Ecoutes de l’Elysée: Hollande m’a mis sur écoute (Fillon, quoting new book, says Hollande had him tapped)

24 mars, 2017
L’Élysée n’écoute rien. Il n’y a pas de système d’écoutes ici (…). Moi, personnellement, je n’en ai jamais lu une seule. François Mitterrand (02.04. 1993)
Il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée. Il y a un cabinet qui travaille mais nous n’avons pas à nous mêler des affaires et ma position a toujours été l’indépendance de la justice, le respect de la présomption d’innocence, et ne jamais interférer. C’est très différent de mes prédécesseurs. François Hollande (24/03/2017)
Le président Obama est tombé bien bas pour mettre mes téléphones sur écoute durant une période d’élections sacrée. C’est Nixon/Watergate. Une personne malfaisante (ou malade)! Donald Trump
N’oubliez pas : quand je dis écoutes téléphoniques, ces mots étaient entre guillemets […] parce que les écoutes téléphoniques, c’est quelque chose de plutôt vieux jeu. Mais cela recouvre vraiment la surveillance et beaucoup d’autres choses. Donald Trump
Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ? Parce que, ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes] ne peuvent pas le dire. Christine Angot
Je vais mettre en cause le président de la République. Il y a un livre sur le ministère de l’Intérieur et la place Beauvau dont j’ai pu lire les bonnes feuilles et qui explique comment Hollande fait remonter les écoutes judiciaires à son bureau, comment il est au courant des moindres faits et des filatures. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé. Je demande qu’une enquête soit ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre, parce que c’est un scandale d’Etat. Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la Ve République, un chef d’Etat n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité. François Fillon
J’ai simplement dit qu’il y a un livre qui sort, dont j’ai découvert le contenu ces derniers jours. Il décrit un mécanisme incroyable d’intervention du pouvoir dans les affaires judiciaires. J’ai simplement dit que ce livre fait des révélations qui, si elles s’avèrent exactes, sont un scandale d’État. Il dit que les écoutes remontent directement à l’Elysée, que le président de la République a connaissance de toutes les procédures, etc. Je ne sais pas si c’est vrai ! Donc, il doit y avoir une enquête. François Fillon
Le retour aux affaires des chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon d’un cabinet noir.  Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire!  Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil ploicier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes et dont le rayon d’action ne serait pas cantonné au seul renseignement territorial.  (…) Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui.  Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé
Quelquefois ce n’est pas l’information elle-même qui est révélatrice de l’époque dans laquelle nous vivons, mais plutôt les réactions qu’elle suscite, et la manière dont elle nous est présentée. Ou occultée. (…) Hier, au cours d’une conférence de presse, Devin Nunes, actuel président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants a confirmé que des agences de renseignement américaines avaient collecté des informations concernant des citoyens américains participant au processus de transition de l’administration suite à l’élection de Donald Trump. Il a précisé que ces collectes, très probablement légales, avaient été réalisées entre novembre 2016 et janvier de cette année et ne concernaient en aucune manière la Russie.   Le problème, selon lui, est qu’un certain nombre de ces documents laissaient clairement deviner l’identité réelle des citoyens américains concernés, et que ces documents avaient largement circulé parmi des responsables (autorisés) de l’administration Obama  (…) Il a ajouté que la Commission du renseignement allait procéder à une enquête approfondie concernant ces opérations de surveillance et la dissémination des informations (confidentielles, ndlr) qui en résultèrent. Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix. Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique. Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. (…) C’est étrange, à l’époque où nous vivons, plus connectée que jamais, les nouvelles ont toujours du mal à franchir l’Atlantique, et quand elles le font, quelquefois, le contenu fait penser à ce qui reste d’un message après avoir été transmis par « téléphone arabe ». Alors précisons tout de suite que cette news avait fait l’objet d’une dépêche AFP dont le contenu reste encore accessible aujourd’hui dans le cache de Google.  Bon alors évidemment, c’est l’AFP, c’est l’aspect « téléphone arabe » de la chose.  Soit ils sont sourds, soit ils sont moins-comprenants, soit [mettez ici ce que vous voulez]. Parce qu’en effet le contenu (…) Ne semble pas refléter (c’est un euphémisme) les propos de l’intéressé, dont la vidéo est disponible un peu partout. Et dans la presse française ça devient… Apparemment, quelques idées se seraient encore perdues en cours de route, d’autres auraient été ajoutées, bref, c’est plus de l’intox, ça confine à l’art abstrait (France24) : Le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a affirmé mercredi que des communications de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, avaient été interceptées pendant la période de transition. Donald Trump, dans la tourmente pour avoir accusé sur Twitter, sans éléments de preuve, Barack Obama de l’avoir placé sur écoute, s’est dit, mercredi 22 mars, conforté par les déclarations d’un élu républicain sur de possibles opérations de surveillance qui n’avaient pas été révélées à ce jour. Devin Nunes, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a affirmé, tout en restant avare en détails, que les agences de renseignement américaines avaient intercepté des communications des membres de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, durant la période de transition. «Il y a beaucoup d’informations dans les rapports que j’ai vus qui m’amènent à penser que l’administration précédente et nombre d’agences avaient une très bonne idée de ce que le président élu Trump faisait», a déclaré l’élu républicain, après avoir rencontré le chef de l’État à la Maison Blanche. «J’ai pensé qu’il était important que le président le sache», a-t-il ajouté. Donald Trump, qui s’exprimait au même moment lors d’une table ronde avec des élus afro-américains, a fait part de sa satisfaction. « Êtes-vous conforté par ces déclarations ? », lui a demandé un journaliste.  « Oui, d’une certaine manière. Je suis content qu’ils aient trouvé ce qu’ils ont trouvé », a-t-il répondu, sans autres précisions. Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix. Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique. Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. Source France24 avec AFP (…)  Exit donc le principal sujet de la conférence, à savoir que le nom des personnes sous écoutes étaient facilement reconnaissables (quand ils n’étaient pas en clair), et bonjour un tout nouveau grief, qui ne figure absolument pas dans la déclaration de l’intéressé : « voire de Donald Trump lui-même ».  Or Devin Nunes a déclaré, au contraire, que ces écoutes concernaient des personnes liées à la transition présidentielle, et non le président lui-même ou des membres de l’équipe de campagne (cela se passe après l’élection, ndlr). Une accusation pareille serait gravissime, surtout venant du président de la Commission du Renseignement, et à ce titre, l’invention pure et simple d’un pareil argument devrait valoir au journal qui l’aurait publié un joli macaron DecodexTM rouge, et la qualification de « fake news » sans parler du joli petit article dans Crosscheck qui va bien avec. Le Vilain petit canard
Les écoutes de l’Élysée, c’est l’un des premiers scandales de la présidence Mitterrand. En 1982, le chef de l’État souhaite la création d’une cellule antiterroriste à l’Élysée. Plusieurs gendarmes, dont Christian Prouteau, la composent. Il s’agit alors d’assurer la protection du président, ébranlée après l’attentat de la rue des Rosiers, et pour les gendarmes de dénicher de vraies informations afin de gommer l’affaire des Irlandais de Vincennes. Mais l’objet de la cellule déborde vite de ce cadre, qu’on pourrait qualifier d’intérêt général. Les gendarmes ouvrent de plus en plus grandes leurs oreilles. Les vingt lignes téléphoniques mises à leur disposition tournent à plein régime, hors des circuits officiels, au service quasi personnel de François Mitterrand. Avec des mobiles souvent fallacieux, on épie Jean-Edern Hallier – décidé à révéler l’existence de Mazarine Pingeot -, Carole Bouquet – peut-être parce que son mari d’alors était proche de la présidence algérienne -, Charles Pasqua, l’académicien Michel Droit… Et, dans cette liste assez extravagante, le journaliste du Monde Edwy Plenel, dont la mise sur écoute fut demandée expressément par François Mitterrand. L’affaire est jugée en 2004. Sur le banc des accusés, douze prévenus, douze maillons de la chaîne, du supergendarme Christian Prouteau à l’ancien directeur de cabinet de François Mitterrand, Gilles Ménage, en passant par celui du Premier ministre Laurent Fabius, Louis Schweitzer. François Mitterrand, décédé huit ans plus tôt, n’en est pas moins au coeur des débats. C’est le tribunal qui l’affirme : « Un grand nombre des écoutes reprochées aux différents prévenus ont pour origine une décision ou un choix émis par la plus haute autorité de l’État, à savoir le président de la République. » Sept des onze prévenus, dont Prouteau et Ménage, sont condamnés, ce que confirmera la Cour de cassation. Au tribunal, il manque un prévenu : le capitaine Guézou, le gendarme qui transcrivait les conversations et les apportait à l’Élysée. Le 12 décembre 1994, quelques jours après sa mise en examen, il s’est pendu. Le Point
Très clairement, un système a été mis en place, des hommes de confiance ont été placés à des postes stratégiques de façon à faire remonter les informations utiles. Ce qu’on appelle informations utiles, évidemment à l’Elysée, ce sont les informations qui concernent les affaires judiciaires qui visent Nicolas Sarkozy. (…) C’est simplement une organisation en fait. On appelle ça un cabinet noir mais c’est la mise en place d’une organisation, c’est-à-dire d’un système de relais au Ministère de la Justice, donc au cabinet du ministre, de la ministre à l’époque où on écrivait encore. Et puis aussi au Ministère de l’Intérieur et en tout cas, dans tous les endroits où des informations susceptibles d’être utilisées peuvent remonter. Stéphanie Marteau (20/04/2016)
Pour nous, l’affaire la plus symptomatique, c’est celle des écoutes contre Nicolas Sarkozy dans l’affaire incidente Bettencourt lorsque le parquet national financier lance une enquête sur le financement de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy. (…) En fait, on choisit en général les gens qui sont amenés à enquêter sur ces affaires. (…) Très concrètement, les policiers sont choisis en fonction de leurs états de service en général proches du pouvoir. Et notamment, l’enquête qui a été menée sur cette affaire par l’Office anticorruption de la Direction centrale de la Police judiciaire était dirigée et l’équipe d’enquête est clairement proche du pouvoir et proche du parti socialiste. (….) On choisit les gens mais ce ne sont pas que des magistrats. (…) Vous avez aussi des magistrats qui résistent. Par exemple, le procureur-général François Faletti (…) qu’on a mis à la retraite d’office, qui est quelqu’un qui a longtemps résisté à cette tendance à divulguer des informations sorties du dossier d’instruction afin qu’elles soient médiatisées et portent préjudice évidemment à Nicolas Sarkozy. Aziz Zemouri  (20/04/2016)
Les auteurs ne valident pas à proprement parler cette thèse du cabinet noir. « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire! » Mais ils pointent tout de même « l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants. (…) Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes ». En fait, sans apporter la démonstration d’une orchestration des affaires judiciaires, ils éreintent la thèse selon laquelle l’Elysée aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy dans la presse. Et les auteurs d’affirmer que François Hollande, comme d’autres avant lui, a utilisé les administrations régaliennes pour recueillir des informations sur ses adversaires politiques. « L’impréparation, la méconnaissance de l’appareil policier et judiciaire ainsi que les circonstances ont très vite amené François Hollande à renier ses principes et adopter des méthodes qui n’ont rien à envier à celles de ses prédécesseurs ». Le livre décrit surtout comment l’Elysée a tenté de faire pièce aux réseaux sarkozystes, qui avaient noyauté l’appareil policier et judiciaire depuis une décennie. François Hollande a ainsi placé soit des proches soit des anciens chiraquiens à la plupart des postes clefs: à Tracfin, la cellule de renseignement de Bercy, à la Direction des affaires criminelles et des grâces, place Vendôme, et bien sûr au sein des renseignements et de la police.  Un chapitre est notamment consacré à Bernard Bajolet, patron de la DGSE, le service extérieur. Surnommé « l’autre espion du président », il reste tout de même relativement épargné par les auteurs. « Il est à Hollande ce que Squarcini était à Sarkozy, la faconde en moins, la rigueur et le courage en plus. L’un était flic de renseignement, amateur de coups tordus. L’autre est un diplomate, expert en rapport de force ». Le livre s’attarde aussi longuement sur l’affrontement, plus surprenant, entre François Hollande et Manuel Valls pour le contrôle de l’appareil d’Etat. Car il n’y a pas que les sarkozystes qui accusent l’Elysée d’avoir fomenté des coups bas contre leur champion, les vallsistes aussi. L’enquête sur le financement de l’orchestre de son épouse Anne Gravoin, qui a fuité dans l’Obs, aurait ainsi été conduite par « une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE… » Ils notent aussi qu’un proche de Hollande, Pierre-René Lemas, à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), est à l’origine de l’enquête judiciaire sur les contrats noués entre la CDC et le criminologue Alain Bauer, ami intime de Valls. Challenges
«La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Élysée, c’est François Fillon », s’aventure même notre volatile, très vite devenu bien tatillon. Comparons. «Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande», écrit celui qui dénonce (dénonçait ?) dans son livre « les secrets inavouables d’un quinquennat ». On pourrait s’arrêter là. Mais, bon public, continuons. « Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président[sic]. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. » Encore ? « Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judicaire s’était abattue sur son prédécesseur. » Une dernière : un « cabinet noir » ? « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! » Mais il existe une « addition d’indices troubles et de témoignages étonnants » En effet, Didier Hassoux « n’a pas dit ça ».  Mieux, on déduit de la lecture de son enquête que François Hollande serait à l’origine de toutes les affaires qui ont touché le camp adverse pendant son mandat, sauf de celle-là. C’est vrai quoi, François Fillon on n’y touche pas. La preuve, le président l’a (re)dit lui-même ce matin: « il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée » (il n’a pas parlé de Bercy). C’est clair ? « Macron c’est moi » mais François Fillon c’est pas moi ! Si le malheur de l’un fait le bonheur de mon poulain c’est totalement fortuit. « Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. […] Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. […]Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. » J’utiliserai seulement comme tel celui de mon prédécesseur pour mieux faire en sorte de choisir mon successeur. Ah non pardon, ça non plus il ne l’a pas dit… Causeur
Les bonnes feuilles de Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat, que nous publions, éclaboussent comme jamais auparavant la présidence de François Hollande. L’affaire est grave. Elle met en lumière les dérives de la présidence de la République, qui a cherché à s’informer et à déstabiliser, par (presque) tous les moyens, ses opposants. Trois journalistes d’investigation lèvent ainsi le voile sur la manière dont François Hollande a tenté d’utiliser le ministère de l’Intérieur et ses outils de surveillance et de collecte d’informations pour servir sans succès un intérêt politique : sa réélection. Mais aussi la presse, en n’hésitant pas à faire fuiter opportunément des informations compromettantes sur ses opposants, jusque dans son propre camp, comme ce fut le cas manifestement contre Manuel Valls et son équipe rapprochée — son chef de cabinet sera photographié au téléobjectif. L’espionnage politique au sommet de l’État semble être devenu une manie, tout comme les nominations au sein de l’appareil judiciaire, pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment. À lire les trois auteurs, les écoutes téléphoniques et la diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs” se sont presque généralisées. Plus accablant : la production de ces notes blanches sur la vie privée de concurrents et sur les affaires judiciaires touchant à la politique a même explosé depuis 2012. Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre ne l’affirment-ils pas ? « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. » Pas vraiment classés à droite, Didier Hassoux, journaliste au Canard enchaîné, Christophe Labbé, qui a rejoint le “palmipède” il y a quelques mois après avoir été au Point pendant de longues années, tout comme Olivia Recasens, qui a quitté l’hebdomadaire il y a quelques semaines, publient cette enquête implacable nourrie aux meilleures sources. S’ils révèlent que le chef de l’État ne s’était pas préparé à prendre en main l’appareil policier, ils racontent comment toutefois il se serait servi d’un cabinet noir pour discréditer ses concurrents à la présidentielle de 2017. Élection à laquelle il s’était préparé à concourir en duel face à Nicolas Sarkozy, avant de se prendre les pieds dans le tapis et de finalement disparaître du jeu. En octobre 2013, lorsque Valeurs actuelles révèle l’existence d’un cabinet noir à l’Élysée, personne n’imagine ce qui va être écrit moins de quatre ans plus tard dans ce livre, qui prouve et même aggrave — si les informations sont confirmées — les charges pesant contre l’Élysée. Une cellule aux ramifications profondes, dans les plus hautes sphères de l’appareil de l’État, a été mise en place par François Hollande. Objectif : empêcher par tous les moyens que Nicolas Sarkozy puisse se présenter à l’élection présidentielle. Écoutes abusives, fuites de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication des comptes rendus de ses auditions devant les juges et de ses conversations téléphoniques. Les policiers et les magistrats qui nourrissent la presse, en violation de la loi, ne seront jamais inquiétés. Sous la pression, Nicolas Sarkozy sera même obligé d’ouvrir une ligne sous un faux nom — Paul Bismuth — afin d’échanger avec son avocat — un comble ! — pour échapper aux écoutes. Même ce téléphone finira par être identifié par la justice et finalement placé, lui aussi, sur écoute. Le système médiatique, aidé par une partie de l’appareil judiciaire et de certains fonctionnaires de police, participe ainsi au petit jeu de massacre. Alors qu’arrive la fin du quinquennat, les langues se délient. Et les acteurs de la présidence Hollande livrent les secrets les plus inavouables. Déjà, dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Selon eux, les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au président de la République ». Sans surprise, François Fillon est depuis le début de sa campagne sous le feu nourri du même système qui ne veut pas de candidat de droite à la présidentielle. Qu’il s’appelle Sarkozy ou Fillon. Le candidat aura mis du temps à établir les liens. Il a affaire aux mêmes juges que Nicolas Sarkozy : Serge Tournaire, Aude Buresi ; au même service d’enquête, l’OCLCIFF ; au même parquet, le PNF ; les journalistes qui bénéficient de la violation du secret de l’instruction pour publier leurs scoops sont aussi précisément les mêmes. La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable : une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite. Diaboliquement efficace pour convaincre l’opinion publique de la culpabilité d’un homme politique. Mais aussi, de moins en moins discrète, c’est l’objet de cette enquête : montrer comment, depuis le sommet de l’État, sont orchestrées les cabales politiques, judiciaires et médiatiques. Valeurs actuelles

Surveillance, écoutes abusives, diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs”, collecte d’informations,  fuites opportunes d’informations compromettantes et de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication dans la presse des comptes rendus des auditions devant les juges et des conversations téléphoniques, nominations au sein de l’appareil judiciaire pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment, campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle, cabinet noir pour discréditer ses concurrents, technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” (une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite) …

Nous avions un Obama Big brother à l’Elysée et nous ne le savions pas !

A l’heure où commencent à se confirmer aux Etats-Unis les rumeurs d’écoutes de l’Administration Obama …

Pour tenter d’empêcher l’élection puis de discréditer l’élu du peuple américain …

Au lendemain d’une invitation du candidat de la droite sur la télévision d’Etat …

Qui, commissaire politique déguisée en « invitée surprise » comprise, avait tout d’un traquenard

Devinez qui de ce côté-ci de l’Atlantique …

Et 30 ans après les tristement célèbres écoutes du président Mitterrand

Semble se profiler derrière l’évidente machination

Qui entre campagnes de presse et divulgations de procédures judiciaires …

Et en dépit des étranges dénégations de dernière minute de ceux par qui le scandale est arrivé …

Vise à éliminer le seul candidat crédible de l’alternance ?

Les dossiers noirs de l’Élysée (écoutes, filatures, surveillance…)
Louis de Raguenel
Valeurs actuelles

23 mars 2017

En couverture. Écoutes, filatures, surveillance : un livre révèle les manoeuvres de François Hollande pour combattre ses adversaires politiques. Une enquête accablante qui achève le président sortant.

Les bonnes feuilles de Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat, que nous publions, éclaboussent comme jamais auparavant la présidence de François Hollande. L’affaire est grave. Elle met en lumière les dérives de la présidence de la République, qui a cherché à s’informer et à déstabiliser, par (presque) tous les moyens, ses opposants. Trois journalistes d’investigation lèvent ainsi le voile sur la manière dont François Hollande a tenté d’utiliser le ministère de l’Intérieur et ses outils de surveillance et de collecte d’informations pour servir sans succès un intérêt politique : sa réélection. Mais aussi la presse, en n’hésitant pas à faire fuiter opportunément des informations compromettantes sur ses opposants, jusque dans son propre camp, comme ce fut le cas manifestement contre Manuel Valls et son équipe rapprochée — son chef de cabinet sera photographié au téléobjectif.

« Difficile de ne pas voir la patte de Hollande »

L’espionnage politique au sommet de l’État semble être devenu une manie, tout comme les nominations au sein de l’appareil judiciaire, pour pouvoir “être branché” en permanence avec les affaires politico-financières du moment. À lire les trois auteurs, les écoutes téléphoniques et la diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs” se sont presque généralisées. Plus accablant : la production de ces notes blanches sur la vie privée de concurrents et sur les affaires judiciaires touchant à la politique a même explosé depuis 2012. Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre ne l’affirment-ils pas ? « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. »

Pas vraiment classés à droite, Didier Hassoux, journaliste au Canard enchaîné, Christophe Labbé, qui a rejoint le “palmipède” il y a quelques mois après avoir été au Point pendant de longues années, tout comme Olivia Recasens, qui a quitté l’hebdomadaire il y a quelques semaines, publient cette enquête implacable nourrie aux meilleures sources. S’ils révèlent que le chef de l’État ne s’était pas préparé à prendre en main l’appareil policier, ils racontent comment toutefois il se serait servi d’un cabinet noir pour discréditer ses concurrents à la présidentielle de 2017. Élection à laquelle il s’était préparé à concourir en duel face à Nicolas Sarkozy, avant de se prendre les pieds dans le tapis et de finalement disparaître du jeu.

La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable

En octobre 2013, lorsque Valeurs actuelles révèle l’existence d’un cabinet noir à l’Élysée, personne n’imagine ce qui va être écrit moins de quatre ans plus tard dans ce livre, qui prouve et même aggrave — si les informations sont confirmées — les charges pesant contre l’Élysée. Une cellule aux ramifications profondes, dans les plus hautes sphères de l’appareil de l’État, a été mise en place par François Hollande. Objectif : empêcher par tous les moyens que Nicolas Sarkozy puisse se présenter à l’élection présidentielle. Écoutes abusives, fuites de dossiers judiciaires (en théorie protégés par le secret de l’instruction), publication des comptes rendus de ses auditions devant les juges et de ses conversations téléphoniques. Les policiers et les magistrats qui nourrissent la presse, en violation de la loi, ne seront jamais inquiétés. Sous la pression, Nicolas Sarkozy sera même obligé d’ouvrir une ligne sous un faux nom — Paul Bismuth — afin d’échanger avec son avocat — un comble ! — pour échapper aux écoutes. Même ce téléphone finira par être identifié par la justice et finalement placé, lui aussi, sur écoute. Le système médiatique, aidé par une partie de l’appareil judiciaire et de certains fonctionnaires de police, participe ainsi au petit jeu de massacre.

Alors qu’arrive la fin du quinquennat, les langues se délient. Et les acteurs de la présidence Hollande livrent les secrets les plus inavouables. Déjà, dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Selon eux, les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au président de la République ».

Sans surprise, François Fillon est depuis le début de sa campagne sous le feu nourri du même système qui ne veut pas de candidat de droite à la présidentielle. Qu’il s’appelle Sarkozy ou Fillon. Le candidat aura mis du temps à établir les liens. Il a affaire aux mêmes juges que Nicolas Sarkozy : Serge Tournaire, Aude Buresi ; au même service d’enquête, l’OCLCIFF ; au même parquet, le PNF ; les journalistes qui bénéficient de la violation du secret de l’instruction pour publier leurs scoops sont aussi précisément les mêmes. La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable : une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite. Diaboliquement efficace pour convaincre l’opinion publique de la culpabilité d’un homme politique. Mais aussi, de moins en moins discrète, c’est l’objet de cette enquête : montrer comment, depuis le sommet de l’État, sont orchestrées les cabales politiques, judiciaires et médiatiques. Extraits.

Seize mois après avoir quitté l’Élysée, Nicolas Sarkozy a été placé sur écoute. Pendant près d’un an, la police judiciaire a espionné ses conversations. Une première dans les annales de la Ve République. Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judiciaire s’était abattue sur son prédécesseur. En 2017, cinq ans après sa défaite électorale, ce sont pas moins de treize affaires judiciaires qui empoisonnent Nicolas Sarkozy ou son entourage. Au point que les sarkozystes, prompts à s’afficher en victimes, y voient la main d’un cabinet noir.

Comment Hollande utilise la chancellerie et Tracfin

Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial. […]

Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du IXe arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. Chaque semaine, le patron de Tracfin prend le chemin de l’Élysée pour assister, avec les directeurs des six autres services secrets, à la réunion organisée par le coordinateur du renseignement. […] Afin d’allumer la mèche d’une affaire politico-financière, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction et la transmette officiellement à la justice. Ou officieusement à un service enquêteur qui se chargera de mener “une enquête d’initiative” avant qu’un magistrat ne la reprenne à son compte.

Une fois la machine lancée, le dossier emprunte un alambic judiciaire, sous le regard d’un autre ami du président, le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire. […] Lorsqu’il dirigeait l’association des procureurs, Gelli en avait fait l’arme de guerre des “petits pois” (expression péjorative de Nicolas Sarkozy pour désigner les juges, qui « se ressemblaient tous ») contre Sarkozy, déclenchant même une pétition chez les parquetiers — une jacquerie sans précédent. Il avait à cette époque comme adjoint au sein de l’association Bruno Dalles, l’actuel patron de Tracfin.

Depuis la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG), véritable tour de contrôle de la Place Vendôme, Gelli peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers. « La DACG n’est pas seulement l’oeil de la chancellerie, c’est aussi un moyen de piloter discrètement les dossiers politiquement sensibles », allègue un parquetier. Une pratique assumée par la chancellerie. Sur le papier, pourtant, c’en est fini de l’ère Sarkozy : il n’y a plus d’“affaires signalées”, ces dossiers que le pouvoir exécutif surveille de près et sur lesquels il intervient autant que de besoin, par le biais d’“instructions individuelles” adressées aux magistrats. « En fait, les choses se font plus subtilement, par exemple, sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, des consignes sont données… mais oralement », nous précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy. Des habitués de la méthode des poupées russes.

Hollande informé par des “blancs” : Sarkozy dans le viseur

Un dérapage verbal incontrôlé : « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait », fanfaronne le président devant dix-neuf députés socialistes qu’il reçoit, le 17 février 2014, à l’Élysée. « Hollande a toujours voulu garder un oeil sur ses ennemis et même sur ses alliés de circonstance qui pourraient devenir ses adversaires », prévient en écho un éléphant socialiste qui a pratiqué à ses dépens l’ancien premier secrétaire du PS. Un “allié de circonstance” comme Alain Juppé, fidèle de Chirac s’il en est ? François Hollande n’a-t-il d’ailleurs pas nommé Augustin de Romanet, un des soldats du maire de Bordeaux, à la tête de l’un des plus gros fromages de la République : Paris Aéroport. Est-ce pour garder un oeil sur lui que Hollande y a également placé l’ex-préfet de Corrèze Alain Zabulon [celui-ci a régulièrement été cité dans les enquêtes de Valeurs actuelles comme une pièce maîtresse du cabinet noir, NDLR], ancien coordinateur national du renseignement ? Un homme en qui le président a toute confiance et qu’il a suggéré à Augustin de Romanet comme directeur de la sûreté.

Les propos imprudents de Hollande sur la surveillance de Sarkozy, Bruno Le Roux, le patron du groupe PS à l’Assemblée nationale, s’est aussitôt empressé de les démentir : « Le président de la République n’écoute ni ne surveille personne ! » Celui qui n’était pas encore ministre de l’Intérieur avait sans doute encore à apprendre, du moins si l’on en croit un vieux routard de la PJ : « Quand on branche une personnalité, on sait que les infos récoltées ne partent pas toujours uniquement au bureau du juge. Elles peuvent aussi nourrir des “blancs”. On sait que notre hiérarchie va faire remonter ces informations en haut lieu. C’est une pratique qui a toujours existé… » Lui comme ses collègues, manifestement rompus à ces méthodes, ne croient pas une seconde au scénario servi par l’Élysée, selon lequel François Hollande aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy en lisant le journal le Monde. Pas plus qu’ils n’imaginent un Manuel Valls laissé dans l’ignorance.

[…] Quant à la Place Beauvau, elle est nécessairement dans la boucle dès le départ, puisque ce sont les fameux policiers de la Division nationale de l’investigation financière et fiscale, devenue l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales, qui ont branché les téléphones de l’ancien président, puis retranscrit ses conversations, tout en le géolocalisant en temps réel.

La police judiciaire de la préfecture de police de Paris pilotée depuis l’Élysée

Le patron de la PJ parisienne [Bernard Petit, NDLR] règne sur deux mille deux cents policiers et voit passer des dossiers politiquement très sensibles. En lien direct avec l’Élysée, véritable contre-pouvoir au ministère de l’Intérieur, la PJPP est aussi un sacré panier de crabes où les carrières se font et se défont, et les rivalités s’exacerbent.

L’étonnante demande de Bernard Petit

À peine arrivé, [le vallsiste Bernard Petit, patron de la PJ parisienne de décembre 2013 à février 2015, au moment des révélations contre Nicolas Sarkozy, NDLR] aurait demandé au chef de la Crim’ s’il avait quelqu’un pour faire des fadettes en toute discrétion. Une demande aussitôt ébruitée.

Une cellule de renseignement occulte d’une dizaine de personnes

Afin de prendre le contrôle de la boutique, Jack Bauer [surnom de Bernard Petit, NDLR] se donne six à huit mois. Et il a un plan. Dupliquer le service de renseignement criminel dont il avait fait une arme de guerre lorsqu’il était à Nanterre. […] Pour monter au 36 cette cellule rens’ d’une dizaine de personnes, Petit recrute même à la DGSE. Avec, en appui opérationnel, des hommes fiables qu’il dissémine dans différents services de la PJ sous la casquette de “documentaliste”.

Des “Imsi-catchers” utilisés contre Nicolas Sarkozy ?

Comment le portable caché de Sarkozy, le “toc”, comme on dit dans un jargon commun aux flics et aux voyous, a-t-il été repéré ? Quand Thierry Herzog achète dans une boutique SFR, à Nice, deux puces téléphoniques prépayées, avec la carte d’identité de l’un de ses anciens copains de lycée, Paul Bismuth, les deux hommes sont persuadés d’avoir parfaitement sécurisé leurs communications secrètes d’autant qu’ils n’utilisent ces lignes que pour échanger entre eux. D’où la sidération de l’avocat, lorsque des policiers se présentent à son domicile à la recherche du toc en question. « Les collègues lui ont ordonné de présenter ses téléphones. Il leur en a donné deux ou trois. Ils ont demandé s’il en avait un autre. Herzog a répondu “non”. Ils ont alors composé le numéro du téléphone de Bismuth, qui s’est mis à sonner dans la poche de son peignoir. L’avocat était livide… », raconte avec gourmandise un officier de la PJ de Nanterre. […]

« Savoir que la personne “branchée” utilise aussi un toc est une chose, identifier le numéro caché en est une autre, ajoute notre OPJ. […] le plus simple est d’utiliser un Imsi-catcher. » Des appareils [utilisés dans les affaires de terrorisme, NDLR] dissimulables dans un sac à dos ou une valise qui, en imitant le fonctionnement d’une antenne relais de téléphonie mobile, avalent à distance les communications de tous les portables qu’ils identifient y compris en mode veille. La plupart des Imsi-catchers sont en dotation à la DGSI et à la DGSE : les espions des deux services secrets en possèdent au moins une douzaine.

Une cellule chargée des surveillances discrètes dans les domaines sensibles

Pour placer des hommes fiables à des postes clefs dans l’appareil sécuritaire, des “flics” chiraquiens sont appelés à la rescousse. Le plus marqué est sans conteste Philippe Klayman. […] [Il] a tout de suite dit “oui” lorsque, quatre mois après l’élection de Hollande, le nouveau pouvoir lui a proposé de devenir patron des CRS. Un poste ultra-sensible parce que le maintien de l’ordre est une matière politiquement explosive, encore plus sous la gauche. Et puis les CRS ont une autre mission, plus confidentielle, celle de protéger en deuxième rideau l’intimité du président et des membres du gouvernement.

C’est cette même proximité avec la Chiraquie qui conduit la gauche à nommer directeur du renseignement territorial Jérôme Léonnet. À cette place stratégique, cet ancien conseiller sécurité de Dominique de Villepin […] a pour mission de redéployer une force susceptible de collecter autant d’infos que les ex-Renseignements généraux. […] Il dote ce nouveau service d’un bras armé, la Division nationale de la recherche et de l’appui (DNRA). Forte d’une soixantaine de personnes, la DNRA, ou “D7” pour les intimes, est officiellement chargée des surveillances discrètes dans les domaines sensibles. […] Léonnet nourrit la curiosité du Château avec des notes “qui n’ont jamais existé” sur des sujets politico-financiers.

Le chef de cabinet de Valls photographié soudainement par la police

À l’époque où François Hollande n’a pas encore renoncé à être candidat à sa propre succession, un autre rival potentiel que Sarkozy est dans son collimateur : Manuel Valls. Le chef de l’État ne va pas se priver de brider les ambitions de son Premier ministre.

Le 5 septembre 2014, Sébastien Gros et Serge Kasparian, attablés au Caméléon, un bistrot chic de la rive gauche parisienne, ne se doutent pas un seul instant qu’ils sont photographiés au téléobjectif. Les policiers des Courses et Jeux qui immortalisent la scène savent que leurs clichés vont faire date. Le chef de cabinet du Premier ministre Manuel Valls est surpris en grande conversation avec le patron de l’un des cercles de jeux parisiens visés par une opération mains propres. Sébastien Gros, trente-cinq ans, est l’homme de confiance de Valls. […] Ce jour-là, il rencontre un drôle de zigoto. Serge Kasparian, la cinquantaine, silhouette massive et visage buriné, dirige le Cercle Cadet, un établissement de jeux du nord parisien où l’argent coule à flots. En toute logique, le parquet de Paris [a ouvert] une enquête préliminaire le 28 décembre 2012 [concernant le Cercle Cadet]. Six mois plus tard, l’embryon de dossier [était] transmis à Serge Tournaire. Ce juge d’instruction est apprécié à l’Élysée pour son opiniâtreté dans les affaires mettant en cause Sarkozy. Star du pôle financier, il est l’un des premiers à découvrir les surprenantes photos de Sébastien Gros mais aussi à entendre ce qui se dit au cours du déjeuner. […] À la Direction des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, proche de Hollande, suit avec attention le déroulé des événements.

Si la volonté de l’Intérieur est de nettoyer les cercles de jeux, considérés à juste titre comme des lessiveuses à argent sale, l’Élysée y voit sûrement un autre avantage. […] avec cette opération main propres, qui touche un proche conseiller de Manuel Valls, l’Élysée double la mise.

L’entourage de Manuel Valls en est pour sa part totalement persuadé : le Château fomente des coups bas. Comme cette fâcheuse rumeur d’une liaison entre le chef du gouvernement et sa ministre de l’Éducation qui alimente les conversations dans les salles de rédaction. L’ami Stéphane Fouks est illico appelé à la rescousse pour éteindre l’incendie médiatique. Le pape de la communication de crise, patron de Havas Worldwide, ex-Euro RSCG, est un copain de fac du Premier ministre. C’est le même qui joue le pompier volant, lorsque l’épouse de Manuel Valls, Anne Gravoin, est épinglée dans l’Obs. Un article décrit les conditions de financement de l’orchestre de la jeune femme par un curieux attelage : un mystérieux homme d’affaires algérien représentant en France un conglomérat koweitien, un marchand d’armes sud-africain, qui préside le plus grand groupe d’armement du continent, et l’homme de confiance du président congolais Denis Sassou Nguesso, un ancien de la Françafrique décoré en catimini de la Légion d’honneur par Manuel Valls. Dans les couloirs de Matignon, on fait remarquer aux curieux que cette enquête à charge a été conduite par une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE…

Valls à son tour victime de Hollande ?

En octobre 2016, alors que Manuel Valls caresse l’idée de se présenter à la présidentielle, sort un livre qui déstabilise un de ses amis. Dans Nos très chers émirs, consacré aux liens entre la France et les monarchies du Golfe, le secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement Jean-Marie Le Guen est accusé d’avoir reçu des pots-de-vin de l’ambassade du Qatar. Le jour même de la publication, le chef du gouvernement dénonce sur les ondes de France Inter une « campagne de déstabilisation » à son encontre. Dans sa tête, les munitions contre Le Guen ont été, en partie, fournies par le Château avec l’aide d’un dévoué artificier, Bernard Bajolet, le directeur de la DGSE.

La cible était d’autant plus idéale que Le Guen, censé consacrer tout son temps aux députés et aux sénateurs, accompagne Valls dans nombre de ses déplacements à l’étranger. Avec une prédilection pour les destinations africaines. Parce qu’il se croyait intouchable, le Premier ministre n’a pas vu venir le coup…

“Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat”, d’O. Recasens, D. Hassoux et C. Labbé, Robert Laffont, 264 pages, 19,50 €.

Voir aussi:

Valeurs actuelles

23 mars 2017

Débat. Invité sur le plateau de L’Emission politique sur France 2, François Fillon a dû faire face de nombreuses accusations et a eu même un clash avec l’écrivain Christine Angot. Il a aussi violemment chargé François Hollande et a dénoncé un « scandale d’Etat »…

Invité sur le plateau de L’Emission politique sur France 2, François Fillon a dû faire face de nombreuses accusations portant sur ses problèmes judiciaires et a eu même un clash avec l’écrivain Christine Angot. Il a aussi violemment chargé François Hollande et a dénoncé un “scandale d’Etat”

“Je vais mettre en cause le président de la République”

Au début de l’émission, en faisant un rapprochement avec ses mésaventures judiciaires du moment, François Fillon a frappé fort en évoquant l’existence d’un “cabinet noir” à l’Élysée. Il s’est ensuite attaqué frontalement à François Hollande.

“Je vais mettre en cause le président de la République”, a annoncé François Fillon. “Il y a un livre sur le ministère de l’Intérieur et la place Beauvau dont j’ai pu lire les bonnes feuilles et qui explique comment Hollande fait remonter les écoutes judiciaires à son bureau, comment il est au courant des moindres faits et des filatures. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé. Je demande qu’une enquête soit ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre, parce que c’est un scandale d’Etat. Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la Ve République, un chef d’Etat n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité.”, a-t-il fustigé, en faisant référence à un ouvrage de révélations qui sort ces jours-ci en librairie, intitulé “Bienvenue Place Beauveau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat” (Robert Laffont).

Une déclaration qui a fortement déplu à l’intéressé. En effet, dans un communiqué, François Hollande a condamné “avec la plus grande fermeté les allégations mensongères de François Fillon”. Les propos du candidat des Républicains apportent “un trouble insupportable” à la campagne présidentielle, ajoute le président de la République. “L’exécutif n’est jamais intervenu dans aucune procédure judiciaire”, a ajouté l’Elysée, assurant que “sur les affaires particulièrement graves concernant M. Fillon, (…) le président de la République n’en a été informé que par la presse”.

Le programme économique

Entre les accusations et questions, parfois déplacées, sur l’emploi fictif de sa femme, ses costumes, son rapport à l’argent, François Fillon a tout de même parlé de son programme.

En abordant son programme économique, il a déclaré vouloir “relancer la dynamique de compétitivité”. “Depuis 20 ou 30 ans on a essayé de faire une politique qu’on jugeait la plus juste dans l’immédiat, la plus susceptible de donner des voix. Je veux mettre fin à cette situation qui a conduit à 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres en relançant la dynamique de compétitivité (…) Chez nos voisins, la fiscalité du capital est à peu près à 30%. Chez nous elle est environ à 60-70%. On doit baisser la fiscalité du capital, et on le fait en baissant la fiscalité sur ceux qui ont du capital”, a-t-il expliqué.

En outre, il a exposé son projet pour les dotations allouées aux collectivités locales. “Je n’ai pas dit qu’on baissera les dotations aux collectivités locales, j’ai juste dit que la sphère des collectivités territoriales devait baisser leurs dépenses de 20 milliards d’euros (…) On s’est accordé sur une baisse d’un milliard et demi d’euros par an de baisse des dotations. Soit 7,5 milliards d’euros sur le quinquennat. On va passer un contrat ensemble. Ils auront une visibilité sur la baisse des dotations pour cinq ans, mais en échange on, va mettre en place des simplifications de normes, on va supprimer la réforme sur les rythmes scolaires”. “Mon programme (…) peut permettre de créer le plus d’emplois dans le pays, plus d’1,5 million”, argue l’ancien Premier ministre, notamment dans les services à la personne. François Fillon souhaite aussi réformer le statut d’auto-entrepreneur.

« Invitée surprise » de l’émission, l’écrivain Christine Angot

Dès son arrivée sur le plateau, Christine Angot a employé un ton particulièrement sec et accusateur face à François Fillon. Elle a affirmé que ce n’était pas un “dialogue” et ne voulait pas réellement écouter le candidat. Ce dernier ne s’est pas laissé marcher dessus. “Si vous êtes élu, on aura un président en qui une large partie population n’aura pas confiance (…) Si vous vous étiez retiré, dans le cas d’un second tour entre Les Républicains et le Front national, on aurait voté Les Républicains. Là Monsieur, le front républicain est mis en danger”, a-t-elle lancé. “Est-ce que vous nous faites un chantage au suicide?”, a poursuivi Christine Angot, évoquant la référence de François Fillon au suicide de Bérégovoy en 1993.

“De quel droit vous me condamnez ? Ce n’est pas parce qu’un journal a décidé de m’accuser que je suis coupable”, a rétorqué le candidat. “Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ?”, a lancé l’écrivaine à François Fillon. “Parce que, ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes] ne peuvent pas le dire”, a ajouté Christine Angot en quittant le plateau.

Un débat avec trois citoyens invités

François Fillon a d’abord été interrogé par une enseignante au sujet des programmes scolaires, et notamment sur les programmes d’histoire. “Quand on regarde les difficultés qu’on a à créer une cohésion de la nation française, on se dit que l’école a aussi une vocation d’éducation civique. Je demande donc qu’on fasse des corrections des programmes d’Histoire”, a expliqué l’ancien Premier ministre, ajoutant que “ce sont des enseignants qui doivent rédiger les programmes”. “Il ne s’agit pas d’enjoliver l’Histoire, mais de permettre aux enfants de mieux l’appréhender dans son ensemble. Que cela leur permette d’aimer notre pays car, vous le voyez bien, il y a de vraies fractures aujourd’hui”, a-t-il précisé. Puis, c’est Mireille Robin qui a interpellé le candidat de la droite au sujet du chômage. “Mon programme est destiné à donner du travail à tout le monde, car si on n’avait pas aujourd’hui 10 % de chômage, le débat qu’on a là aujourd’hui serait plus facile. Or on a ce chiffre très élevé, ça fait vingt-cinq ans qu’on n’arrive pas à résoudre le chômage, tout a échoué. La première chose que je propose c’est une vraie politique de relance de l’économie”, a déclaré François Fillon.

In fine, Steeve Briois, maire (FN) d’Hénin-Beaumont a débattu avec l’ancien maire de Sarthe  de la question de l’immigration. Un échange tendu, puisque Steeve Briois ne croit pas aux promesses de François Fillon, qui souhaite réduire drastiquement l’immigration légale, et promet de combattre durement l’immigration clandestine. “Tout ça, c’est du blabla”, lance l’élu FN. “Marine Le Pen fait des discours, mais il n’y a pas de mesures”. François Fillon lui répond alors : “Quand je regarde le programme de Mme Le Pen, elle dit ‘je ne veux aucune immigration’, ce qui n’a aucun sens. La France est un pays qui accueille des personnes étrangères. Cette histoire de zéro immigration est absurde.”

Voir également:

Christine Angot face à François Fillon : « Le coup de Bérégovoy, ça ne passe pas »

Pour son Emission politique, France 2 choisit un invité surprise de marque : l’écrivaine Christine Angot. L’échange fut très houleux avec le candidat de la droite décomplexée.

L’Obs
23 mars 2017

C’est un moment de télévision. Où il est en passe de le devenir. Pour son Emission politique, ce jeudi 23 mars, France 2 choisit un invité surprise de marque : l’écrivaine Christine Angot. Elle avait publié dans le « Journal du dimanche » une lettre ouverte, demandant à François Hollande de revenir sur sa décision de ne pas se représenter. L’échange fut très houleux entre l’écrivaine et François Fillon. Jusqu’au malaise, presque.

Christine Angot attaque d’emblée le candidat de la droite décomplexée : « Vous savez que si vous êtes élu, on aura un président en qui une large partie de la population n’aura pas confiance ? ». L’écrivaine raconte une histoire personnelle sur un bracelet qu’une amie lui aurait offert avant que cette dernière lui demande un papier sur son dernier livre. Et d’asséner :

« On ne comprend pas pourquoi vous ne vous êtes pas retiré. »

Le présentateur de l’Emission politique, David Pujudas, tente un moment d’organiser le débat et la discussion. « Non », répond Christine Angot.

« Moi j’ai rendu les costumes »

Réplique de François Fillon : « De quel droit vous me condamnez ? De quel droit vous estimez que l’emploi de mon épouse était illégal ? » Et d’enchaîner :

« On est dans un pays de droit, ce n’est pas parce qu’un journal a décidé de m’accuser que je suis coupable, et je ne le suis pas. Vous parliez de votre bracelet, moi j’ai rendu les costumes. « 

Pendant tout l’échange, les soutiens de François Fillon ont applaudi, puis hué ou même sifflé Christine Angot, qui accuse François Fillon, en faisant « le coup de Bérégovoy », de « faire du chantage au suicide ». « Ça ne passe pas. »

« Le pompon de toute cette histoire, c’est le coup de Bérégovoy. »

L’écrivaine quitte précipitamment le plateau de France 2. Un malaise est perceptible. « Vous savez pourquoi ils m’ont invitée ? », lance l’écrivaine à François Fillon.

« Parce que ce que je viens de vous dire, eux [les journalistes, NDLR] ne peuvent pas le dire ».

Voir encore:

Affaire Fillon: Canard qui s’en dédit…

Quand un journaliste de l’hebdo satirique se dément lui-même

Kevin Erkeletyan
Journaliste

24 mars 2017

Il est des oies dont on bourre le foie et des canards dont on bourre le mou. Mais quelle torture a-t-on bien pu faire subir à Didier Hassoux, le journaliste du Canard enchaîné, pour lui faire ainsi changer de ton ? Gêné aux entournures par « l’instrumentalisation politique » de son bouquin par la cible privilégiée de son employeur, le co-auteur de Bienvenue Place Beauvau n’a pas attendu plus tard qu’hier soir pour en faire l’autodafé. « On n’a pas écrit ça », a éructé le journaliste. Ecrit quoi ? Qu’il existe un « cabinet noir » à la main de François Hollande susceptible d’être à l’origine de l’interminable affaire Fillon. Accusation portée par ce dernier, sur la base de l’enquête du journaliste, sur le plateau de « L’Emission politique » hier soir.

«La seule personne qui croit qu’il y a un cabinet noir à l’Élysée, c’est François Fillon », s’aventure même notre volatile, très vite devenu bien tatillon. Comparons.

«Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande», écrit celui qui dénonce (dénonçait ?) dans son livre « les secrets inavouables d’un quinquennat ». On pourrait s’arrêter là. Mais, bon public, continuons. « Pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit. D’abord il y a Tracfin, le service de renseignement de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président[sic]. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici, dans cet immeuble ultra-sécurisé du 9e arrondissement de Paris, entièrement classé secret-défense. Là, cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. » Encore ? « Depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir, c’est comme si une malédiction judicaire s’était abattue sur son prédécesseur. » Une dernière : un « cabinet noir » ? « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! » Mais il existe une « addition d’indices troubles et de témoignages étonnants »

En effet, Didier Hassoux « n’a pas dit ça ».  Mieux, on déduit de la lecture de son enquête que François Hollande serait à l’origine de toutes les affaires qui ont touché le camp adverse pendant son mandat, sauf de celle-là. C’est vrai quoi, François Fillon on n’y touche pas. La preuve, le président l’a (re)dit lui-même ce matin: « il n’y a pas de cabinet noir à l’Elysée » (il n’a pas parlé de Bercy). C’est clair ? « Macron c’est moi » mais François Fillon c’est pas moi ! Si le malheur de l’un fait le bonheur de mon poulain c’est totalement fortuit. « Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. […] Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. […]Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. » J’utiliserai seulement comme tel celui de mon prédécesseur pour mieux faire en sorte de choisir mon successeur. Ah non pardon, ça non plus il ne l’a pas dit…

Voir de plus:

RMC/BMFTV
20/04/2016

« Cabinet noir »: ce qu’il y a vraiment dans le livre brandi par Fillon

Dans le livre « Bienvenue place Beauvau », trois journalistes évoquent une possible instrumentalisation de l’appareil policier et judiciaire par l’Elysée. Mais ils se refusent à voir un « cabinet noir » derrière le Penelopegate.

« On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé le cabinet noir ». Invité sur France 2 hier soir, François Fillon a  de nouveau dénoncé le complot politique qui serait ourdi contre lui à travers le Penelopegate et ses conséquences judiciaires. Pour étayer ses propos, il s’appuie, cette fois assez habilement, sur un nouveau livre: Bienvenue place Beauvau. Police: les secrets inavouables d’un quinquennat (éditions Robert Laffont).

Il est écrit par trois journalistes qu’on ne peut accuser de connivence avec la droite et son candidat. Ils ont réalisé, en 2012, un livre-enquête fouillé et à charge sur l’ex-patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini: L’espion du président, au cœur de la police politique de Sarkozy (éditions Robert Laffont). Deux d’entre eux, Christophe Labbé et Didier Hassoux travaillent au Canard Enchaîné, tandis que la troisième,

La thèse d’un cabinet noir anti-Sarkozy

Quid alors de ce fameux cabinet noir? Au risque de décevoir le candidat LR,  le livre précise bien au sujet du Penelopegate: « le supposé cabinet noir de l’Élysée n’y est pour rien. » Ce sont, en fait, des proches de Nicolas Sarkozy qui alimentent la thèse d’une officine anti-Sarkozy au cœur du pouvoir. Ils dénoncent notamment les treize procédures diligentées contre l’ex-président, placé sur écoutes pendant près d’un an par des juges.

Les auteurs ne valident pas à proprement parler cette thèse du cabinet noir. « Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire! » Mais ils pointent tout de même « l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants. (…) Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes ».

En fait, sans apporter la démonstration d’une orchestration des affaires judiciaires, ils éreintent la thèse selon laquelle l’Elysée aurait découvert la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy dans la presse. Et les auteurs d’affirmer que François Hollande, comme d’autres avant lui, a utilisé les administrations régaliennes pour recueillir des informations sur ses adversaires politiques. « L’impréparation, la méconnaissance de l’appareil policier et judiciaire ainsi que les circonstances ont très vite amené François Hollande à renier ses principes et adopter des méthodes qui n’ont rien à envier à celles de ses prédécesseurs ».

Bataille de réseaux au sein de l’appareil policier

Le livre décrit surtout comment l’Elysée a tenté de faire pièce aux réseaux sarkozystes, qui avaient noyauté l’appareil policier et judiciaire depuis une décennie. François Hollande a ainsi placé soit des proches soit des anciens chiraquiens à la plupart des postes clefs: à Tracfin, la cellule de renseignement de Bercy, à la Direction des affaires criminelles et des grâces, place Vendôme, et bien sûr au sein des renseignements et de la police.

Un chapitre est notamment consacré à Bernard Bajolet, patron de la DGSE, le service extérieur. Surnommé « l’autre espion du président », il reste tout de même relativement épargné par les auteurs. « Il est à Hollande ce que Squarcini était à Sarkozy, la faconde en moins, la rigueur et le courage en plus. L’un était flic de renseignement, amateur de coups tordus. L’autre est un diplomate, expert en rapport de force ».

Le livre s’attarde aussi longuement sur l’affrontement, plus surprenant, entre François Hollande et Manuel Valls pour le contrôle de l’appareil d’Etat. Car il n’y a pas que les sarkozystes qui accusent l’Elysée d’avoir fomenté des coups bas contre leur champion, les vallsistes aussi. L’enquête sur le financement de l’orchestre de son épouse Anne Gravoin, qui a fuité dans l’Obs, aurait ainsi été conduite par « une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE… » Ils notent aussi qu’un proche de Hollande, Pierre-René Lemas, à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), est à l’origine de l’enquête judiciaire sur les contrats noués entre la CDC et le criminologue Alain Bauer, ami intime de Valls.

Voir par ailleurs:

Potential ‘smoking gun’ showing Obama administration spied on Trump team, source says

Republican congressional investigators expect a potential “smoking gun” establishing that the Obama administration spied on the Trump transition team, and possibly the president-elect himself, will be produced to the House Intelligence Committee this week, a source told Fox News.

Classified intelligence showing incidental collection of Trump team communications, purportedly seen by committee Chairman Devin Nunes, R-Calif., and described by him in vague terms at a bombshell Wednesday afternoon news conference, came from multiple sources, Capitol Hill sources told Fox News. The intelligence corroborated information about surveillance of the Trump team that was known to Nunes, sources said, even before President Trump accused his predecessor of having wiretappedhim in a series of now-infamous tweets posted on March 4.

The intelligence is said to leave no doubt the Obama administration, in its closing days, was using the cover of legitimate surveillance on foreign targets to spy on President-elect Trump, according to sources.

The key to that conclusion is the unmasking of selected U.S. persons whose names appeared in the intelligence, the sources said, adding that the paper trail leaves no other plausible purpose for the unmasking other than to damage the incoming Trump administration.

The FBI hasn’t been responsive to the House Intelligence Committee’s request for documents, but the National Security Agency is expected to produce documents to the committee by Friday. The NSA document production is expected to produce more intelligence than Nunes has so far seen or described – including what one source described as a potential “smoking gun” establishing the spying.

Some time will be needed to properly assess the materials, with the likely result being that congressional investigators and attorneys won’t have a solid handle on the contents of the documents – and their implications – until next week.

Because Nunes’s intelligence came from multiple sources during a span of several weeks, and he has not shared the actual materials with his committee colleagues, he will be the only member of the panel in a position to know whether the NSA has turned over some or all of the intelligence he is citing. However, Fox News was told Intelligence Committee Ranking Member Rep. Adam Schiff, D-Calif., had been briefed on the basic contents of the intelligence described by Nunes.

CIA Director Mike Pompeo is also sympathetic to the effort to determine, with documentary evidence, the extent of any alleged Obama administration spying on the Trump team, sources said.

At a dramatic Wednesday news conference, Nunes claimed to have seen evidence that members of the Trump transition team, possibly including the president-elect, were subjected to “incidental surveillance” collection that Nunes characterized as legal but troubling.

“What I’ve read bothers me,” he told reporters, “and I think it should bother the president himself, and his team because I think some of it seems to be inappropriate.”

Schiff blasted Nunes for not coming first to the Intelligence Committee with the information.

« If accurate, this information should have been shared with members of the committee, but it has not been, » Schiff said in a Wednesday statement.

James Rosen joined Fox News Channel (FNC) in 1999. He currently serves as the chief Washington correspondent and hosts the online show « The Foxhole. » His latest book is « A Torch Kept Lit: Great Lives of the Twentieth Century » (Crown Forum, October 4, 2016).

Voir aussi:

Fake News – Affaire des écoutes de Washington

Ph. Huysmans
Le vilain petit canard
23 March 2017

Quelquefois ce n’est pas l’information elle-même qui est révélatrice de l’époque dans laquelle nous vivons, mais plutôt les réactions qu’elle suscite, et la manière dont elle nous est présentée. Ou occultée.

Vous vous souvenez sans doute du tollé qu’avait provoqué, en pleine campagne présidentielle américaine, la publication de plusieurs dizaines de milliers d’e-mails de John Podesta, l’un des directeurs de campagne de la candidate démocrate, Hillary Clinton.

Cette affaire, révélée par Wikileaks et son dirigeant charismatique, Julian Assange, avait fortement ébranlé le camp démocrate par le caractère compromettant de certaines révélations.  Ainsi nous apprenions par Hillary Clinton elle-même qu’elle était parfaitement au courant du soutien des monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar) à l’État Islamique, en Syrie.

Le camp démocrate avait rapidement réagi en rejetant la responsabilité sur les Russes TM, et en insinuant une possible collusion entre le candidat des républicains, Donald Trump et les services secrets de Vladimir Poutine, le nouvel épouvantail de service.  Vous aurez noté qu’à aucun moment les démocrates n’ont songé à nier les allégations de Wikileaks, ce qui aurait, en tout état de cause amené logiquement à démontrer que ces e-mails étaient authentiques.

Foin de tout cela, l’establishment américain, furieux de la victoire de Donald Trump et de la défaite de sa « pouliche » n’en démord pas : ce sont les Russes TM !  Même si entretemps Wikileaks a révélé un autre scandale plus inquiétant encore : Vault 7.  Il s’agit d’un ensemble de 8.761 documents de la CIA en provenance d’un réseau hautement sécurisé au sein du Centre de Cyber-renseignement à Langley (Virginie).   Ces documents comprennent des informations confidentielles relatives à la plupart des outils faisant partie de l’arsenal électronique de l’agence.  Malwares, virus, chevaux de Troie, exploits de failles dites « zero day », utilitaires de prise de contrôle distant, ainsi que leur documentation.  Cette collection extraordinaire, qui compte plusieurs centaines de millions de lignes de code conférerait à son propriétaire la même capacité de piratage que la CIA elle-même.

Parmi ces outils, certains portent la marque de hackers russes, ce qui rend possible, pour la CIA, de pirater un système tout en laissant des traces (fingerprints) laissant penser que la source du piratage était russe.

Les faits

Hier, au cours d’une conférence de presse, Devin Nunes, actuel président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants a confirmé que des agences de renseignement américaines avaient collecté des informations concernant des citoyens américains participant au processus de transition de l’administration suite à l’élection de Donald Trump.

Il a précisé que ces collectes, très probablement légales, avaient été réalisées entre novembre 2016 et janvier de cette année et ne concernaient en aucune manière la Russie.   Le problème, selon lui, est qu’un certain nombre de ces documents laissaient clairement deviner l’identité réelle des citoyens américains concernés, et que ces documents avaient largement circulé parmi des responsables (autorisés) de l’administration Obama :

« The real issue, Mr. Nunes told reporters, was that he could figure out the identities of Trump associates from reading reports about intercepted communications that were shared among Obama administration officials with top security clearances. He said some Trump associates were also identified by name in the reports. Normally, intelligence agencies mask the identities of American citizens who are incidentally present in intercepted communications. » Source : NYTimes

Il a ajouté que la Commission du renseignement allait procéder à une enquête approfondie concernant ces opérations de surveillance et la dissémination des informations (confidentielles, ndlr) qui en résultèrent.

Il s’est par ailleurs entretenu avec le président Trump pour lui faire part de ces découvertes, jugeant « important » que le président soit informé.  Celui-ci s’est dit satisfait.

Pendant de temps, dans la presse des bisounours

C’est étrange, à l’époque où nous vivons, plus connectée que jamais, les nouvelles ont toujours du mal à franchir l’Atlantique, et quand elles le font, quelquefois, le contenu fait penser à ce qui reste d’un message après avoir été transmis par « téléphone arabe ».

Alors précisons tout de suite que cette news avait fait l’objet d’une dépêche AFP dont le contenu reste encore accessible aujourd’hui dans le cache de Google.  Bon alors évidemment, c’est l’AFP, c’est l’aspect « téléphone arabe » de la chose.  Soit ils sont sourds, soit ils sont moins-comprenants, soit [mettez ici ce que vous voulez].

Parce qu’en effet le contenu :

Donald Trump’s communications may have been swept up in intelligence gathering on suspected foreign agents, according to explosive allegations made by the Republican head of the House intelligence committee.

Devin Nunes — who worked on Trump’s transition team and is now leading an investigation into possible links between that campaign team and Russia — said Trump’s communications may have been intercepted late last year.

Nunes however said there was no evidence that then-president Barack Obama ordered the surveillance — as Trump has claimed — or that the Republican billionaire was the target.

Rather, Nunes suggested, Trump’s communications were picked up during court-approved targeting of suspected foreign intelligence operatives.

The communications were not linked to Russia, he said, adding that they appeared to have «little or no intelligence value.»

«The president himself and others in the Trump transition team were clearly put into intelligence reports,» Nunes told reporters in front of the White House after briefing the president on the situation.

The information collected — spanning the November-January period between Trump’s election victory and his inauguration — was «widely disseminated» in US intelligence circles, he said.

US intelligence community rules dictate that information on Americans picked up incidentally in surveillance must be scrubbed or masked in intelligence reports.

Nunes suggested those involved in the surveillance had violated those rules.

As for Trump, he indicated he felt vindicated by the revelation.

«I somewhat do. I must tell you I somewhat do,» he said during a separate White House meeting. AFP/File / Nicholas Kamm

Ne semble pas refléter (c’est un euphémisme) les propos de l’intéressé, dont la vidéo est disponible un peu partout.

Et dans la presse française ça devient…

Apparemment, quelques idées se seraient encore perdues en cours de route, d’autres auraient été ajoutées, bref, c’est plus de l’intox, ça confine à l’art abstrait (France24) :

Le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants a affirmé mercredi que des communications de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, avaient été interceptées pendant la période de transition.

Donald Trump, dans la tourmente pour avoir accusé sur Twitter, sans éléments de preuve, Barack Obama de l’avoir placé sur écoute, s’est dit, mercredi 22 mars, conforté par les déclarations d’un élu républicain sur de possibles opérations de surveillance qui n’avaient pas été révélées à ce jour.

Devin Nunes, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a affirmé, tout en restant avare en détails, que les agences de renseignement américaines avaient intercepté des communications des membres de l’équipe Trump, voire de Donald Trump lui-même, durant la période de transition.

«Il y a beaucoup d’informations dans les rapports que j’ai vus qui m’amènent à penser que l’administration précédente et nombre d’agences avaient une très bonne idée de ce que le président élu Trump faisait», a déclaré l’élu républicain, après avoir rencontré le chef de l’État à la Maison Blanche. «J’ai pensé qu’il était important que le président le sache», a-t-il ajouté.

Des écoutes récoltées de manière fortuite

Donald Trump, qui s’exprimait au même moment lors d’une table ronde avec des élus afro-américains, a fait part de sa satisfaction. « Êtes-vous conforté par ces déclarations ? », lui a demandé un journaliste.  « Oui, d’une certaine manière. Je suis content qu’ils aient trouvé ce qu’ils ont trouvé », a-t-il répondu, sans autres précisions.

Soulignant que ces écoutes avaient probablement été récoltées de manière fortuite, c’est-à-dire que les personnes concernées n’étaient pas directement visées par la surveillance, Devin Nunes a jugé troublant que leurs identités aient été «dévoilées» et s’est interrogé sur les raisons de ce choix.

Mais le fait que l’élu républicain aille directement voir le locataire de la Maison Blanche sans informer au préalable les autres membres de la Commission du renseignement a provoqué le colère des démocrates qui ont dénoncé un coup politique.

Lors d’une audition parlementaire lundi, le directeur du FBI avait affirmé ne disposer d’aucune information permettant d’accréditer la thèse d’écoutes de la Trump Tower mise en avant par Donald Trump. Source France24 avec AFP

Exit donc le principal sujet de la conférence, à savoir que le nom des personnes sous écoutes étaient facilement reconnaissables (quand ils n’étaient pas en clair), et bonjour un tout nouveau grief, qui ne figure absolument pas dans la déclaration de l’intéressé : « voire de Donald Trump lui-même ».  Or Devin Nunes a déclaré, au contraire, que ces écoutes concernaient des personnes liées à la transition présidentielle, et non le président lui-même ou des membres de l’équipe de campagne (cela se passe après l’élection, ndlr)[1].

Une accusation pareille serait gravissime, surtout venant du président de la Commission du Renseignement, et à ce titre, l’invention pure et simple d’un pareil argument devrait valoir au journal qui l’aurait publié un joli macaron DecodexTM rouge, et la qualification de « fake news » sans parler du joli petit article dans Crosscheck qui va bien avec.

Mais vous n’en verrez rien, il n’y aura pas d’erratum, et encore moins de macaron.  Ceci n’est pas une fausse news.  C’est de la réalité augmentée.  D’ailleurs on ne peut pas coller un macaron rouge à un journal mainstream, il n’y a rien pour l’accrocher, du coup, ça ne tient pas.

Note

[1] Representative Devin Nunes of California, the Republican chairman of the House Intelligence Committee, introduced the new claim into the deepening controversy over Russian meddling in the 2016 election. Yet Mr. Nunes also told reporters on Wednesday that he had no evidence to support Mr. Trump’s claim that he was directly or personally wiretapped.  Source : NYTimes

Voir enfin:

Mitterrand, le maître des écoutes

La gauche crie au scandale après les révélations sur Buisson. Aurait-elle oublié l’affaire bien plus grave des écoutes de l’Élysée de 1983 à 1986 ?

Michel Revol

Le Point
12/03/2014
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Terrorisme: C’est l’islam, imbécile ! (It’s islam, stupid !)

