Euro 2016: Il est des immigrations heureuses (Model minority: With Portugal’s Euro win, France rediscovers its Portuguese-French community)

11 juillet, 2016

PARIS, FRANCE - JULY 10: Cristiano Ronaldo of Portugal lies injured as teammate Adrien Silva of Portugal (L) checks on him during the UEFA EURO 2016 Final match between Portugal and France at Stade de France on July 10, 2016 in Paris, France. (Photo by Laurence Griffiths/Getty Images)

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Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Jésus (Matthieu 10: 16)
La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Mais si cette équipe ne représente pas la France, hélas, elle la reflète: avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du premier de la classe, Yoann Gourcuff. Elle nous tend un miroir terrible. Ce qui est arrivé à Domenech est le lot quotidien de nombreux éducateurs et de professeurs dans les cités dites sensibles. Cette équipe renvoie à la France le spectacle de sa désunion et de son implacable déliquescence. (…) On a voulu confier l’équipe de France à des voyous opulents et pour certains inintelligents, il faudra maintenant sélectionner des gentlemen. Alain Finkielkraut (juin 2010)
 Il y a trente ans, quand je jouais avec l’équipe de France, la Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais à l’époque, les politiques ne s’intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd’hui, c’est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire politique qui n’a rien à voir avec le sport. […] Je ne vois pas dans les sifflets qu’on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d’un soir, en l’occurrence l’équipe de France, que l’on veut battre.  Michel Platini (Le Monde, 2008)
Le football était une composante essentielle de ce qu’un sociologue, Nobert Elias, a appelé le ’’processus de civilisation’’. […] Là, nous le voyons depuis un certain temps, un processus de décivilisation est à l’œuvre, et le football, le sport, est l’un de ses théâtres, comme aussi l’école. Et il y a dans tous ces événements une sorte de grand dévoilement qui se produit. On ne peut plus se mentir : on voit l’esprit de la Cité se laisser dévorer par l’esprit des cités. Alain Finkielkraut
Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis [aux JO de Berlin de 1936] l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et L’Auto [ancêtre de L’Equipe] se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite profité. Pascal Blanchard
Les spectateurs étaient surpris. Ils imaginaient l’équipe de France… différente. Lilian Thuram (après un match de l’équipe de France en Afrique du Sud,  2000)
Foot français: les dirigeants veulent moins de noirs et d’arabes Moins de noirs et moins d’arabes sur les terrains de foot ! Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale de la Fédération française de football, dont le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays. Objectif: limiter le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Pour les plus hautes instances du football français, l’affaire est entendue: il y a trop de noirs, trop d’arabes et pas assez de blancs sur les terrains. Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale (DTN) de la Fédération française de football (FFF), dont le sélectionneur des Bleus en personne, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation de la fédération, les écoles de foot du pays, selon une enquête de Mediapart. L’objectif avoué au sein de la DTN, mais inavouable au grand public, est de limiter, en les triant dès l’âge de 12-13 ans, le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Une authentique ségrégation appliquée au football. Mediapart
Même fermement démenties, les intentions prêtées par Mediapart aux instances dirigeantes du football français n’auront malheureusement pas surpris les amateurs de cuir, témoins traumatisés de la crise traversée par les Bleus lors du Mondial sud-africain. Pire que le fond de jeu, fadasse, offert par l’équipe nationale, c’est le fond de sauce, nauséabond, dans lequel elle aura été contrainte d’évoluer qui aura, de fait, durablement marqué les esprits. Le sociologue Stéphane Beaud l’a brillamment déglacé dans un essai récent, réhabilitant du même coup ces «traîtres à la nation» qui avaient osé se mettre en grève. Ce fond de l’air moisi ne date pas d’hier, et dépasse de loin les lignes blanches des rectangles engazonnés. Il est le produit d’une série de dérapages et de tacles, de hors-jeu malsains menés au nom de l’anti-politiquement correct par tous ceux qui voudraient nous faire croire que l’antiracisme est devenu un problème plus grave que le racisme, ou que le racisme anti-Blanc serait désormais autrement préoccupant que celui qui vise les Noirs et les Arabes. Loin d’être l’apanage des classes populaires, le racisme est sans doute l’une des choses les mieux partagées dans ce pays. Et, de ce point de vue, la responsabilité de certains segments des élites politiques, intellectuelles et télévisuelles apparaissait déjà décisive. Si ces révélations se confirment, il faudra se rendre à l’évidence : le football, autrefois creuset efficace et visible de l’intégration à la française, sera devenu une marmite peu ragoûtante. Libération
Je ne retire rien aux propos que j’ai tenus hier. Que certains termes employés au cours d’une réunion de travail, sur un sujet sensible et à bâtons rompus, puissent prêter à équivoque, sortis de leur contexte, je l’admets et si, pour ce qui me concerne, j’ai heurté certaines sensibilités, je m’en excuse. Mais être soupçonné de racisme ou de xénophobie, moi qui suis contre toute forme de discrimination, je ne le supporte pas. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que le débat auquel j’ai participé n’avait évidemment pas pour objectif de « diminuer le nombre de noirs et d’arabes dans le football français » comme voulait le laisser entendre le titre outrancier de l’article, mais uniquement d’envisager le futur du football français et donc d’aborder, par voie de conséquence, le lourd et délicat problème des joueurs à double nationalité ainsi que les modalités de détection/sélection pour un nouveau projet de jeu. Que cela ait des incidences, à moyen ou long terme, sur les différents profils de joueurs en préformation ou en formation, c’est l’évidence, mais il n’y a là aucun lien, strictement aucun, avec une préférence ou un rejet de telle ou telle nationalité. Mon seul souci est d’avoir de bons joueurs pour une bonne équipe de France, qu’ils soient petits ou grands, quels que soient leur lieu de naissance ou leurs ascendances. C’est assez facile à comprendre sauf, apparemment, pour ceux qui, pour des motifs qui m’échappent, mais avec des procédés douteux, mélangent tout et font un mal considérable, et pas seulement au football français. Laurent Blanc
C’est le problème des sélections avec des joueurs à double ou triple nationalité: ce sont des nombres qui augmentent et qui font qu’on ne peut plus assurer le fonctionnement des sélections. C’est bien pour eux de pouvoir choisir, mais ça pose un problème de gestion des effectifs. Quand on voit sur une génération entre 10 et 30% de joueurs de 18 à 21 ans nous quitter, c’est un problème. On a 45% de joueurs dans les sélections qui ont la possibilité de nous quitter, on pense que c’est beaucoup. On veut essayer de le réduire. C’est un problème dans la gestion de l’effectif. (…) L’idée était de dire: ‘Faites attention à ne pas avoir trop de joueurs binationaux’. On s’est aperçu que ce n’était pas une bonne solution: cette histoire nous aurait amenés à éliminer des joueurs d’avenir. On a envisagé de limiter cette situation pour ne pas nous mettre en danger, mais à partir du moment où ce n’est pas une bonne solution, on l’a éliminée. On va travailler sur l’accompagnement relationnel pour évaluer la motivation des joueurs à jouer pour l’équipe de France et les accompagner éventuellement pour faire leur choix. Nous avons abandonné cette idée de pourcentage, mais nous avons demandé d’être vigilants sur la motivation des joueurs. François Blaquart
La FIFA s’est copieusement vendue aux nations africaines. Ce sont des enjeux électoraux. Ces pays se sont débrouillés pour qu’il y ait beaucoup plus de souplesse et d’ouverture au niveau de la réglementation. (…) Actuellement, en moyenne, 50 % des jeunes des sélections nationales sont des binationaux. (…) En France, on reproche aux joueurs de ne pas chanter la Marseillaise. Mais là, ils ne connaissent même pas l’hymne. (…) Ce qui me choque, c’est que nous faisons un gros travail, et ils viennent prendre ce travail tel qu’il est fait. C’est un rôle facile. (…) Un joueur de 20 ans comme Boudebouz qui joue dans un club pro en France va devoir attendre cinq ans pour gagner sa place en équipe de France. Là, le pays l’appelle et lui propose de jouer une Coupe du monde tout de suite. Derrière, il y a aussi l’agent et la famille qui peuvent mettre une pression. (…) Jusque-là, on avait pas trop bougé, parce que les cas étaient particuliers et rares. Aujourd’hui, le système s’amplifie, donc ça nous pose des problèmes. (…) Il faut que l’on travaille avec ceux dont on est sûr. Il s’agit pour nous de réguler l’approche, mais sans être discriminant. (…) C’est très prononcé en France [car le pays] a été une terre d’immigration, à une époque où d’autres grandes nations du foot ne l’étaient pas. (…) Ces dernières années, l’Espagne a accueilli massivement des immigrés marocains et roumains. Et la sélection allemande des moins de 17 ans, par exemple, compte 7-8 joueurs d’origine turque. François Blaquart (directeur technique national)
Vendredi, c’est le nouveau DTN, François Blaquart, qui est venu expliquer une idée qui aurait été mal interprétée. Pour lui, la fameuse formation à la française, encensée du temps où ça rigolait pour les Bleus, se serait en fait fourvoyée, en privilégiant chez les gamins les capacités physiques aux facilités techniques. Dans les centres de formation des clubs, il est de fait interdit de dribbler. D’où la volonté de revenir sur cette doxa. D’autant que les succès de l’Espagne et du FC Barcelone, avec des joueurs de poche, prouvent que l’on peut gagner au foot sans aligner des équipes de Golgoths. En France, les Barcelonais Xavi (1,70 m) et Iniesta (1,69 m) se seraient sans doute vus claquer au nez la porte des centres de formation, a reconnu Laurent Blanc. «Nos critères de sélection doivent désormais être liés au potentiel des joueurs, défend Blaquart. Nous estimons qu’il y a des joueurs qui passent à côté, trop souvent à cause du gabarit et d’une maturité physique moins précoce. Ce retard dans leur formation physique les pénalise. Je rappelle qu’avant l’âge de 16 ou 17 ans, on ne sait rien d’un joueur. Alors imaginez à 12 ou 13 ans… c’est un moment où on leur dit surtout d’être patients… » Libération
Vouloir changer le type de joueur qui sort des centres de formation, très bonne initiative, parce que tout le foot français en a marre des grands bourrins (…) à cause des centres de formations français qui ont pendant des années, après la coupe du monde 98, privilégié ce type de joueur « noir costaud » (la couleur de peau faisant parti du profil (…) suite aux succès des Desailly, Thuram, Viera, Henry, etc) Le petit noir technique il passait à la trappe autant que le petit blanc technique. Ali (forum arrêt sur images)
L’Espagne est fougueuse, l’Espagne joue remarquablement au football (61% de possession du ballon, selon la Fifa), mais l’Espagne ne bat jamais l’équipe de France dans les compétitions qui comptent. L’Equipe (juin 2006)
En France, on s’est aperçu que les clubs s’étaient trop attachés à former des athlètes pour les transformer en footballeurs privilégiant ainsi le physique sur la technique, contrairement à ce que fait le Brésil ou l’Espagne. En se privant de joueurs très techniques qui n’avaient pas un gabarit assez imposant, on a mis à la trappe d’excellents jeunes. En France, Messi ne serait peut-être pas devenu professionnel. (…) On a remarqué, après avoir décortiqué les images à la vidéo, que certains buts de l’Espagne pendant la Coupe du monde en Afrique du Sud étaient clairement d’inspiration futsal de par le jeu de passes rapides, les mouvements et les centres en retrait notamment. Franck Ferrier (FFF)
Depuis vingt ans, une des caractéristiques principales de l’équipe de France est la puissance physique et athlétique de ses joueurs, développée de manière consciente et volontaire dès le plus jeune âge. Un atout unanimement souligné par les observateurs après la victoire contre l’Espagne et ses petits gabarits techniques en huitième de finale de la Coupe du monde 2006. Mais cinq ans plus tard, deux fiascos consécutifs des Français et deux victoires indiscutables de l’Espagne en 2008 et 2010 ont bouleversé les certitudes. Les responsables du football français se demandent désormais si des joueurs comme Xavi ou Iniesta, grands artisans des succès espagnols, auraient eu leur chance dans le système de formation français où le physique est le critère de sélection numéro un. Pour remédier à cette situation, François Blaquart cherche à rendre obligatoire des séances de futsal, discipline très pratiquée chez les jeunes en Espagne et au Brésil et qui fait travailler la technique, au programme des clubs formateurs. Slate.fr
« Islamistes », « gris », « sarrasins »: selon Mediapart, il ne serait pas rare d’entendre ainsi désigner les joueurs maghrébins dans les couloirs de la Fédération. Où, toujours selon le site, nombreux sont ceux qui imputent le fiasco du Mondial aux Blacks et/ou aux musulmans : les Evra, Abidal, Anelka, Ribéry, supposés être les meneurs de la mutinerie. Les problèmes de la FFF avec les Bleus ne sont pas récents. En 2008, après un Euro piteux, la fédé reprochait aux internationaux qui snobaient la Marseillaise, d’être «peu attachés à leur identité française». A tel point qu’on avait même imaginé leur faire signer une charte rappelant «les devoirs qu’impose l’appartenance à une équipe de France et cela dès les premières sélections de jeunes : respect du maillot, de l’arbitre, de l’adversaire, du public, et de l’hymne national. » Libération
Mediapart mêle deux sujets : la question de la discrimination selon des critères ethniques et celle de la binationalité des joueurs et du choix du pays d’origine de leurs parents comme équipe nationale. Ils n’ont, à mon avis, rien à voir. Le fait que la FFF, conformément au vœu tôt formulé par Laurent Blanc, s’empare de ce problème posé par le départ en nombre croissant de jeunes joueurs français très doués, formés dans les meilleurs clubs formateurs français, qui ont joué pour les équipes françaises de jeunes, ne me paraît pas illégitime : ce n’est pas faire preuve de nationalisme étroit que de clarifier cette question, d’encadrer le choix de cette nationalité sportive et de les inciter à jouer pour leur pays de naissance (la France). (…) Cette grève des Bleus a provoqué un séisme non seulement dans le football professionnel, mais pour l’ensemble du football amateur. En 2010-2011, il y aurait 8% de licenciés en moins. C’est considérable. La DTN a dû se demander à la hâte comment, à l’avenir, éviter un tel fiasco. Le vrai problème que doivent aujourd’hui affronter à tous les niveaux (amateur comme professionnel) les dirigeants et éducateurs de foot, ce n’est pas la couleur de la peau des joueurs, mais la difficulté croissante d’adapter ces joueurs, venus pour beaucoup de cités, aux contraintes du football en club. Et c’est un travail de tous les jours, ingrat, difficile, qui renvoie aux conditions de socialisation des jeunes de milieux populaires. (…) J’ai du mal à imaginer que ces personnes qui ont consacré leur vie professionnelle au foot, qui ont passé des heures et des heures avec ces différentes générations de joueurs plus ou moins «colorés» puissent tenir des discours, au sens propre du terme, «racistes». Qu’ils puissent être exaspérés par certains comportements, qu’ils reprennent parfois des expressions discutables («sarrasins», dans quel contexte est-ce dit ?….), certes ! Mais de là à les accuser de racisme, c’est un pas que je ne franchirai certainement pas. (…) si on pouvait cesser d’instrumentaliser le football et surtout de «projeter» à ce point sur cette équipe de France de foot les graves problèmes sociaux et politiques de notre nation en crise… Stéphane Beau
Sans doute même les plus chauds supporters des Bleus étaient un peu gênés, et surtout frustrés : la partie venait de perdre subitement et rapidement le sel du grand affrontement annoncé, le choc des titans, la superbe affiche de gladiateurs placardée sur tous les écrans depuis trois jours : Cristiano contre Antoine, le champion consacré contre le champion naissant, le roi multi-couronné contre le petit prince, l’âme du Portugal contre l’âme de la France. Des commentateurs, plus embarrassés, évoquaient l’hypothèse dérangeante d’un « contrat sur Ronaldo » comme il en existait, paraît-il, jadis au football : éliminer d’emblée le meilleur joueur adverse est évidemment une solution tentante dans un match aussi capital qu’incertain. Mais, juré-craché, ces temps sont révolus… Et la version « footballistiquement correcte » s’est imposée très vite, tant les enjeux commerciaux et nationaux étaient considérables : « Ronaldo sorti sur blessure à la 25ème minute » ; « coup dur pour Ronaldo » etc. Et de verser des larmes de crocodile sur la « sortie prématurée du meilleur joueur du monde ». A entendre ces commentaires, si l’on n’avait pas vu le début de la première mi-temps, l’on pouvait croire à une glissade malheureuse, à un genou tordu dans un crochet manqué, à une chute mal amortie sur ces maudites pelouses… Ah oui certes, il y avait eu un » « gros contact » (sic) avec Payet (et Evra, coutumier des chocs rudes et curieusement oublié dans le récit) à la 8e minute. Un accident sans responsable en somme. La fatalité pour tout dire. En rhétorique cela s’appelle un euphémisme ou plutôt un déni. Déni d’image aussi, tant l’action coupable sera la grande oubliée des innombrables « replay » : toujours et partout le spectacle d’un Ronaldo en larmes ; mais rien sur ce qui les aura causées. Les images – qu’il fallait aller chercher sur les chaînes étrangères –  ne laissent hélas aucun doute sur l’agression caractérisée contre Ronaldo. Le football en donne encore trop souvent l’exemple. Mais l’on croyait au moins que l’arbitre était là pour sanctionner. Eh bien non, rien. Ni carton, pas plus jaune que rouge, ni même coup-franc. L’on ne comprend toujours pas le refus têtu de la vidéo, qui rend tant service au tennis et plus encore au rugby où « les gros contacts » ne manquent pas. A moins que cette absence ne permette justement les grands et les petits arrangements ? L’arbitraire en lieu et place de l’arbitrage, en somme ? En tout cas l’on ne s’y prendrait pas autrement si l’on voulait revenir au calamiteux catenaccio d’autrefois, dont cet Euro 2016 semble d’ailleurs annoncer le triste retour. L’affaire laisse un goût d’autant plus amer que la France est hantée depuis plus de 30 ans par le souvenir d’un autre « gros contact », lui aussi non sanctionné : celui de Schumacher avec Battiston lors de la coupe du monde 1982. De ce choc-là, les images continuent à tourner en boucle. (…) En tout cas la fête a été gâchée … le beau football n’est pas revenu avec lui. Comme parti en même temps que l’un de ses héros. Comme si les Dieux du sport se détournaient d’un match qui ne respectait pas les règles. Il est vrai, dira-t-on, que le football n’est pas vraiment un sport mais une forme adoucie de la guerre : l’aveuglement chauvin qui s’est emparé du public et de certains commentateurs pour qui « ce qui est arrivé à Ronaldo fait, hélas, partie du jeu » n’en est-il pas la preuve ? Mais même la guerre a ses règles : Achille ne faisait pas de croche-pied à Hector et David, de tacle par derrière à Goliath. Les Dieux ont donc fini par se fâcher contre la France : en prenant un malin plaisir à dévier les tirs les mieux cadrés ; en accordant leur toute-puissance au gardien portugais qui ne touchait plus terre. Et en donnant in extremis le but de la victoire à l’équipe victime. Christophe de Voogd

Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi. Fernando Santos (sélectionneur du Portugal et précédemment de la Grèce)

Nous avons été simples comme des colombes mais prudents comme des serpents. Fernando Santos
Dans la nuit de dimanche à lundi, sur les Champs-Elysées, la célébration de la victoire du Portugal a été perturbée par divers incidents et marquée par une grande confusion. Après la finale, des centaines de supporters portugais ont afflué vers l’Arc de Triomphe : à pied ou en voiture, ils ont fait retentir leurs chants, brandi leurs drapeaux et allumé fumigènes et feux d’artifice pour fêter le premier titre international de leur équipe. Mais comme un peu plus tôt autour de la fan-zone de Paris, puis près du Trocadéro, plusieurs incidents ont éclaté et les forces de l’ordre sont intervenues à diverses reprises, suite notamment à des jets de projectiles, de pétards et d’engins pyrotechniques ainsi que des incendies de poubelles. D’incessants mouvements de foule ont gâché la fête. Plusieurs individus ont été interpellés, et au moins une personne a été blessée. En plus des supporters portugais, la foule était composée de nombreux supporters français et de groupes de jeunes habillés aux couleurs du PSG et de clubs anglais, certains brandissant des drapeaux algériens et marocains. L’Equipe
Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro. Nestor Subiat
Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française. Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000. On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. (…) Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recruteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français. Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté. (…) La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues. Bruno Roger-Petit
Bravo, mais que c’est laid ! (…) Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. (…) Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe. Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro. Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football. Le Point
S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois. Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides. De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. (…)  Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition. Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Le Figaro
L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. (…) Ils ont de belles barbes (…) Ils ont des coiffures soignées (…) Ils aiment les tatouages et bien se saper. 20 minutes
Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale). L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football. La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été.  Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe. A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé. (…) Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner. Le Temps
Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical. Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait. Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent. (…) À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales. Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau. Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. (…) À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown à Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement. (…) Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence… (…) par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori. (…) Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique. Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine. Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas. Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France. Gilles William Goldnadel
Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort. Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction. N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent. Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes. Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade. Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions. Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens. N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion. Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire. Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains… Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs… Riposte laïque

Où l’on redécouvre qu’il y  a des immigrations heureuses …

Au lendemain du premier trophée européen, acquis dans la douleur que l’on sait, de nos amis portugais …

A l’heure où, comme vient de le démontrer le Brexit, nombre d’Européens n’en peuvent plus du mépris et de l’irresponsabilité de certaines de nos élites européennes …

Et où, de l’autre côté de l’Atlantique, un président post-racial auto-proclamé et chasseur d’ambulances patenté qui ne perd pas une occasion d’agiter la question raciale au premier incident venu (quand il s’agit de blancs) …

Déploie des trésors d’éloquence pour la dissimuler quand elle est indiscutable (quand il s’agit de noirs ou de musulmans) …

Comment bouder son plaisir avec l’avocat Gilles William Goldnadel ou le site Riposte laïque …

Au-delà de l’amère déception de la défaite et après les frasques d’une génération de racailles et de donneurs de leçons …

Devant le talent comme l’humilité bienvenue, après une suspension d’un an pour virée nocturne non autorisée à la veille d’un match perdu, d’un joueur que son gabarit avait contraint à s’expatrier en Espagne …

Mais aussi derrière le « football d’épiciers » tour à tour décrié ou encensé par nos médias (l’effet de l’arrivée de petites nations avec l’extension de la compétition à 24 équipes ?) …

La tranquille fierté d’une « immmigration heureuse » parce que « légale, paisible et librement acceptée par la population d’accueil » …

De toute une génération de Franco-Portugais qui n’ont jamais senti le besoin, eux, toutes les fois qu’ils ont été battus, de siffler l’hymne national, envahir le terrain ou « se venger sur le matériel urbain » ?

Après Dallas, la consternante absence du mot «racisme»
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

11/07/2016

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Pour Gilles-William Goldnadel, le drame de Dallas est révélateur d’une racialisation inquiétante des rapports sociaux accompagnée d’un antiracisme à géométrie variable.
Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.
Ceux qui veulent bien me lire chaque semaine dans ces colonnes savent que je suis de ceux qui pensent que non seulement toute vérité est bonne à dire, mais encore que le mal à dire aggrave la maladie.

Autrement dit, en matière de non-dits, les lois de la psychologie collective sont identiques à celles de la psychologie individuelle.

Commençons par les non-dits de Monsieur Obama. Il est des mots qui lui écorcheraient sa bouche pourtant prolixe.

Après le drame d’Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l’unisson: la faute aux armes à feu, à l’homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l’Autre es qualité de musulman radical.

Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d’autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n’importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant Noir parce qu’il aurait été volé par un autre Noir, manquait.

Comme si, ici, l’évocation du racisme d’un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n’était jamais totalement innocent.

C’est dans le creux vertigineux de ce manque que niche une grande partie du drame racial qui enlaidit la vie.

À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l’échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d’Amérique dans sa tentative alléguée d’avoir voulu apaiser les tensions raciales.

Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau.

Le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentialiste de la couleur de sa peau.
Et ce président n’aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d’accuser la police d’être raciste envers les noirs et de s’en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. Comme le rappelle Guy Milliere dans un article du 9 juillet (Dreuz), Obama s’est appuyé pour cela sur les professionnels de la tension raciale tel Al Sharpton, et a accordé ces derniers mois son soutien à des organisations extrémistes ouvertement anti policières telles que Black Lives Matter.

À chaque fois qu’une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement.

Je ne veux pas caricaturer ma propre pensée: je ne sous-estime pas la violence de la police américaine, à l’image de la société américaine. Je ne sous-estime pas le racisme de certains policiers blancs, pas plus que je ne sous-estime le racisme de certains délinquants noirs.

Mais j’affirme que considérer l’ensemble des faits divers précités comme le résultat d’un racisme évident plutôt que celui de l’instinct de peur ou même de la défense légitime relève d’une spéculation intellectuelle infiniment plus oiseuse que lorsqu’il s’agit de caractériser l’acte d’un criminel qui fait un carton sur des policiers blancs uniquement parce qu’ils sont blancs.

Et pourtant, dans l’hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence…

De même, je réfute par principe l’évidence propagée ad nauseam de ce que la justice américaine aurait, à chaque fois qu’elle a relaxé un policier mis en cause, fait montre de partialité. Après tout, en France aussi, des politiciens spéculant façon Benoît Hamon ont critiqué des décisions bien fondées en droit comme en fait comme dans l’affaire Ziad et Bounia.

À la suite de ces spéculations médiatiques et politiques, on imagine avec quelle sérénité intellectuelle les prochains juges américains appréhenderont les prochains «dérapages policiers» qui seront déférés devant eux.

L’opinion publique, cette catin, n’a rien à faire dans le prétoire déclarait autrefois mon confrère Moro-Giafferi… C’est loin.

Dans ce cadre intellectuel vicié, un cercle culturel vicieux s’est agrandi sans fin. Bien sûr que la question noire américaine a été mal réglée.

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme. Les stigmates anti- noirs se sont renforcés et ont été traduits en un système de lois et de normes dites «Jim Crow» destiné à préserver l’ordre racial. Interdiction faite aux noirs de voter, d’étudier dans les écoles blanches, d’aller dans les magasins, les restaurants fréquentés par les blancs. Comme l’indique pertinemment Yuval N. Harari (Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Albin-Michel): «au milieu du XXe siècle, la ségrégation dans les anciens états confédérés était probablement pire qu’à la fin du XIXe siècle. Clennon King, l’étudiant noir qui voulut entrer à l’université du Mississippi en 1958, fut interné de force dans un

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu’on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l’esclavagisme.
asile psychiatrique. Le juge trancha qu’un noir était forcément fou s’il imaginait pouvoir y être admis».

Il n’en demeure pas moins que le sort des Noirs américains, leur situation sociale et culturelle se sont, depuis les années 60, très considérablement améliorés.

J’affirme qu’aujourd’hui, que par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d’un excès l’autre, les vecteurs principaux d’agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l’excuse et de victimisation systématiques a priori.

De ce point de vue, Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.

Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n’ont pas franchi allègrement l’Atlantique.

Que penser par exemple, puisqu’il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans

Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.
notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l’absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l’entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu’il n’y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l’immigration arabo-maghrébine.

Bref de l’ethnicisme tranquille et assumé: c’est bien qu’il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l’article ne le dit pas.

Les mêmes qui n’avaient pas de mots assez durs pour Nadine Morano…

Heureusement, il n’y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n’ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non? Une intégration réussie n’impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d’accueil. L’immigration portugaise est une chance pour la France.

C’est dit.

Voir aussi:

Quand le football mondialisé réhabilite le patriotisme français
Cyrano

Riposte laïque

10 juillet 2016

Grosse déception, l’équipe de France n’a pas été capable de battre le Portugal, en finale de l’Euro foot 2016, malgré la blessure de la vedette Ronaldo. Même si nombre de lecteurs, voire de contributeurs, de Riposte Laïque, comme Paul Le Poulpe, Josiane Filio ou Gérard Brazon, ont essayé d’expliquer les enjeux de cet Euro 2016 de football, et son instrumentalisation par le pouvoir et ses propagandistes, il est un phénomène incontournable : les Français aiment le foot, et préfèrent voir la France gagner que perdre ! D’où l’énorme déception de tout le pays.

Certains diront, à juste titre, que cette équipe, d’aspect très africaine, ne ressemble pas à la réalité de la vraie France. C’est sans doute vrai, mais elle est proche, hélas, de nombreuses écoles de la région parisienne et de périphéries urbaines. On pourrait, malgré tout, ajouter que ces joueurs, souvent possesseurs d’une double nationalité, ont choisi de jouer pour la France, sont passés par des centres de formation de notre pays, et sont donc tous assimilés, ce qui est devenu tellement rare qu’il faut le faire remarquer. D’autres affirmeront, ce qui n’est pas faux, qu’aucun joueur de cette équipe ne joue en France, à l’exception de Blaise Matuidi, qui joue au Paris Saint-Germain (appelé le Paris Qatar), et de Samuel Umtiti, lyonnais cette année, mais barcelonais l’an prochain. On pourrait encore évoquer les salaires exorbitants des footballeurs français, et constater que ce magnifique sport échappe à présent, dans les stades, aux classes populaires, vu le prix des places. C’est encore vrai. Et les sponsors de l’épreuve s’appellent, entre autres, McDonalds, Coca Cola ou Turkish Airlines… Les Français savent tout cela, mais aux yeux d’une majorité d’entre eux, le plus important, c’est que la France gagne, que les Bleus leur fassent plaisir et les rendent fiers d’une France qui gagne. D’où encore l’énorme déception.

Il n’y a eu qu’une seule période où les Français souhaitaient viscéralement la défaite de leur pays : celle de la période Domenech, quand les islamo-racailles Ribery et Anelka avaient pris le contrôle des vestiaires, avec la complicité d’un sélectionneur, militant de la diversité, entre les années 2006 et 2010. Cela se termina par la mascarade de l’Afrique du Sud. Les années suivantes, celle de Laurent Blanc et des racailles Ribery-Benzema-Nasri, n’arrangèrent pas ce profond désamour.

Historiquement, les Français ont connu trois grands champions : Raymond Kopa, fils de mineur polonais, Michel Platini, fils d’un footballeur italien, et Zinedine Zidane, fils d’un immigré algérien. Tous trois sont nés en France. Mais les deux premiers ont des prénoms français, pas le troisième. Quand les deux premiers rencontraient leur pays d’origine, ils n’y avait aucune ambiguïté, ils étaient français avant d’être polonais ou italiens. Le troisième disait qu’il souhaitait un match nul. Les enfants de Polonais et d’Italiens chantaient La Marseillaise, les enfants d’Algériens la siffleront en 2001, au Stade de France, comme les Marocains et les Tunisiens quelques années plus tard.

Zidane fut champion du monde, en 1998. On parlait, de manière propagandiste, d’une équipe black-blanc-beur. Mais c’était avant tout encore l’équipe de l’assimilation. Les chefs s’appelaient Aimé Jacquet et Roger Lemerre, ils avaient été ouvriers. Sur le terrain, les patrons s’appelaient Didier Deschamps et Laurent Blanc. Les Français se retrouvaient encore en eux.

Après l’épisode Domenech-Ribery-Anelka, comment expliquer que nos compatriotes se reconnaissent à nouveau dans une équipe qui leur fait plaisir ? Nul ne peut nier que les joueurs choisis par Didier Deschamps sont des garçons polis, bien élevés, respectueux, même s’il faut sans doute surveiller Paul Pogba comme le lait sur le feu. Ils ont compris (ou on leur a fait comprendre) que La Marseillaise était un symbole incontournable, pour le public français. L’attitude méprisante, pendants les hymnes, des Ribery-Benzema-Nasri ne passait plus, quand les Italiens chantaient à tue-tête « Fratelli d’Italia », et que toutes les autres équipes montraient leur attachement à leur pays. Ils ont fait cet effort, même si on sent que La Marseillaise, pour Giroud, Griezmann ou Matuidi, c’est autre chose que pour Pogba, mais ce dernier fait tout de même l’effort.

Et puis, sachons le dire, la victoire contre l’Allemagne, jeudi dernier, a fait plaisir à toute la France, et à de nombreux anciens qui n’oublieront jamais le formidable match de Séville, en 1982, et son issue aussi cruelle qu’injuste. Pour dire les choses crûment, les Français en avaient marre de toujours perdre, en compétition officielle, contre les « casques à pointe », et ils sont contents que les hommes de Deschamps aient mis fin à cette malédiction.

N’oublions pas un autre phénomène : la vedette de l’équipe, c’est Antoine Griezmann. Il a 25 ans, il est humble, il ramène toujours ses performances à celles du collectif, à celles de l’équipe. Quand il avait 15 ans, personne n’en voulait, en France. C’était la dictature du gabarit, du physique, donc de ce qu’on appelle « les gros Blacks ». Griezmann, jugé trop fluet, n’intéressait aucun recruteur français. C’est pour avoir osé remettre en cause ces critères, et le phénomène de la double nationalité, que certains dirigeants du football français ont été, en 2011, qualifiés de racistes par Thuram et Plenel. Moins stupides, moins dogmatiques, les Espagnols ne sont pas passés à côté d’un tel joyau. Aujourd’hui à l’Atletico de Madrid, Griezmann est considéré comme un des meilleurs joueurs du monde. Et cela fait plaisir aux Français. Les journaleux, qui marquent une préférence pour la diversité, ont beau rabaisser de manière scandaleuse les exploits de Koscielny (pourtant le vrai patron de la défense) et de Giroud (coupable d’avoir remplacé, avantageusement, leur chouchou Benzema), les Français sont ravis de constater que, même minoritaires, les « tauliers » de l’équipe leur ressemblent.

Une fois qu’on a dit tout cela, faut-il vraiment pleurer de cette énorme déception ? En cas de victoire, les crapules socialistes auraient instrumentalisé cet événement pour faire oublier leurs brillants résultats à la tête de la France. Ils nous auraient fait le coup de la société multiculturelle, et nous auraient expliqué que c’est grâce à notre diversité (où les « Beurs » sont absents) que la France est championne d’Europe. Et ce Guignol de Hollande aurait été capable de gagner quelques points de popularité, comme au lendemain d’attentats islamistes.

Mais il y a une contradiction majeure, autour d’un football mondialisé, souvent pratiqué par des mercenaires. Nos dirigeants ont eu beau vouloir remplacer le nom de « Coupe d’Europe des Nations » par « Euro » (quel symbole), le patriotisme des peuples européens n’a jamais été aussi fort, et le football y contribue. Il suffisait, à chaque match, de voir le nombre de drapeaux dans les tribunes, et la ferveur des hymnes nationaux, pour mieux s’en rendre compte. On n’a pas vu un drapeau européen pendant un mois, dans aucun stade.

Nos dirigeants ont beau nous raconter que l’Europe, c’est la diversité et le multiculturalisme, mis à part la France et quelques pays d’Europe de l’ouest, la plupart des équipes étaient homogènes, blanches, avec, parfois, une ou deux exceptions.

Et les sympathiques Islandais ont envoyé une image identitaire et patriotique qui est juste le contraire du discours dominant des dirigeants européens.

N’en déplaise aux enseignants gauchistes, des millions d’enfants ont entendu leurs parents chanter La Marseillaise, et l’ont apprise à cette occasion.

Conclusion : le pas regretté Rocard, Attali, Hollande, Merkel et autres traîtres qui dirigent nos pays ont beau raconter, au lendemain du Brexit, qu’il faut davantage d’Europe, et donc moins de souveraineté et de nations, il demeure, chez une grande partie des peuples européens, une appartenance identitaire qui va compliquer la vie de ceux qui veulent en finir avec nos pays, et la France en premier. Cela s’appelle l’amour charnel de notre pays, de sa civilisation et de sa terre. Tout ce qu’ils veulent détruire.

