Littérature: Sentinelle, qu’en est-il de la nuit ? (Sixty years on, Mockingbird’s sequel to finally see the light of day)

5 février, 2015
https://i1.wp.com/www.itsybitsysteps.com/wp-content/uploads/2011/07/harper-lee-to-kill-a-mockingbird.jpg
https://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/en/8/8e/To_Kill_a_Mockingbird_poster.jpg
Harper Lee and President George W. Bush at the November 5, 2007, ceremony awarding Lee the Presidential Medal of Freedom for To Kill a Mockingbird
http://www.washingtonpost.com/wp-apps/imrs.php?src=http://img.washingtonpost.com/news/to-your-health/wp-content/uploads/sites/26/2015/01/w-2300-measles0130-1024x736.jpg&w=1484https://i2.wp.com/politicalblindspot.com/wp-content/uploads/2014/03/cdc.jpgCar ainsi m’a parlé le Seigneur: Va, place la sentinelle; Qu’elle annonce ce qu’elle verra.  (…) Sentinelle, que dis-tu de la nuit? Sentinelle, que dis-tu de la nuit? La sentinelle répond: Le matin vient, et la nuit aussi. Si vous voulez interroger, interrogez; Convertissez-vous, et revenez. Esaïe 21: 6-12
S’ils disent la même chose que le Coran, ils sont inutiles; s’ils le contredisent, ils sont nuisibles; dans les deux cas, il faut les détruire. Calife Omar Al-Farouk (642)
Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes. Heinrich Heine
On ne se débarrasse jamais vraiment de l’odeur de chair brûlée. Quelque soit le temps qu’on vive. Salinger
I’m really Boo. Harper Lee (conversation with Oprah)
La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.
Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue (…) tant que tu ne te glisseras pas dans sa peau et que tu n’essaieras pas de te mettre à sa place.
Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver.
Tu es trop petite pour comprendre, mais parfois, la Bible est plus dangereuse entre les mains d’un homme qu’une bouteille de whisky entre celles de ton père.
– Je préfererais que vous ne tiriez que sur des boîtes de conserves, dans le jardin, mais je sais que vous allez vous en prendre aux oiseaux. Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mais souvenez-vous que c’est un péché que de tuer un oiseau moqueur.
Ce fut la seule fois où j’entendis Atticus dire qu’une chose était un péché et j’en parlai à Miss Maudie.
– Ton père a raison, dit-elle. Les moqueurs ne font rien d’autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans les jardins des gens, ils ne font pas leurs nids dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur coeur. Voilà pourquoi c’est un péché de tuer un oiseau moqueur.
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
In my hometown, a remote village in the early 1930s, youngsters had little to do but read. A movie? Not often — movies weren’t for small children. A park for games? Not a hope. We’re talking unpaved streets here, and the Depression. Books were scarce. There was nothing you could call a public library, we were a hundred miles away from a department store’s books section, so we children began to circulate reading material among ourselves until each child had read another’s entire stock. There were long dry spells broken by the new Christmas books, which started the rounds again. As we grew older, we began to realize what our books were worth: Anne of Green Gables was worth two Bobbsey Twins; two Rover Boys were an even swap for two Tom Swifts. Aesthetic frissons ran a poor second to the thrills of acquisition. The goal, a full set of a series, was attained only once by an individual of exceptional greed — he swapped his sister’s doll buggy. We were privileged. There were children, mostly from rural areas, who had never looked into a book until they went to school. They had to be taught to read in the first grade, and we were impatient with them for having to catch up. We ignored them. And it wasn’t until we were grown, some of us, that we discovered what had befallen the children of our African-American servants. In some of their schools, pupils learned to read three-to-one — three children to one book, which was more than likely a cast-off primer from a white grammar school. We seldom saw them until, older, they came to work for us. Now, 75 years later in an abundant society where people have laptops, cell phones, iPods, and minds like empty rooms, I still plod along with books. Instant information is not for me. I prefer to search library stacks because when I work to learn something, I remember it. And, Oprah, can you imagine curling up in bed to read a computer? Weeping for Anna Karenina and being terrified by Hannibal Lecter, entering the heart of darkness with Mistah Kurtz, having Holden Caulfield ring you up — some things should happen on soft pages, not cold metal. Harper Lee (2006)
Writing is a process of self-discipline you must learn before you can call yourself a writer. There are people who write, but I think they’re quite different from people who must write. Harper Lee (1964)
A hundred pounds of sermons on tolerance, or an equal measure of invective deploring the lack of it, will weigh far less in the scale of enlightenment than a mere 18 ounces of new fiction bearing the title To Kill a Mockingbird. The Washington Post
Penguin has announced that Harper Lee, 88, has written a sequel to the universally loved, Pulitzer prize-winning, and much studied-at-school To Kill a Mockingbird – 55 years after it was first published. Lee’s second book, Go Set a Watchman, was written first, and To Kill a Mockingbird was born from its flashback sequences. The sequel, whose title is taken from a biblical quote, tells the story of the same characters from Mockingbird, featuring a grown-up Scout now living in New York. Instant reaction to the announcement has been mixed. While many fans of such a seminal novel are delighted, others, who have treasured the tale of the charismatic lawyer Atticus Finch fighting racial injustice in the American deep south, are not best pleased by the thought of a sequel. The Guardian

Back to the future ?

A l’heure où l’on apprend qu’après avoir brûlé vif un pilote jordanien,  l’Etat islamique aurait, au nom de la religion d’amour et de paix, détruit à Mossoul des oeuvres datant de plus de 7 000 ans …

Et qu’avec le déni de la réalité du mal, le retour de la rougeole au pays chef de file du Monde libre …

Comment ne pas se réjouir après l’annonce de la parution future de la suite de Catcher in the rye de Salinger il y a deux ans …

De celle de la publication pour l’été prochain après plus d’un demi-siècle de silence elle aussi mais déjà controversée (aurait-on abusé du grand âge d’une amie d’enfance de Truman Capote déjà traumatisée par un succès trop précoce ?) …

Du deuxième roman (Go set a watchman »: « Va, place la sentinelle », tiré d’un verset du prophète Esaïe) de l’auteur-culte d’un livre

Qui sans compter – « Quand meurt le rossignol », « Alouette, je te plumerai », « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », « Du silence et des ombres » pour le film – ses multiples titres français …

Se trouve être son premier puisque, rejeté par les éditeurs, il relatait la vie de la même héroïne mais 20 ans plus tard …

L’oiseau moqueur n’en étant en fait au départ qu’un des nombreux flashbacks ?

Deuxième roman pour Harper Lee, 55 ans après « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur »

France 24

03/02/2015

Cinquante-cinq ans après « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », un très grand classique de la littérature américaine, son auteure Harper Lee va publier en juillet un deuxième roman, une sorte de suite du premier, qui s’appellera « Go Set a Watchman ».

Le manuscrit de ce livre, « Go Set a Watchman », écrit dans les années 1950, dormait depuis des années dans des cartons. Harper Lee l’a exhumé cinquante-cinq ans après « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », son unique roman au succès planétaire.

« Je ne savais pas qu’il avait survécu » a-t-elle confié mardi 2 février, en se disant « émue et stupéfaite qu’il soit publié après toutes ces années », dans un communiqué de l’éditeur HarperCollins.

Il met en scène de nombreux personnages qui figuraient dans « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », mais 20 ans plus tard.

Ce roman, le seul jamais publié par Harper Lee, aujourd’hui âgée de 88 ans, a marqué des générations d’Américains. Il avait valu à son auteure un prix Pulitzer en 1961, un an après sa sortie. Il a été vendu à plus de 30 millions d’exemplaires, traduit en plus de 40 langues, et est étudié dans de très nombreuses écoles et lycées américains.

Plaidoyer pour la justice, il raconte l’histoire d’un avocat blanc, Atticus Finch, défendant un Noir accusé de viol pendant la Grande Dépression des années 1930, dans une ville fictive et raciste d’Alabama, l’État du sud des États-Unis où vit toujours l’écrivaine. La narratrice du roman est la fille d’Atticus Finch, Scout. L’histoire est directement inspirée de l’enfance de l’auteure : son père était en effet avocat et éditeur d’un journal local dans l’Alabama.

« Go Set a Watchman » avait été écrit avant ce premier roman, par une jeune Harper Lee alors débutante. « J’ai terminé « Go Set a Watchman »dans le milieu des années 50. Il met en scène le personnage de Scout, en tant que femme adulte, et je pensais que c’était une réussite assez convenable », a expliqué Harper Lee.

« Mon éditeur, qui était fasciné par les flashbacks sur l’enfance de Scout, m’a persuadée d’écrire un roman sur le point de vue de la jeune Scout. C’était mon premier livre, j’ai fait ce qu’on me demandait », a-t-elle ajouté.

De là naît deux ans et demi plus tard « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », écrit après « Go Set a Watchman ».

Auteure discrète

Harper Lee, qui parle très rarement aux médias, a précisé qu’une amie avocate avait retrouvé à l’automne dernier le manuscrit de « Go Set a Watchman », et qu’après avoir « beaucoup réfléchi et hésité », elle en avait parlé avec quelques personnes, et été ravie d’entendre qu’ils pensaient qu’il était digne de publication.

L’auteure avait dans le passé déclaré qu’elle n’avait jamais écrit d’autre roman après « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », estimant qu’il ne pourrait jamais surpasser son succès.

« Nous sommes ravis » d’avoir acquis les droits nord-américains pour ce roman récemment redécouvert », a annoncé la maison d’édition Harper, filiale d’HarperCollins, à propos de « Go Set a Watchman », en précisant qu’il sortirait le 14 juillet.

Voir aussi:

ÉTATS-UNIS

Harper Lee : pourquoi attendre 55 ans pour publier la suite d’un roman-phare ?
La romancière va publier une suite à son unique ouvrage To Kill a Mockingbird, paru en 1960, l’un des plus populaires de la littérature américaine. Pourquoi maintenant ? s’interroge The Atlantic.

Courrier international

4 février 2015

La nouvelle est en une du New York Times et du Washington Post ce 4 février. Cinquante-cinq ans après sa publication, To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, éditions de Fallois, 2005) aura bientôt une suite, écrite dans les années 1950 mais jamais parue. L’unique roman de Harper Lee, 88 ans, « a une place à part : chef-d’œuvre singulier de la littérature américaine, éternel best-seller, il a provoqué d’innombrables discussions dans les salles de classe sur l’injustice sociale et raciale », rappelle The New York Times.

Se déroulant dans une ville fictive d’Alabama, le récit met en scène le procès d’un Noir accusé à tort d’avoir violé une femme blanche et néanmoins condamné. Il a valu à la romancière un prix Pulitzer et une célébrité immédiate, qu’elle a cherché à éviter en se retirant dans sa ville natale de Monroeville, en Alabama.

Son éditeur a annoncé mardi 3 février la parution prochaine de Go Set a Watchman, un roman où l’on retrouve l’héroïne de To Kill a Mockingbird vingt ans plus tard, et dont le titre est inspiré d’une citation biblique : « Va et place la sentinelle. » Abandonné par Harper Lee avant la publication de son premier livre, le manuscrit, qu’on croyait perdu, a été retrouvé par hasard l’an dernier par l’une de ses amies.

Dans un article titré « La tristesse d’une suite », le site du magazine The Atlantic s’interroge sur les raisons qui ont pu pousser l’écrivaine à publier cet ouvrage aujourd’hui, rappelant qu’elle avait laissé entendre à plusieurs reprises par le passé qu’elle ne souhaitait pas faire paraître d’autre roman. « J’ai dit tout ce que j’avais à dire », avait-elle ainsi déclaré. The Atlantic se demande si la romancière a simplement changé d’avis ou si « elle [n’]a [pas] été traitée comme le sont tant d’auteurs décédés : comme des idées plus que comme des personnes, comme des marques et des affaires commerciales. »

Voir aussi:

Méfiez-vous du nouveau livre de Harper Lee

Harper Lee quand George W Bush lui a remis la Presidential Medal of Freedom, le 5 novembre 2007. REUTERS/Larry Downing

Un nouveau roman de l’Américaine Harper Lee, Go set a Watchman (Partez établir une sentinelle), est annoncé pour cet été, 55 ans après le succès de To Kill a mockingbird (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur), qui lui a valu le prix Pulitzer en 1961. Mais si le livre peut à son tour devenir un best-seller, beaucoup se demandent si sa publication est réellement une volonté de l’auteur, comme le souligne le site Jezebel.

Seulement trois mois après le décès d’Alice Lee, qui protégeait les intérêts d’Harper Lee en tant que sœur et avocate, voilà qu’un manuscrit écrit il y a plus de 55 ans réapparaît entre les mains de la maison d’édition de l’auteure à succès. Pourtant, Harper Lee, dépassée par le succès de son unique roman, semblait déterminée à ne pas publier d’autres livres. De quoi rendre sceptique ses plus grands fans.

D’après le New York Times, Tonjia Carter, amie et avocate de l’écrivain, aurait découvert cet automne le manuscript de Go set a Watchman. Un récit qui se déroule vingt ans après To Kill a mockingbird mais aurait été écrit en premier. Marja Mills, une amie des sœurs Lee, est sceptique:

«J’ai quelques inquiétudes concernant les déclarations qui lui ont été attribuées.»

Marja Mills a elle-même eu des problèmes quand elle a voulu publier les mémoires d’Harper Lee en juillet 2014, The Mockingbird Next Door. L’auteure de 88 ans aurait dénoncé le livre de Marja Mills comme n’étant «pas autorisé», rappelle Gawker. Pourtant, Harper Lee avait bien signé une lettre dans laquelle elle déclarait donner son accord pour la publication de cet ouvrage.

En réalité, Harper Lee a souvent été confrontée à ce type de problèmes ces dernières années, toujours selon Gawker. L’auteure a souffert d’une attaque en 2007 et vit depuis dans un centre où elle est prise en charge. En 2011, Alice Lee avait écrit à Marja Mills:

«[Ma sœur] ne peut ni voir, ni entendre, et est susceptible de signer n’importe quel papier qui lui serait présenté par une personne en qui elle a confiance.»

Quant à Jonathan Burnham, vice-président des éditions Harper et éditeur de l’écrivain, il dit n’avoir jamais parlé directement à Harper Lee au sujet du nouveau livre et n’a communiqué qu’avec son avocate, Tanja Carter, et son agent littéraire, Andrew Nurnberg. La publication de Go set a Watchman, qui sortira en juillet à 2 millions d’exemplaires, n’est donc peut-être pas une volonté de son auteure.

Voir aussi:

Harper Lee: The Sadness of a Sequel

The announcement that the author will publish a new novel is thrilling to fans—but also contradicts what the author has long said she wants.

Nelle Harper Lee, born in Monroeville, Alabama in the spring of 1926, was named, in a roundabout way, after her grandmother: “Nelle” is “Ellen” spelled backward. The writer’s father, A.C. Lee—the inspiration for Atticus Finch—called her “Nelle.” So did her friend from childhood, Truman Capote. So do the small group of people, past and present, who move in her intimate orbit.

To the rest of us, however, she is Harper. That’s because, when Nelle Lee published her first and (as yet) only novel, To Kill a Mockingbird—leading to, in short order, a Pulitzer, an Oscar-winning film, and a fame she didn’t ask for—the young writer didn’t trust the media not to mispronounce the name she’d spent her life with, the one she’d gotten from her grandmother, as “Nellie.”

So Harper Lee it was. And Harper, for most of us, it remains.

Lee, today, finds herself in a place she traditionally has not enjoyed occupying: the news. That’s because of the surprise announcement that To Kill a Mockingbird will have its long-awaited sequel: Go Set a Watchman, about the adventures of a grown-up Scout as she returns to Maycomb, Alabama, to visit Atticus. That a novel more than 60 years in the making would finally be published was the result, Lee said in a statement delivered through her publisher, HarperCollins, of some crazy serendipity: The book’s long-lost manuscript was discovered by her lawyer, the statement says, “in a secure location where it had been affixed to an original typescript of To Kill a Mockingbird.”*

Which is all, almost needless to say, a very big deal. (When the new novel was announced earlier today, apparently, “a series of screams” could be heard in the offices of Penguin Random House, Lee’s U.K. publisher.) To Kill a Mockingbird is beloved in ways few of its fellow curricular staples are. More than half a century after its original publication, it continues to sell more than a million copies a year; it’s been translated into more than 40 languages. Not only has it proven itself, repeatedly, to be on the right side of history; it also captures, in a way few books are able to, that particular feeling, smallness straining against bigness, that comes with being a kid. For many American children—myself, and possibly you, very much included—Mockingbird offered an early, easy exposure to justice and the lack of it. It eased us, through the charming person of Scout, into a truth we were alternately warned about and protected from: that life can be, without at all meaning to be, cruelly unfair.

* * *

Mockingbird’s author is now 88 years old. She spent much of her adult life in New York City, living with the kind of strategic privacy that tends to get one labelled as “reclusive.” Recently forced to sell her Upper East Side apartment, she now lives in an assisted-living facility back in Monroeville—a 2007 stroke, a friend says, having left her “95 percent blind, profoundly deaf,” and bound to a wheelchair. « Her short-term memory, » he says, « is completely shot, and poor in general. »

Perhaps he is overstating Lee’s condition. Perhaps not. But it’s worth considering, either way, something that is both inconvenient and also indicative of the expectations we place on the small cadre of people we have elevated to the status of Author: that Harper Lee, née and known to those close to her as Nelle, spent the majority of her life not wanting Go Set a Watchman to be published. Or, at least, she has spent the majority of her life telling the media that she didn’t want Go Set a Watchman to be published. (She has had many opportunities to do so: In 2006, The New York Times wrote a piece about her specifying “the three most frequently asked questions” associated with her name: “Is she dead? Is she gay? What ever happened to Book No. 2?”)

Here’s an exchange from a press conference Lee gave in 1962 to promote the film version of her novel:

« Will success spoil Harper Lee? » a reporter asked.

« She’s too old, » Harper Lee replied.

« How do you feel about your second novel? » another asked.

« I’m scared,” Harper Lee replied.

At one point, Lee’s sister (and companion and caretaker and sometime legal adviser), known publicly as Miss Alice, claimed that a burglar had stolen the manuscript of Mockingbird’s spectral sequel. But Lee had many other explanations for why the anticipated novel failed to materialize. To a cousin: “When you’re at the top, there’s only one way to go.” To a bookseller: « I said what I had to say. » To a friend: “I wouldn’t go through the pressure and publicity I went through with To Kill A Mockingbird for any amount of money.”

All that, human nature and media systems being what they are, only served to stoke the curiosity that swirled around a Second Novel From Harper Lee. As did Lee’s own reluctance to situate herself within fame’s familiar infrastructures. As The New York Times summed it up: “Unmanageable success made her determined to vanish.” Lee’s repeated response to the interview requests of Charles Shields, who published an (unauthorized) biography of her in 2006, was « not just no, but hell no. » Lee once told Oprah Winfrey, over a (private) lunch, why she’d never appear on her show: While people tended to compare her to Scout, she explained, “I’m really Boo.” Lee did not, in the manner of some other literary “recluses,” fully withdraw from public view—she occasionally accepts awards and honorary degrees and the like—but she has insisted that her participation in her own publicity be mostly of a silent nature. In 2007, at a ceremony inducting four new members into the Alabama Academy of Honor, Lee declined a request to address the audience, explaining, “Well, it’s better to be silent than to be a fool.”

* * *

Given all that, you have to wonder: Why end the silence? And why do it now?

Perhaps it really was as simple as a manuscript lost and recovered, serendipitously for all involved. Perhaps all those doubts Lee had previously expressed about the publication of a second novel were merely the results of the natural, but not invincible, anxiety that comes with that infamously fraught project. Perhaps Lee regretted having signed over her copyright of Mockingbird, and wanted something else she could call, in the fullest sense, truly hers. Perhaps Lee, approaching her 90s, figured that age will afford her what her attempts at a sheltered life could not: the easy relief of silence.

Perhaps she decided that she has not, after all, said all she has to say.

Or perhaps, having witnessed the rise of what Boris Kachka calls the “Mockingbird industrial complex” from afar, the writer wanted to bring a renewed kind of intimacy to her work. « I think it very undignified for any serious artist to allow themselves to be exploited in this fashion, » Truman Capote, in full frenemy mode, once sniffed of Lee’s work to promote the film version of her novel. Lee’s silence, after the initial heat of her fame dissipated, might indicate that she agrees.

Or perhaps Lee, alive but ill, is being treated the way so many deceased authors are: as ideas rather than people, as brands and businesses rather than messy collections of doubts and desires.

We won’t know. We can’t know. All we will have, in the end, is a book, a thing that will raise as many questions as it answers. And, for better or for worse, that is probably just how Harper Lee—Nelle to the small collection of people who really know her—would prefer things.

Voir aussi:

Is Harper Lee’s ‘Go Set a Watchman’ bound for the ‘Interstellar’ trap?
Steven Zeitchik

The Los Angeles Times

February 3, 2015

Have the standards for ‘Go Set a Watchman’ been set too high by the legend of Harper Lee?
‘Interstellar’ and other Hollywood movies fall into the same trap of expectation that could trip up Harper Lee

In news that delighted anyone who ever went to school, read a book or walked outside, “To Kill a Mockingbird” author Harper Lee revealed Tuesday via her publisher that she had written another novel featuring Scout and Atticus Finch. “Go Set a Watchman,” penned in the 1950s, was recently discovered by the ailing writer’s attorney, would be published this year. It focuses on the main characters decades after the powder-keg events of “Mockingbird.”

As a rule, we don’t like seeing our favorite fictional characters grow up. Comparatively few remember “Jo’s Boys” (Louisa May Alcott’s follow-up to “Little Women” nearly two decades later) and most people might wish they could forget “Heidi Grows Up,” and that includes author Joanna Spyri, who was long dead when the translator “discovered” manuscripts on which to base the new book.

But the Lee news played differently. She and the book title jumped to the top of Twitter and stayed there all day. Fans and many in the book community gushed excitement. Even some of those who were skeptical — and given the timing of the discovery by the attorney, Tonja Carter, just a few months after the death of Lee’s sister and protector Alice Lee, there was plenty of reason to be — were still excited. “And yet, and yet. A new Harper Lee novel!” wrote Katy Waldman in Slate’s Browbeat blog. “May the Atticus Finch in our souls help us fashion our feelings into the right and appropriate response.”
lRelated Milan Kundera novel ‘The Festival of Insignificance’ coming in English

It was easy to understand the enthusiasm. There are two things that have been eternally true about Lee. Her writing about Scout Finch’s escapades is great, and there isn’t enough of it. This news spoke to both points. Here was an icon whose well was long thought dry now saying, essentially, “There’s more where that came from.”

That statement, of course, is common in another realm of pop culture. Hollywood often takes work from decades before and fashions new elaborations from it. And we’re usually duly skeptical.
What are authors saying about the upcoming Harper Lee novel?

That’s in part because such elaborations are the product of studio cynicism or laziness, not the result of there necessarily being something new to say. But it’s even true when a creator himself or herself revisits beloved characters. Oliver Stone’s return to Gordon Gekko decades later in “Wall Street: Money Never Sleeps” didn’t exactly become a zeitgeist-burner, and there’s already a wary eye on “Mad Max: Fury Road,” in which George Miller returns to the Aussie action franchise 30 years after Tina Turner told us we didn’t need another hero.

Do we just cut writers more slack than filmmakers? Perhaps, but then that wouldn’t explain all the lukewarm receptions to all those literary sequels (toss Mark Twain’s “Tom Sawyer, Detective” into that category too).

Or is there something more specific going on with Lee?

The author has always been revered for her book, but she’s also been revered for another reason: She didn’t write another. The fact of one book and nothing more have lent her an air of mystery. More important, they allowed her to live in that rare space in which she, and we, never know the shoulder-slump of a follow-up.

That’s an especially potent phenomenon in the world of modern media, where the joy of anticipation is almost always preferable to the reality of consumption. Teased into a frenzy by the carefully doled out promotions of new movies and TV shows — and given just enough raw materials to build from them our own fantasy version — we can’t but be let down by the final product. A film trailer is often better than that which it is intended to promote. “Interstellar” is the best movie of the year until it comes out.

The way to avoid that trap is to not offer anything concrete, ever. That’s not easy to do for prolific, ambitious artists, but it’s essentially what Lee has done (possibly for other reasons — or possibly not, given that she’s reputed to have once said she didn’t publish another novel because there was nowhere to go but down). Lee has, in effect, given us the joys of absence , letting us remember how much we liked “Mockingird” so we can draw between the lines without any new colors to spoil the picture.

The announcement of a second book with only scant details of what it’s about actually plays right into this, since it gives us a few more crayons with which to keep coloring. Whatever we imagined Scout could be, would be, might be, will now be served up, and by the woman who gave us the pleasure of the character in the first place.

But much of what gets us excited will be lost when the new book actually comes out this summer. As exciting as it is to imagine that a work of “Mockingbird’s” lineage, and even quality, awaits, there’s also a precedent, in our movie theaters and on the page, that the adventures of beloved characters aren’t quite as good the next time around, in part because they’re never as good as the way we experienced them the first time.

True, “Watchman” was actually written during the same period as « Mockingbird. » In fact, Lee wrote it before “Mockingbird” (the latter was an attempt to satisfy the publisher who liked the flashbacks but didn’t care much for the adult Scout). That actually makes “Mockingbird,” in Hollywood terms, a prequel, just one that happened to be published 55 years before the original.

But it may not matter. A new Lee work comes into this world, after nearly six decades of fond memories, cultivated and grown unfettered. « To Kill a Mockingbird » as we experience is a great book, but it’s also a near-bulletproof fantasy of what a book and its author should be. And now it must be matched.

After the « Watchman » news broke, Time writer Anne Strauss wrote on Twitter: “Can Harper Lee’s second book outdo one of the best books ever? »

That’s a very high bar to set for any novel, and perhaps an even more fraught standard for someone who already sits on such a great perch. It’s possible “Go Set a Watchman” may turn out to be a great work of literature. But it will have some awfully stiff competition. Few books can outdo the one we’ve written in our minds.

Voir également:

Why Harper Lee remained silent for so many years
Harper Lee wrote To Kill a Mockingbird and then remained silent for 55 years, Philip Hensher examines the trouble with being a literary heavyweight
The Telegraph

Philip Hensher
03 Feb 2015
The professional lives of most novelists closely resemble each other. They write a novel; it is published; they embark on a round of publicity. They appear at literary festivals, where they garner a quarter of the audience of some television chef in the tent next door, and at signings in bookshops, with the aim of signing as much stock as possible.
Through it all, the novelist attempts to remain amusing, affable and patient. Three years later, he will publish another novel, and the whole experience repeats itself. As Samuel Beckett wrote in Worstward Ho: “All of old. Nothing else ever. Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better.”

For some writers, however, the need to try again, to fail again, hardly arises. The extraordinary career – or perhaps non-career – of Harper Lee bears witness to a quite different way of conducting a writing life. She wrote one novel, an immediate classic and perhaps the best-selling novel of the 20th century, To Kill a Mockingbird. Since its publication in 1960, Lee has published no other book. A second novel, entitled The Long Goodbye, apparently came to an abrupt end on the day her agent, JP Lippincott, expressed an interest in her first. “Her pen froze,” he said.
Lee, who turned 85 in 2011, has not been entirely absent from the public record since, and her neighbours in Monroeville, Alabama, wouldn’t agree that she is a recluse, either. Politely refusing to talk to journalists since 1964 is not the same thing as withdrawing from society. Since that has been her policy, her agreeing to co-operate with a new literary biographer, Marja Mills, who claims to tell the true story behind her years of silence, is important and surprising news. Will this biography tell the whole truth? Can anyone ever really know why an author falls silent – even the author herself?
Lee came from one of the 20th century’s richest literary schools, the American South. Work by Faulkner, Tennessee Williams, Carson McCullers, Eudora Welty and Flannery O’Connor examined the South’s flavour of intense, self-regarding decorum and passionately defended injustice and violence.

It is sometimes regarded as extraordinary that Nelle Harper Lee came from the same small town as another great Southern writer, Truman Capote – that, indeed, they were neighbours as children. Some have gone as far as to speculate wildly that To Kill a Mockingbird might actually have been a near-collaboration between the pair, as Capote’s documentary study In Cold Blood seems to have been.

The idea that a coincidence of implausible proportions would be needed to explain the emergence of two such gifted writers from a small place ignores how different their style is. It also ignores the way in which writers encourage, criticise, develop each other by proximity. That is true not just of Lee and Capote, but of Lee and the whole Southern school of novelists. She could hardly have predicted that she would quickly come to be seen as the epitome and climax of the grand Southern tradition.

To Kill a Mockingbird is a great novel and, unusually, was quickly made into a great film (Gregory Peck and his family subsequently became close friends with Lee). But then, everything stopped for Lee’s writing. She spoke in an early Sixties interview, the last she ever gave, of wanting “to leave some record of small-town, middle-class Southern life”, apparently thinking of the novels she wanted to write in the future.

What stays in the memory of To Kill a Mockingbird are the grand coups – Scout unknowingly deflecting a lynching, or the great moment when the Reverend Sykes, after the verdict, says to Scout: “Miss Jean Louise, stand up: your father’s passing.” But the rich texture of the novel comes from its loving delineation of the relationships and tensions in a small town. That is the direction she would have gone in, and what we have lost in her subsequent silence.

The novelist of social texture, of the quiet relationships between people, is perhaps one peculiarly vulnerable to the impact of fame. We have plenty of witnesses to Jane Austen’s personal modesty, the way in which she would hide her writing at anyone’s approach. A novelist who had become a celebrity would find it almost impossible to pursue their task of listening, of modest disappearance into the background, of observation. Some writers manage to tough it out; others find the weight of expectation impossible to manage.

The cynic would say that Harper Lee, with a novel which still sells millions every year, over half a century after its publication, hardly needed to go on writing anyway. Would she have wanted her career to work out like this? But writing is not like hedge-fund trading. The author who voluntarily retires from writing, after having made a pile, is a rare creature; it is the strangest of facts about Shakespeare that he stopped writing, apparently of his free will, at the height of his artistic powers after The Tempest, and retired to Stratford.

Much more common is the writer who is effectively destroyed by a single huge success. The burden of fame and acclaim weighs down particularly on the creative faculties. Ian McEwan has spoken of feeling, when he embarks on promotion of his books, like “an employee of his own former self”.

The task of balancing the awareness of past success with the necessary task of producing new work is not one that every writer can achieve. And, perhaps, these single huge successes are much harder to deal with when they come early on in a writer’s career, before they have learnt to, in Kipling’s words, “treat the two impostors” of triumph and disaster “just the same”. It’s striking that out of the four novelists, for instance, who have won the Booker Prize in the last 40 years with a first novel, none has so far managed to write a successful follow-up.

Lee has succeeded in protecting herself over the last half-century, and living a life which is of her choosing. In a rare statement recently, a letter to Oprah Winfrey’s magazine, she suggested how out-of-touch with modern life she has become: “In an abundant society where people have laptops, cellphones, iPods and minds like empty rooms, I still plod along with books.” That detachment is, clearly, necessary to her. It is the paradox of the novel that it could not have been written by someone in love with literary fame; that the fame it achieved and deserved killed off any prospect of a succeeding masterpiece.

This piece was originally published in 2011. On February 3 2015, Harper announced that Go Set a Watchman, a novel the Pulitzer Prize-winning author completed in the Fifties and put aside, will be released July 14. Rediscovered last autumn, Go Set a Watchman is essentially a sequel to To Kill a Mockingbird, although it was finished earlier. The 304-page book will be Lee’s second, and the first new work in more than 50 years.

Voir encore:

Anne Boyd Rioux on The Mockingbird Next Door: Life with Harper Lee and J. D. Salinger: The Escape Artist
Writers’ Private Lives
September 30th, 2014 reset – +
LITERARY BIOGRAPHERS POSSESS a position in our culture at once respectable and ignoble. If they are successful, they illuminate an author’s work, amplifying rather than diminishing it. If not, they can seem to reduce art to history, piggybacking on the creativity of more ambitious authors. They can be called parasites, vultures, or, in Henry James’s words, “publishing scoundrel[s].”

No wonder so many authors have gone to great lengths to hinder their would-be biographers, creating great bonfires of their correspondence or prohibiting quotations from their private papers. None of this has stopped the biographical industry, of course. The genre continues to thrive, even when confronted with paltry documentary evidence.

The bravest of biographers surely must be those who take on the lives of the undocumented. One thinks of Stacy Schiff’s biography of Cleopatra or Jill Lepore’s of Jane Franklin, Ben’s nearly vanished sister. In such cases, one expects the long-gone subjects wouldn’t mind being more fully understood — or simply remembered.

But what of those unwilling celebrities who wish simply to be left alone? Two new books tackle the lives of two of the most famous and, not coincidentally, most reclusive authors of the 20th century — J. D. Salinger and Harper Lee. The authors of the young adult classics The Catcher in the Rye and To Kill a Mockingbird, respectively, both deliberately courted obscurity, retreating into what many have felt was an almost perverse silence. Their right to privacy has never been fully acceded by an American public hungry for not only their books but also their personalities.

The two quasi-biographies — Marja Mills’s The Mockingbird Next Door and Thomas Beller’s J. D. Salinger: The Escape Artist — raise, for their readers, compelling questions about what we seek in the lives of authors, what relationship their lives have to their works, and what connections readers can claim not only to their famous novels but also to the authors themselves.

Mills calls her book a memoir and Beller’s is part of Amazon’s Icon series of short biographies, yet both exist somewhere in between. They might be called quest biographies (Leon Edel’s term), in which the writers’ search for their subjects, rather than the subjects themselves, takes center stage. Such an approach is usually born out of frustration with a lack of material. And although more traditional biographies have been written of both Lee and Salinger, with mixed results, it would seem that anyone approaching the lives of these two exiles from public life has little choice but to abandon a conventional approach to the form altogether. Unfortunately, after reading these two books, one feels less sure that a new form has been created than that the old one (biography) has simply been avoided. Mills, especially, seems so concerned about being considered an irresponsible biographer that she tries to avoid being a biographer at all.

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Mills’s book begins with what appears to be a bombshell. The author claims to have been a friend and neighbor of Lee and to have written the book under the “guidance” of Harper and her sister Alice Lee. Concerned about the imminent publication of Charles Shields’s unauthorized biography (published in 2006), Harper Lee “open[ed] up” to her, Mills writes. This is a promising beginning, indeed, signaling that the book perhaps could avoid the ethical questions of an unwilling subject.

But even before Mills’s book appeared on bookstore shelves, the story became more complicated. A signed statement from Harper Lee, now 88, was released denying any involvement with Mills’s project. For some, if Goodreads reviews are any indication, that alone makes it a deeply unsettling, and even unethical, book to read. Mills has suggested that the stroke Lee suffered in 2007 has something to do with her lack of memory about cooperating with the project. Alice, now 102, supports the project — she came out in support of Mills when the book deal with Penguin was first announced in 2011.

Alice ran interference for Harper throughout her years of seclusion. But it seems that by the time Marja Mills arrived on her doorstop in 2001, she had grown weary of silence. Alice invited the Chicago Tribune reporter in for a long chat, during which Mills’s reporter’s notebook got a workout, judged by the wealth of details she includes. But Mills wasn’t the only one Alice talked to. She also communicated with Shields, until Harper’s agent interceded, and allowed herself to be interviewed on camera for the 2011 documentary Harper Lee: Hey, Boo, which ran on PBS as part of its American Masters series.

A few chapters into The Mockingbird Next Door, it becomes clear that Alice was the driving force behind the family’s cooperation with Mills. She didn’t want to die without getting their family’s story out there. Harper met with Mills after her sister encouraged her to do so. Harper — or Nelle, as she is known — may have become friends with Mills, doing laundry with her and inviting herself over for cups of coffee after Mills moved in next door (with the sisters’ blessing, Mills says), but she kept most of what she said to Mills off the record. While Alice sat for hours of taped interviews over a period of many months, Harper became testy when Mills tried to pull out her notebook during their talks. At other times, when Mills’s questions got too personal, Lee would snap, “That’s for me to know and you to find out.”

Throughout, Mills was so concerned about offending Lee that she refrained from asking sensitive questions. Thus the most mysterious parts of Lee’s life — her sexuality, her relationship with her mother, her friendship with Truman Capote, her seeming lack of interest in writing another book after Mockingbird — remain fodder for speculation. Mills’s scrupulous attention to the Lee sisters’ wishes and her allegiance first of all to their friendship, while noble, make her a poor biographer. The one insightful quote from Harper Lee in the book (and there are very few direct quotes from her at all) is: “Truman was a psychopath, honey. […] He thought the rules that apply to everybody else didn’t apply to him.” This is a tantalizing statement that makes us miss, even more keenly, the inside story this book doesn’t offer.

What the book more than amply provides are the details of the ordinary life Harper Lee preferred to literary celebrity. Mills’s book picks up where Shields’s scrupulously researched biography left off, with the most recent years of Lee’s life, which one can’t help but feel didn’t really need to be so painstakingly documented.

Mills paints a portrait of the author that surely proves the adage that a writer’s life is generally pretty boring — but not because she spent her days at her typewriter. We see Lee feeding the ducks from a Cool Whip container, becoming puzzled by Super Bowl ads for erectile dysfunction, and ordering a salad at Burger King to try to lose weight. The banality of such details has been dismaying to some, who feel they diminish the author. To others, it is refreshing to see Lee as simply an ordinary person. But even taking the book on its own terms — Mills has described it as a glimpse into her brush with the great author — it is a pretty uneventful book. Nor do these details generate any illuminating insights about Mills herself. As a result, it disappoints as both memoir and biography.

A typical passage about Mills’s attendance with the Lee sisters at a Super Bowl party reads:

Before the game got under way, I grabbed another Diet Coke from the kitchen and took my place near the Crofts’ son Kenny. […] Kenny looked up at Nelle as she began to read aloud from Doris Jay’s “Rocky Hill News” column in that week’s Monroe Journal. This was, hands down, Nelle’s favorite part of the paper. The column detailed the comings and goings of an extended family who lived in the area known as Rocky Hill, southwest of Monroeville.

Mills then quotes Lee reading from the column at length, a series of uneventful events (dinners, visits, and doctor appointments) that sounds very much like the book Mills has written about Lee. All of this leads to Nelle breaking out in laughter that Mills describes as “the kind of affectionate amusement I’d come to recognize, an appreciation of what was both absurd and deeply human about this kind of thing.” But when the record of the ordinary is about someone as respected as Lee we don’t laugh; rather, we feel more like looking away.

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Banality is hardly the problem with J. D. Salinger’s life. The biography J. D. Salinger: The Escape Artist, written by Thomas Beller, a former New Yorker staff writer and creative writing professor, is full of interesting anecdotes that largely satisfy the reader’s appetite for an encounter with the man behind Holden Caulfield and the Glass family. The problem instead is Beller’s reticence to fully explore his subject’s life.

Beller’s biography begins, in fact, with the queasiness he felt about prying into Salinger’s private life. He nevertheless decides that Salinger’s death in 2010 loosened his moral grip on the letters he guarded so closely in life. The man is gone, but the letters and our “curiosity” remain. Somehow, the fact of Salinger’s death makes us feel less invasive than in the case of Harper Lee, but is that simply because he is no longer around to voice his objections?

Beller justifies his invasion of Salinger’s privacy by insisting that he is not simply one of the “Biography Corps, who speculate on why Salinger was up in the woods with all the nuance and insight of a two-year-old having a temper tantrum.” His quest is loftier than that. He is in search of the source of the elusive, “alchemical mix” that draws us to Salinger’s writing. But what exactly is the connection between the slippery fish of lived experience and the works that grow from it? It’s an admittedly difficult question, but in a biography as contemplative as Beller’s one would hope to see the issue at least explored if not fully answered. Unfortunately, Beller seems unwilling to go so far.

In his search for the Salinger behind his favorite works, Beller says he often felt as if he were “trailing a suspect through crowded streets and into a strange room, where all of a sudden I see someone I know.” That someone turns out to be at first his father, who was roaming the streets of Vienna at the same time (1937) as Salinger, and then himself. Although of a later generation, Beller feels his life intersecting with Salinger’s and that of his most famous creation, Holden Caulfield, in the landscape of New York and at The New Yorker magazine. Beller’s quest also takes him to Salinger’s summer camp (still in existence), to the Park Avenue apartment in which Salinger grew up, and to the Princeton Library to read some of his letters.

All of these excursions are narrated from Beller’s point of view, yielding not much more than his impressions and experiences. We are even further from Salinger when Beller visits his own eighth grade teacher, who once taught him The Catcher in the Rye. Readers will naturally grow impatient with such passages as well as the copious footnotes and asides, not to mention a strange bulleted list of reasons why someone might be mad at their neighbor. We are left feeling frustrated, as if a biographer’s shell game has led us not so much to the elusive object of our fascination but to Beller himself.

There are plenty of enticing vignettes to engage the reader along the way, however, such as the tidbit about how Carol Marcus, a friend of Salinger’s girlfriend Oona O’Neill, raided his letters to Oona for her own love letters to William Saroyan. All is revealed one day on Charlie Chaplin’s yacht when Saroyan starts raving about The Catcher in the Rye and “how this Salinger kid could really write.” Or there is the chapter about the author’s World War II experiences. Beller devotes considerable space to how Salinger, who helped to liberate Paris and as a Counter Intelligence agent was probably involved in the Nuremberg trials, brought home from the war a wife who happened to have been a low-level Nazi. This is all fascinating, until Beller later mentions only in passing that Salinger was also part of the landing on D-Day. Why Beller has chosen to ignore Salinger’s combat experience and its effect on his writing is a mystery. As elsewhere, his ad hoc and impressionistic approach leaves the reader yearning for a fuller, if not complete, treatment of the author’s life.

Thoroughness is also lacking in Beller’s approach to some of the more disturbing aspects of Salinger’s life. There are, for instance, his daughter’s allegations of his utter neglect of his family, his seduction of younger women, and his apparent inability to see women as more than sexual objects. But Beller doesn’t address the quandary he or any fan of Salinger’s fiction must feel. Can we simply ignore the unsavory parts of his personality that naturally induce queasiness of another kind? Beller, to his credit, doesn’t ignore them, but he cannot bring himself to comment on the sadism Salinger expressed toward women in a story he wrote around the same time he was dating (and losing) the beauty Oona O’Neill (daughter of the famous playwright Eugene). “My most generous assessment,” Beller writes, “is that this is the anguish, and rage, a guy feels when he is besotted with a beautiful woman who is already slipping away even when she is in your arms.” Yet what are we to do with the repulsion we feel upon learning that Salinger probably would have liked to burn Oona with a cigarette, as he has his character do in “The Long Debut of Lois Taggett”? By raising the possibility and then backing off from the disturbing questions it raises, Beller holds back from fully encountering the author of other works that have inspired almost hyperbolic devotion (including his own).

Here is the trouble with looking for ourselves in the writers whose works we admire, at least if we are proposing to be their biographers. For if we are in search of ourselves, or in this case our own troubled teenaged selves roaming New York, then we are apt to downplay those parts of the life that don’t correspond with that need for recognition.

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In the end, neither Beller nor Mills deserves the title of “publishing scoundrel.” They have been too respectful of their subjects for that. Perhaps that is why both of these writers leave us wanting more. Would we have them be what Salinger called the “shitty literary kids,” who elicited his wrath for prying into his life and the sources of his fiction? Yes and no. We would not have them cross the line into irresponsible gossip. Yet their guilt about being biographers at all has prevented them from truly engaging with their subjects and has left them — and us — stranded in some kind of no man’s land somewhere between biography and memoir without the satisfactions of either.

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Anne Boyd Rioux is a professor of English and author of a forthcoming biography of the writer Constance Fenimore Woolson.

Voir de même:

Legacies
The Decline of Harper Lee
Boris Kachka

Vulture

February 3, 2015

This piece originally ran in July 2014. We are rerunning it with the announcement that Harper Lee is releasing a sequel to To Kill a Mockingbird.

For Monroeville, Alabama, population 6,400 and shrinking, the summer of 2010 was momentous. Over a long July weekend, locals reenacted historical vignettes, held a silent auction, cooked a southern feast, and led tours of local landmarks. There was a documentary screening, two lawn parties, and a marathon reading of the novel whose 50th anniversary was the grand occasion. To Kill a Mockingbird, which needs no introduction — because it is the introduction, for most American children, to civil rights, literature, and the justice system — had sold nearly a million copies for each year in print. There were at least 50 other celebrations nationwide, but the epicenter was Monroeville, a place whose only real industry (the lingerie plant having recently shuttered) was Mockingbird-related tourism. It was not only the model for the novel’s fictional Maycomb but the home of its author, Harper Lee. She lived less than a mile from the festival, but she never came.

If our country had a formalized process for anointing literary saints, Harper Lee might be first in line, and one of the miracles held up as proof would be her choice to live out her final years in the small town that became the blueprint for our collective ideal of the Small Town. But at 88, the author finds her life and legacy in disarray, a sad state of litigious chaos brought on by ill health and, in no small part, the very community she always believed, for all its flaws, would ultimately protect her. Maycomb was a town where love and neighborly decency could overcome prejudice. To the woman who immortalized it and retreated to it for stability and safety, Monroeville is something very different: suffocating, predatory, and treacherous.

For much of her life, Nelle Harper Lee (known to friends as Nelle) spent more time in the comforting anonymity of New York than in the Monroeville redbrick ranch house her family had occupied since 1952. Then, in 2007, a stroke left her wheelchair-bound, forgetful, and largely deaf and blind — forced to sell her Upper East Side apartment and move into a Monroeville assisted-living facility. It was a loss but also a homecoming: For decades she’d relied on another local living legend, Alice Lee — her older sister, part-time housemate, and lawyer — to maintain her uneasy armistice with her hometown and her fame.

Alice, who retired two years ago at the age of 100, had inherited her partnership in the family firm from their father, A.C. Lee, the model for Mockingbird’s righteous lawyer, Atticus Finch. (Nelle calls her “Atticus in a skirt.”) The same family practice whose modest virtues are inculcated, via Mockingbird, to generation after generation of schoolchildren was charged with protecting the legacy of its author — a job that one of the best-selling novelists of all time wanted nothing to do with. Yet as both women passed into very old age, what should have been a peaceful and prosperous decline became a surprisingly turbulent decade, robbing Nelle of not just her health but old friends, her dearly held privacy, the town’s good will, and, for a time, the copyright to the book she sometimes wishes she hadn’t written.

It wasn’t just infirmity that kept Nelle from basking in those 2010 celebrations; it was disillusion. Allergic to both attention and commerce, she’d always found the Mockingbird industrial complex tacky and intrusive, but had managed to carve out a separate existence in its shadow. Now too many “well wishers” were stopping by her new apartment — including her literary agent, whom she eventually barred from the facility. (He’d already had her sign over her copyright.) Just a month before the anniversary, a family friend entered her room with a Daily Mail reporter in tow. The journalist flew back to London with an unflattering photo and a cruel 2,000-word profile to match. Monroeville had finally confirmed her fear that there really was nowhere to hide. She’d once explained to Oprah Winfrey, over lunch in a private suite at the Four Seasons, why she’d never appear on her show: Everyone compares her to Scout, the sweetly pugnacious tomboy who narrates Mockingbird. But as she told Oprah, “I’m really Boo” — Boo Radley, the young recluse in the creepy house who winds up saving the day.

Lee at a 2005 awards dinner in her honor. (Photo by Stephen Shugerman/Getty Images) Photo: Stephen Shugerman/Getty Images
By the time of Mockingbird’s golden anniversary, Nelle’s agent was denying in court that he represented her. The courthouse gift shop, “The Bird’s Nest,” was selling To Kill a Mockingbird onesies and car decals. A former next-door neighbor, Marja Mills, was working on a memoir called The Mockingbird Next Door — which came out this week, lifting the veil of Nelle’s privacy amid a confounding volley of statements between lawyers, sisters, and friends over whether and when she approved of the project. It was left to Alice’s successor in the family firm, Tonja Carter, to sort things out. Carter restricted Lee’s visitors and instituted lawsuits against not just the literary agent but also the courthouse museum. She nearly sued Marja Mills, too, and released a letter last week reaffirming Nelle’s objections — objections that her own sister, Alice, had claimed Carter had ginned up on her behalf. “It’s a terrible thing to happen toward the end of a person’s life,” says Thomas Lane Butts, a preacher who was among Lee’s best friends but hasn’t seen her in a year. Whatever Nelle’s intentions, Carter has upended the town’s delicate status quo, making as many enemies as headlines. Nelle never did like making headlines, even for the right reasons, but she did once love Monroeville.

* * *

In 1964, in one of her last interviews, Lee laid out her mission as a writer. “This is a small-town middle-class southern life as opposed to the Gothic,” she said. “I believe there is something universal in this little world, something decent to be said for it, and something to lament in its passing.” She concluded, joking, “All I want to be is the Jane Austen of South Alabama.”

Mockingbird plays on Southern Gothic, only to demystify it and mythologize the ordinary instead. Amasa Coleman Lee may have been, as his daughter said, “one of the most beloved men in this part of the state,” but he wasn’t Atticus Finch; he was a tax lawyer. He left his childhood farm in Florida, married a prominent village daughter (Frances Finch of Finchburg), and moved to Monroeville in order to manage the finances of the law firm of Barnett, Bugg & Lee, as it shortly became, a partnership of businessmen-attorneys who owned half the town. A.C. did try one criminal case, at age 29, defending two black men on a murder charge. He lost and they were hanged, pieces of their scalps mailed to the son of the victim.

Though Atticus defends a black man wrongly accused — and ultimately convicted — of rape, nothing quite so brutal happens in Mockingbird. And by making Atticus a widower, Lee also omitted a much more personal experience: her mother’s instability. According to Mills, Frances suffered a nervous breakdown after her daughter Louise failed to thrive. (The Lees had five children in five-year increments.) Dr. William Harper came to the rescue of both mother and baby, and Harper became their next child’s middle name. Truman Capote, Nelle’s best childhood friend, later described her upbringing as “Southern grotesque.” He claimed Frances had tried to drown Nelle in the bathtub. Lee denied it vehemently, and for all her rebelliousness — Butts once said she had “hell and pepper in her” — she never said a word against her family, in fiction or otherwise. In her work and life, madness is banished in the light of reason and authority.

A.C. passed his august authority on to Alice. During the Depression, she had to leave college but was quickly brought under her father’s wing and into his law firm. Nelle tried to follow the same path — attending the same girls’ college as Alice and then transferring to the University of Alabama, where she loved writing but hated her sorority and law classes. After a summer at Oxford University, she dropped out. She wanted to make a go, like her friend Truman, of living and writing in New York. A.C., who’d been paying for school, said she’d have to make it on her own.

In New York, Lee found a tight-knit replacement family. Capote introduced her to Broadway lyricist Michael Martin Brown and his wife, Joy. They hooked her up with an agent, Maurice Crain, and on Christmas, 1956, they gave her the gift her father wouldn’t: enough money to do nothing but write for a year. She remembered it later as “a full, fair chance for a new life.” Within five months, she had a draft of Atticus out on submission, and was already partway into a second novel when a Lippincott editor took it on.

Most of Mockingbird’s characters have real-life antecedents, and Scout’s delicate friend Dill is clearly Capote. He was Nelle’s first writing partner and her social fixer in New York, and Lee helped him research his true-crime classic, In Cold Blood. But Capote eventually spurned her. Rebutting his vicious gossip seems to have been one of Lee’s motivations for talking to Marja Mills. “They fled from the truth like Dracula from the cross,” Lee told Mills, meaning him and his aunt, whose memoir Lee claimed to have thrown into a bonfire. “Truman was a psychopath, honey.” Capote drifted away in a miasma of drugs and self-hatred — a cautionary tale of frustrated fame. His former best friend tacked fiercely in the opposite direction.

A.C. Lee was shocked by his daughter’s success. “It’s very rare indeed when a thing like this happens to a country girl going to New York,” he told a reporter. “She will have to do a good job next time.” He died in 1962, after meeting Gregory Peck but before seeing him play Atticus in Alan Pakula’s film. Nelle spent the next couple of years trying to write, but couldn’t shake the fear that there was, as her father had worried, nowhere to go but down. At one press conference to promote the movie, Lee’s humor was edged with tension. “Will success spoil Harper Lee?” asked a reporter. “She’s too old,” Lee said. “How do you feel about your second novel?” asked another. “I’m scared,” she said.

In the Monroeville courtroom she made famous. (Photo by Donald Uhrbrock/The LIFE Images Collection/Getty Images) Photo: Donald Uhrbrock/Donald Uhrbrock
In his unauthorized 2006 biography, Mockingbird, Charles J. Shields quotes Lee telling a friend, “I wouldn’t go into downtown Manhattan for the world.” Mills once made Lee a gift of E.B. White’s Here Is New York. Nelle “wept at the first sentence.” It reads, “On any person who desires such queer prizes, New York will bestow the gift of loneliness and the gift of privacy. » White later pictures “a young girl arriving from a small town in Mississippi to escape the indignity of being observed by her neighbors.” After Mockingbird won acclaim and a Pulitzer, Lee felt observed by everyone — the whole world a small town. At least when she stayed in Monroeville, she had Alice.

By 1970, when her beloved agent died, there was no one else left — not Capote, not her parents. “The close circle she was relying on fell away over the course of a decade, and her tight Monroeville clique was practically all that remained,” says Charles Shields, who wrote the 2006 unauthorized biography, Mockingbird. “I think the Lees have kind of an old-fashioned notion,” he adds. “Keep your friends close to your breast with hoops of iron and rely on them. And the novel, being one of the most popular of the 20th century, makes tremendous demands that go well beyond their abilities.”

* * *

Maybe it wasn’t just Nelle’s insecurity that held her back from becoming “the Jane Austen of South Alabama,” but also the dismaying decline of the “small-town middle-class” idyll she’d staked her career on documenting. She had, after all, written a historical novel. To Kill a Mockingbird was filmed not in Monroeville but on an L.A. lot. There were — still are — remnants of Depression-era Monroeville, not least the old Federal-style courthouse. But even as the film came out, a drab new courthouse was being built next door. Downtown’s only movie theater burned down not long after Mockingbird had its first run, and was never rebuilt. In 1997, the city was dubbed “The Literary Capital of Alabama,” prompting Lee, who wasn’t consulted on the nickname, to remark, “The literary capital of Alabama doesn’t read.”

Harper Lee’s assisted-living apartment is on Highway Bypass 21, just a couple of blocks from the town’s real commercial center, a series of malls. There’s a place called Radley’s Fountain Grill down that way, and an old stone wall that once separated Lee’s childhood home from Capote’s — both long gone, replaced by a takeout shack called Mel’s Dairy Dream. Lee prefers the more generic places by the lingerie factory outlet (a remnant of the old Vanity Fair plant). Before her stroke, she could be found at Hardee’s, or better yet at McDonald’s, gulping down coffee during long chats with friends. (There were higher-end expeditions to the local golf club and to casinos on the Gulf coast.) When she watched an advance screening of the biopic Capote at a neighbor’s house — the Lees had no television — she opted for Burger King.

The site of Lee’s childhood home and the wall that once separated it from Truman Capote’s. (Photo by Maude Schuyler Clay) Photo: Maude Schuyler Clay
In 1961, Lee told Life that, unlike Thomas Wolfe, “I can go home again.” That’s debatable, as is the question of why Harper Lee chose to spend so much of her life in a town whose only claim to fame was her fame — a fame she claimed to despise. The Mockingbird Next Door dwells on rural trips out of town, fishing and duck watching and off-the-record country drives. (Romantic inquiries were “not up for discussion.”) Lee seemed to prefer the countryside to her hometown. “I was surprised that she was living here, to tell you the truth,” says Butts, who was often on those drives. “It’s like being in a fishbowl.”

Marja Mills’s astonishing access to Lee was the product of luck, both good and bad. Sent to Monroeville by the Chicago Tribune to find out what Harper Lee thought of Mockingbird being chosen for “One Book, One Chicago,” she expected to strike out. But, after a polite introductory letter, Alice not only answered the ranch house door but also secured her an audience with Nelle. On Mills’s second visit to town, Butts gave her his rationale for the sisters’ openness: “When she and Alice go, people are going to start ‘remembering’ things as they didn’t happen, or outright making things up, and they won’t be here to set the record straight. So keep taking notes, girl.” Mills suffers from lupus, and she had a flare-up just before leaving Monroeville again. Nelle claimed to be her mother-in-law so she could stay with her in the local hospital. Mills became an honorary member of “the old in a nation geared toward the young.”

In 2004, sapped by her illness, Mills decided to leave her job and try to write a book. She wound up moving in next door to the Lees, securing a $450 rental with the sisters’ help. Over endless coffees and drives, Nelle opened up enough to give a solid sense of herself: unconfident in her looks and therefore unconcerned; witty and garulous within the strict limits she sets for talk; conservative by northern standards; cranky and principled; moody but predictable.

Mills makes it clear in the book that she intended at first to write a broader Alabama history. Monroeville was confused, years later, by the news of a memoir. “I think that lady kind of pulled wool over their eyes,” George Jones, the 91-year-old town historian and gossip, told me. Mills says only very few friends knew just how much time she and the sisters spent together. The Lees, she says, “managed to have a parallel existence” within Monroeville — a smaller bubble within the bubble of a hard-to-reach county seat, apart from tourists and nosy locals alike.

One of Nelle’s friends, retired Auburn history professor Wayne Flynt, is skeptical of Nelle’s participation — but not Alice’s. “Alice wanted the family story told and Alice has an agenda, and I think Marja Mills fits that agenda quite well,” he says. “Nelle is afraid that telling the family story will be telling her story, and I can’t believe she cooperated.” He adds that, around that time, he tried to persuade Nelle to record a sealed oral history, and she flatly refused. Last Monday’s letter, signed by Lee, seems to confirm his impressions: “I was hurt, angry and saddened, but not surprised,” upon learning of Mills’s “true mission: another book about Harper Lee.”  She concludes, “rest assured, as long as I am alive any book purporting to be with my cooperation is a falsehood.” Butts says she may well feel that way now, but didn’t at the time. “There was no break,” he says — contrary to the letter’s claim — “until somebody talked to her, said she should oppose the book.” He says he witnessed Nelle insisting on putting personal things on the record.

Mills’s portrait is gentle almost to a fault, but her mission was to humanize Lee, not to lionize her. Butts warned Mills she might get angry late-night phone calls from Nelle: “She accuses people, chews them out. The alcohol fuels it.” Mills repeats speculation that drinking contributed to Lee’s abandoning a true-crime book in the ’80s. Overall, Lee comes off both plain and complicated. She can be paranoid, but often for good reason. In Monroeville, Mills writes, “information about Nelle was currency. It could be spent, traded, or saved for the right moment.” On Nelle’s earliest meeting with Mills, in a sweltering room at the Best Western, one of the first things she told the reporter was, “This is not the Monroeville in which I grew up. I don’t like it one bit.” Mills writes of Lee looking over a ravine. “Nelle suggested that perhaps she could toss all her belongings in there and burn them, preferably shortly before she died, so she wouldn’t have to worry about her personal things falling into the wrong hands. She was only half kidding.”

The case of Samuel Pinkus would make any writer paranoid. Pinkus had briefly run McIntosh & Otis on behalf of his ailing father-in-law — and Nelle’s longtime agent — Eugene Winick, but then suddenly left and took with him the estate-heavy firm’s most lucrative living authors, Mary Higgins Clark and Harper Lee. (No one knows exactly how he persuaded Lee to leave.) “It was an absolute betrayal,” Winick told me last year, “not only as an employee, but also as a family member.” The Winicks sought relief in mediation. Over the years, Pinkus set up a succession of corporations that, M&O’s and Lee’s lawyers claimed, were designed to avoid those debts. In the process of shifting around millions in royalties, Pinkus managed to take over Harper Lee’s copyright.

Lee’s 2013 complaint against Pinkus begins by describing her close ties to the agency: “Both Harper Lee and her sister trusted and relied on M&O virtually all the time since the publication of her famous novel.” That account elides a lot of drift. After Maurice Crain died, Lee was passed along to his wife, but by the time Pinkus was brought into the company, it was Alice whom Nelle counted on most of all. When Nelle heard the courthouse-museum was putting out a book called Calpurnia’s Cookbook, using the name of Mockingbird’s maid, Alice sent the letter that took it off the shelves. M&O never even heard of it.

While working on his biography, Charles Shields called M&O and couldn’t get any real answers about their prized client. Maybe they were just being protective, but Shields found a willing correspondent in Alice Lee. They had a few written exchanges about Lee family history, and things seemed to be opening up — until, one day in 2006, he received “an imperious letter” from Pinkus, by then her exclusive agent, warning him off any further contact with the Lee sisters.

* * *

In June of 2007, Lee had a lunch appointment with friends in New York. When she didn’t show up, they went to her apartment, and found her lying on the floor. She’d been there for more than a day. Even before the debilitating stroke, she’d had hearing problems and macular degeneration — been forced to accessorize her khakis and sneakers with glasses fitted with side panels. Now she went through months of rehab, gave up her New York apartment, and moved straight from the hospital into assisted living.

Around this time, she signed an assignment of copyright to Sam Pinkus — an act she later forgot. Her lawyer during this period was still officially her sister Alice, 94. Eventually, Tonja Carter began pressing Pinkus to give up his copyright. (She had, however, notarized a reaffirmation of Pinkus’s copyright — something she’s never explained.) Finally, in 2012, Nelle got her copyright back, but according to the lawsuit, Pinkus continued to instruct publishers foreign and domestic to pay royalties into one of several companies. It wasn’t until a New York litigation firm filed suit — a move that put the elusive Harper Lee all over the news — that Nelle was finally able to free herself of Pinkus. The case was settled last September.

In 2011, while Carter and Pinkus haggled, Penguin Press acquired The Mockingbird Next Door after a heated auction. The day after it was announced, Carter released a statement from Harper Lee: “Contrary to recent news reports, I have not willingly participated in any book written or to be written by Marja Mills.” Penguin Press responded by producing a statement, signed by Alice Lee, agreeing to participate. Few people paid attention when, a month later, the AP reported that Alice Lee now claimed that Carter’s statement was made without the sisters’ consent. That story concluded, “A woman who answered the phone at Barnett, Bugg declined comment and hung up on a reporter seeking comment.”