23 mars, 2017
https://i2.wp.com/cdn.static-economist.com/sites/default/files/images/2017/03/articles/body/20170325_brc928.pngQue répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes,
et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel
en vous égorgeant ?
Voltaire
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Cette fois, c’est un nouveau symbole qui est visé, le berceau idéologique et religieux du mouvement des implantations. Charles Enderlin (France 2, le 7 mars 2008)
Israël est confronté à une nouvelle forme d’attaques, un terrorisme « low cost » impossible à prévenir, dont l’impact psychologique est redoutable : la voiture bélier. (…) Il s’agit de la seconde attaque de ce genre de la journée et la troisième en deux semaines, qui confirment les craintes d’une spirale de violences dans la Ville sainte. (…) L’attaque est « une conséquence directe de l’incitation d’Abbas et de sa collaboration avec le Hamas », a déclaré le chef du gouvernement, lors d’une cérémonie à la mémoire d’Yitzhak Rabin, assassiné il y a dix-neuf ans. Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce, le ministre de l’économie Naftali Benett a qualifié Mahmoud Abbas de « conducteur de la voiture de la mort à Jérusalem, tandis que les terroristes sont simplement ses passagers ». (…) M. Nétanyahou avait déjà mis en cause M. Abbas, en raison de ses appels à défendre « par tous les moyens » la mosquée Al-Aqsa contre la volonté de la droite dure israélienne d’y obtenir le droit de prier pour les juifs. « Le gouvernement maintiendra scrupuleusement le status quo sur le mont du Temple », a déclaré dimanche Mark Regev, le porte-parole de M. Nétanyahou. Des propos qui n’ont guère apaisé la colère palestinienne. (…) La nouvelle attaque à la voiture bélier, survenue mercredi dans la Ville sainte, a eu lieu sur une artère symbolique, entre le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim et Jérusalem-Est. Elle confirme la dégradation constante de la situation à Jérusalem depuis le début du mois de juillet, juste avant le début de l’opération « Bordure protectrice » dans la bande de Gaza. Dans certains quartiers arabes de l’est et du nord de la ville, les émeutes se sont multipliées. Le gouvernement a considérablement renforcé les effectifs dans la ville. Au total, depuis le début de juillet, plus de 900 personnes ont été arrêtées, dont 300 condamnées. Ces dix derniers jours, plus de 110 personnes impliquées dans des troubles ont été interpellées. La hiérarchie policière promet le rétablissement de l’ordre et rejette toute idée d’embrasement. Des blocs de béton ont commencé à être installés, dans la soirée, le long du parcours du tramway, pour empêcher des véhicules de s’engager sur les rails. Mais ces nouvelles attaques démontrent l’inefficacité de l’approche purement sécuritaire choisie par le gouvernement israélien. Ce dernier entend par ailleurs poursuivre la politique du fait accompli, en ce qui concerne le développement des colonies en Cisjordanie et dans la périphérie de Jérusalem. Isolés, discriminés, les Palestiniens vivant à Jérusalem grondent. « Il s’agit d’un rejet populaire de l’autorité israélienne, non organisé, jeune et sans leaders, explique Menachem Klien, professeur au département d’études politiques à l’université Bar-Ilan. On peut la qualifier d’intifada locale. » Sur les réseaux sociaux, certains Palestiniens s’interrogeaient déjà, dans les heures qui ont suivi l’attaque : le gouvernement israélien va-t-il aussi leur interdire la voiture ? Le Monde
Cela consiste à donner de la respectabilité aux comportements répréhensibles et à réduire la responsabilité personnelle en s’y référant en termes impersonnels. C’est ainsi, par exemple, qu’Al-Qaïda parle toujours des événements du 11 septembre comme étant des attaques contre les symboles de la puissance et du consumérisme américains, en passant sous silence l’assassinat de quelque 3.000 hommes, femmes et enfants. Gabriel Weimann
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers. Bruno S. Frey et Dominic Rohner
Les attaques terroristes font partie de la vie dans les grandes villes.  Sadiq Khan (maire de Londres)
Osons la tendresse. Philippe de Belgique
Il n’y a pas de culture française. Emmanuel Macron
L’art français, je ne l’ai jamais vu. Emmanuel Macron
La colonisation est un crime contre l’humanité. Emmanuel Macron
La “démagogie d’Emmanuel Macron confine désormais à l’irresponsabilité politique. Christophe Billan
Cette évocation met en lumière deux points fondamentaux : l’irresponsabilité politique de Macron et ses véritables motivations. Irresponsabilité car l’outrance de ses propos entretient des fantasmes qui contribuent d’une part à fragiliser l’unité du pays d’autre part à mettre en danger nos ressortissants et nos intérêts. Irresponsabilité également car les perpétuelles contorsions démagogiques du leader « d’en marche » atteignent aujourd’hui un paroxysme en alimentant une propagande djihadiste qui menace la France mais aussi la stabilité des pays arabes. Irresponsabilité enfin parce que l’histoire est une discipline sérieuse. La colonisation est un processus complexe qui recouvre des réalités non homogènes. J’espère que les Français ouvriront les yeux avant le premier tour des élections présidentielles. (…) ses récentes déclarations sont très peu commentées alors même qu’elles mettent en lumière son véritable profil et les contours de son projet. Lors de son discours à Berlin, Emmanuel Macron a félicité Mme Merkel pour son courage. Il estimait en effet que l’accueil d’un million de migrants était une véritable « aubaine économique ». Ce déni de réalité au profit de considérations économiques étroites, parfaitement résumées par Christophe Guilluy, pose un vrai problème pour l’avenir. On voit apparaitre progressivement le libéralisme hors sol de Macron qui repose sur l’émergence d’un marché global toujours plus dérégulé. Cette vision considère les Etats, les peuples et la politique comme des vestiges encombrants. Ceux qui sont fascinés par ses discours creux déchanteront très vite. Je les exhorte à ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Seul Francois Fillon est en capacité de redresser notre pays car son programme équilibre autorité de l’Etat et économie ouverte, prise en compte d’un héritage et volonté de modernisation, souveraineté nationale et relance d’une Europe à bout de souffle. Il ne s’agit pas de la jeter à terre mais de lui redonner un sens.sa tribune dans le Figaro met en lumières les contours d’une société qui fait froid dans le dos. (…) La nation parvient, au terme d’un processus historique de plusieurs siècles, à fédérer des singularités autour de principes assumés et d’une vision commune. Le multiculturalisme qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux est une déconstruction de notre héritage et un véritable danger pour l’avenir puisque l’unité dans la diversité devient impossible. Le repli d’une communauté sur ses avantages la conduit inexorablement à considérer les autres groupes comme un concurrent voire comme un adversaire. L’Etat s’épuise alors à réguler des intérêts toujours plus contradictoires. Voilà à la fois la réalité et l’impasse du multiculturalisme vanté par certains. J’observe d’ailleurs que Thierry Tuot, le conseiller d’Etat à l’origine du rapport sur une nouvelle intégration, qui assume pleinement les contours d’une société bâtie sur le communautarisme, évolue dans le premier cercle d’Emmanuel Macron. En 2012, Terra Nova conseillait à la gauche de remplacer son socle électoral populaire par le vote communautaire. Son directeur est également un proche d’Emmanuel Macron. Nous sommes loin de la rupture annoncée mais bien dans une continuité délétère avec le quinquennat en cours. (…) Nous devons sortir de cette torpeur. Une fois encore, les Français doivent prendre la mesure du danger posé par la vacuité et l’incohérence du programme d’Emmanuel Macron. Nous ne sommes pas dans le renouvellement mais l’accélération du hollandisme. Ces promesses vides et contradictoires rappellent la campagne de 2012. Elles produiront exactement le même effet : une immense déception et l’affaissement grandissant de notre pays. Seul le logiciel de communication a changé. Sens Commun, à la veille de cette échéance primordiale pour l’avenir, répète son message : nous pouvons encore faire obstacle à la tentation du chaos ou à celle du pourrissement en faisant le choix de voter Fillon. Nous ne nous déroberons pas. Christophe Billan
Emmanuel Macron veut nous convaincre que la notion d’identité française est archaïque, et qu’il n’y a pas lieu de s’y accrocher. Dans son article il explique que les cultures évoluent en intégrant sans cesse de nouveaux apports étrangers, et il cite un certain nombre d’exemples: Joseph Kessel, Marie N’Diaye, Leila Slimani… pour ce qui est de la littérature française. Et il en est de même dans les arts. La culture française, nous dit il, «n’a cessé de se réinventer». Il ne faut pas s’en étonner, d’après lui, puisque «le fondement de la culture française c’est de prétendre à l’universel».Toute sa démonstration a pour but de railler les tenants de l’invariance (de l’identité française) qu’il affuble de différents noms d’oiseaux: des «réactionnaires», des «aigris», des «rétrogrades». Bref des gens qui ne connaissent pas l’évolution du monde. Sa démonstration, extrêmement habile, comme toujours, peut en piéger plus d’un: elle a pour objectif de plaider pour un monde ouvert où les nations disparaîtraient en se dissolvant dans le mondialisme. Le tour de passe-passe que nous joue Emanuel Macron dans cet article est monté comme tous les tours de prestidigitation où un habile manipulateur fait aux yeux de tous disparaître mystérieusement un objet pour en faire jaillir subitement un autre, au grand étonnement d’un public ébahi. Comment donc notre candidat à l’élection présidentielle procède-t-il dans son article? Il fait disparaître sous nos yeux sans que nous nous en apercevions la notion de «civilisation» pour lui substituer subrepticement celle de «peuple» .Et personne n’y voit rien: il s’agit tout simplement de mots, dont le public ne sait pas très bien d’ailleurs ce qu’ils signifient, et hop, le tour est joué. En avant donc pour cesser de défendre notre identité et nous fondre dans le magma d’une culture universelle. Pour percevoir où se situe le piège, et le déjouer, il faut nous en référer à quelques notions simples d’anthropologie, cette branche passionnante des sciences humaines qui étudie comment l’homme vit en société. Le concept de civilisation est fondamental en anthropologie, alors que celui de «peuple» inventé par Emmanuel Macron, n’existe pas. Les anthropologues nous disent que l’histoire des hommes est celle des civilisations. Il faut donc bien comprendre ce qu’est une «civilisation.» L’anthropologue Rodolfo Stevenhagen nous dit: «C’est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérise une société» Et Spengler, de son coté expliquait dans son fameux ouvrage sur le déclin de l’Occident: «Chaque civilisation est une expérience unique, un art, une science une façon de penser, qui sont incompréhensibles en dehors de l’esprit qui l’anime» . Il faut bien voir qu’à l’intérieur de chaque civilisation il existe des cultures différentes: par exemple la culture en Europe des pays latins n’est pas la même que celle des pays du Nord, car les uns sont catholiques et les autres protestants: mais tous sont des chrétiens, et ces peuples relèvent de la même civilisation. Il ne faut donc pas confondre, ce que l’on fait très souvent, les concepts de «civilisation» et de «culture ». Chaque civilisation, nous disent unanimement les anthropologues, est fondée sur une religion: et ce constat est fondamental. Le christianisme, pour ce qui est de notre civilisation occidentale, l’islam, pour ce qui est de la civilisation musulmane, etc…. Notre civilisation, comme toutes les autres a, bien sûr, au cours du temps, évolué. Parmi les événements les plus marquants il y eut avec la Révolution française de 1789 ce que le philosophe Marcel Gauchet a appelé une «sortie de religion». Ce fut un virage très important, mais il n’a rien changé aux fondements de notre civilisation: les valeurs chrétiennes se sont simplement laïcisées, par réaction contre les pouvoirs abusifs que s’étaient arrogés sous l’ancien régime les membres du clergé catholique. Ces valeurs continuent à constituer la colonne vertébrale de notre civilisation. On a inscrit dans le marbre les trois valeurs fondamentales dans lesquelles se retrouvent tous les citoyens du pays: liberté, égalité, fraternité. Ce sont des valeurs chrétiennes, et la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 est fondée, elle aussi, sur les valeurs amenées au monde par le christianisme. Ce qui explique que dans l’évolution de toute civilisation il existe un certain nombre d’invariants, c’est le fait que chaque civilisation est, par définition, fondée sur une religion. Chaque fois les croyances religieuses ont instillé des valeurs et des manières de voir le monde, ainsi que de vivre ensemble qui sont spécifiques. Si l’on change ces valeurs qui ont été créatrices, on change de civilisation. Avec le remplacement que fait Emmanuel Macron du concept de «civilisation» par celui de «peuple», l’auteur de l’article se dégage des enseignements que nous donnent les anthropologues sur les racines des civilisations et sur l’évolution de celles-ci. Emmanuel Macron nous plonge ainsi dans le doute, et cela lui permet de plaider pou un univers mouvant où rien ne se perpétue. L’auteur veut nous accoutumer à l’idée que l’on s’achemine inéluctablement vers une civilisation mondiale où les peuples perdront leur identité et seront indifférenciés. Soyons donc prudents pour ne pas tomber dans le piège ainsi tendu. Le philosophe Guy Coq, fondateur de la revue Esprit a expliqué qu’une civilisation devait avant tout «veiller aux causes internes de sa propre destruction». La thèse défendue par Emmanuel Macron dans son article est pernicieuse: elle relève de ces courants qui conduisent à la destruction d’une civilisation. Souvenons nous de cet avertissement lancé au XVIIIème siècle par le philosophe italien Giambatista Vico: «L’adhésion aveugle à des convictions fausses présentées sous le couvert de vérités est la principale cause du déclin d’une civilisation». Puisse cet avertissement être entendu par les princes qui, demain, nous gouverneront. Claude Sicard
Si l’on suit les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar cependant, le terrorisme islamiste témoigne d’une conjonction entre ces deux formes de radicalité : une conception fondamentaliste de la religion d’une part, une légitimation de l’usage de la violence d’autre part ; lorsque ces deux facteurs sont réunis, le risque de radicalisation serait élevé. (…) Si l’on schématise, trois grandes théories sont présentes dans le champ sociologique. La première, centrée sur la radicalité religieuse, et plus précisément sur la lecture radicale de l’islam proposée par certains courants, cherche la genèse de la radicalité au cœur de l’interprétation religieuse elle-même : la dynamique « salafiste » dont parle Gilles Kepel. La seconde est une interprétation en termes de frustration et de victimisation. C’est l’idée que des individus victimes de formes d’exclusion et de discrimination, n’ayant pas les moyens de se réaliser socialement et de s’exprimer politiquement, seraient davantage tentés par des formes de radicalité politique ou religieuse. Farhad Khosrokhavar envisage en ce sens que la délinquance pourrait être une porte d’entrée vers le terrorisme. La troisième explication valorise la dimension identitaire et psychologique. Dans ce cas, les mécanismes économiques et sociaux seraient secondaires ; le principal facteur d’entrée serait un malaise identitaire rendant un individu propice aux identifications radicales ou manichéennes. Les travaux du politologue Olivier Roy ou du psychanalyste Fethi Benslama ont ainsi insisté sur l’identification des jeunes djihadistes à l’Oumma musulmane, pour résoudre des conflits liés à la fragilité de leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Ces trois types d’interprétation ne sont d’ailleurs pas exclusifs les uns des autres. (…) lorsque nous nous sommes intéressés à la question de la radicalité religieuse, nous avons défini celle-ci comme un ensemble d’options pouvant déboucher sur le fondamentalisme, soit une conception littérale et absolue de la religion, devant s’imposer à l’ensemble de la société et marquée notamment par un clair refus d’une séparation entre le religieux et le politique. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’un jeune pense plus ou moins cela qu’il recourt systématiquement à la violence. On peut être fondamentaliste ou avoir une conception absolutiste de la religion tout en refusant de partir en guerre contre les autres religions, ou toutes formes culturelles, sociales ou économiques s’opposant à l’instauration d’un régime politique fondé sur les préceptes religieux. Si l’on suit les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar cependant, le terrorisme islamiste témoigne d’une conjonction entre ces deux formes de radicalité : une conception fondamentaliste de la religion d’une part, une légitimation de l’usage de la violence d’autre part ; lorsque ces deux facteurs sont réunis, le risque de radicalisation serait élevé. Cela fait partie des hypothèses que nous avons voulu explorer même si nous n’avions pas les moyens de mesurer le fondamentalisme stricto sensu, puisque notre enquête porte sur l’ensemble de la jeunesse lycéenne. Nous avons néanmoins une mesure de l’absolutisme religieux et de la tolérance à la violence et à la déviance. (…) Si l’on schématise, trois grandes théories sont présentes dans le champ sociologique. La première, centrée sur la radicalité religieuse, et plus précisément sur la lecture radicale de l’islam proposée par certains courants, cherche la genèse de la radicalité au cœur de l’interprétation religieuse elle-même : la dynamique « salafiste » dont parle Gilles Kepel. La seconde est une interprétation en termes de frustration et de victimisation. C’est l’idée que des individus victimes de formes d’exclusion et de discrimination, n’ayant pas les moyens de se réaliser socialement et de s’exprimer politiquement, seraient davantage tentés par des formes de radicalité politique ou religieuse. Farhad Khosrokhavar envisage en ce sens que la délinquance pourrait être une porte d’entrée vers le terrorisme. La troisième explication valorise la dimension identitaire et psychologique. Dans ce cas, les mécanismes économiques et sociaux seraient secondaires ; le principal facteur d’entrée serait un malaise identitaire rendant un individu propice aux identifications radicales ou manichéennes. Les travaux du politologue Olivier Roy ou du psychanalyste Fethi Benslama ont ainsi insisté sur l’identification des jeunes djihadistes à l’Oumma musulmane, pour résoudre des conflits liés à la fragilité de leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Ces trois types d’interprétation ne sont d’ailleurs pas exclusifs les uns des autres. (…) si nous avions enquêté sur l’ensemble de la jeunesse française, notre échantillon aurait comporté 6 à 7 % % de jeunes issus de zones urbaines sensibles et peut-être 3 % de musulmans, ce qui n’aurait pas permis de faire des traitements statistiques fins sur des segments spécifiques de la population jeune. Notre échantillon comporte environ 16 % de jeunes en ZUS et 25 % – soit 1 750 jeunes – de confession musulmane. (…) Les jeunes de notre échantillon font preuve d’une tolérance plus forte à l’égard des comportements déviants comme « conduire sans permis » par exemple, ou le fait de « dealer un peu de haschich ». D’autre part, ces élèves témoignent globalement d’une adhésion plus forte à la radicalité. Participer à des actions violentes pour ses idées ou même se sacrifier pour une cause est davantage admis, et une plus grande proportion d’entre eux déclare être éventuellement prête à affronter les forces de l’ordre ou d’autres manifestants. Enfin, et ça n’est pas négligeable, les principes de la laïcité sont en moyenne rejetés par deux fois plus d’élèves que dans l’ensemble de la jeunesse. (…) Nous avons constaté dans notre étude un effet religieux qui est, on ne peut le nier, présent chez les jeunes musulmans de notre échantillon. D’une part, ils sont trois fois plus nombreux que les autres à défendre une vision absolutiste de la religion – en considérant à la fois qu’il y a « une seule vraie religion » et que la religion explique mieux la création du monde que la science. 11 % des jeunes de notre échantillon sont sur cette ligne, un chiffre qui triple pour ceux de confession musulmane. D’autre part, quand on combine le degré d’adhésion à cet absolutisme religieux et la tolérance à l’égard de la déviance ou de la violence, on retrouve le même facteur multiplicatif : 4 % des jeunes de toutes confessions défendent une vision absolutiste de la religion tout en adhérant à des idées radicales, alors que ce chiffre est de 12 % chez les jeunes musulmans de notre échantillon. On notera qu’il s’agit d’une très petite proportion en définitive, l’absolutisme radical est très loin d’être majoritaire chez les musulmans ! Néanmoins, cette tendance est de fait plus marquée dans ce segment de notre échantillon. Lorsque l’on fait varier d’autres facteurs, comme la situation socio-économique ou la filière d’étude, cela ne change quasiment pas le résultat. Notons cependant que les garçons sont plus concernés que les filles (deux fois plus environ). (…)Une explication purement économique ne nous paraît pas validée. L’idée d’une « génération sacrifiée » qui serait du même coup tentée par la radicalité se heurte au sentiment de relative bonne intégration de ces populations. Lorsqu’on les compare avec l’enquête témoin réalisée par Opinion Way, ils ne paraissent ni plus ni moins confiants en l’avenir que l’ensemble de la jeunesse française, et croient tout autant en leurs capacités de poursuivre des études après le bac et de trouver un emploi satisfaisant. En revanche, le sentiment d’être discriminé est deux fois plus marqué dans notre échantillon, notamment chez les jeunes de confession musulmane ou d’origine étrangère. Nous devons envisager que les facteurs religieux se conjuguent avec des questions identitaires, mêlées à des sentiments de victimisation et de discrimination, pour expliquer l’adhésion à la radicalité. Notre constat est donc nuancé, et nous sommes loin d’avoir épuisé les leçons que nous pouvons tirer de cette enquête. Les entretiens individuels nous permettront de mieux discerner ce qui relève de la religion stricto sensu et ce qui relève d’un sentiment de victimisation ou d’un malaise identitaire. (…) Nous avons tenté d’évaluer leur sensibilité aux attentats de Charlie Hebdo et à ceux du Bataclan, en leur demandant notamment s’ils comprenaient qu’on se livre à des tels actes et s’ils les condamnaient. Là encore, nous sommes obligés de constater de fortes disparités en fonction de la religion : les jeunes musulmans de notre échantillon sont moins enclins à condamner les auteurs et plus nombreux à se déclarer « peu sensibles » à ces événements. Par ailleurs, nous avons pu constater que cet état d’esprit était beaucoup plus marqué chez les jeunes témoignant d’un haut degré d’adhésion à l’absolutisme religieux, quelle que soit la confession, mais il est vrai que, dans notre échantillon, le degré d’absolutisme est nettement plus élevé chez les jeunes musulmans. Nos données ne nous permettent pas, néanmoins, de faire un lien direct entre le fondamentalisme musulman et le fait de comprendre les attentats ou d’y être indifférent, car cela nous aurait obligés à poser des questions plus spécifiques sur l’islamisme. Il était important que notre questionnaire reste perçu comme une enquête générale sur les valeurs, la religion et la citoyenneté, sans que nous ne fassions de différences évidentes entre les élèves selon leur confession. Sur tous ces points, nous attendons beaucoup de l’exploitation des entretiens qualitatifs et des « focus groups » menés avec les lycées pour avancer dans l’interprétation. Olivier Galland
Pour nous, la radicalité suppose un ensemble d’attitudes ou d’actes marquant la volonté d’une rupture avec le système politique, social, économique, et plus largement avec les normes et les mœurs en vigueur dans la société. Elle atteint son point le plus extrême lorsqu’elle s’accompagne d’une justification de l’usage de la violence. Nos questions allaient donc de la simple tolérance à l’égard de la triche lors d’un examen jusqu’au fait de prendre les armes pour faire triompher ses idées. Encore une fois, il faut garder à l’esprit que c’est une approche en termes de degrés. Dans le domaine politique par exemple, nous interprétons comme radical le fait de voter pour des partis hors système ou extrémistes, de participer à des actions protestataires comme les grèves ou les manifestations, ou encore de vouloir changer radicalement la société par une action révolutionnaire. Cela ne signifie pas qu’un jeune soit prêt à passer à l’acte, à affronter lui-même directement les forces de l’ordre, à porter atteinte aux biens ou personnes, dans le cadre d’une contestation globale ou d’une stratégie politique de renversement du système. (…) Ce qui nous a également frappés, c’est l’importance de la socialisation religieuse dans le cercle familial parmi les jeunes musulmans. L’hypothèse d’une rupture avec un milieu athée ou mécréant, ou celle d’une religion qui serait un prétexte lorsqu’on se radicalise pour d’autres raisons, ne sont pas probantes. Ces jeunes ont au contraire bénéficié d’une éducation religieuse importante, occupant une place quotidienne dans leur vie et dans leur foyer. La phase qualitative qui est en cours nous permettra d’affiner les interprétations des liens possibles entre un fort engagement dans l’islam et le degré d’adhésion à des idées plus ou moins radicales. Notre enquête montre que ce lien existe, mais il reste à en produire une interprétation solide. Si l’on voulait être complet sur la question de la radicalité religieuse, l’idéal aurait été d’enquêter aussi dans des lycées privés juifs ou catholiques. Mais nous n’en avions pas les moyens. D’autre part, ces formes de radicalité, qui existent certainement, n’ont ni l’ampleur ni les conséquences de celle qui est liée à l’islam. (…) Néanmoins, le fait est que la prise en compte des sentiments de discrimination ne diminue qu’à la marge l’effet religieux. Dans notre échantillon, les jeunes musulmans qui se sentent discriminés adhèrent certes plus souvent à des idées radicales que ceux qui ne se sentent pas discriminés. Or, qu’ils soient discriminés ou non, ils sont toujours plus nombreux que les autres jeunes à adhérer à ces idées. Mais ces constats restent effectivement à affiner et à nuancer, d’autant que nous nous heurtons à plusieurs paradoxes. Par exemple, le degré de pratique religieuse est certes plus marqué chez les jeunes musulmans, y compris ceux adhérant à des idées absolutistes ou radicales, mais plus de la moitié de ces derniers ont une pratique religieuse plutôt épisodique et peu structurée. Leur rapport aux normes sociales et au libéralisme culturel est également ambivalent. D’un côté, le rejet de la laïcité ou de l’homosexualité est beaucoup plus marqué chez les musulmans que dans les autres religions. En revanche, l’égalité homme-femme n’est pas loin de faire consensus pour les jeunes de toutes confessions. Les variables que nous avons ciblées grâce à cette enquête restent pour une large part à interpreter. Anne Muxel

C’est l’islam, imbécile !

Au lendemain, entre Paris, Bruxelles, Londres ou Anvers, d’une nouvelle série d’attaques terroristes …

Perpétrés, entre voiture-bélier et couteau de boucher contre des civils innocents, conformément aux conseils explicites de l’Etat islamique

Et comme par hasard par des individus musulmans …

Pendant que nos belles âmes nous appellent à la dissolution de notre identité ou à la tendresse

Et que, pris dans une une véritable “spirale de mort mutuellement bénéfique” entre deux assassinats politiques, nos médias nous inoculent jour après jour le venin teroriste …

Devinez ce que vient de confirmer une nouvelle enquête de sociologues du CNRS …

Contre les interprétations habituelles de l’excuse de l’économie ou du racisme …

Et que nos amis israéliens savent et vivent depuis – et même bien avant – l’existence même de leur Etat ?

Face au terrorisme, la recherche en action
Le 18 novembre 2015, le président du CNRS a lancé à la communauté scientifique un appel à propositions « sur tous les sujets pouvant relever des questions posées à nos sociétés par les attentats et leurs conséquences, et ouvrant la voie à des solutions nouvelles – sociales, techniques, numériques. » Plus de 60 projets de recherche ont été retenus (lire à ce sujet l’éditorial de Sandra Laugier). Ce blog a pour objectif de présenter certains de ces travaux en cours.
Une vaste enquête sur la radicalité chez les lycéens
Les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland ont dévoilé ce matin les premiers résultats d’une étude qu’ils coordonnent auprès de plus de 7 000 lycéens pour mieux comprendre les facteurs d’adhésion des jeunes à la radicalité politique et religieuse.
Fabien Trécourt
CNRS
20.03.2017

Vous avez présenté ce matin à la presse les premiers résultats de votre étude sur les jeunes et la radicalité, dont vous aviez déjà donné un aperçu pour la radio du CNRS. En quoi consiste-t-elle ?
Olivier Galland1 : Notre travail s’inscrit dans le cadre de l’appel à projets du président du CNRS sur le terrorisme et les attentats, pour aider les pouvoirs publics à mieux comprendre un ensemble de phénomènes associés à ces événements. Plusieurs travaux se sont penchés sur le processus de radicalisation individuelle : des chercheurs comme Gilles Kepel, Farhad Khosrokhavar ou encore Olivier Roy ont mené des entretiens avec des jeunes radicalisés et analysé leurs parcours. Ces recherches sont passionnantes, mais ne portent que sur des échantillons très limités. Nous avons souhaité développer une approche quantitative, ciblant la jeunesse lycéenne scolarisée en classe de seconde, en diffusant un questionnaire auprès de 7 000 élèves issus de quatre académies – Lille, Créteil, Dijon et Aix-Marseille – et 21 lycées. Il s’agit d’une enquête exploratoire sur la thématique de la radicalité en matière de politique et de religion, jusqu’alors peu couverte par les enquêtes sociologiques classiques sur la jeunesse.

Anne Muxel2 : Étant donné l’importance et le caractère relativement inédit du sujet, notre dispositif d’enquête est rigoureux et diversifié. Trois types d’enquêtes ont été réalisés sur une période de six mois (octobre 2016 – mars 2017) : une enquête quantitative auto-administrée par questionnaire auprès d’un large échantillon de classes de seconde (7 000 lycéens interrogés), une enquête quantitative « témoin » réalisée en ligne par l’institut Opinion Way auprès d’un échantillon représentatif de jeunes âgés de 14 à 16 ans (1 800 jeunes ont été interrogés), et une enquête qualitative comportant des entretiens individuels et des entretiens collectifs réalisés avec des jeunes lycéens des classes de seconde. Mais il ne s’agit pas d’une étude sur le processus de radicalisation. C’est très important de le souligner. Elle ne permet pas de repérer des jeunes radicalisés ou en voie de l’être, mais elle cherche à mesurer le degré d’adhésion à la radicalité au sein de la jeunesse. Cette mesure ne peut aboutir à une lecture binaire de la radicalité car elle fait apparaître toute une gamme d’attitudes allant du rejet de toute forme d’extrémisme, de déviance ou de violence à l’acceptabilité de la violence terroriste. Certains jeunes peuvent comprendre ce type d’action violente et radicale sans y adhérer, d’autres peuvent être séduits par des idées radicales sans jamais passer à l’acte, etc. Il est important d’analyser ces résultats en termes de degrés, et non de façon dichotomique.

Comment définissez-vous la radicalité ?
A. M.  : Pour nous, la radicalité suppose un ensemble d’attitudes ou d’actes marquant la volonté d’une rupture avec le système politique, social, économique, et plus largement avec les normes et les mœurs en vigueur dans la société. Elle atteint son point le plus extrême lorsqu’elle s’accompagne d’une justification de l’usage de la violence. Nos questions allaient donc de la simple tolérance à l’égard de la triche lors d’un examen jusqu’au fait de prendre les armes pour faire triompher ses idées. Encore une fois, il faut garder à l’esprit que c’est une approche en termes de degrés. Dans le domaine politique par exemple, nous interprétons comme radical le fait de voter pour des partis hors système ou extrémistes, de participer à des actions protestataires comme les grèves ou les manifestations, ou encore de vouloir changer radicalement la société par une action révolutionnaire. Cela ne signifie pas qu’un jeune soit prêt à passer à l’acte, à affronter lui-même directement les forces de l’ordre, à porter atteinte aux biens ou personnes, dans le cadre d’une contestation globale ou d’une stratégie politique de renversement du système.

O. G. : De la même façon, lorsque nous nous sommes intéressés à la question de la radicalité religieuse, nous avons défini celle-ci comme un ensemble d’options pouvant déboucher sur le fondamentalisme, soit une conception littérale et absolue de la religion, devant s’imposer à l’ensemble de la société et marquée notamment par un clair refus d’une séparation entre le religieux et le politique. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’un jeune pense plus ou moins cela qu’il recourt systématiquement à la violence. On peut être fondamentaliste ou avoir une conception absolutiste de la religion tout en refusant de partir en guerre contre les autres religions, ou toutes formes culturelles, sociales ou économiques s’opposant à l’instauration d’un régime politique fondé sur les préceptes religieux. Si l’on suit les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar cependant, le terrorisme islamiste témoigne d’une conjonction entre ces deux formes de radicalité : une conception fondamentaliste de la religion d’une part, une légitimation de l’usage de la violence d’autre part ; lorsque ces deux facteurs sont réunis, le risque de radicalisation serait élevé. Cela fait partie des hypothèses que nous avons voulu explorer même si nous n’avions pas les moyens de mesurer le fondamentalisme stricto sensu, puisque notre enquête porte sur l’ensemble de la jeunesse lycéenne. Nous avons néanmoins une mesure de l’absolutisme religieux et de la tolérance à la violence et à la déviance.

Quelles hypothèses avez-vous voulu vérifier pour expliquer l’entrée dans la radicalité ?
O. G. : Si l’on schématise, trois grandes théories sont présentes dans le champ sociologique. La première, centrée sur la radicalité religieuse, et plus précisément sur la lecture radicale de l’islam proposée par certains courants, cherche la genèse de la radicalité au cœur de l’interprétation religieuse elle-même : la dynamique « salafiste » dont parle Gilles Kepel. La seconde est une interprétation en termes de frustration et de victimisation. C’est l’idée que des individus victimes de formes d’exclusion et de discrimination, n’ayant pas les moyens de se réaliser socialement et de s’exprimer politiquement, seraient davantage tentés par des formes de radicalité politique ou religieuse. Farhad Khosrokhavar envisage en ce sens que la délinquance pourrait être une porte d’entrée vers le terrorisme. La troisième explication valorise la dimension identitaire et psychologique. Dans ce cas, les mécanismes économiques et sociaux seraient secondaires ; le principal facteur d’entrée serait un malaise identitaire rendant un individu propice aux identifications radicales ou manichéennes. Les travaux du politologue Olivier Roy ou du psychanalyste Fethi Benslama ont ainsi insisté sur l’identification des jeunes djihadistes à l’Oumma musulmane, pour résoudre des conflits liés à la fragilité de leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Ces trois types d’interprétation ne sont d’ailleurs pas exclusifs les uns des autres.

A. M.  : Les travaux sur les engagements politiques extrémistes, ainsi que plusieurs études sur l’attrait du Front national dans la jeunesse, ont établi des mécanismes psychologiques similaires. Disposant d’un large échantillon, nous pouvons travailler sur des segments spécifiques de la jeunesse. C’est le grand intérêt de cette étude. Nous pouvons mener des analyses fines au sein de notre population lycéenne permettant d’identifier les facteurs contextuels, sociaux, culturels, économiques, scolaires mais aussi personnels, qui peuvent être associés aux différents degrés d’adhésion à la radicalité. Par exemple, en explorant les effets du genre : les garçons sont-ils davantage séduits que les filles par la radicalité, ou l’inverse ? Notre échantillon nous permet également de comparer les jeunes qui éprouvent des conflits au sein de leur cercle familial et ceux qui n’en ont aucun, ceux qui se sentent exclus de la société et ceux qui s’y trouvent plutôt bien intégrés, etc. Ces informations sont d’autant plus intéressantes que l’hypothèse d’une rupture avec un environnement jugé anxiogène – familial, scolaire, social… – est régulièrement avancée pour expliquer l’adhésion d’un jeune à des idées ou des comportements radicaux. De la même façon, l’idée que le décrochage scolaire ou que l’angoisse face à l’avenir est un facteur explicatif peut être vérifiée, en comparant le degré d’adhésion des jeunes selon qu’ils sont ou non dans ce cas de figure.

Cette enquête est-elle représentative de la jeunesse française ?
A. M.  : Non, car pour répondre à l’objet de cette recherche, dans le cadre particulier de l’appel à projets du CNRS « Attentats-recherche », et pour répondre aux conditions d’une enquête nécessairement exploratoire à ce stade, nous avons choisi de surreprésenter certaines catégories dans notre échantillon en introduisant des critères de sélection des établissements scolaires : lycées situés en ZUS, où sont scolarisés une plus forte proportion de jeunes issus des catégories populaires ou issus de l’immigration, et où l’on compte en plus grand nombre des jeunes de confession musulmane. Il nous paraissait essentiel d’avoir une information plus riche sur ces segments de la population, dans la mesure où plusieurs interprétations – socio-économique, culturelle ou religieuse – s’opposent pour expliquer la radicalisation qui, lorsqu’elle est extrême, peut conduire au terrorisme que l’on a connu en 2015. Ces biais rendent notre panel très différent de la jeunesse française en général, mais sa diversité et sa taille permettent de vérifier à notre échelle si des variables économiques, culturelles, religieuses sont associées à une adhésion plus ou moins grande à des idées radicales.

O. G. : Nous avons pris des précautions pour conserver une certaine diversité de profil : lycées de centre-ville, de banlieues, et proches de zones rurales, filières générales et professionnelles, mixité de filles et de garçons, etc. Néanmoins, si nous avions enquêté sur l’ensemble de la jeunesse française, notre échantillon aurait comporté 6 à 7 % % de jeunes issus de zones urbaines sensibles et peut-être 3 % de musulmans, ce qui n’aurait pas permis de faire des traitements statistiques fins sur des segments spécifiques de la population jeune. Notre échantillon comporte environ 16 % de jeunes en ZUS et 25 % – soit 1 750 jeunes – de confession musulmane.

Avez-vous constaté des particularités de votre échantillon par rapport à l’ensemble de la jeunesse française ?
O. G. : C’est une jeunesse très particulière, et pas forcément là où on l’attend, lorsqu’on la compare à l’enquête-témoin réalisée par Opinion Way. Si l’on ne note pas de différences flagrantes en ce qui concerne leur perception de l’école, celle de leur avenir professionnel, leurs attitudes et leur proximité vis-à-vis de leurs familles, en revanche sur le plan de la tolérance à la déviance et à la violence, il existe des écarts significatifs. Les jeunes de notre échantillon font preuve d’une tolérance plus forte à l’égard des comportements déviants comme « conduire sans permis » par exemple, ou le fait de « dealer un peu de haschich ». D’autre part, ces élèves témoignent globalement d’une adhésion plus forte à la radicalité. Participer à des actions violentes pour ses idées ou même se sacrifier pour une cause est davantage admis, et une plus grande proportion d’entre eux déclare être éventuellement prête à affronter les forces de l’ordre ou d’autres manifestants. Enfin, et ça n’est pas négligeable, les principes de la laïcité sont en moyenne rejetés par deux fois plus d’élèves que dans l’ensemble de la jeunesse.

Quels principaux facteurs de radicalité avez-vous pu identifier ?
O. G. : Nous avons constaté dans notre étude un effet religieux qui est, on ne peut le nier, présent chez les jeunes musulmans de notre échantillon. D’une part, ils sont trois fois plus nombreux que les autres à défendre une vision absolutiste de la religion – en considérant à la fois qu’il y a « une seule vraie religion » et que la religion explique mieux la création du monde que la science. 11 % des jeunes de notre échantillon sont sur cette ligne, un chiffre qui triple pour ceux de confession musulmane. D’autre part, quand on combine le degré d’adhésion à cet absolutisme religieux et la tolérance à l’égard de la déviance ou de la violence, on retrouve le même facteur multiplicatif : 4 % des jeunes de toutes confessions défendent une vision absolutiste de la religion tout en adhérant à des idées radicales, alors que ce chiffre est de 12 % chez les jeunes musulmans de notre échantillon. On notera qu’il s’agit d’une très petite proportion en définitive, l’absolutisme radical est très loin d’être majoritaire chez les musulmans ! Néanmoins, cette tendance est de fait plus marquée dans ce segment de notre échantillon. Lorsque l’on fait varier d’autres facteurs, comme la situation socio-économique ou la filière d’étude, cela ne change quasiment pas le résultat. Notons cependant que les garçons sont plus concernés que les filles (deux fois plus environ).

A. M.  : Ce qui nous a également frappés, c’est l’importance de la socialisation religieuse dans le cercle familial parmi les jeunes musulmans. L’hypothèse d’une rupture avec un milieu athée ou mécréant, ou celle d’une religion qui serait un prétexte lorsqu’on se radicalise pour d’autres raisons, ne sont pas probantes. Ces jeunes ont au contraire bénéficié d’une éducation religieuse importante, occupant une place quotidienne dans leur vie et dans leur foyer. La phase qualitative qui est en cours nous permettra d’affiner les interprétations des liens possibles entre un fort engagement dans l’islam et le degré d’adhésion à des idées plus ou moins radicales. Notre enquête montre que ce lien existe, mais il reste à en produire une interprétation solide. Si l’on voulait être complet sur la question de la radicalité religieuse, l’idéal aurait été d’enquêter aussi dans des lycées privés juifs ou catholiques. Mais nous n’en avions pas les moyens. D’autre part, ces formes de radicalité, qui existent certainement, n’ont ni l’ampleur ni les conséquences de celle qui est liée à l’islam.

Quel est l’impact des facteurs économiques ou sociaux ?
O. G. : Une explication purement économique ne nous paraît pas validée. L’idée d’une « génération sacrifiée » qui serait du même coup tentée par la radicalité se heurte au sentiment de relative bonne intégration de ces populations. Lorsqu’on les compare avec l’enquête témoin réalisée par Opinion Way, ils ne paraissent ni plus ni moins confiants en l’avenir que l’ensemble de la jeunesse française, et croient tout autant en leurs capacités de poursuivre des études après le bac et de trouver un emploi satisfaisant. En revanche, le sentiment d’être discriminé est deux fois plus marqué dans notre échantillon, notamment chez les jeunes de confession musulmane ou d’origine étrangère. Nous devons envisager que les facteurs religieux se conjuguent avec des questions identitaires, mêlées à des sentiments de victimisation et de discrimination, pour expliquer l’adhésion à la radicalité. Notre constat est donc nuancé, et nous sommes loin d’avoir épuisé les leçons que nous pouvons tirer de cette enquête. Les entretiens individuels nous permettront de mieux discerner ce qui relève de la religion stricto sensu et ce qui relève d’un sentiment de victimisation ou d’un malaise identitaire.

A. M.  : Néanmoins, le fait est que la prise en compte des sentiments de discrimination ne diminue qu’à la marge l’effet religieux. Dans notre échantillon, les jeunes musulmans qui se sentent discriminés adhèrent certes plus souvent à des idées radicales que ceux qui ne se sentent pas discriminés. Or, qu’ils soient discriminés ou non, ils sont toujours plus nombreux que les autres jeunes à adhérer à ces idées. Mais ces constats restent effectivement à affiner et à nuancer, d’autant que nous nous heurtons à plusieurs paradoxes. Par exemple, le degré de pratique religieuse est certes plus marqué chez les jeunes musulmans, y compris ceux adhérant à des idées absolutistes ou radicales, mais plus de la moitié de ces derniers ont une pratique religieuse plutôt épisodique et peu structurée. Leur rapport aux normes sociales et au libéralisme culturel est également ambivalent. D’un côté, le rejet de la laïcité ou de l’homosexualité est beaucoup plus marqué chez les musulmans que dans les autres religions. En revanche, l’égalité homme-femme n’est pas loin de faire consensus pour les jeunes de toutes confessions. Les variables que nous avons ciblées grâce à cette enquête restent pour une large part à interpréter.

Quelle est leur perception de l’extrémisme politique et du terrorisme ?
O. G. : Nous avons tenté d’évaluer leur sensibilité aux attentats de Charlie Hebdo et à ceux du Bataclan, en leur demandant notamment s’ils comprenaient qu’on se livre à des tels actes et s’ils les condamnaient. Là encore, nous sommes obligés de constater de fortes disparités en fonction de la religion : les jeunes musulmans de notre échantillon sont moins enclins à condamner les auteurs et plus nombreux à se déclarer « peu sensibles » à ces événements. Par ailleurs, nous avons pu constater que cet état d’esprit était beaucoup plus marqué chez les jeunes témoignant d’un haut degré d’adhésion à l’absolutisme religieux, quelle que soit la confession, mais il est vrai que, dans notre échantillon, le degré d’absolutisme est nettement plus élevé chez les jeunes musulmans. Nos données ne nous permettent pas, néanmoins, de faire un lien direct entre le fondamentalisme musulman et le fait de comprendre les attentats ou d’y être indifférent, car cela nous aurait obligés à poser des questions plus spécifiques sur l’islamisme. Il était important que notre questionnaire reste perçu comme une enquête générale sur les valeurs, la religion et la citoyenneté, sans que nous ne fassions de différences évidentes entre les élèves selon leur confession. Sur tous ces points, nous attendons beaucoup de l’exploitation des entretiens qualitatifs et des « focus groups » menés avec les lycées pour avancer dans l’interprétation.

A. M.  : Notre échantillon est marqué par une plus forte radicalité politique que dans l’enquête-témoin d’Opinion Way : affronter les forces de l’ordre, d’autres manifestants ou dégrader des biens matériels est mieux accepté que dans l’ensemble de la jeunesse. En revanche, le degré de politisation des jeunes lycéens interrogés est assez similaire : la majorité des jeunes de cet âge témoigne d’un faible intérêt pour la politique, d’une posture de défiance généralisée vis-à-vis du « système », qui se traduit souvent par un positionnement « ni droite ni gauche ». À cet âge, on peut observer une réelle distance vis-à-vis de la politique institutionnelle. Mais on retrouve dans notre enquête des phénomènes bien connus qui caractérisent la socialisation politique des jeunes générations : une défiance politique qui se combine à une certaine propension à la protestation. En tant que tel, l’extrémisme politique ne concerne qu’une minorité de jeunes. Mais l’on repère bien dans cette génération un certain nombre de dispositions à la contestation de la société et de ses institutions. Celle-ci peut se porter dans les urnes comme dans des formes de mobilisation collective. La radicalité politique est une composante de la politisation actuelle des jeunes, mais elle ne débouche pas nécessairement sur une acceptation de la violence politique.

Quelle suite allez-vous donner à ces travaux ?
A. M.  : Nous envisageons certaines pistes d’analyse comme la pénétration des discours complotistes, la confiance dans les médias, les relations intrafamiliales, les relations avec les forces de police, ou encore la question des jeunes convertis. Le questionnaire de notre étude est riche et nous disposons d’un corpus de données nous permettant de mener des analyses fines sur plusieurs aspects de la vie des jeunes, de leurs attitudes comme de leurs comportements, en lien avec la question de la radicalité. L’ensemble des résultats sera publié dans un ouvrage collectif sur lequel nous sommes en train de travailler.

O. G. : Par ailleurs, comme nous l’avons dit à plusieurs reprises dans cet entretien, nous attendons beaucoup de l’exploitation de la phase qualitative de notre enquête. Mettre en lumière des relations entre variables est un pas important dans la compréhension de l’adhésion à la radicalité politique et religieuse – et cette exploration quantitative est un travail inédit dans le champ des sciences sociales en France aujourd’hui. C’est là un point fort de notre démarche. Mais ce n’est pas toujours suffisant, car les liens mis en évidence restent à interpréter au sein d’un ensemble d’hypothèses et de cadres explicatifs complexes et parfois concurrents. Les entretiens et les « focus groups » fourniront un matériau précieux pour les vérifier, les infirmer ou les départager.

Voir aussi:

Valeurs actuelles

22 mars 2017

Polémique. Dans le numéro 41 de sa revue de propagande Al Masra, Al-Qaïda dans la péninsule arabique évoque la prise de position d’Emmanuel Macron sur la colonisation, “crime contre l’humanité”. Selon Christophe Billan, le président de Sens commun, qui a vivement réagi à cette information dans un tweet, cette utilisation par les djihadistes des propos du leader d’En marche est la conséquence directe de son “irresponsabilité” et de ses “perpétuelles contorsions démagogiques”.

Valeurs actuelles. Vous avez affirmé cet après-midi sur Twitter, au sujet de la reprise des propos d’Emmanuel Macron par l’organe de propagande d’Al-Qaïda, que la démagogie d’Emmanuel Macron confine désormais à l’irresponsabilité politique”. Que vouliez-vous dire ?

Christophe Billan. Cet organe de propagande se contente de rapporter les faits évoquant le profil et les propos d’Emmanuel Macron ainsi que ceux de François Fillon du reste. Toutefois, cette évocation met en lumière deux points fondamentaux : l’irresponsabilité politique de Macron et ses véritables motivations. Irresponsabilité car l’outrance de ses propos entretient des fantasmes qui contribuent d’une part à fragiliser l’unité du pays d’autre part à mettre en danger nos ressortissants et nos intérêts. Irresponsabilité également car les perpétuelles contorsions démagogiques du leader « d’en marche » atteignent aujourd’hui un paroxysme en alimentant une propagande djihadiste qui menace la France mais aussi la stabilité des pays arabes. Irresponsabilité enfin parce que l’histoire est une discipline sérieuse. La colonisation est un processus complexe qui recouvre des réalités non homogènes. J’espère que les Français ouvriront les yeux avant le premier tour des élections présidentielles.

Que voulez-vous dire ?

J’observe que ses récentes déclarations sont très peu commentées alors même qu’elles mettent en lumière son véritable profil et les contours de son projet. Lors de son discours à Berlin, Emmanuel Macron a félicité Mme Merkel pour son courage. Il estimait en effet que l’accueil d’un million de migrants était une véritable « aubaine économique ». Ce déni de réalité au profit de considérations économiques étroites, parfaitement résumées par Christophe Guilluy, pose un vrai problème pour l’avenir. On voit apparaitre progressivement le libéralisme hors sol de Macron qui repose sur l’émergence d’un marché global toujours plus dérégulé. Cette vision considère les Etats, les peuples et la politique comme des vestiges encombrants.

Ceux qui sont fascinés par ses discours creux déchanteront très vite. Je les exhorte à ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Seul Francois Fillon est en capacité de redresser notre pays car son programme équilibre autorité de l’Etat et économie ouverte, prise en compte d’un héritage et volonté de modernisation, souveraineté nationale et relance d’une Europe à bout de souffle. Il ne s’agit pas de la jeter à terre mais de lui redonner un sens.

Vous évoquiez d’autres prises de position récentes susceptibles de fragiliser notre pays ?

Oui en effet sa tribune dans le Figaro met en lumières les contours d’une société qui fait froid dans le dos.

La nation parvient, au terme d’un processus historique de plusieurs siècles, à fédérer des singularités autour de principes assumés et d’une vision commune. Le multiculturalisme qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux est une déconstruction de notre héritage et un véritable danger pour l’avenir puisque l’unité dans la diversité devient impossible.

Le repli d’une communauté sur ses avantages la conduit inexorablement à considérer les autres groupes comme un concurrent voire comme un adversaire. L’Etat s’épuise alors à réguler des intérêts toujours plus contradictoires. Voilà à la fois la réalité et l’impasse du multiculturalisme vanté par certains. J’observe d’ailleurs que Thierry Tuot, le conseiller d’Etat à l’origine du rapport sur une nouvelle intégration, qui assume pleinement les contours d’une société bâtie sur le communautarisme, évolue dans le premier cercle d’Emmanuel Macron. En 2012, Terra Nova conseillait à la gauche de remplacer son socle électoral populaire par le vote communautaire. Son directeur est également un proche d’Emmanuel Macron. Nous sommes loin de la rupture annoncée mais bien dans une continuité délétère avec le quinquennat en cours.

Pourtant, le discours d’Emmanuel Macron semble séduire une large partie de l’opinion…

Nous devons sortir de cette torpeur. Une fois encore, les Français doivent prendre la mesure du danger posé par la vacuité et l’incohérence du programme d’Emmanuel Macron. Nous ne sommes pas dans le renouvellement mais l’accélération du hollandisme. Ces promesses vides et contradictoires rappellent la campagne de 2012. Elles produiront exactement le même effet : une immense déception et l’affaissement grandissant de notre pays. Seul le logiciel de communication a changé. Sens Commun, à la veille de cette échéance primordiale pour l’avenir, répète son message : nous pouvons encore faire obstacle à la tentation du chaos ou à celle du pourrissement en faisant le choix de voter Fillon. Nous ne nous déroberons pas.

Voir également:

Quand Macron confond peuple et civilisation
Claude Sicard
Le Figaro
22/03/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE- Emmanuel Macron avait publié dans Le Figaro une tribune en réponse aux critiques suite à ses déclarations sur la culture française. Pour Claude Sicard, le candidat souhaite que les Français cessent de défendre leur culture.


Consultant international, expert des problèmes de développement, Claude Sicard est l’auteur de Le face à face islam chrétienté: quel destin pour l’Europe? et L’islam au risque de la démocratie, aux éditions F.X de Guibert.


Dans le Figaro du 17 Mars, Emmanuel Macron a publié un article en réponse aux indignations qu’a soulevé sa déclaration dans un meeting à Lyon par laquelle d’une manière tout a fait surprenante il affirma: «Il n’y a pas de culture française». Quelque temps après, dans une réunion avec la colonie française de Londres, il aggrava son cas en formulant une nouvelle ineptie: «L’art français, je ne l’ai jamais vu». De telles affirmations sont quelque peu inattendues dans la bouche d’un candidat qui brigue l’accès à la plus haute fonction dans notre pays, et il faut tenter de comprendre la réelle signification de son message.

Emmanuel Macron veut nous convaincre que la notion d’identité française est archaïque, et qu’il n’y a pas lieu de s’y accrocher. Dans son article il explique que les cultures évoluent en intégrant sans cesse de nouveaux apports étrangers, et il cite un certain nombre d’exemples: Joseph Kessel, Marie N’Diaye, Leila Slimani… pour ce qui est de la littérature française. Et il en est de même dans les arts. La culture française, nous dit il, «n’a cessé de se réinventer». Il ne faut pas s’en étonner, d’après lui, puisque «le fondement de la culture française c’est de prétendre à l’universel».Toute sa démonstration a pour but de railler les tenants de l’invariance (de l’identité française) qu’il affuble de différents noms d’oiseaux: des «réactionnaires», des «aigris», des «rétrogrades». Bref des gens qui ne connaissent pas l’évolution du monde. Sa démonstration, extrêmement habile, comme toujours, peut en piéger plus d’un: elle a pour objectif de plaider pour un monde ouvert où les nations disparaîtraient en se dissolvant dans le mondialisme.

Le tour de passe-passe que nous joue Emanuel Macron dans cet article est monté comme tous les tours de prestidigitation où un habile manipulateur fait aux yeux de tous disparaître mystérieusement un objet pour en faire jaillir subitement un autre, au grand étonnement d’un public ébahi. Comment donc notre candidat à l’élection présidentielle procède-t-il dans son article? Il fait disparaître sous nos yeux sans que nous nous en apercevions la notion de «civilisation» pour lui substituer subrepticement celle de «peuple» .Et personne n’y voit rien: il s’agit tout simplement de mots, dont le public ne sait pas très bien d’ailleurs ce qu’ils signifient, et hop, le tour est joué. En avant donc pour cesser de défendre notre identité et nous fondre dans le magma d’une culture universelle..

Pour percevoir où se situe le piège, et le déjouer, il faut nous en référer à quelques notions simples d’anthropologie, cette branche passionnante des sciences humaines qui étudie comment l’homme vit en société. Le concept de civilisation est fondamental en anthropologie, alors que celui de «peuple» inventé par Emmanuel Macron, n’existe pas. Les anthropologues nous disent que l’histoire des hommes est celle des civilisations. Il faut donc bien comprendre ce qu’est une «civilisation.».L’anthropologue Rodolfo Stevenhagen nous dit: «C’est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérise une société» Et Spengler, de son coté expliquait dans son fameux ouvrage sur le déclin de l’Occident: «Chaque civilisation est une expérience unique, un art, une science une façon de penser, qui sont incompréhensibles en dehors de l’esprit qui l’anime» . Il faut bien voir qu’à l’intérieur de chaque civilisation il existe des cultures différentes: par exemple la culture en Europe des pays latins n’est pas la même que celle des pays du Nord, car les uns sont catholiques et les autres protestants: mais tous sont des chrétiens, et ces peuples relèvent de la même civilisation. Il ne faut donc pas confondre, ce que l’on fait très souvent, les concepts de «civilisation» et de «culture».

Dans le monde actuel il existe sur notre planète plusieurs civilisations: cinq civilisations différentes, selon les uns, sept, selon d’autres, et notre civilisation, la civilisation occidentale, est l’une d’elles, et sans doute la plus importante. Elle existe depuis le début de l’ère chrétienne. Dans le passé, il y eut diverses autres civilisations qui ont eu chacune leur heure de gloire, puis, un jour, ont décliné puis disparu.

Chaque civilisation, nous disent unanimement les anthropologues, est fondée sur une religion: et ce constat est fondamental. Le christianisme, pour ce qui est de notre civilisation occidentale, l’islam, pour ce qui est de la civilisation musulmane, etc…. Notre civilisation, comme toutes les autres a, bien sûr, au cours du temps, évolué. Parmi les événements les plus marquants il y eut avec la Révolution française de 1789 ce que le philosophe Marcel Gauchet a appelé une «sortie de religion». Ce fut un virage très important, mais il n’a rien changé aux fondements de notre civilisation: les valeurs chrétiennes se sont simplement laïcisées, par réaction contre les pouvoirs abusifs que s’étaient arrogés sous l’ancien régime les membres du clergé catholique. Ces valeurs continuent à constituer la colonne vertébrale de notre civilisation. On a inscrit dans le marbre les trois valeurs fondamentales dans lesquelles se retrouvent tous les citoyens du pays: liberté, égalité, fraternité. Ce sont des valeurs chrétiennes, et la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 est fondée, elle aussi, sur les valeurs amenées au monde par le christianisme.

Ce qui explique que dans l’évolution de toute civilisation il existe un certain nombre d’invariants, c’est le fait que chaque civilisation est, par définition, fondée sur une religion. Chaque fois les croyances religieuses ont instillé des valeurs et des manières de voir le monde, ainsi que de vivre ensemble qui sont spécifiques. Si l’on change ces valeurs qui ont été créatrices, on change de civilisation. Avec le remplacement que fait Emmanuel Macron du concept de «civilisation» par celui de «peuple», l’auteur de l’article se dégage des enseignements que nous donnent les anthropologues sur les racines des civilisations et sur l’évolution de celles-ci. Emmanuel Macron nous plonge ainsi dans le doute, et cela lui permet de plaider pou un univers mouvant où rien ne se perpétue. L’auteur veut nous accoutumer à l’idée que l’on s’achemine inéluctablement vers une civilisation mondiale où les peuples perdront leur identité et seront indifférenciés.

Soyons donc prudents pour ne pas tomber dans le piège ainsi tendu. Le philosophe Guy Coq, fondateur de la revue Esprit a expliqué qu’une civilisation devait avant tout «veiller aux causes internes de sa propre destruction». La thèse défendue par Emmanuel Macron dans son article est pernicieuse: elle relève de ces courants qui conduisent à la destruction d’une civilisation. Souvenons nous de cet avertissement lancé au XVIIIème siècle par le philosophe italien Giambatista Vico: «L’adhésion aveugle à des convictions fausses présentées sous le couvert de vérités est la principale cause du déclin d’une civilisation».

Puisse cet avertissement être entendu par les princes qui, demain, nous gouverneront.

Voir encore:

Attentats de Bruxelles : un an après, la Belgique veut « oser la tendresse »

Il y a un an, le pays connaissait les pires attentats de son histoire. Des commémorations sont organisées toute la journée dans la capitale.

Le Point/AFP

22/03/2017

Présidence Trump: Attention, une faute peut en cacher une autre (Twitter president: That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked and acted will remain one of the astonishing ironies of American political history)

18 mars, 2017
Language-Infographic2https://i2.wp.com/cdn-europe1.new2.ladmedia.fr/var/europe1/storage/images/le-lab/des-elus-fn-et-lr-moquent-les-grosses-fautes-dorthographe-du-community-manager-de-lelysee-2939594/30501620-1-fre-FR/Des-elus-FN-et-LR-moquent-les-grosses-fautes-d-orthographe-du-community-manager-de-l-Elysee.jpghttps://i1.wp.com/www.lepoint.fr/images/2016/02/09/2912814lpw-2912829-jpg_3362065.jpg
 

