Affaire Sevran : Vous avez dit… « bite »? (French TV personality called out for blaming the black penis for the famine in Africa)

Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler… si vous ajoutez le bruit et l’odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela… Jacques Chirac (le 19 juin 1991)
Le Niger. Safari-photo insoutenable. Des enfants on en ramasse à la pelle dans ce pays (est-ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout-va. La mort est au bout de leur bite. Ils peuvent continuer puisque ça les amuse… Pascal Sevran

Vous avez dit… « bite »?

Pendant que nos amis persans se donnent beaucoup de mal pour faire avancer la recherche sur le génocide juif …

Beaucoup de monde (mais qui ne l’a encore pas au sein de nos quotidiens de révérence?) à décorer de la légion d’honneur dans les 130 jours qui restent à Notre Grand Génie de Corrèze …

Après Finkielkraut, Frêche et de Villiers (Dieudonné et plus récemment Confiant ne pouvant, couleur oblige on le sait, être racistes), voilà le « chanteur de vie » Pascal Sevran qui est désigné à la vindicte publique pour avoir osé parler (en termes peu châtiés il est vrai: appeler une bite une bite, quand même!) du problème de la surnatalité de certains pays africains (il aurait pu aussi ajouter celui – lié – de la surtransmission du SIDA, mais alors là il aurait peut-être fallu également balayer devant sa porte, les homosexuels irresponsables se trouvant plutôt de ce côté-ci de la Méditerrannée).

Mais quid, sans parler du faussaire Enderlin de télé-Pravda, de… la terreur de Tchéchénie, l’équarisseur de journalistes ou l’empoisonneur de politiques ou d’ex-espions ?

L’animateur Pascal Sevran accusé de racisme et d' »éloge de l’eugénisme »

Le Monde avec AFP et Reuters

Dans le Privilège des jonquilles, son dernier livre, l’animateur de télévision Pascal Sevran écrit : « Le Niger. Safari-photo insoutenable. Des enfants on en ramasse à la pelle dans ce pays (est-ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout-va. La mort est au bout de leur bite. Ils peuvent continuer puisque ça les amuse… »

Puis, interpellé sur ces propos par un journaliste de Nice Matin, le 2 décembre, il ajoute : « Et alors ? C’est la vérité ! L’Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète ! »

Devant une telle accumulation, plusieurs associations ont décidé de ne pas laisser passer ce qu’elles considèrent comme des propos racistes et un « éloge de l’eugénisme ». Le MRAP, notamment, appelle France Télévisions à exclure l’animateur de l’audiovisuel public : « Pascal Sevran véhicule les stéréotypes et clichés racistes les plus éculés à l’endroit des populations noires », estime le Mouvement contre le racisme et pour la paix entre les peuples. « Après les propos de Finkielkraut, Frêche, de Villiers et Le Pen sur l’équipe de France de football, Pascal Sevran fait sauter un verrou supplémentaire permettant la libération et l’entretien de la parole raciste », ajoute-t-il dans un communiqué.

PLAINTE

Dans une lettre ouverte à Jacques Chirac, publiée sur le site Nouvelobs.com, le collectif DOM des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais appelle le chef de l’Etat à « suspendre Pascal Sevran de l’ordre national de la Légion d’honneur ». Il annonce également sa décision de porter plainte contre l’animateur. « Un éloge aussi clair de l’eugénisme tombe sous le coup de nos lois », estime Claude Ribbe, président du collectif DOM et membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme.

Pour le Parti socialiste, les propos de l’animateur sont une « véritable apologie du racisme et de l’eugénisme ». Le PS estime par ailleurs que « Nicolas Sarkozy doit dire publiquement s’il se désolidarise de Pascal Sevran, qui compte parmi ses soutiens les plus actifs ». Le ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, s’est lui aussi déclaré « extrêmement choqué ». « En tant que ministre et citoyen français, je trouve que les propos de Pascal Sevran sont scandaleux, inadmissibles et racistes », a dit le ministre sur RTL. Et de conclure : « Que la justice française le déclare coupable, ce sera une bonne chose ».