Mais à condition, pour les fêtards, qui ont sorti les drapeaux bleu-blanc-rouge et chanté La Marseillaise durant un mois, de virer Hollande, à la prochaine présidentielle, sans remettre à la place ses clones républicains…

Sinon, à quoi servirait d’honorer la France, le temps d’un match de football, pour élire, dix mois plus tard, ses pires fossoyeurs…

Voir par  ailleurs:

Euro : le paradoxe Griezmann, quand la France adore un pur produit du foot espagnol
Bruno Roger-Petit

Les blogs du Figaro

6 juin 2016

Donc, la France espère en Griezmann. « Attaquant, option gendre idéal » titrait même M le magazine ce week end. Griezmann, espoir d’une France du football qui désespère de Cantona, Benzema et les autres. Griezmann, ce brave petit, bien chez nous. Griezmann, sérieux, appliqué, travailleur, sympathique, courageux, tenace, volontaire et talentueux. Griezmann, ce joueur si Français. La France aime Griezmann. De quoi Griezmann est-il le nom ? Du footballeur idéal à la française.

Seulement voilà. Griezmann est un paradoxe. Si l’on parle football, seulement football, culture football, Griezmann est tout sauf un produit de l’école française. Et pire encore, il est le symbole de tous les échecs possibles de la formation à la française du début des années 2000.

On explique. Quand il est âgé de 13 ans, pas un centre de formation français de futurs footballeurs professionnels ne veut de Griezmann. Trop petit. Trop fragile. Trop frêle. Trop technique. Le grand OL de l’arrogant Aulas n’en veut pas. Et le FC Metz non plus, club qui aura réussi l’exploit de manquer en quarante ans et Platini et Griezmann. Par hasard, un recruteur de la Real San Sebastian croise la route du gamin. Eric Olhats (c’est le nom du recuteur) prend le pari. Et voilà Griezmann en Espagne. A l’école du football espagnol. Formé comme un espagnol. Eduqué comme un espagnol. Il finit par humilier le pauvre OL d’Aulas en Ligue des Champions, avec la Real Sociedad (quelle revanche) et s’en va pour l’Atlético, grandir encore avec Simeone. Et jouer une finale de Ligue des Champions. Et devenir le grand espoir du football français.

Ainsi se mesure le paradoxe Griezmann. Benzema, Nasri, Menez et les autres ont naufragé, Ben Arfa n’a pas su convaincre Deschamps de la réalité de sa rédemption, et voici que Griezmann est célébré comme l’incarnation des valeurs du football français alors qu’il est le produit le plus achevé des valeurs espagnoles du football, entre rage de vaincre et soif de victoires, détermination et travail, tenacité et volonté.

Oui, en reportant sur Griezmann sa volonté de célébrer un footballeur bien sous tous rapports, la France du football applaudit un chef d’oeuvre issu de l’école espagnole du football. Et acte, par contre coup, que les centres de formation à la française, entre conceptions tactiques à côté de la plaque et incapacité à former des hommes émancipés, ont été à la ramasse. L’Espagne a fait Griezmann, la France a fait Benzema. Ce qui nous inclinerait à penser que Benzema n’est pas le seul responsable de la dérive de Benzema et qu’à ce titre, quelques circonstances atténuantes doivent lui être accordées (ce qui n’excuse pas l’inexcusable).

La France du football est étonnante, qui ne parait même pas réaliser qu’en célébrant Griezmann, à le voir si beau, si grand, si fort, elle confesse un aveu d’échec considérable. Elle se berce d’illusions. Nous avons Griezmann, tout est possible, sans admettre qu’elle n’est pour rien dans l’accomplissement de Griezmann. Cet aveuglement, en forme de déni de réalité, laisse pantois tant il signe les symptomes de ce mal français qui consiste, en tous lieux et toutes époques, à se voir plus beau que l’on est. Et à ne tirer aucune conséquence des échecs avérés et répétés. Hélas ! Balzac s’est trompé, la France n’est toujours pas le pays des illusions perdues.

Voir encore:

Euro 2016 : le Portugal a oublié le football
La Selecção das Quinas a déviergé son palmarès hier en faisant main basse sur le trophée Henri Delaunay, au terme d’un parcours éminemment critiquable.
Emmanuel Amma

Le Point

11/07/2016

Bravo, mais que c’est laid ! Le Portugal n’a pas « volé » cet Euro, ni lésé quiconque, sauf peut-être la totalité des amateurs de football et des esthètes du sport. Si la légalité sportive de ce succès paraît indiscutable, sa légitimité demeure contestable pour ceux qui se font une certaine idée du mérite. Quand on prend le parti de mépriser le jeu, on se doit au moins de gagner, même petitement, la victoire étant le seul juge de paix du football s’il y en a un. La troupe de Fernando Santos ne s’est pas embarrassée un seul instant de ces considérations puisqu’elle a trouvé le moyen de mettre la main sur un trophée majeur en remportant à peine plus de la moitié de ses rencontres dans cet Euro. Et il faut voir de quelle façon !

7 matches, 4 victoires
Les avocats autoproclamés de la très décriée sélection portugaise la défendent d’une curieuse manière. Cette équipe serait, paraît-il, devenue une gagnante cynique pour conjurer son passé de perdante magnifique. Encore faut-il gagner pour mériter cette étiquette. Pour rappel, les coéquipiers de Cristiano Ronaldo se sont hissés en phase finale de la compétition sans compter le moindre succès dans une poule facilissime et grâce à une troisième place étonnamment qualificative. Et il leur a fallu trois électrochocs – l’Autriche, l’Islande, puis la Hongrie – pour commencer à gagner… en prolongation contre la Croatie en huitième de finale et hériter par la même occasion d’une partie de tableau en forme de boulevard jusqu’en finale avec un dernier carré rêvé contre les néophytes gallois.

D’ordinaire, les compétitions internationales exigent d’être performant d’entrée de jeu pour qui prétend à la victoire finale, et il n’y a pas de séance de rattrapage. Le hasard des chiffres et la bizarrerie du système de qualification pour les huitièmes dicté par l’UEFA pour cet Euro ont permis au Portugal de déroger à la norme. Jamais une équipe nationale n’avait remporté un titre majeur en alignant trois matches nuls en phase de groupe.

Le Portugal se prend pour la Grèce de 2004
Qui eût cru que les héritiers d’Eusébio, Luís Figo et Rui Costa allaient prendre pour modèle l’équipe qui les a privés du titre en finale de l’Euro 2004, leur Euro organisé chez eux, en terre lusitanienne ? La rancoeur est tenace, et pourtant, ils ont tout fait comme eux. Sauf que cette Grèce ne comptait pas dans ses rangs un joueur de la trempe de Cristiano Ronaldo, ni même de celle de Nani et de Renato Sanches. La stratégie était claire : on bétonne littéralement en défense, quitte à broyer la dimension spectaculaire du football, et on compte sur l’individualité et la réussite pour marquer, en prolongation le plus souvent – contre la Croatie et la France –, une fois que l’adversaire est usé de faire le jeu, seul, et contre un mur. Sinon, on s’en remet à la loterie des tirs au but, comme ce fut le cas contre la Pologne en quart de finale de cet Euro.

Comme la Grèce en 2004, le Portugal de 2016 a défait l’hôte de la compétition en finale sur le score de 1-0, mais au terme des prolongations, confirmant par là sa propension dans cet Euro à ne gagner aucun match dans le temps réglementaire, exception faite de la demi-finale contre le pays de Galles. Le hasard faisant bien les choses, le sélectionneur portugais Fernando Santos a entraîné de nombreuses équipes dans sa carrière, dont Porto, Benfica et – eurêka ! – l’équipe de Grèce entre 2010 et 2014. L’homme est un fin connaisseur du football grec puisqu’il a entraîné trois clubs grecs au total : l’AEK Athènes, le Panathinaïkos et le PAOK Salonique. On comprend mieux pourquoi les champions d’Europe 2016 ressemblent autant aux champions d’Europe 2004. Joli coup signé Fernando Santos ! C’est tant mieux pour le Portugal et c’est tant pis pour le football.

Voir de plus:

Les secrets gagnants du pays de Galles
Alexandre Kotowski

Sport 24-Figaro

05/07/2016

Le pays de Galles, l’une des surprises de cet Euro 2016, défie le Portugal ce mercredi à Lyon (21h) et peut légitimement rêver à une place en finale.

S’il y a bien un enseignement à tirer de cet Euro à vingt-quatre, c’est qu’il n’y a plus de «petites» équipes. À l’image de l’Islande quart de finaliste, qui aurait cru avant la compétition que le pays de Galles intégrerait le dernier carré ? Personne. Et pourtant, il n’y a rien de plus logique quand on analyse le jeu des Gallois.

Une organisation bien huilée
Organisé en 3-5-2, le pays de Galles fait preuve de discipline tactique et de rigueur défensive, une des clés pour pouvoir rivaliser avec les «grandes» nations. Même s’ils laissent majoritairement le ballon à leurs adversaires (47% de possession de balle en moyenne, le plus petit total des demi-finalistes), les Gallois respectent leur position. Leur bloc équipe est compact, coulissant parfaitement de gauche à droite et inversement. Les Britanniques n’ont pas peur d’aller au duel, au sol et dans les airs, dans le plus pur style anglo-saxon (dix-sept duels aériens gagnés par match en moyenne, seule la France fait mieux dans le dernier carré). Bref, les hommes du sélectionneur Chris Coleman sont solides.

De plus, ils se connaissent parfaitement. Huit joueurs ont démarré tous les matches du pays de Galles dans cet Euro. Les automatismes sont nombreux et renforcent leur solidarité. «La star, c’est l’équipe. On lutte ensemble, on tacle et on s’entend comme des frères», avouait Gareth Bale en conférence de presse lundi. Il suffit de voir la triple occasion de la Belgique dans les premières minutes du quart de finale (3-1). Derrière le portier Hennessey sorti devant Ferreira Carrasco, ils sont six quasiment sur leur ligne de but pour empêcher le ballon d’entrer. Le seul point négatif, c’est un temps de cadrage parfois trop long sur le porteur de balle adverse. C’était le cas sur le deuxième but encaissé contre l’Angleterre mais aussi celui contre la Belgique. Une frappe lointaine de Radja Nainggolan, spécialiste du genre et pourtant seul dans l’axe aux trente mètres.

Des individualités qui subliment l’équipe
Au pays de Galles, il y a un collectif mais aussi des individualités. Parmi celles-ci, il y a bien sûr Gareth Bale. Le Madrilène est capable de faire la différence sur une attaque rapide, grâce à sa pointe de vitesse ; sur une attaque placée grâce à sa qualité de passe et de centre, et aussi sur coup de pied arrêté (déjà deux buts sur les trois à son actif) grâce à sa frappe de balle flottante. Il a cadré treize tirs, le total le plus élevé de la compétition.

Juste derrière lui, Aaron Ramsey oriente chaque offensive galloise. Son aisance technique offre des temps de conservation de balle importants, qui soulagent ses partenaires. Il est toujours proche des attaquants pour leur délivrer des caviars (meilleur passeur du tournoi avec quatre passes décisives en cinq matches, à égalité avec Eden Hazard). Suspendu pour la demi-finale, tout comme le défenseur Ben Davies, il va manquer à ses coéquipiers. Mais c’est l’occasion pour d’autres joueurs de se révéler, à l’instar d’Hal Robson-Kanu, buteur face à la Belgique au prix d’une magnifique feinte, ou du capitaine Ashley Williams. À n’en pas douter, les Gallois n’ont pas fini de montrer leurs talents.

Voir de plus:

Euro 2016: Barbes, tatouages… Pourquoi l’Islande est l’équipe la plus stylée de la compétition
Marc Nouaux

20 minutes

27.06.2016

L’Islande, c’est l’équipe hype de cet Euro. Un petit pays exotique qui se qualifie pour les 8es de finale, un public qui suit en nombre et des joueurs qui ont un bon look. Un bon look au point d’ériger l’Islande au rang d’équipe la plus stylée de la compétition. Avant son match historique face à l’Angleterre (lundi à 21h), on vous explique pourquoi.

Ils ont de belles barbes
Ils n’ont pas tous une pilosité hors du commun mais certains joueurs se distinguent par de belles barbes. Exemple avec le capitaine, Aron Gunnarsson, symbole de la combativité de l’équipe. Derrière sa barbe, le milieu de terrain dégage une agressivité et un côté assez rugueux qui peut avoir tendance à « effrayer » l’adversaire. Du côté de Runar Sigurjonsson ou de Birkir Bjarnason, on n’est pas en reste non plus.

Ils ont des coiffures soignées
Hipsters, les Islandais ? Si on se dégage du mot au sens strict du terme (qui qualifie des habitudes culturelles, vestimentaires, de style ou de consommation…), on peut se dire que les Islandais en ont en tout cas des allures. « C’est sans doute l’équipe la plus hipster de la compétition, sourit Guillaume qui a effectué plusieurs [longs] séjours en Islande. Mais attention, la Belgique aussi c’est pas mal mais l’Islande plus que tout. » A l’image de leurs coiffures telle celle du jeune Hordur Magnusson.

Gunnar, supporter islandais de 30 ans nous éclaire sur cette pratique. « Une grande partie de la jeune génération islandaise suit cette tendance mais ce n’est pas la majorité de la population. » A l’image du vieux, Eidur Gudjohnsen (37 ans), qui lui, préfère rester classique.

Ils aiment les tatouages et bien se saper
Les Islandais ont vraiment de la gueule. Si on a tendance à remarquer que nombreux sont les footballeurs tatoués, en Islande, il y a un vrai phénomène de mode. Les joueurs dégagent un vrai style viking avec leurs tatouages et les affichent sur les bras. Ainsi, Ari Skulason, le défenseur, est plutôt impressionnant.

Le bras tatoué d’Hordur Magnusson, le jeune défenseur de l’Islande. – B. Horvar / AFP
Niveau sape, on aime aussi se démarquer chez les Vikings. « Vous pouvez le voir en France pendant l’Euro. Les Islandais sont avant-gardistes en termes de tenues vestimentaires et de look. Tous les jours de la semaine ils portent des costumes sur mesure. » C’est sûr que ça contraste avec les costards mal taillés de Wayne Rooney…

Voir enfin:

Islande, Pays de Galles, Roumanie… En Europe, ce sont les « petites nations » qui font la loi
Alessandro Pitzus
Eurosport

04/09/2015

QUALIFICATIONS EURO 2016 – Plusieurs équipes inattendues jouent les premiers rôles depuis le début des éliminatoires. L’Islande, le Pays de Galles, la Slovaquie ou encore la Roumanie sont proches d’obtenir un aller direct pour la France en juillet prochain et ils ne l’ont pas volé.
Il fut un temps où se qualifier pour l’Euro était beaucoup plus difficile qu’obtenir sa place en Coupe du monde. Mais ça, c’était avant. En ouvrant la porte à 24 nations contre 16 lors des précédentes éditions, l’UEFA a choisi d’être moins élitiste. Les deux premiers de chaque groupe composteront leur billet, le meilleur troisième aussi et pour les autres trainards, il y aura une séance de rattrapage sous forme de barrages traditionnels.

La nouvelle formule a ouvert la porte mais le règlement novateur n’est pas forcément surexploité par les « petites nations ». Les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne n’occupent pas les premières places de leurs groupes respectifs à trois journées de la fin. Relâchements inconscients, mises en route difficiles, il y a plusieurs raisons pour expliquer les défaillances relatives des grands d’Europe. Ils s’appellent Islande, Pays de Galles, Pologne, Roumanie ou encore Autriche et ils sont proches de décrocher un aller simple amplement mérité pour l’Euro 2016.

L’Islande cartonne devant les Tchèques et les Néerlandais
C’était l’une des grosses côtes au début des éliminatoires et l’Islande joue parfaitement son rôle de trublion dans le groupe A. Quinze points dans la besace, une première place, des succès bien construits, les Nordiques n’en espéraient pas tant. En battant pour la première fois de son histoire les Pays-Bas, l’équipe islandaise, guidée par un irréprochable Gylfi Sigurdsson (4 buts) s’est donnée les moyens de ses ambitions.

Petite particularité : l’Islande est la seule sélection dirigée par deux sélectionneurs. Ce n’est peut-être pas qu’un détail. Le tandem Heimir Hallgrimsson – Lars Lagerbäck pourrait offrir à l’Islande sa première participation à une grande compétition majeure. Une qualification serait synonyme de continuité pour cette équipe qui aligne les bons résultats internationaux depuis trois ans et qui avait échoué en barrages lors des derniers éliminatoires du Mondial.

Pour le moment, le Pays de Galles de Bale effectue un sans faute
Avec la nouvelle réforme, voir le Pays de Galle à l’Euro était une possibilité tout à fait envisageable. Aujourd’hui, elle est en passe de se réaliser. L’équipe de Chris Coleman est toujours invaincue (14 points, 4 victoires, 2 nul). En revanche, pas grand monde n’imaginait les Gallois devant les Belges dans un groupe B où les Bosniens se sont écroulés.
Sous l’impulsion d’un Gareth Bale toujours plus impressionant (5 buts en 6 matches), le Pays de Galles n’enchaine pas les scores fleuves (8 buts marqués) mais il fait le « job » sobrement. Sa dernière victoire contre la Belgique à Cardiff (1-0 but de Bale) lui a permis de faire un pas important vers une éventuelle première qualification de son histoire pour un championnat d’Europe.

Carton plein pour la Slovaquie
Difficile de faire mieux que la Slovaquie (6 victoires). Les hommes de Jan Kozak présentent un bilan parfait en tête du groupe C devant l’Espagne. A défaut d’être spectaculaires, les Slovaques font preuve d’une efficacité redoutable. Leur victoire inattendue contre l’Espagne (2-1) lors de la 2e journée a lancé la machine. Elle ne s’est pas arrêtée depuis.