A working class hero is something to be. John Lennon
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
J’appelle stratégies de condescendance ces transgressions symboliques de la limite qui permettent d’avoir à la fois les profits de la conformité à la définition et les profits de la transgression : c’est le cas de l’aristocrate qui tape sur la croupe du palefrenier et dont on dira «  Il est simple », sous-entendu, pour un aristocrate, c’est-à-dire un homme d’essence supérieure, dont l’essence ne comporte pas en principe une telle conduite. (…) Le consacré condescendant choisit délibérément de passer la ligne ; il a le privilège des privilèges, celui qui consiste à prendre des libertés avec son privilège. Pierre  Bourdieu
Il faut inscrire dans la théorie le principe réel des stratégies, c’est-à-dire le sens pratique ou, si l’on préfère, ce que les sportifs appellent le sens du jeu, comme maîtrise pratique de la logique ou de la nécessité immanente d’un jeu qui s’acquiert par l’expérience du jeu et qui fonctionne en deçà de la conscience et du discours (à la façon par exemple des techniques du corps). (…) Mais on peut refuser de voir dans la stratégie le produit d’un programme inconscient sans en faire le produit d’un calcul conscient et rationnel. Elle est le produit du sens pratique comme sens du jeu, d’un jeu social particulier, historiquement défini, qui s’acquiert dès l’enfance en participant aux activités sociales, notamment (…) aux jeux enfantins. Le bon joueur, qui est en quelque sorte le jeu fait homme, fait à chaque instant ce qui est à faire, ce que demande et exige le jeu. Cela suppose une invention permanente, indispensable pour s’adapter à des situations indéfiniment variées, jamais parfaitement identiques. Ce que n’assure pas l’obéissance mécanique à la règle explicite, codifiée (quand elle existe). (…) On voit qu’il n’y a pas à poser le problème en termes de spontanéité et de contrainte, de liberté et de nécessité, d’individu et de social. L’habitus comme sens du jeu est le jeu social incorporé, devenu nature. Rien n’est plus libre ni plus contraint à la fois que l’action du bon joueur. Il se trouve tout naturellement à l’endroit où la balle va tomber, comme si la balle le commandait, mais, par là, il commande à la balle. Pierre Bourdieu (1985)
Rien n’illustre mieux la liberté extraordinaire que donne à l’émetteur une conjonction de facteurs favorisants, que le phénomène de l’hypocorrection. Inverse de l’hypercorrection, phénomène caractéristique du parler petit-bourgeois, l’hypocorrection n’est possible que parce que celui qui transgresse la règle (Giscard par exemple lorsqu’il n’accorde pas le participe passé avec le verbe avoir) manifeste par ailleurs, par d’autres aspects de son langage, la prononciation par exemple, et aussi par tout ce qu’il est, par tout ce qu’il fait, qu’il pourrait parler correctement. Pierre Bourdieu 
C’est une chose que Weber dit en passant dans son livre sur le judaïsme antique : on oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres ; le Grand Hérésiarque est un prophète qui va dire dans la rue ce qui se dit normalement dans l’univers des docteurs. Bourdieu
Samedi 31 décembre, François Hollande prononçait depuis l’Élysée ses derniers vœux présidentiels. Comme il est d’usage lorsque le chef de l’État prend la parole, le compte Twitter de l’Élysée a relayé les phrases les plus importantes du discours en direct. Sauf que le community manager (la personne en charge des réseaux sociaux) du Président l’a fait avec une foultitude de fautes d’orthographes. Ainsi « je me rendrais » au lieu de « rendrai » pour exprimer le futur ; « vous avez tenu bons » avec un « s » en trop ; « le socle et là » au lieu de « est » ; « la France a un rang et des valeurs a défendre » (sans accent sur le « à ») ; « c’est vous qui auraient le dernier mot », pour « aurez ». Le Lab Europe 1
A toutes les équipes de l’École de Gendarmerie de Tulle, mille mercis pour votre engagement aux côtés de nos personnels de l’Éducation. Votre expertise, votre professionalisme impressionnant nous sont plus que précieux. Amitiés. Najat Vallaud-Belkacem
J’adresse mes plus chaleureuses félicitations au Paris Saint Germain qui a fait rêvé notre jeunesse. Najat Vallaud-Belkacem
La brutalité de la droite extrême vêtue d’une parka aussi rouge que le gros rouge qui tâche, voilà ce qui attend le pays. Najat Vallaud-Belkacem
Twitter users are the least literate of the internet users we looked at, with 0.56% of words on the network being either misspelled or otherwise unofficial, perhaps due to its stricter character limit. Americans tend to deviate slightly more than those based in the UK, with the Brits at 0.53% and the USA at the global average of 0.56%. Interestingly, tweeters have been getting increasingly literate over the past few years, getting 0.01% more literate each year since 2011 – is this a result of increased adoption of auto-correcting devices perchance? Females are more likely to deviate too, using unofficial language every 169 words, whereas males do it once every 192. The fairer gender are also responsible for elongating words like arghhh, awwww, soooo and ahhh much more than males, who instead prefer to shorten them to things like gonna, wanna and kinda. The most common form of ‘error’ is the exclusion of apostrophes, resulting in words like im, wont, cant, theres, hes, womens and parents. The second most frequent deviation was the usage of acronyms, the widest used of which was LOL, followed by WTF, LMAO, YOLO, OMG and FFS. In terms of the actual words that are misspelled, here are the favourites: definitely separate embarrass achieve surprise weird government argument. Brandwatch
Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking. The research uses examples such as one applicant stating: ‘I wont to work wiv you’re company.’ Others regularly confuse the words ‘to’ and ‘too’, such as: ‘I’d like too work with you’, while asking whether job ‘oppurtunities’ are ‘avalible’ at the company. Others sign their letters with several kisses, showing an inappropriate level of friendliness with a potential boss who they have never met. Tracy Newby, head of English at Ringmer Community College in East Sussex, said helping her students to learn good spelling and grammar involves a ‘fight’ with social media. She said: ‘Social media has a massive impact on students every day. The Daily Telegraph
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Nous avons gagné chez les évangélistes. Nous avons gagné avec les jeunes. Avec les vieux. Avec les diplômés de l’enseignement supérieur. Avec ceux qui sont peu diplômés. J’aime ceux qui sont peu diplômés. Donald Trump
Sorry losers and haters, but my I.Q. is one of the highest -and you all know it! Please don’t feel so stupid or insecure, it’s not your fault. Donald Trump (2013)
I’m much smarter than them. I think I have a much higher IQ. I think I went to a better college — better everything. Donald Trump
Maybe if these elites-pretending-not-to-be-elites deigned to talk to some knowledgeable elites in government once in a while, they might emerge from the distorted, belligerent, dystopian, Darwinian, cracked-mirror world that is alarming Americans and our allies. They might even stop ripping off the working-class people they claim to be helping. Maureen Dowd
I was in Doha last week, and a Sudanese woman approached me to explain how desperate she felt about the fact that her son, at school in the United States, now felt unable to travel to see her. He was afraid that if he left he might not be allowed back. In lots of small and not-so-small ways, the mean, militaristic mind of the American president has come to inhabit people’s lives. If a budget can be a portrait of a soul, then this president’s is arid and shriveled. It is filled with contempt for the needy. Here is a man dismissive of the arts, the environment, the humanities, diplomacy, peacekeeping, science, public education and civilian national service — in short, civilization itself. If he could defund goodness he would. Charity is also ripe for the ax. Creativity needs skewering. Giving is weakness. All that counts are acquisitive instinct, walls and bans (of the kind that keep mother and son apart), displays of power, and the frisson of selective cruelty that lay behind his successful TV show. Everyone is now Donald Trump’s apprentice, at least as he sees it. In Doha, at The New York Times “Art for Tomorrow” conference, I met the artist Christo. This was before rumors that Trump wants to cut all funding to the National Endowment for the Arts were confirmed. It’s been a particularly hard couple of months for Christo. He knows all about walls. He knows all about being a refugee. As a young man in the 1950s, he fled communist Bulgaria, then part of the totalitarian Soviet imperium. When the Berlin Wall went up in 1961, he made a wall of oil barrels on the Rue Visconti in Paris. From 1964 to 1967, he lived as an illegal immigrant in New York with his late wife Jeanne-Claude, before getting a green card and becoming a citizen in 1973. By the time America opened its arms to him, he had been stateless for 17 years. Freedom meant something. The United States was more than a country; it was an idea. (…) For more than two decades, Christo has labored to create a work called “Over the River” in Colorado — a canopy of silvery fabric that was to have been suspended for two weeks over 42 miles of the Arkansas River, a flowing, billowing liquid mirror. But now, after spending some $15 million, he has walked away in perhaps the biggest single act of protest by an artist against Donald Trump. Much of the land is federally owned. As Christo explained to my colleague Randy Kennedy earlier this year, “The federal government is our landlord. They own the land. I can’t do a project that benefits this landlord.” In Doha, Christo, who is 81, refused to sit down. Defiance is part of him. To live freely is an immense act of will. For an hour he spoke with irrepressible vitality. Eat little, he counseled, in order to channel energy (in his case yogurt with garlic for breakfast, then nothing until dinner). Decide what you want — that is the most difficult part — and then apply yourself without compromise to that end. (…) The only use I can imagine for Trump’s grotesque wall is for Christo to wrap it and set us free. Roger Cohen
It’s bizarre that Trump, who has bragged about his MBA from the University of Pennsylvania, is now lumping himself in with the « poorly educated. »But it’s true that the more educated Republicans are, the less likely they are to warm up to him. According to exit polls, Trump won Nevada voters without a high school degree with 57 percent of the vote. He won voters with some college with 49 percent of the vote. He won college graduates with 42 percent of the vote. And among those with a postgraduate degree, his share was only 37 percent. Vox
Trump did graduate from the Wharton School of business at the University of Pennsylvania, an Ivy League college. But Trump did not get an MBA from Wharton; he has a much less prestigious undergraduate degree. He was a transfer student who arrived at Wharton after two years at Fordham University, which U.S. News & World Report currently ranks 66th among national universities. (Besides, simply going to an Ivy League school doesn’t prove you’re a genius.) Gwenda Blair, in her 2001 book “The Trumps,” said that Trump’s grades at Fordham were just “respectable” and that he got into Wharton mainly because he had an interview with an admissions officer who had been a high school classmate of his older brother. And Wharton’s admissions team surely knew that Trump was from one of New York’s wealthiest families. For years, numerous media reports said Trump graduated first in his class from Wharton, but that’s wrong. The 1968 commencement program does not list him as graduating with any sort of honors. In fact, the Boston Globe reported that he barely made an impression at all: “His former classmates said he seemed a student who spoke up a lot but rarely shined in class, who barely participated in campus activities, shunned fraternity parties.” 
He’s done so well with these people with who are high school educated, and I don’t mean this in a demeaning way at all, but it’s the fact, and the more blue collar workers who really are the heart of America and they think finally somebody is speaking for them but the truth is he is not for them not in his real life and that needs to be highlighted. (…) It doesn’t seem like he can be beaten at this point because he not only has all these poll figures in his favor but he has the momentum. The momentum is not only moving with him but ahead of him because people are still excited to see Donald Trump, if for the show if nothing else. (…)  you can’t keep saying he’s not a conservative because no one really cares about that apparently. They’re not driven by ideological arguments; they’re driven by their emotional feel that he’s on their team which is another joke. What they can do is make a very clear case how Donald Trump has crushed the little man on his way to larger and taller monuments to himself. Kathleen Parker (Washington Post)
Les gens  attendaient  Trump  et  son  discours franc, qui dit les choses comme elles sont et qui promet de défendre les intérêts du peuple.  Il  ne  tourne  pas  autour  du  pot  et c’est ça qu’on aime. (…)  et même si Trump ne le sait pas,  je  suis  persuadé  qu’il  a  été  envoyé par Dieu pour réparer ce pays et lui rendre  sa  grandeur  !  Le  système  est  corrompu,  nous  devons  revenir  aux  fondamentaux  :  les  valeurs  américaines,  le travail, le respect. Obama  est  allé  s’excuser  autour  du  monde, et  résultat,  personne  ne  nous  respecte. Cela va changer. Kelly Lee (électeur)
Les choses vont changer avec Trump car ce  n’est  pas  un  politicien,  il  ne  doit rien à cette élite qui vit entre elle depuis si longtemps. Mike Costello (électeur)
Les médias sont en embuscade, mais nous ne sommes pas inquiets parce que le peuple a vraiment vu le vrai visage partisan  de  ces  médias.  Trump  ne  se  laissera pas  faire.  Au  début  j’ai  été  choquée  de voir   son   usage   de   Twitter   car   je   suis conservatrice. Mais maintenant, je comprends.  Il  déjouera  leurs  plans  et  dira aux gens ce qu’il pense vraiment s’ils déforment    ses    propos. Nous avons besoin de lois. Aujourd’hui, les  gardes-frontières  n’ont  pas  le  droit d’arrêter les illégaux et laissent des villes sanctuaires  les  protéger  sans  la  moindre sanction.  Est-ce  normal  ?  La  presse  dit que c’est raciste de penser ce que je vous dis,   mais   c’est   ridicule   !   Nous   serions donc devenus une nation de racistes par- ce   que   nous   ne   sommes   pas   d’accord avec  ce   laxisme ? Annette (électrice)
Ce  qui  nous  plaît   chez Trump, c’est qu’il ne doit rien à personne. Il est milliardaire mais il accepte de faire  ce  job  pour  sauver  le  pays.  Il  n’en   avait pas besoin. C’est son atout. Car il va  pouvoir  se  concentrer  sur  l’essentiel,  au   lieu de penser à être réélu.  Obama  s’est  trop  excusé, nous devons montrer notre force. Nous espérons  que  Trump  sera  le  Reagan  de   notre  génération. James Mack (ouvrier machiniste de Pennsylvanie)
It’s not just visual: In interview after interview in all corners of the state, I’ve found that Trump’s support across the ideological spectrum remains strong. Democrats, Republicans, independents, people who have not voted in presidential elections for years — they have not wavered in their support. Two components of these voters’ answers and profiles remain consistent: They are middle-class, and they do not live in a big city. They are suburban to rural and are not poor — an element I found fascinating, until a Gallup survey last week confirmed that what I’ve gathered in interviews is more than just freakishly anecdotal. The Gallup analysis, based on 87,000 interviews over the past year, shows that while economic anxiety and Trump’s appeal are intertwined, his supporters for the most part do not make less than average Americans (not those in New York City or Washington, perhaps, but their Main Street peers) and are less likely to be unemployed. The study backs up what many of my interviews across the state found — that these people are more concerned about their children and grandchildren. While Trump supporters here are overwhelmingly white, their support has little to do with race (yes, you’ll always find one or two who make race the issue) but has a lot to do with a perceived loss of power. Not power in the way that Washington or Wall Street board rooms view power, but power in the sense that these people see a diminishing respect for them and their ways of life, their work ethic, their tendency to not be mobile (many live in the same eight square miles that their father’s father’s father lived in). Thirty years ago, such people determined the country’s standards in entertainment, music, food, clothing, politics, personal values. Today, they are the people who are accused of creating every social injustice imaginable; when anything in society fails, they get blamed. The places where they live lack economic opportunities for the next generation; they know their children and grandchildren will never experience the comfortable situations they had growing up — surrounded by family who lived next door, able to find a great job without going to college, both common traits among many successful small-business owners in the state. These Trump supporters are not the kind you find on Twitter saying dumb or racist things; many of them don’t have the time or the patience to engage in social media because they are too busy working and living life in real time. These are voters who are intellectually offended watching the Affordable Care Act crumble because they warned six years ago that it was an unworkable government overreach. They are the same people who wonder why President Obama has not taken a break from a week of golfing to address the devastating floods in Louisiana. (As one woman told me, “It appears as if he only makes statements during tragedies if there is political gain attached.”) Voice such a remark, and you risk being labeled a racist in many parts of America. The Joe-Six-Pack stereotype of a Trump supporter was not created in a vacuum; it’s real and it’s out there. Yet, if you dig down deep into the Gallup survey — or, better yet, take a drive 15 minutes outside of most cities in America — you will learn a different story. That is, if you look and listen. Salena Zito
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
In 1978, the eminent sociologist William Julius Wilson argued confidently that class would soon displace race as the most important social variable in American life. As explicit legal barriers to minority advancement receded farther into the past, the fates of the working classes of different races would converge. By the mid 2000s, Wilson’s thesis looked pretty good: The black middle class was vibrant and growing as the average black wealth nearly doubled from 1995 to 2005. Race appeared to lose its salience as a political predictor: More and more blacks were voting Republican, reversing a decades-long trend, and in 2004 George W. Bush collected the highest share of the Latino (44 percent) vote of any Republican ever and a higher share of the Asian vote (43 percent) than he did in 2000. Our politics grew increasingly ideological and less racial: Progressives and the beneficiaries of a generous social-welfare state generally supported the Democratic party, while more prosperous voters were more likely to support Republicans. Stable majorities expressed satisfaction with the state of race relations. It wasn’t quite a post-racial politics, but it was certainly headed in that direction. But in the midst of the financial crisis of 2007, something happened. Both the white poor and the black poor began to struggle mightily, though for different reasons. And our politics changed dramatically in response. It’s ironic that the election of the first black president marked the end of our brief flirtation with a post-racial politics. By 2011, William Julius Wilson had published a slight revision of his earlier thesis, noting the continued importance of race. The black wealth of the 1990s, it turned out, was built on the mirage of house values. Inner-city murder rates, which had fallen for decades, began to tick upward in 2015. In one of the deadliest mass shootings in recent memory, a white supremacist murdered nine black people in a South Carolina church. And the ever-present antagonism between the police and black Americans — especially poor blacks whose neighborhoods are the most heavily policed — erupted into nationwide protests. Meanwhile, the white working class descended into an intense cultural malaise. Prescription-opioid abuse skyrocketed, and deaths from heroin overdoses clogged the obituaries of local papers. In the small, heavily white Ohio county where I grew up, overdoses overtook nature as the leading cause of death. A drug that for so long was associated with inner-city ghettos became the cultural inheritance of the southern and Appalachian white: White youths died from heroin significantly more often than their peers of other ethnicities. Incarceration and divorce rates increased steadily. Perhaps most strikingly, while the white working class continued to earn more than the working poor of other races, only 24 percent of white voters believed that the next generation would be “better off.” No other ethnic group expressed such alarming pessimism about its economic future. And even as each group struggled in its own way, common forces also influenced them. Rising automation in blue-collar industries deprived both groups of high-paying, low-skill jobs. Neighborhoods grew increasingly segregated — both by income and by race — ensuring that poor whites lived among poor whites while poor blacks lived among poor blacks. As a friend recently told me about San Francisco, Bull Connor himself couldn’t have designed a city with fewer black residents. Predictably, our politics began to match this new social reality. In 2012, Mitt Romney collected only 27 percent of the Latino vote. Asian Americans, a solid Republican constituency even in the days of Bob Dole, went for Obama by a three-to-one margin — a shocking demographic turn of events over two decades. Meanwhile, the black Republican became an endangered species. Republican failures to attract black voters fly in the face of Republican history. This was the party of Lincoln and Douglass. Eisenhower integrated the school in Little Rock at a time when the Dixiecrats were the defenders of the racial caste system.(…) For many progressives, the Sommers and Norton research confirms the worst stereotypes of American whites. Yet it also reflects, in some ways, the natural conclusions of an increasingly segregated white poor. (…) The reality is not that black Americans enjoy special privileges. In fact, the overwhelming weight of the evidence suggests that the opposite is true. Last month, for instance, the brilliant Harvard economist Roland Fryer published an exhaustive study of police uses of force. He found that even after controlling for crime rates and police presence in a given neighborhood, black youths were far likelier to be pushed, thrown to the ground, or harassed by police. (Notably, he also found no racial disparity in the use of lethal force.) (…) Getting whipped into a frenzy on conspiracy websites, or feeling that distant, faceless elites dislike you because of your white skin, doesn’t compare. But the great advantages of whiteness in America are invisible to the white poor, or are completely swallowed by the disadvantages of their class. The young man from West Virginia may be less likely to get questioned by Yale University police, but making it to Yale in the first place still requires a remarkable combination of luck and skill. In building a dialogue around “checking privilege,” the modern progressive elite is implicitly asking white America — especially the segregated white poor — for a level of social awareness unmatched in the history of the country. White failure to empathize with blacks is sometimes a failure of character, but it is increasingly a failure of geography and socialization. Poor whites in West Virginia don’t have the time or the inclination to read Harvard economics studies. And the privileges that matter — that is, the ones they see — are vanishing because of destitution: the privilege to pay for college without bankruptcy, the privilege to work a decent job, the privilege to put food on the table without the aid of food stamps, the privilege not to learn of yet another classmate’s premature death. (…) Because of this polarization, the racial conversation we’re having today is tribalistic. On one side are primarily white people, increasingly represented by the Republican party and the institutions of conservative media. On the other is a collection of different minority groups and a cosmopolitan — and usually wealthier — class of whites. These sides don’t even speak the same language: One side sees white privilege while the other sees anti-white racism. There is no room for agreement or even understanding. J. D. Vance
Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie. C’est un phénomène universel et pour moi, c’est la vraie raison. Il y a des décalages. L’arrivée à maturité de ce groupe social se réalise dès 1965 aux États-Unis. En France, nous avons trente ans de retard et ça s’effectue en 1995. Les gens des diverses strates éducatives ne se connaissent plus. Ceux d’en haut vivent sans le savoir dans un ghetto culturel. Dans le cas d’un pays comme la France, nous avons par exemple l’apparition d’un cinéma intimiste, avec des préoccupations bourgeoises déconnectées des cruautés de la globalisation économique. Il y a des choses très bien dans cette culture d’en haut. L’écologie, les festivals de musique classique ou branchée, les expositions de peinture impressionniste ou expressionniste, le mariage pour tous : toutes ces choses sont bonnes. Mais il y a des personnes avec des préoccupations autres, qui souhaitent juste survivre économiquement et qui n’ont pas fait d’études supérieures. (…) Par contre, je diverge de Lasch et de gens qui dénoncent les élites pour supposer des qualités spéciales au peuple. Je l’ai cru à une époque, mais je n’en suis plus là. Les élites trahissent le peuple, c’est certain. J’estime même de plus en plus qu’il y a au sein des élites des phénomènes de stupidité induits par le conformisme interne du groupe, une autodestruction intellectuelle collective. Mais je ne pense plus que le peuple soit intrinsèquement meilleur. L’idée selon laquelle, parce qu’il est moins éduqué ou moins bien loti, le peuple serait moralement supérieur est idiote, c’est une entorse subtile au principe d’égalité. Adhérer pleinement au principe d’égalité, c’est être capable de critiquer simultanément élites et peuple. Et c’est très important dans le contexte actuel. Cela permet d’échapper au piège d’une opposition facile entre un populo xénophobe qui vote Le Pen et les crétins diplômés qui nous ont fabriqué l’euro. C’est toute la société française qu’on doit condamner dans sa médiocrité intellectuelle et morale. (…) Je crois que c’est le symptôme d’un changement d’humeur de la société américaine dans son cœur, qui est un cœur blanc puisque la démocratie américaine est à l’origine blanche. Depuis longtemps, je suis convaincu que parce que les Anglo-Saxons ne sont au départ pas très à l’aise avec la notion d’égalité, le sentiment démocratique aux États-Unis est très associé à l’exclusion des Indiens et des Noirs. Il y a quand même 72 % du corps électoral qui est blanc. Obama a mené une politique de sauvetage de l’économie américaine tout à fait estimable dans la grande crise de 2007-2008, mais il n’a pas remis en question les fondamentaux du consensus de Washington : le libre-échange, la liberté de circulation du capital et donc les mécanismes qui ont assuré la dégradation des conditions de vie et la sécurité des classes moyennes et des milieux populaires américains. Dans les années 1950, la classe moyenne comprenait la classe ouvrière aux États-Unis. Les ouvriers ont été  “reprolétarisés” par la globalisation et les classes moyennes ont été mises en danger. Il y a eu, en 2016, une sorte de révolte. Le premier élément qui m’a intéressé – et c’était normal puisque dans L’illusion économique (1997) je dénonçais le libre-échange –, c’est la remise en question du libre-échange, qui était commune à Trump et Sanders. C’est parce que le protectionnisme est commun aux deux que nous pouvons affirmer être face à une évolution de fond de la société américaine. C’est vrai que le phénomène Trump est incroyable : le type fout en l’air le Parti républicain pendant la primaire et fout en l’air les Démocrates ensuite. Mais jusqu’au bout, et des vidéos le prouvent, j’ai cru que c’était possible, parce que j’étais tombé sur des études démographiques largement diffusées. Je ne sais plus si je les avais vues mentionnées dans le New York Times, dans le Washington Post, ou dans les deux. Elles révèlent que la mortalité des Blancs de 45-54 ans a augmenté aux États-Unis entre 1999 et 2013. Pour les Américains, le débat sur les merveilles du libre-échange est clos. Ils ont compris. Il faut partir de l’électorat et pas de Trump. L’électorat est en révolte et les États-Unis ont une tradition démocratique plus solide que la nôtre, à la réserve près qu’il s’agit d’une démocratie blanche. (…) Les Républicains ont inventé la technique du dog-whistle, c’est-à-dire du “sifflet à chien”, qui agit sans qu’on l’entende. Un langage codé permet de bien faire comprendre à l’électorat blanc qu’il faut détruire le welfare (les aides sociales), censé n’aller qu’aux Noirs. C’est ce qui a permis au Parti républicain de mener une politique économique absolument défavorable à son propre électorat, c’est-à-dire de diminuer les impôts des riches et de continuer à foutre en l’air la classe ouvrière blanche par le libre-échange. Trump est à l’opposé du dog-whistle. Il avait un double discours : d’un côté, un discours xénophobe tourné contre le Mexique – et pas contre les Noirs, qui sont sur le territoire américain – et de l’autre, des thématiques économiques quasi-marxistes. Pour moi, Trump est le contraire du racialisme républicain traditionnel. Il a mené le débat sur le terrain économique, face à des Démocrates qui activaient inlassablement, sur le mode de la bien-pensance, la question raciale, en se présentant comme les défenseurs des Noirs et en expliquant que si on appartenait à tel groupe, on devait voter de telle manière. Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales. (…) En formalisant, nous pourrions dire qu’il y a deux forces qui s’opposent aux États-Unis : un parti national et un parti globaliste. Nous pourrions dire que le parti national se caractérise par une protection aux frontières – des biens, de la circulation des personnes, le tout avec une bonne base xénophobe – mais qui n’est pas hostile au marché et qui a pour seul but de relancer un capitalisme interne qui fabrique des biens. En gros, il explique que les entreprises peuvent se faire de l’argent autrement. En face, il y a le parti globaliste qui va laisser les frontières ouvertes, en expliquant que cela va fonctionner même si la théorie économique explique que cela va générer des dégâts et des inégalités, le tout devant être compensé par de la redistribution et du welfare. (…) Mais l’important, c’est la protection contre l’arrivée de marchandises fabriquées par des gens sous-payés. (…) La question, c’est de savoir s’il existe une technique qui permet que des gens s’enrichissent et que cela profite à tout le monde dans l’espace national. (…) Jusqu’à présent, j’étais résigné à l’enfermement de “l’anglosphère” dans son néo-libéralisme par son indifférence à l’égalité. Dans l’ensemble, mon modèle anthropologique ne fonctionne pas mal. L’idée d’un communisme fabriqué par une famille communautaire, égalitaire et autoritaire explique très bien l’histoire russe. La famille nucléaire absolue explique très bien le modèle libéral anglo-saxon, ainsi que le développement du capitalisme. Le fait que les gens ne sont pas très sensibles aux États-Unis ou en Angleterre à l’idéal d’égalité explique pourquoi le capitalisme y fonctionne de manière bien huilée et pourquoi les individus ne sont pas choqués quand certains font du profit. Mais entre 2000 et 2015, nous avons atteint la limite du modèle. Et bien sûr, les peuples peuvent transcender leur détermination anthropologique, mais à un certain niveau de souffrance seulement. C’est pour cela que la hausse de la mortalité a été un avertisseur qui m’a permis d’échapper à mon propre modèle. Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. Mais c’est finalement la même chose qui s’est passée avec la chute du communisme. (…) Mon modèle anthropologique dit que les traditions communautaires russes expliquent très bien l’invention du communisme. Mais de même que le libéralisme a emmené la société américaine à un niveau de souffrance exagéré, qui a provoqué la révolte de 2016, le communisme avait atteint vers 1975 un niveau d’absurdité tel, avec une hausse de la mortalité infantile, qu’il s’est effondré en 1990. Par contre, ce que nous dit déjà l’existence ultérieure de la Russie, c’est que l’atteinte de ce point de rupture peut amener une modification du système économique, mais ne fait pas sortir définitivement la population de sa culture. Je pense qu’il y a une démocratie en Russie. Les Russes votent à 80 % pour Poutine. C’est une forme de démocratie autoritaire. Mais le fonctionnement de la société garde beaucoup des traditions communautaires d’autrefois. Le système américain tente de se réformer, mais il va garder ses traits libéraux et non égalitaires fondamentaux. D’ailleurs, quand je décrivais un protectionnisme qui laisse fonctionner le capitalisme en interne, c’est exactement cela que j’évoquais. (…) Les États-Unis ont traversé une phase d’instabilité et de crise culturelle à partir des années 1960 : montée du divorce, enfants hors mariage, etc. Ce sont quand même les Américains qui ont inventé la pilule. Cette phase de crise a entraîné une montée spectaculaire du taux d’homicide. Mais si nous reprenons tous ces paramètres – ce que je ne ferai pas maintenant – depuis 1995, il est clair qu’en termes de mœurs, les États-Unis sont dans une phase de restabilisation. Dans ses tréfonds, la société américaine opère un retour à l’équilibre. Si nous lisons la presse française, (…) nous sommes affolés par Trump. Le subliminal de « Trump est fou », c’est que c’est pour nous que l’Amérique est folle. Pure illusion : l’Amérique de 2016 est rationnelle et raisonnable. J’ai affirmé dans un premier temps qu’il existe une rationalité économique au vote Trump. Votre question me conduit à ajouter qu’en termes de mœurs, l’Amérique revient à l’équilibre. C’est un pays en cours de stabilisation morale, malgré sa souffrance économique, qui vient d’élire Trump. (…) Évidemment, le discours de Trump sur les questions identitaires est inacceptable pour quelqu’un comme moi. C’est d’ailleurs parce que ce caractère inacceptable me semble évident que je suis capable d’accepter la dimension économique de son discours. (…) Mais nous ne devons jamais oublier la rationalité de Trump et de son équipe, aussi bien en politique intérieure qu’en politique internationale. Un effort intellectuel est nécessaire puisque nous avons affaire à un communicant : derrière les choses horribles qu’il dit – ce qui a poussé ses adversaires à le prendre pour un fou –, il y a des calculs. Sa conquête électorale de la Rust Belt et de la Pennsylvanie, promise par Trump avant l’élection, montre bien une certaine forme de rationalité. En politique internationale, les commentateurs évoquent cette même folie : Trump attaque la Chine, l’Allemagne, l’Union européenne (qu’il perçoit, à juste titre, comme un instrument de la puissance allemande)… Il marche à la guerre… Mais d’un point de vue protectionniste, ceci est tout à fait normal puisque la Chine et l’Allemagne sont les pays qui posent des problèmes de concurrence économique aux États-Unis. C’est bien l’Allemagne, plus que les États-Unis, qui poussait pour le fameux traité transatlantique. L’Allemagne et la Chine sont deux ardents défenseurs du libre-échange, comme l’indique la proposition absurde d’alliance libre-échangiste faite par la seconde à la première. (…) en réalité, le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. Cela devrait finir par concerner l’islam aussi, et pourrait finalement conduire à une “désuniversalisation” de la question musulmane. Le retour au national ne suppose pas une rupture avec l’idée de puissance, mais suppose une politique différenciée qui cesse d’être généralisatrice. Je peux me tromper mais il me semble que les axes fondamentaux de la politique de Trump ne comprennent pas cet universalisme généralisateur qui désignerait un ennemi universel qui serait l’islam. Je reconnais que certains aspects de sa politique sont, au stade actuel, insupportables, et je suis ravi de l’action des contre-pouvoirs américains, (de ce système judiciaire qui avait posé tellement de problèmes à Roosevelt), mais je ne parierai pas sur une universalisation durable de la question de l’islam, qui contredirait le retour au national. (…) Trump ne peut pas être à la fois universalisant et “désuniversalisant”. Ce sont les partisans de la globalisation qui ont tendance à universaliser tous les problèmes, et donc celui de l’islam. Le retour à l’égoïsme national a ses qualités. Emmanuel Todd
Est-ce le plus beau cadeau qu’Hillary Clinton ait fait à son adversaire ? En traitant “la moitié” des électeurs de Trump de “basket of deplorables”, Hillary a donné à l’équipe Trump un nouveau slogan de campagne : Les Deplorables (en français sur l’affiche avec le “e” sans accent, et aussi sur les t-shirts, sur les pots à café, dans la salle, etc.) ; avec depuis hier une affiche empruntée au formidable succès de scène de 2012 à Broadway Les Misérables (avec le “é” accentué, ou Les Mis’, tout cela en français sur l’affiche et sur la scène), et retouchée à la mesure-Trump (drapeau US à la place du drapeau français, bannière avec le nom de Trump). Grâce soit rendue à Hillary, le mot a une certaine noblesse et une signification à la fois, – étrangement, – précise et sophistiqué, dont le sens négatif peut aisément être retourné dans un contexte politique donné (le mot lui-même a, également en anglais, un sens négatif et un sens positif), surtout avec la référence au titre du livre de Hugo devenu si populaire aux USA depuis 2012…  L’équipe Trump reprend également la chanson-standard de la comédie musicale “Do You Hear the People Sing”, tout cela à partir d’une idée originale d’un partisan de Trump, un artiste-graphiste qui se désigne sous le nom de Keln : il a réalisé la composition graphique à partir de l’affiche des Misérables et l’a mise en ligne en espérant qu’elle serait utilisée par Trump. Depuis quelques jours déjà, les partisans de Trump se baptisent de plus en plus eux-mêmes Les Deplorables (comme l’on disait il y a 4-5 ans “les indignés”) et se reconnaissent entre eux grâce à ce mot devenu porte-drapeau et slogan et utilisé sur tous les produits habituels (“nous sommes tous des Deplorables”, comme d’autres disaient, dans le temps, “Nous sommes tous des juifs allemands”). De l’envolée de Clinton, – dont elle s’est excusée mais sans parvenir à contenir l’effet “déplorable” pour elle, ni l’effet-boomerang comme on commence à le mesurer, –nous écrivions ceci le 15 septembre : « L’expression (“panier” ou “paquet de déplorables”), qui qualifie à peu près une moitié des électeurs de Trump, est assez étrange, sinon arrogante et insultante, voire sophistiquée et devrait être très en vogue dans les salons progressistes et chez les milliardaires d’Hollywood ; elle s’accompagne bien entendu des autres qualificatifs classiques formant le minimum syndical de l’intellectuel-Système, dits explicitement par Hillary, de “racistes”, xénophobes”, et ajoutons comme sous-entendus “crétins absolus” ou bien “sous-hommes”, et ajoutons encore implicitement “irrécupérables” et de la sorte “à liquider” ou à envoyer en camp de rééducation ou plutôt à l’asile, comme l’éclairé Bacri conseille de faire avec Zemmour. » Récupéré par les électeurs de Trump eux-mêmes puis par l’équipe Trump, le slogan peu résonner comme un cri de révolte qui pourrait donner un formidable rythme et un atout considérable de communication à la campagne du candidat républicain. Philippe Grasset
Hillary Clinton’s comment that half of Donald Trump’s supporters are “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic”—a heck of a lot of phobia for anyone to lug around all day—puts back in play what will be seen as one of the 2016 campaign’s defining forces: the revolt of the politically incorrect. They may not live at the level of Victor Hugo’s “Les Misérables,” but it was only a matter of time before les déplorables—our own writhing mass of unheard Americans—rebelled against the intellectual elites’ ancien régime of political correctness. (…) Mrs. Clinton’s (…) dismissal, at Barbra Streisand’s LGBT fundraiser, of uncounted millions of Americans as deplorables had the ring of genuine belief. Perhaps sensing that public knowledge of what she really thinks could be a political liability, Mrs. Clinton went on to describe “people who feel that the government has let them down, the economy has let them down, nobody cares about them . . . and they’re just desperate for change.” She is of course describing the people in Charles Murray’s recent and compelling book on cultural disintegration among the working class, “Coming Apart: The State of White America, 1960-2010.” This is indeed the bedrock of the broader Trump base. Mrs. Clinton is right that they feel the system has let them down. There is a legitimate argument over exactly when the rising digital economy started transferring income away from blue-collar workers and toward the “creative class” of Google and Facebook employees, no few of whom are smug progressives who think the landmass seen from business class between San Francisco and New York is pocked with deplorable, phobic Americans. Naturally, they’ll vote for the status quo, which is Hillary. But in the eight years available to Barack Obama to do something about what rankles the lower-middle class—white, black or brown—the non-employed and underemployed grew. A lot of them will vote for Donald Trump because they want a radical mid-course correction. (…) The progressive Democrats, a wholly public-sector party, have disconnected from the realities of the private economy, which exists as a mysterious revenue-producing abstraction. Hillary’s comments suggest they now see much of the population has a cultural and social abstraction. (…) Donald Trump’s appeal, in part, is that he cracks back at progressive cultural condescension in utterly crude terms. Nativists exist, and the sky is still blue. But the overwhelming majority of these people aren’t phobic about a modernizing America. They’re fed up with the relentless, moral superciliousness of Hillary, the Obamas, progressive pundits and 19-year-old campus activists. Evangelicals at last week’s Values Voter Summit said they’d look past Mr. Trump’s personal résumé. This is the reason. It’s not about him. The moral clarity that drove the original civil-rights movement or the women’s movement has degenerated into a confused moral narcissism. (…) It is a mistake, though, to blame Hillary alone for that derisive remark. It’s not just her. Hillary Clinton is the logical result of the Democratic Party’s new, progressive algorithm—a set of strict social rules that drives politics and the culture to one point of view. (…) Her supporters say it’s Donald Trump’s rhetoric that is “divisive.” Just so. But it’s rich to hear them claim that their words and politics are “inclusive.” So is the town dump. They have chopped American society into so many offendable identities that only a Yale freshman can name them all. If the Democrats lose behind Hillary Clinton, it will be in part because America’s les déplorables decided enough of this is enough. Bret Stephens
Il n’y a évidemment que des coups à prendre – et ils sont nombreux – lorsque l’on dénonce les discours alarmistes qui visent l’Amérique de Donald J. Trump.  Mais, contrairement aux chiens de garde de BFMTV, la Rédaction de Marianne ne « dégage » pas ceux qui font entendre une voix dissonante (un cas de « délit d’opinion » s’y est produit ces jours derniers), ce qui est tout à l’honneur de Delphine Legouté et Renaud Dely, en particulier, mais également de TSF Jazz et Radio Nova qui ont régulièrement donné la parole à l’auteur de ce blog qui existe depuis mars 2012. La démocratie à l’épreuve du verbe est tout ce que ceux qui se revendiquent du camp des « progressistes » redoutent. L’histoire n’est pas nouvelle. Ceux qui se paient de mots et veulent censurer les mots des autres n’ont rien de différents de ces gens qui se rendent le dimanche à la messe et sont, pour quelques un, des salauds hors les murs de l’église ou trop souvent, des intolérants, et de ces autres dont Montaigne disait qu’ils «envoyent leur conscience au bordel, et tiennent leur contenance en règle». Le tout, c’est de conserver un langage agréable à l’oreille, d’afficher des convictions à vous faire croire que certains humains naissent naturellement purs de tout instinct grisâtre et de toute idée injuste et surtout, de défendre la belle idée plutôt que l’action qui elle, comporte toujours sa part de risque et d’échec. Les centaines de milliers de personnes qui viennent de défiler, aux Etats-Unis et à travers le monde, pour crier leur opposition voire leur haine contre le 45ème président des Etats-Unis sont tout à fait en droit de revendiquer, mais que revendiquent-ils au juste ? Ils disent s’opposer à la violence, et la chanteuse Madonna porte leur voix en disant qu’elle a pensé à « faire exploser la Maison-Blanche ». Ils veulent la paix dans le monde et ne se sont pas lancés dans les rues pour demander à « leur » président, Barack Obama, de traiter la montée de l’Etat Islamique et l’effondrement de la société syrienne avec le sérieux nécessaire. Ils demandent le respect vis-à-vis des immigrants mais on ne les a vu nulle part pour s’opposer à la plus grande vague d’expulsions jamais organisée et qui a marqué les deux mandats de Barack Obama, sans compter le travail des fameuses brigades « ICE », en charge de la traque des illégaux. On ne les a jamais vus, non plus, le long des 1300 kilomètres de mur déjà construit à la frontière avec le Mexique. Ils n’ont pas organisé de « sittings » géants pour demander la fin des exécutions capitales ou la grâce de Snowden, Manning ou Bregham. Pire : les « millennials », ainsi que l’on appelle les plus jeunes, ou les Afro-Américains, ont boudé les urnes et ont fait défaut à la candidate démocrate Hillary Clinton le 8 novembre. Ce sont les mêmes qui scandent « Trump n’est pas mon président ». Les femmes ? Offusquées, scandalisées par les propos et les attitudes de Trump, oui, mais leur colère date t-elle de son apparition dans le paysage politique américain ? Et cette colère, dont on ne sait plus ni les contours ni les messages tant ils sont portés par une rage totale, quelle est sa finalité, quelle mesure, quel changement, au juste, peuvent l’apaiser ? On ne sait plus. (…) Comment expliquer tant de frustrations, de colères, de fureurs, au terme de huit années de pouvoir d’un homme aussi célébré que Barack Obama ? On lui impute soudain mille législations et actions positives, alors que l’on dénonçait, hier encore, l’obstruction systématique des Républicains – élus, soit dit en passant, lors des élections intermédiaires – à toutes ses entreprises. On s’attaque à un système électoral que personne ne change depuis sa mise en place et que l’on ne dénonce pas quand il profite à son camp. On annonce une guerre totale contre l’administration Trump lorsqu’hier, on s’en prenait au manque d’esprit bipartite du camp républicain. Tout cela est incohérent. Toute cette séquence, en réalité, est de pure rhétorique. Certes, dans nos pays européens, à l’exception de l’Angleterre, où l’expression publique est bornée par des lois visant à contenir certains outrages, Donald J. Trump se serait exposé à de nombreuses plaintes sinon condamnations. Mais quelle ironie que de voir les Américains, qui vénèrent la liberté d’expression totale et méprisent nos entraves à cette liberté, s’émouvoir soudain des débordements de M. Trump. Le puritanisme américain a encore de beaux jours devant lui. C’est le même qui préside au sentiment de bien faire, d’exporter la démocratie dans le monde, tout en pilotant des drones meurtriers ou en fabriquant de futurs terroristes dans des geôles à Guantanamo ou ailleurs : l’important, c’est de faire les choses avec une bonne intention, de ne pas en parler et d’avoir bonne conscience, bref, de garder son exquise politesse. C’est au nom de cet état d’esprit que l’Amérique – et le monde – célèbre toujours un John Fitzgerald-Kennedy quand bien-même ce dernier fut le premier président autorisant fin août 1961, le premier usage du Napalm sur les paysans vietnamiens. Ce n’est pas une affaire strictement américaine : la France et son Indochine, avec son discours sur la patrie des droits de l’Homme et ses Sangatte, n’a pas de leçon à donner aux Yankees. Tout comme l’époque est au ricanement, comme le dit fort justement Alain Finkielkraut, tout comme l’époque est au souriant antisémitisme ou la célébration de tout ce qui est jeune, femme ou de couleur dans le camp des prétendu « progressistes », elle l’est au déni. Désormais, chaque action, chaque signature du nouveau président américain fera résonner le monde de colère et de condamnation, et la politique américaine va se résumer à un vaste complot visant à l’abattre et avec lui, son administration. C’est cela, désormais, la démocratie, la lutte des gens « bien » contre les méchants et les imbéciles. Le problème, c’est que les gens bien se plaignent de tout ce qu’ils on fait et n’ont pas fait lorsqu’ils en avaient le pouvoir, pour le reprocher à ceux auxquels il a été confié. Une histoire de fou. Stéphane Trano 
Le génie Trump a vu que la classe politique était un tigre de papier et que le pays était en colère. En prenant la main sur un parti politique américain majeur en tant qu’outsider, il a fait quelque chose de jamais vu, et c’est lui qui devrait gagner. Conrad Black
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
In another eerie ditto of his infamous 2008 attack on the supposedly intolerant Pennsylvania “clingers,” Obama returned to his theme that ignorant Americans “typically” become xenophobic and racist: “Typically, when people feel stressed, they turn on others who don’t look like them.” (“Typically” is not a good Obama word to use in the context of racial relations, since he once dubbed his own grandmother a “typical white person.”) Too often Obama has gratuitously aroused racial animosities with inflammatory rhetoric such as “punish our enemies,” or injected himself into the middle of hot-button controversies like the Trayvon Martin case, the Henry Louis Gates melodrama, and the “hands up, don’t shoot” Ferguson mayhem. Most recently, Obama seemed to praise backup 49ers quarterback and multimillionaire Colin Kaepernick for his refusal to stand during the National Anthem, empathizing with Kaepernick’s claims of endemic American racism. (…) Even presidential nominee and former Secretary of State Hillary Clinton is not really defending the Obama administration’s past “red line” in Syria, the “reset” with Vladimir Putin’s Russia, the bombing of Libya, the Benghazi tragedy, the euphemistic rebranding of Islamic terrorism as mere “violent extremism,” the abrupt pullout from (and subsequent collapse of) Iraq, or the Iran nuclear deal that so far seems to have made the theocracy both rich and emboldened. (…) Racial relations in this country seem as bad as they have been in a half-century. (…) Following the Clinton model, a post-presidential Obama will no doubt garner huge fees as a “citizen of the world” — squaring the circle of becoming fabulously rich while offering sharp criticism of the cultural landscape of the capitalist West on everything from sports controversies to pending criminal trials. What, then, is the presidential legacy of Barack Obama? It will not be found in either foreign- or domestic-policy accomplishment. More likely, he will be viewed as an outspoken progressive who left office loudly in the same manner that he entered it — as a critic of the culture and country in which he has thrived. But there may be another, unspoken legacy of Obama, and it is his creation of the candidacy of Donald J. Trump. Trump is running as an angry populist, fueled by the promise that whatever supposed elites such as Obama have done to the country, he will largely undo. Obama’s only legacy seems to be that “hope and change” begat “make America great again.” Victor Davis Hanson
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
After his Nevada win, Donald Trump preened and affectionately recounted the numbers that added up to his huge victory. “We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated, » he said. My Twitter timeline was splattered as suddenly and thoroughly as a windshield in a Florida downpour. That last sentence was repeated in laughing disbelief. What does Trump think about the poorly educated? A man who might be President just said “I love the poorly educated.” “I love the poorly educated” is the drop-the-mic ending to America’s superpower status. I grew up in New York, and have been unhappily acquainted with Trump’s brand of glitzy racist megalomania for decades. This campaign has distilled and revealed him: liar, misogynist, ableist, xenophobe, wannabe war-mongerer. As the man himself might say, Trump is a terrible candidate and person! Sad! But please, stop the titters and eyerolls about his “poorly educated” line. First, his fans – the Trumpkins – already believe Democrats and journalists are snotty elitists. In this case, the cut-ups are proving the Trumpkins right. What is funny about saying “I love the poorly educated”? Of course Trump loves poorly educated voters. Who else would be asinine enough to buy his tripe? But some of the same people who have been laughing because he said he loves the poorly educated also denounce voter ID laws. Why? They disenfranchise Americans who are disproportionately lower-income workers, minorities — and poorly educated. They denounce the laws because they believe — rightly — that an education is neither necessary nor sufficient for thoughtful democratic participation. Of course, “I love the poorly educated” is ostensibly funny because what politician actually says something like that? Any politician who thought for half a second before speaking would say, “I’m grateful for the support of working class Americans.” But Trump does not tiptoe. That is at least partly because, unlike many of the candidates and most of the media, he actually loves the poorly educated. He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them. Trumpkins say they love how Trump speaks his mind. Maybe some admire his outspoken bigotry. But maybe others also like the way he talks about them. Straightforwardly. Acceptingly. As a friend tweet-stormed, “If you self-identify as undereducated and feel bad about it…the guy ‘loves’ you (after a fashion) and wants to be greedy for you.” A February 24th poll shows Trump beating Hillary Clinton by 46 to 40 among voters without college degrees in the must-win state of Ohio. Meanwhile, the highly educated scratch their heads and cannot understand why he is not imploding like they keep predicting. Elizabeth Priciutto

Attention: une faute peut en cacher une autre!

Intelligence avec l’ennemi, parties fines avec prostituées, racisme, sexisme, homophobie, fascisme, populisme, folie …

Y a-t-il une accusation qui n’aura pas été formulée contre le président Trump ?

Détournement de fonds publics, recel et complicité d’abus de biens sociaux, manquement aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, trafic de décorations, prêts, costumes de luxe …

Ou de ce côté-ci de l’Atlantique une révélation qui n’aura pas été faite contre celui qui dans au moins 30 départements différents

Vient de remporter haut la main – qui en parle ? – le premier tour du nombre de parrainages  ?

Pendant que c’est désormais du côté des dollars de parangons de la liberté et accessoirement fourriers du terrorisme comme le Qatar …

Que nos nouveaux résistants et croisés de l’antifascisme nous envoient désormais leurs missives anti-Trump …

A l’heure où pour disqualifier le choix du peuple

Tous les moyens semblent désormais bons pour nos médias et nos juges …

Comment s’étonner que des médias qui nous avaient vendu comme intellectuel …

Un ancien rédacteur en chef de la Harvard Review of Law avec aucun article de fond à son nom …

Ou l’auteur supposé de deux livres écrits on ne sait à combien de mains et dédiés à sa seule propre gloire …

S’attaquent à présent à l’utilisation par son successeur, pour les court-circuiter, de l’équivalent actuel des causeries au coin du feu de Roosevelt ou de Reagan

Et notamment, énième preuve supplémentaire de son impéritie, à son rapport si particulier avec l’orthographe ?

Mais surtout au-delà d’un mode de communication qui avec ses contraintes de 140 signes, ses mots nécessairement tronqués, ses acronymes et ses néologismes

Fait le désespoir de tant d’enseignants et de parents …

Et qui se révèle être à 50% de plus que Facebook et 25% que Google …

Le média social le plus touché, Elysée ou Ministère de l’éducation français compris, par les coquilles ou fautes d’orthographe …

Comment ne pas comprendre du coup la véritable hargne de nos nouveaux censeurs …

Face à un véritable animal politique qui non content de la proclamer à chacune de ses diatribes …

Incarne face à la rhétorique vide comme au politiquement correct sermonneur et méprisant de ses adversaires …

Et jusque dans ses mauvaises manières et la pauvreté dévastatrice de son langage …

La proximité avec les plus démunis de ses électeurs aussi bien culturellement qu’économiquement via la véritable « reprolétarisation » imposée par la mondialisation …

Qu’enfermés  dans leur ghetto culturel ses prédécesseurs avaient depuis si longtemps perdue ?

Voices

Donald Trump’s ‘I love the poorly educated’ isn’t actually a bad mantra – and attacking him for it is wrong
Trump actually does love the poorly educated. He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them
Elizabeth Picciuto
The Independent
25 February 2016

After his Nevada win, Donald Trump preened and affectionately recounted the numbers that added up to his huge victory. “We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated, » he said.

My Twitter timeline was splattered as suddenly and thoroughly as a windshield in a Florida downpour. That last sentence was repeated in laughing disbelief.

What does Trump think about the poorly educated?

A man who might be President just said “I love the poorly educated.”

“I love the poorly educated” is the drop-the-mic ending to America’s superpower status.

I grew up in New York, and have been unhappily acquainted with Trump’s brand of glitzy racist megalomania for decades. This campaign has distilled and revealed him: liar, misogynist, ableist, xenophobe, wannabe war-mongerer. As the man himself might say, Trump is a terrible candidate and person! Sad!

But please, stop the titters and eyerolls about his “poorly educated” line.

First, his fans – the Trumpkins – already believe Democrats and journalists are snotty elitists. In this case, the cut-ups are proving the Trumpkins right.

What is funny about saying “I love the poorly educated”? Of course Trump loves poorly educated voters. Who else would be asinine enough to buy his tripe?

But some of the same people who have been laughing because he said he loves the poorly educated also denounce voter ID laws. Why? They disenfranchise Americans who are disproportionately lower-income workers, minorities — and poorly educated.

They denounce the laws because they believe — rightly — that an education is neither necessary nor sufficient for thoughtful democratic participation.

Of course, “I love the poorly educated” is ostensibly funny because what politician actually says something like that? Any politician who thought for half a second before speaking would say, “I’m grateful for the support of working class Americans.”

But Trump does not tiptoe. That is at least partly because, unlike many of the candidates and most of the media, he actually loves the poorly educated.

He is not laughing at them or ignoring them or wishing them away or informing them that they are wrong about what is really best for them.

Trumpkins say they love how Trump speaks his mind. Maybe some admire his outspoken bigotry. But maybe others also like the way he talks about them. Straightforwardly. Acceptingly.

As a friend tweet-stormed, “If you self-identify as undereducated and feel bad about it…the guy ‘loves’ you (after a fashion) and wants to be greedy for you.”

A February 24th poll shows Trump beating Hillary Clinton by 46 to 40 among voters without college degrees in the must-win state of Ohio.

Meanwhile, the highly educated scratch their heads and cannot understand why he is not imploding like they keep predicting.

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The strangest line from Donald Trump’s victory speech: “I love the poorly educated”
Libby Nelson
Vox
Feb 24, 2016

Donald Trump loves « the poorly educated. » And they love him back.

In his victory speech after clinching the Nevada caucuses, Trump rattled off the groups he won in the Silver State. But his supporters without a college degree got a special note of praise:

« We won the evangelicals, » Trump said. « We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated — I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people. »

It’s bizarre that Trump, who has bragged about his MBA from the University of Pennsylvania, is now lumping himself in with the « poorly educated. »

But it’s true that the more educated Republicans are, the less likely they are to warm up to him. According to exit polls, Trump won Nevada voters without a high school degree with 57 percent of the vote. He won voters with some college with 49 percent of the vote. He won college graduates with 42 percent of the vote. And among those with a postgraduate degree, his share was only 37 percent.

Voir également:

Everyone’s favorite apricot demagogue won big in another state last night. Donald Trump carried Nevada with the support of 45 percent of caucus-goers, 22 points clear of his nearest rival, Marco Rubio. But the specifics of the win—that is, who exactly came out to support him—were just as remarkable. Trump being Trump, he said as much in his victory speech:

« We won the Evangelicals. We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people. »

Now, it’s obviously unusual to call attention to your supporters’ low level of education—it’s normally a seen-not-heard situation. But Trump, who graduated from an Ivy League school, also seems to be putting himself in this group. We’re smart and loyal, he says to his kindred spirits, We’re just proud Americans with common sense. Trump also has plenty of reason to love the less-educated: the half of voters without a college degree he took in Nevada (including 57 percent of those with no college at all) was right in line with what he’s been doing across the country.

He also had time to gloat about his (admittedly remarkable) support among Hispanics. He took 45 percent of the Hispanic vote in Nevada, about what Ted Cruz and Marco Rubio got combined.

All this is to say that, while identity politics plays a part—South Carolina showed that he has the white supremacist vote locked up—there’s clearly more than that to the Trump phenomenon. After all, he also won among the well-educated last night.

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Trump, Working-Class Zero
Maureen Dowd
The New York Times
MARCH 18, 2017

It’s not unknown, of course.

In ancient Egypt, there was the symbol of the ouroboros, the snake that eats its own tail. Nerve-addled octopuses sometimes consume their own arms.

But we’ve never watched a president so hungrily devour his own presidency.

Soon, there won’t be anything left except the sound of people snickering.

Consumed by his paranoia about the deep state, Donald Trump has disappeared into the fog of his own conspiracy theories. As he rages in the storm, Lear-like, howling about poisonous fake news, he is spewing poisonous fake news.

The Hirshhorn has a sold-out exhibit of Yayoi Kusama’s stunning infinity mirror rooms. But they are nothing compared to the infinity mirror room of Trump’s mind, now on display a mile and a half away at the White House.

Many voters who took a chance on the real estate mogul and reality TV star hoped he would grow more mature and centered when confronted with the august surroundings of the White House and immensity of the job. But instead of improving in office, Trump is regressing. The office has not changed Trump. Trump has changed the office.

He trusts his beliefs more than facts. So many secrets, so many plots, so many shards of gossip swirl in his head, there seems to be no room for reality.

His grandiosity, insularity and scamming have persuaded Trump to believe he can mold his own world. His distrust of the deep state, elites and eggheads — an insecurity inflamed by Steve Bannon — makes it hard for him to trust his own government, or his own government’s facts.

Angela Merkel did not get a surprise shoulder squeeze from this president. He ignored the chancellor’s request to shake hands. But Merkel still looked jittery.

Many who meet with Trump — from foreign leaders to our own lawmakers — look like cats on a hot stove. One Democratic senator told me he was determined not to smile in a session with the president in case Trump suddenly said something offensive or batty while the senator was politely grinning for the cameras.

Everyone is tiptoeing around the mad king in his gilded, sparse court. His lieges make fools of themselves trying to justify or interpret his transcendentally nutty tweets and willfully ignorant comments.

For two weeks, he has refused to back off his unhinged claim that his predecessor tapped his phones during the election.

According to CNN’s Jeff Zeleny, Trump got furious reading a Breitbart report that regurgitated a theory by conservative radio host Mark Levin that Barack Obama and his allies had staged a “silent coup.”

It is surpassingly strange that the president would not simply pick up the phone and call his intelligence chiefs before spitting out an inflammatory accusation with no proof, just as it was bizarre that Trump shrugged off the regular intelligence briefings after he was elected. He preferred living in his own warped world.

Sean Spicer offered a shaky Jenga tower of media citations to back up the president, including the contention of Fox’s Judge Andrew Napolitano that Obama had used GCHQ, a British intelligence agency, to spy on Trump.

In a rare public statement, the GCHQ called the claim “utterly ridiculous.”

Fox News also demurred, with Shepard Smith saying it “knows of no evidence of any kind that the now president of the United States was surveilled at any time, in any way. Full stop.”

Even Devin Nunes, chairman of the House Intelligence Committee, gave up the Sisyphean effort of defending Trump’s tripe. He said that if you took Trump’s remarks “literally” — as we expect to do with our commander in chief’s words — “clearly the president was wrong.”

Asked by a German reporter about GCHQ rubbishing the wiretapping claims, Trump was dismissive. “All we did was quote a certain very talented legal mind,” he said. “You should be talking to Fox.”

Trump’s aversion to veracity is exacerbated by his inner circle of sycophants and conspiracists. As far as Trump is concerned, his budget and health care plan are going great, when everyone else in Washington is averting their eyes.

In a Wall Street Journal piece, Bannon said his anti-elitist worldview was shaped by his father’s decision during the financial crisis in 2008 to sell his AT&T stock, at a loss of more than $100,000. Marty Bannon, who started at AT&T as a lineman, got spooked by Jim Cramer’s advice on the “Today” show to take “whatever money you may need for the next five years” out of the market.

Even though one son, Steve, was a banker at Goldman Sachs and another son had an investment background, Marty Bannon did not consult them or a financial adviser until the sale was completed.

He preferred, like Trump, to get crucial information from TV pundits and eschew the experts in his own circle who might have told him that selling during panics is not wise and that having one stock in an undiversified portfolio is not smart.

“Everything since then has come from there, all of it,” Steve Bannon, the multimillionaire architect of Trumpworld, said of the stock sale. So, essentially, because Bannon’s father made a bad, hurried financial decision based on watching TV, we now have to slash Meals on Wheels, Big Bird, the arts, after-school programs, health insurance, immigration from Muslim countries, climate change research, diplomats and taxes for the rich.

Maybe if these elites-pretending-not-to-be-elites deigned to talk to some knowledgeable elites in government once in a while, they might emerge from the distorted, belligerent, dystopian, Darwinian, cracked-mirror world that is alarming Americans and our allies. They might even stop ripping off the working-class people they claim to be helping.

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Christo Wraps Donald Trump

I was in Doha last week, and a Sudanese woman approached me to explain how desperate she felt about the fact that her son, at school in the United States, now felt unable to travel to see her. He was afraid that if he left he might not be allowed back. In lots of small and not-so-small ways, the mean, militaristic mind of the American president has come to inhabit people’s lives.

If a budget can be a portrait of a soul, then this president’s is arid and shriveled. It is filled with contempt for the needy. Here is a man dismissive of the arts, the environment, the humanities, diplomacy, peacekeeping, science, public education and civilian national service — in short, civilization itself. If he could defund goodness he would. Charity is also ripe for the ax. Creativity needs skewering. Giving is weakness. All that counts are acquisitive instinct, walls and bans (of the kind that keep mother and son apart), displays of power, and the frisson of selective cruelty that lay behind his successful TV show. Everyone is now Donald Trump’s apprentice, at least as he sees it.

In Doha, at The New York Times “Art for Tomorrow” conference, I met the artist Christo. This was before rumors that Trump wants to cut all funding to the National Endowment for the Arts were confirmed. It’s been a particularly hard couple of months for Christo. He knows all about walls. He knows all about being a refugee.

As a young man in the 1950s, he fled communist Bulgaria, then part of the totalitarian Soviet imperium. When the Berlin Wall went up in 1961, he made a wall of oil barrels on the Rue Visconti in Paris. From 1964 to 1967, he lived as an illegal immigrant in New York with his late wife Jeanne-Claude, before getting a green card and becoming a citizen in 1973. By the time America opened its arms to him, he had been stateless for 17 years. Freedom meant something. The United States was more than a country; it was an idea.

For more than two decades, Christo has labored to create a work called “Over the River” in Colorado — a canopy of silvery fabric that was to have been suspended for two weeks over 42 miles of the Arkansas River, a flowing, billowing liquid mirror. But now, after spending some $15 million, he has walked away in perhaps the biggest single act of protest by an artist against Donald Trump. Much of the land is federally owned. As Christo explained to my colleague Randy Kennedy earlier this year, “The federal government is our landlord. They own the land. I can’t do a project that benefits this landlord.”

In Doha, Christo, who is 81, refused to sit down. Defiance is part of him. To live freely is an immense act of will. For an hour he spoke with irrepressible vitality. Eat little, he counseled, in order to channel energy (in his case yogurt with garlic for breakfast, then nothing until dinner). Decide what you want — that is the most difficult part — and then apply yourself without compromise to that end.

Last year he made another work involving water, called “The Floating Piers,” at Lake Iseo in northern Italy. On top of 220,000 interlocking polyethylene cubes, Christo installed a glowing unfenced walkway connecting an island in the lake with the shore. Over a couple of weeks about 1.2 million visitors came. They wanted to walk on water. It’s possible to walk on water. In times of oppression freedom is also a fierce act of the imagination.

Christo, born Christo Vladimirov Javacheff in communist Bulgaria, wrapped the Reichstag in 1995, six years after the fall of the Berlin Wall. The Reichstag had burned in 1933, an act of arson three Bulgarian communists were accused of orchestrating. Hitler used the fire, whose cause is still disputed, to impose despotic terror. Christo’s wrapping preceded by a few years the return of the parliament of a free, united Germany to the building that had stood adjacent to the dividing line of Europe. A Bulgarian freed by America declared his liberty — the ultimate freedom of the imagination — at Europe’s pivot. That is worth recalling today.

The only use I can imagine for Trump’s grotesque wall is for Christo to wrap it and set us free.

Voir encore:

États-Unis : Trump tweet sur la Chine avec une faute, les internautes se moquent

En voulant écrire « sans précédent », Donald Trump a tweeté « sans président », avant de corriger son erreur.

Eléanor Douet et AFP

Le président élu Donald Trump a fait savoir son mécontentement après la saisie par Pékin d’une sonde de la marine américaine en mer de Chine méridionale, twittant un message avec une grosse faute qui a fait les délices des réseaux sociaux samedi 17 décembre. « La Chine vole un drone de recherche de la marine américaine dans les eaux internationales – le sort de l’eau et le ramène en Chine dans un acte sans président » (sic), a-t-il écrit de bon matin sur le réseau social, en voulant clairement évoquer un acte « sans précédent ». Dans la version anglaise le mot utilisé, « unpresidented » (au lieu de « unprecedented ») est très vite devenu le mot clé le plus en vogue sur Twitter aux États-Unis.

Le milliardaire populiste a corrigé son erreur en effaçant le tweet erroné et en le renvoyant, cette fois sans coquille, une heure après son message initial. L’auteure britannique J.K. Rowling, auteure de la série des Harry Potter s’amusait de ce message, pointant « l’efficacité non présidentielle » de Donald Trump. Le magnat de l’immobilier avait déjà fait une petite faute d’orthographe dans un précédent tweet jeudi, un message qu’il avait déjà corrigé peu après.

Ses supporteurs le défendaient, estimant qu’au lieu de se moquer de ces petites erreurs les gens feraient mieux de s’intéresser aux vrais problèmes soulevés par les messages du président élu. Au-delà de cette erreur, Donald Trump voulait en effet surtout souligner son mécontentement vis à vis de la Chine, dont un navire s’est emparé jeudi soir d’un drone sous-marin appartenant à la marine américaine, qui évoluait à quelque 50 milles marins au large des Philippines, selon le Pentagone. Toutefois, la Chine a assuré que le drone serait rendu aux États-Unis.

Voir de même:

Ce mot malencontreusement inventé par Donald Trump résume le sentiment de millions d’Américains

Particulièrement virulent sur Twitter, le Président élu des Etats-Unis a laissé passer une petite faute.

Jade Toussay
Huffington post
10/12/2016

INTERNATIONAL – Entre Donald Trump et Twitter, c’est une histoire sans fin. Le président élu des Etats-Unis communique en effet très souvent en 140 caractères, notamment pour répondre à ses détracteurs. Mais sur Twitter comme ailleurs, la relecture s’impose, et ce samedi 10 décembre Donald Trump a laissé passer une faute qui a rapidement été interprétée.

Dans ces nouveaux tweets, Donald Trump répondait à la dernière polémique sur son avenir au sein de son émission de télé-réalité « Celebrity Apprentice ». Le 8 décembre dernier, le site Variety affirmait en effet que le futur président des Etats-Unis continuerait à produire son émission, en tant que producteur exécutif. Des propos repris par CNN, qui précise que cet arrangement « signifie que le Président pourrait avoir un intérêt dans le show diffusé par un média qui rend également compte du déroulement de sa présidence » et souligne le « conflit d’intérêt majeur » provoqué par cette situation.

Alors une fois de plus, Donald Trump a pris le clavier. « Je n’ai rien à voir avec The Apprentice, à l’exception du fait que je l’ai créé avec Mark B (Burnett, ndlr) et que j’ai investi là-dedans. Je ne lui consacrerai pas de temps! », a-t-il posté, avant de s’adresser directement à CNN. « Les informations de CNN selon lesquelles je travaillerai sur The Apprentice pendant ma présidence, même à temps partiel, sont (ridicules) et fausses – FAUSSE INFORMATION! »

Sauf que comme vous pouvez le voir dans la publication ci-dessus, Donald Trump a commis une petite faute de frappe en écrivant « rediculous » au lieu de « ridiculous ». Et si le magnat de l’immobilier a fini par supprimer son tweet et poster une version corrigée quelques heures plus tard, il n’en fallait pas plus pour que les internautes s’emparent de cette méprise et de ce mot absurde, qui en dit long selon eux sur les aptitudes du 45e président des Etats-Unis.

Voir encore:

De Nicolas Sarkozy à Najat Vallaud-Belkacem : quand les politiques sont pris en faute (d’orthographe)

LCI

A PEU PRÈS – Depuis ce week-end, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, se fait épingler sur les réseaux sociaux pour une faute d’orthographe dans un livre d’or. Elle n’est pas la première, et sûrement pas la dernière, à se faire ainsi taper sur les doigts.

Aïe. L’intention était bonne. Mais elle a mal tourné. Depuis quelques heures, Najat Vallaud-Belkacem se fait étriller sur les réseaux sociaux. En cause, un petit mot que la ministre de l’Education a laissé dans le livre d’or de l’école de gendarmerie de Tulle. Avec une grosse faute d’orthographe.

Alors, vous avez trouvé la faute ? Outre l’oubli de plusieurs accents, c’est surtout l’omission d’un « N » au mot « professionnalisme » qui saute aux yeux… ouvrant la voie aux sarcasmes sur les réseaux sociaux, où l’ortographe est pourtant loin de régner en maître…

Reste que ce petit dérapage orthographique d’un politique n’est pas vraiment une première.

La palme 2017 revenait pour l’heure à l’Elysée, qui s’est fait remarquer dès les vœux du 1er janvier sur Twitter. « Face aux attaques, vous avez tenu bons, vous avez montrez que vous étiez forts, soldaires (sic) » ; « le socle et là et les base sont solides » ; « C’et vous qui auraient le dernier mot », sont quelques-uns des tweets que les followers du palais ont pu voir défiler…

Les fautes sont évidemment dues au community manager, qui a voulu rendre compte en direct de l’intervention de François Hollande. Et semble avoir oublié au passage la première des règles : toujours bien se relire avant d’envoyer son message.

D’ailleurs en la matière, l’Elysée n’en est pas à sa première bourde. En 2015, l’écrivain et essayiste Christian Combaz s’insurgeait dans Le Figaro après avoir vu passer un communiqué de presse truffé de fautes d’orthographe et de grammaire.   « Sait-on parler Français à l’Elysée ? On peut s’interroger sur la qualité (ou l’intention) de ceux qui ont à relire ce genre de prose avant de l’envoyer », écrivait-il. « Ou ils sont carrément nuls, ce qui est une éventualité, ou ils font exprès de laisser passer des bourdes pareilles sans la moindre remise en forme pour accabler leur patron.  »

Nul n’aura sans doute jamais la réponse à cette question. Mais ce petit buzz n’avait cependant pas atteint celui de 2011, à l’occasion d’un hommage à Danielle Mitterrand. Le compte de l’Elysée avait été retweeté des centaines de fois et recommandé 20.000 fois sur Facebook. Trois paragraphes, et six fautes, relevées par l’Express. Pas mal :

Quoiqu’il en soit, les fautes d’orthographe chez les politiques ne sont pas l’apanage de la gauche. Les politiques de droite sont même assez concurrentiels en la matière, rappelait Rue 89 il y a quelques années.  En 2009, le maire de Nice Christian Estrosi, alors ministre de l’Industrie, s’était vu reprocher un message envoyé sur Twitter : « Je commence le bêtisier : Bourquin PS : efficacité du service publique mais cette efficacité pas au détriment du service publique. » Forcément, c’est un socialiste, le sénateur Martial Bourquin lui-même, qui s’était fait un petit plaisir de le corriger publiquement. « Monsieur Estrosi, je suis un autodidacte comme vous. « Service public », c’est un « c », c’est pas « que ». Quand on parle de l’identité nationale… l’orthographe fait partie de l’identité nationale. »

En même temps, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le ton était donné, orthographe approximative et syntaxe douteuse ponctuant allègrement nombre de ses discours et de ses interventions. Sont ainsi restés dans les annales son « Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts..  » ou encore son « Chère Christine Lagarde, monsieur le Sénateur, et tous ceux qui sont importants, bonjour ». Autre jolie faute de Nicolas Sarkozy, griffonnée durant un discours avant d’être relevée par le Petit journal en 2008 : « fréquenter l’infrécentable ». Un président prolixe en la matière, au point qu’en mars 2009, Le Parisien avait publié un recueil de ses meilleurs trouvailles en pleine Semaine de la langue française. Un bel hommage.

Mais ces approximations orthographiques ont le don d’énerver les milieux intellectuels. Comme cette chercheuse au CNRS, Barbara Cassin, qui s’était indignée dans une tribune du Monde intitulée « Sarkozy m’à tuer » de la « présence massive de fautes d’orthographe sur le site de la présidence de la République française » : « Ces fautes, on ne les tolère pas en classe parce qu’elles sont le signe que l’élève ne comprend pas le mécanisme de la langue », écrivait-elle. « Tous les niveaux de discours sont confondus, nivelés au ras de la langue par le plus authentique, irrépressible et immédiat « Casse-toi pauv’ con ». »

Et en matière d’Education, ce ne sont pas les ministres en charge du portefeuille qui sont le plus exemplaires. Luc Chatel, en septembre 2009, avait fait distribuer un dossier truffé de fautes… pour la rentrée scolaire. Extrait : « La rèforme de l’enseignement primaire, qui est entré en application à la rentrée 2008, s’appuie sur des horaires et des Les programmes, redéfinis par arrêtés du 9 juin 2008 qui s’articulent avec les sept grandes compétences du socle commun. »

Une mise en application de la réforme de l’orthographe ?

Magie de l’Internet, les fautes peuvent être rapidement effacées, et nulle trace ne reste… sauf sur certains sites qui se font un plaisir de graver les bourdes dans le marbre de l’Internet. Comme Bescherelle ta mère, qui se fait une joie de nous rappeler que Marine Le Pen, prompte à crucifier sur les réseaux les fauteurs d’orthographe, s’y adonne elle-même… au point qu’il est parfois difficile de percevoir le sens de ses tweets.

Un autre compte, sijauraisu.fr, en a aussi repéré une flopée, qu’on vous rappelle, pour le plaisir…

Mais peut-être les politiques ne font-ils que mettre en œuvre les nouvelles « directives orthographiques » qui sont mises en place en cette rentrée, comme l’explique cette professeure dans un article de Télérama. Atterrée, elle raconte qu’elle a participé à une formation sur l’étude de la langue, où on lui a appris que dorénavant, « en langue, tout est négociable » : « Je vous jure. Si l’élève a fait une faute, mais qu’il est capable de justifier son choix, alors nous devons considérer qu’il a raison », écrit-elle. « Par exemple, s’il écrit ‘Les cadeaux que Lucie a reçue lui ont plue’, nous sommes en droit de lui demander des comptes sur ses accords défaillants des participes passés. Mais si l’élève répond ‘Ben on parle de Lucie, or Lucie est une fille, donc j’ai mis des E’, eh bien cet élève, qui a fait preuve d’une capacité à justifier ses erreurs… a finalement raison ! » Magique.

Voir aussi:

Mangled Trumpian Grammar as New American English?

Farooq A. Kperogi, Ph.D.

Notes from Atlanta

November 13, 2016

The just concluded American presidential election didn’t excite me at all. That was why I didn’t write about it. But now that the election is over, I want to take some time to reflect on the effect the campaigns have had on English grammar and usage. I will start with Donald Trump.

Trump contorted the English language in more ways than any presidential candidate did. First, he was notorious for terrible, sometimes hilarious, misspellings on Twitter. After the Republican primary debates on February 26, 2016, for instance, Trump tweeted: “Wow, every poll said I won the debate last night. Great honer!” He had earlier tweeted the following: “Lying Ted Cruz and leightweight chocker Marco Rubio teamed up last night in a last ditch effort to stop our great movement. They failed!”

Trump became the object of ridicule. Senator Marco Rubio viciously excoriated him for his poor spelling the following day at a campaign rally.  A headline in the website Mediaite.com captured it well. “Donald Trump Is Cluelessly and Hilariously Spelling Everything Wrong on Twitter Today,” it said. Even the Merriam-Webster Dictionary couldn’t help pillorying Trump. It sent out a tweet where it defined “honer” as “one that hones,” and adds: “leightweight: We have no. idea.” It also defined “chocker” in obvious dig at Trump’s clumsy attempt to spell “choker.” (By “honer,” Trump meant to write “honor.”)

But it’s Trump’s unusual turns of phrase and simplistic, repetitive vocabulary that have attracted the most attention from American grammarians. A famous study by Carnegie Mellon University concluded that he speaks at a Third Grade Level, that is, the level of an American Primary School kid.

English teachers have also torn apart his grammar. For instance, he mistook “temper” for “temperament” during one of his debates with Hillary Clinton. He also uttered the nonstandard “you was” during the debate. He said, « But you was totally out of control! » instead of the standard “But you were totally out of control!” Grammar pedants tore him to shreds.

And when he said, « They talk good around election » instead of “they speak well around election time,” many English teachers took to social media to say he had lost their votes. It is impossible to chronicle all the Trumpian solecisms in this article, but others that stood out include, « I pay tremendous numbers of taxes » and « Give economics to people. »

Bad Grammar as Strategy of Condescension 

But as a rhetorician, I know Trump’s mangled, dialectal English isn’t necessarily a product of insufficient mastery of the language. It was a deliberate rhetorical strategy designed to establish identification with the lower end of the American social stratum that constitutes the « base » of the Republican Party. Poor, rural, uneducated white Americans who form the bulk of Trump’s support base speak the kind of regional, nonstandard English Trump spoke on the campaign trail.

In his book Language and Symbolic Power, French theorist Pierre Bourdieu calls this « strategy of condescension. » Bourdieu didn’t mean « condescension » in the everyday sense of the word as disdain for one’s social inferiors; he meant the ability to negotiate and seamlessly traverse several « linguistic markets, » as he called it. He said this ability invests elites with immense social and cultural capital. As Peter Haney puts it, strategies of condescension occur « when someone at the top of a social hierarchy adopts the speech or style of those at the bottom. With such a move, the dominant actor seeks to profit from the inequality that he or she ostensibly negates. »

George Bush used it to maximum effect. People still remember him as the former US president who could barely string together grammatically correct sentences in English, who spoke with a Texan drawl. But Bush is the scion of « old money » who went to elite prep schools and grew up mostly in America’s northeast. If he wanted to sound « polished » and « cultivated, » he could, but he would risk calling attention to his privilege and thereby alienating people he wanted to appeal to. Scholars actually systematically compared his speeches before he became governor of Texas and after he became governor of Texas and found radical differences in his grammar, enunciation, and speech mannerisms. Before he became governor of Texas, he spoke like a typical American northeaster. His grammar and usage were polished and educated.

That doesn’t mean people at the upper end of the social scale don’t innocently mangle the language. For instance, when Hillary Clinton recently characterized some Trump supporters as belonging to a « basket of deplorables, » American English grammarians took her on; they said « deplorable » is an adjective, not a noun, and therefore can’t be pluralized as « deplorables » since only nouns are pluralized. But « deplorables » may well become mainstream in the coming years if enough people with social and cultural capital use it the same way Hillary used it. That’s how language evolves.

In any case, the English language is full of examples of adjectives that became nouns. They are called nominalized adjectives. The word “greats” (meaning great people) comes to mind. It started out as an adjective.

In a February 3, 2013 column titled « How Political Elite Influence English Grammar and Vocabulary, » I pointed out several examples of the changes in the lexis and grammar of the language that were instigated by political and cultural elites across the pond. When former US President Warren Harding first used the word « normalcy » instead of the then usual « normality, » he was ridiculed. But « normalcy » is now mainstream.

As I pointed out in the article, “Even the Queen of England, the unofficial guardian of the English tongue, is given to occasional violation of the rules of her own language. In their book Longman Guide to English Usage, Professors Sidney Greenbaum and Janet Whitcut shared how the Queen misused the expression ‘due to’ and inadvertently caused the rule to be changed in favor of her misuse.

“In traditional grammar ‘due’ is an adjective, and when it is followed by the preposition ‘to’ it should be attached to a noun (example: the cancellation of the event was due to the rain). The use of ‘due to’ at the beginning of a sentence in the sense of ‘because of’ or ‘owing to’ was considered uneducated.

“But when the Queen of England, in a Speech from the Throne, said, ‘Due to inability to market their grain, prairie farmers have been faced for some time with a serious shortage,’ this ‘uneducated’ usage gained respectability. It is no longer bad grammar.

“I once observed that this example shows the arbitrariness and unabashed elitism of (English) usage norms. But that’s only partly true. What is equally true is that research has shown that the Queen of England has lately been speaking like her subjects, leading the Daily Mail, UK’s second-biggest selling newspaper, to write in a recent story that ‘The Queen no longer speaks the Queen’s English.’”

Unfortunately, only native English speakers get to have that much influence on the language, which is both unsurprising and invidious, given the status of English as a world language with more non-native speakers than native speakers. Creative deviations from the norm that emerge from non-native speakers are often condemned to marginality.

There are exceptions, though. Chinese English speakers in the US have made enduring contributions to the lexis and structure of the language in very fascinating ways. For instance, the expression « long time no see » came to English by way of Chinese English speakers in California.

As I pointed out in my book, Glocal English: The Changing Face and Forms of Nigerian English in a Global World, this ungrammatical but nonetheless fixed English expression, which is used as a salutation by people who have not seen each other for a long time, is a loan translation from Mandarin hǎo jiǔ bú jiàn, which literally means « very long time no see. » It was initially derided as « broken » English in California, but because the expression filled a real lexical and idiomatic void in the language, it quickly spread to other parts of the US, then crossed the pond to the UK, and is now part of the repertoire of international English.

Expressions like « no-go area, » « have a look-see, » etc. were also Chinese broken English expressions that are now idiomatic in the language. (Check out my April 19, 2015 column titled « Popular Expressions English Borrowed from Other Languages » and my 4-part series titled « The African Origins of Common English Words »).

Given the impact that the cultural and political elite have on language, would Trumpian grammar change American English in significant ways? Business Insider thinks so: “Donald Trump may have forever changed the English language. Sad!”

Voir également:

America has never been entirely sure what to do with its white poor. For complicated historical and political reasons, we associate “poor” in our public consciousness with “black”. Terms such as “welfare queen” and “culture of poverty” became associated uniquely with the social maladies of African Americans in urban ghettos, despite the fact that poor whites outnumbered poor blacks.

It wasn’t always thus. When President Lyndon Baines Johnson launched his “War on Poverty” in the 1960s, he did so from eastern Kentucky coal country, then and now one of the poorest regions of the country. That region is my ancestral homeland, the place from which my grandparents emigrated to avoid the sort of material destitution President Johnson highlighted. Like millions of southern and Appalachian migrants, they moved north to the booming industrial economies of Ohio, Pennsylvania and similar states.

They moved in the hope of finding better jobs and higher wages and for a time they found those things. Yet in the wake of a long-term decline in manufacturing in the United States, the economic boomtown my grandparents migrated to began to struggle in many of the same ways as the eastern Kentucky town they left behind. By the time their grandchildren reached adulthood in the early 2000s, joblessness and despair had replaced the optimism that characterised my grandparents 50 years earlier. And though the local economies of each region differed – in Detroit, automobile manufacturing; in southern Ohio, steel and paper mills; in Pennsylvania and West Virginia, coal mining – the social problems looked eerily similar. All across Appalachia and the Rust Belt, opioid addiction, family breakdown and rising mortality set in. And the ills afflicting the white working class, so similar to those stereotypically assigned to the black poor, became impossible to ignore.

To many commentators, these problems are statistics to be analysed, but to me, they were the backdrop of my youth. As a kid, I sorted Middletown into three basic geographic regions. First, the area surrounding the high school, which opened in 1969. The “rich” kids lived here. Large homes mixed comfortably with well-kept parks and office complexes. If your dad was a doctor, he almost certainly owned a home or had an office here, if not both. I dreamed that I’d own a house in Manchester Manor, a relatively new development not a mile from the high school, where a nice home went for less than a fifth of the price of a decent house in San Francisco. Next, the poor kids (the really poor kids) lived near Armco, where even the nice homes had been converted into multi-family apartment units. I didn’t know until recently that this neighbourhood was actually two neighbourhoods – one inhabited by Middletown’s working-class black population, the other by its poorest white population. Middletown’s few housing projects stood there.

Then there was the area where we lived – mostly single-family homes, with abandoned warehouses and factories within walking distance. Looking back, I don’t know if the “really poor” areas and my block were any different or whether these divisions were the constructs of a mind that didn’t want to believe we were really poor.

Across the street from our house was Miami Park, a single city block with a swing set, a tennis court, a baseball field and a basketball court. As I grew up, I noticed that the tennis court lines faded with each passing month and that the city had stopped filling in the cracks or replacing the nets on the basketball courts. I was still young when the tennis court became little more than a cement block littered with grass patches. I learned that our neighbourhood had “gone downhill” after two bikes were stolen in the course of the week. For years, Mamaw said, her children had left their bikes unchained in the yard with no problems. Now we woke to find thick locks cracked in two by deadbolt cutters. From that point forward, I walked.

Downtown Middletown is little more than a relic

If Middletown had changed little by the time I was born, the writing was on the wall almost immediately thereafter. It’s easy even for residents to miss how much Middletown has changed because the change has been gradual – more erosion than mudslide. But it’s obvious if you know where to look and a common refrain for those of us who return intermittently is: “Geez, Middletown is not looking good.”

In the 1980s, Middletown had a proud, almost idyllic downtown: a bustling shopping centre, restaurants that had operated since before the Second World War and a few bars where men like Papaw would gather and have a beer (or sometimes many) after a hard day at the steel mill. My favourite store was the local Kmart, which was the main attraction in a strip mall, near a branch of Dillman’s, a local grocer with three or four locations. Now the strip mall is mostly bare: Kmart stands empty and the Dillman family closed that big store and all the rest, too. The last I checked, there was only an Arby’s, a discount grocery store, and a Chinese buffet in what was once a Middletown centre of commerce. The scene at that strip mall is hardly uncommon. Few Middletown businesses are doing well and many have ceased operating altogether. Twenty years ago, there were two malls. Now one of those malls is a parking lot and the other serves as a walking course for the elderly.