Seul Jack Lang, l’ancien ministre socialiste de la culture, a jusqu’ici volé à son secours, affirmant « avec force que, par ses comportements et par ses actes, Pascal Sevran est profondément antiraciste ». Vendredi soir, un porte-parole de France Télévisions a indiqué que « l’émission ‘Chanter la vie’ est maintenue. Il n’y a pas de remise en cause ». Devant cette vague de réactions, M. Sevran a publié un communiqué dans lequel il se défend de tout racisme et dénonce une « campagne honteuse » autour de ses propos, qu’il estime « manipulés ». Il s’y réclame « de l’amitié d’hommes aussi irréprochables sur le plan du racisme que Jack Lang, Jacques Attali, Bertrand Delanoë ou Nicolas Sarkozy ».

Pascal Sevran, âgé de 61 ans, anime sur France 2 l’émission « Chanter la vie » depuis 2001, après avoir présenté « La Chance aux chansons » pendant près de quinze ans.

Réactions politiques embarrassées après les propos de Pascal Sevran sur l’Afrique
Le Monde

12.12.06 |

Les propos de l’animateur de France 2, Pascal Sevran, sur la natalité en Afrique, lui ont valu, lundi 11 décembre, une lettre d’avertissement du directeur général de France 2, Philippe Baudillon, rendue publique par la chaîne. Ses déclarations suscitent l’indignation des mouvements antiracistes et provoquent l’embarras de quelques politiques.

Prenant acte des « excuses » présentées par M. Sevran dans Le Parisien dimanche du 10 décembre et du fait que les propos incriminés n’ont pas été tenus à l’antenne, la direction de France 2 lui écrit qu’il n’est « pas pensable que des propos (…) en contradiction flagrante avec les valeurs de service public soient véhiculés dans quelque support que ce soit ». Elle lui adresse « une très ferme mise en garde qui a valeur de sévère avertissement » et menace de « remettre en cause » sa collaboration à France 2. L’émission de l’animateur, « Chanter la vie », rassemble chaque dimanche 1,9 million de téléspectateurs.

M. Sevran avait déclaré à Var Matin, le 2 décembre, qu’il « faudrait stériliser la moitié de la planète ». Il commentait un passage de son livre Le privilège des jonquilles (Albin Michel), vendu à 50 000 exemplaires, où il désignait les coupables de la famine au Niger, selon lui : « Ils signent leurs crimes en copulant à tout va, la mort est au bout de leurs bites, ils peuvent continuer parce que ça les amuse (…) : faire des enfants, le seul crime impuni. » Dans Le Parisien dimanche, l’animateur suggérait d’instaurer « un véritable contrôle des naissances, comme les Chinois l’ont fait », un pays où ont eu lieu des campagnes de stérilisation forcée et des meurtres de bébés de sexe féminin.

Le président du MRAP, Mouloud Aounit, juge les excuses de M. Sevran « bien tardives » et la mise en garde de France 2 « à moitié satisfaisante ». « C’est un homme public, il a une responsabilité. Il fallait le suspendre d’antenne jusqu’à ce que les procédures judiciaires débouchent », souligne-t-il. Le MRAP a saisi le parquet, lundi. « Ce que je trouve terrible, c’est qu’il y a eu l’affaire Frêche et l’affaire Finkielkraut (sur les joueurs noirs de l’équipe de France) et que les uns et les autres font sauter les verrous. Il y a une banalisation des stéréotypes racistes », souligne M. Aounit. Mardi, Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme et Patrick Lozes, le président du CRAN, devaient tenir une conférence de presse commune.

A l’Elysée, le commentaire est sans ambiguïté : « Il est bien évident que le président condamne de tels propos. Il a été le premier à condamner ceux de Georges Frêche et l’un des seuls à droite », observe l’entourage de Jacques Chirac, interrogé par Le Monde.

Jack Lang, dont l’animateur de télévision invoque le soutien, est plus embarrassé. L’ancien ministre de la culture veut témoigner que M. Sevran est « étranger à toute vision raciste » en précisant qu’il « ne partage ses propos consternants en aucune manière ». Et conclut : « Je sais que ce n’est pas politiquement correct, mais je m’en fous : c’est un ami. » Bertrand Delanoë assure que « le fond de la pensée de Pascal n’a pas le moindre rapport avec le racisme ». L’entourage de Nicolas Sarkozy, envers qui M. Sevran a professé une admiration publique et répétée, est très prudent : « M. Sevran ne fait pas partie du comité de soutien de Nicolas Sarkozy. D’ailleurs il n’y a pas de comité de soutien. » Les collaborateurs du président de l’UMP surveillent cependant avec attention les réactions des médias à l’affaire.

