Internet: Mais que va-t-il rester de nos amours ? (Love hurts: It’s Hollywod, capitalism and internet, stupid !)

30 juillet, 2013
https://i2.wp.com/www.hdwallpapers.in/walls/love_hurts-normal.jpgL’Éternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. (…) C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. Genèse 2: 18-24
Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Exode 20: 17
Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit.Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance, si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Et si je distribue tous mes biens aux pauvres, si même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour est patient, il est plein de bonté; l’amour n’est pas envieux; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil,il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’amour ne meurt jamais. Les prophéties disparaîtront, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra. En effet, nous connaissons partiellement et nous prophétisons partiellement,mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra. Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu un homme, j’ai mis fin à ce qui était de l’enfant. Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement, tout comme j’ai été connu.Maintenant donc ces trois choses restent: la foi, l’espérance, l’amour; mais la plus grande des trois, c’est l’amour. Paul
Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur (…) Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle. Paul (Ephésiens 5: 22-25)
 Il nous a aussi rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’esprit; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie. Paul (2 Corinthiens 3: 6)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division (…) et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10: 34-36)
Il faut dire trois bénédictions pour remercier la Fortune, d’abord que je sois né être humain et non animal,; ensuite que je sois né homme et non femme; troisièmement, que je sois né grec et non barbare. Thalès (IIe siècle avant JC)
On doit dire chaque jour trois bénédictions: béni Celui qui ne m’a pas fait païen , ni femme, ni esclave. Rabbi Yehuda (Talmud de Babylone, IIe siècle)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
 Liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer, ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction. Antoine de Saint-Exupéry (Terre des hommes, 1939)
Toutes les plaisantes fictions qui allégeaient l’autorité et assouplissaient l’obéissance, qui assuraient l’harmonie des différents aspects de la vie, et qui faisaient régner dans la vie politique, par une assimilation insensible, les mêmes sentiments qui embellissent et adoucissent la vie privée, toutes ces douces illusions vont se dissiper sous l’assaut irrésistible des lumières et de la raison. Tous les voiles de la décence vont être brutalement arrachés. Toutes les idées surajoutées par notre imagination morale, qui nous viennent du coeur mais que l’entendement ratifie parce qu’elles sont nécessaires pour voiler les défauts et la nudité de notre tremblante nature et pour l’élever à nos propres yeux à la dignité – toutes ces vieilles idées vont être mises au rebut comme on se défait d’une mode ridicule, absurde et désuète. Edmund Burke
Tout ce qui était solide et stable est ébranlé, tout ce qui était sacré est profané ; et les hommes sont forcés, enfin, d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux dégrisés. Marx
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goùt pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust
This cloverleaf madness just fills me with sadness. We glide on these streams just postponing our dreams. The love that’s inside us How come it divides us? It just ain’t like Cole Porter It’s just all too short order. Michael Franks
Il est clair que « Je peux toucher ton sein ? » ne peut tout simplement pas marcher comme préliminaire sexuel. Avec le gars sensible, je narrive pas à me décider: est-ce qu’il veut que je le repousse ? Ou débattre avec moi, dans un Starbucks, de l’état du monde ? Si j’ai envie d’entendre parler de sentiments, je peux appeler une copine. (…) Le respect, c’est important mais quand il s’agit de passer au lit, « égalitaire » ne veut pas toujours dire « érotique ». Catherine Townsend
Dans notre époque dérégulée, individualiste, où l’on se voit de moins en moins dicter sa conduite par sa famille ou par son village, c’est l’intégralité de la vie qui est entrée dans le règne de l’hyperchoix. Dans le monde actuel, libéré d’un cadre institutionnel ou coutumier très contraignant, on a le sentiment de toujours pouvoir choisir et une impression d’illimité. Gilles Lipovetsky (philosophe, université de Grenoble)
Nike propose aujourd’hui une chaussure unique, au look déterminé par le futur acheteur. Les sites de rencontres se multiplient sur la bulle, internet, en proposant un choix de plus en plus précis de la personne que l’on souhaite avoir à ses côtés : intelligent, gentil, mais aussi des caractéristiques incroyablement millimétrées (les pieds sur terre, mais pas ennuyeux, entre 1,77 mètre et 1, 82 m….). On customize à tout-va, parce que l’on a un choix insensé. Le nombre de célibataires explose littéralement dans les grandes villes, on peut donc choisir ce que l’on veut, on a le choix…Mais le paradoxe du choix, est que dès que l’on manque d’options, on parvient très facilement à attribuer sa déconvenue ou sa frustration à la Société ou à la terre entière ! Par contre, si on est malheureux dans un contexte de choix multiple et d’abondance, on s’attribue la responsabilité de l’échec. Mais l’être humain n’apprécie que très peu l’échec, surtout quand il ne le partage avec personne. In fine s’installe une certaine perplexité face à ces choix multiples, qui nous encourage à ne plus nous engager véritablement, que ce soit en amour, en amitié ou même professionnellement. Pseekliss
A large array of options may diminish the attractiveness of what people actually choose, the reason being that thinking about the attractions of some of the unchosen options detracts from the pleasure derived from the chosen one. Barry Schwartz
Internet dating has made people more disposable. (…) Internet dating may be partly responsible for a rise in the divorce rates.(…) Low quality, unhappy and unsatisfying marriages are being destroyed as people drift to Internet dating sites. (…) The market is hugely more efficient … People expect to—and this will be increasingly the case over time—access people anywhere, anytime, based on complex search requests … Such a feeling of access affects our pursuit of love … the whole world (versus, say, the city we live in) will, increasingly, feel like the market for our partner(s). Our pickiness will probably increase. (…) Above all, Internet dating has helped people of all ages realize that there’s no need to settle for a mediocre relationship. Comments from dating sites managers
The future will see better relationships but more divorce. The older you get as a man, the more experienced you get. You know what to do with women, how to treat them and talk to them. Add to that the effect of online dating. I often wonder whether matching you up with great people is getting so efficient, and the process so enjoyable, that marriage will become obsolete. Dan Winchester
The positive aspects of online dating are clear: the Internet makes it easier for single people to meet other single people with whom they might be compatible, raising the bar for what they consider a good relationship. But what if online dating makes it too easy to meet someone new? What if it raises the bar for a good relationship too high? What if the prospect of finding an ever-more-compatible mate with the click of a mouse means a future of relationship instability, in which we keep chasing the elusive rabbit around the dating track? Of course, no one knows exactly how many partnerships are undermined by the allure of the Internet dating pool. But most of the online-dating-company executives I interviewed while writing my new book, Love in the Time of Algorithms, agreed with what research appears to suggest: the rise of online dating will mean an overall decrease in commitment. (… ) At the selection stage, researchers have seen that as the range of options grows larger, mate-seekers are liable to become “cognitively overwhelmed,” and deal with the overload by adopting lazy comparison strategies and examining fewer cues. As a result, they are more likely to make careless decisions than they would be if they had fewer options, and this potentially leads to less compatible matches. Moreover, the mere fact of having chosen someone from such a large set of options can lead to doubts about whether the choice was the “right” one. No studies in the romantic sphere have looked at precisely how the range of choices affects overall satisfaction. But research elsewhere has found that people are less satisfied when choosing from a larger group: in one study, for example, subjects who selected a chocolate from an array of six options believed it tasted better than those who selected the same chocolate from an array of 30. On that other determinant of commitment, the quality of perceived alternatives, the Internet’s potential effect is clearer still. Online dating is, at its core, a litany of alternatives. And evidence shows that the perception that one has appealing alternatives to a current romantic partner is a strong predictor of low commitment to that partner. (…)  People seeking commitment—particularly women—have developed strategies to detect deception and guard against it. A woman might withhold sex so she can assess a man’s intentions. Theoretically, her withholding sends a message: I’m not just going to sleep with any guy that comes along. Theoretically, his willingness to wait sends a message back: I’m interested in more than sex. But the pace of technology is upending these rules and assumptions. Relationships that begin online, Jacob finds, move quickly. He chalks this up to a few things. First, familiarity is established during the messaging process, which also often involves a phone call. By the time two people meet face-to-face, they already have a level of intimacy. Second, if the woman is on a dating site, there’s a good chance she’s eager to connect. But for Jacob, the most crucial difference between online dating and meeting people in the “real” world is the sense of urgency. Occasionally, he has an acquaintance in common with a woman he meets online, but by and large she comes from a different social pool. “It’s not like we’re just going to run into each other again,” he says. “So you can’t afford to be too casual. It’s either ‘Let’s explore this’ or ‘See you later.’ ” Social scientists say that all sexual strategies carry costs, whether risk to reputation (promiscuity) or foreclosed alternatives (commitment). As online dating becomes increasingly pervasive, the old costs of a short-term mating strategy will give way to new ones. Jacob, for instance, notices he’s seeing his friends less often. Their wives get tired of befriending his latest girlfriend only to see her go when he moves on to someone else. Also, Jacob has noticed that, over time, he feels less excitement before each new date. “Is that about getting older,” he muses, “or about dating online?” How much of the enchantment associated with romantic love has to do with scarcity (this person is exclusively for me), and how will that enchantment hold up in a marketplace of abundance (this person could be exclusively for me, but so could the other two people I’m meeting this week)? Dan Slater
Love hurts. (…) The blame lies with Hollywood, capitalism and the internet, all of which have caused mayhem in our love lives and taught us to behave like consumers when it comes to affairs of the heart. We treat looking for love as we would approach a buffet table, says sociologist Eva Illouz, in a new book being hailed as an « emotional atlas » for the 21st century. Our relationship with relationships is now so chaotic that it touches every part of our psyche. Heartache is no longer contained in the heart and a growing army of psychologists and sociologists warn that love is in a perilous state. Modern marriage has been called « toxic », the changing roles between the genders are blamed for an upswing in divorce and an increasing focus on appearance is destroying the notion of a soulmate in favour of a sex mate. But, according to Illouz, the reason is not the rise of feminism or dysfunctional childhoods, but instead down to us having too much choice – and too many commitment-phobic men. (…) She says our consumerist, capitalist culture has changed the face of our relationships beyond all recognition. The increasing choice from internet dating has encouraged people to act as « shoppers » – demanding, comparing alternatives, constantly trying to get a better deal and killing off the gut instinct and chance that has always helped humans to find a mate. Men have become commitment-phobes because the rise of capitalism has encouraged them to be autonomous and self-centred. « Feminism has been so often blamed for the current disarray of romantic and sexual relationships, » said Illouz, « that we have neglected to focus on the more immediate cause, capitalism. It has had a deep impact on the family: women defer childbearing because they prefer to develop careers provided by capitalist organisations. When they become mothers, most women keep working because work has become a part of self-fulfilment and because household expenditures now demand dual income. « For men, marriage has become more optional. They don’t need it. The romantic relationship has become more central to both men and women than ever and it’s a great source of social worth, of validation. But men use sexual prowess, how many partners they have, to get a sense of worth, and women will want to be loved. So in that respect women are more dependent on men and want exclusivity while men want quantity. » (…) « Men and women are definitely needing each other less as their roles converge, » said Glenn Wilson, a fellow of the British Psychology Association and visiting professor at Gresham College, London. « I think the main change over the years is the Hollywood-driven belief that love and marriage should be contiguous – go together like horse and carriage. Because passion is short-lived, this results in our pattern of serial monogamy – repeated divorce and remarriage, leaving a trail of destruction. « The other big change is that converging sex roles make marriage increasingly irrelevant. Who needs a partner if they don’t bring complementary skill or responsibility to the union? » (…) « By and large men and women are legally and intellectually equals. People think emotional difficulties between them are a remnant of the past but actually it’s new – a change in the process of courtship. « We have all these choices and think it’s a type of freedom, but it’s not. A complex menu of options is not necessarily freedom. « Pre-modern people made a decision to marry based on a sense of social duty and convention. Modern people tend to do it out of a desire to realise our inner self, to be validated. Pre-modern people felt bound by a simple declaration of love; modern people prefer to keep their options always open, even after getting married. » The Observer
The couple is an island, but an island supplied with an ongoing service of ferries to other possible islands. Eva Illouz
Couples seem to have become an unnecessary institution, one that disturbs individual development and forces the individual to face and cope with his-her contradictions. Couples create confusion, conflict, loneliness and pain. The sheer numbers speak against couples, as more and more people choose to live alone. But I want to suggest that the notion is still important to defend, because couples represent a social form whose value resides precisely in the fact that it is contrary to the reigning ethos of our times. How so? Monogamous couplehood − if we are to stick to the conventional definition − is perhaps the last social unit that functions according to principles that oppose those of capitalist culture. A couple is de facto a proclamation against the culture of choice, against the culture of maximization of choice, against the culture that choices should be improved, and against the idea of the self as a permanent site for excitement, enjoyment and self-realization. Couples, in a way, function on an economy of scarcity. They require virtues and character for which modern culture no longer trains us: They require the capacity to singularize another, to suspend calculation, to tolerate boredom, to stop self-development, to live with ‏(frequently‏) mediocre sexuality, to prefer commitment to contractual insecurity. Couples, then, with all their conventionality, seem increasingly to stand for values that have become the true radical alternatives to the market. We may wonder if, by a long detour of history, couplehood and love have not again become the radical alternative to the dominant ethos of their time − not as a transgression but as an affirmation of that heavy and arduous sturdiness that binds us to others and to our own old and outdated selves. Eva Illouz
Être en couple] exige la capacité de singulariser l’autre, de suspendre le calcul, de tolérer l’ennui, de mettre fin à l’auto-développement, de vivre avec une sexualité médiocre, de préférer l’engagement à l’insécurité contractuelle. Eva Illouz

Après la littérature et la psychologie, il fallait bien que la sociologie s’en mêle …

A l’heure où, via les réseaux sociaux ou les sites de rencontre, l’Internet permet non seulement de rester en contact avec ceux que l’on aime mais de démultiplier comme jamais les possibilités de rencontre …

Le très intéressant livre d’Eva Illouz, tout récemment traduit en français, nous fait la sociologie de l’expérience amoureuse …

Mais surtout, contre la psychologisation-psychanalysation du dernier siècle et avec un parti pris explicitement féministe appuyé sur les travaux de Bourdieu, analyse à la Polanyi sa « grande transformation »

A savoir, pour faire vite à l’instar et sous la pression de l’économie, sa transformation et sa rationalisation en un marché libre et dérégulé …

Où, avec la baisse des interdictions normatives (la « révolution sexuelle »), sociales (l’affaiblissement de l’endogamie de classe et d’ethnie) et technologiques (l’Internet), les possiblités de choix sont non seulement multipliées …

Mais où, de par leur position privilégiée tant par l’économie que la biologie et malgré les indéniables gains en liberté et égalité pour tous, les hommes les plus dotés maintiennent néanmoins leur domination sur les femmes …

Et ce principalement sous la forme d’un refus de l’engagement qui, contrairement à ce que prétendent tant la psychologie que la biologie notamment évolutionniste, n’aurait alors rien de naturel …

D’où, pour tenter de maintenir les anciens idéaux de l’amour comme expérience unique et don de soi et de faire face aux inévitables désillusions liées à la perte de sens et de satisfaction, la délégitimation des médiations anciennes, littéraires comme politiques …

Mais aussi, ajouterions-nous quand on voit par exemple l’aberration du « mariage pour tous », des prétendues solutions que nous proposent aujourd’hui nos maitres et maitresses à penser …

Les infortunes de l’amour

Manuela Salcedo

Idées.fr

22 juillet 2013

Faisant la sociologie de l’expérience amoureuse, Eva Illouz analyse sa grande transformation : si le marché conjugal et sexuel valorise aujourd’hui le choix et la liberté, il fragilise également la conjugalité hétérosexuelle et génère des souffrances spécifiques, en particulier pour les femmes.

Recensé : Eva Illouz, Pourquoi l’amour fait mal. L’expérience amoureuse dans la modernité, Paris, Seuil, 2012. 400 p., 24 €.

« La souffrance amoureuse dont font l’expérience [Catherine Ernshaw et Emma Bovary] a changé de teneur, de couleur, de texture ». Pour Eva Illouz, l’amour de Catherine Earnshaw pour Heathcliff, le désespoir d’Emma Bovary quand elle reçoit la lettre de Rodolphe Boulanger rompant la promesse de leur fuite après leur longue histoire d’amour clandestin, illustrent l’évocation littéraire de la douleur amoureuse. Pourtant, elles ne correspondent plus à nos amours modernes.

Qu’est-ce qui a changé ? Il ne s’agit pas de dire que le malheur amoureux est inédit, mais que les manières de choisir notre partenaire et les manières de vivre l’expérience du désamour ne sont plus les mêmes. Cela est dû à trois raisons principales. La première et la plus générale est le peu d’ « interdictions normatives ». Dans la modernité (tardive), telle que la définit l’auteur —la période après la Première Guerre mondiale —, les normes peuvent être transgressées avec moins de difficulté qu’au temps d’Emily Brontë ou de Jane Austen. De même, les obstacles économiques que rencontrent les couples hétérogames ont été pour une part levés : même si les rapports de classe contraignent l’idéal amoureux, l’amour peut l’emporter. Celui-ci mélange et intègre les stratégies émotionnelles et économiques.

La deuxième raison est liée à l’existence d’un arsenal d’experts dont le métier est de nous porter secours dans une situation de désamour : conseillers psychologiques, spécialistes de la thérapie du couple, avocats spécialisés dans le divorce, experts en médiation, etc. Sans oublier l’imposante littérature du self-help. Et en effet, le chagrin d’amour amène souvent des hommes et des femmes à s’intéresser à cette littérature qui propose à la fois de comprendre la douleur et de la surmonter.

Enfin, la troisième et dernière raison de cette évolution sociale de l’amour est qu’aujourd’hui les victimes du sentiment de désamour, au lieu de rester silencieuses, partagent bien plus qu’auparavant leurs problèmes avec des amis, et plus récemment sur les forums sur internet.

L’amour comme marchandise

Partant de ces changements, Eva Illouz propose une sociologie du désamour, et décortique cette nouvelle organisation sociale de la souffrance. Elle s’attaque ainsi à ceux qui prétendent que ces expériences de souffrance amoureuse sont le résultat d’une psyché fragile et immature, voire défectueuse : nous avons tous souffert d’amour, personne n’est épargné !

Peut-on alors identifier les acteurs du désamour ? La psychologie clinique et la culture freudienne, auxquelles beaucoup sont fidèles, défendent l’idée selon laquelle c’est l’individu et lui seul qui est responsable de sa vie amoureuse et érotique, et que la famille est à la source de leur configuration. Autrement dit, le partenaire choisi est le reflet direct des expériences d’enfance, de sorte que la psyché devient responsable des malheurs amoureux dès lors inévitables. Eva Illouz essaie à l’inverse de démontrer que les chagrins sont le produit des institutions, ou de la structuration de la vie affective par les institutions.

Elle propose alors une lecture féministe de l’amour, qui l’appréhende comme une marchandise : « l’amour est produit par les rapports sociaux concrets, […] l’amour circule sur un marché fait d’acteurs en situation de concurrence, et inégaux, […où] certaines personnes disposent d’une plus grande capacité de définir les conditions dans lesquelles elles sont aimées que d’autres » (p. 30). La sociologie, selon elle, a négligé l’amour et divers types de souffrances qu’il génère, laissant à la psychologie clinique les émotions. Alors que la famine et la pauvreté ont été analysées par les anthropologues comme des souffrances sociales [1], d’autres types de souffrances, comme l’angoisse et la dépression, ont été délaissées malgré leur caractère ordinaire.

La lecture du « changement du moi romantique moderne » qu’entreprend ce livre comprend trois grandes parties : l’analyse des modalités de structuration des désirs amoureux (le choix amoureux, chapitres I et II), celle des manières par lesquelles on demande de la reconnaissance amoureuse (chapitre III) et enfin celle des modes d’activation du désir amoureux (chapitres IV et V). Les matériaux sont très variés. Outre la littérature scientifique (psychologues, philosophes, sociologues), aussi bien qu’une vaste littérature du xviiie et xixe siècles principalement, elle mobilise des e-books, des tribunes des journaux anglo-saxonnes (New York Times et The Independent) consacrés à l’amour ou à la sexualité, mais aussi des films, des séries de télévision, des forums d’entraide, des manuels de self-help, et des entretiens approfondis réalisés auprès de personnes hétérosexuelles de classe moyenne dont la plupart habitent aux États-Unis. On y décèle deux partis-pris : privilégier le point de vue des femmes, particulièrement celles des classes moyennes optant pour une vie familiale, et celui de l’amour hétérosexuel qui illustre le mieux selon elle le déni des bases économiques du choix amoureux parce qu’il mélange les logiques émotionnelles et économiques (pour une lecture féministe de cette question, voir notamment les travaux de Viviana Zelizer, Arlie R. Hochschild et Paola Tabet). Les femmes hétérosexuelles, et notamment celles qui veulent des enfants, sont ainsi au centre de l’analyse, et finalement les interlocutrices privilégiées de l’auteure.

Suis-je aimée ?

Dans les premier et deuxième chapitres, Illouz définit ce qu’elle appelle « la grande transformation de l’amour », à savoir les conditions (l’environnement social et les processus — émotionnels ou pas — d’évaluation du partenaire) dans lesquelles se fait le choix amoureux, conditions qui sont la « marque de fabrique » de l’amour contemporain.

Quelques facteurs définissent ce choix amoureux moderne : la sélection du partenaire se fait dans le cadre d’un marché très compétitif où le désir est façonné par le statut social. L’homme le plus « sexy » serait aussi celui qui est le plus riche et puissant. Le « sex appeal » devient un caractère de sélection du partenaire qui contribue à la stratification sociale. À cela vient s’ajouter une compétition pour la première place dans le marché hétérosexuel : l’homme qui a le plus d’expérience sexuelle est le plus désiré. Enfin, l’entrée du désir dans le marché économique est également régulée par les lois de ce dernier, à savoir l’offre et de la demande, l’aversion du risque, la rareté et la surabondance.

Une des expressions de cette grande transformation est la « phobie de l’engagement » des hommes (chapitre II). Dans ce marché hautement compétitif, hommes et femmes peuvent choisir librement entre plusieurs partenaires. Mais ce sont les hommes qui expriment le plus une difficulté de s’engager, principalement liée à la multiplicité des choix potentiels.

Si la « phobie de l’engagement » est particulièrement masculine, la demande de reconnaissance (chapitre III) vient plutôt, selon Eva Illouz, de la part des femmes. Au xixe siècle, la question de l’engagement ne se posait pas de la même manière qu’aujourd’hui. Dans la modernité, l’engagement constitue l’accomplissement de la relation, c’est ce qui va faire la différence entre des relations « sérieuses » (mariage, pacte civil, etc.) et des relations « légères » : sortir, s’amuser, même si cela peut durer quelques mois voire des années. Au XIXe siècle, ni l’homme ni la femme ne cachaient leur envie de s’engager, alors que dans la modernité une démarche courante dans les relations amoureuses est de mettre à distance cet engagement. Les uns cachent cette envie par peur de se montrer vulnérables, par un besoin de garder une image de soi, ou par phobie de s’engager.

Eva Illouz voit dans cette asymétrie la violence symbolique de l’amour moderne : « les hommes maîtrisent les règles de la reconnaissance et de l’engagement ». La plupart des femmes interviewées ici expriment la peur et l’angoisse de dire à leur compagnon ce qu’elles ressentent, puisqu’elles ne veulent pas « faire pression ». Elles expriment également leur besoin de reconnaissance : « une femme ne s’éloignera pas d’un homme s’il lui dit qu’il l’aime, alors qu’un homme flippera, et pensera qu’elle veut la bague et la robe blanche » (p. 224).

La rationalisation de l’hétérosexualité

Pour Eva Illouz, cette transformation est un processus de rationalisation. Cependant, cette rationalité n’est pas opposée aux émotions, bien au contraire : elle « est une force culturelle institutionnalisée qui en est venue à restructurer la vie émotionnelle de l’intérieur […], elle a modifié les récits collectifs à travers lesquels les émotions sont comprises et négociées » (p. 254). Elle souligne la place du « freudisme populaire » dans cette évolution, à savoir les cadres interprétatifs de la psychologie et de la psychanalyse, mais aussi de la biologie, de la psychologie évolutionniste et des neurosciences. Ceux-ci ont en commun d’avoir tissé un fil entre la période de l’enfance et les expériences amoureuses adultes : par delà le changement des personnages, l’amour adulte ne serait qu’une autre facette de l’amour enfantin. En ce sens, l’amour doit être expliqué et contrôlé et surtout rester en cohérence avec le « bien-être », chacun maximisant ses intérêts.

Le dernier facteur contribuant à la rationalisation de l’amour hétérosexuel est le féminisme. Ce dernier envisage l’amour romantique comme une pratique culturelle qui produit des inégalités entre les sexes et les classes. Il invite les gens, principalement les femmes, à réviser les schémas qui régulent leur attirance sexuelle, à instaurer une symétrie dans leurs relations affectives, et finalement à introduire de nouveaux « principes d’équivalence ». Sans oublier toutefois l’impact des nouvelles technologies, principalement l’internet, qui agissent dans la sélection du partenaire selon une logique du marché [2].

Dans un article publié dans le quotidien israélien Haaretz, « Don’t be my Valentine : Are couples becoming a thing of the past ? », Eva Illouz s’interroge sur la structure du couple qui est actuellement « de facto, une proclamation contre la culture du choix, la culture de la maximisation du choix et contre l’idée du soi comme un lieu permanent d’excitation, d’auto réalisation et de jouissance. Les couples fonctionnent selon l’économie de la rareté ou du manque. [… Être en couple] exige la capacité de singulariser l’autre, de suspendre le calcul, de tolérer l’ennui, de mettre fin à l’auto-développement, de vivre avec une sexualité médiocre, de préférer l’engagement à l’insécurité contractuelle ».

Finalement, les couples décrits dans Pourquoi l’amour fait mal ne se reconnaissent pas dans l’image du couple monogame, tout comme d’autres types de couple dont Eva Illouz ne parle pas d’ailleurs : les jeunes, les queer, les couples de même sexe et les couples mixtes. Ces derniers seraient-ils influencés par le marché, destinés au désamour ? Seraient-ils régis par le principe d’équivalence et sauvés de l’ennui propre à une conjugalité monogame ? Dans tous les cas, ce livre raconte l’histoire de l’amour hétérosexuel et de la souffrance moderne, une conjugalité non moins violente ni moins asymétrique que l’amour romantique, en particulier pour les femmes.

Voir aussi:

Don’t be my Valentine: Are couples becoming a thing of the past?

Contemporary culture’s focus on individual satisfaction has made the traditional couple relationship much harder to achieve. With more and people opting to live on their own, is the very idea of couplehood passé?

Eva Illouz

Haaretz

Feb. 14, 2013

The Greeks had many myths to help them think about the nature and paradoxes of desire, and two are particularly striking. The first is the myth of Midas, King of Phrygia. Dionysus wants to reward Midas with a gift ‏(because the latter helped the satyr Silenus‏). He asks Midas what he wants, and Midas wishes that everything he touches will turn to gold. Dionysus grants his wish and, as recounted in Ovid’s “Metamorphoses,” when he sees a tree, he is overjoyed by the fact that a slight touch will turn it into gold. King Midas’ happiness at his newfound source of endless wealth is so great that he organizes a rich banquet. Appetizing food is laid out on a large table, but when he reaches for it to bring it to his mouth, it, too, turns to gold, becoming inedible. His daughter soon arrives. The King wishes to hug her, but she turns to lifeless gold. Starved and broken, he begs the god Dionysus to relieve him from his deepest desire.

This myth has been subject to some rather boring interpretations − the embarrassment of riches or the incapacity of money to make us happy. ‏(The English expression “the Midas touch” misunderstood the story altogether, turning it into a wondrous Wall Street kind of skill‏). But this is a story about the profoundly paradoxical nature of desire: A world that could respond mechanically to our desires would become monotonous and intolerable; such a world would not allow us to differentiate between the various dimensions of our lives, between that which is an object of ‏(and response to‏) our desires and that which is a response to functional necessity. What quickly makes Midas’ life intolerable is that his single desire colonizes and takes possession of all the spheres of his life.

The story offers a further striking insight: Fulfilled desire will leave us hungry. One could live in a gold palace, but it is the ordinary gestures of eating and hugging that turn out to be the only ones that matter, and these ordinary gestures become unattainable precisely because they evade the logic of desire. They are part of the reproduction of life, of its routine character, of what we take for granted, of what constitutes the organizational frame of our lives, not of our desires.

The myth thus signals an important warning to those who would wish to see their deepest desire realized. What we wish for, if truly realized, will make it impossible for us to feel nourished, because true nourishment does not consist in the fulfillment of desire. Eating, hugging our children − these are existential necessities.

The second myth is that of Tantalus, which seems to be the perfect counterpoint to Midas. Tantalus was not rewarded for a good deed, but punished for a dreadful one ‏(he cut up and cooked his own son and served him at a banquet‏). In the hierarchy of barbaric and hideous crimes, his would probably rank highest. But how was he punished? He was punished by being placed in a garden, under a tree, in which he tried incessantly to reach the fruit, which would always escape his reach. He was thirsty, and would try to drink the water of a nearby lake. But the water ran away from him. In this myth, we are led to presume that the punishment equals, in some way, the horror of the crime.

Interestingly enough, his punishment is the perfect opposite of that of Midas: The object of his desire escapes his grasp whenever he nears the goal of reaching it. Even more interesting, the nature of his ordeal derives from the difference created by the senses − between the fact that he sees the fruit (or the water) and the fact he tries to grasp it. And yet, despite their differences, despite the fact that one is rewarded and the other punished, both Midas and Tantalus are unable to taste the food they crave.

Taken together, these two myths suggest what is impossible about desire. First, whether satisfied or frustrated, desire is doomed to failure. The essence of desire is to attempt to grasp an object that is within our reach, and yet evades us. In fact, it does not matter whether desire is realized or not: both turn out to miss their target. Secondly, desire is a source of ceaseless suffering, not because its object is far away, but precisely because it seems so close, so within our reach, and yet simultaneously mysteriously out of our grasp. Juxtaposed, the two myths suggest that the opposite of the misery of craving an elusive object is not to have everything we grasp respond to our desire. Rather, what is most essential about our lives eludes altogether the logic of desire, which in fact turns out to be mechanical. Desire is thus, in a sense, genuinely aporetic, an insoluble contradiction. Unfulfilled, it makes us miserable; but fulfilled, it blocks access to what is essential but not determined by desire in our lives.

Although these myths are ancient, they might still describe a very modern situation: that of the couple.

***

Let us define a couple by what it is not. A couple is not two people madly in love with each other, because if these two people have an unlawful affair, they do not form that legitimate social unit we call a couple. A couple is not a married man and woman either, because heterosexual premodern families could be large units, comprising a man and a woman who live with others − children, servants, grandparents, kin. In such units the man and the woman are not a couple, but rather the heads of a social organization. ‏(Thus, a man and a woman can be married without being a couple, as when they stay together for the sake of the children‏.) A couple is not two people simply having sex, because if they do not project themselves into the future, they are just two individuals taking their pleasure where they find it.

A couple implies that two people − of the same or different sex − are on their own, so to speak. They are separated from society and yet recognized by it as a unit in which two people spend at least some of their time together. The word “couple” contains the following elements: Two people are deliberately and intentionally focused on each other. They are together “legitimately,” although their bond is not necessarily institutionalized by marriage. These two people think about the future together, but in a contractual way – that is, as long as it suits the interests of each. They are not blinded by mad passion, but aim for emotional intimacy, expressed in the capacity to share together the inner life, experiences and projects. These two people are connected by free will and not a sense of duty.

In this unit, sentiments are considered to be reflections of their freedom, which implies that their bond is freely chosen and that they are free to leave each other. In the unit called a “couple,” the other is the repository of trust, confidence, and well-being.

This social unit, then, presupposes a certain capacity to disconnect from the surrounding world, to be intensely focused on each other, to expect continuity, to engage in common projects, to have similar goals, yet without a binding and constraining life commitment. The couple is an island, but an island supplied with an ongoing service of ferries to other possible islands.

This seemingly simple unit, bound by free choice and sentiments, has become enormously difficult to achieve; it in fact has become one of the most perplexing social units, eliciting probably more books, novels, poetry, philosophical treatises, books of advice, psychological theories, psychological techniques and counseling than any other sociological unit or phenomenon. No single social organization is the object of such intense scrutiny as the couple, with an enormous number of institutions trying both to understand it and provide the guidelines to shape or improve it. Thus it raises the sociological question: What makes the couple into a project so difficult to achieve?

The response lies in a cultural paradox: In the process of becoming a problem, the couple also became a utopia – more exactly, an emotional utopia. Emotional utopias are modern cultural phenomena. They were promoted by the powerful discourse and practice of psychology, understood as an eclectic array of conceptions of the person, of the psyche, and of the story of this psyche ‏(e.g., the love story that binds the infant-child to his-her parents‏). An emotional utopia has two meanings: it promises happiness through the correct emotional-mental makeup; and it uses emotional techniques of self-transformation to reach that state.

The experience of love, matrimony and the couple were made into such a powerful emotional utopia. Individuals now felt they needed only to consult themselves and their emotions to know if they loved someone, if they had a chance to achieve happiness with him or her. Emotions became the inner compass of the self, the entity with which one would decide on one’s commitment, marriage and the quality of a shared life. “How one felt” became the motto of subjectivity. The challenge then became to find the person with whom one could achieve the emotional utopia of love. This emotional utopia included the possibility to see one’s wishes, desires and needs both discovered and realized with someone else.

Historically, the image of the couple-island was connected to the modern utopia of happiness. Happiness, conceived as a personal project of self-actualization, became conceived in emotional terms. It was no longer the eudaemonia of the Greeks, the well-being one experiences from the practice of tested and publicly recognized virtues. Rather, happiness became a project of precisely discovering the individualized, idiosyncratic and private needs and goals of autonomous individuals.

The emotional utopia of couplehood has been deployed in three different cultural and emotional sites: Sexuality has become the chief site for displaying and demonstrating the emotional bond linking two people. Sexuality has become a necessary element of romantic relations, the privileged place for the expression of intimacy, and even the site for and sign of a couple’s well-being.

The view that sexuality is a necessary condition of love is a modern phenomenon. Moreover, modernity made sexuality into the locus par excellence for the fulfillment of “mental health and maturity,” the sign of a good relationship with another, and the place to demonstrate one’s capacity to have a “good self” – defined as a hedonistic self, capable of giving and experiencing pleasure. Sexuality became a condition for the fulfillment of an emotional utopia, thanks to its connection to psychology, which would make it the sign of mature emotional and mental health.

The second site for the expression of emotions was located in leisure and the production of new and exciting experiences. Modern couples consume leisure experiences together; they go to the movies; go on vacation together; attend cultural, fashion and sports events, and so on. Leisure has been designed for and consumed by and through the channel of couples. This new pattern of interaction has had the emotional effect of making excitement into a necessary aspect of the romantic utopia, in which romantic feelings would be both produced and experienced through relaxation, excitement and novelty.

Emotional intimacy became a third ideal to achieve. Intimacy is often viewed as equivalent to couplehood, but the notion is in fact modern. It is defined as the ongoing expression and exchange of emotions, and it became the prime way to show and share subjectivity in the context of romantic relations. Couplehood became the excavation site for emotions: talking about emotions, expressing emotions, managing emotions, feeling emotions in unison: All of this has become a necessary aspect of the life of a couple, reinforced by the fact that psychological culture made emotional intimacy into the sign of a properly functioning couple.

However, anyone with eyes to see can understand that as described, couplehood has become enormously difficult. So much so that we may ask whether the modern couple is a failed project. The statistics on divorce are only the tip of the large iceberg of the struggles and emotional misery that make up the lives of modern couples. This misery takes many forms: daily conflicts over housecleaning and child care; sexual boredom or dissatisfaction; the temptation to have emotional and sexual relations with other people; resentment of the other’s independence or success; wanting to preserve one’s autonomy and independence, yet being in need of love and attachment.

Modern relations are plagued with emotional aporias, accompanied with unanswerable questions on “how to meet the needs of another”; “what to legitimately expect from another, without infringing on his/her freedom”; “how to achieve one’s will and negotiate with the will of another.” In short, couples have become a place for enacting and coping with the endless contradictions of modern personhood.

Let us reflect more carefully on what makes satisfactory couplehood so difficult to achieve.

Much of our culture is psychological, in that it calls on men and women to be deeply absorbed by their selves, by their needs, by their interiority. This inner reflection tends to make people keenly aware of their own self-interest, and has contributed to making relationships into utilitarian projects, justified not by moral duties or social conventions, but by the individualist pursuit of two persons seeking to maximize their pleasure. This focus on the self makes it difficult to engage in non-calculating behavior such as forgiveness and self-sacrifice, because it tends to encourage a fixation of the self on its own projects and goals, independently of that of another.

Moreover, the culture of needs and self-knowledge overlaps with equality as a new cultural definition of social bonds, especially between men and women. In turn, the norm of equality creates new tensions, as it implies that men and women calculate, measure and quantify what they give to each other, both in terms of their work in the household and in terms of their emotional exchange. While equality is inherent in the democratic polity, it has been more difficult to implement in the private sphere because it demands a constant tracking of the contributions of each partner.

The third difficulty encountered by couples derives from the problem of boredom, itself an outcome of the fact that excitement is now a new norm of relationships within a couple. Excitement implies a new supply of experiences and sentiments. Excitement has been institutionalized in the sphere of leisure, through the production of novel experiences. During the 20th century, excitement migrated from the realm of objects to the realm of persons, and, more exactly, from the realm of leisure to that of interpersonal interactions. If the beginning of consumer culture focused on the pleasure new objects provided, the later phase of that culture is one where the logic of consumption has spread to relationships, which mimic the properties of leisure consumption − that is, the relationships themselves are oriented to new and exciting objects. The culture of excitement is especially salient in the realm of sexuality, which must supply endless sources of novelty and stimulation.

In addition, psychological culture has made self-change and self-development imperatives. To live a good life today means to live a life in which the future self will evolve from the current one. This creates instability within couples: If change is intrinsically valued, then changing one’s personality, tastes and preferences becomes a value, thus undermining the stability that couples inherently require. This instability is accentuated by the culture of choice − in which a multiplicity of sexual partners considerably delays the formation of a couple and constitutes an ongoing threat to their stability as well. Indeed, to self-realize means to increasingly elaborate and refine one’s tastes, implying to change and to improve one’s partner. The abundance of sexual choice, coupled with the ideology of self-realization, encourages the desire to meet someone “more suitable.”

Finally, modern capitalist culture demands the cultivation of autonomy (one needs to learn independence and autonomy from one’s youngest age). The demand of autonomy in turn exerts and creates centripetal forces on a couple. Autonomy, allied to self-realization, encourages the marking of boundaries of self that prohibit fusion and make people turn away at signs of rejection or distance. In short, the imperative of autonomy conflicts with the reality of love as dependence, attachment, symbiosis and thus makes love conflict − rather than resonate with − autonomy as an important feature of personhood.

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In many respects, we have become Midases of erotic and emotional life, trying to turn every aspect of our lives as couples into the golden eternity of desire. Yet, freeing romantic emotions from institution and convention, and making them obey the logic of desire, has not made it easier to be fulfilled. We still miss the ordinary hug of a child. The permanent dissatisfaction of our emotional lives is increased by the fact that, like Tantalus, we are forced to contemplate the fruit we cannot taste − our eyes can see the emotional utopia of love, but we are never able to quite grasp it. The romantic utopia eludes us every time we seem to have it within our grasp.

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In the face of this, do we still need couples? Couples seem to have become an unnecessary institution, one that disturbs individual development and forces the individual to face and cope with his-her contradictions. Couples create confusion, conflict, loneliness and pain. The sheer numbers speak against couples, as more and more people choose to live alone. But I want to suggest that the notion is still important to defend, because couples represent a social form whose value resides precisely in the fact that it is contrary to the reigning ethos of our times.

How so? Monogamous couplehood − if we are to stick to the conventional definition − is perhaps the last social unit that functions according to principles that oppose those of capitalist culture. A couple is de facto a proclamation against the culture of choice, against the culture of maximization of choice, against the culture that choices should be improved, and against the idea of the self as a permanent site for excitement, enjoyment and self-realization. Couples, in a way, function on an economy of scarcity. They require virtues and character for which modern culture no longer trains us: They require the capacity to singularize another, to suspend calculation, to tolerate boredom, to stop self-development, to live with ‏(frequently‏) mediocre sexuality, to prefer commitment to contractual insecurity.

Couples, then, with all their conventionality, seem increasingly to stand for values that have become the true radical alternatives to the market. We may wonder if, by a long detour of history, couplehood and love have not again become the radical alternative to the dominant ethos of their time − not as a transgression but as an affirmation of that heavy and arduous sturdiness that binds us to others and to our own old and outdated selves.

Voir également:

Love hurts more than ever before (blame the internet and capitalism)

Consumer values are causing more and more broken hearts, warn experts in the run-up to St. Valentine’s Day

Tracy McVeigh

The Observer

12 February 2012

Love hurts. And if you are nursing a broken heart this Valentine’s Day, it won’t help at all to learn that modern love hurts more now than ever. Women may have fled to nunneries and men marched to war over it, poets pined away, playwrights gone to jail for it, and Meatloaf promised to do anything for it, but experts believe love has never caused such acute suffering as it does now.

The blame lies with Hollywood, capitalism and the internet, all of which have caused mayhem in our love lives and taught us to behave like consumers when it comes to affairs of the heart. We treat looking for love as we would approach a buffet table, says sociologist Eva Illouz, in a new book being hailed as an « emotional atlas » for the 21st century.

Our relationship with relationships is now so chaotic that it touches every part of our psyche. Heartache is no longer contained in the heart and a growing army of psychologists and sociologists warn that love is in a perilous state. Modern marriage has been called « toxic », the changing roles between the genders are blamed for an upswing in divorce and an increasing focus on appearance is destroying the notion of a soulmate in favour of a sex mate.

But, according to Illouz, the reason is not the rise of feminism or dysfunctional childhoods, but instead down to us having too much choice – and too many commitment-phobic men.

In Why Love Hurts, Illouz, a sociologist at the Hebrew University of Jerusalem, attempts to explain the specific modern form of « romantic misery and happiness ». She says our consumerist, capitalist culture has changed the face of our relationships beyond all recognition. The increasing choice from internet dating has encouraged people to act as « shoppers » – demanding, comparing alternatives, constantly trying to get a better deal and killing off the gut instinct and chance that has always helped humans to find a mate. Men have become commitment-phobes because the rise of capitalism has encouraged them to be autonomous and self-centred.

« Feminism has been so often blamed for the current disarray of romantic and sexual relationships, » said Illouz, « that we have neglected to focus on the more immediate cause, capitalism. It has had a deep impact on the family: women defer childbearing because they prefer to develop careers provided by capitalist organisations. When they become mothers, most women keep working because work has become a part of self-fulfilment and because household expenditures now demand dual income.

« For men, marriage has become more optional. They don’t need it. The romantic relationship has become more central to both men and women than ever and it’s a great source of social worth, of validation. But men use sexual prowess, how many partners they have, to get a sense of worth, and women will want to be loved. So in that respect women are more dependent on men and want exclusivity while men want quantity. »

The lack of harmony between the sexes is a growing concern.

« Men and women are definitely needing each other less as their roles converge, » said Glenn Wilson, a fellow of the British Psychology Association and visiting professor at Gresham College, London. « I think the main change over the years is the Hollywood-driven belief that love and marriage should be contiguous – go together like horse and carriage. Because passion is short-lived, this results in our pattern of serial monogamy – repeated divorce and remarriage, leaving a trail of destruction.

« The other big change is that converging sex roles make marriage increasingly irrelevant. Who needs a partner if they don’t bring complementary skill or responsibility to the union? »

Illouz says women who want children are in an even weaker position than in the past.