Today, downtown Middletown is little more than a relic of American industrial glory. Abandoned shops line the heart of downtown Middletown, where Central Avenue and Main Street meet. Richie’s pawnshop has long since closed, though the hideous yellow and green sign still marks the site, last time I checked. Richie’s isn’t far from an old pharmacy that, in its heyday, had a soda bar and served root beer floats. Across the street is a building that looks like a theatre, with one of those giant triangular signs that reads “ST–L” because the letters in the middle were shattered and not replaced. A little farther down the road is a cash-for-gold store and not far from that is a payday lending outfit.

Not far from the main drag of empty shops and boarded-up windows is the Sorg mansion. The Sorgs, a powerful and wealthy industrial family dating back to the 19th century, operated a large paper mill in Middletown. They donated enough money to put their names on the local opera house and helped build Middletown into a respectable enough city to attract Armco. Their mansion, a gigantic manor home, sits near a formerly proud Middletown country club. Despite its beauty, a Maryland couple recently purchased the mansion for $225,000 or about half of what a decent multi-room apartment sets you back in Washington DC.

Located quite literally on Main Street, the Sorg mansion is just up the road from a number of opulent homes that housed Middletown’s wealthy in their heyday. Most have fallen into disrepair. Those that haven’t have been subdivided into small apartments for Middletown’s poorest residents. A street that was once the pride of Middletown is now a notorious spot for druggies and dealers. Main Street is now the place you avoid after dark.

The white working class had grown angry. And it had no heroes

City leaders have tried in vain to revive Middle-town’s downtown, though in recent years they’ve met with some limited success, as a few businesses have opened near the newest branch of a local community college. Despite some progress, efforts to reinvent downtown Middletown are likely futile. People didn’t leave because our downtown lacked trendy cultural amenities. The trendy cultural amenities left because there weren’t enough consumers in Middletown to support them. And why weren’t there enough well-paying consumers? Because there weren’t enough jobs to employ those consumers. Downtown Middletown’s struggles were a symptom of everything else happening to Middletown’s people, especially the collapsing importance of the local steel mill.

Unfortunately, very few of America’s political or financial classes understood what was happening in towns such as Middletown. And this ignorance comes in part from their increasing segregation from working- and middle-class families. In booming Washington DC, cosmopolitan New York and hi-tech San Francisco, people rarely come face to face with the poor, with the possible exception of the random beggar. Their interactions with the poor of rural and suburban America are rarer still. Meanwhile, as a 2011 Brookings Institute study found, “compared to 2000, residents of extreme-poverty neighbourhoods in 2005–2009 were more likely to be white, native-born, high-school or college graduates, homeowners and not receiving public assistance”. The white poor always existed, but they were rapidly growing in numbers and America’s wealthiest and most powerful residents seemed unaware.

Indeed, if they deigned to care much about the white working class, they often expressed little more than condescension or outright disdain. As my grandma once told me, “hillbillies” – by which she meant poor whites with some connection to Appalachia – were the only group of people that elites felt comfortable stereotyping and looking down upon. From MTV’s chronicle of a “wild” white family in West Virginia to Justified, a popular show about eastern Kentucky, the media’s interest in the region seemed confined to entertaining caricature.

The political system’s response was even worse. While candidate Obama in 2007 secretly chastised poor whites for “clinging to their guns and religion,” the Republican party, where most white, working-class Americans made a political home, seemed completely unaware that its own base was struggling. In 2012, Mitt Romney ran on a platform that celebrated the noble business owner, even as polls showed that the white working class increasingly mistrusted the business owners perceived to push them from their work.

And in late 2015, the party appeared ready to crown Jeb Bush, the scion of a wealthy family whose policy programme differed little from Mitt Romney’s, even as his tone did. This was the brother of a man who started two unsuccessful wars, wars whose burden was disproportionately shouldered by the white middle and working class. And though a number of putative challengers offered stylistic contrasts with the younger Bush brother, no one challenged the core premise at the heart of his candidacy: tax cuts and deregulation at home combined with an active, military-focused foreign policy abroad. Just eight years after George W Bush left office to historically low approval numbers, the party appeared primed to double down on Bush, both in policy and in genetics. And no one seemed that interested in stopping it.

Except for Donald Trump.

In a now famous September debate among Republican presidential candidates, Jeb offered a robust defence of his brother’s foreign policy: “As it relates to my brother, there’s one thing I know for sure: he kept us safe.” In interviews after the debate and on social media, Trump filleted Bush repeatedly, noting the failures of the war and even blaming Bush for his failure to prevent the 9/11 terrorist attacks. It was the third rail of Republican politics and television commentators predicated that it was the end of Trump’s candidacy. How, many asked, could Trump survive such an aggressive criticism of the party’s most recent president? Instead, Trump thrived, building on his lead in the polls and cruising to the Republican nomination.

What so many commentators failed to understand was that the Republican party of George W Bush had changed. In the eight years since Obama’s election, the white working class had grown angry: at the economy that failed to deliver good jobs, at the failed prosecution of two wars, at a government bureaucracy that failed to deliver good healthcare for veterans, at policy-makers who bailed out megabanks in the 2008 financial crisis even as many Americans lost their homes. The party didn’t want another Mitt Romney and it sure as hell didn’t want another Bush. It wanted, most of all, a man whose very existence is the opposite of everything prior nominees stood for.

This was about more than finances and the macroeconomy problem. As a culture, working-class white Americans like myself had no heroes. We loved the military but had no George S Patton figure in the modern army. I doubt my neighbours could even name a high-ranking military officer. The space programme, long a source of pride, had gone the way of the dodo and with it the celebrity astronauts. We had lost any trust in the media as guardians of truth and consequently many were willing to believe all manner of conspiracies about our allegedly foreign-born president and his supposed grabs for power.

In style and tone Trump reminds blue-collar workers of themselves

To understand the significance of this cultural detachment, you must appreciate that much of my family’s, my neighbourhood’s and my community’s identity derives from our love of country. I once interviewed my grandma for a class project about the Second World War. After 70 years filled with marriage, children, grandchildren, death, poverty and triumph, the thing about which she was unquestionably the proudest and most excited was that she and her family did their part during the war.

We spoke for minutes about everything else; we spoke for hours about war rations, Rosie the Riveter, her dad’s wartime love letters to her mother from the Pacific and the day “we dropped the bomb”. My grandma always had two gods: Jesus Christ and the United States of America. I was no different and neither was anyone else I knew.

Many in the US and abroad marvel that a showy billionaire could inspire such allegiance among relatively poor voters. Yet in style and tone, Trump reminds blue-collar workers of themselves. Gone are the poll-tested and consultant-approved political lines, replaced with a backslapping swashbuckler unafraid of saying what’s on his mind. The elites of DC and NY see an offensive madman, blowing through decades of political convention with his every word. His voters, on the other hand, see a man who’s refreshingly relatable, who talks about politics and policy as if he were sitting around the dinner table.

More important is Trump’s message. Implicit in the slogan “Make America Great Again” is a belief that one’s country is not especially great right now and that’s certainly how many of Middletown’s residents felt. In the wake of the Great Recession, there was something almost spiritual about the cynicism of the community at large. If America was the lynchpin of a civic faith, then many in the white working class were losing something like a religion.

In America, commentators have devoted dozens of essays and think pieces to the question of whether Trump’s rise is primarily a function of economic insecurity or racial anxiety. The question is easy to answer – it’s both – and yet not especially helpful. Donald Trump isn’t just the candidate of economically dispossessed whites, though he is that. Nor is he just the candidate of racially anxious whites, though he is also that.

He’s the candidate of the man who opens his morning paper to find that another of his neighbours has died of a heroin overdose; of the woman who proudly sent her son to fight in Iraq only to watch it break his body and mind; of the father who spends hours on the phone with the Department of Veterans Affairs, begging for medical care that his former Marine nephew is owed both legally and morally; of the proud coal miner who voted for Bill Clinton and then watched as his wife promised to “put a lot of coal miners and coal companies out of business”. Donald Trump is the candidate of a patriotic people who feel an almost apocalyptic apprehension about the future. His great insight was to recognise and exploit that apprehension.

The tragedy of Trump’s candidacy is that, embedded in his furious exhortations against Muslims and Mexicans and trade deals gone awry is a message that America’s white poor don’t need: that everything wrong in your life is someone else’s fault. No one doubts that globalisation and automation have disproportionately had an impact on the white working class and no responsible politics should fail to appreciate and address that fact. Yet our neighbourhoods and our communities create certain pressures and instil certain values that make it harder for our children to lead happy lives.

Trump’s entire candidacy consists of pointing the finger at someone else

During my junior year of high school, our neighbour Pattie called her landlord to report a leaky roof. The landlord arrived and found Pattie topless, stoned and unconscious on her living-room couch. Upstairs, the bathtub was overflowing, thus the leaking roof. Pattie had apparently drawn herself a bath, taken a few prescription painkillers and passed out. The top floor of her home and many of her family’s possessions were ruined. This is the reality of our community. It’s not just about hard-working people dispossessed by globalisation, though that’s undoubtedly true for many people. It’s also about a naked druggie destroying what little of value exists in her life. It’s about children who lose their toys and clothes to a mother’s addiction. It’s about families torn apart by domestic violence and students afraid to go home when the school bell rings at the end of the day.

Psychologists call it “learned helplessness” when a person believes, as I did during my youth, that their choices have no effect on their life’s outcomes. We acquired that sense of helplessness from a number of sources: from families who felt that you had to pretend to be “black or liberal” to get into an Ivy League school; from the home life that showed us the world could be turned upside down in an instant; from seeing so few of our neighbours succeed in the modern economy that we wondered whether success was even possible for those like us.

To recognise that these neighbourhoods and attitudes affect us is not to place moral blame on the poor. Indeed, many of the obstacles folks like me perceive are quite real. But it is dangerous, even destructive, to give up completely on the role of agency. The white working class must build a set of values that recognises life’s unfairness while constructively engaging with it – in our community institutions, in our government and in our families. Yet Trump’s message for the white voter so desperately in need of introspection and self-reflection is: it’s all someone else’s fault. His rallies may be cathartic, as he screams and yells at conjured enemies, but he offers no solutions. His entire candidacy is an exercise in pointing the finger at someone else.

In pointing that finger so repeatedly and enthusiastically, Donald Trump has debased our entire political culture. On the right, the party of robust American global leadership now finds itself apologising for a man who apologises for Vladimir Putin even as he scares our staunchest European allies.

The Republican speaker of the house, a brilliant, respected leader, regularly repudiates some noxious statement of Trump’s even as he cannot politically repudiate the man himself. On the left, the cosmopolitan elites of the Democratic party have taken to Facebook and Twitter to denounce half of their fellow citizens, people they rarely see, much less know. In the eyes of American elites, Trump’s voters are racist rednecks, finally reaping what they’ve sown.

In this age of Trump, each tribe has lost the ability to show even a hint of compassion for the other side.

The great irony is that the people who may make Trump president are among those who most need a constructive politics and an engaged leader. They need a life raft and a mirror. Trump instead offers a political high, a promise to “Make America Great Again” without a single good idea regarding how.

Hillbilly Elegy by JD Vance is published by William Collins on 22 September, £16.99

Voir encore:

Five myths Donald Trump tells about Donald Trump
Glenn Kessler
The Wall Street Journal

January 28, 2016

All politicians like to brag about their abilities and achievements. But rarely has a presidential hopeful emerged like Donald Trump, who consistently touts his résumé and plans for the nation in sweeping and over-the-top terms. Trump is particularly unique in how he talks about himself. Plenty of would-be presidents make dubious claims about what they have accomplished in elected office (created millions of jobs! slashed spending!). Few make such claims about their personal attributes. Trump has no such hesitation. Just before the Iowa caucuses, here are five of the biggest myths Donald Trump tells about himself.

1. “I’m, like, a really smart person.

Trump is not shy about his intellectual prowess. As he tweeted in 2013: “Sorry losers and haters, but my I.Q. is one of the highest -and you all know it! Please don’t feel so stupid or insecure, it’s not your fault.”

Of course, “smart” is a bit subjective. There’s book smarts as well as street smarts. Many would say Trump has run a pretty smart campaign. But clearly he’s saying that his brain is very sharp — as he puts it, “super-genius stuff.’’ At one point, Trump rebutted criticism from columnist George Will and GOP consultant Karl Rove by saying: “I’m much smarter than them. I think I have a much higher IQ. I think I went to a better college — better everything.”

Trump’s college background, in fact, is often his key piece of evidence for his intellectual superiority. But there’s less here than meets the eye. Trump did graduate from the Wharton School of business at the University of Pennsylvania, an Ivy League college. But Trump did not get an MBA from Wharton; he has a much less prestigious undergraduate degree. He was a transfer student who arrived at Wharton after two years at Fordham University, which U.S. News & World Report currently ranks 66th among national universities. (Besides, simply going to an Ivy League school doesn’t prove you’re a genius.)

Gwenda Blair, in her 2001 book “The Trumps,” said that Trump’s grades at Fordham were just “respectable” and that he got into Wharton mainly because he had an interview with an admissions officer who had been a high school classmate of his older brother. And Wharton’s admissions team surely knew that Trump was from one of New York’s wealthiest families.

For years, numerous media reports said Trump graduated first in his class from Wharton, but that’s wrong. The 1968 commencement program does not list him as graduating with any sort of honors. In fact, the Boston Globe reported that he barely made an impression at all: “His former classmates said he seemed a student who spoke up a lot but rarely shined in class, who barely participated in campus activities, shunned fraternity parties.”

2. “I have the world’s greatest memory.

One of Trump’s most controversial claims is that he saw a television news report about thousands of Muslims in New Jersey cheering the collapse of the World Trade Center in 2001. That statement ended up on the Washington Post Fact Checker’s list of 2015’s biggest Pinocchios.

Trump insisted he was right because he has such a great memory.

But no television network could find such a clip — though extensive searches were made. No news reports were tracked down to validate Trump’s claim of “thousands.” The closest thing ever found was a local newscast at the time, from a CBS affiliate in New York, that reported on the arrest of eight men who neighbors said had celebrated the attack. That’s a far cry from thousands. There were also video clips of several Palestinians in the Israeli-occupied territories cheering. But that wasn’t New Jersey — and again, it wasn’t thousands.

Trump also tried to point to a line in a Washington Post article written days after the attacks that said law enforcement authorities detained and questioned some people who were allegedly seen celebrating . But when one of the reporters, Serge Kovaleski, said the article did not validate Trump’s claim, the real estate magnate mocked Kovaleski’s disability. (Kovaleski has a chronic condition that limits his mobility.)

What is Donald Trump’s net worth?

Here’s the answer to one of the most Googled questions about one of the most Googled candidates. (Osman Malik and Sarah Parnass/The Washington Post)

Trump later denied doing so, claiming that he didn’t know the reporter — even though Kovaleski had closely covered Trump in the 1980s and 1990s and had interviewed him several times.

Maybe Trump should rephrase his boast: “I have the world’s most selective memory.”

3. “I’m proud of my net worth. I’ve done an amazing job.

Trump frequently touts his financial acumen. He often says he is worth $10 billion, though most analysts say that is exaggerated. Bloomberg News closely studied his 92-page financial disclosure report and concluded that he is really worth $2.9 billion.

That may sound like a lot of money. But don’t forget that Trump inherited a lot of money, too — about $40 million in 1974. In 1978, his net worth was estimated by BusinessWeek at $100 million. The Post’s Wonkblog calculated that if Trump had gotten out of real estate, put his money in an index fund based on the Standard & Poor’s 500 index and reinvested the dividends, he’d be worth twice as much — $6 billion — today.

National Journal noted that Warren Buffett was also worth $40 million in 1974 — and he managed to turn that into $67 billion today. But then Buffett doesn’t have a long list of business flops, such as Trump Airlines, Trump Vodka, various Trump casinos, Trump Steaks and Trump University.

4. “I’m self-funding my campaign.

Trump keeps saying that unlike his rivals, he’s paying for his own presidential campaign, but that’s largely false.

At the start of his campaign, he loaned his political operation $1.8 million. As of Oct. 1, he had given his campaign an additional $104,829.27 — but he had also received $3.9 million from donors, which accounted for the vast majority of the $5.8 million his campaign had taken in by then. His campaign website features a prominent “donate” button on its homepage. Trump has spent $5.4 million, and interestingly, about one-quarter of his spending has gone to Trump-owned entities (mainly his private jet company).

In January, Trump launched an ad campaign in Iowa and New Hampshire, saying he planned to spend $2 million. He also claimed that his campaign was $35 million to $40 million below budget. Ultimately, all of his spending — and where the money came from — will have to be disclosed in campaign finance reports. The odds are his personal share of the spending will be less than 50 percent.

5. “I’m probably the least racist person on Earth.

When people have criticized Trump for promising to build a wall on the U.S.-Mexico border or proposing a ban on all Muslims from entering the country, he has defended himself by saying he’s not motivated by racism. Still, he has a pattern of racially tinged remarks and actions.

The very first article about Trump in the New York Times — it appeared 42 years ago — was headlined “Major Landlord Accused Of Antiblack Bias in City.” Trump was quoted saying the charges in a lawsuit brought by the Justice Department against the company he and his father ran were “absolutely ridiculous.” The sides settled — but three years later, the Justice Department charged Trump’s organization with continuing to discriminate against blacks.

When five black and Latino teenagers were implicated in a brutal attack on a white woman jogging in Central Park in 1989, Trump took out full-page newspaper ads calling for the death penalty for “criminals of every age.” The suspects were convicted but later exonerated by DNA evidence — and Trump then called their wrongful-conviction settlement a “disgrace.”

Trump Plaza Hotel and Casino President John R. O’Donnell, in the 1991 book “Trumped,” alleged that Trump once said that “laziness is a trait in blacks.” He also claimed Trump said, of his accountants: “Black guys counting my money! I hate it. The only kind of people I want counting my money are little short guys that wear yarmulkes every day.” (Trump has called O’Donnell a disgruntled employee, but he has not disputed the remarks. “The stuff O’Donnell wrote about me is probably true,” he told Playboy in an interview published in May 1997.)

Speaking to the Republican Jewish Coalition in December, Trump made a speech riddled with Jewish stereotypes, such as: “Look, I’m a negotiator like you folks; we’re negotiators.” And: “I know why you’re not going to support me. You’re not going to support me because I don’t want your money.”

Another Trump observation: “A well-educated black has a tremendous advantage over a well-educated white in terms of the job market. . . . If I were starting off today, I would love to be a well-educated black, because I believe they do have an actual advantage.’’

When Trump launched his campaign, he made a broad-brush accusation against Mexico: “They’re sending people that have lots of problems, and they’re bringing . . . drugs, they’re bringing crime, they’re rapists. And some, I assume, are good people.”

The Washington Post
February 15 2017
President Trump’s administration has a spelling problem, and it seems to be getting worse.The latest cringe-worthy gaffe, courtesy of the Education Department, was a double whammy: In a tweet Friday, the agency misspelled the name of the late scholar-activist and NAACP co-founder W.E.B. Du Bois. Then it followed up with a correction, with its own glaring error: “Our deepest apologizes for the earlier typo.”It wasn’t long ago that pretty much everyone across the political spectrum could agree that it was embarrassing when our elected officials failed to use the English language correctly. Just ask former vice president Dan Quayle how to spell “potato.”

Yet as critics pounced on the latest errors as a sign of carelessness or incompetence, Trump defenders howled back, blasting the criticism as liberal-elite snobbery. It’s come to this: The fault lines of our deeply divided country have crossed into the once-neutral territory of grammar and spelling.

So how problematic is the administration’s spelling — really? We decided to take a closer look at a few recent incidents.

1. The ‘to’/‘too’ mix-up on the official Trump inauguration poster

The poster had to be removed from the Library of Congress website after people noticed that something seemed to be missing from the quote emblazoned on it. Can you spot it? Look closer. Ah, yes — one of those pesky “to”/“too” confusions. Too often the eye just skips over it, and even spell check won’t always help you with that one. Who among us hasn’t committed this offense? (But, no, probably not on an official presidential portrait.)

2. Betsy DeVos’s ‘historical’ error

Plenty of public-school alumni jumped on this usage error by the school-vouchers advocate, who has since been confirmed as education secretary. It might not have been the most egregious error — “historical” is often confused as a synonym for “historic” but actually means “belonging to the past”; and she’s hardly the only person we know who randomly capitalizes nouns such as “inauguration” that don’t actually merit it. But still, not a great look for the nation’s top education policy guru.

3. Trumps great honer

The tweet was sent by Trump on his first full day in office. It was swiftly deleted and reposted with the correct spelling — but not before the original version was immortalized online. It might have been just one misplaced vowel, but he’d made this mistake on Twitter before, after a February 2016 presidential debate. (“Wow, every poll said I won the debate last night. Great honer!” — that tweet, too, was quickly corrected.) We’ll be blunt: “Honer” doesn’t even look close to correct, and we’re not sure how he made this blooper. But in fairness, Twitter is where we make all our finger-slip errors, too.

3. Marco Rubio the ‘leightweight chocker’

In an oft-mocked tweet in February 2016, Trump lashed out at primary opponents Ted Cruz and Marco Rubio: “Lying Ted Cruz and leightweight chocker Marco Rubio teamed up last night in a last ditch effort to stop our great movement. They failed!”

Look, we get that “choker,” though correct, looks nearly as strange as “chocker” the more you stare at it. And we can see how someone focused on getting the e-i order correct in “weight” might overcompensate and screw up the “light” part — but wouldn’t you see “leightweight” and know you’d done something wrong?

As per usual, the tweet was deleted — but not before the dictionary folks supplied a snarky response.

4. Lose vs. Loose

No way around it: There is so much wrong with this one, gnarled syntax as well as troubled spelling. Fortunately, Twitter was there to help.

“Insticts” is pretty odd, but you can see how someone who spends a lot of time tweeting about “losers” could get lost trying to spell “loose.” The standard U.S. spelling, of course, is “judgment,” not “judgement,” but again — Twitter.

5. Terrorist ‘attakers’

When the White House released a list of 78 “under-reported’ terrorist attacks earlier this month — aiming to prove that the media had played down the terrorism threat — reporters found themselves wading through a document riddled with typos and errors. Among other mistakes, the report misspelled “attacker” and “attackers” as “attaker” and “attakers” 27 times. Who does that? And this wasn’t a Twitter typo, but a document prepared for public release by the communications staff. This is — bad. A new level of bad. We’ve left Quayle far, far behind.

6. An unprecedented misspelling

This one was particularly regrettable because of the Freudian-slip undertones. It quickly spawned a trending hashtag, an onslaught of jokes and more than a few anti-Trump protest signs at subsequent rallies. Again, the dictionary couldn’t let this pass without taking a shot.

“Unpresidented” did earn an official entry in Urban Dictionary, however. (It isn’t very flattering.)

7. Theresa May vs. Teresa May

One is the name of the British prime minister. The other is the name of a British former soft-porn actress. Guess which one appeared three times on an official White House schedule?

This one would feel more relatable and excusable — we’ve all done something like this — except we’re not talking about bungling the name of your cousin’s new boyfriend on a party invitation. We’re talking about the name of a foreign head of government, misspelled three times on an official White House document.

Voir par ailleurs:

Research Shows Twitter is Driving English Language Evolution

Joel Windels
Brandwatch
May 29th 2013

It’s no surprise that technology has been a driving factor in how we communicate. 140 character limits, the need to be succinct and other prevailing memes have transformed the ways we talk to each other online.

It’s not rare to hear celebrated literary experts lament the demise of the second-most widely spoken language in the world, but seldom to we ever witness any evidence of such change beyond the anecdotal.

Accordingly, we have taken it upon ourselves to conduct our own research into how social media is helping drive evolution in the English language.

Deviating from official English

Twitter users are the least literate of the internet users we looked at, with 0.56% of words on the network being either misspelled or otherwise unofficial, perhaps due to its stricter character limit.

Twitter                 0.56% or 1 in 179

Google+              0.42% or 1 in 238

Facebook            0.31% or 1 in 323

Forums                0.18% or 1 in 556

Americans tend to deviate slightly more than those based in the UK, with the Brits at 0.53% and the USA at the global average of 0.56%.

Interestingly, tweeters have been getting increasingly literate over the past few years, getting 0.01% more literate each year since 2011 – is this a result of increased adoption of auto-correcting devices perchance?

Females are more likely to deviate too, using unofficial language every 169 words, whereas males do it once every 192. The fairer gender are also responsible for elongating words like arghhh, awwww, soooo and ahhh much more than males, who instead prefer to shorten them to things like gonna, wanna and kinda.

The most common form of ‘error’ is the exclusion of apostrophes, resulting in words like im, wont, cant, theres, hes, womens and parents.

The second most frequent deviation was the usage of acronyms, the widest used of which was LOL, followed by WTF, LMAO, YOLO, OMG and FFS.

In terms of the actual words that are misspelled, here are the favourites:

  • definitely
  • separate
  • embarrass
  • achieve
  • surprise
  • weird
  • government
  • argument
Voir aussi:
‘Twitter will increasingly shape our spelling and grammar – we just have to accept it’

As new research finds Twitter users make more spelling mistake than other social networks, Tech & Gadgets editor Hannah Bouckley confesses to some social networking grammatical shortcuts.

Hannah Bouckley

BT

11 June 2013

According to new research, Twitter users make twice as many spelling mistakes as Facebook users.
The study by Brandwatch analysed 10,000 tweets from 1,000 randomly selected Twitter accounts. 
  • It found one in every 150 words posted on Twitter is spelt incorrectly, in contrast to one in 323 words on Facebook.

    The figure doesn’t just refer to spelling mistakes. It includes the use of abbreviations (such as LOL), grammatical errors, word elongation and shortening.

    Women are more likely to make errors and use abbreviations than men, averaging one in every 169 words, as opposed to one in 192 words.

    I use Twitter quite a lot and I must admit to taking some grammatical shortcuts.

    With just 140 characters to play with per Tweet, it’s really frustrating to get to the end of a sentence and be just one character short.

    Rather than rewriting the tweet, I will go back and substitute the likes of “I’m” for “Im”.

    I think there’s a difference between the odd grammatical tweak and glaring spelling errors. Twitter is a public forum and consistently poor spelling and grammar look like you don’t care.

    In Twitter arguments, spelling mistakes are one of the first things people criticise. Making a spelling mistake on Twitter looks like you aren’t in control – especially as mobile phone spell checks are getting better.

    Out of all the social networks, I think we should be forgiving of mistakes on Twitter »

    Twitter is about spontaneous reactions to events and if you are in a hurry it’s easy to make mistakes, particularly if you’re typing using a small keyboard.

    For the majority of people, it doesn’t really matter if there’s a mistake – for professions like politics or teaching, it’s a different story.

    Interestingly Brandwatch’s study found that on Twitter women tend to elongate words, while men shorten them.

    Common words used by women include: soo, aww and ohh. Men use lota, lol, lonna and wanna.

    I’m guilty of the odd aww and soo. But I would use those terms on Facebook and emails to friends.

    Writing a letter or sending a Facebook message can be unwittingly formal. People can read sentences in different ways and misconstrue the original meaning.  By using such language I’m hoping my message sounds a little more conversational and a little how I’d say it in person.

    According to the survey the most common grammatical errors are related to misuse of the apostrophe: im, wont, cant, dont, id.

    There’s a movement online called Kill The Apostrophe “on the basis that it serves only to annoy those who know how it is supposed to be used and to confuse those who dont.”

    I’m not in favour of removing the apostrophe. Twitter and text speech is only a small facet of the way we use our language, enough people still write emails or letters using the apostrophe for it to be useful.

    In the future Twitter and other social networks are likely to increasingly shape our language and we have to get used to it. Language has evolved centuries and will continue to do so.

    It’s not all bad news: it has also been revealed that Twitter users have been getting more literate each year since 2011.

    Overall, I suggest tolerance towards language quirk on Twitter and yes to abbreviation and elongation – in moderation.

    I advise anyone who cares to take a few seconds to correct typos before hitting send.

    Voir également:

Twitter users ‘can’t spell’

Twitter users make more than twice as many spelling mistakes as those on Facebook, new research has revealed – with apostrophes the most common source of errors.
Jennifer O’Mahony
The Daily Telegraph
29 May 2013

Britons’ well-documented struggles with their own language appear to be particularly acute when they post on the microblogging service, a study by social media monitoring service Brandwatch has found.

One in every 150 English words posted on Twitter is spelt incorrectly, with missing apostrophes the most common grammar crime.

Apostrophes, or a lack thereof, were followed by the use of acronyms such as LOL (laugh out loud) and YOLO (you only live once) as the most frequent examples of misuse in English.

Twitter’s strict 140-character limit for posts is undoubtedly the cause of much mangled language, a constraint that forces users to innovate by cutting linguistic corners.

Brandwatch analysed almost one million randomly selected online interactions across Twitter, forums, Facebook and Google+ in the month of March over a three-year period.

Twitter recently announced it counts an average of 400 million tweets posted by users every day, but it fared worst among all social networks for the quality of spelling and grammar.

By contrast, Facebook’s users compose just one in every 323 words incorrectly, though this rose to one in every 238 on Google+.

The research comes in the wake of comments by Simon Horobin, an English professor at Magdalen College, Oxford, who suggested that “they’re”, “their” and “there” could be spelt in the same way. Prof Horobin, speaking at the Telegraph Hay Festival, said: « I am not saying we should just spell freely, but sometimes we have to accept spellings change ».

Minimal differences were found between the accuracy levels of American and British tweeters, but analysts discovered women tended to elongate words and use onomatopoeia such as « soooo » or « argh », while men favoured shortened slang, including « gonna » and « gotta ».

« Whether through deliberate misuse or ignorance, it is clear that the nature of Twitter and its strict character limit continues to encourage a higher rate of unofficial English. But rather than bemoaning the loss of the language, shouldn’t we instead be recognising this for what it is – a natural evolution? » said Joel Windels, Lead Community Manager at Brandwatch.

« Last year the Oxford English Dictionary added well over 1,000 new words and meanings, including web-speak words ‘lolz’ and ‘tweeps.’ Changes to language are nothing new, but this research highlights just how much of an influence social media is having on how we communicate. »

The government may not welcome the sentiments of Mr Windels and Prof Horobin.

Michael Gove, the Education Secretary, has published a list of 162 words which all 11-year-olds would be expected to spell correctly, and has said that « too little attention » has been paid to spelling and grammar in schools in recent years.

Voir encore:

How social media has shaped the English language

Castleford Staff

31/05/2013

The days of writing grammatically correct, perfectly punctuated sentences may seem like a thing of the past – but what role has social media played in this trend?

If new research from Brandwatch is anything to go by, it could be said that social networks have transformed modern day English, with Twitter presenting the greatest threat.

The site analysed the effect of various social media sites on the English language to find that Twitter users are the most likely to deviate from correct spelling and grammar.

A total of 0.56 per cent of words posted on the micro-blogging site are either misspelled or unofficial, although it has been suggested that this might be down to its strict 140-character limit.

Taking up second place is Google+ with 0.42 per cent of misspelled words, followed by Facebook with 0.31 per cent.

However, it’s not all bad news for Twitter users, as the website found that people have become increasingly literate since 2011 – although how much of this is down to autocorrect features?

Women were found to be more likely to deviate from the official language than their male counterparts, as well as being more inclined to elongate their words for effect.

Men, perhaps unsurprisingly, showed a preference for shortening words, instead using phrases such as ‘kinda’ and ‘wanna’.

Now it’s not uncommon for even the greatest of spelling aficionados to struggle with the odd word or two, but Brandwatch’s analysis found that some words are more commonly misspelled than others.

The worst offenders were definitely, separate, embarrass and achieve, with weird and surprise also featuring on the list.

It just goes to show that even in a field as broad as social media, people are still on the lookout for good spelling and grammar – something that people running Twitter campaigns should bear in mind.

 Voir de plus:

Facebook and Twitter ‘harm pupils literacy’: Headmasters claims children are so distracted by the sites they don’t bother to read books

Children’s literacy is being damaged by social media, headmasters claim.

They say pupils are too distracted by sites such as Facebook and Twitter to bother to read a book.

As a result, thousands are poor spellers and have little understanding of grammar.

Children’s literacy is being damaged by social media, headmasters claim. They say pupils are too distracted by sites such as Facebook and Twitter to bother to read a book

A survey of 214 secondary school heads found that 70 per cent believe Facebook and Twitter are ‘bad for literacy’.

Excessive use of such sites means youngsters’ spelling and grammar have deteriorated. For example, some write ‘l8’ rather than ‘late’, while others rely on computer spellcheckers to correct their mistakes.

To make matters worse, many parents do nothing to try to improve these crucial skills.

The research, conducted by Booked, a magazine for schools, found that half of Britain’s headmasters are concerned about their pupils’ approach to reading.

Tsol Keoshgerian, chairman of Booked, said: ‘This is a worrying snapshot of literacy standards.

It appears to confirm that the massive rise in social media use among the young is having a major impact on writing skills th little or no attempt by parents to stop it.’

Tsol Keoshgerian, chairman of Booked, which encourages children to read and write, said: ‘This is a worrying snapshot of literacy standards in the UK today.

‘From a social perspective, it appears to confirm the massive rise in social media use among the young is having a major impact on writing skills with little or no attempt by parents to stop it.’

Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking.

Bosses regularly complain about the poor literacy standards among school leavers, whose written English in applications forms and CVs can be shocking

The research uses examples such as one applicant stating: ‘I wont to work wiv you’re company.’

Others regularly confuse the words ‘to’ and ‘too’, such as: ‘I’d like too work with you’, while asking whether job ‘oppurtunities’ are ‘avalible’ at the company.

Others sign their letters with several kisses, showing an inappropriate level of friendliness with a potential boss who they have never met.

Tracy Newby, head of English at Ringmer Community College in East Sussex, said helping her students to learn good spelling and grammar involves a ‘fight’ with social media.

She said: ‘Social media has a massive impact on students every day.

‘Ask a Year 10 class [aged 14 and 15] how many of them have read a book for pleasure recently and you might get two or three hands.

‘Ask them how many have checked Twitter or Facebook that day and every hand will shoot up.’

Miss Newby runs workshops and competitions at her school to encourage the children to read and to find reading exciting and interesting.

One head teacher, who did not want to be named, said: ‘I do feel that, to a certain extent, the use of electronic media, particularly a reliance on spell checks, has resulted in a decline in old-fashioned grammar and spelling.’

Another said: ‘Parents are less inclined to help children at home with reading.

‘Parents need to be aware of how important their role is. We hold regular evenings for parents and a very low percentage attend.’ It comes after a damning report from the Organisation for Economic Co-operation and Development revealed the scale of the problem.

England is the only developed country producing children who are worse at reading and maths than their grandparents, according to a recent report from the Organisation for Economic Co-operation and Development.

John Allan, national chairman of the Federation of Small Businesses, said: ‘Young people don’t have the literacy and numeracy skills to do the job properly.

‘What we need now is action to improve these crucial basic skills from an early age.

‘While the Government is doing good work to improve the rigour of the curriculum, it must also learn lessons from those countries that perform well, on how to improve and retain these vital skills, to ensure the UK doesn’t find itself with an unskilled workforce.’

Voir de même:

Trump’s tweets are little different from FDR’s chats

Trump’s tweets represent ‘empathy’ but don’t always reflect ‘judgment,’ says Andrew Card
MarketWatch

Jan 23, 2017

‘FDR started it.’ Andrew Card, chief of staff to President George W. Bush
Donald Trump, arguably, has already changed the office of the presidency forever, with his prolific tweets, some of which, at least in the lead-up to his Friday inauguration, endorsed specific companies, lashed out at impersonations and even laid the groundwork for complex policies. Cabinet appointees have found themselves walking back his remarks with some regularity.

Some observers embrace the transparency of the unfiltered Trump experienced on Twitter TWTR, -0.72% . The public wasn’t ruffled one bit when a newly elected Trump’s staff blew off the protocol for press pool reports and end-of-day signoffs.

Trump’s delivery mechanism may be relatively new, but the motivation isn’t. Circumventing the press, and even the carefully crafted press release, is a presidential tack that can be traced as far back as Franklin Delano Roosevelt’s “fireside chats,” which leveraged the radio medium to deliver Roosevelt directly into American living rooms, said Andrew Card, in an MSNBC interview. Card, White House chief of staff to the second President Bush, also served in the administrations of Ronald Reagan and George H.W. Bush.

And: Trump’s tweets ‘speak for themselves’ as he holds media off for now

FDR delivered his first radio address on March 12, 1933, in the middle of the crisis of confidence over the U.S. banking system. The intent? Reassure the public as if the president had stopped by personally. It was only after the broadcast’s relative success that they eventually earned the “fireside chat” familiarity. Trump’s tweets are the president-elect’s way to get closer to Americans, too, said Card.

And that’s not without risk. Trump’s words represent “empathy” but don’t always reflect “judgment,” said Card.

There have been, of course, other media firsts for the executive office. President Dwight Eisenhower created the White House TV studio, according to NPR. It was Reagan, the former actor, who first went prime time and live on network television to enter American homes.

Presidents have taken liberties with format in other ways, too. Barack Obama, whose White House was no stranger to social media, squeezed in “Between Two Ferns” alongside comedian Zach Galifianakis to promote the contentious Affordable Care Act.

Voir enfin:

“I love the poorly educated”—Read Donald Trump’s full Nevada victory speech

Quartz

February 24, 2016

Oh boy. We love Nevada. We love Nevada. Thank you. Thank you. Oh this is a great place. Thank you very much. Great evening. We will be celebrating for a long time tonight. Have a good time. Have a good time.

You know we weren’t expecting—a couple of months ago, we weren’t expecting to win this one, you know that, right? We weren’t. Of course if you listen to the pundits, we weren’t expected to win too much, and now we’re winning, winning, winning the country. And soon the country’s going to start winning, winning, winning. So I want to thank the volunteers. They’ve been unbelievable. These people, they work like endlessly, endlessly. We’re not going to forget it. And we’ve had some great numbers coming out of Texas, and amazing numbers coming out of Tennessee and Georgia and Arkansas and then in a couple of weeks later Florida. We love Florida so. We’re going to do very well in Ohio. We’re beating the governor. It’s always nice to be beating the governor. And Michigan—the whole thing. It’s going to be an amazing two months.

We might not even need the two months, folks, to be honest. So tonight we had 45 to 46%, and tomorrow you’d hear them say, you know, if they could just take the other candidates and add them up, and if you could add them up because you know the other candidates amount to 55%. So if they could—they keep forgetting that when people drop out, we’re going to get a lot of votes. You know they keep forgetting.

So I want to begin by thanking my boys, Eric has been all over the place making speeches. He’s getting better than me so I’m a little jealous. And Don went to _____, you were all over, right?

He loves the rifle stuff. This is serious rifle. This is serious NRA, both of them, both of them. We love the Second Amendment folks. Nobody loves it more than us, so just remember that.

And Corey and Hope, the staff, the whole group, and Charles and Dan and what a group we have. I want to just thank a couple of friends of mine that are here, the owner of this incredible hotel, Mr. and Mrs. Phil Ruffin, stand up. Great guy. Phil said, “Donald,”—like for the last three months he’s driving me crazy, he said—”Donald, I want to put $10 million into your campaign.” I said, “Phil I don’t want your money. I don’t want to do it. I’m self funding.” Every time I see him. It’s hard for me to turn down money because that’s what I’ve done in my whole life. I grab and grab and grab. You know I get greedy. I want money, money.

I’ll tell you what we’re going to do, right? We get greedy, right? Now we’re going to get greedy for the United States. We’re going to grab and grab and grab. We’re going to bring in so much money and so much everything. We’re going to make America great again, folks, I’m telling you folks, we’re going to make America great again.

And another great friend of mine, someone respected by everybody, a great friend of Phil too—Mr. and Mrs. Steve Wynn. Stand up, Steve. Stand up. Two great people. Steve is always calling. He’s always got advice, right Steve? “Donald I think you should do this and that.” His advice I like to listen to, I’ll be honest. So Phil and Steve and families, we appreciate it. You’ve been great friends. Thank you, thank you.

So this was very exciting tonight. But I’ll tell you it looks like we won by a lot evangelicals. I love evangelicals, and I have to tell you pastor [Robert] Jeffress has been so incredible on television and elsewhere. He has been great. And as you know Liberty University—do we love Liberty University? Huh? Jerry Falwell Jr., an unbelievable guy, and he has been with us and with us from the beginning, and I want to thank Jerry and his family. It’s been amazing, the relationship. So we won the evangelicals.

We won with young. We won with old. We won with highly educated. We won with poorly educated. I love the poorly educated. We’re the smartest people, we’re the most loyal people, and you know what I’m happy about? Because I’ve been saying it for a long time. 46% were the Hispanics—46%, No. 1 one with Hispanics. I’m really happy about that.

So I’m very proud of you, this is an amazing night. I love the country, I love the country. We’re going in the wrong direction. We’re going to keep—as you know Gitmo, we’re keeping that open, and we’re going to load it up with bad dudes. We’re going to load it up w a lot of bad dudes out there. We’re going to have our borders nice and strong. We’re going to build the wall, you know that. We’re going to build the wall. And I have a lot of respect from Mexico, and you just heard we won Hispanics. But let me tell you Mexico is going to pay for the wall, right? It’s going to happen. It’s going to happen. They know it. I know it. We all know it.

We have a tremendous deficit. We have a trade deficit with Mexico. They’ll pay for the wall. They’ll be very happy about it. Believe me. I’ll talk to them. They’re going to be very, very thrilled. They’re going to be thrilled to be paying for the wall.

We’re going to be the smart people. We’re not going to be the people that get pushed around all over the place. We’re going to be the smart people. You’re going to be proud of your president, and you’re going to be even prouder of your country, OK?

Voir par ailleurs:

Emmanuel Todd : « C’est un pays en cours de stabilisation morale qui vient d’élire Trump »

 

Le Comptoir : Le 8 novembre 2016, Donald Trump remportait à la surprise générale l’élection présidentielle américaine. Comme lors du référendum sur le Brexit en juin de la même année, ou du rejet français du Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) en mai 2005, les élites politico-médiatiques n’avaient rien vu venir. Pourquoi, à chaque scrutin, les élites semblent-elles de plus en plus déconnectées des électeurs ?

Emmanuel Todd : Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie. C’est un phénomène universel et pour moi, c’est la vraie raison. Il y a des décalages. L’arrivée à maturité de ce groupe social se réalise dès 1965 aux États-Unis. En France, nous avons trente ans de retard et ça s’effectue en 1995. Les gens des diverses strates éducatives ne se connaissent plus. Ceux d’en haut vivent sans le savoir dans un ghetto culturel. Dans le cas d’un pays comme la France, nous avons par exemple l’apparition d’un cinéma intimiste, avec des préoccupations bourgeoises déconnectées des cruautés de la globalisation économique. Il y a des choses très bien dans cette culture d’en haut. L’écologie, les festivals de musique classique ou branchée, les expositions de peinture impressionniste ou expressionniste, le mariage pour tous : toutes ces choses sont bonnes. Mais il y a des personnes avec des préoccupations autres, qui souhaitent juste survivre économiquement et qui n’ont pas fait d’études supérieures. C’est en tout cas ce que j’écris dans mes livres, je ne vais pas changer d’avis soudainement.

Une analyse qui rejoint en partie celle de Christopher Lasch en 1994, dans La révolte des élites et la trahison de la démocratie (The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy)…

Ben écoutez, La révolte des élites, je l’ai là [il attrape un exemplaire de The Revolt of the Elites posé sur sa table]. Oui, peut-être. Honnêtement, j’avais publié le bouquin de Lasch sur le narcissisme [La culture du narcissisme, NDLR] quand j’étais jeune éditeur chez Laffont. J’avais été très attentif à ce livre, dont j’avais revu la traduction. Mais je ne suis même plus sûr d’avoir lu La révolte des élites. C’est ça, l’âge. [Rires] Mais je sais de quoi il s’agit, c’est vrai que c’est à peu près ça. Par contre, je diverge de Lasch et de gens qui dénoncent les élites pour supposer des qualités spéciales au peuple. Je l’ai cru à une époque, mais je n’en suis plus là. Les élites trahissent le peuple, c’est certain. J’estime même de plus en plus qu’il y a au sein des élites des phénomènes de stupidité induits par le conformisme interne du groupe, une autodestruction intellectuelle collective. Mais je ne pense plus que le peuple soit intrinsèquement meilleur. L’idée selon laquelle, parce qu’il est moins éduqué ou moins bien loti, le peuple serait moralement supérieur est idiote, c’est une entorse subtile au principe d’égalité. Adhérer pleinement au principe d’égalité, c’est être capable de critiquer simultanément élites et peuple. Et c’est très important dans le contexte actuel. Cela permet d’échapper au piège d’une opposition facile entre un populo xénophobe qui vote Le Pen et les crétins diplômés qui nous ont fabriqué l’euro. C’est toute la société française qu’on doit condamner dans sa médiocrité intellectuelle et morale.

En 2008, alors que presque toute la gauche se félicitait de l’élection d’un Noir à la Maison-Blanche, vous étiez l’un des rares à émettre des doutes sur ce symbole. Selon vous, Barack Obama n’avait pas de programme économique. La percée inattendue de Bernie Sanders à la primaire démocrate et la victoire de Trump sont-elles les symptômes de l’échec d’Obama ?

Je crois que c’est le symptôme d’un changement d’humeur de la société américaine dans son cœur, qui est un cœur blanc puisque la démocratie américaine est à l’origine blanche. Depuis longtemps, je suis convaincu que parce que les Anglo-Saxons ne sont au départ pas très à l’aise avec la notion d’égalité, le sentiment démocratique aux États-Unis est très associé à l’exclusion des Indiens et des Noirs. Il y a quand même 72 % du corps électoral qui est blanc. Obama a mené une politique de sauvetage de l’économie américaine tout à fait estimable dans la grande crise de 2007-2008, mais il n’a pas remis en question les fondamentaux du consensus de Washington : le libre-échange, la liberté de circulation du capital et donc les mécanismes qui ont assuré la dégradation des conditions de vie et la sécurité des classes moyennes et des milieux populaires américains. Dans les années 1950, la classe moyenne comprenait la classe ouvrière aux États-Unis. Les ouvriers ont été  “reprolétarisés” par la globalisation et les classes moyennes ont été mises en danger. Il y a eu, en 2016, une sorte de révolte.

Le premier élément qui m’a intéressé – et c’était normal puisque dans L’illusion économique (1997) je dénonçais le libre-échange –, c’est la remise en question du libre-échange, qui était commune à Trump et Sanders. C’est parce que le protectionnisme est commun aux deux que nous pouvons affirmer être face à une évolution de fond de la société américaine. C’est vrai que le phénomène Trump est incroyable : le type fout en l’air le Parti républicain pendant la primaire et fout en l’air les Démocrates ensuite. Mais jusqu’au bout, et des vidéos le prouvent, j’ai cru que c’était possible, parce que j’étais tombé sur des études démographiques largement diffusées. Je ne sais plus si je les avais vues mentionnées dans le New York Times, dans le Washington Post, ou dans les deux. Elles révèlent que la mortalité des Blancs de 45-54 ans a augmenté aux États-Unis entre 1999 et 2013. Pour les Américains, le débat sur les merveilles du libre-échange est clos. Ils ont compris. Il faut partir de l’électorat et pas de Trump. L’électorat est en révolte et les États-Unis ont une tradition démocratique plus solide que la nôtre, à la réserve près qu’il s’agit d’une démocratie blanche.

Beaucoup de commentateurs ont vu dans l’élection du milliardaire Trump une victoire des classes populaires. Or, encore une fois, celles-ci se sont majoritairement abstenues. En outre, 58 % des Blancs ont voté Trump, contre 37 % pour Clinton. Réciproquement, 74 % des non-Blancs ont préféré la candidate démocrate. L’élection de Trump ne reflète-t-elle pas le retour de la question ethnique dans une Amérique qui s’est crue post-raciale après l’élection d’Obama ?

2/2/2006 -- Washington, D.C. -- TD Greatest Hits 06 - Sen. Barack Obama , D-IL. Photo by Tim Dillon, USA TODAY staff ORG XMIT: TD 28458 2/2/2006 (Via MerlinFTP Drop) ORG XMIT: Q1P-0602021859377871 (Via MerlinFTP Drop)Non, je ne le pense pas. Bien entendu, la question raciale reste lancinante. D’abord, il faut savoir que la situation des Noirs, toujours ghettoïsés, et celle des Hispaniques, pauvres mais en voie d’assimilation, n’est pas du tout la même, même si le Parti démocrate a un discours de ciblage général des minorités. Comme aux précédentes élections, les Noirs ont voté très majoritairement pour la candidate démocrate (89%), mais avec un taux d’abstention plus élevé, parce que les Clinton sont assez ambivalents dans leurs rapports à la question, contrairement à Obama. Toute la politique américaine, depuis Nixon – et ça a culminé avec Reagan –, a été marquée par un Parti républicain qui a fait fortune en devenant un parti blanc, résistant aux mesures de déségrégation et à l’affirmative action (discrimination positive). Les Républicains ont inventé la technique du dog-whistle, c’est-à-dire du “sifflet à chien”, qui agit sans qu’on l’entende. Un langage codé permet de bien faire comprendre à l’électorat blanc qu’il faut détruire le welfare (les aides sociales), censé n’aller qu’aux Noirs. C’est ce qui a permis au Parti républicain de mener une politique économique absolument défavorable à son propre électorat, c’est-à-dire de diminuer les impôts des riches et de continuer à foutre en l’air la classe ouvrière blanche par le libre-échange. Trump est à l’opposé du dog-whistle. Il avait un double discours : d’un côté, un discours xénophobe tourné contre le Mexique – et pas contre les Noirs, qui sont sur le territoire américain – et de l’autre, des thématiques économiques quasi-marxistes. Pour moi, Trump est le contraire du racialisme républicain traditionnel. Il a mené le débat sur le terrain économique, face à des Démocrates qui activaient inlassablement, sur le mode de la bien-pensance, la question raciale, en se présentant comme les défenseurs des Noirs et en expliquant que si on appartenait à tel groupe, on devait voter de telle manière. Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales.

Justement, vous semblez voir, dans l’élection de Donald Trump, l’amorce d’une sortie de la séquence néolibérale qui avait été marquée par l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan au début des années 1980. La dénonciation du libre-échange ou la volonté de rétablir le Glass-Steagall Act – aboli par l’administration Clinton – qui séparait les banques de dépôt des banques d’affaires sont effectivement en rupture avec le discours tenu à la fois par les Républicains et les Démocrates. Les premières mesures de dérégulation financière annoncées dès le lendemain de son élection, comme l’abolition de la loi Dodd-Frank – régulation timide des marchés financiers introduite sous Obama – ne sont-elles pas plutôt le signe que ce discours protectionniste et régulateur n’était qu’une façade et que le consensus de Washington continue de faire loi ?

Le problème, c’est qu’en France, nous sommes confrontés à une méconnaissance de ce qu’est le protectionnisme. C’est un certain type de régulation par l’État, mais ce n’est surtout pas une technique de régulation hostile au marché. C’est la fixation d’une limite autour d’un marché, qui doit rester capitaliste et libéral. Dans la théorie classique du protectionnisme, il n’y a pas de contradiction entre le fait de prendre des mesures de libéralisation en interne et le fait de protéger en externe. En formalisant, nous pourrions dire qu’il y a deux forces qui s’opposent aux États-Unis : un parti national et un parti globaliste. Nous pourrions dire que le parti national se caractérise par une protection aux frontières – des biens, de la circulation des personnes, le tout avec une bonne base xénophobe – mais qui n’est pas hostile au marché et qui a pour seul but de relancer un capitalisme interne qui fabrique des biens. En gros, il explique que les entreprises peuvent se faire de l’argent autrement. En face, il y a le parti globaliste qui va laisser les frontières ouvertes, en expliquant que cela va fonctionner même si la théorie économique explique que cela va générer des dégâts et des inégalités, le tout devant être compensé par de la redistribution et du welfare. J’ai obtenu la réédition de l’ouvrage classique de l’économiste Friedrich List sur le protectionnisme [Système national d’économie politique, Gallimard, 1998, NDLR], que j’ai préfacée en expliquant bien que le protectionnisme n’était qu’une branche du libéralisme. Marx détestait List. Je me suis retrouvé dans des émissions de radio face à des incultes qui me répliquaient : « Vous voulez transformer la France en Corée du Nord ? » Ce sont des ignorants qui pensent qu’en économie, le protectionnisme est une branche de l’étatisme. Évidemment, ici, je fais comme si Trump et son équipe avaient une conscience parfaite de ce qu’ils font, ce qui n’est pas le cas. J’évoque l’idéal-type wébérien du libéralisme protectionniste.

Vous expliquez donc que Trump est le promoteur d’un capitalisme national qui va relancer la production de biens. Mais pour le moment, il a surtout annoncé des mesures de dérégulation de la finance et a manifesté son envie de revenir sur les maigres mesures de régulation de l’administration Obama !

Mais ce n’est pas cela qui est important.

La financiarisation de l’économie a généralement nui au capitalisme productif que vous défendez…

Mais l’important, c’est la protection contre l’arrivée de marchandises fabriquées par des gens sous-payés. Une économie qui se protège avec des barrières tarifaires à 30-40 % – c’est une tradition américaine, c’était ainsi avant la guerre de 1914, si mes souvenirs sont exacts –, c’est une économie qui, même si toutes les règles internes deviennent plus libérales, est soumise à des contraintes différentes. C’est une économie où les ouvriers et les ingénieurs vont redevenir nécessaires ! Alors il y aura toujours des gens – c’est le principe du capitalisme – qui voudront se faire de l’argent. Il faudra seulement qu’ils le fassent autrement. Si nous nous en tenons à une approche marxiste, et souhaitons combattre les puissances d’argent, éventuellement abolir le Capital, nous restons à côté du problème. La question, c’est de savoir s’il existe une technique qui permet que des gens s’enrichissent et que cela profite à tout le monde dans l’espace national.

Vous avez longtemps soutenu que l’acceptation par le monde anglo-saxon de la globalisation et de la montée des inégalités qui en découle renvoyait à la structure familiale de type nucléaire et individualiste, indifférente à la valeur d’égalité. Le Brexit et l’élection de Trump ne sont-ils pas, au contraire, la preuve que l’action des peuples peut échapper, du moins dans certaines limites, aux déterminations anthropologiques ?

Je suis dans un manuscrit où je suis en train de traiter justement cette question. Pour moi, c’est la vraie question. Jusqu’à présent, j’étais résigné à l’enfermement de “l’anglosphère” dans son néo-libéralisme par son indifférence à l’égalité. Dans l’ensemble, mon modèle anthropologique ne fonctionne pas mal. L’idée d’un communisme fabriqué par une famille communautaire, égalitaire et autoritaire explique très bien l’histoire russe. La famille nucléaire absolue explique très bien le modèle libéral anglo-saxon, ainsi que le développement du capitalisme. Le fait que les gens ne sont pas très sensibles aux États-Unis ou en Angleterre à l’idéal d’égalité explique pourquoi le capitalisme y fonctionne de manière bien huilée et pourquoi les individus ne sont pas choqués quand certains font du profit. Mais entre 2000 et 2015, nous avons atteint la limite du modèle. Et bien sûr, les peuples peuvent transcender leur détermination anthropologique, mais à un certain niveau de souffrance seulement. C’est pour cela que la hausse de la mortalité a été un avertisseur qui m’a permis d’échapper à mon propre modèle. Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. Mais c’est finalement la même chose qui s’est passée avec la chute du communisme.

Ce que vous écriviez dans La chute finale (1976)…

Mon modèle anthropologique dit que les traditions communautaires russes expliquent très bien l’invention du communisme. Mais de même que le libéralisme a emmené la société américaine à un niveau de souffrance exagéré, qui a provoqué la révolte de 2016, le communisme avait atteint vers 1975 un niveau d’absurdité tel, avec une hausse de la mortalité infantile, qu’il s’est effondré en 1990. Par contre, ce que nous dit déjà l’existence ultérieure de la Russie, c’est que l’atteinte de ce point de rupture peut amener une modification du système économique, mais ne fait pas sortir définitivement la population de sa culture. Je pense qu’il y a une démocratie en Russie. Les Russes votent à 80 % pour Poutine. C’est une forme de démocratie autoritaire. Mais le fonctionnement de la société garde beaucoup des traditions communautaires d’autrefois. Le système américain tente de se réformer, mais il va garder ses traits libéraux et non égalitaires fondamentaux. D’ailleurs, quand je décrivais un protectionnisme qui laisse fonctionner le capitalisme en interne, c’est exactement cela que j’évoquais.

En 1981, vous introduisiez Christopher Lasch en France, en faisant traduire La culture du narcissisme (sous le titre Le Complexe de Narcisse). L’intellectuel américain y analysait la destruction de la structure familiale américaine et ses conséquences néfastes. Les élections que nous venons de vivre s’inscrivent-elles dans la séquence décrite par Lasch ?

inrocksNon, elles ne sont plus en décomposition justement. Les États-Unis ont traversé une phase d’instabilité et de crise culturelle à partir des années 1960 : montée du divorce, enfants hors mariage, etc. Ce sont quand même les Américains qui ont inventé la pilule. Cette phase de crise a entraîné une montée spectaculaire du taux d’homicide. Mais si nous reprenons tous ces paramètres – ce que je ne ferai pas maintenant – depuis 1995, il est clair qu’en termes de mœurs, les États-Unis sont dans une phase de restabilisation. Dans ses tréfonds, la société américaine opère un retour à l’équilibre. Si nous lisons la presse française – regardez, j’ai même acheté Les Inrocks (il l’attrape) –, nous sommes affolés par Trump. Le subliminal de « Trump est fou », c’est que c’est pour nous que l’Amérique est folle. Pure illusion : l’Amérique de 2016 est rationnelle et raisonnable. J’ai affirmé dans un premier temps qu’il existe une rationalité économique au vote Trump. Votre question me conduit à ajouter qu’en termes de mœurs, l’Amérique revient à l’équilibre. C’est un pays en cours de stabilisation morale, malgré sa souffrance économique, qui vient d’élire Trump.

Avec Youssef Courbage, vous avez largement déconstruit, avec l’outil démographique, la notion de “choc des civilisations” (Le Rendez-vous des civilisations). Ne craignez-vous pas que l’élection d’un Donald Trump ne la fasse revivre ?

Évidemment, le discours de Trump sur les questions identitaires est inacceptable pour quelqu’un comme moi. C’est d’ailleurs parce que ce caractère inacceptable me semble évident que je suis capable d’accepter la dimension économique de son discours. Les choses sont assez claires dans ma tête. Mais nous ne devons jamais oublier la rationalité de Trump et de son équipe, aussi bien en politique intérieure qu’en politique internationale. Un effort intellectuel est nécessaire puisque nous avons affaire à un communicant : derrière les choses horribles qu’il dit – ce qui a poussé ses adversaires à le prendre pour un fou –, il y a des calculs. Sa conquête électorale de la Rust Belt et de la Pennsylvanie, promise par Trump avant l’élection, montre bien une certaine forme de rationalité.

En politique internationale, les commentateurs évoquent cette même folie : Trump attaque la Chine, l’Allemagne, l’Union européenne (qu’il perçoit, à juste titre, comme un instrument de la puissance allemande)… Il marche à la guerre… Mais d’un point de vue protectionniste, ceci est tout à fait normal puisque la Chine et l’Allemagne sont les pays qui posent des problèmes de concurrence économique aux États-Unis. C’est bien l’Allemagne, plus que les États-Unis, qui poussait pour le fameux traité transatlantique. L’Allemagne et la Chine sont deux ardents défenseurs du libre-échange, comme l’indique la proposition absurde d’alliance libre-échangiste faite par la seconde à la première.

Je reviens à votre question sur le conflit de civilisations. Il est vrai que Trump donne des signaux forts d’hostilité à l’islam et aux musulmans. J’ai beaucoup évoqué sa rationalité, mais j’admets que son hostilité à l’Iran est un élément exagéré, discordant. Il s’agit peut-être d’une volonté de semer le trouble au sein de l’électorat américain. Revenons sur le plan des principes généraux : en réalité, le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. Cela devrait finir par concerner l’islam aussi, et pourrait finalement conduire à une “désuniversalisation” de la question musulmane. Le retour au national ne suppose pas une rupture avec l’idée de puissance, mais suppose une politique différenciée qui cesse d’être généralisatrice. Je peux me tromper mais il me semble que les axes fondamentaux de la politique de Trump ne comprennent pas cet universalisme généralisateur qui désignerait un ennemi universel qui serait l’islam. Je reconnais que certains aspects de sa politique sont, au stade actuel, insupportables, et je suis ravi de l’action des contre-pouvoirs américains, (de ce système judiciaire qui avait posé tellement de problèmes à Roosevelt), mais je ne parierai pas sur une universalisation durable de la question de l’islam, qui contredirait le retour au national. Je ne m’étais pas vraiment posé la question mais c’est ainsi que je vois les choses pour l’instant : Trump ne peut pas être à la fois universalisant et “désuniversalisant”. Ce sont les partisans de la globalisation qui ont tendance à universaliser tous les problèmes, et donc celui de l’islam. Le retour à l’égoïsme national a ses qualités.


Présidentielle 2017: Attention, un Trump peut en cacher un autre (Gazing through the wrong end of the telescope: Europe’s future is still being decided in Washington)

16 mars, 2017
Emmanuel Macron et François Hollande à Paris, le 24 mai 2016.https://i1.wp.com/img.20mn.fr/rJaLiuaXS5K8DPSyyjfPPg/648x415_deja-195-elus-socialistes-rallies-emmanuel-macron.jpgImage may contain: textNo automatic alt text available.No automatic alt text available.Emmanuel Macron, c’est moi! François Hollande
Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
L’urgence est de libérer notre force économique qui étouffe sous les normes et les charges. Cette libération sera le tremplin de l’emploi. (…) C’est un changement de culture que je propose, qui allie fermeté et justice : le respect des forces de sécurité, concentrées sur leurs missions et déchargées de la bureaucratie ; la fin du laxisme et de l’excuse pénale pour que chacun assume la responsabilité de ses actes ; la lutte sans pitié contre le totalitarisme islamique. (…) La France unie commande de limiter l’immigration à son strict minimum afin que nos capacités d’intégration ne soient plus débordées. Il faut retrouver la fierté nationale. La France doit raffermir son identité et rayonner au-delà de ses frontières. Nous avons trop souvent douté de nous-mêmes alors que peu de nations sont assises sur un socle aussi riche et aussi ancien que le nôtre. Le relativisme culturel et la culpabilisation ont réussi à insinuer le doute sur nos valeurs et sur notre histoire. Nous devons au contraire être une nation rassemblée et sûre d’elle-même. Il ne faut rien renier de notre héritage et de nos racines. Nous sommes un pays avec une histoire, avec des traditions, avec une culture française. François Fillon
Dans la future majorité autour de Macron, Hollande jouera évidemment un rôle important. Jean-Pierre Mignard
Le changement – de visage – c’est maintenant ! », est suivi du sous-titre : « Et si Macron était le vrai successeur de la gauche de François Hollande ? Socialistes avec Macron
Le 29 janvier, environ 58% des plus de 2 millions d’électeurs qui ont pris part au scrutin ont désigné un socialiste comme candidat à l’élection présidentielle prochaine. (…) Et vous choisissez non seulement de ne pas soutenir sa candidature, mais encore de faire campagne pour un autre qui a refusé de se soumettre au suffrage des militants et de nos électeurs. (…)  Nous ne comprenons pas que vous ne respectiez pas le choix des militants et des électeurs ayant accepté de prendre part au vote de désignation de notre candidat.  Sylvie Levesque (militante PS)
Interrogé par L’Opinion, le hollando-macroniste Jean-Pierre Mignard a affirmé que le chef de l’État «jouera évidemment un rôle important dans la future majorité». Il a immédiatement été recadré par Benjamin Griveaux, le porte-parole d’En Marche !. Le très porteur «ni droite ni gauche» a-t-il du plomb dans l’aile? À l’heure où Emmanuel Macron apparaît comme le grand favori de l’élection présidentielle, nombre de ses adversaires tentent de le discréditer en le faisant apparaître comme «l’hologramme de François Hollande en plus jeune». Un héritage dont le leader d’En Marche! tente tant bien que mal de se défaire, assurant qu’il n’est «pas un élément de continuité» du hollandisme… Mais qui lui colle à la peau malgré tous ses efforts. Car en plus d’être alimentée par les contacts qu’il entretient avec de très nombreux ministres – actuels ou passés – du quinquennat, cette proximité entre le chef de l’État et son ancien protégé est nourrie par plusieurs de leurs proches, qui se répandent dans la presse pour s’en féliciter. C’est notamment le cas de l’avocat hollando-macroniste Jean-Pierre Mignard, qui a déclaré ce mercredi dans L’Opinion: «Dans la future majorité autour de Macron, Hollande jouera évidemment un rôle important». Le Figaro
It’s the presidential election in France next month that Americans really should be watching. With the coming and going of candidates and near-candidates, the French race has suddenly shaken out in a remarkably auspicious way. In the confrontation between Emmanuel Macron and Marine Le Pen, we basically have a confrontation of the two sides of Trumpism: pro-growth Donald Trump versus protectionist Donald Trump. While it remains uncertain which way the actual Mr. Trump will jump (or tumble) along this fundamental fault line in his administration, just possibly the French outcome could be more immediately decisive for the U.S. than for France. Mr. Trump himself likes to associate with whatever side is winning. He practically took credit for Brexit last spring. He occasionally likes to see himself as the progenitor of a global swing toward economic nationalism. If Mr. Macron, with his pro-euro, pro-reform, pro-openness policies, squashes Ms. Le Pen, with her National Front agenda of Frexit, it would amount to a psychological blow against the protectionist duo Steve Bannon and Peter Navarro. (…) Thus, more than any foreign election in a long time, the French presidential race lands at what might be a crucial moment in the internal White House debate over the future of trade and economic policy. Turned on its head here is much feverish reporting that suggests Europe’s future instead is being decided in Washington. It’s not. A Politico cover story, running at 5,000 words, claims that the European togetherness project is at the mercy of the Trump White House. “Europeans are starting to worry that Steve Bannon has the EU in his cross hairs,” the report says. Talk about gazing through the wrong end of the telescope. (…) OK, a metamorphosis into adulthood is unlikely to happen. It would require a Thatcherite, even Milton Friedmanesque, revolution in how Europeans run their domestic economies. (…) Europeans have long sold themselves a bill of goods. They tell themselves that the European Union and euro somehow have been the creators and keepers of the peace after World War II. Such flummery is irresistible for those trying to hold the rickety structure together but it has always been nonsense. It was the East-West divide, the NATO alliance and, more fundamentally, the invention of nuclear weapons that imposed peace on Europe. A Le Pen victory is deemed unlikely by pollsters, for whatever that’s worth. A decisive Le Pen defeat, however, might be the truly consequential outcome if it arrives in time to tilt the White House debate against the Bannonites in favor of the Goldmanites. That is, against an anti-internationalism that reflects a passing if understandable neuralgia, in favor of a grown-up view of our problems. Western electorates naturally resist an inconvenient truth. Foreigners are not the cause of their problems. Those problems have a lot more to do with the natural limits of the regulatory and welfare states that we in the West have let blossom over the past 70 years. Holman W. Jenkins jr.

Attention: un petit bout de la lorgnette peut en cacher un autre !

François Bayrou, Delanoë, Jacques Attali, Robert Hue, Patrick Braouzec …

A l’heure où derrière les costumes de Fillon mais pas les robes de luxe de Brigitte …

Et avec déjà plus de 400 élus socialistes, cinq communistes et dix écologistes au compteur

Commence à pointer l’évidence qu’avait si bien décrite la fameuse formule bovarienne de François Hollande pour son ancien protégé et ministre de l’économie et des finances …

Et qu’assassinat juridico-médiatique de François Fillon oblige,  nos médias nationaux comme internationaux ne se disputent plus désormais que sur l’ampleur de la victoire de Macron …

Pendant qu’entre l’activisme combiné des juges, des services secrets ou des médias et le politiquement correct des campus, la voix du peuple et de la liberté semble toujours menacée aux Etats-Unis …

Comment ne pas voir l’ironie …

D’un Wall Street Journal moquant chez ses confrères la dénonciation de la menace que serait censé représenter Trump pour la cohésion de l’Europe …

Alors qu’obnubilé par la seule question du protectionnisme économique et oubliant le fiasco de novembre dernier de l’ensemble de leur profession, il ne voit pas lui-même le rôle que pourrait bien jouer aussi en Europe …, il ne voit pas lui-même le rôle que pourrait bien jouer aussi en Europe …

La menace de dilution culturelle qui avait tant contribué à la victoire que personne n’attendait de Trump aux Etats-Unis …

Et qui, après les coups de semonce  autrichien ou néerlandais et peut-être bientôt allemand, pourrait bien justement au dernier moment …

Faire celle du seul candidat, à la fois réformateur économiquement et ferme culturellement, de la véritable alternance en France ?

Two Trumps on the French Ballot
How France might influence the White House’s own debate of protection vs. growth.
Holman W. Jenkins jr.
The Wall Street Journal

March 14, 2017

Delayed by a blizzard, Angela Merkel arrives this week in Washington, an emissary of a worried Europe. But it’s the presidential election in France next month that Americans really should be watching.

With the coming and going of candidates and near-candidates, the French race has suddenly shaken out in a remarkably auspicious way. In the confrontation between Emmanuel Macron and Marine Le Pen, we basically have a confrontation of the two sides of Trumpism: pro-growth Donald Trump versus protectionist Donald Trump.

While it remains uncertain which way the actual Mr. Trump will jump (or tumble) along this fundamental fault line in his administration, just possibly the French outcome could be more immediately decisive for the U.S. than for France.

Mr. Trump himself likes to associate with whatever side is winning. He practically took credit for Brexit last spring. He occasionally likes to see himself as the progenitor of a global swing toward economic nationalism. If Mr. Macron, with his pro-euro, pro-reform, pro-openness policies, squashes Ms. Le Pen, with her National Front agenda of Frexit, it would amount to a psychological blow against the protectionist duo Steve Bannon and Peter Navarro.