La grande force de cette équipe est aussi sa plus grande faiblesse : Marek Hamsik. Dans ses bons jours, le milieu offensif napolitain peut faire la pluie et le beau temps (3 buts en 6 matches). Pour l’instant, le joueur de 28 ans est régulier et ça paye.

Invaincue, la Pologne continue de tenir tête à l’Allemagne
L’époque où la Pologne prenait des fessés contre l’Allemagne semble révolue. Son succès contre la Mannschaft (2-0, 2e journée) a complètement décomplexé la bande à Robert Lewandowski. Le meilleur buteur des qualifications (7 buts) a inscrit l’intégralité de ses buts en deux rencontres. Contre Gibraltar (4) et la Géorgie (3).

La Pologne, attaque la plus prolifique des éliminatoires, a suivi l’exemple de son artificier bavarois en marquant 15 de ses 20 buts contre les deux bonnets d’âne du groupe D. Avec un point d’avance sur l’Allemagne, les Polonais auront du mal à conserver leur première place mais ils ont toutes les chances de décrocher un aller simple pour l’Euro.

La Roumanie en position idéale, l’Irlande du Nord en embuscade
Dans le groupe le moins relevé (et le moins attractif) de ces qualifications, la Roumanie et l’Irlande du Nord sont en train de tirer leur épingle du jeu. Pendant que les Grecs et les Finlandais sombraient, les Roumains faisaient le plein (14 points et invaincus) s’appuyant sur une défense de fer (la meilleure de la zone Euro avec un but encaissé).

Côté nord-irlandais (13 points), on s’accroche à Kyle Lafferty. Le buteur de Norwich est impliqué sur 6 des 8 buts de son équipe (5 buts, 1 passe). La formation de Michael O’Neill jouera sa qualification directe contre la Hongrie (3e avec 11 points). Dans le pire des cas, elle passera par la case barrages pour tenter de participer au premier Euro de son histoire.

L’Autriche touche au but
Absente des grandes compétitions depuis 2008 et l’Euro co-organisé sur ses terres, l’Autriche est proche de la délivrance. Son effectif, plus mature, a parfaitement géré l’adversité. Les Autrichiens ont profité des faux pas à répétition de la Suède de Zlatan Ibrahimovic et de la Russie pour s’installer confortablement en tête du groupe G (16 points).

La polyvalence et le leadership de David Alaba (3 buts) sont des atouts précieux. Mais il n’y a pas que ça. Quand le latéral du Bayern s’est retrouvé sur le flanc, les Autrichiens ont pris leur responsabilité, comme Marc Janko (3 buts), afin d’enregistrer deux succès sans leur leader.

L’Albanie a encore son mot à dire
D’habitude, l’Albanie fait de la figuration lors des qualifications continentales. La donne va bientôt changer. Assurée de terminer au moins à la 3e place d’un groupe I qui ne comptabilise que cinq équipes, la bande à Lorik Cana sera au pire barragiste. Un minimum pour une sélection qui présente le même nombre de points que le Danemark (2e avec 10 points) et seulement deux longueurs de retard sur le Portugal (1er).

Les Albanais ne sont pas arrivés là par hasard. La série de matches amicaux face aux Bleus (1 victoire, 1 nul) à montrer à quel point cette équipe était difficile à manœuvrer. Leur victoire contre le Portugal (1-0) en ouverture est là aussi pour le rappeler.

COMPLEMENT:

Le Portugal signe la victoire d’un football sans prise de risque
Peu spectaculaire, remportée par l’équipe qui avait moins le ballon au bout du suspense, la finale gagnée dimanche par le Portugal contre la France a parfaitement résumé le tournoi. Les équipes bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal ont été à l’honneur

Lionel Pittet
Le Temps

12 juillet 2016

«Les Portugais sont champions. S’ils ont gagné ce tournoi, c’est qu’ils le méritent. Après, on peut toujours discuter de la manière dont ils jouent mais ça reste efficace et il faut les féliciter.» Pour le gardien des Bleus Hugo Lloris comme pour ses coéquipiers et leurs supporters, la défaite en finale de l’Euro (1-0 après prolongations, but d’Eder) était difficile à accepter. Tout plaidait en faveur d’un succès de l’équipe de France dans son jardin, à Saint-Denis. Ses triomphes à domicile à l’Euro 1984 et au Mondial 1998. Ses performances depuis le début du tournoi (meilleure attaque avec treize buts marqués). La forme de ses leaders (Antoine Griezmann, six buts pendant le tournoi dont cinq à partir des huitièmes de finale).

L’alignement des planètes semblait parfait, à un petit détail près: depuis le début, la compétition affichait un visage singulier, une logique propre. Et la finale remportée dimanche soir par le Portugal résume parfaitement toutes les grandes tendances observées en un mois intensif de football.

La marque de l’Atletico Madrid
La fin de l’efficacité du jeu de possession à l’espagnole, qui a permis à la Roja de remporter un Mondial et deux Euros entre 2008 et 2012, est un thème récurrent depuis quelques années. A la Coupe du monde 2014, les champions du monde en titre avaient été éliminés dès le premier tour, mais l’Allemagne – qui allait lui succéder – prolongeait son influence en ajoutant à sa palette tactique une capacité à changer de rythme pour mener des attaques très directes. Cet été en France, les équipes qui gardaient le ballon n’ont pas nécessairement gagné, à l’instar des Bleus en finale (53% de possession de balle). L’équipe de Suisse en sait aussi quelque chose. Elle a eu le ballon 55% du temps ou plus lors de chacune de ses quatre rencontres, ce qui n’a pas empêché son élimination en huitièmes de finale contre la Pologne (5-4 aux tirs au but).

Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions.
Elargi à 24 équipes, l’Euro accueillait de nombreuses équipes peu habituées aux grands rendez-vous. Elles ne nourrissaient pas l’ambition de soulever le trophée Henri Delauney promis au vainqueur, mais clairement celle de traverser le tournoi sans être ridicule. Et elles ont fait d’un football sans prise de risque le paradigme de l’été. «Je vois là la marque du succès récent de l’Atlético Madrid. Sans avoir une des meilleures équipes mais en jouant bien regroupé et en lançant des contres, Diego Simeone a mené les Colchoneros en finale de la Ligue des champions. Forcément, ça a donné des idées à toutes les petites équipes de l’Euro», estimait l’ancien attaquant international Nestor Subiat dans Le Temps, après le premier tour.

Conséquences: les stars les plus attendues ont eu mille peines à briller dans le ciel de l’Euro. Tout un symbole, la blessure et la sortie dès la 25e minute de jeu de Cristiano Ronaldo – qui n’avait pas quitté le terrain une minute jusqu’alors – n’ont pas empêché le Portugal de remporter le premier titre majeur de son histoire. Décisif lors de la demi-finale contre le Pays de Galles, l’attaquant du Real Madrid avait été plutôt en retrait jusque-là. Il y a quelques exceptions au relatif mutisme des footballeurs européens les plus en vue du moment, dont le très remarqué Antoine Griezmann (six buts, meilleur joueur du tournoi aux yeux de l’UEFA) ou Gareth Bale. Mais l’ailier du Pays de Galles a moins fait l’unanimité par ses trois buts que parce qu’il s’est mis corps et âme au service de son équipe

Le paradoxe viking
A l’instar du Portugal en finale, de nombreuses formations se sont montrées bien organisées, solidaires, patientes et dures au mal. Les équipes d’Islande, d’Irlande du Nord et de République d’Irlande ont, par leur vaillante résistance opposée aux «grandes» équipes, offert à ce tournoi de belles histoires. Elles ont été reçues de manière assez paradoxale par les amateurs de football, qui d’un côté se prenaient de passion pour les besogneux «Vikings» de Reykjavik tout en regrettant de l’autre un Euro trop fermé, trop défensif, pas assez enlevé.

Lire aussi: L’Islande, sensation de l’Euro 2016

«Parfois, il faut savoir être pragmatique pour gagner un match. Nous aimerions jouer de façon plus spectaculaire, mais ce n’est pas toujours de cette manière que vous gagnez un tournoi», déclarait le sélectionneur du Portugal Fernando Santos après le huitième de finale chichement gagné par son équipe contre la Croatie (1-0 après prolongations). Ses protégés ont enchaîné avec une qualification via les tirs au but contre la Pologne, puis une victoire contre le Pays de Galles en demi-finale. La seule acquise par les Portugais en 90 minutes lors de l’Euro 2016. Au premier tour, ils avaient concédé trois matches nuls (1-1 contre l’Islande, 0-0 contre l’Autriche, 3-3 contre la Hongrie) qui ne laissaient en rien présager de leur succès en finale.

Mais au cours de la compétition, les surprises se sont succédé, la loi des séries a été mise à mal et les bookmakers ont dû s’en arracher les cheveux. L’Euro 2016 a rappelé que le football est un sport qui se joue à onze contre onze et qu’à la fin, on ne sait jamais vraiment qui va gagner.


Policiers tués à Dallas: Attention, une violence peut en cacher une autre ! (The real danger behind the myths of the “Black Lives Matter” movement)

9 juillet, 2016

Fry'em

Pigs AADL Micah Xavier JohnsonBHOCharleston-Dallas
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2015/10/homicidesbyrace.gif?w=450baby-killed-drive-by-shooting