As any Jane Austen character could tell you, the people of the 19th century mostly married for economic and class reasons, says Illouz. Their relationships were ritualised to suit both genders, love and duty were intertwined and insecurity was not in the picture.

« Why does Elizabeth Bennet, the heroine of Pride and Prejudice, greet Darcy’s arrogant and dismissive comments about her appearance – ‘she is tolerable but not handsome enough to tempt me’ – with neither dejection nor with a sense of humiliation but rather with wit and spirit? Because his scorn doesn’t shape or affect her sense of self and value.

« There is no conflict between their passions and their sense of moral duty and behaviour. So by modern standards Jane Austen’s heroines are uncannily self-possessed and oddly detached from the need to be ‘validated’ or approved of by their suitors.

« Their sense of inner self is there and not changed by a man’s view of them. So while women of that time were legally and economically dependent on men, they were absolutely not reliant on them. » The modern situation is totally different, she says.

« By and large men and women are legally and intellectually equals. People think emotional difficulties between them are a remnant of the past but actually it’s new – a change in the process of courtship.

« We have all these choices and think it’s a type of freedom, but it’s not. A complex menu of options is not necessarily freedom.

« Pre-modern people made a decision to marry based on a sense of social duty and convention. Modern people tend to do it out of a desire to realise our inner self, to be validated. Pre-modern people felt bound by a simple declaration of love; modern people prefer to keep their options always open, even after getting married. »

Illouz said the situation was so dire that we ought to be thinking seriously about what might replace marriage as a method of raising children.

She is keen to stress that love is not over. « I wouldn’t want to give the impression we have moved from total structure to total chaos. It’s just that individuals now face a market of choices, a market of sex, and that can create great conflict and disconnect. »

HEART OF THE MATTER

« The chains of marriage are so heavy it takes two to bear them, sometimes three. »

Alexandre Dumas

« We are all born for love. It is the principle of existence and its only end. »

Benjamin Disraeli

« There is love of course. And then there is life, its enemy. »

French dramatist Jean Anouilh

« Culturally, emotionally, the whole ideas of romance is gone, gone, gone. »

Maureen Dowd, New York commentator

« But to see her was to love her, love but her, and love for ever. »

Robert Burns in Ae Fond Kiss, written to a women who left him to save her marriage

« Love is a fire. But whether it is going to warm your heart or burn down your house, you never can tell. »

Actress Joan Crawford

« The word love has by no means the same sense for both sexes. »

Simone de Beauvoir

« Happiness in marriage is a matter of chance. If the dispositions of the parties are ever so well known to each other or ever so similar beforehand, it does not advance their felicity in the least. »

Jane Austen

« Little by little, absence chilled the flame of love, the pangs of regret were dulled by habit. »

Gustave Flaubert, Madame Bovary

Voir encore:

Why Love Hurts: A Sociological Explanation

3 May 2012

Jean Duncombe ponders the interdependency of women’s self-worth and romantic relationships

Is this a good time for me to be reading how much love hurts? My husband, who loved me dearly, died almost three years ago. His love gave my life meaning. Not a very feminist statement, I know, and friends tell me I should learn to “love myself” and gain validation from myself. But I miss having love in my life. Eva Illouz’s new book, hailed as an “emotional atlas” for the 21st century, offers words of warning to those who, like me, still hanker after romantic love. Think carefully before you venture along that road. The organised marital relationships of Jane Austen’s day, and the model of love as pure emotionality that followed, are both long gone, she says. Instead, the search for love today, while it looks like free choice, “entails engagement with a complex affective and cognitive market apparatus to evaluate partners”. Yet despite this complexity, we (women) need to understand it more than ever because it is the way we constitute our self-worth.

For those of us with busy working lives, internet dating sites are frequently recommended as the best way to find love. Through words and photos we can reinvent ourselves, and behave like consumers rationally setting out lists of attributes like a buffet table (age, appearance, lifestyle). The subsequent “romantic encounter” is the result of the best possible choice, “perfect” or “good enough”. This modern way of finding a romantic partner may seem straightforward, but there are drawbacks. Rationality and regulation destroy the erotic, and the belief in endless choice inhibits rather than promotes commitment.

Conversations (what Illouz calls “thick talk”) with friends are a key part of the choice process. With friends we spend a great deal of time reflecting on relationships, agonising over mistakes and hoping new relationships will avoid past errors. Partner choices are frequently framed within well-trodden narrative formulas and visual cliches from Hollywood films, novels and women’s magazines. The media promote the view that we will know “the right man” when we see him: we will look across a crowded room and recognise our soulmate, we will “click”. Illouz says it is too simple to call these beliefs false consciousness. She cites Simon Blackburn that love is not blind. You see each other’s faults. But you forgive them and, through forgiveness, the self-esteem of the loved one increases. Through love we become who we imagine ourselves to be. Love validates us and gives us a sense of self-worth.

However, despite our continuing search for Mr Right, today there is an added problem in achieving romantic perfection. Integral to modernity is irony. Illouz cites David Halperin that true sexual passion requires the elimination of irony. This irony, uncertainty and sometimes cynicism about “real love” leads to another new dimension of the choice process, which Illouz calls “emotional interiority”. When seeking a relationship we engage constantly in self-scrutiny. What sort of person am I really? What sort of person do I really desire? When I am in a relationship, how do I really feel? How long will this love last? It is a modern belief, she argues, that such reflexive self-understanding will help us to better understand ourselves and our choices. But again, Illouz draws our attention to the drawbacks of introspection. Choices are harder. Modern introspection creates ambivalence, a sense of dissatisfaction about never fully knowing what our “true” feelings are.

Here Illouz condemns the ease with which today we seek psychological or psychoanalytical explanations about who we are, and about past romantic disasters. We all too easily locate failed love lives in private histories. We too quickly explain our pain (real or imagined) as a product of deficient childhoods, where perhaps we were neglected, abandoned or distanced. Our love preferences are questioned as re-enactments of early parent/child relationships. Alongside talking to friends and ourselves, there is a whole battery of “relationship experts” who offer to come to the rescue with our doubts about relationship formation and/or breakdown. There are psychological counsellors, couple therapists, mediation specialists. All of private life is now to be shared and talked about – more “thick talk” – and these therapies provide, she says, a formidable arsenal of techniques to make us “verbose but inescapable bearers of responsibility for our romantic miseries”.

Illouz comments with surprise that the cultural prominence of love today is associated with the decline in men’s power in families and the rise (she says) of more egalitarian/symmetrical gender relations. But the drawback of such equality, she suggests, is a decline in eroticism. She draws out the contradictions between our endless idealisation of love set alongside irony and ambivalence. There is acknowledgement that relationships, whether marriage, remarriage or cohabitation, frequently break down. Optimistic searches for a new romantic partner therefore carry within them an inbuilt expectation of disappointment.

It is too easy, Illouz suggests, to blame feminism for the “crisis in love”. Feminism in the 1970s and 1980s drew our attention to the ways that marriage benefits men more than women, that love obscures gender inequalities and that struggles for power lie at the core of love and sexuality. Yet while men have become commitment-phobic, self-centred and sex-seeking, and more women have careers, women still seek intimacy and exclusivity in heterosexual romantic relationships. But instead of identifying institutional causes for their romantic misery – namely an acknowledgement that love is shaped and produced by concrete social relations – they seek explanations in psychodynamic theories of masculinity, or neuroscience and evolutionary biologists’ explanations about hormones, brains and chemical processes. She rather drily cites the research finding that men are biologically programmed to stay in love for only two years. Men’s commitment-phobia, and in many cases their reluctance to have children, do not necessarily lead to relationship breakdown. Instead, mirroring many of the findings in our research on couples (Jean Duncombe and Dennis Marsden), Illouz finds that women “engage in performativity”, an ongoing and constant production of sentiments. They perform “detachment”, trying not to appear too needy. But it is self-knowing, and they acknowledge their lack of authenticity. Managing the relationship becomes a complex power game, with all performances carefully self-monitored.

Overall there is much to criticise in this book, including its focus on heterosexual middle-class women at the expense of ethnicity, working-class and gay and lesbian relationships, as well as men; its lack of clarity about “modernity”; and its somewhat ambitious claim to do to love what Marx did to commodities. I also have no doubt that there will still be a sizeable lobby in sociology who would prefer “love” and “romance” to be left to the psychologists, psychoanalysts and neuroscientists. Yet even if you disagree with its claims, this is a bold, thought-provoking book, and I laughed in recognition at some of Illouz’s descriptions of self-scrutiny. It is full of interesting questions. Why is self-worth, for so many women today, not achieved through our economic and social status? Why do women need love as affirmation of self-worth?

The book concludes by asking sociology why it is so good at studying social suffering, yet fails to take more account of how our consumerist capitalist culture causes so much suffering in love relationships today; why love is so easily dismissed as mere ideological underpinning to gender and family but yet not seen, as Illouz explains, as “shaped and produced by concrete social relations, circulating in a marketplace of unequal competing actors, and part of a set of social and cultural contradictions that structure our modern selves and identities”. Indeed, why does sociology not see that love is central to understanding modernity?

The Author

A professor of sociology at the Hebrew University in Jerusalem, Eva Illouz says she came to the subject aged 21 through an interest in love and its relationship to class, money, literacy and culture.

Her academic interests make her curious about everything, she notes, recalling being puzzled as a student about why going to restaurants with her boyfriend seemed so much more romantic than going to a fast-food place or eating at home: “that kitschy feeling and my question about the source of that kitsch made me write Consuming the Romantic Utopia: Love and the Cultural Contradictions of Capitalism (1997)”.

Born in Fez, Morocco, Illouz moved with her family to France when she was 10. Her most striking memory of Morocco is “the sense that one was clearly defined by one’s community yet that one moved easily to other communities”. Life there meant “straddling different languages, worlds, religions, without ever having a sense of confusion or of boundary-crossing”, which Illouz says is very different from her life in Israel.

Her favourite pastimes are reading a good book aloud to her sons at the dinner table, reading a good book alone in her bedroom and talking about a good book with friends, again at the dinner table.

Why Love Hurts: A Sociological Explanation

By Eva Illouz

Polity, 300pp, £20.00

ISBN 9780745661520

Published 11 May 2012

Reviewer:

Jean Duncombe is senior lecturer in the department of childhood and youth, University of Chichester. She is researching “hard to reach” families and their relationships with early-years settings. Her previous research and publications focused on emotion work in couple relationships (with Dennis Marsden), and ethics in qualitative research.

Voir enfin:

Eva Illouz : pourquoi nos émotions nous gouvernent

À l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Pourquoi l’amour fait mal (Seuil), la sociologue Eva Illouz nous a accordé ce long entretien. Revenant sur les différents aspects de son travail, elle développe une analyse passionnante sur la manière dont la société agit sur nos émotions.

Le Livre

Pourquoi l’amour fait mal

Vous creusez depuis près de vingt ans un sillon original en sociologie, qui consiste à montrer la place centrale qu’occupent les émotions dans les sociétés modernes. Qu’est-ce qui vous a poussée vers cet axe de recherche inédit ?

De nombreux chercheurs vont chercher dans leur biographie les sujets qui les préoccupent. En ce qui me concerne, c’est sans doute lié au fait d’avoir vécu dans quatre ou cinq pays : au Maroc, en France, aux États-Unis, en Israël et de façon plus épisodique en Allemagne. Cela m’a appris que, si les cultures diffèrent, c’est d’abord dans leur style émotionnel : à quelles émotions pense-t-on, quelles émotions sont régulées, quel danger représentent-elles ? Le déclencheur précis fut probablement mon étonnement face à la grande méfiance qu’entretient la société américaine à l’égard de la colère, sentiment que j’associais jusque-là à la capacité de défendre la justice et la morale, comme le dit l’expression « sainte colère ». Or, aux yeux des Américains, ce sentiment est une atteinte à l’intégrité de l’autre, le signe d’une psyché mal formée et immature, voire dangereuse. Cette méfiance vis-à-vis de la colère prend ses sources dans le protestantisme, mais elle est aussi liée au développement du capitalisme : au début du XXe siècle, les psychologues furent invités par les managers à améliorer la discipline et la productivité dans les usines et à formuler les règles nécessaires à la mission nouvelle du management. C’est alors que cette profession en pleine ascension restructure les normes et le discours sur la colère, et bien d’autres sentiments. Menant des expériences dans les usines de la Western Electric Company au cours des années 1920, le psychanalyste Elton Mayo découvre que la productivité augmente quand les relations de travail tiennent compte des émotions des salariés. En suggérant que les résistances rencontrées dans l’entreprise sont le produit de sentiments complexes, de facteurs individuels et de conflits psychologiques non résolus, Mayo introduit l’imaginaire psychanalytique au cœur même du langage de l’efficacité économique. Et le vocabulaire des « relations humaines » s’empare du management. Les psychologues font de la maîtrise de soi une condition sine qua non de la santé mentale et du droit à contrôler les autres dans l’entreprise ; c’est ainsi que s’élabore petit à petit la notion de « compétence émotionnelle ».

Alors que chez Aristote, l’homme vertueux doit exercer sa colère, le problème étant de savoir choisir les circonstances appropriées, cette émotion devient inintelligible et illégitime – dans les relations professionnelles mais aussi et au sein du couple. C’est cette découverte qui m’a poussée à m’intéresser d’une manière plus générale au rôle que jouent les structures sociales et certains groupes professionnels comme les psychologues dans la formulation et la reformulation des normes émotionnelles.

Comment expliquez-vous cette disqualification de la colère ? Est-ce simplement l’expression de l’intérêt bien compris des psychologues et des entreprises, ou l’effet d’une évolution sociale plus globale ?

Rappelons d’abord que cela ne s’est pas inscrit dans un vide culturel : dans l’Occident chrétien, la colère fait partie des sept péchés capitaux. Et le protestantisme accorde depuis toujours une grande importance au contrôle de soi. Mais, historiquement, la colère n’était pas jugée négativement ; c’était plutôt une émotion socialement clivée. Les « grands », les puissants, avaient le droit et même le devoir de se mettre en colère, celle-ci étant canalisée et exprimée par des rituels dont le meilleur exemple est sans doute le duel. Cette forme de colère est non seulement légitimée, mais aussi stylisée, à travers des formes de masculinité qui la rendent héroïque et noble. Ce qui est réprouvé, en revanche, c’est la colère des « petits » vis-à-vis des grands ou des autres petits ; voilà ce que la société s’efforçait de gérer. Ce n’est donc pas la culture psychologique en soi, ou la modernité en soi, qui a inventé la méfiance vis-à-vis de la colère.

Mais, au début du XXe siècle, la société a de nouvelles raisons de vouloir la contrôler. D’abord, celle-ci est considérée comme un facteur d’inefficacité dans le travail, elle est contre-productive. La colère devient affaire de rentabilité. Et ce discours a été introduit par les psychologues (d’entreprise et autres) qui nous ont ainsi habitués à penser nos émotions non pas en termes d’obligations morales (vis-à-vis de nous-mêmes, des autres ou de Dieu), mais du point de vue de notre intérêt bien compris. Nous avons ainsi assisté à une sorte d’alliance entre le discours psychologique et le discours économique qui a voulu convaincre les hommes, depuis le XVIIIe siècle, que la meilleure façon d’agir dans la société était de poursuivre son intérêt bien compris. La colère devient un problème a gérer au sein de l’entreprise. Ce discours n’était pas séduisant seulement pour les dirigeants auxquels il promettait d’organiser des relations non conflictuelles sur le lieu de travail, mais aussi pour les salariés, en raison de son caractère démocratique : pour être un bon manager, il fallait avoir une personnalité capable de ne pas se mettre en colère contre les autres et de les comprendre ; le rang hiérarchique ne donne plus droit à la rage.

Cette transformation de la norme, cet impératif de contrôle de soi, est d’autant plus complexe qu’il n’est pas univoque, car la culture psychologique est également imprégnée de l’idée qu’il ne faut pas réprimer, contenir, dissimuler ses émotions. L’authenticité est devenue un impératif. Et nous vivons en permanence avec ces deux idées contradictoires, l’idée de régulation et l’idée d’authenticité.

Nos projets de vie sont devenus émotionnels

Comment l’individu moderne navigue-t-il entre les deux impératifs antinomiques de régulation et d’authenticité ?

Cette contradiction produite par les institutions de la modernité (les psychologues, l’entreprise qui a endossé ce discours, la famille nucléaire) est aussi gérée par ces institutions. Imaginons une personne qui se perçoit elle-même comme trop négative sur son lieu de travail, revêche, peu souriante et voit un(e) collègue beaucoup plus amène promu(e) au poste convoité ; dans de nombreux cas, cela va mener à un retour sur soi, avec le sentiment que sa personnalité ou le vécu de son enfance, par exemple, fait problème. Dans les sociétés modernes, l’individu est constamment amené à faire un travail d’évaluation de lui-même par rapport à une norme émotionnelle.

Nos émotions sont donc socialement déterminées, alors que nous les pensons « naturelles », voire instinctives ?

Bien sûr que nos émotions sont socialement fabriquées, ce qui ne veut pas dire qu’on ne les vit pas comme « naturelles ». Un Juif pratiquant qui mange kasher (parce qu’un livre de lois et sa famille lui ont enseigné les interdits alimentaires) éprouve un sentiment instinctif de dégoût face aux poissons de mer ou au porc. Mais que nos émotions soient socialement constituées ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des parcours individuels très différents. C’est là que la sociologie rencontre la psychologie. Vous n’allez pas vous mettre en colère comme je vais me mettre en colère : ni les modes d’expression ni le temps de réaction ne seront les mêmes ; mais cela restera intelligible et donc socialement et culturellement structuré… Si je lance en même temps dix boules de billard sur une table, elles vont toutes suivre des trajectoires différentes, mais elles vont toutes être contenues dans le cadre de la table de billard. Evidemment, quand vous êtes boule de billard, vous ne voyez pas le cadre. Vous voyez votre propre mouvement, vous voyez le mouvement des autres boules, et parfois vous avez conscience de rouler plus vite ou moins vite, plus droit ou moins droit, que la boule d’à côté ; mais c’est tout. L’existence de trajectoires individuelles n’est pas pour autant antinomique avec l’existence du social, du cadre, au contraire. C’est ce qui les rend possible.

Mais en quoi les sociétés modernes sont-elles plus « émotionnelles » que les sociétés traditionnelles ? Après tout, une société humaine est sentimentale par nature…

En tout lieu et en tout temps, les êtres humains ont ressenti des émotions. Mais le rapport social aux sentiments, aujourd’hui, ne ressemble plus à rien de ce que nous avons connu jusqu’à présent. Tout d’abord, le sujet moderne travaille à objectiver ses émotions, en faire un objet de savoir et de contrôle ; ensuite, nos sociétés conçoivent la vie bonne comme une vie émotionnelle, équation qui n’allait pas du tout de soi jusqu’à présent. Non seulement l’introspection, la connaissance de soi, l’autorégulation émotionnelles sont partie intégrante de l’existence des individus modernes, mais ce sont les projets de vie qui sont devenus émotionnels. Réussir sa vie aujourd’hui, ce n’est pas tant avoir de l’argent et un certain niveau de confort – jusqu’à un certain point. C’est se réaliser, avoir une sexualité épanouie, de bonnes relations avec son conjoint et ses enfants, etc. Nous vivons en fonction de projets de vie émotionnels. Et c’est un véritable parcours d’obstacles, car cela contraint à se demander en permanence ce que nous sommes, ce que nous voulons, ce que nous ressentons, et si nous ressentons bien ce que nous devrions ressentir, puisque la vie émotionnelle est, parallèlement, devenue très normée : je devrais être plus heureux ; je devrais aimer davantage ma femme, être moins colérique, plus sûr de moi, etc.

Nous sommes donc assistés par une énorme industrie des émotions. J’y range à la fois la psychanalyse dans ses formes les plus élaborées, les guides de comportement en tout genre, les stages de « développement personnel », et les laboratoires pharmaceutiques, qui depuis deux ou trois décennies fabriquent de plus en plus de médicaments émotionnels (lire « À qui profitent les psychotropes », Books n°29, février 2012). Tout cela participe de cette industrie des émotions et de la personne qui occupe une place centrale dans nos sociétés. Un psychologue allemand déclarait même récemment que les personnes qui n’ont pas de page Facebook ont une très forte probabilité de souffrir de dysfonctionnement mental ! Tout au long du XXe siècle, sur le terrain de la psyché, on n’a ainsi cessé d’élargir le champ des pathologies : ressentir des émotions négatives comme la tristesse, la colère ou la dépression, ne pas avoir confiance en soi, tout cela est devenu synonyme de déséquilibre ou de dysfonctionnement mental. Avec en filigrane l’idée qu’il faut optimiser la personne humaine et ses émotions. Car c’est par rapport à un modèle d’une vie « pleinement réalisée » (que l’on serait bien en peine de caractériser) que sont définis les « comportements malsains ». C’est comme si l’on considérait comme malade, dans le domaine de la santé physique, toute personne n’utilisant pas la totalité de son potentiel musculaire. C’est totalement absurde. Et en plus, dans le discours psychologique, la définition du « potentiel musculaire » n’est pas claire et varie continuellement. Cette situation est parfaitement inédite.

La rationalisation des sentiments

Comment la réalité émotionnelle de nos sociétés s’articule-t-elle avec leur extrême rationalité ? Les deux phénomènes ne sont-ils pas contradictoires ?

Justement pas ! L’intensification de la vie émotionnelle s’est produite précisément en même temps que le processus de rationalisation de la conduite de la vie dont parle Max Weber, qui est de plus en « méthodique », systématique et contrôlée par l’intellect. La vie sentimentale a été restructurée de l’intérieur par cette rationalité qui se traduit par l’utilisation accrue de catégories abstraites, scientifiques, pour comprendre nos sentiments. Par exemple, on parle moins d’attirance amoureuse, avec ce que cela comportait de mystérieux, et davantage de phéromones. Désormais, les sentiments sont vus de plus en plus souvent comme un sous-produit des hormones ou réduits à réaction chimique (on parle volontiers d’ocytocine, de dopamine, etc.) Nous avons changé de langage et pensons nos émotions à travers des catégories abstraites : c’est mon complexe d’Œdipe, c’est ma libido… Les mots des experts sont utilisés par les individus ordinaires pour comprendre et gérer leur vie émotionnelle.

Autre élément emblématique de ce processus de rationalisation : les émotions ne sont pas tant vécues pour elles-mêmes que pour servir un but. Nous avons créé des techniques pour que nos sentiments épousent nos objectifs (être promu, ne tomber amoureuse que d’hommes qui m’aiment en retour, etc.) Et voilà encore une forme de rationalisation : les sentiments doivent être bien placés, rentables, c’est-à-dire apporter plus de plaisir que de souffrance. Un utilitarisme s’est insinué au cœur de la vie émotionnelle, qui a rendu inintelligible la souffrance, devenue symptôme d’une maladie que l’on doit déchiffrer et éradiquer. Le sacrifice de soi est inacceptable comme projet de vie, ou de formation d’une personne « saine » et « mûre ». Dans le passé, la douleur occupait une place centrale, par exemple, dans certaines cultures religieuses : s’identifier à la passion du Christ est essentiel à l’identité morale du chrétien. C’est pour cela que la souffrance amoureuse était parfaitement légitime et normale, jusqu’au XIXe siècle ; on valorisait cette expérience de dépassement de soi, signe d’une dévotion désintéressée ou d’une âme élevée.

Il existe pourtant aujourd’hui un véritable culte de la souffrance ; même les gens riches et célèbres se gargarisent de souffrir ou d’avoir souffert, comme en témoignent les autobiographies des célébrités. N’est-ce pas contradictoire avec le caractère illégitime de la souffrance dont vous parlez ?

C’est tout le paradoxe de la culture psychologique que de privilégier la douleur, alors qu’elle est d’abord censée la soulager, la comprendre, la dépasser, pour permettre de mieux vivre. Car pour alléger la souffrance, il faut en identifier la source : on crée donc des catégories, des classifications pour en parler, classifications que les individus vont ensuite utiliser pour comprendre leur existence. Prenons l’exemple de ce bestseller, Ces femmes qui aiment trop : une femme qui manifeste trop – que signifie ce trop ? Aucune idée ! – d’amour ou d’intérêt pour un homme, possède un moi névrosé, sans doute lié au développement d’une dépendance très forte, elle-même liée au fait qu’elle a éprouvé un sentiment d’abandon dans l’enfance, qu’on n’a pas pris suffisamment soin d’elle… On pourrait pourtant considérer qu’il s’agit d’une qualité charmante, que d’être capable de montrer son intérêt pour un homme ; de même qu’on pourrait trouver charmantes les femmes qui sont dépitées, inquiètes ou furieuses de ne pas recevoir l’appel qu’elles attendent de l’homme qu’elles aiment. Barthes parle merveilleusement, dans Fragments d’un discours amoureux, de cette anxiété du coup de fil qui ne vient pas… Eh bien aujourd’hui, si cette angoisse se reproduit souvent, elle est jugée pathologique : ce n’est pas normal d’être aussi anxieuse, ce n’est pas normal de désirer à ce point une relation…

La norme émotionnelle thérapeutique nous oblige donc à interpréter tout ce qui ne va pas comme le résultat d’un dysfonctionnement psychique, dont la source est à rechercher dans l’enfance. D’où la tentation de raconter son histoire pour mieux accoucher de soi-même. Les récits autobiographiques du XIXe siècle reprenaient la même structure : « de la misère à la richesse ». Les autobiographies contemporaines sont avant tout des récits de succès psychique, on part de la souffrance (y compris celle des personnes riches et célèbres) et on la surmonte par un travail sur soi.

Cette structure narrative fait de nous les victimes de notre enfance et de nos parents, tout en nous ordonnant de nous améliorer et de nous en sortir. Cela donne naissance à un modèle de responsabilité original : d’un côté, le moi n’est pas responsable de sa souffrance, il est l’objet de ses parents, pour dire les choses rapidement, et n’est donc pas source d’autonomie et de volonté. De l’autre côté, quand il s’agit de changer, ce moi possède tout à coup la capacité de se transformer. Le paradoxe de l’héritage freudien contemporain est que nous sommes particulièrement maîtres dans notre propre maison quand elle est en feu. Cette dualité est inhérente à la structure narrative psychologique. L’injonction de changer, au nom d’un idéal non défini de santé et de réalisation de soi, conduit à utiliser des classifications qui « pathologisent » ce que nous sommes. En d’autres termes, le discours thérapeutique a, par une étrange ironie, créé une grande partie de la souffrance qu’il est censé faire diminuer.

Vous êtes très critique à l’égard de la culture thérapeutique. Mais faut-il regretter une société dans laquelle la souffrance psychique était moins prise en compte ?

Pas du tout. Il ne s’agit pas pour moi de rejeter en bloc la pensée psychologique. Je considère des penseurs tels que Freud et Lacan comme des génies. Mais il me semble que les psychologues n’ont souvent pas conscience des structures culturelles qu’ils ont créées. Mon projet, à vrai dire, est d’instaurer un dialogue critique entre les psychologues et les sociologues. La souffrance psychique existe, bien sûr ; mais ce que j’observe aussi et surtout, c’est un vaste processus de privatisation de cette douleur. Prenons le cas d’une personne qui se fait renvoyer trois fois de son travail, qui a le sentiment de ne rien valoir et entreprend pour cette raison une thérapie. Il est fort probable que son médecin aura le sentiment que l’inconscient de cette personne n’est pas pour rien dans ses mésaventures professionnelles… C’est cette forme de pensée que je rejette foncièrement. Car depuis l’avènement du capitalisme postfordiste, le lieu de travail est extrêmement précarisé. Et bien des gens ne sont en aucune façon responsables du fait d’avoir été renvoyés, même trois fois. J’aimerais par mon travail ébranler cette sur-responsabilisation des individus, remettre en question l’idée qu’ils sont toujours les auteurs de leur propre souffrance. Bien sûr, il faut soulager la douleur psychique, mais cela passe peut-être par le fait d’en interroger davantage la source. Souffrir faute d’être suffisamment reconnu dans son entreprise ou – pour une femme – en raison d’un comportement masculin difficile à déchiffrer, ce ne sont pas des problèmes psychologiques ; ce sont aussi et peut-être même surtout des problèmes sociologiques. J’aimerais que les psychologues se posent la question beaucoup plus clairement : comment reconnaître une souffrance d’ordre social d’une souffrance d’ordre psychologique ?

La grande transformation de l’amour

Fidèle à votre démarche, votre dernier livre, Pourquoi l’amour fait mal, soutient l’idée que la souffrance amoureuse contemporaine est mieux comprise avec les outils de sociologie qu’avec ceux de la psychologie. En quoi le social explique-t-il même l’évolution de l’expérience émotionnelle la plus intime de toutes ?

La grande transformation de l’amour au XXe siècle a partie liée avec l’avènement du capitalisme, qui a engendré une redéfinition de la vocation du mariage : il n’est plus l’opération financière lourde d’enjeux que l’on connaissait jusque-là, notamment parce que les biens d’une femme revenaient à son mari, et se mue en un choix individuel et sentimental. A la faveur de l’industrialisation, bien des gens doivent quitter leur campagne pour aller travailler dans les grands centres urbains. C’en est alors fini de la famille comme unité de production. La sphère privée devient distincte de l’activité économique et des stratégies d’alliance politique. Nous assistons alors à la naissance de ce que l’historien John Demos (1) appelle la famille comme « serre émotionnelle », un lieu clos où la température sentimentale augmente. Dans cette famille nucléaire moderne où les femmes sont responsables du soin apporté aux enfants, l’identité de celles-ci est plus que jamais façonnée par la sphère privée, mais l’homme s’en autonomise et réinvestit son identité dans la sphère publique du travail : l’ascension sociale et la réussite économique deviennent les principaux points d’ancrage de la masculinité. Dans ces conditions, l’amour est de plus en plus désencastré des cadres sociaux qui l’enserraient et devient le domaine de l’individualité privée, que la culture psychologique de plus en plus dominante veut authentique. La rencontre amoureuse devient une affaire d’affinité à la fois émotionnelle/psychologique et physique/sexuelle.

Quelles sont les conséquences de cette personnalisation de l’amour ?

Conjuguée à l’effondrement des règles religieuses, ethniques, raciales et sociales de l’endogamie, cette nouvelle donne transforme radicalement la taille des échantillons où l’on peut rechercher un conjoint. Et la question du choix – comment choisir, quand choisir, qui choisir – devient la question cruciale de l’amour moderne. L’individu fait aujourd’hui face à ce qu’on peut appeler un marché du mariage, où se rencontrent deux individualités qui semblent dépourvues d’attributs sociaux. A partir de la fin du XIXe siècle, le prétendant ne fait plus sa cour en se rendant régulièrement au domicile de la jeune fille mais en sortant avec elle – ce qu’on appelle « dating » en anglais – au restaurant, au cinéma, au théâtre, dans les dancings, etc.

En quoi cet élargissement du choix transforme-t-il la nature des relations sentimentales ? En quoi est-il bon ou mauvais pour elles ?

Tout dépend de la manière dont on définit l’amour. Si c’est l’amour passion – Héloïse et Abélard, Diderot et Sophie Volland, Victor Hugo et Juliette Drouet –, dans lequel la totalité de la personne est impliquée, alors ce n’est pas bon du tout. Le féminisme, la culture psychologique et le culte de la liberté ont fait reposer la vie sentimentale contemporaine sur une exigence d’égalité, d’autonomie et de choix qui tendent à édulcorer l’abandon et l’oubli de soi. L’amour a en somme connu le même processus de désenchantement que la nature : il n’est plus envisagé comme inspiré par des forces mystérieuses mais comme un phénomène nécessitant explication et contrôle. On n’est donc ensemble que jusqu’à nouvel ordre. Il faut en permanence convaincre l’autre qu’on représente le meilleur choix possible. Cette conscience qu’il s’agit d’un choix – qui doit être renouvelé et justifié – diminue l’intensité émotionnelle de l’amour.

Il existe bien sûr différentes façons de gérer cette question. La réponse de Catherine Millet (2) consiste par exemple à ne pas choisir : on prend tout à la fois. Même si c’est un exemple extrême qui n’est pas encore dans la norme, tout cela est très différent du modèle de l’amour absolu et unique. Ce qu’on appelait autrefois la passion passe pour hystérique aujourd’hui. Le passionné est un être devenu relativement ridicule car insuffisamment conscient de son autonomie.

Pourquoi, alors, l’amour fait-il mal ? L’individu autonome qui exerce ses choix amoureux de manière un peu distanciée et froide ne souffre-t-il pas moins que l’amoureux fou ?

Non, parce que c’est évidemment plus ambivalent. Nous vivons en réalité sous deux régimes émotionnels différents : l’un fondé sur le fantasme puissant de l’abandon de soi et de la fusion amoureuse ; l’autre fondé sur des modèles rationnels d’autorégulation des sentiments et de choix optimal. Pour continuer avec l’exemple de Catherine Millet, son livre Jours de souffrance est passionnant de ce point de vue : elle y raconte comment le fait d’avoir vu des photos de maîtresses nues de son compagnon la plonge dans une dépression profonde. Cela nous rappelle à quel point les structures culturelles se chevauchent : même quand on se croit sorti du passionnel, on y retombe.

L’amour fait particulièrement mal aujourd’hui pour une autre raison : l’un des effets de la modernité est de fragiliser le sentiment de la valeur de soi, qui n’est jamais acquis une fois pour toutes. Autrefois, celle-ci était fondée sur des critères extérieurs à la personnalité, notamment sur le rang et la valeur sociale : le rôle important de la dot dans la sélection du partenaire signifiait que la « mariabilité » d’une femme reposait sur des critères « objectifs » et non sur la qualité intrinsèque de sa personnalité.

Il n’y a plus rien de tel aujourd’hui ; la valeur doit être constamment démontrée et prouvée, notamment sur des lieux de travail de plus en plus compétitifs. L’image de soi étant précarisée, le regard des autres prend dans sa définition une importance essentielle. L’une des principales fonctions de la relation amoureuse contemporaine est précisément de réaffirmer cette valeur. Parce que la personne qui nous aime nous dit que nous sommes uniques, et même meilleurs que la multitude d’êtres avec lesquels nous étions en compétition.

La modernité engendre ainsi tout à la fois un idéal de relation amoureuse plus distanciée et calculatrice et un besoin de passion amoureuse, seule à même de nous donner le sentiment de notre valeur. Mais nous avons le plus grand mal à reconnaître cette importance de l’autre et de la relation amoureuse, puisque les psychologues nous répètent qu’il faut s’aimer soi-même, qu’il est immature de vouloir dépendre de quelqu’un d’autre, qu’il faut se donner à soi-même l’amour que l’on voudrait que quelqu’un d’autre nous donne et que personne ne nous aimera si nous ne nous aimons pas déjà nous-mêmes… Nous ne sommes pas conscients de notre dépendance réelle, et sa découverte nous fait d’autant plus souffrir.

Nous sommes en quelque sorte victimes de notre liberté d’aimer ?

En tout cas, la liberté qui a été nécessaire à l’amour est vécue dans l’anxiété et même dans la douleur. Car il n’existe plus de normes qui obligent. Autrefois – il faut relire les romans de Jane Austen –, un homme qui rendait visite pendant un an à une jeune femme était implicitement contraint de demander sa main. Les femmes et les hommes organisaient leurs sentiments d’une façon qui les engageait, à la fois sur le plan affectif et sur le plan éthique. Aujourd’hui, nous sommes complètement libres, moralement, de nous quitter, de ne pas honorer nos intentions, et même de ne pas avoir d’intention. Puisque la culture moderne postule que nous pouvons en permanence changer, que nous pouvons devenir quelqu’un d’autre, les options doivent rester ouvertes. Le respect des promesses est devenu un fardeau pour une identité qui doit rester en mouvement.

L’artiste Sophie Calle a d’ailleurs fait de ce sujet une œuvre très intéressante, avec son installation intitulée Prenez soin de vous : l’homme qu’elle aime la quitte sans explication, en lui envoyant un simple courriel de rupture. Et que fait-elle ? Au lieu de se précipiter chez le psychologue, elle fait travailler son réseau social, en demandant à une centaine de femmes de commenter le message en question, construisant ainsi un mécanisme d’humiliation publique ; exactement comme au XIXe siècle, quand un homme ne pouvait rompre un engagement sans qu’on lui fasse honte. Hélas, la plupart d’entre nous n’avons pas les moyens de faire comme Sophie Calle, car il faut pour cela un nom.

L’amour fait mal parce qu’aucune norme sociale n’empêche plus de se quitter, mais que notre dépendance à l’égard de l’autre est plus aiguë que jamais. Dans la société traditionnelle, se voir rejeté comme conjoint potentiel ne tenait pas à l’essence même du moi mais à la position que l’on occupait dans la hiérarchie sociale. Aujourd’hui, l’amour est défini comme s’adressant à l’essence la plus intime de la personne et non à sa classe et à sa position sociale, et confère directement de la valeur à la personne ; un rejet devient un rejet du moi. Si les femmes plaquées que j’ai rencontrées pour ce livre disent qu’elles ne valent rien, ce n’est pas pour des raisons psychologiques, ce n’est pas parce que leur moi est faible : c’est parce que, dans la société moderne, l’individu et en particulier la relation amoureuse sont chargés de définir la valeur de soi.

Hommes-femmes, nouveaux modes d’emploi

Vous parlez beaucoup de la souffrance des femmes plaquées, mais les témoignages d’hommes que vous avez recueillis montrent aussi une profonde souffrance masculine, notamment en raison de la difficulté à fixer son choix. Comment s’articulent ces deux souffrances ?

Vous avez raison, mais je rechigne à appeler cela souffrance. Il faudrait trouver un autre mot. Non parce que je ne pense pas qu’ils souffrent, mais parce que je veux distinguer la douleur des hommes qui ont davantage l’autonomie de leurs désirs et ne souffrent que de la difficulté de choisir, et la douleur des femmes qui doivent souvent ajuster leur désir à celui d’un autre, ou dont le désir est activé par celui d’un autre. Et c’est encore une fois une réalité sociologique et non psychologique. Les femmes sont les perdantes de la nouvelle architecture du choix amoureux parce qu’elles sont socialement rendues responsables d’avoir des enfants. Ce sont les femmes, aujourd’hui, qui sont principalement porteuses du désir de famille. La masculinité traditionnelle en avait également besoin pour s’affirmer parce qu’elle avait besoin de régner sur des enfants, des femmes, des domestiques et des terres. Longtemps, les hommes ont ainsi incliné à la vie conjugale autant que les femmes. Mais dans nos sociétés, où le patriarcat est contesté, ils sont bien moins contraints à la reproduction biologique, car la famille n’est plus le lieu où s’exerce leur domination. Le principal impératif culturel qui façonne la masculinité est aujourd’hui celui de l’autonomie psychologique, de l’ascension sociale et du succès économique. Ce sont les femmes qui adoptent maintenant les rôles sociologiques consistant à avoir et à vouloir des enfants.

Les femmes qui ne veulent plus de ce schéma familial deviennent les égales des hommes. Mais toutes celles qui y sont encore attachées sont dépendantes, c’est ce que j’appelle la domination émotionnelle. Elle n’existe pas forcément, mais c’est une force magnétique qui structure les relations entre les deux sexes.

Le travail des femmes est pourtant l’une des grandes conquêtes sociales du XXe siècle… Elles aussi devraient être moins dépendantes de la famille qu’autrefois, pour établir leur identité sociale. Et puis, il y a aussi des femmes qui plaquent les hommes…

Une précision : mon travail porte uniquement sur un groupe de femmes, les hétérosexuelles qui veulent avoir une vie de couple conventionnelle, monogame, avec des enfants. Je ne parle ni des homosexuelles, ni de celles qui ne sont pas déterminées à avoir des enfants, ni de celles qui se sentent très bien toutes seules. Je parle de ce groupe de femmes en situation d’hétérosexualité conventionnelle, qui sont les plus mises à mal. Car l’accès au travail s’est accompagné de la liberté sexuelle. Dans ces conditions de marché sexuel ouvert, la perception culturelle qu’il y a un temps biologique façonne au premier chef les stratégies d’union des femmes. Parce qu’elles décident de poursuivre des études et d’entrer sur le marché du mariage plus tard, et parce qu’elles optent encore de façon écrasante pour la maternité, elles opèrent à l’intérieur d’un cadre temporel bien plus contraignant qu’avant les années 1960, où elles pouvaient encore compter sur le schéma de la masculinité fondée sur la famille. Sur le marché de l’amour, les femmes disposent donc de moins de pouvoir de négociation que les hommes. Sauf quand elles sont en haut du champ, parce qu’elles sont belles et/ou riches. Ce qui leur donne une plus grande liberté sociologique. Pour les autres, il suffit de regarder les magazines féminins, remplis de sujets comme : « Pourquoi n’est-il pas plus présent ? », « Que faire pour raviver le couple ? » On ne trouve jamais ce genre de sujets dans les magazines masculins. Les femmes sont massivement responsables des relations sexuelles et émotionnelles ; responsables de les vouloir et de les entretenir. C’est cela que j’appelle l’inégalité.

Y aurait-il eu une sorte de ruse de la révolution sexuelle, revendiquée notamment par les militantes féministes ?

La révolution sexuelle pose problème, non pas parce que le féminisme pose problème, mais parce que cela coexiste avec des structures traditionnelles du mariage et des relations entre les sexes, qui font que ce sont les hommes qui en ont le plus profité. La révolution sexuelle a mis les hommes et les femmes sur un marché sexuel, mais étant donne que le mariage est devenu la prérogative des femmes, plus que celle des hommes, ces marchés sexuels ont créé des déséquilibres nouveaux entre eux.

Vous faites de l’Internet, à bien des égards, la quintessence de la nouvelle donne amoureuse et du désenchantement de l’amour. Mais n’est-ce pas plutôt tout simplement le retour au mariage arrangé d’autrefois ? 
Vous dites cela parce que pensez que les deux phénomènes sont rationnels, ce qui est vrai. Mais c’est la forme même de la rationalité, ses modalités sociales qui ont changé. Dans un mariage arrangé, les parents décident, ou du moins jouent un rôle important dans le choix du conjoint. Ils choisissent en fonction de critères généraux et approximatifs : la naissance, l’importance de la dot, de la fortune et de la réputation de la personne et de sa famille, quelques traits de caractère, une apparence physique acceptable. Et le « calcul » s’arrête là. La décision ne consiste pas à recueillir une information approfondie sur les goûts, la personnalité et le mode de vie de la personne. On choisit le premier parti disponible suffisamment bon et non le parti « parfait ».

Le choix du conjoint est aujourd’hui très différent. La vie de couple étant conçue comme l’union de deux personnalités dont les attributs et les goûts doivent être finement accordés, la rencontre repose sur une méthode hyper-conscientisée et rationnelle de sélection du partenaire : ce n’est pas seulement l’apparence physique mais la personnalité, la façon de réagir au monde, de passer ses loisirs, de faire l’amour, d’exprimer ses émotions. Le monde des rencontres en ligne est emblématique des formes modernes de recherche du partenaire. Il élargit à la personnalité toute entière l’esprit de calcul. Les sites de rencontre affichent ainsi une logique consumériste consistant à resserrer, à définir et à raffiner sans cesse ses goûts. C’est le désir de maximisation du choix dont parle l’économiste Herbert Simon. La rencontre amoureuse doit être le résultat du meilleur choix possible, il s’agit d’opter pour la « meilleure affaire ». Internet exige une rationalisation de la sélection du partenaire, qui contredit l’idée de l’amour comme épiphanie inattendue.

Vous en appelez dans votre livre à la réhabilitation de la passion, car vous considérez que la perte de l’amour romantique fragilise la relation aux autres. Mais la passion est-elle la seule forme de lien aux autres ?