If not Mr. Bannon’s banishment, it might at least result in Mr. Trump doubting whether the disheveled one really inhabits the global zeitgeist.

Wall Street likes pro-growth Trump. It doesn’t like protectionist Trump. And as multiple reports tell us, the White House is riven by a “civil war,” with the internationalists, led by Goldman Sachs alums Gary Cohn and Steven Mnuchin, lately gaining influence with everybody except Mr. Trump himself.

Mr. Trump is not a man of deeply held ideological convictions, even on trade, about which he has ranted for 30 years. He’s a deal maker, an opportunist (in the nondefamatory sense), a man who understands the flow of events and works within it. And it matters in this case, because a president has powers over trade that Congress and the courts are not necessarily well-positioned to counter.

Thus, more than any foreign election in a long time, the French presidential race lands at what might be a crucial moment in the internal White House debate over the future of trade and economic policy.

Turned on its head here is much feverish reporting that suggests Europe’s future instead is being decided in Washington. It’s not.

A Politico cover story, running at 5,000 words, claims that the European togetherness project is at the mercy of the Trump White House. “Europeans are starting to worry that Steve Bannon has the EU in his cross hairs,” the report says.

Talk about gazing through the wrong end of the telescope. Mr. Bannon is a nationalist opponent of globalization, all right. But if Europeans think he’s their major problem, consider it a symptom of their real trouble. The EU’s problems are massive and self-made, beginning with its inability to reconcile the euro with a crying need for economic growth.

No, the European Union need not fail. It can survive as a common organization of European states, serving the interests of its members without imposing so much regulatory overreach from Brussels.

The euro itself can survive without the politically impractical, and likely impossible, dream of member states ceding control of taxes and spending to Brussels-based Eurocrats. To survive, the eurozone would only have to become a currency zone in which members fully and truly accept the discipline of the markets over their borrowing, including the possibility of national default.

OK, a metamorphosis into adulthood is unlikely to happen. It would require a Thatcherite, even Milton Friedmanesque, revolution in how Europeans run their domestic economies. But the end of the euro in its present form would only be a bow to reality, strengthening the EU by helping prosperity to return to its weaker members.

Europeans have long sold themselves a bill of goods. They tell themselves that the European Union and euro somehow have been the creators and keepers of the peace after World War II.

Such flummery is irresistible for those trying to hold the rickety structure together but it has always been nonsense. It was the East-West divide, the NATO alliance and, more fundamentally, the invention of nuclear weapons that imposed peace on Europe.

A Le Pen victory is deemed unlikely by pollsters, for whatever that’s worth. A decisive Le Pen defeat, however, might be the truly consequential outcome if it arrives in time to tilt the White House debate against the Bannonites in favor of the Goldmanites. That is, against an anti-internationalism that reflects a passing if understandable neuralgia, in favor of a grown-up view of our problems.

Western electorates naturally resist an inconvenient truth. Foreigners are not the cause of their problems. Those problems have a lot more to do with the natural limits of the regulatory and welfare states that we in the West have let blossom over the past 70 years.

Recomposition

Jean-Pierre Mignard: «Dans la future majorité autour de Macron, Hollande jouera évidemment un rôle important »

« Ce n’est pas l’économie qui est en crise mais le système politique. Quand la crise politique sera résolue, la France repartira », estime Jean-Pierre Mignard, qui retrace la longue tentative d’une partie du PS de se rapprocher du centre. L’avocat, soutien d’Emmanuel Macron, explique qu’au lendemain de la présidentielle, le chantier sera la construction d’« un grand parti démocrate et progressiste »

Jean-Pierre Mignard est avocat et… franc tireur politique. Après avoir été membre de la direction du PSU, il rejoint le Parti socialiste en 1984. Avec François Hollande, auquel le lie une profonde amitié, il fonde les « transcourants » au sein du PS, puis les clubs Témoin, derrière Jacques Delors. En décembre 2016, il quitte le PS et rejoint le mouvement d’Emmanuel Macron En Marche !.

Le renouveau politique souhaité par Emmanuel Macron est-il le signe d’une crise profonde du système ?

Le système politique français à bout de souffle. La Ve République s’est construite en 1958 sur une menace de coup d’État. Il ne faut pas oublier que les parlementaires s’étaient réfugiés à l’Assemblée nationale et que l’on racontait que des listes étaient dressées. Le Général de Gaulle n’est pas un dictateur mais un républicain d’ordre. Il installe au départ une majorité qui ressemblera un peu à ce que devra faire Emmanuel Macron. C’est-à-dire qu’il labellise une majorité présidentielle, au sein de laquelle il y a le parti qu’il a créé, l’UNR, le MRP, la démocratie chrétienne, mais aussi la SFIO, dont la grande majorité des socialistes, derrière Guy Mollet, vont participer au gouvernement du Général de Gaulle jusqu’en 1960.

Mais l’objectif du Général de Gaulle n’était-il pas au contraire d’en finir avec des majorités fluctuantes et ponctuelles ?

L’objectif premier du Général, c’est de casser les centres. Sous la Ve République, le scrutin uninominal et les ralliements que cela suppose entre les deux tours vont interdire aux centristes d’exister. Les centristes étaient dominants sous la IVe République, un système politique très décrié mais qui a produit beaucoup de choses : la Communauté européenne du charbon et de l’acier, le marché commun, le Conseil de l’Europe, la politique industrielle, le redressement économique, l’utilisation à bon escient des fonds du plan Marshall. De Gaulle estime qu’il faut des majorités claires, qu’elles ne peuvent provenir d’accords parlementaires qu’il voyait comme des combinaisons de partis. Le système politique binaire, bi partisan, induit par le mode de scrutin, provoque une partition du pays. Mais aujourd’hui, nonobstant l’esprit de la Ve République et le mode de scrutin, nous retrouvons une situation qui n’est pas loin de 1958. L’extrême droite était alors menaçante, elle est de nouveau aux portes du pouvoir, avec les mêmes ou les enfants des mêmes. L’échec du système est là.

Les primaires ne sont-elles pas le signe d’un sursaut démocratique ?

Le système est tellement à bout de souffle que les partis ne sont même plus capables de faire la démonstration de leur probité à l’intérieur de leur propre rang. On l’a vu pour le PS en 2008 lors du Congrès de Reims ou pour la présidence de l’UMP à l’automne 2012. D’où le système des primaires qui sont les seuls cataplasmes démocratiques que ces deux partis ont trouvés compte tenu de leur division interne pour fonctionner. Au PS, Manuel Valls a raison, il y a bien deux gauches irréconciliables. LR est divisé de son côté entre Alain Juppé et François Fillon. Quand je vois les caricatures odieuses contre Emmanuel Macron, je me rappelle la campagne « Ali Juppé ». Ce n’est pas un hasard. Il y a déjà dans les rangs de ce parti pourtant républicain de dénomination et qui en appelle aux mannes du Général, ce qui est un comble, des éléments tout droit issus de la pensée de Charles Maurras.

C’est trop tardif, mal fait, bricolé mais c’est Ségolène Royal qui installe l’idée qu’un centriste peut travailler avec un socialiste à la tête de l’exécutif

En 2007, Ségolène Royal fut la première socialiste à tenter de se rapprocher de François Bayrou…

La grande transgressive, c’est Ségolène Royal. Sans avoir construit sur le plan théorique ce qu’elle faisait, car c’est plus une intuitive pragmatique qu’une théoricienne, elle comprend qu’il faut sortir du cadre politique. C’est pourquoi elle commence à casser le système du PS en demandant des adhésions à 20 euros. Et surtout, après avoir été désignée comme candidate, elle a l’idée de demander à François Bayrou d’être son Premier ministre si elle était élue. C’est trop tardif, mal fait, bricolé mais c’est elle qui installe l’idée qu’un centriste peut travailler avec un socialiste à la tête de l’exécutif. En 2007, Ségolène Royal est perçue par les socialistes comme Emmanuel Macron l’est aujourd’hui. Elle n’était pas prévue, pas dans l’héritage et à l’époque si les dirigeants du PS avaient pu voter une loi salique, ils l’auraient fait. François Hollande ne soutient pas son initiative car à l’époque il reste dans l’étiage de la gauche plurielle, cette alliance qui avait pourtant fait la preuve de son échec : Lionel Jospin, un homme consciencieux, sérieux, intègre et bon Premier ministre, termine par un score lamentable. De surcroît, François Hollande est favorable à toutes les ouvertures à condition que le PS soit hégémonique au sein de la nouvelle alliance. Le PS peut ouvrir, mais à condition que les socialistes gardent les clefs. Une idée qu’Emmanuel Macron est en train de dynamiter.

Pourquoi en 2012 François Hollande n’a-t-il pas réalisé cette ouverture que vous appelez de vos vœux ?

Ne pas réaliser l’ouverture avec François Bayrou, c’est sa première erreur et sa plus grande erreur. En fait, le Président refuse de choisir car il pense qu’accepter la main tendue de François Bayrou, c’est acter une déclaration de guerre contre l’aile gauche du PS, l’extrême gauche et les Verts, qui ont appelé à voter pour lui. C’est pourquoi il prend Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre. Un homme sympathique et gentil, qui doit distribuer la somme d’antalgique nécessaire à une majorité en lien avec la direction du PS, c’est-à-dire Martine Aubry. De surcroît, alors que c’est dans son programme, François Hollande ne veut pas de la proportionnelle que demande François Bayrou. Le Président est donc contraint de mener une politique économique en contrebande. Comme la droite auparavant. Une politique sans clarté, sans explication, qui mécontente tout le monde parce que personne ne comprend de quoi il s’agit. Si François Hollande avait été plus attentif en 1988, il se serait rappelé que François Mitterrand avait dit qu’il ne souhaitait pas que la majorité soit si forte que ça. A un moment, on ne peut plus faire de modernisation économique compte tenu des alliances induites par le système. C’est pourquoi la crise française est d’abord politique. Quand on aura résolu la crise politique, le pays repartira.

Depuis 1971, le PS a changé. Peut-il accompagner la rénovation du système ?

Dans un monde de plus en plus libéral, le PS a été contraint de reculer en bon ordre. C’est la construction européenne : on transfère à l’Europe une subsidiarité, un pouvoir que nous ne sommes plus en mesure d’exercer en tant que nation seule. Mitterrand va aller très loin avec Helmut Kohl. Il fonde la grande alliance de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne. La France a vécu une grande schizophrénie. Elle a vécu au plan intérieur dans un affrontement droite-gauche, d’autant plus furieux que les marges de manœuvre des deux camps étaient faibles. Il y a la vie des socialistes en France, avec le Parti communiste, des meetings où l’on chante l’Internationale, et la vie en Europe, où l’on travaille avec les démocrates chrétiens. C’est pathologique. Mais progressivement, la gauche se divise, comme la droite, sur la question européenne. Voilà pourquoi le système est en crise. Ce n’est pas l’économie ou le social, même s’il y a d’immenses efforts à faire, qui sont en crise. C’est la politique qui tient le reste.

Avec François Hollande, dans les années quatre-vingt, vous aviez fondé au sein du PS, les « transcourants ». Était-ce la genèse du mouvement En Marche ! ?

Les transcourants avec Jean-Pierre Jouyet, Jean-Yves Le Drian et François Hollande, que j’ai présenté l’un à l’autre à l’époque, furent fondés sur le constat que l’idéologie ne fonctionne plus. Nous étions très transgressifs. Nous estimions que le cadre du travail était si rigide qu’il commençait à fabriquer du chômage. Dans un texte qui s’appelait « La gauche bouge », on imaginait même que les petits boulots pouvaient être un substitut au chômage. Nos réflexions se nouaient aussi autour du rapport Crozier, Huntington et Watanuki, qui avait fait le constat de l’épuisement de l’État providence et de la nécessité de trouver de nouvelles formes de redistribution. Plus tard, lorsque l’on préparait la candidature de Jacques Delors à l’élection présidentielle de 1995, on faisait des réunions avec Michèle Barzach, François Léotard, Patrick Devedjian ou Jean-Pierre Delalande, pour envisager comment des personnalités de la droite proeuropéenne pourraient converger avec nous. Nous étions pour des majorités de larges convergences. L’obsession de Jacques Delors était de ne pas être prisonnier de l’appareil socialiste.

Si des Français vont vers Marine Le Pen, ce n’est pas à cause de l’UMPS, mais parce l’UMPS, c’est la paralysie

Pourquoi Emmanuel Macron refuse-t-il des ralliements collectifs ?

Il ne veut pas négocier son programme avec des partis. Beaucoup de socialistes ne sont pas clairs et restent très attachés au Parti socialiste, ce que je peux comprendre. Se rallier en groupe, mais pourquoi ? Jusqu’où ? Pour faire quoi ? Il faut en dire beaucoup plus. Un ralliement ne peut simplement acter un désaccord avec Benoît Hamon ou avec François Fillon. Au deuxième tour, si un parti appelle à voter pour Emmanuel Macron, de gauche ou de droite, pour bloquer Marine Le Pen, il faudra trouver des formules de pacte, des formules transpartisanes. On ne fera pas comme Jacques Chirac qui en 2002 a demandé poliment à tout le monde de rentrer chez lui. Ces accords transpartisans pourront concerner 60 % de l’électorat sauf l’extrême gauche antieuropéenne et l’extrême droite antieuropéenne. Si des Français vont vers Marine Le Pen, ce n’est pas à cause de l’UMPS, mais parce l’UMPS, c’est la paralysie. En revanche, l’UMPS convergent c’eut été la force et l’efficacité. Après la présidentielle, il y a un autre chantier qui va s’ouvrir : créer un grand parti démocrate et progressiste qui sera au-delà d’En Marche !. Les socialistes, au sein du PS, devront se poser la question de savoir s’ils veulent continuer à vivre ensemble.

Le renoncement de François Hollande à se présenter à l’élection présidentielle n’est-il pas la preuve ultime que le système politique est à bout de souffle ?

Non… J’y verrais le fait que François Hollande a fait la preuve qu’il est plus attaché à un dépassement du système qu’à son propre avenir. C’est un acte civique de belle importance. Il avait le sentiment qu’il était lui-même porteur du renouveau et qu’il pouvait conduire la recomposition politique. C’est donc son renoncement qui la permet… Dans la future majorité, le Président jouera évidemment un rôle important.

Vous vous parlez toujours régulièrement ?

Oui.

Voir également:

Le spectre de Hollande hante la campagne de Macron

Interrogé par L’Opinion, le hollando-macroniste Jean-Pierre Mignard a affirmé que le chef de l’État «jouera évidemment un rôle important dans la future majorité». Il a immédiatement été recadré par Benjamin Griveaux, le porte-parole d’En Marche !.

Le très porteur «ni droite ni gauche» a-t-il du plomb dans l’aile? À l’heure où Emmanuel Macron apparaît comme le grand favori de l’élection présidentielle, nombre de ses adversaires tentent de le discréditer en le faisant apparaître comme «l’hologramme de François Hollande en plus jeune». Un héritage dont le leader d’En Marche! tente tant bien que mal de se défaire, assurant qu’il n’est «pas un élément de continuité» du hollandisme… Mais qui lui colle à la peau malgré tous ses efforts.

Car en plus d’être alimentée par les contacts qu’il entretient avec de très nombreux ministres – actuels ou passés – du quinquennat, cette proximité entre le chef de l’État et son ancien protégé est nourrie par plusieurs de leurs proches, qui se répandent dans la presse pour s’en féliciter. C’est notamment le cas de l’avocat hollando-macroniste Jean-Pierre Mignard, qui a déclaré ce mercredi dans L’Opinion: «Dans la future majorité autour de Macron, Hollande jouera évidemment un rôle important».

«L’amitié a pris le pas sur tout le reste…»

Une phrase qui n’a pas manqué de faire réagir les détracteurs d’Emmanuel Macron, qui s’en sont immédiatement saisis pour l’accuser de vouloir prolonger la politique actuelle. Cette sortie a également eu du mal à passer au sein d’En Marche!, à tel point que le porte-parole du mouvement, Benjamin Griveaux, a été contraint de se rendre sur BFMTV pour éteindre l’incendie. «Évidemment, François Hollande ne jouera pas de rôle important dans la future majorité d’Emmanuel Macron», a-t-il assuré.

«Nous contestons ces propos-là», a-t-il encore ajouté. «Nous disons simplement que François Hollande ne jouera pas de rôle, ni dans l’élection présidentielle ni dans la campagne. Chacun est libre d’apporter son soutien», a enfin conclu l’ex-élu de Saône-et-Loire. Un «recadrage» jugé nécessaire par l’entourage d’Emmanuel Macron, selon qui «l’amitié qui lie Jean-Pierre Mignard à François Hollande a pris le pas sur tous le reste…» «Il fallait réaffirmer la ligne, c’est désormais chose faite», conclut-on. Femez le ban?

Voir encore:

Tribune

Lettre ouverte aux élus socialistes

Sylvie Levesque, militante PS dans la section de Cachan (94)
Libération
7 mars 2017 

A ceux qui ont souhaité ou ont choisi de soutenir la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, rendez votre carte !

Nous, militantes et militants socialistes sans responsabilité au sein du parti ni mandat électif, vous demandons de rendre votre carte d’adhérent au Parti socialiste, au nom de notre engagement sur lequel s’est appuyée votre élection.

Par cette lettre ouverte, nous souhaitons vous rappeler que sans nous, qui vous avons d’abord investis au nom de notre parti pour représenter le peuple au niveau local ou national, sans nous, qui avons contribué aux réflexions dans nos sections, sans nous qui avons soutenu vos candidatures et fait campagne pour vous, sans nous, sans nos tractages, nos boîtages, nos actions sur les réseaux sociaux, il est fort peu probable que vous auriez été élus. Un jour, un mentor vous a peut-être repéré et a facilité votre carrière dans l’appareil du parti, mais un mentor sans la base, cela ne permet pas d’être un élu du peuple.

L’article 5.3.1 des statuts du Parti socialiste stipule que le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de primaires ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la gauche et de la République, dans le projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire. Les règles sont claires et vous les connaissez. Règles qui peuvent d’ailleurs amener à la désignation d’une candidate ou d’un candidat n’appartenant pas à notre formation politique.

Ni loyal ni respectueux

Or le 29 janvier, environ 58% des plus de 2 millions d’électeurs qui ont pris part au scrutin ont désigné un socialiste comme candidat à l’élection présidentielle prochaine. Benoît Hamon est membre de notre parti depuis trente et un ans, membre du bureau national depuis vingt-quatre ans, élu de la République sous les couleurs du PS depuis treize ans. Et vous choisissez non seulement de ne pas soutenir sa candidature, mais encore de faire campagne pour un autre qui a refusé de se soumettre au suffrage des militants et de nos électeurs, et qui n’a pas d’autre étiquette que celle du mouvement qu’il a créé ex nihilo.

Emmanuel Macron n’a adhéré au Parti socialiste que pendant trois ans ; il n’a jamais été investi par les militants pour être candidat à un mandat républicain et n’a jamais été élu par le peuple, a fortiori sous les couleurs de notre parti. Devons-nous vous rappeler que si M. Macron a été membre d’un gouvernement mené par un socialiste, son passage à l’exécutif ne dura que deux ans et quatre jours. Qu’est-ce que deux ans et quatre jours dans une vie de militant ? Qu’est-ce que deux ans et quatre jours dans l’histoire centenaire du parti ? Pas grand-chose. Et lorsqu’on l’entend admettre sur France Culture qu’en 2016, il a dépensé en huit mois 80% des crédits annuels de fonctionnement de son ministère, on est porté à croire qu’en acceptant sa fonction de ministre de l’Economie, il avait sans doute déjà le projet de mettre un terme à sa mission avant la fin du quinquennat, ce qui ne nous semble ni loyal vis-à-vis de qui l’a nommé ni respectueux de la République.

«Ecolo-gauchistes»

Vous invoquez vos convictions pour justifier votre choix, mais avez-vous une idée du nombre d’entre nous qui, ayant voté pour une motion, une candidate ou un candidat mis en minorité, ont cependant milité activement pour celle ou celui qui avait été désigné par un vote interne ou lors de primaires ouvertes ?

Nous ne comprenons pas que vous ne respectiez pas les statuts de notre parti. Nous ne comprenons pas que vous ne respectiez pas le choix des militants et des électeurs ayant accepté de prendre part au vote de désignation de notre candidat.

Nous ne voyons pas comment vous pourriez rester adhérents au Parti socialiste et vous demandons de rendre votre carte du parti avant de vous engager auprès d’un autre candidat que celui désigné par les primaires citoyennes. A savoir : Benoît Hamon.

Une dernière chose : nous ne nous reconnaissons pas dans l’étiquette d’«écolo-gauchistes» que certains d’entre vous nous accolent. Nous sommes tout simplement socialistes et n’avons pas oublié ce que cela signifie.

Les signataires des sections : Levesque Sylvie, Cachan (94); Rutili Yan, Guénange (57); Lajournade Jeanne, Saint-Lizier (09); Yoann Jacquet, Ussel (19); Jeanjeau Lionel, Saint-Avertin (37); Nguene Étienne, Les Mureaux (78); Mascarin Manu, Vence (06); Aguilera Michel, Nîmes-Nord (30); Le Sellin Benoît, Brest (29); Ekim Melek, Villeneuve-la-Garenne (92); Dolo Pascal, Lille-Moulins (59); Musard Clarisse, Nancy (54); Peschet Denise, Joué-lès-Tours (37); Peschet Jean-Claude, Joué-lès-Tours (37); Saimbault Françoise, Ballan-Miré (37); Ferrisse Denise, Joué-lès-Tours (37); Seguin Dominique, Saint Avertin (37); Paris Jean-Christophe, Val de l’Indre (37); Paris Jacky, Val de l’Indre (37); Lajournade-Bosc Francine, Commune de Paris – Paris 20e (75); Marty Anne-Marie, Champigny-sur-Marne (94); Schweig William, Fédération 37; Boutet Françoise, Fédération 37; Vu Pascal, Nogent-sur-Marne (94); Antras Gérard, Saint-Lizier (09); Sauvion Julien, Saint-Pierre-des-Corps (37); Lacotte Christian, Bléré (37); Bouakouir Samir, Villeneuve Le-Roi-Ablon (94); Dhenaux Sophie, L’Haÿ-les-Roses (94); Houx Christine, Fédération 37; Millo Nicole, Nice (06); Paumerelle de Lormel Chantal, Maisons-Alfort (94); Lescastreyres Gérard, Bléré (37); Metais Jean-Pierre, Val de l’Indre (37); Cheron Patrice, Cachan (94); Milleret Jean-Philippe, Cachan (94); Berger Alain, Cachan (94); Archambaud Jacques, Saint-Mandé (94); Vogler Jean, Saint-Mandé (94); Di Franco Jocelyne, Pont Saint Esprit (30); Roger Judicaël, Nîmes centre (30); Pronesti Joseph, Villeneuve-lèz-Avignon (30), Piret Sarah, Nîmes 4 (30), Oukrate Françoise, Lédignan (30); Cuozzo Vincent, Uzès (30); Bergougnoux Josiane, Pézenas (34); Lajournade Hervé, Pézenas (34); Chevalley Anne, Le Vigan (30); Richard Philippe, Cachan (94); Meysen Félix, Nîmes-Nord (30); Kobbi Sarah, Villeneuve-la-Garenne (92); Brunier-Zsigray Philippe, Villeneuve-la-Garenne (92); Werb Ethan, Montrouge (92); Bourgeois Michel, Nancy (54); Tricard Perrine, Colombes (92); Crocicchia Clément, Neuilly-sur-Seine (92); Laprévote Gabrielle, Meudon (92); Fadallalah Haoua, Saint-Ouen (93); Breil Thierry, Pays de Romans (26); Lajournade Jean, Saint-Lizier (09); Mansouri Mina, Colombes (92); Youssef Ihsen, Colombes (92); Tchangodeï Anna, Claude Estier – Paris 18e (75); Geneix Christophe, Nîmes (30); Mouillard Arnaud, Pavilly (76); Jacquet Alain, Cachan (94); Macquoy Christian, Duclair-Saint Pierre de Varengeville, Val de seine (76); Dembele Fatimata, Ivry-sur-Seine (94); Corblin Jannick, Charleville-Mézières (08); Naït Abdelaziz Mezhoura, Charleville-Mézières (08); Alquier Jean-Philippe, Colombes (92); Quezada Victor, Colombes (92); Danquigny Jean-Marc, Levallois-Perret (92); Guerard Marie-Françoise, Les Clayes Sous Bois (78); Bouchikhi Sheer, Paris 11e (75); Chehab Stéphanie, Paris 12e (75); Rosel Rosine, Commune de Paris 20e (75); Caullier Gérard, Beauvais (60); Jidal Aurélie, Jean Jaurès (80); Verkin Lucile, Jean Jaurès (80); Tekiner Meryem, Mulhouse (68); Treviso Catherine, Troyes (10); Nizar Ayad, Metz Nord (54).

Voir par ailleurs:

The Middlebury Aftermath
Robert George and Cornel West issue a defense of free speech.
The Wall Street Journal

March 14, 2017

Amid the icy Nor’easter that hit the east coast Tuesday, a clear ray of intellectual sunshine emerged: Professors Robert George of Princeton University and Cornel West of Harvard University posted online, for national signatures, a petition in defense of freedom of speech. You may find it at http://jmp.princeton.edu/statement.

Their statement—“Truth Seeking, Democracy, and Freedom of Thought and Expression”—follows on the heels of last week’s remarkable free-speech statement by professors at Middlebury College, which now has more than 100 signatures at that small Vermont institution.

Both efforts come in the aftermath of a protest at Middlebury against scholar Charles Murray of the American Enterprise Institute. That protest turned into a mob action, including an assault on Middlebury professor Allison Stanger, who had questioned Mr. Murray on stage.

For years, Professors George and West, the former a conservative and the latter a socialist, together taught a class at Princeton on how to listen to contrary points of view. Middlebury’s violence drove home what many in academia have come to see more clearly now—that the most basic tenets of free inquiry and exchange are under unprecedented pressure in the U.S., not least at universities.

The George-West statement stands as a forceful rebuttal to the all-too-frequent attempt to stigmatize opponents into silence. We hope it gains the national support it deserves.


Présidentielle 2017: Fillon gagnant dès le premier tour (After Britain and America and maybe soon Germany, guess who’s next in line for real change ?)

14 mars, 2017
https://pbs.twimg.com/media/C6wz8_WU8AAcOkV.png:largehttps://i0.wp.com/www.valeursactuelles.com/sites/default/files/fichiers/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202017-03-14%20a%CC%80%2010.10.17.pngL’urgence est de libérer notre force économique qui étouffe sous les normes et les charges. Cette libération sera le tremplin de l’emploi. (…) C’est un changement de culture que je propose, qui allie fermeté et justice : le respect des forces de sécurité, concentrées sur leurs missions et déchargées de la bureaucratie ; la fin du laxisme et de l’excuse pénale pour que chacun assume la responsabilité de ses actes ; la lutte sans pitié contre le totalitarisme islamique. (…) La France unie commande de limiter l’immigration à son strict minimum afin que nos capacités d’intégration ne soient plus débordées. Il faut retrouver la fierté nationale. La France doit raffermir son identité et rayonner au-delà de ses frontières. Nous avons trop souvent douté de nous-mêmes alors que peu de nations sont assises sur un socle aussi riche et aussi ancien que le nôtre. Le relativisme culturel et la culpabilisation ont réussi à insinuer le doute sur nos valeurs et sur notre histoire. Nous devons au contraire être une nation rassemblée et sûre d’elle-même. Il ne faut rien renier de notre héritage et de nos racines. Nous sommes un pays avec une histoire, avec des traditions, avec une culture française. François Fillon
C’est l’un des principaux arguments développés par Gilles Boyer: Alain Juppé a perdu parce qu’il était donné gagnant d’avance. En tête de tous les sondages d’opinion, de sa déclaration de candidature à l’été 2014 au premier tour de la primaire en novembre 2016, le maire de Bordeaux ne pouvait voir venir la vague Fillon.  » Jusque très tard, les éléments dont nous disposions étaient objectivement très encourageants « , se rappelle le conseiller pour qui la durée de la campagne a joué contre les ambitions de l’ancien Premier ministre.  » C’est long deux ans, tellement long que l’électorat d’Alain Juppé a cherché une alternative à Alain Juppé aussi  » Dans le camp du candidat, certains tirent pourtant la sonnette d’alarme très tôt, comme cette connaissance de Gilles Boyer, rompue aux campagnes électorales, qui s’inquiète:  » Gilles, on a un problème. On est trop haut, trop tôt « . Mais comment réagir?  » Durant ces 800 jours, il ne s’est pas passé une journée sans que quelqu’un ne me rappelle, comme si je l’ignorais, la malédiction du favori. Et durant 780 jours je pensais qu’ils se trompaient « , regrette Gilles Boyer. (…) Pendant très longtemps, les juppéistes n’ont pas considéré François Fillon comme une menace. Les soutiens du maire de Bordeaux estiment que l’ancien Premier ministre est trop associé au quinquennat de Nicolas Sarkozy, et que son image est écornée depuis la désastreuse guerre Copé-Fillon de 2013. Il sont en outre persuadés que le député de Paris les soutiendra dans l’entre-deux tours.  » J’ai pensé, et toute la France avec moi, que François Fillon et ses partisans nous rejoindraient au second tour pour battre Nicolas Sarkozy. C’était un allié objectif « , concède Gilles Boyer. Tout au long de la campagne, l’entourage du maire de Bordeaux a du mal à décrypter les prises de position de l’ancien Premier ministre. Une première fois lorsque François Fillon attaque très durement Nicolas Sarkozy, fin août 2016, avec sa phrase désormais célèbre  » Imagine-t-on le Général de Gaulle mis en examen? « .  » Sur le moment, j’ai cru que François Fillon commettait une erreur: nos électeurs n’aiment pas les attaques personnelles « , se souvient Boyer. Une seconde fois à l’occasion de l’accord noué par François Fillon avec Sens commun, la branche politique de la Manif pour Tous:  » J’ai sous-estimé la puissance mobilisatrice de l’électorat catholique, qui s’est forgé une unité à l’occasion du débat sur le mariage pour tous (…) et qui avait fait de François Fillon son candidat « , observe-t-il. (..)  Sur les réseaux sociaux, le candidat a été la cible d’une véritable campagne de désinformation menée par la fachosphère pendant la primaire. Grimé en  » grand muphti de Bordeaux « , renommé  » Ali Juppé « ,  le maire de Bordeaux a vu ses positions sur la laïcité – l’identité heureuse, le voile à l’université – dévoyés par ses adversaires. (…) Constat désabusé de Gilles Boyer:  » dans cette campagne, nous avons géré le rationnel de main de maître, et nous nous sommes perdus dans l’irrationnel, qui, comme chacun sait, l’emporte souvent.  » (…) il semble bien que le soutien de François Bayrou ait coûté plus de voix à Alain Juppé qu’il ne lui en a rapporté.  » Beaucoup d’électeurs de droite y ont finalement trouvé une raison de voter pour quelqu’un d’autre, en l’occurrence François Fillon « , juge Gilles Boyer. Il faut dire que depuis qu’il a choisi de voter François Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle de 2012, le président du Modem est honni par toute une partie de la droite. Ironie de l’histoire? Alain Juppé n’a jamais sollicité le soutien de François Bayrou.  » Il l’a annoncé et réitéré sans que nous le lui demandions et sans que lui ne nous demande rien « , rappelle Gilles Boyer. Rétrospectivement, l’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé se demande même s’il ne s’est pas auto-persuadé de l’avantage que représentait le soutien de François Bayrou,  » contraint  » par son ralliement surprise. (…) l’erreur de départ d’Alain Juppé: croire que la primaire se jouera entre lui et Nicolas Sarkozy.  » Toute notre stratégie était basée sur un affrontement avec Nicolas Sarkozy qui n’a pas eu lieu. Toute notre énergie était concentrée sur lui, comme la sienne l’était sur nous. Nous avons joué le second tour avant le premier « , regrette Gilles Boyer. Le directeur de campagne le sait lui-même: à partir du moment où un autre homme sort du chapeau, l’élection est perdue. Tout le malheur des juppéistes, c’est que l’hypothèse d’un troisième homme n’est apparue que dans les derniers jours de la campagne. Longtemps Bruno Le Maire et François Fillon se sont muselés derrière les deux grands favoris. Ce n’est que dans la dernière ligne droite que le vote en faveur de Bruno Le Maire s’est effondré au profit d’un François Fillon porté par ses bonnes prestations lors des débats télévisés. Au lieu de voir venir la menace – et taper sur François Fillon – Alain Juppé et Nicolas Sarkozy continuent leur corps à corps  » tels deux espions qui s’affrontent au bord d’un ravin dans un film de série B et qui s’y entraînent mutuellement, pendant que le troisième, bénéficiant de l’inattention générale, s’empare du microfilm qui contient les plans secrets de l’arme fatale « .  Challenges
A group of environmental activists pulled off a daring act of defiance. The Washington Post
A group of environmental activists pulled off an elaborate act of vandalism at one of President Trump’s premier golf courses early Sunday morning.” (…) Editor’s note: The beginning of this story was changed to more accurately reflect the nature of the actions taken by a protest group against the Trump golf course in Rancho Palos Verdes, Calif. The Washington Post
That new optimism is palpable on social media. As with many social media phenomena, it is hard to pin down who started what, when. Some members of Jusos Mannheim are active in the subreddit forum, point to Zeller. But it is clear that the hype was not planned by SPD headquarters. Yet Zeller underlined the significance of the light-hearted chatter online. « That is important because in social networks, simple, populist statements penetrate very quickly while the other complicated, correct answers to problems don’t travel so well. France 24
L’avènement de Geert Wilders est en partie provoqué par l’érosion des partis traditionnels qui peinent à convaincre et ont perdu une grande partie de leur électorat. De 1994 à 2002, la « coalition violette » est au pouvoir. Elle rassemble le Parti du travail (PvdA, social-démocrate), le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, libéral) et les Démocrates 66 (D’66, social-libéral). A partir de 2002, c’est l’hécatombe : la coalition perd la moitié de son électorat. Les conservateurs du parti chrétien-démocrate (CDA) deviennent la première formation du pays. Et surtout, pour la première fois, un parti islamophobe et anti-immigration fait son entrée fracassante au parlement : la « liste Pim Fortuyn » remporte vingt-trois sièges. Assassiné neuf jours avant ces élections législatives qui ont fait de sa « liste » la deuxième force politique du pays, Pim Fortuyn a posé les bases des revendications du parti de la Liberté. Il est le précurseur de Geert Wilders et du PVV qui ont occupé au fil des années de plus en plus de place dans la vie politique néerlandaise. Avec le meurtre de Fortuyn, la question de la place de l’islam s’est retrouvée projetée au cœur des préoccupations de la société néerlandaise. Un autre événement a profondément marqué les esprits : l’assassinat en 2004, par un islamiste, de Theo van Gogh, réalisateur d’un virulent pamphlet anti- islam. (…) Les voix sont aujourd’hui très dispersées. Le professeur Markus Wilp nous l’explique : « à l’heure actuelle se dessine un duel entre le parti libéral VVD et le PVV populiste de Geert Wilders. Ils ont les cotes de sondage les plus hautes, mais ne dépassent pour le moment pas les 16%. Ils sont tous les deux talonnés par cinq partis ayant chacun 8 à 11% d’intentions de vote ». (…) En cas de victoire, le parti de Geert Wilders ne lui donnera pas forcément les clés du gouvernement. Il pourrait même ne pas y figurer. Pourquoi ? Parce qu’au jeu des coalitions, le PVV aura bien du mal à convaincre les autres partis qui pourraient arriver en tête. (…) Le triomphe de Trump aux Etats-Unis, le Brexit voté au Royaume-Uni : les élections législatives néerlandaises vont-elles suivre le même chemin et faire gagner une nouvelle fois le populisme ? Une chose est certaine, selon le professeur Wilp : ce scrutin va « être observé avec beaucoup d’attention par de nombreux pays qui se demandent si la tendance au populisme va se confirmer ». Car le Parti pour la liberté de Geert Wilders est, selon les derniers sondages, sur le point de devenir le premier parti du pays : les conséquences d’une telle victoire pour « l’Union européenne intéressent forcément les autres pays ». Arte
Pernille Vermund, leader of the Danish far-right party “the New Conservatives” (…) Like Geert Wilders in The Netherlands and Marine Le Pen in France, (…) objects to « establishment politics. » She levels harsh criticism at her political rivals for being « too soft » on immigration and for doing « too much talking. » Vermund’s anti-Islam sentiments and the rhetoric she uses to illustrate the gap between « the people » and « the elites » resonate with Danish voters. They commend her for her « straight talk » and ability to « get things done. » The similarities with Donald Trump are striking. Her party polled at 4.8 percent in late February – impressive for one founded less than two years ago. Similar to her European peers, Vermund’s party refrains from the homophobia, anti-Semitism and religious conservatism expressed by traditional far-right groups, claiming instead to defend liberal values against a new enemy: Islam. Appeals to individual freedoms, calls for Denmark to leave the EU and ultra-liberal economic policies draw in voters who traditionally would have avoided fringe groups such as Vermund’s party. This helps to explain how seven out of 10 of her potential voters are not only male, white and middle-aged, but also reasonably wealthy and in possession of a university degree. Like Wilders, who is expected make substantial gains in the upcoming general elections in the Netherlands, Vermund’s chances of leading the country any time soon are very slim. This is due in part to the system of proportional representation and Denmark’s tendency to form minority coalition governments, but it does not mean that she cannot still gain significant influence. (…)  The home of « hygge », the Danish word for a feeling of cosiness, Denmark has in recent years introduced legislation and initiatives labelled as draconian by both national and international media. This includes most notably the passing of a law in 2016 that permits authorities to confiscate the personal possessions of asylum-seekers, and the government taking out advertisements in a Lebanese newspaper to dissuade refugees from coming to Denmark. More recently, the Danish parliament issued a non-binding statement in February, which suggested that to be considered “Danish”, both of your parents must be Western. Euobserver
Le candidat «en marche» ne promet pourtant rien moins que «la révolution» et la «réconciliation de l’ambition avec le réel». Beau programme. Comment? On verra plus tard. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un? Dans les faits, ce renouveau tonitruant de la social-démocratie par une fusion assumée avec la logique libérale dans tous les domaines assume l’ubérisation de la société et des individus, donc la précarité comme horizon et la stupidité de clivages manichéens entre «ouverture» et «fermeture», entre «progressistes» et «conservateurs», c’est-à-dire en fait entre ceux qui acceptent leur disparition dans un sans-frontièrisme enfiévré et une totale soumission à la dérégulation financière, et ceux qui ne s’y résolvent point. Sans même jouer à se faire peur en imaginant un instant ce que pourrait donner un tel président sur la scène internationale face à des figures telles que D. Trump, V. Poutine ou encore Xi Jing Ping, comment ignorer que sa popularité démontre la gravité de la crise du politique en France. Nos concitoyens sont si désorientés, si dégoûtés qu’ils paraissent prêts à toutes les aventures, même si nombreux sont encore ceux qui sentent combien le choix de mai prochain signera soit l’amorce de notre relèvement collectif, soit l’engloutissement progressif des derniers anticorps sociétaux et culturels protégeant encore notre corps national de l’implosion. Il faut en outre s’inquiéter que cette offensive destructrice trouve un allié inattendu mais de poids dans une partie des «élites» économiques de notre pays. Celles-ci tombent dans le piège évangélisateur macronien avec une déconcertante naïveté, confondant agitation jeuniste et progrès sociétal, se croyant «dans le vent» alors qu’elles risquent de creuser dangereusement les fractures nationales par un vote irresponsable. Il existe en effet, chez une partie de la couche supérieure de la bourgeoisie française, qui travaille beaucoup, contribue énormément, prend des risques et vit bien mais sans opulence, une volonté de s’identifier aux très grands entrepreneurs, notamment ceux du numérique qui prétendent repousser les frontières de la modernité et modeler le futur humain. Ces «e stars» sont leurs héros, qui effectivement vivent eux dans une couche sociale marquée par la fluidité, l’effacement des frontières physiques, financières et politiques et n’ont que mépris pour les États qui gênent leurs ambitions… ou s’y prêtent trop servilement. La couche immédiatement inférieure de cette élite veut croire à ces figures de proue et se figure qu’un Emmanuel Macron peut les en rapprocher. Tout à cette identification valorisante, ces patrons ne voient même plus l’imposture politique colossale que le leader d’En Marche! personnifie et qui devrait suffire à dégonfler sa baudruche, même si l’actuelle transhumance empressée des pachydermes socialistes qui le rallient toute honte bue est déjà à elle seule une terrifiante démonstration. Cette classe moyenne très supérieure ne veut pas voir le gouffre qui la séparera toujours de ses richissimes «modèles 3.0». Emmanuel Macron prétend incarner une modernité radieuse et généreuse alors qu’il est le rejeton tardif prétendument «émancipé» d’une génération politique qui n’a fait que se déconnecter d’avec le monde réel et mentir éhontément à son électorat initial, y compris sur le thème de la souveraineté nationale ou du patriotisme économique. Car il faut enfin évoquer d’autres gravissimes renoncements qui traduisent chez ce courant macroniste une idéologie tenant la défense de nos intérêts nationaux pour inutile voire nocive. Comment oublier en effet que notre «show man», alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, a été l’un des principaux (p)artisans de la grande braderie des intérêts industriels français lors de la cession de la partie la plus rentable et surtout la plus stratégique du groupe Alstom – sa branche énergie – en décembre 2014 à General Electric, au terme d’une opération américaine de ciblage et de déstabilisation que l’Élysée a non seulement laissé faire mais finalement accélérée? A cet égard, l’excellent rapport (ouvert) du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement) de décembre 2014 mérite une lecture attentive. Âmes patriotes s’abstenir. Ces gouvernants, par naïveté ou dogmatisme occidentaliste, veulent ignorer la violence de la guerre économique entre nations, y compris alliées, peut-être parce qu’ils ne croient plus à celles-ci et sont incapables de prendre la mesure des enjeux – en l’espèce la lutte à mort pour la domination du marché mondial de l’énergie. Après Alstom, et peut-être demain Technip, c’est aujourd’hui Airbus qui semble de plus en plus échapper à la France qui en a été pourtant à l’origine, au profit de l’Allemagne et derrière elle, des États-Unis et de la Grande Bretagne. (…) Ce ne sont que deux exemples parmi bien d’autres, mais ne nous y trompons pas: avec un Emmanuel Macron au pouvoir, c’est une idéologie golbalisée qui risque de triompher définitivement. La France finira par devenir elle aussi «une forme vide», un village Potemkine-musée pour touristes aventureux et pour des Français que l’on gavera de blabla sur le «patriotisme économique» tout en défaisant tout ce qui a construit et manifeste encore notre puissance et notre influence. La pâte à modeler des populations et des territoires se substituera alors définitivement aux socles résilients du peuple et de la nation. «C’est le progrès, c’est l’avenir! Ayez confiance!» nous dira le jeune président. Si la boue actuelle échoue à recouvrir totalement la campagne et à la neutraliser jusqu’au vote, il y a fort à parier que l’élection de notre prochain président ne se fera pas (ou peu) sur des enjeux économiques directs (chômage, croissance, impôts,). Les électeurs croient de moins en moins aux promesses politiciennes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Qu’on leur promette de l’argent sans effort ou des réformes sérieuses, ils semblent avoir une foi limitée dans la capacité de leurs représentants à agir en conséquence, ou dans celle d’un président à tenir avec autorité les remuants attelages gouvernementaux. Le choix sera vraiment celui d’une stature présidentielle, d’un homme capable de tenir bon sur des enjeux culturels et régaliens. Le premier d’entre eux, n’en déplaise aux prophètes enfiévrés du multiculturalisme hors sol, c’est celui de l’identité culturelle actuelle et souhaitable de la France, relevant de ce que l’on pourrait appeler le socle charnel, immatériel mais bien concret, de la Nation, ce qui fait que l’on «fait corps» collectif viable, et que l’on peut persister dans l’être et se différencier comme ensemble historique, culturel, politique et social par rapport aux autres acteurs étatiques. Ce sont donc les questions de la cohérence du projet de redressement et de la vision pour notre pays à horizon de 10 ans qui sont premières. Tout le reste en découle. Dans ce cadre, la question de ce que la France doit assumer et conserver de ses racines chrétiennes comme pôle référentiel implicite et structurant de toute notre réalité collective est centrale, et celle de la défense de notre souveraineté, celle enfin de l’indépendance et de notre projection comme État et comme puissance dans le monde sont cardinales. Cela peut paraître stratosphérique à certains mais nos concitoyens eux, font le lien entre l’immédiat et le lointain, entre le local et le global, entre le quotidien et l’horizon. Ils ont besoin de se sentir partie d’un tout plus grand qu’eux et sentent que l’efficacité sociale n’est possible que dans le cadre d’un projet national ambitieux. Peut-être leurs enfants n’auront-ils plus cette exigence et il faut s’en inquiéter, mais le socle actuel tient encore et la perception des menaces diverses est vive. Enfin la question sécuritaire au sens le plus large sera centrale: la place, la solidité, la capacité de défense et de contre-attaque de notre pays n’est pas un sujet réservé aux géostratèges. Cela concerne chacun d’entre nous. Pour l’heure, tout a été démoli avec une ahurissante désinvolture, un dogmatisme et une toute aussi grande morgue. Au terme de ce quinquennat dramatique, nous ne sommes plus écoutés ni attendus, encore moins espérés dans le monde. On nous voit comme des naïfs et des opportunistes. Beau bilan! Tout est donc à rebâtir et c’est impossible sans une idée claire et assumée de ce qui nous constitue, de ce qui doit être préservé et de ce qui fait la singularité française. Cela ne se passera pas comme ça. Nous avons le choix. Pas seulement entre Charybde et Scylla. Catherine Galactéros
TRUMP a bien compris qu’une campagne électorale se gagnait sur le front du buzz. A ce chapitre, nos indicateurs de mesure montrent que TRUMP (53,5%) à  est en avance sur CLINTON (46,5%). Avantage TRUMP, notamment sur les réseaux sociaux qui relaient abondamment toutes ses déclarations et chacun de ses débordements. Les deux candidats sont très vivement dénigrés sur le Web et les réseaux sociaux. CLINTON sort toutefois gagnante, remportant 29% d’avis favorables contre 21% seulement pour TRUMP. En bref, TRUMP remporte la bataille du quantitatif (BUZZ) mais perd celle du qualitatif (SENTIMENTALITÉ). Alors, les jeux sont-ils faits comme semble le mentionner la majorité des analystes ? Rien n’est moins sûr. De nouvelles révélations et la chasse aux soutiens politiques et d’Hollywood pourront encore attiser le buzz, influer sur l’opinion publique et faire bouger les lignes. Véronique Queffélec (Filteris, 10.10.2016)
Que disent le Web et les réseaux sociaux en regard du potentiel de victoire des 10 candidats actuellement déclarés pour la présidentielle ? Sur le Web et les réseaux sociaux, l’image des candidats a considérablement fluctué ces deux dernières semaines en raison des péripéties statistiques et des joutes électorales liées à la primaire de la gauche mais aussi à l’affaire « Pénélope Fillon ». Selon la société Filteris EuroMediations, l’analyse des perceptions et des valeurs qui sont associées à chacun des dix candidats déclarés aujourd’hui indique que François Fillon, reprend la pôle position avec 23,68%, suivi à 3 points par Emmanuel Macron (20,60).  Marine Le Pen (19,22%), au contraire de ce que disent les derniers sondages « traditionnels », stratégiquement assez effacée durant les deux primaires, se tient en embuscade. Il y a fort à parier qu’elle lancera sous peu une offensive pour ne pas se laisser trop distancer. D’autant que son ennemi le plus avéré, Jean-Luc Mélenchon (14,97%), bat campagne de manière disruptive et cadencée sur les médias sociaux et notamment sur Youtube.  Benoit Hamon qui le suit de très près avec 14,55% saura-t-il créer un buzz suffisant pour galvaniser un électorat socialiste plongé dans l’incertitude et courtisé par Emmanuel Macron ? Cette course à l’Élysée, dont les primaires n’auront finalement été qu’un simple échauffement, s’annonce palpitante en termes d’analyse du Big Data sachant que la victoire n’est encore assurée pour personne. La spécificité de la méthodologie exploitée par Filteris EuroMediations réside dans le fait de ne pas constituer d’échantillons, de ne pas poser de questions qui orientent les réponses, de ne pas opérer de redressements hasardeux auxquels les sondeurs doivent inévitablement se plier. Au contraire, la méthodologie de Filteris Euromediations permet de capter et d’analyser les opinions publiques et d’en dégager des tendances certaines à court, moyen et long termes. Entreprendre (30.01.2017)
Une autre étude est régulièrement citée sur Twitter pour conforter l’idée que les instituts de sondage sous-estimeraient le candidat Mélenchon (ce qui est bien évidemment possible) : une étude non-conventionnelle basée sur une «une expertise scientifique développée à l’université Laval de Québec» situerait Mélenchon à 18% (quand François Fillon serait à 22,85% et Marine Le Pen à 20,88%). Attribuée à Filteris (entreprise spécialisée en « web-réputation) et Euromediation (cabinet de conseil), l’étude est «basée sur des calculs différents de ceux qu’utilisent habituellement les sondeurs» explique le site du magazine Entreprendre, l’un des rares médias français à relayer l’étude. Filteris et Euromediation se targuent de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement. Ils préfèrent utiliser «les outils (moteur de recherche et algorithmes d’analyse)» pour «prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de « sentimentalité » rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats». Une méthode encore plus opaque que celle des sondages (on ne sait ici absolument rien de la méthode utilisée, si ce n’est une «mesure du buzz»), brandie donc par les mêmes qui dénoncent le flou qui entoure les instituts de sondage. Concernant les prédictions de Filteris et Euromediation, s’ils se targuent d’avoir tablé sur une victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, ils ont sous-estimé son score de moitié, et prédisait que son adversaire du second tour serait… Nicolas Sarkozy. On peut également s’étonner que leur méthode donnait Jean-Frédéric Poisson à 11,4% (alors qu’il n’a finalement obtenu que 1.4% des suffrages). Mais comme ils l’écrivaient juste avant le premier tour de la primaire de la droite, dans une fulgurance de lucidité que tous les instituts de sondage pourraient reprendre à leur compte : «Force est d’admettre qu’aucun analyste ne peut véritablement savoir qui se déplacera pour aller voter demain. LE SUSPENSE EST DONC À SON COMBLE.» Libération
Contacté par L’Express, le président-fondateur de la société canadienne, Jérôme Coutard, tient à souligner que son entreprise est « totalement apolitique » et n’a « aucun contact avec Les Républicains, ni un autre parti ». D’ailleurs, les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré une belle promotion aux analyses de Filteris, début février, rappelle Libération, lorsqu’il était annoncé à 18% au premier tour par l’entreprise. « Et on a eu le contraire avec des soutiens du PS, mécontent de nos mesures », précise le PDG.  « Notre métier n’est pas de suivre la politique, ajoute Jérôme Coutard. On ne gagne pas d’argent avec ces mesures ». En clair? La présidentielle est un excellent tremplin publicitaire, l’occasion de montrer à ses clients que ses mesures « sont fiables ».  Et justement, comment fonctionnent-elles, ces mesures? Sur son site, Filteris se targue de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement propre aux sondeurs mais « les moteurs de recherche et les algorithmes d’analyse pour prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de ‘sentimentalité’ rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats ».  Interrogé sur ces termes flous, Jérôme Coutard, prévient qu’il compte préserver « le secret industriel » et qu’il y a « beaucoup de détails qu’il ne donnera pas ». Mais il accepte d’expliquer ce qu’il appelle le ‘buzz’. « Nous analysons le ‘poids numérique’, c’est-à-dire l’ensemble des traces numériques qui sont associés au sujet de notre analyse: un article paru sur un site de presse, le nombre de commentaires dans celui-ci, ceux sur les réseaux sociaux, (TwitterFacebook), le nombre de mentions, de hashtag, mais aussi l’engagement, etc. », énumère-t-il.  Quant à « ce que l’on vulgarise par ‘la sentimentalité’, poursuit le PDG, c’est l’ensemble des avis, des opinions et des commentaires positifs ou négatifs, que nous utilisons dans des cartes axiologiques, avec des valeurs positives et négatives associées au candidat ». L’ensemble a permis à Filteris de détecter lors de la présidentielle américaine, « que le poids numérique était à l’avantage de Trump » et que « la sentimentalité associée était à 79% négative ». Bref, que tout le monde parlait -mal- de l’actuel président américain. Paradoxal compte tenu de sa victoire? « Pas forcément, botte Jérôme Coutard, vous connaissez la phrase de Léon Zitrone, Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ».  L’institut de mesures a aussi réussi à prévoir la qualification de François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, contrairement aux sondeurs traditionnels. Filteris s’en est félicité dans un communiqué de presse publié sur Facebook, dans lequel l’entreprise affirme que « les sondages classiques sont désormais déclassés par l’analyse big data ».  Mais, comme les instituts de sondages traditionnels, Filteris n’est pas exempt d’erreurs. D’abord, l’institut a bien prédit la victoire de Fillon au premier tour, mais il l’a sous-estimé de moitié et prédisait que son adversaire serait Nicolas Sarkozy. Ils donnaient également Jean-Frédéric Poisson à 11,4% des voix (1,45% en réalité) et Jean-François Copé à 8,8% (au lieu de 0,30%). La société canadienne s’est aussi lourdement trompée sur la primaire de la gauche, annonçant Manuel Valls premier avec 40,28% des voix (31,9% en réalité) suivi par Arnaud Montebourg à 23,91%, alors que Benoît Hamon s’est imposé avec 36,51% des voix.  Interrogé sur Facebook, Filteris assure que « les dernières mesures effectuées (qui n’avaient pas été publiées) montraient un duo de tête Valls-Hamon avec une forte tendance haussière pour ce dernier ». Un autre problème, lié à la méthode, peut également être soulevé. Qualifier le caractère positif ou négatif de millions de messages publiés sur Internet est une tâche sinon impossible, titanesque, expliquait à L’Express l’agence de modération Netino, interrogée en 2015. L’ironie, par exemple, peut être trompeuse pour les algorithmes, même si des recherches existent sur le sujet. Et comme Filteris ne communique -logiquement- pas les détails de sa méthode, il est délicat de la juger.  Si les instituts de sondages sont loin d’être parfaits, difficile de ne pas noter le paradoxe des fillonistes et mélenchonistes qui saluent les résultats de Filteris, fondés sur une méthode secrète, et qui dénoncent les sondages « classiques ». D’autant que si Jérôme Coutard se vante de « mieux capter les signaux faibles », il avoue que « grosso modo, une à deux semaines avant une élection, on arrive à être au même diapason avec les sondages traditionnels ». L’Express
Selon un sondage Opinionway publié ce mardi, l’écart se resserre entre François Fillon et Emmanuel Macron qui perd un point. Marine Le Pen caracole en tête, toujours. Selon un sondage Opinionway publié ce mardi pour Les Echos, Orpi et Radio Classique, François Fillon et Emmanuel Macron se disputent la deuxième place, loin derrière la présidente du Front national qui cumule 27% d’intentions de vote. Emmanuel Macron perd un point et se positionne à 24% d’intentions de vote face à un François Fillon crédité de 20%, un résultat stable malgré les différentes révélations de cette semaine. Benoît Hamon, quant à lui, poursuit sa chute et perd deux points en une semaine, avec 14% d’intentions de vote. Valeurs actuelles
Selon la société Filteris, le candidat Les Républicains serait qualifié, si le premier tour avait lieu aujourd’hui, en première position ! Filteris a gagné ses galons dans le milieu des projections électorales en prévoyant notamment l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit, contre l’avis de tous les instituts de sondage traditionnels. Mais la société canadienne avait aussi prédit la victoire éclatante d’un certain François Fillon à la primaire de la droite et du centre. Suffisant pour accorder de la crédibilité aux chiffres diffusés ce lundi par l’entreprise, qui précise avec précaution qu’il ne s’agit pas de sondages mais d’analyse de données. Avec 24,27% des voix, l’ancien Premier ministre devancerait la candidate du Front national Marine Le Pen, à 23,54%. Emmanuel Macron n’est qu’en troisième position, 3 points derrière François Fillon… Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan suivent dans cet ordre. Valeurs actuelles
Attention: une surprise pourrait en cacher une autre !
Brexit, Trump, Pays-Bas, Danemark, Allemagne …
Alors que tous les signes s’accumulent…
Pour ceux qui ont encore des yeux pour voir et des oreilles pour entendre …
Et que devant une résistance prétendument « progressiste » à l’Administration Trump …
Qui en est réduite à vandaliser des terrains de golf …
Nos médias en sont encore eux-mêmes à louer l’audace de l’espoir …
Comment ne pas voir …
Avec, aussi artisanales qu’elles puissent encore apparaitre, les analyses quantitatives de l’entreprise d’analyse de réputation numérique canadienne Filteris
Et contre le véritable complot de nos médias et de nos juges
Jusqu’à, oubliant comme par hasard les robes de luxe de Madame, ses pantalons !
Comme, se dégonflant à la mesure de ses ralliements à gauche, la baudruche du poisson-pilote de François Hollande …
La probable et nouvelle surprise…
Après celle de la primaire de la droite et du centre …
De la victoire du vrai changement …
En la personne de François Fillon en mai prochain ?
Valeurs actuelles

13 mars 2017

Analyse Big Data. La société Filteris, qui avait déjà prédit la victoire de Trump ou le Brexit, place François Fillon en tête au premier tour de l’élection présidentielle.

François Fillon pourrait-il faire mieux que se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle ? Selon la société Filteris, le candidat Les Républicains serait qualifié, si le premier tour avait lieu aujourd’hui, en première position ! Filteris a gagné ses galons dans le milieu des projections électorales en prévoyant notamment l’élection de Donald Trump et le vote du Brexit, contre l’avis de tous les instituts de sondage traditionnels. Mais la société canadienne avait aussi prédit la victoire éclatante d’un certain François Fillon à la primaire de la droite et du centre.

Fillon trois points devant Macron

Suffisant pour accorder de la crédibilité aux chiffres diffusés ce lundi par l’entreprise, qui précise avec précaution qu’il ne s’agit pas de sondages mais d’analyse de données. Avec 24,27% des voix, l’ancien Premier ministre devancerait la candidate du Front national Marine Le Pen, à 23,54%. Emmanuel Macron n’est qu’en troisième position, 3 points derrière François Fillon… Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan suivent dans cet ordre.

Voir aussi:
Valeurs actuelles

14 mars 2017

Big Data. Selon la société canadienne Filteris, spécialiste des analyses de données, François Fillon arriverait en tête au premier tour de l’élection présidentielle, une courte tête devant Marine Le Pen et plus de deux points devant Emmanuel Macron.

Filteris, la société canadienne qui avait prédit le Brexit et l’élection de Donald Trump, donne des résultats différents des instituts de sondage pour le premier tour de l’élection présidentielle. Si ses méthodes sont contestées par certains, parce que non “scientifiques”, elles ont en tout cas déjà fait leurs preuves, pour les deux rendez-vous électoraux cités, mais aussi pour la primaire de la droite, puisque la société avait prédit longtemps en avance la large victoire de François Fillon. Aujourd’hui, Filteris prédit l’arrivée du candidat LR en tête au premier tour de la prochaine élection présidentielle, avec 24,13% des voix. Il devance la candidate du Front national, Marine Le Pen, qui le suit de très près avec 23,86% des suffrages, ainsi qu’Emmanuel Macron, devancé un peu plus largement (21,98%).

Voir également:

Filteris, la société canadienne d’opinion préférée des fillonistes

Les instituts de sondages sous-estimeraient François Fillon, selon ses partisans, qui préfèrent relayer les analyses de l’entreprise Filteris, qui assure avoir « déclassé » les instituts de sondages traditionnels avec une méthode basée sur « l’analyse du buzz ».

L’Express

09 mars 2017

François Fillon était censé remporter l’élection présidentielle haut la main. Et puis il y a eu l’affaire Pénélopela mise en examen, les défections dans son propre camp et la dégringolade dans les sondages. Le candidat Les Républicains (LR), pourtant, décide de se maintenir jusqu’au bout. « La base, elle, tient », jure-t-il. Les instituts de sondage indiquent le contraire. D’une confortable première place, il est tombé à la troisième.

Ses plus fidèles soutiens ont donc cherché les bonnes nouvelles où ils peuvent. Ils en ont trouvées avec les analyses de Filteris, une entreprise privée canadienne spécialisée en « web-réputation » et d’Euromediation -un cabinet de conseil- qui placent Fillon au second tour dans toutes leurs mesures publiées depuis le 23 février dernier. « Nous avons des sondages (sic) qui sont faits avec ce qu’on appelle le big data et qui placent François Fillon en numéro 2 », se réjouissait Bruno Retailleau sur RMC mercredi 7 mars.

Sur Twitter, les soutiens du candidat de droite ont également relayé cette étude. « L’analyse Filteris démontre la résistance de Fillon auprès des Français », s’est félicité la députée LR Valérie Boyer. « François Fillon reste largement dans la course », l’a imitée Patrick Hetzel, également député LR.

« L’analyse la plus fiable de l’opinion »

Forcément, chez Les Républicains, on ne se prive pas de mettre en avant une étude si favorable, quitte à distordre un peu la réalité. En charge de la campagne digitale de François Fillon, Gautier Guignard, a jugé que les mesures Filteris sont les « plus fiable de l’opinion ». « Filteris avait prédit la victoire de Fillon à la primaire, et le place devant Macron au premier tour », titrait pour sa part lundi 6 mars l’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles.

Contacté par L’Express, le président-fondateur de la société canadienne, Jérôme Coutard, tient à souligner que son entreprise est « totalement apolitique » et n’a « aucun contact avec Les Républicains, ni un autre parti ». D’ailleurs, les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré une belle promotion aux analyses de Filteris, début février, rappelle Libération, lorsqu’il était annoncé à 18% au premier tour par l’entreprise. « Et on a eu le contraire avec des soutiens du PS, mécontent de nos mesures », précise le PDG.

« Notre métier n’est pas de suivre la politique, ajoute Jérôme Coutard. On ne gagne pas d’argent avec ces mesures ». En clair? La présidentielle est un excellent tremplin publicitaire, l’occasion de montrer à ses clients que ses mesures « sont fiables ».

« La méthode? Un secret industriel »

Et justement, comment fonctionnent-elles, ces mesures? Sur son site, Filteris se targue de n’utiliser ni échantillons, ni questions, ni redressement propre aux sondeurs mais « les moteurs de recherche et les algorithmes d’analyse pour prendre une mesure du buzz, sur le Web et les réseaux sociaux, à laquelle s’ajoute une analyse qualitative de ‘sentimentalité’ rendant compte des valeurs positives et négatives associées à chacun des candidats ».

Interrogé sur ces termes flous, Jérôme Coutard, prévient qu’il compte préserver « le secret industriel » et qu’il y a « beaucoup de détails qu’il ne donnera pas ». Mais il accepte d’expliquer ce qu’il appelle le ‘buzz’. « Nous analysons le ‘poids numérique’, c’est-à-dire l’ensemble des traces numériques qui sont associés au sujet de notre analyse: un article paru sur un site de presse, le nombre de commentaires dans celui-ci, ceux sur les réseaux sociaux, (TwitterFacebook), le nombre de mentions, de hashtag, mais aussi l’engagement, etc. », énumère-t-il.

Quant à « ce que l’on vulgarise par ‘la sentimentalité’, poursuit le PDG, c’est l’ensemble des avis, des opinions et des commentaires positifs ou négatifs, que nous utilisons dans des cartes axiologiques, avec des valeurs positives et négatives associées au candidat ».

Fillon annoncé gagnant à la primaire de droite, oui mais

L’ensemble a permis à Filteris de détecter lors de la présidentielle américaine, « que le poids numérique était à l’avantage de Trump » et que « la sentimentalité associée était à 79% négative ». Bref, que tout le monde parlait -mal- de l’actuel président américain. Paradoxal compte tenu de sa victoire? « Pas forcément, botte Jérôme Coutard, vous connaissez la phrase de Léon Zitrone, Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ».

L’institut de mesures a aussi réussi à prévoir la qualification de François Fillon au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, contrairement aux sondeurs traditionnels. Filteris s’en est félicité dans un communiqué de presse publié sur Facebook, dans lequel l’entreprise affirme que « les sondages classiques sont désormais déclassés par l’analyse big data ».

Mais, comme les instituts de sondages traditionnels, Filteris n’est pas exempt d’erreurs. D’abord, l’institut a bien prédit la victoire de Fillon au premier tour, mais il l’a sous-estimé de moitié et prédisait que son adversaire serait Nicolas Sarkozy. Ils donnaient également Jean-Frédéric Poisson à 11,4% des voix (1,45% en réalité) et Jean-François Copé à 8,8% (au lieu de 0,30%).

La société canadienne s’est aussi lourdement trompée sur la primaire de la gauche, annonçant Manuel Valls premier avec 40,28% des voix (31,9% en réalité) suivi par Arnaud Montebourg à 23,91%, alors que Benoît Hamon s’est imposé avec 36,51% des voix.

Interrogé sur Facebook, Filteris assure que « les dernières mesures effectuées (qui n’avaient pas été publiées) montraient un duo de tête Valls-Hamon avec une forte tendance haussière pour ce dernier ».

Un autre problème, lié à la méthode, peut également être soulevé. Qualifier le caractère positif ou négatif de millions de messages publiés sur Internet est une tâche sinon impossible, titanesque, expliquait à L’Express l’agence de modération Netino, interrogée en 2015. L’ironie, par exemple, peut-être trompeuse pour les algorithmes, même si des recherches existent sur le sujet. Et comme Filteris ne communique -logiquement- pas les détails de sa méthode, il est délicat de la juger.

Si les instituts de sondages sont loin d’être parfaits, difficile de ne pas noter le paradoxe des fillonistes et mélenchonistes qui saluent les résultats de Filteris, fondés sur une méthode secrète, et qui dénoncent les sondages « classiques ». D’autant que si Jérôme Coutard se vante de « mieux capter les signaux faibles », il avoue que « grosso modo, une à deux semaines avant une élection, on arrive à être au même diapason avec les sondages traditionnels ».

Voir encore:

Présidentielle 2017

Primaire de la droite: les 5 erreurs de la campagne de Juppé selon Gilles Boyer

Jusqu’au 27 novembre 2016, Gilles Boyer était directeur de campagne d’Alain Juppé. Dans « Rase campagne », publié ce 22 février, il tente de comprendre comment une victoire annoncée s’est transformée en lourde défaite.

Comment Alain Juppé a-t-il pu perdre une campagne dont il était le grand favori depuis un an et demi? Cette question hante  » Rase campagne « , le livre du conseiller d’Alain Juppé, Gilles Boyer, publié mercredi 22 février chez JCLattès. Sans prétendre connaître tous les ressorts du vote des électeurs de droite, l’ancien directeur de campagne du maire de Bordeaux formule plusieurs hypothèses pour analyser cette défaite surprise: forte volatilité de l’électorat,  » fake news « , mauvais relais médiatiques, excès de confiance… Il dresse aussi un constat: rien ne préparait l’ancien Premier ministre à affronter un autre candidat que Nicolas Sarkozy au second tour – ni les sondages, ni l’attitude de ses concurrents. Challenges a choisi de retenir pour vous 5 explications avancées par l’ancien conseiller.

1. Juppé trop haut, trop tôt

C’est l’un des principaux arguments développés par Gilles Boyer: Alain Juppé a perdu parce qu’il était donné gagnant d’avance. En tête de tous les sondages d’opinion, de sa déclaration de candidature à l’été 2014 au premier tour de la primaire en novembre 2016, le maire de Bordeaux ne pouvait voir venir la vague Fillon.  » Jusque très tard, les éléments dont nous disposions étaient objectivement très encourageants « , se rappelle le conseiller pour qui la durée de la campagne a joué contre les ambitions de l’ancien Premier ministre.  » C’est long deux ans, tellement long que l’électorat d’Alain Juppé a cherché une alternative à Alain Juppé aussi  »

Dans le camp du candidat, certains tirent pourtant la sonnette d’alarme très tôt, comme cette connaissance de Gilles Boyer, rompue aux campagnes électorales, qui s’inquiète:  » Gilles, on a un problème. On est trop haut, trop tôt « . Mais comment réagir?  » Durant ces 800 jours, il ne s’est pas passé une journée sans que quelqu’un ne me rappelle, comme si je l’ignorais, la malédiction du favori. Et durant 780 jours je pensais qu’ils se trompaient « , regrette Gilles Boyer.

2. Les difficultés à déchiffrer la campagne de Fillon

Pendant très longtemps, les juppéistes n’ont pas considéré François Fillon comme une menace. Les soutiens du maire de Bordeaux estiment que l’ancien Premier ministre est trop associé au quinquennat de Nicolas Sarkozy, et que son image est écornée depuis la désastreuse guerre Copé-Fillon de 2013. Il sont en outre persuadés que le député de Paris les soutiendra dans l’entre-deux tours.  » J’ai pensé, et toute la France avec moi, que François Fillon et ses partisans nous rejoindraient au second tour pour battre Nicolas Sarkozy. C’était un allié objectif « , concède Gilles Boyer.

Tout au long de la campagne, l’entourage du maire de Bordeaux a du mal à décrypter les prises de position de l’ancien Premier ministre. Une première fois lorsque François Fillon attaque très durement Nicolas Sarkozy, fin août 2016, avec sa phrase désormais célèbre  » Imagine-t-on le Général de Gaulle mis en examen? « .  » Sur le moment, j’ai cru que François Fillon commettait une erreur: nos électeurs n’aiment pas les attaques personnelles « , se souvient Boyer. Une seconde fois à l’occasion de l’accord noué par François Fillon avec Sens commun, la branche politique de la Manif pour Tous:  » J’ai sous-estimé la puissance mobilisatrice de l’électorat catholique, qui s’est forgé une unité à l’occasion du débat sur le mariage pour tous (…) et qui avait fait de François Fillon son candidat « , observe-t-il.

