Mimétisme: Qui s’assemble se ressemble (What if it was flocks that made birds of a feather ?)

18 juillet, 2013

https://i2.wp.com/www.fubiz.net/wp-content/uploads/2009/02/babeltalesscreamingdreamers.jpghttps://i2.wp.com/www.ethanham.com/blog/uploaded_images/CommunicatingCommunity-731129.jpghttps://i1.wp.com/www.v1gallery.com/artistimage/image/588/BABELTALES.MemoryLane.jpgIl leur dit: Allez! Ils sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux. Matthieu 8: 31-32
Ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers. Jean 8: 9
Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour. Jésus (Jean 15: 9)
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur; et vous trouverez du repos pour vos âmes.Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. Jésus (Matthieu 11: 28-30)
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. Jésus (Matthieu 6: 24)
Si donc nous maintenons notre premier principe, à savoir que nos gardiens, dispensés de tous les autres métiers, doivent être les artisans tout dévoués de l’indépendance de la cité, et négliger ce qui n’y porte point, il faut qu’ils ne fassent et n’imitent rien d’autre ; s’ils imitent, que ce soient les qualités qu’il leur convient d’acquérir dès l’enfance : le courage, la tempérance, la sainteté, la libéralité et les autres vertus du même genre ; mais la bassesse, ils ne doivent ni la pratiquer ni savoir habilement l’imiter, non plus qu’aucun des autres vices, de peur que de l’imitation ils ne recueillent le fruit de la réalité. Ou bien n’as-tu pas remarqué que l’imitation, si depuis l’enfance on persévère à la cultiver, se fixe dans les habitudes et devient une seconde nature pour le corps, la voix et l’esprit ? Certainement, répondit-il. Nous ne souffrirons donc pas, repris-je, que ceux dont nous prétendons prendre soin et qui doivent devenir des hommes vertueux, imitent, eux qui sont des hommes, une femme jeune ou vieille, injuriant son mari, rivalisant avec les dieux et se glorifiant de son bonheur, ou se trouvant dans le malheur, dans le deuil et dans les larmes ; à plus forte raison n’admettrons-nous pas qu’ils l’imitent malade, amoureuse ou en mal d’enfant. Non, certes, dit-il. Ni qu’ils imitent les esclaves, mâles ou femelles, dans leurs actions serviles. Cela non plus. Ni, ce semble, les hommes méchants et lâches qui font le contraire de ce que nous disions tout à l’heure, qui se rabaissent et se raillent les uns les autres, et tiennent des propos honteux, soit dans l’ivresse, soit de sang-froid ; ni toutes les fautes dont se rendent coupables de pareilles gens, en actes et en paroles, envers eux-mêmes et envers les autres. Je pense qu’il ne faut pas non plus les habituer à contrefaire le langage et la conduite des fous; car il faut connaître les fous et les méchants, hommes et femmes, mais ne rien faire de ce qu’ils font et ne pas les imiter. Cela est très vrai, dit-il. Quoi donc? poursuivis-je, imiteront-ils les forgerons, les autres artisans, les rameurs qui font avancer les trirèmes, les maîtres d’équipage, et tout ce qui se rapporte à ces métiers ? Et comment, répliqua-t-il, le leur permettrait-on, puisqu’ils n’auront même pas le droit de s’occuper d’aucun de ces métiers ? Et le hennissement des chevaux, le mugissement des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre, les imiteront-ils ? Non, répondit-il, car il leur est interdit d’être fous et d’imiter les fous. Platon
Nous sommes automates dans les trois quarts de nos actions. Leibniz
Qu’est‑ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants, ceux qu’ils ont reçus de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux ? Une différente coutume en donnera d’autres principes naturels. Cela se voit par expérience. Pascal
C’est la coutume…. qui fait tant de chrétiens ; c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats. Pascal 
C’est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités, mais c’est être superbe de ne vouloir s’y soumettre. (…) Il faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir de Dieu; c’est-à-dire que l’on se mette à genoux, prie des lèvres, etc., afin que l’homme orgueilleux qui n’a voulu se soumettre à Dieu soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est être superstitieux; ne vouloir pas le joindre à l’intérieur est être superbe. (…) Les autres religions, comme les païennes, sont plus populaires, car elles sont en extérieur, mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Une religion purement intellectuelle serait plus proportionnée aux habiles, mais elle ne servirait pas au peuple. La seule religion chrétienne est proportionnée à tous, étant mêlée d’extérieur et d’intérieur. Elle élève le peuple à l’intérieur, et abaisse les superbes à l’extérieur, et n’est pas parfaite sans les deux, car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre. (…) Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu’esprit. Et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration. Combien y a(-t-) il peu de choses démontrées? Les preuves ne convainquent que l’esprit, la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus rues. Elle incline l’automate qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense. Qui a démontré qu’il sera demain jour et que nous mourrons, et qu’y a(-t-)il de plus cru? C’est donc la coutume qui nous en persuade. C’est elle qui fait tant de chrétiens, c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc. Il y a la foi reçue dans le baptême de plus aux chrétiens qu’aux païens. Enfin il faut avoir recours à elle quand une fois l’esprit a vu où est la vérité afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance qui nous échappe à toute heure, car d’en avoir toujours les preuves présentes c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une créance plus facile qui est celle de l’habitude qui sans violence, sans art, sans argument nous fait croire les choses et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction et que l’automate est incliné à croire le contraire ce n’est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces, l’esprit par les raisons qu’il suffit d’avoir vues une fois en sa vie et l’automate par la coutume, et en ne lui permettant pas de s’incliner au contraire. Inclina cor meum deus. La raison agit avec lenteur et avec tant de vues sur tant de principes, lesquels il faut qu’ils soient toujours présents, qu’à toute heure elle s’assoupit ou s’égare manque d’avoir tous ses principes présents. Le sentiment n’agit pas ainsi; il agit en un instant et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment, autrement elle sera toujours vacillante. Pascal
Si un homme ne marche pas au pas de ses camarades, c’est qu’il entend le son d’un autre tambour. Thoreau
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goùt pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust
On ne peut pas observer les Dix commandments si on vit au sein d’une société qui ne les respecte pas. Un soldat doit porter l’uniforme et vivre à la caserne. Celui qui veut servir Dieu doit arborer les insignes de Dieu et s’écarter de ceux qui ne se soucient que d’eux-mêmes. La barbe, les papillottes, le châle de prière, les franges rituelles – tout cela fait partie de l’uniforme d’un juif. Ce sont les signes extérieurs de son appartenance au monde de Dieu, pas aux bas-fonds. Herz Dovid Grein (ombres sur l’Hudson, Isaac Bashevis Singer, 1957)
Pénétrez dans une demeure de paysan et regardez son mobilier : depuis sa fourchette et son verre jusqu’à sa chemise, depuis ses chenets jusqu’à sa lampe, depuis sa hache jusqu’à son fusil, il n’est pas un de ses meubles, de ses vêtements ou de ses instruments, qui, avant de descendre jusqu’à sa chaumière, n’ait commencé par être un objet de luxe à l’usage des rois ou des chefs guerriers, ou ecclésiastiques, puis des seigneurs, puis des bourgeois, puis des propriétaires voisins. Faites parler ce paysan : vous ne trouverez pas en lui une notion de droit, d’agriculture, de politique ou d’arithmétique, pas un sentiment de famille ou de patriotisme, pas un vouloir, pas un désir, qui n’ait été à l’origine une découverte ou une initiative singulière, propagée des hauteurs sociales, graduelle­ment, jusqu’à son bas-fonds. Tarde (1890)
I see Babel Tales as both musical and as a musical. A musical in the sense that it seems everyone in the images has stopped what they are doing to participate in some predetermined choreography – to tell a story, although perhaps it is one, which cannot be fully understood. They are musical in the sense that every person is like an instrument, they all have different sounds, but because they are all more or less performing the same actions, it’s as if they are playing a song together. These songs or stories are, in a way, a meta-story looking into the chaos of the mass of people; the mass of stories is exiting in one city. This fascination of mine comes from films where peoples’ paths cross in serendipitous or clandestine ways, particularly Short Cuts by Robert Altman and Magnolia by Paul Thomas Anderson. I am trying to show another way of finding commonalities between people, outside race or religion or any sort of predefined background. Where does the individual end and the group begin? And how do you define human behavior if this line is blurred? I think the answers lie somewhere when coincidences are too symbolic to be true, in magical points in time, or Cartier-Bresson’s decisive moment, where randomness always has a place where it clicks. Peter Frunch
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! (…) C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…)  et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. (…) On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. Pr Jean-Michel Oughourlian
Les neurones miroirs sont des neurones qui s’activent, non seulement lorsqu’un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu’il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée; de là le qualitatif ‘miroir’ (mirror neurons). C’est un groupe de neurologues italiens, sous la direction de Giacomo Rizzolati (1996), qui a fait cette découverte sur des macaques. Les chercheurs ont remarqué – par hasard – que des neurones (dans la zone F5 du cortex prémoteur) qui étaient activés quand un singe effectuait un mouvement avec but précis (par exemple: saisir un objet) étaient aussi activés quand le même singe observait simplement ce mouvement chez un autre singe ou chez le chercheur, qui donnait l’exemple. Il existe donc dans le cerveau des primates un lien direct entre action et observation. Cette découverte s’est faite d’abord chez des singes, mais l’existence et l’importance des neurones miroirs pour les humains a été confirmée. Dans une recherche toute récente supervisé par Hugo Théoret (Université de Montréal), Shirley Fecteau a montré que le mécanisme des neurones miroirs est actif dans le cerveau immature des petits enfants et que les réseaux de neurones miroirs continuent de se développer dans les stades ultérieurs de l’enfance. Il faut ajouter ici que les savants s’accordent pour dire que ces réseaux sont non seulement plus développés chez les adultes (comparé aux enfants), mais qu’ils sont considérablement plus évolués chez les hommes en général comparé aux autres primates. Simon De Keukelaere
Faut-il se méfier de l’influence d’un ou d’une ami(e) obèse sur sa ligne ? Une étude américaine publiée, jeudi 26 juillet, dans la très sérieuse revue médicale New England Journal of Medecine, semble accréditer cette idée. Ainsi, le risque pour une personne de devenir obèse augmente de 57 % si il ou elle a un(e) ami(e) devenu(e) obèse. Si ce proche est du même sexe, la probabilité grimpe à 71 % et pour les hommes à 100 %. Las, s’il s’agit de son meilleur ami, le risque s’envole à 171 % ! Frères et soeurs représentent, eux, un risque accru de 40 % et les conjoint(e)s de 37 %. Le Monde
« Les gens qui sont entourés par beaucoup de gens heureux (…) ont plus de chance d’être heureux dans le futur. Les statistiques montrent que ces groupes heureux sont bien le résultat de la contagion du bonheur et non seulement d’une tendance de ces individus à se rapprocher d’individus similaires, » précisent les chercheurs. Les chances de bonheur augmentent de 8 % en cas de cohabitation avec un conjoint heureux, de 14 % si un proche parent heureux vit dans le voisinage, et même de 34 % en cas de voisins joyeux. Ces recherches « sont une raison supplémentaire de concevoir le bonheur, comme la santé, comme un phénomène collectif » expliquent-ils. Le Monde
Si le chant possède bien des vertus (lutte contre le stress, amélioration des capacités respiratoires), cet art quand il est pratiqué en groupe cache encore quelques mystères. Des scientifiques suédois viennent pourtant de révéler que lorsque plusieurs personnes chantent à l’unisson, leurs battements de cœur se synchronisent. En effet, non seulement les différentes voix d’une chorale s’harmonisent mais également ses pulsations du cœur. En prenant le pouls des participants de 15 chorales différentes, ils ont remarqué que leur rythme cardiaque s’accélérait ou ralentissait à la même vitesse. (…) Les recherches ont prouvé en outre que plus le morceau est structuré en différentes parties, plus les battements s’harmonisent. L’effet est encore plus visible quand le morceau choisi repose sur une rythmique lente. (…) Cette découverte rappelle ainsi la pratique du yoga dans lequel le contrôle de la respiration et son harmonisation joue un rôle important. Le HuffPost
Prier contre la maladie d’Alzheimer n’est pas seulement un acte de foi, mais peut être un geste thérapeutique. Selon une étude menée conjointement en Israël et aux États-Unis avec un financement de l’Institut national de la santé américain, la prière constitue un antidote très efficace qui permettrait de réduire de moitié chez les femmes les risques de contracter la maladie d’Alzheimer ou d’être victimes de pertes de mémoire et de démence «légères». Le Figaro
Revenons pour ce faire à notre précédent exemple du cri chez le bébé et observons tout d’abord que sa persistance dans le temps aura d’autant plus de chance de se produire que d’autres bébés se trouveront à proximité. C’est le phénomène bien connu de contagion du cri qui s’observe régulièrement lorsque plusieurs bébés sont rassemblés dans un même espace : pouponnière, crèche, etc. Dans un tel cadre, la hantise des soignants ou des éducateurs est que par ses cris, un bébé mette en émoi tout le groupe car le concert de cris peut alors durer de longues heures avant que la fatigue ne reprenne le dessus et permette un retour au calme toujours précaire. Remarquons que la hantise des responsables de ces tout petits hommes est exactement la même que celle de nos responsables politiques. Depuis la Révolution, ceux-ci ont bien compris que leur pire ennemi étaient les foules humaines solidarisées (prises en masse) dans un même élan acquis par imitation réciproque. Au XIXe siècle, les premières psychologies sociales (cf. Tarde, Le Bon, Sighele, Baldwin, etc.) répondent avant tout au besoin de comprendre (et de contrôler) ces « foules délinquantes » qui renversent l’ordre établi et font les révolutions. Toutes vont converger vers cet aspect fondamental de la psyché humaine qu’est l’imitation. Au XXe siècle, les mouvements fascistes en tireront d’ailleurs de très puissantes stratégies de manipulation des masses. (…) Tels des bébés qui, portés par l’imitation réciproque, se solidarisent dans un cri unanime et se canalisent donc les uns les autres vers une même activité à laquelle ils s’adonnent avec frénésie, de tout leur être, nous sommes dans quasiment tous les aspects de nos vies des êtres soumis aux normes des groupes et des communautés auxquels nous pensons appartenir, en particulier, celles de la société occidentale individualiste qui nous formate à l’idée que nous sommes des êtres rationnels, indépendants, autonomes, doués de libre-arbitre et donc rebelles à toutes les formes d’influence sociale. (…) Les meilleurs amis du monde sont souvent ceux qui, au travers d’un progressif « accordage » de leurs représentations, de leurs goûts et de leurs affects en viennent à être des « alter ego » l’un pour l’autre. Bien sûr, aucun ne cessera de voir ce qui le différencie de l’autre, mais leur proximité, et plus exactement leur similitude sur un grand nombre de points n’échappera pas à l’observateur extérieur. Cette logique d’accrochage automatique des cycles de l’habitude permet de comprendre l’omniprésence des phénomènes du genre il bâille, je bâille, il tousse, je tousse, il boit, j’ai soif, il mange, ça me donne faim, il regarde ici ou là, je regarde ici et là, il a peur, j’angoisse, il est serein, je suis rassuré, etc. (…) Que les choses soient claires : la soumission aux normes n’est jamais qu’un panurgisme, une imitation de la dynamique du troupeau auquel nous pensons appartenir. Manipulations et propagandes n’existent que parce que nous sommes toujours-déjà portés à l’imitation et au suivisme. Luc-Laurent Salvador

Et si c’était plutôt: qui s’assemble se ressemble ?

Conversation, combat, danse, amour, cris du bébé, baillements, toux, sourires, (fous) rires, chants, prières, prise alimentaire, obésité, anorexie/boulimie, rythmes respiratoire et cardiaque, mentruation (du latin mensis « mois », proche du grec mene « lune »), hystérie collective …

Alors qu’avec le dernier exemple en date du chant en groupe qui mène à l’harmonisation des rythmes cardiaques …

Mais aussi après les neurones-miroirs, les « bâtiments qui tombent malades », les choix politiques ou amoureux, les « orientations sexuelles », les bienfaits (ou méfaits) de la pratique religieuse ou parareligieuse (yoga, méditation), le bonheur, les épidémies de suicides,  attentats-suicides, divorces, émeutes

Pendant que sur la scène politique et aux cris d’allah akbar, le prétendu « printemps arabe » continue son inexorable et explosive progression …

La science comme l’actualité démontrent chaque jour un peu plus les effets de contagion dont, pour le meilleur comme pour le pire, sont faits les moindres de nos affects, émotions et comportements …

Comment ne pas voir le psychologue social Luc-Laurent Salvador …

Après Platon, Tarde et Girard …

Mais aussi contre la fiction moderne et occidentale de l’individualisme naturel et spontané (et de la commode et rassurante contre-fiction de la propagande et de la manipulation comme corruption de celui-ci) …

Et des bébés en crèche aux casseurs en meute ou aux fidèles assemblés …

Comme des simples amis ou amoureux en conversation aux ennemis ou combattants en lutte …

La formidable machine mimétique ou « machine à imiter » que nous sommes finalement tous ?

Théorie de la mimesis générale

Luc-Laurent Salvador
Agoravox
8 février 2013

Dans ce cinquième volet de notre introduction à la psychologie synthétique (cf. 1, 2, 3, 4), nous abordons la partie peut-être la plus fascinante de la psychologie humaine, à savoir, notre tendance à l’imitation. Bien connue depuis Platon, qui parlait de mimesis, elle n’a cessé depuis de faire l’objet d’un formidable déni au travers duquel nous tentons de croire en la vision romantique de l’être humain libre et indépendant dans ses désirs, ses choix et ses actes. De Spinoza à René Girard en passant par Tarde, Le Bon ou même Freud, nombre d’auteurs ont traité de l’imitation et de ses effets de contagion, mentale et comportementale, auxquels aucun aspect de l’humain n’échappe. Nul mécanisme explicatif de l’imitation n’a cependant fait l’objet d’un consensus. Nous allons nous tenir au plus ancien d’entre-eux, la réaction circulaire, qui n’est au fond qu’une formulation savante de l’habitude et dont le principe peut se retrouver dans chacun des mécanismes qui ont ensuite été proposés. Cette notion présentée dans le précédent article nous permettra de comprendre que si l’Homme est bien un être d’habitudes (postulat unique de la psychologie synthétique), alors, il est avant toute chose, une « machine à imiter ».

La première fois que j’ai présenté dans un cadre scientifique l’hypothèse selon laquelle l’humain serait une sorte de machine mimétique constamment portée à l’imitation, un auditeur malicieux m’a lancé « et quand on fait l’amour, on imite » ?

Si on pense que l’imitation c’est faire le perroquet, le mouton de panurge ou, au mieux, le bon élève, on pourrait voir là une objection sérieuse. Car lorsqu’ on fait l’amour, on est au plus près de soi-même, on se sent dans la pure spontanéité et certainement pas dans un quelconque suivisme.

Toutefois, réfléchissons, un couple qui fait l’amour, c’est quand même bien deux personnes qui tendent à maximiser leur similitude puisqu’elles sont … :

  • venues sur le même lieu
  • venues là au même moment
  • tôt ou tard, pareillement nues
  • toutes les deux dans le même contact peau à peau ; souvent elles sont lèvres à lèvres et, par hypothèse, sexe à sexe
  • toutes deux à se plonger dans le regard l’une de l’autre
  • toutes deux avec une respiration synchrone
  • toutes les deux à entretenir des mouvements de la zone pelvienne sur un même rythme, donc de manière synchrone.

Il apparaît donc que, par une imitation réciproque de tous les instants principalement affirmée dans l’accordage des rythmes, ces deux personnes en sont venues à se ressembler autant qu’il est possible et cela constitue, à mon sens, un parfait exemple d’imitation.

La seule différence remarquable qui persiste entre ces deux êtres, c’est celle des sexes — du moins pour un couple hétérosexuel. Mais là encore, le concave n’est-il pas une imitation en creux du convexe et inversement ? La serrure n’est-elle pas une reproduction en creux de la clé et inversement ?

Cette ressemblance active des partenaires fait leur unité et on peut même dire leur harmonie car on peut se faire à l’idée qu’elles se sont progressivement accordées un peu comme le feraient deux magnifiques instruments de musique disposés à jouer une symphonie proprement céleste.

Aussi étrange que cela puisse paraître, cet accordage est, toutes choses égales par ailleurs, le même que celui opéré par deux personnes en conversation ou deux personnes qui se battent. Les interlocuteurs ou les protagonistes se calent en effet sur les mêmes rythmes (ceux du tour de paroles ou du « coup pour coup ») et en viennent à se ressembler étrangement dans leur attitudes, leurs comportements, leurs émotions, etc.

Selon le psychosociologue Gabriel Tarde, toutes les interactions humaines seraient mimétiques d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, l’imitation serait omniprésente et constituerait ni plus ni moins que « le fait social élémentaire ». Nous avons beaucoup de peine à imaginer la généralité et la puissance de ce processus, mais Tarde nous offre de remarquables illustrations… :

« Pénétrez dans une demeure de paysan et regardez son mobilier : depuis sa fourchette et son verre jusqu’à sa chemise, depuis ses chenets jusqu’à sa lampe, depuis sa hache jusqu’à son fusil, il n’est pas un de ses meubles, de ses vêtements ou de ses instruments, qui, avant de descendre jusqu’à sa chaumière, n’ait commencé par être un objet de luxe à l’usage des rois ou des chefs guerriers, ou ecclésiastiques, puis des seigneurs, puis des bourgeois, puis des propriétaires voisins. Faites parler ce paysan : vous ne trouverez pas en lui une notion de droit, d’agriculture, de politique ou d’arithmétique, pas un sentiment de famille ou de patriotisme, pas un vouloir, pas un désir, qui n’ait été à l’origine une découverte ou une initiative singulière, propagée des hauteurs sociales, graduelle­ment, jusqu’à son bas-fonds. » Tarde, Philosophie pénale, 1890 p. 39

Cette généralité du fait mimétique, quoi que nous en pensions, nous, — individus civilisés, libres et indépendants du XXIe siècle — n’y sommes pas étrangers, loin s’en faut

Que cela nous plaise ou non, nous prenons modèles, ici et là, d’un bout à l’autre de nos vies. Deux cas sont possibles : soit nous aimons être « tendance », suivre les modes, au gré des vents médiatiques, publicitaires et propagandistes, soit nous pensons résister à cela… en suivant d’autres modèles plus conservateurs, avec des valeurs et une culture que nous avons précédemment intériorisées — c’est-à-dire imitées — et auxquelles nous restons fidèles en les reproduisant avec constance.

Autrement dit, que nous ayons l’habitude du changement ou celle de la constance, nous sommes toujours dans l’habitude de l’imitation.

Au final, toute la différence entre ces deux extrêmes tient aux rythmes auxquels nous nous « accordons » aux autres : soit ils sont rapides et rendent le changement manifeste, soit ils sont lents et nous semblont alors cultiver la constance alors que, dans un cas comme dans l’autre, nous suivons le rythme et donc, nous imitons.

Comme le disait excellement le poète Thoreau : « si un homme ne marche pas au pas de ses camarades, c’est qu’il entend le son d’un autre tambour ». Comprenons qu’ à chaque instant, l’homme « reproduit » quelque chose, il imite donc. Ce qui n’enlève rien au fait qu’il puisse avoir sa propre manière de marcher. Disons le clairement une bonne fois pour toutes : la différence n’annule pas la ressemblance. Une reproduction peut être originale en amenant des variations ou des différences, elle n’en reste pas moins une reproduction.

Ceci étant, comment comprendre la généralité du fait mimétique, comment l’expliquer ?

Ainsi que je l’ai déjà suggéré plusieurs fois, si on considère l’habitude, comme étant (1) d’une absolue généralité et (2) une véritable « machine à imiter », l’omniprésence des phénomènes d’imitation cesse d’être un mystère.

C’est cette hypothèse que nous allons à présent explorer, l’objectif étant de comprendre comment il se pourrait faire que l’imitation soit le produit logique, nécessaire, automatique de l’habitude, c’est-à-dire, résulte inévitablement du fonctionnement des cycles perception-action ou des réactions circulaires dont nous sommes constitués.

Revenons pour ce faire à notre précédent exemple du cri chez le bébé et observons tout d’abord que sa persistance dans le temps aura d’autant plus de chance de se produire que d’autres bébés se trouveront à proximité. C’est le phénomène bien connu de contagion du cri qui s’observe régulièrement lorsque plusieurs bébés sont rassemblés dans un même espace : pouponnière, crèche, etc.

Dans un tel cadre, la hantise des soignants ou des éducateurs est que par ses cris, un bébé mette en émoi tout le groupe car le concert de cris peut alors durer de longues heures avant que la fatigue ne reprenne le dessus et permette un retour au calme toujours précaire.

Remarquons que la hantise des responsables de ces tout petits hommes est exactement la même que celle de nos responsables politiques. Depuis la Révolution, ceux-ci ont bien compris que leur pire ennemi étaient les foules humaines solidarisées (prises en masse) dans un même élan acquis par imitation réciproque.

Au XIXe siècle, les premières psychologies sociales (cf. Tarde, Le Bon, Sighele, Baldwin, etc.) répondent avant tout au besoin de comprendre (et de contrôler) ces « foules délinquantes » qui renversent l’ordre établi et font les révolutions. Toutes vont converger vers cet aspect fondamental de la psyché humaine qu’est l’imitation. Au XXe siècle, les mouvements fascistes en tireront d’ailleurs de très puissantes stratégies de manipulation des masses [1].

Notons que si on a beaucoup glosé sur la manipulation, c’est d’abord pour préserver l’idéal romantique du sujet en tant qu’être autonome dont le désir est absolument libre et absolument propre à sa personne ; c’est ensuite pour mieux masquer le fait que, le panurgisme étant ce qu’il est, le mensonge des dirigeants à l’égard du peuple a toujours été la norme et que nos « démocraties » capitalistes et consuméristes n’ont fait, en somme, qu’industrialiser une propagande (cf. The century of self) qui a été de toutes les époques.

Celle que nous connaissons actuellement a été d’autant plus efficace que tel un phare projettant dans nos esprits aveuglés le mythe de l’individu libre et autonome, elle a ipso facto produit la matrice d’une modernité dont elle se voudrait, autant que possible, absente.

Nous croyons mordicus en notre autonomie et notre libre-arbitre, nous les posons en principe explicatif de nos actes et, cette habitude de pensée, présente au plus intime de notre expérience quotidienne, structure automatiquement cette dernière de manière à se perpétuer indéfiniment, comme toute habitude digne de ce nom.

Autrement dit, si vous pensez vivre dans une société moderne, démocratique constituée d’individus libres et indépendants, il est clair que vous êtes vous-même victime de cette propagande née au XXe siècle. Vous pratiquez le même « grégarisme individualiste » que les Monty Python ont brillamment tourné en dérision dans cette séquence du savoureux film « La Vie de Brian ».

Tels des bébés qui, portés par l’imitation réciproque, se solidarisent dans un cri unanime et se canalisent donc les uns les autres vers une même activité à laquelle ils s’adonnent avec frénésie, de tout leur être, nous sommes dans quasiment tous les aspects de nos vies des êtres soumis aux normes des groupes et des communautés auxquels nous pensons appartenir, en particulier, celles de la société occidentale individualiste qui nous formate à l’idée que nous sommes des êtres rationnels, indépendants, autonomes, doués de libre-arbitre et donc rebelles à toutes les formes d’influence sociale.

Que les choses soient claires : la soumission aux normes n’est jamais qu’un panurgisme, une imitation de la dynamique du troupeau auquel nous pensons appartenir. Manipulations et propagandes n’existent que parce que nous sommes toujours-déjà portés à l’imitation et au suivisme. C’est pourquoi, avant de nous intéresser aux premières, il importe de comprendre la tendance à l’imitation.

D’où vient cette mimesis dont la puissance est telle que Platon allait jusqu’à nous prévenir de ne pas imiter ni la femme heureuse ou malheureuse, ni les esclaves, ni les méchants, ni les fous, ni « le hennissement des chevaux, le mugissement des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre… » (République 395d – 396b) ?

Platon nous met d’emblée sur la piste d’une affinité entre imitation et habitude qui est à présent bien connue :

« …n’as-tu pas remarqué que l’imitation, si depuis l’enfance on persévère à la cultiver, se fixe dans les habitudes et devient une seconde nature pour le corps, la voix et l’esprit ? » (République 395d – 396b)

C’est une évidence, l’imitation mène à la formation d’habitudes, bonnes ou mauvaises. Elle a donc constitué, depuis toujours, la base première de l’éducation. Mais cela ne suffit pas. Pour comprendre la généralité de l’imitation il importe que l’inverse soit vrai, à savoir, que l’habitude elle-même suscite l’imitation.

Le fait est que l’habitude est déjà un mécanisme de reproduction de comportements passés : les nôtres. Ne pourrait-elle aussi nous porter à la reproduction de comportements semblables, donc de comportements manifestés par nos semblables ?

C’est précisément ce que nous allons pouvoir constater. Pour cela, revenons à l’exemple de la réaction circulaire de cri du bébé qui est illustrée ci-dessous par la Figure 1. Pour résumer très vite, disons que cette réaction produit un cri qui est justement le stimulus qui la déclenche, l’entretient ou la stimule de sorte qu’elle ne cesse de se… reproduire.

Son mécanisme, excessivement simple, est constitué d’un simple lien sensori-(idéo)-moteur qui relie le percept à l’action motrice, faisant que l’actualité du premier amène la réalisation de la seconde.

En effet, à l’audition d’un stimulus, c’est-à-dire, d’un cri, la réaction circulaire qui le perçoit et le reconnaît comme semblable au sien va s’activer et reproduire le cri en question. Elle reproduit donc à nouveau « le stimulus qui la déclenche, l’entretient ou la stimule » et, dès lors, l’action consistant à crier va logiquement suivre, grâce le lien idéomoteur. La boucle est bouclée et peut se perpétuer ad libitum.

Ce modèle en cycle perception-action nous donne donc une explication très simple et immédiate du phénomène d’imitation : rien ne ressemblant plus à un cri de bébé qu’un autre cri de bébé, il est aisé de comprendre que le cri d’un quelconque bébé pourra stimuler la réaction circulaire de cri de n’importe quel autre bébé et souvent même de plusieurs autres. Ceci est illustré par la Figure 2.

En assimilant le cri de l’autre au sien propre, le bébé qui active sa réaction circulaire imite bel et bien son congénère puisqu’il reproduit son comportement en criant à son tour. Ce faisant, il renforce le stimulus et très vite les deux bébés crient de concert, produisant en chœur un signal plus puissant, plus stable qui entraînera progressivement tous les bébés alentours, même les plus sereins.

La phase clé de ce mécanisme mimétique est l’assimilation, c’est-à-dire, le fait qu’un individu perçoive le comportement de son congénère comme semblable au sien. C’est seulement parce que le bébé B assimile le cri de A au sien que cette perception peut enchaîner mécaniquement sur la production du même comportement, un cri, via le lien sensori-idéo-moteur constitutif de son habitude.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une fois l’assimilation opérée, l’imitation suit automatiquement — sauf si un effort volontaire nous porte à inhiber ce comportement. Cette mécanicité de l’imitation peut déranger, mais elle ne peut nous surprendre dès lors qu’on la sait adossée à l’habitude, LE mécanisme automatique par excellence.

Considérons à présent ce qui se passe lorsque notre écosystème d’habitudes se trouve en présence d’une autre personne et donc d’un autre écosystème d’habitudes.

La chose est très simple : partout où les habitudes de l’un pourront assimiler les habitudes de l’autres, elles se verront activées et si rien ne vient les inhiber, il y aura reproduction, donc imitation, le plus souvent en toute inconscience.

Les meilleurs amis du monde sont souvent ceux qui, au travers d’un progressif « accordage » de leurs représentations, de leurs goûts et de leurs affects en viennent à être des « alter ego » l’un pour l’autre. Bien sûr, aucun ne cessera de voir ce qui le différencie de l’autre, mais leur proximité, et plus exactement leur similitude sur un grand nombre de points n’échappera pas à l’observateur extérieur.

Cette logique d’accrochage automatique des cycles de l’habitude permet de comprendre l’omniprésence des phénomènes du genre il bâille, je bâille, il tousse, je tousse, il boit, j’ai soif, il mange, ça me donne faim, il regarde ici ou là, je regarde ici et là, il a peur, j’angoisse, il est serein, je suis rassuré, etc.

C’est mathématique : si nous n’avons pas de raison d’inhiber, nous imitons, d’autant plus que nous nous sentons proches (semblables) des personnes avec qui nous sommes en interaction.

Lorsque deux personnes sont engagées dans une conversation amicale le simple fait de changer de posture d’une manière ou d’une autre — comme croiser ou décroiser les bras ou les jambes — augmente considérablement les chances que l’interlocuteur fasse de même car (a) non seulement il n’a concrètement aucune raison d’inhiber ce comportement mais (b) il a, au contraire, toutes les bonnnes raisons de le faire vu que l’impact en est très positif : c’est en effet le meilleur moyen de montrer une empathie « sincère », le fait que l’on est « en phase » avec le locuteur.

Même si nous n’en prenons généralement pas conscience, nous percevons et nous aimons que notre interlocuteur vienne se synchroniser avec nos rythmes, jusques et y compris le rythme respiratoire. Qui n’aime se sentir en accord, « accordé » et donc approuvé ?

Cet accrochage des rythme est d’ailleurs devenu la technique de manipulation de base de la PNL. Car celui à qui nous disons « oui » par notre attitude, celui que, manifestement, nous suivons, sera par la suite mimétiquement porté à nous dire « oui » lui aussi, il nous suivra beaucoup plus facilement. Cette imitation réciproque est ainsi un « accrochage » au sens propre car il y a alors moyen de « tirer » la personne concernée dans la direction souhaitée.

* *

*

En résumé, le modèle en réaction circulaire met en lumière ce grand secret de l’habitude qu’est sa tendance mimétique. L’habitude est un processus de reproduction qui, parce qu’il s’appuie sur une phase d’assimilation, ne peut pas ne pas être mimétique puisqu’il y a toujours moyen d’assimiler un semblable à soi et dès lors, la machinerie de reproduction de l’habitude ne pourra manquer de s’activer à une occasion ou une autre.

L’imitation a ainsi toutes raisons d’être aussi générale que l’habitude et c’est précisément ce qui n’a cessé d’être observé [2]. Non pas seulement au niveau du bâillement [3] mais dans absolument tous les registres de comportements.

Ceci est, bien sûr, davantage une annonce qu’un constat argumenté. Il conviendrait d’indiquer le lien qu’entretient précisément chaque domaine psychologique avec l’imitation. Il serait encore plus important d’expliquer comment et pourquoi l’imitation est tellement générale qu’elle concerne la biologie, la chimie et la physique — d’où le titre de cet article. Tout cela sera développé dans le prochain article car il est temps de donner une conclusion provisoire et donc, de revenir à la question de l’autisme.

Conclusion

Nous venons de faire l’hypothèse que tous les phénomènes de « contagion » comportementale ou mentale que nous connaissons peuvent se comprendre comme résultant d’une tendance mimétique inhérente au mécanisme de l’habitude.

En concevant celle-ci comme une réaction circulaire ou un cycle perception-action qui se ferme sur lui-même et tend donc à se répèter indéfiniment en assimilant le produit de sa propre activité, nous comprenons aisément que cette dernière pourra être déclenchée, entretenue ou stimulée si le cycle en question assimile pareillement le produit de l’activité d’un de ses semblables.

L’habitude et l’imitation dépendraient donc toutes deux de ce processus clé qu’est l’assimilation, c’est-à-dire, le fait de reconnaître deux formes comme semblables ; ce qu’en informatique et en sciences cognitives on désigne souvent par le terme anglais de « pattern matching ».

Ce constat devient particulièrement intéressant lorsque l’on sait que la plupart des animaux sont dotés d’une certaine capacité à reconnaître leur semblables. Et cela pour… :

  1. la reconnaissance, l’attachement et la relation du nouveau-né aux parents nourriciers (et réciproquement)
  2. la reconnaissance, l’attachement et toutes les formes de relation aux congénères tellement importantes pour les espèces sociales.
  3. la reconnaissance de l’autre en tant que possible partenaire sexuel

Ceci est, bien sûr, tout spécialement vrai pour le petit de l’Homme qui, dès la naissance, sait reconnaître et les formes et les mouvements humains. Ainsi, en voyant le dessin d’un visage, même très schématique, le bébé reconnaît un semblable, il se sent en sécurité et se met à sourire.

Ceci étant, demandons-nous ce qui se passerait pour un bébé qui, pour quelque raison que ce soit, ne serait pas capable de reconnaître la forme humaine, sa propre forme, et serait donc incapable de s’assimiler les êtres qui l’entourent ?

Mon hypothèse est que ce serait tout le tableau de l’autisme qui en découlerait. Comme je ne peux argumenter à présent, je vais me contenter d’illustrer ce que peut donner un déficit d’assimilation en citant Donna Williams, elle-même autiste et auteur d’un livre remarquable : « Nobody Nowhere » traduit en français sous le titre « Si on me touche, je n’existe plus ». Voici ce qu’elle écrivait :

« Je me rappelle mon premier rêve — ou du moins, c’est le premier dont je me rappelle. Je me déplaçais dans du blanc, sans aucun objet, juste du blanc. Des points lumineux de couleur duveteuse m’entouraient de toute part. Je passais à travers eux et ils passaient à travers moi. C’était le genre de choses qui me faisaient rire. Ce rêve est venu avant tous les autres où il y avait de la merde, des gens ou des monstres et certainement bien avant que je remarque la différence entre les trois. » (p. 3) (tr. auct.) C’est moi qui souligne

Au travers de ce rêve Donna Williams nous oriente directement vers la problématique de l’assimilation. C’est cette piste que nous tenterons de suivre dans le prochain article.


[1] Cf. le livre de Serge Moscovici (1985) L’ère des foules qui est très informatif sous ce rapport.

[3] cf. le moche et cependant très riche site baillement.com

Voir aussi:

Les chanteurs harmonisent leur rythme cardiaque quand ils pratiquent en groupe
Le HuffPost
Baptiste Piroja-Pattarone
11/07/2013

SANTÉ – Si le chant possède bien des vertus (lutte contre le stress, amélioration des capacités respiratoires), cet art quand il est pratiqué en groupe cache encore quelques mystères. Des scientifiques suédois viennent pourtant de révéler que lorsque plusieurs personnes chantent à l’unisson, leurs battements de cœur se synchronisent.

En effet, non seulement les différentes voix d’une chorale s’harmonisent mais également ses pulsations du cœur. En prenant le pouls des participants de 15 chorales différentes, ils ont remarqué que leur rythme cardiaque s’accélérait ou ralentissait à la même vitesse.

Inspirant, retenant leur souffle et expirant au même moment, les choristes coordonnent leur respiration sur le même tempo. « La pulsation s’accélère quand vous inspirez et ralentit quand vous expirez », explique le Dr Bjorn Vickhoff avant d’ajouter que « lorsque vous chantez, vous êtes en train d’expirer alors le rythme cardiaque augmente ».

Les recherches ont prouvé en outre que plus le morceau est structuré en différentes parties, plus les battements s’harmonisent. L’effet est encore plus visible quand le morceau choisi repose sur une rythmique lente.

« Quand vous soufflez, vous activez le nerf vague (un nerf très important qui régule la digestion, la fréquence cardiaque) qui part du tronc cérébral jusqu’au cœur. Et quand celui-ci est activé, le cœur bat moins vite », explique le docteur. Cette découverte rappelle ainsi la pratique du yoga dans lequel le contrôle de la respiration et son harmonisation joue un rôle important.

Voir également:

La prière, une arme contre Alzheimer

Le Figaro

Marc Henry

26/07/2012

La prière régulière réduirait de 50 % le risque de souffrir de la maladie, selon une étude en Israël.

Prier contre la maladie d’Alzheimer n’est pas seulement un acte de foi, mais peut être un geste thérapeutique. Selon une étude menée conjointement en Israël et aux États-Unis avec un financement de l’Institut national de la santé américain, la prière constitue un antidote très efficace qui permettrait de réduire de moitié chez les femmes les risques de contracter la maladie d’Alzheimer ou d’être victimes de pertes de mémoire et de démence «légères». L’étude, lancée en 2003 auprès d’un échantillon de 892 Arabes israéliens âgés de plus de 65 ans, a été présentée récemment lors d’un colloque sur la maladie d’Alzheimer en Israël.

Le Pr Rivka Inzelberg, de la faculté de médecine de Tel-Aviv, qui a supervisé l’enquête, a précisé au quotidien israélien Haaretz «que, dans l’échantillon choisi, 60 % des femmes priaient cinq fois par jour, comme le veut la coutume musulmane, tandis que 40 % ne priaient que de façon irrégulière». «Nous avons constaté, dix ans après le début de l’étude, que les femmes pratiquantes du premier groupe (celles qui priaient cinq fois par jour) avaient 50 % de chances de moins de développer des problèmes de mémoire ou la maladie d’Alzheimer que les femmes du deuxième groupe», a ajouté la spécialiste. La prière, selon l’étude, a également une influence deux fois plus importante que l’éducation pour protéger les femmes contre cette dégénérescence cérébrale. «La prière est une coutume qui nécessite un investissement de la pensée, c’est sans doute l’activité intellectuelle liée à la prière qui pourrait constituer un facteur de protection ralentissant le développement de la maladie d’Alzheimer», a ajouté le Pr Rivka Inzelberg. Les tests n’ont pas été effectués parmi les hommes de ce groupe dans la mesure où le pourcentage de ceux qui ne priaient pas n’était que de 10 %, un taux insuffisant d’un point de vue statistique pour aboutir à des conclusions fiables. L’enquête a également permis de confirmer que la probabilité de souffrir de la maladie d’Alzheimer est deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes.

Parmi les autres facteurs de risque de présenter une démence de type Alzheimer, les chercheurs ont également retrouvé dans ce travail l’hypertension, le diabète, l’excès de graisses dans le sang et plus globalement les antécédents de maladies cardio-vasculaires.

Les bienfaits de la cannelle

Détail important, ces conclusions ne sont pas les premières à établir un lien entre pratiques religieuses ou spirituelles et santé. En 2005, des recherches effectuées en Israël avaient permis de constater que les activités spirituelles ont tendance à ralentir le processus de dépendance provoqué par la maladie d’Alzheimer. Une autre étude, menée sur un tout autre sujet, aussi en Israël, avait conclu que le taux de mortalité parmi les enfants était inférieur au sein des communautés très pratiquantes que parmi la population laïque.

Par ailleurs, le Pr Michael Ovadia, de l’université de Tel-Aviv, a réussi récemment à isoler une substance extraite de la cannelle qui freinerait le développement de la maladie d’Alzheimer. «L’avantage évident est que la cannelle n’est pas un médicament, mais un produit naturel n’ayant aucun effet secondaire», a affirmé le Pr Ovadia. Des expérimentations ont été entreprises sur des souris. Pour le moment, toutefois, il n’a pas encore été possible de produire à large échelle la molécule aux vertus curatives. Seule certitude, le marché est énorme avec 70.000 personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer en Israël et plus d’une vingtaine de millions dans le monde, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé. En France, la maladie concerne 850.000 personnes. Les stratégies de prévention basées sur la pratique d’activités intellectuelles, sur le lien social et l’exercice physique ne doivent pas être négligées.

Voir aussi:

La prière, qu’est-ce que c’est?

Sans être une thérapie en tant que telle, il est indéniable que la prière peut avoir de véritables effets thérapeutiques, au-delà des connotations spirituelles ou religieuses. On peut affirmer au moins 2 choses sur la prière, lorsqu’on la considère comme une « modalité thérapeutique » :

  • Elle a des effets positifs observables et mesurables sur la santé.
  • On ne comprend pas bien quels sont les mécanismes qui entraînent ces effets.

Bien sûr, ces affirmations exigent certaines nuances. Les études sur les effets spécifiques de la prière sont relativement peu nombreuses, mais certaines ont démontré des résultats positifs. Les données actuelles semblent donc prometteuses et justifient la poursuite des recherches. Mais elles ne sont toutefois pas suffisamment concluantes pour faire accéder la prière au rang de « traitement médical »1-6.

Beaucoup de chercheurs sceptiques affirmaient toutefois, jusqu’à tout récemment, qu’en l’absence d’explication rationnelle permettant de comprendre comment agirait la prière, on avait affaire au mieux à des effets placebos, au pire à des fraudes7. Ce point de vue prévaut toutefois de moins en moins. En effet, plusieurs hypothèses sont désormais étudiées sérieusement; elles vont de la théorie quantique à la psychoneuroimmunologie (approches corps-esprit) en passant par la réponse de relaxation et même l’intervention « d’entités spirituelles » (voir plus loin).

Les scientifiques sont toutefois peu enclins à envisager des explications qui fassent appel à des notions comme la spiritualité ou la transcendance. Sans nier l’existence de tels phénomènes, ni même leur influence réelle sur la santé, ils préfèrent généralement exclure ces notions de leurs champs d’investigation.

En ce qui concerne la pratique religieuse, les données sont plus concluantes. De nombreuses synthèses d’études et des méta-analyses établissent un lien clair entre la pratique religieuse et la santé. Cela a d’ailleurs mené à la création d’un nouveau champ d’études, l’épidémiologie de la religion. Ainsi, 2 études8,9 ayant porté sur des dizaines de milliers d’Américains ont établi un lien clair entre la pratique religieuse et l’espérance de vie. Les chercheurs ont constaté que les gens qui ne s’adonnaient à aucune pratique religieuse avaient presque 2 fois plus de risques de mourir dans les 8 prochaines années que ceux qui pratiquaient plus d’une fois par semaine. Et l’espérance de vie à l’âge de 20 ans de ces pratiquants était supérieure de 7 ½ ans à celle des non-pratiquants.

Les chercheurs se demandent toutefois dans quelle mesure ces bénéfices sont attribuables à la pratique religieuse comme telle, ou au mode de vie « santé » qui y est souvent associé10. En effet, les personnes qui ont une vie religieuse active auraient plus tendance à manger des fruits et des légumes, à bien déjeuner, à faire de l’exercice, à dormir au moins 7 heures par nuit et à porter la ceinture de sécurité11. Ils auraient aussi moins de comportements à risque en ce qui concerne le tabagisme, la consommation d’alcool et la sexualité, par exemple12.

De plus, la pratique religieuse permet souvent de nourrir des relations sociales, ce qui est un facteur propice à la santé. Enfin, certains chercheurs ont émis l’hypothèse que la religion et la spiritualité, en donnant un sens à la vie et en procurant un sentiment de maîtrise accru, permettraient d’affronter plus efficacement le stress, la maladie et les difficultés13,14.

De quoi parle-t-on?

La prière – et tout ce qui touche à la spiritualité – est un sujet délicat où se mêlent des éléments culturels et sociaux, moraux et éthiques, aussi bien que religieux et scientifiques. Dans ce contexte, il peut être utile de préciser le sens de quelques termes.

  • La prière. Elle peut se définir comme une communication ou une ouverture au sacré, à la transcendance, à un aspect non matériel et universel qui dépasse l’existence individuelle. La prière peut se pratiquer à l’intérieur d’un cadre religieux ou non.
    On distingue 2 catégories principales de prière. La première consiste à diriger des paroles ou des pensées (de paix ou de guérison, par exemple) vers soi-même ou vers d’autres personnes. On peut la qualifier de prière personnelle. La seconde, la prière par intercession, fait spécifiquement appel à une puissance extérieure – Dieu, Bouddha, l’Univers – qu’on prie d’intervenir.
  • La spiritualité. Elle implique la croyance en des forces plus grandes que soi, actives dans tout l’Univers, ainsi que l’intuition d’une unité et d’une interdépendance avec tout ce qui existe. Elle débouche souvent sur le développement de valeurs personnelles, comme la compassion, l’altruisme et la paix intérieure. Tout comme la prière, la spiritualité peut être associée ou non à une pratique religieuse15.
  • La religiosité. Elle consiste à adhérer aux croyances et aux pratiques d’une religion organisée tandis que la spiritualité est plutôt une quête de sens ou d’une relation personnelle avec une puissance supérieure. La plupart des études scientifiques portant sur la guérison « spirituelle » étudient les liens entre la santé et la pratique religieuse (la fréquence de la prière, la participation aux offices religieux, etc.) parce que la religiosité est plus facile à mesurer objectivement que la spiritualité2.
Quelques chiffres révélateurs (dans la population américaine)16-20

  • 82 % des personnes croient aux vertus thérapeutiques de la prière.
  • 73 % croient que de prier pour les autres peut avoir un effet guérisseur.
  • 69 % des personnes qui prient à cause d’un problème médical spécifique estiment que la prière est très efficace.
  • 64 % croient que les médecins devraient prier pour les patients qui le leur demandent.
  • 45 % ont eu recours à la prière quand ils ont connu des problèmes de santé en 2002, contre 35 % en 1997, et 25 % en 1991.
  • 45 % disent que la religion influencerait leurs décisions médicales en cas de maladie sérieuse.
  • 94 % estiment que les médecins devraient discuter des croyances religieuses de leurs patients gravement malades, ce qui, en pratique, est bien loin d’être le cas.

Les effets observables de la prière

Plusieurs synthèses de recherches et méta-analyses2,7,21 ainsi que 2 études épidémiologiques portant chacune sur près de 4 000 personnes sur une période de 6 ans28,51 tendent à démontrer un lien direct entre la pratique spirituelle (personnelle ou dans un cadre formel) d’une part, et une meilleure santé ou une plus grande longévité d’autre part.

Selon le Dr Larry Dossey, un des chercheurs les plus réputés du domaine, les conclusions des recherches ne font aucun doute : la religion et la spiritualité sont excellentes autant pour la santé en général que pour des problèmes particuliers, comme les troubles cardiaques, l’hypertension, le cancer, les problèmes digestifs, etc.1

En ce qui concerne les vertus de la prière en particulier, plusieurs synthèses d’études2-4,7,22,23 concluent que, malgré beaucoup d’imperfections méthodologiques, elles tendraient à démontrer les effets bénéfiques de la prière pour certaines maladies6, dont les problèmes cardiaques (voir Applications thérapeutiques).

Beaucoup d’experts demeurent sceptiques devant ces résultats. C’est notamment le cas du Dr Richard Sloan24, psychiatre et professeur à l’Université Columbia de New York. Selon lui, les études sur la prière par intercession manquent de rigueur et présentent d’importantes lacunes méthodologiques. De plus, il considère que la médecine outrepasse sa sphère d’activité quand elle se mêle de spiritualité. Même s’il admet que, pour beaucoup de personnes, la religion apporte un réconfort quand la maladie frappe, cela ne signifie pas pour autant que la médecine devrait considérer les pratiques religieuses comme un traitement complémentaire25.

C’est également l’avis du professeur en philosophie Derek Turner, pour qui le fait d’étudier la prière à distance, comme s’il s’agissait d’un médicament, est un non-sens éthique et méthodologique26. Il déplore que plusieurs études sur le sujet aient été conduites sans l’obtention du consentement éclairé des participants faisant ainsi abstraction du droit fondamental des gens de se retirer de tels projets. Cet auteur soulève également de nombreuses questions comme le fait que rien n’empêche les participants de recevoir des prières de leurs proches ou que les groupes de prière ne décident de prier également pour les participants du groupe témoin. Il termine en mentionnant que les études portant sur la prière à distance ne font, finalement, que reproduire les tensions ancestrales entre science et religion.

De possibles effets négatifs

La pratique de la religion pourrait aussi avoir des effets pervers. Voici quelques-unes des conclusions auxquelles en sont venus des chercheurs, après avoir recensé les études à ce sujet27.

  • La culpabilité vis-à-vis de la religion, l’incapacité de se conformer à ce qu’elle demande ou les peurs qu’elle suscite parfois peuvent contribuer à la maladie.
  • La guérison « par la foi », si elle cause le rejet des traitements médicaux, peut entraîner de graves conséquences allant jusqu’à la mort.
  • Des problèmes de dépression ont été associés à une pratique religieuse extrinsèque (lorsque la religion est surtout considérée comme utilitaire et comporte un Dieu extérieur à la fois tout puissant, mais aussi despotique, ou qu’on peut blâmer dans l’adversité).
  • Les relations interpersonnelles négatives et les critiques subies dans un cadre religieux accroîtraient aussi les risques de dépression.
  • Chez les personnes âgées ou gravement malades, les doutes et les conflits intérieurs au sujet de la foi sont liés à une augmentation significative du risque de mortalité.

Les mécanismes d’explication

Des facteurs psychosociaux ou l’effet placebo peuvent expliquer certains des effets de la pratique religieuse. Ce n’est toutefois pas le cas pour la prière par intercession. Selon le Dr Dale Matthews3, dans le cas des études à double insu sur la prière à distance, même quand on élimine toutes les variables confondantes (l’âge, l’état de santé préalable, les facteurs sociaux, etc.), les conclusions demeurent et ne peuvent pas être expliquées uniquement par la science classique. Rien dans la science médicale actuelle ne peut expliquer pourquoi des gens pour qui on a prié obtiendraient des résultats différents des autres. Ces différences ne pourraient être attribuables qu’à une force « surnaturelle » ou alors à un type « d’énergie » dont on ne connaît pas encore la nature.

Le Dr Harold Koenig, qui a publié plusieurs études sur la prière et la religiosité10,12,21,28, admet qu’on peut être tenté de croire que leurs conséquences sur la santé ne dépendent pas que du soutien social, du mode de vie ou de l’effet méditatif. Il y aurait « autre chose ». Les croyants diront que c’est l’intervention de Dieu. Les scientifiques diront qu’il s’agit de quelque chose qu’on ne peut pas expliquer pour le moment2. Voici certaines des hypothèses qui se profilent à l’horizon.

La psychoneuroimmunologie. Cette science, qui a vu le jour il y a tout juste 25 ans (voir la fiche Approches corps-esprit), étudie l’interdépendance entre le corps et l’esprit, entre la biologie et les pensées… Déjà en 200029, des chercheurs affirmaient, à partir d’une recension de recherches expérimentales et cliniques, qu’il était désormais certain que le corps et l’esprit s’influencent mutuellement que ce soit pour tendre vers la santé ou la maladie. D’autre part, il est reconnu scientifiquement qu’en dirigeant des pensées avec une intention précise, on peut jouer sur des systèmes aléatoires simples, même si les effets mesurés sont très faibles22.

Selon certains chercheurs, si on pouvait démontrer que des pensées dirigées intentionnellement – peu importe la distance – avaient une influence sur la guérison, cela impliquerait que les êtres humains sont beaucoup plus reliés entre eux et responsables les uns des autres qu’on ne l’aurait cru jusqu’à présent. Si ces liens existent, proviennent-ils de Dieu, de la conscience, de l’amour, des électrons ou d’une combinaison de tout cela? Des recherches futures y répondront peut-être…30

La physique quantique. La physique moderne explique que tout objet – un crayon ou une maison – peut être vu comme un amas de particules en mouvement contenant en réalité une infime quantité de « matière ». Ce qui donne leur forme, leur « matérialité », aux objets provient bien plus du mouvement rapide de leurs particules – de leur « énergie » – que de leur « matière ». La médecine moderne commence à imaginer qu’il puisse en être de même des organismes vivants qu’on pourrait décrire en tant qu’entités énergétiques.

De plus, la physique quantique a constaté que des particules subatomiques qui ont été en contact entre elles et qui sont ensuite séparées demeurent « en lien ». Un changement dans une particule est instantanément reproduit dans l’autre particule, même si elle se trouve à des milliers de kilomètres. C’est ce qu’on appelle la non-localité.

Se pourrait-il qu’un phénomène semblable se produise dans la pensée et explique le fonctionnement de la prière à distance? C’est la question sur laquelle se penchent actuellement certains scientifiques1,31,32.

L’effet méditatif et la réponse de relaxation. Une synthèse de recherches15 a confirmé que le fait de réciter des prières ou de s’adonner à des pratiques spirituelles induit un état de relaxation semblable à celui qui est procuré par la méditation. Cela stimule les fonctions neurologiques, endocrines, immunitaires et cardiovasculaires.

À la fin des années 1960, le Dr Herbert Benson, directeur émérite du Benson-Henry Institute for Mind Body Medicine, a constaté que la répétition de mouvements, de sons, de phrases ou de mots (comme dans le cas de la prière) crée un ensemble de réactions métaboliques et émotives. Parmi celles-ci, l’activation de certaines zones du cerveau, la diminution du rythme cardiaque et de la pression sanguine, et une quiétude généralisée33. Il a nommé ce phénomène la réponse de relaxation en opposition à la « réponse au stress » qui, elle, provoque une augmentation du rythme cardiaque, une montée d’adrénaline, plus de tension musculaire, etc. Cela pourrait expliquer en partie les bienfaits de la prière sur la santé. Selon le Dr Benson, l’état de bien-être et « d’unité » qui résulte d’une séance de prière pourra être interprété, encore une fois, comme une connexion divine par les croyants, et comme un simple attribut du cerveau par les non-croyants.