Prenez l’exemple de la jalousie, sentiment répandu, mais qui est de moins en moins légitime. Pourquoi ? Parce qu’une énorme littérature psychologique et un changement des normes de conduite ont repensé la jalousie comme un sentiment « immature », qui témoigne d’un manque de confiance en soi. D’où la perte de légitimité de cette émotion « chaude » qui est une sorte d’incarnation immédiate de la relation sexuelle même que j’entretiens à l’autre. Avec la montée de la culture psychologique, on s’arrête sur ce sentiment « à chaud », immédiat ; on le fige, on y réfléchit, on le ramène à une histoire personnelle, à un projet d’équilibre et de santé émotionnels. Mais c’est contradictoire avec la nature insaisissable, provisoire et contextuelle des émotions. On y perd l’immédiateté des relations sociales en prise avec des sentiments qui reflètent directement le présupposé de la relation. Par exemple : « Je suis un homme fort, cette femme m’appartient, ma jalousie est donc l’expression directe de cette appartenance ». A cette immédiateté va se substituer une forme d’émotionnalité « médiée » par des catégories, des systèmes de savoir, des techniques de travail sur soi, des idéaux de santé psychique où vont se mêler des valeurs politiques (« personne n’appartient a personne » ; « Il faut respecter la liberté d’autrui » ; « les femmes sont les égales des hommes ») et des savoirs psychologiques (« la jalousie reflète une mauvaise séparation de la mère », etc.). Ce qui se substitue donc à l’émotionnalité à chaud, c’est un idéal de communication, où il faut prendre de la distance, analyser, et réguler les relations aux autres par des procédures dont le but est de produire une manière équitable de parler et de communiquer ses émotions. Cet élément procédural fait perdre aux sentiments leur valeur d’indices, leur capacité à nous orienter rapidement et de manière non réfléchie dans le réseau de nos relations quotidiennes. Il suspend paradoxalement l’investissement émotionnel dans la relation.

La passion est loin d’être le seul lien possible aux autres, mais je voudrais la réhabiliter parce que, comme le dit le philosophe Harry Frankfurt, il y a dans l’attitude passionnée une affirmation de ses propres valeurs ; la femme ou l’homme sans passion est aussi une femme et un homme sans grand horizon moral. C’est, si vous vous voulez, une autre façon de reposer le vieux problème du nihilisme relevé et discuté par Nietzsche.

La femme moderne que vous êtes se reconnaît-elle dans la description qu’elle fait d’une société où l’amour se vit dans la froideur ?

Tout d’abord, je me reconnais dans toutes les réponses que j’ai analysées, les kitsch et les moins kitsch, les douloureuses et les insouciantes, les passionnées et les analytiques. Avoir une expérience amoureuse aujourd’hui, c’est faire l’expérience d’une large palette de sentiments contradictoires. Ce n’est que comme cela que je me reconnais dans mon analyse : prise entre le kitsch de la passion, et la volonté de ne pas se faire « attraper » par elle. Sûrement pas froide, non, mais inquiète de savoir quelle place faire au kitsch de la passion.

Propos recueillis par Sandrine Tolotti

1. The Unredeemed Captive: A Family Story from Early America, Vintage, 1995.

2. Dans La vie sexuelle de Catherine M., l’intellectuelle française raconte sa vie sexuelle, et notamment sa fascination pour la sexualité de groupe.


Easy Rider: Plus crétin que moi tu meurs ! (Through a grass curtain: Will the real cretin stand up ?)

28 juillet, 2013
http://careersecretsauce.files.wordpress.com/2009/04/easy-rider-redneck.jpgLorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant.Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu. Paul (première lettre aux Corinthiens 13: 12)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
What I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed. If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag. The NYT (1969)
Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend. (…) Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southern rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday. (…) The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The Nation (2008)

Attention: un crétin peut en cacher un autre !

A l’heure où la science redécouvre l’importance du simple sel de table (iodé) …

Tant pour une Amérique rendue plus intelligente que pour une Europe en voie peut-être de lente crétinisation …

Retour, via l’un des films américains les plus influents de sa génération, sur l’une des plus célèbres images cinématographiques de crétinisme justement …

A savoir la fin tragique du film-étendard de la contreculture « Easy Rider » …

Où, près de 20 ans après le « Sur la route » de Jack Kerouac et via la chevauchée à moto de deux hors la loi (financée par la vente d’héroïne au Mexique par les biens nommés Wyatt – Earp – et Billie – the kid- ), un Dennis Hopper tout juste sorti du tournage de «  »True Grit » où il jouait le rôle d’un voleur de chevaux opposé à John Wayne …

Présentait,  derrière certes la magnificence des paysages et de la musique, sa vision d’une Amérique prétendument réelle et notamment représentée par les fameux et dument goitrés « rednecks » …

Prétendant, près de 40 ans après L’Etranger de Camus et près de 10 ans avant l’ « A bout de souffle » de Godard, que l’Amérique profonde aurait pu trouver quelque intérêt à l’extermination de petits malfrats chevelus qui s’adonnaient à la marijuana, à la musique rock et aux passades amoureuses dans les quartiers chauds de la Nouvelle-Orléans  …

Easy Rider': A Statement on Film

Vincent Canby

The New York Times

July 15, 1969

« EASY RIDER, » which opened yesterday at the Beekman, is a motorcycle drama with decidedly superior airs about it. How else are we to approach a movie that advertises itself: « A man went looking for America. And couldn’t find it anywhere »? Right away you know that something superior is up, that somebody is making a statement, and you can bet your boots (cowboy, black leather) that it’s going to put down the whole rotten scene. What scene? Whose? Why? Man, I can’t tell you if you don’t know. What I mean to say is, if you don’t groove, you don’t groove. You might as well split.

I felt this way during the first half-hour of « Easy Rider, » and then, almost reluctantly, fell into the rhythm of the determinedly inarticu-late piece. Two not-so-young cyclists, Wyatt (Peter Fonda) who affects soft leather breeches and a Capt. America jacket, and Billy (Dennis Hopper), who looks like a perpetually stoned Buffalo Bill, are heading east from California toward New Orleans.

They don’t communicate with us, or each other, but after a while, it doesn’t seem to matter. They simply exist—they are bizarre comic strip characters with occasional balloons over their heads reading: « Like you’re doing your thing, » or some such. We accept them in their moving isolation, against the magnificent Southwestern landscapes of beige and green and pale blue.

They roll down macadam highways that look like black velvet ribbons, under skies of incredible purity, and the soundtrack rocks with oddly counterpointed emotions of Steppenwolf, the Byrds, the Electric Prunes — dark and smoky cries for liberation. Periodically, like a group taking a break, the cyclists stop (and so does the music) for quiet encounters—with a toothless rancher and his huge, happy family or with a commune of thin hippies, whose idyll seems ringed with unacknowledged desperation.

Suddenly, however, a strange thing happens. There comes on the scene a very real character and everything that has been accepted earlier as a sort of lyrical sense impression suddenly looks flat and foolish.

Wyatt and Billy are in a small Southern town—in jail for having disturbed the peace of a local parade—when they meet fellow-in-mate George Hanson (Jack Nicholson), a handsome, alcoholic young lawyer of good family and genially bad habits, a man whose only defense against life is a cheerful but not abject acceptance of it. As played by Nicholson, George Hanson is a marvelously realized character, who talks in a high, squeaky Southern accent and uses a phrase like « Lord have mercy! » the way another man might use a four-letter word.

Hanson gets the cyclists sprung from jail and then promptly joins them. He looks decidedly foolish, sitting on the back of Wyatt’s bike, wearing a seersucker jacket and his old football helmet, but he is completely happy and, ironically, the only person in the movie who seems to have a sense of what liberation and freedom are. There is joy and humor and sweetness when he smokes grass for the first time and expounds an elaborate theory as to how the Venutians have already conquered the world.

Nicholson is so good, in fact, that « Easy Rider » never quite recovers from his loss, even though he has had the rather thankless job of spelling out what I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed.

If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag.

« Easy Rider, » the first film to be directed by Dennis Hopper, won a special prize at this year’s Cannes festival as the best picture by a new director (there was only one other picture competing in that category).

With the exception of Nicholson, its good things are familiar things — the rock score, the lovely, sometimes impressionistic photography by Laszlo Kovacs, the faces of small-town America. These things not only are continually compelling but occasionally they dazzle the senses, if not the mind. Hopper, Fonda and their friends went out into America looking for a movie and found instead a small, pious statement (upper case) about our society (upper case), which is sick (upper case). It’s pretty but lower case cinema.

EASY RIDER, written by Peter Fonda, Dennis Hooper and Terry Southern; directed by Mr. Hopper; produced by Mr. Fonda; presented by the Pando Company in association with Raybert Productions; released by Columbia Pictures. At the Beckman Theater, 65th Street at Second Avenue. Running time: 94 minutes. (The Motion Picture Association of America’s Production Code and Rating Administration classifies this film: « R—Restricted—persons under 16 not admitted, unless accompanied by parent or adult guardian »)

Wyatt . . . . . Peter Fonda

Billy . . . . . Dennis Hopper

George Hanson . . . . . Jack Nicholson

Rancher . . . . . Warren Finnerty

Stranger on Highway . . . . . Luke Askew

Lisa . . . . . Luana Anders

Karen . . . . . Karen Black

Voir aussi:

Easy Rider

Peter Fonda and Dennis Hopper revved up their motorcycles and, like Jack Kerouac, inspired a generation of young people to hit the road.

Robert Hatch

Nation

December 8, 2008

Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend.

Clearly the makers of the film think it O.K., and they are Fonda, Hopper and Terry Southern, the very knowing, if no longer very young, trio who in various combinations wrote, directed and produced. Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southen rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday.

And another question I would like to shout across the gap is why, if these two are so freely doing their thing, they are so morose about it. They seem crushed speechless by melancholy, and though I Understand that taciturnity is the preferred style – each initiate being absorbed in his private secretions – I noticed that Wyatt and Billy came at least wanly to life when they picked up a rebellious and alcoholic young lawyer in a crossroads town (Jack Nicholson). His imagination, wit, curiosity and love of life seem effervescent (and he is only the rich-boy drunk of a very small town) by contrast with the flat impassivity of the others.

It is true that every night over their campfire Wyatt and Billy smoke pot, achieving thus a sudden irrational loquacity, accompanied by inane giggles. They pity friend George for his addiction to booze. But, so the script goes by these knowing men, when George is sober he is wide awake, when the other two are not high they are merely low, if indeed not half asleep. It may only be coincidence, and marijuana may yet be recognized as the cure for what ails us all, but the demeanor of Wyatt and Billy does not seem to prove the point.

I should say something of the picture. It is a beautiful evocation of America as a ribbon of road through magic lands. The scene unreels like a silky, hypnotic dream, because the odd effect of the strident rock and roll that blares from the sound track is to make the action seem wrapped in eerie silence. And the two men look like fair warning, outriders of apocalypse, as they glide past in their schizoid costumes (one dresses to hide oneself in fantasy) on their indolently powerful mantis-like bikes.

There is a beautifully sustained episode of suspended animation at a hippie commune, where again the air is gentled by pot, all human relationships seem easy and entertainers of abysmal incompetence absorb the benevolence of the chemically pleased. The tragedy is that these young have escaped from something genuinely destructive into something that is only an illusion of new birth. Americans are forever bruising themselves on utopia; now it is the turn of the flower children.

Once it reaches its destination, New Orleans, the picture falters, losing its momentum in a sequence of innocent larking with a pair of girls from the town’s finest bordello that suggests the film makers know more about motorcycle vagrancy than they do about the customs and manners of prostitution. There is also another of those strobe-and-free-association passages that attempt to approximate the subjective effects of LSD and succeed only in producing headaches.

And then follows quickly the concluding outburst of hate, really a repetition, since drunken George had died earlier in an encounter with the locals. The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The ads say they went looking for America and never found it, but what they really went looking for was freedom, and of course they never found it. Which is what Easy Rider seems to mean on my side of the generation gap. But I would rather know what it means to those on the other side, who stand in block-long lines all day and all night to see Wyatt and Billy, those cosmetic derivations from American myth.


Carence iodée: Vers le retour des crétins des Alpes ? (If the salt loses its savor: From the smarting up of America to the dumbing down of Europe)

28 juillet, 2013
http://spicesandspackledotcom.files.wordpress.com/2012/10/morton-full-size.pnghttps://i0.wp.com/www3.uakron.edu/mmlab/dose/ya-20.gif[morton_salt.jpg]Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Jésus (Matthieu 5: 13)
La carence en iode est si facile à prévenir que c’est un crime de permettre qu’un seul enfant naisse handicapé mental pour cette raison. H.R. Labrouisse (directeur de l’UNICEF, 1978)
The idea of putting additives in salt to promote health dates back to the 1920s, when salt suppliers in the United States and Switzerland began fortifying their salt with iodine. The measure was intended to combat a condition known as “goiter” — a swelling of the thyroid, a gland that sits just in front of the windpipe. Goiters have plagued humans for at least several thousand years. As early as 2,700 B.C., Chinese emperor Shen Nung allegedly prescribed seaweed, now known to be rich in iodine, as a treatment. Although not especially painful, large goiters can interfere with breathing and swallowing. And we now know that they’re only a symptom of a much larger problem. “The goiter is the visible manifestation” of iodine deficiency, says Richard Hanneman, president of the Salt Institute in Alexandria, Va. Iodine, a purplish-brown element that is rare in Earth’s crust but common in seawater, is essential for all life. Humans need about 150 micrograms each day. Most of that gets taken up by the thyroid and is used to make hormones that regulate metabolism. If the body lacks iodine, the thyroid doesn’t have the raw materials it needs to make these hormones. To compensate, the gland begins to grow, forming a goiter. In the United States, few realized just how common goiters were until doctors began examining men drafted to serve in World War I. Simon Levin, a physician in Lake Linden, Mich., found that 30 percent had visibly swollen thyroids: Another 2 percent had goiters large enough to prevent them from serving. In fact, more men in northern Michigan were disqualified from military service because of goiters than any other medical condition. The state was in the middle of a swath of land that would become known as the “goiter belt.” Before people got iodine from salt, they got it from their food. Foods pick up iodine from the soils where they grow (or, in the case of seafood, from seawater). But the element is unevenly distributed across Earth’s landmasses. Inland areas and mountainous regions tend to have iodine-poor soil. And because historically most of the food consumed was locally grown, the inhabitants of iodine-poor regions tended to develop iodine deficiency, and goiters. Although health officials didn’t know it at the time, iodine deficiency also leads to much more serious problems. Expectant mothers who don’t get enough iodine can have children who are mentally and physically stunted — a condition known as “cretinism.” Even moderate iodine deficiency in the mother during pregnancy can reduce her child’s IQ by 10 to 15 points. Before iodized salt was introduced in 1978, the village of Jixian in northeast China was so iodine deficient, it was known locally as the “village of idiots.” Doctors had been treating iodine deficiency with iodine syrup, but health officials wanted to prevent goiters, not just treat them. Obviously going door to door with bottles of iodine syrup wasn’t going to work. They needed to find a way to mass distribute iodine that would be economical and efficient. Salt was an obvious choice — it’s cheap, it’s easy to transport, it doesn’t spoil and everyone uses it. Salt is the “food that comes closest to being universally consumed,” says Venkatesh Mannar, executive director of the Canada-based Micronutrient Initiative. And the risk of overdose is minimal because everyone eats a predictable amount, between five and 15 grams each day: The same can’t be said of other commodities, such as sugar or flour. What’s more, iodine occurs naturally in some salt deposits. In fact, until 1900, salt mined and used by residents in the Kanawha River Valley in West Virginia contained trace amounts of iodine. As a result, goiters were rare in the region. But then, the crude brown local salt was replaced with clean, processed salt mined in Ohio and Michigan. By 1922, 60 percent of schoolgirls surveyed in Charleston and Huntington, W.Va., had enlarged thyroids. Iodized salt first appeared on grocery store shelves in Switzerland in 1921 and in the United States in 1924. In Michigan alone, the prevalence of goiter dropped more than 75 percent over the next two decades. Iodized salt didn’t begin making its way into developing countries until the 1980s. With support from UNICEF and the World Health Organization, however, it spread remarkably fast. Globally, the percentage of people with access to iodized salt has climbed from 20 percent in the mid-1990s to about 70 percent today. “It’s a great public health success,” Houston says. Geotimes
More than 70 countries, including the United States and Canada, have salt iodization programs. As a result, approximately 70% of households worldwide use iodized salt, ranging from almost 90% of households in North and South America to less than 50% in Europe and the Eastern Mediterranean regions. (…) The use of iodized salt is the most widely used strategy to control iodine deficiency. Currently, about 70% of households worldwide use iodized salt, but iodine insufficiency is still prevalent in certain regions. In the European region included in WHO reports, 52% of the population has insufficient iodine intake and, according to UNICEF, only about 49% of households in Europe (outside of the Western European subregion) have access to iodized salt. Iodine insufficiency is also prevalent in Africa, Southeast Asia, and the Eastern Mediterranean WHO regions where rates of iodized salt use range from approximately 47% to 67%. Worldwide, it is estimated that about 31% of school-age children do not have access to iodized salt. NIH
While cretinism, the most extreme expression of iodine deficiency, has become very rare and even disappeared in Europe, of considerably greater concern are the more subtle degrees of mental impairment associated with iodine deficiency that lead to poor school performance, reduced intellectual ability, and impaired work capacity. For iodine-deficient communities, between 10 and 15 IQ points may be lost when compared to similar but non-iodine-deficient populations. Iodine deficiency is the world’s greatest single cause of preventable brain damage. (…) In the early 1960s, only a few countries had IDD control programmes; most of them in the United States of America and Europe. Since then, and especially over the last two decades, extraordinary progress has been achieved by increasing the number of people with access to iodized salt and reducing the rate of iodine deficiency in most parts of the world. However, this has not been the case in several industrialized countries, especially in Europe. Compared to other regions in the world, iodized salt coverage is not as high in Europe, reaching only 27% of households. In addition, there is growing evidence that iodine deficiency has reappeared in some European countries where it was thought to have been eliminated. WHOAll European countries except Iceland have experienced this health and socioeconomic scourge to a greater or lesser degree. Endemic cretinism, the most severe consequence of iodine deficiency, was extensively reported in the past, particularly from isolated and mountain- ous areas in Austria, Bulgaria, Croatia, France, Italy, Spain and Switzerland, and was so common that the term “cretin of the Alps” became part of the common vocabulary. Nevertheless, only limited attention has been paid to the public health consequences of iodine defi ciency in Europe until recently. Over a century and a half ago iodine deficiency had already been recognized. At the beginning of the 19th century, it was first suggested that the use of salt fortified with iodine would lead to good health in people living in mountainous regions. Switzerland was the first European country to introduce iodized salt on a large scale in order to eliminate iodine deficiency. After the pioneering work of Swiss doctors that demonstrated that iodine deficiency was indeed the cause of goitre, attempts began to locally iodize salt using a hand-and-shovel method. In 1922, the Swiss Goitre Commission recommended to the then 25 Swiss Cantons (provinces) that salt be iodized on a voluntary basis at a level of 3.75 mg iodine per kg salt (or 3.75 ppm). Non-iodized salt also remained available for sale. Due to the decentralized system of the Government of Switzerland the availability of iodized salt progressed slowly; the last Canton (Aargau) allowed the sale of iodized salt only in 1952. Today, over 90% of households consume iodized salt, and about 70% of the salt used in industrial food production is iodized. However, this example was not generally replicated by many other countries in Europe. In 1999, the access of iodized salt at the household level for Europe was the lowest regional average figure in the world at 27%. Because of the declining consumption of table salt, this probably did not reflect properly the access of households to salt, and consequently, potentially to iodized salt. WHO
A new study indicates that Americans gained up to 15 IQ points after the addition of iodine to salt became mandatory. In an effort to prevent goiter related to iodine deficiency, authorities ruled that iodine be added to U.S. salt products in 1924. The iodine, in addition to eliminating goiter, appears to have had an unexpected result: smarter Americans. (…) Iodine comes from food sources, and is especially abundant in seafood and foods grown in coastal areas with high levels of iodine in the soil. Mountainous and inland areas are often very low in the nutrient, meaning food grown there doesn’t have enough iodine. Today, iodine deficiency is the leading cause of preventable mental retardation in the world. The condition, known as cretinism, was also common in the U.S. until the introduction of iodized salt. Originally, U.S. authorities wanted to reduce the incidence of goiter, but research since that time has shown that iodine plays an important role in brain development, especially during gestation. The World Health Organization estimates that two billion people worldwide are at risk of iodine deficiency. And it’s not just a Third World problem – the WHO reports that only 27 per cent of households in Europe have access to iodized salt. The researchers say that iodine may also be a cause of the so-called Flynn Effect, the steady rise in IQ that’s been ongoing since the 1930s. Daily Mail
Les populations montagnardes n’ont jamais pu se procurer aisément du sel de mer en raison de son prix. Les cas de difformité et de nanisme étaient donc fréquents parmi les populations paysannes alpines. Dans les Alpes, la population isolée des vallées était beaucoup plus souvent atteinte de désordres liés à la carence en iode. Du reste, Diderot est le premier à consigner le nom de « crétin » dans son encyclopédie raisonnée des sciences, des arts et des métiers (1754). L’expression « crétin des Alpes » est usuelle. Le crétinisme est une forme de débilité mentale et de dégénérescence physique en rapport avec une insuffisance thyroïdienne.(…) Pour éviter les carences en iode, qui altèrent le système hormonal, mais aussi le développement de l’enfant, il est souvent ajouté de l’iode au sel de cuisine (sel iodé) et parfois au lait (au Royaume-Uni notamment). Cet ajout provient de recherches faites aux États-Unis au début du XXème siècle sur les liens entre « goître endémique » et carences en iode. L’enrichissemnet en iode du sel de table a été recommandé et mis en œuvre aux Etats-Unis après la première guerre mondiale, durant les décennies 1920 et 1930. En 1955, la carence en iode semblaient avoir été éliminée aux États-Unis grâce à l’utilisation domestique du sel de table (Salt Institute, 2008, cité par l’EPA6). Cependant ensuite, dans les années 1970 – et pour des raisons mal comprises (une des explications pourrait être les régimes sans sel ou peut-être des polluants de l’eau perturbateurs de l’acquisition de l’iode par la thyroïde tels que les perchlorates) – une nouvelle tendance au manque d’iode a été observée via les enquêtes épidémiologiques NHANES. Ces dernières montrent que le taux d’américains des États-Unis touchés par cette carence (définie par l’OMS comme une teneur en iode urinaire inférieure à 100µg/L) a augmenté de 1971-1974 à 1988-19947. Ce recul semble s’être ensuite stabilisé de 1988 à 1994 selon l’enquête NHANES 2001-2002 (Hollowell et al, 1998 ; Caldwell et al 2005 cité par l’EPA6) ; La teneur médiane (320 µg/L) était supérieures à 100µg/L en 1971-1974 (NHANES I), pour passer à 145 µg/L en 1988-1994 (NHANES III) et à 168 µg/L dans l’enquête NHANES 2001-2002. Dans tous les cas, les femmes étaient à peu près deux fois plus nombreuses que les hommes à être touchées par ce déficit en iode. Selon Hollowell et al. (1998) cité par l’EPA6, aux états unis « seuls » 2,6 % de la population (1,6 % chez les hommes et 3,5 % chez les femmes) étaient en 1971 – 1974 carencés avec des teneurs urinaires en iode de moins de 50 ug/L d’iode, mais le nombre de personnes carencées a plus que quadruplé, passant à 11,7 % en 1988-1994 (8,1 % des hommes et 15,1 % chez les femmes). Lors de l’étude NHANES 2001-2002, la concentration urinaire médiane était de 167,8 pour la population totale, 11 % des personnes testées présentaient encore des concentrations inférieures à 50 UI µg/L (6,7 % chez les hommes et de 15,3 % chez les femmes) (Caldwell et al. 2005 cités par l’EPA6), ce qui montre une stabilisation, mais non une situation satisfaisante (plus de 15 % des femmes sous 50µg/L et 36,6 % des femmes sous le seuil OMS des 100µg/L, seuil OMS). Wikipedia
Depuis la publication en 1985 du premier rapport traitant du statut en iode des populations européennes, la France occupe une position intermédiaire entre les pays d’Europe du nord où les apports en io de sont satisfaisants, et ceux d’Europe du sud encore marqués par une déficience modérée, à la limite de la carence résiduelle dans certaines régions d’Italie ou d’Espagne (Scriba et al . 1985). Il existe donc un risque important pour les populations exposées de ne pouvoir répondre à toute situation physiologique correspondant à une augmentation des besoins en iode (croissance, puberté, grossesse, allaitement). Tous les pays européens ont adopté des mesures de prophylaxie de la déficience en iode reposant s ur une autorisation d’enrichissement du sel en iode. Limitée dans un premier temps au seul sel à usage domestique, cette autorisation a été élargie dans quelques pays au sel alimentaire industriel entrant dans la fabrication de certains produits alimentair es, source de conflit avec les recommandations de santé publique visant à une réduction du risque d’hypertension artérielle par une diminution de la teneur en sel des aliments transformés. I.1.1 Contexte La réduction de la déficience en iode constitue l’un des 1 00 objectifs de la loi relative à la politique de santé publique avec un objectif chiffré de réduction de 20 % de la fréquence de la déficience en iode dans la population vivant en France au terme de la période 2004 – 2008 (J.O. n° 185 du 11/08/2004). L’évo lution des modes de consommation avec le développement de la restauration collective et hors foyer, et la part croissante occupée par les produits transformés ont rendu marginale l’efficacité de la salière domestique comme vecteur du sel iodé. Le sel ajouté (sel de cuisson et sel d’ajout volontaire) représente environ 20 % de l’apport total en sel (James et al. 1987), et moins de 50 % de ce sel est enrichi en iode (Comité des Salines de France 2003). Les campagnes de prévention du risque d’hypertension arté rielle engagées depuis plus de vingt ans ont conduit à diminuer la fréquence d’utilisation de la salière domestique, ainsi que les quantités ajoutées de sel. Les récentes recommandations du rapport « Sel » de l’AFSSA (AFSSA 2002) en faveur d’une réduction d es apports sodés ( – 20 % en 5 ans), notamment via de meilleures pratiques culinaires et comportementales (utilisation non systématique de la salière domestique), devraient encore réduire l’impact du sel iodé ajouté dans la prophylaxie de la déficience en io de. Les enquêtes nationales de consommation permettent aujourd’hui de disposer de données précises de consommations alimentaires individuelles des enfants et des adultes en France. Elles ont été utilisées pour des travaux de simulation nutritionnelle : si mulations d’enrichissement des aliments en vitamines et minéraux (enrichissement des produits laitiers frais en vitamine D) ou simulations de recommandations nutritionnelles. Elles devraient permettre, grâce à la réalisation d’une table de composition alim entaire en iode, de disposer d’évaluations quantitatives liées à l’enrichissement d’aliments en iode et de montrer l’absence de risque pour la population en contrôlant les risques de dépassements des limites supérieures de sécurité. (…) La mise en évidence de l’effet protecteur du se l alimentaire naturellement riche en iode sur le risque de goitre endémique repose sur les observations de J.B. Boussingault en Colombie (1833). Il faudra cependant attendre les résultats des études de Marine et Kimball (1917 – 1920) à Akron (Ohio) pour que l’action tant thérapeutique que prophylactique de l’iode soit reconnue (Marine et al . 1920). Ce n’est finalement qu’en 1922 que le sel enrichi artisanalement en iode est introduit comme mesure de santé publique dans la prévention du goitre endémique parmi la population du canton suisse d’Appenzell. Très rapidement cette – 50 – pratique s’étendra aux autres cantons de la Confédération helvétique, ainsi qu’aux pays proches (Autriche, 1923). (…) – 52 – L’accès à un sel enrichi en iode est autorisé dans tous les pays européens, et le taux moyen (étendue) d’enrichissement est de 15 – 20 mg (5 – 60 mg) par kg de sel, avec des taux très variables, de 8 – 13 mg/kg au Danemark à 40 – 70 mg/kg en Turquie (Tableau 25). L’enrichissement est volontaire et limité au sel à usage domestique dans la plupart des pays d’Europe occidentale, il n’est obligatoire que dans 10 pays, principalement d’Europe centrale. L’enrichis sement est en majorité à base d’iodure de potassium, certains états autorisant indifféremment les deux formes, iodure et iodate. L’utilisation du sel iodé par les industries agroalimentaires reste exceptionnelle. La pénétration du sel iodé est cependant tr ès variable selon les pays. Seuls 27 % des ménages européens ont accès à un sel iodé. Le pourcentage de sel iodé à usage domestique est inférieur à 5 % en Italie et en Angleterre, il atteint 45 – 50 % en France, 50 – 60 % aux USA, et dépasse 90 % en Suisse et en Autriche. (…) Le taux de pénétration du sel iodé en France (sel fin et gros sel en petits conditionnements) est en diminution constante, 55 % en 1988, 45 % en 1997. Ce taux est estimé à 47 % en 2002 (Table au 26) (Comité des Salines de France, 2003) (…) Cette ba isse du taux de pénétration est le fait de la concurrence de sels alimentaires à moindre prix et non iodés en provenance de pays voisins, du développement des ventes de sels artisanaux (non iodés) qui représentent 10 % des ventes en petits conditionnements (sels de Guérande, Noirmoutier et Ré) et d’une absence d’implication des pouvoirs publics, en particulier en direction des populations des régions les plus exposées à la déficience en iode. Les enquêtes épidémiologiques récemment conduites dans divers pa ys européens et aux Etats – Unis montrent que selon les pays, la fraction réellement ingérée de sel ne représente que 15 à 30 % du sel de cuisson utilisé pour la préparation des aliments, réduisant ainsi de façon significative la contribution du sel enrichi en iode dans la couverture des besoins en iode. Le sel iodé, après soustraction des pertes d’iode liées à l’utilisation, aux modes de préparation, de conservation et de cuisson, ne représente en fait qu’une faible fraction de l’apport total d’iode. Les re commandations du rapport « Sel » de l’Afssa (Afssa 2002) de réduire de 20 % l’apport moyen de chlorure de sodium devraient conduire les consommateurs à modifier leurs comportements, aussi bien dans la recherche des produits artisanaux ou agroalimentaires (étiquetage du NaCl), que dans les pratiques individuelles d’utilisation du sel (fréquence d’utilisation des salières individuelles et quantité de sel ajoutée). Ces recommandations devraient donc en partie atténuer les bénéfices attendus du récent avis de l’A FSSA (31 juillet 2002) modifiant la réglementation sur l’enrichissement en iode du sel de qualité alimentaire. L’efficacité du sel iodé dans la prophylaxie de la déficience en iode dans les pays européens semble le plus souvent très largement surévaluée : (1) les quantités de sel alimentaire citées dans la littérature (3 à 5 g par jour) sont très supérieures aux quantités ingérées associées aux prises alimentaires mêmes augmentées du sel de cuisson, (2) les quantités sont appliquées à la totalité de la pop ulation et non aux seuls utilisateurs, (3) la totalité du sel alimentaire à usage domestique est considérée comme enrichi en iode. En France, sous l’hypothèse d’indépendance des fréquences d’utilisation et de choix du type de sel d’ajout (iodé contre non iodé) un quart des sujets (26,4 %) utilisent quotidiennement du sel iodé (0,48 g par jour). La contribution totale du sel iodé à usage domestique est cependant légèrement sous – évaluée, le sel de cuisson n’étant pas pris en compte dans l’évaluation des appo rts en iode. Dans les pays anciennement les plus marqués par la carence en iode (Suisse, Autriche), l’iodation du sel reste un objectif prioritaire de santé publique dans la lutte contre la déficience en iode. L’efficacité du sel iodé a été régulièrement maintenue par des ajustements successifs du taux d’enrichissement aux réductions des apports sodés dans la population. En Suisse, le taux d’enrichissement en iode (mg I/kg de sel) a ainsi été successivement augmenté de 3,75 (1922), à 7,5 (1962), 15 (1980) et 20 mg/g de sel (1998). Ces progressions ont cependant été insuffisantes pour compenser les effets des importations de sel non iodé et des campagnes de réduction des apports sodés, et ont conduit à autoriser l’utilisation de sel iodé dans certains produi ts alimentaires transformés (pain, fromages, produits de charcuterie traités en salaison, conserves et plats préparés) (Als et al. 2003). En conclusion, toutes les études mettent en évidence une relation temporelle entre le début de l’introduction du sel iodé et la réduction du risque de déficience en iode dans les populations européennes. Cependant l’interprétation de l’implication du sel iodé dans les augmentations récentes de la consommation alimentaire d’iode est ambiguë en l’absence d’un cadre expérim ental. En effet, la part potentielle relative liée à l’effet propre de l’amélioration de la supplémentation individuelle par le sel iodé est difficile à distinguer des conséquences, d’une part, des évolutions des consommations alimentaires de produits natu rellement riches en iode (produits de la pêche et de l’aquaculture) et d’autre part, de l’apparition de nouvelles sources d’iode alimentaire (produits laitiers et œufs). (…) La diminution de la consommation de sel au niveau domestique et les incitations à limiter son utilisation pèsent de façon négative sur la promotion du sel iodé à usage domestique. Bien que son intérêt à long terme puisse être discuté, il est indispensable à moyen terme de favoriser les conditions d’une augmentation du taux d’utilisation (pénétration) du sel iodé dans la population, condition préalable à toute nouvelle augmentation du taux d’enrichissement. Rapport AFSSA (2005)
La carence en iode est très répandue dans le monde puisque, selon l’OMS, elle toucherait 1,5 milliards d’individus. Douze pour cent de la population mondiale présente un goître endémique et 20 millions de personnes ont un retard mental, incluant 3 millions de crétins. La carence en iode est la première cause de retard mental évitable dans les pays développés et représente donc un problème mondial de Santé Publique. L’International council for the control of iodine deficiency disorders (ICCIDD), créé en 1985, est une organisation non gouvernementale, qui promeut l’éradication de la carence en iode dans le monde. Son action conjointe avec l’UNICEF et l’OMS a contribué à diminuer la prévalence de la carence iodée à travers le monde par l’intermédiaire de programmes de supplémentation en coordination avec les autorités sanitaires de chaque pays. L’enjeu est énorme en terme de développement cognitif des populations. La solution sur le papier est simple avec la fortification en iode d’éléments-clés de l’alimentation. Cependant, les politiques sanitaires varient selon les pays et se heurtent à des problèmes de mise en place et d’accès aux aliments fortifiés. En conséquence, la carence iodée est très variable d’une région du monde à une autre ; elle serait par exemple six fois plus fréquente en Europe qu’en Amérique. En 2002, selon l’ICCIDD, 64 % des 600 millions d’Européens de l’Ouest et du Centre présentaient une carence en iode. En France, la supplémentation n’est pas obligatoire et se fait par l’intermédiaire du sel fortifié en iode. Le sel marin commun ne contient pas d’iode. À titre d’exemple, il est estimé que 46 % des foyers en France consomment du sel fortifié en iode, contre 90 % en Amérique et 27 % pour l’Europe en général. (…) Depuis 1952, en France, les autorités sanitaires ont donc recommandé la supplémentation en iode de la population via la fortification du sel de table par de l’iodure de potassium (10 à 15 mg/kg). Cette concentration en iodure est cependant considérée trop faible pour prévenir complètement la carence iodée. De plus, cette mesure n’est pas obligatoire, et ainsi seuls 46 % des foyers utilisent ce sel fortifié. L’Académie de médecine a recommandé un enrichissement en iode par iodures à la concentration de 20 mg/kg, portant sur la totalité du sel alimentaire destiné aux particuliers, collectivités et aux industries alimentaires. Chez la femme enceinte et allaitante, dans des zones géographiques à carence en iode faible ou modérée comme la nôtre, une supplémentation en iode de 100 à 150 μg/j est recommandée. John Libbey Eurotext

Et si le sel perdait sa saveur ?

A l’heure où, avec les incessantes campagnes et l’innombrable littérature en dénonçant les méfaits mais aussi la vogue des sels naturels, le sel pourrait bien disparaitre de nos tables ..

Qui se souvient, comme le rappelle une récente étude, que les Etats-Unis lui doivent un gain de 15 points de QI ?

Qui se souvient que c’est grâce à une campagne d’iodation systématique du simple sel de table à partir des années 20 qu’ils vinrent à bout de la fameuse « ceinture du goître » découverte entre les Grand Lacs et les zones isolées des montagnes ou plaines intérieures au moment du recrutement de la première Guerre mondiale ?

Mais qui se souvient dans l’Europe des « crétins des Alpes » et des « cous du Debyshire » dans les Midlands anglaises qui entre le manque d’iode et l’endogamie étaient devenus au XIXe siècle de véritables curiosités touristiques  …

Qu’avec seuls 27% des foyers ayant accès au sel iodé (46% en France), c’est justement cette zone qui est actuellement et à nouveau l’une des plus menacées, par la carence en iode ?

How adding iodine to salt made America smarter

The U.S. introduced iodized salt in 1924

A new study compares IQ results of people in iodine deficient areas before and after iodized salt

Americans born in iodine deficient areas showed an IQ increase of 15 points after 1924

Iodine deficiency causes goiter and mental and physical retardation in infants

Alex Greig

Daily Mail

24 July 2013

A new study indicates that Americans gained up to 15 IQ points after the addition of iodine to salt became mandatory.

In an effort to prevent goiter related to iodine deficiency, authorities ruled that iodine be added to U.S. salt products in 1924.

The iodine, in addition to eliminating goiter, appears to have had an unexpected result: smarter Americans.

In a report published in the National Bureau of Economic Research, James Freyer, David Weil and Dimitra Politi examined data from about two million enlistees for World War II born between 1921 and 1927, comparing the intelligence levels of those born just before 1924 and those born just after.

To do this, they looked to standardized IQ tests that each recruit took as a part of the enlistment process.

While the researchers didn’t have access to the test scores themselves, they had another way of gauging intelligence levels: smarter recruits were sent to the Air Forces, while the less intelligent ones were assigned to the Ground Forces.

Next, the economists worked out likely iodine levels in different cities and towns around America using statistics gathered after World War I on the occurrence of goiter.

Matching the recruits with their hometowns showed researchers that the men from low-iodine areas made a huge leap in IQ after the introduction of iodine.

The men born in low-iodine areas after 1924 were much more likely to get into the Air Force and had an average IQ that was 15 points above that of their slightly older comrades.

This averages out to a 3.5 point rise in IQ levels across the nation.

The World Health Organization backed up these results saying:

‘For iodine-deficient communities, between 10 and 15 IQ points may be lost when compared to similar but non-iodine-deficient populations.’

Iodine comes from food sources, and is especially abundant in seafood and foods grown in coastal areas with high levels of iodine in the soil.

Mountainous and inland areas are often very low in the nutrient, meaning food grown there doesn’t have enough iodine.

Today, iodine deficiency is the leading cause of preventable mental retardation in the world. The condition, known as cretinism, was also common in the U.S. until the introduction of iodized salt.

Originally, U.S. authorities wanted to reduce the incidence of goiter, but research since that time has shown that iodine plays an important role in brain development, especially during gestation.

The World Health Organization estimates that two billion people worldwide are at risk of iodine deficiency.

And it’s not just a Third World problem – the WHO reports that only 27 per cent of households in Europe have access to iodized salt.

The researchers say that iodine may also be a cause of the so-called Flynn Effect, the steady rise in IQ that’s been ongoing since the 1930s.

Voir encore:

In Raising the World’s I.Q., the Secret’s in the Salt

Donald G. McNeil Jr.

The New York Times

December 16, 2006

ASTANA, Kazakhstan — Valentina Sivryukova knew her public service messages were hitting the mark when she heard how one Kazakh schoolboy called another stupid. “What are you,” he sneered, “iodine-deficient or something?”

Ms. Sivryukova, president of the national confederation of Kazakh charities, was delighted. It meant that the years spent trying to raise public awareness that iodized salt prevents brain damage in infants were working. If the campaign bore fruit, Kazakhstan’s national I.Q. would be safeguarded.

In fact, Kazakhstan has become an example of how even a vast and still-developing nation like this Central Asian country can achieve a remarkable public health success. In 1999, only 29 percent of its households were using iodized salt. Now, 94 percent are. Next year, the United Nations is expected to certify it officially free of iodine deficiency disorders.

That turnabout was not easy. The Kazakh campaign had to overcome widespread suspicion of iodization, common in many places, even though putting iodine in salt, public health experts say, may be the simplest and most cost-effective health measure in the world. Each ton of salt needs about two ounces of potassium iodate, which costs about $1.15.

Worldwide, about two billion people — a third of the globe — get too little iodine, including hundreds of millions in India and China. Studies show that iodine deficiency is the leading preventable cause of mental retardation. Even moderate deficiency, especially in pregnant women and infants, lowers intelligence by 10 to 15 I.Q. points, shaving incalculable potential off a nation’s development.

The most visible and severe effects — disabling goiters, cretinism and dwarfism — affect a tiny minority, usually in mountain villages. But 16 percent of the world’s people have at least mild goiter, a swollen thyroid gland in the neck.

“Find me a mother who wouldn’t pawn her last blouse to get iodine if she understood how it would affect her fetus,” said Jack C. S. Ling, chairman of the International Council for Control of Iodine Deficiency Disorders, a committee of about 350 scientists formed in 1985 to champion iodization.

The 1990 World Summit for Children called for the elimination of iodine deficiency by 2000, and the subsequent effort was led by Professor Ling’s organization along with Unicef, the World Health Organization, Kiwanis International, the World Bank and the foreign aid agencies of Canada, Australia, the Netherlands, the United States and others.

Largely out of the public eye, they made terrific progress: 25 percent of the world’s households consumed iodized salt in 1990. Now, about 66 percent do.

But the effort has been faltering lately. When victory was not achieved by 2005, donor interest began to flag as AIDS, avian flu and other threats got more attention.

And, like all such drives, it cost more than expected. In 1990, the estimated price tag was $75 million — a bargain compared with, for example, the fight against polio, which has consumed about $4 billion.

Since then, according to David P. Haxton, the iodine council’s executive director, about $160 million has been spent, including $80 million from Kiwanis and $15 million from the Gates Foundation, along with unknown amounts spent on new equipment by salt companies.

“Very often, I’ll talk to a salt producer at a meeting, and he’ll have no idea he had this power in his product,” Mr. Haxton said. “He’ll say ‘Why didn’t you tell me? Sure, I’ll do it. I would have done it sooner.’ ”

In many places, like Japan, people get iodine from seafood, seaweed, vegetables grown in iodine-rich soil or animals that eat grass grown in that soil. But even wealthy nations, including the United States and in Europe, still need to supplement that by iodizing salt.

The cheap part, experts say, is spraying on the iodine. The expense is always for the inevitable public relations battle.

In some nations, iodization becomes tarred as a government plot to poison an essential of life — salt experts compare it to the furious opposition by 1950s conservatives to fluoridation of American water.

In others, civil libertarians demand a right to choose plain salt, with the result that the iodized kind rarely reaches the poor. Small salt makers who fear extra expense often lobby against it. So do makers of iodine pills who fear losing their market.

Rumors inevitably swirl: iodine has been blamed for AIDS, diabetes, seizures, impotence and peevishness. Iodized salt, according to different national rumor mills, will make pickled vegetables explode, ruin caviar or soften hard cheese.

Breaking down that resistance takes both money and leadership.

“For 5 cents per person per year, you can make the whole population smarter than before,” said Dr. Gerald N. Burrow, a former dean of Yale’s medical school and vice chairman of the iodine council.

“That has to be good for a country. But you need a government with the political will to do it.”

‘Scandal’ of Stunted Children

In the 1990s, when the campaign for iodization began, the world’s greatest concentration of iodine-deficient countries was in the landlocked former Soviet republics of Central Asia.