Carter, who reportedly has power of attorney over Lee, replied to one email — “I can correspond by email when and if I become available” — but never answered my questions. It isn’t clear exactly what spurred Lee — or Carter — to file for a trademark to Lee’s name and the title of her book early last year. The Monroe County Heritage Museum fought the trademark, and Lee’s lawyers responded last October by suing them. Like the Pinkus suit, this complaint alleged that the defendant was taking advantage of Lee’s ill health — in this case, by ramping up gift shop operations and naming their website tokillamockingbird.com. (Both the shop and the website are more than 15 years old.)

The complaint begins immediately with a dig at Monroeville: “Although the story was set in the 1930’s, her realistic and highly critical portrayal of Maycomb’s residents shone a harsh light on the attitudes of communities that were the focal point of the civil rights movement in the 1960s … The town’s desire to capitalize upon the fame of To Kill a Mockingbird is unmistakable: Monroeville’s town logo features an image of a mockingbird and the cupola of the Old County Courthouse.”

In May 1961, shortly after winning the Pulitzer Prize for fiction. (Photo: Bettmann/Corbis) Photo: Bettmann/Corbis
Seeking unspecified damages, the suit listed all the Mockingbird-branded items in the gift shop, including clothes for adults and children, tote bags, towels, “glass ware, plastic/acrylic tumbler glasses, seat cushions, car decals, coasters,” and a dozen other tchotchkes. It estimated 2011 museum revenue at more than $500,000, without mentioning that expenses were almost as high — the difference being just a bit more than the roughly $30,000 the gift shop earns annually. Nor did the suit mention that the museum is a nonprofit, or that Tonja Carter and her husband, a distant cousin of Truman Capote, own a tourist-filled restaurant across from the courthouse.

Museum attorney Matthew Goforth released a statement in October firing back: “It is sad that Harper Lee’s greedy handlers have seen fit to attack the non-profit museum in her hometown that has been honoring her legacy.” Whatever the merit of Goforth’s argument, it brought to mind something Lee told Mills: “Greed is the coldest of deadly sins, don’t you think?”

“I was shocked,” says Stephanie Rogers, executive director of the museum. “I tried to talk to the family and say, ‘let’s stop this.’” After that 50th-anniversary commemoration in 2010, she’d sent Nelle leftover cake (shaped like Mockingbird’s iconic knot-holed tree), and Nelle had written back thanking her “friends.” After last month’s settlement, the website URL has been changed, but all the Mockingbird knickknacks are still for sale. Once the trademark goes through, they’ll be licensed through Lee. The Mockingbird Next Door will be sold there, too.

Friends were hurt by both the lawsuit and notes from Carter informing them they could no longer visit Nelle. One of them, Sam Therrell, owns Radley’s Fountain Grill and recently resigned as a member of the museum’s board. “I don’t think Miss Nelle or Alice had anything to do with it,” he says. “It’s her agent and her local lawyer [Tonja Carter]. I don’t know what kind of relationship they entered into, how she ever became of counsel, and I don’t give a rat’s ass, to tell you the truth. It was stupid to let it happen, I can tell you that.”

Other friends do emphasize her lifelong ambivalence over Monroeville. “She never has liked the museum,” says Butts. “But a lot of her attitudes about things changed after the stroke. She becomes excitable in all sorts of ways.” It’s perfectly plausible for Lee to be against the book, against the town — even against her own sister — without being fully accountable. “Nelle Harper’s at this stage in her life,” says Butts, “at which she’s readily influenced about anybody who’s around her.” He doesn’t fault Alice for failing to safeguard Lee’s rights; he faults Nelle for never relying on anyone else. “She lived as if Alice would never die.”

In Monroeville, a chance to pose as Scout, Dill, and Jem. (Photo by Maude Schuyler Clay) (Photo by Maude Schuyler Clay) Photo: Maude Schuyler Clay
Wayne Flynt, the Auburn professor, trusts Carter and believes she’s just honoring Nelle’s sense of being fed up. “Monroeville is like most small towns in the South,” says Flynt, whose work focused on Alabama and poverty. “It’s wonderful because of its tremendous sense of curiosity and community, but it’s also nosy and intrusive. The world she wrote about is the world she now inhabits, with all the good stuff and the bad stuff.”

In responding to Lee’s new letter last week, Penguin Press released a handwritten letter Alice Lee wrote to Marja Mills in 2011. It read, in part: “When I questioned Tonja” — her onetime protégé, inheritor of A.C. Lee’s firm — “I learned that without my knowledge she had typed out the statement, carried it to [Nelle’s apartment], and had Nelle Harper sign it … Poor Nelle Harper can’t see and can’t hear and will sign anything put before her by anyone in whom she has confidence. Now she has no memory of the incident … I am humiliated, embarrassed, and upset about the suggestion of lack of integrity at my office.”

The letter signed by Nelle last week points out that “my sister would have been 100 years old” when she wrote those words. Butts insists Alice was “bright as a penny” — at least back then. Around the time of that letter, Alice stopped visiting the office regularly. She had a fall, then contracted pneumonia and began to decline. She moved out of the Lees’ redbrick ranch house and into a different assisted-living facility. Whatever Wayne Flynt’s suspicions about Marja Mills, he agrees with Nelle’s latest biographer on one point: Silence has not served Nelle Harper Lee. “In the absence of her being willing to talk, the only versions we’ll ever have are other people’s versions.”

Voir encore:

Why Fans Shouldn’t Read Harper Lee’s New Book
Jacqueline Sahagian

February 03, 2015

The publisher of the classic novel To Kill a Mockingbird has announced that the book’s reclusive author Harper Lee will publish her second novel 55 years after the first was released to global acclaim, reports the Associated Press. Harper, a subsidiary of the publisher HarperCollins, said in an announcement seen by the Associated Press that the 304-page novel Go Set a Watchman will be published July 14. The question now is whether fans of the original novel should actually read the new book, or if it could color their perception of Mockingbird in ways they might not appreciate.

The book is essentially a sequel to To Kill a Mockingbird but was technically written first. Lee completed the book during the 1950s and when she shopped it around to publishers, it was suggested that she start over focusing on the childhood memories of the narrator Scout. Go Set a Watchman sees an adult Scout returning to her hometown of Maycomb, Ala., roughly 20 years after the events in Mockingbird.

“Scout (Jean Louise Finch) has returned to Maycomb from New York to visit her father, Atticus,” the publisher’s announcement reads, per the AP. “She is forced to grapple with issues both personal and political as she tries to understand her father’s attitude toward society, and her own feelings about the place where she was born and spent her childhood.”

Lee won a Pulitzer Prize and adoration from generations of readers for Mockingbird, but the author hasn’t published another book since 1960 and has only done a handful of interviews in the interim. Harper made it clear it is unlikely Lee will do press to promote the new book.

Fans are looking at this announcement with some mixed feelings. At first, of course, it’s exciting to hear that this beloved author is releasing new writing about the characters millions of readers have come to know and love. Mockingbird is not just a classic work of literature, it’s also the book that teaches many about civil rights, the court system, the South, and morality when it’s assigned in elementary or middle school. It’s one of those books that can be enjoyed by anyone at any age, from a grade-school student to a college literature professor, and each time you read it, you get something different from the story. The book is so meaningful to so many people that news of more information, more stories about the beloved Scout and Atticus might seem like a cause for celebration, but is it?

Some are already questioning the motives behind the decision to publish this supposedly lost work now. An article from New York Magazine explains how Lee’s later years have been marked by ill health and being taken advantage of by her attorneys and others that are supposed to be helping her. Lee’s sister Alice served as her protector and adviser for many years until Alice passed away late last year. Jezebel has pointed out, as others surely will, that it seems suspicious that such an announcement would be made so soon after Alice’s passing. It seems fairly likely that Harper Lee didn’t want this book published just as she didn’t want any more of her other writing published, and now that Alice is gone, lawyers and literary agents can take advantage of Harper’s weak mind and ill health.

In addition to the questions surrounding the circumstances of the book’s publication, Go Set a Watchman has a lot to live up to as a work of literature. Even though it was technically written first, this book will have to live in the shadow of Mockingbird, a shadow so dark that it prevented Lee from writing another book in her lifetime. New York Magazine quotes Lee at the press conference to promote the classic film adaptation of Mockingbird starring Gregory Peck as saying, “I’m scared,” when asked how she feels about writing another book. That fear, in addition to her own eccentricities, has kept her from releasing any other writing despite publishers, fans, family, and friends all hounding her for it. And maybe the memory of Mockingbird was better served that way.

If Go Set a Watchman is subpar — and what wouldn’t be subpar in comparison to Mockingbird? — then it could be a huge disappointment for fans. Reading Go Set a Watchman will change the reader’s interpretation of Mockingbird by telling us about what Scout and Atticus are like 20 years later. Perhaps readers have their own ideas about what ended up happening to the Finch clan, or maybe you think part of the book’s perfection is how it’s encapsulated in those few years of Scout’s childhood. Either way, bleeding outside the boundaries of Mockingbird will make the new book change the reader’s perception of the original, whether they want it to or not.

The fact that this is sort of an original draft of Mockingbird and not a later attempt on Lee’s part to write a prequel that just never got published is encouraging when considering its potential literary value. Watchman was good enough that publishers saw the promise in it even from an unknown young writer back in the 1950s, another sign that the book is actually quality writing and not just something that’s being published because it has Lee’s name on it. Given Lee’s highly reclusive nature, we really don’t know if she was a true literary one-hit wonder and only had one great book in her, or if she’s had volumes of wonderful stories in her mind that she’s been unwilling to share, publish, or maybe even write down. This is a chance to finally find some answers to a few of the greatest literary questions of the past century, but with reading this new work comes taking a chance on changing our understanding of the original, for better or for worse.

Voir de plus:

Be Suspicious of the New Harper Lee Novel
Madeleine Davies
Jezabel

Two and a half months after the death of Harper Lee’s sister (and lawyer) and 55 years since the publication of To Kill a Mockingbird, HarperCollins has announced the summer release of Go Set a Watchman, the elusive author’s second novel.

According to the New York Times, Go Set a Watchman « takes place 20 years after To Kill a Mockingbird:

Though it’s effectively a sequel, Ms. Lee actually wrote  » Go Set a Watchman » first. The 304-page novel takes place in the same fictional town, Maycomb, Ala., and unfolds as Scout Finch, the feisty child heroine of « To Kill a Mockingbird, » returns to visit her father, Atticus.

Sadly, this news is not without controversy or complications. Harper Lee’s sister Alice Lee, who ferociously protected Harper Lee’s estate (and person) from unwanted outside attention as a lawyer and advocate for decades, passed away late last year, leaving the intensely private author (who herself is reportedly in ill health) vulnerable to people who may not have her best interests at heart.

Tonja Carter, Harper Lee’s attorney since Alice Lee retired at the age of 100, acknowledges that the author—who was left forgetful and nearly blind and deaf after a stroke in 2007—often doesn’t understand the contracts that she signs. « Lee has a history of signing whatever’s put in front of her, apparently sometimes with Carter’s advice, » Gawker’s Michelle Dean reported last July.

« The existence of ‘Go Set a Watchman’ was unknown until recently, and its discovery is an extraordinary gift, » said HarperCollins publisher Jonathan Burnham in a statement.

But was the gift willingly given?

« After much thought and hesitation I shared it with a handful of people I trust and was pleased to hear that they considered it worthy of publication, » Lee said in a statement of her own. « I am humbled and amazed that this will now be published after all these years. »

That might seem like confirmation of Lee’s willing involvement in Go Set a Watchman’s publication, except for the fact that we know about Lee’s messy relationship with her attorney (who, again, often gets her to sign things that she doesn’t understand) and Lee’s own publicity-shy character.

Lee once told Oprah over (a non-televised) lunch that she hated being compared to To Kill a Mockingbird’s spunky protagonist Scout Finch. « I’m really Boo, » she said, referring to the reclusive hero whose actions—by the grace of Atticus Finch (and the benevolent Heck Tate)—were allowed to go unpublicized.

In the past, Lee affectionately referred to her sister Alice as « Atticus in a skirt. » Not just because she was an amazing lawyer, but because she was the protector who shielded Harper Lee from the publishing world and press attention that she was so adamantly repelled by. But now Alice—her Atticus—is gone and an unhealthy and unstable Lee must alone face the publishers, interviewers and literary agents that she’s spent her entire life avoiding.

Our Boo Radley is being dragged into the light.

Voir par ailleurs:

Books in Space: Christopher Nolan’s “Interstellar”

Wai Chee Dimock

The Los Angeles Review of books

December 25th, 2014
BOOKS ARE EVERYWHERE in Christopher Nolan’s Interstellar, beginning with the opening shot. The camera, gliding slowly across the length of the bookshelf, lingers over several titles, and lingers as well over a toy space shuttle, also sitting on the bookshelf, gathering dust.

The dust is of course no ordinary dust, but shorthand for everything that is wrong with the planet. Nolan admires Ken Burn’s documentary about the 1930s, The Dust Bowl, and uses the same interview format, lining up eyewitnesses to testify to a succession of crop failures. This is not the 1930s, though, but a Dust Bowl redux, happening in the near future. Even though climate change isn’t explicitly mentioned, the cough-inducing and crops-destroying dust storms do a good job giving us a taste of the extreme weather and severe infectious diseases projected by climate scientists. Wheat and rice are gone at this point. The last crop of okra ever grown on the planet has already been harvested. The only thing left is corn, but even this is on its way out, threatened by blight that replaces the earth’s oxygen with nitrogen. Probably one more generation of humans will survive; after that, mass extinction.

The secretly operating NASA hopes to transport the earth’s population to a different home, in a different galaxy — by way of a wormhole, suddenly detected near Saturn and apparently put there by intelligent aliens. The Lazarus mission has already used that opening and gotten out and found three promising planets, so NASA is now sending the Endurance, led by ex-pilot Cooper (Matthew McConaughey), to decide which one is habitable. As the spaceship lifts off, mission head Professor Brand recites these lines from Dylan Thomas:

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

These lines will be recited three more times before the ending shakes off that “good night” once and for all, so it is fair to say that, as much as Interstellar has touted its grounding in science — the Caltech astrophysicist Kip Thorne was on board as consultant and executive producer — the film is grounded perhaps more fundamentally in literature, underwritten by a poetic license that might turn out to have mathematics as one of its scripts.

Interstellar is bookish to a fault. More than one critic has railed against its wooden, at times excruciating dialogue (lines such as the by now notorious “Love is the one thing that transcends dimensions of time and space,” spoken by Anne Hathaway playing Amelia Brand, daughter of Professor Brand; or “Pray you never learn just how good it can be to see another face,” spoken by Dr. Mann when he is roused from his deep sleep on the forbidding planet where he has been stranded). That is one form of bookishness: the characters here are simply the conduits for the printed words that must have been in the heads of the two screenwriters, Chris Nolan and his brother Jonathan; treatises on mysticism and psychology that they seem bent on injecting into the film, on the same footing as the mathematical equations, which are also very much in evidence.

Those very equations, however, point to another sense in which Interstellar might be said to be bookish. These are actual, astrophysical equations, but as seen on screen, line after line, covering the entire blackboard, they actually look like an exotic script, an alien language hardly anyone can read. This is what math is to 99.99 percent of moviegoers: mysterious and never to be understood. Data from the black hole might indeed be the thing needed to unify relativity and quantum mechanics, and allow humans to exit the earth’s gravitational field, but we wouldn’t know just by looking at those arcane squiggles. Math is akin to magic in this sense: it is a universe unto itself, embedded in the quotidian one we know but not accessible to most of us. It is also a lot weirder, with a lot more room for otherwise inexplicable phenomena. What is unthinkable elsewhere is entirely thinkable here.

Such as reverse time travel, the ability of future generations to reach back and engineer events of the past. Those intelligent aliens who planted the wormhole turn out to be none other than our own highly evolved human descendants, existing in five dimensions, and giving rise to narrative time lines equally convoluted. In one sense this is familiar Nolan territory: flashbacks and obsessive crosscutting are nothing new; they have always been his signature style. Beginning with his first film, Following (1998), and continuing through Memento (2000) and Inception (2010), the human mind for Nolan has always been a labile, multidimensional space, rotatable at 90, 180, and 360 degrees. This shape-shifting and ever-receding labyrinth is the logical backdrop for time that flips over, or goes backward. Nolan says that his fondness for reverse chronologies comes from growing up in the age of VHS and being able to watch movies over and over again, taking them apart differently each time. “You’re making films that are going to be watched more than once,” he says. “People are going to watch them in a different way. They’re going to have a different relationship to that narrative.” Films like Memento and Inception internalize these serial disorientations and turn them into a Möbius strip of the mind.

Interstellar is a little different. Reverse chronology here is not housed in the mind, as the labyrinth of memory, but projected outward into the vastness of the cosmos, as the weird, seemingly nonsensical, but entirely mathematical space-time of relativity and quantum mechanics. This kind of math has an objective correlative: the tesseract, a four-dimensional analogue to the three-dimensional cube. The word, from the Greek τέσσερεις ακτίνες (“four rays”), was first coined and used in 1888 by Charles Howard Hinton in A New Era of Thought, a nonfictional work about the fourth dimension. In its later incarnations, the term would sometimes morph into a more graspable form — in the Marvel Universe, for example, it is simply an Infinity Stone, an object of extraordinary power. Nolan goes back to the earlier, weirder version, giving us a four-dimensional continuum that physicalizes time as vehicular space. It is this that allows Cooper to go back several decades and haunt his own house as a ghost, sending cryptic messages written first in dust, and then in Morse code, providing his now-grown daughter Murph (Jessica Chastain) with the necessary data to create a unified theory of physics. Humanity is saved, and Cooper himself gets to go home in the flesh, 124 years old in earth-time but not aged at all, having spent only a few hours on the time-dilated planet. His daughter, 10 years old when he left, is now on her deathbed, an old woman over 90.

According to Wired, Nolan’s tesseract is a visualization of the equations of Kip Thorne, “the product of a year of work by 30 people and thousands of computers.” It is telling, though, that this high-tech, high-concept cosmic marvel should have more than a passing resemblance to the internal mental architecture of Inception. It is telling, as well, that the “bootstrap paradox” that results, by which a chicken sends an egg back in time to be hatched into the chicken that it becomes, is not at all unique to this film but a staple of the science fiction genre, beginning with Robert Heinlein’s story “By His Bootstraps” (1941), and used to great effect by Isaac Asimov and Philip K. Dick, before showing up in The Terminator series and Doctor Who.

There’s a reason why that toy space shuttle is sitting on a bookshelf. Mathematics might be the movie’s operating system, but what powers it is a poetic license of a fairly old-fashioned kind, often running a parallel program of allegory, perhaps to match the director’s equally old-fashioned commitment to shooting on 35 mm and 70 mm film. The film “is about human nature, what it means to be human,” Nolan says. And so the villain is named Dr. Mann, while one of the legible titles on the bookshelf is Ted Morgan’s biography of Somerset Maugham, best known for his best-selling, human-nature-probing novel Of Human Bondage. The other books are not so clearly allegorical; still, their plots tell us something — Mark Helprin’s Winter’s Tale, Isabel Wolff’s Out of the Blue, Martin Amis’s Time’s Arrow, Curtis Oberhansly and Dianne Oberhansly’s Downwinders — all back-trekking narratives with a past that is malleable, visitable, and changeable. And presiding over them all is Gabriel García Márquez’s One Hundred Years of Solitude, that circular, multigenerational, and counterintuitive novel that gives magical realism its classic definition.

Interstellar is not quite magical in that sense, although there is considerable magical thinking here as well, making it almost an anti-cli-fi film, holding out hope that the end of the planet is not the end of everything. It reverses itself, however, when that magic falls short, when the poetic license is naked and plain for all to see. In those moments, it suddenly dawns upon us that the ocean that rises up 90 degrees and comes at us like a wall is not just a special effect on some faraway planet, but a scenario all too close to home.

¤

Wai Chee Dimock is the William Lampson Professor of English and American Studies at Yale University.

Voir encore:

May 7, 2006

Dear Oprah,

Do you remember when you learned to read, or like me, can you not even remember a time when you didn’t know how? I must have learned from having been read to by my family. My sisters and brother, much older, read aloud to keep me from pestering them; my mother read me a story every day, usually a children’s classic, and my father read from the four newspapers he got through every evening. Then, of course, it was Uncle Wiggily at bedtime.

So I arrived in the first grade, literate, with a curious cultural assimilation of American history, romance, the Rover Boys, Rapunzel, and The Mobile Press. Early signs of genius? Far from it. Reading was an accomplishment I shared with several local contemporaries. Why this endemic precocity? Because in my hometown, a remote village in the early 1930s, youngsters had little to do but read. A movie? Not often — movies weren’t for small children. A park for games? Not a hope. We’re talking unpaved streets here, and the Depression.

Books were scarce. There was nothing you could call a public library, we were a hundred miles away from a department store’s books section, so we children began to circulate reading material among ourselves until each child had read another’s entire stock. There were long dry spells broken by the new Christmas books, which started the rounds again.

As we grew older, we began to realize what our books were worth: Anne of Green Gables was worth two Bobbsey Twins; two Rover Boys were an even swap for two Tom Swifts. Aesthetic frissons ran a poor second to the thrills of acquisition. The goal, a full set of a series, was attained only once by an individual of exceptional greed — he swapped his sister’s doll buggy.

We were privileged. There were children, mostly from rural areas, who had never looked into a book until they went to school. They had to be taught to read in the first grade, and we were impatient with them for having to catch up. We ignored them.

And it wasn’t until we were grown, some of us, that we discovered what had befallen the children of our African-American servants. In some of their schools, pupils learned to read three-to-one — three children to one book, which was more than likely a cast-off primer from a white grammar school. We seldom saw them until, older, they came to work for us.

Now, 75 years later in an abundant society where people have laptops, cell phones, iPods, and minds like empty rooms, I still plod along with books. Instant information is not for me. I prefer to search library stacks because when I work to learn something, I remember it.

And, Oprah, can you imagine curling up in bed to read a computer? Weeping for Anna Karenina and being terrified by Hannibal Lecter, entering the heart of darkness with Mistah Kurtz, having Holden Caulfield ring you up — some things should happen on soft pages, not cold metal.

The village of my childhood is gone, with it most of the book collectors, including the dodgy one who swapped his complete set of Seckatary Hawkinses for a shotgun and kept it until it was retrieved by an irate parent.

Now we are three in number and live hundreds of miles away from each other. We still keep in touch by telephone conversations of recurrent theme: « What is your name again? » followed by « What are you reading? » We don’t always remember.

Much love,

Harper

Voir enfin:

Daech brûle 2.000 livres et manuscrits et détruit des œuvres datant de plus de 7.000 ans
Geopolis/Francetvinfo

02/02/2015

L’autodafé géant est passé totalement inaperçu. Les combattants de l’organisation Etat islamique auraient envahi la Bibliothèque centrale de Mossoul et le Musée. Bilan: des centaines de manuscrits, des œuvres antiques et des vieux journaux détruits et incendiés.

C’est une information d’Alarabtv (lien en arabe), qui relate avec force détails ce qui pourrait être le plus grand autodafé de l’Histoire. Cette information Associated Press mise en ligne le 1er février n’a pas été encore confirmée par les autorités. Selon Alarabtv, courant janvier, des combattants de Daech auraient pris possession de la Bibliothèque centrale pour «assainir» les fonds documentaires. Selon les habitants, ils auraient emmené avec eux dans six pickups plus de deux milles livres pour les détruire. Etaient concernés, les livres pour enfants, de poésie, de philosophie, de santé, de sport et de sciences, ainsi que les journaux datant du début du XXe siècle, des cartes ottomanes et des collections privées offertes par les vieilles familles de Mossoul. Seuls les livres traitant de l’islam auraient été épargnés.

Désobéissance à Dieu
Un homme en tenue afghane aurait harangué la foule : «Ces livres appellent à la désobéissance à Dieu, ils doivent être brûlés.» Les assaillants auraient ensuite mis le feu aux documents devant les étudiants. «Les extrémistes ont déjà commencé à détruire les livres dans les autres bibliothèques publiques de Mossoul le mois dernier (janvier, NDLR) », témoigne un professeur d’histoire de l’Université de Mossoul. Selon lui, les préjudices touchent les archives d’une bibliothèque sunnite, celle de l’Eglise latine et le monastère des Dominicains.

Les combattants de Daech s’en sont ensuite pris à la bibliothèque du Musée de Mossoul et ont détruit des œuvres datant de 5.000 ans avant Jésus Christ. Daech «perçoit la culture, la civilisation et la science comme des ennemis féroces», remarque le député irakien Hakim Al Zamili.

Les bibliothèques de Mossoul avaient déjà subi deux pillages : en 2003 avec la chute de Saddam Hussein et en juin 2014 lorsque les djihadistes ont pris le contrôle de la ville. De nombreux manuscrits ont été exportés clandestinement. Les Dominicains, eux, avaient commencé à numériser les manuscrits dans les années 90.

Voir enfin:

ETATS-UNIS. La rougeole est de retour
04-02-2015

VACCIN. Les autorités sanitaires américaines et le président Barack Obama ont lancé ces derniers jours un vibrant appel à la vaccination face à la crainte d’une épidémie étendue de rougeole dans le pays, certains parents estimant toujours que ce vaccin est dangereux. La maladie, censée être éradiquée aux États-Unis depuis 2000, est réapparue en décembre 2014 en Californie. Le foyer de l’épidémie a été localisé dans le parc d’attractions de Disneyland.

102 cas de rougeole
Depuis, 102 cas de rougeole ont été recensés dans 14 États américains, selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) fin janvier 2015. Les CDC ont précisé que la plupart des malades n’avaient pas été vaccinés. « Nous sommes très inquiets du nombre croissant de personnes qui pourraient être infectées par le virus de la rougeole et de la possibilité d’une importante épidémie dans le pays », a déclaré ce week-end le directeur des CDC, le Dr Tom Frieden, insistant pour que tous les parents fassent vacciner leurs enfants.

Le retour en force de cette infection aux États-Unis coïncide avec la tendance de certains parents de refuser de faire vacciner leurs enfants car ils craignent que ce triple-vaccin (rougeole, oreillons et rubéole) ne soit responsable de l’augmentation des cas d’autisme. D’autres personnes refusent la vaccination, en général pour des raisons religieuses ou politiques. Cette controverse remonte à la publication d’un article biaisé dans la très sérieuse revue médicale britannique le Lancet en 1998, qui ne s’est rétractée sur le sujet qu’en 2010. Les médias ont également été critiqués pour s’être largement fait l’écho de cette recherche frauduleuse.

TRANSMISSION. La rougeole est très contagieuse car elle se transmet par voie aérienne. Elle provoque des accès de fièvre et des éruptions cutanées. Les cas les plus graves peuvent entraîner une pneumonie ou une encéphalite et être mortels. Les États-Unis ont enregistré 644 cas de rougeole dans le pays en 2014, un nombre sans précédent depuis 2000. Il y avait eu 173 cas en 2013, et une petite soixantaine par an dans les années précédentes.

Des croyances infondées
DÉMENTI. Pourtant de nombreuses études scientifiques très sérieuses ont clairement démenti tout lien avec l’autisme ou tout autre risque sanitaire. Selon le Dr Anne Schuchat, responsable de la vaccination aux CDC en 2014, les parents de 79 % des enfants non-vaccinés avaient demandé aux autorités de leur État d’être exemptés de la vaccination sur la base de leurs convictions. Cette situation explique que le taux de vaccination contre la rougeole aux États-Unis ne dépasse pas 92 %.

Le président Barack Obama a fait peser toute son autorité dimanche 31 janvier 2015 pour convaincre les parents sceptiques d’ignorer ces croyances infondées. « Je sais qu’il y a des familles qui sont parfois inquiètes des effets de la vaccination mais vous devez savoir que la science est vraiment indiscutable », a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision NBC. « Nous avons examiné cela de nombreuses fois et il n’y a aucune raison de ne pas se faire vacciner », a insisté M. Obama. La question de la vaccination contre la rougeole a agité la sphère politique, surtout parmi les candidats républicains potentiels à la présidentielle de 2016. Pour ces prétendants, l’exercice est délicat car ils ne veulent pas s’aliéner la frange de leur électorat ultra-conservateur qui pour des raisons religieuses ou par pure conviction politique rejettent l’obligation de la vaccination.

Lise Loumé avec afp


Complotisme: Attention, un complot peut en cacher un autre (From al-Dura to Charlie hebdo: Guess who the conspiracy theorists’s usual suspects are ?)

4 février, 2015
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La carte des théories révisionnistes épouse parfaitement celle de l’antiaméricanisme dans le monde. Claude Moniquet
Il existe – et c’est éclairant – une thèse opposée, que j’appellerai la thèse du complot, selon laquelle il suffirait, pour expliquer un phénomène social, de découvrir ceux qui ont intérêt à ce qu’il se produise. Elle part de l’idée erronée que tout ce qui se passe dans une société, guerre, chômage, pénurie, pauvreté, etc., résulte directement des desseins d’individus ou de groupes puissants. Idée très répandue et fort ancienne, dont découle l’historicisme ; c’est, sous sa forme moderne, la sécularisation des superstitions religieuses. Les dieux d’Homère, dont les complots expliquent la guerre de Troie, y sont remplacés par les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes. Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues. (…) Or, selon la théorie de la conspiration, tout ce qui arrive a été voulu par ceux à qui cela profite. Karl Popper
Vigipirate, en lui-même, c’est une énorme blague. (…) Les règles d’engagement de vigipirate ne nous permettent pas d’avoir de réelles possibilités d’action en cas d’attaque terroriste (…) parce que si on est attaqué avec un couteau, on doit avoir une réponse proportionnée, donc on peut pas utiliser nos armes. (…) Les munitions sont sous cadenas. Et si jamais quelqu’un tire, donc il faut qu’on demande l’autorisation au lieutenant pour ouvrir le feu. Et il faut qu’on déplombe nos armes. (…) parce que les armes sont plombées. Et qu’on charge l’arme. (…) Parce qu’il n’y a que le chef de patrouille qui a le droit d’avoir l’arme chargée. (…) Il n’y en a qu’un qui a son arme chargée. Et ça dépend du niveau d’alerte. Et on n’a pas les armes chargées. (…) Donc le temps qu’on charge, qu’on arme notre arme, nous, on est mort. (…) C’est juste pour un effet de presse, un coup de pub. (… ) On se faisait insulter, on se faisait cracher dessus, on n’avait pas le droit de bouger le petit doigt.  Nicolas (ancien militaire)
The heavily armed soldiers who protect Jewish institutions (…) are soldiers, not police, and so not trained to be alert to street problems. They tend to get distracted by their smartphones or pretty girls passing by. They clutch their assault rifles across their bodies, which leaves them vulnerable to someone driving by and shooting at them. As confirmed by today’s attack, the ostensible protection they offer actually provokes Islamists and other antisemites. They are only posted temporarily to the Jewish institutions in the aftermath of the Hyper Cacher attack a month ago and before long will leave. They protect only the institutions themselves, not the people who come and go to them, who remain as vulnerable as ever. In short, the soldiers are sitting ducks whose deployment does little to protect the Jewish community or solve the larger problem of Islamist violence. But it does offer another instance of emotionally satisfying « security theater » which temporarily gives everyone a constructive sense of doing something. Daniel Pipes
Just a few hours after the massacre at the offices of satirical French paper Charlie Hebdo, members of the far-right and far-left in Europe and America quickly decided who was responsible: the Mossad. Writing on her Facebook page, Greta Berlin, organizer of the 2010 Gaza flotilla and co-founder of the Free Gaza movement, argued that the attack was Israeli retribution for France’s recognition of a Palestinian state (…)  The idea that Israel carried out the massacre became so widespread that it was picked up by a more reputable publication, the International Business Times, which gave a respectful airing to the possibility in a piece titled “Charlie Hebdo Attack and Mossad Link: Is Israel Venting Its Fury For France’s Recognition of Palestine State?” After public outcry from readers and journalists, the article was taken down and replaced with a forthright apology deeming the piece “beneath our standards” and a “basic lapse in judgement.” Tablet
En ce qui nous concerne, nous autres Arabes, nous pouvons dire : « Bienvenue au club ! » Car les théories du complot sont presque une marque de fabrique de nos cultures nationales. Bienvenue dans un monde où à peu près tous les régimes et à peu près tous les acteurs politiques en ont usé pour assurer leur longévité. Ce qui a engendré la tyrannie. Le principal intérêt de cette façon de présenter le monde est que, finalement, personne n’est jamais responsable de ce qui arrive, si ce n’est une « cinquième colonne » ou les « mains du sionisme et de l’impérialisme » ou encore des « Croisés ». Bref, nous n’exportons pas seulement notre terrorisme mais aussi la théorie qui va avec ! Dala Al-Bizri
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)
Nous avons commis une terrible erreur, un texte malencontreux sur l’une de nos photos du jour du 18 avril dernier (à gauche), mal traduit de la légende, tout ce qu’il y a de plus circonstanciée, elle, que nous avait fournie l’AFP*: sur la « reconstitution », dans un camp de réfugiés au Liban, de l’arrestation par de faux militaires israéliens d’un Palestinien, nous avons omis d’indiquer qu’il s’agissait d’une mise en scène, que ces « soldats » jouaient un rôle et que tout ça relevait de la pure et simple propagande. C’est une faute – qu’atténuent à peine la précipitation et la mauvaise relecture qui l’ont provoquée. C’en serait une dans tous les cas, ça l’est plus encore dans celui-là: laisser planer la moindre ambiguïté sur un sujet aussi sensible, quand on sait que les images peuvent être utilisées comme des armes de guerre, donner du crédit à un stratagème aussi grossier, qui peut contribuer à alimenter l’exaspération antisioniste là où elle s’enflamme sans besoin de combustible, n’appelle aucun excuse. Nous avons déconné, gravement. J’ai déconné, gravement: je suis responsable du site de L’Express, et donc du dérapage. A ce titre, je fais amende honorable, la queue basse, auprès des internautes qui ont été abusés, de tous ceux que cette supercherie a pu blesser et de l’AFP, qui n’est EN AUCUN CAS comptable de nos propres bêtises. Eric Mettout (L’Express)
Comment expliquer qu’une légende en anglais qui dit clairement qu’il s’agit d’une mise en scène (la légende, en anglais, de la photo fournie par l’AFP: « LEBANON, AIN EL-HELWEH: Palestinian refugees pose as Israeli soldiers arresting and beating a Palestinian activist during celebrations of Prisoners’ Day at the refugee camp of Ain el-Helweh near the coastal Lebanese city of Sidon on April 17, 2012 in solidarity with the 4,700 Palestinian inmates of Israeli jails. Some 1,200 Palestinian prisoners held in Israeli jails have begun a hunger strike and another 2,300 are refusing food for one day, a spokeswoman for the Israel Prisons Service (IPS) said. »), soit devenue chez vous « Prisonnier palestinien 18/04/2012. Mardi, lors de la Journée des prisonniers, des centaines de détenus palestiniens ont entamé une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention », étonnant non ? David Goldstein
Ce sont les récents événements de la Guerre de Gaza, ou plutôt leur réfraction dans l’opinion publiée, dans les médias, chez les hommes politiques, les diplomates, les universitaires et les classes bavardeuses, qui suscitent cette réflexion : la guimauve sentimentaliste dégouline de tous côtés pour décrire la « souffrance des Palestiniens ». A la bourse victimologique, le « Palestinien » vaut bien plus que le Darfourien massacré par les Arabes du Nord-Soudan, l’Iranien lapidé ou pendu par les mollahs, la fillette pakistanaise ou afghane décapitée ou défigurée à l’acide par les Talibans, l’Indien de Bombay ou du Cachemire assassiné par les moudjahidines islamistes. Divisez le nombre de palestiniens par les centimètres de journal (ou les minutes télévisées) qui leur sont consacrés, vous obtiendrez un ratio qui défie toute concurrence, une proportion disproportionnée. Ce demi-monde de trop volubiles discoureurs sélectionne soigneusement ce qu’il « voit », à l’exclusion du reste. (…)  Chacun devrait le savoir et y penser : dans la mesure où la photo n’est pas purement et simplement truquée ou le fruit d’un montage ou d’une mise en scène, qu’y a-t-il avant la photo, en amont pour ainsi dire ? Y a-t-il un Hamas qui a de propos délibéré rompu la trêve ? Un Hamas qui vole l’aide internationale pour la revendre au prix fort et faire dire par ses perroquets préférés du Monde et de Reuters qu’Israël a monté un blocus qui cause une crise humanitaire ? Un Hamas qui a lancé des attaques de terreur sans nombre contre les points de transit où passait le commerce entre Israel et Gaza, forçant Israel à les fermer ou à les restreindre ? Un Hamas qui a balancé plusieurs milliers de roquettes sur les villes du sud d’Israël ? Un Hamas, dont la Charte exige inconditionnellement la destruction d’Israël et le massacre des Juifs ? Un Hamas qui place ses lanceurs de projectiles dans les hôpitaux, les écoles, les mosquées – sachant que les Israéliens hésiteront à les frapper, que les médias se jetteront comme des prédateurs sur les morts éventuelles de boucliers humains ? Un Hamas qui préfère sacrifier la population (« martyre »), chair à canon, parce que les chairs sanguinolentes valent cher sur la BBC, France 2 et autres professionnels du trompe-l’œil ? Le Hamas promeut ce Grand-Guignol parce que le théâtre vivant permet à ses propagandistes de stigmatiser le Satan, en occultant le contexte, l’amont, l’histoire et le contenu, pour ne présenter que les horreurs de la guerre. Il n’y a pas de cause – hormis Satan – il n’y a que des effets ! Tel est l’effet d’une acceptation inconditionnelle du fabliau-fiction arabo-palestinien, qui est devenu, qu’on me pardonne l’expression, vérité d’Evangile pour la victimophilie pro-palestinienne d’esprits dérangés, quoique nombreux. J’y vois la confluence de deux phénomènes : d’un côté, l’effacement progressif de la honte postérieure à la Shoah. « Y’en a marre de ces histoires de génocide. On ne va pas passer l’éternité là-dessus, quand même ! ». Les arbitres des élégances du politiquement correct répètent, sans le savoir, à la virgule près, ce que l’extrême-droite négationniste martelait dans les années soixante et soixante-dix (elle imite également le monde stalinien qui niait en bloc que le Nazisme ait visé les Juifs en tant que tels). D’un autre côté, l’époque contemporaine est caractérisée par ce que le philosophe allemand Friedrich Nietzsche avait appelé « l’inversion de toutes les valeurs». Expliquons-nous : Comment peut-il se faire qu’une organisation-filiale des Frères musulmans, qui prêche la haine et la destruction de l’Occident, la soumission manu militari des dhimmi, l’instauration universelle de la charia, crucifixion, lapidation, amputation comprises ; qui, à de nombreuses reprises, a procédé à des massacres à grande échelle d’opposants palestiniens (sans parler des Israéliens, on s’en fiche, voir plus haut), qui terrorise sa propre société, bannissant, interdisant, fulminant ; qu’une organisation qui démontre sans cesse qu’elle se contrefiche du bien-être de ses compatriotes, que seul compte le djihad ; qu’un Palestinien ne vaut que « martyr » mort : comment se fait-il donc que le Hamas ait recruté comme valets de plume et d’image, qui cachent soigneusement ce qui ne peut être montré ni avoué, qui opèrent comme les appendices médiatiques de la propagande du Hamas, qui acceptent d’opérer sous son contrôle et sa censure, une grande partie des médias occidentaux ? On ne s’étonne pas de l’abjection des goebbelsiades qui font l’ordinaire d’Al-Jazeera, dans le lointain Qatar. On a la faiblesse de s’interroger sur celle des radios, télévisions et journaux occidentaux. Comment expliquer leur inversion des valeurs ? Souvenez-vous, ce que je décris à propos de Gaza valut également, en Août 2006 au Liban, quand il ne fut pas d’énorme mensonge proféré par les metteurs en scène du Hezbollah, qui ne fut avalé et resservi par cette trop docile presse occidentale. Toujours consentante à écrire sous la dictée des barbus de l’Islam, tant qu’elle peut publier des photos (truquées) qui accablent les ennemis israéliens des tueurs chiites. La pratique devenue normale et habituelle des médias occidentaux, à quelques exceptions près, c’est de titrer : « Pearl Harbour : attaque des Américains contre des avions japonais » en ne mentionnant qu’en petit et à la fin l’attaque nippone. Cette inversion du réel aura été permanente au cours du XXème siècle. Le putsch bolchévique d’Octobre 1917, nervis et bas-fonds lancés à l’assaut des bâtiments publics de Saint Petersburg par un doctrinaire cherchant l’occasion de mettre en application ses utopies sanglantes ouvrit le bal. Les appels hypocrites de Lénine à donner « la terre aux paysans » et «tout le pouvoir aux Soviets » – avant de confisquer l’une et l’autre –donnèrent l’impression, avec ses exhortations à l’Apocalypse révolutionnaire universelle, que le Soleil s’était levé pour la première fois, que la Fin de l’Histoire, prédite par Marx et tous les Utopistes, étaient proche. Chez les peuples européens, secoués par les horreurs du premier conflit mondial, l’écho fut retentissant : on voulait que cela fût vrai afin que prenne fin l’épouvante et que commence l’Ere nouvelle. Pour les intellectuels, l’Homme nouveau ferait table rase de la «société bourgeoisie ». La « bourgeoisie », cette fiction idiote, réunissait le mépris aristocratique des classes moyennes et la détestation bohème d’une société réglée et ordonnée. Elle idéalisait l’héroïsme aux dépens des vertus qui furent baptisées « victoriennes ». Elle appelait de ses vœux l’Apocalypse où le Héros renverserait la « société marchande », et nommait le Prolétariat Rédempteur messianique de substitution. L’inversion du réel est fondée sur une inversion des valeurs. Le rejet des valeurs « bourgeoises » (alors que l’Europe de 1914 n’est qu’au sens le plus minime du terme « capitaliste » et était, en vérité, très largement soumise aux forces littéralement féodales, (comme l’Empire allemand de Guillaume II) exigeait que l’on idolâtre ses ennemis. Tout ce qui s’opposait, ou prétendait s’opposer, à la société «bourgeoise » devint bon ; tout ce qui voulait la renforcer devint mauvais (d’où les intéressants va-et-vient entre nazis et communistes). Moscou, où affluaient les escrocs et les fanatiques, les charlatans et les aventuriers, les idéologues et les désaxés, devint le centre de redistribution intellectuel de ces valeurs inverties qui exaltaient la destruction radicale de l’Occident : Musulmans devenus « rouges », anarchistes communisés, officiers reconvertis de l’Armée et de la police secrète du Tsar, démagogues assoiffés de pouvoir, mystiques et pornographes-tueurs à la Raspoutine. Cela s’appelait l’Internationale communiste. C’est elle, et c’est eux, qui donnèrent le « la » aux versions délirantes de la politique du XXème siècle, qui, par la grâce des positions importantes occupées par l’intelligentsia politico-ambitieuse, enivrée de son propre romantisme, devinrent souvent les versions acceptées, à l’école et à l’université, dans la presse et la littérature. (…) Pour que réussissent les aventuriers de l’horreur, Il fallait que les intelligentsias et les diplomates, les journalistes et les professeurs les bénissent et prononcent avec génuflexions admiratives leurs messes et leurs sermons approbateurs. C’est ainsi que Michel Foucault se fit le chantre de l’Ayatollah Khomeiny et de la révolution islamique iranienne ! Il n’est pas de tyran de gauche ou d’extrême-gauche, de national-socialiste du tiers-monde, qui n’ait trouvé pour l’encenser quelques intellectuels de la Rive Gauche, de Bloomsbury, de Harvard Square, de Kreutzberg ou de l’Università statale. (…)  L’inversion des valeurs conduit à l’essor d’un faux réel où, répété indéfiniment, le mensonge devient officiel, obligatoire, universel. Je propose donc de comprendre l’étrange lubie qui possède une partie si importante de l’Occident comme le résultat de la grande inversion des valeurs qui plaça la destruction de l’Occident « bourgeois » en tête de ses priorités, et fit de tout ce qui se parait de l’étiquette de « révolutionnaire » le fin du fin. Que cette lubie ait retrouvé le plus familier des Satan de son histoire, et s’allie en ceci avec un monde islamique si violemment porté à l’espérance du génocide, n’est malheureusement pas très étonnant. Laurent Murawiec
C’est un mystère pourquoi tant de médias acceptent comme parole d’évangile les chiffres du Hamas sur le nombre de civils tués dans la récente guerre. Le Hamas proclame que 90% des 1800 Palestiniens tués sont des civils. Israël dit que la moitié des tués sont des combattants. Les faits objectifs sont plus proches de ce que dit Israël que du Hamas. Même des organisations de droits de l’homme anti-israéliennes reconnaissent, selon le New York Times, que le Hamas compte probablement parmi ces « civils tués par Israël », les groupes suivants : les Palestiniens tués comme collaborateurs, ceux tués de violences domestiques (crimes d’honneur), les Palestiniens tués par des roquettes ou obus de mortier du Hamas et les Palestiniens qui sont morts de mort naturelle durant le conflit. Je me demande si le Hamas compte aussi les 162 enfants qui sont morts en travaillant comme esclaves pour construire les tunnels. Le Hamas ne comptabilise pas comme combattants, ceux qui construisent les tunnels, ni ceux qui permettent à leurs maisons d’être utilisées comme cache d’armes et lancement de roquettes, ni les policiers du Hamas, ni les membres de la branche politique et ni les autres qui travaillent main dans la main avec les terroristes armés. Il y a plusieurs années, j’ai forgé un concept pour essayer de montrer que la distance entre un civil et un combattant n’est souvent qu’une question de degré, je l’ai appelé « continuum of civilianality ». Il est clair qu’un enfant dont l’âge ne lui permet pas encore d’aider les combattants du Hamas est un civil et qu’un combattant du Hamas qui tire des roquettes, porte des armes ou opère dans les tunnels est un combattant. Entre ces deux extrêmes, se trouve une grande variété de gens, dont certains sont plus proches des civils et certains sont plus proches des combattants. La loi de la guerre n’a pas établi de distinction claire entre combattants et civils, en particulier dans un contexte de guerre urbaine où des gens peuvent transporter des armes la nuit et être boulangers durant la journée, ou tirer des roquettes durant la journée et aller dormir avec leurs familles la nuit. (…) Les données publiées par le New York Times suggèrent fortement qu’un très grand nombre, peut-être la majorité des gens tués sont plus proches du combattant de l’extrêmité de l’échelle que du civil de l’extrémité de l’échelle. Premièrement, la vaste majorité des tués sont plutôt des hommes que des femmes, deuxièmement la majorité ont entre 15 et 40 ans, le nombre de personnes âgés de plus de 60 ans sont rarissimes, le nombre d’enfants en dessous de 15 ans est aussi relativement petit, bien que leurs images aient été prépondérantes ! En d’autres termes, les genres et âges des tués ne sont pas représentatifs de la population générale de Gaza mais plus représentatifs du genre et de l’âge des combattants. Ces données suggèrent qu’un très grand pourcentage de Palestiniens tués sont du coté des combattants de l’échelle (continuum). Elles prouvent également, comme si des preuves étaient nécessaires à des yeux impartiaux, qu’Israël n’a pas ciblé des civils au hasard. Si cela était le cas, les tués seraient représentatifs de la population générale de Gaza plutôt que de sous-groupes étroitement associées à des combattants. Les médias devraient cesser immédiatement d’utiliser les statistiques approuvées par le Hamas qui déjà dans le passé se sont révélés être très peu fiables (…) Les médias font preuve de paresse en s’appuyant sur les chiffres de la propagande du Hamas et mettent en danger la profession. Lorsque l’infâme rapport Goldstone a faussement affirmé que la grande majorité des personnes tuées dans l’Opération Plomb Durci étaient des civils et non des combattants du Hamas, beaucoup d’habitants de Gaza se sont plaints, ils ont accusé le Hamas de lâcheté puisque tant de civils avaient été tués alors que les combattants avaient été épargnés. À la suite de ces plaintes, le Hamas a été forcé de dire la vérité : il a reconnu le nombre de combattants et policiers armés tués. Il est probable que le Hamas fera une « correction » similaire à l’égard de ce conflit. Mais cette correction ne sera pas diffusée dans les médias, comme la correction précédente ne l’avait pas été. Les gros titres du genre « La plupart des personnes tuées par Israël sont des enfants, des femmes et des personnes âgées » vont continuer à être diffusés malgré la fausseté des faits. Tant que les médias ne démentiront pas, le Hamas poursuivra sa « stratégie de bébés morts » et plus de gens des deux côtés vont mourir. Alan Dershowitz
Le Hamas a lancé une guerre sophistiquée et même brillante de propagande médiatique. « Toute personne tuée ou morte en martyr doit être appelée un civil de Gaza ou de Palestine », a annoncé le mouvement aux Gazaouis dans une annonce publique, « avant même que l’on parle de son statut dans le djihad ou de son rang militaire ». Le Hamas a enjoint la population à utiliser l’élément de langage « civils innocents » autant que possible lorsqu’ils s’adressent aux journalistes. Le Hamas lance des roquettes depuis les zones les plus densément peuplées de la Bande de Gaza – soit la ville de Gaza, Beit Hanoun dans le Nord et Khan Younis dans le Sud – et dit aux combattants de tirer depuis des sites sensibles comme les écoles, les églises, les mosquées, les infrastructures des Nations-Unies et les hôpitaux. C’est une stratégie gagnant-gagnant : si Israël est dissuadé, les infrastructures et les soldats du Hamas sont préservés ; si Israël tire malgré tout, les pertes civiles seront une victoire pour la propagande du Hamas. La stratégie médiatique du Hamas a été illustrée par son utilisation de l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza. Là, au vu et su de tous, les chefs ont commandité leur offensive depuis un bunker souterrain caché sous l’hôpital. Les reporters étaient interdits d’accès au bunker et étaient invités à la place à un point presse dans la cour de l’hôpital. Ici, les journalistes qui cherchaient à interviewer le Hamas devaient faire la queue, un poste idéal pour prendre des photos de civils et de combattants blessés (ces derniers étant inévitablement habillés en civils) qui étaient amenés à toute vitesse à l’intérieur de l’hôpital. Oren Kessler
Si vous n’avez pas d’arme, nos frères vous ont montré le chemin (…)  Tuez donc à l’aide d’un couteau un policier. Prenez son pistolet. Avec ce pistolet, tuez un militaire. Prenez son fusil et lancez vous dans le chemin de votre seigneur. Ce n’est qu’un paradis qui vous attend et la chaada est sans douleur. Vidéo de propagande de l’Etat islamique
Nous sommes face à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre-accès. Cela implique la mobilisation de moyens exceptionnels. 1.200 ressortissants Français sont allés en Irak et en Syrie, 580 y sont allés et en sont revenus, 200 veulent y aller. Et 185 sont quelque part en Europe sur le chemin pour y aller. Bernard Cazeneuve
L’image et la vidéo de l’exécution du policier ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux. Et régulièrement, la question de l’absence de sang revient. Selon certains internautes, ce serait une nouvelle preuve d’un coup monté et l’agent ne serait peut-être même pas mort. Les réponses n’ont pas tardé à venir d’elles-mêmes. Plusieurs dizaines de témoignages d’habitants et de secouristes vont dans le même sens. Ahmed Merabet a bel et bien été tué, dans l’exercice de ses fonctions, par des tirs d’arme automatique. Le sang a bel et bien coulé sur ce trottoir du boulevard Richard-Lenoir. [La carte d’identité oubliée] Un oubli qui avait effectivement de quoi intriguer les internautes, quand les terroristes font preuve d’une importante maîtrise des armes sur les différentes vidéo. Pourtant, les enquêteurs le rappellent : plusieurs éléments de leur action semblent avoir été mal préparés. L’entrée au mauvais numéro de la rue, l’abandon de la première voiture après en avoir perdu le contrôle et avoir percuté des poteaux, la fuite sans nourriture… Reste la piste d’un abandon volontaire de la carte d’identité pour brouiller les pistes. Mais les prélèvements génétiques réalisés dans la voiture ont confirmé cette même identité, selont FTVI. Libération évoque également des chargeurs de kalachnikovs « oubliés dans la Citroën » qui permettent là aussi de remonter la même piste. Enfin, il ne faut pas écarter la possibilité d’un acte volontaire. Les frères Kouachi aurait pu, avec cet acte, revendiquer clairement leur attaque. France bleu
Des examens ont prouvé que les tirs d’armes qui sont censés avoir tué le petit Mohammed ne pouvaient pas provenir du côté israélien. Dans ce cas, de quel côté provenaient-ils ? L’enfant – après avoir été déclaré mort – semble avoir bougé tout seul de place à plusieurs reprises. Comment cela fut-il possible ? Des images tournées quelques secondes après le drame ne montrent aucune trace de sang à l’endroit où l’enfant aurait été tué. Plus tard, lorsque les journalistes furent invités pour filmer les lieux, on aperçoit une grosse flaque de sang. D’où venait-elle ? Que signifient les différentes scènes dans lesquelles on voit des Palestiniens soit-disant blessés, mais qui selon toutes probabilités semblent avoir joué la comédie ? Que faisaient tous les spectateurs que l’on aperçoit sur les lieux et qui n’ont manifestement pas l’attitude de personnes en situation de danger – prises sous le feu israélien – mais plutôt celle d’individu qui assistent à un tournage de film ? Que signifie le signe « deux » que fait avec une main le caméraman palestinien et qui semble indiquer qu’il s’agit de la deuxième prise de vue, comme le font les caméramen lors d’un tournage d’un film ? Lucas Martin

Et si la carte des théories conspirationnistes épousait tout simplement, comme le rappelait récemment Claude Moniquet pour le révisionnisme antiaméricain, celle de l’antisémitisme dans le monde ?

Au lendemain d’une nouvelle attaque au couteau contre des militaires …

Au moment même où sortait une nouvelle vidéo de l’Etat islamique appelant les musulmans français à « faire exploser la France » en prenant les armes des forces de l’ordre …

Pendant que, tant sur les réseaux sociaux que dans les cerveaux de nombre de nos concitoyens, continuent à fleurir les théories du complot sur les attentats de Charlie hebdo et de l’Hypercacher …

Comment ne pas repenser à ces appelés qui expliquaient il y a quelques temps sur RMC que la plupart des armes des appelés du Plan vigipirate étaient en fait non chargées ?

Et comment aussi ne pas s’émerveiller, entre deux manifestations anti-israéliennes y compris avec le drapeau noir dudit Etat islamique, de l’incroyable esprit critique et sagacité de nos nouveaux maitres du soupçon

Quant à toutes ces images bidonnées, dont nous abreuvent nos médias depuis des années, sur les femmes et les enfants de Gaza

Et notamment concernant cette autre victime dont, il y a bientôt quinze ans, on n’a pas non plus vu le sang …

Mais dont on a si vite et si catégoriquement attribué la mort délibérée …

Aux prétendus tueurs d’enfants de l’Armée israélienne …

A savoir le petit Mohammed ?

L’affaire Mohammed Al Dura
Lucas Martin
Mediapart
14 février 2013

Au mois de septembre 2000, lors d’un échange de feu entre l’armée israélienne et des palestiniens, des images difficiles ont été filmées à propos du jeune Mohammed Al Dura et de son père. Sous les balles, le père demandait un arrêt des tirs, tandis que son enfant tentait de se protéger sur ses genoux.

Quelques instants plus tard, on aperçoit le jeune Mohammed et une voix qui crie : « L’enfant et mort ! L’enfant est mort ! » Que s’est-il passé exactement ce jour-là ?

Pour le journaliste d’Antenne 2 – Charles Enderlin – le doute n’existe pas : ce sont les tirs de l’armée israélienne qui ont tué l’enfant. Selon Philippe Karsenty, il s’agit plutôt d’une imposture : l’enfant n’a jamais été tué, les tirs provenaient des Palestiniens et le tout devait servir à démontrer l’agression israélienne. Ni Charles Enderlin, ni Philippe Karsenty n’étaient sur les lieux de l’incident. Comment savoir ce qui s’est passé réellement ?

Le documentaire (en deux parties) présenté ci-dessous dresse le tableau des points obscurs de cette affaire. Sans prendre position, ses auteurs relèvent les contradictions que nous pouvons apprécier à leur juste valeur. Il est important de regarder ce documentaire afin de se faire une idée précise de l’affaire.

En résumé, les questions les plus importantes à se poser sont les suivantes :

Des examens ont prouvé que les tirs d’armes qui sont censés avoir tué le petit Mohammed ne pouvaient pas provenir du côté israélien. Dans ce cas, de quel côté provenaient-ils ?
L’enfant – après avoir été déclaré mort – semble avoir bougé tout seul de place à plusieurs reprises. Comment cela fut-il possible ?
Des images tournée quelques secondes après le drame ne montrent aucune trace de sang à l’endroit où l’enfant aurait été tué. Plus tard, lorsque les journalistes furent invités pour filmer les lieux, on aperçoit une grosse flaque de sang. D’où venait-elle ?
Que signifient les différentes scènes dans lesquelles on voit des Palestiniens soit-disant blessés, mais qui selon toutes probabilités semblent avoir joué la comédie ?
Que faisaient tous les spectateurs que l’on aperçoit sur les lieux et qui n’ont manifestement pas l’attitude de personnes en situation de danger – prises sous le feu israélien – mais plutôt celle d’individu qui assistent à un tournage de film ?
Que signifie le signe « deux » que fait avec une main le caméraman palestinien et qui semble indiquer qu’il s’agit de la deuxième prise de vue, comme le font les caméramen lors d’un tournage d’un film ?

Nous n’avons pas les réponses à ces questions. De nombreux journalistes (danois, allemands, israéliens…) doutent sérieusement de la véracité de la version palestinienne. Le caméraman palestinien lui-même affirme que l’enfant n’a pas été tué. Alors ?

(On pourra consulter avec intérêt le résumé de l’affaire sur Wikipedia.)

 Mohamed al-Dura : un rapport israélien dénonce un montage
Le Point
20/05/2013

Le gouvernement affirme que l’enfant palestinien n’est pas mort en 2000 dans les bras de son père sur la base d’images non montées dans le reportage.

Le gouvernement israélien a affirmé dimanche dans un rapport qu’un reportage de France 2 sur la mort d’un enfant palestinien dans les bras de son père en 2000 était « infondé », affirmant s’appuyer sur des images non montées du reportage. Ce document, qui réitère des positions de dirigeants politiques et militaires israéliens, est publié à quelques jours d’une décision de justice à Paris sur une affaire de diffamation entre l’auteur du reportage datant du 30 septembre 2000, le journaliste Charles Enderlin, contre Philippe Karsenty, directeur d’un site d’analyse des médias.

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a lui-même salué la conclusion du rapport d’une quarantaine de pages qu’il avait commandité en septembre. « La version répandue par le reportage a servi d’inspiration et de justification au terrorisme, à l’antisémitisme et à la délégitimation d’Israël », a-t-il estimé. « Il n’y a qu’une seule façon de contrer les mensonges, c’est par la vérité », a insisté Benyamin Netanyahou, cité dans un communiqué accompagnant la publication du rapport.

« On voit l’enfant vivant »

« Les accusations et affirmations centrales du reportage de France 2 sont infondées dans le matériau que la chaîne de télévision avait en sa possession au moment du reportage », assure ce rapport. « Contrairement à l’affirmation du reportage selon lequel l’enfant a été tué, le visionnage par la commission (gouvernementale) des images non montées montre que dans les scènes finales, qui n’ont pas été diffusées par France 2, on voit l’enfant vivant », selon le texte. La chaîne a refusé de fournir les images non montées du reportage aux autorités israéliennes, a indiqué l’auteur du rapport, Yossi Kuperwasser, directeur général du ministère des Relations internationales, sans préciser comment la commission israélienne s’était néanmoins procuré les images sur lesquelles elle fonde ses conclusions.

Le reportage montrait un Palestinien de 12 ans, Mohammad al-Dura, protégé par son père Jamal alors que tous deux sont pris sous les tirs croisés entre l’armée israélienne et des combattants palestiniens, au tout début de la deuxième Intifada (2000-2005). Selon le rapport israélien, il n’y a pas de « preuve que Jamal ou l’enfant aient été blessés de la manière présentée par le reportage (…). Au contraire, il y a de nombreuses indications selon lesquelles aucun des deux n’a été touché. » Selon le document, l’examen balistique des impacts de balles à proximité du père et de l’enfant « montre qu’il est extrêmement douteux que les balles puissent avoir été tirées depuis la position israélienne comme l’implique le reportage de France 2 ».

Rapport « fabriqué de toutes pièces »

« Nous avons toujours dit, y compris à la Cour suprême israélienne, que nous étions prêts à une enquête publique indépendante selon les standards internationaux », a répondu Charles Enderlin. « Nous n’avons jamais été contactés pour une enquête israélienne quelconque. Kuperwasser n’a jamais contacté France 2. S’il l’avait fait, nous aurions demandé de quelle enquête il s’agissait et s’il était question d’une commission indépendante », a-t-il souligné. « Nous avions aussi annoncé que nous étions prêts à aider Jamal, le père de l’enfant, pour un test ADN du corps de son fils si nécessaire », a ajouté le journaliste.

Sur twitter le journaliste s’étonne des conclusions du rapport
Rapport israélien : Jamal al dura n’a pas été blessé les chirurgiens qui l’ont opéré à Amman jouaient ils la comédie?

– Charles Enderlin (@Charles1045) 19 mai 2013
selon le rapport israélien Jamal al Dura n’a pas été blessé. le roi de Jordanie le savait-il en lui rendant visite à l’hôpital à Amman?

– Charles Enderlin (@Charles1045) 19 mai 2013

À Gaza, le père de Mohammad, Jamal al-Dura, a quant à lui déclaré que le rapport était « fabriqué de toutes pièces ». « Les Israéliens mentent et tentent de couvrir la vérité », a-t-il ajouté, précisant qu’il avait réclamé une commission d’enquête internationale avec la participation de sa famille et des autorités israéliennes. Les images de l’agonie de Mohammad al-Dura dans les bras de son père à un carrefour près de la ville de Gaza avaient fait le tour du monde et constituent un épisode marquant de la guerre médiatique entre Israël et les Palestiniens. En France, la cour d’appel de Paris doit se prononcer le 22 mai sur la plainte en diffamation déposée par Charles Enderlin contre Philippe Karsenty, qui avait affirmé que le reportage était truqué.