Mentionnons également qu’une autre étude34 a permis de constater que la récitation traditionnelle du rosaire (l’Ave Maria en latin) et du mantra yogique om-mani-padme-om entraînent tous deux un ajustement de la respiration à 6 cycles par minute. Des chercheurs ont constaté que ce rythme est particulièrement bénéfique pour les fonctions cardiovasculaires et respiratoires, l’oxygénation du sang et la résistance à l’effort. Ils émettent l’hypothèse que les rythmes des prières et des mantras ont été choisis parce qu’ils permettaient de se synchroniser avec certains rythmes bienfaisants inhérents à la physiologie humaine.

Et Dieu dans tout ça?

Il y a quelques années, par l’intermédiaire de la revue Archives of Internal Medicine de l’American Medical Association, plusieurs spécialistes se sont penchés sur l’opportunité de tenir compte d’une dimension « divine » dans les recherches scientifiques sur la prière35. Certains considèrent que la prière implique une relation directe entre les humains et une réalité transcendante, hors du cadre de la nature, et que, par conséquent, la science – qui étudie la nature – ne devrait pas s’en préoccuper.

D’autres affirment que, si la prière fait intervenir un élément « divin », doté de sa sagesse et de ses intentions propres, la science, ne pouvant contrôler cette « variable », devrait se retirer de ce champ d’investigation.

Un autre point de vue est qu’il serait souhaitable que la science et la médecine reconnaissent beaucoup plus l’importance de la religion et de la spiritualité sur la santé, même si elles ne peuvent appliquer la méthode scientifique aux recherches sur la prière.

Différentes traditions spirituelles, comme le bouddhisme et l’anthroposophie (voir la fiche Médecine anthroposophique), proposent un tout autre point de vue. Selon elles, on devrait inclure la science matérielle, telle que nous la connaissons actuellement, à l’intérieur du domaine plus vaste d’une véritable « science spirituelle ». Cette science inclusive serait dotée d’outils de mesure allant au-delà de nos 5 sens, de façon à inclure les phénomènes de l’esprit dans ses recherches.

Les médecins devraient-ils parler de spiritualité avec leurs patients?

Même si, selon des sondages américains, plus de 80 % des gens croient que la prière ou un contact avec Dieu peut avoir un effet thérapeutique, et que près de 70 % des médecins disent que les patients leur font des demandes de nature religieuse en phase terminale, seulement 10 % des médecins s’informeraient des pratiques ou des croyances spirituelles de leurs patients1.

À cet égard, une étude a conclu qu’en fonction des données scientifiques qui établissent un lien entre la pratique religieuse et la santé, et du besoin d’établir un contact plus humain entre les médecins et leurs patients, il est important pour les praticiens de la santé d’aborder les questions de religion et de spiritualité avec leurs patients de façon respectueuse, avec intégrité et dignité3. C’est d’ailleurs ce que réclament de plus en plus les patients, qui y voient entre autres une façon d’humaniser les soins.

Un chercheur australien, après s’être penché à fond sur la question en 200736, a conclu que :

  • Les plus récentes études démontrent l’importance d’inclure dans la pratique clinique les préoccupations spirituelles et religieuses des patients. Sinon, on risque de passer à côté d’éléments déterminants pour leur guérison et leur bien-être.
  • Quand ils se préoccupent de la dimension spirituelle de leur patient, les intervenants de la santé démontrent leur intérêt pour la personne toute entière. Cela peut améliorer la relation patient-intervenant et ainsi accroître l’effet des traitements.
  • Les professionnels de la santé ne devraient toutefois pas « prescrire » de pratiques religieuses ou faire la promotion de leurs propres croyances. Pour des consultations en profondeur, ils devraient pouvoir diriger leurs patients vers les personnes-ressources appropriées.
  • Les médecins pourraient inclure, dans le bilan de santé de leurs patients, des questions pour connaître leur histoire « spirituelle ». Voici les 4 questions proposées par un comité de l’American College of Physicians (le Collège des médecins américain).
    – Est-ce que la foi, la religion ou la spiritualité sont importantes pour vous?
    – Ont-elles été importantes à d’autres moments de votre vie?
    – Y a-t-il quelqu’un avec qui vous pouvez parler de ces questions?
    – Aimeriez-vous aborder ces questions avec quelqu’un?

Applications thérapeutiques de la prière

De nombreuses études se sont penchées sur les liens entre la spiritualité et la santé. Elles peuvent être divisées en 2 catégories principales. D’une part, les études sur la pratique religieuse, incluant la fréquentation de l’église, la prière personnelle, la méditation spirituelle et la lecture et l’étude de livres sacrés comme la Bible37,52. D’autre part, celles qui évaluent la prière par intercession, c’est-à-dire demander à Dieu, à l’Univers ou à une puissance supérieure d’intervenir en faveur d’un individu ou d’un patient7.

Pratique religieuse

Efficace Augmenter l’espérance de vie. Le lien entre l’implication religieuse et le taux de mortalité a fait l’objet d’une revue publiée en 20048. Les auteurs ont conclu qu’il existe un lien clair entre ces deux variables au sein de la population américaine. Le mécanisme par lequel l’implication religieuse influencerait la mortalité comprendrait des éléments comme l’intégration et le soutien social, la régulation sociale (normes à propos des drogues ou de l’alcool et de certains comportements, par exemple) ainsi que la disponibilité de ressources psychologiques.

Efficace Mieux réagir devant des situations stressantes. En 2005, dans une méta-analyse regroupant 49 études48, des chercheurs ont tenté de savoir si la présence de la religion dans la vie des gens pouvait avoir une influence sur leur capacité à affronter des situations stressantes. Les résultats indiquent que, lorsque la religion est vue « positivement » (je fais partie d’un grand tout spirituel, Dieu est un partenaire qui m’aide et me pardonne…), cela permet effectivement de combattre le stress de façon significativement plus efficace. Par contre, une vision « négative » de la religion (Dieu me guette et pourrait me punir, existe-t-Il vraiment…) entraîne à l’opposé une amplification des conséquences néfastes du stress, comme l’anxiété et la dépression.

En 2010, une étude aléatoire, réalisée auprès de 111 étudiants universitaires, avait pour objectif d’évaluer les changements de niveau de stress lors d’une entrevue de 4 minutes53. Au milieu de l’entrevue, ils devaient, pour se détendre, soit lire un texte neutre, un texte d’automotivation ou une prière. Les résultats ont montré qu’une plus grande réduction de stress a été observée chez les groupes automotivation et prière que chez le groupe témoin (texte neutre). Mais il n’y a pas eu de différence significative entre le groupe prière et le groupe automotivation.

Efficace Favoriser la bonne santé mentale. Dans les années 2006 à 2008, des revues de la littérature scientifique ont étudié le lien entre la religiosité et la santé mentale10,54,55. La majorité des études s’accordent sur le fait qu’une implication religieuse importante est positivement associée à des indicateurs de bien-être psychologique (satisfaction face à sa vie, bonheur, etc.) ainsi qu’à une moindre incidence de dépression, de pensées et comportements suicidaires, et d’abus ou de consommation d’alcool et de drogues. De plus, cet effet positif serait davantage marqué chez les personnes aux prises avec des situations stressantes. Les auteurs exposent également des théories pouvant expliquer cette association positive, par exemple le fait que la plupart des religions prônent des comportements et des styles de vie sains ou encore fournissent un soutien social et psychologique accessible en cas de besoin.

Efficace Promouvoir des comportements sains chez les adolescents. Une revue systématique (en 2006) regroupant 43 études s’est penchée sur l’association entre la religiosité/spiritualité des adolescents et les attitudes et comportements propices à favoriser une bonne santé49 : exercices, saines habitudes alimentaires, sommeil suffisant, pratiques sexuelles saines, etc. Plus de 3 études sur 4 ont conclu qu’il existait un lien entre la santé et la religiosité/spiritualité.

Efficacité incertaine Améliorer la qualité de vie en cas de cancer. Le lien entre la religiosité/spiritualité et le cancer a fait l’objet d’une revue systématique en 2006 dans laquelle 17 études ont été retenues50. De ce nombre, 7 ont conclu que la religiosité améliorerait l’adaptation à long terme à la maladie. Elle favoriserait entre autres le maintien de l’estime de soi et d’un sens et un but à la vie, ainsi que le bien-être émotionnel et l’espoir en l’avenir. Par contre, 7 études n’ont montré aucun lien significatif de cet ordre. Les 3 autres ont conclu que la religiosité pouvait même être néfaste lorsqu’un individu devait combattre contre le cancer. Selon les auteurs, pour le moment, aucune conclusion ferme ne peut être tirée au sujet du lien entre religiosité et l’adaptation au cancer.

Efficacité incertaine Atténuer les symptômes de la ménopause. En 2009, une enquête canadienne sur l’utilisation des médecines alternatives et complémentaires, réalisée auprès de femmes ménopausées, a été publiée56. Quatre-vingt-onze pour cent des femmes ont rapporté avoir utilisé une thérapie alternative et complémentaire, parmi lesquelles, 35,7 % utilisaient la prière pour soulager leurs symptômes de ménopause. Les auteurs ont observé que les thérapies considérées comme les plus efficaces par les utilisatrices étaient la prière et la spiritualité (73,2 %), la relaxation (71,0 %), le counseling (66,4 %) et le toucher thérapeutique ainsi que le Reiki (66,0 %).

Efficacité incertaine Améliorer la survie des personnes atteintes du VIH. Pendant 3 ans, 901 personnes atteintes du VIH ont été suivies afin de documenter l’utilisation des thérapies corps-esprit et spirituelles57. Les chercheurs ont constaté une association entre les activités spirituelles, comme la prière, la méditation et la visualisation et une amélioration du taux de survie. Cette relation était plus marquée chez les patients qui étaient moins gravement atteints par la maladie.

Prière par intercession

Efficacité incertaine Atténuer les problèmes de santé en général. Une revue de la littérature scientifique, comprenant uniquement des études cliniques aléatoires, a été publiée en 2009 à ce sujet6. Les auteurs jugent qu’on ne peut tirer de conclusions fiables de ces études, dont la plupart présentent des résultats équivoques. Ils constatent toutefois que, pour la fertilisation in vitro38, la prière pourrait avoir montré un certain effet positif (voir plus loin). Ils concluent tout de même que les résultats accumulés jusqu’à présent sont suffisamment intéressants pour justifier de continuer la recherche.

Efficacité incertaine Réduire les complications des chirurgies cardiaques. Quatre études cliniques aléatoires d’envergure ont évalué l’influence de la prière auprès de patients souffrant de problèmes cardiaques. Les 2 premières ont révélé des résultats positifs. Dans les 2 autres, la prière n’a montré aucun effet bénéfique. La quatrième étude a même fait état de résultats négatifs dans le cas où les gens savaient qu’on priait pour eux.

La première, publiée en 1988, comprenait 393 patients devant subir une chirurgie cardiaque39. Des chrétiens qui ne les connaissaient pas ont prié quotidiennement pour la moitié d’entre eux jusqu’à leur sortie de l’hôpital. Les participants du groupe prière ont eu besoin de moins d’assistance ventilatoire, d’antibiotiques et de diurétiques à la suite de l’opération en comparaison avec le groupe témoin.

La seconde étude, publiée en 199940, s’est penchée sur l’effet de la prière sur l’état général et la durée du séjour de patients cardiaques hospitalisés. Des 990 patients, 466 ont fait l’objet de prières quotidiennes durant 4 semaines. Les résultats ont favorisé le groupe prière pour un ensemble de paramètres comme l’hypotension, l’utilisation d’antibiotiques, les saignements gastro-intestinaux, etc. (appelés les scores MAHI-CCU). Cependant, aucune différence concernant la durée de séjour n’a été observée.

La troisième étude, publiée en 2001, a vérifié l’effet de la prière sur la progression de la maladie cardiovasculaire à la suite du congé de 799 patients d’une unité coronarienne5. Des volontaires ont prié pour la moitié d’entre eux, au moins 1 fois par semaine, durant 26 semaines. La prière n’a eu d’effet significatif sur aucun des éléments étudiés : taux de mortalité, arrêts cardiaques subséquents, réhospitalisations, visites à l’urgence liées à la maladie et nombre de revascularisations coronariennes.

Enfin, la quatrième étude, réalisée en 2006 et à laquelle ont participé 6 hôpitaux, a évalué l’effet de la prière sur 1 802 patients devant subir une chirurgie de déviation de l’artère coronaire41. Les participants ont été attribués au hasard à l’un des 3 groupes suivants :

  • ceux qui ne reçoivent pas la prière, mais ne savent pas s’ils la reçoivent ou non;
  • ceux qui reçoivent la prière, mais ne savent pas s’ils la reçoivent ou non;
  • ceux qui reçoivent la prière, et savent qu’ils la reçoivent.

Les prières ont été effectuées par des chrétiens pendant 14 jours. Les taux de complications postopératoires, de survenue d’événements majeurs ou de mortalité sont demeurés les mêmes, que l’on ait prié ou non pour les patients. Par contre, les gens qui étaient certains de recevoir la prière, et qui la recevaient effectivement, ont présenté un taux de complication de près de 10 % plus élevé que les autres. Les causes de ce phénomène sont loin d’être claires. Des auteurs42,43 ont émis l’hypothèse que les gens pourraient moins bien prendre la responsabilité de leur guérison lorsqu’ils savent que l’on prie pour eux. Des chercheurs ont fait le même constat dans une étude concernant les alcooliques44.

Efficacité incertaine Aider rétroactivement à soigner des personnes infectées. Un essai clinique aléatoire publié en 2001, et pour le moins inusité, a porté sur l’effet que la prière pourrait avoir sur des événements déjà passés45. Dans ce cas, il s’agissait des conséquences sur une hospitalisation consécutive à une infection sanguine. Ainsi, en 2000, 3 393 patients ayant eu infection sanguine entre 1990 et 1996 ont été séparés aléatoirement en 2 groupes : un groupe témoin (sans prière) et un groupe recevant a posteriori de la prière à distance. Les prières étaient effectuées par une personne demandant le bien-être et la récupération complète pour tout le groupe. Les résultats indiquent que la durée du séjour hospitalier et de la fièvre a été significativement moins longue pour le groupe de personnes pour lesquelles on allait prier des années plus tard, que pour les autres.

Inutile de dire que ces résultats, qui semblent défier la raison, ont suscité une grande controverse dans les milieux scientifiques et médicaux46,47. Une controverse qui ne semble pas prête d’être résolue.

Efficacité incertaine Améliorer la fertilisation in vitro. Une étude publiée en 2001 a évalué l’effet de la prière sur le taux de grossesse auprès de 219 femmes traitées par fertilisation in vitro38. Cette étude était multicentrique, les investigateurs provenant des États-Unis, les participants de la Corée, et les groupes de prière du Canada, d’Australie et des États-Unis. Les résultats indiquent que les taux d’implantation des embryons tout comme les taux de grossesse ont été significativement supérieurs dans le groupe prière. Les auteurs ont conclu que ces résultats étaient encourageants, mais ont précisé qu’ils n’étaient encore que préliminaires.

Prière – Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

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Voir par ailleurs en anglais:

Choir singers ‘synchronise their heartbeats’
Rebecca Morelle
BBC World Service
9 July 2013

Choir singers not only harmonise their voices, they also synchronise their heartbeats, a study suggests.

Researchers in Sweden monitored the heart rates of singers as they performed a variety of choral works.

They found that as the members sang in unison, their pulses began to speed up and slow down at the same rate.

Writing in the journal Frontiers in Psychology, the scientists believe the synchrony occurs because the singers coordinate their breathing.

Dr Bjorn Vickhoff, from the Sahlgrenska Academy at Gothenburg University in Sweden, said: « The pulse goes down when you exhale and when you inhale it goes up.

« So when you are singing, you are singing on the air when you are exhaling so the heart rate would go down. And between the phrases you have to inhale and the pulse will go up.

« If this is so then heart rate would follow the structure of the song or the phrases, and this is what we measured and this is what we confirmed. »

Sing from the heart

The scientists studied 15 choir members as they performed different types of songs.

When you exhale you activate the vagus nerve… that goes form the brain stem to the heart”

Dr Bjorn Vickhoff Gothenburg University

They found that the more structured the work, the more the singers’ heart rates increased or decreased together.

Slow chants, for example, produced the most synchrony.

The researchers also found that choral singing had the overall effect of slowing the heart rate.

This, they said, was another effect of the controlled breathing.

Dr Vickhoff explained: « When you exhale you activate the vagus nerve, we think, that goes from the brain stem to the heart. And when that is activated the heart beats slower. »

The researchers now want to investigate whether singing could have an impact on our health.

« There have been studies on yoga breathing, which is very close to this, and also on guided breathing and they have seen long-terms effects on blood pressure… and they have seen that you can bring down your blood pressure.

« We speculate that it is possible singing could also be beneficial. »

Voir encore:

Music ‘releases mood-enhancing chemical in the brain’
Sonya McGilchrist
BBC News
9 January 2011

Music releases a chemical in the brain that has a key role in setting good moods, a study has suggested.

The study, reported in Nature Neuroscience, found that the chemical was released at moments of peak enjoyment.

Researchers from McGill University in Montreal said it was the first time that the chemical – called dopamine – had been tested in response to music.

Dopamine increases in response to other stimuli such as food and money.

It is known to produce a feel-good state in response to certain tangible stimulants – from eating sweets to taking cocaine.

Dopamine is also associated with less tangible stimuli – such as being in love.

In this study, levels of dopamine were found to be up to 9% higher when volunteers were listening to music they enjoyed.

The report authors say it’s significant in proving that humans obtain pleasure from music – an abstract reward – that is comparable with the pleasure obtained from more basic biological stimuli.

Music psychologist, Dr Vicky Williamson from Goldsmiths College, University of London welcomed the paper. She said the research didn’t answer why music was so important to humans – but proved that it was.

« This paper shows that music is inextricably linked with our deepest reward systems. »

Musical ‘frisson’

The study involved scanning the brains of eight volunteers over three sessions, using two different types of scan.
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This paper shows that music is inextricably linked with our deepest reward systems”

Dr Vicky Williamson Goldsmiths College, University of London

The relatively small sample had been narrowed down from an initial group of 217 people.

This was because the participants had to experience « chills » consistently, to the same piece of music, without diminishing on multiple listening or in different environments.

A type of nuclear medicine imaging called a PET scan was used for two sessions. For one session, volunteers listened to music that they highly enjoyed and during the other, they listened to music that they were neutral about.

In the third session the music alternated between enjoyed and neutral, while a functional magnetic resonance imaging, or fMRI scan was made.

Data gathered from the two different types of scans was then analysed and researchers were able to estimate dopamine release.

Dopamine transmission was higher when the participants were listening to music they enjoyed.
Consistent chills

A key element of the study was to measure the release of dopamine, when the participants were feeling their highest emotional response to the music.

To achieve this, researchers marked when participants felt a shiver down the spine of the sort that many people feel in response to a favourite piece of music.

This « chill » or « musical frisson » pinpointed when the volunteers were feeling maxim pleasure.

The scans showed increased endogenous dopamine transmission when the participants felt a « chill ». Conversely, when they were listening to music which did not produce a « chill », less dopamine was released.

What is dopamine?

Dopamine is a common neurotransmitter in the brain. It is released in response to rewarding human activity and is linked to reinforcement and motivation – these include activities that are biologically significant such as eating and sex

Dr Robert Zatorre said: « We needed to be sure that we could find people who experienced chills very consistently and reliably.

« That is because once we put them in the scanner, if they did not get chills then we would have nothing to measure.

« The other factor that was important is that we wanted to eliminate any potential confound from verbal associations, so we used only instrumental music.

« This also eliminated many of the original sample of people because the music they brought in that gave them chills had lyrics. »


Apocalypse: Et si le christianisme était bien la source de tous nos maux ? (Think not that I am come to send peace on earth)

16 juillet, 2013
https://i1.wp.com/thepeoplescube.com/images/events/2007.09.24_Ajad_Rally/MushroomCloud2.jpgPhoto : OUT OF THE MOUTH OF BABES ? (nice change anyway from the usual Koran's recitations)Have ye never read, Out of the mouth of babes and sucklings thou hast perfected praise?Jesus (Matthew 21: 16) I thank thee, O Father, Lord of heaven and earth, because thou hast hid these things from the wise and prudent, and hast revealed them unto babes.Jesus (Matthew 11: 25Out of the mouth of babes and sucklings hast thou ordained strength because of thine enemies, that thou mightest still the enemy and the avenger.Psalms 8: 2For example, they say women are equal to men in all matters except in matters that contradict islamic law. But then islamic laws allows men to discipline their wives.  (...) It's outrageous:  I can't beat up my wife and almost kill her and then tell you this is discipline. This is not discipline: this is abuse and insanity. Ali  Ahmed (12-year-old Egyptian, with due minder in back, Cairo, Oct 19, 2012)http://freearabs.com/index.php/politics/73-video-gallery/400-jb-span-egypt-jb-span-the-next-presidentNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. Jésus (Matt. 24: 6-9)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire, sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. Paul (1 Corinthiens 2, 6-8)
Et maintenant vous savez ce qui le retient, afin qu’il ne paraisse qu’en son temps. Paul (2 Thessaloniciens 2: 6)
Par exemple, ils disent que les femmes sont les égales des hommes dans tous les domaines, sauf dans les cas qui contredisent la loi islamique. Mais alors la loi islamique permet aux hommes de discipliner leurs épouses. C’est scandaleux : je ne peux pas battre et presque tuer ma femme et ensuite vous dire qu’il s’agit de discipline. Ce n’est pas de la discipline : c’est de l’abus et de la folie. Ali Ahmed (écolier de 12 ans, Le Caire, 19 octobre 2012)
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. André Malraux (1956)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’ Edward Snowden
S’il veut rester ici, la condition, c’est qu’il cesse ses activités visant à faire du tort à nos partenaires américains, peu importe que cela puisse paraître étrange venant de ma part. Vladimir Poutine
Selon l’anthropologue René Girard, les sociétés humaines seraient, depuis la nuit des temps, fondées sur un mécanisme sacrificiel qui aurait permis d’assurer la cohésion du groupe en canalisant sa violence contre une victime, accusée de tous les maux, et dont l’immolation rituelle ramènerait la paix dans le groupe, pour autant que le mécanisme en question reste méconnu et que personne ne reconnaisse un « bouc émissaire ». Nous sommes les dignes héritiers de ces sociétés sacrificielles au sens où nous sommes tout autant portés à ces consensus accusateurs. La seule différence, mais elle est de taille, c’est que nous avons progressivement acquis la capacité à reconnaître l’existence de boucs émissaires, c’est-à-dire de victimes chargées d’une culpabilité qui n’est pas la leur dans le but de réconcilier le groupe. Cette capacité est précisément ce qui fait dérailler le processus sacrificiel car, en reconnaissant l’accusé comme victime, en n’acceptant pas l’accusation dont il fait l’objet et, en étant, en quelque sorte, témoins de son innocence, nous empêchons le consensus de se former. Lorsque l’accusation n’est pas unanime, lorsque certains se solidarisent avec la victime, la violence ne peut plus être expulsée par la mise à mort, elle reste dans le groupe. Le mécanisme sacrificiel ne peut s’accomplir et les accusés nous apparaissent alors pour ce qu’ils sont, des victimes, des boucs émissaires destinés à rassembler ou à mobiliser une communauté en détournant son attention des véritables coupables. Par exemple, l’historien Tacite raconte qu’en l’an 64 de notre ère, pour se défendre de la rumeur qui le rendait responsable de l’incendie de Rome, l’empereur Néron aurait accusé les chrétiens qui ont alors été suppliciés par la population. À l’heure actuelle, nous reconnaissons aisément ces chrétiens comme les boucs émissaires de Néron et des Romains parce que nous n’adhérons pas aux accusations portées contre ce qui était alors une secte détestée « pour ses abominations… [et sa] … haine pour le genre humain. » Par contre, lorsque notre capacité de reconnaissance des boucs émissaires est prise en défaut, nous participons à une accusation qui nous semble légitime, parce que unanime. Dans ce cas, le mécanisme sacrificiel fonctionne comme il l’a toujours fait. Luc-Laurent Salvador
C’est le système protecteur des boucs émissaires que les récits de la Crucifixion finiront par détruire en révélant l’innocence de Jésus, et, de proche en proche, de toutes les victimes analogues. Le processus d’éducation hors des sacrifices violents est donc en train de s’accomplir, mais très lentement, de façon presque toujours inconsciente. René Girard
(Le 11 septembre,) je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. . Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension. (…) Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. (…) Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner.(…) Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. (…) Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ».
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent.
(la Guerre Froide est) complètement dépassée. (…) Et la rapidité avec laquelle elle a été dépassée est incroyable. L’Union Soviétique a montré qu’elle devenait plus humaine lorsqu’elle n’a pas tenté de forcer le blocus de Kennedy, et à partir de cet instant, elle n’a plus fait peur. Après Khrouchtchev on a eu rapidement besoin de Gorbatchev. Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, les oppositions ne se trouvaient plus à l’intérieur de l’humanisme. (…) Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. Nous acceptons de vivre sous la protection d’armes nucléaires. Cela a probablement été la plus grande erreur de l’Occident. Imaginez-vous les implications. (…) Nous croyons que la violence est garante de la paix. Mais cette hypothèse ne me paraît pas valable. Nous ne voulons pas aujourd’hui réfléchir à ce que signifie cette confiance dans la violence. (Avec un autre événement tel que le 11 Septembre) Je pense que les gens deviendraient plus conscients. Mais cela serait probablement comme la première attaque. Il y aurait une période de grande tension spirituelle et intellectuelle, suivie d’un lent relâchement. Quand les gens ne veulent pas voir, ils y arrivent. Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un avenir proche. Ce que je dis aujourd’hui semble complètement invraisemblable, et pourtant je pense que le 11 Septembre va devenir de plus en plus significatif.  René Girard

Et si le christianisme était bien la source de tous nos maux ?

En ces temps étranges où, en une sorte de guerre froide à l’envers et à fronts renversés, l’ex-agent du KGB et maitre ès chaises musicales nous la joue dorénavant défenseur des libertés fondamentales …

Et où au centre du débat et sur fond d’une guerre plus féroce que jamais avec le terrorisme islamique, le nouveau Sakharov venu cette fois des Etats-Unis en appelle au principe de Nuremberg dont ni ses actuels hôtes russes ni leurs prédécésseurs chinois n’ont probablement jamais entendu parler …

Pendant que dans le Pays autoproclamé des droits de l’homme on accorde l’asile politique et un nouveau timbre à une tronçonneuse de croix aux seins nus et que ne reconnaissant plus leurs enfants, nombre de pays à majorité musulmane le font payer à leurs chrétiens

Retour, avec un entretien de 2007 de René Girard …

Sur la nouveauté proprement apocalyptique, post-11 septembre, de la situation actuelle …

Pourtant étrangement non repérée par athées autant que croyants …

Victimes convergentes, dans la logique du châtiment de l’ambassadeur pour le  message qu’il apporte, de la même illusion d’optique …

Les uns percevant bien les effets effectivement déstabilisateurs et source de violence du christianisme mais pour en faire le nouveau bouc émissaire mondial …

Alors que pointant les apports indéniablement libérateurs du christianisme mais aveugles à l’évidence d’une violence purement humaine et pour la première fois de portée proprement planétaire, les autres s’en remettent à l’annonce apocalyptique d’une violence divine …

La pensée apocalyptique après le 11 Septembre : entretien avec René Girard

Robert DORAN

Revue des Bernardins

28 janvier 2013

Cet entretien a eu lieu, en anglais, le 10 février 2007 au domicile américain de R. Girard à Stanford, en Californie. Complété par un bref entretien le 8 août 2007, au même endroit. Il a déjà été publié en anglais : « Apocalyptic Thinking after 9/11 : An Interview with René Girard », SubStance vol. 37, n° 1, Cultural Theory After 9/11 : Terror, Religion, Media (2008), p. 20-32.

Robert Doran : Peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001, vous avez accordé une interview au Monde, où vous avez déclaré : « ce qui se joue aujourd’hui est une rivalité mimétique à l’échelle planétaire [1] ». Cette observation paraît encore plus vraisemblable aujourd’hui. Les faits semblent démontrer une continuité et une intensification du conflit mimétique : les guerres en Irak et en Afghanistan ; les bombes dans les transports publics à Madrid et à Londres ; les voitures incendiées dans les banlieues parisiennes ne semblent pas sans rapport. Rétrospectivement, comment percevez-vous les événements du 11 Septembre ?

René Girard : Je pense que votre remarque est juste. Mais je voudrais commencer par faire quelques commentaires. J’ai l’impression que beaucoup de gens ont oublié le 11 Septembre – pas complètement, mais ils l’ont réduit à une espèce de norme tacite. Quand j’ai donné cet entretien au Monde, l’opinion générale pensait qu’il s’agissait d’un événement inhabituel, nouveau, et incomparable. Aujourd’hui, je pense que beaucoup de gens seraient en désaccord avec cette remarque. Malheureusement, l’attitude des Américains face au 11 Septembre a été influencée par l’idéologie politique, à cause de la guerre en Irak. Le fait d’insister sur le 11 Septembre est devenu « conservateur » et « alarmiste ». Ceux qui aimeraient mettre une fin immédiate à la guerre en Irak tendent donc à le minimiser. Cela dit, je ne veux pas dire qu’ils ont tort de vouloir terminer la guerre en Irak, mais avant de minimiser le 11 Septembre, ils devraient faire très attention et considérer la situation dans sa globalité. Aujourd’hui, cette tendance est très répandue, car les événements dont vous parlez – qui ont eu lieu après le 11 Septembre et qui en sont, en quelque sorte, de vagues réminiscences – sont incomparablement moins puissants et ont beaucoup moins de visibilité. Par conséquent, il y a tout le problème de l’interprétation : qu’est-ce que le 11 Septembre ?

RD : Vous voyez vous-même le 11 Septembre comme une sorte de rupture, un événement déterminant ?

RG : Oui, je le vois comme un événement déterminant, et c’est très grave de le minimiser aujourd’hui. Le désir habituel d’être optimiste, de ne pas voir l’unicité de notre temps du point de vue de la violence, correspond à un désir futile et désespéré de penser notre temps comme la simple continuation de la violence du XXe siècle. Je pense, personnellement, que nous avons affaire à une nouvelle dimension qui est mondiale. Ce que le communisme avait tenté de faire, une guerre vraiment mondiale, est maintenant réalisé, c’est l’actualité. Minimiser le 11 Septembre, c’est ne pas vouloir voir l’importance de cette nouvelle dimension.

RD : Vous venez de faire référence à la guerre froide. Comment comparez-vous les deux menaces envers l’Occident ?

RG : Les deux sont similaires dans la mesure où elles représentent une menace révolutionnaire, une menace globale. Mais la menace actuelle va au-delà de la politique, puisqu’elle comporte un aspect religieux. Ainsi, l’idée qu’il puisse y avoir un conflit plus total que celui conçu par les peuples totalitaires, comme l’Allemagne nazie, et qui puisse devenir en quelque sorte la propriété de l’islam, est tout simplement stupéfiante, tellement contraire à ce que tout le monde croyait sur la politique. Il faudrait beaucoup y travailler, car il n’y a pas de vraie réflexion sur la coexistence des autres religions, et en particulier du christianisme avec l’islam. Le problème religieux est plus radical dans la mesure où il dépasse les divisions idéologiques – que bien sûr, la plupart des intellectuels aujourd’hui ne sont pas prêts d’abandonner. En deçà de ces visions idéologiques, nos réflexions sur le 11 Septembre resteront superficielles. Nous devons réfléchir dans le contexte plus large de la dimension apocalyptique du christianisme. Celle-ci est une menace, car la survie même de la planète est en jeu. Notre planète est menacée par trois choses qui émanent de l’homme : la menace nucléaire, la menace écologique et la manipulation biologique de l’espèce humaine. L’idée que l’homme ne puisse pas maîtriser ses propres pouvoirs est aussi vraie dans le domaine biologique que dans le domaine militaire. C’est cette triple menace mondiale qui domine aujourd’hui.

RD : Je reviendrai à la dimension apocalyptique dans un instant. Dans un livre récent, Zbigniew Brzezinski (conseiller personnel du Président Carter pour la sécurité nationale) écrit que « derrière pratiquement chaque acte terroriste se cache un problème politique. […] Pour paraphraser Clausewitz, le terrorisme est la continuation de la politique par d’autres moyens [2] ». Le terrorisme n’est-il pas toujours en partie politique puisque, quelle qu’en soit la cible, il est finalement toujours orienté contre les gouvernements ?

RG : Le terrorisme est une forme de guerre, et la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. En ce sens, le terrorisme est politique. Mais le terrorisme est la seule forme possible de guerre face à la technologie. Les événements actuels en Irak le confirment. La supériorité de l’Occident, c’est sa technologie, et elle s’est révélée inutile en Irak. L’Occident s’est mis dans la pire des situations en déclarant qu’il transformerait l’Irak en une démocratie jeffersonienne ! C’est précisément ce qu’il ne peut pas faire. Il est impuissant face à l’islam car la division entre les sunnites et les chiites est infiniment plus importante. Alors même qu’ils combattent l’Occident, ils parviennent encore à lutter l’un contre l’autre. Pourquoi l’Occident devraitil s’investir dans ce conflit interne à l’islam alors que nous ne parvenons même pas à en concevoir l’immense puissance au sein du monde islamique lui-même ?

RD : S’agirait-il de notre incompréhension face au rôle de la religion ?

RG : Il s’agit de notre incompréhension du rôle de la religion, et de notre propre monde ; c’est ne pas comprendre que ce qui nous unit est très fragile. Lorsque nous évoquons nos principes démocratiques, parlons-nous de l’égalité et des élections, ou bien parlons-nous de capitalisme, de consommation, de libre échange, etc. ? Je pense que dans les années à venir, l’Occident sera mis à l’épreuve. Comment réagira-t-il : avec force ou faiblesse ? Se dissoudra-t-il ? Les occidentaux devraient se poser la question de savoir s’ils ont de vrais principes, et si ceux-ci sont chrétiens ou bien purement consuméristes. Le consumérisme n’a pas d’emprise sur ceux qui se livrent aux attentats suicides. L’Amérique devrait y réfléchir, car elle offre au monde ce que l’on considère de plus attrayant. Pourquoi cela ne fonctionne- t-il pas vraiment chez les musulmans ? Est-ce par ressentiment ou ont-ils, contre cela, un système de défense bien organisé ? Ou bien, leur perspective religieuse est-elle plus authentique et plus puissante ? Le vrai problème est là.

RD : Votre interprétation d’origine était que le 11 Septembre était dû au ressentiment.

RG : Je suis bien moins affirmatif que je ne l’étais au moment du 11 Septembre sur l’idée d’un ressentiment total. Je me souviens m’être emporté lors d’une rencontre à l’École Polytechnique lorsque je me suis mis d’accord avec Jean-Pierre Dupuy sur l’interprétation du ressentiment du monde musulman. Maintenant, je ne pense pas que cela suffise. Le ressentiment seul peut-il motiver cette capacité de mourir ainsi ? Le monde musulman pourrait-il vraiment être indifférent à la culture de consommation de masse ? Peut-être qu’il l’est. Je ne sais pas. Il serait sans doute excessif de leur attribuer une telle envie. Si les islamistes ont vraiment pour objectif la domination du monde, alors ils l’ont déjà dépassée. Nous ne savons pas si l’industrialisation rapide apparaîtra dans le monde musulman, ou s’ils tenteront de gagner sur la croissance démographique et la fascination qu’ils exercent. Il y a de plus en plus de conversions en Occident. La fascination de la violence y joue certainement un rôle.

RD : Mais, selon votre pensée, l’interprétation sur le ressentiment semblait logique.

RG : Il y a là du ressentiment, évidemment. Et c’est ce qui a dû émouvoir ceux qui ont applaudi les terroristes, comme s’ils étaient dans un stade. C’est cela le ressentiment. C’est évident et indéniable. Mais est-ce qu’il représente l’unique force ? La force majeure ? Peut-il être l’unique cause des attentats suicides ? Je n’en suis pas sûr. La richesse accumulée en Occident, comparée au reste du monde, est un scandale, et le 11 Septembre n’est pas sans rapport avec ce fait. Si je ne veux donc pas complètement supprimer l’idée du ressentiment, il ne peut pas être l’unique explication.

RD : Et l’autre force ?

RG : L’autre force serait religieuse. Allah est contre le consumérisme, etc. En réalité, le musulman pense que les rituels de prohibition religieuse sont une force qui maintient l’unité de la communauté, ce qui a totalement disparu ou qui est en déclin en Occident. Les gens en Occident ne sont motivés que par le consumérisme, les bons salaires, etc. Les musulmans disent : « leurs armes sont terriblement dangereuses, mais comme peuple, ils sont tellement faibles que leur civilisation peut être facilement détruite ». C’est ce qu’ils pensent et ils n’ont peut-être pas complètement tort. Il me semble qu’il y a quelque chose de juste dans ce propos. Finalement, je crois que la perspective chrétienne sur la violence surmontera tout, mais ce sera une épreuve importante.

RD : Jean-Pierre Dupuy considère le 11 Septembre comme « un vrai sacrifice dans le sens anthropologique du terme [3] ». Le 11 Septembre peut-il être pensé selon une logique du sacrifice ?

RG : La réponse à cette question doit être prudente. Il faut faire attention à ne pas justifier le 11 Septembre en le qualifiant de sacrificiel. Je pense que Jean-Pierre Dupuy ne le dit pas. Il maintient une sorte de neutralité. Mais ce qu’il dit sur la nature sacrée de Ground Zero au World Trade Center est, je pense, parfaitement justifié. Je me permets de citer un essai pertinent de James Alison, qui a écrit :

Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience [4].

Je pense que James Alison a raison de parler de la katharsis dans le contexte du 11 Septembre. La notion de katharsis est extrêmement importante. C’est un mot religieux. En réalité, cela veut dire « la purge » au sens de purification. Dans l’Église orthodoxe, par exemple, katharos veut dire purification. C’est le mot qui exprime l’effet positif de la religion. La purge est ce qui nous rend purs. C’est ce que la religion est censée faire, et ce qu’elle fait avec le sacrifice. Je considère l’utilisation du mot katharsis par Aristote comme parfaitement juste. Quand les gens condamnent la théorie mimétique, ils ne voient pas l’apport d’Aristote. Il ne semble parler que de tragédie, mais pourtant, le théâtre tragique traite du sacrifice comme un drame. On l’appelle d’ailleurs « l’ode de la chèvre [5] ». Aristote est toujours conventionnel dans ses explications – conventionnel au sens positif. Un Grec très intelligent cherchant à justifier sa religion, utiliserait, je pense, le mot katharsis. Ainsi, ma réponse mettrait l’accent sur la katharsis au sens aristotélicien du terme.

RD : La dimension spectaculaire du 11 Septembre fait certainement penser au théâtre. Mais le 11 Septembre, nous avons tous été témoins d’un événement réel.

RG : Oui, pour le 11 Septembre, il y avait la télévision qui nous rendait présents à l’événement, et intensifiait ainsi l’expérience. L’événement était en direct, comme nous le disons en français. On ne savait pas ce qui allait advenir par la suite. Moi-même, j’ai vu le deuxième avion frapper le gratte-ciel, en direct. C’était comme un spectacle tragique, mais réel en même temps. Si nous ne l’avions pas vécu dans le sens le plus littéral, il n’aurait pas eu le même impact. Je pense que si j’avais écrit La Violence et le Sacré après le 11 Septembre, j’y aurais très probablement inclus cet événement [6]. C’est l’événement qui rend possible une compréhension des événements contemporains, car il rend l’archaïque plus intelligible. Le 11 Septembre représente un étrange retour à l’archaïque à l’intérieur du sécularisme de notre temps. Il n’y a pas si longtemps, les gens auraient eu une réaction chrétienne vis-à-vis du 11 Septembre. Aujourd’hui, ils ont une réaction archaïque, qui augure mal de l’avenir.

RD : Revenons-en à la dimension apocalyptique. Votre pensée est généralement considérée comme pessimiste. Considérezvous le 11 Septembre comme une étape vers un avenir apocalyptique  ?

RG : L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment.

RD : Mais cette interprétation permet à la violence de continuer à un autre niveau.

RG : Oui, mais pas en tant que force religieuse. À la fin, la force religieuse est du côté du Christ. Cependant, il semblerait que la vraie force religieuse soit du côté de la violence.

RD : À quoi ressembleront les choses lorsque les puissances seront vaincues ?

RG : Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. Comment le monde peut-il finir alors qu’il est tenu si fortement par les forces de l’ordre ?

RD : La révélation chrétienne serait-elle ambivalente dans la mesure où elle a des conséquences positives et négatives ?

RG : Pourquoi négatives ? Fondamentalement, c’est la religion qui annonce le monde à venir ; il n’est pas question de se battre pour ce monde. C’est le christianisme moderne qui oublie ses origines et sa vraie direction. L’apocalypse au début du christianisme était une promesse, pas une menace, car ils croyaient vraiment en un monde prochain.

RD : Peut-on dire que vous êtes a priori pessimiste ?

RG : Je suis pessimiste au sens actuel du terme. Mais en fait, je suis optimiste si l’on regarde le monde actuel qui confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent.

RD : Ne pouvons-nous pas dire que nous avons fait un progrès moral ?

RG : Les deux sont possibles. Par exemple, nous avons moins de violence privée. Comparé à aujourd’hui, si vous regardez les statistiques du XVIIIe siècle, c’est impressionnant de voir la violence qu’il y avait.

RD : Je pensais plutôt à quelque chose comme le mouvement pacifiste, qui aurait été inconcevable ne serait-ce qu’il y a cent ans.

RG : Oui, le mouvement pacifiste est totalement chrétien, qu’il l’avoue ou non. Mais en même temps, il y a un déferlement d’inventions technologiques qui ne sont plus retenues par aucune force culturelle. Jacques Maritain disait qu’il y a à la fois plus de bien et plus de mal dans le monde. Je suis d’accord avec lui. Au fond, le monde est en permanence plus chrétien et moins chrétien. Mais le monde est fondamentalement désorganisé par le christianisme.

RD : Ce que vous dites est en opposition avec la perspective humaniste d’un Marcel Gauchet, qui dit que le christianisme est la religion de la sortie de la religion [7].

RG : Oui, la pensée de Marcel Gauchet résulte de toute l’interprétation moderne du christianisme. Nous disons que nous sommes les héritiers du christianisme, et que l’héritage du christianisme est l’humanisme. Cela est en partie vrai. Mais en même temps, Marcel Gauchet ne considère pas le monde dans sa globalité. On peut tout expliquer avec la théorie mimétique. Dans un monde qui paraît plus menaçant, il est certain que la religion reviendra. Le 11 Septembre est le début de cela, car lors de cette attaque, la technologie n’était pas utilisée à des fins humanistes mais à des fins radicales, métaphysico-religieuses non chrétiennes. Je trouve cela incroyable, car j’ai l’habitude d’observer les forces religieuses et humanistes ensemble, et non pas en opposition. Mais suite au 11 Septembre, j’ai eu l’impression que la religion archaïque revenait, avec l’islam, d’une manière extrêmement rigoureuse. L’islam a beaucoup d’aspects propres aux religions bibliques à l’exception de la compréhension de la violence comme un mal non pas divin mais humain. Il considère la violence comme totalement divine. C’est pour cela que l’opposition est plus significative qu’avec le communisme, qui est un humanisme même s’il est factice et erroné, et qu’il tourne à la terreur. Mais c’est toujours un humanisme. Et tout à coup, on revient à la religion, la religion archaïque – mais avec des armes modernes. Ce que le monde attend est le moment où les musulmans radicaux pourront d’une certaine manière se servir d’armes nucléaires. Il faut regarder le Pakistan, qui est une nation musulmane possédant des armes nucléaires et l’Iran qui tente de les développer.

RD : Ainsi, vous considérez la Guerre Froide comme étant dépassée à la fois en portée et en importance par le radicalisme islamique ?

RG : Complètement dépassée, oui. Et la rapidité avec laquelle elle a été dépassée est incroyable. L’Union Soviétique a montré qu’elle devenait plus humaine lorsqu’elle n’a pas tenté de forcer le blocus de Kennedy, et à partir de cet instant, elle n’a plus fait peur. Après Khrouchtchev on a eu rapidement besoin de Gorbatchev. Quand Gorbatchev est arrivé au pouvoir, les oppositions ne se trouvaient plus à l’intérieur de l’humanisme. Les communistes voulaient organiser le monde pour qu’il n’y ait plus de pauvres. Les capitalistes ont constaté que les pauvres n’avaient pas de poids. Les capitalistes l’ont emporté.

RD : Et ce conflit sera plus dangereux parce qu’il ne s’agit plus d’une lutte au sein de l’humanisme ?

RG : Oui, bien qu’ils n’aient pas les mêmes armes que l’Union Soviétique – du moins pas encore. Le monde change si rapidement. Cela dit, de plus en plus de gens en Occident verront la faiblesse de notre humanisme ; nous n’allons pas redevenir chrétiens, mais on fera plus attention au fait que la lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme.

RD : Vous voulez dire un conflit entre une conscience de la violence comme étant humaine et une conscience de la violence comme divine ?

RG : Oui. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. Nous acceptons de vivre sous la protection d’armes nucléaires. Cela a probablement été la plus grande erreur de l’Occident. Imaginez-vous les implications.

RD : Vous faites référence ici à la logique du suicide mutuel (MAD : Mutual Assured Destruction).

RG : Oui, la dissuasion nucléaire. Mais il s’agit de faibles excuses. Nous croyons que la violence est garante de la paix. Mais cette hypothèse ne me paraît pas valable. Nous ne voulons pas aujourd’hui réfléchir à ce que signifie cette confiance dans la violence.

RD : Comment concevez-vous l’effet d’un autre événement tel que le 11 Septembre ?

RG : Je pense que les personnes deviendraient plus conscientes. Mais cela serait probablement comme la première attaque. Il y aurait une période de grande tension spirituelle et intellectuelle, suivie d’un lent relâchement. Quand les gens ne veulent pas voir, ils y arrivent. Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un avenir proche. Ce que je dis aujourd’hui semble complètement invraisemblable, et pourtant je pense que le 11 Septembre va devenir de plus en plus significatif.

RD : Votre vision du rôle de la violence dans le christianisme at- elle changé ?

RG : Il y a des erreurs dans Des Choses cachées depuis la fondation du monde [8]. le refus d’utiliser le mot sacrificiel dans un sens positif, par exemple. Il y a trop d’opposition entre le sacrificiel et le non-sacrificiel. Dans le christianisme, tous les actes sacrificiels sont censés éloigner la violence, pour que l’homme en finisse avec sa propre violence. Je pense que le christianisme authentique sépare complètement Dieu de la violence ; cependant, le rôle de la violence dans le christianisme est une question complexe.

RD : Lors de la parution des Choses cachées vous disiez que le christianisme était une religion non-sacrificielle.

RG : Le christianisme a toujours été sacrificiel. Il est vrai que j’ai donné trop d’importance à l’interprétation non sacrificielle, pour rester sur mes positions avant-gardistes. Je devais être contre l’Église d’une certaine manière. Cette attitude était naturelle, puisque toute ma formation pédagogique s’appuyait sur le surréalisme, l’existentialisme, qui sont tous des courants anti – chrétiens. C’était probablement une bonne chose, car le livre n’aurait sans doute pas eu le même succès.

RD : Et si vous aviez paru plus orthodoxe ?

RG : Si j’avais paru plus orthodoxe, on m’aurait immédiatement fait taire, par le silence des médias.

RD : Quel est votre point de vue actuel sur le sacrifice dans le christianisme ?

RG : Il faut distinguer entre le sacrifice des autres et le sacrifice de soi. Le Christ dit au Père : « Vous ne vouliez ni holocauste, ni sacrifice ; moi je dis : “Me voici” » (cf. He 10, 6-7). Autrement dit, je préfère me sacrifier plutôt que de sacrifier l’autre. Mais cela doit toujours être nommé sacrifice. Lorsque nous utilisons le mot « sacrifice » dans nos langues modernes, c’est dans le sens chrétien. Dieu dit : « Si personne d’autre n’est assez bon pour se sacrifier lui plutôt que son frère, je le ferai. » Ainsi, je satisfais à la demande de Dieu envers l’homme. Je préfère mourir plutôt que tuer. Mais tous les autres hommes préfèrent tuer plutôt que mourir.

RD : Qu’en est-il de l’idée du martyr ?

RG : Dans le christianisme, on ne se martyrise pas soi-même. On n’est pas volontaire pour se faire tuer. On se met dans une situation où le respect des préceptes de Dieu (tendre l’autre joue, etc.) peut nous faire tuer. Cela dit, on se fera tuer parce que les hommes veulent nous tuer, non pas parce qu’on s’est porté volontaire. Ce n’est pas comme la notion japonaise de kamikaze. La notion chrétienne signifie que l’on est prêt à mourir plutôt qu’à tuer. C’est bien l’attitude de la bonne prostituée face au jugement de Salomon. Elle dit : « Donnez l’enfant à mon ennemi plutôt que de le tuer. » Sacrifier son enfant serait comme se sacrifier elle-même, car en acceptant une sorte de mort, elle se sacrifie elle-même. Et lorsque Salomon dit qu’elle est la vraie mère, cela ne signifie pas qu’elle est la mère biologique, mais la mère selon l’esprit. Cette histoire se trouve dans le Premier Livre des Rois (3, 16-28), qui est, à certains égards, un livre assez violent. Mais il me semble qu’il n’y a pas de meilleur symbole préchrétien du sacrifice de soi par le Christ.

RD : Concevez-vous ceci en contraste avec le concept du martyr en Islam ?

RG : Je vois en cela le contraste du christianisme avec toutes les religions archaïques du sacrifice. Cela dit, la religion musulmane a beaucoup copié le christianisme et elle n’est donc pas ouvertement sacrificielle. Mais la religion musulmane n’a pas détruit le sacrifice de la religion archaïque comme l’a fait le christianisme. Bien des parties du monde musulman ont conservé le sacrifice prémusulman.

RD : Cependant le lynchage spontané dans le Sud des États-Unis n’était-il pas un exemple de sacrifice archaïque ?

RG : Oui, bien entendu. Il faut lire les romans de William Faulkner. Bien des gens croient que le sud des États-Unis est une incarnation du christianisme. Je dirais que le sud est sans doute la partie la moins chrétienne des États-Unis en termes d’esprit, bien qu’il en soit la plus chrétienne en termes de rituel. Il n’y a pas de doute que le christianisme médiéval était beaucoup plus proche du fondamentalisme actuel. Mais il y a beaucoup de manières de trahir une religion. En ce qui concerne le sud, cela est évident, car il y a un grand retour aux formes les plus archaïques de la religion. Il faut interpréter ces lynchages comme une forme d’acte religieux archaïque.

RD : Que pensez-vous de la façon dont les gens emploient le terme de « violence religieuse » ?

RG : Le terme de « violence religieuse » est souvent employé d’une manière qui ne m’aide pas à résoudre les problèmes que je me pose, à savoir ceux d’un rapport à la violence en mouvement constant et également historique.

RD : Serait-il juste de dire que selon votre pensée, toute violence religieuse est nécessairement archaïque ?

RG : Je dirais que toute violence religieuse implique un degré d’archaïsme. Mais certains points sont très compliqués. Par exemple, lors de la première guerre mondiale, est-ce que les soldats qui acceptaient d’être mobilisés pour mourir pour leur pays, et beaucoup au nom du christianisme, avaient une attitude vraiment chrétienne ? Il y a là quelque chose qui est contraire au christianisme. Mais il y a aussi quelque chose de vrai. Cela ne supprime pas, à mon avis, le fait qu’il y a une histoire de la violence religieuse, et que les religions, surtout le christianisme, au fond, sont continuellement influencées par cette histoire, bien que son influence soit, le plus souvent, pervertie.

Robert DORAN Traduit de l’anglais par Caroline VIAL, révisé par Sabine de BEAUGRENIER

[1] Entretien avec Henri Tincq, Le Monde, le 6 novembre 2001.

[2] Zbigniew BRZEZINSKI, The Choice : Global Domination or Global Leadership, New York, Basic Books, 2004, p. 28.

[3] Jean-Pierre DUPUY, « Anatomy of 9/11 : Evil, Rationalism, and the Sacred », SubStance vol. 37, n° 1, Cultural Theory After 9/11 : Terror, Religion, Media (2008), p. 33-51.

[4] James ALISON, « Contemplation in a World of Violence : Girard, Merton, Tolle » http://www.thecentering.org/Alison_… %world%20of%20violence.html, dernier accès le 8 août 2007.

[5] Le mot grec tragoidia vient de tragos (chèvre) et ode (chanson) : « chanson de chèvre » ou « la chanson livrée au sacrifice de la chèvre ».

[6] René GIRARD, La Violence et le Sacré, Paris, Grasset, 1971.

[7] Cf. Marcel GAUCHET, Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Paris, Gallimard, 1985.

[8] René GIRARD, Des Choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Grasset, 1978.

Voir enfin:

Apocalyptic Thinking after 9/11: An Interview with René Girard1

Robert Doran

SubStance #115, Vol. 37, no. 1

2008

Robert Doran: Shortly after the attacks of September 11, 2001 you participated in an interview with the French news daily Le Monde, in which you stated that “what is occurring today is a mimetic rivalry on a planetary scale.”2 This observation now appears truer than ever. All evidence points to a continuation and intensification of mimetic conflict: wars in Afghanistan and Iraq; transit bombings in Madrid and London; even the car burnings in the Paris suburbs are not unrelated. How do you see the events of 9/11 in retrospect?

René Girard: I think that your statement is right. And I would like to begin by making a few comments on that very point. It seemed impossible at the time, but I think that many people have forgotten 9/11—not completely forgotten, but they have reduced it to some kind of unspoken norm. When I did that interview with Le Monde, everyone agreed that it was a most unusual, new, and incomparable event. And now I think that many people wouldn’t agree with that statement. Unfortunately, in the United States, because of the war in Iraq, the attitude towards 9/11 has been affected by ideology. It has become “conservative” and “alarmist” to emphasize 9/11. Those who want to put an immediate end to the war in Iraq tend to minimize it. Now, I don’t want to say that they are wrong in wanting to end the war in Iraq, but they should be very careful and consider the situation in its entirety before they deemphasize 9/11. Today this tendency is very general, because the events that you are talking about—which have taken place after 9/11 and which are in some way vaguely reminiscent of this event—have been incomparably less powerful, striking, and so forth. And therefore there is a whole problem of interpretation: what is 9/11?

RD: You yourself see 9/11 as a kind of rupture, a seminal event?

RG: Yes, I see it as a seminal event, and it is fundamentally wrong to minimize it today. The normal desire to be optimistic, to not see the uniqueness of our time from the point of view of violence, is the desire to grab any straw to make our time appear as the mere continuation of the violence of the twentieth century. I personally think that it represents a new dimension, a new world dimension. What communism was trying to do, to have a truly global war, has happened, and it is real now. To minimize 9/11 is to try to avoid thinking the way I do about the importance of this new dimension.

RD: You just made reference to the Cold War. How would you compare the two threats to the West?

RG: The two are similar in that they represent a revolutionary threat, a global threat. But the current threat goes beyond even politics, since there is a religious aspect. Therefore the idea that there could be a more total conflict than the one conceived by the totalitarian peoples, like Nazi Germany, that it would become in some way the property of Islam, is just such an amazing thing, so contrary to what everybody believed about politics. This demands an immense amount of thought, for there is no corresponding reflection about the coexistence of other religions with Islam and in particular Christianity. The religious problem is the most radical one in that it goes beyond the ideological divides—which of course most intellectuals today are not willing to let go of. And if this is the case, then our reflections will remain superficial with respect to 9/11. We must be willing to think in a wider context, and in my view this wider context is the apocalyptic dimension of Christianity. The apocalyptic dimension of Christianity is a threat because the very survival of the planet is at stake. Our planet is threatened by three things, all of which are the creation of man: the nuclear threat, the ecological threat, and the biological manipulation of the human species. The idea that man cannot be trusted with his powers is as true in the biological field as it is in the military field. So it is a triple threat of global proportions that has taken shape over the last century.

RD: I will return to the apocalyptic dimension in a moment. In a recent book, Zbigniew Brzezinski (National Security Advisor to President Carter) writes that “behind almost every terrorist act lurks a political problem. […] To paraphrase Clausewitz, terrorism is politics by other means.”3 Though it may have other motivations, is terrorism not always in part political, to the extent that, no matter the actual target, it is always ultimately directed toward governments?

RG: Well I think that it is not even by other means. Terrorism is a form of war, and war is politics by other means. In that sense, terrorism is political. But terrorism is the only possible form of war in the face of technology. The greatest mystery of what is going on now in Iraq is the confirmation of this immensely important fact. The superiority of the West is its technology, and it proves to be nothing in Iraq. Of course they put themselves in the worst possible situation by saying that we were going to turn Iraq into a Jeffersonian democracy, which was the stupidest thing to say! This is precisely what they cannot do; they are powerless before Islam. The divide between the Sunni and the Shia is infinitely more important. They manage to fight each other at the very moment when they are fighting against the West, which is truly amazing. Why should the West involve itself in this conflict within Islam? We don’t even understand it. It appears to us like a reemergence of the quarrel between the Jansenists and the Jesuits. We don’t see how enormously powerful it is in the Islamic world.