3. Les fausses rumeurs sur « Ali Juppé »

Quelques jours après le premier tour de la primaire, Alain Juppé avait dénoncé les  » attaques franchement dégueulasses  » dont il était la victime sur internet. Sur les réseaux sociaux, le candidat a été la cible d’une véritable campagne de désinformation menée par la fachosphère pendant la primaire. Grimé en  » grand muphti de Bordeaux « , renommé  » Ali Juppé « ,  le maire de Bordeaux a vu ses positions sur la laïcité – l’identité heureuse, le voile à l’université – dévoyés par ses adversaires.

Gilles Boyer raconte comment les premières chaînes de mail ont alerté les équipes du candidat. On y faisait état  » d’un projet de mosquée pharaonique à Bordeaux,  » la plus grande d’Europe « , soi-disant financée sur fonds publics sur décision du maire de la ville « . Le camp Juppé a beau démentir de la manière la plus ferme qui soit, la rumeur reste tenace. Ainsi, lorsque Alain Juppé se rend dans son bureau de vote à Bordeaux, le jour du premier tour, des personnes l’interrogent sur son projet de mosquée. Constat désabusé de Gilles Boyer:  » dans cette campagne, nous avons géré le rationnel de main de maître, et nous nous sommes perdus dans l’irrationnel, qui, comme chacun sait, l’emporte souvent.  »

4. Le soutien de François Bayrou

C’est une explication qui prête à sourire tant les juppéistes ont défendu le maire de Pau. Mais il semble bien que le soutien de François Bayrou ait coûté plus de voix à Alain Juppé qu’il ne lui en a rapporté.  » Beaucoup d’électeurs de droite y ont finalement trouvé une raison de voter pour quelqu’un d’autre, en l’occurrence François Fillon « , juge Gilles Boyer. Il faut dire que depuis qu’il a choisi de voter François Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle de 2012, le président du Modem est honni par toute une partie de la droite. Ironie de l’histoire? Alain Juppé n’a jamais sollicité le soutien de François Bayrou.  » Il l’a annoncé et réitéré sans que nous le lui demandions et sans que lui ne nous demande rien « , rappelle Gilles Boyer. Rétrospectivement, l’ancien directeur de campagne d’Alain Juppé se demande même s’il ne s’est pas auto-persuadé de l’avantage que représentait le soutien de François Bayrou,  » contraint  » par son ralliement surprise. Le maire de Pau devrait apprécier.

5. Un faux postulat de départ

C’est l’erreur de départ d’Alain Juppé: croire que la primaire se jouera entre lui et Nicolas Sarkozy.  » Toute notre stratégie était basée sur un affrontement avec Nicolas Sarkozy qui n’a pas eu lieu. Toute notre énergie était concentrée sur lui, comme la sienne l’était sur nous. Nous avons joué le second tour avant le premier « , regrette Gilles Boyer. Le directeur de campagne le sait lui-même: à partir du moment où un autre homme sort du chapeau, l’élection est perdue.

Tout le malheur des juppéistes, c’est que l’hypothèse d’un troisième homme n’est apparue que dans les derniers jours de la campagne. Longtemps Bruno Le Maire et François Fillon se sont muselés derrière les deux grands favoris. Ce n’est que dans la dernière ligne droite que le vote en faveur de Bruno Le Maire s’est effondré au profit d’un François Fillon porté par ses bonnes prestations lors des débats télévisés. Au lieu de voir venir la menace – et taper sur François Fillon – Alain Juppé et Nicolas Sarkozy continuent leur corps à corps  » tels deux espions qui s’affrontent au bord d’un ravin dans un film de série B et qui s’y entraînent mutuellement, pendant que le troisième, bénéficiant de l’inattention générale, s’empare du microfilm qui contient les plans secrets de l’arme fatale « .

Voir par ailleurs:

France 24
13 March 2017

BERLIN (AFP) – Matthias Zeller, a 21-year-old Social Democratic activist, caused a stir in Germany when he enthused on national television that his party’s new leader Martin Schulz was a « geile Sau » — which loosely translates as « sexy beast ».

Zeller, who heads the youth wing of SPD’s Mannheim chapter, told AFP that he let slip the informal expression « out of sheer exuberant joy » over Schulz’s decision to lead the party into battle against Chancellor

For him, it also « embodies the enthusiasm of young people, especially in the SPD, for Schulz and the new strength of the party ».

Schulz’s decision to leave the European Parliament, which he headed for five years, and run to lead Germany have, at least in the past few weeks, dramatically turned his party’s fortunes around.

A junior coalition partner of Merkel’s conservative alliance CDU and CSU, the SPD had been languishing in the polls under its former leader Sigmar Gabriel.

But Schulz’s arrival has re-energised support, with opinion surveys recording a 10-percentage point jump and some polls putting it ahead of Merkel’s conservative bloc.

His popularity reaches close to 50 percent, compared to the chancellor’s 38 percent.

The enthusiasm for Schulz, a politician who has spent more than two decades in the mega-bureaucracy of Brussels and Strasbourg, may seem odd at a time when an anti-EU populist wave is sweeping the continent.

But his unique life history — he wanted to be a professional footballer, didn’t finish high school, struggled with alcoholism before opening a bookstore and becoming an autodidact with six languages under his belt — gives him a common touch.

« There has been a sort of change in mood, the SPD feels different because it has a new candidate, » said Christopher Lauer, a former member of the Pirate Party who has defected to the SPD.

That new optimism is palpable on social media.

– ‘Schulz train’ –

An active group of Schulz fans have created and harnessed powerful memes, setting Twitter alight with hashtags like #schulzzug (#schulztrain), #keinebremsen (#nobrakes) or #gottkanzler (#godchancellor).

The theme extends to YouTube, where a video called the Schulzzuglied (Schulz train song) features the lyrics, « The Schulz train is rolling, and it has no brakes, it’s running at full steam to the chancellery. »

The video has been viewed more than 100,000 times.

Such creative output has been shared on online forum subreddit in a thread called The_Schulz, which was started as a parody of The_Donald — a pro-Trump thread.

Some of Schulz’s fans style him as the anti-Trump.

The acronym MEGA, which stands for « Make Europe Great Again », has been plastered on a Schulz poster that mimics the style of Barack Obama’s « Hope » campaign poster.

As with many social media phenomena, it is hard to pin down who started what, when.

Some members of Jusos Mannheim are active in the subreddit forum, point to Zeller.

But it is clear that the hype was not planned by SPD headquarters.

Yet Zeller underlined the significance of the light-hearted chatter online.

« That is important because in social networks, simple, populist statements penetrate very quickly while the other complicated, correct answers to problems don’t travel so well.

« We are transferring our party’s content to our target group — we want politics to be cool, sexy and human-centred, » he said.

– ‘Merkel bus’? –

Schulz himself is gamely joining in the fun.

A day after Zeller’s infamous comment on breakfast television, the SPD boss telephoned the young man.

« It was a big surprise, » said Zeller, whose youth group has also posted an online guide on how to make bags featuring the Schulz MEGA poster.

« He gave me a feeling of confidence and appreciation in the phone call. He gets along very well with young people and can relate to the party rank and file. »

Schulz also left a video message thanking his subreddit fans for their support.

In a recent tweet, he wrote, « 10,000 new members, » complete with a smiley face.

That online engagement contrasts sharply with his opponent Merkel, who is one of few world leaders who does not have her own Twitter account.

But Lauer also noted that, as the incumbent leader, « it is impossible to consider something like a ‘Merkel bus' ».

« If Martin Schulz is elected this year as chancellor, then he would certainly not be able to campaign with a ‘Schulz train’ in 2021 because he would be the incumbent, » said Lauer.

He also cautioned against reading too much into the « Internet bubble ».

While these slogans create buzz, they boil down to little content-wise, he said.

« I think all that can fire up young people, but at the end of the day, young people are interested in what kind of perspectives politics or political parties are offering, » he said.

Schulz also seem to be conscious of that, telling the Bild daily in an interview, « I am not a pop star, but a politician … Ultimately, I want to become chancellor. »

Voir également:

Aux législatives néerlandaises du 15 mars prochain, le candidat d’extrême-droite, Geert Wilders, est donné gagnant par les sondages. Ce dernier dénonce le système, veut sortir de l’Europe, stopper l’immigration et renvoyer tous les étrangers dans leur pays. Comment un tel discours peut-il faire mouche aux Pays-Bas ? Les précédentes législatives en 2012 s’étaient pourtant soldées par la victoire nette du VVD (26,5%) – le parti de centre-droit du premier Ministre Mark Rutte. Comment les Pays-Bas en sont-ils arrivés à un tel revirement de situation ? ARTE Info répond à ces questions avec Markus Wilp, directeur du centre d’études des Pays-Bas à l’université de Munster.

« L’islam ou la liberté : c’est notre unique choix » / Slogan de campagne de Geert WIlders.

Qui est Geert Wilders, figure de proue de l’extrême-droite néerlandaise ?

Le programme en onze points de Geert Wilders est simple, tient sur une page A4 et compte bien piocher des voix autant à droite qu’à gauche. Il veut « désislamiser » les Pays-Bas en fermant les mosquées et en interdisant le Coran. Il affirme son objectif sans détour : « rendre les Pays-Bas  aux Néerlandais » en les débarrassant de « la racaille marocaine ». A côté de cela, il milite fermement pour un Nexit – une sortie des Pays-Bas de l’Union européenne – et compte augmenter les budgets de la défense et de la police. Voilà pour les mesures de droite et d’extrême-droite.

Mais son programme tente aussi séduire l’électorat de gauche : l’âge de la retraite n’augmentera pas, les frais de santé seront supprimés et l’impôt sur le revenu réduit. Pour Markus Wilp, « Geert Wilders parvient à lier habilement des thèmes très à droite tout en insistant sur l’obsession de la gauche néerlandaise : la sauvegarde de l’Etat providence ». Pour financer son programme, Geert WIlders projette de supprimer les aides aux immigrés, mais aussi les financements de « passe-temps de gauche » comme l’aide au développement et les subventions culturelles. Selon le leader du PVV, 17,2 milliards d’euros seraient ainsi économisés pour être réinjectés dans l’Etat providence. C’est « cet équilibre qui semble convaincre une partie des électeurs néerlandais », selon Markus Wild.

Pourquoi l’islamophobie a-t-elle pris une telle place dans la société ?

L’avènement de Geert Wilders est en partie provoqué par l’érosion des partis traditionnels qui peinent à convaincre et ont perdu une grande partie de leur électorat. De 1994 à 2002, la « coalition violette » est au pouvoir. Elle rassemble le Parti du travail (PvdA, social-démocrate), le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, libéral) et les Démocrates 66 (D’66, social-libéral).

A partir de 2002, c’est l’hécatombe : la coalition perd la moitié de son électorat. Les conservateurs du parti chrétien-démocrate (CDA) deviennent la première formation du pays. Et surtout, pour la première fois, un parti islamophobe et anti-immigration fait son entrée fracassante au parlement : la « liste Pim Fortuyn » remporte vingt-trois sièges.

Assassiné neuf jours avant ces élections législatives qui ont fait de sa « liste » la deuxième force politique du pays, Pim Fortuyn a posé les bases des revendications du parti de la Liberté. Il est le précurseur de Geert Wilders et du PVV qui ont occupé au fil des années de plus en plus de place dans la vie politique néerlandaise.

Avec le meurtre de Fortuyn, la question de la place de l’islam s’est retrouvée projetée au cœur des préoccupations de la société néerlandaise. Un autre événement a profondément marqué les esprits : l’assassinat en 2004, par un islamiste, de Theo van Gogh, réalisateur d’un virulent pamphlet anti- islam.

Les manifestations et les actes violents xénophobes se sont alors multipliés. A tel point que la fondation Anne-Frank note dans son rapport de décembre 2004 : « Le problème de l’extrême-droite et de la culture raciste parmi les jeunes n’a jamais jusqu’à aujourd’hui atteint de telles proportions aux Pays-Bas« .

Pourquoi l’opposition à Geert Wilders peine à trouver son positionnement ?

Les voix sont aujourd’hui très dispersées. Le professeur Markus Wilp nous l’explique : « à l’heure actuelle se dessine un duel entre le parti libéral VVD et le PVV populiste de Geert Wilders. Ils ont les cotes de sondage les plus hautes, mais ne dépassent pour le moment pas les 16%. Ils sont tous les deux talonnés par cinq partis ayant chacun 8 à 11% d’intentions de vote ».

Cette situation est inédite. Lors des élections législatives de 2012, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre sortant Mark Rutte a obtenu 26,4% des suffrages et le parti de centre gauche PvdA, 24,7%. Ce sont avant tout ces partis qui sont aujourd’hui sanctionnés et qui ont perdu leur crédibilité. Pendant la campagne électorale en 2012, Mark Rutte avait par exemple promis de plus verser « un centime de plus pour la Grèce ». Promesse non tenue. Il s’était aussi engagé à diminuer les impôts de chaque contribuable de 1000 euros. Rebelote, promesse non tenue. Geert Wilders n’a pas hésité à rappeler ces engagements de Mark Rutte tout au long de la campagne :

 « Ce sont les électeurs qui dirigent le pays Mark. A 100%. Et personne aux Pays-Bas ne vous croit. »

Geert Wilders a-t-il une chance de devenir Premier ministre des Pays-Bas ?

En cas de victoire, le parti de Geert Wilders ne lui donnera pas forcément les clés du gouvernement. Il pourrait même ne pas y figurer. Pourquoi ? Parce qu’au jeu des coalitions, le PVV aura bien du mal à convaincre les autres partis qui pourraient arriver en tête. Les conservateurs (CDA), les verts (GroenLinks) ou les centristes (D66) sont tous pro-européens. Quant au parti du premier ministre sortant Mark Rutte, les chances d’une alliance sont quasi-inexistantes :

« 0% de chances, Geert. Zéro pour-cent. Cela ne se produira pas. »

Résultat : même si le PVV parvient à concrétiser les sondages et à remporter le plus de sièges, les chances pour Geert Wilders de figurer dans le futur gouvernement restent minces. En d’autres termes, Geert Wilders est contraint d’obtenir la majorité absolue des sièges du Parlement (76 sur 150) pour pouvoir espérer figurer dans le gouvernement. Et il en est loin.

Son exclusion ne facilitera pas les négociations pour la formation du futur gouvernement. Selon Markus Wilp, « la formation de la nouvelle coalition pourrait prendre beaucoup de temps. Les partis du centre vont jouer un rôle important : vont-ils choisir une coalition avec les partis de gauche ou de droite ? »

Pourquoi l’Europe scrute-t-elle attentivement ce scrutin ?

Le triomphe de Trump aux Etats-Unis, le Brexit voté au Royaume-Uni : les élections législatives néerlandaises vont-elles suivre le même chemin et faire gagner une nouvelle fois le populisme ? Une chose est certaine, selon le professeur Wilp : ce scrutin va « être observé avec beaucoup d’attention par de nombreux pays qui se demandent si la tendance au populisme va se confirmer« . Car le Parti pour la liberté de Geert Wilders est, selon les derniers sondages, sur le point de devenir le premier parti du pays : les conséquences d’une telle victoire pour « l’Union européenne intéressent forcément les autres pays« .

Voir encore:

Opinion

Next Le Pen is Danish and should be taken seriously

Copenhagen, 9. Mar, 2017

Civil war, treason, rape, persecution. Pernille Vermund, leader of the Danish far-right party “the New Conservatives”, has no shortage of words to describe Denmark’s dystopian future if immigrants have their way.

While her predictions seem an unlikely trajectory for the happiest country in the world, which houses fewer immigrants than any of its immediate neighbours – not taking her seriously may just help propel her to the top.

Referring to immigrants as lazy, disloyal, ungrateful and criminals, Vermund regularly lashes out at those who are sympathetic to immigrants because they « accept … the subjugation of women, children, homosexuals and non-Muslims. »

Like Geert Wilders in The Netherlands and Marine Le Pen in France, Vermund objects to « establishment politics. »

She levels harsh criticism at her political rivals for being « too soft » on immigration and for doing « too much talking. »

Vermund’s anti-Islam sentiments and the rhetoric she uses to illustrate the gap between « the people » and « the elites » resonate with Danish voters. They commend her for her « straight talk » and ability to « get things done. »

Rising star

The similarities with Donald Trump are striking. Her party polled at 4.8 percent in late February – impressive for one founded less than two years ago.

Similar to her European peers, Vermund’s party refrains from the homophobia, anti-Semitism and religious conservatism expressed by traditional far-right groups, claiming instead to defend liberal values against a new enemy: Islam.

Appeals to individual freedoms, calls for Denmark to leave the EU and ultra-liberal economic policies draw in voters who traditionally would have avoided fringe groups such as Vermund’s party.

This helps to explain how seven out of 10 of her potential voters are not only male, white and middle-aged, but also reasonably wealthy and in possession of a university degree.

Like Wilders, who is expected make substantial gains in the upcoming general elections in the Netherlands, Vermund’s chances of leading the country any time soon are very slim.

This is due in part to the system of proportional representation and Denmark’s tendency to form minority coalition governments, but it does not mean that she cannot still gain significant influence.

Not yet in parliament, and a relative new-comer on the political scene, Vermund is a talented communicator who comes across as calm, accessible, and to-the-point even when pressed on issues she does not appear particularly knowledgeable on.

A regular participant in mainstream political TV talk shows, and with a column in one of the most widely read tabloid newspapers in Denmark, she is both well-known and a frequent object of derision from much of the liberal left and mainstream media.

Her controversial statements are criticised in the most emphatic of terms, but attractive narratives are seldom offered to those who already agree with her, or those she might win over.

Home of hygge

The home of « hygge », the Danish word for a feeling of cosiness, Denmark has in recent years introduced legislation and initiatives labelled as draconian by both national and international media.

This includes most notably the passing of a law in 2016 that permits authorities to confiscate the personal possessions of asylum-seekers, and the government taking out advertisements in a Lebanese newspaper to dissuade refugees from coming to Denmark.

More recently, the Danish parliament issued a non-binding statement in February, which suggested that to be considered “Danish”, both of your parents must be Western.

Coming across as controversially anti-immigrant in an environment that has moved so far towards the political right might seem like a real challenge.

But Vermund and her party appear to be succeeding with their unusually harsh language, for example comparing the 1951 Refugee Convention to “Sharia law” because it – like sharia law, Vermund contends – is “out of touch with reality” and “a remnant of the past”.

Political outsider

As a charismatic woman in her early forties, she comes across as determined with strong opinions, a strong character and, to some, a charming person.

More importantly, she is a political outsider, much like Wilders and Trump were.

This is a quality that none of Denmark’s other political parties have, no matter where they are on the political spectrum.

It is a quality that appeals to voters who feel disenfranchised and ignored by the political system. A quality that may help her party get nearly 5 percent of the popular vote.

Most importantly, it is a quality that requires those wanting to thwart her political ambitions to take her seriously. Mocking her will do little good, as is clearly evident looking back at the US presidential election campaigns.

Although there are few similarities otherwise, Trump proved that being a political outsider does not mean you will not succeed, but to the contrary.

Ultra-liberal

With ultra-liberal economic policies, appeals to freedom and independence, and voicing a fierce anti-Islam sentiment, Vermund sounds every bit like her peers in the US and Europe.

The Danes must make every effort not to repeat mistakes from elsewhere. They must not discount Vermund. They must take her seriously, because she is being taken seriously by those who agree with her.

Instead of jeering at her, they need to come up with effective counter-narratives.

They have to find common ground with the people they disagree with, and discover new ways of relating to each other, to understand the lives and challenges of those who have become so deeply distrustful of the perceived political elites.

If they fail, Denmark might indeed be on the path toward a true dystopia after all.

Andreas Reventlow is an adviser at the Copenhagen-based non-profit International Media Support and a researcher with the Dangerous Speech Project.

Voir par ailleurs:

Rime El Himani

Gala

2 mars 2017

Certains proches d’Em­ma­nuel Macron tirent la sonnette d’alarme. D’après eux, les prix des vête­ments et acces­soires de luxe de Brigitte Macron fini­raient par porter atteinte à l’image du candi­dat.

S’il fait les beaux jours de la presse fémi­nine, le goût  de Brigitte Macron pour les vête­ments de luxe n’est pas appré­cié de tous. Comme le révèlent Caro­line Derrien et Candice Nede­lec dans Les Macron, dont certains extraits sont publiés dans Gala cette semaine, certains proches du candi­dat à la prési­den­tielle seraient inquiets. Selon eux, les prix exor­bi­tants des tenues de son épouse pour­raient porter atteinte à son imageen pleine campagne élec­to­rale.

Brigitte Macron se justi­fie dans ce livre,  publié le 8 mars chez Fayard, en décla­rant : « Diffé­rentes maisons me proposent des vête­ments chaque semaine. Et pour les soirées de gala, je trouve cela sympa de montrer ce qu’est la créa­tion française ».

Anne Sinclair ne l’en­tend pas non plus de la même oreille. Dans son livre Chro­nique d’une France bles­sée, l’ex-compagne de Domi­nique Strauss-Kahn rapporte elle aussi des propos qu’elle aurait enten­dus au sujet du style vesti­men­taire de l’an­cienne profes­seur de philo­so­phie : « N’ayant pas été à la céré­­mo­­nie pour Michel Rocard aux Inva­­lides, je veux me faire confir­­mer ce qu’on m’a rapporté : Brigitte Macron (…) est arri­­vée dans une tenue trop habillée, avec des stilet­­tos qui, sur les pavés de la cour d’honneur (…) avaient davan­­tage un air de Fashion Week que de recueille­­ment devant le leader de gauche disparu », peut-on lire.

Des remarques auxquelles Brigitte Macron ne semble guère prêter atten­tion. Aperçue au dîner du Crif, le 22 février dernier, l’épouse du leader du mouve­ment En Marche! a une fois de plus été remarquée pour son sens du style

Voir de plus:

Caroline Galactéros : «On imagine mal Emmanuel Macron face à Trump ou Poutine »
Caroline Galactéros
Le Figaro
13/03/2017

FIGAROVOX/HUMEUR- A six semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Caroline Galactéros ne cache pas sa préférence pour le candidat de la droite et du centre. Pour elle, Emmanuel Macron est une illusion de nouveauté, et n’est pas à la hauteur de la fonction présidentielle. Seconde partie.


Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).


À lire également: Première partie, Emmanuel Macron ou l’esthétique du vide

Le candidat «en marche» ne promet pourtant rien moins que «la révolution» et la «réconciliation de l’ambition avec le réel». Beau programme. Comment? On verra plus tard. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un? Dans les faits, ce renouveau tonitruant de la social-démocratie par une fusion assumée avec la logique libérale dans tous les domaines assume l’ubérisation de la société et des individus, donc la précarité comme horizon et la stupidité de clivages manichéens entre «ouverture» et «fermeture», entre «progressistes» et «conservateurs», c’est-à-dire en fait entre ceux qui acceptent leur disparition dans un sans-frontièrisme enfiévré et une totale soumission à la dérégulation financière, et ceux qui ne s’y résolvent point. Sans même jouer à se faire peur en imaginant un instant ce que pourrait donner un tel président sur la scène internationale face à des figures telles que D. Trump, V. Poutine ou encore Xi Jing Ping, comment ignorer que sa popularité démontre la gravité de la crise du politique en France. Nos concitoyens sont si désorientés, si dégoûtés qu’ils paraissent prêts à toutes les aventures, même si nombreux sont encore ceux qui sentent combien le choix de mai prochain signera soit l’amorce de notre relèvement collectif, soit l’engloutissement progressif des derniers anticorps sociétaux et culturels protégeant encore notre corps national de l’implosion.

Il faut en outre s’inquiéter que cette offensive destructrice trouve un allié inattendu mais de poids dans une partie des «élites» économiques de notre pays. Celles-ci tombent dans le piège évangélisateur macronien avec une déconcertante naïveté, confondant agitation jeuniste et progrès sociétal, se croyant «dans le vent» alors qu’elles risquent de creuser dangereusement les fractures nationales par un vote irresponsable. Il existe en effet, chez une partie de la couche supérieure de la bourgeoisie française, qui travaille beaucoup, contribue énormément, prend des risques et vit bien mais sans opulence, une volonté de s’identifier aux très grands entrepreneurs, notamment ceux du numérique qui prétendent repousser les frontières de la modernité et modeler le futur humain. Ces «e stars» sont leurs héros, qui effectivement vivent eux dans une couche sociale marquée par la fluidité, l’effacement des frontières physiques, financières et politiques et n’ont que mépris pour les États qui gênent leurs ambitions… ou s’y prêtent trop servilement. La couche immédiatement inférieure de cette élite veut croire à ces figures de proue et se figure qu’un Emmanuel Macron peut les en rapprocher. Tout à cette identification valorisante, ces patrons ne voient même plus l’imposture politique colossale que le leader d’En Marche! personnifie et qui devrait suffire à dégonfler sa baudruche, même si l’actuelle transhumance empressée des pachydermes socialistes qui le rallient toute honte bue est déjà à elle seule une terrifiante démonstration.

Cette classe moyenne très supérieure ne veut pas voir le gouffre qui la séparera toujours de ses richissimes «modèles 3.0». Emmanuel Macron prétend incarner une modernité radieuse et généreuse alors qu’il est le rejeton tardif prétendument «émancipé» d’une génération politique qui n’a fait que se déconnecter d’avec le monde réel et mentir éhontément à son électorat initial, y compris sur le thème de la souveraineté nationale ou du patriotisme économique. Car il faut enfin évoquer d’autres gravissimes renoncements qui traduisent chez ce courant macroniste une idéologie tenant la défense de nos intérêts nationaux pour inutile voire nocive. Comment oublier en effet que notre «show man», alors secrétaire général adjoint de l’Élysée, a été l’un des principaux (p)artisans de la grande braderie des intérêts industriels français lors de la cession de la partie la plus rentable et surtout la plus stratégique du groupe Alstom – sa branche énergie – en décembre 2014 à General Electric, au terme d’une opération américaine de ciblage et de déstabilisation que l’Élysée a non seulement laissé faire mais finalement accélérée? A cet égard, l’excellent rapport (ouvert) du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement) de décembre 2014 mérite une lecture attentive. Âmes patriotes s’abstenir. Ces gouvernants, par naïveté ou dogmatisme occidentaliste, veulent ignorer la violence de la guerre économique entre nations, y compris alliées, peut-être parce qu’ils ne croient plus à celles-ci et sont incapables de prendre la mesure des enjeux – en l’espèce la lutte à mort pour la domination du marché mondial de l’énergie.

Après Alstom, et peut-être demain Technip, c’est aujourd’hui Airbus qui semble de plus en plus échapper à la France qui en a été pourtant à l’origine, au profit de l’Allemagne et derrière elle, des États-Unis et de la Grande Bretagne. La récente nomination d’un nouveau directeur technique d’Airbus Group américain et surtout ancien de la DARPA (Defense Advanced Research Program Agency, -annexe du Pentagone en charge des techniques de pointe en matière d’armement: robotique, drones, satellites) laisse songeur et devrait allumer des clignotants à tous les étages du palais de l’Élysée. La réciproque serait inconcevable, les États-Unis ayant prudemment légiféré en ce sens. Désormais les fonctions majeures de la direction du Groupe Airbus sont donc noyautées par les Allemands, Américains et Britanniques. La direction de la Stratégie, déjà en retrait depuis la réorganisation du groupe opérée par Tom Enders en 2014, perd son encombrant et brillant directeur historique français et le tour est joué! Certes le siège est transféré à Toulouse. Pour nous faire plaisir, les Français étant notoirement plus sensibles aux symboles qu’aux réalités. Tom Enders a aussi créé Airbus Defense & Space (ADS), réunion d’Astrium et de Cassidian dont le siège est à Munich avec un management presque exclusivement allemand. La partie électronique de cette entité a été cédée au fond américain KKR alors même que Thalès était candidat. Un fonds qui a recruté en 2013 l’ex-directeur de la CIA David Petraeus…..L’État français est pourtant actionnaire du groupe à hauteur de 11 % et Airbus est une création française qui doit son essor à des investissements publics très importants… du contribuable français. Mais dès que l’on parle d’intérêts nationaux, on est immédiatement taxé de pensée rétrograde, étriquée et chauvine. Pourtant qui ne comprend que l’évolution du pouvoir au sein d’un tel groupe est essentielle pour notre pays? Rappelons que la désindustrialisation aidant, l’aéronautique représente aujourd’hui – sous-traitants inclus -, le tiers de l’emploi industriel civil français.

Ce ne sont que deux exemples parmi bien d’autres, mais ne nous y trompons pas: avec un Emmanuel Macron au pouvoir, c’est une idéologie golbalisée qui risque de triompher définitivement. La France finira par devenir elle aussi «une forme vide», un village Potemkine-musée pour touristes aventureux et pour des Français que l’on gavera de blabla sur le «patriotisme économique» tout en défaisant tout ce qui a construit et manifeste encore notre puissance et notre influence. La pâte à modeler des populations et des territoires se substituera alors définitivement aux socles résilients du peuple et de la nation. «C’est le progrès, c’est l’avenir! Ayez confiance!» nous dira le jeune président.

Si la boue actuelle échoue à recouvrir totalement la campagne et à la neutraliser jusqu’au vote, il y a fort à parier que l’élection de notre prochain président ne se fera pas (ou peu) sur des enjeux économiques directs (chômage, croissance, impôts,). Les électeurs croient de moins en moins aux promesses politiciennes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Qu’on leur promette de l’argent sans effort ou des réformes sérieuses, ils semblent avoir une foi limitée dans la capacité de leurs représentants à agir en conséquence, ou dans celle d’un président à tenir avec autorité les remuants attelages gouvernementaux. Le choix sera vraiment celui d’une stature présidentielle, d’un homme capable de tenir bon sur des enjeux culturels et régaliens. Le premier d’entre eux, n’en déplaise aux prophètes enfiévrés du multiculturalisme hors sol, c’est celui de l’identité culturelle actuelle et souhaitable de la France, relevant de ce que l’on pourrait appeler le socle charnel, immatériel mais bien concret, de la Nation, ce qui fait que l’on «fait corps» collectif viable, et que l’on peut persister dans l’être et se différencier comme ensemble historique, culturel, politique et social par rapport aux autres acteurs étatiques. Ce sont donc les questions de la cohérence du projet de redressement et de la vision pour notre pays à horizon de 10 ans qui sont premières. Tout le reste en découle. Dans ce cadre, la question de ce que la France doit assumer et conserver de ses racines chrétiennes comme pôle référentiel implicite et structurant de toute notre réalité collective est centrale, et celle de la défense de notre souveraineté, celle enfin de l’indépendance et de notre projection comme État et comme puissance dans le monde sont cardinales. Cela peut paraître stratosphérique à certains mais nos concitoyens eux, font le lien entre l’immédiat et le lointain, entre le local et le global, entre le quotidien et l’horizon. Ils ont besoin de se sentir partie d’un tout plus grand qu’eux et sentent que l’efficacité sociale n’est possible que dans le cadre d’un projet national ambitieux. Peut-être leurs enfants n’auront-ils plus cette exigence et il faut s’en inquiéter, mais le socle actuel tient encore et la perception des menaces diverses est vive. Enfin la question sécuritaire au sens le plus large sera centrale: la place, la solidité, la capacité de défense et de contre-attaque de notre pays n’est pas un sujet réservé aux géostratèges. Cela concerne chacun d’entre nous. Pour l’heure, tout a été démoli avec une ahurissante désinvolture, un dogmatisme et une toute aussi grande morgue. Au terme de ce quinquennat dramatique, nous ne sommes plus écoutés ni attendus, encore moins espérés dans le monde. On nous voit comme des naïfs et des opportunistes. Beau bilan! Tout est donc à rebâtir et c’est impossible sans une idée claire et assumée de ce qui nous constitue, de ce qui doit être préservé et de ce qui fait la singularité française.

Cela ne se passera pas comme ça. Nous avons le choix. Pas seulement entre Charybde et Scylla.

 Voir enfin:

Californie: un golf de Trump vandalisé

  • Le Figaro.fr avec AFP
  • 13/03/2017

Un groupe de militants pro-environnement a vandalisé un golf luxueux appartenant au président américain Donald Trump au sud de la Californie, gravant un message sur sa pelouse, a indiqué la police aujourd’hui.

Le groupe, qui se décrit comme un « collectif écologiste anonyme », a envoyé au quotidien Washington Post une vidéo montrant au moins quatre personnes en train de passer au-dessus d’une clôture au Trump National Golf Club de Rancho Palos Verdes, environ 30 kilomètres au sud de Los Angeles.

La vidéo sous-exposée et légèrement floue d’un peu plus d’une minute montre les intrus vêtus de couleurs sombres utilisant des outils de jardinage pour gratter dans le gazon le message: « PLUS DE TIGRES. PLUS DE BOIS » (en anglais « NO MORE TIGERS. NO MORE WOODS. », allusion probable au joueur de golf vedette Tiger Woods).

Ils ont envoyé au journal un communiqué de presse expliquant que leur action était une réponse au « manque d’attention flagrant (de l’administration Trump) pour l’environnement ».

Le lieutenant David Sprengel du bureau du Shérif de Lomita a précisé que l’acte de vandalisme avait eu lieu vers 8H30 dimanche.

Le golf de 18 trous est classé parmi les 100 meilleurs du pays par Golf Magazine, et a coûté 264 millions de dollars ce qui fait de lui le plus cher jamais bâti aux Etats-Unis d’après le site World Golf. Il est réputé pour son panorama spectaculaire sur l’océan Pacifique et a été utilisé comme décor dans plusieurs films.


Présidence Trump: Attention un président peut en cacher un autre (The Ronald was once a Donald too)

12 mars, 2017

Governor Reagan does not dye his hair. He is just turning prematurely orange. Gerald Ford (Gridiron Dinner, 1974)
Vous avez accumulé beaucoup de victoires au cours des dernières semaines que beaucoup de gens pensaient difficiles. Êtes-vous prêt à vous appeler le  »comeback kid’ ? Carry Bohan (2010)
Au cours de ces 100 premiers jours, qu’est-ce qui vous a le plus surpris sur la présidence ? Qu’est-ce qui vous a le plus enchanté ? Vous a ramené à la réalité ? Et vous a le plus inquiété ? Jeff Zeleney (NYT, 2010)
Ronald Reagan has absolutely confounded prediction… Today, at the age of 77, he relinquishes the office so many people thought he never could get, being, it was said eight years ago, too old, too ideological, too conservative, too poorly informed, too politically marginal — in short, too out of it. But there he is, going out in a rare end-of-the-term surge of good feeling, his critics — on key issues, we are emphatically among them — still at a loss as to how to assess and finally even understand this man. The Washington Post (1989)
With a year left in the Gipper’s administration, Washington Post columnist Charles Krauthammer wrote that the Jim and Tammy Faye Bakker scandal signaled “the end of the Age of Reagan” and his time in Washington was marked by “more disgraces than can fit in a nursery rhyme. (…) Before he went to Washington, and after he left Washington, the dominant culture loathed Ronald Reagan, had always loathed Reagan, would always loathe Reagan, and spent many an hour trying to tear him down. Simply understood, Ronald Reagan had made a lifetime of challenging conventional wisdom. Even in the hours after his death, they attacked and criticized him, even taking time to lambaste his movie career, which had ended exactly fifty years earlier in 1964. Craig Shirley
There are a lot of people who have a lot of reason to be fearful of him, mad at him. But that was one of the most extraordinary moments you have ever seen in American politics, period. And he did something extraordinary, and for people who have been hoping that he would become unifying, hoping that he might find some way to become presidential, they should be happy with that moment. For people who have been hoping that he would remain a divisive cartoon, which he often does, they should be a little worried tonight. That thing you just saw him do, if he finds way to do that over and over again, he’ll be there eight years. There was a lot he said in that speech that was counter-factual, not true, not right, and I oppose and will oppose, but he did something you can’t take away from him, he became president of the United States. Van Jones
Clashes among staff are common in the opening days of every administration, but they have seldom been so public and so pronounced this early. “This is a president who came to Washington vowing to shake up the establishment, and this is what it looks like. It’s going to be a little sloppy, there are going to be conflicts,” said Ari Fleischer, President George W. Bush’s first press secretary. All this is happening as Mr. Trump, a man of flexible ideology but fixed habits, adjusts to a new job, life and city. Cloistered in the White House, he now has little access to his fans and supporters — an important source of feedback and validation — and feels increasingly pinched by the pressures of the job and the constant presence of protests, one of the reasons he was forced to scrap a planned trip to Milwaukee last week. NYT
The media suffer the lowest approval numbers in nearly a half-century. In a recent Emerson College poll, 49 percent of American voters termed the Trump administration “truthful”; yet only 39 percent believed the same about the news media. Every president needs media audit. The role of journalists in a free society is to act as disinterested censors of government power—neither going on witch-hunts against political opponents nor deifying ideological fellow-travelers. Sadly, the contemporary mainstream media—the major networks (ABC, CBS, NBC, CNN), the traditional blue-chip newspapers (Washington Post, New York Times), and the public affiliates (NPR, PBS)—have lost credibility. They are no more reliable critics of President Trump’s excesses than they were believable cheerleaders for Barack Obama’s policies. Trump may have a habit of exaggeration and gratuitous feuding that could cause problems with his presidency. But we would never quite know that from the media. In just his first month in office, reporters have already peddled dozens of fake news stories designed to discredit the President—to such a degree that little they now write or say can be taken at face value. No, Trump did not have any plans to invade Mexico, as Buzzfeed and the Associated Press alleged. No, Trump’s father did not run for Mayor of New York by peddling racist television ads, as reported by Sidney Blumenthal. No, there were not mass resignations at the State Department in protest of its new leaders, as was reported by the Washington Post. No, Trump’s attorney did not cut a deal with the Russians in Prague. Nor did Trump indulge in sexual escapades in Moscow. Buzzfeed again peddled those fake news stories. No, a supposedly racist Trump did not remove the bust of Martin Luther King Jr. from the White House, as a Time Magazine reporter claimed. No, election results in three states were not altered by hackers or computer criminals to give Trump the election, as implied by New York Magazine. No, Michael Flynn did not tweet that he was a scapegoat. That was a media fantasy endorsed by Nancy Pelosi. (…) We would like to believe writers for the New York Times or Washington Post when they warn us about the new president’s overreach. But how can we do so when they have lost all credibility—either by colluding with the Obama presidency and the Hillary Clinton campaign, or by creating false narratives to ensure that Trump fails? (…) There are various explanations for the loss of media credibility. First, the world of New York and Washington DC journalism is incestuous. Reporters share a number of social connections, marriages, and kin relationships with liberal politicians, making independence nearly culturally impossible. More importantly, the election in 2008 of Barack Obama marked a watershed, when a traditionally liberal media abandoned prior pretenses of objectivity and actively promoted the candidacy and presidency of their preferred candidate. The media practically pronounced him god, the smartest man ever to enter the presidency, and capable of creating electric sensations down the legs of reporters. (…)  Obama, as the first African-American president—along with his progressive politics that were to the left of traditional Democratic policies—enraptured reporters who felt disinterested coverage might endanger what otherwise was a rare and perhaps not-to-be-repeated moment. We are now in a media arena where there are no rules. The New York Times is no longer any more credible than talk radio; CNN—whose reporters have compared Trump to Hitler and gleefully joked about his plane crashing—should be no more believed than a blogger’s website. Buzzfeed has become like the National Inquirer. Trump now communicates, often raucously and unfiltered, directly with the American people, to ensure his message is not distorted and massaged by reporters who have a history of doing just that. Unfortunately, it is up to the American people now to audit their own president’s assertions. The problem is not just that the media is often not reliable, but that it is predictably unreliable. It has ceased to exist as an auditor of government. Ironically the media that sacrificed its reputation to glorify Obama and demonize Trump has empowered the new President in a way never quite seen before. At least for now, Trump can say or do almost anything he wishes without media scrutiny—given that reporters have far less credibility than does Trump. Trump is the media’s Nemesis—payback for its own hubris. Victor Davis Hanson
To the losers of globalization, the half-employed, and the hopelessly deplorable and irredeemable, lectures from the Republican establishment about reductions in capital-gain taxes, more free-trade agreements, and de facto amnesties, were never going to win the Electoral College the way that Trump did when he used the plural personal pronoun (“We love our miners, farmers, vets”) and promised to jawbone industries to help rust-belt workers. The final irony? The supposedly narcissistic and self-absorbed Trump ran a campaign that addressed in undeniably sincere fashion the dilemmas of a lost hinterland. And he did so after supposedly more moral Republicans had all but written off the rubes as either politically irrelevant or beyond the hope of salvation in a globalized world. How a brutal Manhattan developer, who thrived on self-centered controversy and even scandal, proved singularly empathetic to millions of the forgotten is apparently still not fully understood. Victor Davis Hanson
In its most recent attack on Donald Trump and his supporters by the Wall Street Journal editorial page, one of its leading columnists, Peggy Noonan, asserted that Trump supporters are historically inaccurate in comparing Trump to the late President. She described Trump-Reagan comparisons as “desperate” and those who draw them as “idiots” and historical “illiterates.” She questions the level of competence of Trump but ignores that Reagan was also regarded as grossly incompetent — by media and GOP establishment hard-losers and spoilers, not Republican voters —and especially dangerous in foreign policy, which, presumably, only elites can understand foreign. Reagan was depicted as some sort of cowboy B-rated-film-star yahoo and loose cannon by the “chattering class” of 1980, one who might be tolerable as a governor, but who was definitely not sophisticated enough to comprehend let alone conduct foreign policy. Peggy Noonan relates in her column an adoring revisionist depiction of Ronald Reagan, as he has come to be appreciated today in the retrospective light of history. The Ronald Reagan she summons to make her case, however, is far from the Ronald Reagan of historical accuracy. The Ronald Reagan of the 1970s and 1980s was derided as inept and a potential disaster by status quo apologists, much as Donald Trump is being mocked today. (…) Like Donald Trump, Ronald Reagan was an entrepreneur – an aspiring broadcast sports reporter and film actor. He had to face the brutal competition of Hollywood, a place in which most aspirants to stardom failed. He started by himself, by selling his brand, just as Donald Trump started building hotels and golf courses by himself, also selling his brand (and did not squander his money, as young people from means often do, but multiplied it a thousand fold – and more — making the correct plans and decisions in difficult situations, and plain hard work). Reagan had to sell himself as a labor union leader, too – to character actors and extras in the movie industry, not just stars. He was not involved with any governmental entity early in his career. Later, he worked for General Electric, one of the largest capitalist success stories in the U.S. at the time. Before he became governor of California, he was a man of business in the entertainment industry, climbing up the ladder of success in radio, movies, and television completely on his own. Ronald Reagan believed in free market capitalism and would have been deeply impressed, I believe, by the business accomplishments and acumen of Donald Trump. Ronald Reagan knew the core greatness of the U.S. lies not in government and the wisdom of professional politicians but in that very private sector in which Donald Trump has thrived and achieved an extraordinary level of success. Donald Trump’s children, obviously well brought up, appear to be following in his footsteps. (…) Ronald Reagan knew the sting of being called a “light weight” movie star, a graduate of rural Midwestern Eureka College which no one among the elite had ever heard of. And doubtless ad hominem attacks detracted from, and damaged in some respects, his core message of more limited government and defeat of the Soviet empire. But he persisted despite the snide heckling of the arrogant establishment of the time, and he communicated his message honestly and directly – and, turns out, successfully — to the American people, thereby, accomplishing much good for the nation. Yes, and he also gave wings to a powerful political force, conservatism, which today, I suggest, finds its relevant fresh champion, however odd and imperfect the fit might seem at times, in the likes of a populist New York billionaire businessman who has a propensity to communicate his message of a better life and more secure future for Americans, directly and honestly, and with conviction, to the American body politic. Ronald Reagan as President of the United States? NEVER, they said. But the people voted, the nation spoke, and so, they were wrong. Today, despite differences over style and some issues, one thing we can all agree on: Hillary Clinton is no Ronald Reagan.  Ambassador Faith Whittlesey
Trump is a unique figure in American political history, but the nature of his singularity is not necessarily appreciated. He appalls people on both ends of the spectrum because his behavior and statements are not what we expect from our political leaders. His vulgarity, lack of impulse control, and willingness to ignore the truth and to spew abuse at anyone who criticizes him are — in the context of normative conduct among our power elites, let alone polite society — abnormal. His stubborn refusal to conform to conventional ideas about how leaders should behave still shocks those who consider themselves the gatekeepers of American politics. It isn’t so much that Trump is wrong on the issues in the eyes of those gatekeepers; it’s that they think his behavior makes him unfit for the presidency. While we give lip service to the notion that class distinctions shouldn’t matter, what is truly galling about Trump is that he won’t bow to the expectations of the powerful; instead, he has refused to assimilate into their culture. When they suggest that democracy is failing or accuse of Trump of being authoritarian or even anti-Semitic, what they are really doing is voicing dismay at the way he breaks the rules they hold sacred. What they are not doing is credibly asserting that he is a threat. But Trump’s refusal to live by the behavioral rules of our governing class heightens his appeal to many Americans who are sick of conventional politicians and the culture that produced them. He is a living, breathing rebuke to the deadening hand of political correctness that has gained such a grip on public discourse for just about everyone except Donald Trump. (…) Trump didn’t come to politics through the usual paths of law school, issues advocacy, or low-level political involvement, during the course of which standard-issue politicians learn how to behave in the manner we expect from members of the governing and chattering classes. He comes from great wealth and attended elite institutions, but he is the product of outer-borough New York, with its chip-on-the-shoulder sensibility, and the rough-and-tumble of the real-estate business. He spent the decades before his presidential campaign running a high-stakes business that placed him in the unorthodox worlds of the gaming industry and entertainment, not the corridors of political power. His niche was in celebrity culture, where people who more or less own permanent space in the gossip pages of New York tabloids, as Trump did throughout much of his adult life, might mix with those who run the country and sometimes donate to their campaigns but are not considered their peers. It might seem odd to claim that a billionaire who lived in a gold-plated Fifth Avenue penthouse has more in common with blue-collar Americans than with the country’s elites. But this is exactly the way Trump is perceived; it is also the way he acts. Despite the vituperation against his immigration policies or the effort to inflate alleged Russian connections into a new Watergate, it is this class factor that is at the heart of anti-Trump sentiment. If you are a member of our educated professional classes, Trump’s manners and statements appall you no matter where you stand on the political spectrum. They might also lead you to believe that his refusal to abide by the accepted rules of public discourse constitutes an encouragement of bigots — the tiny number of Americans who dwell in the political fever swamps and think Trump’s intemperate statements echo their own hate. But the belief that Trump is “dog whistling” to hate groups makes his critics largely blind to their own misjudgment: They cannot distinguish between, on one hand, their disgust with his manners and, on the other, policy disagreements with Trump, even though he is advocating either traditional conservative beliefs or populist stands that are likely to generate significant support across the political spectrum. Tuesday’s speech to Congress was not the beginning of the “pivot” that pundits have talked about since he started running for president. Trump will always be Trump in that he will never entirely conform to the cultural norms of the governing class, and its members within the media and the bureaucracy will continue trying to undermine him every chance they get. Yet his performance illustrates that he can also play the Washington game. And he can play it in a manner that could marginalize those who are still convulsed by the mad rage he generates in those who are offended by his conduct. Stories about Trump’s alleged ties to Russia help Democrats keep the national conversation focused on the administration’s illegitimacy. As long as such stories are front and center, Democrats can avoid confronting the source of their anger at him. Yet the shock when he speaks in a way that reassures the country that he can govern — as he did in Congress –unnerves his opponents because it illustrates that he can transcend class differences. And it’s Trump’s non-elite class affiliations that make them think they can eventually cast him out of power without having to appeal to the voters who put him in the White House. Unless the Russia stories become a genuine scandal that undoes his administration, a few more such presidential moments point the way to a Trump presidency that could be more successful than either his liberal or conservative critics could have imagined. Jonathan S. Tobin
Reagan’s and Trump’s opposing styles belie their similarities of substance. Both have marketed the same brand of outrage to the same angry segments of the electorate, faced the same jeering press, attracted some of the same battlefront allies (Roger Stone, Paul Manafort, Phyllis Schlafly), offended the same elites (including two generations of Bushes), outmaneuvered similar political adversaries, and espoused the same conservative populism built broadly on the pillars of jingoistic nationalism, nostalgia, contempt for Washington, and racial resentment. They’ve even endured the same wisecracks about their unnatural coiffures. (…) Though Reagan’s 1980 campaign slogan (“Let’s Make America Great Again”) is one word longer than Trump’s, that word reflects a contrast in their personalities — the avuncular versus the autocratic — but not in message. Reagan’s apocalyptic theme, “The Empire is in decline,” is interchangeable with Trump’s, even if the Gipper delivered it with a smile.  (…) Grassroots Republicans, whom Reagan had been courting for years with speeches, radio addresses, and opinion pieces beneath the mainstream media’s radar, were indeed in his camp. But aside from a lone operative (John Sears) (…) “the other major GOP players — especially Easterners and moderates — thought Reagan was a certified yahoo.” (…) Only a single Republican senator, Paul Laxalt of Nevada, signed on to Reagan’s presidential quest from the start, a solitary role that has been played in the Trump campaign by Jeff Sessions of Alabama. What put off Reagan’s fellow Republicans will sound very familiar. He proposed an economic program — 30 percent tax cuts, increased military spending, a balanced budget — whose math was voodoo and then some. He prided himself on not being “a part of the Washington Establishment” and mocked Capitol Hill’s “buddy system” and its collusion with “the forces that have brought us our problems—the Congress, the bureaucracy, the lobbyists, big business, and big labor.” He kept a light campaign schedule, regarded debates as optional, wouldn’t sit still to read briefing books, and often either improvised his speeches or worked off index cards that contained anecdotes and statistics gleaned from Reader’s Digest and the right-wing journal Human Events — sources hardly more elevated or reliable than the television talk shows and tabloids that feed Trump’s erroneous and incendiary pronouncements. Like Trump but unlike most of his (and Trump’s) political rivals, Reagan was accessible to the press and public. His spontaneity in give-and-takes with reporters and voters played well but also gave him plenty of space to disgorge fantasies and factual errors so prolific and often outrageous that he single-handedly made the word gaffe a permanent fixture in America’s political vernacular. He confused Pakistan with Afghanistan. He claimed that trees contributed 93 percent of the atmosphere’s nitrous oxide and that pollution in America was “substantially under control” even as his hometown of Los Angeles was suffocating in smog. He said that the “finest oil geologists in the world” had found that there were more oil reserves in Alaska than Saudi Arabia. He said the federal government spent $3 for each dollar it distributed in welfare benefits, when the actual amount was 12 cents. He also mythologized his own personal history in proto-Trump style. As Garry Wills has pointed out, Reagan referred to himself as one of “the soldiers who came back” when speaking plaintively of his return to civilian life after World War II — even though he had come back only from Culver City, where his wartime duty was making Air Force films at the old Hal Roach Studio. Once in office, he told the Israeli prime minister Yitzhak Shamir that he had filmed the liberated Nazi death camps, when in reality he had not seen them, let alone (as he claimed) squirreled away a reel of film as an antidote to potential Holocaust deniers. For his part, Trump has purported that his enrollment at the New York Military Academy, a prep school, amounted to Vietnam-era military service, and has borne historical witness to the urban legend of “thousands and thousands” of Muslims in Jersey City celebrating the 9/11 attacks. Even when these ruses are exposed, Trump follows the Reagan template of doubling down on mistakes rather than conceding them. Nor was Reagan a consistent conservative. He deviated from party orthodoxy to both the left and the right. He had been by his own account a “near hopeless hemophilic liberal” for much of his adult life, having campaigned for Truman in 1948 and for Helen Gahagan Douglas in her senatorial race against Nixon in California in 1950. He didn’t switch his registration to Republican until he was 51. As California governor, he signed one of America’s strongest gun-control laws and its most liberal abortion law (both in 1967). His vocal opposition helped kill California’s 1978 Briggs Initiative, which would have banned openly gay teachers at public schools. As a 1980 presidential candidate, he flip-flopped to endorse bailouts for both New York City and the Chrysler Corporation. Reagan may be revered now as a free-trade absolutist in contrast to Trump, but in that winning campaign he called for halting the “deluge” of Japanese car imports raining down on Detroit. “If Japan keeps on doing everything that it’s doing, what they’re doing, obviously, there’s going to be what you call protectionism,” he said. Republican leaders blasted Reagan as a trigger-happy warmonger. Much as Trump now threatens to downsize NATO and start a trade war with China, so Reagan attacked Ford, the sitting Republican president he ran against in the 1976 primary, and Henry Kissinger for their pursuit of the bipartisan policies of détente and Chinese engagement. The sole benefit of détente, Reagan said, was to give America “the right to sell Pepsi-Cola in Siberia.” For good measure, he stoked an international dispute by vowing to upend a treaty ceding American control over the Panama Canal. “We bought it, we paid for it, it’s ours, and we’re going to keep it!” he bellowed with an America First truculence reminiscent of Trump’s calls for our allies to foot the bill for American military protection. Even his own party’s hawks, like William F. Buckley Jr. and his pal John Wayne, protested. Goldwater, of all people, inveighed against Reagan’s “gross factual errors” and warned he might “take rash action” and “needlessly lead this country into open military conflict.” Trump’s signature cause of immigration was not a hot-button issue during Reagan’s campaigns. In the White House, he signed a bill granting “amnesty” (Reagan used the now politically incorrect word) to 1.7 million undocumented immigrants. But if Reagan was free of Trump’s bigoted nativism, he had his own racially tinged strategy for wooing disaffected white working-class Americans fearful that liberals in government were bestowing favors on freeloading, lawbreaking minorities at their expense. Taking a leaf from George Wallace’s populist campaigns, Reagan scapegoated “welfare chiselers” like the nameless “strapping young buck” he claimed used food stamps to buy steak. His favorite villain was a Chicago “welfare queen” who, in his telling, “had 80 names, 30 addresses, and 12 Social Security cards, and is collecting veterans’ benefits on four nonexistent deceased husbands” to loot the American taxpayer of over $150,000 of “tax-free cash income” a year. Never mind that she was actually charged with using four aliases and had netted $8,000: Reagan continued to hammer in this hyperbolic parable with a vengeance that rivals Trump’s insistence that Mexico will pay for a wall to fend off Hispanic rapists. The Republican elites of Reagan’s day were as blindsided by him as their counterparts have been by Trump. Though Reagan came close to toppling the incumbent president at the contested Kansas City convention in 1976, the Ford forces didn’t realize they could lose until the devil was at the door. A “President Ford Committee” campaign statement had maintained that Reagan could “not defeat any candidate the Democrats put up” because his “constituency is much too narrow, even within the Republican party” and because he lacked “the critical national and international experience that President Ford has gained through 25 years of public service.” In Ford’s memoirs, written after he lost the election to Jimmy Carter, he wrote that he hadn’t taken the Reagan threat seriously because he “didn’t take Reagan seriously.” Reagan, he said, had a “penchant for offering simplistic solutions to hideously complex problems” and a stubborn insistence that he was “always right in every argument.” Even so, a Ford-campaign memo had correctly identified one ominous sign during primary season: a rising turnout of Reagan voters who were “not loyal Republicans or Democrats” and were “alienated from both parties because neither takes a sympathetic view toward their issues.” To these voters, the disdain Reagan drew from the GOP elites was a badge of honor. During the primary campaign, Times columnist William Safire reported with astonishment that Kissinger’s speeches championing Ford and attacking Reagan were helping Reagan, not Ford — a precursor of how attacks by Trump’s Establishment adversaries have backfired 40 years later. Much of the press was slow to catch up, too. A typical liberal-Establishment take on Reagan could be found in Harper’s, which called him Ronald Duck, “the Candidate from Disneyland.” That he had come to be deemed “a serious candidate for president,” the magazine intoned, was “a shame and embarrassment for the country.” But some reporters who tracked Reagan on the campaign trail sensed that many voters didn’t care if he came from Hollywood, if his policies didn’t add up, if his facts were bogus, or if he was condescended to by Republican leaders or pundits. As Elizabeth Drew of The New Yorker observed in 1976, his appeal “has to do not with competence at governing but with the emotion he evokes.” As she put it, “Reagan lets people get out their anger and frustration, their feeling of being misunderstood and mishandled by those who have run our government, their impatience with taxes and with the poor and the weak, their impulse to deal with the world’s troublemakers by employing the stratagem of a punch in the nose.” The power of that appeal was underestimated by his Democratic foes in 1980 even though Carter, too, had run as a populist and attracted some Wallace voters when beating Ford in 1976.  (…) Voters wanted to “follow some authority figure,” he theorized — a “leader who can take charge with authority; return a sense of discipline to our government; and, manifest the willpower needed to get this country back on track.” Or at least a leader from outside Washington, like Reagan and now Trump, who projects that image (“You’re fired!”) whether he has the ability to deliver on it or not. (…) Were Trump to gain entry to the White House, it’s impossible to say whether he would or could follow Reagan’s example and function within the political norms of Washington. His burlesque efforts to appear “presidential” are intended to make that case: His constant promise to practice “the art of the deal” echoes Reagan’s campaign boast of having forged compromises with California’s Democratic legislature while governor. More likely a Trump presidency would be the train wreck largely predicted, an amalgam of the blunderbuss shoot-from-the-hip recklessness of George W. Bush and the randy corruption of Warren Harding, both of whom were easily manipulated by their own top brass. The love child of Hitler and Mussolini Trump is not. He lacks the discipline and zeal to be a successful fascist. The good news for those who look with understandable horror on the prospect of a Trump victory is that the national demographic math is different now from Reagan’s day. The nonwhite electorate, only 12 percent in 1980, was 28 percent in 2012 and could hit 30 percent this year. Few number crunchers buy the Trump camp’s spin that the GOP can reclaim solidly Democratic territory like Pennsylvania and Michigan — states where many white working-class voters, soon to be christened “Reagan Democrats,” crossed over to vote Republican in Reagan’s 1984 landslide. Many of those voters are dead; their epicenter, Macomb County, Michigan, was won by Barack Obama in 2008. Nor is there now the ’70s level of discontent that gave oxygen to Reagan’s insurgency. President Obama’s approval numbers are lapping above 50 percent. Both unemployment and gas prices are low, hardly the dire straits of Carter’s America. Trump’s gift for repelling women would also seem to be an asset for Democrats, creating a gender gap far exceeding the one that confronted Reagan, who was hostile to the Equal Rights Amendment. And yet, to quote the headline of an Economist cover story on Reagan in 1980: It’s time to think the unthinkable. Trump and Bernie Sanders didn’t surge in a vacuum. This is a volatile nation. Polls consistently find that some two-thirds of the country thinks the country is on the wrong track. The economically squeezed middle class rightly feels it has been abandoned by both parties. The national suicide rate is at a 30-year high. Anything can happen in an election where the presumptive candidates of both parties are loathed by a majority of their fellow Americans, a first in the history of modern polling. It’s not reassuring that some of those minimizing Trump’s chances are the experts who saw no path for Trump to the Republican nomination. There could be a July surprise in which party divisions capsize the Democratic convention rather than, as once expected, the GOP’s. An October surprise could come in the form of a terrorist incident that panics American voters much as the Iranian hostage crisis is thought to have sealed Carter’s doom in 1980. Frank Rich
Et si comme le Ronald avant lui le Donald faisait un bon président ?
Même âge avancé, même situation maritale douteuse, même orange décrié des cheveux teints, (quasi) identique slogan de campagne, même passage dans le monde du spectacle, mêmes changements d’étiquettes politiques, même opposition y compris des caciques de son propre parti, même succession à une présidence faible et largement catastrophique, mêmes moqueries continuelles, (quasi) identique surnom dévalorisant, menaces d’assassinat, même retrait du diner annuel des correspondants  …
A l’heure où malgré un premier discours au Congrès pour une fois salué par tous
Vite éclipsé certes par ses allégations sur la surveillance de ses communications pendant sa campagne électorale de la part d’une Administration Obama …

Qui en son temps n’avait pas hésité à lancer le fisc sur ses ennemis ou faire écouter certains journalistes …

Se confirme, jour après jour et fuite après fuite, la véritable campagne de déstabilisation de la nouvelle administration américaine par la collusion des services secrets et de la presse …

Qui se souvient encore …
Contrastant avec l’étrange complaisance qui avait accueilli son prédécesseur …
Et au-delà d’une évidente différence d’expérience politique et de style …
Des moqueries et de l’opposition qu’avait attiré lui aussi à ses débuts …

Jusqu’à une tentative d’assassinat le privant notamment pour la première fois d’assister au fameux diner annuel des correspondants

Avant de devenir le président respecté des historiens aujourd’hui…
Celui que l’on qualifiait alors méchamment de… « le Ronald » ?
Ronald Reagan Was Once Donald Trump
What The Donald Shares With The Ronald
The Trump candidacy looks a lot more like Reagan’s than anyone might care to notice
Frank Rich
NY magazine
June 1, 2016
In an election cycle that has brought unending surprises, let it be said that one time-honored tradition has been upheld: the Republican presidential contenders’ quadrennial tug-of-war to seize the mantle of Ronald Reagan. John Kasich, gesturing toward the Air Force One on display at the Reagan-library debate, said, « I think I actually flew on this plane with Ronald Reagan when I was a congressman. » Rand Paul claimed to have met Reagan as a child; Ben Carson said he switched parties because of Reagan; Chris Christie said he cast his first vote for Reagan; Ted Cruz cheered Reagan for having defeated Soviet Communism and vowed, for nonsensical good measure, to « do the same thing. » And then there was Donald Trump, never one to be outdone by the nobodies in any competition. « I helped him, » he said of Reagan on NBC last fall. « I knew him. He liked me and I liked him. »The Reagan archives show no indication that the two men had anything more than a receiving-line acquaintanceship; Trump doesn’t appear in the president’s voluminous diaries. But of all the empty boasts that have marked Trump’s successful pursuit of the Republican nomination, his affinity to Reagan may have the most validity and the most pertinence to 2016. To understand how Trump has advanced to where he is now, and why he has been underestimated at almost every step, and why he has a shot at vanquishing Hillary Clinton in November, few road maps are more illuminating than Reagan’s unlikely path to the White House. One is almost tempted to say that Trump has been studying the Reagan playbook — but to do so would be to suggest that he actually might have read a book, another Trumpian claim for which there is scant evidence.

Before the fierce defenders of the Reagan faith collapse into seizures at the bracketing of their hero with the crudest and most vacuous presidential candidate in human memory, let me stipulate that I am not talking about Reagan the president in drawing this parallel, or about Reagan the man. I am talking about Reagan the candidate, the canny politician who, after a dozen years of failed efforts attended by nonstop ridicule, ended up leading the 1980 GOP ticket at the same age Trump is now (69) and who, like his present-day counterpart, was best known to much of the electorate up until then as a B-list show-business personality.

It’s true that Reagan, unlike Trump, did hold public office before seeking the presidency (though he’d been out of government for six years when he won). But Trump would no doubt argue that his executive experience atop the august Trump Organization more than compensates for Reagan’s two terms in Sacramento. (Trump would also argue, courtesy of Arnold Schwarzenegger, that serving as governor of California is merely a bush-league audition for the far greater responsibilities of hosting Celebrity Apprentice.) It’s also true that Reagan forged a (fairly) consistent ideology to address late-20th-century issues that are no longer extant: the Cold War, a federal government that feasted on a top income-tax bracket of 70 percent, and runaway inflation. Trump has no core conviction beyond gratifying his own bottomless ego.

Remarkably, though, the Reagan model has proved quite adaptable both to Trump and to our different times. Trump’s tenure as an NBC reality-show host is comparable to Reagan’s stint hosting the highly rated but disposable General Electric Theater for CBS in the Ed Sullivan era. Trump’s embarrassing turn as a supporting player in a 1990 Bo Derek movie (Ghosts Can’t Do It) is no more egregious than Reagan’s starring opposite a chimp in Hollywood’s Bedtime for Bonzo of 1951. While Trump has owned tacky, bankrupt casinos in Atlantic City, Reagan was a mere casino serf — the emcee of a flop nightclub revue featuring barbershop harmonizing and soft-shoe dancing at the Frontier Hotel in Las Vegas in 1954. While Trump would be the first president to have been married three times, here, too, he is simply updating his antecedent, who broke a cultural barrier by becoming the first White House occupant to have divorced and remarried. Neither Reagan nor Trump paid any price with the Evangelical right for deviations from the family-values norm; they respectively snared the endorsements of Jerry Falwell and Jerry Falwell Jr.

Reflecting the contrasting pop cultures of their times, Reagan’s and Trump’s performance styles are antithetical. Reagan’s cool persona of genial optimism was forged by his stints as a radio baseball broadcaster and a movie-studio utility player, and finally by his emergence on television when it was ruled by the soothing suburban patriarchs of Ozzie and Harriet, Father Knows Best, and Leave It to Beaver. Trump’s hot shtick, his scowling bombast and put-downs, is tailor-made for a culture that favors conflict over consensus, musical invective over easy listening, and exhibitionism over decorum in prime time. The two men’s representative celebrity endorsers — Jimmy Stewart and Pat Boone for Reagan, Hulk Hogan and Bobby Knight for Trump — belong to two different American civilizations.

But Reagan’s and Trump’s opposing styles belie their similarities of substance. Both have marketed the same brand of outrage to the same angry segments of the electorate, faced the same jeering press, attracted some of the same battlefront allies (Roger Stone, Paul Manafort, Phyllis Schlafly), offended the same elites (including two generations of Bushes), outmaneuvered similar political adversaries, and espoused the same conservative populism built broadly on the pillars of jingoistic nationalism, nostalgia, contempt for Washington, and racial resentment. They’ve even endured the same wisecracks about their unnatural coiffures. “Governor Reagan does not dye his hair,” said Gerald Ford at a Gridiron Dinner in 1974. “He is just turning prematurely orange.” Though Reagan’s 1980 campaign slogan (“Let’s Make America Great Again”) is one word longer than Trump’s, that word reflects a contrast in their personalities — the avuncular versus the autocratic — but not in message. Reagan’s apocalyptic theme, “The Empire is in decline,” is interchangeable with Trump’s, even if the Gipper delivered it with a smile.

Craig Shirley, a longtime Republican political consultant and Reagan acolyte, has written authoritative books on the presidential campaigns of 1976 and 1980 that serve as correctives to the sentimental revisionist history that would have us believe that Reagan was cheered on as a conquering hero by GOP elites during his long climb to national power. To hear the right’s triumphalism of recent years, you’d think that only smug Democrats were appalled by Reagan while Republicans quickly recognized that their party, decimated by Richard Nixon and Watergate, had found its savior.

Grassroots Republicans, whom Reagan had been courting for years with speeches, radio addresses, and opinion pieces beneath the mainstream media’s radar, were indeed in his camp. But aside from a lone operative (John Sears), Shirley wrote, “the other major GOP players — especially Easterners and moderates — thought Reagan was a certified yahoo.” By his death in 2004, “they would profess their love and devotion to Reagan and claim they were there from the beginning in 1974, which was a load of horse manure.” Even after his election in 1980, Shirley adds, “Reagan was never much loved” by his own party’s leaders. After GOP setbacks in the 1982 midterms, “a Republican National Committee functionary taped a piece of paper to her door announcing the sign-up for the 1984 Bush for President campaign.”

Shirley’s memories are corroborated by reportage contemporaneous with Reagan’s last two presidential runs. (There was also an abortive run in 1968.) A poll in 1976 found that 90 percent of Republican state chairmen judged Reagan guilty of “simplistic approaches,” with “no depth in federal government administration” and “no experience in foreign affairs.” It was little different in January 1980, when a U.S. News and World Report survey of 475 national and state Republican chairmen found they preferred George H.W. Bush to Reagan. One state chairman presumably spoke for many when he told the magazine that Reagan’s intellect was “thinner than spit on a slate rock.” As Rick Perlstein writes in The Invisible Bridge, the third and latest volume of his epic chronicle of the rise of the conservative movement, both Nixon and Ford dismissed Reagan as a lightweight. Barry Goldwater endorsed Ford over Reagan in 1976 despite the fact that Reagan’s legendary speech on behalf of Goldwater’s presidential campaign in October 1964, “A Time for Choosing,” was the biggest boost that his kamikaze candidacy received. Only a single Republican senator, Paul Laxalt of Nevada, signed on to Reagan’s presidential quest from the start, a solitary role that has been played in the Trump campaign by Jeff Sessions of Alabama.

What put off Reagan’s fellow Republicans will sound very familiar. He proposed an economic program — 30 percent tax cuts, increased military spending, a balanced budget — whose math was voodoo and then some. He prided himself on not being “a part of the Washington Establishment” and mocked Capitol Hill’s “buddy system” and its collusion with “the forces that have brought us our problems—the Congress, the bureaucracy, the lobbyists, big business, and big labor.” He kept a light campaign schedule, regarded debates as optional, wouldn’t sit still to read briefing books, and often either improvised his speeches or worked off index cards that contained anecdotes and statistics gleaned from Reader’s Digest and the right-wing journal Human Events — sources hardly more elevated or reliable than the television talk shows and tabloids that feed Trump’s erroneous and incendiary pronouncements.

Like Trump but unlike most of his (and Trump’s) political rivals, Reagan was accessible to the press and public. His spontaneity in give-and-takes with reporters and voters played well but also gave him plenty of space to disgorge fantasies and factual errors so prolific and often outrageous that he single-handedly made the word gaffe a permanent fixture in America’s political vernacular. He confused Pakistan with Afghanistan. He claimed that trees contributed 93 percent of the atmosphere’s nitrous oxide and that pollution in America was “substantially under control” even as his hometown of Los Angeles was suffocating in smog. He said that the “finest oil geologists in the world” had found that there were more oil reserves in Alaska than Saudi Arabia. He said the federal government spent $3 for each dollar it distributed in welfare benefits, when the actual amount was 12 cents.