Voir aussi:

Conspiracy Theorists Blame Paris Attack on Israel
Online, many were quick to pin Charlie Hebdo massacre on the Jews

Yair Rosenberg

Tablet

January 12, 2015

Just a few hours after the massacre at the offices of satirical French paper Charlie Hebdo, members of the far-right and far-left in Europe and America quickly decided who was responsible: the Mossad. Writing on her Facebook page, Greta Berlin, organizer of the 2010 Gaza flotilla and co-founder of the Free Gaza movement, argued that the attack was Israeli retribution for France’s recognition of a Palestinian state:

Berlin has a long record of promoting Holocaust denial and other anti-Semitic conspiracy theories about the Jews, to the extent that she has been ostracized even by some in the Palestinian solidarity movement that she once captained. But she wasn’t the only flotilla leader and Free Gaza founder to attempt to pin the Paris murders on the Jews. Mary Hughes-Thompson, an activist who remains in good standing, used her Twitter feed to cast suspicion on the Jewish state, using the hashtag #JSIL, an epithet coined to liken Israel to the Islamic State:

“Bibi is furious over French vote for Palestinian state. What better way to get even?” a later Hughes-Thompson tweet read.

The Free Gaza movement of Berlin and Hughes-Thompson boasts endorsements from Archbishop Desmond Tutu and MIT professor Noam Chomsky, even as prominent commentators have called for Tutu in particular to disassociate himself from the movement since Berlin’s anti-Semitism came to light.

Meanwhile, the same conspiracy theories about the Charlie Hebdo killings began circulating in other popular radical forums. Anonymous Kollektiv, a German spin-off of the online hacking group, told its more than 660,000 Facebook followers that “The precision with which the perpetrators acted brings to mind Mossad hit squads from the recent past,” and offered evidence of a joint CIA-Mossad “false flag” operation. In case this wasn’t clear enough, Anonymous then posted a picture of a smiling Benjamin Netanyahu, alongside a quotation of him criticizing France’s recognition of Palestine.

The idea that Israel carried out the massacre became so widespread that it was picked up by a more reputable publication, the International Business Times, which gave a respectful airing to the possibility in a piece titled “Charlie Hebdo Attack and Mossad Link: Is Israel Venting Its Fury For France’s Recognition of Palestine State?” After public outcry from readers and journalists, the article was taken down and replaced with a forthright apology deeming the piece “beneath our standards” and a “basic lapse in judgement.”

But although serious publications are unlikely to promulgate the story in the future, such anti-Semitic conspiracy theories are unlikely to die down anytime soon. Indeed, even after the deadly Friday attack on the kosher supermarket in Paris, none of the sources mentioned above retracted their accusations against the Jewish state. In the end, for the bigot, the point is not to plausibly explain events, but to impugn the object of one’s hateful obsession.

Complotisme : « plus de la moitié de mes élèves croit aux Illuminati »
Medias, école : comment enseigner Internet après Charlie

Arrêt sur images

30/01/2015

La couleur des rétroviseurs d’une voiture, l’absence de taches de sang à côté du corps d’un policier assassiné, des images de journaliste en gilet pare-balles : après les tueries de Charlie Hebdo et de l’hypermarché casher, les doutes sur les versions policières et médiatiques sur les événements ont surgi sur les réseaux sociaux avec une rapidité et une vigueur inattendues. Comment internet et les réseaux sociaux ont-ils changé le mode de propagation et peut-être le contenu de ce qu’on appelle les théories du complot et comment identifier ces sources d’information sur internet pour essayer de trier le vraisemblable du peu probable ?

Nous avons invité Martine Sanz, professeure de Lettres-Histoire à Créteil, qui s’est trouvée confrontée en classe, à la propagation des théories du complot ; Guillaume Brossard, fondateur du site Hoaxbuster.com qui démonte toutes les rumeurs du web ; Pascal Froissart, spécialiste en Sciences de l’information et de la communication et plus particulièrement des rumeurs. Enfin, par Skype, Emmanuelle Danblon, linguiste et professeure à l’Université libre de Bruxelles, nous expliquera pourquoi ces théories circulent aussi vite.

L’émission est présentée par Daniel Schneidermann, préparée par Adèle Bellot, Robin Andraca et Sébastien Rochat
et déco-réalisée par Axel Everarts de Velp et François Rose.

La vidéo dure 1 heure et 36 minutes.

Si la lecture des vidéos est saccadée, reportez-vous à nos conseils.

Le making of, par Sébastien Rochat
Comme par hasard… Pour préparer notre émission sur le complotisme de l’après Charlie, nous n’étions pas trop de deux pour recueillir les justifications de tous ceux qui ont décliné notre invitation. Et ils étaient nombreux. Avec toujours de bonnes excuses : « Pas disponible, mais on peut en parler », « Je ne suis pas libre vendredi », « Je suis dans le Sud », « J’ai un colloque sur le sujet », « Je suis débordé ». Comme par hasard…

Avec Robin Andraca, nous avons notamment contacté le sociologue Gérald Bronner (déjà invité lors d’une précédente émission), Bruno Fay (auteur d’un livre sur la « complocratie »), Pierre-Henri Tavoillot (philosophe), Rudy Reichstadt (fondateur de Conspiracy Watch), Guilhem Fouetillou (fondateur d’une start up qui analyse, entre autres, les réseaux sociaux). Tous ont décliné notre invitation. Même le journaliste de Rue89, auteur d’un observatoire des sites complotistes, a refusé de venir. Il n’a d’ailleurs pas signé son article. Comme par…

Comment expliquer la rapidité avec laquelle les thèses complotistes ont circulé sur les réseaux sociaux après les attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Casher de Vincennes ? Comment répondre à ces thèses complotistes ? Les médias mainstream sont-ils complices de la diffusion de ces théories en les décryptant ? Les enseignants sont-ils armés pour répondre aux doutes de leurs élèves ? L’humour peut-il être un moyen de déconstruire ces thèses ?

Quatre invités ont bien voulu débattre de tous ces sujets. Martine Sanz, enseignante en Lettres-Histoire dans un lycée professionnel de Créteil, nous raconte comment ses élèves avaient, dès le lendemain, mis en doute le récit de l’attaque contre Charlie Hebdo, après avoir vu « passer l’info » sur les réseaux sociaux. Et ce n’est pas un petit phénomène : elle estime que plus de la moitié de ses élèves croient aux théories du complot. En classe, elle a par exemple été confrontée aux Illumaniti de Bavière, une théorie relayée par ses élèves et selon laquelle cette société secrète du XVIIIe existerait encore et souhaiterait gouverner le monde. Des thèses qui circulent sur le web, et notamment sur des sites que les élèves n’ont pas appris à identifier. Le travail sur les sources est une des pistes de réflexion pour apprendre aux élèves à utiliser les réseaux sociaux.

Mais pourquoi ces théories complotistes peuvent-elles paraître si séduisantes pour certains ? Comment expliquer leur succès ? Emmanuelle Danblon, linguiste et professeure à l’Université libre de Bruxelles, nous explique, par Skype, tous les ressorts de ces théories. Selon elle, il y a « un besoin vital de donner du sens à des événements qui provoquent des brèches dans la compréhension que l’on a du monde ». D’où la nécessité de rechercher des indices et de construire un récit. Et ces théories circulent d’autant plus vite « qu’avec l’image, l’indice fait tout de suite preuve », explique-t-elle.

Pour notre troisième invité, le sociologue Pascal Froissart, il ne faut pas forcément s’alarmer. Il est même bon de voir que les élèves s’interrogent et exercent leur esprit critique. Car pour lui, il ne faut pas confondre les faits et les informations, le constat et l’interprétation. Exemple ? Oui, il y a un triangle sur un billet de 1 dollar. Et alors ? C’est avec ce « et alors » que peut commencer la déconstruction des thèses complotistes.

Mais il n’y a pas de recettes miracles pour répondre aux théories conspirationnistes ou aux rumeurs. Et notre dernier invité, Guillaume Brossard, en sait quelque chose : depuis près de quinze ans, il déconstruit toutes les rumeurs du web sur son site Hoaxbuster.com. Certaines reviennent même tous les ans : une éclipse de soleil de trois jours en France ? Cela fait des années que cette rumeur circule. En décembre dernier, elle est même arrivée aux oreilles des élèves de Martine Sanz, qui étaient vraiment persuadés qu’une éclipse allait avoir lieu. Et elle n’a pas eu lieu. Comme chaque année. Une rumeur pas bien difficile à déconstruire donc. Mais comment faire avec les autres rumeurs ? Les médias traditionnels doivent-ils s’en emparer, pour démontrer qu’elles sont infondées, quitte à leur donner une audience qu’elle n’auraient pas ? Sur le plateau, les avis divergent.

Mise à jour du 2 février par Adèle Bellot (la documentaliste) : Un tweet de Zouhair, sur l’absence de sang près du policier, est présenté au début de l’émission comme complotiste. Il s’agit d’une erreur, ce tweet renvoyant en fait vers un post Facebook visant à démonter les théories du complot à propos de la tuerie de Charlie Hebdo.
Vous pouvez aussi utiliser le découpage en actes.

Si la lecture des vidéos est saccadée, reportez-vous à nos conseils.

Acte 1

Une carte d’identité oubliée, des images d’un policier abattu mais qui ne saigne pas : les rumeurs ont circulé sur Facebook le jour-même de l’attentat contre Charlie Hebdo. Et dès le lendemain, des élèves de Martine Sanz croyaient à la théorie du complot. Ce n’est pas une nouveauté : ces élèves ont déjà relayé des théories conspirationnistes en classe. Exemple ? les Illumaniti de Bavière. Ou le triangle sur le billet de 1 dollar.

Acte 2

Qui véhicule toutes les rumeurs ? Après les attentats contre Charlie, un certain Karim a publié plusieurs vidéos sur Youtube pour exprimer ses doutes sur les versions policières. « C’est pas un peu bizarre ? », répète-t-il sans cesse. Comment expliquer le succès de ces vidéos ? Pour Emmanuelle Danblon, c’est la nécessité de donner du sens à des événements qui explique la propagation de ces théories. Car dans la rhétorique du complot, il n’existe pas de coïncidences.

Acte 3

Entre parents et enfants, ou enseignants et élèves, il y a souvent un décalage : les uns s’informent sur les réseaux sociaux, quand les autres consultent la presse. Faut-il mieux former les enseignants à l’usage des réseaux sociaux ? Un enseignant a-t-il les moyens et le temps d’apprendre aux élèves de prendre du recul face aux contenus qui circulent sur Facebook ? Quel réflexe doit-on avoir pour identifier les sources ou déterminer le profil d’un blog anonyme ? Exemple avec le site Stopmensonges.com et Medias-presse.info

Acte 4

Faut-il démentir les rumeurs, au risque de leur donner de l’importance ? Froissart estime que les médias mainstream ont une responsabilité dans la diffusion des rumeurs. Même pour les démentir ? Martine Sanz assure que les articles de décryptage, même sur des détails comme les rétroviseurs des Kouachi, l’aident en classe pour répondre à ses élèves. Peut-être. Mais Brossard considère qu’il faudrait surtout insister sur les idéologues qui récupèrent et/ou propagent ces rumeurs comme Thierry Meyssan, Dieudonné et Alain Soral. Et pour les déconstruire ? L’humour peut être une solution.

Voir aussi:

Faites exploser la France : j’ai vu l’épisode 2
Daniel Schneidermann

Arrêt sur images

le 04/02/2015

Au programme du matinaute, au réveil, trois vidéos. Version grand spectacle, le crash d’un avion taiwanais dans une rivière, filmé comme si on y était depuis une voiture. Version insoutenable, le pilote jordanien brûlé vif dans une cage par l’Etat islamique. Celle-là, toute ma time line de Twitter m’exhorte, avec des cris d’épouvante, de ne pas la regarder. Elle a été effacée de YouTube, ce qui n’empêche qu’il est possible, en quelques clics, de la trouver. Mais sur sa chaîne pour CSP+, l’Etat Islamique nous propose sa nouvelle production, à destination exclusive des francophones : elle est explicitement titrée « Faites exploser la France. »

C’est le deuxième épisode. L’éditocrate de l’EI qui s’y exprime se réjouit de l’impact du premier (Joué-lès-Tours, Dijon, Charlie, joli résultat), mais y témoigne aussi d’une fine connaissance du débat français, allant chercher par exemple, comme signe flagrant de l’hypocrisie française sur la liberté d’expression, le licenciement de Siné par Charlie Hebdo, en 2008 (tout notre dossier est ici). Autrement dit -effet collatéral des recrutements en France-, l’EI nous écoute, nous regarde, s’immisce dans nos discussions de cour de récré, de machine à café. L’EI écoute en direct notre débat national, tel qu’il se déroule dans des forums comme les nôtres, par exemple. L’EI lira peut-être cette chronique, dès sa mise en ligne. Cette immixtion est évidemment d’une grande efficacité.

Si vous voulez regarder « Faites exploser la France », épisode 2, la vidéo est . Je vous donne le lien intentionnellement : je suis peut-être un koufar hypocrite, mais je me soigne. Regardez la. Commentez la. Regarder ailleurs n’est pas, n’est plus une solution. Que vous le vouliez ou non, ces vidéos seront vues par ceux qu’elles doivent atteindre. Supprimez-les, elles réapparaîtront aussitôt. Pas d’autre choix, donc, que de les regarder en face. Koufars ministres qui me lisez, regardez la vidéo. Koufars profs, regardez-la aussi, comme tous ces contenus complotistes que nous évoquions dans notre dernière émission, pour savoir répondre aux élèves qui les auront vues. Les journalistes doivent les regarder en face. Les détourneurs du Web, les Guignols, les gagmen de Canal+, doivent la regarder en face et s’en emparer. Il faut les critiquer, les démonter, les remonter, les détourner, les moquer, les incorporer à la production médiatique et intellectuelle nationale. Comme le gouvernement a commencé de le faire, dans sa fameuse vidéo Stop Djihad, et si possible plus adroitement que lui. Rien de tout cela ne sera évidemment suffisant, mais rien ne serait plus inefficace que de regarder ailleurs.

Voir également:

Attaque de Nice : le suspect connu depuis plus de dix ans par la police
Soren Seelow

Le Monde

04.02.2015
Le profil de l’agresseur de trois militaires en faction devant un centre communautaire juif de Nice, mardi 3 février, illustre la nouvelle menace à laquelle sont confrontés les services de renseignement. Un petit délinquant comme il y en a tant, au parcours erratique sans être inquiétant, sans connexion connue avec les cercles djihadistes, qui décide un jour de brandir un couteau de cuisine.

Peu après 14 heures, mardi, un jeune homme s’est approché d’un trio de soldats positionné place Massena dans le cadre du plan Vigipirate. Il a sorti une lame de son sac et a blessé légèrement deux militaires à la joue, à la main et au bras. Aussitôt interpellé, l’agresseur a été identifié par sa carte d’identité comme étant Moussa Coulibaly, 30 ans, originaire de Mantes-la-Jolie (Yvelines). La section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie de l’enquête, confiée à la sous-direction antiterroriste et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Moussa Coulibaly est connu depuis plus de dix ans des services de police pour des faits de petite délinquance : vol, usage de stupéfiants, outrage à agents… Rien de bien méchant. Il a été condamné à six reprises entre 2003 et 2012 à des peines d’amende ou de prison avec sursis, la plupart du temps à Mulhouse, où il a vécu quelques années, selon une source judiciaire.

TENTATIVE DE VOYAGE VERS LA TURQUIE

Il y a peu, le jeune homme est apparu dans le viseur des services de renseignement pour des signes de radicalisation. Remarqué pour son « prosélytisme agressif » dans la salle de sport qu’il fréquente à Mantes-la-Jolie, il était devenu peu aimable avec les femmes, explique une source policière. Il aurait par ailleurs eu une altercation dans les douches avec un homme au motif que ce dernier se lavait nu. Le 18 décembre, le service du renseignement territorial (SDRT) le signale à la DGSI. Pas de quoi mettre le jeune homme sur écoutes, estime la sécurité intérieure, qui laisse tout de même le soin au SDRT de garder un œil sur lui.

Lire aussi : Quels sont les moyens de l’antiterrorisme en France ?

Au début de 2014, Moussa Coulibaly disparaît brièvement des radars. Il réapparaît le 27 janvier à Ajaccio, en Corse, dans une agence de voyages. Il demande un aller simple pour Ankara, en Turquie. L’employé lui explique qu’il serait plus économique de prendre un aller-retour pour Istanbul. Le jeune homme en convient. Il prend donc un billet pour cette destination, le lendemain à 13 h 40, et fixe sans grande conviction une date de retour au 21 février. Mais il insiste pour que son vol comprenne de brèves escales à Nice et Rome.

Intrigué par ses exigences, sa destination et quelques aspects douteux de son passeport, l’employé appelle Air France, qui prévient la police aux frontières, laquelle alerte la DGSI. Le renseignement intérieur ressort de ses dossiers le signalement de Mantes-la-Jolie et fait le lien avec l’épisode de la douche. Faute de pouvoir l’empêcher légalement de prendre son vol, la DGSI prévient les Turcs de le renvoyer en France dès réception. Une surveillance physique est mise en place pour sa seule nuit à Ajaccio avant l’embarquement : l’homme a pris une chambre avec vue sur le golfe à l’hôtel Dauphin, ne voit personne, lave son linge, fait sa prière, puis prend l’avion.

A peine arrivé à l’aéroport d’Istanbul le 29, il est réexpédié à Nice, où les enquêteurs de la direction régionale de la sécurité intérieure l’interrogent sur ses motivations. Le jeune homme assure qu’il entendait faire du tourisme en Turquie, et demande qu’on le laisse rentrer à Ajaccio pour y retrouver sa petite amie, dont il n’est pas capable de fournir le nom ni l’adresse. Faute d’éléments suffisants pour ouvrir une procédure judiciaire, les policiers le relâchent, et mettent en place une surveillance à Ajaccio.

Mais le jeune Mantais ne retourne pas en Corse. Il prend une chambre dans un hôtel niçois. Intrigués par son soudain intérêt pour la Côte d’Azur, les services de renseignement mettent en place un dispositif de « surveillance d’environnement », afin de déterminer s’il a des relations dans la région. Peine perdue : le jeune homme erre pendant quelques jours, « picole un peu, tape des clopes dans la rue, discute avec des SDF », explique une source proche du dossier. Intrigant, mais toujours rien d’alarmant.

UNE AGRESSION « RÉVÉLATRICE D’UN CLIMAT »

Mardi, place Massena, Moussa Coulibaly a fait tomber un sac devant un militaire, qui s’est empressé de le ramasser. Ce dernier a eu la joue transpercée. Le jeune homme n’a pas crié « Allah Akbar ». Il n’a rien dit. Le parquet antiterroriste s’est saisi de l’enquête en raison de ses cibles et de sa volonté de rejoindre la Turquie. Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, s’est gardé d’évoquer une attaque « terroriste », préférant parler d’« acte criminel ».

« C’est une agression d’une gravité relative, mais elle est révélatrice d’un climat, explique une source proche des services de renseignement. Un type un peu paumé, difficile à détecter, qui passe subitement à l’acte. On s’attend à ce que ce phénomène se répète. » La question se posera peut-être du suivi de ces velléitaires du djihad qui, frustrés de n’avoir pu rejoindre la Syrie, se lancent dans des opérations désespérées sur le sol français.

L’agression de Moussa Coulibaly n’est pas sans rappeler celle commise le 20 décembre par Bertrand Nzohabonayo, qui avait attaqué trois policiers au couteau de cuisine au commissariat de Joué-lès-Tours. Il s’agissait déjà d’un profil « signalé » à la DGSI pour des signes de radicalisation religieuse, mais pas assez inquiétant pour justifier la mise en place d’une surveillance physique.

Le jour de l’attaque de Nice, l’Etat islamique a diffusé une vidéo intitulée « Faites exploser la France (2) ». Un homme masqué, armé d’une kalachnikov et entouré de ses « frères » d’armes, exhorte en français ceux qui sont « dans l’incapacité » de partir pour la Syrie à « passer à l’action ». « Tuez à l’aide d’un couteau un policier (…) ou un militaire », lance-t-il. Le premier épisode de ce film avait été mis en ligne la veille de l’attaque de Joué-lès-Tours.

Voir encore:

Nice : le profil de Moussa Coulibaly repose les questions des moyens de l’anti-terrorisme
Les Echos

04/02/ 15

L’agresseur des trois militaires en faction devant un centre juif à Nice était connu de la DGSI. La France est confrontée à un « terrorisme libre-accès », s’inquiète Bernard Cazeneuve.

Plutôt inquiétant, si l’on en croit les première déclarations de Bernard Cazeneuve. Le ministre de l’Intérieur a expliqué mardi que la France était confrontée « à un phénomène nouveau, le terrorisme libre-accès », impliquant des moyens exceptionnels.

Auditionné par la DGSi
«  Nous sommes face à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre-accès. Cela implique la mobilisation de moyens exceptionnels », a-t-il commenté devant la presse. « 1.200 ressortissants Français sont allés en Irak et en Syrie, 580 y sont allés et en sont revenus, 200 veulent y aller. Et 185 sont quelque part en Europe sur le chemin pour y aller », a-t-il estimé.

« Ce personnage avait donné des signes de radicalisation, le renseignement territorial l’avait détecté, ses déplacements vers le Turquie avaient été suivis et nous avions demandé son retour en France. À son retour en France il a été auditionné par la DGSI mais il n’avait montré aucun signe de passage à l’acte. Cependant la surveillance de son environnement se poursuivait pour comprendre ce qu’il faisait à Nice, alors qu’il y était ici sans racines et sans contacts », a précisé le ministre de l’Intérieur.

La question des moyens est donc immédiatement posée, mais aussi de l’appréhension d’une forme nouvelle de terrorisme, qui laisse pour l’instant les services spécialisés relativement démunis : le passage inopiné de la délinquance, voire de la petite délinquance dans le cas de Moussa Couilibaly, à la radicalisation puis au passage à l’acte terroriste. Glissement progressif dans le cas d’ Amedy Coulibaly, le tueur de la porte de Vincennes et de Montrouge . Dérive peut-être plus brutale dans le cas de l’affaire de Moussa Coulibaly, à Nice ? L’enquête le dira.

Une cellule de contre-propagande sur le Net d’une cinquantaine de spécialistes militaires
Le gouvernement a réagi, depuis les attentats parisiens, en actionnant les leviers dont il dispose : augmenter d’un cran le plan Vigipirate. Mais aussi en tentant un travail en amont, avec la mise en place d’une contre-propagande anti-jihad . Le gouvernement a d’abord mis en ligne stop-djihadisme.gouv.fr, un site spécialisé destiné à lutter contre la propagande jihadiste sur Internet. C’est le Centre interarmées d’actions dans l’environnement (CIAE), créé en 2012 à Lyon, qui abriterait cette nouvelle arme.

La question des moyens globaux affectés à la lutte contre le terrorisme sur le territoire français reste néanmoins posée. On ne peut pas, avec les effectifs actuels, suivre 24H sur 24 les quelque 3.000 personnes soupçonnées de près ou de loin de présenter un danger, avait avoué Manuel Valls lors de son discours solennel après les attentats à Charlie Hebdo…

Voir enfin:

3 French Soldiers, 3 Sitting Ducks
Daniel Pipes
Israel Hayom
February 4, 2015

Comes the news that another Islamist immigrant from Mali named Coulibaly has attacked another Jewish institution in France. The first one, Amedy Coulibaly, murdered four Jews at a kosher store in Paris on Jan. 9; this second one injured three soldiers yesterday as they protected a Jewish community center in Nice.

Two soldiers on Jan. 20 stand outside the Jewish museum in Brussels where an Islamist killed four people in May 2014.

Police say Moussa Coulibaly, about 30 years old, with a record of theft and violence, and apparently not related to Amedy, pulled a knife about 8 inches long out of a bag, injuring one soldier in the chin, one in the cheek, and one in the forearm.

Coincidentally, I left Nice about four hours before this attack and had passed by that Jewish center a few days earlier, in the course of a tour of Muslim-majority areas in ten cities across France and Belgium. Those travels brought me repeatedly in proximity to the heavily armed soldiers who protect Jewish institutions and prompted several skeptical conclusions on my part about their presence:

They are soldiers, not police, and so not trained to be alert to street problems.
They tend to get distracted by their smartphones or pretty girls passing by.
They clutch their assault rifles across their bodies, which leaves them vulnerable to someone driving by and shooting at them.
As confirmed by today’s attack, the ostensible protection they offer actually provokes Islamists and other antisemites.
They are only posted temporarily to the Jewish institutions in the aftermath of the Hyper Cacher attack a month ago and before long will leave.
They protect only the institutions themselves, not the people who come and go to them, who remain as vulnerable as ever.

In short, the soldiers are sitting ducks whose deployment does little to protect the Jewish community or solve the larger problem of Islamist violence. But it does offer another instance of emotionally satisfying « security theater » which temporarily gives everyone a constructive sense of doing something.

In contrast, the Kabbalah Center in Montpellier, France, did not have visible protection on Feb. 1.

A real solution will require much deeper and longer-range steps that concern national identity, immigration policy, integration efforts, and effective policing.


Imitation game: Attention, un martyr peut en cacher un autre (Hollywood fails the Turing test)

1 février, 2015
Turing Bombe Machine and Christopher Machine (movie)

Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Parfois, ce sont les gens dont on attend le moins qui font des choses auxquelles personne ne s’attendait. Joan Clarke (The Imitation game)
Personne n’aurait pu faire ça. Tu sais, ce matin… J’étais dans un train qui a traversé une ville qui sans toi n’existerait pas. J’ai acheté un billet d’un homme qui sans toi serait probablement mort. Au travail, j’ai lu tout un champ de recherche scientifique qui n’existe que grâce à toi. Maintenant, tu peux regretter de ne pas avoir été normal… Moi, jamais je le regretterais. Le monde est un endroit infiniment meilleur, justement parce que tu ne l‘étais pas. Joan Clarke (The Imitation game)
 Félicitations ! Tu viens d’échouer au Test de Turing… Blague d’informaticien
Are there imaginable digital computers which would do well in the imitation game? (…) We now ask the question, « What will happen when a machine takes the part of A in this game? » Will the interrogator decide wrongly as often when the game is played like this as he does when the game is played between a man and a woman? These questions replace our original, « Can machines think? Alan Turing
Le test a été inspiré d’un jeu d’imitation dans lequel un homme et une femme vont dans des pièces séparées et les invités tentent de discuter avec les deux protagonistes en écrivant des questions et en lisant les réponses qui leur sont renvoyées. Dans ce jeu l’homme et la femme essaient de convaincre les invités qu’ils sont tous deux des femmes. À l’origine Turing a imaginé ce test pour répondre à sa question existentielle : « une machine peut-elle penser ? », en donnant une interprétation plus concrète de sa question. Une idée intéressante de sa proposition de test est que les réponses doivent être données dans des intervalles de temps définis. Il imagine que cela est nécessaire pour que l’observateur ne puisse pas établir une conclusion qui soit fondée sur le fait qu’un ordinateur puisse répondre plus rapidement qu’un homme, surtout sur des questions de mathématiques. (…) Dans la publication de Turing, le terme « Jeu d’imitation » est utilisé pour sa proposition de test. Le nom de « Test de Turing » semble avoir été inventé en 1968 par Arthur C. Clarke dans ses nouvelles de science-fiction dont a été tiré le film 2001, l’Odyssée de l’espace. Wikipedia
La science est ici vue comme un résultat personnel, une activité autiste, plutôt que comme une longue déduction collective, un dialogue avec des penseurs contemporains et passés. Jamais le nom de John von Neumann, rival et autre père de l’informatique, n’est ici mentionné. Imitation Game passe à côté d’une histoire ahurissante et réelle, esquive les relations de pouvoir inhérentes à l’invention technologique, comme le fit brillamment David Fincher avec The Social Network. Le grand film d’archéologie de l’informatique reste à faire. Clément Ghys
Overall, the movie works: It’s fun, it’s gripping and it features a brilliant performance from Cumberbatch. But like so many other Hollywood biopics, it takes some major artistic license — which is disappointing, because Turing’s actual story is so compelling.(…) The biggest real-life drama is unmentioned in the film, Hodges says. In February 1942, the Germans adopted a more complex Enigma machine for naval communications, again putting the Allies in the dark. “It was a major crisis,” Hodges says. In desperation, Turing and American partners ran multiple bombes in parallel and used electronic components to speed up the code-breaking process. Finally, in early 1943, the Allies succeeded in cracking the code. The consequences of the 1942 Enigma upgrade went far beyond the war. The introduction to electronics, Hodges says, offered Turing a practical means for incorporating his 1936 conceptual ideas into a revolutionary machine — the digital computer. “The scientific story is much bigger than just the Enigma problem,” Hodges says. “It was a great movement in which ideas and new technology came together.” The Imitation Game ignores much of this history, and it also includes an egregious, historically inaccurate storyline in which Turing fails to report a Soviet spy to avoid being outed as gay. Nonetheless, the acting, suspense and a surprising amount of humor make it a movie worth seeing. Just take some time after the movie to read up on Turing’s actual immense contributions to the war and modern computing. (…) In reality, Turing had already outlined the concept of a computing machine in a 1936 paper and had built a cipher machine while at Princeton in the late 1930s, says Turing biographer Andrew Hodges. By mid-1940, Hodges says, Turing and his team at Bletchley Park in Milton Keynes, England, were routinely decoding German Air Force messages with code-breaking machines, or bombes. Within another year the cryptanalysts, which included Joan Clarke (played in the movie by Keira Knightley), had deciphered the all-important naval messages that strategized U-boat attacks. The biggest real-life drama is unmentioned in the film, Hodges says. In February 1942, the Germans adopted a more complex Enigma machine for naval communications, again putting the Allies in the dark. “It was a major crisis,” Hodges says. In desperation, Turing and American partners ran multiple bombes in parallel and used electronic components to speed up the code-breaking process. Finally, in early 1943, the Allies succeeded in cracking the code. The consequences of the 1942 Enigma upgrade went far beyond the war. The introduction to electronics, Hodges says, offered Turing a practical means for incorporating his 1936 conceptual ideas into a revolutionary machine — the digital computer. “The scientific story is much bigger than just the Enigma problem,” Hodges says. “It was a great movement in which ideas and new technology came together.” The Imitation Game ignores much of this history, and it also includes an egregious, historically inaccurate storyline in which Turing fails to report a Soviet spy to avoid being outed as gay. Andrew Grant
It’s the script which may prevent this hitting the Oscars jackpot. It’s too formulaic, too efficient at simply whisking you through and making sure you’ve clocked the diversity message.: without square pegs – like those played by Cumberbatch and Knightley – the world would be by far the poorer. « Sometimes it is the people no one imagines anything of that do the things no one can imagine, » runs the movie’s mouthful tagline. It leaves a strange taste. Turing’s treatment was terrible. Perhaps his achievement, in the end, should not be tainted by association. Catherine Shoard
The Imitation Game jumps around three time periods – Turing’s schooldays in 1928, his cryptographic work at Bletchley Park from 1939-45, and his arrest for gross indecency in Manchester in 1952. It isn’t accurate about any of them, but the least wrong bits are the 1928 ones. Young Turing (played strikingly well by Alex Lawther) is a lonely, awkward boy, whose only friend is a kid called Christopher Morcom. Turing nurtures a youthful passion for Morcom, and is about to declare his love when Morcom mysteriously fails to return after a holiday. Turing is summoned into the headmaster’s office, and is told coldly that the object of his affection has died of bovine tuberculosis. The film is right that this awful event had a formative impact on Turing’s life. In reality, though, Turing had been warned before his friend died that he should prepare for the worst. The housemaster’s speech (to all the boys, not just him) announcing Morcom’s death was kind and comforting. (…) In the 1939-45 strand of the story, Turing has grown up physically – though not, the film implies, emotionally. He is played by Benedict Cumberbatch, who is always good and puts in a strong performance despite the clunkiness of the screenplay. The film gives him a quasi-romantic foil in cryptanalyst Joan Clarke (Keira Knightley), dubiously fictionalised as the key emotional figure of Turing’s adult life. The real Turing was engaged to her for a while, but he told her upfront that he had homosexual tendencies. According to him, she was “unfazed” by this. Turing builds an Enigma-code-cracking machine, which he calls Christopher. It’s understandable that films about complicated science usually simplify the facts. This one has sentimentalised them, too: fusing A Beautiful Mind with Frankenstein to portray Turing as the ultimate misunderstood boffin, and the Christopher machine as his beloved creation. In real life, the machine that cracked Enigma was called the Bombe, and the first operating version of it was named Victory. The digital computer Turing invented was known as the Universal Turing Machine. Colossus, the first programmable digital electronic computer, was built at Bletchley Park by engineer Tommy Flowers, incorporating Turing’s ideas. The Imitation Game puts John Cairncross, a Soviet spy and possible “Fifth Man” of the Cambridge spy ring, on Turing’s cryptography team. Cairncross was at Bletchley Park, but he was in a different unit from Turing. As Turing’s biographer Andrew Hodges, on whose book this film is based, has said, it is “ludicrous” to imagine that two people working separately at Bletchley would even have met. Security was far too tight to allow it. In his own autobiography, Cairncross wrote: “The rigid separation of the different units made contact with other staff members almost impossible, so I never got to know anyone apart from my direct operational colleagues.” In the film, Turing works out that Cairncross is a spy; but Cairncross threatens to expose his sexuality. “If you tell him my secret, I’ll tell him yours,” he says. The blackmail works. Turing covers up for the spy, for a while at least. This is wholly imaginary and deeply offensive – for concealing a spy would have been an extremely serious matter. Were the makers of The Imitation Game intending to accuse Alan Turing, one of Britain’s greatest war heroes, of cowardice and treason? Creative licence is one thing, but slandering a great man’s reputation – while buying into the nasty 1950s prejudice that gay men automatically constituted a security risk – is quite another. The final section of the film, set in 1951, may be the silliest, and not only because the film might have bothered to check that Turing’s arrest actually happened in 1952. Nor only because a key plot point rests on the fictional Detective Nock (Rory Kinnear) using Tipp-Ex, which didn’t exist until 1959 (similar products were marketed from 1956, but that’s still not early enough for anyone to be using it in the film). Nock pursues Turing because he suspects him of being another Soviet spy, and accidentally uncovers his homosexuality in the process. This is not how it happened, and the whole film should really get over its irrelevant obsession with Soviet spies. In real life, Turing himself reported a petty theft to the police – but changed details of his story to cover up the relationship he was having with the possible culprit, Arnold Murray. The police did not suspect him of espionage. They pursued him with regard to the homophobic law of gross indecency. He submitted a five-page statement admitting to his affair with Murray – evidence which helped convict him. (…) Historically, The Imitation Game is as much of a garbled mess as a heap of unbroken code. For its appalling suggestion that Alan Turing might have covered up for a Soviet spy, it must be sent straight to the bottom of the class. Alex von Tunzelmann
To anyone trying to turn this story into a movie, the choice seems clear: either you embrace the richness of Turing as a character and trust the audience to follow you there, or you simply capitulate, by reducing him to a caricature of the tortured genius. The latter, I’m afraid, is the path chosen by director Morten Tyldum and screenwriter Graham Moore in The Imitation Game, their new, multiplex-friendly rendering of the story. In their version, Turing (played by Benedict Cumberbatch) conforms to the familiar stereotype of the otherworldly nerd: he’s the kind of guy who doesn’t even understand an invitation to lunch. This places him at odds not only with the other codebreakers in his unit, but also, equally predictably, positions him as a natural rebel. Just to make sure we get the point, his recruitment to the British wartime codebreaking organization at Bletchley Park is rendered as a ridiculous confrontation with Alastair Denniston (Charles Dance, of Game of Thrones fame), the Royal Navy officer then in charge of British signals intelligence: “How the bloody hell are you supposed to decrypt German communications if you don’t, oh, I don’t know, speak German?” thunders Denniston. “I’m quite excellent at crossword puzzles,” responds Turing. On various occasions throughout the film, Denniston tries to fire Turing or have him arrested for espionage, which is resisted by those who have belatedly recognized his redemptive brilliance. “If you fire Alan, you’ll have to fire me, too,” says one of his (formerly hostile) coworkers. There’s no question that the real-life Turing was decidedly eccentric, and that he didn’t suffer fools gladly. As his biographers vividly relate, though, he could also be a wonderfully engaging character when he felt like it, notably popular with children and thoroughly charming to anyone for whom he developed a fondness. All of this stands sharply at odds with his characterization in the film, which depicts him as a dour Mr. Spock who is disliked by all of his coworkers—with the possible exception of Joan Clarke (Keira Knightley). The film spares no opportunity to drive home his robotic oddness. He uses the word “logical” a lot and can’t grasp even the most modest of jokes. This despite the fact that he had a sprightly sense of humor, something that comes through vividly in the accounts of his friends, many of whom shared their stories with both Hodges and Copeland. (For the record, the real Turing was also a bit of a slob, with a chronic disregard for personal hygiene. The glamorous Cumberbatch, by contrast, looks like he’s just stepped out of a Burberry catalog.) Now, one might easily dismiss such distortions as trivial. But actually they point to a much broader and deeply regrettable pattern. Tyldum and Moore are determined to suggest maximum dramatic tension between their tragic outsider and a blinkered society. (“You will never understand the importance of what I am creating here,” he wails when Denniston’s minions try to destroy his machine.) But this not only fatally miscasts Turing as a character—it also completely destroys any coherent telling of what he and his colleagues were trying to do. In reality, Turing was an entirely willing participant in a collective enterprise that featured a host of other outstanding intellects who happily coexisted to extraordinary effect. The actual Denniston, for example, was an experienced cryptanalyst and was among those who, in 1939, debriefed the three Polish experts who had already spent years figuring out how to attack the Enigma, the state-of-the-art cipher machine the German military used for virtually all of their communications. It was their work that provided the template for the machines Turing would later create to revolutionize the British signals intelligence effort. So Turing and his colleagues were encouraged in their work by a military leadership that actually had a pretty sound understanding of cryptological principles and operational security. As Copeland notes, the Nazis would have never allowed a bunch of frivolous eggheads to engage in such highly sensitive work, and they suffered the consequences. The film misses this entirely. In Tyldum and Moore’s version of events, Turing and his small group of fellow codebreakers spend the first two years of the war in fruitless isolation; only in 1941 does Turing’s crazy machine finally show any results. This is a highly stylized version of Turing’s epic struggle to crack the hardest German cipher, the one used by the German navy, whose ravaging submarines nearly brought Britain to its knees during the early years of the war. What this account neglects to mention is that Turing’s “bombes”—electromechanical calculating devices designed to reconstruct the settings of the Enigma—were already helping to decipher German army and air force codes from early on. The movie version, in short, represents a bizarre departure from the historical record. In fact, Bletchley Park—and not only Turing’s legendary Hut 8—was doing productive work from the very beginning of the war. Within a few years its motley assortment of codebreakers, linguists, stenographers, and communications experts were operating on a near-industrial scale. By the end of the war there were some 9,000 people working on the project, processing thousands of intercepts per day. A bit like one of those smartphones that bristles with unneeded features, the film does its best to ladle in extra doses of intrigue where none existed. Tyldum and Moore conjure up an entirely superfluous subplot involving John Cairncross, who was spying for the Soviet Union during his service at Bletchley Park. There’s no evidence that he ever crossed paths with Turing—Bletchley, contrary to the film, was much bigger than a single hut—but The Imitation Game includes him among Turing’s coworkers. When Turing discovers his true allegiance, Cairncross turns the tables on him, saying that he’ll reveal Turing’s homosexuality if his secret is divulged. Turing backs off, leaving the spy in place. Not many of the critics seem to have paid attention to this detail—except for historian Alex von Tunzelmann, who pointed out that the filmmakers have thus managed, almost as an afterthought, to turn their hero into a traitor. The movie tries to soften this by revealing that Stewart Menzies, the head of the Special Intelligence Service, has known about Cairncross’s treachery from the start—a jury-rigged solution to a gratuitous plot problem. (In fact, Cairncross, “the fifth man,” was never prosecuted.) These errors are not random; there is a method to the muddle. The filmmakers see their hero above all as a martyr of a homophobic Establishment, and they are determined to lay emphasis on his victimhood. The Imitation Game ends with the following title: “After a year of government-mandated hormonal therapy, Alan Turing committed suicide in 1954.” This is in itself something of a distortion. Turing was convicted on homosexuality charges in 1952, and chose the “therapy” involving female hormones—aimed, in the twisted thinking of the times, at suppressing his “unnatural” desires—as an alternative to jail time. It was barbarous treatment, and Turing complained that the pills gave him breasts. But the whole miserable episode ended in 1953—a full year before his death, something not made clear to the filmgoer. Copeland, who has taken a fresh look at the record and spoken with many members of Turing’s circle, disputes that the experience sent Turing into a downward spiral of depression. By the accounts of those who knew him, he bore the injustice with fortitude, then spent the next year enthusiastically pursuing projects. Copeland cites a number of close friends (and Turing’s mother) who saw no evidence that he was depressed in the days before his death, and notes that the coroner who concluded that Turing had died by biting a cyanide-laced apple never examined the fruit. Copeland offers sound evidence that the death might have actually been accidental, the result of a self-rigged laboratory where Turing was conducting experiments with cyanide. He left no suicide letter. Copeland also leaves open the possibility of foul play, which can’t be dismissed out of hand, when you consider that all of this happened during the period of McCarthyite hysteria, an era when homosexuality was regarded as an inherent “security risk.” Turing’s government work meant that he knew a lot of secrets, in the postwar period as well. It’s likely we’ll never know the whole story. One thing is certain: Turing could be remarkably naive about his own homosexuality. It was Turing himself who reported the fateful 1952 burglary, probably involving a working-class boyfriend, that brought his gay lifestyle to the attention to the police, thus setting off the legal proceedings against him. In The Imitation Game he holds this information back from the cops, who then cleverly wheedle it out. It’s another indication of the filmmakers’ determination to show Turing as an essentially passive figure. He’s never the master of his own destiny. But even if you believe that Turing was driven to his death, The Imitation Game’s treatment of his fate borders on the ridiculous. In one of the film’s most egregious scenes, his wartime friend Joan pays him a visit in 1952 or so, while he’s still taking his hormones. She finds him shuffling around the house in his bathrobe, barely capable of putting together a coherent sentence. He tells her that he’s terrified that the powers that be will take away “Christopher”—his latest computer, which he’s named after the dead friend of his childhood (just as he did with his machine at Bletchley Park). As near as I can tell, there is no basis for any of this in the historical record; it’s monstrous hogwash, a conceit entirely cooked up by Moore. The real Turing certainly paid periodic and dignified respects to the memory of his first love, Christopher Morcom, but I doubt very much that he ever confused his computers with people. In perhaps the most bitter irony of all, the filmmakers have managed to transform the real Turing, vivacious and forceful, into just the sort of mythological gay man, whiney and weak, that homophobes love to hate. This is indicative of the bad faith underlying the whole enterprise, which is desperate to put Turing in the role of a gay liberation totem but can’t bring itself to show him kissing another man—something he did frequently, and with gusto. And it most definitely doesn’t show him cruising New York’s gay bars, or popping off on a saucy vacation to one of the less reputable of the Greek islands. The Imitation Game is a film that prefers its gay men decorously disembodied. To be honest, I’m a bit surprised that there hasn’t been more pushback against The Imitation Game by intelligence professionals, historians, and survivors of Turing’s circle. But I think I understand why. After so many years in which Turing failed to get his due, no one wants to be seen as spoiling the party. I strongly doubt, though, that many of those in the know are recommending this film to their friends. (For his part, Andrew Hodges is apparently opting to avoid talking about the movie during his current book tour—it’s easy to imagine why he might choose to do so, and I don’t fault him for it.) Christian Caryl
The Imitation Game takes major liberties with its source material, injecting conflict where none existed, inventing entirely fictional characters, rearranging the chronology of events, and misrepresenting the very nature of Turing’s work at Bletchley Park. At the same time, the film might paint Turing as being more unlovable than he actually was.(…) However, the central conceit of The Imitation Game—that Turing singlehandedly invented and physically built the machine that broke the Germans’ Enigma code—is simply untrue. A predecessor of the “Bombe”—the name given to the large, ticking machine that used rotors to test different letter combinations—was invented by Polish cryptanalysts before Turing even began working as a cryptologist for the British government. Turing’s great innovation was to design a new machine that broke the Enigma code faster by looking for likely letter combinations and ruling out combinations that were unlikely to yield results. Turing didn’t develop the new, improved machine by dint of his own singular genius—the mathematician Gordon Welchman, who is not even mentioned in the film, collaborated with Turing on the design. (…) The Imitation Game also somewhat alters Turing’s personality. The film strongly implies that Alan is somewhere on the autism spectrum: Cumberbatch’s character doesn’t understand jokes, takes common expressions literally, and seems indifferent to the suffering and annoyance he causes in others. This characterization is rooted in Hodge’s biography but is also largely exaggerated: Hodges never suggests that Turing was autistic, and though he refers to Turing’s tendency to take contracts and other bureaucratic red tape literally, he also describes Turing as a man with a keen sense of humor and close friends. To be sure, Hodges paints Turing as shy, eccentric, and impatient with irrationality, but Cumberbatch’s narcissistic, detached Alan has more in common with the actor’s title character in Sherlock than with the Turing of Hodges’ biography. One of Turing’s colleagues at Bletchley Park later recalled him as “a very easily approachable man” and said “we were very very fond of him”; none of this is reflected in the film.(…) In The Imitation Game, Commander Denniston is a rigid naval officer who resents Alan’s indifference to the military hierarchy and attempts to fire him when his decryption machine fails to deliver fast results. This characterization is mostly fictional, and Denniston’s family has taken issue with the film’s negative portrayal of him. The real-life Alastair Denniston, who spent most of his career as the director of the Government Code and Cypher School, was eager to expand his staff to help break the Germans’ Enigma code in the late 1930s. He recruited Turing, on the basis of his work at Cambridge and his writing on hypothetical computation machines, in 1938, and he hired Turing to work full time at Bletchley Park when Britain entered World War II in September 1939. There’s no record of a contentious interview between Turing and Denniston, and Denniston never tried to fire Turing from the Government Code and Cypher School—rather, given his innovations, Turing was a star of Bletchley Park. (…) Even if most of the details of the conflict between Commander Denniston and Alan are made up, they do stand in for a real-life power struggle between the military brass and the cryptologists. Turing’s colleagues there recalled that Turing “was always impatient of pompousness or officialdom of any kind,” which made him ill-suited for work in a military context, and Hodges writes that he “had little time for Denniston.” One of the most memorable clashes between Commander Denniston and Alan in the movie occurs when Alan goes over Denniston’s head to write a letter to Winston Churchill, who immediately puts Alan in charge of the Enigma-breaking operation and grants him the 100,000 pounds he needs to build his machine. This never happened, but Alan and three colleagues at Bletchley Park—including Hugh Alexander—did write a letter to Churchill requesting more staff and resources in 1941, and Churchill quickly granted them their requests. L.V. Anderson
In The Imitation Game, Hugh Alexander is a suave ladykiller who spends much of the film battling with Alan for control of the codebreaking operations; Hugh eventually recognizes Alan’s genius and falls in line behind him. Hugh Alexander—who went professionally by Conel Hugh O’Donel Alexander or C.H.O’D. Alexander—was a real person, but the film’s Hugh character seems intended to serve as a contrast to Alan’s antisocial personality.(…) Alexander was a chess champion, and he was much better at managing people than Turing was. However, Alexander was not initially assigned to be Turing’s superior at Bletchley Park. Alexander began working there several months after Turing arrived, and the two didn’t begin working together for another year or so, when Alexander was transferred to Turing’s team to work on breaking Germany’s naval Enigma code. Hodges writes, “Hugh Alexander soon proved the all-round organiser and diplomat that Alan could never be.” Alexander eventually took over naval Enigma decryption after Turing began pursuing a speech decryption project, but by all accounts, their relationship was friendly and mutually respectful. In fact, when Turing was tried for indecency in 1952, Alexander served as a character witness for the defense.(…) Clarke was recruited to Bletchley Park by her former academic supervisor (and Turing’s partner in improving the Bombe) Gordon Welchman; she didn’t win the role by excelling in a crossword competition. (Bletchley recruiters did use crosswords to find talented codebreakers, but neither Turing nor Clarke was involved in this effort.) And Turing proposed to Clarke not to help her escape from overbearing parents, but because they liked each other. He “told her that he was glad he could talk to her ‘as to a man,’ ” writes Hodges, and they shared an interest in chess and botany. She even accepted Turing’s homosexuality; their engagement continued after he confessed his attraction to men. But after some months, Turing ended the engagement. “It was neither a happy nor an easy decision,” writes Hodges, but it wasn’t the ultimately violent confrontation depicted in The Imitation Game, either. “There had been several times when he had come out with ‘I do love you.’ Lack of love was not Alan’s problem.” Turing and Clarke kept in touch after their engagement ended, and Turing even tried to rekindle their relationship after a couple of years, but Clarke rebuffed him. Turing also wrote a letter to Clarke in 1952 to inform her of his impending trial for indecency, but the final scene of The Imitation Game, in which Joan visits Alan during his probation, is invented. Stewart Menzies, the chief of the British Secret Intelligence Service, and John Cairncross, a Soviet spy, are two historical figures who appear in The Imitation Game despite the fact that neither worked closely with Turing. Menzies was, as the film suggests, responsible for passing decrypted Nazi strategies to Winston Churchill, but it’s highly unlikely he interacted individually with Turing (or most of the thousands of other codebreakers who worked at Bletchley Park over the years). Cairncross did pass intelligence from Bletchley Park to the Soviet Union, but he worked in a different unit from Turing’s, and there’s no evidence the two knew each other. Similarly, the filmmakers’ conceit that Menzies knew about and tolerated Cairncross’ duplicity isn’t supported by the historical record. In the film, Peter and Jack are more or less interchangeable background characters, distinguished primarily by the fact that Peter has a brother who is serving in the armed forces on a ship that the code-breaking team discover is targeted by the Germans. The ensuing dramatic scene, in which Alan reminds Peter and the rest of the team that they have to keep the Germans from learning that they’ve broken Enigma, is entirely invented; Hilton had no such brother, and in fact he began working at Bletchley Park long after Turing’s Bombe had been built. And while it was crucial for the British to use their intelligence wisely, Hodges writes that their success had less to do with their tactical shrewdness and more to do with the Germans’ a priori conviction that Enigma was unbreakable, despite ample evidence to the contrary. The Imitation Game’s framing device depicts one Detective Nock’s investigation into Alan’s life, following a mysterious burglary at Alan’s home. Perhaps unsurprisingly, this framing device isn’t quite true to life: There was no Detective Nock, and the detectives who did book Turing for indecency (who were named Mr. Wills and Mr. Rimmer) were under no illusions about his mysterious circumstances. Turing was burglarized by an acquaintance of 19-year-old Arnold Murray, who had slept with Turing a few times. The burglar had heard Murray talk about his trysts with Turing, and when the police interrogated the burglar, he revealed the illicit nature of Murray and Turing’s relationship. When the police interviewed Turing, he made no attempt to hide his homosexuality from them. Turing eventually pled guilty to indecency, and he was placed on probation and agreed to submit to estrogen treatment—intended to destroy his sex drive—for more than a year. The Imitation Game implies that the estrogen treatment sent Alan into an emotional tailspin, but Turing seems to have continued his work and social relationships normally during his year of probation. The film also implies that the estrogen treatment triggered Alan’s suicide, but in fact the treatment ended in April 1953, fourteen months before Turing killed himself. Although some modern scholars believe that his death from cyanide poisoning was an accident, Hodges believes that Turing made his suicide deliberately ambiguous so as to spare his mother the pain of believing that her son had killed himself on purpose. L.V. Anderson

Où l’on redécouvre que l’informatique, comme tant d’inventions avant elle, a d’abord servi à faire la guerre …

Oubli des précurseurs, partenaires ou concurrents (Marian Rejewsky, John von Neuman, Gordon Welchman, Wittgenstein), silence sur le plus important épisode de l’histoire (la complexification, en cours de route, d’Enigma par les Allemands), ajout de rencontres ou personnages fictifs et inutiles (John Cairncross, inspecteur de police), fausse accusation d’espionnage, erreurs importantes de dates (il avait suspendu son traitement depuis plus d’un an et travaillait sur toutes sortes de projets au moment d’une mort peut-être accidentelle), excessive individualisation d’un travail collectif qui a compté jusqu’à près de 10 000 personnes, exagération extrême de l’asociabilité du héros comme de l’opposition de son entourage …

Au sortir du passionnant film du norvégien Morten Tyldum (The Imitation game, du nom d’un jeu de société, que proposait Turing comme test d’intelligence artificielle, où un homme tente de se faire passer pour une femme) …

Sur la vie d’Alan Turing, le mathématicien britannique auquel on ne doit rien de moins avec le décodage, réputé inviolable car changé quoitidiennement, du fameux système de cryptage Enigma

 Au moment où en pleine de guerre de l’Atlantique les sous-marins allemands étaient passés bien près de couper l’Angleterre de son cordon ombilical américain …

Que la victoire sur l’Allemagne nazie mais aussi, excusez du peu, la (co-)invention de l’ordinateur …

Comment ne pas être frustré lorsque l’on découvre qu’Hollywood a encore réussi …

Emporté par son combat si tendance contre l’homophobie et ne reculant pour ce faire devant aucun anachronisme …

A passer à côté d’une histoire réelle encore plus ahurissante ?

A savoir celle d’un véritable héros …

Qui après avoir largement contribué à la victoire alliée (deux ans de guerre gagnées et peut-être 14 millions de victimes supplémentaires sauvées selon les estimations des historiens) …

Et pour préserver des recherches dont le secret militaire ne fut levé qu’en l’an 2000 …

Poussa l’abnégation jusqu’à endurer l’indignité et les désagréments d’une année de castration chimique …

Et surtout l’impossibilité, pour lui comme pour ses amis, de ne jamais révéler au monde …

Toute l’étendue de son inestimable contribution …

Tant à sa propre patrie qu’à l’humanité et à la Science avec un grand S ?

L’histoire par petites touches
Clément Ghys
Libération
27 janvier 2015

CRITIQUE
Codes . «Imitation Game», biopic d’Alan Turing, perd le fil de l’invention de l’ordinateur dans un numéro académique.

Après la sortie la semaine dernière d’Une merveilleuse histoire du temps, film consacré à Stephen Hawking, débarque en salles Imitation Game, biopic d’un autre scientifique, Alan Turing. Aux yeux des producteurs, les professeurs Tournesol seraient aimables du grand public, mais il conviendrait avant tout de montrer que, derrière chaque théorie – toute révolutionnaire soit-elle -, il y a un petit cœur qui bat.

Alan Turing, donc. L’Anglais est né en 1912 et mort en 1954, empoisonné au cyanure dans des circonstances jamais clairement établies. Dans sa courte vie, il aura inventé l’informatique, rien de moins. Il était asocial et homosexuel, deux qualités mal vues par la société d’alors. Le réalisateur norvégien Morten Tyldum s’est attaché à décrire la courte période au cours de laquelle le calcul de probabilités trouvera une matérialité, en cette chose que l’on appellera un ordinateur. En 1938, Turing, fraîchement sorti de Cambridge, est embauché par le gouvernement britannique pour décrypter Enigma, système de codes utilisé par les nazis. A Bletchley Park, zone où se croisent militaires et scientifiques et femmes réduites à être de simples «codeuses», le jeune homme passe ses heures à préparer son grand œuvre, une machine à analyser les messages allemands.

Asocial. Le réel auteur du film est sans doute l’équipe de décorateurs qui a fabriqué une (belle) réplique du premier ordinateur. Comme une machine, Imitation Game est calculé dans chacun de ses rouages. La narration se veut logique, s’enchaîne à la recherche d’un événement fondateur. Ici, il est même filmé : le jour où Turing, écolier, se vit offrir un livre de maths par le garçon dont il était amoureux. Le genre du biopic est habitué aux effets mécaniques, mais dans le cas de Turing, personnage si complexe, cela devient un écueil majeur. Il consiste à oublier le cheminement d’un intellectuel, à louper la force que prennent les ratés d’une pensée. La ligne droite que suit Imitation Game est le corollaire de son classicisme formel.

Autiste. Le film est auréolé de huit nominations aux oscars, et notamment son acteur principal, Benedict Cumberbatch. Le jeu de l’Anglais rappelle le rôle qui l’a rendu célèbre, Sherlock Holmes, dans la série de BBC One. La science est ici vue comme un résultat personnel, une activité autiste, plutôt que comme une longue déduction collective, un dialogue avec des penseurs contemporains et passés. Jamais le nom de John von Neumann, rival et autre père de l’informatique, n’est ici mentionné. Imitation Game passe à côté d’une histoire ahurissante et réelle, esquive les relations de pouvoir inhérentes à l’invention technologique, comme le fit brillamment David Fincher avec The Social Network. Le grand film d’archéologie de l’informatique reste à faire.

Imitation Game de Morten Tyldum avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley… 1 h 54.

« Imitation Game » : Alan Turing, génie tragique
Franck Nouchi

Le Monde

27.01.2015

L’avis du « Monde » : à voir
Le pardon royal fut accordé à Alan Turing (1912-1954) le 24 décembre 2013 par la reine Elizabeth. La souveraine britannique en finissait ainsi avec l’une des injustices les plus flagrantes du XXe siècle : la condamnation pour « indécence manifeste », en 1952, du mathématicien, héros méconnu de la seconde guerre mondiale. Son crime ? Il était homosexuel. Il avait réussi à casser le code Enigma utilisé par l’armée allemande pour ses communications secrètes et, ce faisant, contribué à la victoire des Alliés dans la bataille de l’Atlantique.

En 1952, la justice britannique avait donné à Turing le choix entre deux ans d’emprisonnement et un traitement aux hormones féminines revenant à une castration chimique. Le mathématicien choisit les injections, qui le rendirent impuissant. Le lundi de Pentecôte 1954, il croqua une pomme avant de se coucher. Le fruit ayant macéré dans du cyanure, le scientifique mettait fin à ses jours en s’inspirant de Blanche-Neige et les sept nains, le dessin animé de Walt Disney qu’il aimait tant.

Personnage étrange
Imitation Game, le film de Morten Tyldum, revient sur l’extraordinaire histoire de cet homme souvent présenté comme le co-inventeur de l’ordinateur. Benedict Cumberbatch, qui l’interprète, retrouve certaines facettes de ce personnage étrange, volontiers extravagant avec ses pantalons qui ne tiennent qu’avec des bouts de ficelle, circulant à vélo un masque à gaz sur le visage pour se protéger du rhume des foins… Cependant, pour connaître avec exactitude quelle fut la vie de Turing, mieux vaut lire l’ouvrage d’Andrew Hodges, Alan Turing, le génie qui a décrypté les codes secrets nazis et inventé l’ordinateur (Michel Lafon, 704 pages, 21,95 euros).

Turing connaît un premier moment de gloire en 1936, lorsqu’il postule l’existence théorique d’une machine programmable, capable d’effectuer très vite toutes sortes de calculs. Grâce à Turing, l’intelligence artificielle vient de naître. La guerre va lui permettre de mettre en pratique ses théories. A Bletchley Park – un manoir victorien qui abrite les services de décryptage du renseignement anglais –, il s’attaque, dès 1939, à la construction d’une machine capable de percer les mystères du codage Enigma.

Une petite communauté secrète
Avec son équipe, Turing parviendra, deux ans plus tard, à mettre au point les fameuses « bombes Turing », des curieuses machines capables, en quelques heures, de décrypter les communications entre l’état-major allemand et ses sous-marins dans l’Atlantique. Ces deux années, durant lesquelles il est devenu le véritable héros de cette petite communauté secrète, constituent la partie la plus intéressante d’Imitation Game.

La suite, le fait que Turing ne puisse faire état de ses découvertes faites pendant la guerre, mais aussi l’attention soupçonneuse que les services de renseignement portent à sa vie sentimentale, est un peu trop vite expédiée dans le film. Tyldum n’insiste pas suffisamment sur cette période de guerre froide et de maccarthysme triomphant durant laquelle les homosexuels furent souvent considérés comme les « maillons faibles » des systèmes d’espionnage et de défense occidentaux.

Musique oscarisable
En définitive, Imitation Game est le prototype du film anglais destiné à faire carrière aux Etats-Unis en raflant, si possible, quelques Oscars à Hollywood (il est nommé dans la catégorie « meilleur film ») : il est efficace, interprété par quelques acteurs fameux, à commencer par Benedict Cumberbatch, le Sherlock Holmes de la BBC, et doté d’une musique d’Alexandre Desplat elle aussi oscarisable.

Les scénaristes n’ont guère eu de scrupules à agrémenter l’histoire de Turing de quelques ornements qui n’ont pas grand-chose à voir avec la réalité. La mise en scène, classique, n’évite pas les clichés. Pour autant, et c’est tout le paradoxe de ces films spectaculaires, on ne s’ennuie pas devant cet Imitation Game.

Film britannique de Morten Tyldum avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Mark Strong (1 h 55). Sur le Web : theimitationgamemovie.com et http://www.studiocanal.fr/cid33293/imitation-game.html

 Voir aussi:

A Bletchley Park, l’histoire secrète de l’invention de l’informatique
Le film « The Imitation Game » retrace les années qu’y a passées le mathématicien Alan Turing, spécialiste du décryptage des communications allemandes pendant la deuxième guerre mondiale.
Martin Untersinger (Bletchley, envoyé spécial)

Le Monde

30.01.2015

Lorsqu’on arrive au petit matin près du manoir de Bletchley Park (Angleterre), occupé un temps par le mathématicien Alan Turing, il ne reste aucune trace de Benedict Cumberbatch et du tournage du film Imitiation Game. En revanche, on croise beaucoup de personnes âgées venues visiter ce qui est désormais un musée à la gloire des « casseurs de code », qui ont réussi à décrypter les communications allemandes pendant la seconde guerre mondiale.

Au-delà de la sortie d’un film consacré au sujet, la fréquentation du lieu tient au nouveau statut d’Alan Turing, désormais considéré comme un inventeur génial de l’ordinateur moderne, après les excuses officielles du gouvernement, en 2009, et du pardon royal accordé en 2013 – Turing avait été condamné à un traitement hormonal en 1952 en raison de son homosexualité.

En passant de l’ombre à la lumière, Turing a emmené Bletchley Park dans son sillage. Au tout début de la seconde guerre mondiale, 56 brillants membres des meilleures universités du Royaume-Uni (mathématiciens, linguistes, etc.) avaient été dépêchés, à 80 kilomètres au nord de Londres dans ce manoir victorien au goût architectural douteux pour préparer l’affrontement avec l’Allemagne nazie.

