« Les Parisiens sous l’Occupation »: La troublante beauté de la puissance (Troubling new pictures of occupied Gai Paris)

17 avril, 2008
Occupied ParisC’était le style particulier du fascisme et du national-socialisme qui m’avait séduit, tout d’abord, plutôt que tel ou tel aspect de leurs doctrines sociales ou économiques […]. J’avais constaté que la puissance et la beauté sont deux phénomènes inséparables et que les grandes époques politiques coïncident invariablement avec les grandes époques de l’art. Jacques Benoist-Méchin (Historien et ministre)
Le régime national-socialiste répondant le mieux aux besoins réels et aux aspirations intellectuelles de l’Européen moderne, il faut inculquer aux peuples vaincus la croyance de la supériorité de ce régime, tout en les détournant de leurs propres gouvernements, coupables de l’avoir combattu. Ce résultat doit être obtenu par tous les moyens : persuasion, coercition, corruption, etc. Gérard Walter
La France vaincue aurait pu en rester aux relations conflictuelles classiques entre occupants et occupés. Mais le Führer permit à la France – cas unique dans l’Europe occupée – de garder un gouvernement sous tutelle mais théoriquement souverain, l’Etat français, installé à Vichy. Mieux, pour rallier une partie des élites, il autorisa en zone occupée – et nulle part ailleurs en Europe – l’existence de mouvements, il est vrai surveillés par son ambassadeur Otto Abetz. Déat constatait: «Les Allemands font du jardinage politique pour voir si quelque chose va pousser.» De son côté, Pétain, au lieu d’adopter un profil bas vis-à-vis du vainqueur, en choisissant la collaboration politique, jouait la carte du vainqueur probable et surtout ménageait sa neutralité bienveillante pour mettre en œuvre sa «Révolution nationale». Jean-Pierre Azéma

Après l’exposition au Musée d’Art moderne l’an dernier sur la Léna Riefenstahl soviétique, le chantre de l’extermination par le travail du tiers des quelque 140 000 prisonniers du goulag (via le percement en 1931-1933 du tristement fameux Canal de la mer Blanche à la Baltique), le photographe avant-gardiste Alexandre Rodtchenko

Voici, à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et au même moment qu’une nouvelle sortie complaisante de l’auteur franco-américain des « Bienveillantes » sur le Volksführer de Wallonie Léon Degrelle, « L’Occupation tranquille » du photographe français de la Propaganda-Staffel André Zucca (“Les Parisiens sous l’Occupation”)

Troublante démonstration de la fascination que, comme le rappellent L’Express ou La Croix, les vainqueurs de juin 40 avaient exercée sur les exaltés, affairistes et fêtards d’une certaine « France allemande » (quasi-érotique pour nombre de jeunes filles en fleur ou cinéastes et littérateurs à la Cocteau ou à la Genet) …

Les derniers secrets de l’Occupation
L’EXPRESS
16/04/2008

Il fut un peu le Doisneau des années sombres, le Cartier-Bresson de l’Occupation. Armé d’un Leica et d’une pellicule couleur fournie par ses employeurs nazis du magazine Signal, le Français André Zucca a mitraillé sans relâche les rues de Paris entre 1941 et 1944. Un Paris plein d’élégantes à semelles de bois et de reîtres en goguette, d’affiches de films avec Edwige Feuillère et de publicités pour la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF). Exposés aujourd’hui à Paris, ses clichés suscitent malaise et polémique. Peut-être parce qu’ils auraient mérité d’être présentés avec plus de pincettes. Mais surtout parce qu’ils nous confrontent à une capitale ensoleillée, aux terrasses bondées, où les bourreaux vert-de-gris semblent faire partie d’un paysage à la Prévert. Que ce «gai Paris» ait coexisté avec les rafles et les fusillés du mont Valérien est l’un des derniers tabous de notre mémoire collective. La France occupée a fait surgir une noire élite qui s’est grisée de son éphémère triomphe. C’est ce que rappelle un essai dérangeant signé Patrick Buisson dont L’Express publie des extraits. Son auteur y lève le voile sur la fascination quasi érotique envers les vainqueurs, sur fond de bacchanale interlope.