Béatrice Gurney

Le Monde du 13.12.06

Voir aussi le billet de Libération et surtout ses guillemets pour le « racisme antiblancs »:

Racismes (bon et mauvais)
Pierre MARCELLE

Libération

lundi 11 décembre 2006

Qu’est-ce qu’ils ont tous, avec nos frères humains à la peau sombre et aux ultramarines origines ? Qu’est-ce qu’ils ont à nous en faire l’objet d’indicible ressentiment, plein de dits criminels et de non-dits obscurs, en débondage d’inconscient ou de pétage de plombs ? Après Alain Finkielkraut et son interview déjantée au quotidien israélien Haaretz, après Georges Frêche qui ne manque jamais une occasion de coloniser son socialisme septimaniaque, voici Pascal Sevran déclinant en fantasme de grosse bite à Dudule la vigueur sexuelle supposée de l’indigène comme «responsable de la famine en Afrique». Quoi de liant, entre ces trois-là ? Le détournement de leur propos, clament-ils en choeur. Finkie a été «piégé», Frêche «décontextualisé» et Sevran sommé de rendre compte d’une seule phrase tirée du tome septième de son Journal… Mais de commun dénominateur au philosophe radiophonique, à l’ubuesque élu socialiste et à l’animateur enchanté de France Télévisions, il n’est que l’indémerdabilité de la situation en laquelle ils se sont mis. Le paradoxe est qu’en leurs bruyantes protestations d’ordinaire antiracisme que leur carrière publique et leur sensibilité plus ou moins «de gauche» sont censées gager, tous sont audibles, au bénéfice de la «bonne foi» qu’un démocrate aussi sincère que moi ne saurait leur contester. Admettons. Ce sont gens de qualité, comme dit Figaro… Mais que tous admettent alors que ce «racisme antiblancs» que leur vertu peureuse et poreuse prête trop volontiers à leurs adversaires s’alimentera sans complexes et sans états d’âme à la prodigieuse irresponsabilité de leurs débiles proclamations.

Voir enfin sur Raphaël Confiant:

Je crois déceler une double souffrance chez l’humoriste: l’une est liée à sa personne, à son être métis (père africain, mère blanche) ; l’autre, liée à ces gens qu’il est interdit de nommer (il a été partenaire de scène de l’un d’eux pendant une quinzaine d’années) (…) bien que de mère blanche, gauloise, camembert, tout ce qu’on voudra, Dieudonné sait que les gens comme lui demeureront à jamais dans la société raciste hexagonale un nègre et rien qu’un nègre.

Point de vue
L’innommable Raphaël Confiant ?

Jacky Dahomay
Le Monde

02.12.06

L’écrivain martiniquais Raphaël Confiant est-il un théoricien de la « créolité », un critique comme Edouard Glissant des théories simplistes de l’identité « racine », ou, au contraire, un néo-nationaliste antillais concevant l’identité de façon substantialiste avec tout ce que cela implique d’exclusion et de haine de l’autre ? Serait-il le prêtre d’une nouvelle judéophobie noire ? On ne peut le dire, mais il est difficile de nommer son texte La Faute (pardonnable) de Dieudonné, qu’il fait circuler sur Internet et qui suscite un émoi certain aux Antilles.

Réagissant à une critique faite à Dieudonné (notamment concernant sa présence à la fête du Front national) par un de ses anciens amis, professeur métropolitain blanc, installé en Martinique depuis de nombreuses années et membre par ailleurs de la Ligue des droits de l’homme, Raphaël Confiant écrit ceci : « Quand un Euro-Américain me fait une leçon de démocratie, de tolérance et de droits de l’homme, j’ai deux réactions : d’abord, je suis admiratif devant un culot aussi monstre. Après avoir génocidé les Amérindiens, esclavagisé les Nègres, chambre-à-gazé les Innommables, gégènisé les Algériens, napalmisé les Vietnamiens et j’en passe, voici que ça se pose en modèle de vertu ! Chapeau les mecs. Par contre, quand un Innommable, après tout ce qu’il a subi de l’Occident, vient me tenir le même discours et se pose à moi en civilisé et en Occidental, là je n’ai plus qu’une seule réaction. Comme Dieudonné, je me fâche tout net. »