Enigma
Leur but : décrypter la machine utilisée par le IIIe Reich pour ses communications radio, un engin cryptographique sophistiqué baptisé Enigma. Cet appareil, qui ressemble à une grosse machine à écrire dans un étui en bois, comporte trois rotors dotés chacun de 26 circuits électriques, un pour chaque lettre de l’alphabet. A chaque pression sur une touche, un courant électrique parcourt les trois rotors et vient allumer une petite ampoule sur le dessus de la machine qui illumine une lettre, la « transcription » de celle qui vient d’être tapée. Au fil de la saisie du texte, les rotors pivotent à un rythme préétabli, de sorte qu’une même lettre tapée au début et à la fin d’un message ne sera pas traduite de la même manière.

Celui qui reçoit, en morse, le message crypté n’a qu’à configurer la machine de la même manière que son correspondant et à taper le texte qu’il reçoit. En retour s’allument les lettres tapées à l’origine par l’émetteur du message. Le problème pour celui qui tente de décrypter le message est immense : les possibilités de positionnement initial des rotors sont extrêmement nombreuses.

Les Britanniques et les Français la pensent inviolable, jusqu’à ce que trois mathématiciens polonais, à la veille de l’invasion de leur pays par la Wehrmacht, leur dévoilent une technique permettant, en exploitant plusieurs failles de la machine et les erreurs des Allemands, de briser le chiffrement d’une bonne partie des messages.

Dans les mois qui précèdent le début de la guerre, les armées allemandes modifient certaines caractéristiques de leurs machines Enigma qui réduisent à néant les avancées des scientifiques polonais. Alors que la menace allemande se fait de plus en plus sentir, la tâche incombe donc aux « professeurs » de Bletchley Park de percer le secret d’Enigma.

Les plus brillants cerveaux du pays
Ils y parviendront, en grande partie et au prix d’un effort colossal et d’avancées sans précédent dans l’histoire de l’informatique. Les seuls cerveaux réunis à Bletchley Park ne suffisent évidemment pas. Alan Turing s’emploiera donc à démultiplier le cerveau humain avec une machine.

Poursuivant les travaux des Polonais, Alan Turing et les autres mathématiciens construisent donc un appareil destiné à passer en revue extrêmement rapidement les différents paramètres possibles d’Enigma. Son nom ? « La bombe ». Elle est pourtant plus proche du gros réfrigérateur que de l’explosif. Sur son flanc, des dizaines de bobines tournent sur elles-mêmes pour passer en revue les différents paramètres possibles d’Enigma.

Lorsque la machine et son bruit semblable à plusieurs milliers d’aiguilles qui s’entrechoquent s’arrêtent, une opératrice – 75 % des Britanniques présents à Bletchley Park sont des femmes – note la combinaison possible et vérifie si elle permet de déchiffrer les messages du jour. Plusieurs exemplaires de cette « bombe », prototypes des ordinateurs modernes, fonctionneront simultanément à Bletchley Park.

De la « bombe » au « Colosse »
Plus tard pendant la guerre sera même construit à Bletchley Park le premier véritable ordinateur électronique moderne, Colossus. Il s’attaquera avec succès à Lorenz, l’appareil utilisé par Hitler pour communiquer avec ses plus proches généraux, pourtant plus robuste qu’Enigma. Grâce à ces machines révolutionnaires pour l’époque, les Britanniques ont collecté de précieuses informations sur la stratégie et les mouvements des nazis. Les historiens estiment qu’ils ont largement contribué à accélérer la victoire des Alliés et sauvé des millions de vies.

Jusqu’à une date relativement récente, cet épisode, pourtant l’un principaux actes de naissance de l’informatique et une des clés de la seconde guerre mondiale, était totalement inconnu. Lorsqu’on en demande la raison au docteur Joel Greenberg, mathématicien et historien de Bletchley Park, la réponse fuse : « le secret ! »

L’effort entrepris par les mathématiciens de Bletchley était tellement crucial que ce qui s’y passait n’était connu que d’une petite poignée de très hauts responsables britanniques. Tous les renseignements issus des « codebreakers » étaient frappés du sceau « ultra », plus confidentiel encore que « top secret », un niveau de protection créé spécialement pour Bletchley. Tous ceux qui y travaillaient, y compris les responsables de la cantine, étaient soumis à l’Official Secret Act, un texte drastique qui leur interdisait toute allusion à leur activité, et ce, en théorie, jusqu’à leur mort. Le secret était tel que les 8 500 personnes qui y travaillaient au plus fort de la mobilisation ne savaient pas exactement ce que faisaient leurs collègues. Même les plus proches parents des mathématiciens impliqués ne savaient rien, pour certains jusqu’à leur lit de mort.

Et pour cause : il fallait à tout prix que les Allemands ignorent l’existence et les succès de Bletchley Park. Pour ce faire, les Britanniques se sont même efforcés de faire croire que les informations cruciales obtenues via leurs casseurs de codes leur parvenaient par des moyens plus traditionnels, quitte à inventer, dans des messages destinés à tromper les Allemands, de faux réseaux d’espions dans toute l’Europe. Plus tard, avec la guerre froide, c’est la crainte des espions soviétiques qui a contribué à garder le silence sur les activités du manoir – dont l’existence et les premiers succès étaient pourtant connus de Staline.

Ce secret n’a pas empêché les connaissances acquises à Bletchley Park de se diffuser après-guerre. Les Britanniques ont partagé avec les Américains le design des « bombes » et de « Colossus », ce qui leur a permis d’améliorer considérablement ce dernier. A la fin de la guerre, les mathématiciens sont retournés dans leurs universités et, pour certains, ont continué leurs travaux, sans pouvoir dire où et pourquoi ils avaient tant progressé.

Le secret s’effrite un peu en 1974 avec la parution de l’ouvrage de Frederick William Winterbotham, The Ultra Secret, levant quelque peu le voile sur les activités de Bletchley Park. Mais jusqu’à 1982 et la parution de The Hut Six Story, de Gordon Welchman – un mathématicien qui a joué, aux côtés de Turing, un rôle majeur dans le décryptage des codes Allemands –, les informations concernant Bletchley Park sont généralistes et fragmentaires, explique M. Greenberg.

De l’ombre à la lumière
L’obscurité qui recouvre cette période de l’histoire britannique s’est donc dissipée peu à peu. Ces dernières années, c’est même une pleine lumière qui se déverse sur le manoir victorien. Bletchley Park attirait en 2006 moins de 50 000 personnes par an. En 2014, ils ont été cinq fois plus nombreux à venir visiter les installations réhabilitées telles qu’elles existaient au tournant de l’année 1941.

Le temps a passé depuis qu’en 1991, des historiens locaux ont réinvesti les lieux, quasiment délabrés et jusqu’ici vaguement utilisés par le gouvernement. Ce n’est même qu’au mois de mai, à l’issue d’un chantier de rénovation à 8 millions de livres, que le musée s’est doté d’un visage moderne. Créé en 1994, il vivait jusqu’alors de manière « précaire », concède-t-on aujourd’hui. Le retour en grâce, largement justifié, d’Alan Turing n’est pas étranger à son succès. « En décembre, le mois de la sortie de The Imitation Game au Royaume-Uni, le nombre de visiteurs a énormément augmenté », explique Iain Standen, le PDG de Bletchley Trust, l’organisation à but non lucratif qui gère le site.

De quoi se féliciter et se rassurer quant à la pérennité des installations, financées notamment par Google, British Aerospace, le fabricant d’antivirus McAfee ou la loterie britannique. Mais les dirigeants du musée ne veulent pas trop dépendre de l’aura, forcément périssable, d’Alan Turing. « Nous rappelons volontiers qu’Alan Turing n’était qu’une personne sur près de 10 000 et que Bletchley Park ne représente qu’une partie d’un individu aux multiples facettes, explique encore M. Standen. C’était un travail de groupe ». Il s’agit donc de « raconter les histoires des autres héros méconnus » qui ont accompagné celui qu’on présente un peu vite comme le seul inventeur de l’ordinateur moderne. Difficile de lui donner tort : qui connaît Dilly Knox, John Jeffreys, Peter Twinn ou encore Gordon Welchman, qui ont pourtant été aussi importants dans les progrès réalisés à Bletchley que Turing lui-même ?

Les pionniers de l’analyse des métadonnées
Si Alan Turing était responsable du décryptage des messages interceptés de la marine allemande, Bletchley Park ne se limitait pas à cette seule activité, abonde M. Greenberg. Ce dernier explique ainsi que les ingénieurs de Bletchley Park sont des pionniers de l’analyse de trafic. « Pour moi, c’est encore plus important que les avancées en matière de cryptographie », avance l’historien. Chaque utilisateur allemand d’Enigma disposait d’identifiants uniques. Les analystes de Bletchley se sont organisés de manière à pouvoir suivre précisément quel responsable parlait à qui, quand et où. Une excellente manière de surveiller l’armée allemande. « Cela ressemble beaucoup aux métadonnées d’aujourd’hui », explique M. Greenberg.

Autre innovation développée à Bletchley : le stockage de données. A l’aide de petites fiches perforées traitées par des machines automatisées, qui servaient à organiser les informations recueillies dans les messages allemands décryptés, les experts de Bletchley ont pu faire des rapprochements inédits. Ainsi, au cours de la guerre, ils ont décodé un message allemand indiquant qu’un gradé de la Wehrmacht allait se rendre dans une ville du sud de l’Italie. Isolée, cette information ne vaut rien. Mais grâce à leur ingénieux système, ils retrouvent un ancien message, datant de plusieurs mois, qui leur permet de découvrir que ce gradé était en réalité responsable de l’établissement de bases aériennes allemandes. Et que les Allemands s’apprêtent donc à en installer dans le sud de l’Italie.

Bletchley avait donc abouti à construire l’équivalent – très spécialisé – d’un véritable moteur de recherche…

Imitation game
Frédéric Strauss
Télérama
28/01/2015

Deux énigmes pour une seule intrigue… D’un côté, une machine, justement baptisée Enigma : permettant d’envoyer des messages cryptés, elle fut l’arme de l’Allemagne nazie pour diriger ses opérations militaires. De l’autre, un homme, le mathématicien britannique Alan Turing (1912-1954). Engagé avec d’autres « cerveaux » pour briser le code des transmissions allemandes, il fut un héros de l’ombre au service de son pays, avant d’être lui-même brisé : condamné en 1952 pour homosexualité, contraint d’accepter une castration chimique pour échapper à la prison, il se suicidera.

Sur fond de tensions dramatiques face à l’avancée de l’armée allemande, la lutte contre Enigma se joue derrière les portes d’un hangar où Alan Turing construit son énorme appareil à décrypter les codes, ancêtre de l’ordinateur. C’est paradoxalement la partie la moins excitante d’Imitation Game : pas assez expliquée, la logique qui permet de trouver la clé des messages demeure vague et abstraite. C’est que le jeu annoncé par le titre désigne autre chose : un test mis au point par Turing pour différencier intelligence artificielle et intelligence humaine, hélas trop vite évoqué.

En revanche, une hypothèse passionnante s’affirme par touches successives, à travers le portrait d’un génie asocial, capable de dialoguer avec les mécanismes les plus complexes mais pas du tout conçu pour les relations humaines : l’homme qui vainquit une machine en était une lui-même. A cette vision, qui pourrait être glaçante, l’interprétation de Benedict Cumberbatch apporte, sans la contredire, beaucoup de nuances. L’acteur parvient à exprimer à la fois l’efficience presque robotisée de Turing et sa solitude, sa souffrance. Sa composition, qui lui vaut une nomination logique à l’oscar, semble éclairer le destin de cet être à part, jamais bien dans son époque : homme du futur, ouvrant la voie aux nouvelles technologies, sacrifié au nom de lois héritées d’un passé archaïque. En 2009, le Premier ministre Gordon Brown présenta des excuses au nom du gouvernement britannique pour la manière dont Alan Turing fut traité. En 2013, la reine lui exprima un pardon posthume. En 2015, c’est un grand acteur qui, en l’incarnant, lui rend hommage.

‘The Imitation Game’ entertains at the expense of accuracy
Historical errors weaken mostly enjoyable film about Alan Turing breaking Enigma code
Andrew Grant
Science News
December 30, 2014

Ordinarily the life of a mathematician isn’t ideal fodder for a major Hollywood movie. But when that mathematician is Alan Turing — the British genius who inspired the modern computer, protected Allied soldiers from Nazi attacks with his code-breaking prowess and was a closeted gay man — you’ve got yourself a film with Oscar buzz. (Casting Benedict Cumberbatch as the lead doesn’t hurt either.)

Overall, the movie works: It’s fun, it’s gripping and it features a brilliant performance from Cumberbatch. But like so many other Hollywood biopics, it takes some major artistic license — which is disappointing, because Turing’s actual story is so compelling.

The film mainly takes place during the early years of World War II, when the German war machine is overwhelming Britain. Frustratingly, the British can intercept German communications but can’t understand them. The Germans had encoded their communiqués on Enigma machines, encryption devices that could substitute letters in a message using any of about 150 quintillion possible settings. The filmmakers effectively portray a race against the clock as Turing struggles to perfect his crazy idea for a machine that could break the Enigma code.

In reality, Turing had already outlined the concept of a computing machine in a 1936 paper (SN: 6/30/12, p. 26) and had built a cipher machine while at Princeton in the late 1930s, says Turing biographer Andrew Hodges. By mid-1940, Hodges says, Turing and his team at Bletchley Park in Milton Keynes, England, were routinely decoding German Air Force messages with code-breaking machines, or bombes. Within another year the cryptanalysts, which included Joan Clarke (played in the movie by Keira Knightley), had deciphered the all-important naval messages that strategized U-boat attacks.

The biggest real-life drama is unmentioned in the film, Hodges says. In February 1942, the Germans adopted a more complex Enigma machine for naval communications, again putting the Allies in the dark. “It was a major crisis,” Hodges says. In desperation, Turing and American partners ran multiple bombes in parallel and used electronic components to speed up the code-breaking process. Finally, in early 1943, the Allies succeeded in cracking the code.

The consequences of the 1942 Enigma upgrade went far beyond the war. The introduction to electronics, Hodges says, offered Turing a practical means for incorporating his 1936 conceptual ideas into a revolutionary machine — the digital computer. “The scientific story is much bigger than just the Enigma problem,” Hodges says. “It was a great movement in which ideas and new technology came together.”

The Imitation Game ignores much of this history, and it also includes an egregious, historically inaccurate storyline in which Turing fails to report a Soviet spy to avoid being outed as gay.

Nonetheless, the acting, suspense and a surprising amount of humor make it a movie worth seeing. Just take some time after the movie to read up on Turing’s actual immense contributions to the war and modern computing.

The Imitation Game review: Knightley and Cumberbatch impress, but historical spoilers lower the tension
The Alan Turing biopic has all the elements of drama going for it, but somehow the script fails to catch fire
Catherine Shoard
The Guardian
8 September 2014

The story of Alan Turing, the Enigma codebreaker who helped win the second world war and was chemically castrated by the state for his troubles, is a challenging one to make into a movie.

Yes, there’s some high-stakes stuff to work with: sex, spies, surveillance, the invention of computers and the fate of millions of people. But it’s a tale whose key moments have already fallen victim to spoilers. Will Turing’s massive deciphering machine work? It might. Will we beat the Germans? Possibly.

It’s also a story whose hero is both venerated and pitied, but about whom most people know little.

Unlike, say, Stephen Hawking, whose biopic premiered at the Toronto film festival on Sunday, this is not a man whose work we got for Christmas, whose face and voice are immediately familiar. This allows Benedict Cumberbatch more free rein, but the audience less certainty over how to gauge his merits.

What Cumberbatch delivers is an impressively rounded character study of someone variously kind, prickly, aggressive, awkward and supremely confident. But it’s almost too nuanced. Accuracy isn’t all, but fumbling in the dark isn’t always fun.

The film is bookended by scenes of Turing’s interrogation by a Manchester policeman (Rory Kinnear) who smells a rat after investigating a burglary in Turing’s flat. The place is a tip, yet nothing appears to have been taken, and the victim is sniffily dismissive: « What I could use now is not a bobby but a good cleaning lady. »

Kinnear digs a little deeper and unearths … nothing. Turing has no war record. So what really went on at the radio factory where he said he worked?

And so the story proper starts, with Turing’s interview at Bletchley Park, where he fares badly with the bluff sergeant Charles Dance, but is rescued by mysterious Mark Strong.

In an expository scene rich in Sorkin-ish dialogue and light on plausibility, we’re told about the mission and introduced to the rest of the team, including Matthew Goode (cad), Allen Leech (Scot) and Matthew Beard as a little chap who always seems so ill-informed and off-the-pace you wonder if he’s an intern.

New recruits are required if they’re to whip Hitler, so Turing courts candidates through a cryptic crossword: if they solve it they can attend an exam in London. When Keira Knightley shows up and is mistaken for a secretary, you don’t have to be a whiz to guess she’ll not only ace the test but do so miles faster than her male counterparts.

Graham Moore’s script tracks the code-cracking, alongside Turing and Knightley’s burgeoning closeness and the progress of the war (through familiar newsreel). At points, we flash forward to the police investigation (« He’s a poof, not a spy! » exclaims one copper, having a eureka moment) and back to Turing’s schooldays friendship with a boy called Christopher.

Much about The Imitation Game – cast, subject matter, parquet flooring – appears to mimic the 2011 film of Tinker Tailor Soldier Spy, with which it also shares Working Title roots and a director making their English language debut (in that case, Tomas Alfredson, in this, Morten Tyldum). But it’s not as chilly or convincing, doesn’t burn with the same intellectual intensity as that film, nor of, say, The Social Network, whose template it apes.

What works is – as with Hawking story The Theory of Everything – the relationship between the central couple. Knightley is miles better than she’s been in a while; sitting on a shelf rather than centre stage seems to suit her. She has fun with her plummy vowels, even when saying lines like « I’m a woman in a man’s job ». Cumberbatch’s Turing is most interesting when at his softest; endlessly bashing up against less brilliant colleagues or military bureaucracy is bruising all round.

But it’s the script which may prevent this hitting the Oscars jackpot. It’s too formulaic, too efficient at simply whisking you through and making sure you’ve clocked the diversity message.: without square pegs – like those played by Cumberbatch and Knightley – the world would be by far the poorer.

« Sometimes it is the people no one imagines anything of that do the things no one can imagine, » runs the movie’s mouthful tagline. It leaves a strange taste. Turing’s treatment was terrible. Perhaps his achievement, in the end, should not be tainted by association.

The Imitation Game: inventing a new slander to insult Alan Turing
The wartime codebreaker and computing genius was pursued for homosexuality, but nobody – until film-makers came along – accused him of being a traitor
Alex von Tunzelmann
The Guardian
Thursday 20 November 2014

The Imitation Game (2014)
Director: Morten Tyldum
Entertainment grade: C+
History grade: Fail

Childhood

The Imitation Game jumps around three time periods – Turing’s schooldays in 1928, his cryptographic work at Bletchley Park from 1939-45, and his arrest for gross indecency in Manchester in 1952. It isn’t accurate about any of them, but the least wrong bits are the 1928 ones. Young Turing (played strikingly well by Alex Lawther) is a lonely, awkward boy, whose only friend is a kid called Christopher Morcom. Turing nurtures a youthful passion for Morcom, and is about to declare his love when Morcom mysteriously fails to return after a holiday. Turing is summoned into the headmaster’s office, and is told coldly that the object of his affection has died of bovine tuberculosis. The film is right that this awful event had a formative impact on Turing’s life. In reality, though, Turing had been warned before his friend died that he should prepare for the worst. The housemaster’s speech (to all the boys, not just him) announcing Morcom’s death was kind and comforting.

Romance

In the 1939-45 strand of the story, Turing has grown up physically – though not, the film implies, emotionally. He is played by Benedict Cumberbatch, who is always good and puts in a strong performance despite the clunkiness of the screenplay. The film gives him a quasi-romantic foil in cryptanalyst Joan Clarke (Keira Knightley), dubiously fictionalised as the key emotional figure of Turing’s adult life. The real Turing was engaged to her for a while, but he told her upfront that he had homosexual tendencies. According to him, she was “unfazed” by this.

Technology

Benedict Cumberbatch The Imitation Game Long load times … Benedict Cumberbatch in The Imitation Game Photograph: Allstar/Black Bear Pictures/Sportsphoto Ltd

Turing builds an Enigma-code-cracking machine, which he calls Christopher. It’s understandable that films about complicated science usually simplify the facts. This one has sentimentalised them, too: fusing A Beautiful Mind with Frankenstein to portray Turing as the ultimate misunderstood boffin, and the Christopher machine as his beloved creation. In real life, the machine that cracked Enigma was called the Bombe, and the first operating version of it was named Victory. The digital computer Turing invented was known as the Universal Turing Machine. Colossus, the first programmable digital electronic computer, was built at Bletchley Park by engineer Tommy Flowers, incorporating Turing’s ideas.

Espionage

The Imitation Game puts John Cairncross, a Soviet spy and possible “Fifth Man” of the Cambridge spy ring, on Turing’s cryptography team. Cairncross was at Bletchley Park, but he was in a different unit from Turing. As Turing’s biographer Andrew Hodges, on whose book this film is based, has said, it is “ludicrous” to imagine that two people working separately at Bletchley would even have met. Security was far too tight to allow it. In his own autobiography, Cairncross wrote: “The rigid separation of the different units made contact with other staff members almost impossible, so I never got to know anyone apart from my direct operational colleagues.” In the film, Turing works out that Cairncross is a spy; but Cairncross threatens to expose his sexuality. “If you tell him my secret, I’ll tell him yours,” he says.

The blackmail works. Turing covers up for the spy, for a while at least. This is wholly imaginary and deeply offensive – for concealing a spy would have been an extremely serious matter. Were the makers of The Imitation Game intending to accuse Alan Turing, one of Britain’s greatest war heroes, of cowardice and treason? Creative licence is one thing, but slandering a great man’s reputation – while buying into the nasty 1950s prejudice that gay men automatically constituted a security risk – is quite another.

Sexuality

The final section of the film, set in 1951, may be the silliest, and not only because the film might have bothered to check that Turing’s arrest actually happened in 1952. Nor only because a key plot point rests on the fictional Detective Nock (Rory Kinnear) using Tipp-Ex, which didn’t exist until 1959 (similar products were marketed from 1956, but that’s still not early enough for anyone to be using it in the film). Nock pursues Turing because he suspects him of being another Soviet spy, and accidentally uncovers his homosexuality in the process. This is not how it happened, and the whole film should really get over its irrelevant obsession with Soviet spies. In real life, Turing himself reported a petty theft to the police – but changed details of his story to cover up the relationship he was having with the possible culprit, Arnold Murray. The police did not suspect him of espionage. They pursued him with regard to the homophobic law of gross indecency. He submitted a five-page statement admitting to his affair with Murray – evidence which helped convict him.

Justice

The film is right that the “chemical castration” Turing underwent after his conviction was unjust and disgusting. Turing was pardoned in 2013, but the pardon was controversial. Many campaigners believe, as Turing himself did, that consensual sex between men should never have constituted an offence at all. Tens of thousands of less famous men were similarly prosecuted between 1885 and 1967, and their convictions stand.

Verdict

Historically, The Imitation Game is as much of a garbled mess as a heap of unbroken code. For its appalling suggestion that Alan Turing might have covered up for a Soviet spy, it must be sent straight to the bottom of the class.

A Poor Imitation of Alan Turing
Christian Caryl
The New York review of books
December 19, 2014

I’ve been fascinated by the computer science pioneer Alan Turing ever since I came across the remarkable account of his life written by the British mathematician and gay rights activist Andrew Hodges in 1983. The moment of publication was no accident, for two reasons. First, by the early 1980s the story of Turing’s wartime efforts to break Nazi codes had receded just far enough in time to overcome the draconian security restrictions that had prevented it from being told. Second, gay rights campaigners in Europe and the US were enjoying some of their first big successes in breaking through long-standing discrimination. Suddenly it became possible not only to celebrate Turing’s enormous contribution to Allied victory in the war but also to tell the story of his 1952 conviction and subsequent punishment on charges of homosexuality (still a criminal offense in Great Britain at the time), followed by his death, at the age of forty-one, two years later. (For Hodges, this death was clearly a suicide; intriguingly, Jack Copeland, his more recent biographer, isn’t so sure. More on that later.)

To anyone trying to turn this story into a movie, the choice seems clear: either you embrace the richness of Turing as a character and trust the audience to follow you there, or you simply capitulate, by reducing him to a caricature of the tortured genius. The latter, I’m afraid, is the path chosen by director Morten Tyldum and screenwriter Graham Moore in The Imitation Game, their new, multiplex-friendly rendering of the story. In their version, Turing (played by Benedict Cumberbatch) conforms to the familiar stereotype of the otherworldly nerd: he’s the kind of guy who doesn’t even understand an invitation to lunch. This places him at odds not only with the other codebreakers in his unit, but also, equally predictably, positions him as a natural rebel.

Just to make sure we get the point, his recruitment to the British wartime codebreaking organization at Bletchley Park is rendered as a ridiculous confrontation with Alastair Denniston (Charles Dance, of Game of Thrones fame), the Royal Navy officer then in charge of British signals intelligence: “How the bloody hell are you supposed to decrypt German communications if you don’t, oh, I don’t know, speak German?” thunders Denniston. “I’m quite excellent at crossword puzzles,” responds Turing.

On various occasions throughout the film, Denniston tries to fire Turing or have him arrested for espionage, which is resisted by those who have belatedly recognized his redemptive brilliance. “If you fire Alan, you’ll have to fire me, too,” says one of his (formerly hostile) coworkers. There’s no question that the real-life Turing was decidedly eccentric, and that he didn’t suffer fools gladly. As his biographers vividly relate, though, he could also be a wonderfully engaging character when he felt like it, notably popular with children and thoroughly charming to anyone for whom he developed a fondness.

All of this stands sharply at odds with his characterization in the film, which depicts him as a dour Mr. Spock who is disliked by all of his coworkers—with the possible exception of Joan Clarke (Keira Knightley). The film spares no opportunity to drive home his robotic oddness. He uses the word “logical” a lot and can’t grasp even the most modest of jokes. This despite the fact that he had a sprightly sense of humor, something that comes through vividly in the accounts of his friends, many of whom shared their stories with both Hodges and Copeland. (For the record, the real Turing was also a bit of a slob, with a chronic disregard for personal hygiene. The glamorous Cumberbatch, by contrast, looks like he’s just stepped out of a Burberry catalog.)

Now, one might easily dismiss such distortions as trivial. But actually they point to a much broader and deeply regrettable pattern. Tyldum and Moore are determined to suggest maximum dramatic tension between their tragic outsider and a blinkered society. (“You will never understand the importance of what I am creating here,” he wails when Denniston’s minions try to destroy his machine.) But this not only fatally miscasts Turing as a character—it also completely destroys any coherent telling of what he and his colleagues were trying to do.

In reality, Turing was an entirely willing participant in a collective enterprise that featured a host of other outstanding intellects who happily coexisted to extraordinary effect. The actual Denniston, for example, was an experienced cryptanalyst and was among those who, in 1939, debriefed the three Polish experts who had already spent years figuring out how to attack the Enigma, the state-of-the-art cipher machine the German military used for virtually all of their communications. It was their work that provided the template for the machines Turing would later create to revolutionize the British signals intelligence effort. So Turing and his colleagues were encouraged in their work by a military leadership that actually had a pretty sound understanding of cryptological principles and operational security. As Copeland notes, the Nazis would have never allowed a bunch of frivolous eggheads to engage in such highly sensitive work, and they suffered the consequences. The film misses this entirely.

In Tyldum and Moore’s version of events, Turing and his small group of fellow codebreakers spend the first two years of the war in fruitless isolation; only in 1941 does Turing’s crazy machine finally show any results. This is a highly stylized version of Turing’s epic struggle to crack the hardest German cipher, the one used by the German navy, whose ravaging submarines nearly brought Britain to its knees during the early years of the war. What this account neglects to mention is that Turing’s “bombes”—electromechanical calculating devices designed to reconstruct the settings of the Enigma—were already helping to decipher German army and air force codes from early on.

The movie version, in short, represents a bizarre departure from the historical record. In fact, Bletchley Park—and not only Turing’s legendary Hut 8—was doing productive work from the very beginning of the war. Within a few years its motley assortment of codebreakers, linguists, stenographers, and communications experts were operating on a near-industrial scale. By the end of the war there were some 9,000 people working on the project, processing thousands of intercepts per day.

A bit like one of those smartphones that bristles with unneeded features, the film does its best to ladle in extra doses of intrigue where none existed. Tyldum and Moore conjure up an entirely superfluous subplot involving John Cairncross, who was spying for the Soviet Union during his service at Bletchley Park. There’s no evidence that he ever crossed paths with Turing—Bletchley, contrary to the film, was much bigger than a single hut—but The Imitation Game includes him among Turing’s coworkers. When Turing discovers his true allegiance, Cairncross turns the tables on him, saying that he’ll reveal Turing’s homosexuality if his secret is divulged. Turing backs off, leaving the spy in place.

Not many of the critics seem to have paid attention to this detail—except for historian Alex von Tunzelmann, who pointed out that the filmmakers have thus managed, almost as an afterthought, to turn their hero into a traitor. The movie tries to soften this by revealing that Stewart Menzies, the head of the Special Intelligence Service, has known about Cairncross’s treachery from the start—a jury-rigged solution to a gratuitous plot problem. (In fact, Cairncross, “the fifth man,” was never prosecuted.)
Jack English/Black Bear Pictures
Benedict Cumberbatch as Alan Turing in The Imitation Game, 2014

These errors are not random; there is a method to the muddle. The filmmakers see their hero above all as a martyr of a homophobic Establishment, and they are determined to lay emphasis on his victimhood. The Imitation Game ends with the following title: “After a year of government-mandated hormonal therapy, Alan Turing committed suicide in 1954.” This is in itself something of a distortion. Turing was convicted on homosexuality charges in 1952, and chose the “therapy” involving female hormones—aimed, in the twisted thinking of the times, at suppressing his “unnatural” desires—as an alternative to jail time. It was barbarous treatment, and Turing complained that the pills gave him breasts. But the whole miserable episode ended in 1953—a full year before his death, something not made clear to the filmgoer.

Copeland, who has taken a fresh look at the record and spoken with many members of Turing’s circle, disputes that the experience sent Turing into a downward spiral of depression. By the accounts of those who knew him, he bore the injustice with fortitude, then spent the next year enthusiastically pursuing projects. Copeland cites a number of close friends (and Turing’s mother) who saw no evidence that he was depressed in the days before his death, and notes that the coroner who concluded that Turing had died by biting a cyanide-laced apple never examined the fruit. Copeland offers sound evidence that the death might have actually been accidental, the result of a self-rigged laboratory where Turing was conducting experiments with cyanide. He left no suicide letter.

Copeland also leaves open the possibility of foul play, which can’t be dismissed out of hand, when you consider that all of this happened during the period of McCarthyite hysteria, an era when homosexuality was regarded as an inherent “security risk.” Turing’s government work meant that he knew a lot of secrets, in the postwar period as well. It’s likely we’ll never know the whole story.

One thing is certain: Turing could be remarkably naive about his own homosexuality. It was Turing himself who reported the fateful 1952 burglary, probably involving a working-class boyfriend, that brought his gay lifestyle to the attention to the police, thus setting off the legal proceedings against him. In The Imitation Game he holds this information back from the cops, who then cleverly wheedle it out. It’s another indication of the filmmakers’ determination to show Turing as an essentially passive figure. He’s never the master of his own destiny.

But even if you believe that Turing was driven to his death, The Imitation Game’s treatment of his fate borders on the ridiculous. In one of the film’s most egregious scenes, his wartime friend Joan pays him a visit in 1952 or so, while he’s still taking his hormones. She finds him shuffling around the house in his bathrobe, barely capable of putting together a coherent sentence. He tells her that he’s terrified that the powers that be will take away “Christopher”—his latest computer, which he’s named after the dead friend of his childhood (just as he did with his machine at Bletchley Park).

As near as I can tell, there is no basis for any of this in the historical record; it’s monstrous hogwash, a conceit entirely cooked up by Moore. The real Turing certainly paid periodic and dignified respects to the memory of his first love, Christopher Morcom, but I doubt very much that he ever confused his computers with people. In perhaps the most bitter irony of all, the filmmakers have managed to transform the real Turing, vivacious and forceful, into just the sort of mythological gay man, whiney and weak, that homophobes love to hate.

This is indicative of the bad faith underlying the whole enterprise, which is desperate to put Turing in the role of a gay liberation totem but can’t bring itself to show him kissing another man—something he did frequently, and with gusto. And it most definitely doesn’t show him cruising New York’s gay bars, or popping off on a saucy vacation to one of the less reputable of the Greek islands. The Imitation Game is a film that prefers its gay men decorously disembodied.

To be honest, I’m a bit surprised that there hasn’t been more pushback against The Imitation Game by intelligence professionals, historians, and survivors of Turing’s circle. But I think I understand why. After so many years in which Turing failed to get his due, no one wants to be seen as spoiling the party. I strongly doubt, though, that many of those in the know are recommending this film to their friends. (For his part, Andrew Hodges is apparently opting to avoid talking about the movie during his current book tour—it’s easy to imagine why he might choose to do so, and I don’t fault him for it.)

If you want to see a richly imagined British movie about a fascinating historical character, go see Mike Leigh’s new film about the painter J.M.W. Turner. But if you want to see the real Alan Turing, you’re better off reading the books.

How Accurate Is The Imitation Game?
L.V. Anderson
Slate
Dec. 3 2014

The Oscar-buzzed new movie The Imitation Game is an old-fashioned biopic, crafting a tidy, entertaining narrative from disparate strands of its subject’s life—in this case, British mathematician, codebreaker, and computer pioneer Alan Turing. Slate movie critic Dana Stevens has taken issue with the film’s emotional straightforwardness, writing, “The Imitation Game doesn’t do right by the complex and often unlovable man it purports to be about.” Meanwhile, on Outward, my colleagues J. Bryan Lowder and June Thomas praise the film’s message in spite of its historical inaccuracies.

Just how inaccurate are those inaccuracies? I read the masterful biography that the screenplay is based on, Andrew Hodges’ Alan Turing: The Enigma, to find out. I discovered that The Imitation Game takes major liberties with its source material, injecting conflict where none existed, inventing entirely fictional characters, rearranging the chronology of events, and misrepresenting the very nature of Turing’s work at Bletchley Park. At the same time, the film might paint Turing as being more unlovable than he actually was. For details on the film’s flights of fancy, read on. (There will, naturally, be spoilers.)

The Alan Turing played by Benedict Cumberbatch is brusque, humorless, and brilliant. In an early scene where he is interviewed by Commander Denniston (Charles Dance), we learn that he made exceptional achievements in mathematics at a young age. This is a reflection of reality: Turing was elected as a fellow at Cambridge at the age of 22, and he published his most influential paper, “On Computable Numbers,” at 24.

Other aspects of Cumberbatch’s characterization are true to life, as well: Turing was fairly indifferent to politics, both in the interpersonal sense and in the civic sense. He ran marathons. He was also gay, and even more openly than the film implies. Hodges’ biography is filled with instances in which Turing boldly made advances toward other men—mostly without success. Turing also told his friends and colleagues about his homosexuality.

However, the central conceit of The Imitation Game—that Turing singlehandedly invented and physically built the machine that broke the Germans’ Enigma code—is simply untrue. A predecessor of the “Bombe”—the name given to the large, ticking machine that used rotors to test different letter combinations—was invented by Polish cryptanalysts before Turing even began working as a cryptologist for the British government.* Turing’s great innovation was to design a new machine that broke the Enigma code faster by looking for likely letter combinations and ruling out combinations that were unlikely to yield results. Turing didn’t develop the new, improved machine by dint of his own singular genius—the mathematician Gordon Welchman, who is not even mentioned in the film, collaborated with Turing on the design.

Leaving aside Turing’s codebreaking achievements, The Imitation Game also somewhat alters Turing’s personality. The film strongly implies that Alan is somewhere on the autism spectrum: Cumberbatch’s character doesn’t understand jokes, takes common expressions literally, and seems indifferent to the suffering and annoyance he causes in others. This characterization is rooted in Hodge’s biography but is also largely exaggerated: Hodges never suggests that Turing was autistic, and though he refers to Turing’s tendency to take contracts and other bureaucratic red tape literally, he also describes Turing as a man with a keen sense of humor and close friends. To be sure, Hodges paints Turing as shy, eccentric, and impatient with irrationality, but Cumberbatch’s narcissistic, detached Alan has more in common with the actor’s title character in Sherlock than with the Turing of Hodges’ biography. One of Turing’s colleagues at Bletchley Park later recalled him as “a very easily approachable man” and said “we were very very fond of him”; none of this is reflected in the film.

In addition to the more significant creative liberties that the movie takes, there are small fictions surrounding his character in the movie. Although, in the movie, Alan tells Denniston that he doesn’t know German, Turing did in fact study German and travel to Germany before and after the war. Turing did not, as far as we know, have a compulsion to separate his peas and carrots. (In fact, given his generally unkempt appearance, it’s highly unlikely he gave attention to such details.) And whether or not Turing liked sandwiches—a key plot point in The Imitation Game—goes unmentioned in Hodges’ biography.

In flashbacks to 1928 in The Imitation Game, we learn that Alan’s first love was a classmate at boarding school named Christopher. Christopher rescues Alan after he’s nailed under the floorboards by bullies, teaches Alan to communicate via codes and ciphers, flirts with Alan, and then suddenly dies of bovine tuberculosis.

Although many of the details are invented for the movie, the gist of this storyline is true: Turing really did befriend and develop romantic feelings for a boy named Christopher Morcom at Sherborne School, the boys’ school in Dorset that he attended as a teenager. (He also did get trapped under the floorboards by other boys, according to Alan Turing: The Enigma, but this occurred before he met Morcom.) Morcom died from bovine tuberculosis in 1930, shortly after he’d been accepted to Cambridge and three years after Turing had first met him.

In the movie, it’s implied that Christopher shares Alan’s attraction, but it seems likely that Turing’s affection for Morcom was unrequited—Turing later wrote, “Chris knew I think so well how I liked him, but hated me shewing it.” Several other details of their relationship are different in the movie than in Alan Turing: The Enigma. Although in the movie Christopher is taller than young Alan (Alex Lawther), in reality Turing had a growth spurt at 15, while Morcom was “surprisingly small for his form.” (Morcom was one year ahead of Turing in school.) Turing and Morcom bonded over math and chemistry, not ciphers; Turing began exploring ciphers with another friend at Sherborne after Morcom had died. The biggest departure from reality in the film is the scene where the headmaster informs Alan of Christopher’s death, and Alan denies having known Christopher very well. In real life, Turing was openly devastated by Morcom’s death, and he subsequently developed a relationship with Morcom’s family, going on vacations with them and maintaining a correspondence with Morcom’s mother for years after he’d left Sherborne.

Additionally, Turing did not call any of the early computers he worked on “Christopher”—that is a dramatic flourish invented by screenwriter Graham Moore.

In The Imitation Game, Commander Denniston is a rigid naval officer who resents Alan’s indifference to the military hierarchy and attempts to fire him when his decryption machine fails to deliver fast results. This characterization is mostly fictional, and Denniston’s family has taken issue with the film’s negative portrayal of him. The real-life Alastair Denniston, who spent most of his career as the director of the Government Code and Cypher School, was eager to expand his staff to help break the Germans’ Enigma code in the late 1930s. He recruited Turing, on the basis of his work at Cambridge and his writing on hypothetical computation machines, in 1938, and he hired Turing to work full time at Bletchley Park when Britain entered World War II in September 1939. There’s no record of a contentious interview between Turing and Denniston, and Denniston never tried to fire Turing from the Government Code and Cypher School—rather, given his innovations, Turing was a star of Bletchley Park.

Even if most of the details of the conflict between Commander Denniston and Alan are made up, they do stand in for a real-life power struggle between the military brass and the cryptologists. Turing’s colleagues there recalled that Turing “was always impatient of pompousness or officialdom of any kind,” which made him ill-suited for work in a military context, and Hodges writes that he “had little time for Denniston.” One of the most memorable clashes between Commander Denniston and Alan in the movie occurs when Alan goes over Denniston’s head to write a letter to Winston Churchill, who immediately puts Alan in charge of the Enigma-breaking operation and grants him the 100,000 pounds he needs to build his machine. This never happened, but Alan and three colleagues at Bletchley Park—including Hugh Alexander—did write a letter to Churchill requesting more staff and resources in 1941, and Churchill quickly granted them their requests.

In The Imitation Game, Hugh Alexander is a suave ladykiller who spends much of the film battling with Alan for control of the codebreaking operations; Hugh eventually recognizes Alan’s genius and falls in line behind him. Hugh Alexander—who went professionally by Conel Hugh O’Donel Alexander or C.H.O’D. Alexander—was a real person, but the film’s Hugh character seems intended to serve as a contrast to Alan’s antisocial personality.

The film is faithful to the basic facts: Alexander was a chess champion, and he was much better at managing people than Turing was. However, Alexander was not initially assigned to be Turing’s superior at Bletchley Park. Alexander began working there several months after Turing arrived, and the two didn’t begin working together for another year or so, when Alexander was transferred to Turing’s team to work on breaking Germany’s naval Enigma code. Hodges writes, “Hugh Alexander soon proved the all-round organiser and diplomat that Alan could never be.” Alexander eventually took over naval Enigma decryption after Turing began pursuing a speech decryption project, but by all accounts, their relationship was friendly and mutually respectful. In fact, when Turing was tried for indecency in 1952, Alexander served as a character witness for the defense.

Keira Knightley’s character in The Imitation Game is a brilliant, spunky young mathematician whom Alan agrees to marry to get her conservative parents off her back. As with other storylines, the skeleton of this narrative is true, even if the details are not. Clarke was recruited to Bletchley Park by her former academic supervisor (and Turing’s partner in improving the Bombe) Gordon Welchman; she didn’t win the role by excelling in a crossword competition. (Bletchley recruiters did use crosswords to find talented codebreakers, but neither Turing nor Clarke was involved in this effort.) And Turing proposed to Clarke not to help her escape from overbearing parents, but because they liked each other. He “told her that he was glad he could talk to her ‘as to a man,’ ” writes Hodges, and they shared an interest in chess and botany. She even accepted Turing’s homosexuality; their engagement continued after he confessed his attraction to men. But after some months, Turing ended the engagement. “It was neither a happy nor an easy decision,” writes Hodges, but it wasn’t the ultimately violent confrontation depicted in The Imitation Game, either. “There had been several times when he had come out with ‘I do love you.’ Lack of love was not Alan’s problem.”

Turing and Clarke kept in touch after their engagement ended, and Turing even tried to rekindle their relationship after a couple of years, but Clarke rebuffed him. Turing also wrote a letter to Clarke in 1952 to inform her of his impending trial for indecency, but the final scene of The Imitation Game, in which Joan visits Alan during his probation, is invented.

Stewart Menzies, the chief of the British Secret Intelligence Service, and John Cairncross, a Soviet spy, are two historical figures who appear in The Imitation Game despite the fact that neither worked closely with Turing. Menzies was, as the film suggests, responsible for passing decrypted Nazi strategies to Winston Churchill, but it’s highly unlikely he interacted individually with Turing (or most of the thousands of other codebreakers who worked at Bletchley Park over the years). Cairncross did pass intelligence from Bletchley Park to the Soviet Union, but he worked in a different unit from Turing’s, and there’s no evidence the two knew each other. Similarly, the filmmakers’ conceit that Menzies knew about and tolerated Cairncross’ duplicity isn’t supported by the historical record.

In the film, Peter and Jack are more or less interchangeable background characters, distinguished primarily by the fact that Peter has a brother who is serving in the armed forces on a ship that the code-breaking team discover is targeted by the Germans. The ensuing dramatic scene, in which Alan reminds Peter and the rest of the team that they have to keep the Germans from learning that they’ve broken Enigma, is entirely invented; Hilton had no such brother, and in fact he began working at Bletchley Park long after Turing’s Bombe had been built. And while it was crucial for the British to use their intelligence wisely, Hodges writes that their success had less to do with their tactical shrewdness and more to do with the Germans’ a priori conviction that Enigma was unbreakable, despite ample evidence to the contrary.

The Imitation Game’s framing device depicts one Detective Nock’s investigation into Alan’s life, following a mysterious burglary at Alan’s home. Perhaps unsurprisingly, this framing device isn’t quite true to life: There was no Detective Nock, and the detectives who did book Turing for indecency (who were named Mr. Wills and Mr. Rimmer) were under no illusions about his mysterious circumstances. Turing was burglarized by an acquaintance of 19-year-old Arnold Murray, who had slept with Turing a few times. The burglar had heard Murray talk about his trysts with Turing, and when the police interrogated the burglar, he revealed the illicit nature of Murray and Turing’s relationship. When the police interviewed Turing, he made no attempt to hide his homosexuality from them. Turing eventually pled guilty to indecency, and he was placed on probation and agreed to submit to estrogen treatment—intended to destroy his sex drive—for more than a year.

The Imitation Game implies that the estrogen treatment sent Alan into an emotional tailspin, but Turing seems to have continued his work and social relationships normally during his year of probation. The film also implies that the estrogen treatment triggered Alan’s suicide, but in fact the treatment ended in April 1953, fourteen months before Turing killed himself. Although some modern scholars believe that his death from cyanide poisoning was an accident, Hodges believes that Turing made his suicide deliberately ambiguous so as to spare his mother the pain of believing that her son had killed himself on purpose.

Voir encore:

The Imitation Game (2014)

Starring Benedict Cumberbatch, Keira Knightley
based on the book ‘Alan Turing: The Enigma’ by Andrew Hodges

REEL FACE: REAL FACE:
Benedict Cumberbatch as Alan Turing Benedict Cumberbatch
Born: July 19, 1976
Birthplace:
Hammersmith, London, England, UK
Alan Mathison Turing Alan Turing
Born: June 23, 1912
Birthplace: Maida Vale, London, England, UK
Death: June 7, 1954, Wilmslow, Cheshire, England (suicide by poison)
Alex Lawther as Young Alan Turing Alex Lawther
Born: 1995
Birthplace:
Hampshire, England, UK
Young Alan Turing as Teenager Young Alan Turing
(age 16)
Keira Knightley as Joan Clarke Keira Knightley
Born: March 26, 1985
Birthplace:
Teddington, Middlesex, England, UK
Joan Clarke Murray Joan Clarke
Born: June 24, 1917
Birthplace: West Norwood, London, UK
Death: September 4, 1996, Headington, Oxfordshire, England, UK
Matthew Goode as Hugh Alexander Matthew Goode
Born: April 3, 1978
Birthplace:
Exeter, Devon, England, UK
Conel Hugh O'Donel Alexander Hugh Alexander
Born: April 19, 1909
Birthplace: Cork, Ireland
Death: February 15, 1974, Cheltenham, Gloucestershire, England, UK
Charles Dance as Commander Alastair Denniston Charles Dance
Born: October 10, 1946
Birthplace:
Redditch, Worcestershire, England, UK
Commander Alexander (Alastair) Guthrie Denniston Commander Alastair Denniston
Born: December 1, 1881
Birthplace: Greenock, Scotland, UK
Death: January 1, 1961, Milford on Sea, Hampshire, England, UK
Mark Strong as Stewart Menzies Mark Strong
Born: August 5, 1963
Birthplace:
London, England, UK
Stewart Menzies Stewart Menzies
Born: January 30, 1890
Birthplace: London, England, UK
Death: May 29, 1968, London, England, UK
Allen Leech as John Cairncross Allen Leech
Born: May 18, 1981
Birthplace:
Killiney, Co. Dublin, Ireland
John Cairncross John Cairncross
Born: July 25, 1913
Birthplace: Lesmahagow, Scotland, UK
Death: October 8, 1995, Herefordshire, UK (stroke)
Matthew Beard as Peter Hilton Matthew Beard
Born: March 25, 1989
Birthplace:
London, England, UK
Peter Hilton Peter Hilton
Born: April 7, 1923
Birthplace: London, England, UK
Death: November 6, 2010, Binghamton, New York, USA
James Northcote as Jack Good James Northcote
Born: October 10, 1987
Birthplace:
London, England, UK
Irving John (Jack) Good Irving John (Jack) Good
Born: December 9, 1916
Birthplace: London, England, UK
Death: April 5, 2009, Radford, Virginia, USA (natural causes)
I’ve now got myself into the kind of trouble that I have always considered to be quite a possibility for me, though I have usually rated it at about 10 to 1 against. I shall shortly be pleading guilty to a charge of sexual offenses with a young man. The story of how it all came to be found out is a long and fascinating one… but I haven’t got time to tell you now. No doubt I shall emerge from it all a different man, but quite who I’ve not found out. -Alan Turing, 1952, Letter to Friend and Colleague Norman Routledge

Questioning the Story:

Is Detective Robert Nock based on a real person?No. « Detective Nock is a fake name – he was named after my old roommate, » says screenwriter Graham Moore. « He gives us another perspective … we can see how a normal person, not a bad person, could end up doing this horrible thing to Alan. We didn’t want to create this story of Alan being a sad character that bad things happened to, so we decided to show his final years through the perspective of this fictional detective. … Nock is not a bad person, not an evil person. The terrible thing that happened to Turing was not his fault and was deeply unfair and the injustice of that is something we all have to reckon with. » Robert Nock is the only character in the movie with a fake name. -Tumblr (imitationgamemovie)

Did the police uncover Turing’s homosexuality while investigating him for being a possible Soviet spy?No. Here The Imitation Game deviates significantly from the true story. The real Alan Turing was not investigated for being a possible Soviet spy. Turing himself had reported a petty theft to the police, not a neighbor who heard noises. He changed the details of his story to cover up a relationship he was having with the suspected culprit, 19-year-old Arnold Murray. Instead of first suspecting Turing of espionage like in the movie, the police immediately honed in on Turing for violating the law of gross indecency due to his homosexual relationship with Murray. -The Guardian

Alan Turing and Benedict Cumberbatch
Genealogists have discovered that the real Alan Turing (left) and his onscreen counterpart, actor Benedict Cumberbatch (right), are related. They are 17th cousins dating back to John Beaufort, the first Earl of Somerset, who was born in approximately 1373. -Ancestry.com

Was Alan Turing really put on trial for being gay?Yes. The Imitation Game true story confirms that on March 31, 1952, British authorities put Alan Turing on trial for indecency because he had homosexual relations with a 19-year-old man named Arnold Murray, twenty years his junior. Homosexuality was a crime in Great Britain in the early 1950s, falling under gross indecency in Section 11 of the Criminal Law Amendment Act 1885. To avoid jail time for his indecency conviction, Turing underwent chemical castration in the form of a year’s worth of estrogen (stilboestrol) injections designed to reduce his libido. In addition to rendering him impotent, another side effect of the hormone therapy was that Turing developed gynaecomastia, or an enlarged chest (breasts). On June 7, 1954, approximately a year after his hormone treatments ended, Turing killed himself by eating an apple that he had likely injected with cyanide. We say « likely » because the apple was never tested for cyanide, though it was speculated that this was the delivery method. -Alan Turing: The Enigma

The general public became familiar with the name Alan Turing after learning of his indecency conviction and suicide. It would be years before they learned that he was also largely responsible for outsmarting the Nazis. -Tumblr (imitationgamemovie)

Was Alan Turing’s codebreaking machine really named Christopher?No. The Imitation Game true story reveals that the name of the real codebreaking machine was less personal. Unlike the movie, it was not named Christopher after Turing’s late friend and first love, teenage companion Christopher Morcom (Morcom was a real teenage friend who Alan met at Sherborne School). Instead, Turing’s machine was called the Bombe, named after an earlier Polish version of the codebreaking machine. Like in the movie, Turing created a much improved version of the Polish machine. The U.S. eventually produced its own equivalents, but they were engineered differently than the British Bombe created by Alan Turing and his team. -Empire Magazine

Jack Bannon and Christopher Morcom
Actor Jack Bannon (left) portrays Alan Turing’s friend Christopher Morcom (right), who died suddenly in 1930.

Did Alan’s friend Christopher really die suddenly of bovine tuberculosis?Yes. The real Alan Turing met Christopher Morcom at Sherborne School, the boys’ school in Dorset, England, which Alan attended as a teenager. The two became good friends, sharing an interest in math and chemistry (not codes and ciphers). Morcom, who was a year older, did die suddenly of bovine tuberculosis, which he had contracted as a small boy from drinking infected cows’ milk. However, the headmaster did not coldly tell Turing of Morcom’s February 13, 1930 death after Morcom had already passed away. In real life, ‘Ben’ Davis, the junior housemaster, had sent Turing a note earlier that day and told him to prepare for the worst. Turing also did not pretend that he had barely known Morcom. In real life, Turing’s friends and family knew that he was devastated, and he even became close to Morcom’s family after his passing. -Alan Turing: The Enigma

Was Alan’s attraction to Christopher a mutual attraction? Not likely. Though The Imitation Game movie implies that Christopher is also attracted to Alan, Andrew Hodges’ biography indicates otherwise. Alan wrote of making it a point to sit next to Christopher in every class, stating that Christopher « made some of the remarks I was afraid of (I know better now) about the coincidence but seemed to welcome me in a passive way. » Hodges again talks of Christopher’s passivity toward Alan, stating that he gradually took Alan seriously, but always with « considerable reserve. » In his writings, Alan indicates that Christopher was aware of his feelings, « Chris knew I think so well how I liked him, but hated me shewing it, » indicating that while Chris liked the attention, Alan’s affection went unrequited. -Alan Turing: The Enigma

Did Turing come up with the design for the codebreaking machine on his own?No. Unlike the movie, Alan Turing didn’t come up with the design for the improved Bombe machine on his own. Gordon Welchman, a mathematician who is not mentioned in the film, collaborated with Turing. -Alan Turing: The Enigma

Did Alan Turing’s codebreaking machine look like the one in the movie?For the most part, yes. However, the real codebreaking machine, the Bombe, was housed in a Bakelite box. Production designer Maria Djurkovic and her team researched the working replica that is on display at Bletchley Park in Buckinghamshire, England. « Our version of the machine had to look convincing, » says Djurkovic. She and director Morten Tyldum decided to reveal the machine’s inner workings. They also added more red cables to give the audience the feeling that blood was pumping through its veins. -Tumblr (imitationgamemovie)

Turing Bombe Machine and Christopher Machine (movie)
Alan Turing’s real Bombe machine (top) at Bletchley Park in 1943. The machine’s name was changed to Christopher for the movie (bottom) and more red cables were added to mimic veins pumping blood through the machine.

Is there a secret URL hidden in an Imitation Game teaser trailer?Yes. The secret URL is in the form of an IP address and is hidden in the teaser trailer titled « Are You Paying Attention« . The URL can be spotted at the trailer’s 4-second mark when actor Benedict Cumberbatch asks, « Are you paying attention? » Look for the IP 146.148.62.204.

The link challenges you to complete a crossword puzzle based on the one that the real Alan Turing published in the London Daily Telegraph in 1942 in an effort to recruit more codebreakers for his team. Turing invited anyone who could complete the crossword puzzle in 12 minutes or less to apply for a job. In the movie, one of these individuals is Joane Clarke (Keira Knightley), who ends up being the only female applicant in a room full of men. Like Alan Turing’s challenge, you are given a specific amount of time to complete the crossword puzzle found through the URL. Do you have what it takes to be a Turing codebreaker?

Was Joan Clarke really hired at Bletchley Park after solving a crossword puzzle in the newspaper?No. The real Joan Clarke’s introduction to Turing’s team at Bletchley Park was less exciting than Keira Knightley’s character’s experience in the movie. In real life, Joan Clarke was already employed at Bletchley Park performing clerical duties. She had been recruited by the Government Code and Cypher School (GC & CS). A former math wiz at Cambridge, her mathematical talents were again noticed at Bletchley, and she was promoted to work with the group in Hut 8, led by Alan Turing. Andrew Hodges’ biography also states that Joan Clarke had actually already met Alan Turing previously at Cambridge.

Did the Soviet spy, John Cairncross, really work with Alan Turing?No. Our research into The Imitation Game true story exposed the fact that although John Cairncross did work at Bletchley Park and admitted to being a Soviet spy in 1951, he did not work as part of Alan Turing’s group. « Their relationship is invented, » says author Andrew Hodges. It is unlikely that they ever even had contact with one another, since communication between sections at Bletchley was very limited. In the movie, after Alan Turing (Benedict Cumberbatch) discovers that John Cairncross (Allen Leech) is a Soviet spy, Cairncross blackmails Turing by threatening to reveal his sexuality. -The Sunday Times

Alan Turing Marathon Race Runner
As shown in the movie, Alan Turing (right) was a capable long-distance runner and often used running as a way to get the stress of his job as a codebreaker out of his mind.

Was Alan Turing really engaged to Joan Clarke?Yes. In the movie, we see Alan Turing (Benedict Cumberbatch) ask Joan Clarke (Keira Knightley) to marry him as a way to keep her at Bletchley Park, since her parents want her to move on with her life and find a husband. Though Turing does tell Joan about his attraction to men, in the film he only breaks off the engagement after John Cairncross, the Soviet spy, threatens to reveal that Turing is gay, which could in turn negatively affect Joan.

In real life, Alan Turing’s marriage proposal in the spring of 1941 wasn’t a ploy to keep Joan at Bletchley Park. He also didn’t break off the engagement as the result of pressure from a Soviet spy. The real Joan Clarke says that the two were interested in one another, despite their relationship lacking a certain physical element. Turing even arranged their shifts so they could work together. They went on dates to the cinema and other places, and despite there not being much physical contact, they did kiss. Turing introduced Joan to his family. Author Andrew Hodges states in his Turing biography that « the idea that marriage should include a mutual sexual satisfaction was still a modern one, which had not yet replaced the older idea of marriage as a social duty. »

During an interview found in the 1992 BBC Horizon episode « The Strange Life and Death of Dr. Turing, » Joan says that Alan told her about his « homosexual tendency » the day after he proposed. « Naturally, that worried me a bit, » admits Joan, « because I did know that was something which was almost certainly permanent, but we carried on. » A fellow member of Turing’s team called their relationship « quite delightful » and said that they were « very sweet together. » Though there was talk of the future, including children, their engagement did not survive past the summer of 1941. Turing used an Oscar Wilde poem to break things off. -BBC Horizon

Gay and Lesbian news outlets criticized an early draft of The Imitation Game script, accusing the filmmakers of « straight-washing » the story. Black Bear Pictures rejected the allegations, issuing a statement that said, « There is not – and never has been – a version of our script where Alan Turing is anything other than homosexual. »

Did Turing’s team only pass along a percentage of the decoded messages?Yes, but the movie’s account of how the group decided which decoded messages to pass along to British forces is fictional. In the film, Turing (Benedict Cumberbatch) and his team crack Enigma but hold off on telling their superiors for fear that the Germans will become suspicious and change the code. After they decide against passing along intercepted information about an impending attack on a British convoy, Turing goes to Stewart Menzies (Mark Strong) and together they come up with a system for deciding which cracked messages should be passed along to the British Army, Navy and RAF.

In reality, it was Menzies duty to come up with a method for deciding what percentage of gathered intelligence should be passed along. -The Telegraph

German Enigma Machine in Imitation Game Movie
Each letter pressed on the German Enigma machine (pictured above in the movie) caused a corresponding ciphertext letter to light up above the keyboard. Several rotors (usually 3 or 4) could be adjusted to reset the encryption, a process that would determine which letter corresponded to which ciphertext letter.

Was Alan Turing accused of treason and cowardice for not revealing Soviet spy John Cairncross?No. As indicated above, the relationship between Alan Turing and John Cairncross was invented by the filmmakers. During our investigation into The Imitation Game true story, we learned that Turing and Cairncross did not work in the same section at Bletchley Park, and given that the groups at Bletchley were somewhat isolated from one another, it is highly unlikely that these two men ever met in real life, an idea that Turing biographer Andrew Hodges called « ludicrous. » This fictional addition to the film, which finds Turing withholding the fact that Cairncross was a Soviet spy, has generated a significant amount of controversy and criticism, namely in that it places accusations of treason upon Turing. -The Guardian

Did Joan Clarke visit Alan Turing after the war?No. Andrew Hodges’ biography states that Alan wrote to Joan and told her that he had been found out, but there is no mention of Joan coming to visit Alan. At the time of his letter, Joan was engaged to be married, as Keira Knightley’s character is when she visits Alan (Benedict Cumberbatch) in the movie.

Is there a reason why we don’t see Alan Turing’s suicide in the film?On June 7, 1954, roughly a year after he underwent « chemical castration » (estrogen injections) as a way of avoiding prison time for his indecency conviction, Alan Turning ingested an apple that he had likely laced with cyanide (it is speculated that the half-eaten apple was the delivery method, though it was never tested). Biographer Andrew Hodges suggested that he was re-enacting a scene from the 1937 Walt Disney movie Snow White, his favorite fairy tale. The Imitation Game director Morten Tyldum did film the suicide scene, but it did not make the final cut of the film. In real life, Turing’s housekeeper found him dead in his bed, with the half-eaten apple next to him on his bedside table (BBC News).

« We never wanted to see him commit suicide on screen, » says Graham Moore, the film’s screenwriter. « This film was about paying attention to Alan Turing’s tremendous life and his amazing accomplishments. It felt to us more ethical and more responsible to focus on his life and his accomplishments than the nitty-gritty of his suicide. » –Tumblr (imitationgamemovie)

Alan Turing Snow White Poison Apple
Did Alan Turing take his own life by re-enacting a scene from the film Snow White, his favorite fairy tale?

Is it possible that Alan Turing’s death was not a suicide?Though the investigation and the coroner’s verdict ruled the death a suicide, some believe that the death was caused by the accidental inhalation of cyanide fumes from a device used for electroplating spoons with gold. Turing’s mother, Ethel, also believed his death was accidental (Alan Turing: The Enigma). « His mother wrote to me, » says the real Joan Clarke, « and she said that although it was a verdict of suicide, she believed it an accident, and of course, his method was chosen to make it possible for some at least to believe that. » -BBC Horizon

Was the Apple company logo inspired by the apple associated with poisoning Alan Turing?No. This is just an urban legend. Apple has denied any correlation. -Empire Magazine

Was The Imitation Game movie filmed at the real Bletchley Park?The only scenes that were actually shot at the real Bletchley Park (located in Milton Keynes, Buckinghamshire, England) took place at the bar. This includes Turing’s eureka moment, the engagement party scene, and his confession to John Cairncross about being gay. Other parts of the movie were filmed at Alan Turing’s childhood school, where his picture is still on the wall (Tumblr – imitationgamemovie). Members of the Government Code and Cypher School (GC&CS) first visited Bletchley Park in 1938 and returned in 1939 to set up their operation. The park has since been converted into a museum, which opened its doors to the public in 1993 (BletchleyPark.org.uk).