RD: Is it our incomprehension of the role of religion?

RG: It is incomprehension of the role of religion, and the incomprehension of our own world, of the weakness of the things that bind us together; for when we invoke our democratic principles, are we talking about things like equality and elections, or are we talking about capitalism, consumption, free trade and so on? One can say that in the coming years the West is going to be tried. The question is how the West will react: strongly or weakly? Will it dissolve itself? The West should start thinking about whether it really has principles, whether they are Christian or purely consumerist. Consumerism has no hold on those who engage in these suicide attacks. This is what America should be thinking about, because America has been expanding in the world, giving everyone what we consider more seductive than anything else. Does it really not work on the Muslim people? In other words, do they pretend that it doesn’t work; is it resentment? Do they have a well-organized defense mechanism against it? Or is their religious view in some way more authentic and powerful? This is the real problem.

RD: Your original interpretation was that 9/11 was due to resentment.

RG: I’m much less affirmative than I was at the time of 9/11 that the reason was total resentment. I remember that I got carried away at a meeting held at the Ecole Polytechnique when I agreed one hundred percent with Jean-Pierre Dupuy about the resentment interpretation of the Muslim world. But now I do not think it is sufficient. Can resentment motivate this ability to die like that? Could the Muslim world really be indifferent to the culture of mass consumption? Perhaps they are. I don’t know. It is thus perhaps too excessive to attribute to them an envy of that. If the Islamists are really on a world domination kick, then they are beyond that. We don’t know if there will appear something like rapid industrialization in the Muslim world, or if they will try to win on the basis of population growth and the fascination they exert. There are more and more conversions in the West. The fascination of violence certainly plays a role.

RD: But the resentment interpretation seemed logical in view of your thought.

RG: There is resentment there, of course. And this is what must have moved those who applauded the terrorists, as if they were in a stadium. That is resentment. This is obvious and undeniable. But is that the only force? Is that the main force? Can it by itself lead to the suicide attacks we see? I’m not sure. It is also true that the accumulated wealth in the West as compared with the rest of the world is a huge scandal, and that 9/11 in not unrelated to this fact. Thus I do not want to completely suppress the idea of resentment. There is certainly a strong element of resentment, but it cannot be the entire explanation.

RD: And the other force?

RG: The other force would be religious. Allah is against consumerism and so forth. What the Muslim really sees is that religious prohibition rituals are a force that keeps the community together, which has totally disappeared or is on the way out in the West. People in the West are united only by consumerism, good salaries, etc. The Muslims say: “their weapons are terribly dangerous but as a people they are so weak that their civilization can easily be destroyed.” This is the way they think, and they may not be totally wrong. I think there is something right about it. Ultimately, I believe that the Christian view of violence will overcome everything, but we might consider this a great test.

RD: In his contribution to this volume, Jean-Pierre Dupuy calls 9/11 “a true sacrifice in the anthropological sense of the term.”4 Can 9/11 be thought according to a logic of sacrifice?

RG: I want to be very prudent in answering this question. One must be careful not to justify 9/11 by calling it sacrificial. I think that Jean-Pierre Dupuy doesn’t do that. He maintains a kind of neutrality. What he says about the sacred nature of Ground Zero is, I think, perfectly justified. I would, however, like to quote from an insightful essay by James Alison, who has written on this very subject:

And immediately the sacrificial centre began to generate the sort of reactions that sacrificial centres are supposed to generate: a feeling of unanimity and grief. […] Phrases began to appear to the effect that “We’re all Americans now”—a purely fictitious feeling for most of us. It was staggering to watch the togetherness build up around the sacred centre, quickly consecrated as Ground Zero, a togetherness that would harden over the coming hours into flag waving, a huge upsurge in religious services and observance, religious leaders suddenly taken seriously, candles, shrines, prayers, all the accoutrements of the religion of death. […] And there was the grief. How we enjoy grief! It makes us feel good, and innocent. This is what Aristotle meant by catharsis, and it has deeply sinister echoes of dramatic tragedy’s roots in sacrifice. One of the effects of the violent sacred around the sacrificial centre is to make those present feel justified, feel morally good. A counterfactual goodness which suddenly takes us out of our little betrayals, acts of cowardice, uneasy consciences.5

I think that James Alison is right to speak about katharsis in the context of 9/11. The notion of katharsis is tremendously important. People think that it is an Aristotelian word. This is not true. It’s a religious word. It really means “the purge” as purification. In the Orthodox Church, for instance, katharos means purification. It’s the word that expresses the positive effect of religion. The purge makes you pure. This is what religion is supposed to do, and it does it with sacrifice. I consider Aristotle’s use of the word katharsis to be pure genius. When people condemn the mimetic theory, they don’t see what formidable support it has in Aristotle. Aristotle seems to be only speaking about tragedy, but tragic theater is nothing but sacrifice reenacted as drama. This is why it is called “the ode of the goat.”6 Aristotle is always conventional in his explanations— conventional in the best sense. A very intelligent Greek seeking to justify his religion would, I think, use the word katharsis. Thus my answer to this question would place a great emphasis on katharsis and on Aristotle’s understanding of the term.

RD: Certainly the spectacular aspect of 9/11 suggests an analogous relation to theater. But with 9/11 we could all be witnesses to a real event as it happened.

RG: Yes, with 9/11 there was television. Television makes you present at the scene, and thus it intensifies the experience. The event was en direct, as we say in French. You didn’t know what was going to happen next. I saw the second plane hit the building not as a replay but as a live event. It was like a tragic spectacle, but real at the same time. If we hadn’t lived it in the most literal sense, it would not have had the same impact. I think that if I had written Violence and the Sacred after 9/11, I would have most probably included 9/11 in this book.7 This is the event that makes possible an understanding of the modern event, for it renders the archaic more intelligible. 9/11 represents a strange return of the archaic within the secularism of our time. Not too long ago people would have had a Christian reaction to 9/11. Now they have an archaic reaction, which does not bode well for the future.

RD: Let us return to the apocalyptic dimension. Your thought is generally considered pessimistic. Do you see 9/11 as a signpost on the way toward an apocalyptic future?

RG: The apocalyptic future is not something historical. It is something religious, and as such it is something that you cannot do without. This is what modern Christians don’t understand. Because in the apocalyptic future, the good and the bad are mixed in such as way that from a Christian point of view, you cannot talk about pessimism. It is just being Christian. It is saying that all of the texts are part of the same totality. In order to understand this, you only have to quote the First Letter to the Corinthians: if the powers, meaning the powers of this world, had known what would happen, they would have never crucified the Lord of Glory— because it meant their destruction. Because when you crucify the Lord of Glory, the trick of the powers, which is the scapegoat mechanism, is revealed. To show the crucifixion as the killing of an innocent victim is to show the collective murder and to make it possible for people to understand that it is a mimetic phenomenon. Therefore the powers are ultimately going to perish from this truth. And all of history is simply the realization of this prophecy. Those who say that Christianity is anarchistic are somewhat right. The Christians are destroying the powers of this world, in the sense that they are destroying the legitimacy of all violence. From the point of view of the State, Christianity is a force of anarchy. Anytime it recaptures its old spiritual strength, this reappears in a way. Thus the conflict with the Muslims is really much more significant than even the fundamentalists believe. The fundamentalists think that the apocalypse is the violence of God. But if you read the apocalyptic chapters, you’ll see that the apocalypse is the violence of man unleashed by the destruction of the powers, that is, of the states, which is what we’re seeing now.

RD: But this understanding makes it possible for violence to continue on another level.

RG: Yes, but not as a religious force. The religious force is on the side of Christ, ultimately. However, it appears as though the real religious force were on the side of violence.

RD: What will it look like when the powers are defeated?

RG: Well, when the powers are defeated, violence will become such that the end will come. If you take the apocalyptic chapters, this is what they announce to you. There will be revolution and wars. State will rise against state, nation against nation. These are the doubles. This is the power of anarchy we have now, with forces capable of destroying the whole world. So you can see the coming of the apocalypse in a way that wasn’t previously possible. In the early days of Christianity, there was something magical about the apocalypse. The world is going to end; we’ll all be in paradise, and everything will be alright. The “mistake” of the first Christians was to believe that the apocalypse was going to be an instant affair. The first Christian texts, chronologically speaking, are the Letters to the Thessalonians, and they are an answer to the question: why is the world continuing when you announced its end? Paul says that there is something holding back the powers, the katochos (something that holds back). The most common interpretation is that it is the Roman Empire. The crucifixion has not yet dissolved all order. If you look at the apocalyptic chapters of Christianity, they describe something like the present chaos, which wasn’t there in the beginning of the Roman Empire. How can the world end when it is held so tightly by the forces of order?

RD: Then Christian revelation is ambivalent in that it has both positive and negative consequences?

RG: Why negative? Fundamentally it is religion that announces the world to come; it is not about fighting for this world. It is modern Christianity that forgets its origins and its real direction. The apocalypse at the

beginning of Christianity was a promise, not a threat, because they really believed in the next world.

RD: Then could one say that you are pessimistic in an a priori sense?

RG: I am pessimistic in the sense that everybody understands the word pessimism. But I’m optimistic in the sense that if one looks at the present world, it already verifies all the predictions. You can see the shape of the apocalypse increasing every day: the power capable of destroying the world, ever more lethal weapons, and the other threats that are multiplying under our eyes. We still believe that all of these problems are manageable by man, but if you take them all together you can see that this is not the case. They acquire a kind of supernatural value. Like the fundamentalists, many readers of the Gospels are reminded of the world situation when they read these apocalyptic chapters. But the fundamentalists believe that the ultimate violence comes from God, so they don’t really see the relevance of what is going on now—the religious relevance. That shows how unchristian they are on a certain level. It is human violence that is threatening the world today; and this is in greater conformity to the apocalyptic theme in the Gospels than they realize.

RD: Can’t we say that we have made moral progress?

RG: But the two are possible together. For example, we have less private violence. If you look at statistics from the eighteenth century, it was amazing how much violence there was compared with today.

RD: I was thinking about something like the peace movement, which would have been inconceivable just a hundred years ago.

RG: Yes, the peace movement is totally Christian, whether it knows it or not. But at the same time there is an unleashing of technological inventions that are no longer restrained by any cultural force. Jacques Maritain said that there is more good and more bad in the world all the time. I think this is an excellent formula. In other words, the world is both more Christian and less Christian, constantly. But it is fundamentally disorganized by Christianity.

RD: What you’re saying, then, is in opposition to the humanist perspective of someone like a Marcel Gauchet, who says that Christianity is the religion of the end of religion.8

RG: Yes, Marcel Gauchet is the result of the whole modern interpretation of Christianity. We say that we are the heirs of Christianity, and that the legacy of Christianity is humanism. This is partly true. But at the same time, Marcel Gauchet does not look at the world at large. You can keep everything together with the mimetic theory. As the world looks more threatening, religion is sure to return. And in a way, 9/11 is the beginning of this, for in this attack technology was used not for humanistic ends but for radical, metaphysico-religious ends, which are not Christian. That is why it is such an amazing thing for me, because I’m used to considering religious forces and humanistic forces together, not as if one were true and the other false; and then suddenly archaic religion is coming back in an incredibly forceful way with Islam. Islam has many aspects of the Biblical religions minus the revelation of violence as bad, as not divine but human; it makes violence totally divine. This is why the opposition is more significant than with communism, which is a humanism. It is a bogus humanism, the last and most incredibly foolish form, which results in terror. But it is still humanism. And suddenly we’re back in religion, in archaic religion—but with modern weapons. What the world is waiting for is the moment when the Muslim radicals will somehow be able to use nuclear weapons. And the point you have to look at on the map is Pakistan, which is a Muslim nation that has nuclear weapons. And Iran is trying to develop them.

RD: Thus you see the Cold War as being superseded both in scope and importance by the conflict with Islamic radicalism?

RG: Totally superseded, yes. And the speed with which it was superseded was just something unbelievable. The moment the Soviet Union revealed that they were human is when they didn’t try to force Kennedy’s blockade, and from that time on they didn’t scare anybody anymore. After Khrushchev you had to get to Gorbachev fairly quickly. The moment when Gorbachev came to power was the moment when the oppositions were no longer inside humanism. The communists had wanted to organize the world so that there wouldn’t be any more poor people, and the capitalists had said that the poor were insignificant. The capitalists have prevailed.

RD: And this conflict will be more dangerous because it is no longer a struggle within humanism?

RG: Yes, though they do not have the same weapons as the Soviet Union— at least not yet. Things change so fast. However, more and more people in the West are going to see the weakness of our humanism; we are not going to become Christian again, but there will be more attention to the fact that the fight is really between Christianity and Islam, more than between Islam and humanism.

RD: You mean a conflict between the consciousness that violence is human and the consciousness that violence is divine?

RG: Yes, with Islam I think the opposition is total. In Islam, if you are violent you are inevitably an instrument of God. Thus it is really saying that the apocalyptic violence comes from God. In the United States the fundamentalists say that, but the big churches do not. However, they are not coherent enough thinkers to say that if violence does not come from God then it comes from man, and therefore we are responsible for it. We accept to live under the protection of nuclear weapons. This has probably been the West’s greatest sin. Think of its implications.

RD: You’re referring to the logic of mutual assured destruction.

RG: Yes, nuclear deterrence. But these are lame excuses. We are putting our faith in violence; we believe that violence will keep the peace. But this assumption is inevitably false. We are trying not to think radically today about what this confidence in violence means.

RD: What do you think the effect of another 9/11-like event would be?

RG: I think that more people would become more aware. But it would probably be like the first attack. There would be a period of great spiritual and intellectual tension followed by a slow relaxation. When people don’t want to see something, they are pretty good at not seeing it. I think that there are going to be spiritual and intellectual revolutions in the not too distant future. What I’m talking about now seems totally mad, and yet I think that 9/11 is going to become more meaningful all the time.

RD: Has your view of the role of violence in Christianity changed?
RG: There are mistakes in Things Hidden Since the Foundation of the World:9

the refusal to use the word sacrificial in a good way, for example. There was too much opposition between the sacrificial and the non-sacrificial. In Christianity, all sacrificial acts are intended to render violence more distant, to make it possible for man to do away with his own violence. I think that authentic Christianity completely separates God from violence; however, the role of violence in Christianity is a complex thing.

RD: At the time of Things Hidden you said that Christianity was a non- sacrificial religion.

RG: Christianity has always been sacrificial. It’s true I gave the non- sacrificial interpretation too much importance—in order to be heretical. That is what was left of the avant-gardist attitude in me. I had to be against the Church in some way. The attitude was instinctive, since my whole intellectual training came out of surrealism, existentialism and so forth, which were all anti-Christian. It was probably a good thing, for the book might not otherwise have been successful.

RD: If you had appeared more orthodox?
RG: If I had appeared orthodox, I would have been silenced immediately, by the silence of the media.

RD: What is your current view of sacrifice in Christianity?

RG: One has to make a distinction between the sacrifice of others and self-sacrifice. Christ says to the Father: “you wanted neither holocaust nor sacrifice; then I said: ‘Here I am.’ ” In other words: I prefer to sacrifice myself than to sacrifice the other. But this still has to be called sacrifice. When we say “sacrifice” in our modern languages it has only the Christian sense. Therefore the passion is entirely justified. God says: If nobody else is good enough to sacrifice himself rather than his brother, I will do it. Therefore I fulfill God’s requirement for man. I prefer to die than to kill. But all other men prefer to kill than to die.

RD: But what about the idea of martyrdom?

RG: In Christianity you are not martyring yourself. You’re not volunteering to be killed. You place yourself in a situation in which the observance of God’s precepts (turn the other cheek, etc.) will get you killed. But you will be killed because men want to kill you, not because you volunteered. This is not like the Japanese notion of the kamikaze. The Christian notion means you’re ready to die rather than to kill. This is the attitude of the good prostitute in the judgment of Solomon. She says: Give the child to my enemy rather than kill him. Sacrificing her child is like sacrificing herself, for in accepting the equivalent of death, she sacrifices herself. And when Solomon says that she is the real mother, this does not even mean that she is the mother according to biology, but according to the spirit. This story is from the Book of Kings, which in some ways is quite a savage book. But I would say that there is no pre- Christian symbol of Christ’s self-sacrifice that is superior to this one.

RD: Do you see this in contrast to the concept of martyrdom in Islam?

RG: I see it as contrasting Christianity with all archaic religions of sacrifice. Now, since the Muslim religion has copied Christianity more than anything, it is not openly sacrificial. But the Muslim religion has not destroyed the sacrifice of archaic religion the way Christianity has. No part of the Christian world has retained pre-Christian sacrifice. Many parts of the Muslim world have retained pre-Muslim sacrifice.

RD: Wouldn’t spontaneous lynchings in the South be examples of archaic sacrifice?

RG: Yes, of course. You have to go to Faulkner to find the truth about this—to a novelist. Many people believe that Christianity is embodied by the South. I would say that the South is perhaps the least Christian part of the United States in terms of spirit, although it is the most Christian in terms of ritual. There is no doubt that Medieval Christianity was much closer to what fundamentalism has remained. But there are many ways to betray a religion. In the case of the South, it is very obvious, because there is such a return to the most archaic forms of religion. You must define these lynchings as a kind of archaic religious act.

RD: What do you think about the way in which people use the term “religious violence”?

RG: People use the term “religious violence” in ways that do not clear up the problems that my thinking is trying to clear up—that of a constantly moving relationship to violence, which is also historical.

RD: Would it be fair to say that according to your thinking any religious violence is necessarily archaic?

RG: Well, I would say that any religious violence includes a degree of archaism. But some aspects are so complicated. For example, in the First World War, what was Christian in the soldiers who accepted to be drafted in order to die for their country, many of them in the name of Christianity? There is something in this that is untrue to Christianity. But there is also something that is true. This does not, in my view, invalidate the fact that there is a history of religious violence, and that deep down, religions, especially Christianity, are continually influenced by this history, though its influence is perverted most of the time.

Notes

1. This interview took place, in English, on February 10, 2007 at Professor Girard’s home in Stanford, California. A brief follow-up interview was conducted on August 8, 2007, also at Girard’s home.

Interview with Henri Tincq, Le Monde, November 6, 2001.
Zbigniew Brezezinski, The Choice: Global Domination or Global Leadership, (New York:

Basic Books, 2004), 28.
4. Jean-Pierre Dupuy, “Anatomy of 9/11: Evil, Rationalism, and the Sacred,” included in

this volume.
5. James Alison, “Contemplation in a World of Violence: Girard, Merton, Tolle,”

[http://www.thecentering.org/Alison_Contemplation%20in%20a%20world%20 of%20violence.html], accessed August 8, 2007.
6. The Greek word tragoidia is a combination of tragos (goat) and ode (song): “goat

song” or “the song delivered at the sacrifice of a goat.”
7. René Girard, Violence and the Sacred (Baltimore: Johns Hopkins Univ. Press, 1977). 8. See Marcel Gauchet, The Disenchantment of the World: A Political History of Religion,

trans. Oscar Burge, fwd. Charles Taylor (Princeton, NJ: Princeton Univ. Press, 1997),

101.
9. René Girard, Things Hidden since the Foundation of the World. Trans. S. Bann and M.

Metteer. (Stanford: Stanford Univ. Press, 1987).


14-juillet/133e: Attention, une fête nationale peut en cacher une autre (Bastille Day: Behind the tanks and the jets, the savagest of riots)

14 juillet, 2013

https://i2.wp.com/www.carnavalet.paris.fr/sites/default/files/styles/oeuvre_zoom/public/la_prise_de_la_bastille_bd.jpg

https://i2.wp.com/www.theblaze.com/wp-content/uploads/2011/10/IranianMissile.jpghttps://i1.wp.com/english.peopledaily.com.cn/200612/04/images/1203_B70.jpghttps://i1.wp.com/www.armyrecognition.com/images/stories/south_america/venezuela/artillery/2s19/2S19_tracked_self-propelled_howitzer_Venezuela_Venezuelan_army_640.jpghttps://i2.wp.com/news.bbcimg.co.uk/media/images/60084000/jpg/_60084976_turkish-army-parade-afp-g.jpghttps://i1.wp.com/www.histoire-image.org/photo/anim/anim0508_federation.jpghttps://i1.wp.com/lelivrescolaire.fr/upload/jyb/p179pjunr2d7vh1108c1dtb4ks1.jpgNous revendiquons nos atours de filles de joie, notre propension à montrer nos genoux, nos bas résilles et nos oripeaux polissons, car la révolution se fera en talons!  Yagg (collectif de lesbiennes)
Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. C’est bien plus que le 4 août, qui est l’abolition des privilèges féodaux ; c’est bien plus que le 21 septembre, qui est l’abolition du privilège royal, de la monarchie héréditaire. C’est la victoire décisive de l’ère nouvelle sur l’Ancien Régime. Les premières conquêtes qu’avait values à nos pères le serment du Jeu de paume étaient menacées ; un effort suprême se préparait pour étouffer la Révolution dans son berceau ; une armée en grande partie étrangère se concentrait autour de Paris. Paris se leva, et, en prenant la vieille citadelle du despotisme, il sauva l’Assemblée nationale et l’avenir. Il y eut du sang versé le 14 juillet : les grandes transformations des sociétés humaines – et celle-ci a été la plus grande de toutes – ont toujours jusqu’ici coûté bien des douleurs et bien du sang. Nous espérons fermement que, dans notre chère patrie, au progrès par les révolutions, succède, enfin ! le progrès par les réformes pacifiques. Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser. Henri Martin (29 juin 1880)
Les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. Léon Gambetta (14 juillet 1872)
La Fête de la Fédération: Il s’agit de la fête la plus célèbre de la Révolution française. Fête emblématique, au point qu’aujourd’hui encore notre fête nationale réunit en elle deux adversaires : la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, et la Fédération du 14 juillet 1790. L’intention primitive de la fête n’était pourtant pas celle d’une célébration unanime. L’idée était née en province, dans cet hiver 1790 où les alliances défensives, hantées par les souvenirs de la Grande Peur, n’avaient cessé de se nouer entre les gardes nationales et l’armée tout entière. Des fêtes locales et toutes militaires scellaient ces pactes. Paris s’inquiète alors de l’agitation qui risque de gagner les troupes régulières et choisit de la contrôler en convoquant dans la capitale, pour le 14 juillet, les députations provinciales. Mais le caractère conservateur d’une fête destinée à garantir l’ordre est vite débordé par l’enthousiasme collectif d’où la Fédération tire son prestige légendaire. Mona Ozouf
Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique) (…) la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Pierrick Hervé
Le 14 juillet 1935: La SFIO se rallient aux communistes et acceptent une grande alliance avec les Radicaux. Un « Congrès international des écrivains pour la défense et la culture », réuni à Paris , rassemble des humanistes et des anti-fascistes allemands. Le mouvement Amsterdam-Pleyel propose de manifester le 14 juillet 1935 dans toute la France contre le fascisme. Le jour de la fête nationale, des délégués venus de tous les départements jurent de « défendre les libertés démocratiques, de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et au monde la grande paix humaine ». 500 000 personnes défilent de la Bastille à Vincennes avec Léon Blum à leur tête. Le leader de la SFIO est accompagné de Maurice Thorez (PC), de Benoît Frachon (CGTU) et Léon Jouhaux (CGT) ainsi que Edouard Daladier (Parti Radical). En Province, les manifestations atteignent également du 12 février 1934. On entend en même temps l’Internationale et la Marseillaise, on mêle le drapeau tricolore au drapeau rouge. Cette fois, l’unité est en marche pour de bon. Et dès le lendemain, on crée le comité national du Rassemblement populaire pour le pain la paix et la liberté. L’expression Front Populaire s’impose dans le langage. David Martin
The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicable object. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeois of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Lazare, release all the prisoners, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeois, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers (Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai, Governor of the Bastille. They found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal… I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant. Thomas Jefferson (lettre à John Jay, 19 juillet 1789)
Dans les grandes démocraties du monde, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-unis, le Canada, les fêtes nationales se fêtent sans défilé militaire. Ce sont les dictatures qui font les défilés militaires. C’est l’URSS, c’est la Chine, c’est l’iran; ce sont des pays non démocratiques. Et la France est l’une des seules démocraties à organiser sa fête nationale autour d’un défilé militaire: ça n’a aucune justification même historique. Sylvain Garel (élu vert de Paris, 02.07.10)
Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national. La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution. (…) Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790. (…) La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national. Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus. Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. Le Figaro (16.07.11)

Sous les pavés, le sang ?

Emeutes et pillages dans tout Paris avant l’attaque à la recherche de poudre à canon (quelque 14 tonnes), fait d’arme en fait de deux détachements de gardes françaises chargés de veiller sur la capitale prenant le parti des émeutiers, lynchage et dépeçage contre toutes promesses du gouverneur et de quelques uns de ses soldats, libération des sept derniers rescapés (escrocs, faussaires, délinquant sexuel…) de ce qui avait été jusque-là une geole de luxe à la Tour de Londres avec chambres spacieuses pour hôtes de marque ou intellectuels poudrés accompagnés de leurs officiers et de leur maison (duc de Nemours, maréchal de Biron, marquis de Belle-Isle dit Fouquet, cardinal de Rohan, duc de Richelieu, Masque de Fer, marquis de Sade, Voltaire) …

En un pays où l’on obtient le statut de refugiée politique pour avoir abattu (les seins nus, s’il vous plait !) une croix à la scie tronçonneuse …

Et où, rareté du Monde libre Espagne et Portugal exceptés, l’on continue, entre Chine, Russie, Corée du nord, Iran, Cuba ou Turquie et au son d’un hymne national appelant à l’épuration ethnique, un défilé militaire digne des pays totalitaires …

Pendant que comme chaque année à Belfast, les casseurs profitent des commémorations unionistes de la victoire de Guillaume d’Orange sur les catholiques de 1690  …

Retour, en ce 133e anniversaire du défilé du 14-juillet qui se voulait à l’origine fête de la réconciliation nationale sous une monarchie constitutionnelle et qui, guerres mondiales et mandat de Giscard exceptés, ne se fêtait pas sur les Champs-Elyées mais a souvent oscillé entre la toute nouvelle place de la République et l’hippodrome de Longchamp …

Sur le véritable casse-tête que représentait, pour une toute jeune république en recherche de fondement, le choix d’une fête nationale censée à la fois « incarner le peuple tout en n’étant ni de près ou de loin reliée au roi ou au catholicisme » mais aussi, d’où l’importance de la dimension militaire après l’humiliante défaite de 1870, le redressement national …

Face à la réalité historique largement mythique et particulièrement sanglante d’une « prise de la Bastille » que, près d’un quart de siècle après les travaux de Furet, la plupart des Français croient encore en fait célébrer …

La fête nationale du 14 juillet

Le 14 juillet est fête nationale et jour chômé en France, conformément à une tradition républicaine qui remonte à un peu plus d’un siècle, très précisément à juillet 1880.

C’est l’occasion d’un défilé militaire sur les Champs-Élysées en présence du président de la République et de tous les corps constitués ainsi que d’un feu d’artifice et de bals populaires dans toutes les villes (en certains lieux le 13 au soir, en d’autres le 14).

Fabienne Manière

Hérodote

Une difficile gestation

Tout commence le 14 juillet 1789 avec la prise de la Bastille, une manifestation qui a mal tourné. Des émeutiers parisiens, surexcités par l’hypothétique menace d’une attaque des troupes royales, vont chercher de la poudre et des munitions à la Bastille. Le gouverneur de la vieille forteresse, au lieu de résister comme il en a pleinement la possibilité, accepte de se rendre. Mal lui en prend. Ses hommes sont massacrés. Lui-même, blessé à l’épaule, traîné dans les rues, est achevé à coup de baïonnettes et sa tête plantée au bout d’une pique.

Malgré son caractère odieux, cette émeute prend aussitôt dans l’esprit des Parisiens figure de victoire sur le despotisme. Un entrepreneur se hâte de détruire la Bastille sans en référer à quiconque et les pierres deviennent objet de collection et de culte…

Un an plus tard, les Français choisissent le premier anniversaire de ce jour pour célébrer le triomphe pacifique de la Révolution par une grande fête sur le Champ de Mars. Y participent dans l’enthousiasme 260.000 Parisiens ainsi que le roi, la reine et des délégués de tous les départements. Cette Fête de la Fédération consacre le succès éphémère de la monarchie constitutionnelle et l’union de tous les Français.

La célébration du 14 juillet est ensuite délaissée au profit de multiples commémorations révolutionnaires, par exemple l’anniversaire du 1er Vendémiaire An I de la République (22 septembre 1792). Sous l’Empire, on lui préfère la Saint Napoléon (15 août) ! Elle est enfin complètement abandonnée sous la Restauration monarchique, de 1815 à 1848.

Le triomphe de la République

Sous la IIIe République, cependant, une nouvelle Chambre à majorité républicaine et non plus monarchiste est enfin élue en 1877. Le régime cherche dans la Révolution française une légitimité morale.

Il remet en vigueur les symboles de la Grande Révolution de 1789, en particulier la Marseillaise, hissée au rang d’hymne national, le Panthéon, nécropole des gloires républicaines, enfin la Fête nationale.

En 1878, le Président du Conseil Armand Dufaure organise une première célébration le 30 juin. Elle est immortalisée par le peintre Claude Monet (tableau ci-contre).

Enfin, le 6 juillet 1880, sur proposition de Benjamin Raspail, la Chambre des députés vote une loi ainsi libellée : «Article unique. – La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle».

Par prudence, le législateur ne fait pas plus référence à la prise sanglante de la Bastille qu’à la fête joyeuse de la Fédération, l’année suivante, apothéose de la monarchie constitutionnelle.

Henri Martin, le rapporteur de la loi au Sénat, ne se prive pas toutefois d’évoquer la journée du 14 juillet 1790, qui «a donné à la France conscience d’elle-même».

Cette journée commémorative est préférée au 5 mai (1789, états généraux) comme au 20 juin (1789, serment du jeu de paume).

La première fête nationale donne lieu à une grande revue militaire sur l’hippodrome de Longchamp, devant pas moins de 300.000 spectateurs, parmi lesquels le président de la République Jules Grévy.

La revue se déroule les années suivantes sur les Champs-Élysées, afin de manifester avec éclat la volonté de revanche sur la défaite de 1870-1871. Le comble de la ferveur patriotique est atteint le 14 juillet 1919, avec le défilé de la Victoire…

Voir aussi:

14 juillet 1789

La prise de la Bastille

Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise d’assaut par les Parisiens. De ce jour date la fin de l’«Ancien Régime» et le début de la Révolution française.

Dès l’automne, les contemporains prennent conscience de la portée historique de l’événement et songent à le commémorer. Cest chose faite l’année suivante avec la Fête de la Fédération.

Depuis 1880, la Fête nationale du 14 juillet perpétue le souvenir de cette fête et des promesses de la Révolution française.

Gabriel Vital-Durand

Hérodote

La Révolution en germe

40 jours plus tôt, les états généraux se sont réunis à Versailles et les députés ont constaté que les maux du gouvernement appelaient davantage qu’une simple réforme de l’impôt. Ils ont décidé de remettre à plat les institutions et de définir par écrit, dans une constitution, de nouvelles règles de fonctionnement, selon l’exemple américain.

Le roi Louis XVI (39 ans), malgré des reculades successives, n’exclut pas l’éventualité d’un coup de force contre les députés qui outrepassent leurs droits. Dès le 24 juin, il fait venir en secret des régiments suisses ou allemands à proximité de Versailles. Au total 30.000 soldats aguerris qui ne manquent pas d’inquiéter les Parisiens.

Le 9 juillet, l’assemblée réunie à Versailles se proclame «Assemblée nationale constituante». L’initiative ne plaît pas au roi ni surtout à son entourage. Sous la pression de la Cour, le 12 juillet, Louis XVI renvoie son contrôleur général des finances, Jacques Necker, un banquier d’origine genevoise qui n’a fait que creuser le déficit mais est resté pour cela très populaire parmi les petites gens. Il le remplace par le baron de Breteuil.

À Paris, le peuple des artisans et des commerçants s’irrite et s’inquiète. On dit que le roi, irrité par la désobéissance des députés, voudrait les renvoyer chez eux.

Dans les jardins du Palais-Royal, résidence du cousin du roi, le duc d’Orléans, et haut lieu de la prostitution et du jeu, un orateur, Camille Desmoulins, monté sur un escabeau, harangue ainsi la foule : «Citoyens, vous savez que la nation avait demandé que Necker lui fût conservé et on l’a chassé… Après ce coup, ils vont tout oser et pour cette nuit, ils méditent peut-être une Saint-Barthélemy des patriotes !… Aux armes ! Aux armes, citoyens !»

Échec de l’émeute

Le 12 juillet, sur la place Louis XV (aujourd’hui place de la Concorde), un détachement de gardes suisses et un escadron de dragons du Royal Allemand sous le commandement du prince de Lambesc se fait huer par la foule qu’irrite le renvoi de Necker. Les cavaliers tentent de disperser les badauds. On relève de nombreux blessés.

Motion au jardin du Palais-Royal, gouache de Lesueur (Paris, musée Carnavalet)Le mécontentement enfle, l’émeute gronde et la foule force les portes de plusieurs armuriers.

Le 13 juillet, la rumeur se répand que les troupes royales vont entrer en force dans la capitale pour mettre les députés aux arrêts. De fait, des corps de troupes sont rassemblés au Champ de Mars et aux portes de Paris.

Un comité permanent, la «municipalité insurrectionnelle», est formé par les citoyens qui ont participé à l’élection des états généraux pour faire face à la menace. Il se substitue à la vieille municipalité royale.

Au matin du 14 juillet, des artisans et des commerçants se rendent à l’hôtel des Invalides en quête d’armes. Le gouverneur de Sombreuil cède aux émeutiers et ouvre les portes de l’hôtel dont il avait la garde. La foule fait irruption dans l’arsenal et emporte 28.000 fusils et 20 bouches à feu. Mais il lui manque encore de la poudre…

C’est alors que des émeutiers rugissent : «À la Bastille !» La rumeur prétend en effet que de la poudre y aurait été entreposée. Au demeurant, le peuple a une revanche à prendre sur la vieille forteresse médiévale dont la masse lugubre lui rappelle à tout moment l’arbitraire royal.

Sur les marches de l’Hôtel de Ville, le sire de Flesselles, prévôt des marchands, tente de calmer les esprits. Il ne tarde pas à faire les frais de sa modération. On l’accuse de cacher des armes ainsi que d’accaparer les grains et d’affamer la capitale. Il est abattu d’un coup de pistolet, pendu à une lanterne et sa tête promenée dans les rues au bout d’une pique. C’est la première victime de la Révolution.

Sur les tours de la Bastille, une douzaine de canons sont tournés vers le faubourg Saint-Antoine. La garnison se compose de 82 vétérans, dits invalides, auxquels ont été adjoints le 7 juillet 32 soldats du régiment suisse de Salis-Samade commandés par le lieutenant de Flüe (ou de Flühe). Face à elle, les émeutiers ne font pas le poids. Ils sont un millier seulement, sans commandement et sans armes lourdes.

Le marquis de Launay (ou de Launey), gouverneur de la Bastille, se persuade qu’il doit gagner du temps pour permettre à une troupe de secours de le délivrer des émeutiers. Il se déclare prêt à parlementer avec trois délégués et livre trois bas-officiers en otages.

Les parlementaires sont conduits par le dénommé Thuriot. Le marquis insiste pour retenir ses hôtes à dîner (à midi selon la terminologie de l’époque). Il accepte de détourner les canons de Paris et s’engage à ne pas tirer sous réserve que les émeutiers ne tentent pas d’entrer dans la forteresse.

Tandis que les parlementaires communiquent le message à la foule, une explosion mystérieuse émeut celle-ci. On crie à la trahison. Un groupe de forcenés pénètrent dans l’enceinte par le toit du corps de garde et se jettent sur les chaînes du pont-levis à coups de hache. Une charge de mitraille les disperse. Mais une nouvelle députation se forme pour exiger la reddition de la forteresse.

De Launay, sans expérience militaire, perd ses moyens. Il donne l’ordre de tirer. Les soldats suisses armés de fusils de rempart appelés «amusettes du comte de Saxe» font des ravages chez les assaillants. On compte une centaine de morts.

Les gardes françaises contre la Bastille

Tout bascule avec l’arrivée de deux détachements de gardes françaises. Ces soldats professionnels chargés de veiller sur la capitale prennent le parti des émeutiers et vont leur assurer la victoire. Sous le commandement de deux officiers, Élie et Hulin, ils amènent deux canons et les pointent sur la Bastille. Il s’ensuit un début d’incendie à l’entrée de la forteresse et quelques pertes chez les assiégés.

M. de Monsigny, commandant des canonniers, est abattu, ce qui fait disparaître toute velléité de résistance chez les invalides.

Il est 4 heures du soir. De Launay se ressaisit, ordonne soudain le feu à outrance puis tente de faire sauter les magasins de poudre dans un mouvement de désespoir. Mais ses invalides lui imposent de brandir un mouchoir pour parlementer. Le feu cesse.

Le lieutenant de Flüe exige les honneurs de la guerre pour se rendre. On les lui refuse, mais le dénommé Élie, du régiment de la Reine, confirme par écrit les termes d’une capitulation qui assure la vie sauve aux défenseurs.

Les ponts-levis sont abaissés et la foule se rue dans la forteresse, oublieuse des promesses d’Élie. Les soldats suisses, qui ont eu le temps de retourner leurs uniformes, sont pris pour des prisonniers et épargnés. Mais la foule lynche les malheureux invalides.

Le marquis de Launay, qui a tenté de se suicider, est traîné dans les rues de la capitale avant d’être décapité par un boucher. Sa tête est fichée sur une pique et promenée en triomphe à travers le faubourg ainsi que les têtes des autres défenseurs de la Bastille. Ce rituel macabre, inédit dans l’Histoire du pays, illustre le basculement de la Révolution dans la violence.

À la Bastille, on libère les détenus au prix d’une légère déception car il ne s’agit que de sept personnages de minable envergure (escrocs, faussaires, délinquant sexuel…). Au demeurant, les émeutiers sont surpris de découvrir des chambres spacieuses et d’un grand confort, à l’opposé des cellules de torture que décrivaient complaisamment dans leurs brochures les intellectuels poudrés qui avaient eu, comme Voltaire ou le marquis de Sade, l’occasion de séjourner à la Bastille.

Fin d’un monde…

Le soir même, de sa propre initiative, un entrepreneur zélé du nom de Pierre-François Palloy réunit 800 ouvriers et entreprend la démolition de la vieille forteresse, dont les jours étaient de toute façon comptés. Au cours des semaines qui suivent la prise de la Bastille, le peuple se rue sur le monument déchu, les pierres sont réduites en morceaux et distribuées comme autant de trophées. Ainsi l’émeute sanglante se transforme-t-elle presque instantanément en un mythe national et antidémocratique.

Démolition de la Bastille (musée Carnavalet, Paris)

Un symbole séculaire de l’absolutisme est ruiné, deux gouverneurs dépassés par leurs responsabilités ayant fait tourner d’un cran la grande meule de l’Histoire.

Le propre frère du roi, le comte d’Artois, futur Charles X, prend la mesure de l’événement. Il quitte la France sitôt qu’il en a connaissance. Il est suivi dans cette première vague d’émigration par quelques autres hauts personnages, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.

… début d’un autre

À Königsberg, en Prusse orientale (aujourd’hui ville de garnison russe du nom de Kaliningrad), le célèbre philosophe Emmanuel Kant, apprenant la prise de la Bastille, commet l’audace d’interrompre sa promenade quotidienne, chose extraordinaire qui, dit-on, ne lui arriva en aucune autre occasion.

À Versailles, Louis XVI note quant à lui dans son journal à la date du 14 juillet : «Rien»… Mais il ne s’agit que du résultat de sa chasse habituelle. Le soir même, le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt fait réveiller le roi pour l’informer des derniers événements. A quoi le roi aurait répondu :

- Mais c’est une révolte !

- Non, Sire, une Révolution… (Se non è véro, è bène trovato !).

Surpris par la violence populaire, Louis XVI se retient néanmoins de dissoudre l’Assemblée. Les députés, dans une séance mémorable présidée par l’abbé Grégoire, prennent la résolution de siéger en permanence. La Révolution peut suivre son cours.

Le 16 juillet, à Paris, la nouvelle municipalité porte à sa tête un maire, Jean Bailly. Cet astronome de 53 ans a déjà présidé l’Assemblée nationale et supervisé la fameuse séance du Jeu de Paume (il sera démis de ses fonctions et plus tard guillotiné pour avoir fait tirer sur la foule qui réclamait la déchéance du roi le 17 juillet 1791, sur le Champ de Mars).

Héros de la prise de la Bastille, Pierre-Auguste Hulin (31 ans) deviendra général après la bataille de Marengo puis commandant de la place de Paris.

Les électeurs parisiens constituent une milice bourgeoise, la «garde nationale» dont ils confient le commandement au prestigieux marquis de La Fayette, le «héros des deux Mondes». Les autres villes du royaume imitent la capitale, créant une nouvelle municipalité et une garde nationale.

Entérinant la réussite de l’insurrection, le roi Louis XVI rappelle Jacques Necker à la tête du ministère des Finances. Le lendemain, il se rend à Paris et il est accueilli à l’Hôtel de Ville par une foule arborant sur la tête une cocarde aux couleurs de Paris, le bleu et le rouge. Le général de La Fayette remet au roi une cocarde semblable où il insère le blanc, en signe d’alliance entre le roi et sa ville. De là l’origine du drapeau tricolore.

L’année suivante, des pierres de la Bastille ornées d’une médaille seront solennellement remises à quelques centaines de héros de la journée, parmi lesquels une femme, la blanchisseuse Marie Charpentier. Et chacun des nouveaux départements recevra une maquette de la Bastille sculptée dans une pierre de la forteresse.

Le premier anniversaire de l’événement donnera lieu à une grande réconciliation nationale, la Fête de la Fédération, et beaucoup plus tard, en 1880, la IIIe République, en faisant du 14 juillet la Fête nationale, consacrera la réconciliation de la France de l’Ancien Régime et de celle de la Révolution.

Une forteresse sinistre

Au Moyen Âge, la bastille de Saint-Antoine, à l’est de Paris, constituait l’une des deux portes principales de l’enceinte d’Étienne Marcel, l’autre étant la bastille de Saint-Denis, au nord.

En 1370, le prévôt de la ville, Hugues Aubriot, entreprit de remplacer la porte fortifiée de Saint-Antoine par une forteresse formée de deux tours massives de 25 mètres d’élévation entourées de douves. Cette paire de tours fut ensuite doublée à l’intérieur du rempart de deux tours supplémentaires, destinées à surveiller le quartier Saint-Antoine. Aubriot compléta encore la forteresse par quatre autres tours qui firent ainsi de l’ensemble une position décisive pour le contrôle de la capitale.

La Bastille était donc devenue beaucoup plus imposante que la Tour de Londres de Guillaume le Conquérant que l’on peut visiter encore.

A mesure que son importance militaire allait diminuer au fil du temps, elle allait assumer la fonction de geôle pour les détenus de marque, dont Aubriot lui-même fut le premier. D’un autre côté, le développement urbain allait amener les habitations à la serrer de plus en plus près, ce qui n’allait pas manquer d’en faire le symbole désagréable de la tutelle royale sur la ville.

Il faut dire que l’usage des lettres de cachet (décrets d’arrestation à la discrétion du roi) était devenu aux yeux de tous un abus de droit flagrant. Il y en eut quelque 80.000 sous le règne de Louis XIV. Le duc de Nemours, le maréchal de Biron, le marquis de Belle-Isle (Fouquet), le cardinal de Rohan, le duc de Richelieu, le Masque de Fer, le marquis de Sade, Voltaire furent quelques-uns des prisonniers illustres de la forteresse.

Les prisonniers de condition jouissaient toutefois d’un réel confort au cours de leur détention, pouvant conserver leurs officiers et leur maison, se promener à leur guise, s’y faire servir d’abondance, et recevoir la visite du gouverneur qui se tenait alors debout, chapeau bas… D’autres personnages, à les en croire, n’étaient pas si bien lotis : «En hiver, ces caves funestes sont des glacières. En été ce sont des poêles humides, où l’on étouffe, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher» (Linguet, détenu au XVIIIe siècle).

En 1789, la Bastille était donc formée de huit tours unies par des murs couverts de chemins de ronde, de mâchicoulis et défendues par 15 pièces de canon. L’ensemble était entouré d’un large fossé contrôlé par les sentinelles en surplomb. Un bastion en demi-lune défendait l’accès du côté de la Seine et pouvait tenir sous son feu croisé d’éventuels assaillants.

Venant de la rue Saint-Antoine, on entrait dans la Cour du Passage, puis l’Avancée donnait accès à un premier pont-levis précédant la Cour du Gouvernement, enfin un jeu de ponts-levis accouplés en parallèle amenaient à la porte principale de la forteresse proprement dite, fermée par deux grands battants cuirassés de plaques de fer. Un bâtiment construit sous Louis XV servait de logis aux officiers, et donnait sur une cour d’honneur qui occupait l’essentiel de l’espace compris à l’intérieur des murs.

Notons que peu après la prise de la forteresse, Amour de Saint-Maximim découvrit dans les décombres des feuillets recouverts recto verso d’une écriture fine. Il s’agissait des écrits clandestins du marquis de Sade, l’un des derniers hôtes involontaires de la Bastille.

Voir encore:

Récit réaliste du 14 juillet

Nouvelles de France

14 juillet 2013

Voici le récit réaliste (âmes sensibles s’abstenir) du « Combat du 14 juillet », extrait des Causeries du Dimanche (publiées rue Bayard en 1922) :

Récit réaliste du 14 juillet« A la Bastille! criait-on. Cette action héroïque de la prise de la Bastille, choisie par la Révolution comme son épopée, célébrée avec tant de tapage (…) est une des dérisions les plus remarquables de l’histoire.

Les papiers du temps racontent que, dès que l’émeute se fut portée du côté de la for­teresse, toutes les élégantes de Paris, aussi curieuses qu’aujourd’hui, s’y portèrent en foule; la place des Vosges (alors place Royale) était pleine de leurs carrosses. Les poissardes ne manquaient pas non plus.

Cette rivière de curieux était considérée du haut de la forteresse par 32 Suisses et 82 invalides, qui. avec M. de Launay, commandant, et les officiers, formaient les 120 hommes de la garnison: il leur semblait, dirent-ils, que Paris tout entier débordait vers eux. C’était vrai.

Les émeutiers, assemblés dès 10 heures du matin. fusillent les murs hauts de 40 pieds, épais de 30 pieds, et cet exercice héroïque semble les amuser d’autant plus qu’on ne répond pas.

Enfin le hasard amène un accident qui fut acclamé comme une victoire : un pauvre invalide, en sentinelle sur une tour, est blessé.

Une députation se présente. Le gouverneur fait baisser les ponts-levis, et la reçoit avec honneur, l’‘invite à déjeuner. Les héros acceptent. Ils se plaignent des canons qui menacent le peuple, le gouverneur fait retirer de suite les canons des embrasures; ils se plaignent de l’attitude de la garnison qui menace le peuple, le gouverneur fait jurer devant les députés aux 114 Suisses et invalides de ne pas tirer sur le peuple s’ils ne sont pas directement atta­qués. Les députés se plaignent enfin des moyens extraordinaires de défense de la forteresse, le gouverneur leur offre de visiter toute la Bastille.

Les parlementaires sortent enfin, et l’on attaque le premier pont; pas une amorce n’est brûlée contre eux; ils l’abaissent, mais quand ils sont au second pont, le gouverneur les fait prévenir qu’il va faire feu. Cela les scandalise.

Les hommes armés qui assiégeaient la Bastille dans ces conditions très exceptionnelles étaient 800. Mais il faut dire qu’ils n’eurent tant d’audace qu‘en raison de la présence au milieu d’eux des gardes françaises.

Ces gardes, qui formaient une partie très galante de l’armée, et où l’on s’engageait pour ce honteux motif, venaient beaucoup au Palais Royal, rendez-vous assez immonde. Cette situation exceptionnelle rendait ces soldats propres à toutes les misères. (…) le peuple les faisait boire, et ils étaient de la partie de plaisir et de gloire du 14 juillet 1789.

Cependant on ne prend point une solide for­teresse avec des cris et des vociférations. On délibéra si on ne pourrait point calciner les pierres avec une huile savante au phosphore. Ceci est imaginé par un brasseur, qui ne connaissait pas encore le pétrole. Un autre propose de brûler une jeune fille, qu’on assurait être la fille du gouverneur, pour obliger ce dernier à se rendre ; or, cette pauvre enfant, qui n’avait pas du tout ce titre à leur fureur, faillit périr.

Un jeune homme qui a étudié ses auteurs veut construire une catapulte, il a le mo­dèle, etc.

Cependant, profitant de la répugnance qu’a­vait la garnison trop bien garantie « à tirer sans péril sur des corps vivants », les gardes françaises, un pont-levis étant baissé, allument de la paille; alors les Suisses exaspérés, au lieu de se laisser rôtir, font une décharge, et la foule crie à la trahison, elle recule épouvantée

A ce moment, un chasseur du marquis de Conflans, né en Suisse, de parents pauvres, adopté par lui et patriote à la belle figure, qui se distinguait parmi les assaillants débouche avec des gardes françaises; ils avaient trouvé cinq canons ; on les braque sur les embrasures, et l’attaque recommence. Ce Hullin qui va arrêter M. de Launay recevra de la municipalité le titre de vainqueur de la Bastille et une médaille commémorative; comme il est le héros de la grande journée du 14 juillet, (…).

On perd la tête. M. de Launay ne voulant pas, avec cent hommes, lutter contre tout un peuple et contre des soldats, ni livrer la forteresse confiée à son honneur, veut mettre le feu aux poudres et faire sauter le quartier Saint-Antoine. Un officier invalide l’arrête et il en sera cruellement châtié par le peuple; son supplice sera une des horreurs épouvantables de la journée; on lui coupera la main, on le pendra, on le percera, et cette main coupée sera promenée en triomphe au bout d’une pique.

A la demande des officiers invalides, de Launay capitule donc, mais à la condition que la garnison aurait la vie sauve. C’est solennel­lement juré, et le grand pont-levis, que l’émeute n’eût jamais fait tomber, s’abaisse lentement.

La foule, ivre de joie, se précipite dans la sombre forteresse; Hullin et les gardes fran­çaises veulent faire respecter la capitulation, mais la populace déclare qu’il faut tuer, et elle exécute, séance tenante, cinq officiers et plusieurs invalides qui avaient fait la ma­nœuvre du pont.

De Launay, en sortant, reçoit un coup d’épée dans l’épaule droite; rue Saint-Antoine, « tout le monde lui arrachait les cheveux et lui don­nait des coups ». Sous l’arcade Saint-Jean il était déjà « très blessé ». Autour de lui, les uns disaient : « Il faut lui couper le cou », les autres : « Il faut le pendre », les autres : « Il faut l’attacher à la queue d’un cheval. » Alors, désespéré, et voulant abréger son supplice, il crie: « Qu’on me donne la mort! » et, en se débattant, lance un coup de pied dans le bas-ventre d’un des hommes qui le tenaient. A l’instant il est percé de baïonnettes, on le traîne dans le ruisseau, on frappe sur le cadavre, en criant : « C’est un galeux et un monstre qui nous a trahis; la nation demande sa tète pour la montrer au public. » Et l’on invite l’homme qui a reçu le coup de pied à la couper lui-même. Celui-ci, cuisinier sans place, demi-badaud qui est allé à la Bastille pour voir ce qui s’y passait, juge que, puisque tel est l’avis général, l’action est « patriotique » et croit même « mériter une médaille en détrui­sant un monstre ». Avec un sabre qu’on lui prête il frappe sur le cou nu; mais le sabre mal affilé ne coupant point, il tire de sa poche un petit couteau à manche noir, et « comme en sa qualité de cuisinier il sait travailler les viandes », il achève heureusement l’opération. Puis, mettant la tête au bout d’une fourche à trois branches, et accompagné de plus de 200 personnes armées, « sans compter la populace », il se met en marche, et, rue Saint-Honoré, il fait attacher à la tête deux inscrip­tions pour bien indiquer à qui elle était. — La gaieté vient; après avoir défilé dans le Palais-Royal, le cortège arrive sur le Pont-Neuf; devant la statue de Henri IV, on incline trois fois la tête, en lui disant : « Salue ton maître. » C’est la plaisanterie finale; il y en a dans tout triomphe, et, sous le boucher, on voit apparaître le gamin … » (Taine)

L’Assemblée écouta le récit de cette cam­pagne glorieuse, exigea du roi le retrait de l’armée sous Paris pour donner satisfaction aux héros du 14 juillet; le roi céda (…)

Le lendemain 15 juillet (il n’y a pas de fête sans lendemain), le cuisinier qui a coupé la tète à M. de Launay apportait au Palais-Royal le cœur enlevé d’un homme massacré sans motif dans la rue, un soldat tenait la tête; le peuple réclame ces trophées, et pendant que le cuisinier soupe, on promène le cœur san­glant sur un bouquet d’oeillets blancs. »

Voir également:

Jefferson on the Bastille

Thomas Jefferson relayed his eyewitness account of the storming of the Bastille with shocking calm

U.S. News &  World report

April 16, 2012

Embedded reporting had not yet been invented when Thomas Jefferson watched a mob of Frenchmen storm the Bastille in 1789. As a result, his account is limited only by the quality of his sources. « How they got in, » he wrote of the men and women who started the revolution, « has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to discredit them all. » Other events Jefferson relays more confidently, and with shocking calm: how the mob released prisoners, stole weapons, walked the Bastille’s « Governor & Lieutenant governor » to the Guillotine–and then « cut off their heads. »

And why not be confident? After all, Jefferson saw all of this with his own eyes. Before the riots, he’d been watching King Louis XVI call a meeting of the States General at Versailles, to discuss the country’s financial crisis. When chaos broke, he followed the mobs into the streets of Paris.

Jefferson’s interest was professional but also personal. As America’s minister to France, he had an obligation to keep the country informed. As the author of the Declaration of Independence, he found the unfolding revolution fascinating. Perhaps as a result, rather than let his secretary transcribe the events for him, Jefferson wrote directly to John Jay, the American secretary of foreign affairs, himself–in his own hand, in a letter that filled 12 pages.

The following is an excerpt of that letter.

The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicableobject. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeoise of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Larare, release all the prisoneres, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeoise, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers ( Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai , Governor of the Bastille. The found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal…

Monsieur de Monmorin is this day replaced in the department of foreign affairs & Monsieur de St. Priest is named to the Home department. The garottes of France & Leyden accompay this. I send also a paper (called the Point du jous ) which will give you some idea of the proceedings of the National Assembly. It is but an indifferent thing; however it is the best. I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant.

- Thomas Jefferson

P.S. July 21. Mr. Necker had left Brussels fro Frankfort before the courier got there. We expect however to hear of him in a day or two. Monsieur le Comte de la Liorne has resumed the department of the marine this day. Either this is an office of friendship effected by Monsr. De Montmorin (for tho they had taken different rides, their friendship continued) or he comes in as a stop-gap till somebody else can be found. Tho very unequal to his office, all agree that he is an honest man. The Count d’Artois was at Valecnciennes. The Prince of Conde & Duke de Bourbon had realized that place.

Voir encore:

Retour sur les origines du défilé du 14 Juillet

Le Figaro

15/07/2011

Le défilé militaire du 14 juillet, une tradition depuis 1880.

Eva Joly fait polémique en évoquant la suppression du défilé militaire du 14 Juillet. Depuis quand ce défilé est organisé ? Pourquoi un caractère militaire ? Comment les autres pays d’Europe célèbrent leur fête nationale ? Réponse point par point.

• Depuis quand organise-t-on des défilés pour le 14 Juillet ?

Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national.

La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution.

«Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire», avait clamé Benjamin Raspail à la tribune. Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790.

Un défilé le 14 juillet aura dès lors lieu chaque année à compter de 1880, à l’exception des périodes de guerre. Jusqu’en 1914, il se déroulait à Longchamp.

• Pourquoi un défilé militaire ?

La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national.

Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus.

Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. «Cette double célébration fut aussi le triomphe définitif du 14 Juillet, fête largement militarisée incarnant la nation qui ne fut plus guère contestée dans cette fonction», selon l’historien Rémi Dalisson.

• Eva Joly est-elle la seule politique à demander la suppression du défilé militaire ?

Non. L’an passé, les élus Verts de la mairie de Paris avaient fait polémique en demandant la «suppression du défilé militaire du 14 juillet et d’affecter une partie des économies réalisées à l’organisation de rassemblements populaires, à Paris et dans toute la France». Selon les élus, la Grèce aurait fait 5 millions d’euros d’économie en renonçant au traditionnel défilé militaire de sa fête nationale du 25 mars.