Si on comprend bien, tout Blanc ou tout Euro-Aaméricain qui défend l’idée des droits de l’homme est, pour Raphaël Confiant, éminemment suspect. Il porterait comme dans ses gènes les fautes commises par ses aïeux. L’Europe et l’Occident étant réduits au mal, leur histoire ne comporte nulle grandeur, nulle générosité. Schoelcher, Marx, Lénine (???), les anti-esclavagistes européens, les anticolonialistes français, Jean Moulin et les résistants, la littérature et la philosophie européennes, tous suspects car participant du même mal posé par Confiant comme substantiel à on ne sait quelle essence même de l' »Occident ». Chapeau, Confiant, pour une telle somme d’inepties !

Mais le plus obscur donc qu’on a du mal à nommer chez cet écrivain martiniquais, c’est la colère qu’il exprime contre les Innommables, colère qui le porte à justifier le rapprochement de Dieudonné avec le Front national et sans doute – on a du mal à le comprendre – sa volonté de pardonner à l’humoriste certains de ses propos jugés (???) antisémites. Mais qui sont ces Innommables ? Les Juifs, bien sûr. Mais pourquoi l’écrivain ne les nomme-t-il pas ? C’est là que tout devient subtil. Confiant, professeur de lettres, universitaire, écrivain, sait bien que « Innommable », pour le Petit Larousse par exemple, est : « Trop vil, trop dégoûtant pour être nommé, injustifiable ». S’il traitait les Juifs de cette façon, il n’aurait rien à envier aux nazis, pour qui les Juifs étaient de la « vermine ». L’écrivain antillais ne veut point tomber sous le coup de la loi et il précise donc qu’il parle d’individus « dont la loi interdit de nommer et la nationalité et la religion ». Et il ajoute : « dans ce papier, je les désignerais donc sous le nom d’Innommables ». Le problème de Confiant est celui de savoir comment obéir à la loi juridique tout en désobéissant à la loi morale qui dicte le devoir comme exigence d’humanité. Cette exigence étant au fondement même des droits de l’homme, on ne voit pas pourquoi on la respecterait si les droits de l’homme ne sont que les droits de l’homme blanc occidental.

Les nazis, eux aussi, détestaient l’idée des droits de l’homme. Pour eux, il n’y avait que les droits de la culture (et encore de la culture allemande), du Volkgeist, de l’esprit d’un peuple. Voilà pourquoi ils réduisaient la politique, comme Carl Schmitt, à la distinction amis-ennemis. Le nationalisme allemand, parce que nationaliste – donc contenant potentiellement une dialectique de l’extermination, comme tout nationalisme, fût-il antillais –, s’est accompli dans l’extrême haine de l’autre que fut le nazisme, contredisant ainsi ce que l’Occident avait tenté de penser comme l’Humanisme, quelles que soient les faiblesses d’ailleurs de cet humanisme. Comme l’a fait remarquer Hannah Arendt, avant d’envoyer les Juifs à la mort, il fallait d’abord les soustraire de l’humanité et, en leur enlevant la citoyenneté, on les rendait ainsi tuables parce que pour les nazis, l’identité politique (la citoyenneté) se réduisait à l’identité culturelle. Les idéologues nationalistes antillais ont du mal aussi à penser la distinction identité politique/identité culturelle. On pourrait se demander si, aujourd’hui, traiter les Juifs d’Innommables ce n’est pas une façon d’affirmer qu’ils sont donc hors du langage, de la signification et du sens, donc de la culture tout court. Une autre façon plus subtile de leur dénier leur appartenance à l’humanité. Nous ne disons pas que c’est là la volonté de Confiant car la loi nous interdit de nommer nazis ou pronazis les propos tenus par l’écrivain. Affirmons tout simplement que le comportement de Raphaël Confiant, écrivain responsable de ses actes et de ses écrits, est absolument innommable, c’est-à-dire injustifiable. Nous ne disons pas que sa personne est innommable car ce serait vouloir le rayer de l’humanité. C’est seulement son comportement qui nous donne le haut-le-cœur.