Voir enfin:

Alan Turing: one of The Great Philosophers

Andrew Hodges

Part 4 of Turing: a natural philosopher  (1997)

Thinking the Uncomputable
Turing then studied at Princeton for two academic years, with a break back at Cambridge in summer 1937. It was a period of intense activity at a world centre of mathematics. Turing was overoptimistic in thinking he could rewrite the foundations of analysis, and added nothing to the remarks about limits and convergence given in On Computable Numbers. (One reason for this might be the following: if x and y are computable numbers, as specified as Turing machines, the truth of the statements x=y, or x=0 cannot tested by a computable process.) But besides wide-ranging research in analysis, topology and algebra, and the ‘laborious’ work of showing the equivalence of his definition of computability with those of Church and Gödel, he extended the exploration of the logic of mental activity with a paper Systems of Logic based on Ordinals [5].This, his most difficult paper, is much less well known than his definition of computability. It is generally regarded as a diversion from his line of thought on computability, computers and the philosophy of mind, and I fell into this assumption in Alan Turing: the Enigma, essentially because I followed Turing’s own later standpoint. But I now consider that at the time, Turing saw himself steaming straight ahead with the analysis of the mind, by studying a question complementary to On Computable Numbers. Turing asked in this paper whether it is possible to formalise those actions of the mind which are not those of following a definite method — mental actions one might call creative or original in nature. In particular, Turing focussed on the action of seeing the truth of one of Gödel’s unprovable assertions.

Gödel had shown that when we see the truth of an unprovable proposition, we cannot be doing so by following given rules. The rules may be augmented so as to bring this particular proposition into their ambit, but then there will be yet another true proposition that is not captured by the new rules of proof, and so on ad infinitum. The question arises as to to whether there is some higher type of rule which can organise this process of ‘Gödelisation.’ An ordinal logic is such a rule, based on the theory of ordinal numbers, the very rich and subtle theory of different ways in which an infinite number of entities may be placed in sequence. An ordinal logic turns the idea of ‘and so on ad infinitum’ into a precise formulation. Turing wrote that: ‘The purpose of introducing ordinal logics is to avoid as far as possible the effects of Gödel’s theorem.’ The uncomputable could not be made computable, but ordinal logics would bring it into as much order as was possible.

Turing’s work, in which he proved important (though somewhat negative) results about such logical schemes, founded a new area of mathematical logic. But the motivation, as he himself stated it, was in mental philosophy. As in On Computable Numbers, he was unafraid of using psychological terms, this time the word ‘intuition’ appearing for the act of recognising the truth of an unprovable Gödel sentence:

Mathematical reasoning may be regarded rather schematically as the combination of two faculties, which we may call intuition and ingenuity. The activity of the intuition consists in making spontaneous judgments which are not the result of conscious trains of reasoning. These judgments are often but by no means invariably correct (leaving aside the question what is meant by ‘correct’). Often it is possible to find some other way of verifying the correctness of an intuitive judgment. We may, for instance, judge that all positive integers are uniquely factorizable into primes; a detailed mathematical argument leads to the same result. This argument will also involve intuitive judgments, but they will be less open to criticism than the original judgment about factorization. I shall not attempt to explain this idea of ‘intuition’ any more explicitly.

The exercise of ingenuity in mathematics consists in aiding the intuition through suitable arrangements of propositions, and perhaps geometrical figure or drawings. It is intended that when these are really well arranged the validity of the intuitive steps which are required cannot seriously be doubted.
Turing then explains how the axiomatization of mathematics was originally intended to eliminate all intuition, but Gödel had shown that to be impossible. The Turing machine construction had shown how to make all formal proofs ‘mechanical’; and in the present paper such mechanical operations were to be taken as trivial, instead putting under the microscope the non-mechanical steps which remained.In consequence of the impossibility of finding a formal logic which wholly eliminates the necessity of using intuition, we naturally turn to ‘non-constructive’ systems of logic with which not all the steps in a proof are mechanical, some being intuitive. An example of a non-constructive logic is afforded by any ordinal logic… What properties do we desire a non-constructive logic to have if we are to make use of it for the expression of mathematical proofs? We want it to show quite clearly when a step makes use of intuition, and when it is purely formal. The strain put on the intuition should be a minimum. Most important of all, it must be beyond doubt that the logic shall be adequate for the expression of number-theoretic theorems…
It is not clear how literally Turing meant the identification with ‘intuition’ to be taken. Probably his ideas were fluid, and he added a cautionary footnote: ‘We are leaving out of account that most important faculty which distinguishes topics of interest from others; in fact we are regarding the function of the mathematician as simply to determine the truth or falsity of propositions.’ But the evidence is that at this time he was open to the idea that in moments of ‘intuition’ the mind appears to do something outside the scope of the Turing machine. If so, he was not alone: Gödel and Post held this view.

Turing and Wittgenstein
As it happened, Turing’s views were probed by the leading philosopher of the time at just this point. Unfortunately their recorded conversations shed no light upon Turing’s view of mind and machine. Turing was introduced to Wittgenstein in summer 1937, and when Turing returned to Cambridge for the autumn term of 1938, he attended Wittgenstein’s lectures — more a Socratic discussion group — on the Foundations of Mathematics. These were noted by the participants and have been reconstructed and published. [6] There is a curious similarity of the style of speech — plain speaking and argument by question and answer — but they were on different wavelengths. In a dialogue at the heart of the sequence they debated the significance of axiomatizing mathematics and the problems that had arisen in doing so:Wittgenstein:… Think of the case of the Liar. It is very queer in a way that this should have puzzled anyone — much more extraordinary than you might think… Because the thing works like this: if a man says ‘I am lying’ we say that it follows that he is not lying, from which it follows that he is lying and so on. Well, so what? You can go on like that until you are black in the face. Why not? It doesn’t matter. …it is just a useless language-game, and why should anyone be excited?
Turing: What puzzles one is that one usually uses a contradiction as a criterion for having done something wrong. But in this case one cannot find anything done wrong.
W: Yes — and more: nothing has been done wrong, … where will the harm come?
T: The real harm will not come in unless there is an application, in which a bridge may fall down or something of that sort.
W: … The question is: Why are people afraid of contradictions? It is easy to understand why they should be afraid of contradictions, etc., outside mathematics. The question is: Why should they be afraid of contradictions inside mathematics? Turing says, ‘Because something may go wrong with the application.’ But nothing need go wrong. And if something does go wrong — if the bridge breaks down — then your mistake was of the kind of using a wrong natural law. …
T: You cannot be confident about applying your calculus until you know that there are no hidden contradictions in it.
W: There seems to me an enormous mistake there. … Suppose I convince Rhees of the paradox of the Liar, and he says, ‘I lie, therefore I do not lie, therefore I lie and I do not lie, therefore we have a contradiction, therefore 2 x 2 = 369.’ Well, we should not call this ‘multiplication,’ that is all…
T: Although you do not know that the bridge will fall if there are no contradictions, yet it is almost certain that if there are contradictions it will go wrong somewhere.
W: But nothing has ever gone wrong that way yet…
Turing’s responses reflect mainstream mathematical thought and practice, rather than showing his distinctive characteristics and original ideas. In 1938, it should be noted, he was an untenured research fellow whose first application for a lectureship had failed, and whose chance of a conventional career lay in the mathematics studied and taught at Cambridge. His work in logic was but a part of his output, by no means well known. His Fellowship was for work in probability theory; his papers were in analysis and algebra. That year, he made a significant step in the analysis of the Riemann zeta-function, a topic in complex analysis and number theory at the heart of classical pure mathematics.

Getting statements free from contradictions is the very essence of mathematics. Turing perhaps thought Wittgenstein did not take seriously enough the unobvious and difficult questions that had arisen in the attempt to formalize mathematics; Wittgenstein thought Turing did not take seriously the question of why one should want to formalize mathematics at all.

There are no letters or notes which indicate subsequent contact between Turing and Wittgenstein, and no evidence that Wittgenstein influenced Turing’s concept of machines or mind. If influence in the next ten years is sought, it should be found in the Second World War and Turing’s amazing part in it.

[5] Systems of logic based on ordinals, Proc. Lond. Math. Soc (2) 45 pp 161-228 (1939).
This was also Turing’s Princeton Ph.D. thesis (1938). (See also the Bibliography on this site.)
[6] C. Diamond (ed.) Wittgenstein’s Lectures on the Foundations of Mathematics (Harvester Prerss, 1976). The quoted dialogue is extracted from lectures 21 and 22.


Djihadisme: La Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique (War of the flea: It’s the little red book, stupid !)

31 janvier, 2015
https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/en/c/c6/Cultural_Revolution_poster.jpghttps://i1.wp.com/ecx.images-amazon.com/images/I/41QHUh3REfL.jpghttps://i2.wp.com/www.washingtonpost.com/rw/2010-2019/WashingtonPost/2015/01/27/Foreign/Graphics/foreignFighters-Jan14-GS.jpgJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Ce qu’on essaye de dire c’est que deux hommes ont tué 12 personnes dans une attaque contre les bureaux d’un magazine satirique. C’est assez, on sait ce que ça veut dire et ce que c’est. (…) Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont des meurtres, des attentats et des fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, que d’utiliser le mot ‘terroriste. (…) Les Nations Unies ont bataillé pendant plus d’une décennie pour tenter de définir le mot et ils ont échoué. C’est très difficile de le faire. Tarik Kafala (BBC en arabe)
Le problème des fondamentalistes (…) n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. (…) Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier. Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied. Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants. La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux. Slavoj Zizek
Why has transnational war volunteering increased so dramatically in the Muslim world since 1980? Standard explanations, which emphasize U.S.-Saudi support for the 1980s Afghan mujahideen, the growth of Islamism, or the spread of Wahhabism are insufficient. The increase in transnational war volunteering is better explained as the product of a pan-Islamic identity movement that grew strong in the 1970s Arab world from elite competition among exiled Islamists in international Islamic organizations and Muslim regimes. Seeking political relevance and increased budgets, Hijaz-based international activists propagated an alarmist discourse about external threats to the Muslim nation and established a global network of Islamic charities. This « soft » pan-Islamic discourse and network enabled Arabs invested in the 1980s Afghanistan war to recruit fighters in the name of inter-Muslim solidarity. The Arab-Afghan mobilization in turn produced a foreign fighter movement that still exists today, as a phenomenon partly distinct from al-Qaida. The analysis relies on a new data set on foreign fighter mobilizations, rare sources in Arabic, and interviews with former activists. Thomas Hegghammer
Les musulmans (…) savent que leur civilisation a été plus forte que la nôtre dans le passé, au Moyen Âge, et on ne manque pas de le leur rappeler d’ailleurs. Par la suite, c’est notre civilisation, avec ses avancées extraordinaires aux plans scientifique et technique qui a pris le dessus. Ils nous rappellent que nous sommes allés les dominer pendant plusieurs siècles avec nos techniques et nos armes. Mais tout récemment ils sont parvenus à nous chasser des territoires que nous leur avions pris, et avec le pétrole ils disposent à présent d’une arme redoutable contre nous. Ces peuples qui considèrent que nous les avons soumis, humiliés, pillés en exploitant à notre compte leurs richesses, ont le sentiment que nous les méprisons: ils ont commencé dans la seconde moitié du XXe siècle à prendre leur revanche, et leur ressentiment à l’égard de l’Occident est très fort. Comment veut-on donc que ces musulmans qui viennent s’installer en Europe pour des raisons de commodité et de confort aient envie de quitter sentimentalement leur monde, c’est-à-dire leur civilisation, à un moment où celle-ci prend précisément sa revanche sur la civilisation occidentale, pour devenir «traîtreusement» des «Occidentaux»?  Claude Sicard
Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis (…)  On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R ». Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise. (…) la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant (…) Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant. C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même. Olivier Roy
Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes. Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »). Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue. (…) On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression. Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia. Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.  La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux. Olivier Roy
Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites. Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples. Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales. (…) D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite? (…) La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. Mathieu Bock-Côté
On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. (…) Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom (2003)
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le « bazar » qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent. (…) Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Al-Qaida est devenue une sorte d’agrégat dans lequel les relations personnelles avec les cadres ne sont plus nécessaires: il s’agit d’une pure idéologie, une idée selon laquelle le monde doit être « nettoyé » des infidèles et qu’il est en guerre, même dans des régions comme Casablanca, Madrid, Paris ou Londres où les gens n’ont pas le sentiment de vivre dans une situation de conflit. Si l’on considère Mohammed Siddique Khan et son message vidéo, on n’a l’impression qu’il se trouvait dans un autre pays qui s’appellerait par hasard « Angleterre ». Le monde est en guerre, et il s’agit de continuer la lutte. Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Les kamikazes de Casablanca, par exemple, sont allés à pied pour rejoindre le lieu de leur attentat: ils n’avaient pas les moyens de payer un taxi. Comment s’imaginer alors qu’ils aient eu suffisamment d’argent pour entreprendre un voyage en Irak? Je crois qu’il s’agit d’une erreur d’affirmer que les attentats d’Al-Qaida soient liés à une notion de territoire. Même en Irak, on observe depuis environ une année des combats massifs entre la résistance sunnite et des militants qui se sont établis comme Al-Qaida, du fait que sur place, Al-Qaida a assassiné tellement de sheiks, de personnalités locales dans les cercles radicaux que même leurs alliés se sont retournés contre eux plutôt que de perpétrer des attentats sur les Américains.(…) L’attentat-suicide constitue l’ultima ratio de la lutte, mais peut perdre sa valeur s’il est utilisé de manière indiscriminée, comme ce fut le cas durant la guerre Iran-Irak où des centaines de milliers d’enfants ont été envoyés à la mort. Dans ce dernier cas, presque la moitié des familles des quartiers pauvres de Téhéran pourraient prétendre au titre de familles de martyrs. Mais cela crée des conflits puisqu’il n’y pas assez d’argent et qu’il est difficile d’honorer la mémoire de 50.000 personnes chaque année, alors que dans le cas du LTTE et du Hezbollah, il existe des reliquaires pour les martyrs dont on fête l’anniversaire et dont on se souvient. Mais cela ne peut fonctionner que si l’on sacrifie une trentaine de personnes en l’espace de 25 ans, comme dans le cas du Hezbollah. Ce qui se passe en Irak est lié à la désintégration générale d’Al-Qaida. (…) Dans le cas d’Al-Qaida et de sa façon arbitraire et indiscriminée de frapper, ceci aura probablement pour conséquence que l’attrait de l’attentat-suicide va diminuer. On a assisté à un phénomène similaire en Iran après les vagues de kamikazes durant le conflit avec l’Irak: il n’y a plus jamais eu de kamikazes iraniens du fait que la valeur du phénomène a été complètement dévaluée. On peut observer une baisse de l’attrait, mais dans une proportion moindre, dans la société palestienne, où l’on a assisté à d’énormes fluctuations que ce soit au niveau de l’approbation des attentats ou de leur nombre. Par exemple, après le début de la seconde Intifada, les attaques étaient presque quotidiennes, alors que maintenant où l’on assiste à une certaine lassitude, leur nombre a baissé de manière drastique. Dans le cas d’Al-Qaida, cette « réaction à retardement » fonctionne de manière ralentie puisqu’il ne s’agit pas d’un groupe militants limité, mais de ce qu’on pourrait qualifier de « crème de la crème » des ultra-radicaux de toutes les sociétés musulmanes.(…) Il y aura peut-être un problème avec ce qu’on appelle « Al-Qaida », du fait qu’elle opère comme une secte isolée et que malgré son manque de succès, elle trouvera toujours des gens pour se faire sauter, peut-être moins en Irak, mais en Allemagne ou dans des endroits où les mesures de sécurité sont beaucoup plus faibles et que l’on peut facilement se mélanger à des foules nombreuses. En principe, rien ne serait plus facile que de perpétrer un attentat-suicide en Allemagne où dans tous les endroits où il est possible de s’approcher d’une foule avec une camionnette remplie d’explosifs, ce qui est devenu impossible en Irak puisqu’il y a partout ces barrières de béton. (…) La fierté – qui est en fait également très ambivalente puisqu’il s’agit d’une fierté officielle, mais qu’au niveau privé les familles sont souvent accablées – que l’on retrouve dans les familles palestiniennes n’a pas été observé dans les familles irakiennes du fait que les familles ne sont souvent pas au courant et qu’une telle approbation publique n’existe pas en Irak. (…) C’est difficile à dire étant donné que la situation ressemble au jet d’un cocktail Molotov dans une mer de flammes, c’est-à-dire que les attentats-suicides ne constituent qu’une partie de la situation qui perturbe beaucoup la population. A cela s’ajoutent les nettoyages ethniques, c’est-à-dire qu’on assiste à de véritables chasses contre les sunnites, les chiites, les chrétiens. Les escadrons de la mort des groupes de confession sunnite et chiite font la chasse aux membres des autres confessions. Les enlèvements ont atteint un niveau tel que même de pauvres chauffeurs de taxi sont kidnappés, étant donné que tous les gens riches ont déjà été enlevés. Christoph Reuter (2007)
Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
C’est sous la tutelle de Yasser Arafat, le véritable père du terrorisme du Moyen-Orient moderne, les Palestiniens ont appris l’éthique flexible qui permet à des hommes de massacrer des femmes et des enfants et d’appeler cela de la « résistance. » Avec ce type de morale, le respect islamique traditionnel pour le martyre istishhad converti en cri de guerre moderne, l’évolution d’un combattant palestinien armé d’une mitraillette et de grenades en terroriste-suicide homme puis femme semble, rétrospectivement, inévitable. Entendre des mères musulmanes palestiniennes raconter fièrement comment elles avaient envoyé des fils mourir comme terroristes-suicide et se réjouir à présent à l’idée d’envoyer plus de fils ou de filles mourir pour la cause, on réalise la véritable horreur de ce que peut produire l’effacement des cultures traditionnelles par la face cachée de la modernité occidentale. Reuel Marc Gerecht
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Notre lutte est une lutte à mort. Ernesto Guevara (décembre 1964)
Il faut mener la guerre jusqu’où l’ennemi la mène: chez lui, dans ses lieux d’amusement; il faut la faire totalement. Ernesto Guevara (avril 1967)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse. (…) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (Minimanuel de guerilla urbaine, 1969)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
Le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans. (…) Quel intérêt y a-t-il à détruire un des édifices de votre ennemi si celui-ci anéantit ensuite un de vos pays ? A quoi sert de tuer l’un des siens si, en retour, il élimine un millier des vôtres ? Saïd Imam Al-Sharif alias Dr. Fadl (ex-idéologue d’Al Qaeda)
Il a attiré des convertis plus nombreux, plus jeunes, souvent issus des milieux populaires, qui voyaient en l’islam non plus une réalité extérieure, étrangère, voire exotique, mais au contraire un phénomène local et même souvent, de manière paradoxale, un facteur d’intégration! Paul Landau
Si les convertis jouent un rôle fondamental dans la stratégie islamiste, c’est parce qu’ils se trouvent justement à l’intersection de ces deux versants complémentaires de la stratégie de lutte contre l’Occident : certains deviennent des soldats du djihad, d’autres sont employés à des fonctions de da’wa. » (propagation de la foi) Paul Landau
Il y a, dans nos sociétés occidentales, un désaveu de la parole officielle et une suspicion généralisée de l’expertise et de l’innovation scientifique. (…) Il est de plus en plus difficile de cacher les choses et les complots. Mais paradoxalement, comme tout finit par se savoir, y compris les mensonges, le sentiment que l’on nous ment se développe. Gérald Bronner
Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel
The guerrilla fights the war of the flea, and his military enemy suffers the dog’s disadvantages: too much to defend; too small, ubiquitous, and agile an enemy to come to grips with. Robert Taber
Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman. Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997. Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. (…) Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste. La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés. Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques. Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre. (…) Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan. Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam. (…) Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante. Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme. En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens. Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite. (…) En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique. (…) Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril. (…) Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain. De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années. (…) Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations. (…) Sageman (…) a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne. En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale. Brynjar Lia (2008)
When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action. To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence. (…) The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies. Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.(…) Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.(…)  It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means. (…) During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam. Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda. What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words. Michael W. S. Ryan

Attention: un livre peut en cacher un autre !

A l’heure où la menace terroriste se rapprochant, ce n’est pas tant charlie qu’israéliens que nous nous découvrons …

Et où pour ménager tant la rue arabe que nos riches amis saoudiens et qataris, nombre de nos dirigeants comme de nos médias se refusent toujours et même explicitement à appeler la menace islamiste par son nom …

Pendant que, devant la trahison à présent patente de leurs nouveaux damnés de la terre, nos néo-staliniens en France tentent de se raccrocher aux bonnes vieilles branches de l’anticapitalisme …

Et que la victimisation continue à faire recette tant en Grèce qu’en Espagne

Comment ne pas voir, comme le rappelait René Girard au lendemain des attentats du 11 septembre, qu’entre effacement des cultures traditionnelles et rivalité mimétique à l’échelle planétaire, que l’islam ne fait que « fournir aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme » ?

Et donc qu’à l’instar de leurs manuels stratégiques comme le confirme le chercheur américain Michael Ryan, les djihadistes ne sont pas autre chose que des occidentaux honteux ?

What Al Qaeda learned from Mao
The surprisingly secular guerrilla strategy behind the would-be Islamist revolution

Michael W.S. Ryan

Globe Correspondent

September 22, 2013

Twelve years after its horrifying attack on the United States and two years after Osama bin Laden’s death, Al Qaeda is still very much alive—dispersed, but with a critical role in the violence in Syria, Iraq, Yemen, and elsewhere. Its leaders and locations have changed, but its ideology has proved tenacious and adaptable.

We often misunderstand what that ideology is. Americans generally discuss Al Qaeda chiefly as an Islamist group, one fanatically dedicated to imposing its harsh version of Islamic law on the Middle East and to extinguishing all American presence there.

But there are many active Islamist organizations, and among them Al Qaeda is distinct—unique both in its single-minded focus on the United States and in its approach to violence. To fight its influence requires more than just tracking its personnel or analyzing its tactics: It requires grasping the deeper strategies and long-range thinking that set it apart and help create its mystique.

Al Qaeda’s strategic foundations are laid out in a variety of documents written by its ideologues and trainers. Originally produced secretly for training recruits and as a legacy for future generations of jihadi guerrillas, the documents began to emerge in the early 2000s—published on jihadist forums, stored on commercial websites, or confiscated from terrorist safe houses and training camps by local police or military.

What this body of work reveals might strike even informed readers as surprising. When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action.

To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence.

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The first unclassified evidence of Al Qaeda’s thinking about guerrilla warfare surfaced in December 2001 after the American journalist Alan Cullison, assigned to cover events in Kabul, had an accident in the wilds of the Hindu Kush that destroyed his laptop. When he bought a used computer in Kabul, he came into possession of a hard drive previously owned by Ayman al-Zawahiri, then bin Laden’s deputy. Cullison bought it from a man who claimed he had stolen it the day before Al Qaeda’s leadership fled Kabul after the collapse of the Taliban government.

This hard drive contained a book written by al-Zawahiri about jihadist insurgencies in Egypt, titled “Knights Under the Prophet’s Banner.” It also included many other professional-grade documents about espionage and security. A section titled “The Future of the Jihadist Movement” outlined some of Al Qaeda’s long-range strategies and would later be the basis for further writings by the leadership’s advisers and lieutenants.

Thousands of pages of documents have emerged since then, laying out Al Qaeda’s ideology, military doctrine, and tactics. In 2004, the Norwegian scholars Brynjar Lia and Thomas Hegghammer coined the term now used to describe this body of writings: “jihadi strategic studies,” the collective efforts of a radical group to adapt the lessons of the past into a modern guide to action. Since 2008, I have been among the growing number of scholars and experts trying to unlock what they tell us about Al Qaeda.

The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies.

Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.

Except for history and military buffs, few Americans today read Taber’s book in English; similarly, few Al Qaeda terrorists would have read it in Arabic. But its lessons ended up embedded in Al Qaeda’s philosophy and insurgency campaigns. Al-Suri even recorded a lecture course on the book, and both the failed mid-2000s terrorist campaign in Saudi Arabia and the current war in Yemen bear its imprint.

Other Al Qaeda authors have drawn on guerrilla thinkers from very different parts of the globe. Abu Ubayd al-Qurashi (a pseudonym for a bin Laden adviser), in his article “Revolutionary Wars,” translates the Vietnamese General Giap’s characterization of guerrilla warfare in his book “People’s War People’s Army” into Arabic: “a type of war in which the weak side, with poor equipment, takes refuge among the masses to fight a powerful enemy, which possesses superior equipment and technology.” To al-Qurashi, the ultimate American withdrawal from Vietnam offers a lesson in how the psychological costs of guerrilla warfare can break a powerful nation’s will to keep fighting.

Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.

Al Qaeda’s books and articles on strategy in Arabic and occasionally in translation can now be easily found on the Internet, if one knows where to look. Besides al-Suri’s “The Call to Global Islamic Resistance” and al-Qurashi’s articles “Revolutionary Wars” and “Fourth Generation Warfare,” they include Abu Bakr Naji’s “The Administration of Savagery,” Abdul Aziz al-Muqrin’s “A Practical Course for Guerrilla War,” and many more. All the authors mentioned here were active jihadists and close to Al Qaeda’s leadership; all were killed in insurgency operations or captured by local forces by 2006.

But their work survives. Though Al Qaeda is increasingly fragmented, and some observers see it less as a single organization than a banner for various insurgents to fight under, these strategies and Al Qaeda’s ideology do appear to bind them together. The current leader of Al Qaeda in Yemen, for example, has credited Naji’s book for the group’s strategy today while expounding Al Qaeda’s ideology in his propaganda.

The principles of warfare these writers espouse are by no means mainstream in the countries where they lived. It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means.

***

In the fight against Al Qaeda thus far, this strategic literature has taken a back seat to tracking its propaganda, tactics, and actual activities. This is understandable: Military and police operations against terrorist cells and groups depend on actionable information, and strategic writings don’t tell us where the group’s terrorists might strike next.

But in the long term, understanding its strategy is crucial. Perhaps Al Qaeda’s greatest strength has been its ability to rise out of the ashes of miserable defeat, recruit more young men, and continue its long war against the established order. Understanding the strategy, ideology, and “heroic” history its strategists write about is key to winning the deeper battle to prevent Al Qaeda from refilling its ranks when our operations decimate them.

This kind of analysis has helped the United States before. During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam.

Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda.

What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words.

Michael W. S. Ryan is a senior fellow at the Jamestown Foundation and a Middle East Institute scholar. He studied Arabic for his PhD at Harvard and at the American University in Cairo, and is author of “Decoding Al Qaeda’s Strategy: The Deep Battle Against America,” published last month.

Voir aussi:

Abu Musab Al-Suri, architecte du jihad global – Entretien avec Brynjar Lia
Jean-Marc Flükigel
Terrorisme.net
25 juillet 2008

Arrêté en 2005, Mustafa Sethmariam Nasar, mieux connu sous le nom d’Abu Musab Al-Suri, est considéré comme le principal idéologue de la troisième génération du jihad salafiste. Moins connu en Occident que le numéro deux d’Al-Qa’ida Ayman Al-Zawahiri ou le Palestinien Abdullah Azzam, Abu Musab-Al-Suri n’en est pas moins extrêmement influent dans les sphères de la militance islamiste armée et a inspiré, par ses écrits, de nombreux jihadistes.

Dans la perspective d’une meilleure connaissance de cette figure centrale, Terrorisme.net propose à ses lecteurs une interview de Brynjar Lia, Professeur de recherches à l’Etablissement norvégien de recherches sur la défense. Brynjar Lia est l’auteur de l’ouvrage Architect of Global Jihad: The Life of Al Qaeda Strategist Abu Mus’ab Al-Suri (Columbia University Press, 2008), une biographie essentielle pour qui veut comprendre Abu-Musab Al-Suri.

Dans cet ouvrage original, Brynjar Lia propose également une traduction unique du chapitre principal de l’opus magnum d’Al-Suri, L’Appel à la Résistance Islamique Globale.

Abu Musab Al-Suri : éléments biographiques
Terrorisme.net – En guise d’introduction, pourriez-vous esquisser un portrait intellectuel d’Abu Musab Al-Suri?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri est arrivé sur la voie du jihad et de l’idéologie jihadiste en tant qu’expert militaire. Il s’est intéressé à la lutte très tôt, dès ses études au département d’ingénierie de l’université d’Aleppo, en Syrie. C’est à ce moment-là qu’il a rejoint l’organisation syrienne de l’Avant-Garde Combattante. Après quelques mois, la cellule à laquelle il appartenait a été découverte et il s’est enfui en Jordanie avec un grand nombre de Syriens. En Jordanie, puis plus tard en Irak, il a bénéficié d’un entraînement en techniques de guérilla urbaine.

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il a commencé à écrire sur le jihad dans une perspective plus intellectuelle. Al-Suri n’avait pas bénéficié d’une éducation religieuse et l’on observe dans ses écrits que ce qui l’intéresse le plus est de rendre le plus efficace possible le combat, la lutte, de renforcer au maximum l’impact de l’usage de la violence politique. Même s’il bénéficie de connaissances dans le domaine religieux, il n’est pas un théologien. Particulièrement intéressant est le fait qu’il adapte les théories des guérilla «de gauche» à un cadre islamiste, et c’est justement cette adaptation qui est particulièrement fructueuse.

Il faut également mentionner le fait qu’Al-Suri a bénéficié d’une formation universitaire en histoire et il manifeste, lorsqu’on lit ses écrits, qu’il veut tirer les leçons de l’histoire. Si l’on veut, il s’agit d’une historiographie fortement tournée vers la réflexion politique et qui veut en tirer des conclusions pour la lutte. C’est cette combinaison d’une connaissance intime du combat, de la manière de fabriquer des explosifs et des expériences passées d’autres organisations de guérilla qui fait l’intérêt des réflexions d’Al-Suri.

Personnellement, je pense que c’est cette expérience qui rend les écrits d’Al-Suri beaucoup plus accessibles à un esprit occidental que les écrits théologiques d’un Abu Muhammad Al-Maqdisi, d’Abu Qatada et de beaucoup d’autres idéologues islamistes.

Terrorisme.net – D’un point de vue religieux, on constate qu’il s’agit d’une personnalité extrêmement complexe: il souscrit certes à l’idéologie salafiste mais il a cependant attaqué en justice le journal «Al-Hayat» pour diffamation. Comment Al-Suri réconcilie-t-il une idéologie qui ne reconnaît que les tribunaux appliquant la sharia avec son recours à un tribunal appliquant une législation «occidentale»?

Brynjar Lia – C’est une question intéressante, et je crois que le fait d’avoir saisi un tribunal «occidental» montre le pragmatisme du personnage qui veut faire usage et exploiter toutes les possibilités pour faire avancer les jihadistes et leur cause, même si cela doit contredire des principes islamistes d’un point de vue religieux strict. Selon lui, il est possible de justifier le recours à des tribunaux occidentaux pour faire progresser la cause jihadiste.

Lorsqu’il en parle dans un entretien avec un journal arabe en 1999, il se réfère à Abdullah Azzam qui en avait parlé et considérait ceci comme légitime. Azzam était très pragmatique dans les questions pécuniaires et pensait qu’il était important de réunir tout le soutien possible pour les moujhahidines en Afghanistan, même si cela devait exiger des voyages aux Etats-Unis, dans les pays occidentaux afin de récolter de l’argent qui devait servir à un combattre un mal encore plus important, l’Union soviétique. Tous ses écrits font preuve de ce pragmatisme; Abdullah Azzam n’était pas nécessairement rigide dans l’interprétation de questions mineures qui pouvaient mettre un frein à la progression de la lutte. Al-Suri fait preuve du même pragmatisme lorsqu’il s’oppose aux courants salafistes plus rigoristes: il ne veut pas qu’une interprétation littérale du Coran ne devienne un obstacle à la cause.

Terrorisme.net – Généralement, on considère le mouvement jihadiste comme une sorte de «monolithe» avec une unité de doctrine. Pourtant, Abu Musab Al-Suri semble être beaucoup plus indépendant. Dans cette perspective, pourriez-vous esquisser les accords et désaccords d’Al-Suri avec Ben Laden sur les attaques du 11 septembre 2001?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri croyait profondément au régime des Talibans pour différentes raisons. C’est ce qui l’a également incité à collaborer avec eux lorsqu’il était en Afghanistan. Concernant les relations avec Ben Laden, Al-Suri était en conflit avec lui. En lisant plusieurs lettres adressées au Saoudien, on constate qu’Al-Suri avait de fortes réticences sur son style de direction (leadership). Ces réticences ont émergé très tôt, pour des raisons diverses: la grande expérience d’Al-Suri dans la lutte (c’est un vétéran) et son intelligence jouent un rôle. Il pensait que Ben Laden ne gérait pas bien Al-Qa’ida, qu’il ne consultait pas ses pairs de manière adéquate. Dans les lettres adressées à ce dernier en 1998, celui-ci critique la relation des «Arabes afghans» avec le régime des Talibans. Pour Al-Suri, le cœur du problème se situe dans la Déclaration du jihad contre les Croisés et les Juifs et le fait que Mollah Omar n’en avait pas été informé.

Dans ses lettres, il reproche à Ben Laden de mettre en danger la présence de ses co-religionaires arabes en Afghanistan qui pourraient être livrés aux Talibans, alors que Ben Laden, en tant que Saoudien, avait la possibilité de se repentir et de rentrer en Arabie Saoudite ou au Soudan.

De plus Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman.

Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997.

Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. C’est une attitude typique pour Al-Suri: il ne prend pas une position claire, il reste ambivalent et discute les avantages et désavantages de l’attaque, un peu à la manière d’un historien. Comme je l’ai déjà dit, c’est là que se trouve l’intérêt de la manière d’écrire d’Al-Suri, cette possibilité de discussion et de réflexion offerte au lecteur.

Abu Musab Al-Suri : perspectives stratégiques

Terrorisme.net – L’un des éléments centraux de la doctrine d’Al-Suri est ce concept ou slogan «nizam, la tanzim» («système, pas d’organisation»), c’est-à-dire cette volonté d’Al-Suri d’abandonner les organisations traditionnelles au profit d’une nouvelle forme de lutte moins hiérarchique. Quel est l’impact des attaques du 11 septembre sur la formulation et l’élaboration de ce concept?

Brynjar Lia – Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste.

La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés.

Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques.

Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre.

Terrorisme.net – Vous mentionnez le fait que cette idée de «nizam, la tanzim» émerge au début des années 1990. Il est intéressant de constater que c’est plus ou moins à la même époque – en 1992 – que Louis Beam publie son fameux article sur la résistance sans leader («Leaderless Resistance»). Sachant qu’Al-Suri avait énormément lu, également des textes «occidentaux», est-il possible qu’il connaissait le texte de Beam et qu’il ait été influencé?

Brynjar Lia – C’est difficile à dire. Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan.

Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam.

Terrorisme.net – Selon vous, le concept même de «nizam, la tanzim» proposé par Al-Suri a-t-il été appliqué et à quel moment a-t-il commencé à devenir influent?

Brynjar Lia – Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante.

Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme.

En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens.

Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite.

Terrorisme.netAl-Suri parle des avantages de «nizam, la tanzim», de ce terrorisme du jihad individuel, mais est-il également conscient de ses faiblesses?

Brynjar Lia – Je pense qu’il l’est, même s’il aurait pu en parler un peu plus. En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique.

L’avenir du mouvement jihadiste
Terrorisme.netIl semble que l’une des clés du succès d’un mouvement décentralisé de résistance sans leader doive être sa capacité à rendre publique et maintenir un flot continu d’actions. Pourtant si l’on considère le mouvement jihadiste, un très grand nombre d’actions ont échoué ces dernières années soit pour des raisons techniques, soit parce qu’elles ont été découvertes par les autorités. D’un point de vue stratégique, cette incapacité à alimenter les actions réussies par les jihadistes peut-il être considéré comme un échec ou une sorte de «crépuscule» du mouvement?

Brynjar Lia – Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril.

Terrorisme.netQu’en est-il des Etats-Unis?

Brynjar Lia – Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain.
De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années.

Terrorisme.netDu point de vue européen, peut-on dire que l’incapacité à perpétrer des actions réussies depuis les attentats de Londres et les attaques déjouées depuis tendraient à montrer qu’Al-Qa’ida aurait échoué sur le Vieux Continent?

Brynjar Lia – Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations.

Terrorisme.netEn fait, vous ne partagez pas les conclusions de Marc Sageman dans son dernier ouvrage qui affirme qu’en maintenant simplement la pression sur le réseau Al-Qa’ida, celui-ci va finir par disparaître de lui-même?

Brynjar Lia – J’ai lu quelques réponses et les critiques adressées par Bruce Hoffman dans le dernier numéro de Foreign Affairs. Sageman dans sa réponse a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne.

En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale.

Questions et traduction (de l’anglais): Jean-Marc Flükiger

Voir également:

RADICALISATION Un spécialiste de l’Islam met sur le même plan l’ultra-gauche des années 1960 et les jeunes djihadistes français…

VIDEO. Maoïstes, Che Guevara, djihadistes de Daesh… Mêmes combats?
Un djihadiste de Daesh dans la vidéo montrant l’exécution de Peter Kassig et de pilotes de l’armée syrienne. Vidéo de propagande. – anonyme
William Molinié
20 minutes
27.11.2014

Il y a 40 ans, la jeunesse radicale était fascinée par Che Guevara et Castro. Aujourd’hui, c’est l’organisation de l’Etat islamique (EI) -également appelé Daesh- qui attire. Faut-il y voir des similitudes? Olivier Roy, politologue, spécialiste de l’islam et auteur de En quête de l’Orient perdu (Seuil), met sur un même plan les jeunes djihadistes français qui rejoignent Daesh et la mouvance ultragauche des années 1960. Le chercheur, qui était ce jeudi matin l’invité du 7-9 de Patrick Cohen sur France Inter, est revenu sur les motivations qui poussent de jeunes français en rupture à la radicalisation islamique.

«Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis», a-t-il expliqué. Selon lui, entre 20 et 25% des jeunes volontaires français partent rejoindre Daesh non pas parce qu’ils recherchent «une expérience mystique religieuse ou qu’ils ont fréquenté des mosquées» mais parce qu’ils sont en pleine rupture avec le «système».

«Fascination romantique»
«On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R », poursuit Olivier Roy. Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise.»

Aujourd’hui, fait remarquer le spécialiste, «la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant», qui attire désormais une partie de la jeunesse française.

«La révolution pour soi-même»
Le journaliste, Patrick Cohen, lui fait cependant remarquer que derrière l’ultragauche française des années 1960, «il y avait un idéal humaniste qu’on a du mal à retrouver chez ceux qui s’engagent pour Daesh».

Réponse d’Olivier Roy: «Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant». Et de conclure: «C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même»

Voir encore:

Both Forgotten and Misread: Robert Taber’s The War of the Flea by Daniel N. White
October 5, 2009
Daniel N. White
Dandelion Salad
Oct. 5, 2009

Just finished re-reading the ’60’s counterinsurgency classic, War of the Flea, by Robert Taber. I think I read it back in high school, as it has that real familiar feel to it of a book you’d read years ago. The details were gone from my memory; if you’d asked me about it last week or earlier I couldn’t have told you jack about it. Right now it is being bruited about as a necessary and essential read in military/diplomatic circles. I’m tending to agree; the author aint dumb and aint blind neither. Most all the US written stuff in that time frame–the ’60’s–dealing with counterinsurgency and wars of national liberation and third world security issues was all puerile garbage. This aint. There’s more than a touch of wisdom to it.

Taber seems to have been forgotten almost like his books have. There aren’t any more details readily available on his life than the liner notes on his books, which state that he was an investigative journalist for CBS in the ’50’s, and was among the first journalists who searched out and interviewed Fidel Castro in the Sierra Maestra mountains in 1958. He wrote a book on that, M-26–Portrait of a Revolution, in 1960, and this book, in 1965. This book came to me courtesy of Trinity University via ILL, and it apparently has been checked out exactly once in its lifetime, in 1995.

The book is a quite well-written survey of all the major guerrilla movements in the 20th Century, up to 1965. Taber manages to keep the material lively, which isn’t generally the case for military writings, and also manages to keep it short, which is rare most everywhere. See for yourself–here’s some of Taber’s writings:

Taber, quoting our old friend Vo Nguyen Giap, the Vietnamese commanding general from 1944-1978, on guerillas fighting a conventional Western army:

“The enemy will pass slowly from the offensive to the defensive. The blitzkrieg will transform itself into a war of duration. Thus, the enemy will be caught in a dilemma: He has to drag out the war in order to win it, and does not possess, on the other hand, the psychological and political means to fight a long, drawn-out war.”
Couldn’t have said it better myself about our two wars ongoing. Giap’s apt turn of phrase–“the psychological and political means to fight a long, drawn-out war”–is something we overlook completely, both in our foes and in ourselves. We look to the power of our weapons and the prowess of our troops in using them. Giap looked to the soldier’s and citizen’s hearts, where individual will and patriotism reside, and he defeated us and the French both.

Taber quotes a news article dated 4-21-64, which pointed out that the number of ARVN (our South Vietnamese ally’s army) small-unit operations in the preceding week totaled 5190. Only 70 of them made contact with the enemy, and contact meant as little as a single bullet fired at them from a hedgerow. Shows that even back then, the truth was out in the open, if anyone had their eyes open to see it. Can’t say as anyone has produced similar statistics from Afghanistan or Iraq–haven’t heard of any, and the fact that nobody in the reportorial corps has tried to turn them up, as the percentage of contacts per operation, and the percentage of contacts you, and not the enemy, initiate, are probably THE key statistics in explaining how the war is going–shows what a bunch of military illiterates the fourth estate are, and how they haven’t learned anything from Vietnam, either.

Another one from Giap, this the classic dilemma of an invading foreign army:

“The nature and the very aim of the campaign the (colonialist) enemy is conducting oblige the enemy to split up his forces so as to be able to occupy the invaded territory…the enemy was thus faced with a contradiction: It was impossible for him to occupy the invaded territory without dividing his forces. By their dispersal, he created difficulties for himself. His scattered units thus became an easy prey for our troops and mobile forces.”
And one from Bernard B. Fall, from his The Two Vietnams:

“For the French, the Indochina War was lost then (after the RC-4 defeats in 1950) and there. That it was allowed to drag on inconclusively for another four years is a testimony to the shortsightedness of the civilian authorities who were charged with drawing the political conclusions from the hopeless military situation.”
So there it is. The United States, and our good friends the Limeys, have a political system more broken than the French Fourth Republic’s. We’ve been fighting more obviously lost wars for longer, and apparently are doubling down on one of them as we speak. Maybe starting a third one, too.

For all the talk of this book being greatly read in military circles, well, hell, it’s time to test the officer corps on their reading comprehension and see if it is up to a sixth-grader’s level. Maybe the State Department’s, too. Stuff like this not jumping off the page and hitting you square between the eyes–and making you wince at how little we learned from Vietnam then, or since, and how shamefully we are repeating ourselves in self-delusion and contempt for our foes’ intelligence, motivation, and bravery–well, hell, whatever happens to us bad we’ve got coming to us. The almighty might smile on fools and children, but to the best of my knowledge his mercy doesn’t extend to the stupid.

Part 2

Taber, in his War of the Flea, shows himself a first-rate analyst of political situations, both past historical ones and (then current) ones. Back when Flea was written, the United States, and other countries, Mao’s China foremost, were infatuated with the notion of guerrilla wars and wars of national liberation, wherein nationalist (per Mao) or Communist (per the US) guerilla forces would form up and attack and defeat the established post-colonial governments in the Third World, and establish some new (nationalist/communist) order. In the United States, theories of counterinsurgency, how to fight and win these wars of national liberation, were all in vogue throughout the 1960’s, and a great deal of forest products were wasted on books and articles on the subject. Most all stank. They were uncritically read then, and are completely unread today. It should be a permanently disqualifying embarrassment to cite Taber, harsh critic of US policies then, as an inspiration for US policy in our current wars, as the pundits are doing, but nobody has called them on it, alas.

At the time it was thought that quite potentially these wars would spread to older, more established countries with similar sets of problems of social inequality, such as the Latin American and Central American republics, and spread even to industrialized Western countries, like the US. As it was, nationalism proved the driving force in most of these wars, not the US feared desire for a communistic social order. Once the postwar questions of nationalism were sorted out, finally, in Africa (Insofar as they have been–the LRA {Lord’s Resistance Army} in Uganda, which is generally portrayed by the newsmedia as a lunatic band of child-soldier zombies led by Joseph Kony the African Manson, is fundamentally a guerrilla movement by the Acholi in northern Uganda against the central government.) the topic of guerrilla wars faded out from military and political discourse and fashion both.

Since our wars in Iraq and Afghanistan, counterinsurgency theory has come back into fashion, again. Most all the comments by military and pundits are a dreadful rehashing of the ’60’s American writers and theorists, without, as pointed out earlier, their having read them. A significant part of Flea is Taber’s discussion of these writers’ failings, and his writing on them is spot-on. From p. 173, Taber discusses the rationales for the guerrilla wars professed by counterinsurgency experts:

“Whether the primary cause of revolution is nationalism, or social justice, or the anticipation of material progress, the decision to fight and to sacrifice is a social and a moral decision. Insurgency is thus a matter not of manipulation but of inspiration.

I am aware that such conclusions are not compatible with the pictures of guerrilla operations and guerrilla motivations drawn by the counterinsurgency theorists who are so much in vogue today. But the counterinsurgency experts have yet to win a war. At this writing, they are certainly losing one.

Their picture is distorted because their premises are false and their observation faulty. They assume–perhaps their commitments require them to assume–that politics is mainly a manipulative science and insurgency mainly a politico-military technique to be countered by some other technique; whereas both are forms of social behavior, the latter being the mode of popular resistance to unpopular governments.”
Things haven’t changed any since 1965. Insurgency remains a matter of inspiration. No counterinsurgency expert has ever won a war. And dang but Taber cuts to the bone when he remarks then how US politicians regard politics as a manipulative science. We certainly haven’t changed there.

Taber’s analysis of the simple possibility of suppressing a war of national liberation, and more important, its desirability, from p 177:

“Conditions have changed in the world. What is wanted today is manpower and its products. The raw materials of the undeveloped areas are of no use to the industrial powers…without the human effort that makes them available; strategic bases require the services and the good will of large populations; industry requires both large labor pools and ever-expanding consumer markets.

Under such conditions, to try to suppress popular resistance movements by force is futile. If inadequate force is applied, the resistance grows. If the overwhelming force necessary to accomplish the task is applied, its object is destroyed. It is a case of shooting the horse because he refuses to pull the cart.”
Taber’s analysis of the US’ position in Viet Nam in 1965 is the best analysis I’ve ever read, and events proved him prophetic. From p. 177-8:

“The choices open to Washington in Viet Nam appear obvious. Unless the dissident Vietnamese population can be persuaded to embrace a solution acceptable to the United States (certainly a forlorn hope), the alternatives are: (1) to wage a relentless, full-scale war of subjugation against the Vietnamese people, with the aid of such Vietnamese allies as remain available; (2) seek a solution acceptable to the Vietnamese people, a step that would clearly entail negotiating with the Viet Cong; (3) quit the field and let the Vietnamese work out their own solution.

A fourth possibility does exist. Essentially it is a monstrous variation of the first. The United States can change the character of the war, or its apparent character, by expanding it; that is, by taking arms against Hanoi and, inevitably, against China. To do so, with the right kind of window dressing, could conceivably be justified in the minds of the American people and perhaps of their allies despite the tremendous expense and risk involved, where a losing war in the limited theater of South Viet Nam cannot be justified. Under cover of a general war, the two Viet Nams could, perhaps, be occupied and put under martial law, and the communist movement suppressed by overwhelmingly superior military force.

But then what? A southeast Asia held by American troops in the overwhelming numbers that would be required (and it would have to be all of Southeast Asia, not merely Viet Nam) would be a burden almost beyond endurance for the American economy and the American electorate, and would be of no conceivable use under such conditions except as a base for the ensuing war against China. War to what end? It staggers the imagination to think of the vast, interminable, and profitless conflict that would ensue, even assuming that it were confined to Asia–and we have no such assurance. The bloody, costly Korean war would appear as a child’s game by comparison.”

Our situation in Afghanistan and Iraq is a repeat of the above, except we don’t have to fear a bigger war from big-power China or Russia. Just a bigger war from smaller players Iran (pop. 70 million) or Pakistan, (pop. 180 million) {South Vietnam’s population in 1965 was all of 14 million}, that’s all. Change some of the nouns, and all the rest of Taber’s words read as well now as then. Nobody now in American politics sees things this clearly or talks this frankly about them. We have to ask again Taber’s question above about Vietnam–“War to what end?” about our two ongoing wars. “But then what”–suppose that we did in fact achieve our military objectives, then what? Iraq a basketcase military dictatorship that conveniently allows us to station, at great expense, a large number of soldiers, for some uncertain purpose. The idea of any military success in Afghanistan is just to ridiculous to contemplate, and the idea that that country is usefully a ward of the US, as it would have to be, for any good purpose is insanity. There’s no good end for our wars, and it is only a question of how long it takes us to pack up and leave, and whether or not we bother to negotiate some settlement with the locals before we do. That, and whether or not this time we have sense and are honest enough with ourselves to figure out why we did something so wrong and stupid twice in my lifetime.

Taber, alone of all the American writers on counterinsurgency from the 1960’s, is worth reading. It is sad that current events grant him the utmost relevance and may yet rescue him from obscurity, but we should all be thankful for his perceptive and accurate writings that are still of such great utility.

 Voir encore:

APRES CHARLIE

Slavoj Zizek : pourquoi les islamistes se sentent-ils menacés par les non-croyants ?
La foi des islamistes doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique, estime le célèbre philosophe slovène.

Slavoj Zizek

Publié dans le New Stateman

traduit par Courrier international

13 janvier 2015

C’est aujourd’hui, alors que nous sommes tous en état de choc après le massacre perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, qu’il faut rassembler le courage de réfléchir.

Naturellement, nous devons condamner pleinement ces meurtres, qui sont une atteinte à l’essence même de nos libertés, et nous devons les condamner sans la moindre réserve (sous forme de variantes comme “Charlie Hebdo provoquait et humiliait tout de même trop les musulmans”). Le pathos de la solidarité universelle n’est toutefois pas suffisant et nous devons pousser le raisonnement plus loin.

Cette réflexion n’a absolument rien à voir avec la relativisation bas de gamme du crime (le mantra selon lequel “qui sommes-nous en Occident, auteurs de terribles massacres dans les pays en développement, pour condamner de tels actes ?”).

Cette réflexion est encore plus éloignée de la peur pathologique de nombreux Occidentaux de la gauche libérale, qui craignent d’être coupables d’islamophobie. Pour ces faux partisans de la gauche, toute critique de l’islam est dénoncée comme étant une expression de l’islamophobie occidentale.

Le paradoxe du surmoi

On a reproché à Salman Rushdie d’avoir inutilement provoqué les musulmans et ainsi d’être responsable (du moins partiellement) de la fatwa le condamnant à mort. Le résultat de cette position est prévisible : plus les Occidentaux de la gauche libérale s’interrogent sur leur culpabilité, plus ils sont accusés par les fondamentalistes musulmans d’être des hypocrites qui cherchent à cacher leur haine de l’islam.

Cette constellation reproduit parfaitement le paradoxe du surmoi : plus on obéit à ce que l’autre exige de nous, plus on se sent coupable. Plus on tolère l’islam, plus il exerce une forte pression sur nous, semble-t-il…

C’est pour cette raison que les appels à la modération me semblent insuffisants. Simon Jenkins (dans le Guardian du 7 janvier) a fait valoir que notre rôle est “de ne pas réagir de façon excessive, de ne pas trop médiatiser les suites de l’attentat. Notre rôle est de traiter chaque événement comme un effroyable accident passager”.

L’attaque contre Charlie Hebdo n’est pas un simple “effroyable accident passager”. Elle est le résultat d’un programme religieux et politique précis et, en tant que tel, elle s’inscrit clairement dans le cadre d’un contexte bien plus global.

Evidemment qu’il ne faut pas réagir de façon excessive, si le journaliste veut dire par là qu’il ne faut pas succomber à une islamophobie aveugle. En revanche, il est nécessaire d’analyser rigoureusement le contexte global dont il est question.

La fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents

Au lieu de diaboliser les terroristes pour en faire d’héroïques fanatiques suicidaires, il est plus urgent de briser ce mythe diabolique. Il y a longtemps, Friedrich Nietzsche a compris que la civilisation occidentale allait engendrer le “dernier homme”, une créature apathique sans aucune passion et sans le moindre engagement.

Incapable de rêver, fatigué de vivre, il ne prend aucun risque, il est uniquement à la recherche du confort et de la sécurité, il est une expression de tolérance envers autrui : “Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. […] On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé. ‘Nous avons inventé le bonheur’, disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.”

En effet, il semble que la fracture entre le monde industrialisé laxiste et la réaction fondamentaliste corresponde de plus en plus à l’opposition entre une longue vie satisfaisante, riche des points de vue matériel et culturel, et une vie consacrée à une cause transcendantale. N’est-ce pas là l’antagonisme que Nietzsche appelait le nihilisme “passif” et “actif” ?

Nous, les Occidentaux, sommes les derniers hommes de Nietzsche, immergés dans de stupides plaisirs quotidiens, pendant que les musulmans radicaux sont prêts à tout risquer, investis dans une lutte au point de s’autodétruire. Le poème intitulé La Seconde Venue, du poète irlandais William Butler Yeats, semble illustrer parfaitement notre problème actuel : « Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

« C’est une excellente description de la fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents. “Les meilleurs” ne sont plus réellement capables de s’engager, pendant que “les pires” participent à un fanatisme raciste, religieux et sexiste.

Les fondamentalistes terroristes remplis de jalousie

Toutefois, les fondamentalistes terroristes correspondent-ils réellement à cette description ? Il leur manque manifestement une caractéristique que l’on retrouve facilement chez tous les authentiques fondamentalistes, des bouddhistes tibétains aux amish des Etats-Unis : l’absence de ressentiment et de jalousie, une profonde indifférence pour le mode de vie des non-croyants.

Si les fondamentalistes présumés d’aujourd’hui croyaient vraiment avoir trouvé leur chemin vers la vérité, pourquoi se sentiraient-ils menacés par les non-croyants, pourquoi les envieraient-ils ?

Lorsqu’un bouddhiste rencontre un hédoniste occidental, il ne le condamne aucunement. Il note avec bienveillance que la recherche du bonheur de l’hédoniste est une entreprise vouée à l’échec.

Contrairement aux véritables fondamentalistes, les terroristes pseudo-fondamentalistes sont profondément préoccupés, intrigués, fascinés par la vie immorale des non-croyants. On sent qu’en luttant contre les pécheurs ils luttent aussi contre leur propre tentation.

C’est à cet égard que le diagnostic de Yeats s’éloigne de notre embarras actuel : l’ardeur des passions des terroristes trahit un manque d’authentiques convictions. La foi des musulmans doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique.

La terreur du fondamentalisme islamique n’est pas ancrée dans la certitude des terroristes d’être supérieurs ou dans leur désir de protéger leur identité culturelle et religieuse contre l’assaut de la civilisation consumériste mondiale.

Le problème des fondamentalistes n’est pas que nous les jugeons inférieurs à nous, mais plutôt qu’ils se sentent secrètement inférieurs. C’est pourquoi nos assurances condescendantes politiquement correctes, selon lesquelles nous ne nous sentons pas supérieurs, ne parviennent qu’à les rendre plus furieux et à nourrir leur ressentiment.

Le problème n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. Paradoxalement, il manque aux fondamentalistes une dose de la véritable conviction “raciste” de leur propre supériorité.

Le libéralisme a besoin de l’aide de la gauche radicale

Les vicissitudes récentes du fondamentalisme musulman confirment l’analyse ancienne de Walter Benjamin, selon lequel « chaque fascisme est l’envers d’une révolution ratée » : la recrudescence du fascisme est un échec de la gauche, mais c’est aussi la preuve d’un potentiel révolutionnaire, d’une insatisfaction que la gauche n’a pas su mobiliser.

N’en est-il pas de même pour le prétendu « islamo-fascisme » d’aujourd’hui ? La montée de l’islamisme radical n’est-elle pas l’exact corrélé de la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans ?

Au printemps 2009, lorsque les talibans ont conquis la vallée de Swat au Pakistan, le New York Times a expliqué qu’ils avaient fomenté “une révolte des classes exploitant de profondes fissures entre un petit groupe de riches propriétaires terriens et leurs locataires sans terre”.

Toutefois, si en “profitant” de la détresse des paysans, les talibans “donnent l’alarme sur les risques encourus par le Pakistan, notamment régi par un système féodal”, qu’est-ce qui empêche les démocrates libéraux du Pakistan et des Etats-Unis de « profiter » eux aussi de cette détresse pour essayer d’aider les paysans sans terre ? La triste implication de cette situation vient du fait que les forces féodales au Pakistan sont « l’allié naturel » de la démocratie libérale.

Il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste

Qu’en est-il des valeurs essentielles du libéralisme : liberté, égalité, etc. ? Le paradoxe, c’est que le libéralisme n’est lui-même pas assez fort pour les sauver de l’assaut fondamentaliste. Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier.

Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied.

Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants.

La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux.

 Voir encore:

Un islam sans racines ni culture

Olivier Roy, politologue

Le 1 hebdo

19 janvier 2015

Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes.

Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »).

Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue.

Merah, les frères Kouachi ou le « djihadiste normand », Maxime Hauchard, se sont radicalisés selon une référence religieuse, celle de l’islam. Et dans cette mouvance ils ne sont pas les seuls. C’est cette radicalisation qu’on désigne sous le nom de « communautarisation ». On fait de la communautarisation une dérive collective et non plus individuelle, et qui serait dans le fond le terreau qui conduirait à « ça ». En somme, une partie de la population musulmane ferait sécession pour se replier sur une identité culturelle et religieuse qui en ferait désormais la cinquième colonne d’une civilisation musulmane en crise.

Le « retour du religieux » casserait ainsi le consensus national sur les valeurs de la République. La réponse spontanée de l’opinion publique et le discours explicite des dirigeants politiques ont consisté à mettre en avant un consensus national (tolérance, laïcité, citoyenneté) dont la manifestation du 11 janvier a été une remarquable « mise en scène » spontanée et populaire.

On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression.

Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia.

Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.

La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux.

Voir enfin:

Foreign fighter total in Syria/Iraq now exceeds 20,000; surpasses Afghanistan conflict in the 1980s

Peter R. Neumann, ICSR Director

The number of foreigners that have joined Sunni militant organizations in the Syria/Iraq conflict continues to rise. According to ICSR’s latest estimate, the total now exceeds 20,000 – of which nearly a fifth were residents or nationals of Western European countries.

The figures were produced in collaboration with the Munich Security Conference and will be included in the Munich Security Report – a new, annual digest on key developments in security and foreign policy.

They include estimates for 50 countries for which sufficient data and/or reliable government estimates were available. Southeast Asia remains a blind spot. Countries with 5 or less confirmed cases were omitted. With the exception of some Middle Eastern countries, all figures are based on data from the second half of 2014 and refer to the total number of travelers over the course of the entire conflict.

WESTERN EUROPE

Based on the 14 countries for which reliable data is available, we estimate that the number of foreigners from Western European countries has risen to almost 4,000. This is nearly double the figure we presented in December 2013, and exceeds the latest estimates by European Union officials.

The largest European countries – France, the UK, and Germany – also produce the largest numbers of fighters. Relative to population size, the most heavily affected countries are Belgium, Denmark, and Sweden.

Table 1: Western Europe

Country Estimate Per capita*
Austria 100-150 17
Belgium 440 40
Denmark 100-150 27
Finland 50-70 13
France 1,200 18
Germany 500-600 7.5
Ireland 30 7
Italy 80 1.5
Netherlands 200-250 14.5
Norway 60 12
Spain 50-100 2
Sweden 150-180 19
Switzerland 40 5
United Kingdom 500-600 9.5

*Up to; per million population.

REST OF THE WORLD

The estimated worldwide total is 20,730. This makes the conflict in Syria and Iraq the largest mobilization of foreigner fighters in Muslim majority countries since 1945. It now surpasses the Afghanistan conflict in the 1980s, which is thought to have attracted up to 20,000 foreigners.

With up to 11,000, the Middle East remains the dominant source of foreigners in the conflict. Another 3,000 were from countries of the former Soviet Union.

Table 2: Rest of the World

Country Estimate
Afghanistan 50
Albania 90
Algeria 200
Australia 100-250
Bahrain 12
Bosnia 330
Canada 100
China 300
Egypt 360
Israel/Palest. Territories 120
Jordan 1,500
Kazakhstan 250
Kosovo 100-150
Kuwait 70
Kyrgyzstan 100
Lebanon 900
Libya 600
Macedonia 12
Morocco 1,500
New Zealand 6
Pakistan 500
Qatar 15
Russia 800-1,500
Saudi-Arabia 1,500-2,500
Serbia 50-70
Somalia 70
Sudan 100
Tajikistan 190
Turkey 600
Turkmenistan 360
Tunisia 1,500-3,000
Ukraine 50
United Arab Emirates 15
United States of America 100
Uzbekistan 500
Yemen 110

RETURNEES

All figures are ‘conflict totals’. We estimate that between 5-10 per cent of the foreigners have died, and that a further 10-30 per cent have left the conflict zone, returning home or being stuck in transit countries. As a consequence, the number of foreigners that are currently on the ground in Syria and Iraq is likely to be significantly less than the figures provided.

BACKGROUND

ICSR has kept track of the number of foreign jihadist fighters in the Syrian/Iraqi conflict since 2012. We have published estimates in April and December 2013, and updated our figures in the run-up to UN Security Council Resolution 2178 in September 2014, for which ICSR served as external advisors.

As with previous estimates, it should be stressed that counting foreign fighters is no exact science. Our methodology has, in essence, remained the same (see here), except that we now have more experience in dealing with external sources and a greater number of credible government estimates. Other governmental and non-governmental organizations – working independently of us and using different sources and methods – have arrived at similar results.

 Voir par ailleurs:

Syriza vu du Québec
le Figaro
Mathieu Bock-Côté
30/01/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Chaque semaine, Mathieu Bock-Côté analyse, pour FigaroVox, l’actualité vue du Québec. Selon lui, la victoire de Syriza signifie un retour du politique qui passera par une remise à plat de la construction européenne.