Enfoncée dans le déni et la honte, la France, après la guerre, aurait même stipendié Klaus Barbie, d’après les nouvelles révélations du général Aussaresses. Décidément, cette «France allemande» qui n’a dansé que quelques étés n’a pas fini de dégorger ses secrets. Ni, d’un siècle à l’autre, de se rappeler à notre bonne conscience…

Voir aussi:

L’ambiguïté des images de Paris sous l’Occupation
La Croix
07-04-2008

André Zucca, payé par les nazis, renvoie de la capitale une image déconcertante qui gomme le tragique de la situation

Une promenade presque sereine et en couleurs à travers le Paris occupé. C’est ce que semble proposer, jusqu’au 1er juillet 2008, la Bibliothèque historique de Paris avec les 250 clichés troublants d’un reporter de la revue nazie Signal.

André Zucca (1897-1973), après avoir été correspondant de guerre au côté de Joseph Kessel pour Paris-Soir, est réquisitionné par le magazine de propagande jusqu’à l’été 1944. Aucun cliché du photographe ne sera cependant publié, la revue préférant les scènes de guerre aux balades urbaines. Le poste d’André Zucca lui permet de profiter de la technologie allemande. Il est le seul Français à disposer de pellicules Agfacolor et offre des images couleur de Paris occupé.

Images de scènes oisives
Le spectateur suit pas à pas les déambulations du photographe à travers les rues aisées, du quartier de la Concorde aux quartiers populaires de Belleville. André Zucca ne s’arrête pas sur le rationnement et les queues interminables. Avec lui, Paris est heureux, s’amuse. Il photographie la mode, gros plans sur les semelles compensées des promeneuses, les loisirs, les sorties bondées des salles de cinéma.

Les animations festives n’ont pas disparu et ces images de scènes oisives dérangent, dévoilant un aspect inattendu de l’Occupation. L’historien Jean-Pierre Azéma rappelle que Joseph Goebbels ordonna aux fonctionnaires de la « Propaganda Staffel » de relancer « à tout prix » l’animation de la ville (1). Mais cela suffit-il à expliquer les thèmes choisis par André Zucca ?

Le photographe ne s’arrête pas à ce Paris flâneur mais dessine une œuvre propagandiste. Les drapeaux nazis, d’un rouge éclatant, flottent sur une profonde rue de Rivoli, quasiment vide. Dans le Marais, une femme marche le regard hagard et, au second plan, un homme barbu porte une étoile jaune…

Personnage ambivalent
La couleur rehausse le caractère tragique du personnage. André Zucca, qui n’utilisait pas de zoom mais se rapprochait de ses sujets, capte ce détail. Mais cette photographie n’est qu’une exception, seulement deux clichés de l’auteur représentant des juifs sont connus.

Une autre image montre un père de famille, accompagné de ses deux filles, tirant une charrette à la force de ses bras où s’entassent les vêtements et meubles qu’il a pu sauver. L’image n’a pas été prise au hasard : cet homme a subi le bombardement des Alliés, le 19 avril 1944. Plus ambiguë encore, cette photographie des Halles où des personnes âgées, habillées de noir, fouillent les poubelles.

Le personnage ambivalent d’André Zucca déconcerte. Jean Baronnet, commissaire de l’exposition, prend sa défense et soutient qu’« à la différence d’un Robert Capa, il n’appartenait à aucun cercle politique ». Le photographe serait plutôt un individualiste forcené. Arrêté début octobre, inculpé de collaboration avec l’ennemi, il sera libéré grâce à l’intervention d’un adjoint du général de Lattre de Tassigny.

Il s’est ensuite caché du côté de Dreux, où il ouvrira une boutique de photographie, sous un pseudonyme. Le passé d’André Zucca n’enlève cependant rien à son talent. Ses clichés demeurent un témoignage impressionnant, mais un témoignage bien incomplet.

Jean-Baptiste MOUTTET

À la Bibliothèque historique de la ville de Paris jusqu’au 1er juillet 2008.
Rens. : 01.44.59.29.60.

(1) Les Parisiens sous l’Occupation, Jean Baronnet, Gallimard, 175 p., 35 €.


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