Mais on ne peut en rester à cette indignation spontanée. Il faut comprendre. Comment expliquer qu’un intellectuel, dans les Antilles d’aujourd’hui, puisse en arriver là ? On peut critiquer les dérives de certains intellectuels juifs comme Finkielkraut (???). Nous l’avons fait. On peut condamner tout ce qui, dans l’histoire dudit Occident, relève de la mise en esclavage, d’exterminations de toutes sortes. On peut même suspecter un certain républicanisme français, celui de Jules Ferry par exemple, ou un démocrate comme Tocqueville, pour leur nationalisme, leur volonté impérialiste, voire leur racisme. Cela aussi, nous l’avons fait. On peut aussi dénoncer ce qui aux Antilles-Guyane reste de pratiques colonialistes. C’est vrai. On peut surtout essayer de penser pour les DOM un autre avenir plus conforme à leur histoire. C’est notre souci. Mais d’avoir subi le colonialisme et le racisme ne nous donne absolument aucun droit d’être racistes. Ce que disait Fanon : « Je n’ai pas le droit, moi, homme de couleur, de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Je n’ai ni le droit ni le devoir d’exiger réparations pour mes ancêtres domestiqués (…). Je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères. »

La faute impardonnable de Raphaël Confiant est de vouloir réduire tout être humain à une identité par lui substantialisée, ce que Sartre nommait la « chosification » de l’autre lorsqu’il pensait à la question juive. Il ne comprend pas que l’histoire du peuple juif est partie intégrante de l’Occident tout comme une bonne partie de l’histoire des Antilles, d’ailleurs. En ce sens, Confiant n’est pas moins « occidental » que Finkielkraut, ne serait-ce que pour ses théories de la nation, très « allemandes », élaborées en Occident. Il a du mal à comprendre qu’il n’y a pas un être-juif, immuable et éternel, ni non plus un « être-martiniquais ». Qu’il y a des Juifs critiques de la politique d’Israël, des Juifs ayant combattu contre le colonialisme et le racisme tout comme des Français blancs aussi. Si tous les Blancs sont suspects, on comprend la douleur d’exister pour des mulâtres comme Dieudonné et Confiant. Ce dernier l’avoue lui-même : « Je crois déceler une double souffrance chez l’humoriste [il s’agit de Dieudonné, précisons] : l’une est liée à sa personne, à son être métis (père africain, mère blanche) ; l’autre, liée à ces gens qu’il est interdit de nommer (il a été partenaire de scène de l’un d’eux pendant une quinzaine d’années) (…) bien que de mère blanche, gauloise, camembert, tout ce qu’on voudra, Dieudonné sait que les gens comme lui demeureront à jamais dans la société raciste hexagonale un nègre et rien qu’un nègre. »

Il y aurait donc chez Dieudonné une souffrance ontologique, liée à son être même. Son malheur est d’être métis. Notons que le père est qualifié d’africain et non de noir et que la mère n’est pas nommée française (car Confiant est de nationalité française et bien payé par l’Etat français) mais blanche (référence à la race), gauloise (référence à une ethnie supposée être originaire), camembert (référence à une chose ayant partie liée avec la fermentation) et « tout ce que l’on voudra » précise Confiant, encourageant (involontairement peut-être ?) notre imagination à vagabonder vers des choses plus glauques, de la fermentation à la putréfaction ! On ne sait pas si Dieudonné appréciera que l’on parle de sa mère en ces termes mais si un membre du Front national traitait son père d' »Ibo, cirage et tout ce que l’on voudra », on crierait à juste titre au racisme. Dans cet innommable écrit, l’écrivain martiniquais pose la mère de Dieudonné comme portant en elle, parce que blanche, la faute de ses ancêtres car le mal est pensé ici comme héréditaire. Chose qui avait été déjà tentée d’être pensée par Malebranche dans De la recherche de la vérité. Comment comprendre que nous soyons encore responsable du péché d’Adam ? Pour le philosophe cartésien, c’est la mère qui retransmet la faute originelle à l’enfant et cela, grâce à l’imagination, depuis la nuit des temps. La deuxième faute de Dieudonné est d’avoir fréquenté trop longtemps un Innommable, c’est-à-dire un Juif. Car il est évident pour Raphaël Confiant que cette catégorie d’humains ne peut être fréquentable.