Les Verts dénonçaient un «gaspillage financier inacceptable en période de grande restriction budgétaire» mais aussi «une aberration écologique. La quantité de produits polluants, de CO2 et de décibels relâchés dans l’atmosphère est considérable». Sylvain Garrel, l’un des présidents des Verts parisiens, précisait que la France gagnerait à «quitter le sinistre peloton des pays organisant des démonstrations guerrières le jour de leur fête nationale, dont la plupart sont des dictatures».

• Les autres pays d’Europe organisent-ils aussi des défilés militaires lors de leurs fêtes nationales ?

Oui, mais l’ampleur du défilé n’est en aucun cas comparable avec la France. L’Espagne et le Portugal ont ainsi fortement réduit le nombre des militaires présents lors des célébrations de la fête nationale à cause de la crise économique. La Grèce a supprimé son défilé. Quant à l’Italie, un défilé a bien lieu le 2 juin, mais dans l’indifférence.

Le Royaume-Uni n’a lui pas de fête nationale à proprement parler, mais l’anniversaire de la Reine joue en quelque sorte ce rôle. Si des militaires défilent, c’est à pied ou à cheval, et en uniforme traditionnel. En Allemagne, la fête nationale, fixée à l’anniversaire de la réunification, ne donne pas lieu à un défilé militaire, ni à une fête populaire.

L’Europe du Nord n’est pas très portée sur les défilés militaires. En Suède, la fête nationale est symbolisée par une cérémonie où le drapeau est hissé devant le couple royal. En Finlande, on préfère regarder la retransmission télévisée d’une réception organisée par la présidence. Quant à la Norvège, pays d’origine d’Eva Joly, la fête nationale se distingue par un défilé d’enfants, d’associations et de jeunes bacheliers.

Voir enfin:

Le 14 Juillet, naissance d’une fête nationale

Introduction

Dans un discours prononcé à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), le 14 juillet 1872, Léon Gambetta proclame : « […] les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. »

Celui qui négocie la construction d’une République comme régime, contre des tentations monarchistes, ancre le passé, le présent et l’avenir dans un événement fondateur. Celui qui aurait préféré le 22 septembre comme date davantage républicaine, plus calme également, alimente un débat entre la conception d’un événement émancipateur, faisant du peuple l’acteur de sa propre histoire, et celle d’un événement qui fait entrer la violence dans la construction de la liberté donc, pour nombre de conservateurs un événement surévalué, voire le premier acte de la Terreur.

Certes, il y a débat, et nous voulons dans ce dossier en présenter les étapes et les acquis majeurs.

Depuis 1880, le 14 Juillet est fête nationale. Lui préexistent des fêtes diverses et variées qui en forment les bases dont il faut souligner les caractères et qui font l’objet des premières études de ce dossier. En nous dissimulant derrière l’immense stature de Mona Ozouf, nous voudrions mettre en évidence la valeur d’exemplarité des événements célébrés par ces fêtes dans lesquels les hommes politiques du XIXe siècle inventent un langage particulier, de symboles, de rituels, de lieux…, un langage que l’auteur de Composition française qualifie de « langage de l’utilité ».

Car des fêtes du 14 Juillet, comme d’autres fêtes républicaines, il s’agit bien de moments pédagogiques, d’une propédeutique des valeurs républicaines ancrées dans les principes de 1789. Pourquoi et comment le 14 Juillet est-il devenu fête nationale ? Pourquoi et comment les républicains érigent-ils cette date au rang de repère fondateur ?

Pour répondre à ces questions, nous analyserons tout d’abord les deux événements révolutionnaires de 1789 et 1790 parce qu’ils sont créateurs de mémoire collective. Nous proposons ensuite un regard sur la célébration de cette mémoire entre la Révolution et l’année 1880 avec notamment la fête du 30 juin 1878. Cette dernière montre à la fois les enjeux et les limites d’une fête sans véritable ancrage événementiel. L’ensemble des décisions prises en 1880 avec la mise en place des rituels et des pratiques fait l’objet d’une partie conséquente. Nous avons choisi ensuite quelques 14 Juillet marquants, sans exhaustivité, entre 1880 et nos jours.

Nous présentons la construction et les pratiques de la fête nationale à travers un dossier documentaire, analysé et commenté, utilisable dans les classes de quatrième et de seconde, selon les textes officiels des programmes scolaires en vigueur.

Ce dossier est utile pour l’enseignement de l’histoire des arts, obligatoire au collège. L’approche est d’abord celle de l’historien mais elle s’inscrit aussi dans une démarche liée à l’histoire des arts, la peinture principalement. De nombreux supports sont ainsi proposés pour aborder la construction du symbole républicain, ce qui fait encore référence à l’unité de la Nation tant discutée aujourd’hui. Ils permettent aussi en pointant les enjeux de comprendre que le présent s’inscrit dans un passé toujours recomposé, reconstruit, un passé en débat.

L’événement

L’histoire de France est riche d’événements suscitant des débats animés. Son élévation au rang d’événement fondateur dans le cadre d’un conflit sur la Révolution française, les faits, l’héritage, la mémoire donnent au 14 juillet 1789 la place singulière d’un événement qui ne peut laisser indifférent. Que s’est-il vraiment passé en ce mardi si particulier ? L’effet sur la France mais aussi sur les cours européennes correspond-il à la profondeur du fait ? N’y a-t-il pas amplification, héroïsation, détournement de sens après coup ? Événement révolutionnaire ou révolte d’Ancien Régime ? La Bastille ne fut-elle pas prise déjà pendant la Fronde ? Renvoyons tout d’abord la Bastille à l’imaginaire populaire qui contribue à la nature même de l’événement et son interprétation. Forteresse, prison symbole de l’arbitraire royal en matière de justice, forteresse militarisée tournée vers la capitale, lieu de révolte potentiel, notamment le faubourg Saint-Antoine, lieu des supplices les moins avouables dont auraient été victimes des condamnés non identifiables tant en nombre qu’en nom, mouroir sans retour possible vers la société des hommes, symbole de la tyrannie, la liste est longue des caractères de ce bastion envisagé sous Charles V et qui avait perdu depuis longtemps son statut de prison. Lors de l’ouverture de la forteresse conquise ou simplement remise suite à la reddition de sa garnison, le peuple de Paris n’y trouva semble-t-il que sept prisonniers, dont quatre faussaires. L’événement connut en réalité deux réussites : l’une répond aux objectifs du peuple venu l’assiéger, l’autre à sa postérité. L’événement est une réaction populaire à la situation de crainte provoquée par la présence de troupes autour de la capitale. Le peuple de Paris forme une milice assez conséquente estimée à plus de 40 000 hommes. Si le nombre est élevé, l’armement est faible et suscite des débats. Le 12 juillet, un dimanche, le renvoi de Necker est connu à Paris qui entre en émoi non par sympathie pour le ministre, mais par crainte d’un retour en force de l’autorité royale. Le rôle de Camille Desmoulins est ensuite connu : une harangue de la foule au Palais-Royal pour l’inciter à se défendre, des manifestations spontanées dans les rues pour défendre Necker et l’intervention d’un régiment allemand aux Tuileries, des blessés. Les soucis alimentaires de la ville entretiennent la crainte, l’émotion au sens moderne du terme. Le lendemain matin, très tôt, des barrières d’octroi sont incendiées, le couvent Saint-Lazare est pillé car soupçonné d’abriter du grain, la foule manifeste violemment à la recherche de blé et pour que les prix du pain soient baissés. À l’Hôtel de Ville dans la matinée, des électeurs de la ville de Paris dirigés par le prévôt des marchands Jacques de Flesselles créent un comité permanent et une milice, avec comme signe distinctif une cocarde rouge et bleu, couleurs de la ville. L’armement de cette milice pose problème : des lieux de détention d’armes sont pillés, des piques sont forgées, une demande est faite aux Invalides dont le gouverneur refuse de livrer les armes.

Au matin du 14, la foule se rend aux Invalides pour exiger l’accès aux armes. Les troupes présentes sur le Champ-de-Mars font savoir qu’elles ne marcheront pas sur les Parisiens qui s’emparent alors des Invalides, y trouvent trente mille fusils et douze canons. Il ne manque plus que la poudre et les balles. Une première puis une deuxième délégation des électeurs de la ville de Paris sont reçues par le gouverneur Launay à la Bastille mais n’obtiennent ni poudre, ni balles, alors qu’en fin de matinée la foule commence à se masser devant la forteresse. Vers 13 h 30, les défenseurs de la Bastille, des invalides, répondant aux ordres de Launay, ouvrent une première fois le feu sur la foule. Une troisième et une quatrième délégation se rendent à la Bastille sans plus de succès. À partir de 15 h 30, cinq canons pris le matin aux Invalides sont placés devant la Bastille par des gardes-françaises. Vers 17 heures, la garnison de la Bastille se rend avec promesse d’être bien traitée, la foule s’empare de la Bastille, y prend la poudre qu’elle était venue chercher et libère quelques prisonniers. Une centaine de Parisiens a été tuée pendant la journée. Sur le chemin de l’Hôtel de Ville où la garnison désormais prisonnière doit être emmenée, le gouverneur Launay est tué, sa tête tranchée au canif par un jeune boucher, le prévôt des marchands est lui aussi assassiné au motif de traîtrise, les archives de la Bastille sont pillées. Dans une danse macabre, les têtes sont promenées dans Paris jusqu’au Palais-Royal. En fin de journée, ignorant encore l’épisode de la prise de la Bastille, Louis XVI a ordonné le retrait des troupes. Le roi n’apprend l’événement qu’à son réveil le lendemain matin avec le mot resté célèbre du duc de La Rochefoucauld-Liancourt : « Non, Sire, c’est une révolution. »

Sans entrer dans le débat sur l’interprétation des événements du 14 Juillet, il peut être intéressant avec des élèves d’expliquer les regards de certains contemporains, hommes de plume conservateurs, comme Chateaubriand, pour ensuite expliquer la prise en main de cette histoire par les historiens du XIXe siècle et la transformation de cette journée en mythe national, en fête nationale : montrer ce que l’on en fait.

Le 14 Juillet vu par Chateaubriand

« Le 14 juillet, prise de la Bastille. J’assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques invalides et un timide gouverneur : si l’on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. Je vis tirer deux ou trois coups de canon, non par les invalides, mais par des gardes-françaises, déjà montés sur les tours. De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l’Hôtel de Ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d’un coup de pistolet ; c’est ce spectacle que des béats sans cœur trouvaient si beau. Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la Bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d’importance dans les quatre parties du monde. Que de fois j’ai manqué ma fortune ! Si moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j’aurais une pension aujourd’hui. »

François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1848.

Une tradition se construit dans la littérature de la contre-révolution mais aussi, comme dans cet extrait, sous la plume de monarchistes convaincus remettant en cause le contenu et les formes de l’événement tel que les révolutionnaires ont voulu le forger. La violence, l’ivrognerie, l’aptitude à commettre le crime gratuit, l’imbécillité caractérisent les acteurs du 14 Juillet pour Chateaubriand. Mais, plus encore, c’est bien l’idée d’un événement qui n’a pas eu lieu que dénonce l’auteur. La réalité d’un fait dont il se présente comme témoin contrebalance l’interprétation par surévaluation qu’en font ensuite les révolutionnaires. Il n’y a pas de prise de la Bastille mais reddition d’une forteresse dans la naïveté des occupants inaptes à combattre. La victoire sans lutte donne ensuite aux Parisiens l’occasion d’une fête macabre, orgiaque d’une libération à laquelle il dénie tout fondement. L’auteur dont la carrière politique dans les premières décennies du XIXe siècle se construit auprès des monarques de la Restauration compare Paris à la Rome de la fin du règne de Néron et de l’année des quatre empereurs, dont deux sont ici nommés. Comment fonder un régime nouveau sur des actes sanguinaires ? La question est bien sûr posée tout au long du XIXe siècle et fait encore débat en 1880, nous en reparlerons.

Le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération

Et si la fête de la Fédération donnait tout son sens à la prise de la Bastille ?

Le 15 juillet 1789, Louis XVI nomme La Fayette commandant de la garde parisienne créée pour canaliser les mouvements populaires et assurer la protection des Parisiens. Des milices de citoyens se créent dans chaque ville sur le modèle de la garde nationale de Paris pour lutter contre toute menace, notamment pendant la Grande Peur. Des fédérations locales, régionales de gardes nationales se sont constituées dans le sud de la France dès le mois d’août 1789. Elles se répandent dans le reste du pays. La Fayette incite à organiser pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale célébrant cette fédération, proposition acceptée par l’Assemblée. L’Assemblée veut que cette commémoration du 14 Juillet célèbre l’unité de tous les Français.

Le théâtre de la fête est le Champ-de-Mars, aménagé à partir du 1er juillet par de nombreux ouvriers, notamment de terrassement pour créer un cirque à l’antique, dont la capacité est estimée à cent mille places. Au centre de ce que l’on n’appelle pas encore un « stade », avec des talus en forme de tribunes, est érigé un autel, dédié à la Patrie, base d’un culte civique. La préparation du lieu vit la participation de représentants des différents groupes sociaux. La légende veut que Louis XVI, lui-même, y assista.

Le jour de la fête, les spectateurs sont estimés à deux cent cinquante mille. Les fédérés venus de toutes les provinces, complétés par les fédérés parisiens, estimés quant à eux à cent mille, défilèrent avec leurs drapeaux montrant l’union de la Nation à travers le défilé de ceux qui la défendent. Des éléments constitutifs des 14 Juillet modernes naissent sans doute en cette occasion.

Le roi est placé sous un chapiteau adossé à l’École militaire, sur la droite de la toile. Face à lui, un arc de triomphe clôt l’autre extrémité du Champ-de-Mars, ouvrant sur la Seine. Au centre, une messe est célébrée par Talleyrand, avec trois cents prêtres. Succède à la messe la prestation de serment. Le marquis de La Fayette (arrivant sur un cheval blanc) au nom des gardes fédérés prononce celui de la garde nationale. Fidélité à la Nation, à la loi et au roi, engagement à maintenir la Constitution acceptée par le roi, protection de la sûreté des personnes sont le contenu essentiel de cette prestation. Le président de l’Assemblée, Charles de Bonnay, prête serment pour l’ensemble des députés et de leurs électeurs. Les députés des quatre-vingt-trois départements assistent à la fête.

Puis Louis XVI intervient comme chef de l’exécutif pour prêter serment à la Constitution et s’engager à appliquer et respecter la loi. Un Te Deum fut donné, les participants se quittèrent au milieu des embrassades, figurées sur le tableau comme un thème récurrent des célébrations collectives cher à David. Il est remarquable aussi que les républicains de 1880 aient évincé de la fête la messe et le Te Deum, la fête républicaine devient alors une fête sans Dieu.

La peinture fidèle à la météo du jour montre le ciel lourd d’un temps pluvieux. Les rayons de soleil forment alors un procédé pictural pour souligner le monde nouveau qui procède de l’événement. La participation de la foule fut immense, très enthousiaste, malgré le mauvais temps.

L’enthousiasme de la première fête de la Fédération disparut lors de la suivante, en 1791. La méfiance liée aux événements du printemps, la fuite à Varennes notamment, anima la célébration à laquelle l’Assemblée ne s’associa pas ! Quelques jours plus tard, la fusillade du Champ-de-Mars envenima la situation.

D’autres villes eurent aussi leur fête de la Fédération en 1790. L’exemple de Lyon est bien connu. À l’extérieur de la ville, plaine des Brotteaux, des bataillons de la garde nationale et des délégations des départements voisins défilent comme au Champ-de-Mars. Un temple dédié à la Concorde civile, une statue de la Liberté avec une pique au bonnet phrygien dans une main et un rameau d’olivier dans l’autre. Une messe est célébrée en public, des serments prononcés de fidélités à la Constitution, à la Nation, à la Loi et au roi. Mais le texte se prolonge :

« Nous jurons d’être inviolablement attachés à ce grand principe de la liberté individuelle, de protéger les propriétés particulières et la propriété déclarées nationales, d’assurer la perception de tous les impôts ordonnés pour le maintien de la force publique, d’entretenir la libre circulation des subsistances dans toute l’étendue du royaume, de maintenir, partout où nous serons appelés, l’ordre et l’harmonie, sans lesquels les sociétés se détruisent au lieu de se perpétuer. Nous jurons enfin de regarder comme ennemis irréconciliables tous ceux qui tenteraient de porter atteinte à la nouvelle Constitution ; et nous reposant avec confiance sur la Providence qui soutient notre patriotisme, nous promettons de sacrifier nos fortunes et nos vies pour conserver à nos descendants cette liberté après laquelle nous soupirions depuis si longtemps. ».

Sermon prononcé lors de la fête de la Fédération de Lyon, 14 juillet 1790, in Jean-Baptiste Monfalcon, Histoire de la ville de Lyon, Volume 2, Guilbert et Dorier, 1847, pp. 884-885.

Par le 14 juillet 1789 la Révolution crée l’événement, par le 14 juillet 1790 elle crée l’expérience festive.

Le 14 Juillet au prisme de la succession de régimes au XIXe siècle

Une célébration fluctuante au XIXe siècle

Immédiatement après 1792, la célébration passe souvent après d’autres dates devenues porteuses comme le 10 août, le 9 thermidor. En 1792, la fête est célébrée mais la patrie vient d’être déclarée en danger, l’éclat en est absent. En 1793, seule l’Assemblée commémore, la mort de Marat, la veille, est à peine compensée par celle de Cathelineau le jour même. Mais la foule ce jour-là saccage la nécropole de Saint-Denis. C’est en 1797 que la première cérémonie militaire a lieu, puis en 1799 la fête célèbre la Concorde et non la Liberté. Sous le Consulat, des défilés militaires ont lieu mais, à partir de 1805, c’est le 15 août, date anniversaire de l’empereur, qui est fêté.

Sous la Restauration, le 5 août, jour de la Saint-Louis, devient le repère festif du pays. Après la révolution de juillet 1830, le nouveau souverain associe la glorieuse journée de 1789 à celles qui lui offrent le trône : il pose en janvier 1831 de façon solennelle la première pierre de la colonne de la Bastille associant les morts des deux événements. Chaque année ont lieu les fêtes de juillet.

La deuxième République choisit de ne pas fêter le 14 Juillet. Indécise entre la République sociale du printemps 1848 et la République conservatrice, elle décide de commémorer le 22 septembre mais sans grande publicité. Sous le second Empire, l’empereur décide de faire du 15 août la fête nationale, même si les républicains parviennent à fêter le 14 Juillet de manière un peu clandestine. Ils continuent après 1870 à honorer cette journée dans une France conservatrice (voir le discours de La Ferté-sous-Jouarre). À partir de 1877, les républicains voient leurs conceptions du pouvoir choisies durablement par le suffrage universel dans le règlement de la crise du 16 mai. En 1878, le débat reprend.

Dans un recueil paru en 1865 intitulés Les Chansons des rues et des bois, le livre deux intitulé « Sagesse » contient dans une partie III, elle-même rangée sous le titre « Liberté, égalité, fraternité », un poème « Célébration du 14 juillet dans la forêt ». Victor Hugo, le poète en exil, commémore seul le jour où « la liberté s’éveillait », les vers sont rédigés en 1859.

Célébration du 14 juillet dans la forêt

Dans la forêt Qu’il est joyeux aujourd’hui Le chêne aux rameaux sans nombre, Mystérieux point d’appui De toute la forêt sombre ! Comme quand nous triomphons, Il frémit, l’arbre civique ; Il répand à plis profonds Sa grande ombre magnifique. D’où lui vient cette gaieté ? D’où vient qu’il vibre et se dresse, Et semble faire à l’été Une plus fière caresse ? C’est le quatorze juillet. À pareil jour, sur la terre La liberté s’éveillait Et riait dans le tonnerre. Peuple, à pareil jour râlait Le passé, ce noir pirate ; Paris prenait au collet La Bastille scélérate. À pareil jour, un décret Chassait la nuit de la France, Et l’infini s’éclairait Du côté de l’espérance. Tous les ans, à pareil jour, Le chêne au Dieu qui nous crée Envoie un frisson d’amour, Et rit à l’aube sacrée. Il se souvient, tout joyeux, Comme on lui prenait ses branches ! L’âme humaine dans les cieux, Fière, ouvrait ses ailes blanches. Car le vieux chêne est gaulois : Il hait la nuit et le cloître ; Il ne sait pas d’autres lois Que d’être grand et de croître. Il est grec, il est romain ; Sa cime monte, âpre et noire, Au-dessus du genre humain Dans une lueur de gloire. Sa feuille, chère aux soldats, Va, sans peur et sans reproche, Du front d’Epaminondas À l’uniforme de Hoche. Il est le vieillard des bois ; Il a, richesse de l’âge, Dans sa racine Autrefois, Et Demain dans son feuillage. Les rayons, les vents, les eaux, Tremblent dans toutes ses fibres ; Comme il a besoin d’oiseaux, Il aime les peuples libres. C’est son jour. Il est content. C’est l’immense anniversaire. Paris était haletant. La lumière était sincère. Au loin roulait le tambour… – Jour béni ? jour populaire, Où l’on vit un chant d’amour Sortir d’un cri de colère ! Il tressaille, aux vents bercé, Colosse où dans l’ombre austère L’avenir et le passé Mêlent leur double mystère. Les éclipses, s’il en est, Ce vieux naïf les ignore. Il sait que tout ce qui naît, L’œuf muet, le vent sonore, Le nid rempli de bonheur, La fleur sortant des décombres, Est la parole d’honneur Que Dieu donne aux vivants sombres. Il sait, calme et souriant, Sérénité formidable ! Qu’un peuple est un orient, Et que l’astre est imperdable. Il me salue en passant, L’arbre auguste et centenaire ; Et dans le bois innocent Qui chante et que je vénère, Étalant mille couleurs, Autour du chêne superbe Toutes les petites fleurs Font leur toilette dans l’herbe. L’aurore aux pavots dormants Verse sa coupe enchantée ; Le lys met ses diamants ; La rose est décolletée. Aux chenilles de velours Le jasmin tend ses aiguières ; L’arum conte ses amours, Et la garance ses guerres. Le moineau-franc, gai, taquin, Dans le houx qui se pavoise, D’un refrain républicain Orne sa chanson grivoise. L’ajonc rit près du chemin ; Tous les buissons des ravines Ont leur bouquet à la main ; L’air est plein de voix divines. Et ce doux monde charmant, Heureux sous le ciel prospère, Épanoui, dit gaiement : C’est la fête du grand-père.

Le 30 juin 1878

La rue de Montorgueil à Paris fête du 30 juin 1878

Claude Monet (1840-1926), La rue de Montorgueil à Paris fête du 30 juin 1878, huile sur toile peinte en 1878, 0,810m x 0,505m, Paris, musée d’Orsay, © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Source : http://www.monet2010.com/fr#/galerie/34/ commentaire court et travail en zoom possible sur la toile.

L’année 1878 est marquée par le débat sur la commémoration du centenaire de la mort du philosophe Voltaire. Le gouvernement réplique en organisant une fête non commémorative mais célébrant la Paix et le Travail, la concorde nationale. Une loi institue la fête du 30 juin. Le gouvernement est particulièrement attentif à ne pas froisser, à ne pas multiplier les signes ostentatoires d’une République victorieuse. Une République casquée (sans bonnet phrygien interdit comme subversif) appuyée que les tables de la Constitution est placée au Champ-de-Mars (O. Ihl). Les musiques de rue furent interdites, comme les banquets de tradition républicaine. Mais cette fête n’a pas de véritable organisation nationale, elle relève des quartiers de Paris, avec une retraite aux flambeaux des gardes républicains à cheval. Olivier Ihl rappelle que si la mémoire de la révolution est volontairement absente de cette date, les trois couleurs du drapeau national sont présentes partout. Rappelons que l’intransigeance du comte de Chambord en juillet 1871 avait conduit Falloux à faire voter par l’Assemblée, pourtant à majorité monarchiste, le maintien du drapeau tricolore contre le drapeau blanc revendiqué par le manifeste du 5 juillet.

La fête couronne aussi l’Exposition universelle de 1878. La France vaincue en 1870, touchée par la Commune, mise à l’écart du concert des nations, entend retrouver un rang. Le suffrage universel, par les élections législatives de l’automne 1877, a résolu la crise politique de l’année précédente en orientant le régime vers une parlementarisation attendue. La fête du 30 juin vient donc à point nommé. Claude Monet s’en empare non dans un but politique, mais parce que le spectacle de la rue interpelle le peintre impressionniste.

De retour à Paris au début de l’année, dans une situation matérielle difficile, à la tête d’une famille élargie par la naissance de son fils, il cherche dans les rues de Paris des thèmes de peinture que la journée du 30 juin lui offre. Une foule bigarrée dans les rues de Paris, les drapeaux nombreux d’une ville qui pavoise comme peut-être jamais auparavant, aux fenêtres, aux poteaux urbains. Un balcon sollicité, un angle de vue en perspective et en plongée, approche chère aux impressionnistes, permet à Monet, dans une approche distanciée, de proposer ce qui reste comme l’un des seuls souvenirs de cette journée que la postérité n’a pas reproduit tant sans doute manquait-elle de légitimité politique, tant elle semblait artificielle, mais que le peintre lui-même nomme « fête nationale ». Le style impressionniste inventé quelques années plus tôt (Impression, soleil levant date de 1872) se plaît à ces marées de couleurs, de mouvements, renforcés par le format de la toile : une série de touches colorées fait apparaître les mouvements de la foule et des drapeaux sous l’effet supposé du vent. Il rappelle aussi le caractère spontané de l’approche. Même si les toiles sont retravaillées en ateliers, le premier jet permet de capter « l’instant républicain » s’emparant de l’espace public.

Cette date du 30 juin n’a pas connu de deuxième célébration. Si, en 1878, elle possède l’avantage de ne froisser aucune susceptibilité politique, de fait elle ne représente rien et n’a pas d’appartenance, ce qui lui interdit de « s’adosser à une mémoire politique » (O. Ihl) et de trouver une postérité. Cependant, la nécessité de fêter la Nation s’impose de toute évidence, la relier à l’héritage révolutionnaire aussi.

La peinture française des XIXe et XXe siècles offre de nombreuses œuvres pouvant devenir le support d’apprentissage sur la fête nationale. Par exemple, Raoul Dufy, La Fanfare du 14 juillet (1951).

D’autres documents sont disponibles comme le discours de Léon Gambetta, le 14 juillet 1872, à La Ferté-sous-Jouarre. Depuis 1872, les républicains commémorent la date en privé.

Les enjeux du débat

La résolution de la crise du 16 mai 1877 par l’intervention du suffrage universel oriente la République vers un régime durablement parlementaire. La majorité obtenue en 1876 est confirmée lors du retour des électeurs devant les urnes suite à la dissolution voulue par le président Mac-Mahon. Le passage du Sénat aux mains des républicains au début de l’année 1879 puis, dans les jours qui suivirent, la démission de Mac-Mahon refusant le sort réservé par le gouvernement à quelques militaires monarchistes permettent le contrôle de l’ensemble des institutions par les républicains. L’enracinement de la République se construit par la mise en place d’un corpus législatif favorisant la républicanisation du régime, l’affirmation de son caractère démocratique et la sécularisation de la société. Si l’enracinement se construit également par la capacité du régime à sortir victorieux des crises politiques que Michel Winock nous a montrées comme étant soit fondatrices, soit de maturité, il s’affirme également par un ensemble de symboles, la mise en place de rituels et de pratiques collectives (Michel Winock, La Fièvre hexagonale : les grandes crises politiques. 1871-1968, Calmann-Lévy, Paris, 1986, 428 pages).

Ainsi, en 1880, les députés républicains sont-ils confrontés à la nécessité d’offrir à la Nation une fête collective dont il faut fixer la date, organiser le contenu. Vers 1880, « la Révolution rentre au port », dès lors les événements de 1789 et des années qui suivent se transforment en mythes fondateurs. Événement mêlant l’ordre imaginaire et l’ordre réel, considéré comme fondateur, le mythe renvoie nécessairement au récit des origines et inscrit le présent de la troisième République naissante dans une continuité historique. « Le drame de 1789 ne cesse de se rejouer », nous dit encore François Furet, in Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », nouvelle édition revue et corrigée, 1983, p 20. Nous nous reporterons aux extraits du débat au sénat en 1880.

Alors quelle date choisir ? Lui donner d’abord un but : permettre de réunir l’ensemble de la Nation en une commémoration commune, admise par tous sans créer de dissension en un corps auquel tous entendent appartenir même si cette appartenance relève elle aussi de la construction à la fois pédagogique et mythique. La place du peuple dans l’événement doit être centrale pour le choix des députés. Il doit avoir joué le rôle majeur, dans une démarche d’émancipation, d’affirmation de sa souveraineté à la recherche de sa liberté, sans que la violence, notamment la violence gratuite faite aux corps, n’ait été présente ou du moins déterminante. D’autre part, le législateur dominant veut éviter les divisions entre les différents groupes de républicains, ici entre opportunistes et radicaux tant du reste un autre combat va certainement se jouer. Le choix d’une date inscrite dans l’héritage révolutionnaire risque de réactiver les mouvements d’opposition à la République liés à la pensée contre-révolutionnaire.

Choisir une date

Alors que choisir ? Entre 1789 et 1880, les dates possibles sont nombreuses.

La révolution de 1830 offre des dates estivales intéressantes, autour des 27, 28 et 29 juillet. Fêter la Nation par une date qui favorise l’arrivée au pouvoir des orléanistes, d’une famille libérale appuyée sur le suffrage censitaire pose inévitablement question. Bien sûr, Victor Hugo a écrit des lignes mémorables utilisées ensuite par les républicains sur les monuments aux morts de la Grande Guerre : « Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie… » Les morts de 1830 sont célébrés. Bien sûr, Louis-Philippe a fait ériger la colonne de la Bastille en hommage à ces morts sur les lieux de 1789.

La révolution de 1848, de plus fraîche mémoire, apparaît comme une évidence au vieux socialiste Louis Blanc qui propose le 24 février, début des événements qui conduisent au suffrage universel, à l’abolition de l’esclavage, aux ateliers nationaux… Cependant l’élan généreux du printemps 1848, fondateur d’une république sociale, est stoppé par la répression des mouvements de juin et de juillet 1848, par le passage à une république conservatrice. La victoire de Louis Napoléon Bonaparte en décembre aux élections présidentielles, puis le coup d’État de 1851 et la naissance du second Empire laissent peu de chance à l’année 1848 d’offrir une date consensuelle pour une fête nationale.

La naissance de la République en 1870 ne reçoit spontanément aucun véritable soutien. Seule la date du 4 septembre eût pu recueillir les suffrages. Le retour sur contexte montre combien la date ne peut devenir celle d’une Nation unie. Née dans la défaite des premiers jours de septembre, avec l’enjeu de la poursuite de la guerre, la République vaincue, dans un territoire occupé, passe assez rapidement entre les mains des conservateurs, avec une majorité monarchiste aux élections législatives de février 1871. Cette nette majorité de quatre cents députés hostiles au régime plonge le pays dans un temps d’ordre moral peu conforme aux vœux des républicains minoritaires. Il leur faut dix années environ pour s’emparer de l’ensemble des institutions, aucune date dès lors ne peut être retenue.

Décidément, c’est bien la Révolution française qui doit fournir ce repère de la Nation. Le choix cependant ne s’impose nullement comme une évidence. « La Révolution est un bloc », selon Clemenceau dans un discours de 1891, à propos de la censure d’une pièce de Victorien Sardou. Elle offre de nombreuses dates qui toutes soulèvent débat. Peuple acteur de son émancipation, démarche consensuelle, interdisent des dates comme le 9 thermidor (1794). La chute des Montagnards dans une conception partisane ne peut servir de point de ralliement à la nation tout entière d’autant plus que le courant contre-révolutionnaire est encore fort présent en 1880.

L’année 1792 avec la victoire de Valmy suivie immédiatement de la proclamation de la première République offrirait des potentialités intéressantes. Les 20 et 21 septembre permettraient une commémoration nationale placée en début d’année scolaire, après les vendanges, pour fédérer la Nation autour de la naissance du premier régime sans roi. Mais, de fait, la violence du renversement de la monarchie le 10 août 1792, avec la prise des Tuileries, l’incarcération du roi, puis dans la foulée les massacres de septembre disqualifient rapidement ces dates. L’esprit de 1792-1793 évincé des possibles, l’année 1789 s’impose alors, mais elle aussi avec une diversité de possibilités.

Les républicains de 1880 voient d’un œil favorable le serment du Jeu de paume, le 20 juin. Cependant, le tiers état prêtant serment ce jour, dans un élan fixé dans les mémoires collectives par le peintre David, est en fait composé essentiellement de bourgeois, élus lors des élections pour une assemblée qui n’avait pas été réunie depuis 1614 mais qui s’inscrivait bel et bien dans les outils de gouvernement de la monarchie. De même le 5 mai, journée d’ouverture des états généraux, n’est pas retenu.

Si l’on élimine de la liste les journées des 5 et 6 octobre au cours desquelles les femmes puis la garde nationale ramènent à Paris le « boulanger, la boulangère et les petits mitrons », il reste le 4 août. Un système social pluriséculaire s’écroule. La date est acceptée par une partie importante du monde politique. Cela suffit-il à fédérer la nation ? Les acteurs de cette décision prise dans la crainte de propagation du mouvement de la Grande Peur appartiennent aux groupes privilégiés. C’est la noblesse et le clergé par certains de leurs membres qui se libèrent de droits ancestraux. Certes le principe même de privilège comme base de l’organisation sociale disparaît sans souder pour autant la Nation. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août ne reçoit pas les suffrages de façon surprenante.

Le 14 Juillet s’impose

Alors le 14 Juillet s’impose dans le débat. Certes il devient date de fête nationale par élimination des autres dates possibles. Cependant, il ne faut pas en faire une victoire par défaut. Le 14 Juillet remplit nombre de critères imposés : il s’agit bien d’une journée d’intervention du peuple français, en l’occurrence parisien dans le cadre de son émancipation, de la conquête de la liberté. Le peuple devient acteur de sa propre histoire. L’objet saisi par l’intervention du peuple représente bien l’arbitraire royal en matière de justice. Le choix des parlementaires s’inscrit dans un contexte intellectuel de mise en valeur de la date par les grands républicains, écrivains comme Hugo, historiens comme Michelet. Il rejoint donc des événements anciens des temps médiévaux et modernes comme éléments construisant la lutte contre l’Ancien Régime. La Bastille, bâtiment construit sous Charles V, symbolise au réel l’ensemble des formes d’arbitraire et de domination comme les discours républicains des années 1870 le rappellent avec toutes « ces bastilles à prendre ». L’année 1789 suffisait-elle ? La victoire du 14 Juillet n’est-elle pas à trouver dans la double signification de la date ? Au 14 juillet 1789 succède un 14 juillet 1790. La fête de la Fédération atténue le caractère violent de la prise de la Bastille au profit d’une célébration modérée non de l’événement mais de la Nation fédérée, unie en une même fête, associant l’ensemble des parties pour un projet commun. Le choix d’une date à double acception reçoit les suffrages des républicains modérés, voire de certains orléanistes pour lesquels 1790 est un moindre mal. Pour les républicains triomphants, la journée du 14 juillet 1789 se suffit à elle-même comme valorisation du peuple héroïque sans porter en lui les travers des autres dates. Christian Amalvi parle de transcendance des événements dramatiques de la Révolution française à travers la sacralisation d’une date (lieux de mémoire).

Les opportunistes s’emparent d’une date particulièrement adaptée à leur démarche. Le peuple acteur n’a pas d’appartenance sociale marquée, il réunit l’ensemble de ceux que le système de privilège exclut et qui vers 1880 doivent encore combattre contre les contre-révolutionnaires à dominante monarchiste et cléricale. Le combat politique de la construction de la République, troisième du nom, peut être présenté comme la duplication, la poursuite du combat du 14 juillet 1789. Cela permet aussi aux opportunistes, engagés dans cette voie lors de la compagne électorale de 1877, de dépasser la question sociale au profit de celle du régime encore à établir, des bastilles à prendre. Les autres dates, aussi importantes soient-elles, ne seraient que l’effet du 14 Juillet. Mission est alors donnée aux nouveaux gouvernants de conduire la Nation vers le progrès que les pères de 1789 ont esquissés et que le XIXe siècle n’a pu encore atteindre, partagé entre révolutions, réaction et conservatisme.

Le 21 mai 1880, un député de Paris, Benjamin Raspail, dépose un projet de loi adopté par la Chambre des députés le 8 juin, puis par le Sénat le 29 du même mois.

Projet de loi

Article unique. – La République adopte le 14 Juillet comme jour de fête nationale annuelle.

La loi est promulguée le 6 juillet, quelques jours avant la première célébration avec un programme au réel déjà préparé. Le jour de la fête est déclaré chômé, comme le sont certaines fêtes religieuses, mais aussi pour en faire une journée identique sur l’ensemble du territoire national.

Programme de la fête nationale du 14 juillet 1880

Distribution de secours aux indigents. Grands concerts au jardin des Tuileries et au jardin du Luxembourg. Décorations de certaines places, notamment de la place de la Bastille et de la place Denfert où l’on verra le fameux Lion de Belfort qui figurait au Salon de cette année, monument élevé au colonel Denfert-Rochereau, de glorieuse mémoire – illuminations, feux d’artifices. Ajoutons les fêtes locales, comprenant des décorations, des trophées, des arcs de triomphe et le tout organisé par les soins des municipalités de chaque arrondissement avec le concours des habitants.

Deux cérémonies importantes doivent dominer toute la fête : la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée et l’inauguration, sur l’ancienne place du Château-d’Eau, du monument surmonté de la figure de la République, monument qui a fait l’objet d’un concours ouvert l’année dernière par la Ville de Paris.

Documents Archives du Sénat.

Discussion du projet de loi ayant pour objet l’établissement d’une fête nationale

Sénat, séance du 29 juin 1880

M. Henri Martin, rapporteur.

Messieurs, nous ne pouvons que remercier l’honorable orateur, auquel je réponds, de l’entière franchise, de l’entière loyauté avec laquelle il a posé la question comme elle doit être posée, entre l’ancienne société et la société nouvelle, issue de la Révolution. Cette ancienne société, cette monarchie, Messieurs, nous vous l’avons dit bien des fois, nous en acceptons tout ce qui a été grand, tout ce qui a été national, tout ce qui a contribué à faire la France.

Mais où en était-elle, à la veille du 14 juillet 1789 ? Vous le savez : la royauté, arrivée au pouvoir le plus illimité qu’on ait vu en Europe, était devenue incapable d’en user ; elle-même se vit contrainte d’en appeler à la nation, après un siècle et trois quarts d’interruption des Assemblées nationales de l’ancien régime. (« C’est vrai ! – Très bien ! » : à gauche) Je n’ai pas la prétention de vous refaire l’histoire de cette grande année 1789 ; mais enfin, puisqu’on vient de faire ici le procès du 14 Juillet, puisqu’on a symbolisé, dans ce petit acte de guerre qu’on appelle la prise de la Bastille (Rires ironiques à droite) et qui est un très grand événement historique, tout l’ensemble de la Révolution, il faut bien que nous nous rendions compte, en quelques mots, de la situation où étaient alors Paris et la France. Le 17 juin 1789, le tiers état s’était déclaré Assemblée nationale. Le 20 juin, la salle de l’Assemblée nationale fut fermée par ordre de la cour. Vous savez où se transporta l’Assemblée, à la salle du Jeu de Paume ! Vous savez aussi quel serment elle y prononça ! L’ère moderne tout entière est sortie de ce serment. Le 23, déclaration du roi annulant tous les actes de l’Assemblée nationale et la sommant de se séparer. L’Assemblée ne se sépara pas. La cour parut céder. Mais, le 11 juillet, le ministre populaire, qui était l’intermédiaire entre la cour et le pays, M. Necker, fut congédié, remplacé par un ministère de coup d’État ; en même temps, on appela, on concentra autour de Paris une armée entière, une armée, ne l’oubliez pas, messieurs, en très grande partie étrangère. (À gauche : « C’est vrai ! Très bien ! »)

Et le même jour, le nouveau conseil décida l’émission de cent millions de papier-monnaie, attendu qu’il ne pouvait plus espérer obtenir des ressources de l’Assemblée nationale. C’était la préface de la banqueroute, comme la préface d’un coup d’État. Le malheureux Louis XVI était retombé dans les mains de ceux qui devaient le mener à sa perte. Eh bien, le même jour, dans Paris, vous vous rappelez ce qui se passa au Palais-Royal, cet épisode fameux d’où sortit le grand mouvement des trois journées qui suivirent. Cette petite action de guerre à laquelle je faisais allusion tout à l’heure, en manifestant la force populaire, mit à néant tous les projets arrêtés contre l’Assemblée nationale ; cette petite action de guerre sauva l’avenir de la France. Elle assura l’existence et la puissance féconde de l’Assemblée nationale contre toutes les tentatives de violence qui la menaçaient (Nouvelle approbation sur les mêmes bancs). On parlait de conflit du peuple et de l’armée, dont il ne fallait pas réveiller le souvenir ; mais contre qui le peuple, soutenu par les gardes françaises, avait-il été engagé, dans les rues, sur les places de Paris, durant les deux journées qui ont précédé le 14 juillet ? Qu’est-ce qu’il y avait autour de Paris et surtout dans Paris ? De l’infanterie suisse, de la cavalerie allemande, de la cavalerie hongroise, dix régiments étrangers, peu de troupes françaises, et c’est contre ces régiments étrangers que les gardes-françaises avaient défendu le peuple et l’Assemblée. Laissons donc ces souvenirs qui ne sont pas ceux d’une vraie guerre civile. Il y a eu ensuite, au 14 juillet, il y a eu du sang versé, quelques actes déplorables ; mais, hélas ! dans tous les grands événements de l’histoire, les progrès ont été jusqu’ici achetés par bien des douleurs, par bien du sang. Espérons qu’il n’en sera plus ainsi dans l’avenir. (« Très bien ! » : à gauche. – Interruptions à droite.)

(À droite : « Oui, espérons ! »)

M. Hervé de Saisy. Nous n’en sommes pas bien sûrs !

M. le Rapporteur. Nous avons le droit de l’espérer. Mais n’oubliez pas que, derrière ce 14 juillet, où la victoire de l’ère nouvelle sur l’ancien régime fut achetée par une lutte armée, n’oubliez pas qu’après la journée du 14 juillet 1789 il y a eu la journée du 14 juillet 1790. (Très bien ! » : à gauche) Cette journée-là, vous ne lui reprocherez pas d’avoir versé une goutte de sang, d’avoir jeté la division à un degré quelconque dans le pays. Elle a été la consécration de l’unité de la France. Oui, elle a consacré ce que l’ancienne royauté avait préparé. L’ancienne royauté avait fait pour ainsi dire le corps de la France, et nous ne l’avons pas oublié ; la Révolution, ce jour-là, le 14 juillet 1790, a fait, je ne veux pas dire l’âme de la France personne que Dieu n’a fait l’âme de la France?, mais la Révolution a donné à la France conscience d’elle-même ( Très bien ! » : sur les mêmes bancs) ; elle a révélé à elle-même l’âme de la France. Rappelez-vous donc que ce jour-là, le plus beau et le plus pur de notre histoire, que d’un bout à l’autre du pays, des Pyrénées aux Alpes et au Rhin, tous les Français se donnèrent la main. Rappelez-vous que, de toutes les parties du territoire national, arrivèrent à Paris des députations des gardes nationales et de l’armée qui venaient sanctionner l’œuvre de 89. Rappelez-vous ce qu’elles trouvaient dans ce Paris : tout un peuple, sans distinction d’âge ni de sexe, de rang ni de fortune, s’était associé de cœur, avait participé de ses mains aux prodigieux préparatifs de la fête de la Fédération ; Paris avait travaillé à ériger autour du Champ-de-Mars cet amphithéâtre vraiment sacré qui a été rasé par le second Empire. Nous ne pouvons plus aujourd’hui convier Paris et les départements sur ces talus du Champ-de-Mars où tant de milliers d’hommes se pressaient pour assister aux solennités nationales.

M. Lambert de Sainte-Croix. Il faut faire dire une messe !

M. le Rapporteur. Nous trouverons moyen de remplacer le Champ-de-Mars. Un peuple trouve toujours moyen d’exprimer ce qu’il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C’est alors qu’a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d’être uniquement une question de territoire, de langue et d’habitudes, comme on l’a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu’on ne l’a faite. Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs mœurs. Si des hommes associés de sentiments et d’idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu’une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n’est que la faiblesse des hommes. (« Très bien ! très bien » : à gauche) Si quelques-uns d’entre vous ont des scrupules contre le premier 14 juillet, ils n’en ont certainement pas quant au second. Quelles que soient les divergences qui nous séparent, si profondes qu’elles puissent être, il y a quelque chose qui plane au-dessus d’elles, c’est la grande image de l’unité nationale, que nous voulons tous, pour laquelle nous nous lèverions tous, prêts à mourir, si c’était nécessaire. (Approbation à gauche.)

M. le vicomte de Lorgeril. Et l’expulsion de demain ? (Exclamations à gauche.)

M. le Rapporteur. Oui, je ne doute pas que ce soit là un sentiment unanime, et j’espère que vous voterez unanimement cette grande date qu’aucune autre ne saurait remplacer ; cette date qui a été la consécration de la nationalité française et qui restera éternellement gravée dans le cœur des Français. Sans doute, au lendemain de cette belle journée, les nuages s’assemblèrent de nouveau, la foudre en sortit : la France, en repoussant d’une main l’étranger, se déchira de l’autre main, mais, à travers toutes les calamités que nous avons subies, à travers tous ces courants d’action et de réaction qui ont si longtemps désolé la France, cette grande image et cette grande idée de la Fédération n’ont pas cessé de planer sur nos têtes comme un souvenir impérissable, comme une indomptable espérance. Messieurs, vous consacrerez ce souvenir, et vous ferez de cette espérance une réalité. Vous répondrez, soyez-en assurés, au sentiment public, en faisant définitivement du 14 juillet, de cette date sans égale qu’a désignée l’histoire, la fête nationale de la France. (Applaudissements à gauche.)

Rapport

Fait au nom de la commission chargée d’examiner le projet de loi, adopté par la Chambre des députés, ayant pour objet l’établissement d’un jour de fête nationale annuelle, par M. Henri Martin, sénateur.

Messieurs,

Le Sénat a été saisi d’une proposition de loi votée, le 10 juin dernier, par la Chambre des députés, d’après laquelle la République adopterait la date du 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle. La commission, qui m’a fait l’honneur de me nommer son rapporteur, a délibéré sur le projet de loi dont vous avez bien voulu lui confier l’examen. Deux de nos collègues ont combattu, non la pensée d’une fête nationale, mais la date choisie pour cette fête. Ils ont proposé deux autres dates, prises dans l’histoire de la Révolution, et qui, toutes deux, avaient, suivant eux, l’avantage de ne rappeler ni luttes intestines, ni sang versé. L’un préférait le 5 mai, anniversaire de l’ouverture des États généraux en 1789 ; l’autre recommandait le 4 août, dont la nuit fameuse est restée dans toutes les mémoires.

La majorité, composée des sept autres membres de la commission, s’est prononcée en faveur de la date votée par la Chambre des députés. Le 5 mai, date peu connue aujourd’hui du grand nombre, n’indique que la préface de l’ère nouvelle : les États généraux n’étaient pas encore l’Assemblée nationale ; ils n’étaient que la transition de l’ancienne France à la France de la Révolution. La nuit du 4 août, bien plus caractéristique et plus populaire, si grand qu’ait été le spectacle qu’elle a donné au monde, n’a marqué cependant qu’une des phases de la Révolution, la fondation de l’égalité civile.

Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. C’est bien plus que le 4 août, qui est l’abolition des privilèges féodaux ; c’est bien plus que le 21 septembre, qui est l’abolition du privilège royal, de la monarchie héréditaire. C’est la victoire décisive de l’ère nouvelle sur l’Ancien Régime. Les premières conquêtes qu’avait values à nos pères le serment du Jeu de paume étaient menacées ; un effort suprême se préparait pour étouffer la Révolution dans son berceau ; une armée en grande partie étrangère se concentrait autour de Paris. Paris se leva, et, en prenant la vieille citadelle du despotisme, il sauva l’Assemblée nationale et l’avenir. Il y eut du sang versé le 14 juillet : les grandes transformations des sociétés humaines – et celle-ci a été la plus grande de toutes – ont toujours jusqu’ici coûté bien des douleurs et bien du sang. Nous espérons fermement que, dans notre chère patrie, au progrès par les révolutions, succède, enfin ! le progrès par les réformes pacifiques.

Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser.

Votre commission, pénétrée de la nécessité de donner à la République une fête nationale, persuadée par l’admirable exemple qu’a offert le peuple de Paris le 30 juin 1878, que notre époque est capable d’imprimer à une telle fête un caractère digne de son but, convaincue qu’il n’est aucune date qui réponde comme celle du 14 juillet à la pensée d’une semblable institution, votre commission, Messieurs, a l’honneur de vous proposer d’adopter le projet de loi voté par la Chambre des députés.

L’un de nos collègues avait pensé qu’il serait utile d’ajouter la qualification de légale à celle de nationale que la Chambre des députés a appliquée à la fête du 14 juillet, et ce afin de préciser les conséquences juridiques qui découleront de l’adoption de la présente loi. Comme une fête consacrée par une loi est nécessairement une fête légale, votre commission a pensé que cette addition n’avait point d’utilité, et qu’il n’y avait pas lieu de modifier la rédaction du projet de loi qui vous est présenté ainsi qu’il suit.

Réagir à la date, réagir à la fête nationale

Trouver une majorité pour voter le texte transformant le 14 Juillet en fête nationale n’a pas été très difficile dans une chambre aux mains des républicains depuis l’automne 1877. Mais cela n’empêche pas les formes d’opposition à cette décision. Elles sont principalement de deux types : les oppositions politiques dans le cadre du débat et les oppositions à la fête elle-même lors de son déroulement le 14 juillet 1880. Elles soulignent la virulence du discours politique au début de la troisième République comme elles en réaffirment les enjeux. L’opposition conservatrice n’a pas vraiment de date à proposer. Opposée à toute forme de « saturnales républicaines », elle est également victime de ses divisions et des symboles propres à chaque famille politique. Les moins bien placés dans le débat restent les orléanistes. Initiateurs de la construction de la colonne surmontée du génie érigée place de la Bastille en mémoire de 1830, événement fondateur pour cette famille mais aussi de 1789, ils ne peuvent véritablement refuser le 14 Juillet. Les légitimistes sont confrontés à une situation difficile. Traditionnellement, la fête monarchique est celle du roi régnant, associé au sein du jour : Henri, comte de Chambord, dont la fête tombe… le 15 juillet. C’est à la fête de ce saint qu’est conviée la communauté monarchiste légitimiste par ses dirigeants pour refuser le 14 Juillet. Aucune autre date de l’histoire pluriséculaire de la monarchie ne peut être proposée dans ce nouveau cadre républicain pour incarner le peuple sans être de près ou de loin reliée au roi, au catholicisme.

Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique). L’arme des deux camps opposés est la propagande littéraire et celle du discours. De nombreux pamphlets dénoncent la construction symbolique des révolutionnaires relayés aujourd’hui par les républicains : la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Le déroulement du 14 juillet 1789 et sa signification étaient bien avant 1880 devenus un enjeu mémoriel, plus encore une composante du débat idéologique à laquelle la gauche républicaine répond bien évidemment. Révolution et contre-révolution s’affrontent ici, ce qui renforce le poids du 14 Juillet qui, de toute évidence, n’est pas une date anodine, consensuelle.

Le choix de cette date doit également être replacé dans le contexte de la sécularisation de la société et de la multiplication des formes d’ancrage du nouveau régime dans les populations. Le 14 Juillet possède aussi l’avantage de clore l’année scolaire et peut donc être associé à la grande politique scolaire de la république jouant à la fois le rôle de moment de couronnement d’une année de formation et exerçant sa dimension pédagogique lisible pleinement dans les rituels et pratiques mis en place.

Dès lors les forces conservatrices s’évertuent à réduire l’ampleur de la fête, à ce qu’elle n’ait pas lieu dans les communes qu’elles dirigent, tant peut être grande encore l’influence des notables, et encouragent les populations à ne pas y participer là où les festivités ont lieu. Elles dénoncent également la concomitance de l’événement avec la loi d’amnistie des communards favorisant le retour en France des condamnés de 1871.

Vous trouverez dans l’article consacré au 14 Juillet dans l’ouvrage Les Lieux de mémoire des exemples de textes originaux d’opposition à la fête nationale et au 14 Juillet

Le 14 juillet 1880, l’ancrage des rituels

La journée s’organise autour de deux éléments principaux le défilé militaire, l’ensemble des festivités populaires. Nous proposons d’associer deux documents de nature différente pour un même événement, avec mise en parallèle de la peinture et de la photographie. La peinture a-t-elle un avenir quand la photographie propose de fixer le réel ? Les deux documents imagent une partie des festivités du 14 juillet 1880, la cérémonie militaire, à l’hippodrome de Longchamp.

A. La place de l’armée

Remise de ses nouveaux drapeaux et étendarts à l’armée française sur l’hippodrome de Longchamp, le 14 juillet 1880

Jean-Baptiste Detaille (1848-1912), Remise de ses nouveaux drapeaux et étendarts à l’armée française sur l’hippodrome de Longchamp, le 14 juillet 1880, huile sur toile réalisée entre 1880 et 1881, 2,615m x 4,890m, Paris, musée de l’Armée, (C) Paris-Musée de l’Armée, Dist. RMN/ Hubert Josse

Édouard Detaille est né à Paris en 1848. Il y meurt en 1912. La chose militaire le poursuit dans sa famille comme dans ses études, il est l’élève de Meissonier. Detaille est connu pour des peintures militaires comme Le Rêve (1888), et devient peintre d’histoire, ancré dans les mouvements réaliste et naturaliste. Soldat engagé dans la guerre de 1870, participant aux combats pour défendre Paris, il en tire des sujets de toiles dont certaines furent censurées dans les années 1870 comme offensantes pour l’Allemagne. Cette censure du gouvernement conservateur lui offrit la sympathie des républicains. Au début des années 1880, il parcourt avec les troupes coloniales les territoires conquis avant d’entrer dans un cycle obsessionnel sur les campagnes napoléoniennes. Puis il nourrit d’un cycle républicain le Panthéon devenu en 1885 le temple civique des grands hommes.

Le tableau présenté ici répond à une commande pour le salon de 1881, dans une version refaite en 1885, car la première ne convenait ni à l’auteur, ni à la critique. En 1880, le Champ-de-Mars a été abandonné au profit de l’hippodrome de Longchamp, en arrière-plan de l’action présentée avec au loin le mont Valérien. L’angle de vue pris par le peintre permet de confronter les principaux acteurs de la cérémonie de remise des drapeaux.

À droite, les présidents des institutions clés (République, Chambre des députés, Sénat), des membres du gouvernement, des élus de la Nation, des délégations étrangères ; à gauche, les chefs militaires du pays. Sur l’estrade le président de la République Jules Ferry, celui de la Chambre Léon Gambetta, celui du Sénat Léon Say, debout, font face aux militaires à cheval qui saluent. La peinture montre la fin de la remise, les régiments ayant déjà reçu leurs insignes et se préparant au défilé de clôture, visible au second plan.

Arrivés au pouvoir, les républicains décident de prendre en main une armée jugée hostile au régime. Le général Farre, qui offre des garanties républicaines, est ministre de la Guerre, refonde les relations entre pouvoir et armée. Les vieux drapeaux de 1871 (en laine) sont remplacés par de nouveaux étendards (terme de cavalerie) ou drapeaux (infanterie) avec des formules génériques affirmant les natures du régime et celle des missions des régiments : « République française », « Honneur et Patrie », les listes des batailles des régiments. La hampe du drapeau se termine par une pointe avec l’inscription « R.F. ». Le 14 juillet 1880 est une fête de redressement. La perte des drapeaux dans la guerre de 1870 a provoqué un traumatisme profond que la cérémonie chargée de symboles doit effacer.

Le pouvoir politique, au nom de la Nation, investit l’armée, émanation de la Nation, de la mission de la protéger, de la représenter, de remplir les missions qui lui sont dévolues. Ce moment de la fête civique du 14 Juillet est une étape importante dans la construction du lien entre l’armée et le peuple. Le 14 Juillet est bel et bien une fête patriotique.

revue de Longchamp du 14 juillet 1880

Pierre Petit, photographie de la revue de Longchamp du 14 juillet 1880, © collection JD,

http://www.military-photos.com

Pierre Petit, né en 1831 dans le Var, est un photographe, portraitiste, figure majeure de la photographie du XIXe siècle au même titre qu’un Nadar, beaucoup plus connu que lui. Nous lui devons de multiples clichés célèbres du XIXe siècle sans savoir toujours qui en est l’auteur. Il appartient à ces photographes qui ont laissé les nouvelles traces, témoignages de faits passés au même titre qu’Alexandre Gardner pour la guerre de Sécession.