He also mythologized his own personal history in proto-Trump style. As Garry Wills has pointed out, Reagan referred to himself as one of “the soldiers who came back” when speaking plaintively of his return to civilian life after World War II — even though he had come back only from Culver City, where his wartime duty was making Air Force films at the old Hal Roach Studio. Once in office, he told the Israeli prime minister Yitzhak Shamir that he had filmed the liberated Nazi death camps, when in reality he had not seen them, let alone (as he claimed) squirreled away a reel of film as an antidote to potential Holocaust deniers. For his part, Trump has purported that his enrollment at the New York Military Academy, a prep school, amounted to Vietnam-era military service, and has borne historical witness to the urban legend of “thousands and thousands” of Muslims in Jersey City celebrating the 9/11 attacks. Even when these ruses are exposed, Trump follows the Reagan template of doubling down on mistakes rather than conceding them.

Nor was Reagan a consistent conservative. He deviated from party orthodoxy to both the left and the right. He had been by his own account a “near hopeless hemophilic liberal” for much of his adult life, having campaigned for Truman in 1948 and for Helen Gahagan Douglas in her senatorial race against Nixon in California in 1950. He didn’t switch his registration to Republican until he was 51. As California governor, he signed one of America’s strongest gun-control laws and its most liberal abortion law (both in 1967). His vocal opposition helped kill California’s 1978 Briggs Initiative, which would have banned openly gay teachers at public schools. As a 1980 presidential candidate, he flip-flopped to endorse bailouts for both New York City and the Chrysler Corporation. Reagan may be revered now as a free-trade absolutist in contrast to Trump, but in that winning campaign he called for halting the “deluge” of Japanese car imports raining down on Detroit. “If Japan keeps on doing everything that it’s doing, what they’re doing, obviously, there’s going to be what you call protectionism,” he said.

Republican leaders blasted Reagan as a trigger-happy warmonger. Much as Trump now threatens to downsize NATO and start a trade war with China, so Reagan attacked Ford, the sitting Republican president he ran against in the 1976 primary, and Henry Kissinger for their pursuit of the bipartisan policies of détente and Chinese engagement. The sole benefit of détente, Reagan said, was to give America “the right to sell Pepsi-Cola in Siberia.” For good measure, he stoked an international dispute by vowing to upend a treaty ceding American control over the Panama Canal. “We bought it, we paid for it, it’s ours, and we’re going to keep it!” he bellowed with an America First truculence reminiscent of Trump’s calls for our allies to foot the bill for American military protection. Even his own party’s hawks, like William F. Buckley Jr. and his pal John Wayne, protested. Goldwater, of all people, inveighed against Reagan’s “gross factual errors” and warned he might “take rash action” and “needlessly lead this country into open military conflict.”

Trump’s signature cause of immigration was not a hot-button issue during Reagan’s campaigns. In the White House, he signed a bill granting “amnesty” (Reagan used the now politically incorrect word) to 1.7 million undocumented immigrants. But if Reagan was free of Trump’s bigoted nativism, he had his own racially tinged strategy for wooing disaffected white working-class Americans fearful that liberals in government were bestowing favors on freeloading, lawbreaking minorities at their expense. Taking a leaf from George Wallace’s populist campaigns, Reagan scapegoated “welfare chiselers” like the nameless “strapping young buck” he claimed used food stamps to buy steak. His favorite villain was a Chicago “welfare queen” who, in his telling, “had 80 names, 30 addresses, and 12 Social Security cards, and is collecting veterans’ benefits on four nonexistent deceased husbands” to loot the American taxpayer of over $150,000 of “tax-free cash income” a year. Never mind that she was actually charged with using four aliases and had netted $8,000: Reagan continued to hammer in this hyperbolic parable with a vengeance that rivals Trump’s insistence that Mexico will pay for a wall to fend off Hispanic rapists.

The Republican elites of Reagan’s day were as blindsided by him as their counterparts have been by Trump. Though Reagan came close to toppling the incumbent president at the contested Kansas City convention in 1976, the Ford forces didn’t realize they could lose until the devil was at the door. A “President Ford Committee” campaign statement had maintained that Reagan could “not defeat any candidate the Democrats put up” because his “constituency is much too narrow, even within the Republican party” and because he lacked “the critical national and international experience that President Ford has gained through 25 years of public service.” In Ford’s memoirs, written after he lost the election to Jimmy Carter, he wrote that he hadn’t taken the Reagan threat seriously because he “didn’t take Reagan seriously.” Reagan, he said, had a “penchant for offering simplistic solutions to hideously complex problems” and a stubborn insistence that he was “always right in every argument.” Even so, a Ford-campaign memo had correctly identified one ominous sign during primary season: a rising turnout of Reagan voters who were “not loyal Republicans or Democrats” and were “alienated from both parties because neither takes a sympathetic view toward their issues.” To these voters, the disdain Reagan drew from the GOP elites was a badge of honor. During the primary campaign, Times columnist William Safire reported with astonishment that Kissinger’s speeches championing Ford and attacking Reagan were helping Reagan, not Ford — a precursor of how attacks by Trump’s Establishment adversaries have backfired 40 years later.

Much of the press was slow to catch up, too. A typical liberal-Establishment take on Reagan could be found in Harper’s, which called him Ronald Duck, “the Candidate from Disneyland.” That he had come to be deemed “a serious candidate for president,” the magazine intoned, was “a shame and embarrassment for the country.” But some reporters who tracked Reagan on the campaign trail sensed that many voters didn’t care if he came from Hollywood, if his policies didn’t add up, if his facts were bogus, or if he was condescended to by Republican leaders or pundits. As Elizabeth Drew of The New Yorker observed in 1976, his appeal “has to do not with competence at governing but with the emotion he evokes.” As she put it, “Reagan lets people get out their anger and frustration, their feeling of being misunderstood and mishandled by those who have run our government, their impatience with taxes and with the poor and the weak, their impulse to deal with the world’s troublemakers by employing the stratagem of a punch in the nose.”

The power of that appeal was underestimated by his Democratic foes in 1980 even though Carter, too, had run as a populist and attracted some Wallace voters when beating Ford in 1976. By the time he was up for reelection, Carter was an unpopular incumbent presiding over the Iranian hostage crisis, gas shortages, and a reeling economy, yet surely the Democrats would prevail over Ronald Duck anyway. A strategic memo by Carter’s pollster, Patrick Caddell, laid out the campaign against Reagan’s obvious vulnerabilities with bullet points: “Is Reagan Safe? … Shoots From the Hip … Over His Head … What Are His Solutions?” But it was the strategy of Caddell’s counterpart in the Reagan camp, the pollster Richard Wirthlin, that carried the day with the electorate. Voters wanted to “follow some authority figure,” he theorized — a “leader who can take charge with authority; return a sense of discipline to our government; and, manifest the willpower needed to get this country back on track.” Or at least a leader from outside Washington, like Reagan and now Trump, who projects that image (“You’re fired!”) whether he has the ability to deliver on it or not.

What we call the Reagan Revolution was the second wave of a right-wing populist revolution within the GOP that had first crested with the Goldwater campaign of 1964. After Lyndon Johnson whipped Goldwater in a historic landslide that year, it was assumed that the revolution had been vanquished. The conventional wisdom was framed by James Reston of the Times the morning after Election Day: “Barry Goldwater not only lost the presidential election yesterday but the conservative cause as well.” But the conservative cause hardly lost a step after Goldwater’s Waterloo; it would soon start to regather its strength out West under Reagan. It’s the moderate wing of the party, the GOP of Nelson Rockefeller and George Romney and Henry Cabot Lodge and William Scranton, that never recovered and whose last, long-smoldering embers were finally extinguished with a Jeb Bush campaign whose high-water mark in the Republican primaries was 11 percent of the vote in New Hampshire.

Mitt Romney and his ilk are far more conservative than that previous generation of ancien régime Republicans. But the Romney crowd is not going to have a restoration after the 2016 election any more than his father’s crowd did post-1964 — regardless of whether Trump is buried in an electoral avalanche, as Goldwater was, or wins big, as Reagan did against both Carter and Walter Mondale. Trump is far more representative of the GOP base than all the Establishment conservatives who are huffing and puffing that he is betraying the conservative movement and the spirit of Ronald Reagan. When the Bush family announces it will skip the Cleveland convention, the mainstream media dutifully report it as significant news. But there’s little evidence that many grassroots Republicans now give a damn what any Bush has to say about Trump or much else.

The only conservative columnist who seems to recognize this reality remains Peggy Noonan, who worked in the Reagan White House. As she pointed out in Wall Street Journal columns this spring, conservatism as “defined the past 15 years by Washington writers and thinkers” (i.e., since George W. Bush’s first inauguration) — “a neoconservative, functionally open borders, slash-the-entitlements party” — appears no longer to have any market in the Republican base. A telling poll by Public Policy Polling published in mid-May confirmed that the current GOP Washington leadership is not much more popular than the departed John Boehner and Eric Cantor: Only 40 percent of Republicans approve of the job performance of Paul Ryan, the Establishment wonder boy whose conservative catechism Noonan summarized, while 44 percent disapprove. Only 14 percent of Republicans approve of Mitch McConnell. This is Trump’s party now, and it was so well before he got there. It’s the populist-white-conservative party that Goldwater and Reagan built, with a hefty intervening assist from Nixon’s southern strategy, not the atavistic country-club Republicanism whose few surviving vestiges had their last hurrahs in the administrations of Bush père and fils. The third wave of the Reagan Revolution is here to stay.

Were Trump to gain entry to the White House, it’s impossible to say whether he would or could follow Reagan’s example and function within the political norms of Washington. His burlesque efforts to appear “presidential” are intended to make that case: His constant promise to practice “the art of the deal” echoes Reagan’s campaign boast of having forged compromises with California’s Democratic legislature while governor. More likely a Trump presidency would be the train wreck largely predicted, an amalgam of the blunderbuss shoot-from-the-hip recklessness of George W. Bush and the randy corruption of Warren Harding, both of whom were easily manipulated by their own top brass. The love child of Hitler and Mussolini Trump is not. He lacks the discipline and zeal to be a successful fascist.

The good news for those who look with understandable horror on the prospect of a Trump victory is that the national demographic math is different now from Reagan’s day. The nonwhite electorate, only 12 percent in 1980, was 28 percent in 2012 and could hit 30 percent this year. Few number crunchers buy the Trump camp’s spin that the GOP can reclaim solidly Democratic territory like Pennsylvania and Michigan — states where many white working-class voters, soon to be christened “Reagan Democrats,” crossed over to vote Republican in Reagan’s 1984 landslide. Many of those voters are dead; their epicenter, Macomb County, Michigan, was won by Barack Obama in 2008. Nor is there now the ’70s level of discontent that gave oxygen to Reagan’s insurgency. President Obama’s approval numbers are lapping above 50 percent. Both unemployment and gas prices are low, hardly the dire straits of Carter’s America. Trump’s gift for repelling women would also seem to be an asset for Democrats, creating a gender gap far exceeding the one that confronted Reagan, who was hostile to the Equal Rights Amendment.

And yet, to quote the headline of an Economist cover story on Reagan in 1980: It’s time to think the unthinkable. Trump and Bernie Sanders didn’t surge in a vacuum. This is a volatile nation. Polls consistently find that some two-thirds of the country thinks the country is on the wrong track. The economically squeezed middle class rightly feels it has been abandoned by both parties. The national suicide rate is at a 30-year high. Anything can happen in an election where the presumptive candidates of both parties are loathed by a majority of their fellow Americans, a first in the history of modern polling. It’s not reassuring that some of those minimizing Trump’s chances are the experts who saw no path for Trump to the Republican nomination. There could be a July surprise in which party divisions capsize the Democratic convention rather than, as once expected, the GOP’s. An October surprise could come in the form of a terrorist incident that panics American voters much as the Iranian hostage crisis is thought to have sealed Carter’s doom in 1980.*

While I did not rule out the possibility that Trump could win the Republican nomination as his campaign took off after Labor Day last year, I wrote that he had “no chance of ascending to the presidency.” Meanwhile, he was performing an unintended civic service: His bull-in-a-china-shop candidacy was exposing, however unintentionally, the sterility, corruption, and hypocrisy of our politics, from the consultant-and-focus-group-driven caution of candidates like Clinton to the toxic legacy of Sarah Palin on a GOP that now pretends it never invited her cancerous brand of bigoted populism into its midst. But I now realize I was as wrong as the Reagan naysayers in seeing no chance of Trump’s landing in the White House. I will henceforth defer to Norm Ornstein of the American Enterprise Institute, one of the few Washington analysts who saw Trump’s breakthrough before the pack did. As of early May, he was giving Trump a 20 percent chance of victory in November.

What is to be done to lower those odds further still? Certainly the feeble efforts of the #NeverTrump Republicans continue to be, as Trump would say, Sad! Alumni from the Romney, Bush, and John McCain campaigns seem to think that writing progressively more enraged op-ed pieces about how Trump is a shame and embarrassment for the country will make a difference. David Brooks has called this a “Joe McCarthy moment” for the GOP — in the sense that history will judge poorly those who don’t stand up to the bully in the Fifth Avenue tower. But if you actually look at history, what it says is that there were no repercussions for Republicans who didn’t stand up to McCarthy — or, for that matter, to Nixon at the height of his criminality. William Buckley co-wrote a book defending McCarthy in 1954, and his career only blossomed thereafter. Goldwater was one of McCarthy’s most loyal defenders, and Reagan refused to condemn Nixon even after the Republican senatorial leadership had deserted him in the endgame of Watergate. Far from being shunned, both men ended up as their party’s presidential nominees, and one of them became president.

If today’s outraged Republican elites are seriously determined to derail Trump, they have a choice between two options: (1) Put their money and actions where their hashtags are and get a conservative third-party candidate on any state ballots they can, where a protest vote might have a spoiler effect on Trump’s chances; (2) Hold their nose and support Clinton. Both (1) and (2) would assure a Clinton presidency, so this would require those who feel that Trump will bring about America’s ruin to love their country more than they hate Clinton.

Dream on. That’s not happening. It’s easier to write op-ed pieces invoking Weimar Germany for audiences who already loathe Trump. Meanwhile, Republican grandees will continue to surrender to Trump no matter how much they’ve attacked him or he’s attacked them or how many high-minded editorials accuse them of failing a Joe McCarthy moral test. Just as Republican National Committee chairman Reince Priebus capitulated once Trump signed a worthless pledge of party loyalty last fall, so other GOP leaders are now citing Trump’s equally worthless list of potential Supreme Court nominees as a pretext for jumping on the bandwagon.

The handiest Reagan-era prototype for Christie, McCain, Nikki Haley, Peter King, Bobby Jindal, and all the other former Trump-haters who have now about-faced is Kissinger. Reagan had attacked him in the 1976 campaign for making America what Trump would call a loser — “No. 2” — to the Soviets in military might. Kissinger’s disdain of Reagan was such that, as Craig Shirley writes, he tried to persuade Ford to run again in 1980 so Reagan could be blocked. When that fizzled, Kissinger put out the word that Reagan was the only Republican contender he wouldn’t work with. But once Reagan had locked up the nomination, Kissinger declared him the “trustee of all our hopes” and lobbied to return to the White House as secretary of State. As I write these words, Kissinger is meeting with Trump.

And the Democrats? Hillary Clinton is to Trump what Carter and especially Mondale were to Reagan: a smart, mainstream liberal with a vast public-service résumé who stands for all good things without ever finding that one big thing that electrifies voters. No matter how many journalistic exposés are to follow on both candidates, it’s hard to believe that most Americans don’t already know which candidate they prefer when the choices are quantities as known as she and Trump. The real question is which one voters are actually going to show up and cast ballots for. Could America’s fading white majority make its last stand in 2016? All demographic and statistical logic says no. But as Reagan seduced voters and confounded the experts with his promise of Morning in America, we can’t entirely rule out the possibility that Trump might do the same with his stark, black-and-white entreaties to High Noon.

*This article appears in the May 30, 2016 issue of New York Magazine.

Voir aussi:

In its most recent attack on Donald Trump and his supporters by the Wall Street Journal editorial page, one of its leading columnists, Peggy Noonan, asserted that Trump supporters are historically inaccurate in comparing Trump to the late President. She described Trump-Reagan comparisons as “desperate” and those who draw them as “idiots” and historical “illiterates.”

She questions the level of competence of Trump but ignores that Reagan was also regarded as grossly incompetent — by media and GOP establishment hard-losers and spoilers, not Republican voters —and especially dangerous in foreign policy, which, presumably, only elites can understand foreign. Reagan was depicted as some sort of cowboy B-rated-film-star yahoo and loose cannon by the “chattering class” of 1980, one who might be tolerable as a governor, but who was definitely not sophisticated enough to comprehend let alone conduct foreign policy.

Peggy Noonan relates in her column an adoring revisionist depiction of Ronald Reagan, as he has come to be appreciated today in the retrospective light of history. The Ronald Reagan she summons to make her case, however, is far from the Ronald Reagan of historical accuracy. The Ronald Reagan of the 1970s and 1980s was derided as inept and a potential disaster by status quo apologists, much as Donald Trump is being mocked today.

Noonan also cites Reagan’s experience as president of a labor union as a qualification for the Presidency that candidate Reagan had, but that candidate Trump lacks. Taking away nothing from Ronald Reagan, I suggest that managing a multi-billion dollar business for decades, one that operates in practically every corner of the globe, as Donald Trump has done, might count as roughly equivalent to heading a Screen Actors Guild – and maybe even serving as a governor of California.

She also says Trump, unlike Reagan, is not a “leader of men.” Here, again, the columnist tries too hard to make her argument. Reagan “was the leader of an entire political movement,” Noonan writes. The people “elected him in landslides,” she asserts. Who does that sound like today? What political candidate in 2016 best resembles Reagan in both respects? Fortunately, voters create political verdicts, not columnists, and Donald Trump both leads a very substantial populist political movement and has won many primaries, often by unprecedented margins.

Noonan denigrates the historical comparison of Donald Trump and Ronald Reagan that Trump supporters often make. On closer inspection, it is she who is more historically “illiterate” or, to be kinder, “forgetful” — of the complete facts of Ronald Reagan’s rise to power, and how in so many respects that rise parallels Donald Trump’s emergence as a conservative challenger to the status quo.

Like Donald Trump, Ronald Reagan was an entrepreneur – an aspiring broadcast sports reporter and film actor. He had to face the brutal competition of Hollywood, a place in which most aspirants to stardom failed. He started by himself, by selling his brand, just as Donald Trump started building hotels and golf courses by himself, also selling his brand (and did not squander his money, as young people from means often do, but multiplied it a thousand fold – and more — making the correct plans and decisions in difficult situations, and plain hard work).

Reagan had to sell himself as a labor union leader, too – to character actors and extras in the movie industry, not just stars. He was not involved with any governmental entity early in his career. Later, he worked for General Electric, one of the largest capitalist success stories in the U.S. at the time. Before he became governor of California, he was a man of business in the entertainment industry, climbing up the ladder of success in radio, movies, and television completely on his own.

Ronald Reagan believed in free market capitalism and would have been deeply impressed, I believe, by the business accomplishments and acumen of Donald Trump. Ronald Reagan knew the core greatness of the U.S. lies not in government and the wisdom of professional politicians but in that very private sector in which Donald Trump has thrived and achieved an extraordinary level of success. Donald Trump’s children, obviously well brought up, appear to be following in his footsteps.

Do Mr. Trump’s business accomplishments count for so little at the Wall Street Journal? How many other men have tried and failed to do what Donald Trump has done in the private sector? Has his extraordinary success not won him some plaudits from a leading member of the conservative free market press? In her column, Noonan also makes numerous points about Trump’s lack of record as a proven governmental leader, as if this deficiency were disqualifying. Since when in the U.S. have we belittled a man of business accomplishments with such venom? Isn’t it entrepreneurs who built the prosperity of our great nation? The accusation Noonan levels against Donald Trump of “serving only himself” is the charge collectivists the world over frequently lodge against free market capitalists.

Ronald Reagan would never have discounted Donald Trump’s achievements, as the Wall Street Journal editorial page frequently does. Ronald Reagan was wiser than that. He would have praised them. He never would have said that because a man has not held elected office in this nation that he is, ipso facto, not a “leader of men.” A man who employs thousands (22,500 at last report) is not a “leader of men”? Someone who has built an enormous international business that brings him into contact on any given day with foreign leaders, both business and political, is not a leader? To recall a touch more history, the Founding Fathers were overwhelmingly men of property as well as “citizen leaders” like both Ronald Reagan and Donald Trump. They were not career politicians.

Ronald Reagan knew the sting of being called a “light weight” movie star, a graduate of rural Midwestern Eureka College which no one among the elite had ever heard of. And doubtless ad hominem attacks detracted from, and damaged in some respects, his core message of more limited government and defeat of the Soviet empire. But he persisted despite the snide heckling of the arrogant establishment of the time, and he communicated his message honestly and directly – and, turns out, successfully — to the American people, thereby, accomplishing much good for the nation.

Yes, and he also gave wings to a powerful political force, conservatism, which today, I suggest, finds its relevant fresh champion, however odd and imperfect the fit might seem at times, in the likes of a populist New York billionaire businessman who has a propensity to communicate his message of a better life and more secure future for Americans, directly and honestly, and with conviction, to the American body politic.

Ronald Reagan as President of the United States? NEVER, they said. But the people voted, the nation spoke, and so, they were wrong.

Today, despite differences over style and some issues, one thing we can all agree on: Hillary Clinton is no Ronald Reagan.

Ambassador Faith Whittlesey served as White House Director of the Office of Public Liaison from 1983 to 1985 and twice, from 1981 to 1983 and again from 1985 to 1988, as U.S. Ambassador to Switzerland. She also was active in President Reagan’s unsuccessful 1976 campaign and was Co-chairman of President Reagan’s Pennsylvania campaign in 1980.

Voir également:

Deja Vu All Over Again?

‘Ronald’ Trump: Why 2016 Is Looking a Lot Like 1980

In memory, Reagan’s victory seems easy and inevitable. It was anything but. And the parallels to today are a little creepy.

Meg Jacobs

The Daily Beast

05.24.16

It’s 1980 all over again. A media celebrity runs for the GOP nomination—something he has been planning for years—and sweeps the primaries, rattling the Republican establishment along the way. That’s the story of Ronald Reagan as he mobilized for what would be his landslide 1980 victory. And it is the story of Donald Trump too.

Trump and Speaker Paul Ryan met in an effort to heal the wounds that have opened up in this brutal primary. Come convention time, if history is any indicator, they will join together. But it is likely to be a rocky road. The same was true in 1980.

Today Republicans lionize Reagan and remember him as the quintessential coalition-builder. He brought the Republican Party together, unlike Donald Trump, who spent the spring tearing the GOP apart. But the truth is that in real time in 1980, Reagan was seen as the outside antiestablishment candidate. He was also seen as less than a serious contender, even when it looked like he would secure the nomination.When the Republican primary season started out, he was the only one out of seven candidates who had not held a government position inside Washington, a roster that included two senators, three congressmen, and a Treasury Secretary. Instead, Reagan was best known for his starring roles in middle-brow American movies, a career he parlayed into a run as California governor. When he announced his candidacy, critics derided him as the “celebrity in chief.”

Reagan held himself up as the icon of conservatism but, much like Trump, his past suggested a history of political flexibility if not outright liberalism. He had once been a Roosevelt Democrat. By the 1964 presidential race, he’d endorsed the GOP’s Senator Barry Goldwater and made his conversion to full-fledged conservative.

Still, in his years in the California governorship, Reagan continued to demonstrate political flexibility. He supported abortion rights, welfare spending, and, when necessary, tax increases. True, he called for cracking down on campus unrest. And by now his hallmark issue was fierce anticommunism as well as anti taxation. But Reagan understood that he governed in a state where ideological purity would not have secured for him the office he sought given that Democrats greatly outnumbered Republicans.

And yet in 1980 Reagan ran as the standard bearer of the Republican Party. Throughout the primary season, there was deep skepticism. George H.W. Bush was the presumptive establishment candidate. He had been a congressman, the Republican National chairman, an ambassador to the UN and China, and the CIA director. Bush’s early victory in the Iowa caucus suggested that voters were not sold on the movie star.

But Reagan was onto something, much the same way that Trump is. After a decade of slow growth, declining productivity, double-digit inflation—and an energy crisis that graphically demonstrated the government’s incapacity to solve problems—America was eager for solutions. What people hungered for more than anything else was leadership. Jerry Rafshoon, President Carter’s adviser, told him, ”People want you to act like a leader.”

And that is what Reagan understood. In short, digestible sound bites, he promised Americans that they would once again be great. On foreign policy, he would bring peace through strength. If Trump promises to build a wall, Reagan would tear one down. And on domestic policy, he would cut taxes. To Trump’s protectionism, Reagan offered supply-side economics. The master of media knew a winning platform when he saw it.

The establishment was slow to rally behind him. With the disastrous memory of 1964, when Barry Goldwater and his brand of conservatism lost in a landslide, Reagan seemed too risky. Moderates worried that his fierce anticommunist rhetoric would escalate tensions with the Soviet Union—even Barry Goldwater called him “trigger happy”—while mainstream fiscal conservatives said his budget numbers did not add up. Bush denounced this policy as “voodoo economics.”

Gerald Ford called Reagan “unelectable” in late March. Many Washington insiders and party regulars saw Reagan as too extreme and hoped that the former president would throw his hat in. Indeed, early polls showed Ford with greater appeal than Reagan among Democrats, a serious liability in a race where Republicans would need to attract cross-over voters to win. In early match ups, Ted Kennedy, who was challenging Carter from the left in the Democratic primary, beat Reagan by as much as 64 to 34 percent.

And age seemed a problem too. Reagan turned 69 a month into the primaries and, if elected, would surpass William Henry Harrison as the oldest president, who in 1841 caught a cold delivering his inaugural address, developed pneumonia, and died a month later. A Newsday reporter said Reagan was in a “race against time.”

He was also vulnerable as a celebrity. Reagan was, as one commentator explained, a “the end product of television politics . . . It is a show and he’s a star actor.” That was not a compliment.

Reagan won in New Hampshire, but the primary season was long and drawn out. In Massachusetts, he came in third behind Bush and John Anderson, the Illinois Senator who dropped out of the Republican contest and ran as an Independent. The conventional wisdom maintained that Anderson would draw votes from Carter as a moderate alternative, but nevertheless, his presence in the race suggested that the electorate might not be ready for Reagan’s brand of conservatism.

Indeed, Bush scored important victories in Pennsylvania and in Michigan. As Bush did well, some rallied behind Reagan, including Senator Howard Baker, who dropped out of the race, saying: “Only divisions from within our party can keep us from benefiting from the bitter divisions within the Democratic Party. The time has come to give Ronald Reagan our prayers, our nomination, our enthusiastic support.”

But the primary season did not come to an end until late May when, at last, Reagan secured enough delegates to win the nomination. And even then, many embraced Reagan only as an act of political pragmatism. As Ohio Governor James Rhodes explained, “I love George Bush. I love Gerald Ford. I love Ronald Reagan. Sometimes in love you have to make your choice. My choice is Ronald Reagan.”

As the GOP convention drew closer, other leading Republicans fell in line, among them the most senior liberal Republican, Senator Jacob Javits. He had refused to endorse Goldwater in 1964, but now he cast his lot with Reagan. With the endorsement, Javits would be a delegate at large. “I felt it was important for me to have an input,” he said, “and I knew I couldn’t have it unless I cast my vote for Reagan.” The New York senator was up for reelection, and he also believed that the GOP had a chance, with Reagan at the head of the ticket, to reclaim the Senate. (It did, but without him—Javits was upset in the Republican primary by the more conservative Al D’Amato)

But the prospect of party disunity did not end at the convention. Now it was the Republican right’s turn to fret about its candidate. When Reagan announced that he was selecting George Bush as his running mate, a decision that came only at the end of the convention and after much media speculation, the right threatened to walk. In 1976, Reagan had subverted his effort to win the Republican nomination over President Gerald Ford when he announced that his running mate would be Pennsylvania Republican Richard Schweiker, a liberal Republican who was antithetical to Reagan’s conservative claims. Now he seemed to be toying with moderation once again.

With evangelical voters mobilizing at the grassroots and many entering electoral politics for the first time, the leaders of this new social force wanted someone who would fight for their causes. Paul Weyrich, the head of right-wing Committee for the Survival of a Free Congress, was angry. “I feel no need obligation to bring about our own destruction,” Weyrich thundered. “I won’t support a Reagan-Bush ticket.”

Reagan attempted to appease the right by signing onto a platform that dropped the ERA and called for an anti-abortion amendment. He also called evolution just a “theory” and expressed skepticism about the man-made causes of pollution. But the establishment was still worried. Texas Senator John Tower, who chaired the convention’s platform committee, warned his colleagues, “Republicans have a singular facility sometimes for snatching defeat from the jaws of victory. Disunity has cost us elections in the past.” Nevada Senator Paul Laxalt said the new right is “afraid of Ron.”

The general election was far from a shoo-in. The polls were all over the place, including placing President Carter ahead of the insurgent candidate. In the end, Reagan scored a decisive victory. But his success, and the ingredients that allowed for this landslide victory, were clear only in hindsight. A week before the election, it was too close to call.

Rather than moderating his rhetoric and toning down his platform in the general election, Reagan stepped up his game. He blamed Carter personally for the gas lines that had signaled the decline of American strength and prosperity. It was Carter’s fault that Iranian terrorists seized the American embassy in Teheran and held American hostages. And Carter’s efforts to negotiate nuclear deals with the Soviets were a disaster.

Reagan was a master of the sound bite: « A recession is when you lose your job, a depression is when your neighbor does, and a recovery is when Jimmy Carter does.” And he told a narrative that simultaneously devastated Carter while instilling confidence in him. His signature campaign slogan captured it all: “Are you better off than you were four years ago?”

These messages appealed to independent voters and white working-class voters, the so-called Reagan Democrats, who were suffering from slow growth and stagnant wages as they saw jobs disappearing overseas.
Reagan also eagerly embraced the race card. He went after white voters in the South, saying he was a defender of states’ rights near where civil rights workers had been brutally murdered in 1964. He denounced “welfare queens in fashion jeans” as the embodiment of excessive government waste, another not so subtly coded racial message.

1980 was also the first gender gap election when there was a clear discrepancy between how men and women voted. Reagan’s cowboy swagger and tough sounding rhetoric appealed to men. Lee Atwater explained it wasn’t so much that women didn’t like Reagan, it was just that men liked him so much.

If 1980 is any indicator of how an unlikely outspoken conservative candidate with a liberal background could win, Trump is well on his way. And Reagan did not just win; he won in a landslide, one that many did not see coming, and one that severely weakened much of the liberal agenda and put the country on a rightward path that still shapes politics today. Like Reagan, Trump has dominated the primaries, worried the establishment, and yet reveals himself to have deep-seated support. Like Reagan, he is the master of a new media to mobilize and rally supporters, especially white men. In spite of the media criticism he receives as running a post-policy campaign, his supporters feel he provides solutions and refreshingly says what he wants.

Just as Reagan did, Trump has had his eye set on the White House for a long time. In a 1990 Playboy interview, he said, “I hate seeing this country go to hell. We are laughed at by the rest of the world.” He also said, “Vision is my best asset. I know what sells and I know what people want.” Like Reagan, he has spent decades crafting his message. And so far his strategy seems to be working.

Voir encore:

Liberals sneered at Reagan yet he stunned the world. Don’t laugh, but Trump could too, says Justin Webb

‘He’s a lightweight, not someone to be considered seriously.’ It could have been the judgment of the world on Donald Trump. But, actually, it wasn’t. It was Ronald Reagan (pictured)

The verdict is unambiguous: ‘He’s a lightweight, not someone to be considered seriously.’ It could have been the judgement of the world on Donald Trump. But, actually, it wasn’t.

These words were spoken by President Richard Nixon about Ronald Reagan in the Seventies. Nixon added, for good measure, that Reagan was ‘shallow’ and of ‘limited mental capacity’.

Gerald Ford, who took over the presidency when Nixon had to resign after the Watergate scandal, was no less dismissive.

In a 1976 press release when Reagan announced he would challenge Ford as Republican nominee for the White House, Ford stated: ‘The simple political fact is that he cannot defeat any candidates the Democrats put up. Reagan’s constituency is much too narrow, even within the Republican Party.’

The Democrats were equally nonplussed. Those who did not write him off him as a man itching to start World War III, saw Reagan as merely useless —a B-list Hollywood actor whose best film was called Bedtime For Bonzo and starred a monkey.

Dunce

Washington grandee Clark Clifford — who was an adviser to four Democrat Presidents including JFK — simply called Reagan ‘an amiable dunce’.

Yet Reagan not only won the election in 1980 and 1984; he went on to become one of the 20th century’s towering figures.

Today, many of the U.S.’s brightest and best are once again united in their view: the man the Republicans have chosen as Presidential candidate is so unqualified for the job that this was — in effect — the week Hillary Clinton became the 45th president.

Yes, she has to see off her pesky Left-wing challenger Bernie Sanders before she can win her party’s official nomination.

But that’s almost done. And the rest is easy. Come the November presidential poll, she will face a man so barmy, so extreme, so utterly unpresidential, that she can’t lose. A dunce who is not even amiable. Donald Trump is going to gift Hillary Clinton the White House.

But some serious U.S. commentators are questioning conventional wisdom and citing Reagan’s rise to the White House all those years ago as a possible portent of things to come.

They are chastened by how wrong so many pundits have already been over ‘The Donald’, how he was written off from the start — only to come out with the Republican nomination.

They are seriously starting to wonder if he could go all the way and win the U.S. election in November.

Likewise, some in the British Establishment now fear David Cameron will have to work hard to patch things up with Trump after saying the tycoon’s suggested ban on Muslims was ‘divisive, stupid and wrong’ — and that if Trump ‘came to visit our country he’d unite us all against him’.

Could ‘The Donald’ really make the White House? If so, what kind of President would he be?

Let’s be blunt about the task Trump faces. He is massively unpopular. A Washington Post/ABC News poll last month found 67 per cent of likely voters had an unfavourable opinion of him.

Could ‘The Donald’ really make the White House? If so, what kind of President would he be?

Among most Americans he is only slightly less popular than Vladimir Putin (who comes in at around 70 per cent unfavourable). And in certain key groups, Hispanics, women, the young, he is off the scale — properly detested, even feared.

But American presidents are not elected in a single nationwide contest. And it is because of this that he could secure victory.

Under its Electoral College system, the people don’t actually vote directly for the President; they vote for a group of electors in their own state.

And these electors — 538 in total — then cast their votes to decide who enters the White House. The point is that in the U.S. Presidential election of 2012, if just 64 electors’ votes had gone to the other side, the Republican candidate Mitt Romney would have beaten Barack Obama.

Since most states are already firmly in the Republican or Democrat camp, it is these few votes at the margins that count.

And Trump, with his hugely resourced campaign and outrageous populist pledges, could swing them his way.

Moreover, he represents the anti-Establishment, a no-nonsense change for those fed up with the entire political class.

In New York a few weeks ago, I met Carl Paladino, who ran for the New York state governorship for the Republicans in 2010.

He is a Trump man now, and waves aside what he regards as old-fashioned talk of Democrats and Republicans and party allegiances.

‘Imagine you are a carpenter on a building site,’ he told me, ‘you sweat all day and get wet and cold. You don’t care about party. You want a champion. That’s Trump. It’s about him.’

The carpenters, united, could swing it Trump’s way. They would need help from fitters and joiners and other men (yes, his supporters are almost entirely men) who work with their hands. But it could be done.

The so-called rust belt states — in the north-east and midwest — are ripe for the picking. Trump does best in areas where the death rate among white people under 49 is highest — the downtrodden working class.

Megalomaniac

Many of these people traditionally vote Democrat, but they have been voting for Bernie Sanders — Hillary Clinton’s Left-wing rival for the Democrat nomination — rather than Hillary herself. She lost the Michigan contest to Sanders, just as she lost Indiana to him this week.

Yes, Sanders is a socialist and Trump a billionaire plutocrat. But on trade — protection of American jobs — Sanders and Trump are on the same page.

Add a dash of Trump’s xenophobia and he’s in business.

Those who voted for Sanders because he speaks up for the little guy might well feel that Trump is closer to their hearts than Hillary.

The so-called rust belt states — in the north-east and midwest — are ripe for the picking. Many of these people traditionally vote Democrat, but they have been voting for Bernie Sanders — Hillary Clinton’s Left-wing rival for the Democrat nomination — rather than Hillary herself

So President Trump is not a fantasy. There is a path for him.

Not an easy one, but a path nonetheless.

But if he won, what then?

Again, the conventional wisdom might well be wrong. He is portrayed as a dictator. A megalomaniac. A man who has taken over a political party for his own crazed purposes.

All of which might be true.

But if Trump seriously thinks he can run America as he runs Trump Casinos, he has a shock coming. America was designed to be ungovernable without the consent of Congress.

Trump may have pledged to build a wall with Mexico, but he could never get that passed, still less a scheme to keep Muslims out of America.

He would need Congress on his side. He would need the Supreme Court to agree that it was constitutional.

Defeat

Remember the key Obama policy of closing Guantanamo Bay was stymied not by Republicans but by members of his own party in Congress? He said: ‘DO IT’. They said no. And Guantanamo is still open.

Even in foreign affairs, where presidents can make quite a splash, the system is likely to defeat him. Trump seems, for instance, to be in favour of torture and has said that, as President, he’d authorise ‘worse than waterboarding’ against suspected terrorist captives.

But already John Rizzo, a top lawyer at the CIA when the agency employed so-called enhanced interrogation techniques, has pointed out that President Trump would face a revolt by his own staff.

It would be carnage if he tried to implement his preferred torture measures. Not for the captives, but for the President.

But would he care? Would he not just shrug and move on?

Perhaps the greatest oddness of Trump is that his core supporters are a fading and old-fashioned constituency — angry white people — but his politics are uber-modern.

He has no ideology. He believes in what works, and is, in some ways, surprisingly Left-wing.

He will fight a dizzying campaign this summer, coming at Hillary Clinton from the Right and from the Left. He will even accuse her of sexism for sticking up for Bill during his ‘bimbo eruptions’. He’ll dodge and weave, confuse and outrage, and generally shake up the nation.

He is no Ronald Reagan — at least not yet. But who knows, Donald Trump could yet surprise everyone and end up as the most unexpected President the White House has ever seen.

Voir par ailleurs:

Très attendue, l’intervention du président américain face à un Congrès au grand complet lui a permis d’endosser un ton rassembleur, sans pour autant préciser clairement les priorités et le chiffrage de sa politique ambitieuse.

C’était il y a plus de cinq semaines, le 20 janvier dernier. Lors de son investiture sur les marches du capitole, à Washington, Donald Trump était apparu à la tribune poing levé, et avait tenu un premier discours de président particulièrement sombre, évoquant un « carnage américain » dont sont victimes « trop de nos concitoyens ». Et promis d’y mettre fin « ici et maintenant », assurant que « chaque décision sur le commerce, les impôts, l’immigration, les affaires étrangères sera prise pour le bénéfice des familles et des travailleurs américains ».

C’est dire si, cinq semaines plus tard, sa première intervention solennelle devant le Congrès était attendue. Surtout après plus d’un mois passé à la Maison-Blanche, au cours duquel le 45e président des États-Unis a multiplié les annonces et déclarations qui ont jeté le flou sur sa capacité à endosser son costume présidentiel et à fixer des priorités dans sa politique.

Cravate bleue rayée et ton solennel

Sur la forme, Donald Trump, ce mardi 28 février au soir, devant un Congrès au grand complet, où siégeaient pour la circonstance les représentants, sénateurs, ministres et juges de la Cour suprême, a tenu sans doute son discours le plus « présidentiel », le plus modéré, le moins provocateur.

Apparu à la tribune, pour une fois, paré d’une cravate bleue rayée, comme pour rompre également avec son style habituel sur le plan vestimentaire, le président américain a fait une déclaration plus solennelle et optimiste, sans doute, saluant l’émergence d’une « nouvelle fierté nationale », saluant « un nouveau chapitre de la grandeur américaine (qui) débute », plaidant pour un « renouveau de l’esprit américain » indissociable, selon lui, d’une grande fermeté sur l’immigration, l’un des thèmes qu’il a le plus développés lors de son intervention.

Au cours de son discours, qu’il a voulu rassembleur, il a également à plusieurs reprises salué la présence de « témoins » dans l’assistance, auxquels il a rendu hommage, chacun venant incarner un chapitre de la politique qu’il entendait mettre en œuvre : une personne ayant subi une agression de la part d’un immigré en situation irrégulière sur le sol américain, les parents de policiers tués dans leur mission…

Hommage unanime à la veuve d’un soldat tué au Yémen

Ou encore la veuve du soldat Ryan Owens, membre des forces spéciales américaines, tué le 29 janvier dernier au cours d’une opération au Yémen. Assise aux côtés d’Ivanka Trump, fille du président, Carryn Owens, émue aux larmes a été longuement ovationnée par l’ensemble du congrès, offrant à cette cérémonie un moment d’unité nationale inédit depuis la prise de fonction de Donald Trump.

Sur le fond, le 45e président américain a repris nombre de ses thèmes favoris, promettant en particulier de ramener « des millions d’emplois » aux Américains ou dénonçant les accords de libre-échange. Il a fait peu de nouvelles annonces, et est resté pour l’heure en deçà des attentes sur ce que seraient véritablement ses priorités, ainsi que le financement de ses différentes mesures. Le discours, sur ce plan, s’annonce comme un prélude à la bataille pour le budget 2018 qui s’ouvre au Congrès, où les alliés républicains du président sont majoritaires.

Les premiers mots de son discours ont rendu hommage aux « célébrations du mois de l’Histoire des Noirs » et ont donné au président l’occasion de condamner solennellement « les dernières menaces en date visant des centres de la communauté juive et le vandalisme contre des cimetières juifs ». Il a également dénoncé une attaque raciste visant deux ressortissants indiens, dont l’un a été tué, une semaine plus tôt dans le Kansas.

Un effort de « reconstruction nationale »

Sur le plan économique, Donald Trump a énoncé deux principes qui reprennent ceux de son discours du 20 janvier : « achetez américain, engagez américain ». Il est revenu pour s’en féliciter sur les annonces d’investissement aux États-Unis de la part de plusieurs constructeurs automobiles, qui doivent selon lui mener à la création de nombreux emplois. Il a aussi salué la reprise des travaux des oléoducs Keystone XL et Dakota Access Pipeline.

Il en a également appelé à un effort de « reconstruction nationale » : « Pour lancer la reconstruction du pays, je vais demander au Congrès d’approuver une législation qui déclenchera des investissements de mille milliards de dollars pour les infrastructures aux États-Unis, financés grâce à des capitaux à la fois publics et privés, et créera des millions d’emplois », a-t-il déclaré, non sans déplorer que son pays ait dépensé jusqu’ici « des milliards et des milliards de dollars à l’étranger ».

Donald Trump a également évoqué son projet de réforme fiscale sans s’appesantir : « Notre équipe économique est en train de préparer une réforme fiscale historique qui réduira le montant des impôts de nos entreprises pour qu’elles puissent concurrencer n’importe qui et prospérer n’importe où et avec n’importe qui. En même temps, nous réduirons de manière massive les impôts pour la classe moyenne. » « Nous devons faire en sorte qu’il soit plus facile pour nos entreprises de faire des affaires aux États-Unis et plus difficile pour elles de partir », a-t-il aussi martelé.

Il a aussi demandé au Congrès de promulguer une loi afin de remplacer l’Obamacare, la loi sur la santé emblématique de Barack Obama, appelant de ses vœux « des réformes qui étendront le choix, donneront un meilleur accès (aux soins) et réduiront les coûts ».

Immigration : un système « basé sur le mérite »

Le président américain a abordé le sujet de l’immigration, un thème sur lequel il était très attendu, d’autant que, peu avant son allocution, lors d’une rencontre avec des journalistes de télévision à la Maison-Blanche, il avait provoqué la surprise en évoquant la possibilité d’une loi de régularisation pour les sans-papiers n’ayant pas commis de délit.

Il n’en a toutefois pas été question lors du discours au Congrès, du moins pas ouvertement. Mais Donald Trump a évoqué une réforme législative et proposé d’abandonner le système actuel, pour adopter à la place « un système basé sur le mérite ».

« Je pense qu’une réelle réforme positive de l’immigration est possible, pour autant que nous nous concentrons sur les objectifs suivants : améliorer l’emploi et les salaires des Américains, renforcer la sécurité de notre pays et restaurer le respect de nos lois », a-t-il aussi déclaré, confirmant par la même occasion son intention de construire un mur à la frontière avec le Mexique, ainsi que l’imminence d’un nouveau décret après l’échec du premier, bloqué par la justice.

Sur ce thème de l’immigration, il a encore annoncé la création d’un bureau spécial pour les victimes de crimes « d’immigration », baptisé VOICE (Victims Of Immigration Crime Engagement). « Nous donnons une voix à ceux qui sont ignorés par les médias et réduits au silence par les intérêts particuliers », a affirmé Donald Trump dans une de ses rares piques hostiles aux médias.

« Représenter les États-Unis d’Amérique » plutôt que « le monde »

Enfin, Donald Trump est revenu sur sa demande au Congrès, annoncée la veille, de valider une hausse des dépenses militaires de 54 milliards de dollars. Il a toutefois précisé que son rôle n’était pas « de représenter le monde mais de représenter les États-Unis d’Amérique ». Sans donner de précision sur sa politique étrangère, il a prôné « l’harmonie et la stabilité », plutôt que « des guerres et des conflits », et réaffirmé son attachement à l’Otan, mis en doute par des déclarations antérieures évoquant obsolescence de l’Alliance.

Les représentants démocrates sont restés pour la plupart assis dans leurs sièges, visage fermé et bras croisés après ce discours. En signe de protestation silencieuse, une quarantaine d’élues démocrates s’étaient habillées en blanc, la couleur symbolisant la défense des droits des femmes.

La chaîne d’information CNN a pour sa part publié un sondage peu après le discours : une majorité de téléspectateurs y ont réagi positivement.

Voir aussi:
The Metaphysics of Trump
 Paradox: How does a supposedly bad man appoint good people eager to advance a conservative agenda that supposedly more moral Republicans failed to realize?
Victor Davis Hanson
National Review
February 28, 2017

We variously read that Trump should be impeached, removed, neutralized — or worse. But until he is, are his appointments, executive orders, and impending legislative agenda equally abhorrent? General acclamation followed the Trump appointments of retired Generals H. R. McMaster as national-security adviser, James Mattis as defense secretary, and John Kelly to head Homeland Security. The brief celebration of Trump’s selections was almost as loud as the otherwise daily denunciations of Trump himself. Trump’s equally inspired decisions, such as the nomination of Neil Gorsuch to the Supreme Court and Jeff Sessions as attorney general, presented the same ironies.

Most of these and other fine appointments came amid a near historic pushback against Trump, mostly over what he has said rather than what he’s done. But again, do the appointments create a dilemma for his existential critics who have gone beyond the traditional media audit of a public official and instead descended into calls for his removal — or worse?

Indeed, removal chic is now widespread, as even conservatives ponder impeachment, invoking the 25th Amendment for mental unfitness, while the more radical (here and abroad and both Right and Left) either abstractly or concretely ponder a coup or some other road to his demise.

How do his opponents square such excellent appointments with Trump himself? Even bad people can occasionally do good?

Are his Cabinet secretaries patriotically (as I believe) serving their president, even if prepared at times to nudge him away from what they might feel are occasional unwise detours? Appointees of the caliber of a Mattis, McMaster, or Kelly do not go to work for any president with the likelihood of becoming undercover actors — undercutting his authority, or posing to the press that they are the moral superior to their boss, or leaking information to massage favorable accounts of their superior savvy or morality at the president’s expense. No, they serve the president because they want their country to prosper and think that it can if their commander in chief (whose agendas for the most part they share) is successful.

Or do critics argue that such fine men and women are “selling out” by putting careers before principled resistance to a president who will supposedly usher in unprecedented disasters? So far, even the most vehement Trump censors have not faulted these fine appointees for supposedly being soiled by association with Trump, whom they have otherwise accused, in varying degrees, of partaking of fascism, Stalinism, and Hitlerism.

Again, the point is, How do critics square the circle of damning Trump as singularly unfit while simultaneously praising his inspired appointees, who, if they were to adopt a similar mindset, would never set foot in a Trump White House? How does someone so unqualified still manage to listen to advice or follow his own instincts to appoint so many willing, gifted public servants — at a time, we are told, when nearly the entire diplomatic and security establishment in Washington refuses to work for such a reprobate?

The same disconnect holds true for Trump’s executive orders. Except for the rocky rollout of the temporary ban on immigration — since rectified and reformulated — his executive orders seem inspired and likely to restore the rule of law, curb endless and burdensome new regulations, address revolving-door ethics, enhance the economy, halt federal bloat, promote energy production, and create jobs. Without the Trump victory, the Paul Ryan agenda — radical tax reform and deregulation — that has been comatose for a decade would never have become viable. So, is the position of the conservative rejectionists something like the following: “I detest Trump because even his positive agendas are spoiled by his sponsorship?”

Or do they reason that because his views deviate from free-market economics (when he jawbones companies and aims to renegotiate bilateral rather than multi-country trade deals, or use quid pro quo import taxes), so too his otherwise conservative positions on social issues, school choice, Obamacare’s repeal, defense spending, and tax reform are likewise suspect or irrelevant? Of course, his leftist critics face no such dilemmas and are far more consistent: They hate the Trump the man, and they hate Trump’s initiatives, and the two to them are inseparable and logical consequences of each other.

I thought that both Bush presidents were fine and good men and their agendas far preferable to the alternative. But was either in a political position to effect (or perhaps even willing to embrace) the sort of conservative change that the supposedly “not a conservative” Trump might well attempt? That irony too raises another metaphysical question: Does the Trump moment come despite or because of his take-no-prisoners rhetorical style?

In some sense (to adopt a taboo military metaphor) is Trump a sort of shaped charge? That is, is Trump’s combative coarseness the radiant outer shell that is necessary to melt through the deep state and bureaucratic armor so that the inner explosive of a conservative revolutionary agenda may reach its target intact? Given the hysterical and entrenched opposition, I’m not sure that John McCain or Mitt Romney would have enforced immigration law, frozen government hiring, or embraced Reagan-like tax and regulatory reform, although to be sure, McCain and Romney would have avoided Trump’s rhetorical excesses, his Twitter storms, and his occasional coarseness.

Which should properly be more exasperating: Trump’s over-the-top rhetoric that accompanies a possibly revolutionary and realized conservative agenda, or McCain and Romney’s sober and judicious failures at pushing a mostly Bush-like agenda? By not fighting back in take-no-prisoner terms, both Republican candidates failed, ensuring eight years of Obama — years that in my view have done far more damage to the country than anything envisioned by Trump’s first administration.

Even conservatives sometimes seem more bothered by Trump’s raw uncouthness in service to a conservative agenda than they were by Obama’s sautéed orneriness in advancing progressive hope and change. Years of the Cairo Speech, the apology tours, the Iran deal, the Iraq pullout, Obamacare, record debt and low growth — editorialized by chronic attacks on Fox News, along with “you didn’t build that,” “punish our enemies,” and “I won” putdowns from Obama — never prompted calls for the 25th Amendment like those in some anti-Trump tweets. Is the difference predicated on class, accent, education, tone, appearance, tastes, comportment, or the idea that a shared Beltway culture trumps diverse politics? If a polished and now-president Marco Rubio had the same agendas as Trump, but avoided his rhetoric and bluster, would anti-Trump conservatives be pro-Rubio? And would Rubio’s personality and cunning have ensured his election and confidence in steamrolling such an agenda through the Congress?

I don’t have easy answers to any of these paradoxes but will only suggest that in the last 40 years, despite three different Republican administrations, frequent GOP control of the House and Senate, and ostensible Republican majorities on the Supreme Court, the universities have eroded, the borders have evaporated, the government has grown, the debt has soared, the red–blue divide has intensified, identity politics have become surreal, the nation’s infrastructure has crumbled, the undeniable benefits from globalism have increasingly blessed mostly an entrenched elite, the culture has grown more crass and intolerant, the redistributive deep state has spread, and the middle classes have seen their purchasing power and quality of life either stagnate or decline.

In sum, it is far more difficult in 2017 to enact conservative change than it was 40 years ago — not necessarily because the message is less popular, but because government is far more deeply embedded in our lives, the Left is far more sophisticated in its political efforts to advance a message that otherwise has no real record of providing prosperity and security, and the Right had avoided the bare-knuckles brawling of the Left and instead grown accustomed to losing in a dignified fashion.

To the losers of globalization, the half-employed, and the hopelessly deplorable and irredeemable, lectures from the Republican establishment about reductions in capital-gain taxes, more free-trade agreements, and de facto amnesties, were never going to win the Electoral College the way that Trump did when he used the plural personal pronoun (“We love our miners, farmers, vets”) and promised to jawbone industries to help rust-belt workers.

The final irony? The supposedly narcissistic and self-absorbed Trump ran a campaign that addressed in undeniably sincere fashion the dilemmas of a lost hinterland. And he did so after supposedly more moral Republicans had all but written off the rubes as either politically irrelevant or beyond the hope of salvation in a globalized world. How a brutal Manhattan developer, who thrived on self-centered controversy and even scandal, proved singularly empathetic to millions of the forgotten is apparently still not fully understood.

Presidential Payback for Media Hubris
Victor Davis Hanson
Defining Ideas
Hoover institution
March 2, 2017

Donald Trump conducted a press conference recently as if he were a loud circus ringmaster whipping the media circus animals into shape. The establishment thought the performance was a window into an unhinged mind; half the country thought it was a long overdue media comeuppance.

The media suffer the lowest approval numbers in nearly a half-century. In a recent Emerson College poll, 49 percent of American voters termed the Trump administration “truthful”; yet only 39 percent believed the same about the news media.

Every president needs media audit. The role of journalists in a free society is to act as disinterested censors of government power—neither going on witch-hunts against political opponents nor deifying ideological fellow-travelers.

Sadly, the contemporary mainstream media—the major networks (ABC, CBS, NBC, CNN), the traditional blue-chip newspapers (Washington Post, New York Times), and the public affiliates (NPR, PBS)—have lost credibility. They are no more reliable critics of President Trump’s excesses than they were believable cheerleaders for Barack Obama’s policies.

Trump may have a habit of exaggeration and gratuitous feuding that could cause problems with his presidency. But we would never quite know that from the media. In just his first month in office, reporters have already peddled dozens of fake news stories designed to discredit the President—to such a degree that little they now write or say can be taken at face value.

No, Trump did not have any plans to invade Mexico, as Buzzfeed and the Associated Press alleged.

No, Trump’s father did not run for Mayor of New York by peddling racist television ads, as reported by Sidney Blumenthal.

No, there were not mass resignations at the State Department in protest of its new leaders, as was reported by the Washington Post.

No, Trump’s attorney did not cut a deal with the Russians in Prague. Nor did Trump indulge in sexual escapades in Moscow. Buzzfeed again peddled those fake news stories.

No, a supposedly racist Trump did not remove the bust of Martin Luther King Jr. from the White House, as a Time Magazine reporter claimed.

No, election results in three states were not altered by hackers or computer criminals to give Trump the election, as implied by New York Magazine.

No, Michael Flynn did not tweet that he was a scapegoat. That was a media fantasy endorsed by Nancy Pelosi.

In fact, Daniel Payne of the Federalist has compiled a lengthy list of sensational stories about Trump’s supposed buffooneries, mistakes, and crudities that all proved either outright lies or were gross exaggerations and distortions.

We would like to believe writers for the New York Times or Washington Post when they warn us about the new president’s overreach. But how can we do so when they have lost all credibility—either by colluding with the Obama presidency and the Hillary Clinton campaign, or by creating false narratives to ensure that Trump fails?

Ezra Klein at Vox just wrote a warning about the autocratic tendencies of Donald Trump. Should we believe him? Perhaps not. Klein was the originator of Journolist, a “left-leaning” private online chat room of journalists that was designed to coordinate media narratives that would enhance Democratic politicians and in particular Barack Obama. Such past collusion begs the question of whether Klein is really disinterested now in the fashion that he certainly was not during the Obama administration.

Recently, New York Times White House correspondent Glenn Thrush coauthored a report about initial chaos among the Trump White House staff, replete with unidentified sources. Should we believe Thrush’s largely negative story?

Perhaps. But then again, Thrush not so long ago turned up in the Wikileaks troves as sending a story to Hillary Clinton aide John Podesta for prepublication audit. Thrush was his own honest critic, admitting to Podesta: “Because I have become a hack I will send u the whole section that pertains to u. Please don’t share or tell anyone I did this Tell me if I f**ked up anything.”

Dana Milbank of the Washington Post has become a fierce critic of President Trump. Are his writs accurate? Milbank also appeared in Wikileaks, asking the Democratic National Committee to provide him with free opposition research for a negative column he was writing about candidate Trump. Are Milbank’s latest attacks his own—or once again coordinated with Democratic researchers?

The Washington Post censor Glenn Kessler posted the yarn about Trump’s father’s racist campaign for New York mayor—until he finally fact-checked his own fake news and deleted his tweet.

Sometimes the line between journalism and politicians is no line at all. Recently, former Obama deputy National Security advisor Ben Rhodes (brother of CBS news president David Rhodes) took to Twitter to blast the Trump administration’s opposition to the Iran Deal, brokered in large part by Rhodes himself. “Everything Trump says here,” Rhodes stormed, “is false.”

Should we believe Rhodes’s charges that Trump is now lying about the details of the Iran Deal?

Who knows, given that Rhodes himself not long ago bragged to the New York Times of his role in massaging reporters to reverberate an administration narrative: “We created an echo chamber They were saying things that validated what we had given them to say.” Rhodes also had no respect for the very journalists that he had manipulated: “The average reporter we talk to is 27 years old, and their only reporting experience consists of being around political campaigns. That’s a sea change. They literally know nothing.”

Is Rhodes now being disinterested or once again creating an “echo chamber”?

His boss, former UN Ambassador and National Security Advisor in the Obama administration, Susan Rice (married to Ian Cameron, a former producer at ABC news), likewise went on Twitter to blast the Trump administration’s decision to include presidential advisor Steven Bannon in meetings of the National Security Council: “This is stone cold crazy,” Rice asserted, “After a week of crazy.”

Is Rice (who has no military experience) correct that the former naval officer Bannon has no business participating in such high strategy meetings?

In September 2012, Rice went on television on five separate occasions to insist falsely to the nation that the attacks on the Benghazi consulate were the work of spontaneous rioters and not a preplanned hit by an al Qaeda franchise. Her own quite crazy stories proved a convenient administration reelection narrative of Al Qaeda on the run, but there were already sufficient sources available to Rice to contradict her false news talking points.

There are various explanations for the loss of media credibility.

First, the world of New York and Washington DC journalism is incestuous. Reporters share a number of social connections, marriages, and kin relationships with liberal politicians, making independence nearly culturally impossible.

More importantly, the election in 2008 of Barack Obama marked a watershed, when a traditionally liberal media abandoned prior pretenses of objectivity and actively promoted the candidacy and presidency of their preferred candidate. The media practically pronounced him god, the smartest man ever to enter the presidency, and capable of creating electric sensations down the legs of reporters. The supposedly hard-hitting press corps asked Obama questions such as, “During these first 100 days, what has …enchanted you the most from serving in this office? Humbled you the most…?”

Obama, as the first African-American president—along with his progressive politics that were to the left of traditional Democratic policies—enraptured reporters who felt disinterested coverage might endanger what otherwise was a rare and perhaps not-to-be-repeated moment.

We are now in a media arena where there are no rules. The New York Times is no longer any more credible than talk radio; CNN—whose reporters have compared Trump to Hitler and gleefully joked about his plane crashing—should be no more believed than a blogger’s website. Buzzfeed has become like the National Inquirer.

Trump now communicates, often raucously and unfiltered, directly with the American people, to ensure his message is not distorted and massaged by reporters who have a history of doing just that. Unfortunately, it is up to the American people now to audit their own president’s assertions. The problem is not just that the media is often not reliable, but that it is predictably unreliable. It has ceased to exist as an auditor of government. Ironically the media that sacrificed its reputation to glorify Obama and demonize Trump has empowered the new President in a way never quite seen before. At least for now, Trump can say or do almost anything he wishes without media scrutiny—given that reporters have far less credibility than does Trump.

Trump is the media’s Nemesis—payback for its own hubris.

As soon as President Trump began fielding press questions, liberal reporters started developing a new pastime: balking at their conservative counterparts for lobbing « softball questions. » But a quick review of the record reveals that journalism’s strike zone has narrowed suddenly and significantly. The mainstream media certainly wasn’t pitching heat during President Barack Obama’s first couple press conferences.

While some straight-laced newspapermen threw fastballs, plenty of reporters from well-respected outlets were more than happy to let the Democratic president tee-off. Anyone who doubts that should rewind the highlights from Obama’s early months in office.

When Obama called on Jeff Zeleney back in May 2009, the New York Times reporter didn’t get the president on the record about the state of national security or the worsening fiscal crisis. Instead, the writer wondered if the leader of the free world felt magical.

« During these first 100 days, » he asked, « what has surprised you the most about this office? Enchanted you the most from serving in this office? Humbled you the most? And troubled you the most? »

More than happy to oblige, Obama hammered the four-point question. But the press didn’t balk. They were enthralled. And for the next eight years, that episode would repeat itself again and again.

Even after Democrats got hammered in the 2010 midterms, the rigor of questions didn’t improve. Instead, respected journalists from respectable outlets kept up their game of soft toss. Normally, the press is supposed to be a bit adversarial with their sources. But Carry Bohan of Reuters was downright congratulatory about a bipartisan tax deal forged with Republicans.

« You racked up a lot of wins in the last few weeks that a lot of people thought would be difficult to come by, » Bohan asked Obama. « Are you ready to call yourself the ‘comeback kid?' »

Sometimes, the press openly batted for Democrats. During the 2011 Republican primary, CNN White House correspondent Dan Lothian asked Obama if he thought the GOP candidates were « uninformed, out of touch, or irresponsible. »

Only when Obama headed for the exit did it seem like journalists really started to dig deep. Before Trump set up shop in the Oval Office, the press corps went on the offensive. During Obama’s final presser, six of the eight questions were about Obama’s successor.

If hatred of Trump is rooted in class rather than ideology, more civility from the president will undo the ‘resistance.’

Jonathan S. Tobin
The Weekly standard
March 2, 2017

Médias: Attention, une meute peut en cacher une autre (Boys on the bus redux: What elite media bubble ?)