Au total, ces propos sont graves, très graves. A l’heure où des groupes de Noirs ou d’Antillais sont tentés en France de faire la chasse aux Juifs dans le même temps où un gendarme d’origine martiniquaise se fait presque lyncher avec un jeune Juif, alors que nombre de Français noirs ou métis se posent la question de leur intégration à la République française et que des gens en France, au Haut Conseil à l’intégration ou ailleurs, s’évertuent à trouver des solutions à ce douloureux problème, pour Raphaël Confiant, il n’y a pas de solution car jamais un Noir ni un métis ne pourront être intégrés dans une France hexagonale raciste, ontologiquement raciste. Que reste-t-il alors ? La violence, le désespoir, la haine de l’autre ? Ou tout simplement la solution de l’extrême droite : chassez-les, pourchassez-les, foutez-les dehors ! Les dérives d’un Dieudonné, cela commençait déjà à bien faire. Mais qu’il obtienne le soutien idéologique d’un écrivain antillais quelque peu célèbre, la chose est absolument condamnable !

Car, quoi qu’en dise Raphaël Confiant, le mal est bien radical, car inscrit dans la liberté même de l’homme. C’est la bête qui nous habite, universellement. Il y a des Noirs racistes, comme des Blancs ou des Juifs racistes. D’être descendants d’esclaves ne nous dispense pas de notre responsabilité. L’extermination de l’autre n’est pas le propre de l’Occident même si celui-ci, grâce à la domination technique, lui a donné l’ampleur que l’on sait. Tout homme, comme tout peuple et toute culture, porte en lui la tentation de l’extermination. Le Rwanda, ce n’est pas que la faute aux Blancs, cessons de nous raconter des histoires. Arrêtons de mettre nos faiblesses et nos impasses historiques sur le seul compte du colonialisme français. Ressaisissons-nous nous-mêmes ! En tout cas, la lutte est désormais ouverte aux Antilles entre, d’une part, ceux qui veulent faire évoluer nos sociétés dans des problématiques identitaires fermées, haineuses et obscurantistes et ceux qui, d’autre part, comme nous, pensent sincèrement que la question de l’identité ne pourra jamais se poser positivement en dehors du respect des droits fondamentaux de la personne humaine. Car, comme disait le célèbre Martiniquais Frantz Fanon, qui ne manquait pas d’humanisme, il s’agit de « lâcher l’homme », tous les hommes y compris, généreusement, Raphaël Confiant.

Jacky Dahomay est professeur de philosophie au lycée de Baimbridge (Guadeloupe) et membre du Haut Conseil à l’intégration.

Voir par ailleurs:

Racism Unfiltered in France

If the problem of racism in American discourse is typified by the N-word outburst of comedian Michael Richards followed by his abject apology, the French variant is altogether more toxic. The latest outrage came from second-string TV personality and self-appointed social commentator Pascal Sevran, whose recently published book included the obscenely racist idea that the « black [penis] is responsible for famine in Africa. » Elaborating in a newspaper interview, Sevran said, « Africa is dying from all the children born there » to parents supposedly too sexually undisciplined or dumb to realize they could not feed them all. The answer to the problem? « We need sterilize half the planet, » Sevran emphatically replied. Known as an relentless attention-seeker, the defiant Sevran drew only limited fire for his comments, and a public rebuke from his public television employer — though not the cancellation of his Sunday program that many demanded. Appalled at the light punishment, the government of Niger (itself a victim of recent famines) announced it would file libel charges against Sevran in French courts.Sevran’s prurient opinions are but the latest addition to the growing racist chatter in the French mainstream. A month earlier, a Socialist political kingpin in the Montpellier region sparked fury — and possible expulsion from the party — by lamenting that France’s national soccer team fielded « 9 blacks out of 11 » starting players. « I’m ashamed of this country, » in which « the whites are lousy, » he groused, and would soon be fielding teams « where all 11 players are black. » That echoed a comment a year earlier by philosopher Alain Finkelkraut, who — seeking to explain the 2005 rioting by youths descended from immigrants in France’s suburbs — made allusion to France’s « white-black-Arab » soccer side that won the 1998 World Cup and became an icon of French social integration.  » Today, [the team is] black-black-black, and it’s the laughingstock of Europe, » Finkelkraut complained.