Ses études le portent vers la technique photographique, il s’installe à Paris en 1858 et se spécialise dans les portraits pour les institutions (facultés, lycées, épiscopat…) mais aussi des artistes et personnalités, dont un célèbre portrait d’Hector Berlioz, ou encore des photographies de la statue de la Liberté dans ses ateliers.

En 1867, la commission du second Empire en fait son photographe officiel pour l’exposition universelle. Il photographie le siège de Paris, des événements de la Commune en 1871.

La photographie prise ce jour montre le passage des troupes de cavalerie devant la tribune officielle après la remise des drapeaux. Les troupes saluent les élus, présentent les drapeaux.

B. Le 14 juillet 1880, place de la République, par Alfred Roll

14 juillet 1880

Alfred Roll (1846-1919), 14 juillet 1880, huile sur toile réalisée en 1880, 1,750m x 3,700m, Paris, musée du Petit-Palais, © RMN / Agence Bulloz

Alfred Roll est né en 1846 à Paris, il meurt en octobre 1919. Il étudie la peinture à l’école des Beaux-Arts de Paris, se fait connaître du public dans les années 1870, puis devient peintre quasi officiel de la République après la présentation en 1880 de La Grève des mineurs. De fait il incarne les aspirations artistiques du nouveau régime et met ses pinceaux au service du message politique opportuniste. Le 14 juillet 1880 s’inscrit dans cette peinture politique, comme il permet aussi de lire les rituels républicains mis en place pour cette journée devenue fête nationale.

Alfred Roll répond à une commande, vraisemblablement de Jules Ferry lui-même. Avec d’autres peintres, comme Detaille, il doit laisser trace de l’événement dans sa première expression. Alors que Roll est présent à Longchamp le matin pour la remise des drapeaux, Ferry lui aurait indiqué que Detaille (voir tableau) s’attelle à la tâche et lui aurait demandé d’aller croquer les scènes du 14 Juillet dans les rues de Paris. Roll s’y rend, observe et peint assez rapidement cette toile aujourd’hui au musée du Petit-Palais. Le tableau de Roll, qui possède également un travail préparatoire, présente en une seule composition l’ensemble des composantes de la journée du 14 Juillet, travail exhaustif des faits et gestes ritualisés.

Il s’agit dès l’origine de faire de cette fête une fête militante : républicaine, anticléricale. Une rivalité s’établit dans la préparation des festivités entre la nouvelle fête républicaine et les fêtes traditionnelles ou les cérémonies notamment religieuses. La fête est de parti pris et, pour la première fois sans doute, l’Église est absente des cérémonies officielles, mais pas seulement par opposition proche du Clochemerle. La fête de la Fédération se révèle être d’un grand secours. Régime de liberté (et elles sont de plus en plus nombreuses sanctionnées par le droit), régime de fraternité, la République entend faire de cette journée un moment d’expression collective de paix civile, d’union nationale mais en sortant de la démarche abstraite difficile à ritualiser.

Au premier plan, sur la toile, une foule, marquée par la densité des visages et des corps, occupe toute la partie inférieure de la toile et un mat (parmi d’autres) porteur d’un bouquet de drapeaux coupe verticalement le tableau dans une structure assez simple. Le cadre spatial est une place de Paris délimitée par des immeubles en arrière-fond avec en son centre une statue. En 1879, la place dite du Château-d’Eau depuis l’installation d’une fontaine en 1811 devient place de la République, à l’emplacement d’un bastion de l’enceinte de Charles V. Des boulevards rayonnants sont alors rebaptisés, celui des Amandiers est désormais nommé avenue de la République et celui du Prince-Eugène, référence aux bonapartistes, devient le boulevard Voltaire. La place accueille donc légitimement le nouveau 14 Juillet, dont les festivités se déroulent en espace public. Les processions religieuses, les fêtes royales notamment sur les places du même nom accaparaient l’espace public. Le nouveau régime s’en empare. Il s’agit bien de reconquérir l’espace public. Les premières célébrations du 14 Juillet sont souvent associées à l’inauguration d’un monument, d’un buste.

La foule nombreuse formée de tous les âges de la vie et de toutes les catégories sociales présente une nation unie. Les vêtements indiquent la diversité sociale que les mouvements de la foule unissent en une action commune. Une partie assiste au défilé militaire de la droite vers la gauche de la peinture, défilé visible aux casques et aux fusils qui dépassent les têtes des spectateurs. L’horizontalité du défilé est coupée par la verticalité des mats et des drapeaux qui reçoivent l’hommage de la Nation. Sur le mat central, dans l’écusson apparaît le mot « Pax » . La République se présente comme un régime de paix. Elle tend à effacer le contexte de sa naissance puisque les hommes au pouvoir en 1880 ont pour beaucoup voulu continuer la guerre après le 4 septembre 1870. Mais surtout elle s’oppose à l’Empire, régime qui a multiplié les conflits entre 1852 et 1870 malgré les engagements des débuts, conflit dont le dernier fut fatal au régime. Dès lors l’armée qui défile, composée sur le principe de la conscription, des citoyens qui défendent la Nation tout entière, occupe une place importante dans les rituels de cette journée.

Sur la gauche, sur une estrade, un orchestre joue un air, dont on ne sait bien sûr ce qu’il est. La musique et les chants accompagnent toute cette journée. Sans doute une place particulière est-elle faite à la Marseillaise, hymne affirmé de la Nation depuis 1878.

Les personnages présents sur le tableau vaquent aussi à d’autres occupations : sur la gauche, au pied de l’orchestre des couples engagent un bal du 14 Juillet. Selon Olivier Ihl, « le bal, citoyen, entretient le souvenir de l’héroïque révolution », la musique et les danses collectives racontent à leur façon l’insurrection victorieuse qu’elles célèbrent dans une démarche patriotique. Le couple associe l’homme et la femme dans la construction de l’Histoire. Le bal rend le spectateur actif, la célébration n’est pas la réception abstraite d’un message politique mais la communion d’une Nation actrice de sa propre histoire. Le bal ayant lieu généralement le soir, la population s’adonne à des jeux collectifs entre le défilé et la soirée. Les festivités sous la forme de kermesse sont prises en main par des organisations locales thématiques (harmonies, fanfares, sociétés de tir…).

Dans la journée se déroule aussi le banquet républicain absent du tableau de Roll mais si important dans les rituels et rappelant les démarches politiques des temps difficiles des républicains, notamment sous la monarchie de Juillet et sous le second Empire.

Au centre de la place, le peintre représente une statue. La Ville de Paris a ouvert un concours pour doter la place d’une statuaire en l’honneur de la République. Les frères Morice, sculpteurs, l’emportent l’un pour le groupe, l’autre pour le soubassement. Roll ne voit en 1880 qu’un modèle en plâtre, la statue de bronze et de pierre n’est installée qu’à partir de 1883. Une allégorie féminine, incarnation de la République qui refuse les formes de personnalisation du pouvoir, surmonte un piédestal orné d’allégories des principes formant la devise de la République : liberté, égalité, fraternité, elles aussi utilisées comme « vertus théologales » du nouveau régime, celles qui auraient le nouveau régime pour objet, qui unissent la Nation présente, dans une sorte de transfert de sacralité. La statue de la Liberté semble porter un bonnet phrygien, encore symbole d’affranchissement pour une Marianne qui passe du combat au pouvoir. Le monument inauguré en 1883 porte une série de bas-reliefs commémorant différents événements de Révolution française dont le 14 juillet 1789 et celui de l’année suivante (voir documents joints).

La lecture verticale de la peinture, du bas vers le haut, associe en un seul regard enfant, foule, armée, drapeaux, statue de la République. Comme le souligne Olivier Ihl : « Il s’agit de donner consistance aux principes par lesquels ces hommes se proclament en mesure de gouverner le présent. » Olivier Ihl, La Fête républicaine, Paris, NRF Gallimard, 1996, p 112.

bas-relief de Léopold Morice

Monument de la place de la République à Paris, bas-relief de Léopold Morice, présentation de la prise de la Bastille, © Adeline Riou bas-relief de Léopold Morice

Monument de la place de la République à Paris, bas-relief de Léopold Morice, présentation de la Fête de la Fédération, © Adeline Riou

Le 14 juillet 1889

En 1886, pour la première fois, une femme défile avec les militaires. Cantinière au premier bataillon du 131e régiment d’infanterie de ligne, active pendant la guerre de Crimée, Marie Vialar défile avec son régiment devant les autorités militaires.

Le 14 juillet 1889

Le 14 juillet 1889 occupe forcément une place particulière :

Le bal du 14 juillet

Théophile Steinlen (1859-1923), Le bal du 14 juillet, Paris, musées de la Ville de Paris, © RMN / Agence Bulloz

Avec ses personnages attablés aux terrasses des cafés et ses danseurs enlacés, Steinlen saisit dans un style coloré et incisif l’exubérance joyeuse d’un bal. Le peintre rassemble pour cette fête du 14 Juillet toute une panoplie de figures familières du Paris populaire et canaille : ouvriers, artisans, gens de maison mais aussi souteneurs et escrocs que l’on surnomme alors les Apaches. La rue pavoisée de drapeaux tricolores sert de décor à cette fête nocturne qui s’illumine aux feux des lampions. Le 14 juillet 1889 occupe une place un peu à part. L’année a commencé par les difficultés des républicains dans la crise boulangiste, s’est poursuivie par la reprise en main au printemps par le gouvernement après le fiasco du mouvement hétérogène antirépublicain. Au mois de mai les cérémonies du centenaire de la Révolution française commencent de même que l’exposition universelle. La France se ressoude autour de ces célébrations majeures.

Installé à Montmartre depuis 1881, le Suisse Steinlen est un familier de ce moment de liesse populaire. Depuis son instauration en 1880, le 14 Juillet, qui rappelle la prise de la Bastille, emblème du renversement du pouvoir monarchique, est un moment de cristallisation de l’identité nationale. Au fil des années, les manifestations gagnent les faubourgs de la capitale décorés pour l’occasion d’arcs de triomphe, de guirlandes de feuillages, de drapeaux et de lampions. Fervent lecteur de Zola dont il est l’ami, Steinlen se fait connaître par ses illustrations et ses caricatures sociales et politiques qui paraissent dans la presse. Mais, comme son aîné Daumier, il consacre à la peinture la part la plus secrète et la plus libre de sa création. En novembre 1959, Le Bal du 14 juillet figure à la rétrospective que le Salon d’automne consacre à Steinlen. Cette peinture qui est l’une des plus grandes peintes par l’artiste rejoint alors les collections de la Ville de Paris.

Le 14 juillet 1910, en province

Exemple de 14 Juillet en province : affiche de Cosne-Cours-sur-Loire, en 1910.

Affiche pour la célébration du 14 juillet 1910 à Cosne

Affiche pour la célébration du 14 juillet 1910 à Cosne, Archives municipales de Cosne, 1 I 38.

À la veille de la Grande Guerre, la fête nationale est bien implantée dans les communes de France. Les combats du début ont laissé place à une commémoration qui touche tous les Français en même temps. Vivre en même temps les mêmes choses dans une « simultanéité des émotions », selon l’expression de Mona Ozouf, renforce la profondeur du sentiment d’appartenance à la même communauté nationale.

La commune de Cosne-Cours-sur-Loire, dans la Nièvre, annonce sa fête du 14 juillet 1910. Une affiche aux trois couleurs incontournables présente le programme sur deux jours : la retraite aux flambeaux le 13 au soir puis les festivités du 14. L’affiche liste les composantes nécessaires pour « avoir un beau 14 Juillet » : de la musique, par fanfare ou par musique militaire, celle d’un régiment invité (ici un régiment d’infanterie). La musique doit entraîner la population, elle accompagne l’ensemble des festivités. Elle scande, émeut, fédère selon les morceaux joués. La Marseillaise occupe une place particulière. Le défilé est annoncé ici par l’expression « Revue de troupes », elle consiste en une présentation des conscrits, réunis dans un régiment proche, sis souvent au chef-lieu d’arrondissement.

La commune n’oublie pas les indigents. Dès les premières célébrations selon le programme fixé par la chambre en 1880, des distributions matérielles d’aide aux nécessiteux accompagnent cette célébration. Solidarité sans doute plus que fraternité, charité élevée au rang de vertu républicaine.

Le nom du maire, signataire de l’affiche invitant l’ensemble des populations, met face à face l’autorité civile issue du suffrage universel, mandatée par ses concitoyens, et le régime dont il est aussi un élément clé, cellule de base du fonctionnement républicain.

Le 14 juillet en 1912, à Paris

14 juillet, bal populaire

14 juillet, bal populaire, photographie Agence Rol, 1912, Gallica, BNF.

Sur la photographie prise à Paris en 1912, la rue devient un lieu de sociabilité populaire, envahi par une foule. Les couples dansent, des couples se font, des femmes dansent entre elles, des spectateurs aperçoivent le photographe et l’observent, semblant alors poser. Le pavé est transformé en une scène de danse, le mouvement est rapide, des terrasses, des chaises accueillent le public. Jour de fête que ce 14 Juillet dans un quartier populaire. Mais surtout, comme pour le défilé, l’espace public est pris en main par le peuple de Paris. Il se substitue aux autres formes de contrôle de l’espace public comme les manifestations catholiques notamment.

Le 14 juillet 1919 : « qui a vu ce jour a vécu »

Clemenceau s’adresse au maréchal Pétain au soir de la manifestation.

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris, © Heritage images / Leemage

L’intérêt d’un regard sur cette célébration du 14 juillet 1919 repose sur l’instrumentalisation de la date et sa mise en relation avec la Grande Guerre close quelques mois plus tôt. La mortalité de masse, les traces visibles de la guerre sur les hommes et les biens conduisent la population à préférer les commémorations intimistes, locales, aux grandes processions nationales. Cependant cette date du 14 juillet 1919 a offert une manifestation d’une rare intensité, donnant sans doute une dimension supplémentaire à la journée comme un apogée du 14 Juillet, fête nationale. Pour Annette Becker, il peut s’agir aussi d’une manifestation de l’union sacrée, dans la commémoration de l’une des dernières manifestations de cette alliance de toutes les forces vives de la Nation contre un ennemi commun.

La photographie montre une foule très nombreuse, place de la Concorde. C’est en effet une population importante qui est descendue dans les rues de Paris mais aussi venue de province. Elle est estimée à deux millions de personnes dans les rues de la capitale. La fête du 14 Juillet telle qu’elle a été fixée par la première célébration de 1880 donne à l’armée et au drapeau une place essentielle. Les deux éléments trouvent bien évidemment en 1919 une place qui n’est pas tout à fait festive mais qui entre dans la démarche commémorative. La ville s’est couverte de drapeaux, de fanions, de rubans aux trois couleurs, alors que le 13, dans la journée, le président de la République, le Lorrain Raymond Poincaré, a remis à Joffre, Foch et Pétain leur épée de maréchal. Ces trois vainqueurs de la guerre, présents dans la durée, organisant la défense dans le plus grand respect des hommes ou encore coordonnateur des forces de la victoire, conduisent le grand défilé militaire du 14 Juillet.

Les Beaux-arts furent chargés de préparer le parcours du défilé en créant une voie triomphale sur les Champs-Élysées, des urnes embrasées, des canons pris à l’ennemi et disposés en trophées, surmontés de coqs gaulois, des mats avec écussons et drapeaux, des guirlandes.

L’armée française ferme la marche avec à sa tête le maréchal Pétain.

Le défilé commença par la marche de mille mutilés, au nom des millions de blessés, d’invalides de guerre, suivis des corps de troupes alliés par ordre alphabétique. Même les lumineuses nocturnes du 14 Juillet, à l’origine des lampions, se teintent de la mémoire du conflit, indiquant les lieux des grands sacrifices. Place de la Concorde, la statue de Strasbourg avait été transformée en monument aux morts, cénotaphe recherché symbolisant morts et disparus.

La cérémonie ne reçoit cependant pas l’aval de toutes les forces de la nation, les socialistes sortis de l’union sacrée en 1917 dénoncent le caractère militariste de la célébration, appellent à une morale publique fondée sur le respect des morts, critiquent la fête de la victoire. La guerre vient de se clore, le 28 juin 1919, par la signature du traité de Versailles, qui ne satisfait personne, dans un climat social français détestable avec des grèves, des revendications et des difficultés sociales (loi de 8 heures).

Un autre groupe, les catholiques, longtemps identifié comme hostile à la République puis intégré à elle par le ralliement des années 1890, réintégré aussi à la Nation par sa participation à l’union sacrée et son rôle dans les forces combattantes critique les festivités. Si l’hommage aux soldats morts et vivants plaît aux catholiques le caractère profondément laïc des cérémonies est considéré comme une atteinte à cette union. Le gouvernement Clemenceau, dont l’anticléricalisme n’est pas oublié, refuse de renouer des relations avec le Saint-Siège ou encore d’associer le Sacré-Cœur dont la basilique est consacrée en octobre de la même année. La basilique du Sacré-Cœur prend une place particulière pour les morts de la Grande Guerre puisqu’elle devient lieu de mémoire des Parisiens morts pendant la guerre.

Il existe des images filmées de cette manifestation du 14 juillet 1919, voir :

1936, le Front populaire, un 14 Juillet ouvrier

La célébration associe la dimension nationale à la dimension sociale. Si, comme c’est la tradition, un défilé militaire descend les Champs-Élysées, les manifestations investissent les grands lieux parisiens du monde ouvrier, en souvenir également du serment de constitution du Front populaire prononcé un an plus tôt jour pour jour. La victoire du Front populaire au printemps s’est accompagnée d’un vif mouvement social avec des grèves et occupations d’usines. Les accords Matignon, les premières mesures de lutte contre la misère, le chômage, les formes d’aboutissement ainsi que des revendications sociales et culturelles nourrissent chez les ouvriers le sentiment d’une prise en compte de leurs attentes. Aussi, en cette journée de fête nationale traditionnellement conçue comme celle de la Concorde nationale, les ouvriers défilent dans les rues des grandes villes, célébration d’une victoire. Les quartiers est de Paris sont investis par une foule estimée à un million de personnes, comme le rappelle Danielle Tartakowsky, et les festivités durent trois jours avec, pour la première fois, un 14 Juillet qui prend les allures d’une « manifestation de rue ». la tradition révolutionnaire refait surface en cette journée anniversaire.

Dans un élan patriotique, le 14 juillet 1939 voit pendant trois jours le défilé des troupes de l’armée française et de l’empire. Derniers feux d’une puissance déchue, à laquelle le gouvernement Daladier propose de commémorer 1790 et non le cent cinquantième anniversaire de la Révolution. Le 14 juillet suivant, les Allemands sont à Paris, le maréchal Pétain vient d’obtenir les pleins pouvoirs. Aussi la commémoration prend-elle un air de commémoration recueillie où l’Église trouve une place nouvelle. Il faut chercher à Londres un 14 Juillet dans la tradition. Le général de Gaulle fait défiler les troupes réduites d’une France Libre en construction (des photographies sont disponibles sur de nombreux sites Internet). Chaque 14 juillet, la Carmagnolle et le Ah ça ira sont diffusés sur Radio Londres, par les ondes de la BBC.

http://www.ina.fr/video/AFE00002811/le-14-juillet-a-lyon.fr.html

Le 14 juillet 1945, le pays fête à la fois la victoire, la paix retrouvée et sans doute cherche à travers quelques cérémonies à oublier les dissensions nationales, les trajectoires tortueuses d’un temps aboli. La prise de la Bastille, la fête de la fédération ont des allures de résistance à un autre ennemi. Dans la ville de Lyon, le défilé militaire associe troupes étrangères victorieuses, troupes locales – notamment les chasseurs alpins -, remise de décorations et défilé populaire.

Vous trouverez sur le site de l’Ina de nombreux enregistrements vidéo de divers 14 Juillet.

Conclusion

Nous ne voulons pas nous attarder sur les 14 Juillet contemporains. Il nous semble qu’ils oublient la Bastille, la Fédération, que les enjeux du passé n’ont plus les mêmes résonnances, au profit d’une démonstration de sécurité militaire, qu’ils contribuent aussi au renforcement de la présidentialisation du régime à travers l’application du droit de grâce, dans une démarche régalienne, fortement attendue par la population.

Reprenons les termes d’Henri Martin : « Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. » Le bicentenaire de la Révolution a montré combien même une présidence de gauche pouvait centrer sur les acquis de 1789 les principes contenus dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en oubliant d’autres faits majeurs. Dans les années de préparation du bicentenaire, alors que la droite néolibérale exerce le pouvoir, une campagne virulente remet en cause la place du 14 Juillet dans la mythologie républicaine. Depuis quelques mois, la presse de droite, comme le Figaro, dénonce la violence gratuite de cette journée de juillet 1789 et, encore une fois, l’élévation au rang de mythe fondateur d’un fait jugé finalement sans importance. Bien sûr, il s’agit là d’une nouvelle offensive de la contre-révolution, dans une version « soft » mais que l’humanité dénonce comme étant héritière de « l’émigration de Coblence ».

Cependant le calendrier inscrit bien le 14 Juillet comme fête nationale : la journée est toujours chômée. Elle ne clôt plus vraiment le calendrier scolaire, encore que les examens et concours de l’Éducation nationale se terminent souvent quelques jours avant la célébration. Inscrite dans une période de vacances, elle passe un peu inaperçue, sauf si de façon exceptionnelle le pouvoir en profite pour la transformer en un hommage particulier (cinquantenaire des indépendances africaines en 2010) ou en forme d’intervention présidentielle.

http://www.france24.com/fr/20100714-focus-france-defile-14-juillet-afrique-en-premiere-ligne

Les républicains de 1880 ont inventé un langage, certes aujourd’hui moins maîtrisé notamment par ceux auxquels il est destiné. Cette fête a voulu éviter les formes d’excès, les dissensions politiques, sociales. Elle a voulu dès l’origine « créer la simultanéité des émotions », comme le souligne avec force Mona Ozouf dans un moment dont la dimension pédagogique affronte une société de moins en moins portée sur les apprentissages.


Mariage pour tous: Hors de l’Eglise point de salut (Extra ecclesia nulla salus: Fake Western priests for authentic Christian feel or authentic Western priests for fake Christian feel ?)

14 juillet, 2013
Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Jésus (Luc 23: 34)
Extra Ecclesiam nulla salus. Cyprien de Carthage
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la «victime inconnue», comme on dirait aujourd’hui le «soldat inconnu. (…) Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Je crois qu’il y a beaucoup de chemins possibles et c’est une croyance qu’il existe une puissance supérieure, une croyance à laquelle nous sommes connectés en tant que peuple. Qu’il y a des valeurs qui transcendent la race ou la culture, qui nous font aller de l’avant et il y a une obligation pour chacun de nous individuellement et collectivement d’assumer la responsabilité de faire vivre ces valeurs. Barack Obama (2004)
Je vivais à Sapporo, étudiant le japonais et j’avais besoin d’argent… C’est beaucoup mieux payé que d’enseigner les langues dans une école. Etre un faux prêtre est un service qui marche bien au Japon. J’ai même fait un spot commercial pour une pub. A Sapporo, il y a cinq agences qui emploient au moins vingt faux prêtres. Dans une ville comme Tokyo, il doit y en avoir des centaines. A l’hôtel où je travaille, il y a une chapelle chrétienne à côté d’une chapelle shintoïste. La chapelle chrétienne est toujours utilisée, mais la chapelle shintoïste ne sert pplus que comme débarras. Mais on tombe occasionnellement sur des vrais prêtres. Ils sont tout à fait contre nous, mais il n’y a pas assez d’authentiques prêtres japonais pour satisfaire la demande. Je donne une bonne performance. J’utilise une prière de mariage apache dans ma cérémonie. Ca fonctionne très bien, même si j’ai dû enlever la partie sur le dieu-ours dans le ciel. Si les gens pleurent à la fin, je pense que j’ai fait du bon travail. Mark Kelly
Les gens aiment la robe, le baiser et l’image que tout cela donne. Et pourtant les Japonais chrétiens ne représentent que 1% dans notre pays, mais il n’empêche que 90 % des mariages sont religieusement célébrés dans le style chrétien. (…) C’est un vrai problème pour nous. Ces prêtres sont factices et donnent une mauvaise image de nous. Il faut que le marié et la mariée aient de vraies noces religieuses. Ce n’est pas ainsi que cela doit se passer. J’ai même entendu dire que dans certains hôtels, on utilise un membre du personnel quand on n’a pas de faux prêtre sous la main. Prêtre japonais catholique

Attention: un mariage pour tous peut en cacher un autre !

Faux prêtres chrétiens pour ambiance chrétienne authentique au Japon ou vrais prêtres ou pasteurs occidentaux pour fausse ambiance chrétienne en Europe ?

En ces temps étranges où, des droits de l’homme à la concurrence victimaire, les vérités bibliques et évangéliques ont fait de nous, selon le mot de René Girard et jusque dans leurs pires excès, des « chrétiens qui s’ignorent »

Et où, dans un Occident où l’on obtient le statut de refugiée politique pour avoir abattu (les seins nus, s’il vous plait !) une croix à la scie tronçonneuse, avec la nouvelle ferveur des labyrinthes d’église, nos néo-chrétiens sont tentés par le retour aux pratiques les plus archaïques ou en tout cas les plus éloignées de la rationalité occidentale …

Comment encore s’étonner qu’à l’instar de nos églises désespérément vides et paupérisées, nos institutions les plus sacrées ne soient plus bonnes que comme déco d’ambiance pour ceux qui, touristes et nouveaux mariés extrême-orientaux ou homosexuels, en étaient les plus éloignés ?

Japon: Faux prêtres chrétiens en activité

Altermedia France

11/11/2006

Avec la nouvelle mode des mariages dans le style chrétien au Japon, quelques Occidentaux ont trouvé un moyen de gagner facilement de l’argent en jouant les prêtres. Ce qui ne plaît pas à tout le monde et particulièrement aux vrais prêtres.

Comme de nombreux Occidentaux ravis de se tourner vers une activité lucrative et insolite, ce Britannique officie le week-end comme faux prêtre chrétien. Interviewé par une journaliste de BBCNews, Mark Kelly, originaire du Lancashire anglais vit au Japon depuis 6 ans et le week end, il officie comme faux prêtre.

“Je vivais à Sapporo, étudiant le japonais et j’avais besoin d’argent… C’est beaucoup mieux payé que d’enseigner les langues dans une école” affirme-t-il. Etre un faux prêtre est un service qui marche bien au Japon. “J’ai même fait un spot commercial pour une pub”. A l’entendre, rien qu’à Sapporo, il y a cinq agences qui emploient au moins 20 faux prêtres. A Tokyo, il pense qu’il doit y en avoir des centaines.

Les faux prêtres occidentaux sont employés à l’occasion de mariages dans le style occidental pour ajouter un plus à l’atmosphère. Ce ne sont pas des cérémonies légales, les couples doivent de toute façon passer devant le Registre civil officiel.

Il n’y a pas si longtemps la plupart des mariages au Japon étaient célébrés dans le culte shinto mais ces dernières années les mariages dans le style occidental ont pris de l’importance et sont devenus très populaires, affirme un prêtre japonais. “Les gens aiment la robe, le baiser et l’image que tout cela donne”. Et pourtant les Japonais chrétiens ne représentent que 1% dans notre pays, mais il n’empêche que 90 % des mariages sont religieusement célébrés dans le style chrétien”.

Mark Kelly raconte que dans l’hôtel où il est employé , il y a une chapelle chrétienne tout près de la chapelle shinto. La chapelle chrétienne est tout le temps utilisée tandis que la chapelle shinto sert de débarras”! Bien sûr qu’il y a des prêtres chrétiens japonais, ajoute pour sa part cet employé qui travaille dans l’une de ces chapelles, mais la demande de ces mariages est telle…

Chapelle au supermarché à côté des bars à sushis

Les chapelles dans le style occidental sont souvent situées dans les lieux les plus inattendus, hôtels, supermarchés… Ainsi la chapelle Morito Ishi Kyoka se trouve au 6e étage d’un supermarché à Sapporo. “Vous vous promenez entre les restaurants de sushi, les magasins de gâteaux les bars à nouilles et vous apercevez une grotte de pierre en plastique gris surmontée de fleurs en plastique et de lumières douces. Il y a même des chérubins, en plastique aussi, et une petite fontaine. “C’est dans le style des églises de pierre du Moyen Age” ajoute cet employé.

Les faux prêtres se retrouvent parfois devant des situations pas communes à gérer. Parfois la mariée est enceinte et se trouve mal. Ce n’est pas toujours très romantique”.

Un prêtre japonais catholique a déclaré, tout en souhaitant rester anonyme: “C’est un vrai problème pour nous. Ces prêtres sont factices et donnent une mauvaise image de nous. Il faut que le marié et la mariée aient de vraies noces religieuses. Ce n’est pas ainsi que cela doit se passer. J’ai même entendu dire que dans certains hôtels, on utilise un membre du personnel quand on n’a pas de faux prêtre sous la main”.

Certains Japonais eux-mêmes sont très étonnés d’apprendre que ces prêtres soient de faux religieux, relève BBCNews.

(source : apic)

Voir aussi:

Faking it as a priest in Japan

BBC NEWS

2 November 2006

With a rise in the popularity of Christian-style weddings in Japan, some Westerners are finding they can make a lucrative living by acting as priests. But it does not please everyone, particularly genuine priests, as Kathleen McCaul reports.

Mark Kelly is originally from Lancashire in England. He has been living in Japan for six years and, at the weekend, he is a fake priest.

« I was living in Sapporo, studying Japanese, and I needed the money. It’s far better paid than teaching in a language school, » he said.

« Being a fake priest is big business in Japan – I’ve done a TV commercial for one company, » he added. « In Sapporo, there are five agencies employing about 20 fake priests. In a city like Tokyo, there must be hundreds. »

The fake Western priests are employed at Western-style weddings to give a performance and add to the atmosphere. These are not legal ceremonies – the couples also have to make a trip to the local registrar.

« In the past almost all weddings in Japan were Shinto, but in the last few years Western-style weddings have appeared and become very popular, » said one Japanese priest.

“ It is important for the bride and groom to have a proper wedding, and they are not getting it from these foreign priests ”

Japanese priest

« People like the dress, the kiss and the image. Japanese Christians make up only 1% of the country, but now about 90% of weddings are in the Christian style. »

« At the hotel where I work, there is a Christian chapel next to a Shinto chapel. The Christian chapel is always in use, but the Shinto chapel is being used as a storeroom, » Mr Kelly said.

The fake Western priests are used to create an authentic Christian feel.

« There are Japanese priests, but most couples are trying to re-create a European wedding, so overwhelmingly ask for a foreign priest, » said Momo, who works at Morito Ishi Kyokai (forest and stone) chapel.

Supermarket chic

Western-style chapels are often found in unexpected places.

Morito Ishi Kyokai is on the sixth floor of a supermarket in Sapporo.

As you walk between sushi restaurants, cake shops and noodle bars, a grey plastic stone grotto decked in plastic flowers and fairy lights suddenly appears.

There are plastic cherubs and little fountains inside.

« It is designed in the style of mid-century stone churches in Europe, » said Momo.

Mr Kelly worked at the chapel when it first opened.

« Because it was in a shopping centre, you got the sounds of vegetables on special offer, » he said.

« It’s very popular because it’s still new, » added Momo.

Omi Junko plays the flute in a club and comes to the chapel to practise.

« I like to come here. It has a good atmosphere because it is a church, » she said.

Hazards of the job

The fake priests in Japan sometimes have to deal with difficult situations.

« Once I was holding a ceremony and an old man dressed head to toe in military uniform hobbled to the front and fell asleep, » said Mr Kelly.

« Halfway through the service, he opened his eyes and I think he was back in Burma or Thailand. He looked straight at me, stood up and started unsheathing his rifle. Fortunately he was pretty slow and his relatives stopped him. »

“ Once, the bride vomited on me and then fainted. It wasn’t very romantic ”

Mark Kelly

Mr Kelly has often presided over ceremonies where the bride is pregnant.

« It is common. Once, the bride vomited on me and then fainted. It wasn’t very romantic, » he said.

Another difficulty is meeting genuine Japanese priests.

« We do occasionally bump into the real thing. They are very much against us, but there are not enough genuine Japanese priests to meet the demand » he said.

One Japanese Christian priest spoke out, but did not want to be identified.

« It is a real problem for us. They are not genuine and they give us a bad name, » he said.

« It is important for the bride and groom to have a proper wedding, and they are not getting it from these foreign priests. I have even heard of hotels using staff when they can’t find anyone else. »

Omi Junko was surprised to find out that some of the Western priests were not genuine.

« I thought the priests were all real and I think everyone in Japan thinks that, » she said.

But Mr Kelly argues that the ceremony is not about religion, but about image.

« I give a good performance. I use an Apache wedding prayer in my ceremony. It works very well, although I had to take out the part about the bear god in the sky, » he said.

« If people are crying by the end of the wedding, I think I have done a good job. »


Du labyrinthe à la marelle: Jamais les enfants ne se sont rendu compte qu’ils jouaient en fait le salut de leur âme (From mazes to hopscotch and centering prayer: how mystical spirituality is sweeping back through the Christian church)

13 juillet, 2013
https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/37/NAMA_Tablette_1287.jpg
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9e/Con%C3%ADmbriga_minotauro.jpg
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c4/Labirinto_do_Outeiro_do_Cribo.JPG
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/07/4fe91-tibetan-sand-mandala.jpg
https://i0.wp.com/www.world-mysteries.com/alignments/mpl_al_stonhmap.jpghttps://i1.wp.com/a404.idata.over-blog.com/600x472/2/86/13/49/marelle-alphonse.JPGhttps://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/20/Inneres_der_Kathedrale.jpghttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e6/Magpie_hopscotch.jpghttps://i0.wp.com/i-cms.journaldesfemmes.com/image_cms/original/399631.jpghttps://i2.wp.com/thumbs.dreamstime.com/z/jeu-de-marelle-8818537.jpghttps://i2.wp.com/philippe-rey.quiexpose.net/oeuvre/164_photo_oeuvre-art-la-marelle.JPGhttps://i1.wp.com/www.hervefell.com/wp-content/uploads/2009/02/marelle.jpghttps://i2.wp.com/www.regine-gineste.fr/images/La%20marelle.jpgPère, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Jésus (Luc 23: 34)
Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger. Car quel rapport y a-t-il entre la justice et l’iniquité? ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial? ou quelle part a le fidèle avec l’infidèle? Quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles? Paul (2 Corinthiens 6: 14-16)
Extra Ecclesiam nulla salus. Cyprien de Carthage
Je vivais à Sapporo, étudiant le japonais et j’avais besoin d’argent… C’est beaucoup mieux payé que d’enseigner les langues dans une école. Etre un faux prêtre est un service qui marche bien au Japon. J’ai même fait un spot commercial pour une pub. A Sapporo, il y a cinq agences qui emploient au moins vingt faux prêtres. Dans une ville comme Tokyo, il doit y en avoir des centaines. A l’hôtel où je travaille, il y a une chapelle chrétienne à côté d’une chapelle shintoïste. La chapelle chrétienne est toujours utilisée, mais la chapelle shintoïste ne sert pplus que comme débarras. Mais on tombe occasionnellement sur des vrais prêtres. Ils sont tout à fait contre nous, mais il n’y a pas assez d’authentiques prêtres japonais pour satisfaire la demande. Je donne une bonne performance. J’utilise une prière de mariage apache dans ma cérémonie. Ca fonctionne très bien, même si j’ai dû enlever la partie sur le dieu-ours dans le ciel. Si les gens pleurent à la fin, je pense que j’ai fait du bon travail. Mark Kelly
Les gens aiment la robe, le baiser et l’image que tout cela donne. Et pourtant les Japonais chrétiens ne représentent que 1% dans notre pays, mais il n’empêche que 90 % des mariages sont religieusement célébrés dans le style chrétien. (…) C’est un vrai problème pour nous. Ces prêtres sont factices et donnent une mauvaise image de nous. Il faut que le marié et la mariée aient de vraies noces religieuses. Ce n’est pas ainsi que cela doit se passer. J’ai même entendu dire que dans certains hôtels, on utilise un membre du personnel quand on n’a pas de faux prêtre sous la main. Prêtre japonais catholique
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la «victime inconnue», comme on dirait aujourd’hui le «soldat inconnu. (…) Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
One for sorrow Two for mirth Three for a wedding Four for a birth Five for rich Six for poor Seven for a witch I can tell you no more. Comptine anglaise
 Les Égyptiens s’étaient trouvés libres après le règne de Héphaïstos. Mais, incapables en tout temps de vivre sans roi, ils s’en donnèrent douze, en divisant l’Égypte entière en douze lots […] Une de leurs décisions fut de laisser un monument commun qui rappelât leurs noms : ceci décidé, ils firent construire un labyrinthe au-dessus du lac Moéris et proche de la ville qu’on appelle Crocodilopolis. Hérodote
On situe en Crète, l’île du roi Minos, le labyrinthe du Minotaure construit par Dédale ; c’est en effet sur l’ordre de ce roi qu’il fut construit, afin d’y faire enfermer la créature monstrueuse née des amours de la reine Pasiphaé et d’un taureau. Étymologiquement, le mot dériverait du terme « labrys » qui désigne une hache, plus exactement une double hache comme celles dont on a retrouvé des reproductions gravées dans la pierre à Cnossos. (…) La légende grecque reprend quelques aspects du mystère égyptien : la mort, la possibilité d’égarement, le fil conducteur et la notion de non-retour. Mais la comparaison s’arrête là. En effet, autant pour les Égyptiens, le plus important était d’atteindre le centre, autant pour les Grecs, il importait de revenir.
En dehors de la légende du Minotaure, le labyrinthe, en tant que symbole d’un cheminement initiatique long et difficile, est connu de nombreuses civilisations anciennes, au point que l’on peut parler d’archétype universel : les hommes préhistoriques, les Mésopotamiens, les Scandinaves, les Hopis, les Navajos, les Indiens, les aborigènes d’Australie, les Touaregs, les juifs de Palestine, les Mayas… ont dessiné des labyrinthes. En Inde, le mandala est une figure labyrinthique: il s’agit d’un cercle sacré, au sein duquel on trouve des divinités bouddhiques. De même, en Chine, on trouve des labyrinthes gravés dans la grotte de T’ong T’ing, sous la forme de chemins d’encens dont la consumation sert à mesurer le passage du temps. Ils servent surtout la nuit, lorsque le soleil ne peut éclairer11. En Scandinavie, il n’est pas rare de trouver nombre de labyrinthes, dont les murs délimitant les chemins sont construits avec des pierres de différentes dimensions. La figure de fylfot (svastika sacré) ainsi construite, et fondée sur neuf points (chiffre sacré), peut être trouvée sur des îles isolées. Elle sert pour des danses ou des jeux traditionnels. (…) Citons aussi l’île de Malekula13 au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, qui possède de nombreux labyrinthes, utilisés dans des rites sacrés. Leur centre symbolise le passage entre le monde des vivants et celui des morts.
À la fin du Moyen Âge, le labyrinthe devient synonyme de mal : il est le lieu maudit de la luxure, du péché, de la perdition et de l’errance. À partir du XIVe siècle, les hommes d’églises vont procéder à l’effacement des labyrinthes dessinés sur le sol. Ceux qui ne peuvent être détruits sont détournés en jeux totalement dérisoires ou sont cachés sous des tapis. En 1538, un arrêt du Parlement de Paris interdit encore ces dessins. Au XVIIIe siècle, on détruit ceux de la cathédrale de Sens, de Poitiers, d’Auxerre, d’Arras et d’Amiens (en 1825). Un labyrinthe se trouve dans les ruines de l’abbaye Saint-Bertin, à Saint-Omer. Le labyrinthe de la cathédrale de Reims est ainsi détruit en 1779 à cause du bruit généré par les jeunes fidèles qui s’amusaient de ces dédales pendant les offices. (…) Ce mouvement de destruction massive est suivi dans tous les autres pays chrétiens, car les labyrinthes représentaient une concession impardonnable au paganisme. Seuls subsistent encore aujourd’hui ceux de Saint-Quentin, Bayeux et Chartres (d’autres ont été reconstruits par la suite). Certaines enluminures labyrinthiques ont par ailleurs été remarquées dans quelques manuscrits religieux, comme le Livre de Kells, réalisé par des moines celtes vers l’an 80.
C’est à partir du XVIe siècle que les Italiens transposent le labyrinthe dans les jardins puis la mode se répand. Au château de Versailles, le labyrinthe, créé par Le Nôtre en 1665 et détruit en 1778, n’existe plus mais il figure encore sur le plan. Jean-Sébastien Bach a réalisé une pièce musicale illustrant les tournoiements et la difficulté de sortir d’un labyrinthe végétal, à l’époque où ceux-ci étaient en faveur : Le petit labyrinthe musical. Aujourd’hui, largement répandu en Europe, le labyrinthe végétal constitue un nouveau concept touristique. Parfois éphémères (champ de maïs, comme à Beaugency34) mais le plus souvent permanents (thuyas ou hêtres par exemple), les labyrinthes végétaux se rapprochent des tracés initiatiques des époques païennes.
Jusqu’à la Renaissance, les labyrinthes de déambulation étaient un objet de spiritualité et ne se trouvaient que dans les édifices religieux. Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que des méandres de bosquets se répandent dans de nombreux jardins d’Europe apportant au labyrinthe une dimension profane : le plaisir de se perdre. Le labyrinthe prend aussi la forme du jeu, (notamment celui du jeu de l’oie). Les créateurs multiplient les circonvolutions artistiques et sophistiquées. Enfin, ultime avatar, le labyrinthe est devenu le jeu de la marelle. Le radical de ce mot signifie « pierre », ce qui n’est pas sans rapport avec la construction de l’architecte Dédale. Mais par la forme même du tracé, ce jeu évoque les églises avec leur nef, leur transept et le chœur. Pareille christianisation du mythe initial montre qu’il s’agit maintenant non plus de s’égarer ou d’interdire à quelqu’un de trouver la sortie, mais insiste sur le cheminement spirituel à suivre : l’âme doit passer de la terre (l’entrée de l’église) au ciel (symbolisé par le chœur) en connaissant diverses vicissitudes (les cases de la nef et du transept). Mais il est vrai que jamais les enfants ne se sont rendu compte qu’ils jouaient en fait… le salut de leur âme. Wikipedia
La marelle (de merel, mereau, XIIe s., « palet, jeton, petit caillou ») ou palet, est un jeu enfantin, pratiqué le plus souvent dans la cour de récréation. (…) La marelle existe dans la plupart des pays du monde. Elle prend des noms divers suivant les pays (…) Le nom du jeu peut même varier à l’intérieur d’un pays, voire d’une région. La marelle est également un jeu de société qui se joue à deux joueurs sur un tablier en forme de figure géométrique régulière sur lequel on pose des pions aux intersections des lignes. Le gagnant est le premier qui aligne trois pions. Une version plus évoluée est le jeu du moulin. Ce jeu était déjà pratiqué par les Égyptiens et les Romains. Il fut très populaire au XIVe siècle mais fut abandonné au XVIe siècle. Il reviendra plus tard sous le nom de jeu du moulin. Wikipedia
Après l’échec de la Troisième Croisade, en 1187, le chemin de Jérusalem devint impraticable. C’est alors qu’apparurent les grands labyrinthes d’églises, surtout dans le Nord de la France. Le chemin de Jérusalem fut imprimé de manière symbolique sur le pavage des églises. Les fidèles désireux de se rendre à Jérusalem mais qui n’avaient plus la possibilité géographique de le faire, ou tout simplement pas la santé, pouvaient parcourir le labyrinthe dessiné sur le sol de l’église à genoux, avec la ferveur et le recueillement voulus, dans un esprit de pénitence, et au terme du parcours ils étaient considérés comme d’authentiques pèlerins.
Lorsque se développe le christianisme, bien souvent au lieu d’effacer ou de combattre les signes des rites antérieurs, le nouveau culte les récupère : ainsi sont absorbés les dieux, les temples, les cathédrales, les reliques, les fêtes agricoles et les labyrinthes présents dans les tombeaux ou les différents espaces sacrés des cultes païens (à noter que la Bible n’évoque aucunement l’existence de labyrinthes, si ce n’est, indirectement, celui formé par les murailles qui entouraient et protégeaient la ville de Jéricho). Au IVe siècle, en 324 exactement, on rencontre déjà un labyrinthe creusé dans le sol de la basilique chrétienne San Reparatus à El-Asnam en Algérie. Il faut attendre le VIe siècle pour voir apparaître des labyrinthes d’églises en Europe : le plus ancien se trouve à la basilique San Vitale de Ravenne en Italie. Mais le symbole hautement païen du labyrinthe est abandonné durant tout le Haut Moyen Âge, pour n’être repris qu’au XIIe siècle. Ce trait est devenu commun à bon nombre d’églises et à la plupart des grandes cathédrales d’Europe. Les plus vastes se trouvent dans les cathédrales françaises : Poitiers, Amiens, Arras, Auxerre, Reims, Bayeux, Chartres, Mirepoix, Saint-Omer, Saint-Quentin, Toulouse. Le labyrinthe y est toujours situé du côté ouest, la direction d’où viennent les démons (l’ouest, où le soleil disparaît, représentant la direction de la mort). Ne pouvant se déplacer qu’en ligne droite, les démons étaient ainsi piégés avant d’arriver au chœur. À travers les siècles, le labyrinthe d’église a connu différentes appellations : « le dédale » (en référence à l’architecte du labyrinthe crétois), « le méandre », « le chemin de Jérusalem », « la lieue » (car il fallait pour parcourir le labyrinthe à genoux le même temps que pour faire une lieue à pied), « la Via Dolorosa » (en évocation du chemin que prit le Christ entre le tribunal de Ponce Pilate et le Golgotha)… Le centre, lui, était nommé « paradis » ou encore « Jérusalem Céleste ». Ces chemins étaient suivis, si possible à genoux, par les pénitents qui ainsi réalisaient symboliquement un voyage en Terre Sainte et s’épargnaient un pèlerinage réel, pas toujours possible, notamment pour les pauvres. Le dédale était une représentation optimiste de la sanction finale, car il ne comportait quasiment jamais d’embranchements, ni boucles, ni culs-de-sac, et ne demandait, pour aboutir au centre, que de la persévérance. Quelques labyrinthes, de formes diverses, ont ainsi été découverts dans toute l’Europe. Mais la structure dite « officielle » du labyrinthe d’église est une forme circulaire à onze anneaux concentriques. Depuis l’Antiquité, le cercle est le symbole de l’éternité, de l’infini et par conséquent, de la puissance de la Divinité. Il est aussi le symbole du soleil, parfois assimilé au Christ. (…) Les croyants (et notamment les pèlerins de Compostelle) suivaient le tracé sans réellement contrôler la direction, commençant par se diriger droit au but, vers le centre, avant de s’en éloigner, le labyrinthe forçant ainsi les fidèles à de multiples détours. Les sinuosités devaient symboliser les tribulations de la vie chrétienne. Les déambulations lors de ce parcours symbolique constituent un véritable chemin spirituel et c’est l’occasion pour le croyant d’une longue introspection. (…) On trouve un des plus petits labyrinthes d’église à la cathédrale de Lucques en Italie (voir illustration). Il est gravé sur le mur, et mesure environ 50 cm de large. Les fidèles suivaient le parcours du doigt : c’est un labyrinthe digital. Edith de la Héronnière
Pour celui qui pénètre dans le labyrinthe, il s’agit toujours, par la voie de l’égarement, de vaincre un Minotaure, symbole de la bestialité et de l’ignorance. Toute cette symbolique est à l’origine du développement des mazes en Europe. Les plus beaux sont ceux du palais Giusti à Vérone où Mozart et Fauré aimèrent se promener, du palais Pitti à Florence. Parmi les disparus, il faut signaler celui de Versailles, réalisé par Le Nôtre. Il fut fermé parce qu’il était source de scandales ; le labyrinthe ayant aussi une dimension érotique. Le plus talentueux des délateurs français, Rétif de la Bretonne, après avoir découvert lors de l’une de ses promenades ce qui se passait la nuit dans les allées du labyrinthe du Jardin des plantes (Les Nuits de Paris, “cent-douzième nuit”), en fit interdire l’accès. C’est Henri II d’Angleterre qui inaugura cette fonction lorsqu’il fit construire un labyrinthe lui permettant de retrouver Rosemonde, sa maîtresse. La reine, Aliénor d’Aquitaine, s’y pris de la même manière que Thésée et finit par trouver sa rivale qu’elle tua au cœur du labyrinthe. Les méandres de l’amour ont souvent un aboutissement tragique. Fric Frac club
In my travels around the world, through conversations with many church leaders, and through the letters and notes I receive from faithful Seventh-day Adventists, I’ve grown concerned that we are in urgent need of a “renewing of our minds” about public worship. Many practices that have seemed innocent on the surface have crept into Seventh-day Adventist worship, especially in the areas of prayer and music. As Paul warned us 2,000 years ago, we have to be especially vigilant to “not be conformed to this world.” Prayer practices, including what are sometimes known as “centering prayer” and “labyrinths,” and “contemplative prayer,” frequently draw on non-Christian philosophies that encourage the emptying of the mind. Biblical prayer, instead, draws us into a quiet and focused rational contemplation of God’s Word and His faithfulness that yields in “the mind of Christ.” Music, certainly one of God’s greatest gifts to human beings, has similarly become a vehicle for incorporating styles and performances that too frequently forget that the great God of the universe, our Savior Jesus Christ, and the Holy Spirit are the real audience. Simple questions will help all of us underline the true and biblical principles of both prayer and music in worship: “Would I pray this way in the very presence of Jesus?” “Would I sing this song—this way—in the presence of the Holy One?” Ted N. C. Wilson (SDA General Conference president)
Cela est également devenu une partie de la base de fréquentes attaques de Wilson sur la «spiritualité mystique ». Comme en témoigne le commentaire suivant: « Comme Paul nous en a avertis il y a 2.000 ans, nous devons être particulièrement vigilants à « ne pas nous conformer à  ce monde ». Des  » pratiques de prière, y compris ce qui est parfois appelé «prière de centrage» et «labyrinthes», et «la prière contemplative,« s’inspirent souvent des philosophies non chrétiennes qui encouragent le vide de l’esprit. La prière biblique, au contraire, nous entraîne dans une contemplation rationnelle calme et ciblée de la Parole de Dieu et de sa fidélité qui donne à «l’esprit du Christ». Cela, pour moi, n’est pas tant erroné que juste spectaculaire manque le point. Certains trouvent ces « disciplines » spirituelles louables et utiles pour leur vie spirituelle, d’autres peuvent avoir des préoccupations légitimes, mais  je ne pense pas que ce soit le problème, c’est que, même si elles ne sont pas vraiment appropriées pour les chrétiens, elles ne sont pas la cause de l’apostasie ou de l’apostasie parmi les adventistes . Combien de personnes connaissez-vous qui ont perdu la foi à cause de la prière centrée ? Je ne pense pas qu’il y ait le moindre doute: il y a des dangers pour notre dénomination de la modernisation et de la sécularisation-là qui sont enivrantes, un puissant brevage, aux solvants de la foi, en particulier chez les jeunes, et les sociétés, partout dans le monde, sont de plus en plus laïques, de sorte que les dangers sont de plus en plus répandus. Toutefois, pour les adventistes du septième jour, la contemplation n’est pas l’un d’eux. En se concentrant sur ​​elle, nous sommes distraits des vrais dangers qui existent. Norman Loman
We live in a day and age where many « new things » are sweeping through the Christian church. Some of these alternative directions are simply a reflection of changes in style and format. However, in our exploration towards alternative forms of spiritual expression – particularly as we try to build relevancy in a post-modern culture – it is imperative that doctrinal discernment and discretionary principles come into play. This is especially true as society rapidly embraces a plethora of alternative spiritual practices, beliefs, and paths. Sadly, we as Christians often flounder in doing our homework, and in that vein we may inadvertently open our congregations to highly questionable choices and spiritual experiences. (…) Can God bless something that has its origins in esoteric doctrine and ancient pagan mythologies? Adding to its historical pagan significance is the fact that the labyrinth has never lost its occult meaning. As mentioned earlier in the article, labyrinths are still being used, and will continue to be used, as an instrument of pagan spirituality. (…) Furthermore, if God is going to bless labyrinth prayer journeys, how is He going to excuse the interfaith aspect that is common throughout the movement? John 14:6 clearly states that the only path to the Father is through Jesus Christ, and by no other way. Yes, the majority of Christians would affirm that their prayer walk is completely focused on Jesus Christ. That may be true, but it doesn’t excuse the fact that the labyrinth is, by its theological nature, an inter-religious and deeply mystical device. Carl Teichrib

Hors de la marelle point de salut ?

En ces temps étranges où nos vieilles pierres comme nos institutions les plus sacrées ne sont plus bonnes que comme déco d’ambiance pour ceux, touristes et nouveaux mariés extrême-orientaux ou homosexuels, en étaient les plus éloignés …

Alors qu’entre droits de l’homme et concurrence victimaire, les vérités bibliques et évangéliques ont fait de nous, selon le mot de René Girard et jusque dans leurs pires excès, des « chrétiens qui s’ignorent »

Comment être encore étonné par ce nouvel engouement de nos derniers mohicans du christianisme pour les pratiques les plus archaïques et les plus éloignées de la rationalité, jusqu’ici reléguées aux parcours de nos voyagistes ou des jeux de nos enfants ?

The Labyrinth Journey: Walking the Path to Fulfillment?

Carl Teichrib

September 2005

« Symbols are keyholes to doors in the walls of space, and through them man peers into Eternity…Symbolism, then, is the divine language, and its figures are a celestial alphabet… » – Manly P. Hall [1].

« …symbolical rites are the external expressions of man’s inward desire to unite with Divinity. » – Roberta H. Lamerson, F.R.C. [2].

« Whilst we cannot be exactly sure what the labyrinths were used for, they were clearly a symbol of the Christian way, representing the path of the soul through life. » – About Labyrinths and Mazes [3].

I was struck by the simplicity of the above statement: that labyrinths are « clearly a symbol of the Christian way. » An interesting position, especially given the fact that the authors of this particular quote admit, « we cannot be exactly sure what the labyrinths were used for… »

We live in a day and age where many « new things » are sweeping through the Christian church. Some of these alternative directions are simply a reflection of changes in style and format. However, in our exploration towards alternative forms of spiritual expression – particularly as we try to build relevancy in a post-modern culture – it is imperative that doctrinal discernment and discretionary principles come into play. This is especially true as society rapidly embraces a plethora of alternative spiritual practices, beliefs, and paths. Sadly, we as Christians often flounder in doing our homework, and in that vein we may inadvertently open our congregations to highly questionable choices and spiritual experiences.

Paradoxically, while the evangelical Christian community talks about « spiritual warfare » and « putting on the full amour of God, » many of these same churches can be found embracing that which they claim to counter. In seeking relevancy, we have become dangerously « experiential » in nature, and old forms of mysticism are becoming center-pieces in « experiences of faith. »

The labyrinth prayer-walk, which follows a single winding path to a central location, is a case in point. Primarily jump-started by a UK-based Christian movement in alternative spiritual expressions and by an influential San Francisco cathedral, denominations around the world are embracing labyrinths as a viable part of the « spiritual journey. » But are labyrinths part of the Christian encounter, as suggested by the third introductory quote above?

My first experience with a labyrinth happened years before the idea become faddish in Christian circles. I was doing research work on occult philosophy at the Theosophical headquarters in Wheaton, IL, and after spending a better part of the day reviewing esoteric literature (Theosophy is a blend of mystical traditions, ancient mystery religions, and eastern philosophies), I went for a walk across the grounds to clear my head. There, towards the back of the property, was a labyrinth that had been set up as a place for spiritual release and expression.

As a Christian researcher and author on globalization, including the religious trends accompanying our changing international situation, I wasn’t surprised by the fact that a labyrinth was set up at this intensely « occult » location. It made perfect sense.

Understand, Christians looking for ways to bring in new relevancy within church worship did not « rediscover » the labyrinth as a spiritual tool. As we shall see, it’s been part of the esoteric world for a very long time. Which is why, today, labyrinth walks and « prayer journeys » are being promoted by Rosicrucian groups [4], at New Age festivals and celebrations [5], and throughout the neo-pagan world. Not surprisingly, one of America’s largest witch, shaman, and neo-pagan assemblies, the 2005 Pagan Spirit Gathering at Wisteria, OH, held a night-time Summer Solstice Labyrinth ritual, which was described as a « transformative, walking meditation through an all night labyrinth formed by 1000 lighted candles » [6].

Embarking on the Journey

Counter to the statement « we cannot be exactly sure what the labyrinths were used for » is a wealth of literature, some easy to obtain, others that should be kept hidden on dusty shelves. This material paints a fascinating picture on the uses and purposes of the labyrinth as a conduit for the mystical. But before we venture down this path, it’s important that we journey into the recesses of ancient mythological history.

The primary historical focal point for the lore of the labyrinth goes back to Cretan and Greek tales of Queen Pasiphaë, her perverse sexual desire for a specific sacrificial bull, an abominable act of bestiality, and the birth of a strange hybrid offspring – the dreaded Minotaur, which lived in a labyrinth built to cage him [7].