I had feared that thousands of furious blond, blue-eyed women and their brunette sympathizers would take their rage into the streets, burning, killing and looting. While I don’t condone rioting, the historic and sociological reasons would have made such violence understandable. As one woman told me after the verdict: « For thousands of years, we have been putting up with abuse from large, strong, arrogant, evil-tempered men. « There is no group on Earth that has been kicked around the way women have. Since the dawn of history, we’ve been beaten, violated, enslaved, abandoned, stalked, pimped, murdered and even dissed by men. « Now this jury and the legal system have sent a clear message to society: It’s OK for men to cut our throats from ear to ear. » Mike Royko
« 60 % à 70 % » des détenus en France sont musulmans alors qu’ils représentent « à peine 12 % de la population totale du pays ». « Sur un continent où la présence des immigrés et de leurs enfants dans les systèmes carcéraux est généralement disproportionnée, les données françaises sont les plus flagrantes. En Grande-Bretagne, 11 % des prisonniers seraient musulmans, pour 3 % de la population. Une étude de l’ONG Open Society du milliardaire américain George Soros souligne de son côté qu’aux Pays-Bas, 20 % des détenus sont musulmans alors qu’ils représentent 5,5 % de la population, et, en Belgique, au moins 16 % de la population carcérale pour 2 % de la population totale. Les chiffres avancés ne sont pas officiels, car l’Etat français ne demande pas à ses citoyens de communiquer leur origine ou leur religion. En revanche, le quotidien affirme qu’il s’agit d’« estimations généralement acceptées » par les démographes et les sociologues. The Washington Post
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Nous devons admettre le fait que ce type de violence n’arrive pas dans d’autres pays développés (…) Le fait que cela ait eu lieu dans une église noire soulève évidemment des questions sur une page sombre de notre histoire. Ce n’est pas la première fois que des églises noires ont été attaquées. Et nous savons que la haine entre les races et les religions posent une menace particulière pour notre démocratie et nos idéaux. Barack Hussein Obama (19.06.2015)
Je pense qu’il est très difficile de démêler les motivations de ce tireur. Par définition, si vous tirez sur des gens qui ne constituent aucune menace pour vous, vous avez un problème. Barack Hussein Obama (09.07.2016)
L’Amérique n’est pas aussi divisée qu’on le suggère (…)  L’individu dément qui a accompli ces attaques, il n’est pas plus représentatif des Noirs américains que le tireur de Charleston ne l’était des Américains blancs ou que le tireur d’Orlando ou de San Bernardino n’était représentatif des Américains musulmans. Barack Hussein Obama (09.07.2016)
It’s just not the police. (…) It’s a kind of anti-black mood, anti-semitism, anti-Muslim bashing, immigrant bashing, female bashing, a kind of mean spirited division in the country. (…) The poison of the rhetoric has had a devastating impact. (…) Just the permissiveness of violence towards black people is ready and apparent. We’ve being used as scapegoats for deeper economic and social fears. (…) It’s not just Trump, it’s the followers of Trump. Jessie Jackson
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
When we say fry them, we’re not speaking of killing a police officer…we’re saying, treat the police the same as you’re going to treat a civilian who commits murder against a police officer. Rashad Turner (Black lives matter activist)
Pour neutraliser l’homme suspecté d’avoir abattu plusieurs officiers, les forces de l’ordre américaines ont eu recours à une machine armée d’une bombe. Vendredi à l’aube, un sniper suspecté d’avoir tiré sur des policiers et retranché depuis des heures dans un bâtiment est finalement tué par un robot télécommandé, utilisé pour faire détoner une bombe. Micah Johnson, jeune Noir de 25 ans, avait servi dans l’armée américaine en Afghanistan. Sur son profil Facebook, il avait publié des images avec le slogan «Black Power» des extrémistes afro-américains des années 1960 et 1970. Il avait également ajouté la lettre «X» entre son prénom et son nom, probablement en référence à Malcolm X, leader noir opposé à la non-violence prônée par Martin Luther King. Pour neutraliser ce suspect armé, la police de Dallas disposait d’un robot Northrop Grumman Andros, conçu pour les équipes de démineurs et l’armée. (…) «C’est la première fois qu’un robot est utilisé de cette façon par la police», a assuré sur Twitter Peter Singer, de la fondation New America, un groupe de réflexion spécialisé notamment dans les questions de sécurité. Ce spécialiste des méthodes modernes de combat a précisé qu’un appareil baptisé Marcbot «a été employé de la même façon par les troupes en Irak». (…) Des chercheurs de l’université de Floride travaillent eux au développement de «Telebot», comparé dans certains articles au célèbre «Robocop» imaginé au cinéma. Destiné notamment à assister des policiers handicapés pour qu’ils puissent reprendre le service, Telebot a été conçu «pour avoir l’air intimidant et assez autoritaire pour que les citoyens obéissent à ses ordres» tout un gardant «une apparence amicale» qui rassurent «les citoyens de tous âges», selon un rapport d’étudiants de l’université de Floride. L’arrivée de robots aux armes létales dans la police suscite de nombreuses interrogations. L’ONG Human Rights Watch et l’organisation International Human Rights Clinic, qui dépend de l’université de Harvard, s’inquiétaient ainsi en 2014 du recours aux robots par les forces de l’ordre. Ces engins «ne sont pas dotés de qualités humaines, telles que le jugement et l’empathie, qui permettent à la police d’éviter de tuer illégalement dans des situations inattendues», écrivaient-elles dans un rapport. Si l’emploi des robotos armés était amené à se développer, le bouleversement anthropologique suscité serait considérable. Le Figaro
Violence in Chicago is reaching epidemic proportions. In the first five months of 2016, someone was shot every two and a half hours and someone murdered every 14 hours, for a total of nearly 1,400 nonfatal shooting victims and 240 fatalities. Over Memorial Day weekend, 69 people were shot, nearly one per hour, dwarfing the previous year’s tally of 53 shootings over the same period. The violence is spilling over from the city’s gang-infested South and West Sides into the downtown business district; Lake Shore Drive has seen drive-by shootings and robberies. The growing mayhem is the result of Chicago police officers’ withdrawal from proactive enforcement, making the city a dramatic example of what I have called the “Ferguson effect.” Since the shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the conceit that American policing is lethally racist has dominated the national airwaves and political discourse, from the White House on down. In response, cops in minority neighborhoods in Chicago and other cities around the country are backing off pedestrian stops and public-order policing; criminals are flourishing in the resulting vacuum. (…) Residents of Chicago’s high-crime areas are paying the price. (…) Through the end of May, shooting incidents in Chicago were up 53 percent over the same period in 2015, which had already seen a significant increase over 2014. Compared with the first five months of 2014, shooting incidents in 2016 were up 86 percent. Certain police districts saw larger spikes. The Harrison District on the West Side, encompassing West Humboldt Park, for example, had a 191 percent increase in homicides through the end of May. Shootings in May citywide averaged nearly 13 a day, a worrisome portent for summer. (…) Social breakdown lies behind Chicago’s historically high levels of violence. Fatherlessness in the city’s black community is at a cataclysmic level—close to 80 percent of children are born to single mothers in high-crime areas. Illegitimacy is catching up fast among Hispanics, as well. Gangs have stepped in where fathers are absent. A 2012 gang audit documented 59 active street gangs with 625 factions, some controlling a single block. Schools in gang territories go on high alert at dismissal time to fend off violence. Endemic crime has prevented the commercial development and gentrification that are revitalizing so many parts of Chicago closer to downtown; block after block on the South Side features a wan liquor store or check-cashing outlet, surrounded by empty lots and the occasional skeleton of a once-magnificent beaux-arts apartment complex or bank. Nonfunctioning streetlights, their fuse boxes vandalized, signal the reign of a local gang faction. (…) Public-order infractions, otherwise known as “Broken Windows” offenses, abound. Stand just a few minutes on a South or West Side thoroughfare, and someone will stride by hawking bootleg CDs or videos and loose cigarettes. Some law-abiding Chicagoans blame the rising violence on just such street disorder. (…) The drug trade is less overt but more ubiquitous than the trafficking in CDs and loosies. The majority of victims in the current crime wave are already known to the police. (…) But innocents, like the Lake Shore Drive robbery victims, are being attacked as well (…) Officers who try to intervene in this disorder face a virulent street situation, thanks to the current anti-cop ideology. “People are a hundred times more likely to resist arrest,” an officer who has worked a decade and a half on the South Side informs me. “People want to fight you; they swear at you. ‘Fuck the police, we don’t have to listen,’ they say. I haven’t seen this kind of hatred toward the police in my career.” (…) The “no-snitch” ethic of refusing to cooperate with the cops is the biggest impediment to solving crime, according to Chicago commanders. But the Black Lives Matter narrative about endemically racist cops has made the street dynamic much worse. A detective says: “From patrol to investigation, it’s almost an undoable job now. If I get out of my car, the guys get hostile right away and several people are taping [with cell phones].” Bystanders and suspects try to tamper with crime scenes and aggressively interfere with investigations. Additional officers may be needed during an arrest to keep angry onlookers away.  This volatile policing environment now exists in urban areas across the country. (…) Criminals have become emboldened by the police disengagement. “Gangbangers now realize that no one will stop them,” says a former high-ranking police official. And people who wouldn’t have carried a gun before are now armed, a South Side officer says. Heather Mac Donald
To judge from Black Lives Matter protesters and their media and political allies, you would think that killer cops pose the biggest threat to young black men today. But this perception, like almost everything else that many people think they know about fatal police shootings, is wrong. The Washington Post has been gathering data on fatal police shootings over the past year and a half to correct acknowledged deficiencies in federal tallies. The emerging data should open many eyes. For starters, fatal police shootings make up a much larger proportion of white and Hispanic homicide deaths than black homicide deaths. According to the Post database, in 2015 officers killed 662 whites and Hispanics, and 258 blacks. (The overwhelming majority of all those police-shooting victims were attacking the officer, often with a gun.) Using the 2014 homicide numbers as an approximation of 2015’s, those 662 white and Hispanic victims of police shootings would make up 12% of all white and Hispanic homicide deaths. That is three times the proportion of black deaths that result from police shootings. The lower proportion of black deaths due to police shootings can be attributed to the lamentable black-on-black homicide rate. There were 6,095 black homicide deaths in 2014—the most recent year for which such data are available—compared with 5,397 homicide deaths for whites and Hispanics combined. Almost all of those black homicide victims had black killers. Police officers—of all races—are also disproportionately endangered by black assailants. Over the past decade, according to FBI data, 40% of cop killers have been black. Officers are killed by blacks at a rate 2.5 times higher than the rate at which blacks are killed by police. Some may find evidence of police bias in the fact that blacks make up 26% of the police-shooting victims, compared with their 13% representation in the national population. But as residents of poor black neighborhoods know too well, violent crimes are disproportionately committed by blacks. According to the Bureau of Justice Statistics, blacks were charged with 62% of all robberies, 57% of murders and 45% of assaults in the 75 largest U.S. counties in 2009, though they made up roughly 15% of the population there. Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force. The Black Lives Matter movement claims that white officers are especially prone to shooting innocent blacks due to racial bias, but this too is a myth. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception”—that is, the mistaken belief that a civilian is armed. (…) The Black Lives Matter movement has been stunningly successful in changing the subject from the realities of violent crime. The world knows the name of Michael Brown but not Tyshawn Lee, a 9-year-old black child lured into an alley and killed by gang members in Chicago last fall. Tyshawn was one of dozens of black children gunned down in America last year. (…) Those were black lives that mattered, and it is a scandal that outrage is heaped less on the dysfunctional culture that produces so many victims than on the police officers who try to protect them. Heather Mac Donald
However intolerable and inexcusable every act of police brutality is, and while we need to make sure that the police are properly trained in the Constitution and in courtesy, there is a larger reality behind the issue of policing, crime, and race that remains a taboo topic. The problem of black-on-black crime is an uncomfortable truth, but unless we acknowledge it, we won’t get very far in understanding patterns of policing. Every year, approximately 6,000 blacks are murdered. This is a number greater than white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the national population. Blacks are killed at six times the rate of whites and Hispanics combined. (…) The astronomical black death-by-homicide rate is a function of the black crime rate. Black males between the ages of 14 and 17 commit homicide at ten times the rate of white and Hispanic male teens combined. Blacks of all ages commit homicide at eight times the rate of whites and Hispanics combined, and at eleven times the rate of whites alone. (…) The nation’s police killed 987 civilians in 2015, according to a database compiled by The Washington Post. Whites were 50 percent—or 493—of those victims, and blacks were 26 percent—or 258. Most of those victims of police shootings, white and black, were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force. The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black. Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. In America’s 75 largest counties in 2009, for example, blacks constituted 62 percent of all robbery defendants, 57 percent of all murder defendants, 45 percent of all assault defendants—but only 15 percent of the population. Moreover, 40 percent of all cop killers have been black over the last decade. And a larger proportion of white and Hispanic homicide deaths are a result of police killings than black homicide deaths—but don’t expect to hear that from the media or from the political enablers of the Black Lives Matter movement. Twelve percent of all white and Hispanic homicide victims are killed by police officers, compared to four percent of all black homicide victims. (…) Standard anti-cop ideology, whether emanating from the ACLU or the academy, holds that law enforcement actions are racist if they don’t mirror population data. New York City illustrates why that expectation is so misguided. Blacks make up 23 percent of New York City’s population, but they commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime, according to victims and witnesses. Add Hispanic shootings and you account for 98 percent of all illegal gunfire in the city. Whites are 33 percent of the city’s population, but they commit fewer than two percent of all shootings, four percent of all robberies, and five percent of all violent crime. These disparities mean that virtually every time the police in New York are called out on a gun run—meaning that someone has just been shot—they are being summoned to minority neighborhoods looking for minority suspects. Officers hope against hope that they will receive descriptions of white shooting suspects, but it almost never happens. This incidence of crime means that innocent black men have a much higher chance than innocent white men of being stopped by the police because they match the description of a suspect. This is not something the police choose. It is a reality forced on them by the facts of crime. The geographic disparities are also huge. In Brownsville, Brooklyn, the per capita shooting rate is 81 times higher than in nearby Bay Ridge, Brooklyn—the first neighborhood predominantly black, the second neighborhood predominantly white and Asian. As a result, police presence and use of proactive tactics are much higher in Brownsville than in Bay Ridge. Every time there is a shooting, the police will flood the area looking to make stops in order to avert a retaliatory shooting. They are in Brownsville not because of racism, but because they want to provide protection to its many law-abiding residents who deserve safety. Who are some of the victims of elevated urban crime? On March 11, 2015, as protesters were once again converging on the Ferguson police headquarters demanding the resignation of the entire department, a six-year-old boy named Marcus Johnson was killed a few miles away in a St. Louis park, the victim of a drive-by shooting. No one protested his killing. Al Sharpton did not demand a federal investigation. Few people outside of his immediate community know his name. (…) This mindless violence seems almost to be regarded as normal, given the lack of attention it receives from the same people who would be out in droves if any of these had been police shootings. As horrific as such stories are, crime rates were much higher 20 years ago. In New York City in 1990, for example, there were 2,245 homicides. In 2014 there were 333—a decrease of 85 percent. The drop in New York’s crime rate is the steepest in the nation, but crime has fallen at a historic rate nationwide as well—by about 40 percent—since the early 1990s. The greatest beneficiaries of these declining rates have been minorities. Over 10,000 minority males alive today in New York would be dead if the city’s homicide rate had remained at its early 1990s level. What is behind this historic crime drop? A policing revolution that began in New York and spread nationally, and that is now being threatened. Starting in 1994, the top brass of the NYPD embraced the then-radical idea that the police can actually prevent crime, not just respond to it. They started gathering and analyzing crime data on a daily and then hourly basis. They looked for patterns, and strategized on tactics to try to quell crime outbreaks as they were emerging. Equally important, they held commanders accountable for crime in their jurisdictions. Department leaders started meeting weekly with precinct commanders to grill them on crime patterns on their watch. These weekly accountability sessions came to be known as Compstat. (…) For decades, the rap against the police was that they ignored crime in minority neighborhoods. Compstat keeps New York commanders focused like a laser beam on where people are being victimized most, and that is in minority communities. (…) In New York City, businesses that had shunned previously drug-infested areas now set up shop there, offering residents a choice in shopping and creating a demand for workers. Senior citizens felt safe to go to the store or to the post office to pick up their Social Security checks. Children could ride their bikes on city sidewalks without their mothers worrying that they would be shot. But the crime victories of the last two decades, and the moral support on which law and order depends, are now in jeopardy thanks to the falsehoods of the Black Lives Matter movement. Police operating in inner-city neighborhoods now find themselves routinely surrounded by cursing, jeering crowds when they make a pedestrian stop or try to arrest a suspect. Sometimes bottles and rocks are thrown. Bystanders stick cell phones in the officers’ faces, daring them to proceed with their duties. Officers are worried about becoming the next racist cop of the week and possibly losing their livelihood thanks to an incomplete cell phone video that inevitably fails to show the antecedents to their use of force.  (…) As a result of the anti-cop campaign of the last two years and the resulting push-back in the streets, officers in urban areas are cutting back on precisely the kind of policing that led to the crime decline of the 1990s and 2000s. (…) On the other hand, the people demanding that the police back off are by no means representative of the entire black community. Go to any police-neighborhood meeting in Harlem, the South Bronx, or South Central Los Angeles, and you will invariably hear variants of the following: “We want the dealers off the corner.” “You arrest them and they’re back the next day.” “There are kids hanging out on my stoop. Why can’t you arrest them for loitering?” “I smell weed in my hallway. Can’t you do something?” I met an elderly cancer amputee in the Mount Hope section of the Bronx who was terrified to go to her lobby mailbox because of the young men trespassing there and selling drugs. The only time she felt safe was when the police were there. “Please, Jesus,” she said to me, “send more police!” The irony is that the police cannot respond to these heartfelt requests for order without generating the racially disproportionate statistics that will be used against them in an ACLU or Justice Department lawsuit. Unfortunately, when officers back off in high crime neighborhoods, crime shoots through the roof. Our country is in the midst of the first sustained violent crime spike in two decades. Murders rose nearly 17 percent in the nation’s 50 largest cities in 2015, and it was in cities with large black populations where the violence increased the most. (…) I first identified the increase in violent crime in May 2015 and dubbed it “the Ferguson effect.” (…) The number of police officers killed in shootings more than doubled during the first three months of 2016. In fact, officers are at much greater risk from blacks than unarmed blacks are from the police. Over the last decade, an officer’s chance of getting killed by a black has been 18.5 times higher than the chance of an unarmed black getting killed by a cop. (…) We have been here before. In the 1960s and early 1970s, black and white radicals directed hatred and occasional violence against the police. The difference today is that anti-cop ideology is embraced at the highest reaches of the establishment: by the President, by his Attorney General, by college presidents, by foundation heads, and by the press. The presidential candidates of one party are competing to see who can out-demagogue President Obama’s persistent race-based calumnies against the criminal justice system, while those of the other party have not emphasized the issue as they might have. I don’t know what will end the current frenzy against the police. What I do know is that we are playing with fire, and if it keeps spreading, it will be hard to put out. Heather Mac Donald

Et si les principales victimes n’étaient pas celles que l’on croyait ?

Au lendemain d’un nouveau massacre américain …

Perpétré cette fois par un noir, apparemment proche de mouvements appelant au meurtre de policiers, contre des policiers blancs lors d’une manifestation justement contre les brutalités des policiers blancs contre les noirs …

Et qui sera finalement abattu par un robot raciste dont on ne sait toujours pas la couleur …

Comment ne pas voir avec la chercheuse américaine Heather MacDonald (merci Charly Karl Ékoulé Maneng) …

La terrible responsabilité, entre Maison Blanche, universités et médias, de nos pompiers-pyromanes et chasseurs d’ambulances patentés …

Qui lorsqu’ils n’appellent pas explicitement, à l’instar de nos casseurs à nous, à « griller les cochons comme du bacon » …

Nous rebattent les oreilles avec leurs habituelles contre-vérités niant l’évidence de la sur-criminalité noire (deux tiers des cambriolages, plus de la moitié des meurtres et presque la moitié des attaques à main armée dans les principales zones urbaines pour seulement 13% de la population totale – étrangement parallele d’ailleurs a la surcriminalite musulmane en France) …

Comme de la sous-victimisation noire pour les homicides du fait de la police (4% contre 12% pour les blancs et hispaniques) …

Des limites de certains concepts comme celui de « non-armé » (5 sur 7 des victimes noires d’homicides du fait de la police avaient essayé d’arracher l’arme du policier ou de le battre avec son propre équipement) …

De la survictimisation de policiers d’origine minoritaire  (18,5 fois plus probable qu’un policier soit tué par un Noir – 40% de tueurs de policiers sont des Noirs – qu’un policier tue un Noir non armé ou désarmé) mais aussi logiquement de leur plus grande tendance à faire usage de leur arme (3,3 fois plus que les policiers blancs) …

Mais aussi sur le véritable secret de polichinelle ou, comme le dit si bien l’anglais, « l’éléphant dans la pièce » de l’histoire …

A savoir la violence intra-ethnique noirs contre noirs (près de  6 000 noirs tués – sans compter les nombreux blessés et les victimes collatérales dont de nombreux enfants – majoritairement par d’autres noirs soit plus que le total de blancs et d’hispaniques pour seulement 13% de la population totale) …

Et, plus pervers encore, « l’effet Ferguson » qui, sans compter l’explosion des incivilités, l’encouragement au refus des contrôles policiers et le doublement des meurtres de policiers ce dernier semestre, voit une hausse de 17% des meurtres dans les 50 plus grandes agglomérations américaines du fait justement de la moindre activité policière, par peur d’être accusés de racisme, dans certaines zones à risque …

Et donc, à terme, la perte des acquis, en matière de sécurité, de décennies de travail policier (moins 40% d’homicides et moins 85% à New York depuis les annés 90) pour les zones et les populations qui en auraient le plus besoin …

Soit, triste ironie de l’histoire, le retour à ce qui était justement reproché à la police des années 60 et 70 voire bien avant, l’indifférence à la sécurité des plus démunis ?

The Danger of the “Black Lives Matter” Movement
Heather Mac Donald
Manhattan Institute
Imprimis – Hillsdale College
April 1, 2016

The following is adapted from a speech delivered on April 27, 2016, at Hillsdale College’s Allan P. Kirby, Jr. Center for Constitutional Studies and Citizenship in Washington, D.C., as part of the AWC Family Foundation Lecture Series.

For almost two years, a protest movement known as “Black Lives Matter” has convulsed the nation. Triggered by the police shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the Black Lives Matter movement holds that racist police officers are the greatest threat facing young black men today. This belief has triggered riots, “die-ins,” the murder and attempted murder of police officers, a campaign to eliminate traditional grand jury proceedings when police use lethal force, and a presidential task force on policing.

Even though the U.S. Justice Department has resoundingly disproven the lie that a pacific Michael Brown was shot in cold blood while trying to surrender, Brown is still venerated as a martyr. And now police officers are backing off of proactive policing in the face of the relentless venom directed at them on the street and in the media. As a result, violent crime is on the rise.

The need is urgent, therefore, to examine the Black Lives Matter movement’s central thesis—that police pose the greatest threat to young black men. I propose two counter hypotheses: first, that there is no government agency more dedicated to the idea that black lives matter than the police; and second, that we have been talking obsessively about alleged police racism over the last 20 years in order to avoid talking about a far larger problem—black-on-black crime.

Let’s be clear at the outset: police have an indefeasible obligation to treat everyone with courtesy and respect, and to act within the confines of the law. Too often, officers develop a hardened, obnoxious attitude. It is also true that being stopped when you are innocent of any wrongdoing is infuriating, humiliating, and sometimes terrifying. And needless to say, every unjustified police shooting of an unarmed civilian is a stomach-churning tragedy.

Given the history of racism in this country and the complicity of the police in that history, police shootings of black men are particularly and understandably fraught. That history informs how many people view the police. But however intolerable and inexcusable every act of police brutality is, and while we need to make sure that the police are properly trained in the Constitution and in courtesy, there is a larger reality behind the issue of policing, crime, and race that remains a taboo topic. The problem of black-on-black crime is an uncomfortable truth, but unless we acknowledge it, we won’t get very far in understanding patterns of policing.

Every year, approximately 6,000 blacks are murdered. This is a number greater than white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the national population. Blacks are killed at six times the rate of whites and Hispanics combined. In Los Angeles, blacks between the ages of 20 and 24 die at a rate 20 to 30 times the national mean. Who is killing them? Not the police, and not white civilians, but other blacks. The astronomical black death-by-homicide rate is a function of the black crime rate. Black males between the ages of 14 and 17 commit homicide at ten times the rate of white and Hispanic male teens combined. Blacks of all ages commit homicide at eight times the rate of whites and Hispanics combined, and at eleven times the rate of whites alone.

The police could end all lethal uses of force tomorrow and it would have at most a trivial effect on the black death-by-homicide rate. The nation’s police killed 987 civilians in 2015, according to a database compiled by The Washington Post. Whites were 50 percent—or 493—of those victims, and blacks were 26 percent—or 258. Most of those victims of police shootings, white and black, were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force.

The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black. Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. In America’s 75 largest counties in 2009, for example, blacks constituted 62 percent of all robbery defendants, 57 percent of all murder defendants, 45 percent of all assault defendants—but only 15 percent of the population.

Moreover, 40 percent of all cop killers have been black over the last decade. And a larger proportion of white and Hispanic homicide deaths are a result of police killings than black homicide deaths—but don’t expect to hear that from the media or from the political enablers of the Black Lives Matter movement. Twelve percent of all white and Hispanic homicide victims are killed by police officers, compared to four percent of all black homicide victims. If we’re going to have a “Lives Matter” anti-police movement, it would be more appropriately named “White and Hispanic Lives Matter.”

Standard anti-cop ideology, whether emanating from the ACLU or the academy, holds that law enforcement actions are racist if they don’t mirror population data. New York City illustrates why that expectation is so misguided. Blacks make up 23 percent of New York City’s population, but they commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime, according to victims and witnesses. Add Hispanic shootings and you account for 98 percent of all illegal gunfire in the city. Whites are 33 percent of the city’s population, but they commit fewer than two percent of all shootings, four percent of all robberies, and five percent of all violent crime. These disparities mean that virtually every time the police in New York are called out on a gun run—meaning that someone has just been shot—they are being summoned to minority neighborhoods looking for minority suspects.

Officers hope against hope that they will receive descriptions of white shooting suspects, but it almost never happens. This incidence of crime means that innocent black men have a much higher chance than innocent white men of being stopped by the police because they match the description of a suspect. This is not something the police choose. It is a reality forced on them by the facts of crime.