Even some black Frenchmen have joined the bigoted chorus: In November, the black comic known as Dieudonn� made a conspicuous appearance at the annual congress of Jean-Marie Le Pen’s National Front party — much to the pleasure of extreme-rightists looking to lose their racist stigma without changing their xenophobic positions. For the last two years, the self-described leftist Dieudonn� had outdone even Le Pen in Jew-baiting, delivering a series of brazenly anti-Semitic remarks, belittling the Holocaust and depicting Jews as racist persecutors of blacks and Arabs. Though that earned him general condemnation, Dieudonn�’s high-profile fraternizing with a party treated as a pariah by most French minorities and voters indicated that he, too, was looking for a more effective manner to promote his divisive positions. His flirtation with Le Pen found support from Ahmed Moualek, a blogger and influential voice from France’s blighted suburban housing projects who said he’d rather debate with « an intelligent racist than with a stupid anti-racist, » noting that while Le Pen’s « language can at times shock people, he’s an honest man. »

The rising torrent of racist language and publicly expressed racist attitudes may be a sign less that racism is spreading, than that the boundaries of mainstream tolerance are changing. As in the U.S., France has seen an increase in provocative shock content in entertainment and commentary, whether for comic effect or political impact. Interior Minister and presidential hopeful Nicolas Sarkozy drew protests when he used a racially loaded term to denounce young men rioting in the suburbs last year — an outcry that also coincided with his jump in polls. The street patois of those ethnically diverse projects, meanwhile, has also long contained its own racially aggressive « shock » element, with the rejoinder « ta race » (your race) a kind of generic, all-purpose slight. Clearly, the political « filter » in the U.S. public square that prompts a Michael Richards or a Mel Gibson to grovel apologetically following publicly recorded racial insults is considerably less developed in France. Indeed, last year’s riots were a stark reminder of how poorly France has done in integrating its diversity, remaining locked in an officially « color-blind » national ideology that often simply avoids confronting the problems of racial inequality. France counts no blacks or Arabs as members of parliament, and its corporate boardrooms don’t fare much better.

France rejects affirmative action as incompatible with its republican ideals of color-blind equality for all citizens. Nice in theory, but that’s not working in practice: discrimination continues, inequality is rife, and notions of color-blindness don’t square with the rising chorus of racially loaded commentary. Color-blindness may also function to keep France blind to racial discrimination and inequality, but the rising tide of anger in the projects and racist chatter in the mainstream suggests that the French may soon have no choice but to openly confront what color-blindness prefers not to see.

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One Response to Affaire Sevran : Vous avez dit… « bite »? (French TV personality called out for blaming the black penis for the famine in Africa)

  1. jcdurbant dit :

    C’EST LE VENTRE DES AFRICAINES, IMBECILE !

    « Le défi de l’Afrique est civilisationnel. Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider de dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ».

    Emmanuel Macron

    https://www.liberation.fr/planete/2017/07/11/m-macron-laissez-tranquille-le-ventre-des-africaines_1583222

    «Je veux dire, 63 % des adultes non éduqués aujourd’hui sont des femmes. C’est là l’origine profonde des inégalités entre les sexes. L’un des problèmes critiques que nous avons concernant la démographie africaine est le fait qu’il ne s’agit pas d’une fécondité choisie. Je dis toujours : «S’il vous plaît, présentez-moi la dame qui a décidé, étant parfaitement instruite, d’avoir sept, huit, neuf enfants. S’il vous plaît, présentez-moi la jeune fille qui a décidé de quitter l’école à 10 ans pour se marier à 12 ans.» Et ce n’est pas faire la leçon aux Africains depuis New York. C’est des conneries de dire ça. Beaucoup de dirigeants africains osent aujourd’hui avoir ce genre de discours. C’est simplement parce que beaucoup de filles n’ont pas reçu une éducation adéquate parce que les gens, de facto, dans ces pays, mais ici aussi, ont décidé que les droits de ces filles n’étaient pas exactement les mêmes que ceux d’un jeune homme, ce qui n’est pas acceptable. Je suis d’accord pour qu’une femme ait sept ou huit enfants, si c’est son choix, après ses études. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. C’est pourquoi, pour moi, l’éducation est la réponse principale d’abord pour éviter le pire, ensuite pour maximiser les opportunités dans les pays africains et dans le reste du monde, et enfin pour contrôler correctement la démographie parce qu’elle sera choisie démographie.»

    Emmanuel Macron

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