11 mars, 2017
tract-fillon
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Aujourd’hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Stéphane Hessel
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
Dans les médias de la communication, une chambre d’écho, ou chambre d’écho médiatique est une description métaphorique d’une situation dans laquelle l’information, les idées, ou les croyances sont amplifiées ou renforcées par la communication et la répétition dans un système défini. Il s’agit d’une analogie avec la chambre d’écho acoustique, ou chambre réverbérante, dans laquelle les sons sont réverbérés par les murs. À l’intérieur d’une chambre d’écho médiatique, les sources ne sont généralement pas remises en question et les points de vues opposés sont censurés ou sous-représentés. John Scruggs, lobbyiste chez le cigarettier Philip Morris, décrit en 1998 deux mécanismes de ce qu’il appelle les «chambres d’écho». Le premier consiste en la répétition d’un même message par différentes sources. Le second mécanisme consiste en la diffusion de messages similaires mais complémentaires par une seule source. Scruggs décrit la chambre d’écho comme stratégie pour augmenter la crédibilité de certaines informations au regard d’une audience cible. Avec la démocratisation de l’internet et l’arrivée des médias sociaux, les chambres d’écho se sont multipliées. Les algorithmes des réseaux sociaux agissent comme des filtres et engendrent ce qu’on a nommé des bulles de filtres. L’utilisateur à l’intérieur d’une telle bulle obtient de l’information triée à son insu en fonction de son activité sur un réseau. L’accessibilité accrue aux informations correspondant aux opinions des individus fait que ces derniers sont moins exposés à des opinions différentes des leurs. Dans les chambres d’échos, les opinions opposées à celles de la majorité sont peu diffusées et, lorsqu’elles le sont, sont souvent la cible d’attaques par cette majorité pour les discréditer. Lorsqu’une information est reprise par de nombreux médias, elle peut être déformée, exagérée, jusqu’à être plus ou moins dénaturée. En augmentant l’exposition à une fausse rumeur, sa crédibilité a tendance à augmenter. À l’intérieur d’une chambre d’écho, il peut ainsi arriver qu’une majorité d’individus croient en une version dénaturée d’une information véridique, ou en une information carrément fausse. Wikipédia
Les journalistes moyens à qui nous parlons ont 27 ans et leur seule expérience de journaliste, c’est de suivre les campagnes politiques. C’est un changement radical. Ils ne savent littéralement rien. (…) Nous avons créé une chambre d’écho. Ils disaient des choses qui validaient ce que nous leur avions donné à dire.  Ben Rhodes (conseiller-adjoint à la sécurité extérieure d’Obama)
Je vous l’assure : à l’instant où je l’ai appris, j’ai mis toute mon énergie pour faire en sorte que ce problème soit réglé. (…) Je peux vous affirmer que je n’étais au courant de rien à propos de ce rapport de l’inspection générale des services fiscaux avant qu’il n’y ait des fuites dans la presse. Barack Obama (16 mai 2013)
Une nouvelle couche de scandale est venue s’ajouter lundi aux soucis du président américain, lorsque l’agence de presse Associated Press a annoncé que deux mois de relevés d’appels de certains de ses journalistes avaient été saisis à l’instigation du parquet fédéral. L’agence a dénoncé une « intrusion massive et sans précédent », tandis que le département de la Justice s’est retranché derrière la nécessité de préserver « l’intégrité de l’enquête » dont les motifs restent encore flous. La Maison-Blanche a assuré n’avoir « aucune connaissance » de cette investigation. Toujours est-il que l’administration est « sous le feu » des critiques, constatait mardi le gros titre du journal USA Today. (…) Les services fiscaux américains (IRS) ont affirmé vendredi avoir ciblé environ 75 groupes proches de la mouvance conservatrice et anti-impôts du Tea Party. Lois Lerner, une responsable du fisc américain, a expliqué que des groupes comportant les mots « Tea Party » et « patriote » avaient été sélectionnés par les fonctionnaires d’une cellule centralisatrice à Cincinnati pour un examen approfondi, selon plusieurs médias. Les républicains ont bondi sur l’affaire et parlent déjà de scandale politique. « L’admission par l’administration Obama que le fisc a ciblé des opposants politiques fait écho à certains des abus de pouvoir les plus honteux de l’histoire américaine du 20e siècle », a déclaré John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants. Des enquêtes parlementaires vont être lancées au Congrès, y compris au Sénat, contrôlé par les alliés de Barack Obama. Certains conservateurs, élus ou éditorialistes, n’hésitent plus à évoquer ouvertement le fantôme du scandale du « Watergate » qui avait coûté sa présidence à Richard Nixon en 1974. Une enquête a été ouverte pour déterminer si l’administration fiscale américaine avait enfreint la loi, a annoncé mardi le ministre de la Justice, Eric Holder. Europe 1 (15 mai 2013)
The Guardian has learned that the FBI applied for a warrant from the foreign intelligence surveillance (FISA) court over the summer in order to monitor four members of the Trump team suspected of irregular contacts with Russian officials. The FISA court turned down the application asking FBI counter-intelligence investigators to narrow its focus. According to one report, the FBI was finally granted a warrant in October, but that has not been confirmed, and it is not clear whether any warrant led to a full investigation. The Guardian
With only days until Donald Trump takes office, the Obama administration on Thursday announced new rules that will let the NSA share vast amounts of private data gathered without warrant, court orders or congressional authorization with 16 other agencies, including the FBI, the Drug Enforcement Agency, and the Department of Homeland Security. The Intercept
Only days before the inauguration, President Obama also signed an executive order that allows the National Security Agency to share raw intercepts and data with the 16 other agencies in the intelligence community. NSA analysts used to filter out irrelevant information and minimize references to Americans. Now such material is being leaked anonymously. The Wall Street Journal
What you see in these leaks—David Ignatius of The Washington Post and others—are the intelligence agencies being manipulated by the left to destroy the Trump presidency and everybody around him. (…) The people that report on national intelligence at all the networks, including Fox—and I love Fox News—are scared of taking on the intelligence agencies because their sources will be cut off and they won’t have a profession anymore. Larry Klayman (Freedom Watch)
Les experts politiques ne sont pas un groupe très diversifié et ont tendance à accorder beaucoup de confiance aux opinions de leurs confrères et des autres membres de l’establishment politique. Une fois établi, le consensus tend à se renforcer jusqu’à et à moins que ne viennent l’interrompre des preuves absolument irréfutables. Les médias sociaux, Twitter en particulier, ne peuvent qu’aggraver encore le phénomène de pensée de groupe jusqu’à la création d’une véritable chambre d’écho. (…) Depuis au moins l’époque des « Boys on the bus, » le journalisme politique souffre d’une mentalité de meute. Les événements tels que les conventions et les débats rassemblent dans la même salle des milliers de journalistes; il suffit d’assister à l’un de ces événements pour presque littéralement sentir la nouvelle doxa se fabriquer en temps réel.  Nate Silver
Political experts aren’t a very diverse group and tend to place a lot of faith in the opinions of other experts and other members of the political establishment. Once a consensus view is established, it tends to reinforce itself until and unless there’s very compelling evidence for the contrary position. Social media, especially Twitter, can amplify the groupthink further. It can be an echo chamber. James Surowiecki’s book “The Wisdom of Crowds” argues that crowds usually make good predictions when they satisfy these four conditions: Diversity of opinion. “Each person should have private information, even if it’s just an eccentric interpretation of the known facts.” Independence. “People’s opinions are not determined by the opinions of those around them.” Decentralization. “People are able to specialize and draw on local knowledge.” Aggregation. “Some mechanism exists for turning private judgments into a collective decision.” Political journalism scores highly on the fourth condition, aggregation. While Surowiecki usually has something like a financial or betting market in mind when he refers to “aggregation,” the broader idea is that there’s some way for individuals to exchange their opinions instead of keeping them to themselves. And my gosh, do political journalists have a lot of ways to share their opinions with one another, whether through their columns, at major events such as the political conventions or, especially, through Twitter. But those other three conditions? Political journalism fails miserably along those dimensions. Diversity of opinion? For starters, American newsrooms are not very diverse along racial or gender lines, and it’s not clear the situation is improving much. And in a country where educational attainment is an increasingly important predictor of cultural and political behavior, some 92 percent of journalists have college degrees. A degree didn’t used to be a de facto prerequisite for a reporting job; just 70 percent of journalists had college degrees in 1982 and only 58 percent did in 1971. The political diversity of journalists is not very strong, either. As of 2013, only 7 percent of them identified as Republicans (although only 28 percent called themselves Democrats with the majority saying they were independents). And although it’s not a perfect approximation — in most newsrooms, the people who issue endorsements are not the same as the ones who do reporting — there’s reason to think that the industry was particularly out of sync with Trump. Of the major newspapers that endorsed either Clinton or Trump, only 3 percent (2 of 59) endorsed Trump. By comparison, 46 percent of newspapers to endorse either Barack Obama or Mitt Romney endorsed Romney in 2012. Furthermore, as the media has become less representative of right-of-center views — and as conservatives have rebelled against the political establishment — there’s been an increasing and perhaps self-reinforcing cleavage between conservative news and opinion outlets such as Breitbart and the rest of the media. Although it’s harder to measure, I’d also argue that there’s a lack of diversity when it comes to skill sets and methods of thinking in political journalism. Publications such as Buzzfeed or (the now defunct) Gawker.com get a lot of shade from traditional journalists when they do things that challenge conventional journalistic paradigms. But a lot of traditional journalistic practices are done by rote or out of habit, such as routinely granting anonymity to staffers to discuss campaign strategy even when there isn’t much journalistic merit in it. Meanwhile, speaking from personal experience, I’ve found the reception of “data journalists” by traditional journalists to be unfriendly, although there have been exceptions. Independence? This is just as much of a problem. Crowds can be wise when people do a lot of thinking for themselves before coming together to exchange their views. But since at least the days of “The Boys on the Bus,” political journalism has suffered from a pack mentality. Events such as conventions and debates literally gather thousands of journalists together in the same room; attend one of these events, and you can almost smell the conventional wisdom being manufactured in real time. (Consider how a consensus formed that Romney won the first debate in 2012 when it had barely even started, for instance.) Social media — Twitter in particular — can amplify these information cascades, with a single tweet receiving hundreds of thousands of impressions and shaping the way entire issues are framed. As a result, it can be largely arbitrary which storylines gain traction and which ones don’t. What seems like a multiplicity of perspectives might just be one or two, duplicated many times over. Decentralization? Surowiecki writes about the benefit of local knowledge, but the political news industry has become increasingly consolidated in Washington and New York as local newspapers have suffered from a decade-long contraction. That doesn’t necessarily mean local reporters in Wisconsin or Michigan or Ohio should have picked up Trumpian vibrations on the ground in contradiction to the polls. But as we’ve argued, national reporters often flew into these states with pre-baked narratives — for instance, that they were “decreasingly representative of contemporary America” — and fit the facts to suit them, neglecting their importance to the Electoral College. A more geographically decentralized reporting pool might have asked more questions about why Clinton wasn’t campaigning in Wisconsin, for instance, or why it wasn’t more of a problem for her that she was struggling in polls of traditional bellwethers such as Ohio and Iowa. If local newspapers had been healthier economically, they might also have commissioned more high-quality state polls; the lack of good polling was a problem in Michigan and Wisconsin especially. There was once a notion that whatever challenges the internet created for journalism’s business model, it might at least lead readers to a more geographically and philosophically diverse array of perspectives. But it’s not clear that’s happening, either. Instead, based on data from the news aggregation site Memeorandum, the top news sources (such as the Times, The Washington Post and Politico) have earned progressively more influence over the past decade: The share of total exposure for the top five news sources climbed from roughly 25 percent a decade ago to around 35 percent last year, and has spiked to above 40 percent so far in 2017. While not a perfect measure, this is one sign the digital age hasn’t necessarily democratized the news media. Instead, the most notable difference in Memeorandum sources between 2007 and 2017 is the decline of independent blogs; many of the most popular ones from the late ’aughts either folded or (like FiveThirtyEight) were bought by larger news organizations. Thus, blogs and local newspapers — two of the better checks on Northeast Corridor conventional wisdom run amok — have both had less of a say in the conversation. All things considered, then, the conditions of political journalism are poor for crowd wisdom and ripe for groupthink. Likewise, improving diversity is liable to be a challenge, especially because the sort of diversity that Surowiecki is concerned with will require making improvements on multiple fronts (demographic diversity, political diversity, diversity of skill sets). Still, the research Surowiecki cites is emphatic that there are diminishing returns to having too many of the same types of people in small groups or organizations. Teams that consist entirely of high-IQ people may underperform groups that contain a mix of high-IQ and medium-IQ participants, for example, because the high-IQ people are likely to have redundant strengths and similar blind spots. That leaves independence. In some ways the best hope for a short-term fix might come from an attitudinal adjustment: Journalists should recalibrate themselves to be more skeptical of the consensus of their peers. That’s because a position that seems to have deep backing from the evidence may really just be a reflection from the echo chamber. You should be looking toward how much evidence there is for a particular position as opposed to how many people hold that position: Having 20 independent pieces of evidence that mostly point in the same direction might indeed reflect a powerful consensus, while having 20 like-minded people citing the same warmed-over evidence is much less powerful. Obviously this can be taken too far and in most fields, it’s foolish (and annoying) to constantly doubt the market or consensus view. But in a case like politics where the conventional wisdom can congeal so quickly — and yet has so often been wrong — a certain amount of contrarianism can go a long way. Nate Silver
La presse accréditée à la Maison-Blanche est-elle victime du syndrome de Stockholm? Dans un livre devenu un classique du reportage politique américain, The Boys on the Bus, le reporter de Rolling Stone Timothy Crouse comparait en 1973 le convoi de la presse présidentielle sous Nixon à «un affreux petit camp de prisonniers de guerre, le chouchou du commandant, un officier débutant bien dressé et trop zélé, persécutant les prisonniers, étudiant leurs failles, récompensant leurs échecs, les punissant pour leurs succès et les encourageant à se dénoncer mutuellement». Jean-Marie Pottier
Sarkozy avait compris une chose : il ne pouvait pas se passer des médias et réciproquement, donc c’était du donnant-donnant (…) On voyait arriver un type jeune, dynamique, décomplexé – Macron me le rappelle. Il sait que, de toute façon, ça sera payant : les journalistes sont demandeurs et lui, cela l’humanise. En affichant cette jeunesse, ce charme, il ringardise une partie de la classe politique. Saïd Mahrane (Le Point)
En trustant les couves de magazines, Emmanuel Macron est devenu un phénomène médiatique. Sa jeunesse, son ambition, son couple ringardisent une partie de la classe politique. Mais cette stratégie de com sera-t-elle payante ? Il y avait la série des Martine, il y a maintenant celle des Macron. Macron en vacances exclusives à la plage, en minishort bleu, certes, mais “avant l’offensive” parce que bon, voilà, il ne faut pas déconner. Macron et Brigitte, ensemble, sur la route du pouvoir. Macron qui “dévoile enfin son programme” (mais pas trop quand même). Macron “la bombe”, “le coup de poker” ou encore “le dynamiteur”, quand il n’est pas une “fusée” ou “le plus chabadabada (!) des ministres”. Impossible d’y échapper : L’Express, L’Obs, Paris Match, VSD ou encore Closer et Public – sans compter les quotidiens – offrent régulièrement leur “une” au candidat d’En marche !, parfois avec Brigitte Macron, sa femme. (…) La réponse tient en deux points. D’abord, hormis sa vision politique, sa personnalité intrigue, agace, fascine. Ensuite, à l’heure où les ventes de journaux plongent, il est bankable. Pour Marc Dolisi, rédacteur en chef de VSD, si Macron est au cœur de l’attention, “c’est parce qu’il est le seul homme politique qui intéresse autant les gens du point de vue public mais aussi privé”. Outre sa personne, c’est son couple qui ferait de lui un individu dont les amours passionnent autant que celles d’une star du show-biz – qu’il fréquente d’ailleurs, en témoigne une photo de lui à l’anniversaire de Line Renaud, postée par Laeticia Hallyday, excusez du peu. (…) Mettre les Macron à la une de VSD, c’est augmenter les ventes de 10 000 exemplaires, par rapport à un autre politique, même s’“il fait quand même moins vendre qu’une Sophie Marceau ou un Jean-Jacques Goldman”. Du côté de Paris Match, même discours. Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique : “C’est un couple de pouvoir, qui énerve, qui est apprécié. Peu importe au fond, ils intéressent.” L’hebdo fut le premier à leur consacrer sa une. C’était en avril 2016, et malgré des critiques pour ce que certains avaient considéré comme de l’impudeur – des photos personnelles du couple y figuraient –, les ventes furent excellentes : “On l’a vendu à environ 300 000 exemplaires, hors abonnés. On a même manqué de papier pour plusieurs kiosques – selon nos services commerciaux, on aurait raté plusieurs milliers de ventes.” Le candidat avait assuré peu après : “Mon couple, ce n’est pas une stratégie de l’exposer, c’est sans doute une maladresse. Je l’assume pleinement. Ce n’est pas une stratégie que l’on reproduira.” On connaît la suite, Emmanuel Macron réapparaissant plusieurs fois depuis avec sa compagne dans les pages de Match. (…) Christophe Barbier, ancien directeur de la rédaction de L’Express – qui, pour sa nouvelle formule en mars 2016, avait mis Macron à l’honneur, et permis à l’hebdo de doubler ses ventes –, reconnaît lui aussi “une vraie curiosité pour le phénomène Macron” (…) D’autant qu’il profiterait du fait qu’“autour de lui, tout s’effondre : on n’aurait pas le même intérêt pour lui si Sarkozy ou Hollande étaient dans la course”. (…) L’ombre de Sarkozy n’est jamais bien loin quand il s’agit d’évoquer la relation de Macron aux médias, people notamment. Pour Saïd Mahrane, rédacteur en chef du Point, le candidat d’En marche ! adopterait le même genre de stratégie médiatique que l’ancien Président en 2007. “Sarkozy avait compris une chose : il ne pouvait pas se passer des médias et réciproquement, donc c’était du donnant-donnant (…) Marc Dolisi ne dit pas le contraire en évoquant “le couple politique le plus intelligent du point de vue de l’image. Neuf ans après Sarkozy et la peopolisation qu’il a imposée, ils savent qu’ils peuvent en tirer profit et que cela peut toucher le grand public”. Le journaliste en veut pour preuve “certaines photos prises par des paparazzis” pour VSD, sans que les Macron ne les attaquent en justice : “Ils auraient pu. Mais ils savent très bien qu’ils sont photographiés. Ils laissent faire.” Cette filiation éditoriale augure-t-elle pour l’homme le plus à droite de la gauche un avenir présidentiel ? Les Inrocks (28/02/2017)
Ce dont est victime François Fillon, c’est d’un système qui a été mis en place depuis des années au Parlement et qui consiste à rémunérer ou à accorder des compléments de rémunération aux parlementaires à travers le système des collaborateurs. Patrick Stefanini (ancien directeur de campagne de Fillon)
Il décrit quelque chose qui est bien ce qu’il a dit, pas spécialement pour Fillon. Mais quand vous avez l’indemnité du parlementaire plus la rémunération du collaborateur qui atterrit dans le même ménage et assez largement sur le même compte en banque…Je vais dire quelque chose qui n’est pas politiquement correct du tout, qui a été abordée maladroitement par Alain Minc ou Henri Guaino: y a-t-il une question sur le niveau de la rémunération des parlementaires en France? La réponse est oui! Je le pense, et je le dis! C’est très difficile à expliquer mais ce salaire, qui est confortable, met les parlementaires français parmi les moins payés en Europe, je le dis. Hervé Mariton
Quand payera-t-on décemment le métier politique? (…) Non ce n’est pas assez compte tenu des contraintes. Je pense qu’il faudrait indexer la rémunération des parlementaires sur celle des plus hauts fonctionnaires. C’est de l’ordre de 10.000 euros. Je ne vois pas pourquoi quelqu’un qui est là pour faire la loi est moins payé que quelqu’un qui est payé pour appliquer la loi. Alain Minc
Il a existé un système, ou une absence de contrôles, c’est vrai, jusqu’à il y a quelques années à l’Assemblée nationale, puisque le système de gestion était différent au Sénat, et notamment pour les collaborateurs familiaux.. Il y avait la capacité, jusqu’à une somme dont je n’ai pas le chiffre en mémoire, de récupérer le solde de crédit qui était affecté aux collaborateurs, puisqu’il n’était pas géré, comme au Sénat par une association. Ce système, il y a été mis fin à l’Assemblée nationale. C’est d’ailleurs à la fois Bernard Accoyer et Claude Bartolone qui me l’ont expliqué. Gérard Larcher

Soyons sérieux, si on veut régler le problème de la corruption, un député a besoin de 9 000 euros net par mois. La première chose à faire, c’est d’interdire aux parlementaires toute autre fonction que la leur. Donc impossible pour un député ou un sénateur d’exercer une profession, de diriger une boîte de conseil, sauf à travailler à titre gratuit. Je pense, par exemple, aux médecins qui pourraient continuer à opérer pour ne pas perdre la main. Mais, dans ce cas, ils ne seraient pas payés. (…) Quand on aura fait ça, alors on pourra proposer d’allouer une rémunération de 9 000 euros net aux parlementaires et une enveloppe de 3 000 euros mensuel de frais divers. C’est le montant que nous avions estimé il y a quelques années quand on s’était penché sur la question.
Julien Dray
Les députés disposent d’une enveloppe mensuelle de 9 561 euros destinée à rémunérer de 1 à 5 assistants. La répartition et l’usage de cette somme sont à discrétion de chaque député. Avant le 1er janvier 2013, comme l’indique le site de l’Assemblée Nationale, les députés pouvaient effectivement conserver les montants non dépensés, dans la limite d’un plafond de 5958 euros par an. Soit moins de 6% de l’enveloppe, relève Le Monde. Reste la question de l’enrichissement personnel par proximité familiale de l’employeur et de son assistant. La pratique existe, bien qu’elle soit contrôlée. Le règlement, mis à jour en 2011, indique que la rémunération d’un emploi familial ne peut pas excéder la moitié de l’enveloppe annuelle du député. La France n’est en effet pas en tête des pays où les parlementaires sont les mieux payés: elle se classe au neuvième rang en Europe, si l’on se reporte au comparatif dressé en décembre 2016 par le site d’information irlandais The Journal. Avec un salaire de base de 85 713 euros bruts par an pour les députés du Palais Bourbon, la France est largement derrière le trio de tête composé par l’Italie (125 220 euros), l’Autriche (121 608 euros) et l’Allemagne (108 984 euros). Tout en bas du classement on retrouve la Roumanie et la Bulgarie, dont les parlementaires gagnent autour de 20 000 euros bruts par an.  Le Figaro  
L’ouvrage-choc de Christian Chesnot et Georges Malbrunot sur les liens ambigus entre certains politiques français et les richissimes monarchies du Golfe persique fait des vagues. Des personnalités ont contacté, en vain, l’ambassade du Qatar à Paris pour que celle-ci démente les accusations contenues dans le livre. Le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen et la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet sont les seuls, jusqu’ici, à avoir déposé plainte pour diffamation contre les auteurs du livre « Nos très chers émirs » (ed. Michel Lafon). Ils font partie des personnalités -de droite comme de gauche- épinglées par Christian Chesnot et Georges Malbrunot qui les accusent d’avoir profité des largesses de l’ambassade du Qatar à Paris. Dans leur liste non exhaustive, les deux grand reporters, ex-otages en Irak, désignent aussi Rachida Dati, le député socialiste du Pas-de-Calais Nicolas Bays ou Dominique de Villepin, qui exigeait de voyager en « First ». «De 2007 à 2013, à l’époque de l’ancien ambassadeur Al-Kuwari, la représentation qatarie en France était devenue la boutique du Père Noël », affirment les auteurs. Cette générosité a été bien mal récompensée. Le petit émirat supporte mal le « Qatar bashing », sa mise en cause dans le financement du terrorisme islamiste, y compris par des politiques français. Le filon va se tarir avec l’avènement du jeune émir Tamin qui a ordonné au nouvel ambassadeur Meshal de mettre un terme à cette politique des « petits cadeaux ». Aujourd’hui, le Qatar cherche à redorer son blason et « le distributeur à billets de 500 euros » est fermé. Dès sa publication, l’enquête de Chesnot et Malbrunot a mis en effervescence le petit monde des « amis » français de l’émirat qui pleurent leur mise à l’écart et la diète qui s’en est suivie. Le lendemain de la sortie du livre, le 21 octobre, l’ex-ministre Rachida Dati a envoyé deux émissaires à l’ambassade du Qatar qui ont exigé d’être reçus par l’ambassadeur Meshal. (…) Du côté de Jean-Marie Le Guen, c’est un proche qui a contacté l’ambassade qatarie à Paris avec en substance ce message: « Ce n’est pas bien de balancer auprès de la presse. Après cela, la France va lâcher le Qatar quand il y aura des accusations contre le terrorisme. On ne vous soutiendra plus ». (…) «Entre les partis politiques, c’est l’omerta, confie un parlementaire. Des gens de droite et d’autres de gauche sont mouillés. Il y a un intérêt commun à étouffer l’affaire. » Seul le député non inscrit Nicolas Dupont-Aignan a réclamé la création d’une commission d’enquête à l’Assemblée, tout en reconnaissant qu’il y avait peu de chance qu’elle aboutisse. Le député-maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromentin a posé pour sa part une question écrite au Premier ministre Manuel Valls. Depuis sa rupture avec l’UDI, il figure également parmi les indépendants à l’Assemblée. Quant au nouveau Parquet national financier, chargé de lutter contre la fraude et la corruption, il ne s’est encore saisi des graves accusations lancées par les deux journalistes. Paris Match
Je ne crois ni au grand remplacement ni à la soumission. Régis Debray
Venez, on enfonce un violon dans le cul de madame Valls. Medhi Meklat  (octobre 2012, sept mois après les meurtres de Merah)
Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde. Medhi Meklat (décembre 2002)
Cette génération qui vit sur Internet (…) et s’autorise les pires dérapages idéologiques sous prétexte qu’ils sont libres. Medhi Meklat (Minute)
J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…) C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. Mehdi Meklat
Nous sommes le Grand Remplacement. Sûrement pas celui que les fous peuvent fantasmer. Nous sommes un grand remplacement naturel, celui d’une génération face aux « autres », du cycle de la vie. Nous sommes le présent. Nous sommes le Grand Remplacement d’un système archaïque, qui ne nous parle plus et qui ne nous a jamais considéré comme ses enfants. Nous sommes radicaux dans nos idées : nous irons au bout de la beauté. Nous écrirons quand vous voudrez qu’on se taise, et nous nous battrons quand vous aurez décidé qu’il est l’heure qu’on s’endorme. Nous reprendrons notre place, prise par ceux qu’on autorise à penser. Nous ne voulons parler qu’en NOTRE nom. De NOS gouts et de NOS couleurs. Nous sommes le Grand Remplacement d’une génération qui s’active sur Internet pour contrer les coups bas. D’artistes, seul au front, pour porter tous les combats. De révoltés d’une société qui ne sait plus se regarder dans les yeux et écouter les coeurs qui se battent. (…) Nous n’avions pas peur de créer des réactions puisque nous n’avions été que cela jusqu’ici : il fallait réagir aux approximations et aux humiliations diverses. Tous les jours, nous devions entendre « islam » à la télévision. Nous devions accepter « les débats » qui n’allaient nulle part ailleurs. Nous devions comprendre que « l’islamophobie » n’existait pas et que certains hommes politiques voulaient radier les musulmans de l’espace public. D’ailleurs, nous devions éviter de dire « musulman » pour ne pas effrayer les effarouchés. Téléramadan est né de ces frustrations. De ces « analyses » qui n’apportaient aucune réflexion à longueur de journaux. De ces chaines de télé qui comblaient le vide par l’hostilité. De ces mots qu’on lançait comme des bombes pour faire sursauter les âmes. (…) Il est temps de grand-remplacer ce présent qui nous oppresse, qui nous divise. Nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion. Téléramadan n’est pas une démarche militante. C’est une démarche politique qui passe par la littérature, le regard et la poésie. Laissez-nous la naïveté de dire qu’on est les potes de personne, mais les frères de tout le monde. Bismillah. [Au nom de Dieu] Mouloud Achour, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah
Depuis le temps qu’on lutte et espère le grand remplacement de la vieille France Bravo Meklat et Badrou ! Edouard Louis
Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine. Télérama
Mise à jour : Que savions nous des tweets de Mehdi Meklat lorsque nous l’avons interviewé, avec son compère Badroudine, en octobre 2015 ? En aucun cas, nous n’avions eu connaissance de ses messages antisémites, homophobes et racistes, récemment ressurgis des tréfonds de Twitter. Sinon, nous ne l’aurions pas cautionné. Cela va sans dire. Alors pourquoi le préciser ? Parce qu’au regard de ce qu’on sait aujourd’hui, une remarque, publiée dans cet entretien vieux d’un an et demi, prête malheureusement à confusion : « vous participez au bruit ambiant, disions-nous, en publiant sur Twitter des blagues parfois limites »… Sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat postait en effet des plaisanteries en cascade. Beaucoup étaient très drôles, mais d’autres étaient lestées d’une provocation aux franges de l’agressivité, ou d’une pointe de misogynie potache. C’est à cela que nous faisions allusion en parlant de « blagues limite ». A rien d’autre. Avons-nous à l’époque manqué de prudence ? Nous aurions pu passer des heures, voire des jours, à fouiller parmi ses dizaines de milliers de tweets déjà publiés, afin de vérifier qu’il ne s’y trouvait rien d’inacceptable. Mais pourquoi l’aurions-nous fait ? Tout, alors, dans sa production professionnelle (chroniques radio, documentaire, livre), témoignait au contraire d’un esprit d’ouverture qui nous a touchés. En octobre 2015, à nos yeux, Mehdi Meklat n’était absolument pas suspect d’intolérance. Découvrir aujourd’hui ses tweets haineux fut un choc pour nombre de nos lecteurs. Pour nous aussi. Ils sont aux antipodes des valeurs que Télérama défend numéro après numéro, depuis plus de soixante ans. Télérama
Beaucoup de choses ont déjà été dites sur Mehdi Meklat, écrivain talentueux de 24 ans, « issu des cités », promu et encensé depuis 2012 par la presse culturelle unanime sur son talent littéraire et qui abreuvait Twitter de sentences ultraviolentes à caractère antisémite, homophobe, misogyne. Il appelait également à des agressions physiques contre certaines personnalités et fit l’apologie du génocide nazi et du terrorisme, le tout sous couvert d’un pseudonyme (« Marcelin Deschamps ») connu de tous ceux qui continuaient de le soutenir. Cela dans la période où le pays subissait l’assassinat de militaires et d’enfants juifs, les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes et la Belgique la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Citons quelques-uns de ces Tweet pour prendre la mesure de ce que cela signifie. « Venez, on enfonce un violon dans le cul de madame Valls », écrivait-il en octobre 2012 (sept mois après les meurtres de Merah), quand « madame Valls », de confession juive, passait pour« influencer » les positions de son mari sur la laïcité.« Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde »,trouve-t-on en décembre de la même année. (…) Les réseaux ­sociaux ont fait le relais. En d’autres ­termes, sans ces nouveaux médias, l’omerta serait restée entière. La faillite morale et professionnelle journalistique est totale. La question qui se pose est celle-ci : où, exactement, se trouve le vrai scandale ? Tâchons de raisonner de façon littéraire. Ouvrons Minute. Le livre imagine plusieurs personnages issus de classes sociales diverses dans la minute précédant l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. Il commence ainsi : « A quoi devaient servir les écrivains ? A apporter du temps et du style. Le temps était effréné, tellement présent dans nos vies ordinaires qu’il en devenait absent, dissous. » Le personnage s’exprimant de cette façon, « l’Ecrivain », n’est pas sans évoquer Renaud Camus (et parfois Houellebecq), dans la mesure où il a été au centre d’un scandale littéraire et est membre du Front national. Plus tard dans le livre, il croise « deux jeunes romanciers », Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, lesquels le jugent « raciste », tandis que lui ne voit en eux que les représentants « d’une génération qui vit sur Internet et s’autorise les pires dérapages ». Dans la réalité, bien sûr, tous ont raison. Plus troublant encore, c’est par un ­raisonnement fort proche de celui de Renaud Camus autrefois que Meklat a tenté de justifier ses Tweet, notamment dans l’interview donnée au site de Télérama dans les jours suivant le scandale. Marc Weizman
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. En 1936, après la remilitarisation de Rhénanie par Hitler, dans la plupart des médias français, il était presque impossible d’évoquer la perspective d’une guerre avec l’Allemagne. Tous les gens de bien étaient furieusement pacifistes… On trouverait bien un terrain d’entente avec le chancelier allemand, disaient-ils. Mais dans les cafés et les salons, on ne parlait que de ça. Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) comment ne pas voir que le rassemblement de quelques milliers de bobos place de la République, prétendant proposer une réalité radicalement alternative, a été monté en mayonnaise afin de gommer les 4 millions de Français, descendus spontanément dans les rues pour protester contre les attentats islamistes de janvier? Pour ne prendre que cet exemple. De la même façon, chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. Prenez l’économie. Il y a cinq ans, le débat portait sur les délocalisations: nos problèmes venaient de l’étranger, qui ne respectait pas nos règles, qui prétendait réussir en ne faisant pas comme nous. La Chine, voire l’Allemagne nous faisaient une concurrence déloyale. À partir d’un certain moment, on a commencé à s’inquiéter de la désindustrialisation. C’était approcher du vrai problème, celui du manque de compétitivité de notre appareil productif. Encore quelques mois, et on a commencé à réaliser que nos entreprises supportaient des charges disproportionnées par rapport à celles de leurs concurrentes et qu’il convenait donc de les alléger, après les avoir augmentées. Mais c’est justement l’un des sujets dont le Parti des médias ne veut pas entendre parler, comme du déficit budgétaire et de l’endettement. Pour ces aveuglés, l’absence de croissance française, le niveau extravagant du chômage n’ont qu’une seule cause: «l’austérité»… Mais si l’austérité, c’est un niveau de dépense publique inouï, qui absorbe 57,5 % de tout ce que produit le pays, le plus fort taux de prélèvement obligatoire d’Europe, et une dette publique de 100 % du PIB, alors je demande comment on va qualifier l’économie allemande… Un État dont le budget est équilibré et qui, étrangement, a un taux de chômage deux fois inférieur au nôtre. Encore une fois, pour prendre un exemple. Mais dans tous les domaines, c’est la même danse du ventre: on approche de la vérité en tournant autour, plutôt que d’affronter franchement nos problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. Je me suis senti visé personnellement par les fous de Dieu. (…) Lorsque j’ai vu la formidable réaction, spontanée, de la population, opposant 4 millions de poitrines aux tueurs, semblant dire: «nous sommes bien trop nombreux, vous ne pourrez pas nous tuer tous», je me suis senti conforté dans l’idée qu’il fallait défendre le vieux pays menacé. Mais il faut en être conscient: il va devenir de plus en plus dangereux de vivre dans un pays qui refuse le chantage des islamistes: soumettez-vous ou bien vous mourrez. C’est une raison supplémentaire de rester: tenter de renforcer le camp de la résistance. Et non leur abandonner le terrain. Ne pas collaborer lâchement, comme la dernière fois… (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) «Le socialisme, c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres», a écrit Carlo Rosselli, l’un des théoriciens du libéralisme de gauche, assassiné en France par les sbires de Mussolini. Je pense que la véritable lutte des classes n’oppose pas tant les salariés aux entrepreneurs que les insiders du système aux exclus, les détenteurs de rentes à ceux qui sont prêts à emprunter l’escalier de service lorsque l’ascenseur social est en panne. La «défense des avantages acquis» est un mot d’ordre qui profite aux planqués. Tony Blair disait: «ce qui est social, c’est ce qui crée des emplois». Il avait raison. Notre système a fait le choix implicite du chômage de masse. C’est une calamité. Non seulement, le chômage détruit des vies, mais il rend des millions de personnes dépendantes de l’État pour leur survie. Il bloque toute ambition, il étouffe cette «étincelle vivante» que les hommes portent en eux et qui, selon Goethe, «se recouvre de la cendre toujours plus épaisse des nécessités quotidiennes si elle cesse d’être alimentée. » (…) je croyais que l’Europe pouvait devenir une puissance capable, en alliance avec les États-Unis et les autres démocraties, de rivaliser avec les grandes puissances émergentes. Que nous pourrions contribuer à définir un ordre du monde basé sur le droit international, la souveraineté des peuples, la démocratie, les droits de l’homme… Encore aurait-il fallu que les dirigeants européens assument notre héritage. Qu’ils n’aient pas honte d’être européens. Or, ils ont agi comme s’il fallait se débarrasser de notre culture. Comme si notre formidable héritage les encombrait. Le continent qui a donné au monde Leonard de Vinci, Cervantes, Shakespeare, Rembrandt, Racine, Mozart, Goethe, Hugo, Proust, Pessoa, Chaplin, Milosz… illustre ses billets de banques avec des ponts et des fenêtres. Pour ne froisser personne, paraît-il. Entre l’arrogance et la haine de soi, il devrait exister une position moyenne. Quand je suis rentré de Pologne, je suis allé voir la rédactrice en chef d’un magazine consacré à l’Europe avec des projets d’article sur l’apport de la culture centre-européenne à l’identité européenne. «Moi, ce qui m’intéresse dans l’Europe, c’est l’Autre», m’a-t-elle dit. Allez demander aux Chinois, aux Indiens ou aux Turcs, si c’est «l’Autre» qui les intéresse prioritairement! (…) Cette Union européenne, qui refuse d’être une puissance politique, est prise en tenailles. Elle est coincée entre l’islamisme qui se rapproche de nous par la Turquie et risque de nous entraîner dans le chaos proche-oriental et la contre-révolution culturelle tentée par Poutine, avec son rêve impérial post-soviétique. Cette UE, régie par le droit et le marché, purement procédurale et évitant toute décision politique, cette Europe-là est condamnée. Ses concepteurs ont cru à la possibilité d’un avion en pilotage automatique. Ça pouvait marcher par temps calme, mais aussitôt qu’est apparue une zone de turbulence, en 2008, la machine s’est enrayée. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. Je le déplore, parce que nos petites nations en communauté de déclin ne font pas le poids face aux géants émergents. (…) Face à la complexité du monde, à ses métamorphoses difficiles à saisir, les gens se réfugient dans des explications simples. Cela a nourri les grandes idéologies du XX° siècle. Le fascisme, le marxisme, offraient des réponses simplettes à des questions compliquées. Mais il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. (…) Qui peut nier que les peuples du Moyen Orient aspirent, eux, à la démocratie? Les racistes nous répètent que les Arabes ne sont «pas mûrs», que leur société civile n’est pas assez émancipée, que l’islam constitue un facteur de blocage insurmontable. J’ai vibré à l’unisson des «révolutions arabes», qui rappellent tellement le Printemps des peuples européens de 1848. Je n’ignore pas leur échec, à peu près général, à l’exception de la Tunisie. On ne peut nier que l’islamisme, qui guette les occasions d’avancer ses pions et de contrôler les sociétés, a profité des libertés conquises. Là où il a cru son heure arrivée, comme en Egypte, il a provoqué la réaction des militaires. Mais les peuples n’ont pas dit leur dernier mot. Après 1848, nous avons eu aussi une sévère réaction en Europe. La liberté ne se conquiert pas en un jour. Mais qu’on ne vienne pas me dire qu’avec les despotes – Saddam Hussein, Kadhafi et Bachar el-Assad, Moubarak, nous vivions dans un monde «plus sûr». C’est l’inverse qui est vrai. Ces systèmes politiques, archi-corrompus et tyranniques, étaient tous au bout du rouleau. Dans le combat entre «réalpolitiques» cyniques et droits-de-l’hommistes, solidaires des peuples en lutte contre leurs tyrans, je persiste à choisir ces derniers. En ce qui concerne l’Irak et la Syrie, l’erreur politique, c’est Obama qui l’a commise. En retirant prématurément ses soldats d’Irak, à une époque où Daech comptait 200 combattants ; et en refusant de soutenir la rébellion démocratique contre al-Assad, ce qui a laissé le champ libre aux djihadistes, encouragés par le régime… Brice Couturier
« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses. Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme. (…) Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. (…) Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. (…) Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible). On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme. Brice Couturier

Attention: un effet de meute peut en cacher un autre !

A l’heure où derrière les cris d’orfraie qui ont suivi les allégations du président Trump concernant la surveillance de ses communications pendant sa campagne électorale …

De la part d’une administration qui en son temps – qui s’en souvient ? –  n’avait pas hésité à lancer le fisc sur ses ennemis ou faire écouter certains journalistes …

Se confirme, jour après jour et fuite après fuite, la véritable campagne de déstabilisation de la nouvelle administration américaine par la collusion des services secrets et de la presse …

Comment ne pas saluer le courageux mea culpa d’un des analystes électoraux les plus respectés pour le véritable accident industriel qu’a constitué pour la presse américaine aussi bien que pour ses collègues l’élection totalement imprévue de Donald Trump …

Alors que l’on redécouvre 40 ans après sa mise au jour par le fameux livre du journaliste de Rolling Stone Timothy Crouse sur le convoi de la presse présidentielle sous Nixon (The Boys on the Bus, 1974) …

Que la sorte de syndrome de Stockholm qu’avait alors généré, de bus en avions et d’un site de campagne à l’autre, leur cohabitation étroite et forcée a désormais fait place ….

A l’image de la fameuse chambre d’écho dont était si fier le conseiller à la sécurité d’Obama Ben Rhodes pour son tristement fameux accord sur le nucléaire iranien …

A une véritable mentalité de meute, renforcée tant par l’incroyable consanguinité de ses membres (pas plus de 7 % de Républicains déclarés) que par l’effet homogénéisant des médias sociaux et notamment Twitter ?

Mais comment aussi ne pas voir le parallèle de ce côté-ci de l’Atlantique …

Avec les longues semaines de véritable chasse à l’homme médiatico-judiciaire dont vient d’être victime, à quelques mois d’une élection présidentielle où la gauche était logiquement donnée perdante, le seul candidat crédible de la droite …

Doublée, comme il se doit, d’un emballement tout aussi massif pour son principal adversaire …

Qui n’est pas sans rappeler un autre emballement dont a si longtemps bénéficié jusqu’à sa découverte par une enseignante anonyme il y a un mois …

Le jeune blogueur aux tweets racistes, antisémites et homophobes Mehdi Meklat ?

Mehdi Meklat, l’enfant gâté du gauchisme culturel
Quels mécanismes peuvent expliquer l’ascension médiatique du jeune blogueur aux tweets racistes, antisémites et homophobes ? Enquête.
Brice Couturier*
Le Point
03/03/2017

« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses.

Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme.

Prolétariat de substitution

Les médias en question ne sont pas intéressés par les collégiens qui montent des pièces de Molière ou de Beaumarchais, ou apprennent à jouer du piano. N’avez-vous jamais entendu parler de Malika Bellaribi-Le Moal, mezzo-soprano qui organise des ateliers lyriques en banlieue  ? Si oui, c’est dans La Croix, et non dans la presse branchée. Ne cherchez pas non plus dans les colonnes de cette dernière le travail d’associations comme Les Petits Riens, grâce à laquelle des élèves de collèges situés en REP sont initiés à la musique et à la danse, et fréquentent l’Opéra-Comique. Or les banlieues fourmillent de ce genre d’initiatives qui rencontrent un certain succès. Mais la délicatesse de sentiment et la tradition humaniste héritée, la culture savante – celle qui favorise l’intégration –, c’est affaire de bolos, ces bourgeois-lopettes, ces «  têtes de victimes  ». Ce qui est attendu de la culture de banlieue, c’est le pire du rap. Les éructations haineuses. Une véhémence provocatrice qui s’exprime dans une langue ­réduite au verlan.

Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée.

Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. Dans le best-seller de la bande dessinée L’Arabe du futur, Riad Sattouf, qui a passé son enfance en Libye puis en Syrie, révèle que la première expression qu’il a apprise sur place en arabe, c’est «  sale juif  ». Mais il y a un tabou sur ce sujet, pourtant dévoilé par des écrivains et penseurs maghrébins, comme Boualem Sansal. Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. Mais la logique du multiculturalisme ne pouvait déboucher que sur la concurrence victimaire et non sur l’unité des fronts secondaires. Le gauchisme culturel devrait méditer le texte consacré par Bertrand Russell à «  the fallacy of the superior virtue of the oppressed  » : le «  dominé  » n’est pas, selon lui, systématiquement porté à l’ouverture d’esprit.

Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible).

On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme.

Voir aussi:

Brice Couturier : le Parti des médias et l’intelligentsia méprisent la réalité
Alexandre Devecchio
Le Figaro
19/08/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un entretien fleuve, Brice Couturier, qui a été le chroniqueur matinal de France Culture pendant cinq ans, décrypte les contours d’une vie médiatico-intellectuelle où le pluralisme et le vrai débat sont en voie de disparition.

Journaliste et producteur de radio, Brice Couturier rejoint France Culture en 2002, où il anime alors une émission hebdomadaire consacrée à l’Europe, Cause Commune, avant de devenir producteur de l’émission Du grain à moudre. De 2011 à 2016, il a été chroniqueur et co-animateur dans Les Matins de France Culture.

FIGAROVOX. – De septembre 2011 à juin 2016, vous avez été chroniqueur et co-animateur dans Les Matins de France Culture. Que retenez-vous de ce quinquennat sur le plan intellectuel et politique?

Brice COUTURIER. – Un quinquennat, oui, l’expression est bien trouvée. C’est d’ailleurs un principe de vie: je change d’activité tous les cinq ans. Ces cinq dernières années, j’ai donc écrit chaque jour un éditorial que j’ai lu le lendemain matin sur notre antenne de France Culture, afin de lancer le débat de la deuxième partie des Matins. Lorsque le directeur de l’époque, Olivier Poivre d’Arvor, m’a proposé ce défi, je lui ai fait remarquer que l’éditorialiste d’un journal, c’est quelqu’un qui reflète la ligne éditoriale de ce titre et qu’en ce qui me concerne, je me regardais comme assez décalé par rapport à celle de France Culture. Mais c’était précisément ma différence qui l’intéressait. Il souhaitait que je provoque l’invité des Matins, en lui balançant des idées susceptibles de le faire réagir. Là où l’exercice trouvait ses limites, c’est que je n’étais pas toujours autorisé à répondre à l’invité – notamment lorsqu’il démolissait mon papier. Sans doute fallait-il que le tenant du «politiquement correct» conserve le dernier mot… J’apparaissais ainsi comme un trublion qu’on sort de sa boîte, afin de provoquer un peu, mais qu’on s’empresse de faire taire lorsqu’il a joué son rôle afin que tout rentre dans l’ordre. Dommage, car j’ai travaillé sérieusement chaque sujet de manière à pouvoir poursuivre la discussion en m’appuyant sur des faits.

Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. En 1936, après la remilitarisation de Rhénanie par Hitler, dans la plupart des médias français, il était presque impossible d’évoquer la perspective d’une guerre avec l’Allemagne. Tous les gens de bien étaient furieusement pacifistes… On trouverait bien un terrain d’entente avec le chancelier allemand, disaient-ils. Mais dans les cafés et les salons, on ne parlait que de ça.

Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre.

Vous croyez à un «complot des médias»?

Je n’irais pas jusque-là. Mais comment ne pas voir que le rassemblement de quelques milliers de bobos place de la République, prétendant proposer une réalité radicalement alternative, a été monté en mayonnaise afin de gommer les 4 millions de Français, descendus spontanément dans les rues pour protester contre les attentats islamistes de janvier? Pour ne prendre que cet exemple. De la même façon, chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion.

Mais ce n’est pas l’essentiel. Le pire, c’est qu’il y a trop peu d’intellectuels capables de discerner les grands courants de fond sous le miroitement de surface. En finissant l’année, sur France Culture, par une série d’été consacrée à Raymond Aron, j’ai voulu montrer ce qu’avait été mon ambition au cours de ces cinq années. Il est mon modèle. Aron aussi était éditorialiste. A Combat, au temps de Camus, puis au Figaro, surtout, et enfin à L’Express. Et tandis que les simples journalistes se contentaient de rapporter les faits au jour le jour, lui savait discerner, en historien, les tendances profondes, celles qui allaient modifier les rapports de force, redessiner la carte, décider du mouvement de l’histoire. Aujourd’hui, nos chers confrères passent leur temps à guetter le fil de l’AFP, afin d’être «les premiers sur une info». Ils sont concurrencés par internet qui met tout ce fatras de pseudo-news, de «stories», à la disposition de chacun. Ils misent sur l’antériorité pour légitimer leur profession ; ou encore sur leur connaissance personnelle des acteurs politiques pour rapporter leurs propos à des stratégies individuelles de conquête du pouvoir. Ce faisant, ils rabaissent la politique et contribuent au développement du populisme ambiant.

Alors qu’il leur faudrait jouer sur la compétence, la capacité du spécialiste à interpréter les faits, à discerner la manière dont le monde est en train de se réorganiser. Mon problème tient à ce que j’étais censé être un spécialiste universel: parler économie avec Attali un jour, histoire avec Pierre Nora, le lendemain, politique internationale avec Védrine, le surlendemain et conclure la semaine sur la littérature américaine avec Richard Ford…. Sans oublier de me faire traiter de crétin par Montebourg, de journaliste partisan par Copé, ou d’agent de l’Allemagne par Marine Le Pen! Mais le pire, c’était de supporter ces idéologues de petit calibre, cooptés par leurs camarades de l’Université, qui tiennent lieu d’intelligentsia aux yeux des journalistes bien-pensants. Quel dialogue peut-on avoir avec ces personnages, arrogants quoiqu’incultes, et d’autant plus pérorant qu’ils méprisent les faits, les chiffres, la réalité? Ils prétendent déconstruire ce qu’ils n’ont jamais cessé d’ignorer.

La vie des idées a-t-elle beaucoup évolué depuis cinq ans? Certaines idées neuves sont-elles apparues? Quels sont les grands débats qui vous ont le plus marqué?

Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. Prenez l’économie. Il y a cinq ans, le débat portait sur les délocalisations: nos problèmes venaient de l’étranger, qui ne respectait pas nos règles, qui prétendait réussir en ne faisant pas comme nous. La Chine, voire l’Allemagne nous faisaient une concurrence déloyale. À partir d’un certain moment, on a commencé à s’inquiéter de la désindustrialisation. C’était approcher du vrai problème, celui du manque de compétitivité de notre appareil productif. Encore quelques mois, et on a commencé à réaliser que nos entreprises supportaient des charges disproportionnées par rapport à celles de leurs concurrentes et qu’il convenait donc de les alléger, après les avoir augmentées. Mais c’est justement l’un des sujets dont le Parti des médias ne veut pas entendre parler, comme du déficit budgétaire et de l’endettement.

Pour ces aveuglés, l’absence de croissance française, le niveau extravagant du chômage n’ont qu’une seule cause: «l’austérité»… Mais si l’austérité, c’est un niveau de dépense publique inouï, qui absorbe 57,5 % de tout ce que produit le pays, le plus fort taux de prélèvement obligatoire d’Europe, et une dette publique de 100 % du PIB, alors je demande comment on va qualifier l’économie allemande… Un État dont le budget est équilibré et qui, étrangement, a un taux de chômage deux fois inférieur au nôtre. Encore une fois, pour prendre un exemple. Mais dans tous les domaines, c’est la même danse du ventre: on approche de la vérité en tournant autour, plutôt que d’affronter franchement nos problèmes.

L’économie n’est pas seule en cause. La vie des idées, dans notre pays, pâtit du fait qu’un faible nombre de gens sont à la fois suffisamment qualifiés et suffisamment honnêtes pour en rendre compte. Les chers confrères, dans l’ensemble, préfèrent rabattre la nouveauté sur les schémas qu’ils connaissent. Cela a pour conséquence de figer le débat, de le ramener à des lignes de clivage devenues autant d’ornières: souverainistes versus euro-enthousiastes, républicains versus démocrates, libéraux contre étatistes, communautaristes contre républicains et, bien sûr, droite/gauche. Mais les nouveaux sujets transcendent ces catégories et les font exploser. Dans le domaine éthique, en particulier. Et on tente d’intimider ceux qui posent de bonnes questions en les traitant de réactionnaires, ou d’ultra-libéraux…

Le tournant de ces 5 ans a été l’attaque de Charlie hebdo et la litanie des massacres qui a suivi. Au lendemain des attentats du 13 novembre, votre Lettre ouverte aux djihadistes qui nous ont déclaré la guerre a bouleversé vos éditeurs… Vous vous identifiez au nomade hyperconnecté de Jacques Attali et puis tout a changé. Pourquoi?

Oui, cela a constitué pour moi un choc, une rupture personnelle. Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. Je me suis senti visé personnellement par les fous de Dieu. Comme dit Orwell, dans Le lion et la licorne, cet hymne au patriotisme britannique, «Car nous combattons des hommes à l’intelligence vive et maléfique et le temps presse…». Mon père, maquisard FFI à 18 ans, a fini la guerre dans un bataillon de choc. Lorsque j’ai vu la formidable réaction, spontanée, de la population, opposant 4 millions de poitrines aux tueurs, semblant dire: «nous sommes bien trop nombreux, vous ne pourrez pas nous tuer tous», je me suis senti conforté dans l’idée qu’il fallait défendre le vieux pays menacé.

Mais il faut en être conscient: il va devenir de plus en plus dangereux de vivre dans un pays qui refuse le chantage des islamistes: soumettez-vous ou bien vous mourrez. C’est une raison supplémentaire de rester: tenter de renforcer le camp de la résistance. Et non leur abandonner le terrain. Ne pas collaborer lâchement, comme la dernière fois…

Pour certains observateurs, les «néo-réactionnaires», pour reprendre la formule de Daniel Lindenberg, auraient gagné la bataille des idées. Partagez-vous cette analyse?

J’ai été le premier journaliste à faire parler Lindenberg, lorsqu’il a publié Le rappel à l’ordre en 2002. Le livre n’était pas encore en librairie que je l’avais invité à l’émission que j’animais alors sur la grille d’été de France Culture, Contre-expertise. C’est vous dire si le livre m’avait paru intéressant. Certes, il avait le défaut de mêler, dans une même réprobation, tout ce qui, dans la vie intellectuelle, déplaisait à son auteur – de Pierre Manent à Alain Badiou, de Michel Houellebecq à Jean-Claude Milner. Mais il avait le mérite de pressentir un changement dans l’air du temps. L’époque où une bande de «vigilants» parvenaient à interdire qu’on aborde certaines questions – concernant la compatibilité de l’islam et de la démocratie, par exemple -, l’époque où ils pouvaient chasser en meute un intellectuel du calibre de Pierre-Alain Taguieff, était en train de s’achever. L’eau avait commencé à bouillir. Le couvercle qu’ils avaient longtemps maintenu était en train de leur sauter à la figure.

J’avais invité Lindenberg parce que ma conception à moi d’une émission de débat sur une chaîne du service public, c’est le pluralisme, la diversité idéologique, la curiosité intellectuelle. Et non le militantisme au service d’une cause. Celle qu’on croit juste, ou celle grâce à laquelle on pense servir au mieux ses intérêts de carrière…

Bien sûr, les intellectuels, très divers, que la bande des maîtres-penseurs a qualifié de «néo-réactionnaires» n’ont pas conquis le pouvoir intellectuel. L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs.

Vous reconnaissez-vous dans les idées de certains d’entre eux? Lesquels?

Oui, sans doute. Grâce au métier que je fais, journaliste culturel, je rencontre tout le monde et je suis payé pour lire. Quel luxe! Alors, dans le paysage intellectuel francophone, je vous dirais apprécier beaucoup Marcel Gauchet, Pascal Bruckner, Nicolas Baverez, Dominique Schnapper, Jean-Marc Daniel, Jean-Pierre Le Goff, Kamel Daoud, Philippe d’Iribarne, Boualem Sansal, Malika Sorel-Sutter, Mathieu Bock-Côté… Je voue aussi une immense admiration à Jacques Julliard, une espèce de modèle pour moi depuis mes débuts de journaliste. Non seulement c’est un historien immensément cultivé, mais c’est un intellectuel sans tarifs réduits ; avec lui, tout le monde a droit au même traitement. Il est sans indulgence particulière envers les siens, sans agressivité particulière envers les autres. Sine ira et studio. Mais lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen.

Lors d’un débat sur «Nuit debout», vous avez quitté le plateau sur ces mots: «Moi je ne veux pas incarner à moi tout seul la diversité idéologique autour de ce plateau, donc je vous laisse entre vous.» Est-il devenu impossible de débattre en France?

Écoutez, on venait d’entendre trois invités et un journaliste ayant fait un reportage sur place, à République, s’extasier, dire combien tout cela était nouveau, prometteur, bouleversant… A les entendre, on était à la veille d’une nouvelle prise de la Bastille, d’une réinvention de la démocratie. Ces affligeantes «assemblées générales» allaient accoucher d’une réalité alternative… On voit ce qu’il en est advenu: beaucoup de bruit pour rien. La surexposition médiatique de ces rassemblements contrastait péniblement avec l’affligeante pauvreté des propositions qui en émanaient. Mais le Parti des Médias rêve de l’arrivée au pouvoir d’une «vraie gauche de gauche». On nous a fait le coup avec die Linke, en Allemagne, puis avec Chavez au Venezuela, qui a ruiné le premier détenteur de pétrole de la planète… Ensuite, il y a eu Podemos, Occupy Wall Street, Jeremy Corbyn… Moi, je crois qu’on peut modifier le réel dans certaines proportions lorsque cela est souhaitable. Mais pas lui substituer une autre réalité, sous prétexte qu’elle serait plus conforme à l’idéal de certains utopistes. J’aurais disposé d’une minute pour dire que je n’étais pas au diapason de cet enthousiasme collectif, avant de me faire remettre à ma place en tant que «réactionnaire». Alors oui, j’ai refusé, non pas de débattre, mais de servir de tête de turc. Je suis resté à les écouter s’entre-congratuler. Je ne suis pas «parti en claquant la porte», contrairement à ce qu’ont écrit les médias gauchistes à l’époque. Trop de «débats», dans nos médias, sont ainsi «montés», de manière à en truquer le déroulement, empêcher la libre confrontation des idées. Il y a des experts…

Vous définissez-vous toujours comme un libéral de gauche?

À l’époque où j’avais un engagement politique, je roulais pour Rocard au sein du PS. En 1985, j’avais créé un club de discussion, Rouleau de Printemps, qui se définissait comme un rassemblement de jeunes libéraux de gauche. Je pense être resté fidèle à cet idéal. «Le socialisme, c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres», a écrit Carlo Rosselli, l’un des théoriciens du libéralisme de gauche, assassiné en France par les sbires de Mussolini. Je pense que la véritable lutte des classes n’oppose pas tant les salariés aux entrepreneurs que les insiders du système aux exclus, les détenteurs de rentes à ceux qui sont prêts à emprunter l’escalier de service lorsque l’ascenseur social est en panne. La «défense des avantages acquis» est un mot d’ordre qui profite aux planqués. Tony Blair disait: «ce qui est social, c’est ce qui crée des emplois». Il avait raison. Notre système a fait le choix implicite du chômage de masse. C’est une calamité. Non seulement, le chômage détruit des vies, mais il rend des millions de personnes dépendantes de l’État pour leur survie. Il bloque toute ambition, il étouffe cette «étincelle vivante» que les hommes portent en eux et qui, selon Goethe, «se recouvre de la cendre toujours plus épaisse des nécessités quotidiennes si elle cesse d’être alimentée.»

Vous êtes également un européen assumé. Durant ces cinq dernières années, l’Union européenne a essuyé de multiples crises: la crise grecque, mais aussi celle des migrants et dernièrement le Brexit. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la construction européenne?

Je suis revenu à France Culture en janvier 2002 avec une émission hebdomadaire consacrée à l’Europe, Cause commune, que j’ai animée pendant cinq ans. À l’époque, je croyais que l’Europe pouvait devenir une puissance capable, en alliance avec les États-Unis et les autres démocraties, de rivaliser avec les grandes puissances émergentes. Que nous pourrions contribuer à définir un ordre du monde basé sur le droit international, la souveraineté des peuples, la démocratie, les droits de l’homme… Encore aurait-il fallu que les dirigeants européens assument notre héritage. Qu’ils n’aient pas honte d’être européens.

Or, ils ont agi comme s’il fallait se débarrasser de notre culture. Comme si notre formidable héritage les encombrait. Le continent qui a donné au monde Leonard de Vinci, Cervantes, Shakespeare, Rembrandt, Racine, Mozart, Goethe, Hugo, Proust, Pessoa, Chaplin, Milosz… illustre ses billets de banques avec des ponts et des fenêtres. Pour ne froisser personne, paraît-il. Entre l’arrogance et la haine de soi, il devrait exister une position moyenne. Quand je suis rentré de Pologne, je suis allé voir la rédactrice en chef d’un magazine consacré à l’Europe avec des projets d’article sur l’apport de la culture centre-européenne à l’identité européenne. «Moi, ce qui m’intéresse dans l’Europe, c’est l’Autre», m’a-t-elle dit. Allez demander aux Chinois, aux Indiens ou aux Turcs, si c’est «l’Autre» qui les intéresse prioritairement!

Alors, oui, c’est raté. Tel que c’est parti, c’est raté. Cette Union européenne, qui refuse d’être une puissance politique, est prise en tenailles. Elle est coincée entre l’islamisme qui se rapproche de nous par la Turquie et risque de nous entraîner dans le chaos proche-oriental et la contre-révolution culturelle tentée par Poutine, avec son rêve impérial post-soviétique. Cette UE, régie par le droit et le marché, purement procédurale et évitant toute décision politique, cette Europe-là est condamnée. Ses concepteurs ont cru à la possibilité d’un avion en pilotage automatique. Ça pouvait marcher par temps calme, mais aussitôt qu’est apparue une zone de turbulence, en 2008, la machine s’est enrayée. Lorsqu’il a fallu décider quelque chose, c’est la BCE, organisme technique, qui a dû assumer des décisions politiques. Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. Je le déplore, parce que nos petites nations en communauté de déclin ne font pas le poids face aux géants émergents. Il faudra tenter autre chose, une fois ce chapiteau-là démonté.

La montée des «populismes» vous inquiète-t-elle?

Dans son Essai sur l’esprit d’orthodoxie, Jean Grenier, le professeur de philo de Camus, écrit: «L’extension de l’instruction ne va pas toujours de pair avec le progrès de la culture. Les masses sont de plus en plus éclairées, mais les lumières sont de plus en plus basses. Les idées courtes et simplistes ont plus de succès que les autres». Face à la complexité du monde, à ses métamorphoses difficiles à saisir, les gens se réfugient dans des explications simples. Cela a nourri les grandes idéologies du XX° siècle. Le fascisme, le marxisme, offraient des réponses simplettes à des questions compliquées. Mais il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population.

Reste qu’il souffle indéniablement sur la planète un vent mauvais. Il nous faut réaliser que, contrairement à ce qui se passait durant les trois dernières décennies du XX° siècle, ce n’est pas la démocratie qui a le vent en poupe. Le système du parti unique chinois, les «démocratures» de Russie ou de Turquie apparaissent, depuis longtemps déjà, à bien des gens du Sud, comme plus à même de bien contrôler les choses. A présent, c’est aussi le cas dans notre Nord. Voyez Donald Trump. Nous avons affaire à une concurrence sérieuse. La victoire des démocraties, en 1945 et 1989, peut très bien s’avérer n’avoir été qu’une heureuse parenthèse. Mais, pour moi, la démocratie est un horizon indépassable et je ressens une solidarité spontanée envers chacune d’entre elles – des États-Unis à Israël inclus.

Vous apparteniez au comité de rédaction de la revue Le Meilleur des mondes depuis sa création. Vous avez été favorable au droit d’ingérence et aux différentes interventions militaires de l’Occident depuis la guerre en Irak de 2003. Quel bilan faites-vous de cette politique étrangère «néo-conservatrice»?

Qui peut nier que les peuples du Moyen Orient aspirent, eux, à la démocratie? Les racistes nous répètent que les Arabes ne sont «pas mûrs», que leur société civile n’est pas assez émancipée, que l’islam constitue un facteur de blocage insurmontable. J’ai vibré à l’unisson des «révolutions arabes», qui rappellent tellement le Printemps des peuples européens de 1848. Je n’ignore pas leur échec, à peu près général, à l’exception de la Tunisie. On ne peut nier que l’islamisme, qui guette les occasions d’avancer ses pions et de contrôler les sociétés, a profité des libertés conquises. Là où il a cru son heure arrivée, comme en Egypte, il a provoqué la réaction des militaires. Mais les peuples n’ont pas dit leur dernier mot. Après 1848, nous avons eu aussi une sévère réaction en Europe. La liberté ne se conquiert pas en un jour.

Mais qu’on ne vienne pas me dire qu’avec les despotes – Saddam Hussein, Kadhafi et Bachar el-Assad, Moubarak, nous vivions dans un monde «plus sûr». C’est l’inverse qui est vrai. Ces systèmes politiques, archi-corrompus et tyranniques, étaient tous au bout du rouleau. Dans le combat entre «réalpolitiques» cyniques et droits-de-l’hommistes, solidaires des peuples en lutte contre leurs tyrans, je persiste à choisir ces derniers. En ce qui concerne l’Irak et la Syrie, l’erreur politique, c’est Obama qui l’a commise. En retirant prématurément ses soldats d’Irak, à une époque où Daech comptait 200 combattants ; et en refusant de soutenir la rébellion démocratique contre al-Assad, ce qui a laissé le champ libre aux djihadistes, encouragés par le régime…

Voir aussi:

« L’affaire Mehdi Meklat rappelle celle de Renaud Camus »

Marc Weitzmann (Ecrivain)

Le Monde idées

25.02.2017

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur Mehdi Meklat, écrivain talentueux de 24 ans, « issu des cités », promu et encensé depuis 2012 par la presse culturelle unanime sur son talent littéraire et qui abreuvait Twitter de sentences ultraviolentes à caractère antisémite, homophobe, misogyne. Il appelait également à des agressions physiques contre certaines personnalités et fit l’apologie du génocide nazi et du terrorisme, le tout sous couvert d’un pseudonyme (« Marcelin Deschamps ») connu de tous ceux qui continuaient de le soutenir. Cela dans la période où le pays subissait l’assassinat de militaires et d’enfants juifs, les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes et la Belgique la tuerie du Musée juif de Bruxelles.

Citons quelques-uns de ces Tweet pour prendre la mesure de ce que cela signifie. « Venez, on enfonce un violon dans le cul de madame Valls », écrivait-il en octobre 2012 (sept mois après les meurtres de Merah), quand « madame Valls », de confession juive, passait pour« influencer » les positions de son mari sur la laïcité.« Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde »,trouve-t-on en décembre de la même année. Ou un an plus tard, en décembre 2013 et à quelques semaines de la manifestation Jour de colère, « Vive les pédés, vive le sida avec Hollande ».

Professeure anonyme
Cette histoire rappelle ce que l’on appela voici seize ans l’affaire Renaud Camus mais en pire. Le rôle que je tins moi-même dans son déclenchement – en me contentant de citer les passages anti­sémites du livre de Camus qu’une partie de la presse encensait en les passant sous silence – a été joué cette fois par une professeure anonyme, militante féministe, qui tentait d’alerter la presse en vain depuis plusieurs mois, et par le dessinateur Joann Sfar. Ces derniers ont mis en ligne certains des Tweet en question au cours du week-end suivant le passage de Mehdi Meklat et de son coauteur, ­Badroudine Saïd Abdallah, à l’émission « La Grande Librairie », le 16 février, pour la sortie de leur roman Minute, déclenchant aussitôt un communiqué de François Busnel déclarant regretter d’avoir invité les deux auteurs. Les réseaux ­sociaux ont fait le relais. En d’autres ­termes, sans ces nouveaux médias, l’omerta serait restée entière. La faillite morale et professionnelle journalistique est totale.

La question qui se pose est celle-ci : où, exactement, se trouve le vrai scandale ? Tâchons de raisonner de façon littéraire. Ouvrons Minute. Le livre imagine plusieurs personnages issus de classes sociales diverses dans la minute précédant l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. Il commence ainsi : « A quoi devaient servir les écrivains ? A apporter du temps et du style. Le temps était effréné, tellement présent dans nos vies ordinaires qu’il en devenait absent, dissous. »

Le personnage s’exprimant de cette façon, « l’Ecrivain », n’est pas sans évoquer Renaud Camus (et parfois Houellebecq), dans la mesure où il a été au centre d’un scandale littéraire et est membre du Front national. Plus tard dans le livre, il croise « deux jeunes romanciers », Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, lesquels le jugent « raciste », tandis que lui ne voit en eux que les représentants « d’une génération qui vit sur Internet et s’autorise les pires dérapages ». Dans la réalité, bien sûr, tous ont raison.

Plus troublant encore, c’est par un ­raisonnement fort proche de celui de Renaud Camus autrefois que Meklat a tenté de justifier ses Tweet, notamment dans l’interview donnée au site de Télérama dans les jours suivant le scandale. « J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction,explique-t-il. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…)C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. »

Ineptie confondante
En soi, bien sûr, l’argument est d’une ineptie confondante. Ce n’est pas seulement que l’usage d’un pseudonyme ne suffit pas à créer un personnage. C’est que, comme l’indique le succès de propagande rencontré par les vidéos de décapitation postées par Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] ces dernières années – tandis que Meklat envoyait ses messages –, les nouvelles technologies ne sont pas « l’espace de la fiction » : tout y est, au contraire, bien réel, et c’est même pour ça que cela marche. Meklat fait donc ici une confusion. Loin de constituer un espace artistique, les Tweet sont l’expression d’une pulsion réelle. Ce que Meklat essaie de dire ici, sans y parvenir, c’est que cette pulsion lui est indispensable pour accéder à la production littéraire. Pourquoi ?

Il y a ici, à mon sens, de la part de ­Mehdi Meklat, une démarche contradictoire : celle de revendiquer la « fiction » dans un espace – Twitter – qui n’est pas fictionnel. Il s’inscrit ainsi dans une avant-garde littéraire typiquement française qui – comme Renaud Camus – chercheune écriture nue en prise directe avec le réel. Foucault, entre autres, a fameusement défini la modernité comme une dissonance assumée entre « les mots et les choses ».

«Des bêtes de guerre »
L’anti-modernisme aujourd’hui partout de mise prône, au contraire, une réconciliation mystique, insurrectionnelle, entre le langage et la vie.

Significativement, c’est dans l’insurrection finale qui clôt Minute que Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah tombent d’accord avec « l’Ecrivain » sur ce que doivent être les écrivains : « Des êtres sauvages, violents, des bêtes de guerre. »

Ce désir d’en découdre n’est pas sans conséquence. De même que Camus a rejoint le FN, Meklat et Abdallah sont membres d’un rituel informel baptisé « dîner du grand remplacement » – du nom de la théorie raciste de Camus – auquel participe de temps à autre Mouloud Achour (cofondateur avec Mehdi Meklat de Téléramadan, activement soutenu par le Collectif contre l’islamophobie en France, le CCIF, proche des Frères musulmans). Dans la réalité, Meklat et Abdallah ont, par ailleurs, cosigné dans le Bondy Blog, au lendemain des ­attentats de novembre 2015, un portrait particulièrement tendre du logisticien des attaques, Abdelhamid Abaaoud, que chacun a pu lire.

A la différence de Camus cependant, la subjectivité de Meklat apparaît en fait coincée : d’un côté, une doxa islamiste, revendicative, de l’autre, une fraternité sociale lisse, « purgée » de toute ambivalence, pour reprendre l’expression de Christiane Taubira. C’est pourquoi il ne s’agit pas ici de réclamer une quelconque censure. La faute de la presse n’est pas de porter aux nues un écrivain haineux si elle estime qu’il en vaut la peine. C’est, pour continuer dans cette logique, de le faire sans le dire. Les Meklat de ce monde n’ont aucune chance d’y voir clair un jour si ceux qui prétendent les soutenir continuent à les infantiliser plutôt que de prendre au sérieux et mettre en exergue la violence qui les meut.

Voir également:

Avant-goût
Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, du Bondy Blog : “On a mangé les rêves des gens
Valérie Lehoux
Emmanuelle Skyvington
Télérama
20/10/2015
Mis à jour le 03/03/2017

Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine.

Pendant six ans, les auditeurs de France Inter ont entendu leurs voix posées, leur diction faussement détachée, leurs mots souvent acérés, racontant la France d’aujourd’hui – que les feux médiatiques oublient trop souvent d’éclairer – sans faux-semblant, mais avec une étonnante poésie sonore. D’emblée, leur style s’est émancipé des conventions, des discours convenus et des vérités toutes faites. En juin dernier, « les Kids », comme les surnomme Pascale Clark, leur protectrice radiophonique, ont quitté France Inter. Pourtant, jamais ils n’ont été aussi présents : ils cosignent leur premier roman, Burn out  – inspiré du drame de Djamal Chaar, immolé devant une agence de Pôle emploi – et un documentaire, Quand il a fallu partir, sur la destruction d’un immeuble à La Courneuve. A 23 ans seulement, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, enfants de la banlieue, jettent sur la société et les médias un regard sans illusion, mais non sans espérance. Dix ans pile après les émeutes de Clichy-sous-Bois (1), ils sont à la fois des acteurs et des observateurs de leur temps, créatifs et critiques.

Une décennie après les émeutes de Clichy-sous-Bois, quel bilan tirez-vous ?

Mehdi Meklat : Du côté de l’action politique, c’est à peu près nul. D’ailleurs, très peu de films, d’essais ou de débats sont prévus pour réfléchir sur ces dix ans. Pourtant, les banlieues sont un sujet de premier ordre, qui concerne tout le monde. Le quotidien ne s’y est pas amélioré. Il a empiré. On a mangé les rêves des gens. Pendant six ans, pour France Inter, nous sommes partis en reportage dans toute la France ; chaque fois, nous posions cette question : « Quel est votre rêve ? » Au fil des années, surtout en banlieue, nous avons vu ces rêves s’éteindre. Aspirés, anesthésiés. Aujourd’hui, les gens disent : « Je veux être comme tout le monde. » Surtout, ne pas se différencier. C’est terrible de voir des jeunes de 15 ans rêver d’une « petite vie ». Dans le même temps, le discours politique et la pensée se sont radicalisés. Tout cela nous détruit. Mais les révoltes de 2005 ont aussi donné naissance au Bondy Blog, un média inédit qui raconte les banlieues de l’intérieur.

Vous observez beaucoup les médias. Pensez-vous qu’ils font correctement leur travail ?

Badroudine Saïd Abdallah : Le Monde, France Culture, Arte, ou même France Inter continuent de marcher avec leur temps. Mais les autres… C’est très bien que l’émission Bondy Blog café existe – elle parle des banlieues. Mais où est-elle diffusée ? Sur France Ô, la chaîne de l’outre-mer ! Pourquoi pas sur France 3 ou France 5 ? Quel est le positionnement de France Télévisions ? Quelle est sa prise de risque ? La plupart des médias ont mis de côté la parole du quotidien, la parole réelle, au profit de leurs fantasmes. Combien de journalistes partent en reportage avec des idées préconçues et s’arrangent pour trouver sur le terrain de quoi illustrer leurs préjugés ? Combien d’émissions se font avec des chroniqueurs qui tournent en rond ? Même Libération est devenu trop futile : publier un édito de deux cents caractères sur Nadine Morano comme ce fut le cas récemment, c’est du spectacle. Quant à l’interview politique classique, elle n’a plus d’intérêt. Je me demande pourquoi on écoute encore Patrick Cohen recevoir pour la dixième fois le ministre du Travail, ou Jean-Jacques Bourdin poser ses questions démago.

Vous avez aussi critiqué l’attitude des médias durant les attentats de janvier…

M. M. : Quand nous avons appris l’attaque contre Charlie Hebdo, nous avons été comme tout le monde, émus et abasourdis. C’est compliqué d’admettre qu’un tel événement puisse se passer dans notre pays. Mais l’émotion a écrasé la réflexion. Or, on aurait dû réfléchir, notamment sur la manifestation du 11 janvier. Pour nous, elle n’a pas été le grand rassemblement citoyen qu’on nous a présenté. La vraie manifestation, spontanée, a eu lieu place de la République, le soir même du premier attentat. Celle du 11 janvier était politique, encadrée. Les pouvoirs publics avaient déployé la police, dessiné le parcours… Bien sûr, il y avait dans le cortège des gens légitimes, d’autres encore sous le coup de l’émotion. Mais il y avait aussi des chefs d’Etat criminels. Comment est-ce possible ? Et puis pourquoi avoir manifesté pour Charlie et l’Hyper Cacher, et pas pour les victimes de Merah ? L’hypocrisie nous gêne. Tout comme le rejet des voix dissidentes. Pendant cette période, on nous demandait : « Vous êtes Charlie, hein ? » Unanimisme obligatoire. Ceux qui refusaient d’endosser ce slogan ont subi une sorte de condamnation morale. Dans les familles, dans les cercles d’amis, les discussions contradictoires avaient lieu ; pas dans les médias. Pourquoi ? Nous, à la radio, nous avons pris soin de traiter les uns et les autres à la même échelle.
B.S. A : L’autre question, c’est : qu’est-ce qui a changé depuis janvier ? La société n’est pas plus unie… Le choc a été mal géré. Nous vivons une époque où tout s’efface. Rares sont les médias qui mettent l’information en perspective, qui tentent de décrypter une réalité complexe. Au contraire, on crée des buzz et on insuffle l’oubli chez les gens. C’est de l’ordre de l’épuisement. Comme si la mémoire ne comptait plus. Charlie s’est déjà évanoui devant d’autres actualités. Les chiffres du chômage, aussi. Les émeutes, idem. Tout comme l’immolation de Djamal Chaar.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien avec Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah dans “Télérama”, en kiosques mercredi 21 octobre 2015.