The geographic disparities are also huge. In Brownsville, Brooklyn, the per capita shooting rate is 81 times higher than in nearby Bay Ridge, Brooklyn—the first neighborhood predominantly black, the second neighborhood predominantly white and Asian. As a result, police presence and use of proactive tactics are much higher in Brownsville than in Bay Ridge. Every time there is a shooting, the police will flood the area looking to make stops in order to avert a retaliatory shooting. They are in Brownsville not because of racism, but because they want to provide protection to its many law-abiding residents who deserve safety.

Who are some of the victims of elevated urban crime? On March 11, 2015, as protesters were once again converging on the Ferguson police headquarters demanding the resignation of the entire department, a six-year-old boy named Marcus Johnson was killed a few miles away in a St. Louis park, the victim of a drive-by shooting. No one protested his killing. Al Sharpton did not demand a federal investigation. Few people outside of his immediate community know his name.

Ten children under the age of ten were killed in Baltimore last year. In Cleveland, three children five and younger were killed in September. A seven-year-old boy was killed in Chicago over the Fourth of July weekend by a bullet intended for his father. In November, a nine-year-old in Chicago was lured into an alley and killed by his father’s gang enemies; the father refused to cooperate with the police. In August, a nine-year-old girl was doing her homework on her mother’s bed in Ferguson when a bullet fired into the house killed her. In Cincinnati in July, a four-year-old girl was shot in the head and a six-year-old girl was left paralyzed and partially blind from two separate drive-by shootings. This mindless violence seems almost to be regarded as normal, given the lack of attention it receives from the same people who would be out in droves if any of these had been police shootings. As horrific as such stories are, crime rates were much higher 20 years ago. In New York City in 1990, for example, there were 2,245 homicides. In 2014 there were 333—a decrease of 85 percent. The drop in New York’s crime rate is the steepest in the nation, but crime has fallen at a historic rate nationwide as well—by about 40 percent—since the early 1990s. The greatest beneficiaries of these declining rates have been minorities. Over 10,000 minority males alive today in New York would be dead if the city’s homicide rate had remained at its early 1990s level.

What is behind this historic crime drop? A policing revolution that began in New York and spread nationally, and that is now being threatened. Starting in 1994, the top brass of the NYPD embraced the then-radical idea that the police can actually prevent crime, not just respond to it. They started gathering and analyzing crime data on a daily and then hourly basis. They looked for patterns, and strategized on tactics to try to quell crime outbreaks as they were emerging. Equally important, they held commanders accountable for crime in their jurisdictions. Department leaders started meeting weekly with precinct commanders to grill them on crime patterns on their watch. These weekly accountability sessions came to be known as Compstat. They were ruthless, high tension affairs. If a commander was not fully informed about every local crime outbreak and ready with a strategy to combat it, his career was in jeopardy.

Compstat created a sense of urgency about fighting crime that has never left the NYPD. For decades, the rap against the police was that they ignored crime in minority neighborhoods. Compstat keeps New York commanders focused like a laser beam on where people are being victimized most, and that is in minority communities. Compstat spread nationwide. Departments across the country now send officers to emerging crime hot spots to try to interrupt criminal behavior before it happens.

In terms of economic stimulus alone, no other government program has come close to the success of data-driven policing. In New York City, businesses that had shunned previously drug-infested areas now set up shop there, offering residents a choice in shopping and creating a demand for workers. Senior citizens felt safe to go to the store or to the post office to pick up their Social Security checks. Children could ride their bikes on city sidewalks without their mothers worrying that they would be shot. But the crime victories of the last two decades, and the moral support on which law and order depends, are now in jeopardy thanks to the falsehoods of the Black Lives Matter movement.

Police operating in inner-city neighborhoods now find themselves routinely surrounded by cursing, jeering crowds when they make a pedestrian stop or try to arrest a suspect. Sometimes bottles and rocks are thrown. Bystanders stick cell phones in the officers’ faces, daring them to proceed with their duties. Officers are worried about becoming the next racist cop of the week and possibly losing their livelihood thanks to an incomplete cell phone video that inevitably fails to show the antecedents to their use of force. Officer use of force is never pretty, but the public is clueless about how hard it is to subdue a suspect who is determined to resist arrest.

As a result of the anti-cop campaign of the last two years and the resulting push-back in the streets, officers in urban areas are cutting back on precisely the kind of policing that led to the crime decline of the 1990s and 2000s. Arrests and summons are down, particularly for low-level offenses. Police officers continue to rush to 911 calls when there is already a victim. But when it comes to making discretionary stops—such as getting out of their cars and questioning people hanging out on drug corners at 1:00 a.m.—many cops worry that doing so could put their careers on the line. Police officers are, after all, human. When they are repeatedly called racist for stopping and questioning suspicious individuals in high-crime areas, they will perform less of those stops. That is not only understandable—in a sense, it is how things should work. Policing is political. If a powerful political block has denied the legitimacy of assertive policing, we will get less of it.

On the other hand, the people demanding that the police back off are by no means representative of the entire black community. Go to any police-neighborhood meeting in Harlem, the South Bronx, or South Central Los Angeles, and you will invariably hear variants of the following: “We want the dealers off the corner.” “You arrest them and they’re back the next day.” “There are kids hanging out on my stoop. Why can’t you arrest them for loitering?” “I smell weed in my hallway. Can’t you do something?” I met an elderly cancer amputee in the Mount Hope section of the Bronx who was terrified to go to her lobby mailbox because of the young men trespassing there and selling drugs. The only time she felt safe was when the police were there. “Please, Jesus,” she said to me, “send more police!” The irony is that the police cannot respond to these heartfelt requests for order without generating the racially disproportionate statistics that will be used against them in an ACLU or Justice Department lawsuit.

Unfortunately, when officers back off in high crime neighborhoods, crime shoots through the roof. Our country is in the midst of the first sustained violent crime spike in two decades. Murders rose nearly 17 percent in the nation’s 50 largest cities in 2015, and it was in cities with large black populations where the violence increased the most. Baltimore’s per capita homicide rate last year was the highest in its history. Milwaukee had its deadliest year in a decade, with a 72 percent increase in homicides. Homicides in Cleveland increased 90 percent over the previous year. Murders rose 83 percent in Nashville, 54 percent in Washington, D.C., and 61 percent in Minneapolis. In Chicago, where pedestrian stops are down by 90 percent, shootings were up 80 percent through March 2016.

I first identified the increase in violent crime in May 2015 and dubbed it “the Ferguson effect.” My diagnosis set off a firestorm of controversy on the anti-cop Left and in criminology circles. Despite that furor, FBI Director James Comey confirmed the Ferguson effect in a speech at the University of Chicago Law School last October. Comey decried the “chill wind” that had been blowing through law enforcement over the previous year, and attributed the sharp rise in homicides and shootings to the campaign against cops. Several days later, President Obama had the temerity to rebuke Comey, accusing him (while leaving him unnamed) of “cherry-pick[ing] data” and using “anecdotal evidence to drive policy [and] feed political agendas.” The idea that President Obama knows more about crime and policing than his FBI director is of course ludicrous. But the President thought it necessary to take Comey down, because to recognize the connection between proactive policing and public safety undermines the entire premise of the anti-cop Left: that the police oppress minority communities rather than bring them surcease from disorder.

As crime rates continue to rise, the overwhelming majority of victims are, as usual, black—as are their assailants. But police officers are coming under attack as well. In August 2015, an officer in Birmingham, Alabama, was beaten unconscious by a convicted felon after a car stop. The suspect had grabbed the officer’s gun, as Michael Brown had tried to do in Ferguson, but the officer hesitated to use force against him for fear of being charged with racism. Such incidents will likely multiply as the media continues to amplify the Black Lives Matter activists’ poisonous slander against the nation’s police forces.

The number of police officers killed in shootings more than doubled during the first three months of 2016. In fact, officers are at much greater risk from blacks than unarmed blacks are from the police. Over the last decade, an officer’s chance of getting killed by a black has been 18.5 times higher than the chance of an unarmed black getting killed by a cop.

The favorite conceit of the Black Lives Matter movement is, of course, the racist white officer gunning down a black man. According to available studies, it is a canard. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception,” i.e., the incorrect belief that a civilian is armed. A study by University of Pennsylvania criminologist Greg Ridgeway, formerly acting director of the National Institute of Justice, has found that black officers in the NYPD were 3.3 times more likely to fire their weapons at shooting scenes than other officers present. The April 2015 death of drug dealer Freddie Gray in Baltimore has been slotted into the Black Lives Matter master narrative, even though the three most consequential officers in Gray’s arrest and transport are black. There is no evidence that a white drug dealer in Gray’s circumstances, with a similar history of faking injuries, would have been treated any differently.

We have been here before. In the 1960s and early 1970s, black and white radicals directed hatred and occasional violence against the police. The difference today is that anti-cop ideology is embraced at the highest reaches of the establishment: by the President, by his Attorney General, by college presidents, by foundation heads, and by the press. The presidential candidates of one party are competing to see who can out-demagogue President Obama’s persistent race-based calumnies against the criminal justice system, while those of the other party have not emphasized the issue as they might have.

I don’t know what will end the current frenzy against the police. What I do know is that we are playing with fire, and if it keeps spreading, it will be hard to put out.

Voir aussi:

The Myths of Black Lives Matter
The movement has won over Hillary Clinton and Bernie Sanders. But what if its claims are fiction?
Heather Mac Donald
The Wall Street Journal
Feb. 11, 2016

A television ad for Hillary Clinton’s presidential campaign now airing in South Carolina shows the candidate declaring that “too many encounters with law enforcement end tragically.” She later adds: “We have to face up to the hard truth of injustice and systemic racism.”

Her Democratic presidential rival, Bernie Sanders, met with the Rev. Al Sharpton on Wednesday. Mr. Sanders then tweeted that “As President, let me be very clear that no one will fight harder to end racism and reform our broken criminal justice system than I will.” And he appeared on the TV talk show “The View” saying, “It is not acceptable to see unarmed people being shot by police officers.”

Apparently the Black Lives Matter movement has convinced Democrats and progressives that there is an epidemic of racist white police officers killing young black men. Such rhetoric is going to heat up as Mrs. Clinton and Mr. Sanders court minority voters before the Feb. 27 South Carolina primary.

But what if the Black Lives Matter movement is based on fiction? Not just the fictional account of the 2014 police shooting of Michael Brown in Ferguson, Mo., but the utter misrepresentation of police shootings generally.

To judge from Black Lives Matter protesters and their media and political allies, you would think that killer cops pose the biggest threat to young black men today. But this perception, like almost everything else that many people think they know about fatal police shootings, is wrong.

The Washington Post has been gathering data on fatal police shootings over the past year and a half to correct acknowledged deficiencies in federal tallies. The emerging data should open many eyes.

For starters, fatal police shootings make up a much larger proportion of white and Hispanic homicide deaths than black homicide deaths. According to the Post database, in 2015 officers killed 662 whites and Hispanics, and 258 blacks. (The overwhelming majority of all those police-shooting victims were attacking the officer, often with a gun.) Using the 2014 homicide numbers as an approximation of 2015’s, those 662 white and Hispanic victims of police shootings would make up 12% of all white and Hispanic homicide deaths. That is three times the proportion of black deaths that result from police shootings.

The lower proportion of black deaths due to police shootings can be attributed to the lamentable black-on-black homicide rate. There were 6,095 black homicide deaths in 2014—the most recent year for which such data are available—compared with 5,397 homicide deaths for whites and Hispanics combined. Almost all of those black homicide victims had black killers.

Police officers—of all races—are also disproportionately endangered by black assailants. Over the past decade, according to FBI data, 40% of cop killers have been black. Officers are killed by blacks at a rate 2.5 times higher than the rate at which blacks are killed by police.

Some may find evidence of police bias in the fact that blacks make up 26% of the police-shooting victims, compared with their 13% representation in the national population. But as residents of poor black neighborhoods know too well, violent crimes are disproportionately committed by blacks. According to the Bureau of Justice Statistics, blacks were charged with 62% of all robberies, 57% of murders and 45% of assaults in the 75 largest U.S. counties in 2009, though they made up roughly 15% of the population there.

Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force.

The Black Lives Matter movement claims that white officers are especially prone to shooting innocent blacks due to racial bias, but this too is a myth. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception”—that is, the mistaken belief that a civilian is armed.

A 2015 study by University of Pennsylvania criminologist Greg Ridgeway, formerly acting director of the National Institute of Justice, found that, at a crime scene where gunfire is involved, black officers in the New York City Police Department were 3.3 times more likely to discharge their weapons than other officers at the scene.

The Black Lives Matter movement has been stunningly successful in changing the subject from the realities of violent crime. The world knows the name of Michael Brown but not Tyshawn Lee, a 9-year-old black child lured into an alley and killed by gang members in Chicago last fall. Tyshawn was one of dozens of black children gunned down in America last year. The Baltimore Sun reported on Jan. 1: “Blood was shed in Baltimore at an unprecedented pace in 2015, with mostly young, black men shot to death in a near-daily crush of violence.”

Those were black lives that mattered, and it is a scandal that outrage is heaped less on the dysfunctional culture that produces so many victims than on the police officers who try to protect them.

Ms. Mac Donald is the Thomas W. Smith fellow at the Manhattan Institute and author of “The War on Cops,” forthcoming in July from Encounter Books.

Voir également:
Black and Unarmed: Behind the Numbers
What the Black Lives Matter movement misses about those police shootings
Heather Mac Donald
The Marshall Project
02.08.2016

For the last year or so, the Washington Post has been gathering data on fatal police shootings of civilians. Its database for 2015 is now complete. Commentators have taken the Post’s data as evidence that the police are gunning down unarmed blacks out of implicit bias. But a close examination of the Post’s findings presents a more complicated picture of policing and casts doubt on the notion that these shootings were driven by race.

The Post began its police shootings project in response to the 2014 killing of Michael Brown in Ferguson, Missouri, a death that triggered days of rioting, the assassination of two New York City police officers, and a surge of support for the Black Lives Matter protest movement. Federal tallies of lethal police shootings are notoriously incomplete; the Post sought to correct that lacuna by searching news sites and other information sources for reports of officer-involved homicides. The results: As of Jan. 15, the Post had documented 987 victims of fatal police shootings in 2015, about twice the number historically recorded by federal agencies. Whites were 50 percent of those victims, and blacks were 26 percent. By comparison, whites are 62 percent of the U.S. population, and blacks, 13 percent. The ensuing debate has largely centered on whether the disproportionate number of black deaths was a result of police racism or the relatively high rate of crime in black neighborhoods, which brings black men into more frequent, and more fraught, encounters with the police.

In August of 2015 the Post zeroed in on unarmed black men, who the paper said were seven times more likely than unarmed white men to die by police gunfire. The article noted that 24 of the 60 “unarmed” deaths up to that date — some 40 percent — were of black men, helping to explain « why outrage continues to simmer a year after Ferguson. » By year’s end, there were 36 unarmed black men (and two black women) and 31 unarmed white men (and one white woman) among the total 987 victims. The rate at which unarmed black men were more likely than unarmed white men to die by police gunfire had dropped, but was still six-to-one.

But the numbers don’t tell the whole story. It is worth looking at the specific cases included in the Post’s unarmed victim classification in some detail, since that category is the most politically explosive. The “unarmed” label is literally accurate, but it frequently fails to convey highly-charged policing situations. In a number of cases, if the victim ended up being unarmed, it was certainly not for lack of trying. At least five black victims had reportedly tried to grab the officer’s gun, or had been beating the cop with his own equipment. Some were shot from an accidental discharge triggered by their own assault on the officer. And two individuals included in the Post’s “unarmed black victims” category were struck by stray bullets aimed at someone else in justified cop shootings. If the victims were not the intended targets, then racism could have played no role in their deaths.

In one of those unintended cases, an undercover cop from the New York Police Department was conducting a gun sting in Mount Vernon, just north of New York City. One of the gun traffickers jumped into the cop’s car, stuck a pistol to his head, grabbed $2,400 and fled. The officer gave chase and opened fire after the thief again pointed his gun at him. Two of the officer’s bullets accidentally hit a 61-year-old bystander, killing him. That older man happened to be black, but his race had nothing to do with his tragic death. In the other collateral damage case, Virginia Beach, Virginia, officers approached a car parked at a convenience store that had a homicide suspect in the passenger seat. The suspect opened fire, sending a bullet through an officer’s shirt. The cops returned fire, killing their assailant as well as a woman in the driver’s seat. That woman entered the Post’s database without qualification as an “unarmed black victim” of police fire.

Unfortunately, innocent blacks like the elderly Mount Vernon man probably do face a higher chance of getting shot by stray police fire than innocent whites. But that is because violent crime in their neighborhoods is so much higher. The per capita shooting rate in Brownsville, Brooklyn, with its legacy of poverty and crime, is 81 times higher than in working-class Bay Ridge, Brooklyn, a few miles away, according to the New York Police Department. This exponentially higher rate of gun violence means that the police will be much more intensively deployed in Brownsville, trying to protect innocent residents and gangbangers alike from shootings. If the police are forced to open fire, in rare instances a police bullet will go astray and hit a bystander. That is tragic, but that innocent’s chance of getting shot by the police is dwarfed by his chance of getting shot by criminals.

Other unarmed black victims in the Post’s database were so fiercely resisting arrest, judging from press accounts, that the officers involved could reasonably have viewed them as posing a grave danger. In October 2015, a San Diego officer was called to a Holiday Inn in nearby Point Loma, after hotel employees ejected a man causing a disturbance in the lobby. The officer approached a male casing cars in the hotel’s parking lot. The suspect jumped the officer and both fell to the ground. The officer tried to Tase the man, hitting himself as well. The suspect repeatedly tried to wrench the officer’s gun from its holster, according to news reports, and continued assaulting the officer after both had stood up. Fearing for his life, the officer shot the man. It is hard to see how race entered into that encounter. Someone who tries for an officer’s gun must be presumed to have the intention to use it. In 2015, three officers were killed with their own guns, which the suspects had wrestled from them. Similarly, in August, an officer from Prince George’s County, Maryland, pursued a man who had fled from a car crash. The man tried to grab the officer’s gun, and it discharged. The suspect continued to fight with the officer until he was Tased by a second officer and tackled by a third. The shot that was discharged during the struggle ultimately proved fatal to the suspect. In January, a sheriff’s deputy in Strong, Arkansas, responded to a pharmacy burglary alarm in the early morning. The burglar inside fought with the deputy for control of the deputy’s gun and it discharged. The suspect fled the store but was caught outside, at which point the deputy noticed the suspect’s gun injury and called an ambulance.