Mathieu Bock-Côté est sociologue (Ph.D). Il est chargé de cours à HEC Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal ainsi qu’à la radio de Radio-Canada. Il est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels Exercices politiques (VLB, 2013), Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007).

Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites.

Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples.

Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales.

Le cercle de la raison se rétrécissait encore un peu: un jour, tous ceux qui ne communieront pas à l’orthodoxie officielle seront phobes d’une manière ou d’une autre. N’assiste-t-on pas à la multiplication des phobies depuis une quinzaine d’années? Le désaccord idéologique est de moins en moins admis, ce qui entretient la colère des peuples, à qui on explique qu’ils doivent seulement s’adapter, le mieux possible, à un monde qu’ils ne peuvent plus construire de quelque manière que ce soit. Les élites politiques, dès lors, ne sont plus choisies selon leurs visions, mais selon leurs compétences, puisqu’elles auront à se plier à la seule politique possible.

La démocratie ne peut supporter durablement un tel assèchement de son imaginaire. À l’origine de cette révolte, il y a le sentiment d’une dépossession démocratique majeure, qui donne aux élites des partis consacrés l’allure d’équipes interchangeables, appliquant un même programme, qui est celui d’une mondialisation libérale qui pousse à la dissolution de la souveraineté nationale. Elle pousse aussi à la dissolution des identités nationales, même si ce thème n’était pas au cœur du discours de Syriza, qui en la matière, se campe indiscutablement à gauche. Mais faut-il parler de l’impuissance d’une classe politique particulière ou d’une impuissance du politique en général?

Avant d’opter une politique de gauche ou de droite, encore faut-il être capable de mener une politique. C’est probablement le sens de l’alliance circonstancielle entre la gauche radicale et la droite souverainiste, pour reconstituer une souveraineté grecque. On peut bien parler d’une révolte populiste, à condition de détacher ce terme de toute connotation négative. D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite?

On connaît la prophétie souvent démentie de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire. L’histoire philosophique du monde se serait achevée avec la chute du communisme. La vieille question du régime qui alimentait la philosophie politique depuis l’Antiquité, aurait trouvé sa réponse définitive dans la démocratie de marché, et les peuples, désormais, pourraient simplement vaquer aux plaisirs rendus possibles par la prospérité mondialisée. Non seulement l’histoire se poursuit, avec sa fureur et ses violences, mais la question du régime s’est rouverte comme jamais.

On se fait croire, aujourd’hui, que nous vivons encore en démocratie. C’est naturellement faux. La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. On ne sera pas surpris de constater que l’appel à une renaissance démocratique passe en partie par un procès de la construction européenne. Sur quel principe fonder le pouvoir? Cette question s’impose à nouveau en remaniant les clivages idéologiques auxquels nous étions habitués.


Star-spangled banner/200e: Des mots que personne ne peut se rappeler sur un air que personne ne peut chanter (A country made audible: From statement of national pride to vehicle for political protest, Francis Scott Key’s former drinking song celebrates its 200th birthday)

30 janvier, 2015

https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e4/Ft._Henry_bombardement_1814.jpg

https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/39/By_Dawn%27s_Early_Light_1912.png

[The War of 1812] ‘s forgotten because the causes don’t resonate much today. We went to war to force the British to give up the removal of seamen from our ships and restrictions on our trade with Europe. Nowadays, nobody goes to war to uphold maritime rights. And to confuse the issues of causes, we invaded Canada. We could not challenge Britain on the high seas, so we thought we’d conquer Canada and force concessions on the maritime front. That made it look like a land grab, and that’s the way it’s looked at north of the border. (…)  The common view is that the war ended in a draw. But we invaded Canada in 1812 and in 1813, and in the west in 1814, and all three invasions pretty much ended in failure. It doesn’t look like we achieved our war aims. (…) Let me give you an old saw, a loose paraphrase of what a Canadian historian once said: Everybody’s happy with the outcome of the war. Americans are happy because they think they won, the Canadians are happy because they know they won and avoided being swallowed up by the United States, and the British are happiest because they’ve forgotten all about it. (…) I estimate the American deaths were 20,000, the British at 10,000, and Indians at maybe 7,500, but that was a much larger proportion of their population. (…) But (…) Canada wasn’t the end. It was the means. The end was to force Britain to give up their maritime activities. (…) The Republicans were anticipating what one anti-war Republican expected would be a holiday campaign — that Canada is to conquer herself through the principles of fraternity. (…) The popular view is that Washington D.C. was burned, but they only burned the White House, the Capitol, and the state and treasury department. We burned the Naval Yard to keep it out of their hands during our withdrawal. That was undoubtedly the low point of the war. But it was followed a month later by one of the high points, when the British threatened Baltimore but the Royal Navy couldn’t subdue Fort McHenry. That inspired the writing of « The Star Spangled Banner. » And then, in the last great campaign, the British were decisively defeated at New Orleans, and that was a game changer in how we remember the war. Don Hickey
And now they never meet in grove or green, by fountain clear or spangled starlight sheen. but they do square, that all their elves for fear creep into acorn cups and hide them there. Shakespeare (A Midsummer Night’s Dream, II, 2)
What stars do spangle heaven with such beauty as those two eyes become that heavenly face? Shakespeare (The taming of the shrew, IV, 5)
Je vous apporte, Messieurs, une cocarde qui fera le tour du monde et une institution civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de l’Europe et qui réduira les gouvernements arbitraires à l’alternative d’être battus s’ils ne l’imitent pas et renversés s’ils osent l’imiter. Lafayette
Qu’un sang impur abreuve nos sillons … Marseillaise
 Leur sang a purifié la terre qu’ils ont foulée … Et ce sera notre devise : « En Dieu est notre foi »… Star-Spangled Banner
O say, does that blood-striped banner still wave o’er the land of the fetter, and hut of the slave? Parodie abolitionniste
Oh say, do you hear, at the dawn’s early light, the shrieks of those Bondmen, whose blood is now streaming, from the merciless lash, while our banner in sight, with its stars mocking Freedom, is fitfully gleaming! Autre parodie abolitonniste
Oh! Who has not seen, by the dawn’s early light some poor bloated drunkard to his home weakly reeling with blear eyes and red nose most revolting to sight yet still in his breast not a throb of shame feeling? Parodie prohibitionniste
IT’S THE RANGE, STUPID ! (What can you expect from a « barroom ballad composed by a foreigner » and « words that nobody can remember to a tune nobody can sing » ?)

« It has a lot to do with the range. It’s a very wide range. Basically, the notes are very high.It’s traditionally sung in Bb major because going higher than that makes it hard for the altos and basses singing to get to the high note, and going lower makes it hard for the tenors and sopranos to manage.

Kenneth Slowik (Smithsonian Chamber Music Society)

http://americanhistory.si.edu/blog/2014/05/why-is-the-national-anthem-so-hard-to-sing.html

The Star-Spangled Banner” is actually a complex piece of classical music rife with challenges. It demands a one-and-a-half-octave vocal range, and its 19th-century lyrics trip singers up with archaic words like “ramparts. In a classical piece of music, the voice is taken to its extremes, from low to extremely high. That’s what makes it so exciting. ‘The Star-Spangled Banner’ has a very strong range, and it stays up in the high range for a long time. “pop music has a range of about four notes, and pop singers tend to get up to the high notes only by screaming. That’s the style. That’s what people have made millions of dollars doing. This can be treacherous, because pop singers generally “don’t have any real sense of pitch or key. They’re used to having an earphone playing music for them” onstage or during recordings. “If they’re going to hit the high note” — at the end of ‘land of the free’ — they have to start in the correct key. If they start in a key that’s too high, they don’t know it until they’re already in. They just crash and burn vocally. …  it becomes obvious that the singers don’t understand the meaning of the lyrics. The giveaway is when people sing the piece “with the biggest smile on their face that you’ve ever seen,” despite the fact that “the national anthem is not a happy song. They seem to be thinking, ‘If I just stand here and look emotional, I’m going to appear very American’ … or something. Michael Dean (Herb Albert School of Music)

It’s really not comfortable to sing. Most people have a limited range, and the song has a range that is so wide that most singers have a hard time with it. The national anthem requires a two-octave range, while most people are only comfortable singing within a single octave, Wilson said. Few can sing the melody perfectly. Right off the bat—’O say can you see’—it’s hard, » she said. « Then when you get into ‘And the rockets red glare,’ that’s pretty tricky because it’s so high. And then when singers attempt the high note on ‘The land of the free,’ sometimes it’s a disaster. Kathleen Wilson (music professor)

Some of the verses repeat, but the text is different, and you can easily interchange some of the words. For example, people often confuse gleaming (« twilight’s last gleaming ») and streaming (« The ramparts we watched were so gallantly streaming. ») Or in the case of Aguilera’s mangled version: « what so proudly we watched at the twilight’s last reaming. … Start the song out lower than what feels normal. The inordinately high note comes as a surprise if you start too high.
Robert Dundas  (FIU)

This was not during the pledge of allegiance. A woman was singing the Star Spangled Banner when that picture was taken. I was taught by my grandfather that you put your hand over your heart during the pledge, but during the Star Spangled Banner, you sing! (…) I have been pledging allegiance since I was a kid. (…) Just tell whoever sent it, they’re misinformed. Barack Hussein Obama

The truth is that right after 9/11, I had a pin. Shortly after 9/11, particularly because as we’re talking about the Iraq war, that became a substitute for, I think, true patriotism, which is speaking out on issues that are of importance to our national security. I decided I won’t wear that pin on my chest. Instead I’m going to try to tell the American people what I believe what will make this country great and hopefully that will be a testimony to my patriotism. Obama (Cedar Rapids, Iowa)
I think in the end it does have to be a broad us. It has to be democracy with a small ‘d.’ Obama (1995)
After a while, you start noticing people wearing a lapel pin, but not acting very patriotic. Not voting to provide veterans with resources that they need. Not voting to make sure that disability payments were coming out on time. My attitude is that I’m less concerned about what you’re wearing on your lapel than what’s in your heart. Obama (Independence, Iowa)
Whoever plays, sings or renders the “Star Spangled Banner” in any public place, theatre, motion picture hall, restaurant or café, or at any public entertainment, other than as a whole and separate composition or number, without embellishment or addition in the way of national or other melodies, or whoever plays, sings or renders the “Star Spangled Banner”, or any part thereof, as dance music, as an exit march or as a part of a medley of any kind, shall be punished by a fine of not more than one hundred dollars. Massachussets law (Section 9)
I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English. And they ought to learn to sing the anthem in English. George W. Bush
Would the French accept people singing the La Marseillaise in English as a sign of French patriotism? Of course not. Mark Krikorian (Center for Immigration Studies)
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
“The Anacreontic Song” was actually sung at the start of the Anacreontic Society’s meetings — a gentlemen’s club at the time. Though it was first performed at the Crown and Anchor Tavern in London, Clague claims that “It was a very fashionable restaurant. It had a ballroom that held 200 people which you could hold a two-hour symphony concert in — which was how you started a meeting of the Anacreontic Society. Modeling “The Star-Spangled Banner” after “The Anacreontic Song” would have been “hip and current,” at the time, according to Clague. ABC news
What is fascinating is just to revisit the use of text and words — how much information about social issues is being communicated in the text that wandered with the same melody but through different mutations and given different contexts. (…) I actually very much like our crazy tradition of the last 25 or 30 years of various genius contemporary pop musicians taking this tune and this moment, and turning it into something uniquely theirs at different events. I’m actually very amused and sometimes deeply moved. Thomas Hampson
It’s really sort of an amazing story of how the song has grown up alongside the country: You can really trace the history of the United States in the echoes of ‘The Star-Spangled Banner. (…) The song is a verb, and citizenship is a verb, and that these are part of a process of identity negotiation. (…) When people sing it, and when they put their whole heart and passion behind the song, they give voice to their own citizenship in a way that speaks of their vision of the country. (…) When you see the song [Jimi Hendrix’s famously unorthodox 1969 Woodstock rendition] as something that’s in the process of always becoming, you realize that it is our country — made audible. Mark  Clague
There was nothing obligatory about the early history of “The Star-Spangled Banner.” Behind Key’s words lay a melody — the so-called Anacreontic Song — endlessly adaptable to the causes of its day, from the French Revolution to abolition to temperance and women’s rights. Only in the last century has the anthem’s tune become inextricably connected to Key’s lyrics, and the lyrics to the sturdy patriotism of baseball and flag raising. The early struggle over the tune’s meaning will be captured in Mr. Hampson’s recital. “We will really tell the story of this song becoming so emblematic and, then eventually, officially, our national anthem, through its own story — its own broadsides, its own lyrics,” he said. (…) Star Spangled Music mainly focuses on K-12 educational projects teaching the history of the anthem. But it also tries to correct popular misconceptions — like the widespread assumption that the tune originated as a drinking song. “To Anacreon in Heaven,” as the melody was first known, had its debut around 1776 at a meeting of the Anacreontic Society, an amateur gentlemen’s music club in London. The song served as an after-dinner transition between a professional orchestral concert and participatory group singing. The society’s president wrote the original lyrics, an ode to the jovial Greek poet Anacreon. A trained tenor would perform the tune as a virtuoso set piece, with the conclusion of each refrain repeated heartily by the society’s member. (…) Its alcoholic repute was in part due to moralistic protests against the tune during the Prohibition era, when Congress was deciding whether to make it the official national anthem. Battling over the meaning of “The Star-Spangled Banner” is an essential — if overlooked — part of the song’s tradition. The Anacreontic Song was well known in the early American republic — most famously as “Adams and Liberty,” an impassioned defense of the second president. In 1793, an American Francophile published a new text for the song supporting the French Revolution; another writer countered with a version that suggested hanging the French ambassador. Key was familiar with the tune before he wrote the “Star-Spangled” verses, having already refashioned it as a paean to American naval heroics in 1805. Nine years later, stuck on a ship after negotiating the release of a prisoner, Key watched the British overnight siege of Baltimore during the War of 1812. When he saw the American flag still waving at dawn — an improbable victory — Key penned the stirring “Defense of Fort M’Henry,” with a rhyme scheme matched to the Anacreontic Song. (…) Perhaps more intriguing than the song’s origin, though, is its multifaceted and contentious American development. (…) Not until 1931 was it officially declared the national anthem. In the 19th century, the tune was regularly refashioned with lyrics to be, alternately, a rallying cry for abolitionists (“Oh, say do you hear, at the dawn’s early light, The shrieks of those bondmen, whose blood is now streaming”) or a temperance-movement indictment of alcohol (“Oh! who has not seen by the dawn’s early light, Some poor bloated drunkard to his home weakly reeling”). (…) Despite its initial wave of popularity, for several decades “The Star-Spangled Banner” ranked third behind “Hail Columbia” and “Yankee Doodle” as the default musical expression of national fervor. In the early days of the Civil War, the North and South both claimed the anthem — Key was, after all, a Maryland slave owner. Only during Reconstruction did it emerge as the predominant American hymn, entrenched by its association with flag-raising ceremonies practiced during the war. Complaints about the tune have remained mostly the same since that era — it’s foreign, it’s hard to sing, the words are not easy to remember. But even if the highest notes on “land of the free” are difficult to reach, the anthem’s hot-blooded history elevates it to the level of American iconography — a reminder that partisanship is crucial to democracy. The New York Times
Democracy is difficult and demanding. So is history. It can crack your voice; it can stir your soul; it can break your heart. The poem that Key wrote two hundred years ago, in a very different United States, ends with a question: Does the star-spangled banner yet wave over the land of the free and the home of the brave? The band plays; the band stops. But the song of democracy asks, of everyone who sings it, whether the brightest of our ideals have abided, through each dark and fierce night, into the faint and tender gleaming of dawn. Jill Lepore
The Star-Spangled Banner a un tel poids symbolique que la moindre déviation dans son interprétation se voit attribuer une signification particulière. Le 4 juillet 1941, sur toile de fond de Deuxième Guerre mondiale, le compositeur Igor Stravinsky a interprété pour la première fois un arrangement orchestral qui incorporait quelques harmonies inhabituelles. Cette interprétation a donné lieu à une altercation entre le musicien et la police de Boston, qui subodorait une infraction à la loi de l’État interdisant toute « altération » de l’hymne national. En 1968, pendant le championnat de baseball de la Major League, le chanteur portoricain José Feliciano a interprété The Star-Spangled Banner dans le style des chansons folkloriques contemporaines, en s’accompagnant à la guitare acoustique, et a déclenché une polémique. «Il y avait des gens qui voulaient me déporter, dira-t-il plus tard, comme si on pouvait être déporté à Porto-Rico. » (Porto-Rico est un territoire des États-Unis.) (…) Le style lent, spectral, aux accents de gospel qui était celui de Marvin Gaye quand il a interprété l’hymne national avant le début du match All-Star de la National Basketball Association en 1983, boîte à rythme à l’appui, a conféré à ce chant un caractère moderne surprenant. (…) Chanter The Star-Spangled Banner est la plupart du temps l’expression d’un sentiment de fierté nationale, mais à l’occasion c’est aussi une forme de protestation politique. En 2006, un enregistrement en espagnol (“Nuestro Himno”) se voulait une désapprobation de la politique d’immigration des États-Unis. L’interprétation de Jimi Hendrix au festival de musique de Woodstock en 1969 est devenue légendaire : son imitation de bombardements servant à dénoncer la guerre du Vietnam est l’adaptation radicale la plus connue de l’hymne national. (…) Au Super Bowl de 1991, quand Whitney Houston a chanté l’hymne national en ajoutant des fioritures au passage qui évoque sur des notes très élevées « la terre des gens libres » (“land of the free”), l’Amérique était en pleine guerre du Golfe, et elle a dédié son interprétation aux forces armées du pays. Douglas Wolk

Attention: un hymne national peut en cacher un autre !

Chant de guerre témoignage d’une victoire largement inattendue pour une guerre largement oubliée contre les Anglais, mélodie de chanson à boire britannique, auteur esclavagiste, hymne national aux multiples parodies et officiel depuis guère plus de 80 ans, paroles immémorisables et air inchantable, références aujourd’hui embarrassantes (et d’ailleurs plus chantées) tant au sang purificateur de l’ennemi (qui reste loin néanmoins du « sang impur » français) qu’au « Dieu en qui est notre foi »  …

Au lendemain du bicentenaire (que nous avions nous-même oublié) d’un hymne national aussi difficile à mémoriser qu’à chanter …

D’un pays qui s’en passera pendant un siècle et demi …

Et aujourd’hui dirigé par le premier président américain du Tiers-monde

Comment ne pas s’émerveiller, avec le site de l’ambassade des Etats-Unis …

De ce mélange si américain …

D’individualisme et d’unité comme de fierté nationale et de protestation politique …

Que ces interprétations particulières …

Qui de matches de baseball ou finales de basketball ou Superbowls …

Et entre la septième de dominante jugée sacrilège d’un Stravinsky et le patriotisme stratosphérique d’une Whitney Houston …

Les douceurs acoustiques d’un Jose Feliciano ou chaloupées d’un Marvin Gaye …

La dissidence explosive d’un Jimi Hendrix ou l’insurrection quasi-sécessioniste (« en español », s’il vous plait) d’une Olga Tanon

Sans compter la réécriture noire d’une René Marie ou le playback caché d’une Beyoncé

Apportent et « rendent audible », chacune à leur tour et avec leur touche chaque fois unique, au patrimoine (pour encore combien de temps) commun

De la Terre de la Liberté et du Pays des braves ?

Voir aussi:

L’hymne national américain: un défi vocal
Douglas Wolk

Ambasssade américaine

03 juillet 2014

Tradition oblige : on joue The Star-Spangled Banner (La bannière étoilée) au début de tous les matchs de baseball et de bien d’autres manifestations publiques. Il ne faut pas croire pour autant qu’il est facile à chanter, bien au contraire. Mais les interprètes qui ont les qualités vocales requises nous livrent au fil des ans des productions mémorables et uniques du symbole musical le plus marquant des États-Unis.

Quand il a été proclamé l’hymne national en 1931, le New York Herald Tribune l’a décrit en ces termes célèbres: « des mots que personne ne peut se rappeler sur un air que personne ne peut chanter ». La mélodie est une adaptation d’une chanson à boire britannique du XVIIIe siècle, et les paroles étaient au départ un poème rédigé il y a deux cents ans par Francis Scott Key (qui décrivait une bataille de la guerre de 1812). Il est terriblement difficile à chanter correctement parce qu’une octave et demie sépare les notes les plus basses des notes les plus élevées.

D’après un sondage réalisé en 2004, 39 % seulement des Américains sont capables de chanter correctement le troisième vers.

Franklin Bruno, parolier et auteur d’une histoire de la composition de chansons, The Inside of the Tune (à paraître), fait remarquer que l’hymne présageait l’avenir musical du pays à travers la manière dont le rythme et la rime interne du troisième distique (“And the rockets’ red glare, the bombs bursting in air …”) changent la tonalité du morceau en atténuant la qualité martiale des autres vers.

« Il est logique que notre hymne national ne suive pas exactement la forme de la ballade anglaise », estime Franklin Bruno.

The Star-Spangled Banner a un tel poids symbolique que la moindre déviation dans son interprétation se voit attribuer une signification particulière. Le 4 juillet 1941, sur toile de fond de Deuxième Guerre mondiale, le compositeur Igor Stravinsky a interprété pour la première fois un arrangement orchestral qui incorporait quelques harmonies inhabituelles. Cette interprétation a donné lieu à une altercation entre le musicien et la police de Boston, qui subodorait une infraction à la loi de l’État interdisant toute « altération » de l’hymne national.

En 1968, pendant le championnat de baseball de la Major League, le chanteur portoricain José Feliciano a interprété The Star-Spangled Banner dans le style des chansons folkloriques contemporaines, en s’accompagnant à la guitare acoustique, et a déclenché une polémique. «Il y avait des gens qui voulaient me déporter, dira-t-il plus tard, comme si on pouvait être déporté à Porto-Rico. » (Porto-Rico est un territoire des États-Unis.) Mais il a enregistré un single qui a connu un certain succès et, quand il a repris cette version à un match de championnat de baseball en 2012, le public a généralement vu dans son interprétation « un hymne de gratitude à un pays qui m’avait donné une chance ».

Le style lent, spectral, aux accents de gospel qui était celui de Marvin Gaye quand il a interprété l’hymne national avant le début du match All-Star de la National Basketball Association en 1983, boîte à rythme à l’appui, a conféré à ce chant un caractère moderne surprenant. Earvin “Magic” Johnson, la grande vedette de basket de l’équipe des Los Angeles Lakers, avait dit à l’époque que l’interprétation de Marvin Gaye l’avait empli de « fierté d’être Américain . . . on en aurait pleuré, tellement c’était bouleversant ».

Chanter The Star-Spangled Banner est la plupart du temps l’expression d’un sentiment de fierté nationale, mais à l’occasion c’est aussi une forme de protestation politique. En 2006, un enregistrement en espagnol (“Nuestro Himno”) se voulait une désapprobation de la politique d’immigration des États-Unis.

L’interprétation de Jimi Hendrix au festival de musique de Woodstock en 1969 est devenue légendaire : son imitation de bombardements servant à dénoncer la guerre du Vietnam est l’adaptation radicale la plus connue de l’hymne national. « Il n’y a rien de non orthodoxe », a-t-il déclaré à Dick Cavett en septembre 1969 qui l’interviewait dans une émission de télévision. « Je trouvais que c’était beau.»

Au Super Bowl de 1991, quand Whitney Houston a chanté l’hymne national en ajoutant des fioritures au passage qui évoque sur des notes très élevées « la terre des gens libres » (“land of the free”), l’Amérique était en pleine guerre du Golfe, et elle a dédié son interprétation aux forces armées du pays. Quelques semaines plus tard, sorti en single, c’était un tube. Son succès a été plus fulgurant encore quand il est sorti sur disque une deuxième fois dix ans plus tard, les recettes étant destinées aux pompiers et policiers de New York après les attentats du 11 Septembre. Les récentes interprétations de Beyoncé Knowles (notamment à l’investiture du président Obama en 2013) sont plus ou moins calquées sur le modèle de Whitney Houston, y compris l’enjolivement sur la note la plus élevée.

Après tout, ce n’est pas si mal que l’hymne soit difficile à chanter : les Américains jouissent de libertés qui ont été acquises à la dure. Au fil du temps, The Star-Spangled Banner est devenu un chant qui encourage l’expression de l’individualisme et de l’unité. Il y a quelque chose de logique là-dedans, aussi.

Voir aussi:

Oh, Say Can You Sing?
Douglas Wolk
US embassy
13 May 2014

Although “The Star-Spangled Banner” is performed before every baseball game and at many other public events, it’s notoriously hard to sing. But in its history, the song has allowed the performers who can sing it to create memorable and unique interpretations of the United States’ most prominent musical symbol.

When “The Star-Spangled Banner” became the national anthem in 1931, the New York Herald Tribune famously described it as “words that nobody can remember to a tune nobody can sing.” Its melody is adapted from an 18th-century drinking song, and its lyrics from a poem that Francis Scott Key wrote 200 years ago (describing a battle in the War of 1812). And it’s fiendishly hard to hit all the notes — the highest is an octave and a half above the lowest.

A 2004 poll found that only 39 percent of Americans could correctly complete the song’s third line.

Franklin Bruno, songwriter and author of a forthcoming history of songwriting, The Inside of the Tune, points out that the anthem anticipated the country’s musical future in the way the rhythm and rhyme scheme of each verse’s third couplet (“And the rockets’ red glare, the bombs bursting in air …”) change the song’s tone by softening the martial quality of the other lines.

“It’s fitting that our national anthem wouldn’t be in quite the strict English ballad form,” Bruno said.

The national anthem’s symbolic weight also means that when it is performed in anything but a straightforward way, listeners ascribe meaning to the deviation. On July 4, 1941, against the backdrop of World War II, composer Igor Stravinsky premiered an orchestral arrangement of the anthem that incorporated a few unusual harmonies. That performance led to a brief skirmish between Stravinsky and Boston police, who thought he’d violated a state law against “tampering” with the national anthem.

During the 1968 Major League Baseball World Series, Puerto Rican singer José Feliciano performed “The Star-Spangled Banner” in the style of a contemporary folk-pop song, accompanied by acoustic guitar. It caused a flurry of controversy: “Some people wanted me deported,” he later said, “as if you can be deported to Puerto Rico.” (Puerto Rico is a territory of the United States.) But Feliciano’s version became a minor hit single, and he said that by the time he reprised his version at a 2012 championship baseball game, it was generally understood by the audience as “an anthem of gratitude to a country that had given me a chance.”

Marvin Gaye’s slow, spectral, gospel-tinged rendition performed at the 1983 National Basketball Association All-Star game, accompanied by a drum machine, made the song sound shockingly modern. Former Los Angeles Lakers star Earvin “Magic” Johnson said Gaye’s performance gave him a feeling of “pride at being an American … you almost cried, it was so devastating.”

While singing “The Star-Spangled Banner” is most often a statement of national pride, it can also be a vehicle for political protest. A 2006 Spanish-language recording of the song (as “Nuestro Himno”) criticized American immigration policy.

Jimi Hendrix famously performed his rendition of the anthem at the 1969 Woodstock music festival as a protest against the Vietnam War. Complete with “bombing” sound effects, it is the best-known radical reworking of the anthem. “It’s not unorthodox,” Hendrix told television interviewer Dick Cavett in September 1969 about his interpretation of the anthem. “I thought it was beautiful.”

At the time of the 1991 Super Bowl, when Whitney Houston sang “The Star-Spangled Banner” — with a flourish on the high note of “land of the free” that propelled it even higher — America was in the middle of the Gulf War, and she dedicated her performance to the country’s military. It became a hit when it was released as a single a few weeks later. It was even more successful when it was re-released a decade later, with proceeds to benefit New York firefighters and police after the September 11, 2001, attacks. Beyoncé Knowles’ recent performances of the anthem (at President Obama’s 2013 inauguration, among other venues) have loosely followed Houston’s template, including its extra-high note.

That the anthem is hard to sing may be apt; Americans enjoy freedoms that have not come easily. Over time, “The Star-Spangled Banner” has become a song that invites expressions of individuality and of unity. There’s something fitting about that, too.

Voir également:

Music
How the National Anthem Has Unfurled
‘The Star-Spangled Banner’ Has Changed a Lot in 200 Years
William Robin

June 27, 2014

When the baritone Thomas Hampson sings “The Star-Spangled Banner” at the Library of Congress in Washington on Thursday, it won’t sound quite like the familiar tune belted out at ball games and presidential inaugurations.

A sprightly lilt will replace the usual slow waltz. A jaunty pickup will substitute for the stately descent of “O say.” The last two lines of each verse will be echoed by a septet of singers.

In short, it is how the anthem might have sounded 200 years ago, when Francis Scott Key wrote new lyrics to an old British melody aboard a ship in Baltimore’s harbor.

“Key wouldn’t really recognize what we sing today,” said the musicologist Mark Clague in a joint Skype interview with Mr. Hampson. “It’s missing a phrase of music, it’s at the wrong tempo, it’s much slower, it’s sung by a massed group of people instead of an individual soloist,” he added. A professor at the University of Michigan, Dr. Clague would know: He heads Star Spangled Music, an initiative celebrating the anthem’s bicentennial. While the actual anniversary is Sept. 14, Mr. Hampson’s recital allows for a Fourth of July tie-in.

“I hope that we can be part of something this year that reinvigorates a real connection to where this song came from, other than the obligatory tune that one sings before somebody throws a pitch,” Mr. Hampson said.

There was nothing obligatory about the early history of “The Star-Spangled Banner.” Behind Key’s words lay a melody — the so-called Anacreontic Song — endlessly adaptable to the causes of its day, from the French Revolution to abolition to temperance and women’s rights. Only in the last century has the anthem’s tune become inextricably connected to Key’s lyrics, and the lyrics to the sturdy patriotism of baseball and flag raising.

The early struggle over the tune’s meaning will be captured in Mr. Hampson’s recital. “We will really tell the story of this song becoming so emblematic and, then eventually, officially, our national anthem, through its own story — its own broadsides, its own lyrics,” he said.

For those unable to attend, that tale is audible on “Poets & Patriots,” a CD set that includes nearly 30 versions of the Anacreontic Song. There is also a forthcoming Star Spangled Songbook, with scores ready for performance. (New Yorkers can hear one of them, a Toscanini arrangement of the anthem, at the New York Philharmonic’s Star-Spangled Celebration concerts at Avery Fisher Hall next weekend.)

Star Spangled Music mainly focuses on K-12 educational projects teaching the history of the anthem. But it also tries to correct popular misconceptions — like the widespread assumption that the tune originated as a drinking song.

“To Anacreon in Heaven,” as the melody was first known, had its debut around 1776 at a meeting of the Anacreontic Society, an amateur gentlemen’s music club in London. The song served as an after-dinner transition between a professional orchestral concert and participatory group singing. The society’s president wrote the original lyrics, an ode to the jovial Greek poet Anacreon. A trained tenor would perform the tune as a virtuoso set piece, with the conclusion of each refrain repeated heartily by the society’s members

“It’s not a drinking song in the way its reputation would lead people to believe, in the sense of a pub ditty,” Dr. Clague said. “You had to have a harpsichord and four-part harmony, so it just doesn’t work very well in a pub.”

Its alcoholic repute was in part due to moralistic protests against the tune during the Prohibition era, when Congress was deciding whether to make it the official national anthem. Battling over the meaning of “The Star-Spangled Banner” is an essential — if overlooked — part of the song’s tradition.

The Anacreontic Song was well known in the early American republic — most famously as “Adams and Liberty,” an impassioned defense of the second president. In 1793, an American Francophile published a new text for the song supporting the French Revolution; another writer countered with a version that suggested hanging the French ambassador.

Key was familiar with the tune before he wrote the “Star-Spangled” verses, having already refashioned it as a paean to American naval heroics in 1805. Nine years later, stuck on a ship after negotiating the release of a prisoner, Key watched the British overnight siege of Baltimore during the War of 1812. When he saw the American flag still waving at dawn — an improbable victory — Key penned the stirring “Defense of Fort M’Henry,” with a rhyme scheme matched to the Anacreontic Song.

Within a week, the lyrics were printed in Baltimore newspapers, with an indication that they be paired to the familiar British melody. Key supervised a full musical arrangement by the composer and publisher Thomas Carr — issued as “The Star-Spangled Banner” — which Mr. Hampson will sing on Thursday.

About a dozen copies of the Carr arrangement are known to exist. One is on display at the Morgan Library & Museum in Manhattan through Sept. 7. Another is held by the Library of Congress, an institution entwined with the history of the anthem, which has an exhibition about the song running through July 7. “In many ways the story of the research into ‘The Star-Spangled Banner’ is the story of the music division of the Library of Congress,” Dr. Clague said.

In 1907, Oscar Sonneck — the music division’s first chief — began a full investigation of the anthem’s history. His scrupulous report raised as many questions about the song’s history as it answered: Sonneck urged his readers not to “accept a single statement of fact or argument unless the evidence submitted compels him to do so.”

Sonneck couldn’t conclusively identify the composer of the Anacreontic Song, then a musicological riddle. A later congressional librarian believed it was a military tune of obscure origins; others attributed it to Samuel Arnold, who had published a volume of Anacreontic melodies. Only in the 1970s did the librarian William Lichtenwanger — following the chance discovery of a diary entry hidden in a 10-volume manuscript — successfully attribute the tune to the composer John Stafford Smith, a hired hand who never actually joined the Anacreontic Society.

Perhaps more intriguing than the song’s origin, though, is its multifaceted and contentious American development. “It’s really sort of an amazing story of how the song has grown up alongside the country: You can really trace the history of the United States in the echoes of ‘The Star-Spangled Banner,’ ” Dr. Clague said.

Not until 1931 was it officially declared the national anthem. In the 19th century, the tune was regularly refashioned with lyrics to be, alternately, a rallying cry for abolitionists (“Oh, say do you hear, at the dawn’s early light, The shrieks of those bondmen, whose blood is now streaming”) or a temperance-movement indictment of alcohol (“Oh! who has not seen by the dawn’s early light, Some poor bloated drunkard to his home weakly reeling”).

“What is fascinating is just to revisit the use of text and words — how much information about social issues is being communicated in the text that wandered with the same melody but through different mutations and given different contexts,” Mr. Hampson said. “Quite frankly, the issues fall under what we would call human rights.”

Despite its initial wave of popularity, for several decades “The Star-Spangled Banner” ranked third behind “Hail Columbia” and “Yankee Doodle” as the default musical expression of national fervor. In the early days of the Civil War, the North and South both claimed the anthem — Key was, after all, a Maryland slave owner. Only during Reconstruction did it emerge as the predominant American hymn, entrenched by its association with flag-raising ceremonies practiced during the war.

Complaints about the tune have remained mostly the same since that era — it’s foreign, it’s hard to sing, the words are not easy to remember. But even if the highest notes on “land of the free” are difficult to reach, the anthem’s hot-blooded history elevates it to the level of American iconography — a reminder that partisanship is crucial to democracy. For Dr. Clague, it is a testament that “the song is a verb, and citizenship is a verb, and that these are part of a process of identity negotiation.”

“When people sing it, and when they put their whole heart and passion behind the song, they give voice to their own citizenship in a way that speaks of their vision of the country,” Dr. Clague said. If diva performances of the anthem by Beyoncé or Renée Fleming don’t quite embrace that ethos of national introspection, perhaps resurrecting the tune’s original multiplicity of meanings might.

Dr. Clague and Mr. Hampson, however, don’t want to overturn today’s patriotic conventions. “I actually very much like our crazy tradition of the last 25 or 30 years of various genius contemporary pop musicians taking this tune and this moment, and turning it into something uniquely theirs at different events,” Mr. Hampson said. “I’m actually very amused and sometimes deeply moved.”

And among other research interests, Dr. Clague has long been fascinated by Jimi Hendrix’s famously unorthodox 1969 Woodstock rendition. “When you see the song as something that’s in the process of always becoming,” he said, “you realize that it is our country — made audible.”

Voir encore:

The Gleaming
Jill Lepore
The New Yorker
June 16, 2014

At the first game of the 1918 World Series, in Chicago, Babe Ruth pitched for the Red Sox, and a leftie called Hippo Vaughn pitched for the Cubs. An American flag flew from the right-field pole, snapping in the wind like a whip. During the seventh-inning stretch, the band played a song never before played at a major-league baseball game: “The Star-Spangled Banner.” In the stands, fans scrambled to their feet and doffed their caps and sang as best they could, quietly at first. The poem that Francis Scott Key wrote in 1814 can be very hard to sing.

Key, a lawyer, wrote what came to be called “The Star-Spangled Banner” outside Baltimore, at the end of the War of 1812, after seeing, by the dawn’s early light, that the American flag, with its broad stripes and bright stars, was still flying over the ramparts of Fort McHenry, despite having been bombarded all through the night by British cannon fire—their rockets’ red glare, their bombs bursting in air. Set to music and published, Key’s poem got popular. From the start, people made up their own words. Key was a slaveholder and, as a U.S. Attorney, opposed abolition in print and in court. Abolitionists sang a song of protest: “O say, does that blood-striped banner still wave / O’er the land of the fetter, and hut of the slave?” Key died in 1843. In 1857, his brother-in-law and former law partner, U.S. Supreme Court Chief Justice Roger B. Taney, wrote the most infamous legal opinion in American history, in the case of Dred Scott v. Sandford: he said that Americans descended from Africans “are not included, and were not intended to be included, under the word ‘citizens’ in the Constitution.” Frederick Douglass called Taney’s decision monstrous. Abraham Lincoln said that the nation could not endure half slave and half free. In the civil war that followed, more than seven hundred thousand Americans died.

In 1917, the United States entered the First World War, and “The Star-Spangled Banner” became the official anthem of the Army and Navy. Many Americans opposed the war. Congress passed laws meant to silence that opposition; dissenters were jailed. At the 1918 World Series, when the band played “The Star-Spangled Banner” during the seventh-inning stretch, Fred Thomas, the Red Sox third baseman—a Navy sailor on furlough—stood at military attention. The applause was like thunder. There was more thunder to come. During the eighth inning, warplanes flew over the field. Babe Ruth pitched a shutout; the Red Sox won. But it was the singing of the song that everyone remembered. In 1931, Congress made “The Star-Spangled Banner” the national anthem. Before then, there hadn’t been one.

No nation has a single history, no people a single song. Woody Guthrie wrote “This Land Is Your Land,” a populist anthem about the poor and the needy, in 1940: “As they stood there hungry, I stood there asking / Is this land made for you and me?” In the nineteen-forties and nineteen-fifties, wars abroad were followed by struggles for justice at home. Civil-rights activists sang Guthrie’s song while they marched, walking that ribbon of highway, seeing that endless skyway.

Key’s song carried on. In the nineteen-sixties, what started as a song of war came to mean something more, something searching and grave. In 1969, at Woodstock, while Americans were fighting in Vietnam, Jimi Hendrix, who’d been honorably discharged from the 101st Airborne, played the national anthem on his guitar, angry and mournful and shattering. “I’m American, so I played it,” he said later. “I thought it was beautiful.” It became, in that moment, an anthem of dissent.

Democracy is difficult and demanding. So is history. It can crack your voice; it can stir your soul; it can break your heart. The poem that Key wrote two hundred years ago, in a very different United States, ends with a question: Does the star-spangled banner yet wave over the land of the free and the home of the brave? The band plays; the band stops. But the song of democracy asks, of everyone who sings it, whether the brightest of our ideals have abided, through each dark and fierce night, into the faint and tender gleaming of dawn.

Voir aussi:

Spanish ‘Banner’ draws protest
USA Today
4/29/2006

MIAMI (AP) — British music producer Adam Kidron says he just wanted to honor the millions of immigrants seeking a better life in the U.S. when he came up with the idea of a Spanish-language version of the national anthem.
The initial version of Nuestro Himno, or Our Anthem comes out Friday and features artists such as Wyclef Jean, hip-hop star Pitbull and Puerto Rican singers Carlos Ponce and Olga Tanon.

Some Internet bloggers and others are infuriated by the thought of The Star-Spangled Banner sung in a language other than English, and the version of the song has already been the target of a fierce backlash.

« Would the French accept people singing the La Marseillaise in English as a sign of French patriotism? Of course not, » said Mark Krikorian, head of the Washington-based Center for Immigration Studies, a think tank that supports tighter immigration controls.

Nuestro Himno uses lyrics based closely on the English-language original, said Kidron, who heads the record label Urban Box Office.

Pro-immigration protests are planned around the country for Monday, and the record label is urging Hispanic radio stations nationwide to play the cut at 7 p.m. ET Friday in a sign of solidarity.

A remix to be released in June will contain several lines in English that condemn U.S. immigration laws. Among them: « These kids have no parents, cause all of these mean laws … let’s not start a war with all these hard workers, they can’t help where they were born. »

Bryanna Bevens of Hanford, Calif., who writes for the immigration-focused Web magazine Vdare.com, said the remix particularly upset her.

« It’s very whiny. If you want to say all those things, by all means, put them on your poster board, but don’t put them on the national anthem, » she said.

Kidron, a U.S. resident for 16 years, maintains the changes are fitting. After all, he notes, American immigrants borrowed the melody of the Star Spangled Banner from an English drinking song.

« There’s no attempt to usurp anything. The intent is to communicate, » Kidron said. « I wanted to show my thanks to these people who buy my records and listen to the music we release and do the jobs I don’t want to do. »

Kidron said the song also will be featured on the album Somos Americanos, which will sell for $10, with $1 going to the National Capital Immigration Coalition, a Washington group.

James Gardner, an associate director of the Smithsonian’s National Museum of American History, said Americans have long enjoyed different interpretations of the Star Spangled Banner, including country or gospel arrangements.

« There are a number of renditions that people aren’t happy with, but that’s part of it — that it means enough for people to try to sing, » he said.

Pitbull, whose real name is Armando Perez, said this country was built by immigrants, and « the meaning of the American dream is in that record: struggle, freedom, opportunity, everything they are trying to shut down on us. »

At least one prominent American said the national anthem should be performed in its original language.

When the president was asked whether the anthem should be sung in Spanish, he replied: « I think the national anthem ought to be sung in English, » President Bush said Friday at a Rose Garden question-and-answer session with reporters.

Immigrants aiming for citizenship should learn English, Bush said.

« One of the important things here is that we not lose our national soul, » he said.

The president’s comments came amid a burgeoning national debate — and congressional fight — over legislation pending in Congress, and pushed by Bush, to overhaul U.S. immigration law. Large numbers of immigrant groups have planned an economic boycott next week to dramatize their call for legislation providing legal status for millions of people in the United States illegally.

« I am not a supporter of boycotts, » Bush said. « I am a supporter of comprehensive immigration reform. … I think that most Americans agree that we’ve got to enforce our border. »

Voir également:

Spanish ‘Star Spangled Banner’ — Touting the American Dream or Offensive Rewrite?
Jim Avila
ABC
April 27, 2006

« The Star Spangled Banner » has provided the soundtrack to our national pastime since 1918, when the spirited tune debuted at a baseball game.

Now there is a new version with changes to the time-honored lyrics.

A group of Spanish music stars has presented its own take on the national anthem for Latino immigrants, in their native language, titled « Nuestro Himno » or « Our Anthem. »

The idea came from music executive Adam Kidron, who sympathized with the recent immigrant demonstrations but was troubled by the number of Mexican flags in the crowd.

He hopes the new Spanish-language version of the national anthem will demonstrate Latino patriotism and encourage more American flags at the demonstrations.

« It has the passion, it has the respect, it has all of the things that you really want an anthem to have and it carries the melody, » said Kidron.

Altered Lyrics Tone Down Battle
« The Star Spangled Banner » has endured some extreme versions — from Jimmy Hendrix’s explosive guitar rendition to one from soul signer Marvin Gaye — since Francis Scott Key first wrote the poem while watching the British bombard an American fort during the War of 1812.

The current version will likely spark debate, because it is not an exact translation. Some of the classic lyrics have been changed for rhyming reasons while other phrases were altered to soften war references. For example:

English version: And the rockets red glare, bombs bursting in air gave proof through the night that our flag was still there.

Spanish version: In the fierce combat, the sign of victory, the flame of battle in step with liberty through the night it was said it was being defended.

The original author’s great-great grandson, Charles Key, finds the Spanish version unpatriotic and is adamant that it should be sung only in English.

« I think its a despicable thing that someone is going into our society from another country and … changing our national anthem, » Key said.

Those behind the new song say Key and others miss the point. The Spanish version is meant to show immigrant pride in a new country where they live and work.

It will be heard across the country at 7 p.m. ET tomorrow, debuting simultaneously on more than 700 Spanish language radio stations.

Voir encore:

An Anthem’s Discordant Notes
Spanish Version of ‘Star-Spangled Banner’ Draws Strong Reactions
David Montgomery
The Washington Post
April 28, 2006

Oh say can you see — a la luz de la aurora?

The national anthem that once endured the radical transformation administered by Jimi Hendrix’s fuzzed and frantic Stratocaster now faces an artistic dare at least as extreme: translation into Spanish.

The new take is scheduled to hit the airwaves today. It’s called « Nuestro Himno » — « Our Anthem » — and it was recorded over the past week by Latin pop stars including Ivy Queen, Gloria Trevi, Carlos Ponce, Tito « El Bambino, » Olga Tañon and the group Aventura. Joining and singing in Spanish is Haitian American artist Wyclef Jean.

The different voices contribute lines the way 1985’s « We Are the World » was put together by an ensemble of stars. The national anthem’s familiar melody and structure are preserved, while the rhythms and instrumentation come straight out of Latin pop.

Can « The Star-Spangled Banner, » and the republic for which it stands, survive? Outrage over what’s being called « The Illegal Alien Anthem » is already building in the blogosphere and among conservative commentators.

Timed to debut the week Congress returned to debate immigration reform, with the country riven by the issue, « Nuestro Himno » is intended to be an anthem of solidarity for the movement that has drawn hundreds of thousands of people to march peacefully for immigrant rights in Washington and cities across the country, says Adam Kidron, president of Urban Box Office, the New York-based entertainment company that launched the project.

« It’s the one thing everybody has in common, the aspiration to have a relationship with the United States . . . and also to express gratitude and patriotism to the United States for providing the opportunity, » says Kidron.

The song was being prepared for e-mailing as MP3 packages to scores of Latino radio stations and other media last night, and Kidron was calling for stations to play the song simultaneously at 7 Eastern time this evening.

However, the same advance buzz that drew singers to scramble for inclusion in the recording sessions this week in New York, Miami, Texas, Mexico, Puerto Rico and the Dominican Republic has also spurred critics who say rendering the song in Spanish is a rejection of assimilation into the United States.

Even some movement supporters are puzzled by the use of Spanish.

« Even our Spanish media are saying, ‘Why are we doing this, what are you trying to do?’  » said Pedro Biaggi, the morning host with El Zol (99.1 FM), the most popular Hispanic radio station in the Washington area. « It’s not for us to be going around singing the national anthem in Spanish. . . . We don’t want to impose, we don’t own the place. . . . We want to be accepted. »

Still, Biaggi says he will play « Nuestro Himno » this morning if the song reaches the station in time. But he will talk about the language issue on the air and solicit listeners’ views. He says he accepts the producers’ explanation that the purpose is to spread the values of the anthem to a wider audience. He adds he will also play a version of « The Star-Spangled Banner » in English — as he aired the Whitney Houston version earlier this week, when the controversy was beginning to brew.

In the Spanish version, the translation of the first stanza is relatively faithful to the spirit of the original, though Kidron says the producers wanted to avoid references to bombs and rockets. Instead, there is « fierce combat. » The translation of the more obscure second stanza is almost a rewrite, with phrases such as « we are equal, we are brothers. »

An alternate version to be released next month includes a rap in English that never occurred to Francis Scott Key:

Let’s not start a war

With all these hard workers

They can’t help where they were born

« Nuestro Himno » is as fraught with controversial cultural messages as the psychedelic « Banner » Hendrix delivered at the height of the Vietnam War.

Pressed on what he was trying to say with his Woodstock performance in 1969, Hendrix replied (according to biographer Charles Cross), « We’re all Americans. . . . It was like ‘Go America!’ . . . We play it the way the air is in America today. »

Now the national anthem is being remade again according to the way the air is in America, and the people behind « Nuestro Himno » say the message once more is: We’re all Americans. It will be the lead track on an album about the immigrant experience called « Somos Americanos, » due for release May 16. One dollar from each sale will go to immigrant rights groups, including the National Capital Immigration Coalition, which organized the march on the Mall on April 10.

But critics including columnist Michelle Malkin, who coined « The Illegal Alien Anthem » nickname, say the rendition crosses a line that Hendrix never stepped over with his instrumental version. Transforming the musical idiom of « The Star-Spangled Banner » is one thing, argue the skeptics, but translating the words sends the opposite message: We are not Americans.

« I’m really appalled. . . . We are not a bilingual nation, » said George Taplin, director of the Virginia Chapter of the Minuteman Civil Defense Corps, part of a national countermovement that emphasizes border control and tougher enforcement, and objects to public funding for day-laborer sites. « When people are talking about becoming a part of this country, they should assimilate to the norm that’s already here, » Taplin said. « What we’re talking about here is a sovereign nation with our ideals and our national identity, and that [anthem] is one of the icons of our nation’s identity. I believe it should be in English as it was penned. »

Yet, even in English, 61 percent of adults don’t know all the words, a recent Harris poll found.

Appealing to such symbols of national identity to plug into their profound potency is how new movements compete for space within that identity. During the rally on the Mall, the immigrants and their supporters also waved thousands of American flags and recited the Pledge of Allegiance. But they didn’t translate the pledge into Spanish. They said it in English.

Juan Carlos Ruiz, the general coordinator of the National Capital Immigration Coalition, said there’s not a contradiction. The pledge was printed phonetically for Spanish speakers, and many reciting the sounds may not have understood the meaning. Putting the anthem in Spanish is a way to relay the meaning to people who haven’t learned English yet, Ruiz said.

« It’s part of the process to learn English, » not a rejection of English, he said.

While critics sketch a nightmare scenario of a Canada-like land with an anthem sung in two languages, immigrant rights advocates say they agree learning English is essential. Studies of immigrant families suggest the process is inevitable: Eighty-two percent to 90 percent of the children of immigrants prefer English.

« The first step to understanding something is to understand it in the language you understand, and then you can understand it in another language, » said Leo Chavez, director of Chicano/Latino Studies at the University of California at Irvine. « What this song represents at this moment is a communal shout, that the dream of America, which is represented by the song, is their dream, too. »

Since its origins as the melody to an English drinking song called « To Anacreon in Heaven, » circa 1780, « The Star-Spangled Banner » has had a long, strange trip. Key wrote the poem after watching the bombardment of Fort McHenry in 1814. It became the national anthem in 1931.

At least 389 versions have been recorded, according to Allmusic.com, a quick reference used by musicologists to get a sense of what’s on the market. Now that Hendrix’s « Banner » has mellowed into classic rock, it’s hard to imagine that once some considered it disrespectful. The other recordings embrace a vast musical universe: from Duke Ellington to Dolly Parton to Tiny Tim. But musicologists cannot name another foreign-language version.

« America is a pluralistic society, but the anthem is a way that we can express our unity. If that’s done in a different language, that doesn’t seem to me personally to be a bad thing, » said Michael Blakeslee, deputy executive director of the National Association for Music Education, which is leading a National Anthem Project to highlight the song and the school bands that play it in every style, from mariachi to steel drum.

« I assume the intent is one of making a statement about ‘we are a part of this nation,’ and those are wonderful sentiments and a noble intent, » said Dan Sheehy, director of Smithsonian Folkways Recordings.

Benigno « Benny » Layton wonders. He’s the leader of Los Hermanos Layton, a band of conjunto- and Tejano-style musicians in Elsa, Tex., 22 miles from Mexico. After the Sept. 11, 2001, attacks, he recorded a traditional conjunto version of « The Star-Spangled Banner. » It was instrumental.

« I’m a second-generation American, » Layton said. « I love my country, and I love my [Mexican musical] heritage, and I try to keep it alive. But some things are sacred that you don’t do. And translating the national anthem is one of them. »

Staff writer Richard Harrington contributed to this report.

Voir également:

Poetic License Raises A Star-Spangled Debate
Lara Pellegrinelli
The New York Times

July 03, 2009

Patriotism can mean different things to different people.

On July 1, 2008, jazz singer Rene Marie, flanked by elected officials and civil servants, calmly approached the microphone before Denver’s State of the City address. She was there to perform a time-honored ritual: the singing of the national anthem.

But her arrangement of the Star Spangled Banner left residents divided. The melody was the same, but the words she chose were written by James Weldon Johnson in 1899. They belong to the song « Lift Every Voice and Sing, » also known as « The Black National Anthem. »

Marie is one of the rare artists today who invites comparison with Civil Rights-era singers Nina Simone and Abbey Lincoln. Like them, her devotion to social issues has threatened her career, and raised questions about the role of the artist in society and what it means to be patriotic and African-American.

Indeed, it didn’t take long for state and local politicians to denounce Marie’s Denver performance. Some called it a disgrace.

With a little more than a month until the city hosted the Democratic National convention, then-presidential hopeful Barack Obama was even asked about the incident by the now defunct Rocky Mountain News.

« If she was asked to sing the national anthem, she should have sung that, » Obama said. « ‘Lift Every Voice and Sing’ is a beautiful song, but we only have one national anthem. »

The Power Of Words

To be clear, Marie was specifically invited to sing the national anthem. But she did not sign a contract, and she’d been performing her arrangement for several months. She says the governor and officials from the mayor’s office even heard her sing it at an earlier event.

Marie rejects the idea that dishonesty was at the center of the uproar.

« I can see why they would say it, » Marie says. « But I think if I had sung ‘America the Beautiful’ or ‘My Country ‘Tis of Thee’ instead of the national anthem, nobody would have had anything to say about there being any dishonesty. So it’s not about that. It’s about what I sang. »

Marc Lamont Hill, one of the few news commentators sympathetic to Marie’s actions, says Marie’s Denver performance embodies black patriotism.

« It’s celebrating black progress, black hope, black pride, » Hill says. « But it’s also keenly — fundamentally, even — preoccupied with the obstacles that lay in front of us. That’s reflected not just in that moment, but in the broader political moment, where people are celebrating Barack Obama as president. People are excited that the country has moved forward — but people [are] still keenly aware that there are many, many forms of inequality, unfreedom, suffering [and] marginalization that continue to proliferate in this nation. »

The Source Of Strength

Marie was born in Virginia, a child of the Civil Rights era. All of the schools she attended were segregated. Her mother and father, both teachers, helped integrate a local lunch counter when their daughter was around 8 years old.

« At the Frost Diner — on the bypass in Warrenton, Va., which is still there — there was a sign on the door that said ‘no dogs and no n——s,' » Marie remembers. « And they went in and they were refused service, but no violent incident came about as a result. But the incident that did happen was my father lost his job. He was blackballed and never rehired to teach in the county again. »

A Jehovah’s Witness, Marie began performing professionally only when she left the church — and her marriage — at the age of 42. She had a recording contract within months.

Her compositions take on homelessness, religion and racial injustice. Her arrangement of « The Star-Spangled Banner » with « Lift Every Voice and Sing » is part of a larger suite she calls Voice of My Beautiful Country, which she has made available as a free download.

Fan Mail

The sales of her recordings have been modest, but the response to her performance in Denver was startling: more than 1,600 e-mails. Many African-Americans were offended by her use of the national anthem; some objected to her adaptation of « Lift Every Voice and Sing. »

Other e-mails were laced with racial slurs. A handful were death threats.

« I’ve had so many e-mails, » Marie says, « some of the e-mails saying that ‘The Star Spangled Banner’ is sacred. Oh, really. Maybe it’s sacred to you. That’s fine, that’s cool. But it’s not sacred to me. The guy, the dude who wrote it, he’s a slave owner. »

Francis Scott Key was a plantation owner, and the melody, which so many consider sacred, was borrowed from an English drinking tune. In addition to the e-mails, Marie got phone calls — which she answered.

« I learned a lot, » Marie says. « And I had some really good phone calls from complete strangers. A lot didn’t expect me to answer the phone. They kind of sputtered for the first few seconds. ‘Well, I just wanted to tell you what I thought about it.’ ‘OK, tell me, I’m listening.’

« That’s when I realized you don’t have to agree, but listening sure does go a long way toward peaceful relations — when people feel they are being heard. »

And that’s all Rene Marie is really asking for.

Voir de plus:

Bush Says Anthem Should Be in English
John Holusha
The New York Times
April 28, 2006

President Bush said today that he thought the national anthem should be sung in English, not the Spanish language version released by a recording company recently.

The song, recorded by a chorus of Latin pop stars, is being distributed to Spanish-language radio stations to be played Monday morning to coincide with immigrant rights demonstrations that are scheduled in many cities across the nation.

Speaking to reporters in the White House Rose Garden, Mr. Bush made it clear that he considered the language difference as part of the immigration issue.

After saying he did not consider the anthem sung in Spanish to have the same value as the anthem sung in English, Mr. Bush said: « I think people who want to be a citizen of this country ought to learn English. And they ought to learn to sing the anthem in English. »

Mr. Bush was responding to a question following the release today of the Spanish-language version of the song called « Nuestro Himno » or « Our Anthem. »

Adam Kidron, the British music producer who released the song, responded to Mr. Bush’s comments by saying that it was not intended « to discourage immigrants from learning English and embracing American culture, » according to The Associated Press. « We instead view `Nuestro Himno’ as a song that affords those immigrants that have not yet learned the English language the opportunity to fully understand the character of « The Star-Spangled Banner, » the American flag and the ideals of freedom that they represent. Mr. Bush also addressed one of the goals of Monday’s demonstrations: a show of force by immigrants who hope to demonstrate their economic power by staying home from work and boycotting stores.

« I am not a supporter of boycotts, » Mr. Bush said. « I am a supporter of comprehensive immigration reform. »

Congress is currently wrangling over the question of how to deal with people who, though not legal residents of the country, provide vital labor in agriculture, construction and service industries.

The House of Representatives has passed a bill that would strengthen border security and make being in the country illegally a felony. The Senate has considered, but not yet adopted a milder approach, that would provide a path to citizenship for those who have been in the country the longest. Mr. Bush has said he prefers the Senate version.

Voir de même:

Investiture: Beyoncé a fait du playback
Le Figaro/AFP
31/01/2013

La chanteuse Beyoncé a affirmé aujourd’hui avoir chanté l’hymne national, lors de l’investiture du président Barack Obama, sur sa propre voix déjà enregistrée. Mais « je chanterai en direct dimanche », lors du spectacle à la mi-temps du Super Bowl dont elle est la vedette, a affirmé la chanteuse lors de la conférence de presse consacrée à la finale de la Ligue professionnelle de football américain (NFL) qui a lieu à la Nouvelle-Orléans (Louisiane, sud).

La chanteuse était soupçonnée d’avoir chanté le « Star Spangled Banner » en play-back devant les centaines de milliers de personnes présentes à Washington le 21 janvier pour l’investiture du président, après que le corps des Marines eut indiqué que son orchestre avait joué en play-back. « Je chante toujours en direct », a-t-elle affirmé, « mais je n’ai malheureusement pas pu répéter pour l’investiture avec l’orchestre (des Marines) parce que j’étais en train de répéter pour le Super Bowl ».

« Dans ces cas-là, on vous fait enregistrer une bande, au cas où il y ait un problème, j’ai donc chanté sur la bande enregistrée », a-t-elle dit. Pour montrer sa belle voix jeudi, Beyoncé a démarré son intervention lors de sa grande conférence de presse par un « Star Spangled Banner » chanté a cappella après avoir demandé à la presse de se lever.

Voir aussi:

Obama Says Flag Flap a Dirty Trick
Ed O’Keefe
ABC News
Nov 7, 2007

ABC News’ David Wright and Sunlen Miller Report: At a town hall meeting Wednesday an Iowa voter asked Senator Barack Obama, D-Ill., about the numerous emails she has received with photos purporting to show Obama « refusing » to pledge allegiance to the flag.

« You’re standing with your arms folded and Hillary’s got her hand on her heart, » she said, adding that she received so many of these emails she is sick of them.

Obama shook his head and smiled.

« This was not during the pledge of allegiance, » Obama said of the picture taken at Senator Tom Harkin’s, D-Iowa, annual steak fry and first published by Time.  « A woman was singing the Star Spangled Banner when that picture was taken.

See the original photo by clicking here.

« I was taught by my grandfather that you put your hand over your heart during the pledge, but during the Star Spangled Banner, you sing! » Obama said.

ABC News has video of the event in question which can be viewed by clicking here.

Obama called the circulation of such pictures a « dirty trick » and mentioned other emails accusing him of being « a Muslim plant. »

« I have been pledging allegiance since I was a kid, » Obama said.

Obama advised his supporters who receive such emails to ignore them.

« Just tell whoever sent it, » Obama told the crowd, « they’re misinformed. »

Voir de plus:

Obama’s Flag Pin Flip-Flop?
Jay Newton-Small/Washington
Time
May 14, 2008

In case you missed it, Barack Obama’s American flag lapel pin is back. How long it will stay on is anyone’s guess.

This week, after eschewing the patriotic symbol for quite some time, Obama started wearing the pin to selected events. On Tuesday, he was sans pin on the Senate floor, but then later donned it while speaking to working-class voters in Missouri during the evening. « I haven’t been making such a big deal about it. Others have. Sometimes I wear it, sometimes I don’t, » Obama said. « We were talking with a group of veterans yesterday. Over the last several weeks people have been handing me flag pins. I thought it was appropriate. » Asked if he will continue to wear the pin, Obama said, « If it ends up being on another suit, I might leave it one day, but it’s something that I’ve done before and I’ll certainly wear it again. »

Obama may make it sound like just a random fashion choice, but there is a large swath of Americans who take symbols like the pledge of allegiance, the national anthem, and, yes, the flag in its many iterations very seriously. And, as former Clinton adviser Doug Schoen pointed out in an op-ed in the Wall Street Journal this week, these are people — mostly white working-class folk — whom Obama can ill afford to offend given his losses in Ohio, Pennsylvania and West Virginia.