Each year, King Minos, the husband of Pasiphaë, demanded that seven boys and seven girls be given as a sacrificial tribute to be devoured by the Minotaur. One year, a hero named Theseus accompanied the children. Taking a ball of twine, he unravelled the string as he went through the labyrinth, giving him a trail leading back out. Once inside the labyrinth, Theseus followed the maze to it’s center, where he battled with the Minotaur and eventually beat the creature to death.

The labyrinth containing this Minotaur was not the typical single-path labyrinth of today, but rather a complex maze containing halls and chambers. However, esoteric philosophers have long understood that the Minotaur maze directly corresponds to the ancient (and now modern) spiritually-connected labyrinth walk; the long soul journey with its many twists and turns, the ultimate arrival at the central convergence point, the struggle with the inner monster – and the final victory over the forces of darkness and ignorance (which can only happen when one is illumined at the center), and the repeated journey back to wholeness and the light of day. This esoteric significance of the Cretan story has never been lost on the initiates of the Mystery Schools.

Don’t forget, this Grecian/Cretan story was immersed in the pagan religious context of the day, that’s the metaphysical origin of the labyrinth as we can trace it. Hence the story of Pasiphaë, with its labyrinth journey and inner battle, is of interest first and foremost to the world of occult lore: for the simple reason that this is the intended context.

Following the Path

In following the path of knowledge concerning the spiritual uses of the labyrinth, one doesn’t have to go to the Pagan Spirit Gathering or delve deeply into occult literature (however, we will examine esoteric writings in order to build upon this article). Plenty of information abounds in various reference works. Take, for instance, The Penguin Dictionary of Symbols.

In discussing the labyrinth as a religious tool, The Penguin Dictionary associates the maze (read labyrinth) with the Buddhist Mandala – an aid in the spiritual initiatory journey. Consider the various other metaphysical interpretations of the labyrinth [note: square bracketed comments indicate an explanation provided by this author],

« In the Kabbalistic tradition [Author’s note: the Kabbala is a series of texts which make up the school of Jewish mysticism] taken up by the alchemists, mazes filled a magical function which was one of the secrets attributed to Solomon. This is why the mazes in cathedrals, ‘those series of concentric circles broken at given points on the circumference to provide a strange and tangled pathway’, came to be called ‘Solomon’s Maze’. Alchemists saw them as images ‘of the whole task involved in the Work, with its major difficulties; an image of the path they needed to follow to reach the centre, arena for the two warring natures…’ This explanation would run parallel with that provided by one of the teachings of ascetic mysticism – focusing upon oneself, along the thousands of paths of feeling, emotion and ideas; overcoming all that stands in the way of unalloyed intuition, and then returning to the light without becoming lost in the byways. To enter and to emerge from the maze might be the symbol of death and resurrection.

« The maze also takes one to the centre of one’s self, ‘to some hidden, inner shrine, occupied by the most mysterious portion’ of the human personality. This conjures up the mens, the temple of the Holy Spirit in the soul at a state of grace; or again, the depths of the unconscious. Both can only be reached by consciousness after making many detours or by intense concentration, when that ultimate intuition is attained and everything becomes plain through some kind of enlightenment. Here in this crypt the lost oneness of being, scattered in a multiplicity of desires, is rediscovered.

« To reach the centre of the maze, like a stage in the process of initiation, is to be made a member of the invisible lodge [Author’s note: the high-calling of the Mystery Religions] which the maze- makers always shroud in mystery or, better still, have always been left to be filled by the finder’s own intuition… » [8]

Jack Tresidder’s Dictionary of Symbols explains,

« …many labyrinths are unicursal, having no traps but leading sinuously along a single path. These were often used in early temples as initiation routes or more widely for religious dances that imitated the weaving paths of the sun or planets. They reappeared in patterns on the floors of medieval Christian churches as ‘roads to Jerusalem’ – paths symbolizing pilgrimage. » [9]

Other reference works on symbols – and a labyrinth is both a spiritual tool and a religious symbol – give similar definitions [as an example, see The Herder Dictionary of Symbols]. While the meanings are varied, they do pulse with a similar theme, even when associated with the early Roman Catholic cathedrals. And this theme is repeated and more deeply probed by esoteric philosophers and New Agers; it’s the path of mysticism, esotericism, and occultism.

Reaching the Center

If the labyrinth is a path leading to one specific point, what does the wayfarer expect to find when he or she arrives?

On the mystical journey to spiritual fulfillment, the middle-eye of the labyrinth becomes a place of divine illumination. Even Kimberly Lowelle, the President of The Labyrinth Society – a network of labyrinth scholars and enthusiasts – recognizes this basic function.

« The labyrinth is an archetype of transformation. Its transcendant nature knows no boundaries, crossing time and cultures with ease. The labyrinth serves as a bridge from the mundane to the divine… » [10]

The promotional website for the Breemie Labyrinth in the UK gives an almost identical explanation, « The labyrinth is an archetypal spiritual tool, found across many times and cultures. While a maze is a left-brain, rational puzzle, the labyrinth involves the right side of the brain, and helps us access our intuition, providing a portal to the Divine » [11].

Kathy Doore, an author on sacred spaces, freely describes the spiritual implications of the labyrinth,

« Labyrinths are temples that enhance and balance and bring a sense of the sacred – a place where we can confirm our unity with the cosmos, awaken our vital force and elevate our consciousness. These structures are space/time temples where we can behold realities that oddly enough transcend space and time. The orientation, form and geometry of a labyrinth has symbolic as well as spacial [sic] importance. It is a mirror for the divine…

« …Moving through a Labyrinth changes ordinary ways of perception connecting the inner and the outer, the right brain and the left brain, the involutional and the evolutional through a series of paths that represent the realms of the Gods and Goddesses. These realms are associated with planetary movement as a process that induces Union with the One. » [12]

Divine illumination is the end-goal of esoteric philosophy; it’s the central arena of occultism.

Manly P. Hall, one of the 20th century’s greatest esoteric philosophers and an eminent Masonic historian, tells us that the labyrinth was symbolic of man’s search for truth [13]. Other occult scholars tell us that the labyrinth symbolized to the people « the difficulty of finding the Path to God » [14]. All of this points to the same thing – the mystical realization of our own divinity.

As Hall states in one of his earlier books, « Man is a god in the making, and as in the mystic myths of Egypt, on the potter’s wheel he is being molded. When his light shines out to lift and preserve all things, he receives the triple crown of godhood… » [15]. Rosicrucian authority Christian Bernard explains this mystical goal as the building and unfolding of the inner Temple,

« The Temple of the Universe, the Temple of the Earth and the Temple of Life are only one in the Temple of Man. This is why the time has come to work towards rebuilding it, for the Messianic Light must emanate from the Heavenly Jerusalem which vibrates within us. » [16]

Laying it out very plainly, Annie Besant – an early Theosophical leader – simply said, « Man is not to be compelled; he is to be free. He is not a slave, but a God in the making » [17].

Different Paths, Same Meanings

Part and parcel of labyrinth symbology is initiation, the mystical process of inner transformation. Robert Macoy’s Dictionary of Freemasonry, like so much of the esoteric literature, connects the meaning of the labyrinth with this concept. Defining the labyrinth, Macoy wrote, « In the ancient mysteries the passages through which the initiate made his mystical pilgrimage » [18].

As stated above, initiation is the process of inner transformation. To that end, esoteric societies and occult orders employ initiation as a vital component to spiritual advancement. Indeed, initiation is the pathway, the journey, to mystical completeness. This is the occult metaphor of the labyrinth, a metaphor that is played out in a host of mystical similes. Consider the following archetypes. Keep in mind, each example is replete with historical and religious connections to the Mystery Religions, of which the labyrinth is but a part [19].

Freemasonry: when the Masonic candidate undergoes his initiation, he is led on an invisible path from station to station throughout the Lodge room. Each point and part of this journey is given an exoteric explanation – that is, the real meanings are cloaked in allegory and symbolism. After completing the journey around the Lodge, he is led to the center of the room where he kneels before an altar. The Worshipful Master asks what the candidate most desires, and the initiate responds with « Light » [20]. Know this, the light requested is not incandescent light or some other physical light energy, but spiritual illumination [21].

Order of the Golden Dawn: Initiations rites such as the Ceremony of the Grade of Philosophus have the candidate embark on a spiritual journey, following an invisible yet tangible path throughout the Lodge room. This journey, like that of Freemasonry, is intended to elevate the candidate’s level of transformative enlightenment [22].

Ancient and Mystical Order Rosae Crucis: In AMORC’s Temple ritual, Second Portal, the student partakes in an allegorical journey searching for light and knowledge. While engaged in the ritual, the student follows a path to each point on the compass, and returns to a central triangle. Again, like the two other illustrations above, this act is part of the mystical journey towards « light » and cosmic unity [23].

Order of the Eastern Star: As a co-Masonic body, the OES engages in a series of ritualistic initiations. Unlike Freemasonry, the OES ritual work is performed on a giant floor-rug pentagram. This pentagram, with an altar placed in its center, is called a Labyrinth. Each of the various initiation rites – journeys on the path to greater understanding – takes place in and around this Labyrinth [24]. Beulah Malone, Past Grand Matron and Secretary of the OES explains,

« The winding in and out of the labyrinth symbolizes the human soul stumbling and struggling through life; learning by mistakes and experiences that the way leading to the supreme life and to God is not easy but is a way of testing one’s power and strength.

« By following the examples symbolized in the lives of the heroines of our Order [Author’s note: this is part of the OES Labyrinth journey], we may come into a full light of His Star and into wisdom and understanding. The great magnet of our Star as it shines forth in the world is missioned to bring Unity, the Truth of Fatherhood of God, and Brotherhood of Man. » [25]

And herein lies the deeper spiritual meaning of the labyrinth-walk that has become so fashionable today. It’s the symbolic journey of illumination, completely spiritual in nature, and dependent on our works – the « journey, » or the « testing [of] one’s power and strength. »

The path to the center of the labyrinth is as the invisible but tangible path leading to the esoteric altar – it’s an initiation into the mystical.

The Path of Completion: Returning from the Center

Hundreds of Christians have taken part in labyrinth prayer walks, and many churches across North America and Europe are embracing this tool as a means to expand their spiritual experience. The Rev. Jill Geoffrion, a « certified labyrinth facilitator » and author of such books as Christian Prayer and Labyrinths and Praying the Labyrinth, writes,

« We are currently in a period of historic labyrinth revival. Churches, retreat centers and Christian camps are placing these prayer tools inside and outside. Christians all over the world are installing labyrinths in their yards and gardens. Many are using the labyrinths as a ministry tool, bringing portable versions to prisons, national denominational conferences and church group meetings. It is conservatively estimated that there are over 5,000 labyrinths in the United States alone. God is blessing the use of the labyrinth; many are being drawn closer to Jesus, experiencing healing and gaining spiritual clarity as they pray on its path. » [26]

I must admit her pronouncement sounds appealing. But this particular statement by Geoffrion doesn’t paint the whole picture.

On her labyrinth prayer website, Geoffrion offers suggested prayers for different labyrinth events. In dedicating a new labyrinth, she suggests that those in attendance form a circle on the pattern and extend « the energy that is in our hearts and minds through their hands towards the labyrinth. » Following this exercise is a meditative time where each person physically lays hands on the labyrinth and calls forth « the image of a loved one walking this labyrinth and receiving what is needed. » After more « imaging, » she recommends this responsive prayer,

« Community: We dedicate this labyrinth to spiritual awakening and reawakening.

One: With hearts extending in many directions, Let us pray…Sacred Sustainer, Way to wholeness, Creator of possibilities, Supporter of change, Forgiving Releaser, Freedom, Honesty, Wisdom, Hope, Joy…we thank You for the beautiful spiritual tool on which we are standing… » [27]

Geoffrion suggests other reflective meditations for the labyrinth, including short prayers from the « Christian Tradition, » « Egyptian Tradition, » « Hindu Tradition, » and « Sufi Tradition » [28].

For Christians holding to the exclusive message of Jesus Christ in John 14:6, « I am the way and the truth and the life. No one comes to the Father except through me, » a serious rift is now encountered. It’s the dilemma that exists between what Geoffrion’s first quote described verses the religious pluralism that the labyrinth appears to propagate. And because of the nature and metaphysical history of the labyrinth, this spiritual pluralism is inescapable. However, this ever-widening religious inclusiveness – which is the expression of the esoteric idea of the Fatherhood of God – shouldn’t come as a surprise. After all, in the labyrinth experience every path is relevant, every road is right, every religion is valid.

Granted, Geoffrion is but one spokesperson representing the Christian labyrinth prayer encounter. Grace Cathedral, however, carries a little more clout. In fact, Grace, San Francisco’s prominent Episcopal Church, has been North America’s « pathfinder » congregation in the labyrinth movement, hosting prayer walks on their two labyrinths for years. Moreover, Grace’s outdoor labyrinth is open 24 hours, and the church now has an involved global networking organization dedicated to advancing the labyrinth experience. Hence, Grace has been viewed by many Christian labyrinth advocates as the driving influence for this new spiritual expression in North America.

There’s no doubt that one reason for Grace Cathedral’s success is their connection to Chartres Cathedral in France. As an ancient medieval church, Chartres hosts an original pattern that is today’s recognized prototype for the Christian prayer walk. Grace meticulously copied Chartres, has marketed it very well, and is now a major spokes-church for the Chartres experience. Consider Grace’s website titled « Walking the Labyrinth: Reflections from Chartres, »

« A profound meditation tool, a metaphor for the spiritual path, a feminist Christian icon, a symbol of Mary or even all Christianity, even perhaps an almost cult-like centerpiece of a movement – the labyrinth is, most everyone can agree, a powerful inspiration. » [29]

Grace is open about the deeper meanings of the labyrinth. On the front piece to their labyrinth website, Grace states,

« The Labyrinth is an archetype, a divine imprint, found in all religious traditions in various forms around the world. By walking a replica of the Chartres labyrinth, laid in the floor of Chartres Cathedral in France around 1220, we are rediscovering a long-forgotten mystical tradition that is insisting to be reborn. » [30]

And Grace also points out that the labyrinth is a shared esoteric tradition,

« In Native American culture it is called the Medicine Wheel and Man in the Maze. The Celts described it as the Never Ending Circle. It is also called the Kabala in mystical Judaism. One feature they all share is that they have one path which winds in a circuitous way to the center. » [31]

The labyrinth exercise, Grace further explains, should be viewed in three parts,

« • Purgation (Releasing) ~ A releasing, a letting go of the details of your life. This is the act of shedding thoughts and distractions. A time to open the heart and quiet the mind.

• Illumination (Receiving) ~ When you reach the center, stay there as long as you like. It is a place of meditation and prayer. Receive what is there for you to receive.

• Union (Returning) ~ As you leave, following the same path out of the center as you came in, you enter the third stage, which is joining God, your Higher Power, or the healing forces at work in the world. Each time you walk the labyrinth you become more empowered to find and do the work you feel your soul reaching for. » [32]

As an institution, Grace is no ordinary church. Not only has it been extremely influential in propagating the labyrinth prayer walk, it has been a hotbed for global interfaith work.

In the 1990’s William Swing was Bishop of Grace. During the 1995 United Nations 50th Anniversary, Swing proclaimed that Grace would work towards the building of a global interfaith network. After an intense amount of travel and lobbying, Swing succeeded in forming the United Religions Initiative – one of the world’s leading UN affiliated inter-religious partnerships. Today, the URI is an active player in advancing global religious unity.

Why does this matter? Remember all the connections between various esoteric philosophies with the labyrinth concept? A parallel runs between both themes; Unity. As a spiritual interface, and as Grace Cathedral reminded us, the mystical labyrinth belongs to « all religions traditions. »

Remember the Eastern Star’s labyrinth? Unity, the Fatherhood of God, and the Brotherhood of Man was the proclaimed magnetism of their Star. Likewise, this triplicate ideology is Freemasonry’s boast, a major claim that the Masonic candidate is to understand via the paths of initiation.

Manly P. Hall, speaking of the Masonic interfaith ideal of the Fatherhood of God and the Brotherhood of Man, penned these word,

« The true Mason is not creed-bound. He realizes with the divine illumination of his lodge that as a Mason his religion must be universal: Christ, Buddha or Mohammed, the name means little, for he recognizes only the light and not the bearer. He worships at every shrine, bows before every altar, whether in temple, mosque or cathedral, realizing with his truer understanding the oneness of all spiritual truth. » [33]

This is the starting point of the occult concept of « the divine. » It tells us that every path on the journey is unique, yet each is true. In order for the mystic to move onward and upward, to return from the center of the labyrinth, he must accept his inner divinity. As Hall says, « …the way of salvation has been hidden within us » [34].

Reiki Master Kate McManus, in her article « Walking the Fire Labyrinth, » tells of her friend’s spiritual journey.

« This year a friend mentioned an event that was to be held further out west a week after our winter magic festival. She described it as a fire labyrinth ritual in which a stone labyrinth would be lit at night to be walked with conscious intent and so mark the end of the year and begin a new one, a shedding of the old and birthing of the divine child. » [35]

Years ago Paul Clasper drew this religious inclusiveness into a completed package,

« The new mingling of faiths will cause a fresh interpenetration of ideas and customs. Out of the encounter some paring of outmoded encrustations will perhaps take place. The new intercourse will fructify in more inclusive, universal faiths, perhaps even a new world faith as a basis for the coming world civilization. » [36]

What Have We Learned?

In an earlier quote by the Rev. Jill Geoffrion, she proclaimed that « God is blessing the use of the labyrinth; many are being drawn closer to Jesus, experiencing healing and gaining spiritual clarity as they pray on its path. »

On the surface this sounds great. But is God really blessing this « new thing »? Moreover, can God bless something that has its origins in esoteric doctrine and ancient pagan mythologies? Adding to its historical pagan significance is the fact that the labyrinth has never lost its occult meaning. As mentioned earlier in the article, labyrinths are still being used, and will continue to be used, as an instrument of pagan spirituality.

If God is going to bless labyrinth prayer journeys, how is He going to deal with Deuteronomy 12:1-14, 18:9-13 and Exodus 34:10-17? In each of these Scripture passages God explicitly tells His people to refrain from anything used in pagan practices. Moreover, the entire book of Jeremiah is a warning against involvement in alternative religious practices.

Furthermore, if God is going to bless labyrinth prayer journeys, how is He going to excuse the interfaith aspect that is common throughout the movement? John 14:6 clearly states that the only path to the Father is through Jesus Christ, and by no other way.

Yes, the majority of Christians would affirm that their prayer walk is completely focused on Jesus Christ. That may be true, but it doesn’t excuse the fact that the labyrinth is, by its theological nature, an inter-religious and deeply mystical device. If God is going to bless the labyrinth experience, how is He going to deal with 2 Corinthians 6:14-16?

« Do not be yoked together with unbelievers. For what do righteousness and wickedness have in common? Or what fellowship can light have with darkness? What harmony is there between Christ and Belial? What does a believer have in common with an unbeliever? What agreement is there between the temple of God and idols?… »

Endnotes:

1. Manly P. Hall, Lectures on Ancient Philosophy (Philosophical Research Society, 1984), p.357. Hall was one of the 20th century’s greatest and most celebrated esoteric philosophers, founder of the Philosophical Research Society, eminent Freemason, and a respected lecturer on occult doctrines and the Mystery Religions.

2. Roberta H. Lamerson, F.R.C. « Initiation, » Rosicrucian Digest, November, 1984, p.21.

3. Kevin and Ana Draper, Steve Collins, and Jonny Baker, « About Labyrinths and Mazes, » Prayer Path Online Labyrinth, http://web.ukonline.co.uk/paradigm/discoverframe.html. Website promoting labyrinths as an alternative Christian experience.

4. The Toronto lodge of the AMORC Rosicrucian order is now hosting a labyrinth journey the first Sunday of every other month (September, November, 2005; January, March, 2006). Location: Rosicrucian Regional Cultural Centre, 835 Broadview Ave, Toronto, ON.

5. See the Pagan Spirit Gathering 2005 labyrinth ritual at http://www.circlesanctuary.org/psg/rituals. Another example is the Breemie Labyrinth Mid-Summer Festival at http://www.sacredway.co.uk/Breemie%20main/mhaydenlabs.htm.

6. See the first link in footnote 5.

7. Joseph Campbell, Occidental Mythology: The Masks of God (Arkana, 1964/1991), p.20. See also The Dictionary of World Myth (Facts on File, 1995), p.135. Other ancient labyrinth myths and stories exist that are rooted in Egyptian and various other Mesopotamian locations.

8. Jean Chevalier and Alain Gheerbrant, The Penguin Dictionary of Symbols (Penguin Books, 1969/1996), pp.643-644.

9. Jack Tresidder, Dictionary of Symbols (Chronicle Books, 1997), pp.117-118.

10. The Labyrinth Society, http://www.labyrinthsociety.org.

11. See footnote 5.

12. Kathy Doore, Myth and History of Labyrinths…, http://www.labyrinthina.com/path.htm.

13. Manly P. Hall, The Secret Teachings of All Ages (Philosophic Research Society, 1989.

14. C.W. Leadbeater, Ancient Mystic Rites (Quest Books, 1986), p.51.

15. Manly P. Hall, The Lost Keys of Freemasonry (Macoy, 1923/1951), p.92.

16. Christian Bernard, So Mote It Be! (AMORC, 1995), pp.87-88.

17. Annie Besant, Esoteric Christianity (Quest Books, 1901/1966), p.220.

18. Robert Macoy, A Dictionary of Freemasonry (Gramercy), p.215.

19. Historians and occult philosophers who assert this link between the Mystery Religions and today’s esoteric societies include Manly P. Hall, Foster Bailey, Albert Pike, C.W. Leadbeater, Israel Regardie, Papus, A.E. Waite, Eliphas Levi, J.D. Buck, Albert Mackey, H.P. Blavatsky, Henry C. Clausen, George H. Steinmetz, Joseph Fort Newton, and many others.

20. See Look to the East: A Ritual of the First Three Degrees of Masonry. See also Duncan’s Masonic Ritual and Monitor and Albert Pike’s Morals and Dogma.

21. See Pike’s Morals and Dogma, p.252 and Foster Bailey, The Spirit of Masonry, p.108.

22. See Israel Regardie’s The Golden Dawn and What You Should Know About the Golden Dawn.

23. Rosicrucian Initiation, Temple Section, Second Portal, AMORC.

24. See Beulah H. Malone, Let There Be Light; See also Robert Macoy, Adoptive Rite Ritual; Ritual of the Order of the Eastern Star, published by the authority of the General Grand Chapter Order of the Eastern Star.

25. Beulah H. Malone, Let There Be Light, p.97.

26. The Rev. Jill Kimberly Hartwell Geoffrion, Christian Uses of Labyrinths, http://jillkhg.com/christuses.html.

27. Geoffrion, Dedication of Deep Haven Labyrinth, http://jillkhg.com/labreded.html.

28. Geoffrion, Prayers from Varying Tradition to use at a Labyrinth, http://jillkhg.com/prayers4labusedifreltrad.html. I give Geoffrion sarcasm credit; she includes a short prayer from the American Secular Tradition – « whatever! »

29. Grace Cathedral, Walking the Labyrinth, http://www.gracecathedral.org/enrichment/forum/for_19981122.shtml.

30. Grace Cathedral labyrinth homepage, http://www.gracecathedral.org/labyrinth.

31. Ibid.

32. Ibid.

33. Manly P. Hall, The Lost Keys of Freemasonry (Macoy Publishing, 1923/1951), p.65.

34. Manly P. Hall, The Mystical Christ (Philosophical Research Society, 1951), p.248.

35. Kate McManus, « Walking the Fire Labyrinth, » About, http://healing.about.com/od/labyrinthspiritual/a/firelabyrinth.htm.

36. Paul Clasper, Eastern Paths and the Christian Way (Orbis Books, 1980), p.108.

Carl Teichrib is a Canadian-based researcher and author whose primary work is on globalization and its impact on Christianity, the family, and nations. Please visit his website at http://www.forcingchange.org

His earlier articles include: Bloody Utopian Dreams, Part I: Hammer and Sickle

Part 2: The Enigma of the Third Reich | Part 3: Politics and Religion of Population Control

Flattery and the Big Lie | Global Citizenship 2000 | Lucifer Rising – 1, 2, 3

The Millennium Messiah and World Change | Esoteric Christianity

Esoteric Christianity | Re-Creating Eden | A Short Guide to Occult Symbols

Re-zoning the World: The Merging of the Americas in a New Global Order

A New World Agenda – Canada’s Role In Sustainable Development | Global Citizenship 2000

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Voir aussi:

LES PIERRES DU SONGE

Etudes sur les graffiti médiévaux

LA MARELLE COMME JEU ET COMME SYMBOLE A LA FIN DU MOYEN AGE

« Au court jeu de tables jouer

Amour me fait moult longuement:

car tousjours me charge garder

le point d’actente seulnient…

Je suis pris et ne puis entrer

Où point ne désire souvent;

dieu me doint une fois gecter

Chance qui soit aucunement

A mon propos… »

Charles d’Orléans.

Depuis les travaux qui ont mené à la rédaction de ma précédente étude sur l’interprétation de la « triple enceinte »(Cf. La triple enceinte comme symbole architectural), il m’a paru établi (peut-être à tort?) que la figure appelée « triple enceinte » depuis le début du XXe s., utilisée par ailleurs de longue date comme tableau de jeu, était en fait, au Moyen Age, une représentation schématique de la Cité céleste biblique , et dans ce sens particulier, constituait un symbole en usage dans la charpenterie. La question se posa à la fin de cette étude d’une possible utilisation du symbole dans d’autres cercles professionnels que ceux de la construction, mais resta quelque peu en suspens, puisque la réponse réclamait des développements qui dépassaient l’objet que je m’étais fixé. Je me propose donc dans ce nouveau texte d’aborder longuement ce point, en me limitant toutefois, comme je l’avais annoncé, aux cercles intéressés par l’édification, l’usage et la défense des lieux fortifiés, autrement dit les gens de guerre et plus précisément, les milieux nobiliaires. La Cité céleste ayant parfois dans l’exégèse médiévale un sens restreint de « forteresse », et puisque certains graffiti de « triples enceintes »en association avec des arcs schématiques pourraient laisser supposer que leurs auteurs furent effectivement des militaires, j’en conclus qu’une telle hypothèse méritait d’être étudiée. Je ne développerai pas ici la supposition déjà formulée (en premier lieu par B. Edeine) d’une éventuelle valeur protectrice ou prophylactique de la « triple enceinte », puisque ce sens essentiellement « magique », s’il était par ailleurs confirmé par la documentation, ne pourrait de toute évidence être vu que comme une corruption du sens initial qui lui, ressort sans conteste (bien qu’indirectement) des textes et de l’iconographie exégétiques de l’époque. Il importera en final de montrer que ce sens premier n’était pas inconnu au moins de certains milieux nobiliaires et que l’usage ludique des diagrammes n’était pas exclusif d’une connaissance, même superficielle, de leur contenu.

On sait que les jeux de marelles à main, sous leurs diverses formes, étaient très en vogue à la fin du Moyen Age. Rien cependant ne permet de laisser penser qu’ils furent, à l’instar des échecs, plus ou moins réservés aux classes dirigeantes, même si celles-ci s’y adonnèrent avec passion et en firent, nous le verrons, un jeu de cour. Tandis qu’ils disposaient peut être de boîtes de jeux ouvragées (les seules qui nous sont conservées sont tardives et datent surtout du XVIe siècle), le menu peuple se contentait de graver ses tabliers sur toutes sortes de supports, et surtout en tous lieux, puisqu’on les retrouve sur les bancs de pierre des églises médiévales (en Italie notamment) ou même en pleine nature, sous forme de graffiti sur des roches, sans doute par le fait de bergers désoeuvrés, puisque la marelle en forme de « triple enceinte » était encore appelée au XXe s. « jeu du berger » dans certaines régions de France. L’abondance et la diversité des lieux où figurent de tels tableaux géométriques, gravés horizontalement et donc ne laissant ainsi aucun doute sur leur destination, témoigne assez de la diffusion des jeux de marelle par le passé, et donc au Moyen Age finissant, période qui nous intéresse ici. Il est difficile d’apprécier la valeur symbolique attribuée à ces diagrammes de jeux par leurs utilisateurs, tous états confondus et sans faire aucune distinction. Car les documents font défauts, et de plus, ne sont évidemment pas égaux: l’histoire est écrite par les classes dominantes, donc lettrées, et si l’on sait quel contenu symbolique et quel sens éducatif revêtait par exemple le jeu d’échecs pour la classe noble à partir du XIIIe s.(comme nous le verrons plus loin), nous ignorons tout des idées que le peuple se faisait des jeux qu’il pratiquait. Ce que l’on sait en somme d’après les moralistes du temps, c’est qu’on s’y ruinait, qu’on y blasphémait et que tout ça se terminait parfois en rixes; toutes choses donc qui mettaient en péril le salut de l’âme et qui motivèrent, de la part des autorités religieuses ou laïques, anathèmes et interdits successifs.

JEUX DE COMBAT, JEUX COURTOIS

Les documents dont nous disposons concernant les jeux de « table » touchent la noblesse, c’est-à-dire les gens de guerre, sujet qui nous intéresse principalement ici. On sait par ses comptes que le duc Charles d’Orléans (1394-1465), également comte de Blois, était, outre le poète que nous connaissons encore aujourd’hui, grand amateur d’échecs, de tables (aujourd’hui appelées tric-trac) ou de marelles. Il pratiquait les échecs journellement avec ses familiers et les gens de son service, et jouait de tout, en toutes circonstances et en tous lieux: dans son château de Blois, dans ses maisons de plaisance, durant ses déplacements même lorsqu’il voyageait par bateau, comme le révèlent encore les comptes (1). Sa troisième femme Marie de Clèves suivait cette habitude, jouant fréquemment à son tour avec son intendant Guiot Pot ou son domestique. Charles était si passionné qu’il financa le séjour à Blois d’un joueur d’échecs professionnel d’origine lombarde, Juvenal negro, dont il fut le partenaire acharné. Il avait en fait de qui tenir: son propre père, Louis d’Orléans, qu’il connut assez mal puisque ce dernier mourut assassiné par ordre de Jean-sans-peur en 1407, avait été lui-même un joueur invétéré qui, dit-on, dilapidait sa fortune la nuit sur les tables de jeu tandis qu’il vivait en parfait dévôt le jour; et il semblerait qu’il en ait bien été ainsi de toute la haute aristocratie. Si l’on sait que le jeu d’échecs était un jeu principalement nobiliaire, on sait aussi que toutes sortes de jeux de « table » étaient depuis longtemps pratiqués dans les cours, dont les diverses sortes de marelles dont on voit précisément les diagrammes sur les murs des châteaux de la même époque. En témoigne le célèbre Livre des jeux (El libro de ajedrez, dados et tablas) écrit au XIIIe siècle par le roi de Castille Alphonse X le Sage. L’ouvrage richement illustré présente en plans les divers tableaux de jeux du moment, et les marelles (alquerque) y figurent naturellement en bonne place (Fig. 1).

Fig. 1: tablier de marelle à neuf pions, miniature du Traité des jeux d’Alphonse X le Sage, XIIIe s.

(source: http://games.rengeekcentral.com/F93R.html)

Un autre manuscrit dont nous allons maintenant parler plus longuement vient confirmer le goût de Charles d’Orléans pour les jeux de « table », puisqu’il s’agit de son propre manuel de jeu, annoté de sa main et timbré de ses propres armes, ouvrage consultable encore aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale (ms. Lat. 10286). Diffusé sous le nom de Bonus Socius, le texte est inspiré de manuscrits arabes antérieurs et connut plusieurs traductions en français (dialecte picard) au XIVe siècle, date de l’exemplaire du comte de Blois. Ce n’est pas un traité des jeux mais il contient plusieurs recueils de « problèmes » ou de « fins de parties », à la manière des problèmes d’échecs connus encore aujourd’hui. Le volume comprend trois recueils qui traitent donc successivement des problèmes d’échecs, de tables et de marelle. L’auteur de la première partie, qui fut écrite à la requête de joueurs nous dit-on, nous est connu puisqu’il s’agit du lombard Nicolas Nicolaï, peut-être médecin de son état, qui vécut au XIIIe siècle. Le goût du comte de Blois pour les jeux ne pouvait manquer, ainsi qu’il était d’usage à l’époque, de se doubler d’un goût égal pour les images et les histoires symboliques, et le manuscrit du Lombard en témoigne: le volume comporte en ouverture une grande miniature sur fond d’or à deux compartiments; l’un, supérieur, renferme une scène de bataille; l’autre, inférieur, représente un chevalier jouant avec une dame. Elle illustre une histoire de l’origine des échecs telle que la rapporte Nicolaï, origine courtoise c’est à noter, c’est-à-dire chevaleresque et nobiliaire (Charles d’Orléans fut, rappelons-le, fait chevalier la veille de la bataille d’Azincourt), où guerre et amour se mêlent: ainsi durant le siège de Troie (2): un chevalier et son amie observant les mouvements de la bataille opposant les Grecs aux Troyens, établirent les règles du jeu d’échecs suivant les divers mouvements des forces en présence. La cité détruite, le chevalier et sa Dame regagnèrent leur pays d’origine, la Lombardie, et répandirent le jeu dans toute la région. C’est pourquoi les Lombards furent réputés être les meilleurs joueurs du monde (et Charles d’Orléans tentera, nous l’avons vu, d’en faire lui-même l’expérience). Nicolaï conseille par ailleurs à tous les gens nobles d’étudier les échecs, et rappelle que c’est un jeu d’amour puisqu’il vint premièrement de l’amour d’un amant et de sa Dame. le jeu d’échecs ainsi conçu, Nicolaï le décrit encore comme un combat où toute la société est représentée. Cette idée est bien de son temps, et le recueil de Charles en témoigne: aux trois recueils « pratiques » s’adjoint en effet un dernier livre, un traité célèbre en son temps qui témoigne de la valeur emblématique attachée au jeu d’échecs au XIIIe siècle, date de sa première rédaction. Il s’agit du livre des échecs moralisés de Jacques de Cessoles, traduit en français par Jean de Vignay. Il a déjà été question de cet ouvrage dans mon étude citée en introduction de ce texte. Je me bornerai donc à noter, pour ce qui nous intéresse ici, que le caractère allégorique du jeu d’échecs (pièces et tablier), dans une visée pédagogique (il est destiné à l’éducation des nobles), y est clairement affirmé et développé. La présence d’un tel ouvrage dans le recueil de Charles d’Orléans, qu’il fit sans doute relier lui-même à la suite de son « manuel  » de jeu puisque ses armes figurent dans la capitale initiale du manuscrit, dit assez qu’à son époque, les aspects spirituels (ici éthiques) d’une chose triviale, n’étaient pas séparés de cette chose même, comme, en somme, l’esprit n’était pas séparé du corps.

Pour en revenir aux recueils de jeux proprement dit qui forment la majorité du « manuel » de Charles d’Orléans, et pour en achever la description, on peut noter que ceux qui suivent le manuscrit de Nicolaï ne sont pas de sa main. L’un et l’autre ont cependant la même destination: offrir en guise d’exercice à la sagacité du joueur des « problèmes » à résoudre, illustrés comme précédemment par des miniatures. Le dernier, qui concerne le jeu de marelle à neuf pions (« triple enceinte ») ne dit évidemment rien d’autre que les précédents, et si les pièces du jeu s’y nomment la lune, l’étoile, le rond, le carré, la croix, l’écu, c’est que ces distinctions permettent d’identifier les pièces dans le texte, et ont un caractère purement descriptif.

S’il est évident que Charles d’Orléans avait présent à l’esprit (comme d’ailleurs la noblesse de son temps puisque les Echecs moralisés étaient largement diffusés) le caractère symbolique du jeu d’échecs, qu’il pratiquait rappelons-le tous les jours, en était-il de même du jeu de marelle à neuf pions, et surtout de son tableau? Aucune preuve formelle et directe ne vient répondre à cette question, mais on peut toutefois affirmer qu’une interprétation anagogique du diagramme de jeu de marelle sur lequel il aimait tant jouer ne lui était peut-être pas inconnue; et que d’autre part, les milieux nobiliaires des XIVe et XVe siècles liés à la couronne des Valois, usaient parfois de ce même diagramme comme d’un symbole, dont on peut supposer que le sens n’était pas très différent de celui que nous avons tenté d’établir dans une précédente étude.

LA « TRIPLE ENCEINTE » A LA COUR

Un peu plus d’un an après la mort de son père Louis d’Orléans (1336-1407) et seulement six jours après le décès de sa mère Valentine de Milan (1368-1408), Charles d’Orléans, aîné de la famille, est émancipé par lettres royales données à Tours le 10 décembre 1408, soit à l’âge de 14 ans. Il devient ainsi chef des Orléans et responsable de sa soeur Marguerite (1404-1466 ou 1468), qui épousera Richard de Bretagne fils du duc Jean V de Montfort et comte d’Etampes, et de ses trois frères Jean (1459-1496) futur comte d’Angoulême et seigneur de Romorantin, Philippe (1396-1420), futur comte de Vertus et Jean « bâtard » (1402-1468), futur comte de Dunois, célèbre capitaine qui assura la défense d’Orléans et fut aux côtés de Jeanne d’Arc (1429). En sa qualité d’aîné, Charles recueille par héritage le duché d’Orléans et, ce qui nous intéresse ici, le comté de Blois (3). Après son retour de vingt-cinq ans d’emprisonnement en Angleterre (il avait été fait prisonnier au désastre d’Azincourt), et par suite de l’échec de sa campagne militaire en Italie en revendication des droits sur le duché de Milan hérité de sa mère Valentine Visconti (1446-1447), Charles se retire dans son comté de Blois dont il ne sortira pratiquement plus, ne s’occupant, au milieu des fastes de sa cour, que de la gestion de ses biens, de sa bibliothèque, enrichie des ouvrages rapportés d’Angleterre, de joutes poétiques et courtoises (qui virent s’exercer entre-autres les ducs de Nevers, d’Alencon et d’Etampes) et bien entendu, de jeu. Or, c’est précisément dans ce même comté (ou à ses frontières) et, rappelons-le, dans le sillage des Valois, qu’on trouvera, en cette fin de Moyen Age, de rares expressions architecturales d’une conception symbolique du jeu de marelle. En premier lieu sur le logis de briques d’un personnage d’une importance devenue considérable à force de volonté et de batailles, Philippe du Moulin.

L’homme est né pense-t-on vers 1430 (4), soit durant la captivité anglaise de Charles d’Orléans, d’une famille assez obscure de propriétaires terriens détenteurs d’un franc-alleu (c’est-à-dire une possession qui n’est tenue en fief de personne) sur les terres de Lassay, à proximité de Romorantin (5). A cette époque, la charge de la défense de la maison d’Orléans et de ses possessions n’est plus assurée (en remplacement de Charles prisonnier) par Philippe de Vertus, puisqu’il est mort de la peste en 1420 à Beaugency. C’est donc Jean « bâtard », frère bien aimé du duc, qui remplit cet office, et se trouve donc à assumer le comté de Blois. Cette charge lui sera retirée en 1439 en échange des comté de Dunois et vicomté de Châteaudun; et en 1440, Charles d’Orléans libéré foulera de nouveau le sol français. On ne sait si Philippe du Moulin l’accompagna dans sa campagne d’Italie en 1447, c’est à dire environ à l’âge de 17 ans (6). C’est tout à fait possible, l’âge de la majorité d’un garçon étant, à cette époque, fixée à 14 ans, mais non obligatoire, puisque Philippe (à supposer que son père, dont nous ignorons presque tout sauf le nom, fût mort) n’avait légalement aucun suzerain et ne tenait sa terre que de lui seul. Cette position, ainsi certainement que sa bonne fortune, auront quarante ans plus tard pris un nouveau tour: Philippe (on le nomme encore « écuyer ») rendra alors foi et hommage à Charles d’Angoulême ((1459-1496) seigneur de Romorantin, fils de Jean d’Angoulême (qui fut lui-même prisonnier des Anglais durant 33 ans) et neveu de Charles d’Orléans (également futur père de François 1er), entreprenant d’édifier son propre château, un peu à l’écart de la demeure familiale. On pense qu’il participa à la guerre folle (1485) aux côtés d’Anne de Beaujeu (1446-1522) contre les princes rebelles, durant la régence qu’elle exerca pendant la minorité de son frère Charles VIII. Il dut en être ainsi car dix ans plus tard, son désormais suzerain Charles d’Angoulême l’autorisa à fortifier son château et lui accorda le droit de haute et basse justice, privilège considérable, en raison des services rendus au roi et à lui-même. Il semblerai donc que la présence de la cour des Valois en Touraine, en Blaisois et dans la Sologne ainsi que ses hauts faits de guerre aient permis à Philippe une ascension exceptionnelle, ce qu’il exprimera dans la devise qu’il fit graver sur la porte d’entrée de son château : A DEO ET VICTRIB ARM (A deo et victribus armis), c’est à dire « Avec l’aide de Dieu et aux armes victorieuses ». Il fit orner le logis de briques de son château de deux diagrammes de marelles: une « triple enceinte » et une « marelle simple » (figures qui rappelons-le, sont fréquemment associées dans les graffiti) sans doute dans les années 1480, c’est à dire avant la construction des fortifications (Fig. 2).

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Fig. 2: « Triple enceinte » du château du Moulin, XVe siècle (source: Le journal de la Sologne

n°49, juillet 1985).

Or deux nouvelles constructions de briques, ornées également chacune d’une « triple enceinte », verrons également le jour à la fin du XVe siècle et, ce qui est remarquable, dans la zone géographique qui nous intéresse. Tout d’abord, en relation directe avec la cour royale, le château de Gien, à quelque distance d’Orléans, bâti par Anne de Beaujeu soeur de Charles VIII, pour laquelle nous l’avons vu Philippe du Moulin combattit; puis curieusement une construction modeste, que l’on sait avoir été une ancienne auberge au XVIe siècle, à la Ferté-Avrain (aujourd’hui Ferté-Beauharnais) en Sologne, à peu de distance du château du Moulin (Fig. 3).

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Fig. 3: « Triple enceinte » de l’auberge de l’Ecu de France à la Ferté-Beauharnais, XVe siècle (Photo de l’auteur).

Charles d’Orléans grand amateur de « mereles » aurait certainement apprécié, mais il n’était évidemment plus de ce monde. Mort en 1465, il laissa le comté de Blois à son fils Louis, qui, devenu en 1498 roi de France sous le nom de Louis XII, rapprochait ainsi le comté de la couronne, cette même couronne que Philippe du Moulin servit avec acharnement. Ce dernier s’illustra bien sûr dans les campagnes militaires de Charles VIII , en Guyenne, en Bretagne et surtout en Italie pour la reconquête du royaume de Naples, et sauva même, ainsi que le rapportent les chroniqueurs, la vie du roi à la bataille de Fornoue (1495). Il y fut d’ailleurs fait chevalier, mais ce ne n’était que le moindre de ses titres puisque sa pierre tombale, toujours visible à l’église de Lassay, nous révèle qu’il était à sa mort (1506) conseiller et chambellan ordinaire du roi Louis XII, et qu’il était noble. Il semble donc indiscutable que les diagrammes de marelles revêtaient, dans la haute noblesse et spécialement à la cour des Valois au XVe siècle, un sens symbolique certain, et de plus suffisamment important pour pour qu’on les fasse figurer sur des bâtiments de prestige (7). Je ne retiendrai pas ici la théorie selon laquelle la « triple enceinte » du Moulin pourrait constituer une arme parlante, ainsi qu’il était d’usage à l’époque. Je me suis déjà exprimé sur cette question dans l’étude citée plus haut, à laquelle je convie le lecteur de se reporter, tout en ajoutant que l’appellation de « moulin » donnée aux marelles à main en Sologne et ailleurs, encore au XXe siècle, n’est attestée par aucun texte de l’époque qui nous concerne ici. Il est enfin remarquable de constater que le Loir-et-Cher actuel possède d’autres sites en rapport avec la « triple enceinte », et qui sont donc compris dans dans cette même zone géographique appartenant à l’ancien comté de Blois ou proche de ses frontières, et pour certains, en relation directe ou indirecte avec les Valois-Angoulême. Je me contenterai de les citer, accompagnant cette nomenclature de brèves remarques intéressant cette étude. « Triple enceinte » et « marelle simple » ont ainsi été relevées sous forme de graffiti sur les murs de l’église Saint-Aignan de Billy (XIe s.-XVes.), au nord de Selles-sur-Cher, à très peu de distance de Romorantin. On peut noter pour mémoire que Jehan de Billy était veneur du comte de Blois Louis d’Orléans (Fig. 4).

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Fig. 4: graffiti de l’église de Billy (relevés: J. M. Lorain. Source: Patrimoine de notre commune

n° 24).

Autres graffiti de « triples enceintes » au château de chambord (XVIe s.), à l’entrée des appartements de François 1er (fils de Charles d’Angoulême rappelons-le): deux figures présentent un dérivé fréquent dans les graffiti, avec l’adjonction de diagonales. Enfin, on trouve une nouvelle « triple enceinte » graffitée sur la facade occidentale de l’église St-Aignan de Lanthenay (XIIe-XVIe s.), ancienne commune jouxtant Romorantin et qui lui est aujourd’hui rattachée. Toujours en Sologne, on peut citer les étranges structures de pierre de Choussy, sur lesquelles je ne m’étendrai pas puisqu’ elles ont été examinées en détail sur ce blog (Cf. Les structures de Choussy) et dont on peut dater avec un minimum de vraisemblance l’utilisation (sinon la construction) vers les XIVe-XVe siècles. Proche de Blois, le long de la Loire, il faut bien sûr mentionner la gravure de « triple enceinte » de la pierre de Suèvres, que je crois médiévale, sujet qui a été lui aussi traité sur ce blog (Cf. La pierre du songe ou l’invention de la triple enceinte et La marelle de Suèvres est-elle une triple enceinte?) (8). Et pour finir, citons la « triple enceinte » gravée à la base d’un contrefort du XVe siècle de l’Eglise de Ste-Gemmes (XIIe s.), près de Vendôme, sur une pierre qu’on pense peut-être à tort être de réemploi. L’église, sous les vocables de Ste Gemmes et St Gilles était le siège d’un prieuré relevant de l’abbaye de Marmoutiers. La seigneurie de Ste-Gemmes appartenait d’ailleurs aux moines, qui étaient feudataires du comte de Vendôme, c’est-à-dire de la maison royale de Bourbon-Vendôme titulaire du comté depuis 1403. On peut noter pour notre étude que le comte de Vendôme partagea la captivité de Charles d’Orléans en Angleterre à la suite de la défaite d’Azincourt.

Ainsi donc, la « triple enceinte » semble décidément intéresser cette zone géographique et politique gravitant immédiatement autour de la cour royale. « Triple enceinte » symbolique puisque n’ayant manifestement (si l’on excepte celle de Suèvres) pu servir de tableau de Jeu. Or, nombre de hauts personnages cités plus haut dans cette étude, et qui ont fait cette cour, on aussi un ascendant commun qui nous ramène sans conteste à l’idée que la « triple enceinte » symbolique était bien un concept en vigueur dans ce milieu de la plus haute noblesse, et que ce concept était d’origine religieuse. Je veux parler ici du roi Charles V (1338-1380) (9), dit le roi Sage parce qu’il était savant et lettré (comme d’ailleurs beaucoup de ses descendants), et qu’il fonda la librairie royale du Louvres, ancêtre de notre Bibliothèque Nationale. Charles d’Orléans et son frère Jean se disputèrent d’ailleurs ses livres lorsqu’ils furent mis en vente à Londres par le duc de Bedford. On trouve dans deux inventaires de ses biens, effectués respectivement en 1380 et 1420, qu’il a possédé « Ung très petit reliquaire d’or en façon d’un eschicquier d’un costé et de merelier d’autre (10) »; ce qui dit assez la valeur particulière attachée à ces tableaux de jeux à cette époque, valeur entendue par certains au moins, dont on peut conclure après ce qui a été dit qu’elle se transmettait aux générations successives et qu’elle ne pouvait être en contradiction avec le caractère sacré d’un reliquaire.

CITE TERRESTRE, CITE CELESTE

Ces notices d’inventaire sont laconiques on le voit et ne précisent pas exactement quel type de marellier orne le reliquaire royal. Reproduit-il la forme d’une « triple enceinte » ou d’une « marelle simple »? Je crois, malgré évidemment l’absence de toute preuve concrète, que l’on peut, sans trop d’erreur pencher pour la première solution, hypothèse que je vais tâcher de justifier ici.

Le sens symbolique de l’échiquier à l’époque de Charles V nous est bien connu, il nous est révélé par les textes nous l’avons vu. Il est d’ailleurs bon de préciser que le manuscrit de Jacques de Cessoles fut l’objet d’une très large diffusion dans toute l’Europe. Il eut de nombreuses adaptations ou inspira d’autres traités jusqu’au XVe siècle. Ill fut par exemple adjoint à plusieurs versions du Libvre du bon Jehan duc de Bretagne écrit par le chanoine breton Guillaume de St-André pour le duc de Bretagne Jean V, sous le règne de Jean II qui fut père de Charles V, mais sous une forme versifiée. Il n’est pas au XVe siècle encore, de bibliothèque princière qui n’en possédât au moins un exemplaire. Il eut un impact considérable, et on peu tenir comme acquis qu’il inffluenca et modela profondément la conscience aristocratique. L’échiquier y représente donc la cité terrestre, celle que les rois, les princes et l’ensemble de la noblesse sont précisément chargés de gouverner; cité allégorique car, précise Jacques de Cessoles, elle signifie aussi tout le royaume, et au-delà, le monde lui-même. Nous avons vu également que, selon une hypothèse que je crois confirmée par l’exégèse architecturale répandue encore à la fin du Moyen Age, la « triple enceinte » est une représentation schématique de la Cité céleste, construite par Dieu et lieu de sa « résidence », archétype qui trouve son expression scriptuaire et prophétique dans le Temple-ville de la visison d’Ezéchiel et la Jérusalem céleste de l’Apocalypse de Saint jean. Si l’on retient donc mon hypothèse de départ, on ne peut manquer de constater que cette dialectique des deux tableaux de jeu prend sens, celui des deux cités, terrestre et Céleste, cosmologique et métaphysique, traduites géométriquement sur le reliquaire de Charles V sous une forme allégorique et ludique, parce qu’elle est d’abord un topos bien connu de la culture médiévale, dont l’origine pourrait achever d’expliquer la présence conjointe de ces figures d’apparence triviale sur un objet sacré. Ce thème en effet a été développé par Saint Augustin dans sa Cité de Dieu (De Civitate Dei contra paganos), ouvrage majeur qu’il composa dans sa viellesse entre 411 et 427, et qui ne cessera d’être copié et recopié jusqu’à la fin du Moyen Age. On sait d’ailleurs que Charles V en possédait au moins un exemplaire, dans sa traduction par Raoul de Presle. Il y est question de la coexistence et de la lutte entre la cité terrestre et la Cité céleste, dont l’origine se trouve dans la lutte entre les mauvais et les bons anges. Dans la première c’est-à-dire la cité temporelle, type de toutes les cités construites par les hommes, l’homme recherche à tort la paix dans la jouissance des biens du monde. L’iconographie médiévale des miniatures la représente comme une structure circulaire compartimentée, chaque section mettant en scène de façon très anecdotique un vice et la vertu qui lui est contraire, sous la forme allégorique d’activités ou de comportements humains: par exemple, à l’acédie (la paresse), personnifiée par un homme alité, s’oppose la diligence de charpentiers équarrissant ou sciant une poutre. Et c’est bien de lutte de la vertu contre le vice dont il est question dans la genèse et dans la fonction pédagogique et programmatique du jeu d’échecs si l’on en croit Jacques de Cessoles (qui conteste l’origine Troyenne et laïque rapportée par Nicolas Nicolaï): il fut en effet créé par un philosophe (c’est-à-dire en somme, un clerc païen), à la demande du peuple, pour faire aimer la vertu au despote bestial et impie de Babylone, et pour apprendre à la noblesse de la ville à lutter contre le vice d’oisiveté. Babylone est bien le type biblique de la corruption et du péché (on se souvient de la tour de Babel), et l’on voit dans cette métaphore cléricale (Jacques de Cessoles est un Frère Prêcheur) une critique non dissimulée des moeurs de la noblesse et une volonté d’amender ses représentants, qui font trop souvent le malheur de la société dont ils ont la charge par leur incurie, leur violence et leur impiété. Ceux dont le rôle principal est de combattre doivent ainsi avant tout s’affronter eux-mêmes dans le combat intérieur, c’est tout le sens de la pédagogie du jeu d’échecs. Mais derrière ce simple point de vue moral (ou tropologique), il convient à mon sens de chercher un sens plus profond, c’est-à-dire proprement théologique: l’échiquier représente ce monde, au plein sens évangélique, ainsi que l’interprète Jean de Galles, s’inspirant de Jacques de cessoles à la fin du XVe siècle (Communiloqium sive summa collationum, publié à Strasbourg en 1489), c’est-à-dire le monde de la chute où l’homme pécheur est marqué par la division puisque séparé de Dieu. Ainsi pour lui, le quadrillage noir et blanc symbolise la double condition de la vie et de la mort, de la grâce et de la faute, auquel est soumis l’homme chassé du Paradis. C’est donc très généralement de dualité des contraires dont il est question dans l’allégorie du jeu d’échecs, dualité ou division qui marque ce monde et la condition de l’homme: vertu et vice chez Jacques de Cessoles, amour et combat dans la rhétorique courtoise de Nicolas Nicolaï, vie et mort, grâce et faute, mais aussi homme et femme (chevalier et Dame chez Nicolaï), époux et épouse, clerc et laïc, riche et pauvre dans les Gesta romanorum à l’honneur durant tout le Moyen Age, qui s’inspirent aussi de ce thème. Et il est naturel qu’il en soit ainsi puisque la cité terrestre trouve son origine dans les mauvais anges ainsi que le suggère saint Augustin. Le Tentateur n’est-il pas diabolos, c’est-à-dire littéralement celui qui désunit, qui divise? On comprend alors pourquoi, au XVIe siècle encore, Albrecht Dürer fit figurer le diable auprès d’un chevalier, dans sa gravure Le chevalier, la mort, le diable.

L’échiquier propose donc un modèle cosmologique et sacré, et le jeu d’échecs un modèle d’action licite pour ceux qui sont appelés à organiser et gouverner ce monde de la chute, modèle rappelons-le d’origine cléricale, ainsi qu’il était d’usage au Moyen Age. C »est dans ce sens qu’il convient à mon sens d’interpréter la présence d’un échiquier sur les murs du château de René d’Anjou à Tarascon, dans la salle dite aujourd’hui « des galères ». Il est accompagné d’un jeu de tables (tric-trac), lui aussi incontestablement chargé de sens, et surmonté d’une représentation du calvaire, indiquant la nature spirituelle des symboles dont il est question. La salle comporte aussi des représentations très documentées de bateaux et le dessin simplifié d’une forteresse, tous éléments qui indiquent bien que l’ensemble participe de l’allégorie architecturale (11). On peut noter pour mémoire que Charles d’Orléans était très lié au roi René et fut recu dans son chateau alors qu’il était sur le chemin de l’Italie.

DES SYMBOLES ET DES LIVRES

A la cité temporelle, représentée chez Jacques de Cessoles par l’échiquier, s’oppose la Cité éternelle construite par les justes et dans une illustration de La Cité de Dieu traduite par Raoul de Presles pour Charles V, ce sont bien sûr des moines et des clercs qui la bâtissent, sous la direction de l’amour de Dieu personnifié par une femme couronnée. Cette Cité de Dieu domine la cité terrestre dans l’iconographie du temps, lieu de comtemplation cette fois-ci de l’Un, où les âmes vertueuses et victorieuses trouvent la récompense éternelle de leur combat spirituel dans la cité terrestre. Je ne m’étendrai pas plus avant sur le sens exégétique du symbole du Temple-Cité céleste, tel qu’il a été développé par la théologie et spécialement chez les victorins, puisque la question est assez vaste et mérite une étude à part entière que je me propose de rédiger dans un proche avenir. Cette question, qui concerne le sens du symbolisme architectural et géométrique comme théorie et comme pratique spirituelles au Moyen Age touche évidemment de près comme je l’ai dit à l’interprétation de la « triple enceinte », et permettra je l’espère d’éclairer mieux encore la signification profonde et le rôle de cette figure dans l’esprit d’un homme de ce temps. Il me semble donc que l’hypothèse de la coexistence d’un échiquier et d’un marellier de type « triple enceinte » sur le reliquaire de Charles V est une possibilité qui prend, après ce qui vient être dit, tout son sens (12).

