRAK : Après les manifestations pacifistes de ce weekend à travers le monde contre les menaces d’intervention américaine

Murawiec : «Blix donne une interprétation hautement contestable de son mandat»

Chercheur à l’Hudson Institute de Washington, géostratège, auteur notamment de La Guerre au XXIe siècle et de L’Esprit des nations (Odile Jacob), Laurent Murawiec doute que le régime irakien accepte d’assister, dans les prochaines semaines, le travail des inspecteurs du désarmement. Plus largement, ce partisan avoué de la politique américaine, aux thèses controversées, s’inquiète de la fracture du camp occidental et s’interroge sur les objectifs des «pacifistes».
Propos recueillis par Alexis Lacroix
Le Figaro, 17 février 2003

LE FIGARO. – Livrant, vendredi dernier, une vision contrastée des efforts du régime irakien pour se conformer à la résolution 1441 de l’ONU sur son désarmement, les inspecteurs ont-ils redonné sa chance à la paix ?
Laurent MURAWIEC. – Au nez et à la barbe des inspecteurs, les années 90 ont vu le boom des programmes d’armement irakien. Il ne faut jamais l’oublier : les Irakiens ont été formés par les Soviétiques à l’école de la dissimulation militaire, de la maskirovska. Ils sont donc des professionnels du camouflage. Dans un pays totalitaire comme l’Irak de Saddam Hussein, il faudrait l’entière coopération des autorités pour que les inspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) voient quelque chose. Ce n’est, de toute évidence, pas l’intention du gouvernement irakien, qui n’a pas révélé l’emplacement des stocks d’anthrax et autres gaz d’extermination, sans parler du programme à capacité nucléaire ou radiologique.

Saddam Hussein a annoncé vendredi qu’il faisait interdire les armes de destruction massive. Qu’en pensez-vous ?
C’est très aimable à lui ! On aimerait croire à cette transformation subite d’un dictateur sanguinaire en démocrate prêt à collaborer avec la communauté internationale… Il faut rappeler que la résolution 1441, une énième résolution des Nations unies visant à contraindre le régime irakien d’établir la preuve de son désarmement, constituait, lors de son adoption à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies, au début du mois de novembre 2002, un ultime sursis pour Saddam Hussein. Qu’a-t-il fait, pendant trois mois, de cette dernière chance ? Si les mots ont un sens, il convient dès à présent de considérer que le maître de Bagdad a agi en violation de la résolution.

Ce n’est pas le sentiment de Hans Blix, le chef de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection de l’ONU (Cocovinu), pour lequel il n’existe «aucune preuve d’activités prohibées».
S’appuyant sur les positions de trois pays – la France, l’Allemagne et la Russie – qui ont intérêt à la perpétuation d’un Irak saddamien, Hans Blix donne une interprétation hautement contestable de son mandat. Il affirme que son mandat consiste à découvrir les armements éventuellement dissimulés.

Et ce n’est pas le cas ?
En aucun cas. Dans le cadre de la résolution 1441, Hans Blix est censé vérifier l’état d’avancement du désarmement de l’Irak, s’assurer que le régime de Saddam Hussein coopère à son autodésarmement… En dilatant son mandat à une mission d’investigation, Blix le rend impossible.

Comment jugez-vous les manifestations «anti guerre» de samedi dernier ?
Les «pacifistes» croient donner une chance à la paix. En fait, s’ils donnent une chance, c’est à l’aveuglement et à lui seul. Les manifestations de samedi dernier c’est l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain. Une naïveté poussée jusqu’à l’absence complète de discernement le dispute au mépris de la réalité. Il n’y a rien à attendre d’une telle alliance.

Certains pacifistes, notamment parmi les Français, affirment que la présence de Saddam Hussein constitue un «moindre mal», par contraste avec un régime néofondamentaliste. Qu’en pensez-vous ?
Saddam Hussein est laïc pour les mêmes raisons que Hitler, autrefois, abhorrait les prêtres, les pasteurs et le Pape. Si Saddam s’attaque aux mollahs, ce n’est pas par attachement envers les Lumières et envers la démocratie, c’est par instinct de rivalité, exactement comme le dictateur nazi craignait d’être concurrencé par les Eglises dans sa tentative de s’assurer le contrôle des âmes. Par ailleurs, n’oublions pas qu’à l’extérieur de ses frontières, le régime irakien soigne ses passerelles et ses connexions avec le «fascisme vert». La collaboration bat son plein entre les services secrets de Saddam Hussein et la nébuleuse terroriste internationale. In fine, l’argument selon lequel le régime irakien constitue «un moindre mal» apparaît encore plus irrecevable quand on apprend que 80% de la population iranienne soutient la politique étrangère américaine. Pourquoi est-ce le régime islamique de Téhéran qui compte le plus d’amis des Etats-Unis ? Et pourquoi est-ce celui, «laïc», de Bagdad, où la haine de l’Amérique a force de religion civile ? Le «moindre mal» dure à Bagdad depuis 45 ans, depuis que le Baas est au pouvoir. Alors, moindre mal pour qui ? En 1991, la répression des Chiites au sud de l’Irak a fait 300 000 morts. Les «pacifistes» défendront Saddam jusqu’au dernier Irakien.