The pin saga started on October 3, 2007 when a local ABC reporter asked Obama why he didn’t wear one. Instead of the standard Beltway refrain, « My patriotism speaks for itself, » Obama launched into a long explanation of his decision-making process: « The truth is that right after 9/11, I had a pin. Shortly after 9/11, particularly because as we’re talking about the Iraq war, that became a substitute for, I think, true patriotism, which is speaking out on issues that are of importance to our national security, » Obama said in Cedar Rapids, Iowa. « I decided I won’t wear that pin on my chest. Instead I’m going to try to tell the American people what I believe what will make this country great and hopefully that will be a testimony to my patriotism. »

It didn’t take long for opponents and Republicans to jump on the idea that Obama wasn’t as patriotic as he could be, prompting the Illinois Senator the next day to clarify his remarks. « After a while, you start noticing people wearing a lapel pin, but not acting very patriotic. Not voting to provide veterans with resources that they need. Not voting to make sure that disability payments were coming out on time, » he told a crowd in Independence, Iowa. « My attitude is that I’m less concerned about what you’re wearing on your lapel than what’s in your heart. »

The furor died down and Obama went pin-less for the better part of six months until April 15, when a veteran in a town hall meeting outside of Pittsburgh handed him a pin and asked him to wear it, which Obama did for the rest of that day. The reemergence of the pin led to a much-ridiculed question on the issue at a much-ridiculed ABC debate later that week. « I have never said that I don’t wear flag pins or refuse to wear flag pins, » Obama explained. « This is the kind of manufactured issue that our politics has become obsessed with and, once again, distracts us from what should be my job when I’m commander-in-chief, which is going to be figuring out how we get our troops out of Iraq and how we actually make our economy better for the American people. »

Obama is not the only candidate to wear the pin intermittently. Rival Hillary Clinton is often without it. When asked she simply says, « There are many ways to show your patriotism. » The only G.O.P. candidate to wear the pin faithfully was Rudy Giuliani. Is it fair that Obama is singled out for pin scrutiny? Probably not. But it’s likely that Obama’s pin will keep sticking him until he brings some consistency to his lapels.

Voir par ailleurs:

Star Spangled Banner Myths Debunked
Scott Wilson
ABC news

Jul 4, 2014

Have you ever heard that the national anthem was originally written as a drinking song? Or that its writer came up with the lyrics as he was held prisoner aboard a British ship?

This year marks the 200th anniversary of “The Star-Spangled Banner,” written by Francis Scott Key in 1814.

To celebrate the occasion, the Library of Congress held a symposium examining the origins of the ballad, featuring one expert who attempted to debunk many misconceptions about the patriotic tune.

MYTH ONE: “Francis Scott Key was held prisoner aboard a British ship during the Battle of Baltimore.”

Key was actually aboard an American ship during the Battle of Baltimore. He was on a diplomatic mission to negotiate with the British before the battle.

“When the battle starts they move him back to his American ship, which is fully crewed for a diplomatic mission,” Mark Clague, associate professor of Music, American Culture, and African American Studies at the University of Michigan, recounted. “The idea we have that he was sort of locked in his cell, lonely, reaching into his pocket for a scrap of paper — you don’t show up in a diplomatic mission without lots of paper to write the next treaty.”

MYTH TWO: “Francis Scott Key wrote a poem later set to music by someone else.”

Clague argued that this commonly held belief is also a myth. “The Star-Spangled Banner” was actually written by Key to the melody of “When the Warrior Returns,” Clague said, adding that Key’s initial intent was for a fast-tempo anthem, as evident by Keys’ original notes, which called for “con spirito,” which means with spirit.

“The Star-Spangled Banner” shares a very unique rhyme scheme with “The Anacreontic Song,” a popular melody at the time, Clague noted, asserting that this must have been intentional.

MYTH THREE: “The national anthem is based on a bawdy old drinking song.”

“The Anacreontic Song” was actually sung at the start of the Anacreontic Society’s meetings — a gentlemen’s club at the time. Though it was first performed at the Crown and Anchor Tavern in London, Clague claims that “It was a very fashionable restaurant. It had a ballroom that held 200 people which you could hold a two-hour symphony concert in — which was how you started a meeting of the Anacreontic Society.”

Modeling “The Star-Spangled Banner” after “The Anacreontic Song” would have been “hip and current,” at the time, according to Clague.

Following the symposium, the Library of Congress celebrated the national anthem with a concert where internationally renowned baritone Thomas Hampton preformed a set of American patriotic music, including “Yankee Doodle,” “America the Beautiful,” and of course, “The Star-Spangled Banner.”

Hampton’s vocals were accompanied by piano, the University of Michigan Alumni Chorus, as well as encouraged audience participation.

And the star-spangled fun is not over yet. On July 4, conductor John Williams is debuting a new arrangement of “The Star-Spangled Banner,” featuring choirs, trumpets, an orchestra and cannons on the National Mall, the Associated Press reports.

Voir aussi:

The Many Sides Of ‘The Star Spangled Banner’
Felix Contreras

January 20, 2009

The symbols of patriotism are everywhere in the nation’s capital, marking this week’s historic transition of power. Flags fly high and historic monuments gleam white in the chilly air; soon, music will flow from loudspeakers and from real musicians. It’s almost certain that, at some point, the shivering masses in attendance will be treated to a rousing rendition of « The Star Spangled Banner. » It signals the start of most sporting events, so why not a new presidential administration?

The story of Francis Scott Key’s « Star Spangled Banner » is the stuff of grade-school history books. But the song has inspired some memorable interpretations in the recent past, as each performer imbues it with a personal take on patriotism. Here are five (among many others) that stand out.
The Many Sides Of ‘The Star Spangled Banner’

Jimi Hendrix
Artist: Jimi Hendrix
The Star Spangled Banner
From: Jimi Hendrix at Woodstock 1969
It’s obvious what all the fuss was about over Jimi Hendrix’s performance during the closing hours of Woodstock in August 1969. Some saw it as an update on patriotism — stars and stripes turned psychedelic — while others couldn’t even recognize the melody. Hendrix famously told talk-show host Dick Cavett that he didn’t mean any harm by it; that, in fact, he thought it was « pretty. » Many still hear in it the tragic power of bombs bursting and rockets glaring. A whole new generation experiencing another controversial war can hear the bittersweet emotion of men and women dying for their country through the tenderness of his interpretation of the melody. Musically, it was a shot heard ’round the world, as it changed « The Star-Spangled Banner » from a marching-band piece into a vehicle for solo electric guitar.

Watch Hendrix perform at Woodstock in 1969.

Jose Feliciano
Artist: Jose Feliciano
The Star Spangled Banner
From: Jose Feliciano at the 1968 World Series
Jose Feliciano became a pop-music crossover hitmaker after 1968’s Feliciano, seeded with his spellbinding reworking of The Doors’ « Light My Fire, » hit the Top 5. That same year, his performance of « The Star-Spangled Banner » at the start of the fifth game of the World Series in Detroit set off a controversy. He didn’t change the words, he didn’t alter the melody, and he didn’t sing it in Spanish. But, during a time when our country was intensely divided over the Vietnam War, the « us vs. them » mentality spread to a blind Puerto Rican pop star offering a guitar-and-voice interpretation of the National Anthem. Radio stations stopped playing his records after that, and he’s said that he continues to receive negative feedback. Today, it’s hard to hear what the fuss was about: The performance was a perfect mix of folk, soul and love of country.

Watch Feliciano perform at the World Series in 1968.

Marvin Gaye
Artist: Marvin Gaye
The Star Spangled Banner
From: Marvin Gave at the 1983 NBA All-Star Game
Marvin Gaye’s take on « The Star Spangled Banner » during the 1983 NBA All-Star game was a perfect example of his complicated genius. The duality of an artist capable of writing anthems to urban angst (« What’s Going On ») and to the pleasures of the flesh (« Let’s Get It On ») is magnificently reflected in a performance that made patriotism almost sensual. Consider the particulars of the performance: The NBA was experiencing probably its greatest popularity, and Marvin Gaye had just scored yet another career revival with his uber-hit « Sexual Healing. » With a slow-burning rhythm track, Gaye used every nuance of his vocal talent to bring the crowd to a rapturous celebration of our collective history. Still, there were many who found it offensive at best, a disgrace at worst. But listen to the crowd at the end. Are they cheering Gaye, or the sentiment of living in the home of the brave?

Watch Gaye perform at the 1983 NBA All-Star game.

Rene Marie
Artist: Rene Marie
The Star Spangled Banner
From: Rene Marie at Denver’s State of the City mayoral address 2008
Last year, jazz vocalist Rene Marie was invited to perform « The Star-Spangled Banner » before the city of Denver’s State of the City mayoral address. Which is sort of what happened. Marie did indeed sing the melody we all recognize, but she inserted the words to « Lift Every Voice and Sing » into it. « Lift Every Voice, » also known as « The Negro National Anthem, » was written as a poem by James Weldon Johnson and then set to music by his brother, John Rosamond, in the early 1900s. It was adopted by the NAACP in 1919 and eventually became widely popular during the American civil-rights movement. Marie’s substitution set off a firestorm of controversy; the governor of Colorado called it « disrespectful. » Marie, who grew up in a segregated town, says that the arrangement is part of a larger suite incorporating various patriotic songs — all meant as her expression of love and hope for the country.

Watch Marie perform at Denver’s State of the City mayoral address in 2008.

Whitney Houston
Artist: Whitney Houston
The Star Spangled Banner
From: Whitney Houston at Super Bowl XXV in 1991
The 1991 Super Bowl included what should have been a routine pre-game performance by yet another talented vocalist taking on the challenge of a notoriously difficult tune. But something happened. Maybe it was the pre-song dedication to the soldiers fighting in the Gulf War, maybe it was the brilliant arrangement of the orchestra and singer, maybe it was Whitney Houston’s vocal prowess, and maybe it was the roar of the crowd as Houston worked her way through the emotions of all of the above. Whatever it was, the end result was a performance so inspirational that it was released commercially (for charity) and climbed to No. 20 on the Billboard pop charts. It was reissued 10 years later after Sept. 11, 2001, and climbed all the way to No. 6.

Watch Houston perform at the Super Bowl in 1991.

Voir par ailleurs:

Books Chapter & Verse
Why America forgets the War of 1812
Author Don Hickey discusses the reasons for the conflict and how it’s remembered by our northern neighbors.

Randy Dotinga

The Christian Science monitor

June 8, 2012

Quiz time! Remember that famous movie about the War of 1812? You know, the one with that one big star and the other big star?

You don’t. No one does since there hasn’t been one. In fact, the conflict has only inspired two or three films, and those are largely forgotten. (It probably didn’t help that the 1958 one starring 12,000 extras and Charlton Heston as Andrew Jackson was envisioned as a musical.)

It wasn’t that the War of 1812 lacked drama. Our nation’s capital actually got invaded, and the Battle of New Orleans actually occurred after a peace treaty has been signed thanks to the lack of rapid communication.

Even so, the war — which actually lasted from 1812-1815 — just hasn’t fired up our imaginations.
What gives? As the war reaches its bicentennial this month, I called Don Hickey, professor of history at Wayne State College in Nebraska, to ask him that question.

He’s the author of 1989’s epic « War of 1812: A Forgotten Conflict, » which was updated and revised for a reissue this year. Hickey talked about the reasons for the war, the way our neighbors to the north look at it (they got invaded, after all) and the reasons why we could have avoided this conflict entirely.

Q: Why don’t we remember the War of 1812 very well?

A: It’s forgotten because the causes don’t resonate much today.

We went to war to force the British to give up the removal of seamen from our ships and restrictions on our trade with Europe.

Nowadays, nobody goes to war to uphold maritime rights.

And to confuse the issues of causes, we invaded Canada.

We could not challenge Britain on the high seas, so we thought we’d conquer Canada and force concessions on the maritime front. That made it look like a land grab, and that’s the way it’s looked at north of the border.

Q: Do you think we lost the War of 1812, making it one of very few defeats for the United States in major conflicts?

A: By my count, we lost the War of 1812 and we lost Vietnam.

That’s not a widely held opinion in the United States about the War of 1812. The common view is that the war ended in a draw.

But we invaded Canada in 1812 and in 1813, and in the west in 1814, and all three invasions pretty much ended in failure. It doesn’t look like we achieved our war aims.

Q: At the time, Britain was busy with a giant conflict of its own, a war with France that made it crack down on shipping. But the war definitely concentrated minds in Canada, which got invaded. How is the war remembered in Britain and Canada?

A: Let me give you an old saw, a loose paraphrase of what a Canadian historian once said: Everybody’s happy with the outcome of the war. Americans are happy because they think they won, the Canadians are happy because they know they won and avoided being swallowed up by the United States, and the British are happiest because they’ve forgotten all about it.

He didn’t mention the biggest losers, who were the Indians.

Q: What happened to the Indians?

A: I estimate the American deaths were 20,000, the British at 10,000, and Indians at maybe 7,500, but that was a much larger proportion of their population.

They lost two decisive wars, one in the old Northwest (the area around Ohio, Indiana, Illinois, Michigan and Wisconsin) and one in the old Southwest (mostly Alabama, Georgia and Mississippi). That really opened the door to American expansion, and they were left without any allies that they could line up with against the U.S.

Q: Other American wars in the 19th century were largely about grabbing territories. Was that the case here?

A: If you think of this as a land grab, it fits into a larger history of American expansion. But that’s not what caused this war.

Canada wasn’t the end. It was the means. The end was to force Britain to give up their maritime activities.

Q: What can we learn from this war today?

A: The importance of military preparedness.

We were woefully unprepared for this war. The Republicans were anticipating what one anti-war Republican expected would be a holiday campaign — that Canada is to conquer herself through the principles of fraternity.

Q: Sounds like something that we heard from Vice President Dick Cheney about the Iraq War, that we’d be « greeted as liberators, » right?

A: That was the view. Also, we had a huge 15-1 population advantage.

Q: What went wrong?

A: Our military establishment was woefully unprepared and there were a lot of incompetent officers. Soldiers were recent enlistees who were ill-trained and without combat experience.

We faced a formidable foe — a tough army in Canada aided by Indian allies who played a significant role in the defense of Canada — and the logistical challenges of waging war on a distant frontier.

Q: Outside of the Revolutionary War, this is the only war in which the U.S. was invaded by a foreign power. Many people know about the burning of the White House in 1814, and the first lady, Dolley Madison, is often credited with saving the portrait of George Washington. Is there anything about the invasion that we misunderstand today?

A: The popular view is that Washington D.C. was burned, but they only burned the White House, the Capitol, and the state and treasury department. We burned the Naval Yard to keep it out of their hands during our withdrawal.

That was undoubtedly the low point of the war. But it was followed a month later by one of the high points, when the British threatened Baltimore but the Royal Navy couldn’t subdue Fort McHenry. That inspired the writing of « The Star Spangled Banner. »

And then, in the last great campaign, the British were decisively defeated at New Orleans, and that was a game changer in how we remember the war.

Q: Why does this war fascinate you?

A: I was intrigued because as a graduate student, it seemed to me that it was an ill-advised war. But people in academia thought it was just ducky even though they were dead set against the war in Vietnam.

The Federalists made the anti-war argument in the 1812 era, and these modern academics regarded them as a bunch of throwbacks and elitists. That’s not true. They had a pretty coherent program of military and financial preparedness and avoiding war with Great Britain.

Q: What alternative was there to war in 1812?

A: Peace is the alternative. You don’t have to go to war.

You live with the consequences of the world war in Europe. We’re making money, we’re doing OK, and our rights are going to be encroached on by both sides. That’s life in the big city. Nobody really threatened our independence. You just wait for the war in Europe to end, and the problems go away.

Randy Dotinga is a Monitor contributor

Voir enfin:

9 Weird Facts You Probably Didn’t Know about the Star-Spangled Banner

Today the Star Spangled Banner celebrates its 200th birthday and here are a few factoids about the tune that became our national anthem.

1.The Star Spangled Banner didn’t become the national anthem until after a Mrs. Holloway and Congressman Charles Linthicum of Baltimore, Maryland spent 20 years lobbying for it to happen.

The songs “Hail Columbia” and “Yankee Doodle” were the patriotic songs following the War of 1812, but as the Civil War began, the Union troops adopted it as their song

2. It took 40 attempts to pass the bill declaring the “Star-Spangled Banner” our national anthem, before it was finally signed by President Herbert Hoover in 1931.

http://www.cbsnews.com/common/video/cbsnews_video.swf

3. Like many writers, Francis Scott Key kinda plagiarized some stuff from Shakespeare…

A Midsummer Night’s Dream: “by spangled star-light sheen”
The Taming of the Shrew: “what stars do spangle heaven with such beauty”

4. Rosanne actually really regrets the way she sang the song that one time…

http://www.cnn.com/video/api/embed.html#/video/us/2012/08/10/piers-intv-roseanne-career-regret.cnn
“I wish I had done it better,” said a remorseful Rosanne to Piers Morgan on CNN. “Of course, the ‘Star Spangled Banner’ is a huge regret that pretty much was hard to come back from. A huge – like, you know, something probably I regret that as for my career mistakes. And in my personal life, there are about 3,000 things I regret and wish I’d done better.”

5. The line on our money “In God We Trust” is actually not from the Illuminati but instead the song’s 4th verse.

“Then conquer we must, when our cause it is just, And this be our motto: ‘In God is our trust.’”

6. There is no 6th verse about beating people with chains and burning eyes out with flames… that was from the Onion.

http://www.theonion.com/videos/embed?id=324

7. It sat rotting in some dude’s attic for years with people taking little clippings off of it. We’re still locating fragments today.

StarSpangledBanner
“It was such a monumental moment in time that people felt they wanted to hold a piece of that history,” said Jennifer Jones, a curator who oversees the flag at the Smithsonian’s National Museum of American History.

8. It’s not an easy song to sing, the stakes are high, and there are a ton of people usually waiting for you to mess it up.

Watch for the 50 second mark here as Michael Bolton illustrates:

He totally pulls a Sarah Palin. In 2006 my friend Jana and I were at a women’s event on behalf of a candidate way out in somewhere Kansas. The woman hosting the event mentioned the woman who was supposed to sing the Star-Spangled Banner didn’t show up. Jana studied music and had an amazing voice. While she warmed up over a cigarette outside with the US Senate candidate at the time he wished her luck saying, “Don’t forget the words.” It happened for her on the lines “oh say does that star-spangled banner yet wave.”

My favorite comedian Eddie Izzard has a few pointers if you ever have to sing it (fast forward to the 30 second mark and then the 3:30 mark):

9. The right-wing ice cream alternative to Ben & Jerry’s is called Star Spangled Ice Cream.

Once located in Arlington, Virginia, the Star Spangled Ice Cream Company offered flavers like: I hate the French Vanilla, Iraqi Road, Smaller GovernMint, and Nutty EniviroMintalist. It’s unclear if they’re still in business, as they don’t have a website or any news stories about them for the last several years. But… that’s the good old fashioned free market for ya!

BONUS: Robin Williams AS the American Flag:

H/T: CTVNews, FreeRepublic

The Star-Spangled Banner (La Bannière étoilée)


O say, can you see by the dawn’s early light Ô, dites-moi, voyez-vous aux premières lueurs de l’aube
What so proudly we hailed at the twilight’s last gleaming? Ce que nous acclamions si fièrement aux dernières lueurs du crépuscule ?
Whose broad stripes and bright stars through the perilous fight, Dont les larges bandes et les étoiles brillantes, que durant la bataille périlleuse,
O’er the ramparts we watched were so gallantly streaming? Par-dessus les remparts nous regardions, flottaient si fièrement ?
And the rocket’s red glare, the bombs bursting in air Et l’éclat rouge des fusées, les bombes explosant dans les airs,
Gave proof through the night that our flag was still there. Prouvaient tout au long de la nuit que notre drapeau était toujours là.
O, say does that star-spangled banner yet wave Ô, dites-moi, est-ce que la bannière étoilée flotte encore
O’er the land of the free and the home of the brave? Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux ?
On the shore, dimly seen through the mists of the deep Sur nos côtes, cachées par les brumes épaisses,
Where the foe’s haughty host in dread silence reposes, Où les orgueilleuses armées ennemies reposent dans un silence de mort,
What is that which the breeze, o’er the towering steep, Qu’est-ce que cette brise intermittente, le long du versant,
As it fitfully blows, half conceals, half discloses? Nous dévoile et nous cache ?
Now it catches the gleam of the morning’s first beam, À présent elle capture l’éclat du premier rayon de soleil,
In full glory reflected now shines in the stream Nous le renvoie dans toute sa gloire, maintenant elle brille dans le vent
Tis the star-spangled banner! Oh long may it wave C’est la bannière étoilée ! Oh puisse-t-elle longtemps flotter
O’er the land of the free and the home of the brave. Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux.
And where is that band who so vauntingly swore Et où est cette horde qui jurait dédaigneusement
That the havoc of war and the battle’s confusion, Que les foudres de la guerre et la désolation des combats
A home and a country should leave us no more! Ne nous laisseraient ni terre ni patrie !
Their blood has washed out of their foul footsteps’ pollution. Leur sang a purifié la terre qu’ils ont foulée.
No refuge could save the hireling and slave Aucun refuge n’a pu sauver leurs mercenaires et leurs esclaves
From the terror of flight and the gloom of the grave De la terrible déroute et de la misère de la tombe
And the star-spangled banner in triumph doth wave Et la bannière étoilée dans son triomphe flotte
O’er the land of the free and the home of the brave. Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux.
O! thus be it ever, when freemen shall stand Ô ! Qu’il en soit toujours ainsi, que les hommes libres protègent
Between their loved home and the war’s desolation! Leur patrie chérie des désolations de la guerre !
Bles’t with victory and peace, may the heaven rescued land Bénie par la victoire et la paix, que la patrie protégée par le ciel
Praise the Power that hath made and preserved us a nation. Loue le Puissant qui a créé et préservé notre nation.
Then conquer we must, when our cause it is just, Alors nous vaincrons, car notre cause est juste,
And this be our motto: « In God is our trust ». Et ce sera notre devise : « En Dieu est notre foi ».
And the star-spangled banner in triumph shall wave Et la bannière étoilée dans son triomphe flottera
O’er the land of the free and the home of the brave. Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux.

American sniper: Attention, un tueur peut en cacher un autre (If killing 160 with a sniper rifle is murder, what do you call killing more people with drones than died on 9/11 ?)

28 janvier, 2015
https://i0.wp.com/i1.mirror.co.uk/incoming/article5016926.ece/alternates/s615/American-sniper-murder-poster.jpg
https://i1.wp.com/www.outsidethebeltway.com/wp-content/uploads/2014/11/500-drone-strikes-detailed-estimates-us-targeted-killings-and-fatalities.jpghttps://i1.wp.com/www.bokbluster.com/wp-content/uploads/2012/06/120601obama-kill-cards.jpghttps://i0.wp.com/www.bollyn.com/public/Obama_as_Judge_Jury_Executioner.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2012/06/dr-strange-drone-cartoonkhalilbendib-creativecommons.jpg?w=450&h=335O-Roosevelt-Drone
Les frères Jonas sont ici ; ils sont là quelque part. Sasha et Malia sont de grandes fans. Mais les gars, allez pas vous faire des idées. J’ai deux mots pour vous: « predator drones ». Vous les verrez même pas venir. Vous croyez que je plaisante, hein ? Barack Obama
C’est comme si on avait créé un énorme marteau qui cherche frénétiquement des clous à enfoncer. Membre du JSOC
The ideal thing would be if I knew the number of lives I saved, because that’s something I’d love to be known for. But you can’t calculate that. Chris Kyle
Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires. Michael Moore
Ce qu’on essaye de dire c’est que deux hommes ont tué 12 personnes dans une attaque contre les bureaux d’un magazine satirique. C’est assez, on sait ce que ça veut dire et ce que c’est. (…) Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont des meurtres, des attentats et des fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, que d’utiliser le mot ‘terroriste. (…) Les Nations Unies ont bataillé pendant plus d’une décennie pour tenter de définir le mot et ils ont échoué. C’est très difficile de le faire. Tarik Kafala (BBC en arabe)
Selon Tarik Kafala, on peut très bien rendre compte de « l’horreur » et « des conséquences humaines » d’un « acte de terreur » sans employer le fameux mot. Le patron de la version arabophone est ainsi assez proche des règles strictes d’emploi de ce mot définies par la BBC. La charte utilisée par le groupe de télévision britannique, si elle ne bannit pas le terme, invite ainsi ses journalistes à « bien réfléchir » avant de l’utiliser à l’antenne. The Independent
« Il n’y a pas d’interdiction du mot ‘terroriste à la BBC’. Nous préférons cependant une description la plus précise possible », a précisé un porte-parole du groupe audiovisuel au Daily Mail. Et d’ajouter : « Le patron de la version arabophone ne faisait que rappeler les directives éditoriales de la charte de la BBC ». Daily Mail
Aux Etats-Unis, un vaste mouvement pour obtenir la déclassification de documents secrets concernant les attentats du 11 septembre 2001 prend une ampleur sans précédent. L’objet de la polémique tient en 28 pages dans le rapport du Congrès de 585 pages sur la tragédie qui ont été censurées avant sa parution en décembre 2002. Ce court passage pointerait les responsabilités directes ou indirectes de l’Arabie Saoudite, allié traditionnel des Etats-Unis au Moyen-Orient, dans ces attentats. (…) D’après le sénateur Bob Graham, les 28 pages censurées à la demande de l’administration Bush, démontreraient que l’Arabie Saoudite aurait participé au financement des attaques terroristes de 2001. Toujours selon Bob Graham, les documents mettraient en cause le consulat saoudien à Los Angeles, l’ambassade d’Arabie Saoudite à Washington ainsi que de riches Saoudiens installés à Sarasota en Floride. Paris Match
Qu’est donc devenu cet artisan de paix récompensé par un prix Nobel, ce président favorable au désarmement nucléaire, cet homme qui s’était excusé aux yeux du monde des agissements honteux de ces Etats-Unis qui infligeaient des interrogatoires musclés à ces mêmes personnes qu’il n’hésite pas aujourd’hui à liquider ? Il ne s’agit pas de condamner les attaques de drones. Sur le principe, elles sont complètement justifiées. Il n’y a aucune pitié à avoir à l’égard de terroristes qui s’habillent en civils, se cachent parmi les civils et n’hésitent pas à entraîner la mort de civils. Non, le plus répugnant, c’est sans doute cette amnésie morale qui frappe tous ceux dont la délicate sensibilité était mise à mal par les méthodes de Bush et qui aujourd’hui se montrent des plus compréhensifs à l’égard de la campagne d’assassinats téléguidés d’Obama. Charles Krauthammer
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants. (…) But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued. NYT
NATO didn’t just target the Taliban leadership, but also eliminated mid- and lower-level members of the group on a large scale. Some Afghans were only on the list because, as drug dealers, they were allegedly supporting the insurgents. (…) The operations were based on the lists maintained by the CIA and NATO — Obama’s lists. The White House dubbed the strategy “escalate and exit.” McChrystal’s successor, General David Petraeus, documented the strategy in “Field Manual 3-24″ on fighting insurgencies, which remains a standard work today. Petraeus outlined three stages in fighting guerilla organizations like the Taliban. The first was a cleansing phase …. Behind closed doors, Petraeus and his staff explained exactly what was meant by “cleansing.” German politicians recall something that Michael T. Flynn, the head of ISAF intelligence in Afghanistan, once said during a briefing: “The only good Talib is a dead Talib.” Under Petraeus, a merciless campaign began to hunt down the so-called shadow governors and local supporters aligned with the Islamists.(…) According to the NSA document, in October 2008 the NATO defense ministers made the momentous decision that drug networks would now be “legitimate targets” for ISAF troops. “Narcotics traffickers were added to the Joint Prioritized Effects List (JPEL) list for the first time,” the report reads. In the opinion of American commanders like Bantz John Craddock, there was no need to prove that drug money was being funneled to the Taliban to declare farmers, couriers and dealers as legitimate targets of NATO strikes. In early 2009, Craddock, NATO’s Supreme Allied Commander for Europe at the time, issued an order to expand the targeted killings of Taliban officials to drug producers.(…) The documents, [attorney Jennifer Gibson] notes, also show that the “war on terror” was virtually conflated with the “war on drugs.” Der Spiegel
The problem I have with drone strikes using metadata only is that they are not making sure of their targets this way. You need to have content not just metadata to know that it is your target. Humint could point you to a bad guy; but, even then, you still need to have content to insure that is the same guy using the phone or originating the e-mail. This is why I call the strikes by metadata alone an “undisciplined slaughter.” Bill Binney
Using media reporting and anonymous leaks by US, Pakistani, and Yemeni officials, Reprieve identified 41 men who have been targeted for death as part of President Obama’s personally supervised Kill List. Reprieve found that each of these men “was targeted and/or reported killed more than three times on average before they were actually killed.” But while these individuals survived several attempts on their lives, others were reported dead. This led Reprieve to ask, “With each failed attempt to assassinate a man on the Kill List, who filled the body bag in his place?” Reprieve thoroughly answers that question. In attempting to kill 41 identified men, as many as 1,147 people may have been killed or – according to Bureau of Investigative Journalism research – one quarter of the total 4,400 people killed in drone strikes in Pakistan and Yemen. A further calculation tells us that strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.” Reprieve concludes that seven of the 41 men are likely still alive, and one other died of natural causes. If this is true, it would mean that 1,147 people have been killed in order to kill 33 individuals on President Obama’s Kill List – or 35 « other people” for each of the 33. Twenty-four of the 41 men targeted were in Pakistan. In the numerous attempts on their lives, 874 others were killed of whom 142 were children. This bears repeating. In an effort to assassinate 24 men, 142 children were killed. There are four individual Pakistani cases in Reprieve’s report that stand out as particularly disturbing. The attempts to target these four resulted in 213 others killed, including 103 children. Three of the four men are likely still alive, and the fourth is the man who died of natural causes previously mentioned. What does all this mean? Whether we apply international humanitarian law (also known as the laws of war) or international human rights law, it seems clear that the Obama administration has egregiously violated international law. The Obama administration insists that international humanitarian law (IHL) is the applicable law because it claims the US is involved in an armed conflict. IHL has weaker restraints on the use of lethal force than does international human rights law, but it does require that lethal force be discriminate and proportionate. The principles of distinction and proportionality are recognized as customary law and are codified by the Geneva Conventions. The principle of distinction requires that when determining whether to launch an attack against a perceived threat, civilians must be distinguished from combatants. The principle of proportionality prohibits “an attack which may be expected to cause incidental loss of civilian life, injury to civilians, damage to civilian objects, or a combination thereof, which would be excessive in relation to the concrete and direct military advantage anticipated.” (…) I would argue that the repeated attempts to kill each of these 41 men, despite the large number of innocent people being killed, demonstrate that these were not isolated incidents carried out by rogue drone pilots. Based on IHL’s requirements and the severity of the violations, these could be classified as war crimes. While the Obama administration claims that IHL is the only law that applies to drone strikes in Pakistan and Yemen, Christof Heyns, UN Special Rapporteur on Extrajudicial, Summary or Arbitrary Executions, has made it clear that “international human rights law continues to apply during armed conflict, as a complement to international humanitarian law.” This does not mean that human rights law restricts the use of lethal force against known participants in hostilities. What it does mean, however, is that the most fundamental of human rights -— the right to life —- is not discarded when waging war. Yet, the Obama administration has arbitrarily deprived hundreds of children of their lives in attempts to kill 41 men. Following the shocking murder of more than 130 children by the Taliban in Pakistan, Secretary of State John Kerry said: “[T]his morning, wherever you live, wherever you are, those are our children, and this is the world’s loss. This act of terror angers and shakes all people of conscience, and we condemn it in the strongest terms possible. The perpetrators must be brought to justice.” Secretary Kerry and the Obama administration seem incapable of recognizing their own hypocrisy. Apparently, empathy for the loss of innocent lives is reserved for those killed by “the enemy.” Of course, the response to such criticism is easily anticipated: “They [the Taliban] intend to kill innocent people; we only kill innocent people by accident.” Years from now, will the Senate issue a “targeted drone attack” report? Even if there is a “drone report,” how will our public debate be framed? Will the debate be framed as one over the effectiveness of drone strikes? Or, rather, over the immorality and illegality of treating innocent civilians – including children – as expendable objects? Jeff Bachman
Obama vastly expanded the use of targeted killing – with drones, manned bombers and military raids [and] has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders. Obama’s targeted killings off the battlefield are not only illegal and immoral; they also make us less safe due to the blowback from those who have lost family and friends. There was not much opposition to these killings among the American people. But when a Department of Justice white paper was leaked and Americans learned that US citizens could also be targeted, people were outraged. That selective outrage motivated Archbishop Desmond Tutu to write a letter to The New York Times pointing out the hypocrisy. I thus invited him to write the foreword to the book, and he graciously agreed. I thought a collection with contributions on different aspects of this policy would be useful. The book explores legal, moral and geopolitical issues raised by the US policy of targeted killing. (…) Like torture, the use of targeted killing off the battlefield is illegal. Both practices are immoral as well. We have seen the atrocious program of torture conducted during the Bush administration. Drones flying overhead terrorize entire communities. They kill thousands of people. The US government engages in « double taps, » in which those rescuing the wounded from the first strike are targeted. This practice should be called the « triple tap, » as mourners at funerals for those fallen by the drone bombs are also targeted. Neither torture nor targeted killings make us safer; in fact, they increase hatred against the United States. Professor Richard Falk discusses in his chapter why drones are more dangerous than nuclear weapons. Nuclear weapons have not been used since 1945 except for deterrence and coercive diplomacy. But drones are unconstrained by any system of regulation. (…) The United Nations special rapporteurs on extrajudicial killing have written extensively about the dangers and illegality of targeted killing off the battlefield, especially the new technology of lethal automated robots, where there is no operator directing the drones; the computer itself decides who, when and where to target. Although most countries use surveillance drones (the United States and Israel use armed drones), the proliferation of armed drones will inevitably spread to other countries. (…) The US government learned from the Vietnam War that Americans were disturbed by the graphic images of the carnage the US government wrought against the Vietnamese, and that outrage fueled the antiwar movement. The images and stories of drone victims are not part of our national discourse. Medea Benjamin personalizes the victims in her chapter. (…) Americans are justifiably outraged about the beheading of US journalists (although gays in Saudi Arabia, a close US ally, are also beheaded). But if Americans were to see photographs of the body parts of children blown to bits by US drone bombs, it would not sit well. It is incumbent on us to pressure our elected officials to rein in this deadly policy – by letters, emails, phone calls, sit-ins, op-eds and letters to the editor. Now that we have seen how the CIA lied about the necessity for and results of the Bush torture program, we should demand that the CIA get out of the killer drone business. And just as those responsible for the torture must be prosecuted, Obama must be brought to justice for his illegal targeted killing program. Accountability requires information, so we should educate ourselves about what our government is doing in our name. Marjorie Cohn
The Council on Foreign Relations estimates that U.S. drone strikes outside of Iraq and Afghanistan have killed 3,674 people. The Bureau of Investigative Journalism reports that up to 4,404 people have been killed – just in Pakistan and Yemen alone – between 2004 and 2014. While it’s hard to estimate how many additional people have been killed by drone in Iraq and Afghanistan, a December 2012 report by the Bureau of Investigative Journalism found that US and UK forces had carried out over 1,000 drone strikes in Afghanistan over the previous five years.  Given that numerous people are often killed by  each drone strike, it is reasonable to assume that several thousand people have been killed by drone in that country. And many Iraqis have also been killed by drones … long before ISIS even appeared on the scene.    So – altogether – the number of people killed by drone is probably well above five thousand. In contrast,  under 3,000 people were killed on 9/11. But aren’t drone strikes targeted attacks on terrorists … unlike 9/11, which was an attack on civilians? Unfortunately, no … The West is intentionally targeting farmers, small-time drug dealers and very low-level Taliban members with drone assassination. And the process for deciding who to put on the “kill list” is flawed.     People are often targeted by the metadata on their phones, a process which a former top NSA official called the drone assassination program “undisciplined slaughter.” And people are targeted for insanely loose reasons.  As the New York Times reported in 2012: Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants. But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued. And then there are “double taps” … where the family members, friends or neighbors who try to rescue someone hit by a drone missile are themselves targeted for assassination. And – even when the West is actually targeting high-level terrorists – there is massive slaughter of innocent civilians as “collateral damage”.  Washington blogs
De même que George W. Bush restera dans l’histoire comme le  » président des guerres  » de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak, Barack Obama pourrait passer à la postérité comme le  » président des drones « , autrement dit le chef d’une guerre secrète, menée avec des armes que les Etats-Unis sont, parmi les grandes puissances, les seuls à posséder. Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones. L’utilisation militaire d’engins volants téléguidés par les Américains n’est pas nouvelle : pendant la guerre du Vietnam, des drones de reconnaissance avaient patrouillé. Mais l’armement de ces avions sans pilote à partir de 2001 en Afghanistan marque un changement d’époque. Au point que le tout premier Predator armé à avoir frappé des cibles après les attaques du 11-Septembre, immatriculé 3034, a aujourd’hui les honneurs du Musée de l’air et de l’espace, à Washington. Leur montée en puissance aura été fulgurante : alors que le Pentagone ne disposait que de 50 drones au début des années 2000, il en possède aujourd’hui près de 7 500. Dans l’US Air Force, un aéronef sur trois est sans pilote. George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu. Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence. Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan. Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones. La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. Une orientation pourfendue, presque treize heures durant, le 6 mars, par le spectaculaire discours du sénateur libertarien Rand Paul. Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés. Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. Le président a annoncé que les militaires, plutôt que la CIA, auraient désormais la main. Il a aussi repris l’idée de créer une instance judiciaire ou administrative de contrôle des frappes. Mais il a renvoyé au Congrès la mission, incertaine, de créer cette institution. Le président, tout en reconnaissant que l’usage des drones pose de « profondes questions » – de « légalité », de « morale », de « responsabilité « , sans compter « le risque de créer de nouveaux ennemis » -, l’a justifié par son efficacité : « Ces frappes ont sauvé des vies. » Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies. Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans. Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain. Le Monde
Mon livre traite des drones « chasseurs-tueurs », justifiés par une logique très retorse : leurs partisans voient en eux un progrès majeur dans la technologie humanitaire, puisqu’ils permettent de sauver des vies. Personne ne meurt, si ce n’est l’ennemi… Mais comment qualifier d’humanitaire une machine à tuer ? Emblème de la « guerre sans risque », le drone fait éclater toute réciprocité : avec lui, on peut voir sans être vu, et surtout tuer sans être tué. Il modifie ainsi en profondeur la structure traditionnelle du rapport d’hostilité (tuer en pouvant soi-même être tué). L’écusson du drone MQ-9 Reaper, qui figure la faucheuse, rictus inquiétant et gouttes de sang sur sa lame, le dit clairement avec sa terrifiante devise : « Que les autres meurent »… (…) Un Etat ne peut pas tuer qui bon lui semble n’importe où dans le monde. Or, en utilisant leurs drones hors zone de conflit armé, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis s’arrogent pourtant ce droit : faire du corps de l’ennemi un champ de bataille mobile, et du monde un terrain de chasse – la guerre dégénère en abattage, en mise à mort. Autre principe du droit : on ne peut cibler directement que des combattants. Mais lorsqu’on remplace les troupes au sol par des drones, il n’y a plus de combat. A quoi peut-on reconnaître, depuis le ciel, la silhouette d’un combattant sans combat ? De fait, la plupart des frappes de drones visent des individus inconnus, que leur « forme de vie » signale comme des « militants » potentiels, soupçonnés d’appartenir à une organisation hostile. On ne combat plus l’ennemi, on le tire comme un lapin. Sur le plan du droit, on glisse de la catégorie de combattants à celle, très élastique, de militants présumés. Cela revient à légaliser les exécutions extrajudiciaires.(…) On assiste au passage d’une éthique officielle à une autre, de celle du courage et du sacrifice à celle de l’autopréservation et de la lâcheté plus ou moins assumée. Le drone, c’est l’antikamikaze : arme sans corps et mort impossible, d’un ­côté ; arme-corps et mort certaine, de l’autre. Au sein de l’armée américaine, le drone a été très critiqué, tant il incarne la fin de l’héroïsme guerrier, viril. Alors que l’éthique s’est classiquement définie comme une doctrine du bien-vivre et du bien-mourir, la « nécroéthique » du drone se présente comme une doctrine du bien-tuer. On disserte sur les procédés « humains » d’homicide. Cela donne des discours abjects, qui moralisent le meurtre, et qu’il est urgent de critiquer. (…) Un drone, ça ne fait pas de prisonniers. C’est l’instrument de la doctrine antiterroriste officieuse du Président : « Tuer plutôt que capturer. » Predator plutôt que Guantá­namo. Le ministère français de la Défense est aujourd’hui en pourparlers avec les Etats-Unis pour l’achat de drones Reaper. Si l’entourage du ministre Jean-Yves Le Drian avait annoncé qu’il envisageait d’importer en France les méthodes de torture de la CIA, il aurait sans doute déclenché un tollé. Mais la nouvelle est parue dans un silence assourdissant. L’opinion publique française est mal informée sur la question des drones. Grégoire Chamayou

Attention: un tueur peut en cacher un autre !

A l’heure où l‘hommage de Clint Eastwood au tireur d’élite le plus décoré de toute l’histoire militaire des États-Unis (160 ennemis tués) se voit accusé de propagande et d’apologie du meurtre …

Que dire d’un prix Nobel de la paix et objet de toutes les attentions de nos médias …

Qui ne pouvant toujours pas se résoudre, comme la BBC elle-même, à prononcer le nom de ses ennemis

Brille par son absence à Paris contre le terrorisme et se précipite à Ryadh pleurer la perte d’un parrain notoire du djihad

Mais qui de son bureau et entre ses drones automatisés et sa « kill list » personnelle …

S’est fait un tableau de chasse qui, dans l’indifférence générale, ferait pâlir d’envie (même ses propres pilotes n’arrivent pas à suivre !) les terroristes mêmes du 11 septembre ?

Documentaire
“Dirty Wars”, la sale guerre d’Obama
Marc Belpois
Télérama

15/03/2014

En Irak, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis ont recours aux assassinats ciblés au nom de la lutte contre le terrorisme. Enquête en première ligne d’un journaliste qui frappe fort, Jeremy Scahill.
Voilà un film qui porte des accusations extrêmement graves : l’Amérique d’Obama a enfanté une machine folle, meurtrière. Chaque jour, au nom de la lutte contre le terrorisme, des commandos des forces spéciales US et des drones armés de missiles traquent leurs « cibles ». En Irak, en Afghanistan, en Somalie, mais aussi hors les zones de guerre, comme au Pakistan ou au Yémen, ils tuent des cadres d’al-Qaida… mais aussi des militants présumés, voire en devenir. Ils donnent la mort de façon préventive, donc. Et ils tirent parfois « dans le tas », massacrant l’entourage de la cible, femmes, enfants, bétail, voisins, vieillards…

D’accord, ce n’est pas tout à fait un scoop. Le programme d’assassinats ciblés de la Maison-Blanche a fait l’objet d’enquêtes et d’articles – y compris dans Télérama. Les fameuses kill lists, et l’implication personnelle de Barack Obama dans l’établissement de ces « listes des hommes à abattre », ont été révélées par le New York Times en mai 2012. Les « domma­ges collatéraux » de ces missions secrètes sont régulièrement dénoncés par Amnesty International et par Human Rights Watch.

N’empêche, Dirty Wars (1) fait l’effet d’un électrochoc. Ce n’est pas un rapport distancié, froid et détaché, mais une plongée dans le vif du sujet, auprès de familles anéanties, qui hésitent entre le deuil passif et le djihad contre l’Amérique sanguinaire. Et c’est un coup de projecteur sur les activités effrayantes du Joint Special Operations Command (JSOC), ce corps d’armée aux ordres directs de la Maison-Blanche, détenteur du permis de tuer en toute impunité et pour qui le monde entier est un champ de bataille.

Le réquisitoire est d’autant plus saisissant qu’il prend la forme d’un thriller. Une investigation fiévreuse menée tambour battant par Jeremy Scahill, journaliste d’investigation américain que la caméra du réalisateur Rick Rowley suit à la trace, risquant sa vie dans des régions hostiles d’Asie centrale ou obtenant les confidences d’agents de la CIA et de membres du JSOC. Jeremy Scahill surjoue le reporter de guerre qui, enquêtant sur les circonstances d’un bain de sang dans un coin d’Afghanistan (plusieurs villageois abattus, dont deux femmes enceintes), découvre peu à peu le pot aux roses, un programme d’assassinats à grande échelle et en roue libre.

Il « surjoue » car cette histoire de journaliste démasquant sous nos yeux une vérité qui l’horrifie, c’est du flan. En réalité, Jeremy Scahill, 39 ans, connaît le sujet par cœur. Longtemps spécialiste du contre-terrorisme américain (notamment pour l’hebdomadaire The Nation et l’émission Democracy now !), auteur en 2008 d’un livre-enquête retentissant sur la société militaire privée Blackwater (2), Scahill s’est illustré le 10 février dernier en lançant The In­tercept – avec les journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras. Un magazine en ligne qui ambitionne de mener un journalisme de combat, en particulier dans les domaines de la corruption et des dérives sécuritaires, et entend publier les fameux documents ultra secrets sur les programmes de surveillance de la NSA (le renseignement américain) fournis par Edward Snowden.

Jeremy Scahill se complaît-il dans la posture du journaliste seul contre tous, ultime rempart contre la barbarie ? Peu importe. Dirty Wars est un pavé jeté dans la mare, façon drone Predator. Ce film est taillé pour faire du bruit – en sus du prix du documentaire au Festival du film de Sundance, il a été nominé aux Oscars. Et même si on ne se fait guère d’illusions sur son impact réel auprès d’une opinion politique, médiatique et publique étonnamment amorphe, c’est un gros caillou dans l’engrenage de cette machine folle, qui nourrit le terrorisme plus qu’elle ne le combat. Comme le dit un membre masqué du JSOC, « c’est comme si on avait créé un énorme marteau qui cherche frénétiquement des clous à enfoncer ». Gare à l’effet boomerang.

(1) En marge du film, Jeremy Scahill publie fin avril Dirty Wars, le nouvel art de la guerre (éd. Lux).
(2) Blackwater, éd. Actes Sud.
A voir

Dirty Wars, mardi 18 mars 2014, à 22h45 sur Canal+

Voir aussi:

Entretien
“Un drone, ça ne fait pas de prisonniers”, Grégoire Chamayou, chercheur au CNRS
Propos recueillis par Juliette Cerf
Télérama

18/05/2013

Avec les drones, on peut tuer sans être tué. Ces engins bouleversent les règles de la guerre, nous explique le philosophe Grégoire Chamayou.
Les travaux de Grégoire Chamayou, chercheur au CNRS, croisent histoire des techniques et histoire des rationalités politiques. Il vient de publier Théorie du drone (éd. La Fabrique), un essai passionnant qui interroge les implications éthiques, juridiques et politiques de cette technologie militaire.

A quel type de drones vous êtes-vous intéressé ?
Mon livre traite des drones « chasseurs-tueurs », justifiés par une logique très retorse : leurs partisans voient en eux un progrès majeur dans la technologie humanitaire, puisqu’ils permettent de sauver des vies. Personne ne meurt, si ce n’est l’ennemi… Mais comment qualifier d’humanitaire une machine à tuer ?

Emblème de la « guerre sans risque », le drone fait éclater toute réciprocité : avec lui, on peut voir sans être vu, et surtout tuer sans être tué. Il modifie ainsi en profondeur la structure traditionnelle du rapport d’hostilité (tuer en pouvant soi-même être tué). L’écusson du drone MQ-9 Reaper, qui figure la faucheuse, rictus inquiétant et gouttes de sang sur sa lame, le dit clairement avec sa terrifiante devise : « Que les autres meurent »…

“On ne combat plus l’ennemi,  on le tire comme un lapin.”

Le drone redéfinit-il le droit de la guerre ?
C’est, en tout cas, ce à quoi s’activent des armadas de juristes liés aux intérêts militaires. Un Etat ne peut pas tuer qui bon lui semble n’importe où dans le monde. Or, en utilisant leurs drones hors zone de conflit armé, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis s’arrogent pourtant ce droit : faire du corps de l’ennemi un champ de bataille mobile, et du monde un terrain de chasse – la guerre dégénère en abattage, en mise à mort.

Autre principe du droit : on ne peut cibler directement que des combattants. Mais lorsqu’on remplace les troupes au sol par des drones, il n’y a plus de combat. A quoi peut-on reconnaître, depuis le ciel, la silhouette d’un combattant sans combat ? De fait, la plupart des frappes de drones visent des individus inconnus, que leur « forme de vie » signale comme des « militants » potentiels, soupçonnés d’appartenir à une organisation hostile.

On ne combat plus l’ennemi, on le tire comme un lapin. Sur le plan du droit, on glisse de la catégorie de combattants à celle, très élastique, de militants présumés. Cela revient à légaliser les exécutions extrajudiciaires.

Quelle vision de la morale et de la vie les drones reflètent-ils ?
On assiste au passage d’une éthique officielle à une autre, de celle du courage et du sacrifice à celle de l’autopréservation et de la lâcheté plus ou moins assumée. Le drone, c’est l’antikamikaze : arme sans corps et mort impossible, d’un ­côté ; arme-corps et mort certaine, de l’autre. Au sein de l’armée américaine, le drone a été très critiqué, tant il incarne la fin de l’héroïsme guerrier, viril. Alors que l’éthique s’est classiquement définie comme une doctrine du bien-vivre et du bien-mourir, la « nécroéthique » du drone se présente comme une doctrine du bien-tuer. On disserte sur les procédés « humains » d’homicide. Cela donne des discours abjects, qui moralisent le meurtre, et qu’il est urgent de critiquer.

“L’opinion publique française  est mal informée sur  la question des drones.”

Le drone, c’est l’arme d’Obama. Comment comprendre cela ?
Un drone, ça ne fait pas de prisonniers. C’est l’instrument de la doctrine antiterroriste officieuse du Président : « Tuer plutôt que capturer. » Predator plutôt que Guantá­namo. Le ministère français de la Défense est aujourd’hui en pourparlers avec les Etats-Unis pour l’achat de drones Reaper. Si l’entourage du ministre Jean-Yves Le Drian avait annoncé qu’il envisageait d’importer en France les méthodes de torture de la CIA, il aurait sans doute déclenché un tollé. Mais la nouvelle est parue dans un silence assourdissant. L’opinion publique française est mal informée sur la question des drones.
A lire

Théorie du drone, de Grégoire Chamayou, éd. La Fabrique, 368 p., 14 €.

Voir également:

Barack Obama, président des drones
Philippe Bernard

Le Monde

8.06.2013

De même que George W. Bush restera dans l’histoire comme le  » président des guerres  » de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak, Barack Obama pourrait passer à la postérité comme le  » président des drones « , autrement dit le chef d’une guerre secrète, menée avec des armes que les Etats-Unis sont, parmi les grandes puissances, les seuls à posséder.

Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones.

L’utilisation militaire d’engins volants téléguidés par les Américains n’est pas nouvelle : pendant la guerre du Vietnam, des drones de reconnaissance avaient patrouillé. Mais l’armement de ces avions sans pilote à partir de 2001 en Afghanistan marque un changement d’époque. Au point que le tout premier Predator armé à avoir frappé des cibles après les attaques du 11-Septembre, immatriculé 3034, a aujourd’hui les honneurs du Musée de l’air et de l’espace, à Washington. Leur montée en puissance aura été fulgurante : alors que le Pentagone ne disposait que de 50 drones au début des années 2000, il en possède aujourd’hui près de 7 500. Dans l’US Air Force, un aéronef sur trois est sans pilote.

George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu.

LES FRAPPES OPÉRÉES PAR LA CIA SONT « COVERT »

Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence.

Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan.

Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones.

La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. Une orientation pourfendue, presque treize heures durant, le 6 mars, par le spectaculaire discours du sénateur libertarien Rand Paul.

UN IMPORTANT DISCOURS SUR LA « GUERRE JUSTE »

Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés.

Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. Le président a annoncé que les militaires, plutôt que la CIA, auraient désormais la main. Il a aussi repris l’idée de créer une instance judiciaire ou administrative de contrôle des frappes. Mais il a renvoyé au Congrès la mission, incertaine, de créer cette institution. Le président, tout en reconnaissant que l’usage des drones pose de « profondes questions » – de « légalité », de « morale », de « responsabilité « , sans compter « le risque de créer de nouveaux ennemis » -, l’a justifié par son efficacité : « Ces frappes ont sauvé des vies. »

Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies.

Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans.

Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain.

Voir encore:

Marjorie Cohn on Drone Warfare: Illegal, Immoral and Ineffective

Leslie Thatcher

Truthout | Interview

23 December 2014

In this anthology edited by Marjorie Cohn – law professor, Truthout contributor and human rights authority – the clarity of the case against drones used for assassinations is persuasively made. Get this book now, with an introduction by Archbishop Desmond Tutu.

Law professor, writer and social critic Marjorie Cohn explores human rights and US foreign policy, and the frequent contradiction between the two in her monthly Truthout column, « Human Rights and Global Wrongs. » She agreed to an interview with Leslie Thatcher recently about her new book, Drones and Targeted Killing: Legal, Moral, and Geopolitical Issues.

Leslie Thatcher: Marjorie, could you describe the genesis of this project?

Marjorie Cohn: George W. Bush prosecuted two illegal wars in which thousands of Americans, Iraqis and Afghans were killed. Although Barack Obama continued those wars, eventually he reduced the numbers of US troops in Iraq and Afghanistan. But Obama vastly expanded the use of targeted killing – with drones, manned bombers and military raids.

Obama has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders. Obama’s targeted killings off the battlefield are not only illegal and immoral; they also make us less safe due to the blowback from those who have lost family and friends. There was not much opposition to these killings among the American people.

But when a Department of Justice white paper was leaked and Americans learned that US citizens could also be targeted, people were outraged. That selective outrage motivated Archbishop Desmond Tutu to write a letter to The New York Times pointing out the hypocrisy. I thus invited him to write the foreword to the book, and he graciously agreed. I thought a collection with contributions on different aspects of this policy would be useful. The book explores legal, moral and geopolitical issues raised by the US policy of targeted killing.

In this interdisciplinary collection, human rights and political activists, policy analysts, lawyers and legal scholars, a philosopher, a journalist and a sociologist examine different aspects of the US policy of targeted killing with drones and other methods. Contributors include Phyllis Bennis of the Institute for Policy Studies, Code Pink co-founder Medea Benjamin, former UN Special Rapporteur on Palestine Richard Falk, political activist Tom Hayden, Pardiss Kebriaei of the Center for Constitutional Rights, Jane Mayer of The New Yorker, Israeli human rights activist Ishai Menuchin, New York human rights lawyer Jeanne Mirer, sociology professor Tom Reifer, Alice Ross of the Bureau of Investigative Journalism, the ACLU’s Jay Stanley, philosophy professor Harry van der Linden, and myself.

Many of your contributors compare drone strikes to torture and one to nuclear weapons? Can you explain why?

Like torture, the use of targeted killing off the battlefield is illegal. Both practices are immoral as well. We have seen the atrocious program of torture conducted during the Bush administration. Drones flying overhead terrorize entire communities. They kill thousands of people. The US government engages in « double taps, » in which those rescuing the wounded from the first strike are targeted. This practice should be called the « triple tap, » as mourners at funerals for those fallen by the drone bombs are also targeted.

Neither torture nor targeted killings make us safer; in fact, they increase hatred against the United States. Professor Richard Falk discusses in his chapter why drones are more dangerous than nuclear weapons. Nuclear weapons have not been used since 1945 except for deterrence and coercive diplomacy. But drones are unconstrained by any system of regulation.

When even the CIA reports that drone strikes are counterproductive and legal experts seem to agree their use for assassination is illegal, how is it that a distinguished contributor to your book like Richard Falk remains so pessimistic about banning or even limiting their use?

The United Nations special rapporteurs on extrajudicial killing have written extensively about the dangers and illegality of targeted killing off the battlefield, especially the new technology of lethal automated robots, where there is no operator directing the drones; the computer itself decides who, when and where to target. Although most countries use surveillance drones (the United States and Israel use armed drones), the proliferation of armed drones will inevitably spread to other countries.

The Federal Aviation Administration is tasked with developing regulations for commercial drones within the United States. That is a tall order and it will be difficult to enforce. Unless the international community agrees on regulations for killer drones – which is highly unlikely – their use will continue unregulated. Even with regulation, enforcement would be very difficult.

What are your hopes for the future of drones and targeted killing? What will it take to realize them?

The US government learned from the Vietnam War that Americans were disturbed by the graphic images of the carnage the US government wrought against the Vietnamese, and that outrage fueled the antiwar movement. The images and stories of drone victims are not part of our national discourse. Medea Benjamin personalizes the victims in her chapter.

Americans are justifiably outraged about the beheading of US journalists (although gays in Saudi Arabia, a close US ally, are also beheaded). But if Americans were to see photographs of the body parts of children blown to bits by US drone bombs, it would not sit well. It is incumbent on us to pressure our elected officials to rein in this deadly policy – by letters, emails, phone calls, sit-ins, op-eds and letters to the editor.

Now that we have seen how the CIA lied about the necessity for and results of the Bush torture program, we should demand that the CIA get out of the killer drone business. And just as those responsible for the torture must be prosecuted, Obama must be brought to justice for his illegal targeted killing program. Accountability requires information, so we should educate ourselves about what our government is doing in our name. It is my hope this book will assist in that endeavor.

Voir aussi:

Obama Has Killed More People with Drones than Died On 9/11
Many Civilians Are Being Killed By Drones

WashingtonsBlog

January 6, 2015
Law school teacher Marjorie Cohn – president of the National Lawyers Guild – writes:

Obama has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders.
She may be right …

The Council on Foreign Relations estimates that U.S. drone strikes outside of Iraq and Afghanistan have killed 3,674 people.

The Bureau of Investigative Journalism reports that up to 4,404 people have been killed – just in Pakistan and Yemen alone – between 2004 and 2014.

While it’s hard to estimate how many additional people have been killed by drone in Iraq and Afghanistan, a December 2012 report by the Bureau of Investigative Journalism found that US and UK forces had carried out over 1,000 drone strikes in Afghanistan over the previous five years.  Given that numerous people are often killed by  each drone strike, it is reasonable to assume that several thousand people have been killed by drone in that country.

And many Iraqis have also been killed by drones … long before ISIS even appeared on the scene.    So – altogether – the number of people killed by drone is probably well above five thousand.

In contrast,  under 3,000 people were killed on 9/11.

But aren’t drone strikes targeted attacks on terrorists … unlike 9/11, which was an attack on civilians?

Unfortunately, no …

The West is intentionally targeting farmers, small-time drug dealers and very low-level Taliban members with drone assassination.

And the process for deciding who to put on the “kill list” is flawed.     People are often targeted by the metadata on their phones, a process which a former top NSA official called the drone assassination program “undisciplined slaughter.”

And people are targeted for insanely loose reasons.  As the New York Times reported in 2012:

Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants.

But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued.
And then there are “double taps” … where the family members, friends or neighbors who try to rescue someone hit by a drone missile are themselves targeted for assassination.

And – even when the West is actually targeting high-level terrorists – there is massive slaughter of innocent civilians as “collateral damage”.  For example, American University Professor Jeff Bachman reports:

Strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.”
The Brookings Institution also noted the high proportion of civilian deaths in 2009:

Critics correctly find many problems with this program, most of all the number of civilian casualties the strikes have incurred. Sourcing on civilian deaths is weak and the numbers are often exaggerated, but more than 600 civilians are likely to have died from the attacks. That number suggests that for every militant killed, 10 or so civilians also died.
The Costs of War Project – a nonpartisan, nonprofit, scholarly initiative based at Brown University’s Watson Institute for International Studies – notes:

In Iraq, over 70 percent of those who died of direct war violence have been civilians.
(Civilians usually suffer the most casualties.)

No wonder people all over the world are overwhelmingly opposed to drone strikes.

Indeed, even the CIA admits that the drone program might be counter-productive in fighting terrorism.

And the architect of America’s drone assassination program says it’s gone too far … creating terrorists rather than eliminating them.

Notes:  Obama has used drone strikes much more than Bush:

Obama has increased the number of drone attacks in Afghanistan, Pakistan, Yemen and elsewhere. Indeed, most people who have looked at the numbers believe that Obama has killed many more civilians with drone attacks than Bush did using the same method.
The former constitutional law teacher may or may not know that drone attacks are a war crime (more here and here).

Voir encore:

Obama’s Lists: A Dubious History of Targeted Killings in Afghanistan
SPIEGEL Staff

12/28/2014

Combat operations in Afghanistan may be coming to an end, but a look at secret NATO documents reveals that the US and the UK were far less scrupulous in choosing targets for killing than previously believed. Drug dealers were also on the lists.

Death is circling above Helmand Province on the morning of Feb. 7, 2011, in the form of a British Apache combat helicopter named « Ugly 50. » Its crew is searching for an Afghan named Mullah Niaz Mohammed. The pilot has orders to kill him.

The Afghan, who has been given the code name « Doody, » is a « mid-level commander » in the Taliban, according to a secret NATO list. The document lists enemy combatants the alliance has approved for targeted killings. « Doody » is number 3,673 on the list and NATO has assigned him a priority level of three on a scale of one to four. In other words, he isn’t particularly important within the Taliban leadership structure.

The operations center identified « Doody » at 10:17 a.m. But visibility is poor and the helicopter is forced to circle another time. Then the gunner fires a « Hellfire » missile. But he has lost sight of the mullah during the maneuver, and the missile strikes a man and his child instead. The boy is killed instantly and the father is severely wounded. When the pilot realizes that the wrong man has been targeted, he fires 100 rounds at « Doody » with his 30-mm gun, critically injuring the mullah.

The child and his father are two of the many victims of the dirty secret operations that NATO conducted for years in Afghanistan. Their fate is described in secret documents to which SPIEGEL was given access. Some of the documents concerning the International Security Assistance Force (ISAF) and the NSA and GCHQ intelligence services are from the archive of whistleblower Edward Snowden. Included is the first known complete list of the Western alliance’s « targeted killings » in Afghanistan. The documents show that the deadly missions were not just viewed as a last resort to prevent attacks, but were in fact part of everyday life in the guerilla war in Afghanistan.

The list, which included up to 750 people at times, proves for the first time that NATO didn’t just target the Taliban leadership, but also eliminated mid- and lower-level members of the group on a large scale. Some Afghans were only on the list because, as drug dealers, they were allegedly supporting the insurgents.

Rules of War

The 13-year combat mission in Afghanistan comes to an official end this week, but the kill lists raise legal and moral questions that extend far beyond Afghanistan. Can a democracy be allowed to kill its enemies in a targeted manner when the objective is not to prevent an imminent attack? And does the goal of eliminating as many Taliban as possible justify killing innocent bystanders?