Il est certains que Charles d’Orléans n’ignorait pas la tradition exégétique sur laquelle je m’appuie pour interpréter le sens symbolique du diagramme de jeu de marelle. Sa librairie, dont nous connaissons le contenu, témoigne que l’interprétation métaphysique de structures architecturales en forme de « triples enceintes », était connue du comte de Blois et de son père: un inventaire du début du XVe siècle mentionne en effet « L’appostille de maistre Nicole de Lire, en trois grans volumes tous neufs, historiée et enluminée d’or et d’azur, en lettre de forme, toute neufve, a chacun quatre fermouers de cuivre couvers de cuir rouge marqueté ». L’ouvrage est illustré, on devait donc y trouver le schéma des parvis et des portes du Temple qui figurent, avec diverses variantes, dans tous les manuscrits de cet ouvrage qui nous ont été conservés, et qui inspira rappelons-le la gravure de la Chronique universelle (1493) dont j’ai parlé dans ma précédente étude. Charles d’Orléans était un prince lettré, grand amateurs de livres, et de plus très pieux comme le rapportent les chroniqueurs. On ne peut ainsi douter qu’il ait lu et peut-être médité les Postilla in Bibliam du Franciscain Nicolas de Lyre, d’ailleurs commentaires standards de la Bible en cette fin de Moyen Age. Il en eut d’ailleurs l’occasion très jeune, puisque son père avait acquis l’ouvrage d’un prêtre nommé Guillaume Daniel en 1398. Le manuscrit ne quittera la bibliothèque comtale qu’une dizaine d’années après la mort de Charles d’Orléans, en 1477, lorsque sa veuve Marie de clèves le cèdera aux Frères mineurs de blois, ainsi que deux maisons, pour la fondation d’une messe de Saint -Francois et deux messes des morts pour elle-même et pour l’âme de son époux. Certains exemplaires de l’ouvrage présentent même curieusement, en dépit du texte scriptuaire, une illustration où quatre chemins traversent les parvis du Temple, achevant d’identifier cette figure avec notre « triple enceinte » (Fig. 5).

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Fig. 5: plan schématique des parvis et des portes du Temple, Postilla in Bibliam de Nicolas de Lyre, ms. de la fin du XVe siècle (B. M. Tours, ms. 0054, f° 240. Source:

http://www.enluminures.culture.fr)

Plus encore, et dans le même ordre d’idées, on peut affirmer que Charles d’Orléans n’ignorait pas non plus certaines oeuvres importantes de la tradition victorine, puisqu’est également signalé dans l’inventaire de sa bibliothèque le Liber de Arca Noe d’Hugues de Saint-Victor, où les principes et le sens de l’exégèse architecturale sont très précisément énoncés. L’ouvrage dut d’ailleurs appartenir à Louis d’Orléans: il est en effet orné d’une capitale initiale aux armes des Orléans-Milan. On voit que suffisamment d’éléments concordants viennent confirmer l’hypothèse selon laquelle la « triple enceinte » pourrait bien représenter, pour un homme lettré de ce temps et de ce milieu, la Cité céleste.

La « marelle simple » dut, elle aussi, posséder un contenu symbolique précis puisqu’on la trouve également représentée sur les murs, au château du Moulin je l’ai dit, mais aussi dans les graffiti, où elle est d’ailleurs souvent associée à la « triple enceinte », ainsi et c’est à noter, que dans l’emblématique héraldique. Seulement dans l’état actuel de mes recherches, je ne puis rien en dire d »achevé, et renvoie donc le lecteur aux observations faites à ce sujet dans ma précédente étude.

On a pu par ailleurs remarquer que d’autres tableaux de jeu ont été susceptibles de recevoir un contenu symbolique, comme nous l’avons vu du jeu de tables des graffiti de Tarascon, jeu que Charles d’Orléans prit d’ailleurs pour thème d’un poème allégorique. Les éléments documentaires faisant malheureusement défaut, il n’est guère possible actuellement d’assigner à chacun des jeux pratiqués au Moyen Age une signification un tant soit peu précise. On peut se douter toutefois qu’un caractère cosmologique devait leur être globalement attaché (13). Une autre figure fréquemment relevée dans les graffiti en association qui intéresse directement ce qui vient d’être dit mérite par contre qu’on s’y arrête. Il s’agit des représentations de grille orthogonale, en général tracées hâtivement et à main levée, avec une forme générale et un nombre de divisions variables. Leur structure visualise un principe des plus élémentaires de division géométrique d’une surface, qui ne peut manquer d’évoquer le maillage-même de l’échiquier, c’est-à-dire, en somme le maillage symbolique du monde (14). Le rapprochement semble se justifier parce que la grille est fréquemment représentée en association directe avec la « triple enceinte », par exemple dans le couloir sud-ouest du 2e étage du grand donjon de Loches, où ce couplage est représenté deux fois: sur l’arc de la fenêtre ouest, sur deux pierres contigües, et à la base du mur nord, en face de l’archère sud. On est par ailleurs certains que ces graffiti sont médiévaux, comme tous ceux de ce couloir, ainsi que je m’en suis expliqué dans deux précédentes études. On retrouve donc là cette dialectique Céleste/terrestre (spirituel/mondain) dont il a été parlé plus haut, en lien avec des conceptions géométriques et architecturales ainsi que je l’ai brièvement expliqué dans l’étude qui a servi de base à ce travail. C’est à partir de ce sens général qu’on doit à mon avis interpréter un graffiti resté jusqu’alors obscur, présent sur les parois de l’abri orné de Montonneau à Vayres-sur-Essonne (91), et qui représente une « triple enceinte » encerclée par un quadrillage (Fig. 7). Enfin l’assimilation de ces grilles avec la structure de l’échiquier semble confirmée par un graffiti de la tour Philippe-Auguste de Loches: un maillage orthogonal grossièrement tracé y est est marqué de points, une case sur deux, évoquant l’alternance des cases noires et blanches de notre tableau de jeu. L’analogie s’arrête là, puisqu’on peut noter que les considérations numériques (nombre de cases) ne semblent pas retenues dans tous les cas, le principe aléatoire de division de l’espace exprimant seul le concept de maillage cosmique (15).

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Fig. 7: « triple enceinte » cernée d’un quadrillage, graffiti de Vaynes-sur Essonne (source: Archéologie en Essonne. Actes de la journée archéologique de Milly-la-Forêt, 18 oct 1997).

QUESTION D’ESOTERISME

Je ne développerai pas ici toutes les conclusions qu’il est possible de tirer des constats qui forment cette étude, et qui permettraient d’éclairer mieux encore ce qu’il est convenu d’appeler la mentalité médiévale.On peut toutefois faire brièvement remarquer une fois de plus, s’il est encore nécessaire, que rares sont les choses humaines qui échappent, à cette époque, aux conceptions théologiques du temps, qui les fonde et justifie leur finalité même qui est la restitution de l’homme échu en ce monde dans sa nature primitive et divine, ce que ne cessent de répéter les théologiens. Quel que soit le degré de participation individuel réel à ce programme, il est évident que cette conception finaliste irriguait presque universellemnt les esprits, consciemment ou non, au moins collectivement, et c’est à mon sens à la seule condition d’admettre pleinement ce principe (si loin évidemment de nos conceptions modernes) que l’on peut interpréter valablement les signes et les témoignages qui nous ont été transmis. Nous venons en effet de voir que le clergé, conformément à la hiérarchie du temps (souvent d’ailleurs contestée puisque la lutte implicite ou ouverte entre les deux pouvoirs, temporel et spirituel, est une antienne de l’époque) organise l’action et lui donne sens, qui est la primauté de la contemplation sur l’action (s’inspirant en cela de l’Ecriture) c’est-à-dire en somme de la Cité céleste sur la cité terrestre. Chaque activité humaine, même triviale, doit donc trouver sa place par ce programme (bien souvent malmené d’ailleurs) dans un ordre supérieur (en premier lieu manifesté par l’ordre intangible de la société) et peut devenir le support symbolique d’une participation à ces vérités qui outrepassent le sensible, sinon de leur compréhension pleine et entière, vérités qui bien sûr ramènent toutes à Dieu. C’est donc le mythe, le symbole et le rite qui sous-tendent les pratiques quotidiennes, comme en témoignent entre autres et parfois laconiquement les vestige documentaires présentée et commentés sur ce blog. On ne s’étonnera pas qu’il ne nous soit pas resté de traces précises concernant la « triple enceinte », sinon des images récurrentes privées de tout commentaire définitivement éclairant sur leur sens, et qu’il faille procéder à une lente reconstitution à partir d’éléments épars pour en apprécier le rôle et le contenu (16). Le silence sur certaines choses qui ne sont pas destinées au plus grand nombre est une pratique habituelle au Moyen Age, touchant des questions matérielles (par exemple d’ordre technique) comme des vérités spirituelles ainsi qu’en témoignent par exemple un Bernard de Clairvaux dans son Eloge de la nouvelle milice au XIIe siècle, ou un Nicolas de Cues dans sa Sagesse de l’Idiot à la fin du Moyen Age. Toute vérité spirituelle n’est pas à mettre entre toutes les mains puisqu’il ne faut pas « jeter des perles aux pourceaux » selon le propre témoignage de l’Ecriture, afin de n’en pas dénaturer le sens intérieur, et en somme de ne pas profaner la Sagesse divine elle-même dont elle découle. Et bien que cette civilisation ne cessera de témoigner d’elle-même par l’écrit, il est évident qu’une transmission purement orale des savoirs dut être bien vivante et dut dans certains cas s’imposer, dans le peuple illettré déjà c’est évident, mais aussi dans les hautes classes de la société comme en témoigne la pratique de l’Art de mémoire héritée de l’Antiquité qui fut très vivace notamment dans les milieux monastiques, et qui connaîtra encore une longue postérité, mieux connue de nos contemporains, au cours du XVIe siècle.

Il semblerait qu’en ce qui concerne la signification de la « triple enceinte », on ait à faire au moins en partie à une transmission de ce type, si bien qu’on peut raisonnablement parler, au fond, d’ésotérisme en ce qui la concerne, c’est-à-dire de docrine intérieure réservée à un nombre restreint, pricipalement non-écrite même s’il reste des traces documentaires indirectes, doctrine dont le plein contenu nous échappe nécessairement (17). On peut toutefois dire qu’elle était partagée ainsi que nombre d’indices en témoignent, et sans doute avec diverses applications, par certains milieux de la construction et divers individus issus de la classe nobiliaire vers la fin du Moyen Age, dont il serait vain d’ailleurs de vouloir prouver les liens étroits puisque cela tombe évidemment sous le sens: les uns sont les opérateurs des châteaux, palais, forteresses dont les autres, grands constructeurs comme le furent par exemple Louis d’Orléans ou le duc de Berry, font leur usage principal et obligatoire (18). Le symbolisme constructif est d’autre part un lieu commun de la rhétorique et de la pratique monastique, et va s’ancrer à l’origine même du Christianisme. On voit donc que les trois ordres sont touchés par la question de la « triple enceinte », à divers niveaux, le sens le plus intérieur ou anagogique étant défini par le premier d’entre-eux, les sens le plus extérieurs trouvant diverses applications dans les deux autres. Il n’est pas juqu’au plus petit peuple qui ne participe d’une certaine façon, par l’entremise d’un simple jeu, à cet édifice hiérarchique et trinitaire de la connaissance, reflet de l’ordre cosmique lui-même, ce que pourraient bien traduire géométriquement les trois enceintes successives de la « triple enceinte ».

NOTES (les noms d’auteur renvoient à la bibliographie).

(1) Victor Gay, p. 126.

(2) la mention de cet événement est sans doute significative pour Charles d’Orléans car l’historiographie de l’époque assignait aux Francs et donc au royaume de France une origine Troyenne.

(3) Louis d’Orléans acquit le comté de Blois ainsi que ceux de Dunois et de Châteaudun de la famille de Chatillon, le dernier possesseur en titre de cette branche ayant perdu son fils unique mort sans enfants.

(4) Jeanne d’Arc fit bénir son étendard à Saint-Sauveur de Blois le 27 avril 1429. Une tradition orale situe le château primitif de la famille du Moulin à l’emplacement actuel de la ferme du Pont à Lassay. C’est donc là que Philippe serait né, de Jean 1er du Molin ou Mollen, écuyer, seigneur du lieu (actes de 1448 et 1454). B. Edeine a exhumé de nouvelles archives qui ont permis de reconstituer un semblant de généalogie, mais les renseignements sont très parcellaires. Il pense d’ailleurs que la famille du Moulin n’était pas noble.

(5) les alleux sont des terres souveraines dont l’origine se trouve dans les coutumes germaniques. Au cours du Moyen Age, les terres allodiales disparurent peu à peu, se confondant avec les bénéfices et les fiefs, mais il y eut toujours des possessions qui conservèrent ce caractère.

(6) Bernard Edeine suppose sans preuve que Philippe du Moulin accompagne en 1447 son suzerain Charles d’Angoulême en Italie… qui n’est pas encore son suzerain, et qui n’est évidemment pas encore né!

(7) Il est difficile, dans l’optique de cette étude, d’expliquer la présence d’une « triple enceinte » sur une ancienne auberge, attestée en 1575 sous le nom de L’écu de France. Mais les structures de Choussy posent de semblables questions d’interprétation, et beaucoup de choses restent encore à élucider concernant la « triple enceinte ». L’opinion selon laquelle la représentation d’un jeu de marelle sur son pignon serait une sorte de « publicité » pour attirer le client est vraiment peu vraisemblable. On peut d’ailleurs se demander si ce bâtiment avait cette même fonction déjà au XVe siècle.

(8) On sait qu’au tout début du XVIe siècle, « l’église et court de Sainct-Lubin » où fut découverte la pierre de Suèvres, appartenaient à la famille Lebordier qui devait être considérable si l’on en croit leurs armoiries semées de fleurs de lys, ces dernières n’étant alors qu’octroyées à des serviteurs distingués de la couronne;

bien que Guillaume Lebordier, qui fit construire le château des Forges contigu à l’église St-Lubin, n’exercât à notre connaissance aucune charge (Cf. Adrien Thibault).

(9) l’extrait généalogique suivant, qui montre les liens existant entre les personnages de la branche des Valois descendants de Charles V cités dans notre étude, permettra de mieux saisir le sens du texte:

genealogie.JPG

(Source: Claude Wenzler, Généalogie des rois de France, Rennes, 1994).

(10) Cf. Victor Gay, p. 126.

(11) Cf. le magazine Histoire médiévale, n° 27, mars 2002, pp. 38-49.

(12) Il pourrait paraître curieux que le roi Charles V ait édicté, le 3 avril 1369, une ordonnance interdisant aux sujets de son royaume la pratique de tous les jeux, notamment les jeux de tables. Cependant ce type de décret, qui n’a pas été unique dans l’histoire médiévale (et qui eut, comme les autres, peu d’effet), visait en premier lieu les dés et le recours au hasard, qui constituaient le principal moyen de jouer, et dont on faisait usage parfois dans le jeu de marelle lui-même, comme en témoigne le Livre des jeux d’Alphonse X le Sage. Un fond religieux motivait pareille interdiction des dés: le Christ avait vu en effet tiré au sort sa tunique par les soldats romains, et l’on en avait conclu que c’était au moyen de dés, ce que le texte scriptuaire pourtant ne mentionne pas. L’iconographie d’ailleurs dès le XIVe siècle mit en scène la partie de dés entre les soldats romains. Le jeu de paume, les quilles, les palets, la soule et les billes furent également concernés, en somme comme le dit l’ordonnance, tous les jeux qui n’avaient pas d’utilité pour s’exercer au maniement des armes.

(13) La « triple enceinte » comme représentation de la Jérusalem céleste a outre un sens eschatologique, une signification également cosmologique. Le Livre des jeux d’Alphonse X le sage présente une variante du jeu d’échecs appelée « échecs des quatre saisons » qui se joue à quatre joueurs, à partir des quatre coins de l’échiquier reliés entre eux par deux lignes en croix de saint-André. Le symbolisme cosmologique est encore plus nettement affirmé dans les jeux astrologiques et astronomiques présentés dans ce même ouvrage (jeu du zodiaque, jeu des sept planètes).

(14) Sur la question du « maillage », cf sur ce blog La triple enceinte comme symbole architectural,

note 52.

(15) On peut penser que le treillis losangé ou « fretté » selon la terminologie de l’époque, qui enclos la « triple enceinte » dans les trois constructions en brique de Sologne dont nous avons parlé, exprime fondamentalement ce genre de conception. D’autre part, il semble que le losange ait été symbole de pureté virginale au Moyen Age puisqu’en héraldique les écus des jeunes filles et des religieuse adoptèrent cette forme, qui leur était réservée.

(16) Un témoignage évident de cette sorte de symbole en quelque sorte « muet » nous est donné par la tapisserie dite « à la marelle » de type « mille fleurs », tissée à la fin du XVe siècle ou au début du siècle suivant dans des ateliers de bord de Loire (Musée du Louvres). Elle met en scène un lieu commun de l’époque, la noble pastorale, dans une scène de cueillette des fruits à laquelle s’adonne un premier couple d’aristocrates dans la partie droite de l’oeuvre, tandis qu’à gauche, un deuxième couple de même condition se tient debout de part et d’autre d’un marellier tenu par un troisième personnage. L’ostentation du jeu, le caractère cérémoniel des poses, montre à l’évidence que le sens d’une telle scène n’est pas purement descriptive et anecdotique. Je n’entreprendrai pas ici l’herméneutique de la scène, mais on peut toutefois remarquer que la présence d’un arbre fruitier renvoie effectivement à la Jérusalem céleste, qui en possède un en son centre selon le texte de saint Jean , « rendant son fruit chaque mois » (il s’agit d’un arbre cosmique), ainsi que l’agneau qui est figuré dans l’angle supérieur droit, puisque la Cité celeste est effectivement la « demeure de l »Agneau », symbole du Christ. On voit que cette scène concerne directement notre sujet et vient confirmer pleinement les divers constats faits au cours de cette étude, d’autant que l’oeuvre est timbrée aux armes de Thomas Bohier, qui occuppa de hautes fonctions comme chambellan et secrétaire des finances auprès de la couronne des Valois (+1524).

(17) Je sais les inconvénients qu’il y a aujourd’hui à utiliser le terme d' »ésotérisme » puisqu’il engendre presque toujours des passions contradictoires, également absurdes: mot-repoussoir pour les tenants d’un scientisme étroit, mot-miracle pour les amateurs d’élucubrations mystériques. Bien qu’il soit anachronique dans ce contexte puisque le mot est moderne (XIXe s.), il me semble qu’il parle à suffisamment de personnes (que j’espère dénuées de parti-pris) pour se justifier ici. Il est bon de noter que, contrairement à un étrange préjugé moderne, ésotérique ne signifie pas nécessairement hétérodoxe, et je rejoint parfaitement René Guénon lorsqu’il affirme qu’il exista bien, dans divers milieux au Moyen Age, une gnose réservée à un petit nombre qui n’entrait pas en contradiction avec la docrine commune mais en constituait l’approfondissement et l’aboutissement logique, au moins pour quelques individus qualifiés pour la recevoir. Il me semble qu’il y a suffisamment d’indices concordants pour penser dans ce sens, et l’étude de la « triple enceinte » le laisse au moins entrevoir à qui est dénué de préjugés.

(18) On peut illustrer brièvement ces liens, non seulement matériels mais idéologiques entre ces deux « états » de la société par deux témoignages, déjà cités dans l’étude qui a motivé ce travail et à laquelle je renvoie le lecteur, me bornant à les citer ici: la miniature de 1480 illustrant la siège de Rhodes et montrant une scène de « réception » des divers corps de métiers de la construction par Pierre d’Aubusson, grand-maître des Hospitaliers de St-Jean-de-Jérusalem; le texte « corporatif » du manuscrit Cooke (XIVe s.) qui souligne l’origine nobiliaire du métier de maçonnerie, affirmant ainsi symboliquement un rapport hiérarchique dans l’établissement des doctrines et des savoirs professionnels.

BIBLIOGRAPHIE

(Cette bibliographie n’est qu’un court complément de celle publiée dans les notes de de ma précédente étude La triple enceinte comme symbole architectural)

CHAMPION pierre, La librairie de Charles d’Orléans, Paris, 1910 / Charles d’Orléans, joueur d’échecs, Pais, 1908.

CHAMPOLLION-FIGEAC Aimé, Louis et Charles d’Orléans, leur inffluence sur les arts, la littérature et l’esprit de leur siècle…, Paris, 1844.

CHANAL Marc, Romorantin dans l’histoire, Vineuil, 1981.

CHERUEL A., Dictionnaire historique des institutions, moeurs et coutumes de la France, Paris, 1910.

COLLECTIF, Charles d’Orléans en son temps, catalogue d’exposition, château de Chateaudun, 1969.

COLLECTIF, La Ferté-Beauharnais, Patrimoine dans votre commune n° 20, Comité Départemental du Patrimoine et de l’Archéologie en Loir-et-Cher, Blois.

DENIS yves (sous la direction de), Histoire de Blois et de sa région, Toulouse, 1988.

EDEINE Bernard, Le château du Moulin à Lassay-sur-Croisne, dans Journal de la Sologne et de ses environs, n° 49, juillet 1985, pp. 5-27.

GAY Victor, Glossaire archéologique du Moyen Age et de la Renaissance , Paris, 1887.

LAURENTIE M, Histoire des ducs d’Orléans, Paris, 1832.

PERROCHOT J. Mon vieux Blois. A travers le Blois du XVe siècle, Blois, 1915.

STEVENSON, Robert-Louis, Charles d’Orléans, Londres, 1917; Paris, 1992 pour la traduction francaise.

THIBAULT Adrien, Les Forges, Suèvres, Blois, 1912.

VERDON Jean, Les loisirs en France au Moyen Age, Paris, 1980.


Boucs émissaires: Arrêtez de tuer nos innocents (Asterix or René Girard for dummies)

11 juillet, 2013
http://renaudfavier.files.wordpress.com/2011/03/asterix-1.jpgIl est dans votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. Caïphe (Jean 11: 50)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le choix du lieu lui-même est extrêmement symbolique : lieu sacré juif, où restent encore des ruines des temples hérodiens, laissé à l’abandon par les chrétiens pour marquer leur triomphe sur cette religion, il est à nouveau utilisé sous l’Islam, marquant alors la victoire sur les Chrétiens et, éventuellement, une continuité avec le judaïsme. (…) Enfin, l’historien Al-Maqdisi, au Xe siècle, écrit que le dôme a été réalisé dans la but de dépasser le Saint-Sépulcre, d’où un plan similaire, mais magnifié. De cette analyse on a pu conclure que le dôme du Rocher peut être considéré comme un message de l’Islam et des Umayyades en direction des chrétiens, des Juifs, mais également des musulmans récemment convertis (attirés par les déploiements de luxe des églises chrétiennes) pour marquer le triomphe de l’Islam. Wikipedia 
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Le gouvernement américain tue nos civils innocents. Je ne peux pas supporter de voir ce mal rester impuni. Nous, musulmans, sommes un seul corps, vous faites du mal à l’un de nous, vous nous faites du mal à tous. Je n’aime pas tuer des civils innocents. L’islam l’interdit (…), mais arrêtez de tuer nos innocents et nous arrêterons. Dzhokhar Tsarnaev
J’ai fait ma propre enquête, c’est une manipulation du FBI. Duke Latouf (Las Vegas)
Beaucoup croient que les services secrets américains sont derrière les attentats. Je suis de leur avis. Si ce n’est pas les Américains, ce sont les services secrets russes. Je ne sais pas quelles étaient leurs intentions, mais ces deux jeunes ont certainement été utilisés. Said (médecin tchéchéne, Grozhny)
Nous aurions eu une plus grande chance de déjouer Ford Hood et éventuellement, j’insiste: éventuellement, les attentats de Boston, si les bureaucraties avaient été moins réticentes à identifier les futurs tueurs comme de potentiels terroristes islamistes extrémistes. Le message qui vient d’en haut est qu’il est inapproprié de désigner quelqu’un comme un «extrémiste islamiste», quelles que soient les preuves. S’il existe une réticence à utiliser le terme d’acte djihadiste, le résultat, jour après jour, est que la bureaucratie finit par être paralysée par une peur plus grande d’appeler une personne un terroriste islamiste extrémiste. L’impact du politiquement correct sur l’enquête sur Tamerlan Tsarnaev et son frère avant les attentats de Boston n’est pas aussi évident, je ne suis pas certain que cela ait joué un rôle (…), mais la question mérite certainement d’être posée. (…) il était évident qu’il n’y allait pas pour écouter une symphonie à Moscou. Rudy Giuliani (audition à la Chambre des représentants)
C’est une chose terrible, vraiment. Le problème, c’est que [cette «perp walk» intervient] à un moment où dans la société américaine et européenne, vous êtes supposé innocent, vous êtes supposé innocent jusqu’à ce que vous soyez jugé coupable. On vous montre à tout le monde comme si vous étiez un criminel, à un moment où personne ne sait si c’est vrai ou pas. Vous êtes peut-être un criminel, peut-être pas. La preuve vient après. Ce n’est pas juste de mettre les gens dans cette position devant le reste du monde quand on ne sait pas ce qu’ils ont fait. Dominique Strauss-Kahn
Tu fais chier la terre entière avec ton aéroport de Notre-Dame-des-Landes dont tout le monde se fout. Tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes. Arnaud Montebourg (s’adressant au Premier ministre)
Ce qui compte pour moi, c’est l’action de mon gouvernement pour le redressement du pays, sous l’autorité du chef de l’État. Nous sommes une équipe, nous devons jouer collectif. Jean-Marc Ayrault
Je n’aurais pas dû être virée. Je pense que d’autres ministres que moi sont allés beaucoup plus loin!  (…) je crois que le Premier ministre a voulu faire un exemple. Comme si j’avais été le bouc émissaire, peut-être, du flottement qu’il y a depuis un certain nombre de mois. Delphine Batho
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goùt pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’amour n’est pas un cœur-à-cœur. Le modèle édénique d’un amour exclusif est une chimère théologique. Tout couple est un trio qui s’ignore. Si donc l’instinct (en l’occurrence l’appétit d’Obélix) se passe de médiateur, il n’en va pas de même pour le désir. À quoi bon rechercher le Graal s’il n’était douze compétiteurs en lice pour lui donner son prix ? Que serait le chevalier courtois sans un modèle-obstacle ? Sacha aspirerait-il à devenir maître Pokémon sans son rival Régis ? Hélène sans Ménélas serait-elle aussi belle aux yeux de l’impudent Pâris ? Tout rapport désirant implique un tiers intercesseur. (…) Le fou est toujours deux. On pense à tort qu’il a rompu d’avec la loi sociale, alors qu’il est toujours et pleinement englué dans une relation de rivalité avec un double (imaginaire ou réel, peu importe). L’aggravation de son état s’explique par l’actuelle position de son rival : s’il est en haut, lui est en bas et ainsi de suite, de pire en pire… La folie manifeste une volonté qui mord sur la puissance au point de la détruire, d’un désir sans limite qui se refuse à transiger. Être fou, c’est toujours quelque part être fou de désir. Gokool
C’est dire qu’à l’origine des crises sociales ou venant les exaspérer, il y a l’imitation. Un objet convoité par deux individus ne laissera pas de susciter le désir d’un troisième, d’un quatrième, d’une multitude d’individus, créant une dynamique d’emballement mimétique. L’objet de la discorde est très vite oublié, mais les rivalités s’aggravent et se propagent ; larvées, elles contaminent bientôt l’ensemble du corps politique. Ce climat délétère nourrit dans la cité une violence dans un premier temps latente et dispersée. Violence qui, pour être contenue, n’en porte pas moins préjudice à l’unité du groupe, mais également, en tant qu’elle ruine la nécessaire coopération entre ses membres, à l’état des récoltes, à la prospérité économique et commerciale, à l’harmonie sociale et politique. De proche en proche, cette violence s’objective et tourne en un antagonisme généralisé, marqué du sceau de l’anarchie et de l’indifférenciation (gémellité de Romulus et Remus, de Caïn et Abel ou d’Osiris et Seth). C’est le fameux état de nature hobbien, guerre potentielle-actuelle de tous contre tous. Comment dès lors éviter le carnage et restaurer la paix ? Là où Rousseau, Hobbes, Locke, sont acculés à postuler la fiction d’un contrat, Girard fait l’hypothèse d’un événement réel : la mise à mort d’une victime émissaire. Ce n’est qu’alors, au paroxysme de la crise, qu’une conversion psychologique est susceptible d’avoir lieu. Ce mécanisme salvateur aura pour résultat de convertir le tous contre tous en tous contre un ; cela au prix d’une injustice que tous auront à cœur de (se) dissimuler (…) Ultime recours face au péril de la dislocation du lien social, ce processus consiste à polariser la violence partout disséminée sur un unique individu, le coupable « idéal » – animal, homme, famille – ; un trompe violence, un pharmakon à la fois remède et poison, dont la fonction est de catalyser les haines, de les expier, seul contre tous, en proie à l’unanimité violente d’un collectif enfin réconcilié… dans la violence. Il y aurait lieu de croire que nombre de communautés aient succombé à leur propre violence et sombré dans la guerre civile, faute d’avoir su l’exorciser efficacement par le truchement d’une victime expiatoire. Ces victimes sont le plus souvent internes à la communauté (sorcières, juifs, hérétiques, esclaves, rois, vizir, éminence grise, ministre, fous du roi, ou loups dans le monde paysan) ; mais il arrive qu’elles lui soient extérieures (le saltimbanque, le voyageur ou les Nations). C’est ce dernier cas de figure que formalise Rousseau lorsqu’il conclut du citoyen qu’il est l’ennemi du genre humain (avec toutefois un dépassement possible vers la conciliation des intérêts particuliers ou nationaux par l’universalité des principes de la religion) ; c’est, selon Hobbes, la raison d’être des conflits entre les différents Etats. Quant aux critères qui président à la sélection d’une victime émissaire, ils se résument en général à son statut, son apparence, et son degré d’appartenance à la communauté. Sont en effet privilégiés les « sacrifiables » dont la mort ne risque pas de précipiter les survivants dans le cycle infini des représailles, de la vengeance de sang. D’autant que, pour être efficace, le sacrifice nécessitera la participation active (lapidations) ou symbolique (imprécations) du corps social en son entier. De ce même corps, il réclamera la conviction que la victime est imputable des méfaits dont on l’accuse – d’où la genèse du mythe. Ces conditions réalisées, la mise à mort ou le suicide contraint du condamné, en délivrant la foule de son ressentiment, permet la (ré)génération de la communauté. C’est ce pourquoi tant de tribus, de peuples, de civilisations ont un cadavre pour berceau. La victime gît devant le groupe, inerte, et le groupe hébété fait l’expérience d’une quiétude équivoque. De cette foule possédée, furieuse et cannibale qui sévissait quelques instants plus tôt, ne demeure plus qu’un chœur d’individus subitement délivré de sa faim sanguinaire. L’harmonie règne de nouveau. Un calme assourdissant succède à la tempête. Bénédiction que l’on ne manquera pas de faire l’ouvrage de la victime elle-même, apparaissant tout à la fois comme l’auteur de la crise et du miracle de la paix ressuscitée. Ce pouvoir numineux de déchaîner l’enfer comme de rétablir l’ordre est ce qui va permettre son apothéose. Le « criminel » diabolisé, est intronisé dieu. Il devient l’archétype et le dédicataire de tous les futurs sacrifiés, le Père, le Bâtisseur, l’Ancêtre fondateur. René Girard voit dans cette « première mise à mort » une réponse à l’énigme, jusqu’alors insoluble, de l’émergence du sacré archaïque. La genèse du religieux archaïque est aussi celle du rite. Ce rite qu’on peut désormais lire comme une répétition édulcorée et stéréotypée du meurtre originaire – les mêmes moyens devant produire les mêmes effets. La danse en est souvent partie prenante ; elle simule l’emballement de la violence disffuse qui prélude à sa polarisation sur le bouc émissaire. Le mythe fait le récit de la crise surmontée ; la tragédie s’en fait l’écho (ainsi dans l’Orestie, Œdipe ou Les Bacchantes). Quant aux tabous, indissociables du sacré, ils visent à interdire l’accès à tous les objets susceptibles d’avoir exacerbé les conflits mimétiques. De proche en proche, le sacrifice humain le cède au sacrifice d’un animal qui le simule ; puis d’un fétiche, d’une effigie, d’un simulacre 2. Cette propriété de la violence à se donner des substituts trouve un écho dans l’épisode biblique de la ligature d’Isaac ; à quoi répond dans le monde grec le sauvetage in extremis d’Iphigénie par Artémis. Elle s’exprime dans les contes (dont notamment Blanche Neige, le petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet, Poule Rousse, etc.) chaque fois qu’un dieu, qu’un loup, qu’un ogre ou qu’un géant dévore un simulacre en lieu et place de sa victime. Avec la lente instauration de système judiciaire, le processus de réconciliation rituelle s’estompe. L’État conquiert le monopole de la vengeance unique et légitime. Les sociétés humaines désertent alors l’orbite du mythe et, plus lentement, celui du religieux… On ne détruit que ce que l’on remplace : le tribunal laïque prend la relève du rite: récurrence d’une victime-dieu, coupable, porteuse d’une singularité physique ou d’un statut social particulier, à l’origine de l’ordre politique (et censément cosmique) qui règne sur la collectivité. Ces éléments sont bel et bien présents dans le récit de la Passion, mais d’une manière, selon Girard, tout à fait singulière. Si donc les Évangiles se présentent indéniablement comme n’importe quel récit mythique, avec une victime-dieu lynchée par une foule unanime, un sacrifice réitéré symboliquement lors d’un rituel – l’eucharistie –, ils introduisent une révolution en racontant l’autre version de l’histoire officielle. En révélant l’innocence du bouc émissaire – devenu Agneau de Dieu –, les Évangiles amorcent la rupture d’avec l’ancien système sacrificiel qui requiert une méconnaissance de ladite innocence par le groupe des lyncheurs (ceux-ci « ne savent pas ce qu’ils font ») 2. Face à Satan, littéralement, « l’Accusateur », qui symbolise le processus de vengeance mimétique, se dresse Jésus, « le Paraclet », plaidant sa cause au tribunal de Dieu (bene ha elohim). Un pareil éclairage versé sur l’accusé est ce qui dissocie les mythes chrétiens et parfois des vétérotestamentaires des mythes conventionnels, en cela que les premiers épousent le point de vue de la victime, et les seconds celui de ses persécuteurs. Le Dieu jaloux, le Dieu vengeur brandi par Ezéchiel, par Isaïe et les Prophètes cède place au Dieu de grâce et de miséricorde évangélique. Gokool
Les aventures d’Astérix seraient-elles une sorte de René Girard pour les nuls ?
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Séduction à trois, mêlée totale ou « tous contre tous », crises chroniques de « poissons pas frais », surenchère imitative d’imprécations, « Romains » boucs émissaires assignés à la folie (« ils sont fous, ces Romains ! »), expulsion répétée d’une victime à la fois origine et recours de la crise au nom prophétique (Assurancetourix), banquet et potion magique  à effets conciliateurs restaurant le lien social …

A l’heure où l’un des auteurs déclarés d »un des plus graves attentats commis sur le sol américain depuis le 11 septembre plaide non coupable et parvient à se trouver des « supporters » convaincus de son innocence et qu’il est victime d’un complot du gouvernement américain …

Et qu’un président prétendument au-dessus de la mêlée veut nous faire passer pour une oie blanche la jeune victime d’un acte de défense légitime qui avait non seulement violemment frappé le vigile de quartier bénévole qui l’avait interpellé mais été plusieurs fois suspendu de son lycée pour recel et possession de cannabis

Pendant que, de l’apologie muséographique du terrorisme-suicide, à notre DSK national et à notre ministre de l’Ecologie et sans parler du contre-sionisme palestinien et de nos homosexuels en mal d’un mariage dont plus personne ne voulait, chacun revendique la place de la victime

Comment ne pas voir la singulière diffusion, proprement mimétique et désormais planétaire, du concept de bouc émissaire ?

Jusqu’à, comme le démontre brillamment un certain Gokool sur le site collaboratif Agoravox, la célèbrissime bande dessinée française Astérix ?

Qui a le mérite d’expliquer tant la persistence indéniable dans nos sociétés occidentales dudit mécanisme émissaire que, fruit de sa critique biblique, sa dénonciation tout aussi systématique …

Jusqu’aux dérives, typiquement postmodernes, du politiquement correct et de la surenchère victimaire …

Mais aussi de la justification, désormais nécessairement victimaire, de toute nouvelle violence …

Métamorphoses du désir : De René Girard à Astérix

Gokool

Agoravox

12 mars 2012

René Girard occupe une place de choix parmi les philosophes contemporains les plus snobés du sérail universitaire. Trop atypique sans doute, trop chrétien certainement… Ce bref article ne sera pas de trop pour lui rendre justice, et contribuer par la même occasion à démocratiser une réflexion assurément précieuse à l’ère du désir commercial et de la concurrence hyperbolique. Ses intuitions, faute d’être originales quant à leur expression, le sont quant aux multiples champs d’application qu’elles permettent d’embrasser. Nous entendons, à travers cet hommage, risquer une vision synoptique d’une œuvre à la fois accessible et riche (ce qui, convenons-en, ne s’inscrit pas dans la tendance actuelle de la philosophie). Pour assortir cet exposé d’un ton moins doctoral, et démontrer qu’il peut fournir une clé de lecture pour bien d’autres supports que la littérature, le mythe ou l’historiographie, nous chercherons matière à illustrer dans le domaine du neuvième art, et plus précisément dans l’univers très pittoresque d’Astérix le gaulois…

Le désir mimétiquePartant d’une analyse des mécanismes de l’amour dans la littérature, René Girard pose, en 1961, la première pierre de ce qui deviendra sa théorie du désir mimétique. Dans Mensonge romantique et vérité romanesque, il remarque que les grands auteurs tels que Dostoïevski, Cervantès, Proust, ont en partage une sensibilité aigüe aux lois psychologiques qui président aux comportements humains. Ces lois régissent nos relations inter-individuelles mobilisant l’amour, la jalousie, la haine ; passions diverses en apparence, mais suspendues chacune à sa manière au désir qui les porte. La première découverte de Girard, c’est que ce désir-même dont seraient tributaires la multiplicité de nos affects, désir dont Spinoza a fait l’essence de l’homme, bien loin d’être premier, serait toujours déjà greffé sur le désir d’un tiers.Car le désir est mimétique. Il s’inocule, s’infecte et se transmet comme une maladie – d’amour (incubation, crise, contamination : proximité du lexique du désir, de la pathologie, de la violence et du sacré). Ce qui veut dire que tout désir pour quelque chose est suscité par le désir qu’un autre – « le modèle » – a de cette chose. Désir que le modèle lui-même a contracté auprès de son modèle. Que ce modèle désire ou non cet objet véritablement n’a que peu d’importance ; c’est bien assez d’imaginer qu’il le désire. Le modèle se trouve donc investi d’un statut triple : il est l’inspirateur, le médiateur et l’aiguillon qui assure la jonction entre le sujet désirant et l’objet désiré. Il n’est pas même exclu, mais c’est anticiper sur un prochain chapitre, qu’il constitue l’obstacle entre le sujet désirant et l’objet désiré. La structure du désir est de ce fait toujours triangulaire.

Les déboires de Zaza ou la nouvelle Education Sentimentale

Les tentatives de séduction de Coriza (alias Zaza) à l’égard d’Obélix dans le Cadeau de César présentent une variation sur le registre platonique de ce désir triangulaire. « Zaza », de passage en province, nourrit des ambitions pour Obélix dont elle veut faire le nouveau chef du village des Gaulois. Ce qu’elle désire n’est pas exactement tendresse maritale du tailleur de menhirs, mais le pouvoir que son nouveau statut lui pourrait obtenir. Ce désir est, au reste, un désir imité : celui d’une mère autoritaire, jalousant secrètement les honneurs du pavois. Dans la présente séquence, Zaza entraîne l’élu de ses pensées au cœur de la forêt. C’est-à-dire loin du monde, des regards indiscrets. L’erreur est manifeste : si le désir d’autrui donne sa valeur à l’objet désiré, elle consiste à priver le sujet du désir de médiateur par lequel désirer. Loin des yeux, loin du cœur. Obélix reste impénétrable aux qualités nubiles de la jeune fille. Conclusion : l’amour n’est pas un cœur-à-cœur. Le modèle édénique d’un amour exclusif est une chimère théologique. Tout couple est un trio qui s’ignore. Si donc l’instinct (en l’occurrence l’appétit d’Obélix) se passe de médiateur, il n’en va pas de même pour le désir. À quoi bon rechercher le Graal s’il n’était douze compétiteurs en lice pour lui donner son prix ? Que serait le chevalier courtois sans un modèle-obstacle ? Sacha aspirerait-il à devenir maître Pokémon sans son rival Régis ? Hélène sans Ménélas serait-elle aussi belle aux yeux de l’impudent Pâris ? Tout rapport désirant implique un tiers intercesseur. Zaza s’en souviendra.

Le cadeau de César, p. 25

Obélix aime. Les sangliers. Et Falbala. Dans l’ordre. Peut-être l’un faute d’avoir l’autre. Mais il n’aime pas Zaza. Zaza échoue à susciter en lui les élans de l’amour. La cause en est qu’il n’y a pas, d’Obélix à Zaza, du sujet à l’objet du désir, d’intermédiaire contaminant ; pas de modèle à imiter ou d’obstacle à combattre qui serait susceptible de valoriser Zaza. La jeune Zaza qui languit d’être désirée crée donc pour Obélix un concurrent ad-hoc qui va la rendre désirable. D’autant plus désirable que ce rival putatif est proche d’Obélix. Astérix. L’introduction du tiers, son irruption comme adversaire, transforme le rapport végétatif d’Obélix à Zaza en passion amoureuse. Il permet d’esquisser le troisième angle du triangle mimétique.

Le cadeau de César, p. 35

L’acerbité soudaine dont fait preuve Obélix n’est pas l’indice d’une vanité blessée. Il s’est laissé embobiner dans les filets du désir mimétique, s’est laissé imposer un concurrent virtuel. Imitations fielleuses mais non moins rigoureuses de la démarche et des paroles de la jeune fille, ses simagrées dissimulent mal l’hostilité qu’il conçoit désormais à l’endroit d’Astérix. Il s’imagine à tort que son ami désire Zaza et qu’il a le pouvoir de l’obtenir ; cela, il souhaite aussi le posséder, être Astérix ou à la place d’Astérix comme Iznogoud calife à la place du calife. Le modèle du désir en interdit l’objet. Une seule issue : le conflit mimétique.

Fiodor Dostoïevski, dans L’éternel Mari, met en scène un bourgeois qui semble fasciné par l’amant de sa femme. Et pour cause : c’est en effet l’amant, le médiateur qui, désirant sa femme, communique au mari du désir pour sa femme. (On pourrait sans difficulté reconduire ce modèle, à peine voilé dans les Vaudeville, aux pratiques échangistes). Désir triangulaire du mari pour sa femme ; mais également désir du mari pour l’amant ! Un désir d’être l’amant de sa femme. D’aimer sa femme comme son amant. Car tout désir est désir d’être. Cette spécificité du désir humain, en tant que ce désir concerne moins l’avoir que l’être (de celui qui possède), le rend métaphysique et, par essence, illimité.

La crise mimétique

Le rapport du sujet désirant à l’objet désiré n’est donc pas radical. Il passe par une médiation. Cette médiation sera dite extérieure lorsque le médiateur est socialement ou réellement hors de portée du sujet désirant. Tel l’est le Christ pour les chrétiens ; et telles sont, pour le commun des hommes, les figures historiques, littéraires, politiques qui peuplent l’imaginaire collectif. La médiation sera dite intérieure lorsque le médiateur est non seulement réel, mais sur le même palier que le sujet. Tel est le frère, le voisin, le collègue, qui devient un rival en tant qu’il s’interpose entre le sujet désirant et l’objet de désir – objet dont la valeur augmente à proportion que la rivalité s’intensifie. C’est cette situation, vécue comme un « scandale », qui précipite les frères ennemis dans une « lutte à mort ».

Des mythes tels que celui de Romulus et Remus, de Caïn et Abel ou d’Osiris et Seth, proposent un archétype (ou plutôt un prototype, une première occurrence ; nous verrons très bientôt pourquoi) de ce qui, à plus grande échelle, fera le lit de la crise mimétique. C’est dire qu’à l’origine des crises sociales ou venant les exaspérer, il y a l’imitation. Un objet convoité par deux individus ne laissera pas de susciter le désir d’un troisième, d’un quatrième, d’une multitude d’individus, créant une dynamique d’emballement mimétique. L’objet de la discorde est très vite oublié, mais les rivalités s’aggravent et se propagent ; larvées, elles contaminent bientôt l’ensemble du corps politique.

Ce climat délétère nourrit dans la cité une violence dans un premier temps latente et dispersée. Violence qui, pour être contenue, n’en porte pas moins préjudice à l’unité du groupe, mais également, en tant qu’elle ruine la nécessaire coopération entre ses membres, à l’état des récoltes, à la prospérité économique et commerciale, à l’harmonie sociale et politique. De proche en proche, cette violence s’objective et tourne en un antagonisme généralisé, marqué du sceau de l’anarchie et de l’indifférenciation (gémellité de Romulus et Remus, de Caïn et Abel ou d’Osiris et Seth). C’est le fameux état de nature hobbien, guerre potentielle-actuelle de tous contre tous. Comment dès lors éviter le carnage et restaurer la paix ? Là où Rousseau, Hobbes, Locke, sont acculés à postuler la fiction d’un contrat, Girard fait l’hypothèse d’un événement réel : la mise à mort d’une victime émissaire.

Principe du sacrifice

Ce n’est qu’alors, au paroxysme de la crise, qu’une conversion psychologique est susceptible d’avoir lieu. Ce mécanisme salvateur aura pour résultat de convertir le tous contre tous en tous contre un ; cela au prix d’une injustice que tous auront à cœur de (se) dissimuler (Ndlr : Platon était à cet égard plus conscient qu’Aristote des périls de l’imitation, lui qui vécut la crise dont son mentor fut le bouc émissaire. Cet épisode tragique expliquerait la méfiance du philosophe à l’égard de la mimésis.) Ultime recours face au péril de la dislocation du lien social, ce processus consiste à polariser la violence partout disséminée sur un unique individu, le coupable « idéal » – animal, homme, famille – ; un trompe violence, un pharmakon à la fois remède et poison, dont la fonction est de catalyser les haines, de les expier, seul contre tous, en proie à l’unanimité violente d’un collectif enfin réconcilié… dans la violence.

Il y aurait lieu de croire que nombre de communautés aient succombé à leur propre violence et sombré dans la guerre civile, faute d’avoir su l’exorciser efficacement par le truchement d’une victime expiatoire. Ces victimes sont le plus souvent internes à la communauté (sorcières, juifs, hérétiques, esclaves, rois, vizir, éminence grise, ministre, fous du roi, ou loups dans le monde paysan) ; mais il arrive qu’elles lui soient extérieures (le saltimbanque, le voyageur ou les Nations). C’est ce dernier cas de figure que formalise Rousseau lorsqu’il conclut du citoyen qu’il est l’ennemi du genre humain (avec toutefois un dépassement possible vers la conciliation des intérêts particuliers ou nationaux par l’universalité des principes de la religion) ; c’est, selon Hobbes, la raison d’être des conflits entre les différents Etats. Quant aux critères qui président à la sélection d’une victime émissaire, ils se résument en général à son statut, son apparence, et son degré d’appartenance à la communauté.

Les romains : une victime extérieure à la communauté
Une singulière coutume, reparaissant régulièrement dans les albums d’Astérix le Gaulois, est la mêlée totale ou le « tous contre tous » que l’on voit éclater sur la place du village. Cette guerre civile chronique – tel est le terme qui convient – prend pour prétexte les « poissons pas frais » d’Ordralphabétix. Assurément, le poisson clive. Et ce détail n’est pas sans importance. Les causes profondes de la crise mimétique ont souvent partie liée avec l’état désastreux des récoltes. La coopération sociale, gagée sur l’expulsion violente et unanime d’une victime expiatoire, en est la porte de sortie. Mais ne grillons pas les étapes. Revenons à nos Gaulois. Il s’ensuit donc une logomachie entre le poissonnier et son rival Cétautomatix qui se « renvoient la bulle » dans une saynète gagesque tisée de surenchère imitative : – « Il est pas frais mon poisson ? » – « Il n’est pas frais ton poisson ! », etc. les événements s’enchaînent de manière stéréotypée (car Cétautomatix !). L’empoignade dégénère, le processus s’emballe, fait boule de neige. Tous les Gaulois se retrouvent entraînés dans une rixe dont ils ignorent jusqu’à l’objet. Ils ne formeront plus bientôt qu’une masse compacte et indifférenciée. Une autre forme de violence, une violence « différante », doit alors prendre le relais. Elle vise à proposer aux villageois une victime expiatoire pour de nouveau les fédérer dans la désignation d’un coupable idéal. Pour rétablir, à terme, les conditions d’une harmonie sociale. (Dans la glossologie contemporaine, une telle recherche s’énonce en termes de « valeurs communes » : laïcité, droits de l’homme, etc. ; chacune correspondant de fait à une antivaleur dont les incarnations vont du trader au musulman.) Pour ce qui touche à nos Gaulois, en dehors d’Assurancetourix qui excelle dans ce rôle, « les Romains » constituent les plus parfaits boucs émissaires (une lettre en sus et nous avions les nôtres). Nous n’en dirons pas plus : à l’évidence, un strip vaut toujours mieux qu’un long discours…
Obélix et cie, p. 46
Et l’histoire se répète. La même histoire. Seuls changent les interprètes. Et parfois le décor. De même les chefs rivaux du Grand fossé, de même les tribus corses, de même les Belges et les Gaulois, de même enfin les partis concurrents d’Orthopédix et d’Abraracourcix dans le Cadeau de César : tous se réconcilient grâce à leur victoire remportée au coude à coude sur la légion romaine. Peut-être les Gaulois ne sont-ils pas tout à fait dupes du phénomène. Pourquoi sinon ne pas reconquérir la Gaule ? Simple formalité pour qui détient « la potion qui rend invincible ». Pourquoi tant de sollicitude à l’égard de César ? À croire que les Romains remplissent, comme Assurancetourix, un rôle plus essentiel quant à la survie du village que ne le suggèrerait une lecture trop historiciste… L’imprenabilité du village anonyme de la Gaule éternelle, l’invincibilité des quelques résistants massés – le hasard a bon dos – à quelques pas des plages de Normandie, l’inflexibilité de ces guerriers irréductibles qui « résistent encore et toujours à l’envahisseur » ne tiennent qu’en apparence à la vertu de leur potion roborative. C’est un fait établi : les drogues et autres hallucinogènes occupent une place centrale dans la plupart des rites. Elles plongent les participants dans un état second, état de transe ou, au contraire, d’exaltation, propre à favoriser la communion sacrée. Aussi, notre potion magique, dont « seul le druide a le secret », peut bien faciliter cette communion, elle ne la provoque pas directement. Ce qui l’engendre est la violence polarisée du « tous contre un ». Créditer la potion de tels effets conciliateurs, c’est prendre le poignard pour l’assassin. C’est manquer l’essentiel.

Sont en effet privilégiés les « sacrifiables » dont la mort ne risque pas de précipiter les survivants dans le cycle infini des représailles, de la vengeance de sang. D’autant que, pour être efficace, le sacrifice nécessitera la participation active (lapidations) ou symbolique (imprécations) du corps social en son entier. De ce même corps, il réclamera la conviction que la victime est imputable des méfaits dont on l’accuse – d’où la genèse du mythe. Ces conditions réalisées, la mise à mort ou le suicide contraint du condamné, en délivrant la foule de son ressentiment, permet la (ré)génération de la communauté. C’est ce pourquoi tant de tribus, de peuples, de civilisations ont un cadavre pour berceau.

L’ancêtre fondateur

La victime gît devant le groupe, inerte, et le groupe hébété fait l’expérience d’une quiétude équivoque. De cette foule possédée, furieuse et cannibale qui sévissait quelques instants plus tôt, ne demeure plus qu’un chœur d’individus subitement délivré de sa faim sanguinaire. L’harmonie règne de nouveau. Un calme assourdissant succède à la tempête. Bénédiction que l’on ne manquera pas de faire l’ouvrage de la victime elle-même, apparaissant tout à la fois comme l’auteur de la crise et du miracle de la paix ressuscitée. Ce pouvoir numineux de déchaîner l’enfer comme de rétablir l’ordre est ce qui va permettre son apothéose. Le « criminel » diabolisé, est intronisé dieu. Il devient l’archétype et le dédicataire de tous les futurs sacrifiés, le Père, le Bâtisseur, l’Ancêtre fondateur. René Girard voit dans cette « première mise à mort » une réponse à l’énigme, jusqu’alors insoluble, de l’émergence du sacré archaïque.

La genèse du religieux archaïque est aussi celle du rite. Ce rite qu’on peut désormais lire comme une répétition édulcorée et stéréotypée du meurtre originaire – les mêmes moyens devant produire les mêmes effets. La danse en est souvent partie prenante ; elle simule l’emballement de la violence disffuse qui prélude à sa polarisation sur le bouc émissaire.

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Une occurrence originale du rite sacrificiel : le banquet du village

Cet événement rituel, tout lecteur d’Astérix y participe à son insu dans chaque album de Goscinny et d’Uderzo. Il y prend part chaque fois qu’il se joint aux Gaulois, unis sur la grand-place pour le traditionnel banquet. Le banquet vespéral vient clôturer la crise commencée au matin avec le chant du coq ; ainsi dans tous les Astérix. Il vient à point nommé rassembler les Gaulois, réintégrer les deux héros dans la communauté chaque fois que leur périple les contraint à s’en désolidariser. Le banquet – Cène gauloise – scelle l’unité retrouvée dans laquelle tous se fondent à l’exception d’un seul. Après la division vient ainsi la restauration du lien social moyennant l’expulsion de la victime providentielle. Sur les 34 albums parus à ce jour, 26 font du barde Assurancetourix l’agent sacrificiel de cette réconciliation.

Le barde est l’homme qui se dérobe à la communauté. Il est célibataire, privé du secours familial d’où pourraient des représailles. Il vit en marge du village dont il ne subit pas les modes. Sa hutte est perchée dans un arbre, située comme le rocher de Prométhée entre le monde des hommes et l’empyrée des dieux. C’est par ailleurs la seule à l’être. Bien qu’il habite au centre du village, il ne participe pas au développement économique de la cité. Nous apprendrons dans La rentrée gauloise qu’il enseigne aux enfants (d’Orphée jusqu’à Chiron, en passant par Socrate, Thorgal le scalde et le Schtroumpf à lunette, on sait combien les instructeurs et les poètes sont exposés à devenir boucs émissaires). L’inspiration, apanage du poète, lui prête un rôle d’intercesseur des hommes auprès des dieux. Il est le responsable de la mauvaise pluie de l’avis des Gaulois qui ne craignent qu’une chose : l’effondrement du ciel (l’indifférenciation cosmique). Sa voix de sistre polarise naturellement sur lui les dissensions sociales. Semblable au « mauvais œil » des sorcières médiévales, elle constitue l’explication ultime, pratique et suffisante, qui permet aux Gaulois d’incriminer unanimement le barde. Ce dernier, par son chant, attire sur le village la foudre et l’ire des dieux ; mais c’est aussi précisément cette qualité qui en fait un « paratonnerre », soit le remède et le poison à tous les phénomènes de crise. La mise au ban du barde est une caution rituelle contre l’écueil de la stasis ; une crise dont il est l’origine, mais aussi le recours – future divinité déjà transfigurée dans le corps sélénien, hissé au firmament. Il n’est pas même jusqu’à son nom qui ne trahisse la fonction qu’il incarne. Il est exclu, mis à l’écart et bâillonné – mais c’est bien lui qui trône au premier plan. Le sagace Uderzo ne s’y est pas trompé.
Le mécanisme du bouc émissaire ne révèle toute son importance que lorsqu’il cesse de fonctionner. Les officiers de Jules César ont tenté bien des stratégies pour balayer la résistance gauloise : de l’enlèvement du druide (Astérix le Gaulois), à l’isolement (Le tour de Gaule), des dissensions tribales (Le combat des chefs) à l’assimilation urbaine (Le domaine des dieux). En vain. Toutes échoueront. Il nous faudra attendre le 15e album pour que César découvre le ferment le plus puissant de la discorde. Rien ne sert d’attenter du dehors à l’unité gauloise ; il faut œuvrer de l’intérieur, par où celle-ci est vulnérable. Autrement dit, monter les villageois les uns contre les autres et retourner contre eux leur propre force. C’est tout l’enjeu de La zizanie. La zizanie fait le récit parfait d’une crise mimétique provoquée par Tullius Détritus. Notoriété, puissance, richesse, secrets, ligues clandestines, Tullius joue sur tous les tableaux. De sorte que chacun soupçonne bientôt chacun d’entretenir une ambition cachée qui mord sur son propre désir – désir d’autant plus obsédant qu’il admet un rival. La crise prend un tour politique lorsqu’Abraracourcix le chef abat les hiérarchies pour briguer les honneurs dont Astérix a fait l’objet. Tullius ne vient-il pas de remettre la poterie qui le consacre « l’homme le plus important du village » ? Et qui pis est, sous les yeux de Bonnemine ? Ainsi du reste. Personne n’est épargné. Au point que Goscinny ose suggérer pour la première et unique fois la possibilité que le village succombe à son propre chaos.