All of them — Kazakhstan, Turkmenistan, Tajikistan, Uzbekistan, Kyrghzstan — saw their economies break down with the collapse of the Soviet Union. Across the region, only 28 percent of all households used iodized salt.

“With the collapse of the system, certain babies went out with the bathwater, and iodization was one of them,” said Alexandre Zouev, chief Unicef representative in Kazakhstan.

Dr. Toregeldy Sharmanov, who was the Kazakh Republic’s health minister from 1971 to 1982, when it was in the Soviet Union, said the problem was serious even then. But he had been unable to fix it because policy was set in Moscow.

“Kazakh children were stunted compared to the same-age Russian children,” he said. “But they paid no attention. It was a scandal.”

In 1996, Unicef, which focuses on the health of children, opened its first office in Kazakhstan and arranged for a survey of 5,000 households. It found that 10 percent of the children were stunted, opening the way for international aid. (Stunting can have many causes, but iodine deficiency is a prime culprit.)

In neighboring Turkmenistan, President Saparmurat Niyazov — a despot who requires all clocks to bear his likeness and renamed the days of the week after his family — solved the problem by simply declaring plain salt illegal in 1996 and ordering shops to give each citizen 11 pounds of iodized salt a year at state expense.

In Kazakhstan, the democratic credentials of President Nursultan A. Nazarbayev, who has ruled since 1991, have come under criticism, but he does not rule by decree. “Those days are over,” said Ms. Sivryukova of the confederation of Kazakh charities. “Businesses are private now. They don’t follow the president’s orders.”

Importantly, however, the president was supportive. But even so, as soon as Parliament began debating mandatory iodization in 2002, strong lobbies formed against the measure.

The country’s biggest salt company was initially reluctant to cooperate, fearing higher costs, a Unicef report said. Cardiologists argued against iodization, fearing it would encourage people to use more salt, which can raise blood pressure. More insidious, Dr. Sharmanov said, were private companies that sold iodine pills.

“They promoted their products in the mass media, saying iodized salt was dangerous,” he said, shaking his head.

So Dr. Sharmanov, the national Health Ministry, Ms. Sivryukova and others devised a marketing campaign — much of it paid for by American taxpayers, through money given to Unicef by the United States Agency for International Development.

Comic strips starring a hooded crusader, Iodine Man, rescuing a slow-witted student from an enraged teacher were handed out across the country.

A logo was designed for food packages certified to contain iodized salt: a red dot and a curved line in a circle, meant to represent a face with a smile so big that the eyes are squeezed shut.

Also, Ms. Sivryukova’s network of local charity women stepped in. As in all ex-Soviet states, government advice is regarded with suspicion, while civic organizations have credibility.

Her volunteers approached schools, asking teachers to create dictation exercises about iodized salt and to have students bring salt from home to test it for iodine in science class.

Ms. Sivryukova described one child’s tears when he realized he was the only one in his class with noniodized salt.

The teacher, she said, reassured him that it was not his fault. “Children very quickly start telling their parents to buy the right salt,” she said.

One female volunteer went to a bus company and rerecorded its “next-stop” announcements interspersed with short plugs for iodized salt. “She had a very sexy voice, and men would tell the drivers to play it again,” Ms. Sivryukova said.

Even the former world chess champion Anatoly Karpov, who is a hero throughout the former Soviet Union for his years as champion, joined the fight. “Eat iodized salt,” he advised schoolchildren in a television appearance, “and you will grow up to be grandmasters like me.”

Mr. Karpov, in particular, handled hostile journalists adeptly, Mr. Zouev said, deflecting inquiries as to why he did not advocate letting people choose iodized or plain salt by comparing it to the right to have two taps in every home, one for clean water and one for dirty.

By late 2003, the Parliament finally made iodization mandatory.

In Aral, Mountains Made of Salt

Today in central Kazakhstan, a miniature mountain range rises over Aral, a decaying factory town on what was once the shore of the Aral Sea, a salt lake that has steadily shrunk as irrigation projects begun under Stalin drained the rivers that feed it.

Drive closer and the sharp white peaks turn out to be a small Alps of salt — the Aral Tuz Company stockpile. Salt has been dug here for centuries. Nowadays, a great rail-mounted combine chews away at a 10-foot-thick layer of salt in the old seabed, before it is towed 11 miles back to the plant, and washed and ground. Before it reaches the packaging room, as the salt falls through a chute from one conveyor belt to another, a small pump sprays iodine into the grainy white cascade. The step is so simple that, if it were not for the women in white lab coats scooping up samples, it would be missed.

The $15,000 tank and sprayer were donated by Unicef, which also used to supply the potassium iodate. Today Aral Tuz and its smaller rival, Pavlodar Salt, buy their own.

Asked about the Unicef report saying that Aral Tuz initially resisted iodization on the grounds that it would eat up 7 percent of profits, the company’s president, Ontalap Akhmetov, seemed puzzled. “I’ve only been president three years,” he said. “But that makes no sense.” The expense, he said, was minimal. “Only a few cents a ton.”

Kazakhstan was lucky. It had just the right mix of political and economic conditions for success: political support, 98 percent literacy, an economy helped along by rising prices for its oil and gas. Most important, perhaps, one company, Aral Tuz, makes 80 percent of the edible salt.

That combination is missing in many nations where iodine deficiency remains a health crisis. In nearby Pakistan, for instance, where 70 percent of households have no iodized salt, there are more than 600 small salt producers.

“If a country has a reasonably well-organized salt system and only a couple of big producers who get on the bandwagon, iodization works,” said Venkatesh Mannar, a former salt producer in India who now heads the Micronutrient Initiative in Ottawa, which seeks to fortify the foods of the world’s poor with iodine, iron and other minerals. “If there are a lot of small producers, it doesn’t.”

Now that Kazakhstan has its law, Ms. Sivryukova’s volunteers have not let up their vigilance. They help enforce it by going to markets, buying salt and testing it on the spot. The government has trained customs agents to test salt imports and fenced some areas where people dug their own salt. Children still receive booklets and instruction.

Experts agree the country is unlikely to slip back into neglect. Surveys find consumers very aware of iodine, and the red-and-white logo is such a hit that food producers have asked for permission to use it on foods with added iron or folic acid, said Dr. Sharmanov, the former Kazakh Republic health minister. And the salt is working. In the 1999 survey that found stunted children, a smaller sampling of urine from women of child-bearing age found that 60 percent had suboptimal levels of iodine.

“We just did a new study, which is not released yet,” said Dr. Feruza Ospanova, head of the nutrition academy’s laboratory. “The number was zero percent.”

Voir encore:

L’homme de Flores, peut-être un «crétin des Alpes»

Isabelle Brisson

06/03/2008

Une carence nutritionnelle en iode serait à l’origine du nanisme de cet homme préhistorique.

Les restes de l’homme de Flores (Homo floresiensis) portent les traces caractéristiques d’une insuffisance thyroïdienne causée par un déficit en iode de la mère pendant la grossesse, indique une récente étude australienne (1). Les fossiles de cet homme préhistorique de petite taille, vieux de 18 000 ans, ont été mis au jour dans la grotte de Liang Bua sur l’île de Flores (Indonésie) et décrits en 2004 comme une nouvelle espèce d’hominidé.

La carence en iode induit un déficit en hormone thyroïdienne qui aboutit au goitre et altère dans certains cas la croissance corporelle et la maturation du cerveau, causant parfois un retard mental profond. Dans le cas de l’homme de Flores, les chercheurs australiens ont trouvé les traces anatomiques de cette maladie. Il s’agit d’un creux dans le crâne situé au niveau de l’hypophyse ou «fossette pituitaire» et du doublement des racines des prémolaires inférieures. C’est ce qui a certainement interdit à l’homme de Flores de dépasser le mètre de haut en taille, indiquent les auteurs de l’étude qui ont comparé l’image de son crâne à des crânes humains actuels ayant souffert d’hypothyroïdisme. «Cette pathologie se repère en principe sur les sutures crâniennes en fonction de l’âge», confirme le professeur Philippe Chanson, endocrinologue. Les paléontologues australiens en concluent qu’ils sont en présence d’individus atteints de cette maladie et non d’une nouvelle espèce humaine.

«Ebu Gogo»

À l’appui de leur démonstration, ils s’appuient sur de vieilles légendes locales qui relatent la présence de petits ancêtres velus, appelés «Ebu Gogo». Ceux-ci vivaient dans les cavernes de l’île indonésienne, avaient des problèmes d’élocution et volaient des fruits et des légumes dans les jardins. En France nous connaissons aussi cette maladie sous le nom de «crétinisme des Alpes». Autrefois, en effet, dans les régions éloignées de la mer, les populations qui vivaient en cercles restreints et dont les individus se mariaient entre eux souffraient de carence en iode.

Deux théories scientifiques s’opposent, parfois violemment, à propos de l’homme de Flores. Les uns y voient une nouvelle espèce atteinte de nanisme insulaire, les autres considèrent qu’il s’agit d’individus mal développés ou malades. Des études génétiques pourraient peut-être trancher le débat. À condition que les échantillons ne soient pas contaminés par l’ADN des chercheurs eux-mêmes…

Voir enfin:

Salt of the Earth

The public health community employs a mineral to fight infectious disease.

Cassandra Willyard

Geotimes

June 2008

In the tiny South American nation of Guyana lives a problematic parasite called Wuchereria bancrofti. This thread-like worm hitchhikes from person to person in the bellies of mosquitoes and lodges itself in the delicate vessels of the body’s lymphatic system. There it wreaks havoc.

The lymphatic system drains and filters the body’s fluids. But when tangled nests of worms infest the vessels, fluids can’t flow properly. Instead, they pool within the body, causing an infected individual’s limbs or genitals to swell and stretch. The disease is called lymphatic filariasis, but the symptoms have their own names, such as elephantiasis or the more colloquial “Big Foot.”Filariasis not only disfigures, it also disables. Some Guyanese are unable to walk or even stand, let alone work. And then there’s the stigma that goes along with having feet so large that no shoe will fit. (Men have been known to abandon their wives for less.) “These people become total social outcasts,” says Robin Houston, an international public health consultant who has worked in Guyana. “They can’t really do anything.”

Filariasis is difficult to treat, but easy to prevent. A cheap drug called diethylcarbamazine — DEC for short — kills the worms before they can cause damage or spread. Used consistently, it can stop transmission of the parasite. Distribution, however, is a problem. Guyana’s roads can be muddy and treacherous. Moreover, even in areas where the roads are passable, the country doesn’t have enough health workers to ensure that everyone takes the medication. So instead of handing out pills, the government decided to spike the salt supply.

Whoever first said, “An ounce of prevention is worth a pound of cure,” likely wasn’t thinking of salt. Yet the saltshaker has become one of the most powerful weapons in the public health arsenal. “Salt is an ideal vehicle,” says Trevor Milner, an international public health consultant based on St. Thomas in the U.S. Virgin Islands. “It’s cheap and it’s accessible to everyone.”

An ounce of prevention

The idea of putting additives in salt to promote health dates back to the 1920s, when salt suppliers in the United States and Switzerland began fortifying their salt with iodine. The measure was intended to combat a condition known as “goiter” — a swelling of the thyroid, a gland that sits just in front of the windpipe.

Goiters have plagued humans for at least several thousand years. As early as 2,700 B.C., Chinese emperor Shen Nung allegedly prescribed seaweed, now known to be rich in iodine, as a treatment. Although not especially painful, large goiters can interfere with breathing and swallowing. And we now know that they’re only a symptom of a much larger problem. “The goiter is the visible manifestation” of iodine deficiency, says Richard Hanneman, president of the Salt Institute in Alexandria, Va.

Iodine, a purplish-brown element that is rare in Earth’s crust but common in seawater, is essential for all life. Humans need about 150 micrograms each day. Most of that gets taken up by the thyroid and is used to make hormones that regulate metabolism. If the body lacks iodine, the thyroid doesn’t have the raw materials it needs to make these hormones. To compensate, the gland begins to grow, forming a goiter.

In the United States, few realized just how common goiters were until doctors began examining men drafted to serve in World War I. Simon Levin, a physician in Lake Linden, Mich., found that 30 percent had visibly swollen thyroids: Another 2 percent had goiters large enough to prevent them from serving. In fact, more men in northern Michigan were disqualified from military service because of goiters than any other medical condition. The state was in the middle of a swath of land that would become known as the “goiter belt.”

Before people got iodine from salt, they got it from their food. Foods pick up iodine from the soils where they grow (or, in the case of seafood, from seawater). But the element is unevenly distributed across Earth’s landmasses. Inland areas and mountainous regions tend to have iodine-poor soil. And because historically most of the food consumed was locally grown, the inhabitants of iodine-poor regions tended to develop iodine deficiency, and goiters.

Although health officials didn’t know it at the time, iodine deficiency also leads to much more serious problems. Expectant mothers who don’t get enough iodine can have children who are mentally and physically stunted — a condition known as “cretinism.” Even moderate iodine deficiency in the mother during pregnancy can reduce her child’s IQ by 10 to 15 points. Before iodized salt was introduced in 1978, the village of Jixian in northeast China was so iodine deficient, it was known locally as the “village of idiots.”

Doctors had been treating iodine deficiency with iodine syrup, but health officials wanted to prevent goiters, not just treat them. Obviously going door to door with bottles of iodine syrup wasn’t going to work. They needed to find a way to mass distribute iodine that would be economical and efficient. Salt was an obvious choice — it’s cheap, it’s easy to transport, it doesn’t spoil and everyone uses it. Salt is the “food that comes closest to being universally consumed,” says Venkatesh Mannar, executive director of the Canada-based Micronutrient Initiative. And the risk of overdose is minimal because everyone eats a predictable amount, between five and 15 grams each day: The same can’t be said of other commodities, such as sugar or flour.

What’s more, iodine occurs naturally in some salt deposits. In fact, until 1900, salt mined and used by residents in the Kanawha River Valley in West Virginia contained trace amounts of iodine. As a result, goiters were rare in the region. But then, the crude brown local salt was replaced with clean, processed salt mined in Ohio and Michigan. By 1922, 60 percent of schoolgirls surveyed in Charleston and Huntington, W.Va., had enlarged thyroids.

Iodized salt first appeared on grocery store shelves in Switzerland in 1921 and in the United States in 1924. In Michigan alone, the prevalence of goiter dropped more than 75 percent over the next two decades. Iodized salt didn’t begin making its way into developing countries until the 1980s. With support from UNICEF and the World Health Organization, however, it spread remarkably fast. Globally, the percentage of people with access to iodized salt has climbed from 20 percent in the mid-1990s to about 70 percent today. “It’s a great public health success,” Houston says.

Stacking the DEC

Salt iodization paved the way for other additives. In 1955, Switzerland began adding fluoride to its salt to prevent dental cavities. Soon after, people began to experiment with more controversial, human-made additives — first, the anti-malarial medication chloroquine, and later, DEC.

Lymphatic filariasis isn’t limited to Guyana. The World Health Organization estimates that more than 120 million people worldwide are infected with Wuchereria bancrofti or one of the other two worms that cause lymphatic filariasis in Africa, South America and Asia. Of those, 40 million have been disfigured or handicapped by the disease. The goal, as outlined by the World Health Assembly in 1997, is to eliminate lymphatic filariasis by 2020 — no easy feat given that the disease persists in some of the most isolated and impoverished regions of the world.

To combat filariasis, health workers usually prescribe DEC tablets. Each year, they try to get as many people in the affected areas to take a dose of DEC (combined with another drug) as possible. But the intervention is expensive and time-consuming. Guyana doesn’t have enough health workers to carry the tablets door to door. Put the DEC in salt, however, and it distributes itself.

There are other benefits to using salt. Large doses of DEC can cause side effects in those who are infected. The medicine kills microscopic worms in the bloodstream and a massive die-off can sometimes cause memorable symptoms — headaches, fever and nausea. People who agree to take the pill one year, might not the next. “I think it’s very difficult to mobilize an entire population to take a pill once a year,” Houston says. But the dose of DEC people get in the salt is so low “that it’s not associated with the same side effects,” says Patrick Lammie, an immunologist at the Centers for Disease Control and Prevention in Atlanta, Ga.

The idea of adding DEC to salt to eliminate filariasis was the brainchild of physician Frank Hawking, father of famed astronomer Stephen Hawking. In 1967, Hawking published a paper in the Bulletin of the World Health Organization showing that DEC stays stable and potent in salt, even after being cooked. He and a colleague even tested DEC salt on mental patients and prisoners in Recife, Brazil, with good results. But it wasn’t administered on a large scale until the 1970s, when China began using it as part of a campaign to eliminate filariasis. “They were the ones that really showed that you could use this as a public health intervention,” Lammie says. “Over 200 million people in China received DEC salt.”

The results were impressive. In one county in Shandong Province, DEC salt reduced the rate of infection from 9 percent to less than 1 percent in as few as six months. After six years, doctors could not find anyone who was infected. Before the initiative, an estimated 31 million people in China were infected. As of 1994, transmission had ceased. In 2006, the World Health Organization declared China officially free of lymphatic filariasis.

But it’s unclear whether the strategy can work as well in democratic nations, Milner says. China’s situation was unique, he says. “They were very much a command and control society.” They mandated that certain regions use DEC salt rather than giving people an option. As a result, “they were able to achieve very high levels of population coverage,” Lammie says.

Success has proven more difficult to achieve in other countries, where officials must convince salt producers to make DEC salt, shopkeepers to carry it and consumers to buy it. “The question that hasn’t been fully answered is whether this kind of strategy can work in open markets,” Lammie says. Fortifying salt with an essential element is perhaps more socially acceptable than fortifying it with a drug. Guyana, which introduced DEC salt in 2003, is a test case. And things haven’t been going well.

One of the first problems arose even before DEC salt was on the shelves. Back then, most salt suppliers in Guyana sold salt in 50-kilogram bags. “The shopkeepers would parcel this out,” putting it into smaller unmarked bags, Milner says. To help prevent contamination and accidental spills, Milner and his colleagues asked the supplier to put the salt in individual labeled bags. They wanted to “upgrade the packaging and presentation,” he says. There was just one problem: On the label was a list of ingredients that included an FDA-approved anti-caking agent called potassium ferrocyanide.

The chemical had been in the salt for years, but seeing cyanide on the label gave Guyana’s residents pause. Their trepidation wasn’t all that surprising given that hundreds of followers of cult-leader Jim Jones died in Guyana in 1978 after drinking cyanide. “When they saw this name, the negative associations took place,” Milner says.

The next obstacle came soon after the salt went on sale. DEC salt should be white, but this salt had turned blue, says Nicola Butts, who works for Guyana’s Ministry of Health. It’s not clear exactly what the problem was (Milner says acidity, Butts says moisture), but according to Milner, the discolored salt was “off-putting.”

Once officials finally had coaxed people into trying DEC salt, they ran into supply problems. Guyana imports all its salt from neighboring countries. DEC salt comes from a single salt producer in Jamaica. In 2004, Hurricane Ivan destroyed the facility, halting production. By the spring of 2005, the country had run out of DEC salt. Even in fair weather, however, supplies can be unstable. “Guyana is fairly isolated in the trade networks,” Milner says. “It’s at the end of the line and transport is expensive.” Often the importers will wait until they can bring in an entire shipload of salt before restocking supplies. In the meantime, the salt supply dwindles. “In the case of the DEC salt, it ran out,” Milner says. The other importers took advantage of the opening and flooded the market with untreated salt. As of 2005, only half of the population used DEC salt and only a third of the shops carried it.

According to Butts, most of these problems have been resolved and she and her colleagues are making headway — mainly through public education. People used to think filariasis was hereditary, Butts says. “But now they know that it’s caused by a mosquito and that anybody can get it.” They are also starting to understand that DEC can protect them from the parasite. Guyana even has a catchy slogan: “Get on the BUS — Buy DEC salt, Use DEC salt and Share the information with family and friends.” And now DEC salt comes fortified with iodine and fluoride. “They are responding to it positively,” Butts says. But Guyana still has a long way to go before the disease is eradicated, as does the rest of the world.

Worth its salt?

Whether DEC salt will continue to play a role in the eradication effort is not entirely clear. Guyana is one of only a handful of countries that are using DEC salt. The fact that the strategy hasn’t been “a roaring success,” Lammie says, might mean it will be one of the last. “It’s an open question at this point whether Guyana can stick to this strategy. The fact that it hasn’t been a quick fix probably will lead other countries to be more cautious,” he says.

In retrospect, Guyana may not have been a good place to test DEC salt, Houston says. In fact, the country never even had a successful iodization program in place. “We had a number of things that conspired against us,” he says.

Despite the disappointments, Milner, Lammie and Houston argue that DEC salt can succeed. They point to China’s achievement and the mass distribution of iodized salt as proof of concept. “It seems so obvious that once you can get this thing working, it will eradicate the disease at a lower cost and in a shorter period of time,” Milner says. “The big ace card that we hold is that it works.”

Willyard is a Geotimes staff writer.

Voir enfin:

Pas de carence en iode !

Doctissimo

L’iode est un composant indispensable de notre alimentation. Et les carences sont dangereuses à plus d’un titre : du développement de l’embryon aux problèmes de thyroïde. Un dossier pour éviter les impairs et faire le plein de cet aliment santé.

Iode, un minéral indispensable

Iode minéral besoins Plus de 740 millions de personnes souffrent d’une carence en iode dans le monde. En France, les troubles thyroïdiens restent très répandus. Car certaines situations et périodes de la vie exposent particulièrement aux manques : grossesse, tabagisme, pratique d’un sport, végétarisme… Découvrez vos besoins pour mieux les combler.

Quels sont vos besoins en iode ?

Doctissimo

L’iode est un minéral indispensable à notre organisme ! Toute carence ou excès peut avoir des répercussions importantes sur la santé. Il est donc essentiel d’adapter ses apports à ses besoins, surtout dans certains cas : grossesses, sport… Petit guide pour garder la forme et éviter les coups de pompe.

L’iode entre dans la fabrication des fameuses hormones thyroïdiennes. Celles-ci sont fabriquées en permanence par notre organisme, tout au long de la vie. Des apports réguliers en iode sont ainsi indispensables pour couvrir nos besoins.

Iode à tout âge !

Bien sûr, nos besoins en iode varient. Ainsi, ils augmentent en fonction des années… Or selon l’enquête SUVIMAX, nos apports ont tendance au contraire à diminuer avec l’âge. Conséquence : les risques de carences augmentent au fil du temps, pour toucher un quart des personnes de plus de 55 ans.

Apports conseillés en Iode (en microgrammes)

Enfants de 1 à 3 ans 80

Enfants de 4 à 6 ans 90

Enfants de 6 à 9 ans 120

Enfants de 10 à 12 ans 150

Adolescents de 13 à 16 ans 150

Adolescentes de 13 à 16 ans 150

Adolescents de 16 à 19 ans 150

Adolescentes de 16-19 ans 150

Hommes adultes 150

Femmes adultes 150

Femmes enceintes (3e trimestre) 200

Femmes allaitantes 200

Hommes de plus de 65 ans 150

Femmes de plus de 55 ans 150

Personne de plus de 75 ans 150

Quels sont vos besoins ?

Les hormones thyroïdiennes, qui participent notamment au bon fonctionnement du système nerveux, sont plus sollicitées dans certains cas :

Chez les femmes enceintes et allaitantes : Hors de question d’avoir une carence en iode pendant les neuf mois de grossesse ! En effet, tout manque de ce minéral peut entraîner un retard mental chez le futur bébé. Les besoins sont ainsi plus élevés chez les futures mamans, de même que chez les femmes allaitantes. Pour bébé, il est essentiel d’éviter les carences au moins jusqu’à la diversification alimentaire.

Chez les sportifs : La pratique d’une activité physique semble particulièrement exposer les sportifs au manque d’iode. Les carences pourraient être liées aux pertes par la sueur. Il faut donc être vigilant, notamment en cas de chaleur importante.

Chez les végétariens : Les végétariens semblent particulièrement exposés au risque de carences. En effet, la viande, le poisson ou le lait sont des sources importantes d’iode. De plus, certains végétaux peuvent limiter l’absorption en iode.

Chez les fumeurs : Le tabac est un élément qui freine l’absorption de l’iode contenue dans les aliments. La cigarette serait ainsi en partie responsable de certains goitres. Ce serait particulièrement vrai chez les femmes enceintes, qui ont tout intérêt à se sevrer totalement…

En fonction des régions… Si vous habitez près de la mer, vous avez moins de chances de souffrir de carences en iode. Cela est certainement du à votre régime alimentaire, peut-être plus riche en poisson et autres crustacés. Donc pour tous ceux qui habitent dans le centre et l’Est de la France, à la montagne (même si le crétinisme à aujourd’hui disparu)… Il ne faut pas oublier d’insister sur les aliments riches en iode.

Gare aux anti-iode !

Attention, parfois les carences apparaissent alors que les apports sont suffisants : en effet, certains aliments vont empêcher le passage de l’iode dans le corps :

Le chou, le chou-fleur ;

Les navets ;

Le soja ;

Le manioc ;

Le millet.

Iode besoins santéDe manière générale, certains antioxydants, pourtant indispensables à la santé, sont nocifs à la bonne absorption de l’iode. Il s’agit notamment des flavonoïdes des fruits et légumes ou du sélénium… Attention, pas question de bannir ces aliments et nutriments de votre alimentation. Il faut simplement être vigilant et augmenter vos apports en iode en conséquence.

Pour limiter les risques de carence, une seule solution : manger varié ! Et ne pas hésiter à demander conseils à son médecin ou à un nutritionniste…

Louis Asana

Sources :

Apports nutritionnels conseillés pour la population Française, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, 3e édition, Ed. Tec & Doc.

La carence en Iode, Mer et santé, fédération internationale de thalassothérapie, 2004


Mimétisme: Les prénoms aussi ! (Royal names always come top: It’s self-fulfilling prophecy, stupid !)

26 juillet, 2013
https://i0.wp.com/www.booksrevisited.com/booksrev/images/items/216226.JPGRplot-enqueteemploiAu reste, pour le dire en passant, tout n’est pas ridicule et superficiel dans cette curieuse époque à laquelle nous faisons ici allusion, et qu’on pourrait appeler l’anarchie des noms de baptême. (…) Il n’est pas rare aujourd’hui que le garçon bouvier se nomme Arthur, Alfred ou Alphonse et que le vicomte – s’il y a encore des vicomtes – se nomme Thomas, Pierre et Jacques. Ce déplacement qui met le nom « élégant » sur le plébéien et le nom campagnard sur l’aristocrate n’est pas autre chose qu’un remous d’égalité. L’irrésistible pénétration du souffle nouveau est là comme en tout. Victor Hugo (Les Misérables)
Depuis un siècle, le stock des prénoms couramment attribués s’élargit, principalement sous l’influence des médias. En outre, depuis une vingtaine d’années, les prénoms se différencient plus nettement entre les sexes : les prénoms féminins homonymes de prénoms masculins, comme Danielle, Michèle ou Dominique, tombent en désuétude, et ceux qui résultent d’une féminisation trop apparente, tels Yvette, Jacqueline ou Simone entre les deux guerres, sont moins fréquents. La rotation des prénoms les plus attribués est de plus en plus rapide, les prénoms à la mode s’usent de plus en plus vite. Les règnes de Louis, puis de Jean, celui de Marie, avaient duré plusieurs décennies. Ceux de Sébastien ou de Céline ont été beaucoup plus éphémères. Un changement du mode d’attribution transparaît derrière ces tendances : du modèle classique, hérité d’une France rurale associant transmission du nom et transmission des biens, on est passé à un modèle dont les références sont plus ouvertement celles de la mode et de la distinction. L’impact des médias est décisif : Brigitte, Sylvie, Nathalie, ainsi que Sébastien et Nicolas n’auraient sans doute pas triomphé sans leur intervention, sinon comme initiateurs, du moins comme relais ou comme amplificateur. D’autre part, ce sont les « cadres et professions intellectuelles supérieures » qui lancent la mode d’un prénom; mais ils s’en détachent plus vite, et leur choix se porte souvent aussi sur un prénom classique. Guy Desplanques (1986)
Saint-patron de l’Angleterre, George est considéré comme un symbole d’honneur, de bravoure et de galanterie tout en continuant à incarner une certaine modernité. Très prisé au début du XXe siècle, le prénom figure sans discontinuer parmi les vingt plus populaires en Grande-Bretagne depuis 1996. (…) Comme de coutume, il y a fort à parier que de nombreux George verront le jour dans les chaumières britanniques dans les mois qui viennent. Libération
En 2013, 20% des Diane et des Adèle ont obtenu une mention “TB”. Ce n’est le cas que de 4% des Enzo et des Anissa. 16% des Clara, 4,5% des Jeremy. Ces différences entre prénoms ne sont pas dues aux prénoms : les copies sont corrigées anonymement, et le prénom n’a rien de magique. Le prénom indique — de manière imparfaite et floue — l’origine sociale de celles et ceux qui le portent, et la réussite scolaire est, en partie, liée à cette origine sociale : “Parmi les élèves entrés en sixième en 1995, 71,7% des enfants d’enseignants ont finalement décroché en 2010 un bac général, 68,2% des enfants de cadres supérieurs, 20,1% des enfants d’ouvriers qualifiés, 13% des enfants d’ouvriers non qualifiés, et 9,2% des enfants d’inactifs”. Pour revenir aux prénoms, si l’on ne garde que les prénoms qui apparaissent plus de 30 fois dans la base, ceux qui sont associés à un taux énorme de mention TB sont : Ulysse, Guillemette, Quitterie, Madeleine, Anne-Claire, Ella, Sibylle, Marguerite, Hannah, Irene, Octave, Domitille (qui sont entre un quart et un tiers à obtenir une mention). À l’opposé moins de 2% des Asma, Sephora, Hakim, Kimberley, Assia, Cynthia, Brenda, Christian, Bilal, Brian, Melvin, Johann, Eddy, et Rudy ont obtenu mention TB. Baptiste Coulmont
Si on regarde le top 20 des prénoms actuels, chez les femmes on en compte 9 qui se finissent par « a », tandis que chez les hommes ils ont tendance à se terminer en « o », « éo » ou « el » (Gabriel, Raphaël, Maël, etc). On reste dans les prénoms très courts : 5 lettres, 2 syllabes. Les plus attribués correspondent à ce modèle, avec beaucoup de sonorités rondes, de juxtapositions de voyelles, et surtout des « a » pour les filles. Il a été sociologiquement démontré que ces prénoms issus des séries américaines ont été des marqueurs d’un milieu social plutôt ouvrier. Il est vrai que les porteurs de ces prénoms qui recherchent aujourd’hui un emploi ou évoluent socialement n’en sont pas spécialement ravis, car ils sont très conscients de la connotation sociale qui y est associée. J’ai reçu des commentaires de la part de personnes s’appelant Kevin ou Jennifer, et qui disent bien qu’elles ne sont pas heureuses de porter ces prénoms, très stigmatisés par la presse, entre autres. On ne peut pas faire de généralités, néanmoins la tendance est réelle. Par exemple, sur le CV le prénom donne une indication immédiate de l’origine sociale. Prenons l’exemple de la chanteuse Adèle. C’est un prénom élégant, souvent choisi par les classes supérieures, et qui passe très bien dans tous les milieux. Le problème des Kevin et Jennifer vient du fait qu’avant l’arrivée de ces séries américaines en France, ils étaient pratiquement inconnus chez nous. Ils ne pouvaient pas ne pas être associés aux séries. Si aujourd’hui on appelle son enfant Rihanna ou Shakira, les oreilles vont immédiatement se dresser, puisque ces noms n’existaient pas avant elles. Stéphanie Rapoport
Success in school is another self-fulfilling prophecy, as stereotypes associated with feminine names are reinforced by society, including teachers, parents and even the girls themselves. A poll of 3000 UK teachers (…) revealed that a third of teachers claimed they could spot trouble in names like Callum, Crystal and Chardonnay, but also considered kids on such a ‘naughty list’ often to be bright, sensitive and more popular than those who were better behaved. (…) A 1960s study of psychiatric records found that those with unusual names were more likely to be diagnosed psychotic, while recent research has shown that boys with the least popular names are more likely to commit crime.Unusual names convey a lot of other information too, such as social standing. “In the US, there are distinctively black names that signify higher classes, and names that might connote lower class,” says Figlio. Ebony, for instance, is sometimes given to girls by female university graduates, but rarely by mothers who drop out of school. Teachers pick up on this and treat children differently. “Parents should give their children whatever name they want, but they need to recognise that names have consequences,” says Figlio. JV Chamary

Dis-moi ton prénom, je te dirai qui tu seras !

Au lendemain de la révélation du choix des prénoms du bébé royal britannique qui, comme le rappelle Libération, devrait inspirer nombre de petits George « dans les chaumières britanniques dans les mois qui viennent » …

Comment ne pas repenser, après nos choix politiques, amoureux ou touristiques, à la formidable capacité d’imitation comme à la susceptibilité à la contagion qui sont les nôtres ?

Où, comme pour justement les destinations touristiques, l’on découvre non seulement nos habituels goûts de classe mais aussi une véritable course-poursuite …

Où, hormis les deux extrêmes des plus traditonalistes (les plutôt aristocratiques et médiévaux Aymeric et Aliénor) d’un côté et de l’autre des plus démunis ou plus récemment arrivés dans l’espace national attachés à leurs racines (néo)communautaires ou à la merci des modèles de la culture de masse (cf. la mode des Kevin et Jennifer des séries télé américaines) …

Des prénoms souvent « défrichés par les classes les plus dotées diffusent plus ou moins rapidement à travers à peu près l’ensemble de la structure sociale jusqu’à ce que leur « usure » ou perte de distinction les fassent abandonner par lesdits défricheurs au profit de nouveaux qui enclencheront à leur tour un nouveau cycle …

Sans oublier, de la réussite scolaire, professionnelle ou amoureuse, leurs conséquences et parfois leur effet de véritable prophétie auto-réalisante, pour la plus ou moins grande intégration et réussite sociale de leurs porteurs …

Ad vitam eternam
Prince ou plouc : ce que le choix d’un prénom a vraiment comme impact sur une vie
Faire un bébé, aussi royal soit-il, est une chose. Choisir le prénom qu’il portera toute sa vie en est une autre. Attention à ne pas se laisser aller à une folie au moment de cette décision cruciale car votre enfant pourrait vous en vouloir pour toujours.
Atlantico
23 juillet 2013

Atlantico : Comment les parents choisissent-ils le prénom de leurs enfants ? Quels sont les éléments qui jouent un rôle déterminant dans cette décision ?

Stéphanie Rapoport : Suite à un sondage effectué sur meilleurprenoms.com, il apparaît que pour 65% des parents le critère numéro un est la sonorité. Vient ensuite l’accord entre le prénom et le patronyme, puis l’originalité. Si on regarde le top 20 des prénoms actuels, chez les femmes on en compte 9 qui se finissent par « a », tandis que chez les hommes ils ont tendance à se terminer en « o », « éo » ou « el » (Gabriel, Raphaël, Maël, etc). On reste dans les prénoms très courts : 5 lettres, 2 syllabes. Les plus attribués correspondent à ce modèle, avec beaucoup de sonorités rondes, de juxtapositions de voyelles, et surtout des « a » pour les filles.

La génération des années 1980-90 a été très marquée par les prénoms américains inspirés des séries américaines comme Kevin, Jason ou Jennifer. Dans quelle mesure les références culturelles des parents influencent-elles leur choix ?

Il a été sociologiquement démontré que ces prénoms issus des séries américaines ont été des marqueurs d’un milieu social plutôt ouvrier. Il est vrai que les porteurs de ces prénoms qui recherchent aujourd’hui un emploi ou évoluent socialement n’en sont pas spécialement ravis, car ils sont très conscients de la connotation sociale qui y est associée. J’ai reçu des commentaires de la part de personnes s’appelant Kevin ou Jennifer, et qui disent bien qu’elles ne sont pas heureuses de porter ces prénoms, très stigmatisés par la presse, entre autres. On ne peut pas faire de généralités, néanmoins la tendance est réelle. Par exemple, sur le CV le prénom donne une indication immédiate de l’origine sociale.

Faut-il encourager les futurs parents à peser toutes les implications de leur choix de prénom pour l’avenir de leur enfant ?

Prenons l’exemple de la chanteuse Adèle. C’est un prénom élégant, souvent choisi par les classes supérieures, et qui passe très bien dans tous les milieux. Le problème des Kevin et Jennifer vient du fait qu’avant l’arrivée de ces séries américaines en France, ils étaient pratiquement inconnus chez nous. Ils ne pouvaient pas ne pas être associés aux séries. Si aujourd’hui on appelle son enfant Rihanna ou Shakira, les oreilles vont immédiatement se dresser, puisque ces noms n’existaient pas avant elles. Si on veut être sûr de donner un prénom passe-partout en France, mieux vaut miser sur le classique ou le rétro. On peut être sûr qu’ainsi l’enfant n’aura jamais aucun souci – ce qui n’interdit pas la recherche d’originalité, bien entendu.

Les parents se rendent-ils compte de la responsabilité qui est la leur au moment de prénommer leur enfant ?

Avant, on appelait les gens par leur nom de famille. Aujourd’hui, le prénom est tellement fondateur de l’identité que les parents se rendent tout à fait compte de leur responsabilité. La question du prénom est d’ailleurs beaucoup plus médiatisée que dans le passé.

Beaucoup de parents sont-ils amenés à regretter leur choix de prénom ? Quelles sont les causes de ces regrets ?

Un sondage nous a permis de savoir que 97 % des parents ne regrettent pas leur choix. Il est très difficile pour un parent de procéder à une telle critique : on s’habitue naturellement au prénom que porte son enfant, au point qu’on dit souvent qu’il le porte bien. Parmi les 3 % qui disent regretter leur choix, les raisons avancées sont, à proportions à peu près équivalentes : trop répandu, trop rare, trop original, trop connoté socialement. 6% de ceux qui regrettent estiment avoir inventé le prénom de leur enfant.

Voir aussi:

Structure sociale et prénoms à la mode

Baptiste Courmont

19/06/2009
Dans “Les enfants de Michel et Martine Dupont s’appellent Nicolas et Céline”, de Guy Desplanques, (Economie et statistique, 1986, n°184, pp. 63-83) on trouve un fort beau graphique.
En s’appuyant sur l’Enquête Emploi de l’INSEE, Desplanques essaie de comprendre comment les prénoms à la mode circulent dans l’espace social.
Le graphique est reproduit ci-dessous (car une partie de mon travail, c’est aussi de la science froide, la reproduction de résultats déjà solides).Prenons les 10 prénoms féminins les plus donnés entre 1965 et 1969 et regardons comment les différentes catégories socio-professionnelles les ont utilisés. Ce qui frappe tout d’abord, c’est que toutes les catégories semblent surfer sur la même vague. Mais une lecture en détail montre que les comportement sont légèrement différenciés dans le temps.
Vers 1950, 10% des bébés filles de cadres (la CSP n°3 dans la nomenclature à 6 postes) reçoivent un prénom qui sera à la mode (c’est à dire dans les 10 prénoms les plus fréquents) 15 ans plus tard. Les filles des artisans et professions intermédiaires (CSP n°2 et 4) sont environ 3% à recevoir de tels prénoms. Et ce n’est qu’en 1960 que les filles d’agriculteurs recevront à une telle fréquence (environ 10%) ces prénoms.Rplot-enqueteemploiIl arrive un moment, vers 1960, où ces “prénoms presque à la mode” qui étaient auparavant des “prénoms de cadres” deviennent plus fréquents parmi les filles de “professions intermédiaires” et celles des “indépendants” : l’engouement des cadres décélère… Peut-être parce que ces prénoms sont jugés trop peu distinctifs, les cadres commencent à abandonner ces prénoms quelques années avant les autres catégories socio-professionnelles.Le graphique précédent offre une image instantanée… et peut-être que le comportement des cadres et des professions intermédiaires fut différent à d’autres moments. Peut-être que les prénoms à la mode entre 1965 et 1969 avaient ceci de spécifique qu’ils furent lancés par les cadres à la consommation de l’ensemble du corps social.Nous sommes rassurés (enfin, je le suis) en regardant le graphique suivant. Nous avons pris ici les 10 prénoms féminins les plus fréquemment donnés entre 1960 et 1964 : les courbes évoluent de la même manière. Les cadres commencent à donner ces prénoms avant les autres catégories socio-professionnelles… et les abandonnent quand les “professions intermédiaires” les utilisent plus fréquemment qu’eux. Les agriculteurs, eux, continuent à donner ces prénoms après que les autres CSP ont commencé à ne plus les utiliser pour leurs filles.Rplot-enqueteemploi60-64On peut comparer plus systématiquement, par exemple entre 1900 et 1975. L’animation suivante est construite ainsi : pour chaque année entre 1900 et 1975, j’ai retenu les 20 prénoms les plus donnés aux filles et j’ai construit la courbe de la fréquence d’usage, par catégorie socio-professionnelle. Pour diverses raisons (codage des prénoms composés, effectifs faibles, problèmes liés à l’utilisation des CSP pour le début du XXe siècle…) je n’accorde pas trop de crédit aux courbes d’avant 1945. Mais pour l’après 45… : le phénomène repéré pour les années soixante fonctionne. Les cadres semblent “lancer” la mode.[Note : j’ai réalisé cette animation trop rapidement : l’échelle des abscisses devrait commencer à 1900 et se terminer vers 1975, et une date « mouvante » devrait être présentée.]Une question au moins se pose après ces graphiques : Entre 1945 et 1975, les décalages entre catégories sociales ne sont que de quelques années. Si l’on prend le seuil de 10% [i.e. la date à laquelle 10% des bébés filles d’une catégorie sociale reçoivent les prénoms à la mode considérés], on s’aperçoit que 10 ans environ séparent les cadres des agriculteurs… mais à peine deux ou trois ans séparent les cadres des professions intermédiaires. Sans information supplémentaire, deux explications sont possibles : 1- les cadres “lancent” une mode qui est ensuite reprise par d’autres catégories sociales… ou 2- la source des prénoms est ailleurs, elle est la même pour toutes les CSP, qui assimilent les prénoms plus ou moins rapidement, mais sans “imitation”. [L’explication n°2 est soutenue par l’américain Stanley Lieberson.]Références : Guy Desplanques, “Les enfants de Michel et Martine Dupont s’appellent Nicolas et Céline”, (Economie et statistique, 1986, n°184, pp. 63-83)Voir également:

Prénoms et mentions au bac, édition 2013

Baptiste Coulmont

07/07/2013Mise à jour :

  1. Le mini-site http://coulmont.com/bac/ permet d’accéder à des résultats plus précis (distribution des mentions et liste des prénoms ayant le même “profil”).
  2. Une visualisation dynamique du graphique est maintenant en ligne ici
    bac-mention-2013

Cette année encore, la proportion de mentions “Très bien” que reçoivent les porteurs de certains prénoms permet de dessiner un espace social qui, immédiatement, fait sens. Prénoms choisis par des parents des classes intellectuelles, de la bourgeoisie ou du salariat d’encadrement d’un côté, prénoms choisis par des parents des classes populaires de l’autre.
Le graphique ci-dessous place les prénoms suivant :
– en abscisses la proportion de mention “très bien” associée au groupe des porteurs du prénom
– en ordonnées le nombre de candidats au bac, en 2013.

bac-2013
Lien vers le graphique au format PDF

En 2013, 20% des Diane et des Adèle ont obtenu une mention “TB”. Ce n’est le cas que de 4% des Enzo et des Anissa. 16% des Clara, 4,5% des Jeremy. Ces différences entre prénoms ne sont pas dues aux prénoms : les copies sont corrigées anonymement, et le prénom n’a rien de magique. Le prénom indique — de manière imparfaite et floue — l’origine sociale de celles et ceux qui le portent, et la réussite scolaire est, en partie, liée à cette origine sociale : “Parmi les élèves entrés en sixième en 1995, 71,7% des enfants d’enseignants ont finalement décroché en 2010 un bac général, 68,2% des enfants de cadres supérieurs, 20,1% des enfants d’ouvriers qualifiés, 13% des enfants d’ouvriers non qualifiés, et 9,2% des enfants d’inactifs”.
Pour revenir aux prénoms, si l’on ne garde que les prénoms qui apparaissent plus de 30 fois dans la base, ceux qui sont associés à un taux énorme de mention TB sont : Ulysse, Guillemette, Quitterie, Madeleine, Anne-Claire, Ella, Sibylle, Marguerite, Hannah, Irene, Octave, Domitille (qui sont entre un quart et un tiers à obtenir une mention). À l’opposé moins de 2% des Asma, Sephora, Hakim, Kimberley, Assia, Cynthia, Brenda, Christian, Bilal, Brian, Melvin, Johann, Eddy, et Rudy ont obtenu mention TB.