A police critic may reject the officers’ accounts of these deaths, invoking the cell phone videos that discredited police accounts in the shootings of Walter Scott in North Charleston, South Carolina, and Laquan McDonald in Chicago. Viral videos of these events have generated an understandable skepticism towards police narratives. But equal skepticism is warranted towards witness accounts of allegedly unjustified officer shootings. Case in point: the persistent claim by bystanders that a peaceable Michael Brown, hands up, was gunned down in cold blood by Officer Darren Wilson. In fact, as forensic evidence and more credible eyewitnesses established, Brown had assaulted Wilson and tried to grab his gun. Until there is a critical mass of such resolved narratives, whether one trusts officer accounts more than bystander accounts, or vice versa, will depend on one’s prior assumptions regarding the police and the community.

In several cases in the Post’s “unarmed black man” category, the suspect had gained control of other pieces of an officer’s equipment and was putting it to potentially lethal use. In New York City, a robbery suspect apprehended in a narrow stairwell beat two detectives’ faces bloody with a police radio. In Memphis, Tennessee, a 19-year-old wanted on two out-of-state warrants, including a sex offense in Iowa, kicked open a car door during a car stop, grabbed the officer’s handcuffs, and hit him in the face with them.

In other instances in the Post’s “unarmed black man” category, the suspect’s physical resistance was so violent that it could reasonably have put the officer in fear for his life. A trespasser at a motel in Barstow, California, brought a sheriff’s deputy to the ground and beat him in the face so viciously that he broke numerous bones and caused other injuries. The suspect refused repeated orders to desist and move away. An officer in such a situation can’t know whether he will lose consciousness under the blows to his head; if he does, he is at even greater risk that his gun will be used against him.

An Orlando, Florida, officer was called about a fight in an apartment complex. The suspect fought so violently with the responding officer that the officer’s equipment had been torn off and was strewn about the scene, including his used Taser, baton, gun magazine, and wristwatch. In Dearborn, Michigan, a probation violator escaped from officers after committing a theft; later in the day, an officer approached him and he again took off running. A fight ensued, which left the officer with his gun belt loosened, his equipment from the belt on the ground, and his uniform ripped. The officer was covered with mud and sustained minor injuries. In Miami, a man crashed a taxi cab in the early morning hours and took off running onto a highway. During the fight, the driver bit the officer’s finger so hard that he nearly severed it; surgery was required to reattach it to the left hand. One can debate the tactics used and the moment when an officer would have been justified in opening fire, but these cases are more complicated and morally ambiguous than a simple “unarmed” classification would lead a reader to believe.

The Post’s cases do not support the idea that the police have a more demanding standard for using lethal force when confronting unarmed white suspects. According to the press accounts, only one unarmed white victim attempted to grab the officer’s gun. In Tuscaloosa, Alabama, a 50-year-old white suspect in a domestic assault call ran at the officer with a spoon; he was Tased and then shot. A 28-year-old driver in Des Moines, Iowa, led police on a chase, then got out of his car and walked quickly toward the officer, and was shot. In Akron, Ohio, a 21-year-old suspect in a grocery store robbery who had escaped on a bike did not remove his hand from his waistband when ordered to do so. Had any of these victims been black, police critics might well have conferred on them instant notoriety; instead, they are unknown.

While the nation was focused on the non-epidemic of racist police killings throughout 2015, the routine drive-by shootings in urban areas were taking their usual toll, including on children, to little national notice. In Cleveland, three children ages five and younger were killed in September. Five children were shot in Cleveland over the Fourth of July weekend. A seven-year-old boy was killed in Chicago that same weekend by a bullet intended for his father. In November, a nine-year-old in Chicago was lured into an alley and killed by his father’s gang enemies; the alleged murderer was reportedly avenging the killing of his own 13-year-old brother in October. In August a nine-year-old girl was doing her homework on her mother’s bed in Ferguson when a bullet shot into the house killed her. In Cincinnati in July, a four-year-old girl was shot in the head and a six-year-old girl was left paralyzed and partially blind from two separate drive-by shootings. A six-year-old boy was killed in a drive-by shooting on West Florissant Avenue in March in St. Louis, as protesters were again converging on the Ferguson Police Department to demand the resignation of the entire department. Ten children under the age of 10 were killed in Baltimore last year; 12 victims were between the age of 10 and 17. This is just a partial list of child victims. While the world knows who Michael Brown is, few people outside these children’s immediate communities know their names.

Without question, police officers must be constantly retrained in courtesy and respect; too often they develop boorish, callous attitudes towards civilians on the street. Some are unfit to serve. Some are surely racists. And if de-escalation training can safely reduce officer use of force further, it should be widely implemented. But the Black Lives Matter movement’s focus on shootings by police should not distract attention from the most serious use-of-force problem facing black communities: criminal violence. In 2014, there were 6,095 black homicide victims, more than all white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the population. The black homicide toll will be even higher in 2015. In over 90 percent of those black deaths, the killer was another black civilian. By all means, we must try to eliminate unjustified use of force by police. But as long as crime rates in black communities remain so high, officers will be disproportionately engaged there, with all the attendant risks of such deployment. Indeed, the incessant refrain that cops are racist could well increase the likelihood that black suspects will resist arrest, and that witnesses will be reluctant to cooperate.

Heather Mac Donald is the Thomas W. Smith fellow at the Manhattan Institute and author of the forthcoming “The War on Cops.”

Voir encore:

Chicago on the Brink
A retreat from proactive policing has unleashed mayhem in the city
Heather Mac Donald
City journal
Summer 2016

Violence in Chicago is reaching epidemic proportions. In the first five months of 2016, someone was shot every two and a half hours and someone murdered every 14 hours, for a total of nearly 1,400 nonfatal shooting victims and 240 fatalities. Over Memorial Day weekend, 69 people were shot, nearly one per hour, dwarfing the previous year’s tally of 53 shootings over the same period. The violence is spilling over from the city’s gang-infested South and West Sides into the downtown business district; Lake Shore Drive has seen drive-by shootings and robberies.

The growing mayhem is the result of Chicago police officers’ withdrawal from proactive enforcement, making the city a dramatic example of what I have called the “Ferguson effect.” Since the shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the conceit that American policing is lethally racist has dominated the national airwaves and political discourse, from the White House on down. In response, cops in minority neighborhoods in Chicago and other cities around the country are backing off pedestrian stops and public-order policing; criminals are flourishing in the resulting vacuum. (An early and influential Ferguson-effect denier has now changed his mind: in a June 2016 study for the National Institute of Justice, Richard Rosenfeld of the University of Missouri–St. Louis concedes that the 2015 homicide increase in the nation’s large cities was “real and nearly unprecedented.” “The only explanation that gets the timing right is a version of the Ferguson effect,” he told the Guardian.)

Chicago mayor Rahm Emanuel warned in October 2015 that officers were going “fetal,” as shootings in the city skyrocketed. But 2016 has brought an even sharper reduction in proactive enforcement. Devastating failures in Chicago’s leadership after a horrific police shooting and an ill-considered pact between the American Civil Liberties Union and the police are driving that reduction. Residents of Chicago’s high-crime areas are paying the price.

Felicia Moore, a wiry middle-aged woman with tattoos on her face and the ravaged frame of a former drug addict, is standing inside a Polish sausage joint on Chicago’s South Side at 10 PM. Asked about crime, she responds: “I’ve been in Chicago all my life. It’s never been this bad. Mothers and grandchildren are scared to come out on their porch; if you see more than five or six niggas walking together, you gotta run.” The violence claimed her only son last year, she says, just as he was being drafted by the Atlanta Hawks. Moore is engaging in some revisionist history: her son, Jeremiah Moore, was, in fact, killed with a shot to his head—but in 2013, a little over a year after he was released from prison for shooting a mother at a bus stop; the Atlantic Hawks don’t enter into it.

Felicia Moore’s assessment of the present crime situation in Chicago, however, is more reality-based. Through the end of May, shooting incidents in Chicago were up 53 percent over the same period in 2015, which had already seen a significant increase over 2014. Compared with the first five months of 2014, shooting incidents in 2016 were up 86 percent. Certain police districts saw larger spikes. The Harrison District on the West Side, encompassing West Humboldt Park, for example, had a 191 percent increase in homicides through the end of May. Shootings in May citywide averaged nearly 13 a day, a worrisome portent for summer.

A man who calls himself City Streets is standing in a ragtag group of drinkers and hustlers outside a liquor and convenience store on the South Side. They pass around beer, cigarettes, and cash and ask strangers for money. A young woman shoves her boy along, oblivious to the late hour. “It’s terrible out here. Someone gets shot every day,” City Streets tells me. “It ain’t no place to hang,” he adds, ignoring his own advice.

Social breakdown lies behind Chicago’s historically high levels of violence. Fatherlessness in the city’s black community is at a cataclysmic level—close to 80 percent of children are born to single mothers in high-crime areas. Illegitimacy is catching up fast among Hispanics, as well. Gangs have stepped in where fathers are absent. A 2012 gang audit documented 59 active street gangs with 625 factions, some controlling a single block. Schools in gang territories go on high alert at dismissal time to fend off violence. Endemic crime has prevented the commercial development and gentrification that are revitalizing so many parts of Chicago closer to downtown; block after block on the South Side features a wan liquor store or check-cashing outlet, surrounded by empty lots and the occasional skeleton of a once-magnificent beaux-arts apartment complex or bank. Nonfunctioning streetlights, their fuse boxes vandalized, signal the reign of a local gang faction.

But disorder, bad before, seems to be worsening. The night after my conversations with Felicia Moore and City Streets, dozens of teens burst into the intersection of Cicero and Madison on the West Side, stopping traffic and ignoring the loud approach of a fire truck. They hold their cell phones high, the new sign of urban empowerment. Earlier that day, a fight involving at least 60 teens took over a nearby intersection, provoking a retaliatory shooting two days later at a local fried-chicken restaurant. On May 14, a 13-year-old girl stabbed a 15-year-old girl to death in a South Side housing complex; the murderer’s mother had given her the knife. In the summer of 2015, wolf packs of teens marauded down Michigan Avenue’s Magnificent Mile, robbing stores and pedestrians. The phenomenon started even earlier this year. A couple strolling on Lake Shore Drive downtown on Memorial Day weekend were chased by more than a half-dozen young men, at least one armed with a gun. The two tried to escape across the highway, the teens in hot pursuit. A pickup truck hit the couple, killing the female. A police officer flashed his emergency lights at the teens, and they fled. “If it wasn’t for the police being there at the time, I don’t know where I might be now,” the surviving man told the Chicago Sun-Times. “Six feet under?”

Public-order infractions, otherwise known as “Broken Windows” offenses, abound. Stand just a few minutes on a South or West Side thoroughfare, and someone will stride by hawking bootleg CDs or videos and loose cigarettes. Oliver, a 34-year-old with a Bloods tattoo and alcohol on his breath, has just been frisked by the police in a West Side White Castle parking lot around 9:30 PM. “The police are assholes,” he says. “I know my rights; I’m selling CDs, so I know I’m doing something wrong, but they weren’t visible in my bag.” Oliver then sells two loosies to a passerby, laboriously counting out change from a five-dollar bill.

Some law-abiding Chicagoans blame the rising violence on just such street disorder. After a woman and four men were shot at a bus stop on the South Side in May, a local resident complained about the illegal vending. “This sort of congregation of people who meet at this space dealing drugs and selling loose cigarettes . . . is despicable,” he told the Chicago Tribune. The drug trade is less overt but more ubiquitous than the trafficking in CDs and loosies. As I approach a Jamaican jerk restaurant on the West Side, the young men in front melt away. “You saw what happened when you pulled up here—everyone disappeared,” a middle-aged man tells me. “They sell drugs everywhere.”

The majority of victims in the current crime wave are already known to the police. Four-fifths of the Memorial Day shooting victims, for example, were on the Chicago Police Department’s list of gang members deemed most prone to violence. But innocents, like the Lake Shore Drive robbery victims, are being attacked as well: a 59-year-old Pakistani cabdriver, fatally shot in the head in February by a 19-year-old passenger; a DePaul student brutally beaten in April on the subway while other passengers passively looked on; a 49-year-old female dispatcher with the city’s 311 call center, killed in May while standing outside a Starbucks a few blocks from police headquarters; a worker driving home at night from her job at FedEx, shot four times in the head while waiting at an intersection and saved from death by the cell phone at her ear; a trucker shot in the face in May on the Dan Ryan Expressway; three eighth-graders robbed at gunpoint outside their school in May; a six-year-old girl playing outside her grandmother’s house in June, shot in the back and lung; a man stabbed in the stomach by a felon, who said: “I hate white people. Give me your money.”

The murder that shook the city to its core was the assassination of nine-year-old Tyshawn Lee. He was playing in a park on November 2, 2015, when a 22-year-old gangster, Dwight Boone-Doty, lured him into an alley with the promise of chips and candy. Boone-Doty fatally shot the boy, then fled with two accomplices, bleaching the getaway car and dumping it in Dalton, Illinois. Boone-Doty’s original plan, according to a police source, was to kidnap Tyshawn and send his ears and fingers to his mother. Tyshawn’s father was a member of the gang believed responsible for shooting the brother and mother of one of Boone-Doty’s accomplices a few weeks earlier. After the shooting, local schools went on lockdown, terrified that the children of gang members were now fair game for execution.

Officers who try to intervene in this disorder face a virulent street situation, thanks to the current anti-cop ideology. “People are a hundred times more likely to resist arrest,” an officer who has worked a decade and a half on the South Side informs me. “People want to fight you; they swear at you. ‘Fuck the police, we don’t have to listen,’ they say. I haven’t seen this kind of hatred toward the police in my career.”

Antipolice animus is nothing new in Chicago, of course. An Illinois state representative, Monique Davis, told a Detroit radio station in 2013 that people in her South Side community believed that the reason so few homicide cases were solved is that it was the police who were killing young black males. Davis later refused to repudiate her statement: “We can’t say that it is not happening.” The “no-snitch” ethic of refusing to cooperate with the cops is the biggest impediment to solving crime, according to Chicago commanders. But the Black Lives Matter narrative about endemically racist cops has made the street dynamic much worse. A detective says: “From patrol to investigation, it’s almost an undoable job now. If I get out of my car, the guys get hostile right away and several people are taping [with cell phones].” Bystanders and suspects try to tamper with crime scenes and aggressively interfere with investigations. Additional officers may be needed during an arrest to keep angry onlookers away. “It’s very dangerous out there now,” a detective tells me. In March 2016, then-chief of patrol (now superintendent) Eddie Johnson decried what he called the “string of violent attacks against the police” after an off-duty officer was shot by a felon who had ordered him on the ground after robbing him. The previous week, three officers were shot during a drug investigation.

This volatile policing environment now exists in urban areas across the country. But Chicago officers face two additional challenges: a new oversight regime for pedestrian stops; and the fallout from an officer’s killing of Laquan McDonald in October 2014.

In March 2015, the ACLU of Illinois accused the Chicago Police Department of engaging in racially biased stops, locally called “investigatory stops,” because its stop rate did not match population ratios. Blacks were 72 percent of all stop subjects during a four-month period in 2014, reported the ACLU, whereas whites were 9 percent of all stop subjects. But blacks and whites each make up roughly 32 percent of the city’s populace. Ergo, the police are racially profiling. This by-now drearily familiar and ludicrously inadequate benchmarking methodology ignores the incidence of crime. In 2014, blacks in Chicago made up 79 percent of all known nonfatal shooting suspects, 85 percent of all known robbery suspects, and 77 percent of all known murder suspects, according to police department data. Whites were 1 percent of known nonfatal shootings suspects in 2014, 2.5 percent of known robbery suspects, and 5 percent of known murder suspects, the latter number composed disproportionately of domestic homicides. Whites are nearly absent, in other words, among violent street criminals—precisely whom proactive policing aims to deter. Whites are actually over-stopped compared with their involvement in street crime. Nearly 40 percent of young white males surveyed by Northwestern University criminologist Wes Skogan in 2015 reported getting stopped in the previous year, compared with nearly 70 percent of young black males. “Statistically, age is the strongest correlate of being stopped,” says Skogan—not race.

Despite the groundlessness of the ACLU’s racial-bias charges, then–police superintendent Garry McCarthy and the city’s corporation counsel signed an agreement in August 2015 allowing the ACLU to review all future stops made by the department. The agreement also created an independent monitor for police stops. “Why McCarthy agreed to put the ACLU in charge is beyond us,” says a homicide detective. McCarthy’s signing of the stop agreement was indeed ironic, since he had encouraged a dramatic increase in stops. They rose 50 percent in his first two years, ultimately reaching about 700,000 a year, more than the NYPD performed at the height of its own stop activity, even though the CPD is about a third the size of the NYPD.

On January 1, 2016, the police department rolled out a new form for documenting investigatory stops, developed to meet ACLU demands. The new form, traditionally called a contact card, was two pages long and contained a whopping 70 fields of information to be filled out, including three narrative sections. (Those narrative sections were subsequently combined to try to quiet criticism.) The new contact card dwarfs even arrest reports and takes at least 30 minutes to complete. Every contact card is forwarded to the ACLU. Stops dropped nearly 90 percent in the first quarter of 2016. Detectives had long relied on the information contained in contact cards to solve crimes. When 15-year-old Hadiya Pendleton was killed in January 2013, days after performing with her high school band in President Barack Obama’s second inaugural, investigators identified the occupants of the getaway car through descriptions of the vehicle in previous contact cards. Now, however, crime sleuths have almost nothing to go on. Earlier this year, a detective working armed robbery had a pattern of two male Hispanics with tattoos on their faces sticking up people in front of their homes. But virtually no contact cards had been written in the area for three months. So he made car stops in the neighborhood himself, coming across the stolen car used in the robberies and the parolees responsible for the crimes. This is not a maximally efficient division of labor.