La Zizanie, p. 21
La première case présente les Gaulois réunis pour le banquet traditionnel. L’image est familière ; du moins, à première vue… car le diable est dans les détails. Les Gaulois sont en froid ; ils ne font pas un bruit ; ils fixent leur assiette. La présence d’Assurancetourix détonne au milieu des convives. d’être devin pour voir qu’il y a anguille sous roche. La seconde case dévoile le sens latent de la première. Le barde seul est attablé, tandis que tous les villageois se retrouvent ligotés à même le sol et bâillonnés, double symbole de neutralisation et de rupture de communication. La scène évoque l’échec du rite sacrificiel. Elle recèle l’intuition la plus profonde et fulgurante de Goscinny : la collectivité ne survit pas à la faillite du mécanisme du bouc émissaire…

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Le mythe fait le récit de la crise surmontée ; la tragédie s’en fait l’écho (ainsi dans l’Orestie, Œdipe ou Les Bacchantes). Quant aux tabous, indissociables du sacré, ils visent à interdire l’accès à tous les objets susceptibles d’avoir exacerbé les conflits mimétiques. De proche en proche, le sacrifice humain le cède au sacrifice d’un animal qui le simule ; puis d’un fétiche, d’une effigie, d’un simulacre 2. Cette propriété de la violence à se donner des substituts trouve un écho dans l’épisode biblique de la ligature d’Isaac ; à quoi répond dans le monde grec le sauvetage in extremis d’Iphigénie par Artémis. Elle s’exprime dans les contes (dont notamment Blanche Neige, le petit Chaperon Rouge, le Petit Poucet, Poule Rousse, etc.) chaque fois qu’un dieu, qu’un loup, qu’un ogre ou qu’un géant dévore un simulacre en lieu et place de sa victime. Avec la lente instauration de système judiciaire, le processus de réconciliation rituelle s’estompe. L’État conquiert le monopole de la vengeance unique et légitime. Les sociétés humaines désertent alors l’orbite du mythe et, plus lentement, celui du religieux… On ne détruit que ce que l’on remplace : le tribunal laïque prend la relève du rite.

La clef des Évangiles

Pour séduisante qu’elle soit, la théorie du sacrifice n’est rien de plus qu’une théorie – stricto sensu. Elle ne saurait, en d’autres termes, être l’objet d’une expérience cruciale. Elle propose des modèles et non des vérités. Comme toutes les théories, sa valeur est d’abord explicative et prédictive. Ce qu’elle permet précisément d’anticiper sont les similitudes entre les rites, entre les mythes et les us religieux de civilisations très différentes, distantes et sans contact : la récurrence d’une victime-dieu, coupable, porteuse d’une singularité physique ou d’un statut social particulier, à l’origine de l’ordre politique (et censément cosmique) qui règne sur la collectivité. Ces éléments sont bel et bien présents dans le récit de la Passion, mais d’une manière, selon Girard, tout à fait singulière. Si donc les Évangiles se présentent indéniablement comme n’importe quel récit mythique, avec une victime-dieu lynchée par une foule unanime, un sacrifice réitéré symboliquement lors d’un rituel – l’eucharistie –, ils introduisent une révolution en racontant l’autre version de l’histoire officielle.

En révélant l’innocence du bouc émissaire – devenu Agneau de Dieu –, les Évangiles amorcent la rupture d’avec l’ancien système sacrificiel qui requiert une méconnaissance de ladite innocence par le groupe des lyncheurs (ceux-ci « ne savent pas ce qu’ils font ») 2. Face à Satan, littéralement, « l’Accusateur », qui symbolise le processus de vengeance mimétique, se dresse Jésus, « le Paraclet », plaidant sa cause au tribunal de Dieu (bene ha elohim). Un pareil éclairage versé sur l’accusé est ce qui dissocie les mythes chrétiens et parfois des vétérotestamentaires des mythes conventionnels, en cela que les premiers épousent le point de vue de la victime, et les seconds celui de ses persécuteurs. Le Dieu jaloux, le Dieu vengeur brandi par Ezéchiel, par Isaïe et les Prophètes cède place au Dieu de grâce et de miséricorde évangélique. (Du moins, sur le papier…)

Critique de la psychanalyse freudienne

Girard décèle dans les premiers essais de Freud, singulièrement dans Totem et tabou, une prénotion du désir mimétique. C’est en effet pour s’arroger les concubines du pater familias que les enfants de la tribu le mettent à mort. L’erreur de Freud, selon Girard, vient de ce qu’il n’a pas perçu le caractère justement mimétique de ce désir : le père n’est pas d’abord le castrateur, cet Interdit venant contrecarrer le désir de l’enfant, mais celui qui l’inspire, plus significativement, celui qui inspire à l’enfant de désir pour d’autres objets que sa mère. Ainsi, là ou la conception mimétique du désir le désengage de tout objet (car tout désir est désir d’être), Freud tient le désir greffé sur son objet (la mère et ses indénombrables substituts).

La violence n’émane pas d’une intuition latente de la rivalité, comme « engrammée » depuis la nuit des temps dans les replis de la psyché ; elle est seconde. Elle sourd de l’effective rivalité qui s’institue lorsque le père, « modèle », devient « obstacle » aux appétits du fils. Faute de le concevoir ainsi, et pour théoriser le delta conflictuel père-mère-analysant qu’il entrevoit (ou qu’il projette ?) partout chez ses patients, Freud a recours au complexe d’Œdipe. Mais déférant au fils le sourd désir de posséder sa mère et tuer son père, il se condamne à devoir postuler le refoulement, énumérer ses corrélats, dont la névrose et la sublimation ; il doit conjecturer les deux instincts – de vie, de mort – toujours entremêlées, les trois instances de la seconde topique, etc. ; ce que Girard conçoit comme autant d’hypothèses superflues. L’instinct de mort que Freud décrit comme une tendance du vivant à recouvrer un état antérieur – anorganique – de la matière, prend alors une toute autre signification dans la conception mimétique du désir.

En vérité, plus le modèle-rival devient rivalitaire, et plus inaccessible il rend l’objet de nos désirs, plus impérieux notre désir pour cet objet. Ce dont les témoignent les conduites d’échec, le masochisme dans la sphère des relations humaines, c’est d’une phase avancée du désir mimétique, mais prise comme un point de départ. L’échec en est la conséquence, et non pas le mobile. Deleuze l’avait déjà montré dans un autre contexte – en faisant d’elle le pis-aller moral de la jouissance – : il n’est pas de souffrance recherchée pour elle-même. Ainsi, René Girard estime que son concept de désir mimétique permet de rendre bien plus cohérentes les interprétations de la psychanalyse.

Critique de la psychiatrie

La théorie du désir mimétique permet de comprendre que l’homme équilibré ne se distingue pas du fou sur la base d’une différence de nature, mais de degré. Nous avons établi plus en amont que la rivalité opposant le modèle à son imitateur peut éluder jusqu’à l’objet de leur dispute. Que l’un désire suffit à rendre l’autre envieux ; et l’objet du désir d’autant plus désirable à proportion que le rival nous empêche de l’atteindre. C’est là qu’est le pivot, la bascule entre l’homme rationnel et le fou. L’homme rationnel se résigne à l’obstacle, s’efforce autant que faire se peut, de lutter contre lui ; l’objet reste son but. Le fou l’a oublié qui ne s’intéresse qu’à l’obstacle, par cela seul qu’il valorise et nourrit le désir. L’homme rationnel : celui qui garde en vue l’objet de son désir. Le fou : celui qui, faute de se régler sur des objets, va se fixer sur des relations sans maîtriser la règle des échanges. Sombrer dans la folie, ce serait donc s’abandonner à la fascination pour le modèle en tant qu’il nous résiste et qu’il nous fait violence. S’inventer des rivaux pour augmenter la cote de ce qu’on aime et donc tout sauf absurde. La folie suit une pente logique, mais c’est une pente.

« Ils sont fous ces Gaulois ! »
Nous avons d’Astérix l’image d’un héros raisonnable, mesuré, équilibré, opiniâtrement chaste ; soit en un mot d’une sorte de « Tintin velu ». Un personnage conçu pour constituer – ôtés les poils – une base d’identification parfaite pour le lecteur. À première vue du moins… Car sous une apparence d’impassibilité se dissimule une tout autre réalité. Imagine-t-on notre héros trop raisonné pour se laisser contaminer par le désir d’autrui ? Rien n’est moins sûr. Le croirions-nous opaque à la folie des autres ? Il n’en est rien. Pour être un être de fiction, Astérix reste humain, trop humain. Voyons de quelle manière il le démontre en se livrant, dans Le Chaudron, à la plus aberrante des scènes d’hystérie mimétique. Notre Tintin poilu, son Haddock gastrolâtre et leur Milou de Lilliput ont pour mission de garnir leur chaudron d’espèces sonnantes et trébuchantes. Ils se rendent au marché afin de monnayer leur stock de sangliers (dûment provisionné par Obélix). Peu rôdé aux arcanes du marketing, Astérix se résout à prendre pour exemple un autre commerçant. Il imite son voisin d’étable, le bien-nommé Antibiotix. Jusque-là, passe encore. Mais de l’imitation à la rivalité, il n’y a qu’un pas ; touché dans son orgueil, Antibiotix va s’empresser de le franchir.
Le chaudron, p. 20
…suivi par Astérix. Il en résulte une surenchère de vociférations, visant, en apparence, à vanter au chaland la qualité de la marchandise, en fait, à triompher de l’enclos d’à-côté. Un client semble intéressé – et c’est tout juste si son intervention ne les prend pas de cours. À peine est-il question de prix que le Gaulois des deux, galvanisé par la présence de son rival, se prépare à brader sa harde à n’importe quel prix. Ce sera quinze sesterces les quatorze sangliers ; une parfaite hérésie ! À peine de quoi racheter un autre sanglier. Que s’est-il donc passé ? Antibiotix et Astérix sont devenus l’obstacle l’un de l’autre, l’obstacle dont la résistance vaut pour elle-même la peine de résister. En fait d’objet, leur concurrence s’est installée sous l’hypothèque de la rivalité. Le piège s’est refermé sur eux. Seul Obélix est demeuré placide : lui seul a su garder présent à son esprit l’objet réel de la dispute. Les autres ont déraillé dans le phantasme et dans la dé-raison.

Le chaudron, p. 21
Ce qui s’est joué ici n’a rien à voir avec une stratégie de commerce (fût-elle de dumping déloyal) ; ces cinq vignettes relatent la simple évolution d’une situation de concurrence élémentaire vers un état de guerre autoréférentiel dont l’enjeu véritable – le prix des sangliers – est bien vite écarté. Exhausteur de désir, la concurrence prévaut sur l’objet du désir. Si bien que le héros en vient à oublier son objectif premier : celui de lester son chaudron. Il vient de déraper dans la rivalité. Expérience certes passagère, mais diagnostique de l’authentique aliénation. L’erreur serait ici d’interpréter cette expérience comme analogue à celle vécue par Obélix et Coriza, telle qu’exposée plus haut. La supposée concurrence d’Astérix (modèle-obstacle) était alors pour Obélix (sujet) ce qui conférait de la valeur à l’objet du désir, en l’occurrence Zaza. Cette concurrence induite n’était pour la jeune fille que le moyen de dessiner un trait d’union entre elle et Obélix. Dans la présente situation, la concurrence est recherchée non plus comme le moyen de mettre en désir un objet, mais comme une fin en soi, et conduit finalement à perdre cet objet de vue. La folie douce, celle d’Obélix, n’est pas encore la vraie folie, celle d’Astérix, captif du processus rivalitaire de valorisation.

Le caractère statique de ses modèles maintient la psychiatrie dans l’incompréhension quant à l’aggravation de l’état de patients : elle la constate, la traite, et parfois la provoque, mais ne la comprend pas. Pour résorber cette aporie, Girard propose un modèle dynamique à plusieurs voix. Le fou est toujours deux. On pense à tort qu’il a rompu d’avec la loi sociale, alors qu’il est toujours et pleinement englué dans une relation de rivalité avec un double (imaginaire ou réel, peu importe). L’aggravation de son état s’explique par l’actuelle position de son rival : s’il est en haut, lui est en bas et ainsi de suite, de pire en pire… La folie manifeste une volonté qui mord sur la puissance au point de la détruire, d’un désir sans limite qui se refuse à transiger. Être fou, c’est toujours quelque part être fou de désir.

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1 Ndla : Il faut toutefois rester prudent, et se défier de toute lecture trop simplificatrice et progressiste de l’histoire de la contention du mal, telle que l’auteur semble parfois l’esquisser. D’une part, parce qu’il n’est pas certain que les oboles humaines aient étés si nombreuses par le passé : nos projections nous voilent des vérités bien plus complexes. Enfin, parce que les sacrifices humains pourraient avoir été bien plus massifs à l’ère moderne que jamais dans l’histoire de l’humanité – quoi qu’ils aient pris d’autres visages.

2 Ndla : En somme, René Girard estime que L’Evangile, en réhabilitant la figure de Jésus comme l’Ancien Testament l’avait fait avec Job, à découvert le processus aveugle de la diabolisation. Cette connaissance de la victime comme innocente est supposée faire dérailler le mécanisme du bouc émissaire ; ce qui revient à conjurer tout nouveau cycle mimétique. Toutefois, pour autant que l’on en puisse juger, les textes contredisent l’analyse passablement irénique de l’auteur : à la seconde où Jésus fut innocenté, Judas, le Sanhédrin, les juifs furent inculpés (« Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » Matthieu 27.24). A peine désamorcée, la chasse à la victime providentielle reprenait de plus belle.

Voir aussi:

De l’admiration au rejet : le parcours du bouc émissaire

Homme libre

Agoravox

22 juillet 2011

Plus je lis René Girard et plus je trouve que sa vision colle à notre monde. En très simplifié sa thèse fondamentale est que les groupes humains gèrent leur violence naturelle, inévitable, nécessaire à la survie, par le recours à un objet qui sert d’exutoire : le bouc émissaire.

Cette notion de bouc émissaire est issue de la tradition juive. Le bouc est supposé porter sur lui tous les péchés d’Israël, et sa mise à banc produit un effet d’expiation, ou d’attribution du bien à ceux qui le condamnent.

Quand une foule hostile rejette un membre de sa communauté ou une communauté entière, cela signifie que cette foule s’attribue le bien et projette sur le membre rejeté le mal. En rejetant le « mal », on se place automatiquement du côté du « bien ». Le bouc émissaire est quelqu’un à qui une communauté attribue la cause du mal. On rejette sur lui nos erreurs ou nos insuffisances et on lui en fait porter la responsabilité. Il est tellement plus simple, pour se sentir pur, de déclarer les autres impurs. Les juifs ont été collectivement le bouc émissaire des sociétés européennes pendant des siècles.

Le bouc émissaire doit payer, et en général il paie de sa vie, qu’il soit coupable ou innocent. C’est la méthode la plus sûre pour éliminer toute contestation de son rôle de « méchant », et pour éviter d’être soi-même mis en cause dans notre rôle de « gentils » ou de « purs ». Peut importe de sacrifier un innocent. Un coupable est d’ailleurs en partie innocent : il n’est coupable que parce que nous avons des failles, mais il est innocent de nos failles. Il n’est de voir que le désir d’aggravation des lois répressives après chaque crime sexuel ou crime commis contre des enfants, et les marches blanches organisées dans ce dernier cas. Blanches comme la pureté que nous voulons nous-mêmes endosser pour colmater nos failles et dire bien haut : « Non, nous nous dédouanons de ce crime », laissant l’entièreté de la noirceur aux criminels. Il n’y a guère que pour certains infanticides maternels que la communauté dédouane la coupable, inventant une maladie de « déni de grossesse ». Cette maladie réduit la responsabilité et donc l’horreur du crime, comme si la fonction maternelle devait être préservée qui qu’il advienne de l’opprobre du « mal ». Quelqu’un fait le mal (tue) mais ce n’est pas de notre faute. L’auteure du crime ne peut donc servir de bouc émissaire.

Une communauté peut fabriquer des coupables. Sacrifier un vrai coupable n’a qu’une fonction libératrice limitée, car après tout c’est normal. Mais fabriquer un coupable dans le but de lui attribuer l’origine de nos maux active puissamment le moteur de l’expiation qui nous valide dans l’hypothèse que nous sommes portés par le « bien ». Hitler l’avait bien compris.

Plutôt que de laisser une société être dévorée par sa violence, violence qui peut se tourner contre elle-même (la criminalité n’étant qu’une des formes de désir frustré qui génère une violence anti-sociale), il est plus économique de diriger la violence vers un objet et de trouver un responsable qui endosse le mauvais rôle et assume la punition.

Une origine de cette violence, selon Girard, est le désir mimétique, c’est-à-dire le fait vouloir ressembler à l’autre ou à défaut de désirer ce que l’autre possède et de s’en approprier pour être semblable à lui. Si votre voisin possède une voiture alors que vous n’avez qu’un scooter, l’envie de la voiture viendra très probablement. La grosseur de la voiture étant ensuite un signe de reconnaissance sociale, de puissance, et donc objet de désir et désir de ressemblance (qui ne préfère pas être puissant et autonome plutôt que faible et dépendant ?).

L’envie a un autre nom : l’admiration. Dans l’admiration on attribue à l’autre des qualités d’être que l’on ne se sent pas posséder. Un chef de guerre provoque l’admiration par un fait d’arme plein de bravoure. Un Gandhi provoque aussi l’admiration par son engagement et sa philosophie. Ce faisant il prennent une forme d’ascendant sur ceux qui les admirent. Il sont des modèles à atteindre. Mais on ne peut pas « être » l’autre. L’admiration suppose presque inévitablement une forme d’impuissance personnelle en comparaison du modèle. Elle s’oriente alors vers l’envie de posséder les mêmes biens que lui. Quand c’est impossible l’admiration se transforme en haine, et l’on trouve peu à peu à l’idole des défauts qui en font un être méprisable. On lui attribue aussi nos propres malheurs. Le puissant n’est aimé que quand on peut l’utiliser pour se protéger, pour lui ressembler ou quand il nous gratifie d’un peu de sa puissance. Quand il ne nous gratifie plus assez de ses largesses (argent, considération, amitié) il devient un ennemi.

Le bouc émissaire se recrute principalement parmi les gens que l’on a admirés ou enviés. Notre impuissance à être eux en fait peu à peu des adversaires. Le modèle que l’on admire est forcément un jour un obstacle, à moins de perdre sa qualité de modèle. Mais s’il perd sa qualité de modèle il ne mérite plus notre admiration, et notre moteur de l’envie ne se met pas en route. Quel que soit le besoin que certains peuvent avoir d’être un héros (besoin de reconnaissance, de se prouver sa valeur, de revanche, de coller à un mythe, d’obtenir du pouvoir, etc), ils ont tout pour devenir des boucs émissaires s’ils persistent à alimenter ce besoin. Certains espèrent s’affarnchir du sort peu enviable du bouc et demeurer à jamais objets d’admiration et détenteurs de puissance. Mais être un bouc émissaire et réussir à démonter le mécanisme de victimation n’est pas si facile. Le mythe s’y oppose. Or la victime innocente rejoint le mythe et s’en alimente en même temps qu’elle l’alimente. Le mythe nous dépossède de nous-mêmes. Quel pouvoir avons-nous alors sur notre propre destin ? Où est notre liberté dans ce processus ? On peut bien sûr éviter de devenir bouc émissaire. Mais d’une part cela se passe malgré nous, et d’autre part si l’on y parvenait, aux prix de quelles contorsions et compromissions faudrait-il le payer ?

Dans le christianisme, le personnage de Jésus est typique du mécanisme mimétique et victimaire décrit par René Girard. Il devient bouc émissaire mais en survivant à la crucifixion (selon la croyance chrétienne) il défait le mythe, qui ne peut s’accomplir normalement. La victime rejetée devient le guide d’un nouveau comportement, où l’expiation collective grâce au bouc émissaire ne fonctionne plus.

Pourtant notre société produit encore des boucs émissaires. Mais elle développe simultanément, et de manière inverse, un culte de la victime, cela peut-être depuis que Jésus, « l’agneau de Dieu », a fait de la victime sacrificielle un accablement pour le monde et non plus une catharsis ou une possibilité d’expiation et de libération. Ce culte n’est que l’envers du binôme bourreau-victime. La simultanéité des deux productions conduit à une confusion majeure des valeurs, dont notre époque est représentative. On pourrait presque dire que malgré la régression de l’influence de la religion, notre époque est plus chrétienne que jamais.

Les puissants d’aujourd’hui sont toujours admirés, toujours détestés, toujours jalousés. Mais s’ils deviennent victimes ils induisent la production de nouveaux puissants car nulle société ne peut fonctionner sur les traces de la victime. Etre victime ne peut être qu’un statut temporaire, pas une norme générale.

Un autre aspect de ce désir de ressemblance, ce désir mimétique, est qu’il fonctionne forcément avec une différence. La différence entre deux puissants est nécessaire pour que l’un envie ou admire l’autre. Les puissants pouvant être des chefs politiques comme des chefs d’ateliers ou un grand frère : le même mécanisme se reproduit à tous niveaux. Si deux individus ont le même niveau de puissance ou de richesse, le moteur d’évolution de la société se grippe. L’indifférenciation sera tôt ou tard confrontée à une nouvelle violence (à cause d’un nouveau désir car le désir est inhérent à l’humain) dont on ne connaît pas la nature donc les ravages possibles. La différenciation est une condition de développement du vivant (comme la différenciation sexuelle, pas exemple). Elle sert aussi à préserver un ordre social où la violence est canalisée. De la nécessaire différenciation à l’inégalité, le pas est souvent franchi, alors que les deux notions ne sont pourtant pas du même ordre. Mais l’indifférenciation est-elle viable socialement ? Une société égalitariste tiendrait-elle la longueur alors que les êtres sont différents en talents, capacités, désirs ? Et l’inégalité est-elle obligatoirement cause de domination et d’oppression ?

La thèse de Girard semble laisser entendre qu’une société égalitaire produirait tôt ou tard une violence inconnue et par là incontrôlable. Dans l’indifférenciation, la dynamique si puissante du désir et de l’envie, qu’il rattache à la nature humaine, n’aurait plus de cadre pour s’exprimer.

Mais, ayant identifié cette dynamique mimétique comme source de violence injuste (le bouc émissaire), n’est-il pas souhaitable de la désamorcer ? Et si oui, comment ? Désamorcer cette dynamique suppose une démarche personnelle de soustraction au mécanisme de l’envie, de l’admiration, de la jalousie et du reproche. Commencer donc par refus d’admirer ou d’être admiré.

Une telle démarche est-elle possible individuellement, sans une validation collective du constat d’épuisement du désir mimétique, de l’envie, et de l’inévitable jalousie qui s’en suit (épuisement qui nécessite la présence de l’autre pour être réel et vérifiable) ? S’il faut une validation collective, sur quelle base et dans quel cadre peut-elle se faire pour remplacer le rôle des religions, qui avaient cette fonction, mais aujourd’hui devenues obsolètes dans leurs rites et croyances cosmogoniques ?

La réflexion sur les thèses de René Girard amène des clés à la fois dans la lecture de la société et dans la lecture de mon propre itinéraire. Ce qui me convient bien car je ne puis imaginer une transformation sociale sans que l’individu soit lui-même objet d’une transformation préalable. Je crois plus à la société formée par les individus regroupés et responsables de ce qui les habite qu’à l’individu formaté par la société et donc irresponsable. L’individu responsable n’est plus ni bourreau ni victime. Un chemin qui bouscule la plupart des rapports humains et des mécanismes relationnels.

Voir encore:

Témoignage : mon ami Djokhar

Un journaliste du Boston Globe revient sur son amitié avec le plus jeune des frères Tsarnaev, qui doit comparaître au tribunal de Boston pour la première fois le 10 juillet.

|Zolan Kanno-Youngs

The Boston Globe

10 juillet 2013

J’étais à mon bureau, après le Marathon de Boston, et je me disposais à écrire un article sur un coureur qui s’était retrouvé à une centaine de mètres des explosions et de la ligne d’arrivée. Et je me demandais quel monstre avait pu ainsi violer la sécurité de la ville. Quel genre d’homme pouvait avoir infligé tant de souffrance et de chagrin aux gens avec qui j’ai appris à être si fier et si heureux de vivre ?

Le 19 avril au matin, quand mes colocataires m’ont tiré du lit pour me traîner devant la télévision, j’ai découvert le nom du responsable des attentats qui était encore en fuite, un nom désormais synonyme de terreur, un nom qui, pour moi, avait été synonyme d’amitié.

En proie au remords

C’est à la Rindge and Latin High School, un lycée de Cambridge, que j’ai rencontré Djokhar Tsarnaev. Nous étions voisins, et nous avons immédiatement noué des liens d’amitié qui dureraient jusqu’à ce que nous quittions le lycée. Que ce soit lors d’un match de basket ou au cours d’un déjeuner, jamais Djokhar ne m’a fait mauvaise impression. L’année dernière encore, il est venu me rendre visite à la Northeastern University.

Toute la semaine passée, j’ai été en proie au remords. Non seulement pour cet ami que je croyais connaître, mais pour ceux qu’on l’accuse d’avoir blessés, et même tués. J’éprouve du remords pour Martin Richard, le petit garçon de huit ans. Pour Krystle Campbell. Pour Lingzi Lu. Pour l’agent de police du MIT Sean Collier. J’éprouve du remords pour leurs familles, et pour chacun de ceux qui ont été touchés dans leur chair ou dans leur cœur lors des attentats du Marathon de Boston.

Il m’avait pris dans ses bras

Le Djokhar que je connaissais était un jeune homme qui avait passé toute une nuit à fouiller dans sa voiture pour retrouver le portable neuf que j’avais maladroitement perdu. Il avait quitté son travail plus tôt juste pour refaire en sens inverse le chemin que j’avais parcouru. Un jeune homme qui m’a serré la main avec fierté quand je lui ai dit que j’étais embauché au Boston Globe.

Il était capitaine de l’équipe de lutte de Cambridge Rindge and Latin, membre de la National Honor Society (programme d’excellence qui distingue les lycéens aux Etats-Unis et dans plusieurs autres pays), et il avait décroché une bourse pour l’université. Apparemment, jamais personne n’avait de problème avec Djokhar.

Je ne connaissais pas son frère aîné, Tamerlan, qui a été abattu par la police jeudi, et je ne sais pas quelle influence il pouvait avoir sur lui. Je ne sais pas ce qui a pu arriver à Djokhar l’an dernier. Ce que je sais, c’est que je pleure pour Cambridge, Watertown, Boston et toutes ces familles qui, comme moi, y vivent.

Je me souviendrai toujours de Djokhar, un ami qui m’avait pris dans ses bras pour une photo à la fin de nos études au lycée.

Mais manifestement, ce jeune homme que je connaissais n’est plus.


Football: La continuation de la guerre par d’autres moyens ? (Is sport war minus the shooting ?)

8 juillet, 2013
https://i1.wp.com/data2.collectionscanada.ca/e/e428/e010696733-v8.jpghttps://i0.wp.com/www.nam.ac.uk/images/online/sporting-soldiers/images/1011959.jpg
https://i0.wp.com/www.sofoot.com/IMG/img-supporters-militaires-1372978046_620_400_crop_articles-170818.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/07/c6dda-ww1-sport.jpgLe concept de fair-play est totalement étranger à la mentalité des Français ; un peuple qui a produit des générations d’aristocrates, mais pas un seul gentleman; une culture où le droit remplace la justice; une langue où l’unique mot pour désigner le fair-play est emprunté à l’anglais. Trevanian
Who’s for the game, the biggest that’s played, the red crashing game of a fight?  Jessie Pope
One day, when the Yankees accept peaceful coexistence with our country, we shall beat them at baseball, too, and the advantages of revolutionary over capitalist sport will become clear to all. Fidel Castro (1974)
Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins. George Orwell
Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)
Sporting myths (…) thankfully survive close scrutiny. Captain Nevill did encourage his troops over the top in the First World War by kicking a football into no-man’s land, and the heavy, quartered leather football remains; there were countless ad hoc matches between British and German troops, normally on Christmas Day or New Year’s Day, and their details are faithfully recorded. One German captain presented a splendid bierstein to his opposite number after a hard-fought game. Brendan Gallagher
Les bidasses aussi jouent au football. Depuis 1948, le Conseil international du sport militaire organise en effet tous les deux ans sa Coupe du monde de football. Une épreuve intégrée depuis 1995 aux Jeux mondiaux militaires, juste entre le saut en parachute et le lancer de grenades. (…) 1946. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quelques militaires amateurs de sport se disent qu’il serait sympa d’organiser une compétition entre les différentes armées du monde. Apres tout, le football est bien la continuation de la guerre par d’autres moyens et, les massacres terminés, autant se mettre à jouer au ballon. C’est donc en 1948 que naît le Conseil international du sport militaire. Le Français Henri Debrus, ancien résistant et vice-président du Conseil des sports des forces alliées, crée l’institution et en devient le premier président. Le conseil crée très vite des championnats du monde de plusieurs disciplines et, évidemment, le football n’échappe pas à la règle. Le premier tournoi disputé en 1946 (avant la création du CISM) est remporté par l’Angleterre à Prague. Pendant près de 20 ans, l’Europe aura ensuite une hégémonie totale sur le football militaire, ne laissant aucun titre aux autres continents. D’ailleurs, l’Italie mène la danse, et d’assez loin, avec 8 titres. La France, avec cinq victoires, n’est pas ridicule. Mais comment s’explique ce talent des troufions français pour le ballon rond ? En fait, si les Bleus ont gagné 5 fois le titre mondial, c’est avant tout grâce au Bataillon de Joinville. En 1956, alors que tout un chacun doit effectuer son service militaire, l’armée crée une entité spéciale pour les sportifs de renom : le fameux BJ qui a vu passer dans ses rangs Platini, Bossis, Lizarazu ou Djorkaeff. Durant leur année de conscription, les heureux élus du Bataillon sont intégrés à l’équipe de France militaire. Un privilège qui leur permet d’éviter le récurage de chiottes et la plupart des autres corvées généralement réservées aux bidasses. Les joueurs ont aussi la permission de rejoindre leurs clubs dès le jeudi. En échange de ça, ils doivent représenter la France lors du championnat du monde militaire. Grâce à cet échange de bons procédés, la France aligne tous les 2 ans une équipe compétitive lors de la compétition. En 1995, les Coqs, drivés par Roger Lemerre, remportent leur dernier titre mondial à Rome. En finale, Dhorasoo, Sommeil, Dacourt, Maurice et les autres tapent l’Iran 1-0 devant un Stade olympique vide grâce à un but de Wagneau Eloi, héros bleu de la compétition. Mais l’âge d’or du football militaire français a fait son temps. En 1997, la fin de la conscription obligatoire entraîne dans sa chute le Bataillon de Joinville dissous en 2002. Dès lors, la France, privée de ses footballeurs professionnels, décline. (…) Désormais, ce sont les pays qui ont les armées les plus importantes en nombre d’hommes qui dominent, et armée nombreuse rime souvent avec régime autoritaire. D’ailleurs, le championnat du monde militaire dans l’histoire, c’est un peu la coupe du monde des dictateurs. À ce niveau-là, le palmarès est éloquent. En 1969, pendant le régime des colonels, la Grèce est championne du monde. Dix ans plus tard, c’est l’Irak de Saddam qui remporte le Graal. Les années 2000, elles, seront dominées par l’armée égyptienne, à l’exception de l’édition 2004 remportée par la Corée du Nord. Le football militaire, c’est aussi cette opportunité formidable d’être champion du monde pour des pays qui n’ont jamais rien gagné au niveau mondial « dans la vraie vie ». L’Algérie le sait bien, elle défendra chèrement son premier titre acquis en 2011, lors de la compétition qui débute le 2 juillet en Azerbaïdjan. So foot
Ils voulaient en découdre. Moi, j’ai couru me mettre à l’abri et, heureusement, certains de mes joueurs ont eu le réflexe de protéger les arbitres pour qu’ils ne soient pas pris à partie. On aurait dit la guerre! Alain Borel (président de club amateur, Val de Fontenay)
C’est à ce moment qu’ont débarqué une cinquantaine de jeunes, surtout des petits de 14-15 ans, tous avec des capuches et des objets en main, allant du couteau, à la batte de base-ball en passant par des sabres et même une pelle de chantier. Joueur amateur
Aujourd’hui, le niveau des violences et des incivilités recensées dans le foot amateur a tendance à se stabiliser. Lors de la saison 2011-2012, sur 1000 rencontres de foot amateur disputées, en moyenne 18,2 matchs ont été entachés d’au moins un incident. « Et pour la saison qui vient de s’écouler, nous devrions connaître une stabilité, voire même une légère baisse », confie Patrick Wincke, directeur de l’Observatoire des comportements à la Fédération française de football. Les remontées du terrain permettent pourtant de nuancer ces chiffres, et certains dirigeants évoquent une réalité plus sombre. « C’est plus tendu cette saison, raconte le président du District de Belfort-Montbéliard. Nous sommes entre 2,2 et 2,3% de matchs avec des incidents, soit plus que la moyenne nationale. Et les clubs où certains ne veulent plus aller jouer augmentent. Le foot n’est que le reflet du climat social ambiant, et les matchs où ça dérape sont souvent le fait de clubs qui sont en souffrance de dirigeants. Le taux d’encadrement est faible. Le Parisien

Comment dit-on fair play en anglais ? (ou même en portugais ?)

Stades vandalisés, bagarres dégénérant en batailles rangées, arbitres agressés, à moitié étranglés, bousculés, battus à mort, lynchés …

A l’heure où, entre la violence urbaine et la violence politique, le Brésil semble s’acheminer vers une tenue de la Coupe du monde de football problématique …

Et où justement un arbitre vient de subir un véritable dépeçage...

Pendant que d’Afrique du sud à la France, on ne compte plus les incidents …

Retour, avec un vieux texte polémique de George Orwell, sur la question du sport en général et du football en particulier (dont les armées ont d’ailleurs aussi leur propre coupe du monde) comme moyen de rapprochement des peuples …

The Sporting Spirit

George Orwell

Now that the brief visit of the Dynamo football team has come to an end, it is possible to say publicly what many thinking people were saying privately before the Dynamos ever arrived. That is, that sport is an unfailing cause of ill-will, and that if such a visit as this had any effect at all on Anglo-Soviet relations, it could only be to make them slightly worse than before.

Even the newspapers have been unable to conceal the fact that at least two of the four matches played led to much bad feeling. At the Arsenal match, I am told by someone who was there, a British and a Russian player came to blows and the crowd booed the referee. The Glasgow match, someone else informs me, was simply a free-for-all from the start. And then there was the controversy, typical of our nationalistic age, about the composition of the Arsenal team. Was it really an all-England team, as claimed by the Russians, or merely a league team, as claimed by the British? And did the Dynamos end their tour abruptly in order to avoid playing an all-England team? As usual, everyone answers these questions according to his political predilections. Not quite everyone, however. I noted with interest, as an instance of the vicious passions that football provokes, that the sporting correspondent of the russophile News Chronicle took the anti-Russian line and maintained that Arsenal was not an all-England team. No doubt the controversy will continue to echo for years in the footnotes of history books. Meanwhile the result of the Dynamos’ tour, in so far as it has had any result, will have been to create fresh animosity on both sides.

And how could it be otherwise? I am always amazed when I hear people saying that sport creates goodwill between the nations, and that if only the common peoples of the world could meet one another at football or cricket, they would have no inclination to meet on the battlefield. Even if one didn’t know from concrete examples (the 1936 Olympic Games, for instance) that international sporting contests lead to orgies of hatred, one could deduce it from general principles.

Nearly all the sports practised nowadays are competitive. You play to win, and the game has little meaning unless you do your utmost to win. On the village green, where you pick up sides and no feeling of local patriotism is involved. it is possible to play simply for the fun and exercise: but as soon as the question of prestige arises, as soon as you feel that you and some larger unit will be disgraced if you lose, the most savage combative instincts are aroused. Anyone who has played even in a school football match knows this. At the international level sport is frankly mimic warfare. But the significant thing is not the behaviour of the players but the attitude of the spectators: and, behind the spectators, of the nations who work themselves into furies over these absurd contests, and seriously believe — at any rate for short periods — that running, jumping and kicking a ball are tests of national virtue.

Even a leisurely game like cricket, demanding grace rather than strength, can cause much ill-will, as we saw in the controversy over body-line bowling and over the rough tactics of the Australian team that visited England in 1921. Football, a game in which everyone gets hurt and every nation has its own style of play which seems unfair to foreigners, is far worse. Worst of all is boxing. One of the most horrible sights in the world is a fight between white and coloured boxers before a mixed audience. But a boxing audience is always disgusting, and the behaviour of the women, in particular, is such that the army, I believe, does not allow them to attend its contests. At any rate, two or three years ago, when Home Guards and regular troops were holding a boxing tournament, I was placed on guard at the door of the hall, with orders to keep the women out.

In England, the obsession with sport is bad enough, but even fiercer passions are aroused in young countries where games playing and nationalism are both recent developments. In countries like India or Burma, it is necessary at football matches to have strong cordons of police to keep the crowd from invading the field. In Burma, I have seen the supporters of one side break through the police and disable the goalkeeper of the opposing side at a critical moment. The first big football match that was played in Spain about fifteen years ago led to an uncontrollable riot. As soon as strong feelings of rivalry are aroused, the notion of playing the game according to the rules always vanishes. People want to see one side on top and the other side humiliated, and they forget that victory gained through cheating or through the intervention of the crowd is meaningless. Even when the spectators don’t intervene physically they try to influence the game by cheering their own side and “rattling” opposing players with boos and insults. Serious sport has nothing to do with fair play. It is bound up with hatred, jealousy, boastfulness, disregard of all rules and sadistic pleasure in witnessing violence: in other words it is war minus the shooting.

Instead of blah-blahing about the clean, healthy rivalry of the football field and the great part played by the Olympic Games in bringing the nations together, it is more useful to inquire how and why this modern cult of sport arose. Most of the games we now play are of ancient origin, but sport does not seem to have been taken very seriously between Roman times and the nineteenth century. Even in the English public schools the games cult did not start till the later part of the last century. Dr Arnold, generally regarded as the founder of the modern public school, looked on games as simply a waste of time. Then, chiefly in England and the United States, games were built up into a heavily-financed activity, capable of attracting vast crowds and rousing savage passions, and the infection spread from country to country. It is the most violently combative sports, football and boxing, that have spread the widest. There cannot be much doubt that the whole thing is bound up with the rise of nationalism — that is, with the lunatic modern habit of identifying oneself with large power units and seeing everything in terms of competitive prestige. Also, organised games are more likely to flourish in urban communities where the average human being lives a sedentary or at least a confined life, and does not get much opportunity for creative labour. In a rustic community a boy or young man works off a good deal of his surplus energy by walking, swimming, snowballing, climbing trees, riding horses, and by various sports involving cruelty to animals, such as fishing, cock-fighting and ferreting for rats. In a big town one must indulge in group activities if one wants an outlet for one’s physical strength or for one’s sadistic impulses. Games are taken seriously in London and New York, and they were taken seriously in Rome and Byzantium: in the Middle Ages they were played, and probably played with much physical brutality, but they were not mixed up with politics nor a cause of group hatreds.

If you wanted to add to the vast fund of ill-will existing in the world at this moment, you could hardly do it better than by a series of football matches between Jews and Arabs, Germans and Czechs, Indians and British, Russians and Poles, and Italians and Jugoslavs, each match to be watched by a mixed audience of 100,000 spectators. I do not, of course, suggest that sport is one of the main causes of international rivalry; big-scale sport is itself, I think, merely another effect of the causes that have produced nationalism. Still, you do make things worse by sending forth a team of eleven men, labelled as national champions, to do battle against some rival team, and allowing it to be felt on all sides that whichever nation is defeated will “lose face”.

I hope, therefore, that we shan’t follow up the visit of the Dynamos by sending a British team to the USSR. If we must do so, then let us send a second-rate team which is sure to be beaten and cannot be claimed to represent Britain as a whole. There are quite enough real causes of trouble already, and we need not add to them by encouraging young men to kick each other on the shins amid the roars of infuriated spectators.

1945

George Orwell: ‘The Sporting Spirit’

First published: Tribune. — GB, London. — December 1945.

Reprinted:

— ‘Shooting an Elephant and Other Essays’. — 1950.

— ‘The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell’. — 1968.

Voir aussi:

Brésil : un arbitre poignarde un joueur et est décapité

N.H

Le Parisien

 07.07.2013

Scène d’horreur sur un terrain de foot. Un arbitre de football amateur brésilien d’à peine 20 ans a été décapité après avoir lui-même poignardé un joueur qui n’acceptait pas son carton rouge, dimanche 30 juin, dans le nord du Brésil, à Pio XII dans l’Etat du Maranhão.

Le joueur, Josenir dos Santos Abreu (31 ans), aurait donné un coup de pied à l’arbitre, Otávio Jordão da Silva Cantanhede, qui aurait sorti un couteau de poche et frappé à la poitrine le jeune homme, décédé sur le chemin de l’hôpital.

Décapité, la tête au bout d’une perche

Les supporters révoltés sont ensuite descendus agresser l’arbitre, dès lors ligoté, lapidé puis décapité, pour enfin planter sa tête au bout d’une perche.

Ce lynchage a été filmé par portable et les vidéos amateurs se sont retrouvées sur les réseaux sociaux. Elles ont par ailleurs permis l’arrestation, mardi, de Luís Moraes Sousa, 27 ans, un des suspects. Deux autres suspects ont également été identifiés : son frère, Francisco Moraes Sousa, et le surnommé «Pirolo», Josimar de Sousa. Tous deux sont recherchés par la police.

Le premier aurait frappé Cantanhede au visage avec une bouteille et son frère aurait coupé la tête, les jambes et les bras de la victime à la faucille après que Pirolo a poignardé dans la nuque l’arbitre.

L’explication donnée par Luis, affirmant que Pirolo appartenait à la famille du joueur décédé, est contestée par le commissaire en charge de l’enquête, Válter Costa dos Santos. Le policier a souligné : «Un crime ne peut jamais en justifier un autre.»

Du déjà-vu dans le football brésilien

En 2010, un arbitre avait poignardé à mort un joueur lors d’un match amateur au nord-est du pays, à Barreira.

VIDEO. Agression d’un arbitre brésilien en février 2012. Moins tragique mais tout aussi choquant.

Un arbitre violemment agressé au Brésil par evidenceprod

Dans un an, le mondial de football se tiendra au Brésil alors que le pays enregistre presque 50 000 homicides par an.

Voir également:

Exclusif.

VIDEO. L’incroyable vidéo qui ébranle le foot amateur

L’irruption filmée de jeunes armés pendant un match dans le Val-de-Marne désole le monde du foot, qui tente d’éradiquer la violence.

Frédéric Gouaillard

Le Parisien

15.06.2013

C’est une vidéo de 7’38 qui témoigne de la violence qui gangrène encore et toujours le football amateur. Ce document, que nous nous sommes procuré, et dont les principaux extraits sont à voir sur notre site, reflète la triste réalité des terrains de foot du dimanche

Ce match en date du 2 juin, où les spectateurs s’affrontent à coups de batte de base-ball, de barre de fer ou de bombe lacrymogène, se déroulait à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne. Toutefois, il aurait bien pu se tenir dans le Doubs, où un arbitre a manqué d’être étranglé récemment, ou dans une autre région de France. « Et, pourtant, c’était un match à enjeu mais qui n’était pas classé à risque, témoigne Thierry Mercier, le président du District du Val-de-Marne où se sont déroulés les faits. Mais on n’est pas à l’abri, tout peut arriver. »

La Fédération cherche de nouvelles solutions

Aujourd’hui, le niveau des violences et des incivilités recensées dans le foot amateur a tendance à se stabiliser. Lors de la saison 2011-2012, sur 1000 rencontres de foot amateur disputées, en moyenne 18,2 matchs ont été entachés d’au moins un incident. « Et pour la saison qui vient de s’écouler, nous devrions connaître une stabilité, voire même une légère baisse », confie Patrick Wincke, directeur de l’Observatoire des comportements à la Fédération française de football. Les remontées du terrain permettent pourtant de nuancer ces chiffres, et certains dirigeants évoquent une réalité plus sombre.

« C’est plus tendu cette saison, raconte le président du District de Belfort-Montbéliard. Nous sommes entre 2,2 et 2,3% de matchs avec des incidents, soit plus que la moyenne nationale. Et les clubs où certains ne veulent plus aller jouer augmentent. Le foot n’est que le reflet du climat social ambiant, et les matchs où ça dérape sont souvent le fait de clubs qui sont en souffrance de dirigeants. Le taux d’encadrement est faible. » Sans nier ces faits, la FFF cherche de nouvelles solutions qui vont au-delà de la simple répression, pas toujours efficace. Dès la saison prochaine, des mesures visant à faire disparaître la compétition chez les enfants vont être mises en œuvre pour renforcer le foot éducatif. « Cela va concerner les jeunes jusqu’à 13, voire 15 ans. Les joueurs auront aussi tous les mêmes temps de jeu et ils pourront aussi arbitrer », détaille Patrick Wincke.

Voir encore:

Le jour où un arbitre s’est vu « mourir »

Frédéric Gouaillard

Le Parisien

15 juin 2013

Le 2 avril dernier, l’arbitre Nathanaël Pinel (33 ans) a été étranglé par un joueur lors d’un match départemental. Son agresseur a été suspendu vingt ans par le District de Belfort-Montbéliard (Doubs). Son club a fait appel. Lundi, c’est le tribunal correctionnel de Montbéliard qui doit se prononcer sur cette affaire et les dommages et intérêts éventuels après la plainte de l’arbitre pour coups et blessures. L’homme en noir livre un récit édifiant du moment où il a bien cru « y passer ».

Le match. « C’était une action banale, un contact entre deux footballeurs. J’ai arrêté le jeu, un autre joueur est arrivé et a dit à un de ses coéquipiers : Nique-le, à propos d’un des deux à terre. J’ai sorti un carton rouge, et je me suis retrouvé avec cinq ou six joueurs devant moi. L’un d’entre eux n’était pas dans son état normal. Il n’arrêtait pas de dire : Y a qu’à moi que tu parles. »

Son agression. « Ensuite il m’a bousculé, je lui ai aussi donné un rouge et c’est là qu’il m’a étranglé jusqu’au moment où j’ai perdu ma respiration. Je me suis retrouvé par terre et j’ai reçu un coup de poing sur ma pommette gauche. J’ai fait une crise d’épilepsie et ensuite, je ne me souviens de rien. Je suis sujet à ce type de crises. J’ai repris connaissance dans le couloir des vestiaires vingt minutes après, avant d’être transporté à l’hôpital. »

Les blessures. « J’ai eu 3 jours d’ITT et un arrêt maladie du 7 avril au 23 mai. J’étais choqué et démoralisé. Heureusement, j’ai eu le soutien de beaucoup de monde à commencer par mes collègues arbitres. Aujourd’hui encore, je ne suis pas à 100%, il y a encore des soirs où j’y pense et où je me demande ce qui s’est passé dans leur tête. »

La peur. « J’ai cru que j’allais mourir. Quand je me suis retrouvé par terre et que j’ai reçu le coup de poing, je me suis dit : Je vais y passer. Il y avait une vingtaine de gars autour de moi, j’étais recroquevillé en position fœtale avec les bras devant la tête. »

Son agresseur suspendu vingt ans. « On dit toujours que ce n’est pas assez, mais personnellement je trouve que c’est pas mal. Ça va lui permettre de réfléchir, en plus cette sanction s’étend aux autres sports en compétition.

Son avenir. « Le lendemain, je voulais rendre ma licence. Après je me suis dit : Réfléchis, ne fais pas de bêtises. Je pense que je vais continuer, car c’est ma passion et en général, tous les dimanches, ça se passait bien avec les clubs. »

Les mauvais exemples. « Quand on voit comment les joueurs s’en prennent aux arbitres… Et puis Leonardo (NDLR : directeur sportif du PSG) qui ose nier avoir bousculé M. Castro alors que tout le monde l’a vu… Comment voulez-vous ensuite que ça se passe bien dans un match de District? »

Voir de plus:

VIDEOS. Italie : fous de rage, les supporteurs vandalisent leur stade

A.C.

Le Parisien

17.06.2013

Envahissement de terrain, joueurs menacés, bancs de touche vandalisés, vitres explosées… Après le match nul de leur équipe (1-1) contre Carpi, les supporteurs de Lecce ont laissé exploser leur rage dimanche, transformant leur stade en terrain d’affrontements et de pillage.

La raison de leur colère ? Ce résultat prive leur équipe d’une montée en deuxième division.

Selon La Stampa, un journal italien, les ultras de Lecce ont également mis le feu à un véhicule de police. Selon les secours, plusieurs personnes ont été blessées légèrement, certains pour des contusions, d’autres pour des intoxications dues à la fumée. Les policiers, qui ont répliqué avec des tirs de gaz lacrymogènes, compteraient plusieurs blessés dans les rangs à cause de jets de pierre, selon un autre média italien.

VIDEO. Les supporteurs de Lecce détruisent leur propre stade

En France, le week-end a été marqué par la diffusion sur notre site d’une vidéo d’une rare violence faisant état d’affrontements début juin après un match amateur à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Samedi, deux arbitres ont été frappés par des spectateurs en colère au Plessis-Trévise (Val-de-Marne) après un match entre équipes de jeunes. Trois suspects ont été placés en garde à vue. Après ces événements, la ministre des Sports Valérie Fourneyron a condamné samedi ces agressions, rappelant que «le sport (ne devait pas) être pris en otage par la violence».

Aux Pays-bas cette fois, huit personnes ont été condamnés ce lundi à de la prison ferme pour avoir battu à mort un arbitre.

Voir par ailleurs:

Mais qui es-tu, le football militaire ?

So foot

5 Juillet 2013

Les bidasses aussi jouent au football. Depuis 1948, le Conseil international du sport militaire organise en effet tous les deux ans sa Coupe du monde de football. Une épreuve intégrée depuis 1995 aux Jeux mondiaux militaires, juste entre le saut en parachute et le lancer de grenades. Et devinez quoi ? La France est quintuple championne du monde.

1946. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quelques militaires amateurs de sport se disent qu’il serait sympa d’organiser une compétition entre les différentes armées du monde. Apres tout, le football est bien la continuation de la guerre par d’autres moyens et, les massacres terminés, autant se mettre à jouer au ballon. C’est donc en 1948 que naît le Conseil international du sport militaire. Le Français Henri Debrus, ancien résistant et vice-président du Conseil des sports des forces alliées, crée l’institution et en devient le premier président. Le conseil crée très vite des championnats du monde de plusieurs disciplines et, évidemment, le football n’échappe pas à la règle. Le premier tournoi disputé en 1946 (avant la création du CISM) est remporté par l’Angleterre à Prague. Pendant près de 20 ans, l’Europe aura ensuite une hégémonie totale sur le football militaire, ne laissant aucun titre aux autres continents. D’ailleurs, l’Italie mène la danse, et d’assez loin, avec 8 titres. La France, avec cinq victoires, n’est pas ridicule. Mais comment s’explique ce talent des troufions français pour le ballon rond ?

Le récurage de chiottes

En fait, si les Bleus ont gagné 5 fois le titre mondial, c’est avant tout grâce au Bataillon de Joinville. En 1956, alors que tout un chacun doit effectuer son service militaire, l’armée crée une entité spéciale pour les sportifs de renom : le fameux BJ qui a vu passer dans ses rangs Platini, Bossis, Lizarazu ou Djorkaeff. Durant leur année de conscription, les heureux élus du Bataillon sont intégrés à l’équipe de France militaire. Un privilège qui leur permet d’éviter le récurage de chiottes et la plupart des autres corvées généralement réservées aux bidasses. Les joueurs ont aussi la permission de rejoindre leurs clubs dès le jeudi. En échange de ça, ils doivent représenter la France lors du championnat du monde militaire. Grâce à cet échange de bons procédés, la France aligne tous les 2 ans une équipe compétitive lors de la compétition. En 1995, les Coqs, drivés par Roger Lemerre, remportent leur dernier titre mondial à Rome. En finale, Dhorasoo, Sommeil, Dacourt, Maurice et les autres tapent l’Iran 1-0 devant un Stade olympique vide grâce à un but de Wagneau Eloi, héros bleu de la compétition.

La coupe du monde des dictateurs

Mais l’âge d’or du football militaire français a fait son temps. En 1997, la fin de la conscription obligatoire entraîne dans sa chute le Bataillon de Joinville dissous en 2002. Dès lors, la France, privée de ses footballeurs professionnels, décline. L’Italie, qui avait adopté un système similaire et alignait dans ses équipes des joueurs tels que Del Piero ou Delvecchio, ne gagne plus non plus. Désormais, ce sont les pays qui ont les armées les plus importantes en nombre d’hommes qui dominent, et armée nombreuse rime souvent avec régime autoritaire. D’ailleurs, le championnat du monde militaire dans l’histoire, c’est un peu la coupe du monde des dictateurs. À ce niveau-là, le palmarès est éloquent. En 1969, pendant le régime des colonels, la Grèce est championne du monde. Dix ans plus tard, c’est l’Irak de Saddam qui remporte le Graal. Les années 2000, elles, seront dominées par l’armée égyptienne, à l’exception de l’édition 2004 remportée par la Corée du Nord. Le football militaire, c’est aussi cette opportunité formidable d’être champion du monde pour des pays qui n’ont jamais rien gagné au niveau mondial « dans la vraie vie ». L’Algérie le sait bien, elle défendra chèrement son premier titre acquis en 2011, lors de la compétition qui débute le 2 juillet en Azerbaïdjan.

Voir enfin:

How Orwell misread the sporting spirit

Christmas bonus: Army officers play an impromptu game of football in 1918

Brendan Gallagher

30 Jul 2004

George Orwell wasn’t wrong about much but he was way off beam with his famously jaundiced view of sport. In 1941, with war waging and Britain contemplating a grim future, he wrote: « Serious sport has nothing to do with fair play, it is bound up with hatred and jealousy, boastfulness, disregard of all the rules and sadistic pleasure in unnecessary violence. In other words it is war minus the shooting. »

The words of a man who never played competitive sport – a perplexed observer. A solitary, introvert man who had no concept of teamwork and no comprehension of the passion which motivates sportsmen and women. No wonder his Big Brother vision of the future in 1984 was bleak and soulless.

Those able to visit the Imperial War Museum (North) in Manchester over the coming months can make their own judgment about sport’s relationship with war. The museum is staging a stunning exhibition entitled « The Greater Game » which tells the story of sportsmen in war and examines sport’s relationship with politics.

It sounds dry and serious; in reality it is fascinating, humorous and moving. How could sport be otherwise? Make a weekend of it because you will want to pop in more than once. That I can guarantee.

Sporting myths are examined and thankfully survive close scrutiny. Captain Nevill did encourage his troops over the top in the First World War by kicking a football into no-man’s land, and the heavy, quartered leather football remains; there were countless ad hoc matches between British and German troops, normally on Christmas Day or New Year’s Day, and their details are faithfully recorded. One German captain presented a splendid bierstein to his opposite number after a hard-fought game.

There is a wonderful collection of War Office recruitment posters which cynically exploit the common man’s close affinity with sport; another striking image is German prisoners of war peering over the stable doors at Newbury racecourse where they were incarcerated. Most cricket fans have read of E W Swanton’s 1939 Wisden which gave solace to many Allied soldiers in Japanese prisoner of war camps. To see its dog-eared, yellow pages is thought-provoking in the extreme.

You can learn about truly exceptional individuals. There are the stories, in minute detail, of 11 sportsmen, a randomly selected First XI of sporting heroes. Some you will have heard of, like rugby’s Edgar Mobbs who formed his own First World War regiment, and former England cricket captain Lionel Tennyson, who was wounded three times and twice mentioned in dispatches at Loos, Ypres, the Somme and Cambrai. After surviving those battles, batting one-handed against the Australian fast bowlers, as he did in a Test in 1921, was a doddle.

Maurice Turnbull, Hedley Verity and Learie Constantine are also well known, but football’s Walter Tull, Donald Bell and Jimmy Spiers, rugby league forward and world wrestling champion Douglas Clark, Australian Test cricketer Ross Gregory and jockey Frank Furlong may be new names to you. Their stories are extraordinary and inspiring and we offer just a taste on these pages.

Sportsmen make great soldiers because they are generally fit, courageous, aggressive, skilled, self-sacrificing and disciplined. What Orwell overlooked is that most sportsmen bring a generosity of spirit, dignity and integrity to everything they do, including going to war. With few exceptions, they behave better on the sporting field than the rest of mankind do in their everyday lives and over the years they have taken those qualities into the battlefield. They raise the bar, especially when the going gets tough.

Politicians and political commentators will never understand sport. In 1974, Cuba’s Fidel Castro started getting on his high horse: « One day, when the Yankees accept peaceful coexistence with our country, we shall beat them at baseball, too, and the advantages of revolutionary over capitalist sport will become clear to all. » Only somebody who knew nothing of sport and human nature would say that.


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