Les données portent sur plus de 338000 candidats au bac général ou technologique en 2013, qui ont obtenu une moyenne supérieure à 8/20 et qui ont accepté la diffusion de leurs résultats. 8,6% de cette population a obtenu une mention TB. L’aide d’Etienne O. fut précieuse !

Pour en savoir plus sur l’aspect sociologique des prénoms : Sociologie des prénoms, [sur amazon, dans une librairie indépendante]
Les années précédentes : 2012 [précisions] et 2011

Mise à jour : Les observateurs minutieux repèrent que l’on trouve surtout des prénoms de fille à droite. L’explication de départ est que les filles réussissant mieux que les garçons à l’école, elles reçoivent aussi, plus souvent que les garçons, des mentions TB. Une autre explication s’intéresse aux prénoms eux-mêmes : les prénoms des garçons choisis par les parents de “classes supérieures” sont peut-être moins socialement clivants que les prénoms de filles.

Voir encore:

The Name Game: how names spell success in life and love

Your name can affect your standing at work, your success with the opposite sex – even where you choose to live. JV Chamary investigates.

What’s in a name?

Speaking at a charity dinner a few weeks before the 2008 election, Barack Hussein Obama joked, “I got my middle name from somebody who obviously didn’t think that I’d run for President.”

Obama was referring to comments in the US media by pundits who had drawn attention to his full name in an attempt to paint him as un-American. In a country fearful of Islamic extremism, having a ‘Muslim’ middle name could be seen as a handicap. His surname – a letter away from the FBI’s most wanted terrorist – didn’t help either.

“The impact of names comes from how people expect to see you,” says Professor James Bruning from Ohio University. And while prejudging someone based on their name might seem unfair, we sometimes do so when making decisions. Bruning notes, for example, that those with an Oriental name are thought to be good at maths, so an employer looking to hire a computer programmer might push an application to the top of the pile if they see a Chinese name on the CV.

Names don’t just give away your ethnic background – Bruning says we also associate specific names with a person’s perceived ability to do a job, “Who would be a better American football player,” he asks, “someone whose name is Bronco or Colt, or someone named Francis or Percival?”

Such stereotyping, by ourselves as well as others, might explain why some people seem to have picked occupations that perfectly suit their name, a phenomenon dubbed ‘nominative determinism’. Record-breaking sprinter Usain Bolt is just one example of a ‘Mr Bun the Baker’ from the real world.

The ‘me’ in name

Even the letters of our name can have an influence on the career path we might choose to follow. According to psychologist Dr Brett Pelham, an analyst for statistics firm Gallup, people have a tendency to follow professions that resemble their first names, meaning that lawyers called Laura and dentists named Dennis are especially common. “When I lived in LA, there was a dentist named Dennis Smiler – you can’t have a much better match than that!”

Pelham’s 2002 research paper entitled ‘Why Susie Sells Seashells by the Seashore’ describes how this ‘name-letter effect’ can influence our life choices. It’s an effect so far-reaching that it goes beyond alliteration (more seashell shops are owned by Sheryls than Cheryls) and can even influence where we’ll choose to live: women named Georgia are disproportionally more likely to move to the state of Georgia, and men called Louis are over-represented in Louisiana.

For the study, Pelham mined the archived census records from south-eastern US states. When he scrutinised marriage records, he also found that names can also affect who we’ll choose to wed – people with common surnames like Smith are more likely to marry another Smith than a Johnson.

The name-letter effect is caused by what Pelham calls ‘implicit egotism’. In other words, we’re all unconsciously attracted to things that remind us of ourselves – including the letters in our names. “If you notice even some fragment of your name, it catches your attention and creates a positive association for you,” says Pelham.

In one experiment, his team subliminally paired people’s names with a random number on a computer screen for 1/100th of a second. During this 70-second conditioning process, the participants were shown multiple name-number combinations. When they were later asked to evaluate a woman wearing an American football jersey, both male and female participants judged the woman more favourably when the number on her jersey corresponded to their name. “They’re completely unaware that that’s the basis for the preference,” says Pelham.

A is for Achievement

Names also hold the secret to success. In 2006, American economists looked at the link between surnames and academic prominence, finding that those with initials early in the alphabet were markedly more likely to work in prestigious university departments and win a Nobel Prize.

This ‘alphabetical discrimination’ was probably due to the fact that the authors of academic papers are often listed in alphabetical order. And as Professor Richard Wiseman from the University of Hertfordshire points out, we’re used to associating things at the top of a list as winners, “Over time, it wouldn’t surprise me if you had this psychological effect.”

Whether it’s being called for the school register or a job interview, people with the top names have got used to being first. To test this theory, Wiseman invited Telegraph readers to rate how successful they thought they were in assorted aspects of their life – including career, finances, health and ‘life in general’. The scores were then combined into an overall measure of success. 3

The 15,000 people who responded 
also provided their age, sex and surname. “We saw that the further down the alphabet your surname came, the less likely you were to be successful,” says Wiseman.

This bond between surname and perceived success was stronger in older age groups, which might be because past generations were more likely to have been ordered alphabetically in the classroom. “So it’s possible the As and Bs got more attention from the teacher or were simply better behaved because they were towards the front, and therefore got higher grades.”

The sound of success

Names can also make you more successful with the opposite sex. In another of Wiseman’s name experiments, 6000 members of the British public were asked to rate the 40 most popular first names for various qualities, including attractiveness, luck and success.

“For intelligence and success it was the royal names that came top – the Jameses and the Elizabeths,” says Wiseman. “This is one of those self-fulfilling prophecies: if you have a name which sounds intelligent or attractive, then you could be treated differently, or behave in a different way.”

Psychologists note that stereotypes tend to be shallow assumptions that are often wiped out once you find out more about someone or meet them in person. George may have come bottom of the list in the sexiness stakes, but few would see George Clooney as ugly.

Precisely why certain names are seen as more attractive is still unknown, but one guess is that they may be subtle cues as to masculinity or femininity. And whether a name sounds boyish or girly also affects success at school, says David Figlio, a professor of economics at Northwestern University in Illinois.

“Names such as Ashley started out as boys’ names but nowadays they’re popular girls’ names,” says Figlio, who studies the social consequences of names. His work has shown that boys with androgynous names tend to misbehave and become disruptive as soon as they hit high school. “A boy named Ashley gets teased and feels more self-conscious, particularly if there’s a girl with the same name in the class. They bring the test scores in their entire class down with them.”

This stereotyping might also dictate our occupations; girls with feminine-sounding names like Elizabeth are less likely to study science, meaning that the parents’ choice of name could send their daughter down a particular career path.

Figlio created linguistics software that assigns a ‘femininity score’ to names and tracked the school subjects chosen by 1000 pairs of sisters. The programme gives higher scores to names like Elizabeth, which contains several soft consonant sounds (‘z’ in the middle and ‘th’ at the end), and longer names (girls’ names tend to be longer).When you run these factors through the computer, names like Alex are rated as less feminine.

“Even if you limit it to only the girls who were performing in the top 15 per cent on US maths exams, Elizabeth is more likely to choose the humanities,” says Figlio, “and Alex would take advanced maths and science.” Success in school is another self-fulfilling prophecy, as stereotypes associated with feminine names are reinforced by society, including teachers, parents and even the girls themselves.

Spelling trouble

A poll of 3000 UK teachers found that almost half admitted imagining what new pupils would be like after seeing a new school register. Although this might be unsettling for parents to hear, it’s difficult to blame the teachers because many of their assumptions will be based on past experiences.

The survey revealed that a third of teachers claimed they could spot trouble in names like Callum, Crystal and Chardonnay, but also considered kids on such a ‘naughty list’ often to be bright, sensitive and more popular than those who were better behaved.

And while parents might want to give their children a distinctive label so that they stand out from the crowd, they should also consider the long-term psychological effects. A 1960s study of psychiatric records found that those with unusual names were more likely to be diagnosed psychotic, while recent research has shown that boys with the least popular names are more likely to commit crime.

Unusual names convey a lot of other information too, such as social standing. “In the US, there are distinctively black names that signify higher classes, and names that might connote lower class,” says Figlio. Ebony, for instance, is sometimes given to girls by female university graduates, but rarely by mothers who drop out of school. Teachers pick up on this and treat children differently.

“Parents should give their children whatever name they want, but they need to recognise that names have consequences,” says Figlio. “Is a name 
a guaranteed ladder to success? Of course not. But can a name make your life a little bit easier? For sure.”

JV Chamary is reviews editor of Focus

Voir enfin:

Le bébé royal s’appelle George, le choix de la tradition

Libération

24 juillet 2013

Par AFP

Kate et William ont sacrifié à la tradition mercredi en nommant leur fils George, un choix de nature à plaire à la reine Elizabeth II, aux historiens et accessoirement aux bookmakers.

«Le Duc et la Duchesse de Cambridge ont le plaisir d’annoncer qu’ils ont nommé leur fils George Alexander Louis», a indiqué le Palais en fin d’après-midi, ajoutant que «le bébé sera connu sous le nom de Son Altesse Royale le Prince George de Cambridge».

Gage de pérennité pour la monarchie selon les historiens, le prénom de George s’inscrit dans une longue lignée royale.

S’il accède au trône et décide de garder son premier prénom, le nouveau-né, troisième dans l’ordre d’accession, serait le septième George à régner.

George Ier, d’origine allemande, a été le premier représentant de la maison des Hanovre couronné roi d’Angleterre et d’Irlande, en 1714.

George VI, décédé en 1952, était le père aimé de l’actuelle souveraine Elizabeth II. Il avait pour premier prénom Albert et était appelé «Bertie» en famille. George n’était en réalité que son quatrième prénom.

Saint-patron de l’Angleterre, George est considéré comme un symbole d’honneur, de bravoure et de galanterie tout en continuant à incarner une certaine modernité. Très prisé au début du XXe siècle, le prénom figure sans discontinuer parmi les vingt plus populaires en Grande-Bretagne depuis 1996.

Louis a été retenu en hommage à Louis Mountbatten, dernier vice-roi de l’Inde britannique, tué dans un attentat de l’IRA en 1979.

Quant à Alexander, le chroniqueur royal de la BBC croyait savoir que c’était le prénom favori de Kate. Alexandra est par ailleurs le deuxième prénom de la reine Elizabeth. C’était enfin le premier de l’impératrice qui a régné sous le nom de Victoria.

George était aussi le prénom donné favori par les bookmakers qui, après avoir raté le coche en misant sur une fille, se sont brillamment rattrapés puisque les cinq prénoms les mieux cotés étaient dans l’ordre George, James, Alexander, Richard et Louis.

Comme de coutume, il y a fort à parier que de nombreux George verront le jour dans les chaumières britanniques dans les mois qui viennent.

Le suspense du prénom du prince de Cambridge n’aura donc finalement duré que quarante-huit heures.

Il avait fallu une semaine pour connaître le prénom de William, né en 1982, et un mois pour apprendre celui de son père, le prince Charles, né en 1948.

Kate et William ont communiqué leur choix quelques heures après être arrivés à Bucklebury dans la villa des parents de Kate où ils doivent passer les prochains jours.

Après avoir présenté leur fils au monde mardi, le jeune couple avait passé sa première nuit au palais londonien de Kensington, où il a reçu la visite de la reine.

Arrivée peu avant midi, sans son mari le prince Philip toujours en convalescence après une opération à l’abdomen, la reine, qui doit bientôt partir en vacances dans le nord de l’Ecosse, est repartie seulement une demi-heure plus tard.

Cette rencontre historique était la première en 120 ans entre un monarque en fonction et celui qui sera le troisième à lui succéder. La dernière du genre, en 1894, réunissait la reine Victoria et son arrière-petit-fils, le futur Edward VIII.

Pippa Middleton, la soeur très médiatisée de Kate, et le Prince Harry, le frère de William, rétrogradé en quatrième position dans l’ordre de succession au trône avec l’arrivée du bébé royal, sont également venus féliciter les parents.

La duchesse avait annoncé vouloir passer ses premières semaines de jeune maman chez ses parents à Bucklebury dans le Berkshire, à 80 kilomètres à l’ouest de Londres.

Ces derniers ont fait fortune à la tête d’une entreprise d’articles de fêtes.

C’est dans leur maison, un havre de paix réputé très confortable et où le couple avait déjà passé les derniers jours avant l’accouchement, que Kate et William comptent «faire plus ample connaissance avec leur fils, en privé et dans le calme», selon un porte-parole du Palais.

De source royale, le couple n’a pas fait part pour l’instant de son intention de recourir à une nounou, Kate comptant beaucoup sur sa mère Carole pour l’aider dans sa nouvelle tâche.

montée du chômage, précarisation et paupérisation de la jeunesse, effort éducatif particulièrement déséquilibré en défaveur de l’enseignement primaire et en faveur des classes préparatoires, allongement de la durée d’études mais discrimination par le jeu de filières socialement très clivées, sous-développement de la formation, surévaluation du diplôme pendant toute la carrière professionnelle, plus grande exigence de mobilité avec la mondialisation, dizaines de milliers de jeunes quittant chaque année le système éducatif sans qualification …

translation des inégalités simplement repoussées plus loin dans le cursus

Etudier la mobilité sociale est essentiel : ses mécanismes nous font entrer au cœur même de l’organisation des sociétés. La mobilité sociale, ou la reproduction sociale, nous disent des choses sur le degré de méritocratie de nos sociétés. mesurer la fluidité sociale.

part de personnes qui ont changé de catégorie socioprofessionnelle par rapport à leurs parents. Cette mobilité peut être ascendante ou descendante. Avec la très forte croissance de l’après Seconde Guerre mondiale qui a permis à beaucoup d’individus issus des classes populaires de s’élever au-dessus de la condition de leurs parents, on a eu tendance à assimiler mobilité sociale et promotion sociale.

stagnation de la mobilité. Finalement, dans une période de croissance lente, ce n’est pas si mal comme résultat

Tout dépend de la grille de lecture adoptée… Au début des années 1980, 83 % des fils d’ouvriers et employés sortis de l’école depuis 5 à 8 ans devenaient eux-mêmes ouvriers ou employés. Aujourd’hui, la proportion est de 73 %. Cette diminution de 10 points est évidemment positive mais appelle néanmoins plusieurs commentaires. D’abord, près des trois quarts des enfants des classes populaires qui demeurent dans la même position sociale

l’élévation du niveau d’éducation : les enfants d’ouvriers et d’employés sont beaucoup mieux formés aujourd’hui qu’hier et font des scolarités moyennes significativement plus longues de sorte que le « gain » obtenu semble bien modeste

probabilité des enfants de cadres de devenir cadres eux-mêmes a augmenté, passant de 33 à 40 %

mobilité sociale ne progresse plus réellement pour les générations nées à partir des années 1960, contrairement aux précédentes. La situation des enfants d’ouvriers s’est légèrement éclaircie, mais pas plus que ne s’est améliorée encore celle des enfants nés dans des milieux plus favorisés

face à la crise, les ressources économiques et culturelles héritées des générations précédentes redeviennent décisives.

Derrière un discours sur l’égalité, la société française reste donc très hiérarchisée

dualisation des emplois, et donc des salariés. D’un côté, on a les gagnants de la mondialisation, qui vivent bien, occupent des emplois qualifiés, et, de l’autre, les perdants, souvent des emplois routiniers d’exécution, pour une partie au service des premiers. Cette dynamique de dualisation n’est pas propre à la France, elle concerne toutes les sociétés aux prises avec la mondialisation.

Mais en France, une autre source de polarisation est particulièrement présente, liée à l’importance du diplôme qui exerce une emprise considérable notamment dans l’accès à l’emploi. Le problème c’est que la compétition scolaire n’est pas équitable : c’est en France, parmi les pays de l’OCDE, que l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. L’élitisme de notre système éducatif est en cause car il amène à trier, classer les élèves beaucoup trop tôt. Dans l’enseignement supérieur, l’élitisme est dramatique : tout est centré sur les grandes écoles, qui ne concernent que 5 % des élèves… En face, les premiers cycles universitaires, notamment, sont abandonnés.

L’immobilité sociale n’est-elle pas aussi dans les têtes ?

Elle est d’abord un constat, que l’on voit dans les statistiques, même s’il n’y a pas de déterminisme absolu, évidemment : si 70 % des enfants d’ouvriers exercent un emploi d’exécution, c’est que

30 % d’entre eux exercent une profession intermédiaire, sont cadres, ou indépendants et connaissent donc une vraie promotion sociale. Par ailleurs, c’est vrai aussi qu’une

partie de cette immobilité peut résulter de phénomènes « d’auto-sélection » que les sociologues de l’éducation ont mis en évidence depuis longtemps : à niveau scolaire équivalent, par exemple, les enfants vont avoir des souhaits d’orientation différents selon leur origine sociale. C’est un vrai défi pour l’école, et pour tout le système de l’orientation, que de faire sauter ces barrières-là également.

dépense 25 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE pour l’enseignement primaire, formation professionnelle doit devenir une vraie seconde chance pour les moins diplômés de la formation initiale, alors qu’aujourd’hui elle profite aux plus diplômés

Dans ces domaines, la gauche et la droite mènent-elles des politiques très différentes ?

La majorité précédente a atteint des sommets en réduisant les postes en maternelle et primaire, en s’attaquant aux réseaux d’aide et à l’éducation prioritaire. L’intérêt que porte aujourd’hui le gouvernement aux premiers niveaux de l’école est donc salvateur. Cependant, plus loin dans le cursus scolaire, il me semble que le gouvernement actuel reste prisonnier d’une vision très élitiste de l’enseignement supérieur, qui ne jure que par « l’excellence ». Au-delà, ce qui est regrettable, c’est que la gauche ne s’empare pas du projet de desserrer l’étau de la reproduction sociale. On dit qu’elle n’a plus de projet de société, voilà qui me semblerait porteur. Au passage, de nombreux libéraux devraient s’y rallier : mettre les compteurs à zéro dans chaque génération, c’est libéral !

La nature du contrat de travail continue de se dégrader : les jeunes actifs sont surreprésentés dans les emplois d’exécution. En outre, les inégalités sociales demeurent profondes au sein même des générations, en particulier pour les plus récentes. Parmi les jeunes, si les non-diplômés oscillent entre emplois précaires et chômage, les « gagnants de la compétition scolaire » peuvent espérer une insertion satisfaisante à moyen terme, notamment en accédant au salariat d’encadrement.

Au cours du dernier quart de siècle, la part des individus appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle que leur père reste stable. La position occupée à l’âge adulte reste toujours autant liée à l’origine sociale. Les trajectoires vers une autre catégorie socioprofessionnelle restent de faible amplitude. La reproduction sociale reste donc prégnante, que ce soit en haut ou en bas de l’espace sociale. D’une part, la plupart des emplois d’ouvriers et d’employés convergent en termes de salaires, de perspectives de carrière, de conditions de travail ou encore de rapport au travail. Or, parmi les enfants d’ouvriers et d’employés, la probabilité d’obtenir un emploi d’exécution n’a que légèrement diminué. D’autre part, les enfants ayant un père cadre ou exerçant une profession intellectuelle supérieure ont une probabilité croissante de reproduire ce statut. Si la probabilité d’obtenir un emploi d’encadrement s’élève pour les enfants des classes populaires, elle augmente aussi pour les enfants les plus favorisés. Au final, les inégalités demeurent inchangées. La reproduction est également visible dans la transmission des diplômes au fil des générations. En effet, les enfants ayant des parents diplômés sont particulièrement favorisés dans l’accès aux diplômés du supérieur et par là aux meilleurs emplois. Les enfants des familles peu dotées en capital culturel sont par contre de plus en plus pénalisées. Puisque le revenu est fortement corrélé au niveau de diplôme, ces disparités contribuent à la reproduction des inégalités de revenus entre les générations.

Le troisième chapitre discute la portée du mouvement de la démocratisation scolaire : l’école est-elle un vecteur efficace de mobilité sociale ? Le niveau d’éducation a continuellement augmenté au fil des générations. Avec l’ouverture des différents niveaux du système éducatif aux enfants des classes populaires, les taux de scolarisation ont progressé à des âges de plus en plus élevés depuis les années soixante. Pourtant, plusieurs dizaines de milliers de jeunes quittent chaque année le système éducatif sans qualification, la part des bacheliers reste inférieure à 65 %, le taux de poursuites d’études supérieures diminue depuis le milieu des années deux mille… Or, la probabilité d’accéder rapidement à un emploi stable, les chances d’obtenir un emploi d’encadrement ou encore la probabilité d’échapper au chômage s’élèvent avec le niveau de diplôme. Les « vaincus » de la sélection scolaire sont donc durablement affectés par leur échec. De plus, les enfants des classes populaires sont surreprésentés parmi ces derniers, ce qui entretient un haut degré de reproduction scolaire. Si la part des enfants issus des classes populaires s’élève à chaque niveau, elle baisse toutefois rapidement tout au long du cursus scolaire. Les inégalités entre les enfants d’ouvriers et les enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants ont été simplement repoussées plus loin dans le cursus.

Parallèlement à l’élévation du taux de scolarisation, la structure de chaque niveau d’enseignement se complexifie avec l’apparition de nouvelles filières qui ne destinent véritablement pas au même avenir, or celles-ci sont socialement très clivées. Le poids des inégalités sociales dans les trajectoires scolaires ne s’est pas significativement allégé au fil des décennies, ce qui explique la forte persistante de la reproduction sociale. Les jeunes issus des classes populaires ont certes allongé leur durée de scolarité, ils sont surreprésentés dans les études courtes du supérieure et sous-représentés dans les filières nobles de l’université, dans les classes préparatoires et dans les grandes écoles. Les enfants de parents fortement dotés en ressources économiques et/ou culturelles se distinguaient autrefois par la longueur de leur durée d’études ; ils se distinguent aujourd’hui par le jeu des filières. Au final, malgré l’ampleur de la massification scolaire observé ces dernières décennies, les progrès en termes de démocratisation scolaire ont été limités ; les inégalités scolaires expliquent la persistance de la reproduction sociale ; au lieu de promouvoir la mobilité sociale, l’école a justifié la stratification sociale.

Dans le dernier chapitre, Camille Peugny propose certaines pistes pour désamorcer les mécanismes de reproduction. Il est essentiel de desserrer l’étau de la reproduction sociale aussi bien pour récompenser le mérite individuel que pour favoriser la justice sociale en enrayant la reproduction des inégalités. Un premier levier d’action serait de rendre l’école véritablement démocratique en rompant avec l’élitisme qui l’emplit. Les inégalités dans la réussite scolaire apparaissent dès les premières années de scolarité, se renforcent très rapidement et apparaissent comme puissamment cumulatives, or l’effort éducatif, selon les niveaux d’enseignement, est particulièrement déséquilibré, notamment en défaveur de l’enseignement primaire. Il est donc nécessaire d’agir au sein même de l’école maternelle et de l’école primaire, à cet instant précis où elles sont les moins fortes en recrutant davantage d’enseignants, en adaptant leur formation et en réduisant l’effectif des classes. Il est en outre essentiel de faire bénéficier aux étudiants à l’université des mêmes conditions d’études que les élèves en classe préparatoire.

Afin de rendre les conditions de naissance moins déterminantes pour la trajectoire socioprofessionnelle, il apparaît en outre nécessaire de multiplier les « moments d’égalité » au cours du cycle de vie, c’est-à-dire les moments de formation, ce qui passe par la réalisation d’une véritable « révolution culturelle » : la formation initiale ne doit plus apparaître comme le seul temps du cycle de formation. Peugny propose la mise en place d’un dispositif universel d’accès à la formation. Ce dispositif s’appuierait sur un financement public d’un certain nombre d’années de formation que chaque individu serait libre d’utiliser à partir de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Si par exemple chacun se voyait doter d’une soixantaine de bons, un individu ayant suivi trois années d’études dans le supérieur pourrait potentiellement suivre deux années supplémentaires de formation lors de sa vie professionnelle. Cette instauration de bons mensuels de formation pourrait se coupler d’une ouverture des droits sociaux aux jeunes précarisés qui seraient ni en formation, ni en emploi. Alors qu’ils sont aujourd’hui exclus du système de solidarité nationale, les jeunes pourraient ainsi gagner leur autonomie plus tôt et seraient moins exposés à la pauvreté et à la désaffiliation sociale. Ce plus grand accès des jeunes à la formation et à l’autonomie leur permettrait d’exprimer plus facilement leur potentiel et renforcerait leur sentiment de maîtriser leur propre vie, une condition essentielle pour qu’ils assument pleinement leur rôle de citoyen.

Voir par ailleurs:

« La mobilité sociale est en panne », entretien avec Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris 8

lObservatoire des inégalités

11 avril 2013

« La mobilité sociale est en panne », entretien avec Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris 8. Auteur de « Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale », ed. Seuil-République des idées, 2013.

La mobilité sociale est une question récurrente du débat public. Comment expliquer que l’on compte si peu de travaux sur le sujet ?

Etudier la mobilité sociale est essentiel : ses mécanismes nous font entrer au cœur même de l’organisation des sociétés. La mobilité sociale, ou la reproduction sociale, nous disent des choses sur le degré de méritocratie de nos sociétés.

D’un côté, on dispose des travaux réalisés par les statisticiens de l’Insee qui actualisent les données concernant la mobilité sociale après chaque vague de l’enquête Formation et qualifications professionnelles (FQP). La dernière a eu lieu en 2003 et la prochaine, après avoir été repoussée, est prévue en 2014. Du côté des sociologues, Louis-André Vallet a publié un travail important en 1999 qui mesure l’évolution de la mobilité sociale au cours des quatre décennies qui suivent la fin de la seconde guerre mondiale [1]. Il est également très actif au niveau européen, en assurant l’analyse des données françaises dans les programmes comparatifs lancés par l’Association internationale de sociologie (ISA) qui permettent notamment de mesurer la fluidité sociale.

Au-delà, il est vrai que la mobilité sociale (en tout cas, sa mesure) ne constitue plus un sujet « à la mode » en sociologie. Une des explications, c’est tout de même l’effacement de l’analyse en termes de classes sociales que certains ont enterrées dès la fin des années 1950.

Du coup, les données disponibles sont datées

Oui. Les données dont on dispose aujourd’hui datent d’une enquête de 2003. Elles portent souvent sur des individus qui ont entre 40 et 59 ans et dont les plus jeunes sont donc nés au milieu des années 1960. Mais on dispose d’autres enquêtes, notamment les enquêtes Emploi qui permettent depuis le début des années 1980 de disposer de données précises mesurant l’origine sociale des individus, et donc de mesurer leur mobilité sociale. Cette enquête, que j’utilise dans mon livre pour actualiser les données pour les générations nées dans les années 1970 est réalisée tous les ans. Elle permet donc de mettre en évidence des tendances plus récentes.

Que mesure-t-on avec la mobilité sociale ?

Dans sa définition la plus simple, la mobilité sociale mesure la part de personnes qui ont changé de catégorie socioprofessionnelle par rapport à leurs parents. Cette mobilité peut être ascendante ou descendante. Avec la très forte croissance de l’après Seconde Guerre mondiale qui a permis à beaucoup d’individus issus des classes populaires de s’élever au-dessus de la condition de leurs parents, on a eu tendance à assimiler mobilité sociale et promotion sociale. Mais plus de mobilité peut aussi signifier plus de trajectoires descendantes, donc plus de situation de déclassement, lorsque la conjoncture se dégrade et que la structure sociale évolue moins rapidement vers le haut.

Votre livre permet d’actualiser nos connaissances sur le sujet. Vous expliquez que nous sommes dans une phase de stagnation de la mobilité. Finalement, dans une période de croissance lente, ce n’est pas si mal comme résultat

Tout dépend de la grille de lecture adoptée… Au début des années 1980, 83 % des fils d’ouvriers et employés sortis de l’école depuis 5 à 8 ans devenaient eux-mêmes ouvriers ou employés. Aujourd’hui, la proportion est de 73 %. Cette diminution de 10 points est évidemment positive mais appelle néanmoins plusieurs commentaires. D’abord, près des trois quarts des enfants des classes populaires qui demeurent dans la même position sociale, c’est tout de même beaucoup. Ensuite, l’évolution de la mobilité doit être mise en rapport avec l’élévation du niveau d’éducation : les enfants d’ouvriers et d’employés sont beaucoup mieux formés aujourd’hui qu’hier et font des scolarités moyennes significativement plus longues de sorte que le « gain » obtenu semble bien modeste. Enfin, en même temps, la probabilité des enfants de cadres de devenir cadres eux-mêmes a augmenté, passant de 33 à 40 %. Au total donc, la mobilité sociale ne progresse plus réellement pour les générations nées à partir des années 1960, contrairement aux précédentes. La situation des enfants d’ouvriers s’est légèrement éclaircie, mais pas plus que ne s’est améliorée encore celle des enfants nés dans des milieux plus favorisés, de sorte qu’au final, les progrès en termes de fluidité sociale sont extrêmement ténus. Ces destins si contrastés en fonction de l’origine sociale soulignent que la société française, de ce point de vue, demeure une société de classes dans laquelle il existe des univers de vie très différents, qui ne préparent pas du tout aux mêmes trajectoires, contrairement à l’idéologie du mérite, de plus en plus pesante, selon laquelle « quand on veut, on peut ». Bref, les inégalités sociales au sein d’une même génération demeurent béantes. Pour faire face à la crise, les ressources économiques et culturelles héritées des générations précédentes redeviennent décisives.

Derrière un discours sur l’égalité, la société française reste donc très hiérarchisée

On assiste à un processus de dualisation des emplois, et donc des salariés. D’un côté, on a les gagnants de la mondialisation, qui vivent bien, occupent des emplois qualifiés, et, de l’autre, les perdants, souvent des emplois routiniers d’exécution, pour une partie au service des premiers. Cette dynamique de dualisation n’est pas propre à la France, elle concerne toutes les sociétés aux prises avec la mondialisation. Mais en France, une autre source de polarisation est particulièrement présente, liée à l’importance du diplôme qui exerce une emprise considérable notamment dans l’accès à l’emploi. Le problème c’est que la compétition scolaire n’est pas équitable : c’est en France, parmi les pays de l’OCDE, que l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. L’élitisme de notre système éducatif est en cause car il amène à trier, classer les élèves beaucoup trop tôt. Dans l’enseignement supérieur, l’élitisme est dramatique : tout est centré sur les grandes écoles, qui ne concernent que 5 % des élèves… En face, les premiers cycles universitaires, notamment, sont abandonnés.

L’immobilité sociale n’est-elle pas aussi dans les têtes ?

Elle est d’abord un constat, que l’on voit dans les statistiques, même s’il n’y a pas de déterminisme absolu, évidemment : si 70 % des enfants d’ouvriers exercent un emploi d’exécution, c’est que 30 % d’entre eux exercent une profession intermédiaire, sont cadres, ou indépendants et connaissent donc une vraie promotion sociale. Par ailleurs, c’est vrai aussi qu’une partie de cette immobilité peut résulter de phénomènes « d’auto-sélection » que les sociologues de l’éducation ont mis en évidence depuis longtemps : à niveau scolaire équivalent, par exemple, les enfants vont avoir des souhaits d’orientation différents selon leur origine sociale. C’est un vrai défi pour l’école, et pour tout le système de l’orientation, que de faire sauter ces barrières-là également.

Pour vous, le système éducatif joue un rôle central. Que peut-on faire ?

Rapidement, il faut actionner deux leviers. Le premier, c’est rendre la formation initiale, l’école, plus démocratique. Dans cette optique, les premiers niveaux de l’enseignement sont cruciaux. Certes, les enfants arrivent inégaux à l’école primaire, mais c’est tout de même le moment où les inégalités de réussite sont les moins élevées : c’est donc à ce moment qu’il faut les combattre avec force, afin de les faire diminuer. Or, en la matière, la France est très mauvaise élève : elle dépense 25 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE pour l’enseignement primaire. Second levier, la formation tout au long de la vie : même si la formation initiale était plus démocratique et fonctionnait mieux, il n’est pas possible que tout soit joué à 16 ou 23 ans, à la sortie de l’école. La formation professionnelle doit devenir une vraie seconde chance pour les moins diplômés de la formation initiale, alors qu’aujourd’hui elle profite aux plus diplômés. C’est vraiment en multipliant les moments de formation tout au long de la vie que l’on se donnera les moyens de desserrer cet étau de la reproduction des inégalités.

Dans ces domaines, la gauche et la droite mènent-elles des politiques très différentes ?

La majorité précédente a atteint des sommets en réduisant les postes en maternelle et primaire, en s’attaquant aux réseaux d’aide et à l’éducation prioritaire. L’intérêt que porte aujourd’hui le gouvernement aux premiers niveaux de l’école est donc salvateur. Cependant, plus loin dans le cursus scolaire, il me semble que le gouvernement actuel reste prisonnier d’une vision très élitiste de l’enseignement supérieur, qui ne jure que par « l’excellence ». Au-delà, ce qui est regrettable, c’est que la gauche ne s’empare pas du projet de desserrer l’étau de la reproduction sociale. On dit qu’elle n’a plus de projet de société, voilà qui me semblerait porteur. Au passage, de nombreux libéraux devraient s’y rallier : mettre les compteurs à zéro dans chaque génération, c’est libéral !

Propos recueillis par Louis Maurin.

Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris 8. Auteur de « Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale », ed. Seuil-République des idées, 2013.

[1] Louis-André Vallet, « Quarante années de mobilité sociale en France. L’évolution de la fluidité sociale à la lumière de modèles récents », Revue française de sociologie, 40(1), 1999, pp.5-64.

Voir de même:

Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale

Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, par Camille Peugny

La République des idées-Le Seuil, 2013, 117 p., 11,80 euros.

Christian Chavagneux

Alternatives Economiques

avril 2013

« Entre le début des années 1980 et la fin des années 2000, l’intensité de la reproduction sociale n’a pas faibli, bien au contraire. » Dès les toutes premières pages de son livre, le sociologue Camille Peugny annonce la couleur : foin de méritocratie, la place des individus dans la hiérarchie sociale est largement déterminée par leur milieu d’origine.

On a longtemps cru que la société française se « moyennisait », que la rupture entre ouvriers du bas et cadres sup’ du haut s’estompait pour laisser place à des classes moyennes en expansion, dans un continuum ouvriers-employés-cadres, avec une possibilité ouverte de progression sociale. Et de fait, entre le début des années 1950 et le début des années 2000, la part des individus scotchés dans la même catégorie sociale que leur père n’a cessé de diminuer.

Faible mobilité

Mais à y regarder de plus près, l’essentiel de la progression de cette mobilité sociale s’est effectué entre le début des années 1950 et la fin des années 1970. En 1983, 36 % des enfants appartenaient à la même catégorie sociale que leur père ; en 2009, c’était 34 %. Et n’allez pas en déduire que les deux tiers d’une classe d’âge changent radicalement de statut social, précise le sociologue, les trajectoires sont de faible amplitude.

Ceux qui sont nés à partir des années 1960 sont clairement bien moins lotis dans la vie que ceux nés vingt ans plus tôt. La liste des éléments de dégradation rassemblés dans l’ouvrage est impressionnante : salaire en baisse, contrat de travail et carrière professionnelle plus précaires, position hiérarchique plus vite figée, moindre accès à la propriété, davantage de trajectoires sociales descendantes pour les enfants de cadres, trajectoire ascendante plus difficile pour les enfants des classes populaires. Un constat qui ne doit pas masquer, insiste le livre, les inégalités au sein de cette génération aux parcours et aux valeurs hétérogènes : en 2010, 23 % des 18-30 ans pensent que la femme est faite pour avoir des enfants et les élever, et 33 % qu’il y a trop d’immigrés.

Ségrégation scolaire

Et pourtant, s’interroge l’auteur, avec la démocratisation scolaire, les enfants d’ouvriers ont eu plus largement accès au système éducatif. Entre 1984 et 2009, la part des enfants d’ouvriers diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 6 % à 24 %. Mais, dans le même temps, elle est passée de 50 % à 74 % pour les enfants de cadres supérieurs. La concurrence reste rude avec ceux qui ont fait les bonnes filières, ceux qui ont les bons réseaux.

De plus, si depuis le milieu des années 1990, les deux tiers d’une génération ont le bac, cette part ne progresse plus. Seul un tiers a obtenu un bac général en 2010. Entre 1995 et 2010, le taux de scolarisation des jeunes Français a même baissé, alors qu’il progressait dans les autres pays de l’OCDE. La démocratisation scolaire française n’a pas contribué à réduire les inégalités de départ : elle est ségrégative, profitant largement plus aux enfants de famille aisées.

Les classes sociales et leur reproduction ne sont pas un phénomène du passé. Certes, l’école ne pourra jamais à elle seule réduire les inégalités de départ. Mais elle devrait y contribuer : avec un investissement dans le primaire et en donnant davantage de moyens de formation tout au long de la vie, suggère l’auteur. Et sans tarder, car « la persistance d’une forte reproduction, trait majeur de la société française, menace de plus en plus la cohésion sociale. »

Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, par Camille Peugny

La République des idées-Le Seuil, 2013, 117 p., 11,80 euros.

Le Destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale

Camille PEUGNY

Editions du Seuil, 2013

10 mars 2013

Dans ses précédents travaux sur le déclassement, le jeune sociologue Camille Peugny avait mis en évidence que la fréquence des trajectoires descendantes s’était accrue ces dernières décennies en France malgré la hausse du niveau de qualification, ce qui l’avait amené à finalement rejoindre les conclusions de Louis Chauvel en suggérant l’existence de profondes inégalités intergénérationnelles. Il revient, dans un nouveau livre publié dans la collection La Républiques des Idées, sur les progrès réalisés en termes d’égalité des chances lors du dernier quart de siècle. Le constat qu’il y dresse est amer : la reproduction sociale demeure puissante et menace l’intégration sociale. Il clôt son ouvrage en proposant quelques pistes pour réduire le déterminisme de naissance et accroître l’égalité des places.

Dans un premier chapitre, Peugny observe ainsi la stratification de la société française et discute le processus de moyennisation que certains ont cru déceler. Marx constatait déjà que certains individus n’étaient membres ni de la bourgeoisie capitaliste, ni du prolétariat exploité, mais il estimait toutefois que ces groupes intermédiaires seraient en définitive absorbés par le prolétariat, si bien que l’espace social se polariserait bien à terme en deux classes fondamentales. Georg Simmel est le premier à délivrer une analyse sociologique de la classe moyenne. Elle y apparaît comme dotée d’un rôle déterminant dans le changement social en insufflant ses propres caractéristiques aux autres classes. Son expansion numérique, que constatait déjà Simmel, ne pouvait donc que bouleverser l’ensemble de la société. Les analyses suggérant une disparition des classes sociales et une moyennisation de la société vont se multiplier au vingtième siècle. Selon Henri Mendras notamment, la France a connu un « émiettement » des classes sociales lors des Trente Glorieuses avec la disparition de leur identité et de leurs antagonismes : celles-ci transforment la condition et la culture ouvrières, la bourgeoisie rentière a disparu, les paysans déclinent numériquement, les modes de vie ruraux s’urbanisent… Surtout, les niveaux de vie s’élèvent rapidement et les inégalités se réduisent. La sécurité sociale offre au salariat une protection contre les principaux risques de la vie. Mendras propose alors une nouvelle représentation de la société française organisée en constellations. Au sein d’une constellation centrale en expansion, les techniciens, cadres moyens et employés de bureau, porteurs d’un libéralisme culturel, jouent un rôle de « noyaux innovateurs » : la diffusion de leurs valeurs, axées sur la liberté et l’épanouissement individuel, refaçonne l’ensemble de la société.

« L’argument de la hausse de la mobilité sociale est centrale dans les analyses qui postulent la fin des classes sociales ; et la diminution de la reproduction sociale est indissociable des théories de la moyennisation. » Or, Peugny rejette l’idée d’une moindre immobilité sociale ces dernières décennies. Grâce à l’aspiration de la structure sociale vers le haut, la proportion d’individus appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle que leur père diminue fortement des années cinquante à soixante-dix, mais elle reste stable depuis. Ces dernières décennies, les inégalités salariales se sont certes réduites, mais pour les seuls salariés à temps complet ; pire, les hauts revenus explosent dans les années deux mille, d’où un nouveau creusement des inégalités économiques. Depuis les années soixante-dix, la montée du chômage, la précarisation et la paupérisation de la jeunesse participent au déclassement entre les générations et au cours du cycle de vie. Déclassement et peur du déclassement sapent la cohésion sociale en générant des tensions entre les groupes socialement proches. Surtout, le clivage entre qualifiés et non qualifiés se renforce. Le nombre d’emplois routiniers ou d’exécution augmente, alors même que ces emplois exposent leurs détenteurs à la précarisation ; la faiblesse de leurs ressources économiques et culturelles les empêche de répondre à l’exigence de mobilité, devenue aiguë avec la mondialisation. Ainsi, la part des Français se déclarant appartenir à la société moyenne a beau s’accroître, celle-ci n’est en définitive qu’un mirage. La France est toujours une société de classes et seules les transformations structurelles ont permis d’enrayer (temporairement) la reproduction des inégalités.

L’auteur questionne alors dans un deuxième chapitre l’intensité de la reproduction sociale. Pendant les trente glorieuses, le salaire des primo-arrivants sur le marché du travail augmentait au fil des cohortes ; désormais, les écarts entre tranches d’âge s’accroissent au détriment des plus jeunes. Le ralentissement de la croissance à la fin des années soixante-dix s’accompagne d’une profonde détérioration de l’insertion sur le marché du travail pour les cohortes nées depuis les années soixante. Le rythme de la mobilité professionnelle est bouleversé ; les positions se figent dès 35 ans. Les enfants de classes populaires voient leurs trajectoires ascendantes se compliquer et se raréfier ; les enfants de cadres connaissent de plus en plus des trajectoires descendantes. « La structure générationnelle de la société française s’apparenterait à une gérontoclassie dans laquelle les statuts, le pouvoir et la richesse seraient confisqués par les générations les plus anciennes, au détriment des plus jeunes ». La nature du contrat de travail continue de se dégrader : les jeunes actifs sont surreprésentés dans les emplois d’exécution. En outre, les inégalités sociales demeurent profondes au sein même des générations, en particulier pour les plus récentes. Parmi les jeunes, si les non-diplômés oscillent entre emplois précaires et chômage, les « gagnants de la compétition scolaire » peuvent espérer une insertion satisfaisante à moyen terme, notamment en accédant au salariat d’encadrement.