Different rules apply in war than in fighting crime in times of peace. But for years the West tied its campaign in Afghanistan to the promise that it was fighting for different values there. A democracy that kills its enemies on the basis of nothing but suspicion squanders its claim to moral superiority, making itself complicit instead. This lesson from Afghanistan also applies to the conflicts in Syria, Iraq, Pakistan and Yemen.

The material SPIEGEL was able to review is from 2009 to 2011, and falls within the term of US President Barack Obama, who was inaugurated in January 2009. For Obama, Afghanistan was the « good » war and therefore legitimate — in contrast to the Iraq war. The president wanted to end the engagement in Iraq as quickly as possible, but in Afghanistan his aim was to win.

After Obama assumed office, the US government opted for a new strategy. In June 2009, then Defense Secretary Robert Gates installed Stanley McChrystal, a four-star general who had served in Iraq, as commander of US forces in Afghanistan. McChrystal promoted the aggressive pursuit of the Taliban.

Obama sent 33,000 additional troops to Afghanistan, but their deployment was tied to a demand that military officials provide a binding date for the withdrawal of US forces. At the same time, the president distanced himself from the grand objectives the West had proclaimed when it first marched into Kabul. The United States would not try to make Afghanistan « a perfect place, » said Obama. Its new main objective was to fight the insurgency.

‘Escalate and Exit’

This marked the beginning of one of the bloodiest phases of the war. Some 2,412 civilians died in Afghanistan in 2009. Two-thirds of them were killed by insurgents and 25 percent by NATO troops and Afghan security forces. The number of operations against the Taliban rose sharply, to between 10 and 15 a night. The operations were based on the lists maintained by the CIA and NATO — Obama’s lists. The White House dubbed the strategy « escalate and exit. »

McChrystal’s successor, General David Petraeus, documented the strategy in « Field Manual 3-24 » on fighting insurgencies, which remains a standard work today. Petraeus outlined three stages in fighting guerilla organizations like the Taliban. The first was a cleansing phase, in which the enemy leadership is weakened. After that, local forces were to regain control of the captured areas. The third phase was focused on reconstruction. Behind closed doors, Petraeus and his staff explained exactly what was meant by « cleansing. » German politicians recall something that Michael T. Flynn, the head of ISAF intelligence in Afghanistan, once said during a briefing: « The only good Talib is a dead Talib. »

Under Petraeus, a merciless campaign began to hunt down the so-called shadow governors and local supporters aligned with the Islamists. For the Americans, the fact that the operations often ended in killings was seen as a success. In August 2010, Petraeus proudly told diplomats in Kabul that he had noticed a shifting trend. The figures he presented as evidence made some of the ambassadors feel uneasy. At least 365 insurgent commanders, Petraeus explained, had been neutralized in the last three months, for an average of about four killings a day.

The existence of documents relating to the so-called Joint Prioritized Effects List (JPEL) has only been described in vague terms until now. The missions by US special units are mentioned but not discussed in detail in the US Army Afghanistan war logs published by WikiLeaks in 2010, together with the New York Times, the Guardian and SPIEGEL. The documents that have now become accessible provide, for the first time, a systematic view of the targeted killings. They outline the criteria used to determine who was placed on the list and why.

The case of an Afghan soldier named Hussein, number 3,341 on the list, shows how coldly NATO sometimes treated the lives of suspects. According to the documents, Hussein was suspected of involvement in an attack on ISAF forces in Helmand. A corporal in the Afghan army, he had allegedly deserted and was now on the run, presumably to join the Taliban.

NATO officials placed him on the list in the summer of 2010, as one of 669 individuals at the time. He was given the code name « Rumble » and assigned to priority level 2.

Adding a Name

The NATO soldiers discussed the pros and cons of his killing. « The removal of Hussein will eradicate a rogue ANA SNCO from the ranks and prevent his recruitment into the (insurgency), » the assessment reads. « It will also send a clear message to any other potential ‘sleepers’. » The killing of Hussein was intended primarily as a symbol of deterrence.

But, the internal assessment continues, a disadvantage of killing the deserter was that any information Hussein might have would be lost.

Adding a name to the list was preceded by a month’s-long process, in which evidence was gathered, including bugged phone conversations, reports by informants and photos. In the end, the respective ISAF regional commander decided whether a suspect should be added to the list.

Some of the JPEL candidates were only listed as being under observation or to be taken into custody. According to the current documents, in 2010 NATO even added Atta Mohammed Noor, a governor in northern Afghanistan, to the list. Noor, an ethnic Tajik and former warlord, had become wealthy through smuggling in the turmoil of war, and he was seen as someone who ruthlessly eliminated his enemies. He was listed as number 1,722 on the NATO list and given a priority level of three, but NATO merely collected information about Noor, rather than placing him on the kill list.

When an operation could potentially result in civilian casualties, ISAF headquarters in Kabul had to be involved. « The rule of thumb was that when there was estimated collateral damage of up to 10 civilians, the ISAF commander in Kabul was to decide whether the risk was justifiable, » says an ISAF officer who worked with the lists for years. If more potential civilian casualties were anticipated, the decision was left up to the relevant NATO headquarters office. Bodyguards, drivers and male attendants were viewed as enemy combatants, whether or not they actually were. Only women, children and the elderly were treated as civilians.

Even officers who were involved in the program admit that these guidelines were cynical. If a Taliban fighter was repeatedly involved in deadly attacks, a « weighing of interests » was performed. The military officials would then calculate how many human lives could be saved by the « kill, » and how many civilians would potentially be killed in an airstrike.

Switching on the Phones

The documents suggest that sometimes locating a mobile phone was all it took to set the military machinery in motion. The search for the Taliban phone signals was « central to the success of operations, » states a secret British report from October 2010.

As one document states, Predator drones and Eurofighter jets equipped with sensors were constantly searching for the radio signals from known telephone numbers tied to the Taliban. The hunt began as soon as the mobile phones were switched on.

Britain’s GCHQ and the US National Security Agency (NSA) maintained long lists of Afghan and Pakistani mobile phone numbers belonging to Taliban officials. A sophisticated mechanism was activated whenever a number was detected. If there was already a recording of the enemy combatant’s voice in the archives, it was used for identification purposes. If the pattern matched, preparations for an operation could begin. The attacks were so devastating for the Taliban that they instructed their fighters to stop using mobile phones.

The document also reveals how vague the basis for deadly operations apparently was. In the voice recognition procedure, it was sufficient if a suspect identified himself by name once during the monitored conversation. Within the next 24 hours, this voice recognition was treated as « positive target identification » and, therefore, as legitimate grounds for an airstrike. This greatly increased the risk of civilian casualties.

Probably one of the most controversial decisions by NATO in Afghanistan is the expansion of these operations to include drug dealers. According to an NSA document, the United Nations estimated that the Taliban was earning $300 million a year through the drug trade. The insurgents, the document continues, « could not be defeated without disrupting the drug trade. »

According to the NSA document, in October 2008 the NATO defense ministers made the momentous decision that drug networks would now be « legitimate targets » for ISAF troops. « Narcotics traffickers were added to the Joint Prioritized Effects List (JPEL) list for the first time, » the report reads.

In the opinion of American commanders like Bantz John Craddock, there was no need to prove that drug money was being funneled to the Taliban to declare farmers, couriers and dealers as legitimate targets of NATO strikes.

Targeting the Drug Trade

In early 2009, Craddock, NATO’s Supreme Allied Commander for Europe at the time, issued an order to expand the targeted killings of Taliban officials to drug producers. This led to heated discussions within NATO. German NATO General Egon Ramms declared the order « illegal » and a violation of international law. The power struggle within NATO finally led to a modification of Craddock’s directive: Targets related to the drug production at least had to be investigated as individual cases.

The top-secret dossier could be highly damaging to the German government. For years, German authorities have turned over the mobile phone numbers of German extremists in Afghanistan to the United States. At the same time, the German officials claimed that homing in on mobile phone signals was far too imprecise for targeted killings.

This is apparently an untenable argument. According to the 2010 document, both Eurofighters and drones had « the ability to geolocate a known GSM handset. » In other words, active mobile phones could serve as tracking devices for the special units.

In Afghanistan, Germany is a member of the « 14 Eyes » intelligence-sharing group. In addition to the Anglo-Saxon countries, the group includes Italy, Spain, Belgium, the Netherlands, Denmark, France, Sweden and Norway.

These countries operate their own technical platform in Afghanistan code-named « Center Ice, » which is used to monitor and exchange data. According to a 2009 NSA presentation, Center Ice was not just used to share intelligence about mobile phone conversations, but also information about targets.

When contacted, the BND, Germany’s foreign intelligence agency, admitted that Center Ice had been used to share mobile phone numbers, but it denied that they were suitable for use in drone target acquisition. Moreover, data was not shared if a given « individual’s interests worthy of protection outweighed the general interest in sharing intelligence. » In addition, the Germans say they have not supplied any information that could be used to develop profiles for targeted killings since 2005.

Legal Repercussions

This restrictive approach has led to numerous disagreements with the Americans. When Regional Command North, which was run by the German military, wanted to nominate a suspect for the JPEL, a detailed file containing evidence first had to be sent to the Joint Operations Command in Potsdam, outside Berlin, and then to the German Defense Ministry. For the Germans, a target could only be added to the list if the individual had ordered, prepared or participated in attacks. The Germans repeatedly urged their allies to remove suspects from the list. In September 2010, only 11 of the 744 targets were associated with northern Afghanistan, which the Germans controlled. « We Germans ran a stabilization mission, while the Americans conducted a war, » says retired General Ramms.

The classified documents could now have legal repercussions. The human rights organization Reprieve is weighing legal action against the British government. Reprieve believes it is especially relevant that the lists include Pakistanis who were located in Pakistan. « The British government has repeatedly stated that it is not pursuing targets in Pakistan and not doing air strikes on Pakistani territory, » says Reprieve attorney Jennifer Gibson. The documents, she notes, also show that the « war on terror » was virtually conflated with the « war on drugs. » « This is both new and extremely legally troubling, » says Gibson.

ISAF, which SPIEGEL presented with a list of the classified documents and asked for comment, does not wish to answer any questions on the subject, for « operational security considerations, » says a spokesman, who notes that ISAF missions are conducted in accordance with international law. The US Defense Department defers to ISAF when questioned.

A new chapter begins in Afghanistan next week. A new government has been elected, and the majority of NATO troops have been withdrawn. It is now up to the Afghans to decide what their future will look like. The West has achieved some of its goals. Al-Qaida has been defeated, at least in Afghanistan, and its former leader, Osama bin Laden, is dead. But the Taliban remains undefeated, as it demonstrated with the recent attack on a Pakistani school. It will be impossible to bring peace to Afghanistan without involving the Taliban.

A 2009 CIA study that addresses targeted killings of senior enemy officials worldwide reaches a bitter conclusion. Because of the Taliban’s centralized but flexible leadership, as well as its egalitarian tribal structures, the targeted killings were only moderately successful in Afghanistan. « Morover, the Taliban has a high overall ability to replace lost leaders, » the study finds.

By Jacob Appelbaum, Matthias Gebauer, Susanne Koelbl, Laura Poitras, Gordon Repinski, Marcel Rosenbach and Holger Stark

Translated from the German by Christopher Sultan

Voir de plus:

Drone strikes: are they Obama’s enhanced interrogation techniques?
Jeff Bachman

The Conversation

23 December 2014

On November 24, two weeks before the Senate Intelligence Committee released its “torture report,” Reprieve, a UK-based human rights NGO, published the results of its latest investigation into President Obama’s drone strike program. While Obama was preparing for the inevitable release of the Senate’s report which provided the most extensive insight yet into the CIA’s use of torture during the Bush administration, Reprieve provided insights of its own into the Obama administration’s equally disturbing targeted drone assassination program.

Using media reporting and anonymous leaks by US, Pakistani, and Yemeni officials, Reprieve identified 41 men who have been targeted for death as part of President Obama’s personally supervised Kill List.

Reprieve found that each of these men “was targeted and/or reported killed more than three times on average before they were actually killed.” But while these individuals survived several attempts on their lives, others were reported dead. This led Reprieve to ask, “With each failed attempt to assassinate a man on the Kill List, who filled the body bag in his place?”

Reprieve thoroughly answers that question. In attempting to kill 41 identified men, as many as 1,147 people may have been killed or – according to Bureau of Investigative Journalism research – one quarter of the total 4,400 people killed in drone strikes in Pakistan and Yemen.

A further calculation tells us that strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.” Reprieve concludes that seven of the 41 men are likely still alive, and one other died of natural causes. If this is true, it would mean that 1,147 people have been killed in order to kill 33 individuals on President Obama’s Kill List – or 35 « other people” for each of the 33.

Twenty-four of the 41 men targeted were in Pakistan. In the numerous attempts on their lives, 874 others were killed of whom 142 were children. This bears repeating. In an effort to assassinate 24 men, 142 children were killed.

There are four individual Pakistani cases in Reprieve’s report that stand out as particularly disturbing. The attempts to target these four resulted in 213 others killed, including 103 children. Three of the four men are likely still alive, and the fourth is the man who died of natural causes previously mentioned.

Questionable legality
What does all this mean? Whether we apply international humanitarian law (also known as the laws of war) or international human rights law, it seems clear that the Obama administration has egregiously violated international law.

The Obama administration insists that international humanitarian law (IHL) is the applicable law because it claims the US is involved in an armed conflict. IHL has weaker restraints on the use of lethal force than does international human rights law, but it does require that lethal force be discriminate and proportionate.

The principles of distinction and proportionality are recognized as customary law and are codified by the Geneva Conventions. The principle of distinction requires that when determining whether to launch an attack against a perceived threat, civilians must be distinguished from combatants. The principle of proportionality prohibits “an attack which may be expected to cause incidental loss of civilian life, injury to civilians, damage to civilian objects, or a combination thereof, which would be excessive in relation to the concrete and direct military advantage anticipated.”

According to Jeh Johnson, formerly General Counsel of the Department of Defense, the Obama administration has met its legal obligations: “We must apply, and we have applied, the law of armed conflict, including applicable provisions of the Geneva Conventions and customary international law, core principles of distinction and proportionality….”

However, I would argue that the repeated attempts to kill each of these 41 men, despite the large number of innocent people being killed, demonstrate that these were not isolated incidents carried out by rogue drone pilots. Based on IHL’s requirements and the severity of the violations, these could be classified as war crimes.

While the Obama administration claims that IHL is the only law that applies to drone strikes in Pakistan and Yemen, Christof Heyns, UN Special Rapporteur on Extrajudicial, Summary or Arbitrary Executions, has made it clear that “international human rights law continues to apply during armed conflict, as a complement to international humanitarian law.”

This does not mean that human rights law restricts the use of lethal force against known participants in hostilities. What it does mean, however, is that the most fundamental of human rights -— the right to life —- is not discarded when waging war. Yet, the Obama administration has arbitrarily deprived hundreds of children of their lives in attempts to kill 41 men.

Hypocrisy
Following the shocking murder of more than 130 children by the Taliban in Pakistan, Secretary of State John Kerry said:

“[T]his morning, wherever you live, wherever you are, those are our children, and this is the world’s loss. This act of terror angers and shakes all people of conscience, and we condemn it in the strongest terms possible. The perpetrators must be brought to justice.”
Secretary Kerry and the Obama administration seem incapable of recognizing their own hypocrisy. Apparently, empathy for the loss of innocent lives is reserved for those killed by “the enemy.” Of course, the response to such criticism is easily anticipated: “They [the Taliban] intend to kill innocent people; we only kill innocent people by accident.”

Years from now, will the Senate issue a “targeted drone attack” report? Even if there is a “drone report,” how will our public debate be framed? Will the debate be framed as one over the effectiveness of drone strikes? Or, rather, over the immorality and illegality of treating innocent civilians – including children – as expendable objects?

Unfortunately, I think we already know the answer.

Voir encore:

Obama à Riyad mais pas à Paris ? « C’est différent » répond la Maison Blanche
AFP
L’Orient le jour

26/01/2015

« C’est différent »: la Maison Blanche a rejeté lundi les critiques de ceux qui s’interrogent sur le déplacement annoncé du président Barack Obama à Riyad alors qu’il ne s’était pas déplacé à Paris lors de la manifestation contre le terrorisme.

« Les circonstances sont différentes », a souligné Ben Rhodes, conseiller de M. Obama, lors d’un point de presse à New Delhi où le président américain effectue une visite de trois jours.
« Il y a une période durant laquelle différents dirigeants peuvent se rendre en Arabie saoudite pour exprimer leurs condoléances (après le décès du roi Abdallah) et rencontrer le nouveau roi », a-t-il expliqué.
« Il y a donc une différence même si cela ne change rien au fait que nous avons clairement indiqué que nous aurions dû envoyer quelqu’un de plus haut niveau », à la marche de Paris, a-t-il poursuivi.

L’absence de M. Obama, ou de son vice-président ou de l’un de ses ministres lors de la marche contre le terrorisme qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes et une cinquantaine de dirigeants du monde entier le 11 janvier à Paris a provoqué une avalanche de critiques aux Etats-Unis. Fait rare, la Maison Blanche a fait son mea culpa le lendemain.

Certains médias américains ont ironisé ces derniers jours sur le fait que M. Obama ait décidé de se rendre à Riyad mais n’ait pas envisagé, à l’inverse, le déplacement à Paris dans la foulée des attentats meurtriers qui ont frappé la capitale française.

Interrogé sur l’objectif de cette visite à Riyad, M. Rhodes a indiqué que M. Obama entendait d’abord « présenter ses condoléances (…) et rencontrer le nouveau roi Salmane ».
« Ils évoqueront les principaux sujets sur lesquels nous collaborons très étroitement avec l’Arabie Saoudite », a-t-il ajouté, citant en particulier la campagne contre l’organisation Etat islamique « dans laquelle les Saoudiens ont participé aux opérations militaires » et la situation au Yémen.
« Il est très probable que l’Iran soit également évoqué », a-t-il ajouté.

M. Obama a décidé d’écourter sa visite en Inde et d’annuler la visite qu’il devait effectuer mardi avec sa femme Michelle mardi au Taj Mahal, haut-lieu touristique indien, pour se rendre en Arabie saoudite.

Voir de même:

ROYAUME-UNI

Pour la BBC, il ne faut pas qualifier de « terroristes » les tueurs de « Charlie Hebdo »
Le responsable du service arabophone de la BBC refuse que les journalistes de la radio utilisent le terme de « terrorisme » pour parler des tueurs de Charlie Hebdo. C’est un terme trop connoté politiquement, a-t-il expliqué hier à The Independent.

Courrier international

27 janvier 2015

Non, les frères Kouachi ne sont pas des terroristes. Du moins pas aux yeux des journalistes du service arabophone de la BBC, le plus important service hors langue anglaise de la radio publique britannique, suivi chaque semaine par près de 36 millions d’auditeurs. Son responsable, Tarik Kafala, s’en est expliqué le 26 janvier dans une interview au quotidien The Independent : « Nous tentons d’éviter de décrire quelqu’un comme un terroriste, ou un geste comme étant terroriste. »

La raison ? La notion de « terrorisme » est politiquement trop connotée, note Tarik Kafala, qui explique que sa chaîne évite d’employer le terme « terroriste ». Dans le cas des attentats de Paris, on a immédiatement entendu parler d' »attaques terroristes » et du déploiement de la « police anti-terroriste » dans les rues de la capitale française. « Clairement, tous les officiels et les commentateurs utilisent ce mot pour qu’il soit repris par tous les médias », ajoute le journaliste.

Aucune définition internationale claire

D’une manière générale, la BBC a des règles éditoriales spécifiques concernant le terme « terrorisme », rappelle The Independent. Sans interdire l’utilisation de ce terme, la chaîne demande à ses journalistes d’être « très attentifs » lorsqu’ils évoquent des actes considérés comme des actes de terreur, expliquant qu’il y a des termes plus précis pour les expliquer que le mot « terrorisme ». En anglais, le mot « terroriste » n’a pas non plus été utilisé par la BBC pour désigner les frères Kouachi.

Même s’il est sans doute l’un des plus utilisés aujourd’hui dans le monde, le terme « terrorisme » ne fait l’objet d’aucune définition internationale claire, rappelle enfin Tarik Kafala : « Les Nations unies ont tenté pendant une décennie de définir ce mot, sans y parvenir. C’est très délicat. Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont les meurtres, les attentats et les fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, qu’utiliser le mot ‘terrorisme’. »

Voir enfin:

USA: pas assez de pilotes de drones
Le Figaro avec AFP
20/08/2013

Les besoins en pilotes de drones augmentent plus rapidement que ce que l’armée de l’Air américaine est capable de former, un problème dû notamment au manque de volontaires pour cette spécialité, constate un colonel de l’Air Force dans une étude. Dans ce rapport rédigé pour le compte de la Brookings Institution, un centre de réflexion de Washington, le colonel Bradley Hoagland explique le problème par des perspectives de promotion moindres pour les pilotes de drones par rapport aux autres pilotes « traditionnels » et des « exigences opérationnelles » éprouvantes depuis une dizaine d’années.

En 2012, l’Air Force était censée entraîner 1.129 nouveaux pilotes « traditionnels » et 150 pilotes amenés à diriger depuis le sol les Predators, Reapers et autres Global Hawk. Le quota a été rempli pour les premiers mais seuls 82% des postes ont été pourvus pour les seconds « par manque de volontaires », déplore l’auteur.

L’armée de l’Air comptait fin 2012 1.300 pilotes de drones, comptant pour 8,5% de l’ensemble du corps des pilotes, contre 3,3% quatre ans plus tôt. Elle disposait alors de 152 Predators, 96 Reapers et 23 Global Hawk, pour un total de 61 « patrouilles de combat » (CAPs), selon un rapport du Pentagone.

La « patrouille de combat » constitue l’unité de mesure pour s’assurer d’une couverture 24 heures sur 24, sept jours sur sept d’une zone donnée par un drone. Il faut en général 3 ou 4 drones pour cela. « Le rythme de croissance des patrouilles de combat est plus rapide que la capacité de l’Air Force à former les personnels », dénonce le colonel Hoagland. Un des facteurs est un taux d’échec lors de la formation initiale « trois fois supérieur » à celui d’un pilote classique, un tiers des apprentis pilotes de drones abandonnant ou étant rejetés. Un autre est le rythme des opérations depuis plus d’une décennie. Il ne laisse pas de temps aux pilotes de drones pour se former à d’autres spécialités ou pour pouvoir monter en grade, ce qui donne le sentiment que piloter les drones mène sur une voie de garage, ajoute l’auteur.

Ces derniers ont ainsi un taux de promotion au rang de major (commandant) de 13% inférieur à celui des autres officiers. La plus faible progression dans la hiérarchie s’explique également selon lui par un « manque de reconnaissance » pour des pilotes qui « sont perçus comme ne risquant pas leur vie en pilotant leur appareil depuis le Nevada à 11.000 kilomètres » du terrain.

La tentative du Pentagone en février de créer une médaille saluant les « réalisations extraordinaires » des pilotes de drones était un « pas dans la bonne direction » vers davantage de reconnaissance, juge le colonel Hoagland. Mais deux mois plus tard, face à l’irritation provoquée chez les associations de vétérans qui dénonçaient une décoration pour des militaires ne mettant pas leur vie en jeu, le Pentagone a fait machine arrière.

COMPLEMENT:

Middle East
‘American Sniper’ misfires in Iraq
Liz Sly

The Washington Post

February 2, 2015

BAGHDAD — It is not only in America that Clint Eastwood’s Iraq war blockbuster “American Sniper” is proving controversial.

After just a handful of sometimes rowdy screenings, the film has been pulled from Baghdad’s only movie theater amid complaints from the Iraqi government — as well as viewers — that it “insults” Iraqis.

Similar allegations have clouded the film’s release in the United States, though not its box office success. Critics have hailed its gripping portrayal of real-life Navy SEAL sniper Chris Kyle and his exploits in Iraq as a cinematic triumph. Commentators have denounced it as being simplistic and giving a one-sided portrayal of the conflict.

In Iraq, the movie has come as a reminder of the vast gulf that divides Iraqi and U.S. perceptions of the bloody, complicated war, which left more than 4,000 Americans and well over 100,000 Iraqis dead — and is now drawing U.S. troops back.

“It glorifies Americans and makes Iraqis out to be nothing but terrorists,” said Ahmed Kamal, 27, a teacher, who downloaded the film for free on a pirate Web site because he didn’t want to pay to see a movie in which the hero refers to Iraqis as “savages.”

“I wasn’t prepared to spend money to see it,” he said. “It portrays Americans as strong and noble, and Iraqis as ignorant and violent.”

The movie also omitted to note that some Iraqis worked with the Americans, said Sarmad Moazzem, 32, who was one of them. He served alongside U.S. troops for five years in an Interior Ministry logistics division and now works as a security adviser at the theater that pulled the film.

“The film makes out that all Iraqis are terrorists — men, women and children,” he said, “whereas, actually, there are some people who loved the Americans and wanted them to stay to help rebuild our country. The movie didn’t show any of them.”

He listed numerous inaccuracies, such as the identification of Sadr City, the Baghdad neighborhood where Shiite militias battled U.S. troops on numerous occasions, as a stronghold of al-Qaeda — which is a Sunni group.

Moreover, a scene in which Iraqis, including a child, attempted to take out the sniper didn’t ring true, according to his experiences.

“No one would stick around if there was an American sniper in the area,” he said. “As soon as anyone knew there was a sniper, everyone would run and hide.”

That scene, in which a child picks up a rocket-propelled-grenade launcher, provoked a furious outburst at one of the screenings of the film. Three spectators sitting in the front row jumped up from their seats and started cursing, said Mohammed Laith, 27, who was sitting a few rows behind.

“They were shouting, ‘It’s all a lie,’ and ‘You are demeaning our culture,’ ” he recalled. After the three refused to sit down, security guards ejected them from the theater, he said.

The manager of the theater, located in Baghdad’s fancy new Mansour Mall, said he withdrew “American Sniper” last week after receiving a telephone call from a senior official at the Ministry of Culture warning him that he would face fines and possible closure if he continued to show it.

“He told me the film insults Iraqis,” said Fares Hilal, whose six-screen cinema opened last year and is the first to offer Iraqis an American-style moviegoing experience, including tubs of popcorn and the latest releases.

He immediately complied with the order, but with some regret.

“If we show it, we will be criticized. But if we don’t, we lose money,” he sighed. “A lot of people wanted to see this film.”

Nonetheless, many Iraqis seem to have seen it, mostly on Internet downloads.

And not all found it objectionable. Yasser Bakr, 17, who operates one of the mall’s carousels, was still a child when the events portrayed took place and only dimly recalls them. He said there was nothing in the film that gave him offense.

“It’s just a movie,” he shrugged. “About something that happened in the past.”

Mustafa Salim contributed to this report.

Liz Sly is the Post’s Beirut bureau chief. She has spent more than 15 years covering the Middle East, including the Iraq war. Other postings include Africa, China and Afghanistan.


Auschwitz/70e: Après Auschwitz plus résolument que jamais (The responsibility rests also indirectly upon the whole of humanity: Member of exiled Polish government revealed to an indifferent world « greatest crime in human history » three years before Auschwitz’s liberation)

27 janvier, 2015
News of the world (Queen, 1977)https://i0.wp.com/i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/03177/DT1942_3177339a.jpg
https://i0.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2015/01/27/0136D7B300000578-0-image-a-31_1422372985804.jpg

Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. Esaïe 45: 6-7
Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. Jean 9: 2-3
Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Jésus (Luc 3: 1-5)
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif … Martin Niemöller
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
Auschwitz is (…) misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves. Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust. Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death. The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims. Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs. Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means. (…) Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right. This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity. Daniel Jonah Goldhagen
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. (…) Depuis quelques temps, je m’intéresse au doigt de Dieu, au hasard. Sous la nef s’élèvera une montagne de vêtements, haute d’environ dix mètres. Une grande pince au bout d’une grue prendra ces vêtements, les amènera jusqu’au ciel et les relâcher. Quand je marche dans une forêt, j’écrase sans le vouloir des fourmis à l’égard desquelles je ne nourris aucune animosité. Aujourd’hui je pense que Dieu, de la même manière, est indifférent. De temps en temps il écrase des choses en dessous de lui, mais sans désir de méchanceté. (…) Vous savez ce qu’on dit : le Russe bat le Polonais, le Polonais bat le Juif, le Juif bat son chien. On bat toujours plus bas que soi. Cet homme pourrait être nous, ou ne pas l’être. Ou pas encore. C’est le pouvoir sur l’homme qui est terrible. La loi française avait interdit aux Juifs d’avoir un chat. Notre voisin, un homme extrêmement sympathique, est venu un jour : si votre chat continue à m’embêter, je vous dénonce. Il n’était pas mauvais, mais on lui avait donné ce pouvoir. (…) Je ne cesse de penser au hasard, avec cette question, absurde, inexpliquée : pourquoi, moi, je suis encore vivant ? Et pourquoi mon voisin est-il mort ? Il n’y a aucune règle à tout ça, et cette chose m’obsède. Ma vie et mon oeuvre ont été très marqués par la Shoah – à ma naissance, en 1944, mes parents ont volontairement effacé leurs traces, et nous avons vécu dans un appartement parisien dissimulés sous le plancher de la maison -, et je crois que tous les survivants de la Shoah n’ont cessé de se poser la question: pourquoi j’ai survécu? Christian Boltanski
Elle est bien là, la mort estampillée XXe siècle, la mort hitlérienne, celle des industriels et des scientifiques qui se regroupaient autour d’une table pour discuter des moyens de rendre leur industrie rentable : comment tuer, à moindre coût et sans trop salir, le plus de monde possible, prisonniers des camps amenés par trains entiers. Une première dans l’histoire de la guerre ; ici l’horreur n’est plus barbarie, mais annihile l’émotion pour laisser place à un esprit logique, au sens de l’organisation. Lorraine Alexandre
Né dans une famille juive originaire de Russie, le père, médecin, s’est converti au christianisme. La mère, née dans une famille bourgeoise désargentée, atteinte de la polio à 22 ans, a abandonné ses études. La guerre survient et ses lois antijuives. Dans l’appartement du 7e arrondissement, une dispute éclate. Hurlements, claquements de porte. A la concierge, on explique que le père a abandonné le domicile familial. A Luc, 2 ans, que papa est parti. Le divorce est prononcé. A la Libération, l’enfant assiste « avec effroi » au retour du père. L’homme était caché dans un réduit, aménagé sous le plancher. « Il sortait la nuit, c’est même comme ça que j’ai été conçu », raconte Christian, né en 1944. Le Monde
J’aimerais profiter de ce jour, qui n’est pas seulement remarquable pour nous, Allemands : dans ma vie, j’ai souvent été prophète et, la plupart du temps, on ne m’a pas pris au sérieux (…) lorsque j’annonçais que (…) je résoudrais  (…) le problème juif (…) Je vais à nouveau être prophète, aujourd’hui : si la juiverie financière internationale, hors d’Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n’en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe. Adolf Hitler (Discours au Reichstag, 30 janvier 1939)
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement. (…) Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler. (…) On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ? (…) Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner. (…) J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.(…) De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés. [l’anéantissement des Juifs] n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…(…) Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.(…) Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature. (…) J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich (…) Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… Rudolph Höss (1947)
Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie. (…) Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Olivier Ypsilantis
A la fin de 1943, alors que, en règle générale, les ghettos avaient été nettoyés, que les déportations avaient été menées à bien dans la plupart des pays sous contrôle allemand et que les camps d’extermination de l’action Reinhardt avaient été démantelés et détruits – et les restes des victimes méticuleusement éliminés -, un bref communiqué parut dans le Völkischer Beobachter, indiquant au lecteur moyen toute l’étendue de l’application de la « solution » de la question juive : « Selon les estimations de la presse juive de Palestine, le nombre total des Juifs est de 13,5 millions. Dont 4,6 millions aux Etats-Unis, 425 000 en Angleterre, 200 000 au Canada, 100 000 en Afrique du Sud, 350 000 en Australie, 300 000 en Argentine et 300 000 dans tous les autres Etats des deux Amériques. D’après les Etats-Unis, la Palestine abriterait 550 000 Juifs, hébreux pour la plupart. Ces estimations ne tiennent évidemment pas compte des Juifs religieux. La moitié des Juifs soviétiques se trouveraient désormais à l’est de l’Oural. » Il suffisait alors de consulter le Grand Brockhaus pour constater que le nombre des Juifs à la fin des années 20 (…) oscillait entre 15 et 16 millions. La différence sautait donc immédiatement aux yeux, d’autant que le Brockhaus ne comptabilisait que 3,6 millions de Juifs pour les Etats-Unis (et non 4,8 millions). Mais un lecteur consciencieux aurait dû être frappé par le fait que dans ce bref communiqué, la Palestine était indiquée comme la deuxième région comptant le plus grand nombre de Juifs. Cela signifiait que les communautés présentes dans le Brockhaus, les 3,5 millions de Juifs polonais, les 2,75 millions de Juifs soviétiques, les 834 000 Juifs roumains, ainsi que les 564 000 Juifs allemands (auxquels il fallait ajouter théoriquement les 300 000 Juifs autrichiens depuis l’Anschluss) n’existaient plus, du moins dans cet ordre de grandeur. Peter Longerich (« Nous ne savions pas. » Les Allemands et la Solution finale. 1933 – 1945,  2008)
Les hommes âgés de 14 à 80 ans sont conduits dans un même endroit, souvent un square ou un cimetière, et sont tués avec un couteau, une arme à feu ou des grenades. Ils ont dû creuser leur propre tombe en amont. The Telegraph (juin 1942)
This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. » Leon Feiner (to Jan Karski)
The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out. But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility. Szmul Zygielbojm
It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history. Szmul Zygielbojm
Par ma mort, je voudrais, pour la dernière fois, protester contre la passivité d’un monde qui assiste à l’extermination du peuple juif et l’admet. Szmul Zygielbojm

Quand le « Telegraph » révélait dès 1942 le « plus grand massacre de l’Histoire » …

En ce 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz …

Où, après la Marche républicaine de Paris, le prétendu chef du Monde libre a à nouveau brillé par son absence

Pendant qu’au Moyen-Orient et en Afrique ou même en Occident et après les ottomans en Turquie, les derniers djihadistes en date s’acharnent à appliquer, dans la plus grande indifférence, leur promesse de solution finale à la question juive et chrétienne

Ou, à l’instar de l’Iran, s’en fourbissent les armes …

Et avec cet article d’avant-dernière page du Telegraph (« Les Allemands tuent 700 000 Juifs en Pologne : chambres à gaz mobiles ») qui révélait, trois ans avant sa libération, l’existence de chambres à gaz et le massacre perpétré contre les Juifs par les nazis.

Comment oublier …

Le mur d’ « indifférence, de doutes et même de suspicions » auxquels se heurta …

Szmul Zygielbojm, le membre du gouvernement polonais en exil à Londres …

Qui, via un réseau de contacts clandestins en Pologne occupée, avait fourni les informations …

Et, en une ultime forme de protestation avec la mort de sa femme et de son fils lors de la révolte du Ghetto de Varsovie, s’en tua un an après ?

Mais aussi, avec Hans Jonas …

Et contre la logique dévoyée tant des génocideurs eux-mêmes que de nombre de lecteurs de la Bible encore aujourd’hui …

L’affirmation qu’ « après Auschwitz » …

Et malgré même ce que dans sa quête du Dieu unique, la Bible du Déluge avait pu en dire …

« Plus résolument que jamais auparavant, Dieu est bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde » ?

Holocaust Memorial Day: Telegraph revealed Nazi gas chambers three years before liberation of Auschwitz
The Telegraph disclosed the existence of Nazi gas chambers and the “mass killing” of Jews almost three years before the liberation of Auschwitz on Jan 27, 1945
David Blair
The Telegraph

26 Jan 2015
It was under the headline “Germans murder 700,000 Jews in Poland”, that this newspaper reported the “greatest massacre in the world’s history” on June 25, 1942.

The story was remarkably detailed and accurate, yet the credit belongs neither to this newspaper nor the anonymous “Daily Telegraph reporter” who was the author. All the facts were supplied by Szmul Zygielbojm, a member of the Polish government in exile who made it his mission to inform the world about the Holocaust.

After arriving in London in 1942, Zygielbojm used a clandestine network of contacts across occupied Poland to gather eyewitness accounts of the fate of Jews. The particular information in The Daily Telegraph’s story was smuggled to London on microfilm hidden inside a key.

The newspaper was able to report that gas chambers were being used for industrialised murder from November 1941 onwards – and “an average 1,000 Jews were gassed daily”. The story methodically lists the death toll from massacres in seven different towns and cities.

“In many places Jews were deported to ‘unknown destinations’ and killed in neighbouring woods,” reads the story. “In Vilna 50,000 Jews were murdered in November. The total number slaughtered in this district and around Lithuanian Kovno is 300,000.”

Post-war investigation established that hundreds of thousands of Jews were killed in mass shootings in Nazi-occupied areas of the former Soviet Union – just as this story made clear. “In Rovne the murders began early in November. In three days and nights nearly 15,000 men, women and children were shot,” reads the report.

In the pages of The Daily Telegraph, Zygielbojm succeeded in revealing the mass murder of Jews. But he was dismayed by the lack of public reaction.

As early as August 1941, Winston Churchill had denounced the atrocities against the Jews as a “crime without a name”. Yet Zygielbojm detected no wave of revulsion sufficient for the Allies to take special steps to obstruct the Holocaust.

The Telegraph chose to report the “greatest massacre in the world’s history” on page five of a six-page newspaper.

Zygielbojm’s informants were taking immense risks and their reports were meticulously accurate, yet he often encountered indifference, disbelief or even suspicion.

When The Telegraph’s story appeared, Zygielbojm’s wife, Manya, and their son, Tuvia, were still living in occupied Poland as prisoners in the Warsaw Ghetto. Both died during the razing of the Ghetto in 1943.

Crushed by this tragedy – and by the weight of indifference towards the fate of the Jews – Zygielbojm took his own life on May 11, 1943.

“The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out,” he wrote. “But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.”

 Voir aussi:

Tragic story of heroic Jew who exposed the holocaust to the world… then killed himself after his wife and son were murdered in Warsaw Ghetto uprising
Szmul Zygielbojm was the first to reveal full horror of the Holocaust in 1942
Adam Luck

MailOnline

27 January 2015

When Szmul Zygielbojm stood up and denounced ‘the greatest crime in history’ in 1942 the Polish politician was revealing to the world for the first time the full horror of the unfolding Holocaust.

Three years before the liberation of the death camps, Zygielbojm issued his clarion call but also sowed the seeds of his own destruction warning it would ‘be a shame to go on living’ if nothing were done.

Just a year later, the Jewish activist took his own life in his London apartment when he realised that Allied leaders and world opinion could not or would not do anything to stop the horror.

To compound his despair Zygielbojm had learnt that his own wife and child had perished at the hand of the Nazis during the uprising in the Warsaw Ghetto in the early part of 1943.

Until now, however, the extraordinary story of this left-wing activist and politician has remained cloaked in obscurity despite the fact that Zygielbojm’s secret network help expose the Final Solution.

Born in eastern Poland, Zygielbojm became heavily active within Jewish trade unions and when Germany invaded Poland in 1939 he took part in organising the Warsaw defence committee.

When the Nazis ordered Jewish leaders to help with the creation of a ghetto in the Polish capital, Zygielbojm publicly opposed the command – and was subsequently smuggled out of the city.

After travelling to Belgium, France and the US, where he spoke at a series of meetings to raise awareness about the plight of Jews, he eventually found himself in London in March 1942.

Realising that he was dealing with a sceptical non-Jewish public, Zygielbojm used British newspapers and the BBC to pass on detailed information he was being supplied with from occupied Europe.

In June 1942, The Daily Telegraph headline read ‘Germans murder 700,000 Jews in Poland’ and readers were told it was ‘the greatest massacre in the world’s history.’

The source for this story was Zygielbojm, by now a member of the Polish government in exile, who provided information that ‘an average of 1,000 Jews were being gassed daily’.

Zygielbojm’s network of informants had gathered eye-witness accounts from across Europe, not least the industrial scale of the mass murder with gas chambers being used.

Although Winston Churchill had denounced the Nazi crimes against the Jews as a ‘crime without a name’ as early as 1941, credible and detailed evidence was supplied by Zygielbojm and his network for the first time.

Speaking to the BBC, he said: ‘It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history.

‘In the name of millions of helpless, innocent, doomed people in the ghettos, whose unseen hands are stretched out to the world, I beseech you, you whose conscience is still alive: Expunge the raging shame which is being perpetrated against the human race.’

One of the key pieces in this jigsaw was the Christian Jan Karski, who was the link between the Polish underground resistance and the Polish government in exile in London.

When he was in the Warsaw Ghetto, Karski relied on a guide called Leon Feiner, who also belonged to the Bund, the same Jewish left-wing organisation that Zygielbojm was a member of.

But when Karski relayed the situation to the British and American governments, as well as Zygielbojm, in late 1942 it became clear that the Allies were unable or unwilling to act.

When Zygielbojm asked Karski what message, if any, he had from the Jews trapped in the Warsaw Ghetto, Karski relayed a message from Zygielbojm’s comrade Leon Feiner.

Karski later revealed the message from Feiner: ‘This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. »‘

In April 1943, the US and UK governments met in Bermuda, supposedly to come up with answers to the unfolding plight of Jews in occupied Europe.

Ironically this happened just as the Jewish resistance rose up the Warsaw Ghetto despite facing overwhelming numbers of well armed Nazi troops.

An estimated 13,000 Jews died during the uprising and the 50,000 or so survivors were immediately shipped to extermination camps.

In May, Zygielbojm realised that the Allies were not going to act and then, to compound his despair, he learnt that his wife Manya and son Tuvla had died in Warsaw.

That month he took an overdose of sodium amytal at his home in west London and left a long and detailed suicide note, explaining his decision to take his own life.

He wrote: ‘I cannot continue to live and to be silent while the remnants of Polish Jewry, whose representative I am, are being murdered.

‘My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave.

‘By my death, I wish to give expression to my most profound protest against the inaction in which the world watches and permits the destruction of the Jewish people.’

But he also issued a parting shot in the direction of world opinion and the Allied leaders who had singularly failed to act in any shape or form to try and bring a halt to the slaughter.

My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave
Szmul Zygielbojm
He wrote: ‘The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out, but indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime.

‘By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.’

After the war Karski, who died in 2000, expressed his regret that he had ‘stupidly repeated the message which Feiner gave me’ and that Zygielbojm had then ‘lost control’.

When Karski heard of the death, he said: ‘I was crushed. I realised at that time at that time that everything is lost for the Jews. He was a soldier to the end. Yes, he was a genuine martyr.’

But the story doesn’t end on an entirely sad note because one of Zygielbojm’s children did survive.

Joseph became a leading light in the Polish resistance during the war and eventually made his way to the US where he became a scientist in the US space programme before he died in 1995.

Joseph’s sons Arthur and Paul both live in the US.

Voir également:

How Auschwitz Is Misunderstood
Daniel Jonah Goldhagen

The New York Times

Jan. 24, 2015

AUSCHWITZ was liberated 70 years ago, on Jan. 27, 1945, and news of its existence shocked the world. With its principal killing center at one of its main camps, Auschwitz-Birkenau, becoming fully operational in 1942, it was Germany’s largest and the most notorious extermination site. There the Germans slaughtered approximately 1.1 million people, a million of whom were Jews. Its mention evokes notions of evil and instant horror. Auschwitz was a death factory, an oxymoron that would have made no sense before the Holocaust, but that now is effortlessly comprehensible.

But Auschwitz is also misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves.

Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust.

Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death.

The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims.

Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs.

Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means.

But that’s not true. To understand the politics of mass murder and eliminationism, the technical means of carrying out the deed are almost never the central issue. Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right.

This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity.

The gassing installations that became Auschwitz’s emblem were but one part of Auschwitz’s system of more than 40 camps and sub-camps. These were run by thousands of German overlords who drove and brutalized hundreds of thousands of Jews, Russians and other “subhumans,” whom they used as slaves to work under horrifying conditions in the camps’ extensive and varied production facilities, making everything from agricultural products to chemicals to armaments.

Auschwitz was thus much more than just the gas chambers and crematories — taken as a whole, it was a microcosm, not so much of the specific mechanisms of the Holocaust, but of the Nazis’ ideological vision of a world to be ruled by a master race, resting on the collective graves of the Jewish people and of tens of millions of additional victims the Germans deemed demographically expendable, and served by an enormous population of slaves. It reveals that during the Holocaust, mass annihilation, as genocide always is, was part of a larger eliminationist agenda and, at its core, a mechanism for social and political transformation.

This commonality notwithstanding, Auschwitz still had its singular quality: It expressed the Nazis’ unparalleled vision that denied a common humanity everywhere, and global intent to eliminate or subjugate all nonmembers of the “master race.” Heinrich Himmler, the head of the SS and the man most responsible for putting the Germans’ plans in action, proudly announced in an address in 1943: “Whether nations live in prosperity or starve to death interests me only insofar as we need them as slaves for our culture.”

Such was the Nazis’ moral and mental mutation, the most profound in the history of Europe, that Auschwitz was built upon, and that, better than any other place, it symbolizes. When Europe’s leaders assemble at Auschwitz on Tuesday for the 70th anniversary commemoration, they should of course remember and mourn the Jewish and non-Jewish victims. They should also realize that they are gazing into the abyss that would have consumed their Continent and the world.

Daniel Jonah Goldhagen is the author of “Hitler’s Willing Executioners: Ordinary Germans and the Holocaust” and, most recently, “The Devil That Never Dies: The Rise and Threat of Global Anti-Semitism.”

Voir par ailleurs:

En lisant la confession de Rudolf Höss, commandant du KZ Auschwitz – 4/4

Maison de Rudolf Höss et sa famille à AuschwitzLa maison de Rudolf Höss et sa famille à Auschwitz

La logique de Rudolf Höss s’exprime clairement dans les lignes qui suivent : ‟A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement.” Toute la logique nazie s’inscrit dans cette déclaration. Rudolf Höss ajoute avec son implacable logique : ‟Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler.” Implacable logique de gestionnaire. Froideur comptable. Aucune haine. Rien que l’efficacité et la soumission à des ordres… qui contredisent l’efficacité parce que contradictoires…

Les bombardement aériens.

Rudolf Höss prend note du grand nombre de victimes parmi les déportés travaillant dans les usines suite aux bombardements alliés. Le commandant du camp d’Auschwitz qui a sa logique (le nazi est quelqu’un de très logique à sa manière) écrit : ‟On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ?” Cette argumentation est encore mise en avant sur un mode tantôt explicite tantôt implicite par des individus qui s’efforcent de rééquilibrer des sommes de souffrances en partant de prémisses taillées à leur mesure…

L’évacuation des camps de concentration.

C’est probablement la période la plus pénible pour ce haut fonctionnaire du système concentrationnaire qui se veut aussi homme de terrain, homme des tournées d’inspection. Ce bureaucrate assiste à l’effondrement du système concentrationnaire nazi, principalement sous la poussée soviétique. Il a participé à son édification et il en est fier. Il regrette simplement que des directives contradictoires, et au plus haut niveau, aient limité son efficacité, principalement dans la production d’armement.

Où diriger ces colonnes de détenus sans approvisionnement, dans le froid et la neige ? Le chaos est total. ‟Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner.” Cette dernière phrase provoque chez le lecteur une sorte d’hallucination. Les maîtres-d’œuvre de l’industrie de la mort auraient aimé que le spectacle de la mort leur soit épargné. Ils tiennent à faire savoir qu’eux aussi ont un coeur et qu’il leur arrive d’être perturbés par certaines scènes. Mais dans leur logique, la question de la responsabilité et de la culpabilité ne se pose jamais, ce qui leur permet de poursuivre leur œuvre de mort. Rudolf Höss est un homme d’ordre. Exterminer, oui, si l’ordre lui en est donné, mais en lui épargnant tout désordre — cris et larmes.

Au cours de l’évacuation des camps, il avait donné l’ordre de ne pas abattre les détenus inaptes à poursuivre la marche et de les remettre au Volkssturm, sûrement pas par humanité mais pour ne pas ajouter du désordre au désordre. Il se montre intransigeant et rapporte ce qui suit : ‟J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.” Ce passage mérite que l’on s’y attarde. Rudolf Höss aurait-il agi par pitié envers ‟ce malheureux” ? Rudolf Höss qui a un vieux fond d’honnêteté et d’ingénuité ajoute aussitôt : ‟dont il n’avait pas la responsabilité.” Ce Feldwebel est coupable de s’occuper d’un ‟malheureux” dont il n’a pas la responsabilité, c’est-à-dire d’ajouter du désordre au désordre et, pire, de faire preuve d’arrogance envers un supérieur… Car enfin, que pèse un Feldwebel (adjudant) face à un Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) ?

Le rêve d’extermination nazi était un rêve froid, un rêve d’efficacité maximale. Les cris, l’affolement, le sang et j’en passe étaient une atteinte à l’efficacité des abattoirs. Ne pas perdre de temps, tayloriser la chaîne de mort… Par ailleurs, ainsi que nous l’avons vu, il s’agissait d’épargner les nerfs des tueurs, de leur éviter une dépression qui les faisait sombrer dans l’alcoolisme ou qui les poussait au suicide. Les nazis auraient aimé que l’extermination soit aussi rapide et aussi propre que dans nos plus modernes abattoirs…

Bergen-Belsen épouvante Rudolf Höss parce que le désordre y est à son comble. A ce propos, permettez-moi une remarque. Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie.

Mon arrestation.

Rudolf Höss parvient à passer entre les mailles du filet et travaille comme ouvrier agricole dans une ferme des environs de Flensburg, tout près de la frontière danoise. ‟Le 11 mars 1946, à vingt-trois heures, on vint m’arrêter.” Interrogatoires musclés à Heide puis à Minden, centre des interrogatoires de la zone anglaise. Transféré par avion à Varsovie, il arrive à Cracovie le 30 juillet.

Conclusion.

Rudolf Höss se déclare fidèle au Parti mais il se demande si l’extension de l’Espace vital n’aurait pas pu se faire par des voies pacifiques. Il s’empresse toutefois d’ajouter que les guerres sont inévitables et que les camps de concentration sont nécessaires aussi longtemps qu’ils sont destinés à surveiller les ennemis de l’État et qu’ils restent ‟des lieux d’éducation pour les asociaux.” Il déplore que les camps soient devenus des lieux d’extermination directe ou indirecte. Dans une allusion aux prisonniers de guerre soviétiques, il écrit : ‟De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés.” Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Le nazi est un homme terriblement logique (à commencer par Rudolf Höss).

Rudolf Höss termine son autobiographie en insistant sur le fait qu’il n’a jamais brutalisé personnellement un détenu. De plus hautes instances de la Solution finale comme Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich ou Adolf Eichmann auraient pu dire la même chose. Ces hommes ne se sentaient en rien responsables, ils ne faisaient qu’obéir aux ordres, c’est une litanie nazie. Rudolf Höss précise : ‟Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.” Il n’est pas nécessaire qu’il insiste, nous le croyons. La cruauté et les sévices sont des marques de désordre, or, redisons-le, Rudolf Höss est un homme d’ordre, un nazi fidèle : ‟Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.” Qu’ajouter à de tels propos ? Comment attaquer une pensée aussi fermée, animée par une logique interne simple, dévoyée et efficace dans ses limites ? Que répondre à un homme qui déclare : ‟J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich” ? Que répondre à un homme qui termine sa confession sur ces mots : ‟Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… ” ?

A ces confessions fait suite une annexe, ‟La «solution finale» du problème juif dans le camp de concentration d’Auschwitz”, rédigée en novembre 1946, des pages riches en détails techniques sur les procédures de mise à mort et d’équarrissage. J’y ai appris qu’après une liquidation massive de Juifs, les montres ordinaires étaient envoyées à Sachsenhausen où des centaines de détenus les triaient et les réparaient et qu’elles étaient envoyées au front pour les besoins de la SS et de la Wehrmacht.

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Ci-joint, quelques liens :

– Le journal d’un SS tenu à Auschwitz, du 30 août au 18 novembre 1942 : Johann Paul Kremer. Le ton est identique à celui de Rudolf Höss. Johann Paul Kremer arrive à Auschwitz le 30 août 1942 pour remplacer un docteur tombé malade. Il se dit bouleversé par les ‟actions spéciales” et tient lui aussi à faire savoir qu’il n’est pas un sadique et qu’il n’éprouve aucune haine envers quiconque, à commencer par les Juifs, qu’il est un nazi korrekt. Ce choc ne l’empêche pas de nous détailler ses menus et de nous décrire son bien-être entre deux exécutions :

http://www.phdn.org/negation/steinberg/journal.html

– Une notice biographique sur Rudolf Höss (en anglais) éditée par ‟Jewish Virtual Library” :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/Hoess.html

– Un court extrait du procès de Nuremberg où Rudolf Höss témoigne (durée 1 mn 42) : ‟On m’avait fait venir à Nuremberg comme témoin à décharge de Kaltenbrunner, sur demande de son défenseur” :

http://www.youtube.com/watch?v=ANEYUQ22VSE

– J’ai hésité à faire figurer le lien suivant dans mon article, avant de m’y résoudre. Les confessions du commandant d’Auschwitz ont apporté de l’eau au moulin des révisionnistes et des négationnistes. Ci-joint, un article trouvé sur le blog de Robert Faurisson intitulé ‟Comment les Britanniques ont obtenu les aveux de Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz” :

http://robertfaurisson.blogspot.com.es/1987/05/comment-les-britanniques-ont-obtenu-les.html

– Robert Faurisson s’exprime dans un documentaire intitulé ‟Les aveux de Rudolf Höss” (durée 12 mn 14). Je précise en passant que l’individu Robert Faurisson prend ses présupposés pour des vérités et commet plusieurs erreurs assez grossières par rapport au texte même rédigé par le commandant d’Auschwitz. Lisez le livre en question et comparez avec ce que dit le monsieur :

http://www.youtube.com/watch?v=uFhN6IZRqD4

La stratégie de Robert Faurisson est propre aux révisionnistes et plus encore aux négationnistes : il s’agit d’agir plus ou moins subtilement par rééquilibrage, en montrant que les responsables nazis ont eux aussi souffert. Observez Robert Faurisson, il cherche à nous faire larmoyer sur le sort de Rudolf Höss en commentant des photographies avant de nous les montrer. On retient son souffle, on s’attend à voir un visage tuméfié et  ensanglanté, on ne voit qu’un homme au visage un peu fatigué et mal rasé.

– See more at: http://zakhor-online.com/?p=6848#sthash.ZYQDchvC.dpuf

Voir enfin:

Rudolf HOESS, le commandant d’Auschwitz, parle.
AVERTISSEMENT

Rudolf Hoess a été pendu à Auschwitz en exécution du jugement du 4 avril 1947. C’est au cours de sa détention à la prison de Cracovie, et dans l’attente du procès, que l’ancien commandant du camp d’Auschwitz a rédigé cette autobiographie sur le conseil de ses avocats et des personnalités polonaises chargés de l’enquête sur les crimes de guerre nazis en Pologne. On peut en voir l’original au crayon dans les archives du Musée d’Auschwitz. Conçu dans un but de justification personnelle, mais avec le souci d’atténuer la responsabilité de son auteur en colorant le mieux possible son comportement, celui de ses égaux et des grands chefs S.S., ce document projette une lumière accablante sur la genèse et l’évolution de la «Solution finale » et du système concentrationnaire. Ce « compte rendu sincère » représente l’un des actes d’accusation les plus écrasants qu’il nous ait été donné de connaître contre le régime dont se réclame l’accusé, et au nom duquel il a sacrifié, comme ses pairs et ses supérieurs, des millions d’êtres humains en abdiquant sa propre humanité.

LE COMITÉ INTERNATIONAL D’AUSCHWITZ.

« (…)

Aux yeux d’Himmler, l’Allemagne était le seul État qui avait le droit d’exercer sa domination sur l’Europe. Tous les autres peuples étaient relégués au deuxième plan. Les nations au sang nordique prédominant devaient jouir d’un traitement privilégié afin qu’on puisse les englober, par la suite dans le corps de l’Allemagne. Les peuples de sang oriental, par contre, devaient être morcelés et réduits à néant, à l’état d’ilotes.

En s’inspirant de ces idées, on avait organisé, dès avant la guerre, des camps de concentration destinés à l’internement des ennemis de l’État. Grâce au procédé de la sélection, ils devinrent, par là même, des lieux d’éducation pour les asociaux et rendirent dans ce domaine des services précieux à la nation tout entière. Ils devinrent aussi un instrument utile pour la « lutte préventive » (1) contre la criminalité.

Mais, à partir de la déclaration de guerre, ces camps se transformèrent en lieux d’extermination directe et indirecte où allait être anéantie cette partie de la population des territoires conquis qui se rebellait contre ses conquérants et ses oppresseurs.

J’ai déjà longuement expliqué mon attitude personnelle à l’égard de ces « ennemis de l’État ».

De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés en fin de compte, le nombre des adversaires vraiment sérieux serait devenu insignifiant.

Aujourd’hui, je reconnais aussi que l’extermination des Juifs constituait une erreur, une erreur totale. C’est cet anéantissement en masse qui a attiré sur l’Allemagne la haine du monde entier. Il n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final.

Quant à la direction de la Sécurité du Reich, ce n’était que l’organe d’exécution, le bras policier prolongé d’Himmler. Cette direction et les camps de concentration eux-mêmes n’étaient destinés qu’à servir la volonté d’Himmler et les intentions d’Adolf Hitler.

J’ai déjà amplement expliqué dans les pages précédentes l’origine des horreurs qui se sont produites dans les camps de concentration. Pour ma part, je ne les ai jamais approuvées. Je n’ai jamais maltraité un détenu ; je n’en ai jamais tué un seul de mes propres mains. Je n’ai jamais toléré les abus de mes subordonnés.

(…)

On voit donc que même dans une petite prison le directeur ne saurait empêcher les abus de ses subordonnés. Dans un camp de la dimension d’Auschwitz, c’était chose absolument impossible.

Certes, j’étais dur et sévère, souvent même trop dur et trop sévère comme je m’en aperçois aujourd’hui.

Dépité par les désordres ou les négligences, je me suis permis parfois des paroles méchantes dont j’aurais mieux fait de m’abstenir.

Mais je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices.

Bien des choses se sont produites à Auschwitz – soi-disant en mon nom et sur mes ordres – dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.

Mais puisque c’était à Auschwitz j’en suis responsable. Le règlement du camp le dit expressément : « Le commandant est entièrement responsable pour toute l’étendue de son camp. »

Je me trouve maintenant à la fin de ma vie.

J’ai exposé dans ces pages tout ce qui m’est arrivé d’essentiel, tout ce qui m’a influencé et impressionné. Je me suis exprimé en conformité avec la vérité et la réalité ; j’ai raconté ce que j’ai vu de mes yeux. J’ai laissé de côté les détails qui me paraissent secondaires ; il y a aussi beaucoup de choses que j’ai oubliées ou dont je ne me souviens que fort mal.

Je ne suis pas un écrivain et je n’ai pas beaucoup manié la plume. J’ai dû me répéter très certainement ; il est également probable que je me suis souvent mal exprimé.

Le calme et la sérénité qui m’auraient permis de me concentrer pour ce travail m’ont également manqué.

J’ai écrit au fil de la plume mais je n’ai pas eu recours à des artifices. Je me suis dépeint tel que j’étais, tel que je suis.

Mon existence a été colorée et variée. Mon destin m’a conduit sur les hauteurs et au fond des abîmes. La vie m’a souvent durement secoué, mais, partout, j’ai tenu bon et je n’ai jamais perdu courage.

Deux étoiles m’ont servi de guides à partir du moment où je suis rentré, adulte, d’une guerre dans laquelle je m’étais engagé gamin : ma patrie et ma famille.

Mon amour passionné de la patrie et ma conscience nationale m’ont conduit vers le parti national-socialiste et vers les S.S.

Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les S.S. étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.

Ma famille était pour moi une chose tout aussi sacrée ; j’y suis attaché par des liens indissolubles.

Je me suis toujours préoccupé de son avenir : la ferme devait devenir notre vraie maison. Pour ma femme et pour moi, nos enfants représentaient le but de notre existence. Nous voulions leur donner une bonne éducation et leur léguer une patrie puissante.

Aujourd’hui encore, toutes mes pensées tendent vers ma famille. Que vont-ils devenir ? L’incertitude que je ressens à ce propos rend ma détention particulièrement pénible.

J’ai fait le sacrifice de ma personne une fois pour toutes. La question est réglée, je ne m’en occupe plus. Mais que feront ma femme et mes enfants ?

Mon destin a été bizarre. Ma vie a souvent tenu à un fil, pendant la première guerre, pendant les combats des corps francs, au cours d’accidents du travail. Ma voiture a été tamponnée par un camion et j’ai failli être tué. Montant à cheval, je suis tombé sur une pierre et j’ai manqué être écrasé par ma monture : je m’en suis tiré avec quelques côtes fracturées. Pendant les bombardements aériens, j’ai souvent cru mon dernier moment venu et il ne m’est rien arrivé. Peu de temps avant l’évacuation de Ravensbrück, j’ai été victime d’un accident d’auto et tout le monde me tenait déjà pour mort ; une fois encore, je m’en suis bien sorti.

Ma fiole de poison s’est brisée juste avant mon arrestation.

Chaque fois le destin m’a épargné la mort pour me faire subir maintenant une fin dégradante. Combien j’envie mes camarades tombés en soldats au champ d’honneur !

J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich. La machine est brisée, le moteur a disparu et je dois en faire autant.

Le monde l’exige.

Je n’aurais jamais consenti à dévoiler mes pensées les plus intimes, les plus secrètes, à exhiber ainsi mon « moi » si on ne m’avait pas traité ici avec tant de compréhension, tant d’humanité.

C’est pour répondre à cette attitude que je me devais de contribuer, dans la mesure où cela m’était possible, à éclaircir des points obscurs.

Mais, lorsqu’on utilisera cet exposé, je voudrais qu’on ne livrât pas à la publicité tous les passages qui concernent ma femme, ma famille, mes mouvements d’attendrissement et mes doutes secrets (2).

Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi, aussi, j’avais un coeur…

Cracovie, février 1947.

Rudolf Hoess. »

Rudolf HOESS, « Le commandant d’Auschwitz parle », PCM petite collection maspero, 1979 (Julliard, 1959), pp. 5, 250-251, 253-257