Dans le monde arabe, les dictatures seraient-elles plus dangereuses que la volonté de pureté intégriste ?
Un projet est né, depuis quelques années, dans les élites dirigeantes américaines. Il consiste à changer la règle du jeu au Moyen-Orient. Les «néoconservateurs», dont l’éminence grise est Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone, ont conçu ce projet au fil des mois en prenant conscience de l’échec radical des politiques occidentales en direction du monde arabe. Pour être plus précis, ces hommes qui président aujourd’hui aux destinées des Etats-Unis ont réalisé qu’un pays arabe, aussi longtemps qu’il est soumis à un régime dictatorial, alimente, directement ou indirectement, le terrorisme, et propage l’instabilité dans la région. Et ils ont constaté que ce même pays «voyou» cessait de fournir un terreau aux activités de terreur quand il amorçait une transition démocratique.

La catastrophe du 11 septembre a-t-elle accéléré cette prise de conscience ?
Il y a deux ans, ces analyses n’avaient pas la crédibilité dont elles jouissent actuellement. Si George W. Bush s’en inspire aujourd’hui directement, c’est parce que l’Amérique, entre temps, a été frappée sur son sol par l’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire. L’administration américaine, depuis la riposte en Afghanistan, a donc décidé de prendre le problème à la racine. Pour ne plus mener, contre la terreur, une guerre en surface, comme on met un cautère sur une jambe de bois.

La France guide, ces derniers jours, le «front du refus» de la guerre en Irak. L’approuvez-vous ?
Elle protège le pouvoir de Saddam à Bagdad. La prétendue «politique arabe» de la France est une mascarade. Son principe ? Consentir aux frais du contribuable des prêts pharaoniques à des dictateurs arabes, à charge pour eux de signer avec la France des contrats d’exportation. Or les retours de cette politique sont quasi nuls pour la France. Non seulement les pays auxquels elle fournit des équipements nucléaires ou de combat règlent rarement toute la facture ; mais ils n’hésitent pas, le cas échéant, à porter préjudice à la sécurité des ressortissants français établis sur leur sol, ou à la vie des représentants officiels de la France, comme cet ambassadeur au Liban tué par les Syriens. Depuis quand gagne-t-on des amis parce qu’on accepte de se coucher ? Divers dictateurs moyen-orientaux qui furent et sont l’objet de la sollicitude de cette «politique arabe» ont à plusieurs reprises mis Paris à feu et à sang. Pour leur peine, notre chef de l’Etat a été l’unique Occidental de ce niveau à assister aux obsèques de Hafez al-Assad.

Selon Robert Kagan, l’Europe dans son ensemble serait atteinte d’une incapacité à se mouvoir dans le «monde hobbésien» de l’après-11 septembre. Les dernières péripéties européennes sur la question irakienne confirment-elles cette thèse ?
Nuançons ! Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à identifier leur ennemi, en l’occurrence Saddam Hussein. Dix pays européens, dont huit des chefs d’Etat ont signé la lettre coordonnée par Jose Maria Aznar et Tony Blair, ont assuré l’Amérique de leur soutien. C’est donc la France, l’Allemagne, la Belgique qui, à l’évidence, illustrent seules la thèse de Kagan et se font les champions d’une acosmie, d’un retrait du monde de l’Europe. Ces trois pays sont les seuls, en Europe, à vouloir bâtir l’Europe comme un contre-pouvoir aux Etats-Unis.

Et vous le leur reprochez ?
Où sont les budgets de défense qui garantiraient la paix du monde ? Richard Perle a raison de rappeler, dans le Figaro, que, loin des sirènes françaises, «l’Union européenne peut obtenir une cohésion sans avoir à se définir contre qui que ce soit». Quand des pays européens conçoivent l’Europe comme un instrument pour se poser en s’opposant, on voit le résultat : cela donne Gerhard Schröder (qui est en passe de faire littéralement sortir l’Allemagne de l’histoire) affirmant que, même en cas de mandat de l’ONU, Berlin ne ferait rien… Cela donne Paris, Berlin et Bruxelles mettant leur veto à des mesures de soutien défensif en faveur de la Turquie en cas de guerre contre Bagdad, et plongeant l’Otan dans l’une des plus graves crises de son histoire… . L’écrasante majorité des Européens est au côté des Américains, décidés à affronter le «monde hobbésien» de la terreur ordinaire. Ne les laissons pas kidnapper par le «front du refus» ! Le Cyrano français aux effets de manches calculés ne les protégera pas longtemps d’un univers où, comme le savait de Gaulle, seules «comptent les réalités». Pendant qu’on passe son temps à gesticuler sur scène, les événements avancent…

Comment jugez-vous le déchaînement de la presse américaine à l’égard de la France ?
Il faut faire la différence entre les tabloïds populistes et les grandes plumes de la New Chronicle, du Washington Post ou du Wall Street Journal – George Will, William Safire ou Charles Krauthammer par exemple. Les dirigeants français avaient un grand allié à Washington, Colin Powell. Il se sent trahi par eux. La colombe multilatéraliste est devenue faucon. Au-delà des dérapages dans la caricature injurieuse – la réciproque est devenue tellement banale en France que personne ne la relève plus ! –, la presse américaine me semble être surtout une presse indignée, à l’instar de Powell écoeuré par la déloyauté de certains diplomates français. Elle reflète l’exaspération qu’inspirent des Français particulièrement prompts à s’aliéner les plus pacifiques, les plus francophiles des Américains.

2 Responses to Irak/3e: L’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain (Laurent Murawiec)

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