Au cours du dernier quart de siècle, la part des individus appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle que leur père reste stable. La position occupée à l’âge adulte reste toujours autant liée à l’origine sociale. Les trajectoires vers une autre catégorie socioprofessionnelle restent de faible amplitude. La reproduction sociale reste donc prégnante, que ce soit en haut ou en bas de l’espace sociale. D’une part, la plupart des emplois d’ouvriers et d’employés convergent en termes de salaires, de perspectives de carrière, de conditions de travail ou encore de rapport au travail. Or, parmi les enfants d’ouvriers et d’employés, la probabilité d’obtenir un emploi d’exécution n’a que légèrement diminué. D’autre part, les enfants ayant un père cadre ou exerçant une profession intellectuelle supérieure ont une probabilité croissante de reproduire ce statut. Si la probabilité d’obtenir un emploi d’encadrement s’élève pour les enfants des classes populaires, elle augmente aussi pour les enfants les plus favorisés. Au final, les inégalités demeurent inchangées. La reproduction est également visible dans la transmission des diplômes au fil des générations. En effet, les enfants ayant des parents diplômés sont particulièrement favorisés dans l’accès aux diplômés du supérieur et par là aux meilleurs emplois. Les enfants des familles peu dotées en capital culturel sont par contre de plus en plus pénalisées. Puisque le revenu est fortement corrélé au niveau de diplôme, ces disparités contribuent à la reproduction des inégalités de revenus entre les générations.

Le troisième chapitre discute la portée du mouvement de la démocratisation scolaire : l’école est-elle un vecteur efficace de mobilité sociale ? Le niveau d’éducation a continuellement augmenté au fil des générations. Avec l’ouverture des différents niveaux du système éducatif aux enfants des classes populaires, les taux de scolarisation ont progressé à des âges de plus en plus élevés depuis les années soixante. Pourtant, plusieurs dizaines de milliers de jeunes quittent chaque année le système éducatif sans qualification, la part des bacheliers reste inférieure à 65 %, le taux de poursuites d’études supérieures diminue depuis le milieu des années deux mille… Or, la probabilité d’accéder rapidement à un emploi stable, les chances d’obtenir un emploi d’encadrement ou encore la probabilité d’échapper au chômage s’élèvent avec le niveau de diplôme. Les « vaincus » de la sélection scolaire sont donc durablement affectés par leur échec. De plus, les enfants des classes populaires sont surreprésentés parmi ces derniers, ce qui entretient un haut degré de reproduction scolaire. Si la part des enfants issus des classes populaires s’élève à chaque niveau, elle baisse toutefois rapidement tout au long du cursus scolaire. Les inégalités entre les enfants d’ouvriers et les enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants ont été simplement repoussées plus loin dans le cursus.

Parallèlement à l’élévation du taux de scolarisation, la structure de chaque niveau d’enseignement se complexifie avec l’apparition de nouvelles filières qui ne destinent véritablement pas au même avenir, or celles-ci sont socialement très clivées. Le poids des inégalités sociales dans les trajectoires scolaires ne s’est pas significativement allégé au fil des décennies, ce qui explique la forte persistante de la reproduction sociale. Les jeunes issus des classes populaires ont certes allongé leur durée de scolarité, ils sont surreprésentés dans les études courtes du supérieure et sous-représentés dans les filières nobles de l’université, dans les classes préparatoires et dans les grandes écoles. Les enfants de parents fortement dotés en ressources économiques et/ou culturelles se distinguaient autrefois par la longueur de leur durée d’études ; ils se distinguent aujourd’hui par le jeu des filières. Au final, malgré l’ampleur de la massification scolaire observé ces dernières décennies, les progrès en termes de démocratisation scolaire ont été limités ; les inégalités scolaires expliquent la persistance de la reproduction sociale ; au lieu de promouvoir la mobilité sociale, l’école a justifié la stratification sociale.

Dans le dernier chapitre, Camille Peugny propose certaines pistes pour désamorcer les mécanismes de reproduction. Il est essentiel de desserrer l’étau de la reproduction sociale aussi bien pour récompenser le mérite individuel que pour favoriser la justice social en enrayant la reproduction des inégalités. Un premier levier d’action serait de rendre l’école véritablement démocratique en rompant avec l’élitisme qui l’emplit. Les inégalités dans la réussite scolaire apparaissent dès les premières années de scolarité, se renforcent très rapidement et apparaissent comme puissamment cumulatives, or l’effort éducatif, selon les niveaux d’enseignement, est particulièrement déséquilibré, notamment en défaveur de l’enseignement primaire. Il est donc nécessaire d’agir au sein même de l’école maternelle et de l’école primaire, à cet instant précis où elles sont les moins fortes en recrutant davantage d’enseignants, en adaptant leur formation et en réduisant l’effectif des classes. Il est en outre essentiel de faire bénéficier aux étudiants à l’université des mêmes conditions d’études que les élèves en classe préparatoire.

Afin de rendre les conditions de naissance moins déterminantes pour la trajectoire socioprofessionnelle, il apparaît en outre nécessaire de multiplier les « moments d’égalité » au cours du cycle de vie, c’est-à-dire les moments de formation, ce qui passe par la réalisation d’une véritable « révolution culturelle » : la formation initiale ne doit plus apparaître comme le seul temps du cycle de formation. Peugny propose la mise en place d’un dispositif universel d’accès à la formation. Ce dispositif s’appuierait sur un financement public d’un certain nombre d’années de formation que chaque individu serait libre d’utiliser à partir de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Si par exemple chacun se voyait doter d’une soixantaine de bons, un individu ayant suivi trois années d’études dans le supérieur pourrait potentiellement suivre deux années supplémentaires de formation lors de sa vie professionnelle. Cette instauration de bons mensuels de formation pourrait se coupler d’une ouverture des droits sociaux aux jeunes précarisés qui seraient ni en formation, ni en emploi. Alors qu’ils sont aujourd’hui exclus du système de solidarité nationale, les jeunes pourraient ainsi gagner leur autonomie plus tôt et seraient moins exposés à la pauvreté et à la désaffiliation sociale. Ce plus grand accès des jeunes à la formation et à l’autonomie leur permettrait d’exprimer plus facilement leur potentiel et renforcerait leur sentiment de maîtriser leur propre vie, une condition essentielle pour qu’ils assument pleinement leur rôle de citoyen.

Camille Peugny, Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale

Delphine Moraldo

Lectures/revues

Après Le déclassement en 2009, où il analysait la réalité sociale et statistique du « déclassement », fait d’appartenir à un groupe social inférieur à celui de ses parents, Camille Peugny reste dans la même veine sociologique avec cet ouvrage centré sur la question de la reproduction sociale dans la France d’aujourd’hui.

L’introduction donne le ton : même si, sur le long terme, la société française s’est considérablement ouverte, « dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études. À l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution. » (p. 9). Depuis les années 1980, la mobilité sociale n’a pas poursuivi son évolution passée. Camille Peugny aborde la question de la reproduction sociale au travers de quatre chapitres, allant du constat statistique à la préconisation politique pour « l’égalité tout au long de la vie » (chapitre 4).

Dans le premier chapitre – « le mirage des sociétés « moyennes » » – l’auteur commence par remettre en cause l’idée d’une moyennisation de la société française. Revenant sur les théories de la moyennisation (corollaire de la fin des classes sociales) portées par des sociologues comme Henri Mendras en France, élaborées dans le contexte social et politique particulier des Trente Glorieuses qui favorisait une certaine mobilité sociale, Camille Peugny y apporte des nuances importantes : d’une part la progression de la mobilité sociale s’arrête dans les années 1970 ; d’autre part les trajectoires de mobilité sont de faible amplitude et traversent rarement l’espace social. Il montre également la faible pertinence de certains indicateurs statistiques utilisés pour appuyer l’hypothèse de la moyennisation (p. 28). Mais le principal argument à l’encontre de ces théories est surtout qu’elles cessent de fonctionner après les Trente Glorieuses, avec un déclassement croissant dès les années 1970 allant de pair avec une polarisation accrue de la structure sociale, dans le cadre d’une économie mondialisée, entre classe moyenne, groupes favorisés et classes populaires. D’un point de vue subjectif, coexistent paradoxalement une « peur du déclassement » (pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Eric Maurin publié en 2009) et un sentiment d’appartenance aux « classes moyennes » partagé par 60% des Français au début des années 2000.

Le deuxième chapitre – « vingt-cinq ans de reproduction sociale » – revient sur la fin du « progrès générationnel » amorcé pendant les Trente Glorieuses, dans la lignée des travaux de Louis Chauvel (par exemple, Le Destin des générations, 1998) ou de Christian Baudelot et Roger Establet (Avoir trente ans en 1968 et 1998, 2000) : à plusieurs niveaux (emploi, salaire, carrière, mobilité sociale, logement), les inégalités entre générations se renforcent, au détriment de celles nées après les années 1950 (et en particulier des jeunes générations, qui se précarisent), faisant des baby-boomers une génération singulière plus qu’un point de comparaison pertinent. Camille Peugny dénonce notamment « l’extraordinaire dualisation des emplois qui plonge des millions de salariés d’exécution (…) dans une précarisation croissante de leurs conditions de vie » (p. 61). Avec l’exemple des inégalités sociales, culturelles, et économiques entre les « jeunes », l’auteur montre également que les inégalités intragénérationnelles sont tout aussi importantes que les inégalités intergénérationnelles plus souvent pointées du doigt (p. 45-46). L’analyse est ensuite consacrée au phénomène complexe de reproduction sociale (« par le bas » et « par le haut ») et à ses évolutions depuis les années 1980, pour aboutir à la conclusion d’un maintien quasi constant des forces de la reproduction sociale (p. 55), avec des inégalités au niveau du type d’emploi qui demeurent presque inchangées entre les différents groupes sociaux. Le constat est pire lorsqu’on étudie la reproduction à l’aune des diplômes : l’auteur conclut alors à une intensification de la reproduction.

Dans le troisième chapitre – « les angles morts de la démocratisation scolaire » – Camille Peugny se penche sur le rôle de l’école, censée offrir « un principe de régulation de la compétition sociale autour duquel peuvent se retrouver des individus issus de toutes les origines sociales » (p. 63). Après un retour historique sur le processus de massification scolaire enclenché dans les années 1960, il en montre les limites : un nombre important de jeunes sortent encore du système scolaire sans qualification, le pourcentage de bacheliers au sein d’une génération stagne depuis plus de quinze ans (autour de 65%), et le taux de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur a diminué dans les années 2000. À chaque fois, les jeunes issus de milieux défavorisés sont surreprésentés parmi les « vaincus » de la compétition scolaire, amenant la question (au-delà de la massification) de la démocratisation des chances scolaire. Là encore, l’auteur dresse un constat négatif : la démocratisation scolaire a surtout fonctionné pour les catégories intermédiaires. En outre, il s’agit avant tout d’une démocratisation « ségrégative » (pour reprendre l’expression forgée par Pierre Merle) liée à un système éducatif proposant des filières aux rendements et prestiges inégaux. Par ailleurs, le lien entre diplôme et mobilité sociale est complexifié par le fait que si le niveau de diplôme constitue le meilleur passeport vers l’emploi, à diplôme égal, les enfants d’ouvriers ont moins de chance d’obtenir un emploi de cadre que les enfants de cadres : l’origine sociale joue encore, voire tend à s’intensifier. « Même une démocratisation parfaite ne transformerait pas la société française en un paradis de la méritocratie et de la fluidité sociale » (p. 82).

Que faire alors pour « desserrer l’étau de la reproduction sociale » ? (p. 83). C’est l’objet du dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « l’égalité tout au long de la vie », où l’auteur propose des pistes pour lutter contre la fixation précoce des destins sociaux. « Faire en sorte, autant que possible, que rien ne soit définitivement joué : telle pourrait être la définition de l’égalisation des conditions dans des sociétés écartelées par la mondialisation. » (p. 111). La première piste concerne l’école. La précocité des inégalités et leur caractère cumulatif incitent à agir dès l’école maternelle, et à combler le retard de la France sur les autres pays de l’OCDE en matière de dépenses d’éducation pour les premiers niveaux. Il s’agit ensuite de rompre avec l’élitisme qui caractérise le système éducatif français (comme le montrent par exemple Christian Baudelot et Roger Establet dans L’Elitisme Républicain, 2009), dont les enquêtes PISA montrent qu’il est celui dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur la réussite scolaire. Une solution ici serait de redistribuer plus équitablement les dépenses entre classes préparatoires et universités. Le deuxième volet porte sur la formation, pas assez développée en France, où le poids du diplôme continue de peser pendant toute la carrière professionnelle. Sur ce point, Camille Peugny appelle de ses vœux un dispositif universel d’accès à la formation, sur le modèle des « bons mensuels à tirer » danois, et pour les jeunes une « allocation d’autonomie » telle qu’elle existe dans les pays scandinaves. Ces dispositifs seraient essentiels pour lutter contre le sentiment de désenchantement et d’impuissance face l’avenir des jeunes français, mesuré par diverses enquêtes, et permettraient de restaurer une conscience politique et citoyenne et une confiance dans les institutions qui fait défaut à une grande partie de la jeunesse aujourd’hui.

En 111 pages, Camille Peugny parvient à dresser un bilan solide, illustré par de nombreuses analyses statistiques et tableaux, de l’état de la reproduction sociale en France. Le propos est clair et la conclusion sans appel : depuis la fin des Trente Glorieuses, le système éducatif et de formation n’est plus en mesure de garantir l’égalité des chances. Les solutions proposées, inspirée du modèle scandinave, sont audacieuses en tant qu’elles supposent une refonte du système éducatif méritocratique (mais également du système fiscal, évoqué très rapidement p. 105), afin que les destins des individus ne soient pas fixés dès le plus jeune âge. Un ouvrage véritablement stimulant.

Livres

Une infernale reproduction sociale

Vincent Giret

Libération

8 mars 2013

Longtemps, la France a aimé se regarder comme elle se voit. En grand et en modèle universel. S’il est un domaine où elle excelle, peut-être à l’égal de nos cousins d’Amérique, c’est bien dans l’art d’édifier des représentations d’elle-même. Elle sculpte ses propres légendes. Animée d’une vieille et dévorante passion égalitaire, elle a cru qu’il suffisait de mettre en scène le plus beau des slogans pour qu’il devienne réalité. Le retour au réel n’en est que plus violent. Dans le Destin au berceau , publié dans la collection de la République des idées, le sociologue Camille Peugny mène une minutieuse entreprise de démolition de l’un des mythes fondateurs de la France moderne.

L’ouvrage s’ouvre sur ce constat clinique : «Dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études ; à l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution. Plus de deux siècles après la Révolution, les conditions de naissance continuent à déterminer le destin des individus. On ne devient pas ouvrier, on naît ouvrier.» Chiffres en main, cohorte après cohorte, l’auteur donne les pièces accablantes d’un scandale français. Il dénonce «la faible attention» portée au thème de la reproduction sociale, l’aveuglement complice des politiques, mais aussi, plus justement, de la société elle-même qui, au fond, n’entend changer aucune des règles qu’elle s’est données. Il fut un temps, pas si lointain, affirme Peugny, où il était de bon ton parmi les sociologues de constater la disparition des classes sociales en France. Difficiles à cerner avec les critères d’hier ou d’avant-hier, elles semblaient s’être dissoutes dans le progrès et surtout dans la «moyennisation» générale des sociétés occidentales. Beaucoup avaient déjà rangé les analyses de Pierre Bourdieu au magasin des accessoires surannés des années 60. Les quatre décennies bénies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale avaient commencé à bouger les lignes en matière de mobilité sociale mais elles ont surtout aveuglé tout le monde, comme si «le progrès générationnel» était l’irrésistible moteur de l’histoire. Il y eut d’abord une stabilité de la reproduction sociale dès la fin des années 70 puis, depuis dix ans, une «intensification» du même mouvement. Au point que la France est désormais à l’égale ou presque des sociétés américaines et britanniques dont elle avait fait depuis toujours ses épouvantails préférés. Cet ouvrage scientifique tient aussi du coup de gueule ou du cri d’alarme. La gauche s’est bercée d’illusions en voulant croire que «la massification scolaire» suffirait à inverser les logiques à l’œuvre. Trop de résistances perdurent, quand on sait depuis longtemps l’importance décisive du premier niveau d’enseignement. Peugny en appelle à une «révolution culturelle» et à un sursaut national ; il esquisse un programme qui ne semble pas hors de portée. Avec lui, on peut regretter que «l’exception française» ressemble aujourd’hui à une fâcheuse «régression».

Le destin au berceau de Camille Peugny Seuil, 114 pp., 11,80 €


Wight/43e: It’s a boy (Who’s that girl ? : 43 years on mystery pregnant hippie girl at legendary festival still not found)

24 juillet, 2013

Festival poster, listing artists booked to pla...

https://i2.wp.com/www.rocknrollbazar.com/1457-thickbox/the-who-live-at-the-isle-of-wight-festival-1970-color-vinyl.jpg
https://i0.wp.com/a403.idata.over-blog.com/0/06/00/52/Pochettes-2/isle-of-wight.jpg
 
https://i1.wp.com/www.blogotheque.net/wp-content/uploads/2010/08/iow-stage-jaap.jpg
 
https://i2.wp.com/newsimg.bbc.co.uk/media/images/47966000/jpg/_47966846_iowp4.jpg
Festival site
https://i2.wp.com/www.iowrock.demon.co.uk/jpegged/archives/festivals/afton/aerial.jpgiwfestgirlIt’s a boy, Mrs. Walker. The Who
The circus is in town Here comes the blind commissioner They’ve got him in a trance One hand is tied to the tight-rope walker The other is in his pants And the riot squad they’re restless They need somewhere to go As Lady and I look out tonight From Desolation Row … Bob Dylan (1961)
I watched her steeped in her own silence As she shuffled down the line With an arm around her unborn baby And her strength in slow decline She stood alone in natural beauty She seemed alone in every way Would the baby come tomorrow? Would her child be born today? (…) And I wondered where she’d go to As I often do today Have we crossed a path at some point? Have we passed along the way? And if I returned to Afton Would I see her on the hill? Hand in hand with all her children Would I recognize her still? Andy Billings
It is structured to lay a gossamer touch across the whole song from the arresting opening statement and the haunting glockenspiel to the use of a Leslie speaker cabinet for the guitar. The speaker baffle rotates, creating a Doppler effect of rising and falling waves of sound. Jimi plays the song almost like a pianist with the thumb fretting the bass notes like the pianist’s left hand, while the fingers of the fretting hand correspond to the right. The song fades on a magical solo after only two minutes and twenty-five seconds. Even live, ‘Little Wing’ was hardly any longer – he said what he wanted to say and stopped. Harry Shapiro
It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on. I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it. It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously. As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in Freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier. At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’. I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival. Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery. Bob Aylott
We put this festival on, you bastards, with a lot of love! We worked for one year for you pigs! And you wanna break our walls down and you wanna destroy it? Well you go to hell! Rikki Farr (organisateur)
By the end of the festival the press representatives became almost desperate for material and they seemed a little disappointed that the patrons had been so well behaved. Sir Douglas Osmond (Chief Constable, Hampshire Constabulary, Stevenson Report, 1971)
Bob Aylott’s iconic picture of this pregnant woman taken at the Isle Of Wight Festival in 1970, came to represent a festival legacy has now spanned decades. Embodying the free spirit, free love atmosphere in a stylish mini dress surrounded by the madness of the festival, for many this encompasses everything that’s great about the legendary 1970 Isle of Wight Festival. Yet 40 years on who she is is still a mystery….. This year the Isle of Wight Festival is celebrating 40 years since this picture was taken and is looking to answer the question; who was THE pregnant woman brave enough to travel all the way to the Isle of Wight for a once in a life time experience including seeing Jimi Hendrix at one of his last performances, before starting her family?  If you were at the festival in 1970 (or even if you weren’t) and have any information about who the unknown lady was then we want to hear from you! Did you camp next to her? See her in the crowd? Were you even at the festival with her? Any information you have to help us find her and uncover the story behind this fascinating picture 40 years on would be gratefully received. Isle of Wight festival

Plus de 600 000 personnes, les Who, le génial Hendrix (pour la dernière fois), les Doors (un an avant le Père Lachaise), Chicago, Procol Harum, les Moody Blues, Emerson, Lake & Palmer, Jethro Tull, Joan Baez, Leonard Cohen, Donovan, Joni Mitchell, Richie Havens, Pentangle, Family, Free, Ten years after …

Attention: une naissance peut en cacher une autre !

Au lendemain de la naissance ô combien médiatisée du probable futur 43e souverain de l’histoire britannique …

Comment, pour les quelque 600 000 anciens combattants du fameux 3e festival de Wight il y a 43 étés, ne pas repenser à la non moins fameuse chanson du célébrissime opéra rock des Who, « It’s a boy »?

Mais aussi, à la mystérieuse – et téméraire pour ceux qui se souviennent, sans compter la drogue, de la mer de boue et de détritus qu’était vite devenu malgré la plage à côté le festival (surnommé d’ailleurs avec raison « Desolation row« ) ? – jeune fille enceinte jusqu’aux yeux au milieu d’une mer de tentes qu’un photographe avait choisie – à défaut de l’enfant de l’amour qui tardait à venir – comme icone (hippie à souhait avec sa minijupe et ses cheveux longs et libres) des fameux « six jours qui avaient », disait-on un an après le célébrissime festival de Woodstock, « bercé ou ébranlé le monde » ?

Comme d’ailleurs, même si le festival a repris depuis le 40e anniversaire la tradition (avec même une chanson) de la photo de la jeune fille enceinte au milieu des tentes, à son enfant – et peut-être garçon ? – aujourd’hui âgé de 43 ans ?

IoW Festival’s mystery girl photo

By Dominic Blake
BBC Radio Solent reporter

2 June 2010

Picture of girl in campsite at Isle of Wight Festival

Forty years ago this summer, a young press photographer was on his « dream assignment » – working at the third Isle of Wight Festival.

Bob Aylott was 21 and relishing snapping bands like the Doors, the Who, as well as some of the 600,000 fans.

Among them was a heavily pregnant ‘hippy’ girl, whose image has since become iconic of the festival, but her identity has remained unknown.

Now Bob would dearly like to put a name to girl in the photograph.

A life in photography

Bob Aylott

These days Bob can be found back in his home town of Fareham working out of his studio in West Street, where his white walls are hung with images from a remarkable career.

Alongside the photos of rock stars and Isle of Wight festival revellers are some of the famous people he has known, and photographed during more than four decades as a press photographer in Britain and the US.

They include Muhammad Ali, Frank Sinatra and George Best. During a spell in the US, Bob won a World Press Award for photographs of serial killer Charles Manson.

Dream assignment

Bob was sent to the Isle of Wight Festival by his editors at the Daily Sketch newspaper. Over half a million people had also crossed the Solent for the event at Afton Down on the Isle of Wight.

But he recollects his bosses were not particularly interested in the giant rock festival. He explained: « It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on. »

Isle of Wight Festival 1970

He continued: « I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it. »

As a photographer at a festival, in the days before every arm had a mobile phone camera attached to it, Bob was central in documenting the event which he remembers being a real farewell to the 1960s.

He explained: « It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously.

« As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier. »

Mystery girl

The image which has been associated with the Isle of Wight Festival ever since was one of a heavily pregnant girl among the tents.

Film crew

« At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’. »

Although the photograph was filed to London, it was never published and the negatives were stored. Somehow the caption details with the girl’s name and details got lost.

When Bob came to use it in an exhibition in 1972, the girl’s name was unknown, but that did not stop the image becoming iconic with posters printed and seen all over the world.

Four decades on, Bob is no closer to discovering the identity of the mother-to-be. But has often wondered what happened to her and the ‘bump’ – who would now be approaching their 40th birthday.

He said: « I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival.

« Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery. »

If you know the identity of the mystery girl at the 1970 Isle of Wight festival, email hampshire@bbc.co.uk.

More of Bob’s Isle of Wight Festival Pictures can be seen in Six Days that Rocked the World published in 2009, as well as at a new exhibition – Six Days That Rocked The World, Celebrating the 40th Annivesary of the 1970 Isle of Wight Festival at West Bury Manor Museum, Fareham – from 5 June -28 August 2010.

Voir aussi:

Isle of Wight Festival 1970: Who’s that girl?

By : June 2, 2009 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

This pregnant hippie in a sea of tents is destined to become the face of the 1970 Isle of Wight Pop Festival. But who is she?  The girl with no name standing in the middle of Desolation Row at the 1970 Festival features in a new book and on a poster celebrating the 40th anniversary of the iconic festival in 2010.

Island Pulse exclusive news update 3rd July 2010: The search continues to find the pregnant hippie girl.  Andy Billups bass player for the Hamsters, today releases ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. The song  was inspired by Bob Aylotts’ iconic image of the unknown pregnant girl and the single can be purchased from Framers in Ryde.  Read more click here: Also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures as: Pregnant Pause At Festival 40 Years On.. click here: and It’s A Boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010.

‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’  the festival attracted more than 500,000 fans and starred Jimi Hendrix, The Who and Joan Baez.

Island Pulse met up with former Fleet Street photographer Bob Aylott (pictured) who took the photograph, and along with the help of six other award winning press photographers wrote and published the book.

Bob said:

Bob Aylott: Image Copyright Island Pulse

’The photograph was never published at the time. Now it is one of the iconic images of the world’s greatest rock festival. It would be fantastic to find her and discover what happened to the child. The book and a poster print of the image will be sold around the world’.

The book ‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’ is in limited edition and published by The Press Photographers Gallery.   Last weekend Yarmouth Old Gaffers Festival witnessed a unique launch of the book and copies are now available to purchase online, more details here:

Isle of Wight Festival 1970 Book: Six Days That Rocked The World Compiled by Bob Aylot includes photography from five other award winning press photographers.

It’s A Boy for Festival Belle 2010

By : July 3, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

Congratulations it’s a boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010. Regular readers of Island Pulse will remember as part of this years Isle of Wight Festival coverage our man on the inside ex fleet street photographer Bob Aylott managed yet another scoop and recreated his iconic image of a ‘Mystery Girl?  from the 1970 IW Festival.

As we reported earlier, all set to give birth to her first baby, Laura Wolfe (pictured) was excited to be part of the 1970 festival anniversary celebrations and more than happy to be a model mum in helping Bob Aylott recreate his iconic image (see below) 40 years on.

The baby was almost in the Pink and could have experienced an unusual introduction to the world.

The couple, Laura and Danny, who live in Lake, were not expecting their baby to be born at the festival, so when first-time mum Laura started to experience pains during Pink’s performance it caused some concern for dad to be Danny.

Thankfully Laura held out to enjoy Sunday headline act Paul McCartney before taking a trip to the welfare tent, then deciding a visit to hospital might be in order.

Because the couple and bump had built up a rapport with photographer Bob Aylott, Danny joked:  “it was touch and go whether to phone Bob or the ambulance.”

The pains turned out to be a false alarm, possibly Braxton Hick’s contractions which are something first time mums often experience, but as a precaution Laura spent the rest of that night in St Mary’s Hospital.

However this launched Laura, Danny and bump on a roller coaster of visits back and forth to the hospital during the week. This happily resulted in Laura giving birth to a healthy baby boy, Louie Michael, at 11.22am the following Saturday 19th June.

Although these are belated congratulations, as we all know, life for a new mum is a hectic, we managed to pop in and capture Laura with baby Louie and hope she likes the result.

The Search For the ‘Mystery 1970 Festival Girl’ Continues…

While every newsroom across the world focused on the Isle of Wight festival acts 2010,  inside reporter Bob Aylott got sidetracked to bring his very own festival exclusive. When Laura discovered that Bob was the photographer of the ‘Mystery 1970 Festival Girl’, that she and her partner had read about, she was more than happy to let him, photographically,  record this two fold anniversary event.

Island Pulse revealed the exclusive news: search continues to find the pregnant hippie girl. Inspired by Bob Aylotts’  iconic image of the unknown pregnant girl at the 1970 festival,  Andy Billups bass player for the Hamsters, released ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. Read more click here: also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures  2010 click here:

‘Afton Belle’ in Search of Who’s That Girl?

By : June 10, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

Antiracisme: Dur dur d’être un King ou un Mandela aujourd’hui ! (Pity our poor civil right leaders: How do you keep blaming a system you’ve long been part of ?)

23 juillet, 2013
https://i2.wp.com/www.drybonesproject.com/blog/D13728_1.gifDry Bones cartoon: Prisoner Release, Convicts, Negotiations, Palestinians, Abbas, Kerry, Pollard, Jonathan Pollard, Peace, Peace Agreement, terrorists, Terrorism, PLO, IsraelPhotoDo you know that Negroes are 10 percent of the population of St. Louis and are responsible for 58% of its crimes? We’ve got to face that. And we’ve got to do something about our moral standards. We know that there are many things wrong in the white world, but there are many things wrong in the black world, too. We can’t keep on blaming the white man. There are things we must do for ourselves. Dr. Martin Luther King Jr.
The world will tell us he was killed by accident. Yes, it was a social accident. … It’s an accident to allow an apartheid ambulance service in the middle of Crown Heights. … Talk about how Oppenheimer in South Africa sends diamonds straight to Tel Aviv and deals with the diamond merchants right here in Crown Heights. The issue is not anti-Semitism; the issue is apartheid. … All we want to say is what Jesus said: If you offend one of these little ones, you got to pay for it. No compromise, no meetings, no kaffe klatsch, no skinnin’ and grinnin’. Pay for your deeds. Al Sharpton (Crown Heights, 1991)
Vous savez, quand Trayvon Martin a été tué, j’avais dit qu’il aurait pu être mon fils. Une autre manière de formuler les choses, c’est de dire que Trayvon Martin, ç’aurait pu être moi, il y a 35 ans. (…) Dans ce pays, il y a très peu d’hommes Américains d’origine africaine qui n’ont pas fait l’expérience d’être suivis quand ils faisaient des courses dans un grand magasin. Je l’ai été moi aussi. Il y a très peu d’Américains d’origine africaine qui n’ont pas fait l’expérience de prendre l’ascenseur et de voir une femme serrer son porte-monnaie nerveusement et retenir sa respiration jusqu’à ce qu’elle puisse sortir. Cela arrive souvent. Obama (2013)
High rates of black violence in the late twentieth century are a matter of historical fact, not bigoted imagination. The trends reached their peak not in the land of Jim Crow but in the more civilized North, and not in the age of segregation but in the decades that saw the rise of civil rights for African Americans—and of African American control of city governments. William Stuntz (Harvard Law professor)
Today’s black leadership pretty much lives off the fumes of moral authority that linger from its glory days in the 1950s and ’60s. The Zimmerman verdict lets us see this and feel a little embarrassed for them. Consider the pathos of a leadership that once transformed the nation now lusting for the conviction of the contrite and mortified George Zimmerman, as if a stint in prison for him would somehow assure more peace and security for black teenagers everywhere. This, despite the fact that nearly one black teenager a day is shot dead on the South Side of Chicago—to name only one city—by another black teenager. This would not be the first time that a movement begun in profound moral clarity, and that achieved greatness, waned away into a parody of itself—not because it was wrong but because it was successful. Today’s civil-rights leaders have missed the obvious: The success of their forbearers in achieving social transformation denied to them the heroism that was inescapable for a Martin Luther King Jr. or a James Farmer or a Nelson Mandela. Jesse Jackson and Al Sharpton cannot write a timeless letter to us from a Birmingham jail or walk, as John Lewis did in 1965, across the Edmund Pettus Bridge in Selma, Ala., into a maelstrom of police dogs and billy clubs. That America is no longer here (which is not to say that every trace of it is gone). The Revs. Jackson and Sharpton have been consigned to a hard fate: They can never be more than redundancies, echoes of the great men they emulate because America has changed. Hard to be a King or Mandela today when your monstrous enemy is no more than the cherubic George Zimmerman. The purpose of today’s civil-rights establishment is not to seek justice, but to seek power for blacks in American life based on the presumption that they are still, in a thousand subtle ways, victimized by white racism. This idea of victimization is an example of what I call a « poetic truth. » Like poetic license, it bends the actual truth in order to put forward a larger and more essential truth—one that, of course, serves one’s cause. Poetic truths succeed by casting themselves as perfectly obvious: « America is a racist nation »; « the immigration debate is driven by racism »; « Zimmerman racially stereotyped Trayvon. » And we say, « Yes, of course, » lest we seem to be racist. Poetic truths work by moral intimidation, not reason. In the Zimmerman/Martin case the civil-rights establishment is fighting for the poetic truth that white animus toward blacks is still such that a black teenager—Skittles and ice tea in hand—can be shot dead simply for walking home. But actually this establishment is fighting to maintain its authority to wield poetic truth—the authority to tell the larger society how it must think about blacks, how it must respond to them, what it owes them and, then, to brook no argument. One wants to scream at all those outraged at the Zimmerman verdict: Where is your outrage over the collapse of the black family? Today’s civil-rights leaders swat at mosquitoes like Zimmerman when they have gorillas on their back. Seventy-three percent of all black children are born without fathers married to their mothers. And you want to bring the nation to a standstill over George Zimmerman? Shelby Steele
Any candid debate on race and criminality in this country would have to start with the fact that blacks commit an astoundingly disproportionate number of crimes. African-Americans constitute about 13% of the population, yet between 1976 and 2005 blacks committed more than half of all murders in the U.S. The black arrest rate for most offenses—including robbery, aggravated assault and property crimes—is typically two to three times their representation in the population. The U.S. criminal-justice system, which currently is headed by one black man (Attorney General Eric Holder) who reports to another (President Obama), is a reflection of this reality, not its cause. (…) The left wants to blame these outcomes on racial animus and « the system, » but blacks have long been part of running that system. Black crime and incarceration rates spiked in the 1970s and ’80s in cities such as Cleveland, Detroit, Chicago and Philadelphia, under black mayors and black police chiefs. Some of the most violent cities in the U.S. today are run by blacks. (…) Did the perception of black criminality play a role in Martin’s death? We may never know for certain, but we do know that those negative perceptions of young black men are rooted in hard data on who commits crimes. We also know that young black men will not change how they are perceived until they change how they behave. The homicide rate claiming black victims today is seven times that of whites, and the George Zimmermans of the world are not the reason. Some 90% of black murder victims are killed by other blacks. Jason L. Riley

Comment continuer à dénoncer un système dont on fait partie depuis des décennies ?

A l’heure où l’Europe nous refait le coup de la la différence entre son « aile militaire » et le parti de Dieu aux 18 000 fusées (ou 40 000 ?) …

Et où le dernier lauréat du concours de chaises musicales de Téhéran nous rejoue la repentance

Pendant que le secrétaire d’Etat américain nous refait le numéro des négociations avec des Palestiniens qui ne se sont toujours pas résolus à reconnaitre l’existence du pays avec lequel ils sont censés négocier …

Comment ne pas compâtir aux efforts presque attendrissants tant du premier président noir-américain que de ses amis chasseurs d’ambulances pour tenter de ranimer des flammes interraciales tellement désespérément vacillantes …

Que pour une communauté qui ne représente que 13% de la population et est impliquée dans plus de la moitié des meurtres,  à peine 10% de ceux-ci sont inter-raciaux ?

Et ce, à un moment historique où ladite communauté contrôle non seulement la présidence et le ministère de la justice …

Mais,  depuis des décennies, la mairie et la police de nombre des plus grandes et des plus violentes villes américaines ?

Sans compter qu’avec 73% des enfants nés de mères célibataires, ladite situation ressemble encore étrangement …

A celle qu’avait décrite, en pleine lutte pour les droits civiques il y a plus de 50 ans, un certain Martin Luther King ?

Race, Politics and the Zimmerman Trial

The left wants to blame black criminality on racial animus and ‘the system,’ but blacks have long been part of running that system.

Jason L. Riley

WSJ

July 15, 2013

George Zimmerman’s acquittal of murder charges in a Florida court has been followed by predictable calls for America to have a « national conversation » about this or that aspect of the case. President Obama wants to talk about gun control. Civil-rights leaders want to talk about racial profiling. Others want to discuss how the American criminal justice system supposedly targets black men.

All of which is fine. Just don’t expect these conversations to be especially illuminating or honest. Liberals in general, and the black left in particular, like the idea of talking about racial problems, but in practice they typically ignore the most relevant aspects of any such discussion.

Any candid debate on race and criminality in this country would have to start with the fact that blacks commit an astoundingly disproportionate number of crimes. African-Americans constitute about 13% of the population, yet between 1976 and 2005 blacks committed more than half of all murders in the U.S. The black arrest rate for most offenses—including robbery, aggravated assault and property crimes—is typically two to three times their representation in the population. The U.S. criminal-justice system, which currently is headed by one black man (Attorney General Eric Holder) who reports to another (President Obama), is a reflection of this reality, not its cause.

« High rates of black violence in the late twentieth century are a matter of historical fact, not bigoted imagination, » wrote the late Harvard Law professor William Stuntz in « The Collapse of American Criminal Justice. » « The trends reached their peak not in the land of Jim Crow but in the more civilized North, and not in the age of segregation but in the decades that saw the rise of civil rights for African Americans—and of African American control of city governments. »

The left wants to blame these outcomes on racial animus and « the system, » but blacks have long been part of running that system. Black crime and incarceration rates spiked in the 1970s and ’80s in cities such as Cleveland, Detroit, Chicago and Philadelphia, under black mayors and black police chiefs. Some of the most violent cities in the U.S. today are run by blacks.

The jury’s only job in the Zimmerman trial was to determine whether the defendant broke the law when he shot and killed 17-year-old Trayvon Martin last year in a gated community near Orlando, Fla. In cases of self-defense, it doesn’t matter who initiated the confrontation; whether Mr. Zimmerman singled out Martin because he was a black youngster in a neighborhood where there had been a series of burglaries by black youngsters; or whether Mr. Zimmerman disregarded what the police dispatcher told him before he got out of his car. Nor does it matter that Martin was unarmed and minding his own business when Mr. Zimmerman approached.

All that really mattered in that courtroom is whether Mr. Zimmerman reasonably believed that his life was in danger when he pulled the trigger. Critics of the verdict might not like the statutes that allowed for this outcome, but the proper response would not have been for the jury to ignore them and convict.

Did the perception of black criminality play a role in Martin’s death? We may never know for certain, but we do know that those negative perceptions of young black men are rooted in hard data on who commits crimes. We also know that young black men will not change how they are perceived until they change how they behave.

The homicide rate claiming black victims today is seven times that of whites, and the George Zimmermans of the world are not the reason. Some 90% of black murder victims are killed by other blacks.

So let’s have our discussions, even if the only one that really needs to occur is within the black community. Civil-rights leaders today choose to keep the focus on white racism instead of personal responsibility, but their predecessors knew better.

« Do you know that Negroes are 10 percent of the population of St. Louis and are responsible for 58% of its crimes? We’ve got to face that. And we’ve got to do something about our moral standards, » Dr. Martin Luther King Jr. told a congregation in 1961. « We know that there are many things wrong in the white world, but there are many things wrong in the black world, too. We can’t keep on blaming the white man. There are things we must do for ourselves. »

Mr. Riley is a member of the Journal’s editorial board.

Voir aussi:

The Decline of the Civil-Rights Establishment

Black leaders weren’t so much outraged at injustice as they were by the disregard of their own authority

Shelby Steele

WSJ

July 21, 2013

The verdict that declared George Zimmerman not guilty of murdering Trayvon Martin was a traumatic event for America’s civil-rights establishment, and for many black elites across the media, government and academia. When you have grown used to American institutions being so intimidated by the prospect of black wrath that they invent mushy ideas like « diversity » and « inclusiveness » simply to escape that wrath, then the crisp reading of the law that the Zimmerman jury displayed comes as a shock.

On television in recent weeks you could see black leaders from every background congealing into a chorus of umbrage and complaint. But they weren’t so much outraged at a horrible injustice as they were affronted by the disregard of their own authority. The jury effectively said to them, « You won’t call the tune here. We will work within the law.

Today’s black leadership pretty much lives off the fumes of moral authority that linger from its glory days in the 1950s and ’60s. The Zimmerman verdict lets us see this and feel a little embarrassed for them. Consider the pathos of a leadership that once transformed the nation now lusting for the conviction of the contrite and mortified George Zimmerman, as if a stint in prison for him would somehow assure more peace and security for black teenagers everywhere. This, despite the fact that nearly one black teenager a day is shot dead on the South Side of Chicago—to name only one city—by another black teenager.

This would not be the first time that a movement begun in profound moral clarity, and that achieved greatness, waned away into a parody of itself—not because it was wrong but because it was successful. Today’s civil-rights leaders have missed the obvious: The success of their forbearers in achieving social transformation denied to them the heroism that was inescapable for a Martin Luther King Jr. or a James Farmer or a Nelson Mandela. Jesse Jackson and Al Sharpton cannot write a timeless letter to us from a Birmingham jail or walk, as John Lewis did in 1965, across the Edmund Pettus Bridge in Selma, Ala., into a maelstrom of police dogs and billy clubs. That America is no longer here (which is not to say that every trace of it is gone).

The Revs. Jackson and Sharpton have been consigned to a hard fate: They can never be more than redundancies, echoes of the great men they emulate because America has changed. Hard to be a King or Mandela today when your monstrous enemy is no more than the cherubic George Zimmerman.

Why did the civil-rights leadership use its greatly depleted moral authority to support Trayvon Martin? This young man was, after all, no Rosa Parks—a figure of indisputable human dignity set upon by the rank evil of white supremacy. Trayvon threw the first punch and then continued pummeling the much smaller Zimmerman. Yes, Trayvon was a kid, but he was also something of a menace. The larger tragedy is that his death will come to very little. There was no important principle or coherent protest implied in that first nose-breaking punch. It was just dumb bravado, a tough-guy punch.

The civil-rights leadership rallied to Trayvon’s cause (and not to the cause of those hundreds of black kids slain in America’s inner cities this very year) to keep alive a certain cultural « truth » that is the sole source of the leadership’s dwindling power. Put bluntly, this leadership rather easily tolerates black kids killing other black kids. But it cannot abide a white person (and Mr. Zimmerman, with his Hispanic background, was pushed into a white identity by the media over his objections) getting away with killing a black person without undermining the leadership’s very reason for being.

The purpose of today’s civil-rights establishment is not to seek justice, but to seek power for blacks in American life based on the presumption that they are still, in a thousand subtle ways, victimized by white racism. This idea of victimization is an example of what I call a « poetic truth. » Like poetic license, it bends the actual truth in order to put forward a larger and more essential truth—one that, of course, serves one’s cause. Poetic truths succeed by casting themselves as perfectly obvious: « America is a racist nation »; « the immigration debate is driven by racism »; « Zimmerman racially stereotyped Trayvon. » And we say, « Yes, of course, » lest we seem to be racist. Poetic truths work by moral intimidation, not reason.

In the Zimmerman/Martin case the civil-rights establishment is fighting for the poetic truth that white animus toward blacks is still such that a black teenager—Skittles and ice tea in hand—can be shot dead simply for walking home. But actually this establishment is fighting to maintain its authority to wield poetic truth—the authority to tell the larger society how it must think about blacks, how it must respond to them, what it owes them and, then, to brook no argument.

The Zimmerman/Martin tragedy has been explosive because it triggered a fight over authority. Who gets to say what things mean—the supporters of George Zimmerman, who say he acted in self- defense, or the civil-rights establishment that says he profiled and murdered a black child? Here we are. And where is the authority to resolve this? The six-person Florida jury, looking carefully at the evidence, decided that Mr. Zimmerman pulled the trigger in self-defense and not in a fury of racial hatred.

And here, precisely at the point of this verdict, is where all of America begins to see this hollowed- out civil-rights establishment slip into pathos. Almost everyone saw this verdict coming. It is impossible to see how this jury could have applied the actual law to this body of evidence and come up with a different conclusion. The civil-rights establishment’s mistake was to get ahead of itself, to be seduced by its own poetic truth even when there was no evidence to support it. And even now its leaders call for a Justice Department investigation, and they long for civil lawsuits to be filed—hoping against hope that some leaf of actual racial victimization will be turned over for all to see. This is how a once-great social movement looks when it becomes infested with obsolescence.

One wants to scream at all those outraged at the Zimmerman verdict: Where is your outrage over the collapse of the black family? Today’s civil-rights leaders swat at mosquitoes like Zimmerman when they have gorillas on their back. Seventy-three percent of all black children are born without fathers married to their mothers. And you want to bring the nation to a standstill over George Zimmerman?

There are vast career opportunities, money and political power to be gleaned from the specter of Mr. Zimmerman as a racial profiler/murderer; but there is only hard and selfless work to be done in tackling an illegitimacy rate that threatens to consign blacks to something like permanent inferiority. If there is anything good to be drawn from the Zimmerman/Martin tragedy, it is only the further revelation of the corruption and irrelevance of today’s civil-rights leadership.

Mr. Steele is a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution. Among his books is « White Guilt » (HarperCollins, 2007).

Voir également:

The Zimmerman Verdict

WSJ

July 15, 2013

New federal civil-rights charges would smack of double jeopardy.

An American criminal defendant is presumed to be innocent until proven guilty beyond a reasonable doubt, and that’s the standard to keep in mind when considering the jury’s not guilty verdict Saturday for George Zimmerman in the murder of 17-year-old Trayvon Martin.

The case has been fraught with racial politics from the start, but inside the Sanford, Florida courtroom, the jurors had to wrestle with the standard that is a hallmark of American justice. No one but Mr. Zimmerman knows what happened that early evening in 2012 when he followed Martin, an unfamiliar young, African-American male visiting the neighborhood. A scuffle ensued, Zimmerman shot Martin in what he says was self-defense, and prosecutors never produced an eyewitness or even much evidence to disprove Mr. Zimmerman.

The verdict compounds the tragedy for the Martin family, but no one can claim that their son was not represented in court. The state threw everything it had at Mr. Zimmerman. Gov. Rick Scott replaced local prosecutors with a special team from Jacksonville, the judge often ruled favorably for the prosecution, including the addition of the lesser manslaughter charge (in addition to second-degree murder) at the end of the trial.

Still the state could not prove its case to the satisfaction of the six jurors, all women, for whom the easiest decision in terms of public approval would have been to convict. No less than President Obama had commented on the local case after Mr. Zimmerman was not originally charged by local authorities.

« If I had a son, he’d look like Trayvon, » Mr. Obama said. He was echoed by hundreds of politicians and commentators who wanted to put racial profiling on trial as much as they did Mr. Zimmerman. But a criminal trial is not a legislature, or a venue to debate social policy.

Benjamin Jealous of the NAACP is already lobbying Attorney General Eric Holder to indict Mr. Zimmerman on federal civil-rights charges. To do so and win a conviction would require proof that Mr. Zimmerman was motivated by racial animus when the record shows little more than a reference by Mr. Zimmerman to « punks » in a comment to a police dispatcher.

Millions of Americans would see such federal charges as an example of double jeopardy, and a politicized prosecution to boot. In this context, it was good to see Mr. Obama’s statement Sunday that « we are a nation of laws, and a jury has spoken. »

The larger issue of how American society, and especially the police, treat young black males deserves attention and often receives it. There is no doubt that many law-abiding black men are eyed suspiciously in some quarters because they are black. The motivation may sometimes be racial. But such a discussion also cannot exclude that the main victims of crimes committed by young black men are other blacks. A policy like New York City’s « stop and frisk » rule prevents more crime in minority neighborhoods against minorities than it does in white areas of Manhattan.

Mr. Zimmerman made many mistakes that February evening, not least failing to heed police advice not to pursue Martin. Despite his acquittal, he will pay for those mistakes for years as he defends against a possible civil suit and must wear a bullet-proof vest to protect himself from threats of violent revenge that he has to take seriously.

If there is any satisfaction in his acquittal, it is that the jurors followed the law’s requirements that every defendant deserves a fair trial, even one who becomes a symbol of our polarized racial politics.

 Voir encore:

The Zimmerman Verdict and the Broader Perspective

Letters to the Editor

WSJ

LETTERS July 21, 2013

The Zimmerman Verdict and the Broader

Perspective

Zimmerman verdict shows our system working as designed.

Regarding your editorial « The Zimmerman Verdict » (July 15): The outcry over the Zimmerman not-guilty verdict reveals the general public’s ignorance of the U.S. criminal justice system. A guilty verdict means the government presented evidence against the defendant proving guilt beyond a reasonable doubt. A not-guilty verdict means the evidence could have been 70% to 85% against the defendant, but still subject to a reasonable doubt. To win a civil damages case the party bringing the suit need only present a weight or preponderance of evidence, meaning 51% or greater, to prevail.

Trayvon Martin’s family could very well sue Mr. Zimmerman in civil court and win a damages award under the lower « weight of evidence » standard of proof. O.J. Simpson’s victims did just that and won big. Whether they actually collected anything is another matter. Despite having sat through civics classes in high school and perhaps American government in college, Americans still naively view the criminal justice system as a « High Noon » good versus evil shootout, which it is not and never was, but still is the best in the world.

David P. Carter

Seminole, Fla.

After weeks of Mr. Zimmerman’s trial, we are now inundated with negative reactions, including demonstrations, against his not-guilty verdict. More amazing is the possibility that the federal government might try him a second time. Meanwhile, completely unnoticed, the Chicago Tribune reported 74 shooting victims and 12 deaths during the same Fourth of July period in President Obama’s hometown.

Dick Ettington

Palos Verdes, Calif.

What a refreshingly honest and courageous article by Jason Riley (« Race, Politics and the Zimmerman Trial, » op-ed, July 16). I hope that any « national conversation » about these issues would, similarly, use facts and data to make arguments, rather than the emotional distortions that more typically drown out rational discussion. By accepting the real risk of being labeled a bigot, he has provided a factual guide to help focus the broader discussion. The disproportionate rate of crime in and against black communities cannot be effectively addressed without honest and frank assessments based on the available data.

Richard Zahren

Pittsburgh

Mr. Riley’s piece is proper but misses the injustice done to the defendant by the prosecution.

Though Mr. Zimmerman won the trial, he lost everything of value to him and his parents. They cannot live in their own home. They must be in hiding from the fear of death threats against them.

Mr. Zimmerman cannot get a job easily. He will have to pay legal fees for his defense. If this were a civil case, the plaintiff would have to pay his attorney fees for losing the unwarranted trial without weighing the facts of the case.

If the Justice Department continues on the same journey by bringing charges, it would further ruin Mr. Zimmerman.

Shantu Shah

Portland, Ore.

Mr. Riley writes that « young black men will not change how they are perceived until they change how they behave. » All citizens deserve equal rights, including the right to freedom of movement. By appearing to hold law-abiding individuals responsible for wrongdoers in their (perceived) group, statements like this amount to an apology for interference with these rights.

Jonathan Levine

Ann Arbor, Mich.

Voir par ailleurs:

EU’s Moral Confusion on Terrorism

Emanuele Ottolenghi

Commentary

07.22.2013

Today, the European Union decided to put the armed wing of Hezbollah on its terror list. This is a welcome, if belated, step, given that it took the EU a whole year after Hezbollah conducted a murderous operation on European soil to take action.

It is also a sign of the moral confusion reigning over EU Middle East foreign policy.

You will be shocked to know that a Google search for “red brigades” and “armed wing” will not yield much. Same for “IRA” and “armed wing.” Or Baader-Mainhof group and the same. Can you imagine, for example, a 1979 headline from an Italian daily announcing that the European Economic Community (the precursor to the European Union) had finally deliberated, a year after the Italian Red Brigades had kidnapped and murdered a former prime minister, that only their armed wing deserved to be called a terrorist group?

Granted, the EEC powers were more limited back then. But Europeans never found it as difficult to look at terror organizations and call them by their name. They did not waste time in intellectual contortionism and rhetorical hair splitting about what these organizations were–or what their members engaged in. The IRA, ETA, the Red Brigades, and the entire array of murderous groups from the extreme left and the extreme right of the European political spectrum became terrorists the minute they impugned a weapon and sought to achieve their political goals by murdering their adversaries and occasionally killing civilians indiscriminately. That those who gave the orders may have sat in an elected body, worked as members of a respectable profession, or served as the heads of a charitable foundation mattered little.

It took no great wisdom to see that the hand that held the gun and the mind that guided it were one and the same thing–that there was an inseparable, organic link between the ideologues who provided moral, intellectual, and political justification for violence, which in turn guided the violent executioners’ actions.

Similarly, there is no trace in newspaper clips or court proceedings for an “armed wing” of the mob or an “armed wing” of the drug cartels, which are somehow distinct, in terms of “command responsibility” from the rest of the organization. Mob hit man Giovanni Brusca, one of the Corleone clan’s most ruthless killers, did not somehow belong to the “armed wing” of the mafia, where he killed people unbeknownst to the otherwise charitable dons. The Mexican Zetas certainly have a military wing–more like an army of gruesome murderers–and it is certainly integral to the entire organization and its aims. Whether the Zetas or the mob provide a pension to their family members or send them to good doctors is immaterial to the way we understand these groups, their aims, and their methods. Nor are their business interests somehow classified into “legitimate” and “illegitimate.” Whether it’s drug trafficking or money laundering through art and real estate, we call it criminal, because … well, it is criminal.

But the EU sticks to its own imagined distinction when it comes to radical Islamic groups engaged in terrorist activities. Though you will be hard pressed to find reference to an armed wing of Hezbollah within Hezbollah, such references abound in the Western press. It is a convenient way to avoid having to tackle the problem of Hezbollah–a proxy of the Iranian regime whose ideology justifies the use of violence for political ends and whose entire structure thus serves the purpose of carrying out such violence.

All this, of course, is not to make the perfect the enemy of the good–better sanctions against a legal fiction than no sanctions at all, if the former have more real consequences than the latter.

But longer term, the EU will prove itself yet again ineffectual in the Middle East unless it is prepared to exercise moral clarity and recognize that the “armed wing” of Hezbollah is not a case of the right hand not knowing what the left hand does–more like a case of a division of labor within an organization where the military wing executes the vision of its political leadership.

Voir de même:

The High Price of Kerry’s Pyrrhic Victory

Jonathan S. Tobin

Commentary

07.19.2013

After weeks of looking silly chasing his tail in what appeared to be a futile attempt to revive Middle East peace talks, Secretary of State John Kerry is looking like a winner this afternoon as he was able to announce that he had been able to “establish a basis” for a new round of negotiations of between Israel and the Palestinian Authority. Assuming the Palestinians actually show up next week in Washington as Kerry thinks they will, this will be something of a victory for a secretary who has gone from humiliation to humiliation during his brief term in office. Even if all it amounts to is a photo op, Kerry can claim it is evidence of the diplomatic prowess he thinks he possesses. But before he starts writing his Nobel Peace Prize acceptance speech (if it isn’t already composed at least in his head), we need to understand that it is highly unlikely that anything good may come of this initiative. Even worse, the price the United States has paid for getting even this far may be far higher than any possible good that could come from this event.

It should be understood that the tentative and highly conditioned agreement to return to negotiations was only won by an American agreement to accept Palestinian preconditions that President Obama had already rejected and that would, in no small part, tilt the diplomatic playing field against Israel:

Ahmed Majdalani, a PLO executive committee member, told the Associated Press that Kerry has proposed holding talks for six to nine months focusing on the key issues of borders and security arrangements. He said Kerry would endorse the 1967 lines as the starting point of negotiations and assured the Palestinians that Israel would free some 350 prisoners gradually in the coming months.

This came after President Obama phoned Prime Minister Netanyahu yesterday to pressure him to cooperate with Kerry. Israel had already agreed to talk without preconditions, but apparently the president wanted Netanyahu’s assurance that he would not protest the way the secretary had buckled to PA leader Mahmoud Abbas’s conditions. But having arrived at negotiations in this manner, neither Kerry nor Obama seems to have considered what comes next. The Palestinians have already made it abundantly clear that they won’t actually negotiate in good faith but will only show up expecting the U.S. to deliver Israeli concessions to them on a silver platter. Even if he wanted to sign an accord, Abbas hasn’t the power to speak for all Palestinians. Since that is a certain formula for failure, it is incumbent on Washington to understand that another breakdown in talks could serve as a new excuse for Palestinian violence.

The reason why rational observers have been so wary of Kerry’s initiative is not just the fact that the Palestinians had no interest in returning to negotiations they’ve been boycotting for four and a half years. Both Israel and the Palestinians didn’t wish to obstruct Kerry’s desire for talks. He might have left off once the Palestinians demonstrated their lack of interest, but since he persisted in this manner, they felt they had no choice but to show up.

But Abbas and the PA are too weak to agree to any deal that would conclusively end a conflict that neither Hamas nor much of Fatah actually wants to end. Recognizing the legitimacy of a Jewish state, no matter where its borders might be drawn, is something that no Palestinian leader can afford to do at this point in history. The culture of Palestinian politics that has revolved around the delegitimization of Israel and Jewish history makes it impossible. That’s why they’ve already rejected three Israelis offers of a Palestinian state including almost all of the West Bank and a share of Jerusalem. So even if Netanyahu were foolish enough to agree to withdrawals that would, in effect, recreate the independent Palestinian terror state that already exists in Gaza in the West Bank, Abbas still can’t say yes.

But by forcing this confrontation at a time when conditions simply don’t exist for a resolution of the conflict, Kerry is not just occupying himself with an issue that is clearly less pressing that the other crises in the Middle East like Egypt, Syria or the Iranian nuclear threat. Since failure is foreordained and the Palestinians are likely to bolt the talks at the first opportunity, what will follow will be far worse than merely a continuation of the present stalemate. The Palestinians will treat any outcome—even one created by their intransigence—as an excuse for either an upsurge in violence against Israel or an effort to use their status at the United Nations to work to further isolate the Jewish state.

Just as damaging, by again putting the U.S. seal of approval on the Palestinian demand for the 1967 lines as Israel’s borders, Kerry and Obama have also worsened Israel’s position once the talks collapse. Any outcome other than total Israeli acquiescence to Palestinian demands would also serve as justification for more European Union sanctions on Israel, even, as is likely, if such a surrender were to fail to be enough to entice the Palestinians to take yes for an answer.

Netanyahu will be criticized by many in his party for going along with what is likely to be at best, a farce, and, at worst, a dangerous trap. But having already rightly said that he was willing to negotiate with Abbas under any circumstance, he must send representatives to Washington. But neither he, the people of Israel, nor the Jewish state’s friends in this country should be under any illusions that what will ensue from Kerry’s diplomatic experiment will be helpful.

As much as Israel wants and needs peace, the conflict is at a stage when the best that can be hoped for is that it be managed in such a way as to minimize violence and encourage Palestinian development. Though Kerry is offering the PA lots of cash, there is little chance it will be used appropriately or get the desired result.

Next week’s talks may be heralded as an unprecedented opportunity for peace, but the odds are, we will look back on this moment the way we do foolhardy efforts such as President Clinton’s Camp David summit in 2000 that set the stage for a bloody intifada that cost the lives of over a thousand Jews and far more Palestinians. The agreement to talk about talking is a pyrrhic victory for Kerry. Those who cheer this effort should think hard about who will bear the responsibility for the bloodshed that could result from Kerry’s folly.

Voir enfin:

Caught in the Flytrap of Tehran

The new president of the Islamic Republic, a reputed reformist, has invited exiles to return to Iran without fear. The last such offer had tragic results.

Bret Stephens

WSJ

July 22, 2013

« The Shanghai Russians expressed their delight. They were told they could take with them as many possessions as they wanted and whatever they wanted. . . . They were told they could settle wherever they wanted to in the Soviet Union and, of course, work at any profession or trade. They were transported from Shanghai in steamships. »

This is from Aleksandr Solzhenitsyn’s « The Gulag Archipelago. » It describes a postwar episode when Joseph Stalin lured expatriate Russians—many of them exiles (or children of exiles) from the Russian Revolution—back to the Soviet Union with patriotic appeals to rebuild their shattered motherland. Russians from Shanghai to Paris heeded the call, seeking to show, as Solzhenitsyn wryly noted, that « they had not been lying previously about their love » of their ancestral home.

The history comes to mind following a speech last week by Hassan Rouhani, Iran’s president-elect and reputed moderate. Addressing a group called the « Assembly of the Pioneers for Jihad and Martyrdom, » Mr. Rouhani made an overture to Iranians living abroad who wanted to make their peace with the regime.

« Those [Iranians] who are ready to return should have the way paved for them, since repentance is for everyone, » he said, according to a report by Radio Farda.

In 1945. . . a plenipotentiary from the Soviet government went to Shanghai and announced a decree of the Presidium of the Supreme Soviet extending forgiveness to all émigrés. Well, now, how could one refuse to believe that? The government certainly couldn’t lie! . . .

This isn’t the first time a supposedly reformist president of the Islamic Republic urged the estimated three million exiled Iranians to come home. Beginning in the early 1990s, and especially after Mohammad Khatami’s election as president in 1997, the regime made the same pitch. « Today, Islamic Iran opens its arms to you, » Mr. Khatami said in a message to exiles, adding that they were needed to help rebuild the country. Promises were made that no returnee would face prison time.

It’s impossible to say how many exiles returned to Iran for good. But many did begin traveling back and forth from the country, often for long stints, to work or study or visit relatives. Mr. Khatami’s outreach also had the effect of dividing the exile community politically between those who thought the regime could never be trusted and needed to be toppled, and those who believed in engaging it for the sake of reform.

It was the latter camp that wound up having the greatest influence in the West, not least by providing intellectual cover and moral standing to U.S. and European policy makers eager to reach out to Iran and make concessions. But it was also this camp that often paid the greatest personal price for trusting the regime.

Consider Ramin Jahanbegloo, a well-known Iranian philosopher and advocate of cultural dialogue. He was teaching at the University of Toronto when he decided to return to Iran in 2001 to take up an academic post. In 2006 he was imprisoned for four months on suspicion of being « one of the key elements in the American plan for the smooth toppling of the Islamic regime, » according to the Iranian Jomhuri Eslami newspaper.

Similar prison ordeals awaited Iranian expatriates such as Woodrow Wilson Center scholar Haleh Esfandiari, journalist Maziar Bahari, businessmanAli Shakeri, urban planner Kian Tajbakhsh. Far worse was the fate of Iranian-Canadian photojournalist Zahra Kazemi, who was arrested, tortured, raped and beaten to death in July 2003.

Then there is Hossein Derakhshan, a left-wing blogger who in 2006 made a case in the Washington Post for Iran’s acquisition of nuclear weapons. But he also visited Israel that year, writing that while it might be illegal for him to do so as an Iranian, as « a citizen of Canada I have the right to visit any country I want. » He was arrested in Iran in 2008, held in solitary confinement and tortured. In 2010 he was sentenced by an Iranian court to 19.5 years in Tehran’s infamous Evin prison.

Which brings us back to Mr. Rouhani’s invitation to Iranian exiles to return and repent. Last week, I asked dissident Saeed Ghasseminejad, a leader of the Iranian Liberal Students and Graduates who was jailed in Evin before coming to the U.S., how he would respond to the president-elect’s offer.

« The one who should repent his sins is Mr. Rouhani himself, » Mr. Ghassaminejad wrote me in an email. « He is part of a regime which has killed, raped and tortured thousands and expelled and displaced millions of Iranians. »

It would be nice if the West could treat the arrival of yet another alleged regime reformer with the same hard-earned skepticism. In the meantime, it’s worth recalling what happens to those who put their faith in the word of a totalitarian regime:

« The fate of the passengers varied. . . . Some of them were actually delivered to inhabited places, to cities, and allowed to live there for two or three years. Others were delivered in trainloads straight to their [Gulag] camps and were dumped out somewhere off a high embankment into the forest beyond the Volga, together with their white pianos and their jardinieres.

« In 1948-1949, the former Far Eastern emigres who had until then managed to stay out of camps were scraped up to the last man. »


Antisémitisme: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (Mark Twain and the Jews: When good intentions are not enough)

22 juillet, 2013
http://hiram7.files.wordpress.com/2008/06/mark-twain.jpgEt si Dieu était juif ça t´inquiéterait petite ? Serge Gainsbourg
Comment peut-on ne pas lire dans cette pièce le désir de caricature alors que le cliché de la riche juive (comme tous les autres) est montré, souligné, expliqué avec autant de transparence? Eric Noël (dramaturge canadien)
On m’a expliqué que tous ces stéréotypes étaient là pour être dénoncés, écrit-il dans un des textes qu’il a rédigés depuis la représentation de cette pièce. Selon des membres de la troupe, tous les personnages étaient déshumanisés et stéréotypés, pas seulement les juifs : la Chinoise tenait un balai, la prostituée était vulgaire […]. Puisque tout le monde en prend, pourquoi pas les juifs. Je me permets simplement de rappeler que tous les stéréotypes n’ont pas la même histoire. Certains stéréotypes ont servi à tuer. Ils ont même beaucoup tué. Michel Goldberg (professeur, université de la Rochelle)
Pourquoi, à votre avis, les Juifs sont-ils encore aujourd’hui la cible de tant d’animosités et que peuvent-ils faire en Amérique ou à l’étranger pour éviter cela ? Avocat juif américan (lettre à Mark Twain)
Si les statistiques sont justes, les juifs constituent un quart de un pour cent de la race humaine… A proprement parler, on ne devrait pas entendre parler d’eux. Mais on parle d’eux, on a toujours parlé d’eux. Les juifs ne sont pas plus importants que les autres peuples, mais leur place est pourtant hors de proportion avec la petitesse de leur nombre. Leur contribution à la liste des grands noms de la littérature, de la science, de l’art, de la musique, de la finance, de la médecine et des connaissances absconses, est également hors de proportion avec leur nombre… Les Egyptiens, les Babyloniens et les Perses s’élevèrent, remplirent la planète de sons et de splendeur, puis s’évanouirent comme dans un rêve pour ne plus revenir ; les Grecs et les Romains suivirent faisant grand bruit pour disparaître à leur tour… Les juifs les ont vu passer tous, leur ont survécu et demeurent ce qu’ils ont toujours été… Toutes choses meurent sauf les juifs ; les autres forces passent mais ils restent. Quel est le secret de leur immortalité ? Mark Twain
J’ai la conviction que la persécution du Juif n’est pas due pour une large part à des préjugés religieux. Non, le Juif est un faiseur d’argent. Il en a fait la fin et le but de sa vie. Il l’est depuis toujours. Son succès l’a rendu ennemi de toute la race humaine. Mark Twain
Le Juif est un homme d’argent ? Les familles Vanderbilt, Gould, Astor, Havemeyer, Rockefeller, Mackay, Huntington, Armure, Carnegie, Sloane, Whitney, n’étaient pas Juives, et contrôlaient pourtant plus de vingt-cinq pour cent de toutes les richesses distribuées aux États-Unis. Rabbin M. S. Levy
From the beginning of the Dreyfus case to the end of it all France, except a dozen moral paladins, lay under the smother of the silent assertion-lie that no wrong was being done to a persecuted and unoffending man. Mark Twain (1899)
It was an odious spectacle–odious and awful. For one moment it was an unbelievable thing–a thing beyond all credibility; it must be a delusion, a dream, a nightmare. But no, it was real–pitifully real, shamefully real, hideously real. These sixty policemen had been soldiers, and they went at their work with the cold unsentimentality of their trade. They ascended the steps of the tribune, laid their hands upon the inviolable persons of the representatives of a nation, and dragged and tugged and hauled them down the steps and out at the door; then ranged themselves in stately military array in front of the ministerial estrade, and so stood. (…) Some of the results of this wild freak followed instantly. The Badeni government came down with a crash; there was a popular outbreak or two in Vienna; there were three or four days of furious rioting in Prague, followed by the establishing there of martial law; the Jews and Germans were harried and plundered, and their houses destroyed; in other Bohemian towns there was rioting–in some cases the Germans being the rioters, in others the Czechs–and in all cases the Jew had to roast, no matter which side he was on. Mark Twain
The show of military force in the Austrian Parliament, which precipitated the riots, was not introduced by any Jew. No Jew was a member of that body. No Jewish question was involved in the Ausgleich or in the language proposition. No Jew was insulting anybody. In short, no Jew was doing any mischief toward anybody whatsoever. In fact, the Jews were the only ones of the nineteen different races in Austria which did not have a party – they are absolutely non-participants.Yet in your article you say that in the rioting which followed, all classes of people were unanimous only on one thing, viz., in being against the Jews. (…) Tell me, therefore, from your vantage-point of cold view, what in your mind is the cause. Can American Jews do anything to correct it either in America or abroad? Will it ever come to an end? Will a Jew be permitted to live honestly, decently, and peaceably like the rest of mankind? What has become of the golden rule? American Jewish lawyer
Have you heard of his [Herzl’s] plan? He wishes to gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own – under the suzerainty of the Sultan, I suppose. At the Convention of Berne, last year, there were delegates from everywhere, and the proposal was received with decided favor. I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world were going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let the race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride any more.
When I published the above article in Harper`s Monthly, I was ignorant — like the rest of the Christian world — of the fact that the Jew had a record as a soldier. I have since seen the official statistics, and I find that he furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 percent of his numerical strength — the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections. This large fact means more than it seems to mean; for it means that the Jew`s patriotism was not merely level with the Christian`s, but overpassed it. (…) In the above article I was not able to endorse the common reproach that the Jew is willing to feed upon a country but not to fight for it, because I did not know whether it was true or false. I supposed it to be true, but it is not allowable to endorse wandering maxims upon supposition — except when one is trying to make out a case. That slur upon the Jew cannot hold up its head in presence of the figures of the War Department. It has done its work, and done it long and faithfully, and with high approval: it ought to be pensioned off now, and retired from active service. Mark Twain
In his very attempt to extol the race in question, he ratified the most inflammatory pretext for resentment. Justin Kaplan
The Jew “has made a marvellous fight in this world, in all the ages; and has done it with his hands tied behind him,” Twain wrote. “He could be vain of himself, and be excused for it.” But in Twain’s telling, there is scant mystery as to why Jews have been the objects of such enmity, going all the way back to the beginnings of history. In his decidedly eccentric take on Genesis 41, Joseph cornered the grain market and charged exorbitant prices when famine struck, beggaring the Egyptian nation. The real problem with Jews, Twain goes on, is that they’re too clever by half. If a Jew “entered upon a mechanical trade, the Christian had to retire from it. If he set up as a doctor, he was the best one, and he took the business. If he exploited agriculture, the other farmers had to get at something else. Since there was no way to successfully compete with him in any vocation, the law had to step in and save the Christian from the poor-house.” (…) For all that, Twain’s admiration for the Jews was genuine; it is to his credit that he wrote and published a postscript in 1904, “The Jew as Soldier,” in which he corrected his animadversions on the Jews’ “unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier.” Far from avoiding military service, he wrote, the Jews “furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 per cent of his numerical strength—the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections.” The Jewish capacity for “fidelity, and for gallant soldiership in the field is as good as any one’s,” he added. Still, it is a testament to Twain’s wrongheadedness in other respects that “Concerning the Jews” sparks lively discussions on white nationalist websites to this day. What they focus on aren’t his suppositions about Jewish intellectual superiority. It is his off the cuff observations like this one: “the Jew is a money-getter. He made it the end and aim of his life. He was at it in Rome. He has been at it ever since. His success has made the whole human race his enemy. Arthur Goldwag
Mark Twain, considered America’s greatest writer, was far more than a humorist. After the Civil War, he served as America’s conscience on ethnic and racial issues. Twain defended Jews, African-Americans and Indians against prejudice. While a majority of his contemporaries negatively stereotyped the Jewish people, Twain defended Jewry in word and deed. Ironically, his major published protest against anti-Semitism alienated some of the American Jews he tried to defend. (…) In his youth, Twain held the same negative stereotypes of Jews that his neighbors embraced – that they were all acquisitive, cowardly and clannish. Hannibal, Missouri, his hometown, had only one Jewish family, the Levys, and Twain joined in hazing the young Levy sons. In 1857, Twain wrote a humorous but uncomplimentary newspaper article about Jewish coal dealers for a Keokuk, Iowa newspaper. (…) Twain replaced his earlier negative stereotype of the Jewish people with another, more positive one. (…) While Twain had meant to pay the Jewish people a compliment, his facts were inaccurate. Some of these inaccuracies would later haunt him. (…) Twain argued that prejudice against Jews derived neither from their public conduct nor their religion, but from envy that Christians felt toward Jewish economic achievements. He cited the speech of a German lawyer who wanted the Jews driven from Berlin because, according to the lawyer, « eighty-five percent of the successful lawyers of Berlin were Jews. » Twain observed that envy « is a much more hate-inspiring thing than is any detail connected with religion. » Twain thought Jewish success a product of their good citizenship, family loyalty, intelligence and business acumen. He thought crime and drunkenness non-existent among Jews; that they cared for their needy without burdening the larger community; and that they were honest in business. Yes, honest in business. Twain knew most of his contemporaries viewed Jewish businessmen as crooked, but he cited the very success of Jews as proof of their integrity. (…) Twain mistakenly criticized world Jewry for not taking an active role in the Dreyfus Affair. He suggested that Jews should become a political force by concentrating their votes behind single issues, candidates and parties, and that they organize military companies to raise their prestige. He believed that Jews exhibited an « unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier, » and that they had made no significant contributions to American independence. (…) Twain described « Concerning the Jews » as « my gem of the ocean, » but predicted « neither Jew nor Christian will approve it. » In the case of America’s Jewish leadership, he proved correct. Jewish critics acknowledged Twain’s respect for Jews but bemoaned his errors of fact. They denied that Jews had played a minimal role in gaining American liberty, or that they dominated commerce, or that they shirked military duty. Several critics were especially offended by Twain’s saying that Jews had done nothing to help acquit Captain Dreyfus. His friendliest critics believed that Twain was innocently ignorant of the facts. (…) Twain took the criticism to heart. In 1904, he wrote a postscript to his essay titled « The Jew as Soldier, » conceding that Jews had indeed fought in the Revolution, the War of 1812 and the Mexican War in numbers greater than their percentage of the population. This meant that « the Jew’s patriotism was not merely level with the Christian’s but overpassed it. » Twain did not respond to Levy’s charges about Jews in the economy, but he never again raised this stereotype in print. Jewish Virtual library

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, s’il on en croit une série de rapports de l’Union Européenne enterrés comme il se doit, 40% des Européens déclarent des opinions anti-israéliennes …

Et où, pour mieux faire passer son apologie de Mahomet, le premier petit révisionniste venu nous fait du Jésus historique non seulement un chef de guerre mais un chef de guerre raté …

Pendant que, pour dénoncer la mondialisation  dans l’université française, on se paie le luxe de jouer avec le stéréotype de la « riche juive »

Retour, avec la Jewish Virtual Library, sur un texte du célèbre écrivain et pamphlétaire américain Samuel Clemens dit Mark Twain, souvent présenté comme une défense des juifs …

Le fameux « A propos des juifs » que l’auteur avait publié au retour d’un long séjour en Europe en 1898 où, de l’Affaire Dreyfus au parlement autrichien, il avait pu toucher du doigt la virulence de l’antisémitisme européen …

Mais aussi d’une question qui lui avait été posée par un juriste juif-américain sur les raisons d’un tel phénomène et les éventuelles solutions qui pouvaient y être portées …

Pour découvrir en fait, derrière l’intention indéniablement apologétique du texte (surtout si on le remet dans son contexte historique d’une population occidentale, écrivains compris, largement antisémite à une époque où les statistiques n’étaient bien sûr pas aussi disponibles qu’aujourd’hui), un ramassis d’affirmations et d’hypothèses plus ou moins sérieuses présentées comme faits …

Mais surtout, derrière les contre-stéréotypes positifs mais jamais vraiment étayés (comme le reconnaitra, dans un courageux post script, Clemens lui-même) et le vrai stéréoptype de la sur-rapacité supposée des juifs (d’un Joseph super-prévaricateur qui coule à lui tout seul l’économie égyptienne aux dangers similaires que pourrait présenter un futur Etat d’Israël !) comme mobile ultime de l’envie des autres peuples…

L’embarrassant honneur, comme l’avait prévu l’auteur lui-même, de non seulement déplaire à tous, non-juifs  comme juifs …

Mais de pouvoir être utilisé aussi bien par les philosémites que les antisémites

Mark Twain and the Jews

Jewish Virtual Library

Mark Twain, considered America’s greatest writer, was far more than a humorist. After the Civil War, he served as America’s conscience on ethnic and racial issues. Twain defended Jews, African-Americans and Indians against prejudice. While a majority of his contemporaries negatively stereotyped the Jewish people, Twain defended Jewry in word and deed. Ironically, his major published protest against anti-Semitism alienated some of the American Jews he tried to defend.

In his youth, Twain held the same negative stereotypes of Jews that his neighbors embraced – that they were all acquisitive, cowardly and clannish. Hannibal, Missouri, his hometown, had only one Jewish family, the Levys, and Twain joined in hazing the young Levy sons. In 1857, Twain wrote a humorous but uncomplimentary newspaper article about Jewish coal dealers for a Keokuk, Iowa newspaper.

Twain seems to have had a change of heart about Jews around the time of the Civil War. He confided to his daughter Suzy that « the Jews seemed to him a race to be much respected . . . they had suffered much, and had been greatly persecuted, so to ridicule or make fun of them seemed to be like attacking a man when he was already down. And of course that fact took away whatever was funny in the ridicule of a Jew.

A key moment came in 1860, when a trusted Mississippi River captain, George Newhouse, told Twain a story (the veracity of which cannot be established) about courageous Jew who boldly saved a slave girl in a poker dispute between a desperate planter and a cheating, knife-yielding gambler. The Jew killed the cheater in a duel and returned the slave girl to the planter’s daughter, who had been her mistress, friend and companion from birth. Twain later reported hearing similar versions of this story from other « eye witnesses » as well.

In the moral world of 1860, returning a slave girl to her mistress rather than freeing her was an act of chivalry and Twain saw no contradiction in it. Rather, the story led Twain to conclude that the Jewish hero was « an all-around man; a man cast in a large mould. » These same words found their echo in Twain’s reaction upon learning in 1909 that his daughter Clara was engaged to a Russian-Jewish pianist, Ossip Gabtilowitsch. Twain told Clara, « Any girl could be proud to marry him. He is a man – a real man. »

Twain replaced his earlier negative stereotype of the Jewish people with another, more positive one. In 1879, he wrote privately:

Sampson was a Jew – therefore not a fool. The Jews have the best average brain of any people in the world. The Jews are the only race who work wholly with their brains and never with their hands. There are no Jewish beggars, no Jewish tramps, no Jewish ditch diggers, hod-carriers, day laborers or followers of toilsome, mechanical trades. They are peculiarly and conspicuously the world’s intellectual aristocracy.

In truth, there were indeed impoverished Jewish beggars, as there were sweated Jewish toilers in the garment and cigar industries. Just a year earlier, New York’s Jewish cigar makers conducted a bitter, five-month strike for higher pay and shorter hours. While Twain had meant to pay the Jewish people a compliment, his facts were inaccurate. Some of these inaccuracies would later haunt him.

Twain’s personal view of Jews meant little until March 1898, when he wrote an article titled « Stirring Times in Austria. » Twain had been living in and traveling around Europe to gather materials for his writing, and settled in Vienna in 1896. As part of a complicated attempt to hold together the Austro-Hungarian Empire in the face of ethnic nationalist fervor, in 1898 the imperial Hapsburg family designated Czech as the official language of Bohemia (the major province of what is now the Czech Republic), displacing the more popular German. This policy triggered rioting by German-speaking members of the Austrian parliament, who wanted German language and culture to predominate in the empire. To distract the populace, according to Twain, the Austrian government stirred up anti-Semitic feelings, and Vienna’s Jews became the victims of widespread attacks, both political and physical.

In March 1898, Harper’s Magazine published Twain’s essay. Historian Philip Foner notes, « At the very close of the lengthy article, [Twain] mentioned, without comment, the attacks on the Jews, pointing out that, although they were innocent parties in the dispute, they were ‘harried and plundered.’ Twain noted, ‘In all cases the Jew had to roast, no matter which side he was on.’ »

Twain’s account generated several letters, and one poignant response in particular from an American Jewish lawyer who asked Twain « why, in your judgment, the Jews have been, and are even now, in these days of supposed intelligence, the butt of baseless, vicious animosities? » The lawyer asked, « Can American Jews do anything to correct [this prejudice] either in America or abroad? Will it ever come to an end?

In response, Twain penned « Concerning the Jews, » which Harper’s also published. Twain expected the article to please almost no one. His prediction was correct.

Twain argued that prejudice against Jews derived neither from their public conduct nor their religion, but from envy that Christians felt toward Jewish economic achievements. He cited the speech of a German lawyer who wanted the Jews driven from Berlin because, according to the lawyer, « eighty-five percent of the successful lawyers of Berlin were Jews. » Twain observed that envy « is a much more hate-inspiring thing than is any detail connected with religion. »

Twain thought Jewish success a product of their good citizenship, family loyalty, intelligence and business acumen. He thought crime and drunkenness non-existent among Jews; that they cared for their needy without burdening the larger community; and that they were honest in business. Yes, honest in business. Twain knew most of his contemporaries viewed Jewish businessmen as crooked, but he cited the very success of Jews as proof of their integrity. He wrote:

A business cannot thrive where the parties do not trust each other. In the matter of numbers, the Jew counts for little in the overwhelming population of New York, but that his honesty counts for much is guaranteed by the fact that the immense wholesale business of Broadway, from the Battery to Union Square, is substantially in his hands. »

Twain mistakenly criticized world Jewry for not taking an active role in the Dreyfus Affair. He suggested that Jews should become a political force by concentrating their votes behind single issues, candidates and parties, and that they organize military companies to raise their prestige. He believed that Jews exhibited an « unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier, » and that they had made no significant contributions to American independence.

Commenting on the recently held first World Zionist Congress in Basel, Twain noted that Theodor Herzl had enunciated a plan to « gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own – under the suzerainty of the Sultan, I suppose. »

I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world are going to be made into a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let that race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride anymore.

Twain concluded by observing:

The Egyptian, the Babylonian, and the Persian rose, filled the planet with sound and splendor, then . . . passed away. The Greek and the Roman followed. The Jew saw them all, beat them all, and is now what he always was, exhibiting no decadence, no infirmities of age, no weakening of his parts. … All things are mortal but the Jew; all other forces pass, but he remains. What is the secret of his immortality?

Twain described « Concerning the Jews » as « my gem of the ocean, » but predicted « neither Jew nor Christian will approve it. » In the case of America’s Jewish leadership, he proved correct. Jewish critics acknowledged Twain’s respect for Jews but bemoaned his errors of fact. They denied that Jews had played a minimal role in gaining American liberty, or that they dominated commerce, or that they shirked military duty. Several critics were especially offended by Twain’s saying that Jews had done nothing to help acquit Captain Dreyfus.

His friendliest critics believed that Twain was innocently ignorant of the facts. Simon Wolf, a founder of the American Jewish Historical Society, sent Twain a copy of his book, The American Jew as Patriot, Soldier and Citizen, to correct some of his misconceptions. Others, like Rabbi M. S. Levy, thought Twain’s observations were actually « tinged with malice and prejudice. » Levy cited Jewish participants in the American Revolution who « fought and bled » for the new nation. He called Twain’s assertions « a libel on [the Jew’s] manhood and an outrage historically. » Levy also challenged Twain’s assertion that « the Jew is a money-getter. »

Money-getters? The Vanderbilts, Goulds, Astors, Havemeyers, Rockefellers, Mackays, Huntingtons, Armours, Carnegies, Sloanes, Whitneys, are not Jews, and yet they control and possess more than twenty-five per cent of all the circulated wealth of the United States.

Twain took the criticism to heart. In 1904, he wrote a postscript to his essay titled « The Jew as Soldier, » conceding that Jews had indeed fought in the Revolution, the War of 1812 and the Mexican War in numbers greater than their percentage of the population. This meant that « the Jew’s patriotism was not merely level with the Christian’s but overpassed it. » Twain did not respond to Levy’s charges about Jews in the economy, but he never again raised this stereotype in print.

When Twain died in 1910, the American Jewish press mourned. His obituaries in that press often reprinted the words of the president of New York’s Hebrew Technical School for Girls: « In one of Mr. Clemens’s works he expressed his opinion of men, saying he had no choice between Hebrew and Gentile, black men or white; to him, all men were alike. »

Source: American Jewish Historical Society

Voir aussi:

Mark Twain’s Jews. By Dan Vogel. N.J.: KTAV Publishing House, Inc. Pp. xiv + 146. Hardcover. $22.95. ISBN 0881259160.

Barbara Schmidt

Mark Twain Forum

8 December 2006

Was Mark Twain guilty of anti-Semitism? Dan Vogel offers his answers in Mark Twain’s Jews, which documents and analyzes references to Jews in Twain’s writings. The book consists of eleven chapters, a facsimile of « Concerning the Jews » from September 1899 Harper’s New Monthly Magazine, reference notes and a bibliography.

Mark Twain’s Jews begins with Twain’s first exposure to Jewish playmates, the Levin brothers, in Hannibal, Missouri. Vogel describes Hannibal as a « hotbed of bigotry » and blames the town for instilling in Twain « The Hannibal Syndrome »–a disease « normally in remission whose symptoms would intermittently, gratuitously, slither out of Mark Twain’s subconscious to infest his writings as brief, passing slurs about the Jews » (p. 3).

Vogel’s second chapter titled « Out West with Two Jews and a Righteous Gentile » examines Twain’s relationships with Artemus Ward (a gentile), Bret Harte and Joseph Goodman. Vogel’s assertion that Goodman was a Jew may come as a surprise to some Twain scholars and Vogel admits that few sources are available to confirm this supposition. However, rather than proving that Twain was aware of Goodman’s Jewish heritage, Vogel simply states, « It never occurred to Mark Twain to ever mention that his fast friend was Jewish. It was not that that made him special » (p. 19). Vogel may have made a stronger argument for positive Jewish influence if had he been familiar with Shelley Fisher Fishkin’s recent contribution to Arizona Quarterly, (Spring 2005) titled « Mark Twain and the Jews » wherein Fishkin discusses Adolph Sutro of San Francisco as a prominent influence in Twain’s development of positive feelings towards Jews. Fishkin’s essay does not appear in Vogel’s bibliography and may not have been available to him at the time his book went to press. However, it is one of several essays by Twain scholars that appears to have been overlooked by Vogel.

Vogel’s third and fourth chapters are examinations of Twain’s 1867 contributions to the San Francisco Alta California newspaper and his best-seller The Innocents Abroad. Vogel asserts that much of Twain’s emphasis on Jewish noses in descriptions of the Holy Land are the careful observations of a newspaper journalist. « However, Mark Twain’s preoccupation with the squalor, disease, and noses » (p. 35) raised criticism from at least two scholars. Vogel refutes arguments by scholar Sander Gilman who claimed Twain’s tracing of diseases was a commentary on the role of Jews in Western civilization. Vogel counters that Twain described the deplorable conditions of the Jews the same as he described all inhabitants of the Holy Land. Vogel also disputes scholar Andrea Greenbaum who believed Twain was influenced by theories of « pseudoscience of ethnology » that were popular at the time. Vogel argues that Greenbaum never cited any such works in Mark Twain’s personal library nor found evidence of it elsewhere in his writing.

Vogel finds only a small number of Jewish references in Twain’s writings during his most productive years between 1867-1897. Among these are anti-Jewish comments in a letter to Henry H. Rogers about Broadway producer Daniel Frohman. Vogel points out that Frohman recalled in his memoirs that he and Twain played amicable games of pool each night together while engaged in litigation against one other. Vogel suggests that Twain could have emulated Dickens’s creation of Fagin the Jew (from Oliver Twist) or followed the trend of Christian « popular scribblers » by creating greedy Jewish characters in the form of the Duke and the Dauphin in Huckleberry Finn. But he did not. Vogel states « the silence of the missed opportunity in his creative years speaks of his basic humanity » (p. 46).

In a chapter titled « A Triad of European Jews » Vogel discusses Twain’s numerous writings on the Alfred Dreyfus affair, his friendship with journalist Theodor Herzl, and his association with Sigmund Freud. Twain apparently never met Dreyfus but continually condemned the French miscarriage of justice in Dreyfus’s conviction for treason. Vogel discusses Theodor Herzl’s play The New Ghetto and Twain’s interest in translating the work, which featured an innocent Jew and a Christian villain who compromises their friendship for political and personal gain. Twain’s relationship with Sigmund Freud is not well documented but Freud’s admiration of Twain is.

In a chapter titled « Shock Treatment in Vienna » Vogel examines Twain’s visit to the Austrian parliament and the resulting « Stirring Times in Austria » essay published a few months later in March 1898 Harper’s. Twain reported the Jewish slurs and insults he heard hurled around the parliament and the fights that broke out on the floor. Vogel sees « Stirring Times in Austria » as the stimulus for Twain’s major statement on the Jewish race the following year–« Concerning the Jews. »

As one might expect, the longest chapter in Vogel’s book is devoted to analyzing « Concerning the Jews. » Vogel identifies the two motifs of Twain’s essay as the Jews’ ability to acquire money and the envy it arouses in those less successful and how Jews should guard themselves against this reaction by organizing their political power. Vogel’s explanation of Twain’s indictment of the Biblical Joseph as a cruel money-grabber is that Twain’s intent was to prove that prejudices that are instilled early are never entirely erased. Vogel does not include in his bibliography the studies of Mark Twain’s writings on Joseph by Twain scholars Lawrence Berkove and Louis J. Budd. Budd’s statement that « even Twain should have seen that it did not help his own side to describe Joseph as the greediest stockmarket wolf in all history » was certainly worth quoting.

One passage in « Concerning the Jews » that has been controversial among scholars is Twain’s statement, « . . .if that concentration of the cunningest brains in the world was going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let that race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride anymore. » Vogel believes that Twain’s « sense of humor went awry at this point in his essay » (p. 79).

Vogel provides his readers with summaries of reactions to « Concerning the Jews » from the Jewish community in America and London–« Misdirected, misguided, narrowly educated on this subject, Mark Twain was still, after all, a friend » (p. 84). As a result of criticism concerning Twain’s statements regarding the pacifist posture of Jews, subsequent reprintings of « Concerning the Jews » include Twain’s « Postscript–The Jew as a Soldier. » Vogel points out that « Concerning the Jews » is still controversial because « the ‘Jewish Question’ has not been answered, not in 1899 nor thereafter » (p. 86). Vogel concludes that Twain’s misspent humor in « Concerning the Jews » indicated he had not yet fully recovered from the « Hannibal syndrome. »

In a chapter titled « Two Fantasies and a Twice-Told Tale » Vogel examines the positive characteristics of Solomon Goldstein in Captain Stormfield’s Visit to Heaven (contained in a passage that was not published in Twain’s lifetime) and Solomon Isaacs from The Mysterious Stranger manuscripts. « Newhouse’s Jew Story » and its longer version « Randall’s Jew Story, » is a story of a brave Jew defending a Negro girl and Vogel offers the theory that Twain wrote the story in response to criticism he received from « Concerning the Jews. » Vogel laments the fact that it was too late in Twain’s creative life to build good fiction around positive Jewish characters. However, Vogel believes these final works indicate Twain had at last cured himself of the « Hannibal syndrome. »

Vogel’s book concludes with a brief account of Twain’s activities in Jewish social events during the last years of his life and the marriage of his daughter Clara to Ossip Gabrilowitsch, a Russian Jew. In the final analysis Vogel concludes that the worst Twain could be accused of is innocent anti-Semitic writing in his early career.

In addition to Sander Gilman and Andrea Greenbaum, Vogel disagrees with interpretations of Twain’s work published by scholars Jude Nixon, Cynthia Ozick, and Susan Gillman. (See their citations in the end notes below.) Vogel provides worthy arguments against their positions.

Vogel was a professor at Yeshiva University and later head of the English Department at Michlalah-Jerusalem College. Mark Twain’s Jews will be a good companion to Arizona Quarterly, Spring 2005 which contains Shelley Fisher Fishkin’s « Mark Twain and the Jews. » While the two works overlap, there is much to distinguish both and help further the understanding of the Jewish-related debates that arise in Twain studies.

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End Notes:

Essays that contain interpretations of Twain’s work with which Vogel disagrees include:

Susan Gillman. « Mark Twain’s Travels in the Racial Occult: Following the Equator and the Dream Tales, » Cambridge Companion to Mark Twain (Cambridge University Press, 1995).

Sander Gilman. « Mark Twain and the Diseases of the Jews, » American Literature, March 1993.

Andrea Greenbaum. « ‘A Number-One Troublemaker': Mark Twain’s Anti-Semitic Discourse in ‘Concerning the Jews’, » Studies in American-Jewish Literature, 1996.

Jude Nixon. « Social Philosophy, » The Mark Twain Encyclopedia (Garland Publishing, 1993).

Cynthia Ozick. « Mark Twain and the Jews, » Commentary, May 1995. Also « Introduction, » The Man that Corrupted Hadleyburg and Other Stories and Essays (Oxford University Press, 1996).

Essays by Twain scholars that are not referenced in Vogel’s bibliography include:

Lawrence Berkove. « Mark Twain’s Hostility Toward Joseph, » CEA Critic, Summer 2000.

Louis J. Budd. « Mark Twain on Joseph the Patriarch, » American Quarterly, Winter 1964.

Shelley Fisher Fishkin. « Mark Twain and the Jews, » Arizona Quarterly, (Spring 2005).

Voir encore:

Arthur Goldwag on the perplexing prejudices of Walt Whitman and Mark Twain

Guest blog post by Arthur Goldwag, author of The New Hate: A History of Fear and Loathing on the Populist Right

 Library of America

February 21, 2012

American letters has had more than its share of haters. Henry Adams, T. S. Eliot, H. L. Mencken and Ezra Pound leap immediately to mind; there are countless other examples as well. Though most merely reflect the prevailing attitudes of their time, class, and place, it’s natural for a reader to feel a sense of disappointment when she comes up against their prejudices. We want our literary writers to be, if not necessarily ahead of their times, at least outside of them. Faulkner’s racial politics were disappointingly retrograde and boilerplate when he expressed them in his own voice, but the characters in his novels, black and white alike, were, in Allen Tate’s words, “characters in depth, complex and, like all other people, ultimately mysterious.” Walt Whitman and Mark Twain’s attitudes about Catholics and Jews are at once offensive and well-intended; neither could be described as a hater, though both employed hateful tropes.

Fanny Fern, America’s first female newspaper columnist, was one of the early reviewers of Leaves of Grass. “The world needed a ‘Native American’ of thorough out and out breed,” she wrote in The New York Ledger on May 10, 1856, “Something beside a mere Catholic-hating Know-Nothing.” The Know-Nothings, of course, were members of the explicitly anti-Catholic political movement that arose in the 1840s.

Whitman might have celebrated “the nation of many nations” in his poetry, but what Fanny Fern didn’t know was that as a young newspaperman in the early 1840s, he had been something of a Know-Nothing himself, editorializing in The New York Aurora about the “gang of false and villainous priests whose despicable souls never generate any aspiration beyond their own narrow and horrible and beastly superstition…dregs of foreign filth—refuse of convents.” But as ethnocentric as his rhetoric undoubtedly was, it wasn’t inconsistent with his ethos. Whitman hated the authoritarianism of the Catholic hierarchy, not the Catholic immigrants themselves. Writing in Democratic Vistas in 1871, he envisioned a democracy that would supplant the “old belief in the necessary absoluteness of establish’d dynastic rulership, temporal, ecclesiastical, and scholastic” with the “doctrine or theory that man, properly train’d in sanest, highest freedom, may and must become a law, and series of laws, unto himself.”

“I have no race prejudices,” Mark Twain averred, “and I think I have no color prejudices nor caste prejudices nor creed prejudices. Indeed, I know it. I can stand any society. All that I care to know is that a man is a human being—that is enough for me; he can’t be any worse. I have no special regard for Satan; but I can at least claim that I have no prejudice against him. It may even be that I lean a little his way, on account of his not having a fair show.”

Huckleberry Finn critiqued antebellum southern norms from a vantage that was outside the verge of respectability; its racial politics are profoundly subversive—probably more so than its author intended. Though Twain has been rightly celebrated as a philo-Semite (one of his daughters would marry a Jew), he would perpetuate some of the most invidious—and inflammatory—Jewish stereotypes. While living in Vienna in the late 1890s, Twain wrote about the rise of Karl Lueger, who was elected the city’s mayor in 1895, and the anti-Semitic political movement he spearheaded. When an American Jew, responding to the article, asked Twain to speculate on the causes of Jew hatred, he ventured an elaborate, five-part answer. “Concerning the Jews” appeared in Harpers Magazine in 1898. As biographer Justin Kaplan has noted, “in his very attempt to extol the race in question, he ratified the most inflammatory pretext for resentment.”

The Jew “has made a marvellous fight in this world, in all the ages; and has done it with his hands tied behind him,” Twain wrote. “He could be vain of himself, and be excused for it.” But in Twain’s telling, there is scant mystery as to why Jews have been the objects of such enmity, going all the way back to the beginnings of history. In his decidedly eccentric take on Genesis 41, Joseph cornered the grain market and charged exorbitant prices when famine struck, beggaring the Egyptian nation. The real problem with Jews, Twain goes on, is that they’re too clever by half. If a Jew “entered upon a mechanical trade, the Christian had to retire from it. If he set up as a doctor, he was the best one, and he took the business. If he exploited agriculture, the other farmers had to get at something else. Since there was no way to successfully compete with him in any vocation, the law had to step in and save the Christian from the poor-house.”

Twain’s take on the idea of political Zionism is chilling. “Have you heard of [Dr. Herzl’s] plan?” he wrote. “He wishes to gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own—under the suzerainty of the Sultan, I suppose . . . I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world were going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let the race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride any more.”

As dark as Twain’s view of humanity might have been, Hitler and the Holocaust were beyond his capacity to imagine. “Among the high civilizations,” he wrote, the Jew “seems to be very comfortably situated indeed, and to have more than his proportionate share of the prosperities going. It has that look in Vienna. I suppose the race prejudice cannot be removed; but he can stand that; it is no particular matter.”

For all that, Twain’s admiration for the Jews was genuine; it is to his credit that he wrote and published a postscript in 1904, “The Jew as Soldier,” in which he corrected his animadversions on the Jews’ “unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier.” Far from avoiding military service, he wrote, the Jews “furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 per cent of his numerical strength—the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections.” The Jewish capacity for “fidelity, and for gallant soldiership in the field is as good as any one’s,” he added.

Still, it is a testament to Twain’s wrongheadedness in other respects that “Concerning the Jews” sparks lively discussions on white nationalist websites to this day. What they focus on aren’t his suppositions about Jewish intellectual superiority. It is his off the cuff observations like this one: “the Jew is a money-getter. He made it the end and aim of his life. He was at it in Rome. He has been at it ever since. His success has made the whole human race his enemy.”

Also of interest:

“Mark Twain and the Jews” on Jewish Virtual Library discusses the reaction of contemporary American Jews to “Concerning the Jews”

In “Walt Whitman & the Irish” on The Walt Whitman Archive Joann Krieg tracks how Whitman’s attitudes toward Catholics and the Irish evolved

« A Presidential Candidate » by Mark Twain, this week’s Story of the Week

« Mark Twain and William Dean Howells: the friendship that transformed American literature, » a previous Reader’s Almanac post

Related LOA works: Walt Whitman: Poetry and Prose (includes Democratic Vistas); Mark Twain: Collected Tales, Sketches, Speeches & Essays 1891-1910 (includes “Concerning the Jews” and the 1904 postscript “The Jew as Soldier”)

Voir enfin:

Concerning The Jews

Mark Twain

Harper’s Magazine

March 1898

Some months ago I published a magazine article descriptive of a remarkable scene in the Imperial Parliament in Vienna. Since then I have received from Jews in America several letters of inquiry. They were difficult letters to answer, for they were not very definite. But at last I have received a definite one. It is from a lawyer, and he really asks the questions which the other writers probably believed they were asking. By help of this text I will do the best I can to publicly answer this correspondent, and also the others – at the same time apologizing for having failed to reply privately. The lawyer’s letter reads as follows:

I have read ‘Stirring Times in Austria.’ One point in particular is of vital import to not a few thousand people, including myself, being a point about which I have often wanted to address a question to some disinterested person. The show of military force in the Austrian Parliament, which precipitated the riots, was not introduced by any Jew. No Jew was a member of that body. No Jewish question was involved in the Ausgleich or in the language proposition. No Jew was insulting anybody. In short, no Jew was doing any mischief toward anybody whatsoever. In fact, the Jews were the only ones of the nineteen different races in Austria which did not have a party – they are absolutely non-participants.

Yet in your article you say that in the rioting which followed, all classes of people were unanimous only on one thing, viz., in being against the Jews. Now will you kindly tell me why, in your judgment, the Jews have thus ever been, and are even now, in these days of supposed intelligence, the butt of baseless, vicious animosities? I dare say that for centuries there has been no more quiet, undisturbing, and well-behaving citizen, as a class, than that same Jew. It seems to me that ignorance and fanaticism cannot alone account for these horrible and unjust persecutions.

« Tell me, therefore, from your vantage-point of cold view, what in your mind is the cause. Can American Jews do anything to correct it either in America or abroad? Will it ever come to an end? Will a Jew be permitted to live honestly, decently, and peaceably like the rest of mankind? What has become of the Golden Rule? » I will begin by saying that if I thought myself prejudiced against the Jew, I should hold it fairest to leave this subject to a person not crippled in that way. But I think I have no such prejudice. A few years ago a Jew observed to me that there was no uncourteous reference to his people in my books, and asked how it happened. It happened because the disposition was lacking. I am quite sure that (bar one) I have no race prejudices, and I think I have no color prejudices nor caste prejudices nor creed prejudices. Indeed, I know it.

I can stand any society. All that I care to know is that a man is a human being – that is enough for me; he can’t be any worse. I have no special regard for Satan; but I can at least claim that I have no prejudice against him. It may even be that I lean a little his way, on account of his not having a fair show.

All religions issue bibles against him, and say the most injurious things about him, but we never hear his side. We have none but the evidence for the prosecution, and yet we have rendered the verdict. To my mind, this is irregular. It is un-English; it is un-American; it is French. Without this precedent Dreyfus could not have been condemned.

Of course Satan has some kind of a case, it goes without saying. It may be a poor one, but that is nothing; that can be said about any of us. As soon as I can get at the facts I will undertake his rehabilitation myself, if I can find an unpolitic publisher. It is a thing which we ought to be willing to do for any one who is under a cloud. We may not pay him reverence, for that would be indiscreet, but we can at least respect his talents.

A person who has for untold centuries maintained the imposing position of spiritual head of four-fifths of the human race, and political head of the whole of it, must be granted the possession of executive abilities of the loftiest order. In his large presence the other popes and politicians shrink to midges for the microscope. I would like to see him. I would rather see him and shake him by the tail than any other member of the European Concert.

In the present paper I shall allow myself to use the word Jew as if it stood for both religion and race. It is handy; and, besides, that is what the term means to the general world. In the above letter one notes these points:

1. The Jew is a well-behaved citizen.

2. Can ignorance and fanaticism alone account for his unjust treatment?

3. Can Jews do anything to improve the situation?

4. The Jews have no party; they are non-participants.

5. Will the persecution ever come to an end?

6. What has become of the Golden Rule?

Point No. 1.

We must grant proposition No. 1 for several sufficient reasons. The Jew is not a disturber of the peace of any country. Even his enemies will concede that. He is not a loafer, he is not a sot, he is not noisy, he is not a brawler nor a rioter, he is not quarrelsome. In the statistics of crime his presence is conspicuously rare – in all countries. With murder and other crimes of violence he has but little to do: he is a stranger to the hangman. In the police court’s daily long roll of « assaults » and « drunk and disorderlies » his name seldom appears.

That the Jewish home is a home in the truest sense is a fact which no one will dispute. The family is knitted together by the strongest affections; its members show each other every due respect; and reverence for the elders is an inviolate law of the house. The Jew is not a burden on the charities of the state nor of the city; these could cease from their functions without affecting him.

When he is well enough, he works; when he is incapacitated, his own people take care of him. And not in a poor and stingy way, but with a fine and large benevolence. His race is entitled to be called the most benevolent of all the races of men. A Jewish beggar is not impossible, perhaps; such a thing may exist, but there are few men that can say they have seen that spectacle. The Jew has been staged in many uncomplimentary forms, but, so far as I know, no dramatist has done him the injustice to stage him as a beggar. Whenever a Jew has real need to beg, his people save him from the necessity of doing it. The charitable institutions of the Jews are supported by Jewish money, and amply. The Jews make no noise about it; it is done quietly; they do not nag and pester and harass us for contributions; they give us peace, and set us an example – an example which we have not found ourselves able to follow; for by nature we are not free givers, and have to be patiently and persistently hunted down in the interest of the unfortunate.

These facts are all on the credit side of the proposition that the Jew is a good and orderly citizen. Summed up, they certify that he is quiet, peaceable, industrious, unaddicted to high crimes and brutal dispositions; that his family life is commendable; that he is not a burden upon public charities; that he is not a beggar; that in benevolence he is above the reach of competition. These are the very quint-essentials of good citizenship. If you can add that he is as honest as the average of his neighbors – But I think that question is affirmatively answered by the fact that he is a successful business man.

The basis of successful business is honesty; a business cannot thrive where the parties to it cannot trust each other. In the matter of numbers of the Jew counts for little in the overwhelming population of New York; but that his honesty counts for much is guaranteed by the fact that the immense wholesale business houses of Broadway, from the Battery to Union Square, is substantially in his hands. I suppose that the most picturesque example in history of a trader’s trust in his fellow-trader was one where it was not Christian trusting Christian, but Christian trusting Jew.

That Hessian Duke who used to sell his subjects to George III. to fight George Washington with got rich at it; and by-and-by, when the wars engendered by the French Revolution made his throne too warm for him, he was obliged to fly the country. He was in a hurry, and had to leave his earnings behind – $9,000,000. He had to risk the money with some one without security. He did not select a Christian, but a Jew – a Jew of only modest means, but of high character; a character so high that it left him lonesome – Rothschild of Frankfort. Thirty years later, when Europe had become quiet and safe again, the Duke came back from overseas, and the Jew returned the loan, with interest added.

[Footnote *: Here is another piece of picturesque history; and it reminds us that shabbiness and dishonesty are not the monopoly of any race or creed, but are merely human:

« Congress has passed a bill to pay $379.56 to Moses Pendergrass, of Libertyville, Missouri. The story of the reason of this liberality is pathetically interesting, and shows the sort of pickle that an honest man may get into who undertakes to do an honest job of work for Uncle Sam. In 1886 Moses Pendergrass put in a bid for the contract to carry the mail on the route from Knob Lick to Libertyville and Coffman, thirty miles a day, from July 1, 1887, for one year. He got the postmaster at Knob Lick to write the letter for him, and while Moses intended that his bid should be $400, his scribe carelessly made it $4. Moses got the contract, and did not find out about the mistake until the end of the first quarter, when he got his first pay. When he found at what rate he was working he was sorely cast down, and opened communication with the Post-Office Department.

The department informed him that he must either carry out his contract or throw it up, and that if he threw it up his bondsmen would have to pay the government $1459.85 damages. So Moses carried out his contract, walked thirty miles every week-day for a year, and carried the mail, and received for his labor $4 – or, to be accurate, $6.84; for, the route being extended after his bid was accepted, the pay was proportionately increased. Now, after ten years, a bill was finally passed to pay to Moses the difference between what he earned in that unlucky year and what he received. »

The Sun, which tells the above story, says that bills were introduced in three or four Congresses for Moses’ relief, and that committees repeatedly investigated his claim. It took six Congresses, containing in their persons the compressed virtues of 70,000,000 of people, and cautiously and carefully giving expression to those virtues in the fear of God and the next election, eleven years to find out some way to cheat a fellow-Christian out of about $13 on his honestly executed contract, and out of nearly $300 due him on its enlarged terms. And they succeeded.

During the same time they paid out $1,000,000,000 in pensions – a third of it unearned and undeserved. This indicates a splendid all-around competency in theft, for it starts with farthings, and works its industries all the way up to ship-loads. It may be possible that the Jews can beat this, but the man that bets on it is taking chances.]

The Jew has his other side. He has some discreditable ways, though he has not a monopoly of them, because he cannot get entirely rid of vexatious Christian competition. We have seen that he seldom transgresses the laws against crimes of violence. Indeed, his dealings with courts are almost restricted to matters connected with commerce. He has a reputation for various small forms of cheating, and for practising oppressive usury, and for burning himself out to get the insurance, and for arranging cunning contracts which leave him an exit but lock the other man in, and for smart evasions which find him safe and comfortable just within the strict letter of the law, when court and jury know very well that he has violated the spirit of it.

He is a frequent and faithful and capable officer in the civil service, but he is charged with an unpatriotic disinclination to stand by the flag as a soldier – like the Christian Quaker. Now if you offset these discreditable features by the creditable ones summarized in a preceding paragraph beginning with the words, « These facts are all on the credit side, » and strike a balance, what must the verdict be? This, I think: that, the merits and demerits being fairly weighed and measured on both sides, the Christian can claim no superiority over the Jew in the matter of good citizenship. Yet in all countries, from the dawn of history, the Jew has been persistently and implacably hated, and with frequency persecuted.

Point No. 2.

« Can fanaticism alone account for this? » Years ago I used to think that it was responsible for nearly all of it, but latterly I have come to think that this was an error. Indeed, it is now my conviction that it is responsible for hardly any of it. In this connection I call to mind Genesis, chapter xlvii. We have all thoughtfully – or unthoughtfully – read the pathetic story of the years of plenty and the years of famine in Egypt, and how Joseph, with that opportunity, made a corner in broken hearts, and the crusts of the poor, and human liberty – a corner whereby he took a nation’s money all away, to the last penny; took a nation’s livestock all away, to the last hoof; took a nation’s land away, to the last acre; then took the nation itself, buying it for bread, man by man, woman by woman, child by child, till all were slaves; a corner which took everything, left nothing; a corner so stupendous that, by comparison with it, the most gigantic corners in subsequent history are but baby things, for it dealt in hundreds of millions of bushels, and its profits were reckonable by hundreds of millions of dollars, and it was a disaster so crushing that its effects have not wholly disappeared from Egypt to-day, more than three thousand years after the event.

Is it presumable that the eye of Egypt was upon Joseph the foreign Jew all this time? I think it likely. Was it friendly? We must doubt it. Was Joseph establishing a character for his race which would survive long in Egypt? and in time would his name come to be familiarly used to express that character – like Shylock’s? It is hardly to be doubted.

Let us remember that this was centuries before the crucifixion. I wish to come down eighteen hundred years later and refer to a remark made by one of the Latin historians. I read it in a translation many years ago, and it comes back to me now with force. It was alluding to a time when people were still living who could have seen the Savior in the flesh. Christianity was so new that the people of Rome had hardly heard of it, and had but confused notions of what it was.

The substance of the remark was this: Some Christians were persecuted in Rome through error, they being « mistaken for Jews. » The meaning seems plain. These pagans had nothing against Christians, but they were quite ready to persecute Jews. For some reason or other they hated a Jew before they even knew what a Christian was. May I not assume, then, that the persecution of Jews is a thing which antedates Christianity and was not born of Christianity? I think so.

What was the origin of the feeling? When I was a boy, in the back settlements of the Mississippi Valley, where a gracious and beautiful Sunday-school simplicity and unpracticality prevailed, the « Yankee » (citizen of the New England States) was hated with a splendid energy. But religion had nothing to do with it. In a trade, the Yankee was held to be about five times the match of the Westerner. His shrewdness, his insight, his judgment, his knowledge, his enterprise, and his formidable cleverness in applying these forces were frankly confessed, and most competently cursed.

In the cotton States, after the war, the simple and ignorant negroes made the crops for the white planter on shares. The Jew came down in force, set up shop on the plantation, supplied all the negro’s wants on credit, and at the end of the season was proprietor of the negro’s share of the present crop and of part of his share of the next one. Before long, the whites detested the Jew, and it is doubtful if the negro loved him.

The Jew is being legislated out of Russia. The reason is not concealed. The movement was instituted because the Christian peasant and villager stood no chance against his commercial abilities. He was always ready to lend money on a crop, and sell vodka and other necessaries of life on credit while the crop was growing. When settlement day came he owned the crop; and next year or year after he owned the farm, like Joseph.

In the dull and ignorant England of John’s time everybody got into debt to the Jew. He gathered all lucrative enterprises into his hands; he was the king of commerce; he was ready to be helpful in all profitable ways; he even financed crusades for the rescue of the Sepulchre. To wipe out his account with the nation and restore business to its natural and incompetent channels he had to be banished the realm.

For the like reasons Spain had to banish him four hundred years ago, and Austria about a couple of centuries later. In all the ages Christian Europe has been obliged to curtail his activities. If he entered upon a mechanical trade, the Christian had to retire from it. If he set up as a doctor, he was the best one, and he took the business. If he exploited agriculture, the other farmers had to get at something else. Since there was no way to successfully compete with him in any vocation, the law had to step in and save the Christian from the poor-house.

Trade after trade was taken away from the Jew by statute till practically none was left. He was forbidden to engage in agriculture; he was forbidden to practise law; he was forbidden to practise medicine, except among Jews; he was forbidden the handicrafts. Even the seats of learning and the schools of science had to be closed against this tremendous antagonist.

Still, almost bereft of employments, he found ways to make money, even ways to get rich. Also ways to invest his takings well, for usury was not denied him. In the hard conditions suggested, the Jew without brains could not survive, and the Jew with brains had to keep them in good training and well sharpened up, or starve. Ages of restriction to the one tool which the law was not able to take from him – his brain – have made that tool singularly competent; ages of compulsory disuse of his hands have atrophied them, and he never uses them now.

This history has a very, very commercial look, a most sordid and practical commercial look, the business aspect of a Chinese cheap-labor crusade. Religious prejudices may account for one part of it, but not for the other nine. Protestants have persecuted Catholics, but they did not take their livelihoods away from them. The Catholics have persecuted the Protestants with bloody and awful bitterness, but they never closed agriculture and the handicrafts against them. Why was that? That has the candid look of genuine religious persecution, not a trade-union boycott in a religious disguise.

The Jews are harried and obstructed in Austria and Germany, and lately in France; but England and America give them an open field and yet survive. Scotland offers them an unembarrassed field too, but there are not many takers. There are a few Jews in Glasgow, and one in Aberdeen; but that is because they can’t earn enough to get away. The Scotch pay themselves that compliment, but it is authentic.

I feel convinced that the Crucifixion has not much to do with the world’s attitude towards the Jew; that the reasons for it are older than that event, as suggested by Egypt’s experience and by Rome’s regret for having persecuted an unknown quantity called a Christian, under the mistaken impression that she was merely persecuting a Jew. Merely a Jew – a skinned eel who was used to it, presumably.

I am persuaded that in Russia, Austria, and Germany nine-tenths of the hostility to the Jew comes from the average Christian’s inability to compete successfully with the average Jew in business – in either straight business or the questionable sort. In Berlin, a few years ago, I read a speech which frankly urged the expulsion of the Jews from Germany; and the agitator’s reason was as frank as his proposition.

It was this: that eighty-five per cent. of the successful lawyers of Berlin were Jews, and that about the same percentage of the great and lucrative businesses of all sorts in Germany were in the hands of the Jewish race! Isn’t it an amazing confession? It was but another way of saying that in a population of 48,000,000, of whom only 500,000 were registered as Jews, eight-five per cent. of the brains and honesty of the whole was lodged in the Jews.

I must insist upon the honesty – it is an essential of successful business, taken by and large. Of course it does not rule out rascals entirely, even among Christians, but it is a good working rule, nevertheless. The speaker’s figures may have been inexact, but the motive of persecution stands out as clear as day. The man claimed that in Berlin the banks, the newspapers, the theatres, the great mercantile, shipping, mining, and manufacturing interests, the big army and city contracts, the tramways, and pretty much all other properties of high value, and also the small businesses, were in the hands of the Jews.

He said the Jew was pushing the Christian to the wall all along the line; that it was all a Christian could do to scrape together a living; and that the Jew must be banished, and soon – there was no other way of saving the Christian.

Here in Vienna, last autumn, an agitator said that all these disastrous details were true of Austria-Hungary also; and in fierce language he demanded the expulsion of the Jews. When politicians come out without a blush and read the baby act in this frank way, unrebuked, it is a very good indication that they have a market back of them, and know where to fish for votes. You note the crucial point of the mentioned agitation; the argument is that the Christian cannot compete with the Jew, and that hence his very bread is in peril. To human beings this is a much more hate-inspiring thing than is any detail connected with religion.

With most people, of a necessity, bread and meat take first rank, religion second. I am convinced that the persecution of the Jew is not due in any large degree to religious prejudice. No, the Jew is a money-getter; and in getting his money he is a very serious obstruction to less capable neighbors who are on the same quest. I think that that is the trouble.

In estimating worldly values the Jew is not shallow, but deep. With precocious wisdom he found out in the morning of time that some men worship rank, some worship heroes, some worship power, some worship God, and that over these ideals they dispute and cannot unite – but that they all worship money; so he made it the end and aim of his life to get it.

He was at it in Egypt thirty-six centuries ago; he was at it in Rome when that Christian got persecuted by mistake for him; he has been at it ever since. The cost to him has been heavy; his success has made the whole human race his enemy – but it has paid, for it has brought him envy, and that is the only thing which men will sell both soul and body to get.

He long ago observed that a millionaire commands respect, a two-millionaire homage, a multi-millionaire the deepest deeps of adoration. We all know that feeling; we have seen it express itself. We have noticed that when the average man mentions the name of a multi-millionaire he does it with that mixture in his voice of awe and reverence and lust which burns in a Frenchman’s eye when it falls on another man’s centime.

Point No. 3.

« Can Jews do anything to improve the situation? » I think so. If I may make a suggestion without seeming to be trying to teach my grandmother how to suck eggs, I will offer it. In our days we have learned the value of combination. We apply it everywhere – in railway systems, in trusts, in trade unions, in Salvation Armies, in minor politics, in major politics, in European Concerts. Whatever our strength may be, big or little, we organize it. We have found out that that is the only way to get the most out of it that is in it. We know the weakness of individual sticks, and the strength of the concentrated fagot.

Suppose you try a scheme like this, for instance. In England and America put every Jew on the census-book as a Jew (in case you have not been doing that). Get up volunteer regiments composed of Jews solely, and, when the drum beats, fall in and go to the front, so as to remove the reproach that you have few Massenas among you, and that you feed on a country but don’t like to fight for it. Next, in politics, organize your strength, band together, and deliver the casting vote where you can, and, where you can’t, compel as good terms as possible.

You huddle to yourselves already in all countries, but you huddle to no sufficient purpose, politically speaking. You do not seem to be organized, except for your charities. There you are omnipotent; there you compel your due of recognition – you do not have to beg for it. It shows what you can do when you band together for a definite purpose. And then from America and England you can encourage your race in Austria, France, and Germany, and materially help it.

It was a pathetic tale that was told by a poor Jew in Galicia a fortnight ago during the riots, after he had been raided by the Christian peasantry and despoiled of everything he had. He said his vote was of no value to him, and he wished he could be excused from casting it, for, indeed, casting it was a sure damage to him, since no matter which party he voted for, the other party would come straight and take its revenge out of him.

Nine per cent. of the population of the empire, these Jews, and apparently they cannot put a plank into any candidate’s platform! If you will send our Irish lads over here I think they will organize your race and change the aspect of the Reichsrath.

You seem to think that the Jews take no hand in politics here, that they are « absolutely non-participants. » I am assured by men competent to speak that this is a very large error, that the Jews are exceedingly active in politics all over the empire, but that they scatter their work and their votes among the numerous parties, and thus lose the advantages to be had by concentration. I think that in America they scatter too, but you know more about that than I do.

Speaking of concentration, Dr. Herzl has a clear insight into the value of that. Have you heard of his plan? He wishes to gather the Jews of the world together in Palestine, with a government of their own – under the suzerainty of the Sultan, I suppose. At the Convention of Berne, last year, there were delegates from everywhere, and the proposal was received with decided favor.

I am not the Sultan, and I am not objecting; but if that concentration of the cunningest brains in the world were going to be made in a free country (bar Scotland), I think it would be politic to stop it. It will not be well to let the race find out its strength. If the horses knew theirs, we should not ride any more.

Point No. 4.

« The Jews have no party; they are non-participants. » Perhaps you have let the secret out and given yourself away. It seems hardly a credit to the race that it is able to say that; or to you, sir, that you can say it without remorse; more than you should offer it as a plea against maltreatment, injustice, and oppression. Who gives the Jew the right, who gives any race the right, to sit still, in a free country, and let somebody else look after its safety?

The oppressed Jew was entitled to all pity in the former times under brutal autocracies, for he was weak and friendless, and had no way to help his case. But he has ways now, and he has had them for a century, but I do not see that he has tried to make serious use of them. When the Revolution set him free in France it was an act of grace – the grace of other people; he does not appear in it as a helper. I do not know that he helped when England set him free. Among the Twelve Sane Men of France who have stepped forward with great Zola at their head to fight (and win, I hope and believe ^*) the battle for the most infamously misused Jew of modern times, do you find a great or rich or illustrious Jew helping?

In the United States he was created free in the beginning – he did not need to help, of course. In Austria and Germany and France he has a vote, but of what considerable use is it to him? He doesn’t seem to know how to apply it to the best effect. With all his splendid capacities and all his fat wealth he is to-day not politically important in any country. In America, as early as 1854, the ignorant Irish hod-carrier, who had a spirit of his own and a way of exposing it to the weather, made it apparent to all that he must be politically reckoned with; yet fifteen years before that we hardly knew what an Irishman looked like.

As an intelligent force and numerically, he has always been away down, but he has governed the country just the same. It was because he was organized. It made his vote valuable – in fact, essential.

You will say the Jew is everywhere numerically feeble. That is nothing to the point – with the Irishman’s history for an object-lesson. But I am coming to your numerical feebleness presently. In all parliamentary countries you could no doubt elect Jews to the legislatures – and even one member in such a body is sometimes a force which counts. How deeply have you concerned yourselves about this in Austria, France, and Germany? Or even in America, for that matter? You remark that the Jews were not to blame for the riots in this Reichsrath here, and you add with satisfaction that there wasn’t one in that body. That is not strictly correct; if it were, would it not be in order for you to explain it and apologize for it, not try to make a merit of it?

But I think that the Jew was by no means in as large force there as he ought to have been, with his chances. Austria opens the suffrage to him on fairly liberal terms, and it must surely be his own fault that he is so much in the background politically. As to your numerical weakness. I mentioned some figures awhile ago – 500,000 – as the Jewish population of Germany. I will add some more – 6,000,000 in Russia, 5,000,000 in Austria, 250,000 in the United States. I take them from memory; I read them in the Cyclopaedia Britannica ten or twelve years ago. Still, I am entirely sure of them.

If those statistics are correct, my argument is not as strong as it ought to be as concerns America, but it still has strength. It is plenty strong enough as concerns Austria, for ten years ago 5,000,000 was nine per cent. of the empire’s population. The Irish would govern the Kingdom of Heaven if they had a strength there like that.

I have some suspicions; I got them at second-hand, but they have remained with me these ten or twelve years. When I read in the C. B. that the Jewish population of the United States was 250,000, I wrote the editor, and explained to him that I was personally acquainted with more Jews than that in my country, and that his figures were without a doubt a misprint for 25,000,000. I also added that I was personally acquainted with that many there; but that was only to raise his confidence in me, for it was not true.

His answer miscarried, and I never got it; but I went around talking about the matter, and people told me they had reason to suspect that for business reasons many Jews whose dealings were mainly with the Christians did not report themselves as Jews in the census. It looked plausible; it looks plausible yet. Look at the city of New York; and look at Boston, and Philadelphia, and New Orleans, and Chicago, and Cincinnati, and San Francisco – how your race swarms in those places! – and everywhere else in America, down to the least little village.

Read the signs on the marts of commerce and on the shops; Goldstein (gold stone), Edelstein (precious stone), Blumenthal (flower-vale), Rosenthal (rose-vale), Veilchenduft (violet odor), Singvogel (song-bird), Rosenzweig (rose branch), and all the amazing list of beautiful and enviable names which Prussia and Austria glorified you with so long ago. It is another instance of Europe’s coarse and cruel persecution of your race; not that it was coarse and cruel to outfit it with pretty and poetical names like those, but that it was coarse and cruel to make it pay for them or else take such hideous and often indecent names that to-day their owners never use them; or, if they do, only on official papers.

And it was the many, not the few, who got the odious names, they being too poor to bribe the officials to grant them better ones. Now why was the race renamed? I have been told that in Prussia it was given to using fictitious names, and often changing them, so as to beat the tax-gatherer, escape military service, and so on; and that finally the idea was hit upon of furnishing all the inmates of a house with one and the same surname, and then holding the house responsible right along for those inmates, and accountable for any disappearances that might occur; it made the Jews keep track of each other, for self-interest’s sake, and saved the government the trouble. ^*

[Footnote *: In Austria the renaming was merely done because the Jews in some newly acquired regions had no surnames, but were mostly named Abraham and Moses, and therefore the tax-gatherer could not tell t’other from which, and was likely to lose his reason over the matter. The renaming was put into the hands of the War Department, and a charming mess the graceless young lieutenants made of it. To them a Jew was of no sort of consequence, and they labelled the race in a way to make the angels weep. As an example, take these two: Abraham Bellyache and Schmul Godbedamned. – Culled from « Namens Studien, » by Karl Emil Franzos.]

If that explanation of how the Jews of Prussia came to be renamed is correct, if it is true that they fictitiously registered themselves to gain certain advantages, it may possibly be true that in America they refrain from registering themselves as Jews to fend off the damaging prejudices of the Christian customer. I have no way of knowing whether this notion is well founded or not. There may be other and better ways of explaining why only that poor little 250,000 of our Jews got into the Cyclopaedia. I may, of course, be mistaken, but I am strongly of the opinion that we have an immense Jewish population in America.

Point No. 5.

« Will the persecution of the Jews ever come to an end? » On the score of religion, I think it has already come to an end. On the score of race prejudice and trade, I have the idea that it will continue. That is, here and there in spots about the world, where a barbarous ignorance and a sort of mere animal civilization prevail; but I do not think that elsewhere the Jew need now stand in any fear of being robbed and raided.

Among the high civilizations he seems to be very comfortably situated indeed, and to have more than his proportionate share of the prosperities going. It has that look in Vienna. I suppose the race prejudice cannot be removed; but he can stand that; it is no particular matter. By his make and ways he is substantially a foreigner wherever he may be, and even the angels dislike a foreigner. I am using this word foreigner in the German sense – stranger. Nearly all of us have an antipathy to a stranger, even of our own nationality. We pile gripsacks in a vacant seat to keep him from getting it; and a dog goes further, and does as a savage would – challenges him on the spot.

The German dictionary seems to make no distinction between a stranger and a foreigner; in its view a stranger is a foreigner – a sound position, I think. You will always be by ways and habits and predilections substantially strangers – foreigners – wherever you are, and that will probably keep the race prejudice against you alive. But you were the favorites of Heaven originally, and your manifold and unfair prosperities convince me that you have crowded back into that snug place again.

Here is an incident that is significant. Last week in Vienna a hailstorm struck the prodigious Central Cemetery and made wasteful destruction there. In the Christian part of it, according to the official figures, 621 window-panes were broken; more than 900 singing-birds were killed; five great trees and many small ones were torn to shreds and the shreds scattered far and wide by the wind; the ornamental plants and other decorations of the graves were ruined, and more than a hundred tomb-lanterns shattered; and it took the cemetery’s whole force of 300 laborers more than three days to clear away the storm’s wreckage. In the report occurs this remark – and in its italics you can hear it grit its Christian teeth « . . . lediglich die israelitische Abtheilung des Friedhofes vom Hagelwetter ganzlich verschont worden war. » Not a hailstone hit the Jewish reservation! Such nepotism makes me tired.

Point No. 6.

« What has become of the Golden Rule? » It exists, it continues to sparkle, and is well taken care of. It is Exhibit A in the Church’s assets, and we pull it out every Sunday and give it an airing. But you are not permitted to try to smuggle it into this discussion, where it is irrelevant and would not feel at home. It is strictly religious furniture, like an acolyte, or a contribution-plate, or any of those things. It has never been intruded into business; and Jewish persecution is not a religious passion, it is a business passion.

To conclude. – If the statistics are right, the Jews constitute but one per cent. of the human race. It suggests a nebulous dim puff of star-dust lost in the blaze of the Milky Way. Properly the Jew ought hardly to be heard of; but he is heard of, has always been heard of. He is as prominent on the planet as any other people, and his commercial importance is extravagantly out of proportion to the smallness of his bulk. His contributions to the world’s list of great names in literature, science, art, music, finance, medicine, and abstruse learning are also away out of proportion to the weakness of his numbers.

He has made a marvellous fight in this world, in all the ages; and has done it with his hands tied behind him. He could be vain of himself, and be excused for it. The Egyptian, the Babylonian, and the Persian rose, filled the planet with sound and splendor, then faded to dream-stuff and passed away; the Greek and the Roman followed, and made a vast noise, and they are gone; other peoples have sprung up and held their torch high for a time, but it burned out, and they sit in twilight now, or have vanished.

The Jew saw them all, beat them all, and is now what he always was, exhibiting no decadence, no infirmities of age, no weakening of his parts, no slowing of his energies, no dulling of his alert and aggressive mind. All things are mortal but the Jew; all other forces pass, but he remains. What is the secret of his immortality?

Postscript — The Jew as Soldier

When I published the above article in Harper`s Monthly, I was ignorant — like the rest of the Christian world — of the fact that the Jew had a record as a soldier. I have since seen the official statistics, and I find that he furnished soldiers and high officers to the Revolution, the War of 1812, and the Mexican War. In the Civil War he was represented in the armies and navies of both the North and the South by 10 percent of his numerical strength — the same percentage that was furnished by the Christian populations of the two sections. This large fact means more than it seems to mean; for it means that the Jew`s patriotism was not merely level with the Christian`s, but overpassed it. When the Christian volunteer arrived in camp he got a welcome and applause, but as a rule the Jew got a snub. His company was not desired, and he was made to feel it. That he nevertheless conquered his wounded pride and sacrificed both that and his blood for his flag raises the average and quality of his patriotism above the Christian`s. His record for capacity, for fidelity, and for gallant soldiership in the field is as good as any one`s. This is true of the Jewish private soldiers and the Jewish generals alike. Major-General O.O. Howard speaks of one of his Jewish staff-officers as being « of the bravest and best »; of another — killed at Chancellorsville — as being « a true friend and a brave officer »; he highly praises two of his Jewish brigadier-generals; finally, he uses these strong words: « Intrinsically there are no more patriotic men to be found in the country than those who claim to be of Hebrew descent, and who served with me in parallel commands or more directly under my instructions. »

Fourteen Jewish Confederate and Union families contributed, between them, fifty-one soldiers to the war. Among these, a father and three sons; and another, a father and four sons.

In the above article I was not able to endorse the common reproach that the Jew is willing to feed upon a country but not to fight for it, because I did not know whether it was true or false. I supposed it to be true, but it is not allowable to endorse wandering maxims upon supposition — except when one is trying to make out a case. That slur upon the Jew cannot hold up its head in presence of the figures of the War Department. It has done its work, and done it long and faithfully, and with high approval: it ought to be pensioned off now, and retired from active service.”


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