Criminals have become emboldened by the police disengagement. “Gangbangers now realize that no one will stop them,” says a former high-ranking police official. And people who wouldn’t have carried a gun before are now armed, a South Side officer says. The solution, according to officers, is straightforward: “If tomorrow, we still had to fill out the new forms, but they no longer went to the ACLU, stops would increase,” a detective claims.

But a more profound pall hangs over the department because of a shockingly unjustified police homicide and the missteps of top brass and the mayor in handling it. On the night of October 20, 2014, a report went out over the police radio that someone was breaking into cars in a trucking yard in the southwest neighborhood of Archer Heights; the vandal had threatened the 911 caller with a knife. Two officers found 17-year-old Laquan McDonald a block away; he punctured a tire on their squad car and struck its windshield with his three-inch blade. The cops trailed McDonald, who was high on PCP, for nearly half a mile while waiting for backup units with a Taser. Two additional patrol cars pulled up as McDonald strode along the middle of Pulaski Road, energetically swinging his right arm, knife in hand. One car parked behind him; its dashboard camera recorded the subsequent events. The other car stopped about 30 yards ahead. The officers in that forward vehicle jumped out, guns pointed at McDonald, commanding him to drop the knife. Less than ten seconds after exiting, Officer Jason Van Dyke began shooting. McDonald spun 360 degrees under the impact of the first bullets and dropped to the ground. Van Dyke continued shooting, emptying his cartridge into McDonald’s crumpled and gently writhing body.

The shooting, pitiable to watch, represented a catastrophic failure of tactics and judgment. Some police use-of-force experts claim that a suspect armed with a knife can rush and slash an unprepared officer if the assailant is within 21 feet. Even if that so-called 21-foot rule applied here, Van Dyke and his partner had no need to exit the car and put themselves within possible reach of McDonald. If they were in any imminent risk of lethal harm, they created that risk themselves. But even then, McDonald did not appear poised to attack, despite his failure to drop the knife. He was on a slight rightward trajectory away from Van Dyke, who was on his left, before the shooting began.

What followed the homicide was almost as shocking. Five officers at the scene all told variants of the same tale in their written reports: that McDonald had been advancing toward Van Dyke, aggressively raising his knife as if to attack. Once on the ground, McDonald tried to get up, they said, continuing to point his knife at Van Dyke. None of those claims is borne out by the video. McDonald displayed no aggressive behavior toward Van Dyke. It is true that for two strides immediately before the first bullets hit him, McDonald’s trajectory had minimally shifted to the left so as to be perpendicular to Van Dyke rather than veering diagonally away. But that modest and likely unconscious alteration of trajectory does not rise to the level of lethal threat. And having made the mistake of opening fire in the first place, Van Dyke should at least have stopped shooting once McDonald fell. Had McDonald had a gun, capable of striking from a distance, rather than a knife, the analysis might have been different.

A police-union spokesman at the scene of the killing told reporters that McDonald had been threatening Van Dyke. The police department press release a few hours later essentially echoed that account, stating that McDonald continued to approach the officers after being warned. Superintendent McCarthy viewed the video the next day, without retracting the department’s press release, explaining later that he was too busy trying to learn what had happened. From then on out, officials made no effort to countermand the McDonald attack narrative. (A rumor that cops destroyed a video of the incident taken at a nearby Burger King, however, proved not to be true.)

McCarthy immediately stripped Van Dyke of his police powers and forwarded the case to the civilian board that reviews police shootings, the Independent Police Review Authority (IPRA). The case also went to the Cook County state attorney’s office, the U.S. attorney’s office, and the FBI. In April, the mayor’s corporation counsel, Stephen Patton, attained city council approval for a $5 million settlement with the McDonald family, conditioned on the continued non-release of the video. Later that month, the detectives’ bureau cleared and closed the case, astoundingly concluding that the “recovered in-car camera video was . . . consistent with the accounts of the witnesses” and that “Van Dyke’s use of deadly force was within bounds of CPD guidelines.”

By then, the Chicago press was clamoring for the video’s release, but it was not until November 24, 2015, that the video came out, under a judge’s order. The reaction was understandably explosive; weeks of angry protests denouncing alleged police racism and brutality followed.

The Cook County state attorney announced first-degree murder charges against Officer Van Dyke on the day that the McDonald video was released. Mayor Emanuel fired McCarthy a week later and appointed the Police Accountability Task Force, dominated by critics of the police. That task force issued a report in April 2016, claiming that the Chicago Police Department is shot through with “racism.” Emanuel is now genuflecting to the city’s activists. He has adopted many of the report’s most sweeping recommendations, including the appointment of a costly and unnecessary inspector general for the department (that will come on top of the independent monitor for investigatory stops), the replacement of the IPRA with a new entity, the Civilian Police Investigative Agency, and the creation of the “Community Safety Oversight Board.” All these additional layers of oversight will only complicate chains of command and further discourage proactive policing.

McCarthy defends his decision not to release the video or to correct the record early on the ground that he didn’t want to compromise the integrity of the investigation. He did not have the legal authority to comment once the case went to federal agencies, he says. Those protocols may be appropriate in the case of an ordinary police shooting, but this was no ordinary police shooting. Allowing a fabrication about a very bad shooting to stand, especially during the current era of fevered antipolice sentiment, is guaranteed to amplify the demagoguery against the police. McCarthy, an able and accomplished police executive, should have at least called in the investigating bodies in emergency session and worked out with them a way to counter the false narrative without jeopardizing their work. The Emanuel administration also bears enormous responsibility for the crisis in legitimacy that now afflicts the department. Emanuel has praised himself for being the first Chicago mayor to acknowledge an alleged police code of silence, but he knew about the shooting, and his aides had seen the video early on. City hall was already in damage-control mode by February 2015, as Emanuel faced a tight runoff election. It is irresponsible for Emanuel to scapegoat McCarthy when his own administration also failed to set the record straight.

The damage to the Chicago police and to policing nationally from the mishandling of the McDonald homicide is incalculable. The episode can now be invoked to confirm every false generalization about the police peddled by the Black Lives Matter movement. Yet the shooting was a tragic aberration, not the norm. A New York Times Magazine article in April 2016 tried to establish the department’s racially driven malfeasance by citing the absolute number of fatal police shootings in Chicago: from 2010 to 2014, Chicago police killed 70 people, more than any other police agency. The Times article neglected to reveal that Phoenix, Philadelphia, and Dallas all lead Chicago in the per-capita rate of such fatal shootings. Chicago’s rate of police shootings is nearly 50 percent lower than Phoenix’s—even though its murder rate is twice as high—and 35 percent lower than Philadelphia’s.

The number of armed felons that the city’s cops confront dwarfs the number of officer-involved shootings. No other police department takes more guns off the street. In the first nine months of 2015, the CPD recovered 20 illegal weapons a day. From January 2007 to November 30, 2015, the police made 37,408 arrests of an armed felon, or roughly 4,670 a year. Each of those arrests could have turned into an officer shooting. But in 2015, even as crime was increasing under the Ferguson effect, the Chicago police shot 30 people, eight fatally. Those fatal shootings represent 1.6 percent of the 492 homicides that year. Nationally, police shootings make up 12 percent of all white and Hispanic homicide deaths and 4 percent of all black homicide deaths. Chicago’s ratio of fatal police shootings to criminal homicide deaths is less than the national average.

The Emanuel-appointed Police Accountability Task Force claimed that police shooting data give “validity to the widely held belief that the police have no regard for the sanctity of life when it comes to people of color.” The task force pointed to the fact that of the 404 individuals shot by the police between 2008 and 2015, both fatally and nonfatally, 74 percent (or 299) were black, and 8 percent (or 33) were white. Predictably, the task force said not one word about black and white crime rates, which were even more disproportionate in 2015 than in 2014. In 2015, blacks were 80 percent of all known murder suspects and 80 percent of all known nonfatal shooting suspects. Whites made up 0.9 percent of known murder suspects in 2015 and 1.4 percent of all known nonfatal shooting suspects. And blacks were overwhelmingly the victims of criminal shootings as well. In 2015, 2,460 blacks were shot lethally and nonlethally, or nearly seven blacks a day. By contrast, roughly 30 blacks were shot lethally and nonlethally by the police in all of 2015. Those 2,460 black victims of criminal shootings constituted nearly 81 percent of all known shooting victims. Seventy-eight whites were shot in 2015, or one white every 4.6 days, constituting 2.5 percent of all known shooting victims. If 74 percent of police shootings have black subjects, that is because officer use of force is going to occur most frequently where the police are trying to protect the law-abiding from armed and dangerous suspects—and that is in predominantly minority neighborhoods.

Emanuel is disbanding the IPRA because it found that of the 404 police shootings between 2008 and 2015, only two were unjustified. The mandate of its replacement body will be clear: penalize more cops. But absent an examination of each of those cases, no conclusion can be reached about whether the low number of findings of misconduct represents a miscarriage of justice. The IPRA has been understaffed over the years, but its fundamental design is strong. The fact that it has not found many bad shootings most likely means that they are rare. The IPRA released more than 100 files of police misconduct cases in early June, as part of a new policy of increased transparency. Prediction: the press will find few cases of clear wrongdoing.

The CPD’s critics are right about one thing, however: the cumbersome disciplinary process makes it too hard to fire officers found guilty of wrongdoing. And Chicago has had some truly bad cops over the years—most infamously, Jon Burge, a detective who tortured suspects from 1972 to 1991 to obtain false confessions. But the vast majority of officers today observe the law and are dedicated to serving the community; what they need is more tactical training, adequate staffing and equipment, and better leadership from an ingrown, highly political management cadre. As for the alleged blue wall, or code, of silence, it is hard in any department to crack the defensive solidarity among officers, who feel that they are facing an uncomprehending and often hostile world. Even now, a few of the officers I spoke with will not pass judgment on the McDonald homicide, on the ground that they were not there. Such solidarity is understandable, but commanders need to stress that when it results in distorting the truth, not only will the officer be severely punished; he is also making today’s anti-cop environment all the worse.

Despite the activists’ charge that the Chicago police are intent on killing black males, it’s easy to find support for the cops in crime-ridden areas. Mr. Fisher, a 55-year-old sanitation worker at a West Side bakery, is waiting for his wife outside Wiley’s Soul Food and Bar-B-Que on the West Side. Fisher was pulled over earlier in 2016 for a missing light on his license plate. The officer was courteous, he says. “I ain’t trying to buck them, I ain’t trying to disrespect them, I ain’t trying to give them a hard time, because I love my job. It’s not them, it’s the younger generation that’s got us messed up.” Civilians provoke confrontations with cops, not vice versa, Fisher says: “I seen a lot of people disrespect them, cussin’ and fussin’. If a cop was to get out of his car here, someone would run. To me, if you’re not doing anything, why would you run?” (Such commonsensical hypotheses have been ruled illegal by many courts—if a cop makes them.) Melissa, a 24-year-old outside D & J’s Hair Club on Pulaski Road, says that she has no problem with the police. “They doing they job. I don’t give them no reason to talk to me.” The problem is crime, she says: “I feel unsafe here. It just gets worse and worse.”

Sometimes support for the cops comes from unexpected places. In May 2016, a 38-year-old drug trafficker named Toby Jones received a 40-year federal prison sentence for repeatedly trying to gun down a federal informant, in the process shooting three people. He told the judge: “Even with all the latest police shootings on minorities in Chicago, I don’t blame these cops one bit for most of their decisions in the field. And the black community has to first come to grips with why these cops are so afraid,” the Chicago Sun-Times reported. Stories of heroic cops go untold, Jones said, “but as soon as a black kid gets shot, everyone is in an uproar.”

Activists and politicians are proposing the usual “root causes” solution to the current crime wave—more government programs—as well as less usual ones, such as abolishing the police department. The mayor’s Police Accountability Task Force wants the mayor and Cook County to “implement programs that address socioeconomic justice and equality, housing segregation, systemic racism, poverty, education, health and safety.” Such top-down spending ignores the normative breakdown that renders government social services largely futile. The bakery where Fisher works has been hiring for the last five years; he tells the “young brothers” about the jobs. “Half of them don’t show up; the others have drugs in their system. Half want to hang out and make the fast money that can get you in jail,” Fisher observes.

But the Chicago violence is also undermining the politically correct consensus about crime and policing. The Chicago Tribune has called for the police to make more traffic stops to quell the highway shootings; it points out that the Illinois vehicle code offers plenty of reasons to stop drivers, whether for a broken taillight or an expired registration sticker. Traffic stops are, of course, a prime target in the specious campaign against racial profiling; the mayor’s Police Accountability Task Force blasted the CPD for its allegedly biased stop rates, ignoring differential rates of vehicle and moving violations.

Police superintendent Eddie Johnson wants three-strikes-and-you’re-out-type sentencing laws for repeat felons. Chicago’s criminal-justice system “fails to hold these individuals accountable and allows them to bring . . . violent acts into our neighborhoods,” he said in March 2016. Stricter sentencing for repeat offenders is also a prime target for Black Lives Matter protesters. A few days after Johnson’s plea, anti-law-enforcement activists assailed former president Bill Clinton for having signed the 1994 Violent Crime Control and Law Enforcement Act, which lengthened federal sentences for repeat felony offenders. Such sentences, protesters charged, resulted in “mass incarceration” for blacks. And an Illinois bill mandating stricter sentencing for illegal gun possession was blocked by the black caucus in Springfield in 2013, on the ground that it would have a disparate impact on blacks.

Some people in the community, however, are demanding even stronger measures than Johnson calls for. After a 15-year-old car passenger was killed in a drive-by shooting on June 1 on the South Side, a friend of his family told the Chicago Tribune, “We need martial law. Period. If it’s to protect our children, then so be it.”

Such calls will undoubtedly multiply this summer, since the violence shows no signs of abating. It may not be time to call out the National Guard yet. But it is time to reinvigorate the Chicago Police Department. With the Police Accountability Task Force charge of endemic racism and the ACLU straitjacket depressing morale, and with resistance of lawful authority growing, that will be no small task. City leaders will need to show that they understand and will support officers like the cold-case homicide detective who told me, in reaction to the task-force report: “Never once has anyone complained to me that I’m racist. I’m in it to do what’s right.”

 Voir encore:

5 Statistics You Need To Know About Cops Killing Blacks
Aaron Bandler
July 7, 2016

The Alton Sterling and Philando Castile shootings have caused an uproar among leftists because they fuel their narrative that racist white police officers are hunting down innocent black men. But the statistics – brought to light by the superb work of Heather MacDonald – tell a different story.

Here are five key statistics you need to know about cops killing blacks.

1. Cops killed nearly twice as many whites as blacks in 2015. According to data compiled by The Washington Post, 50 percent of the victims of fatal police shootings were white, while 26 percent were black. The majority of these victims had a gun or « were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force, » according to MacDonald in a speech at Hillsdale College.

Some may argue that these statistics are evidence of racist treatment toward blacks, since whites consist of 62 percent of the population and blacks make up 12 percent of the population. But as MacDonald writes in The Wall Street Journal, 2009 statistics from the Bureau of Justice Statistics reveal that blacks were charged with 62 percent of robberies, 57 percent of murders and 45 percent of assaults in the 75 biggest counties in the country, despite only comprising roughly 15 percent of the population in these counties.

« Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force, » writes MacDonald.

MacDonald also pointed out in her Hillsdale speech that blacks « commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime » in New York City, even though they consist of 23 percent of the city’s population.

« The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black, » MacDonald said. « Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. »

2. More whites and Hispanics die from police homicides than blacks. According to MacDonald, 12 percent of white and Hispanic homicide deaths were due to police officers, while only four percent of black homicide deaths were the result of police officers.

« If we’re going to have a ‘Lives Matter’ anti-police movement, it would be more appropriately named « White and Hispanic Lives Matter,' » said MacDonald in her Hillsdale speech.

3. The Post’s data does show that unarmed black men are more likely to die by the gun of a cop than an unarmed white man…but this does not tell the whole story. In August 2015, the ratio was seven-to-one of unarmed black men dying from police gunshots compared to unarmed white men; the ratio was six-to-one by the end of 2015. But MacDonald points out in The Marshall Project that looking at the details of the actual incidents that occurred paints a different picture:

The “unarmed” label is literally accurate, but it frequently fails to convey highly-charged policing situations. In a number of cases, if the victim ended up being unarmed, it was certainly not for lack of trying. At least five black victims had reportedly tried to grab the officer’s gun, or had been beating the cop with his own equipment. Some were shot from an accidental discharge triggered by their own assault on the officer. And two individuals included in the Post’s “unarmed black victims” category were struck by stray bullets aimed at someone else in justified cop shootings. If the victims were not the intended targets, then racism could have played no role in their deaths.

In one of those unintended cases, an undercover cop from the New York Police Department was conducting a gun sting in Mount Vernon, just north of New York City. One of the gun traffickers jumped into the cop’s car, stuck a pistol to his head, grabbed $2,400 and fled. The officer gave chase and opened fire after the thief again pointed his gun at him. Two of the officer’s bullets accidentally hit a 61-year-old bystander, killing him. That older man happened to be black, but his race had nothing to do with his tragic death. In the other collateral damage case, Virginia Beach, Virginia, officers approached a car parked at a convenience store that had a homicide suspect in the passenger seat. The suspect opened fire, sending a bullet through an officer’s shirt. The cops returned fire, killing their assailant as well as a woman in the driver’s seat. That woman entered the Post’s database without qualification as an “unarmed black victim” of police fire.

MacDonald examines a number of other instances, including unarmed black men in San Diego, CA and Prince George’s County, MD attempting to reach for a gun in a police officer’s holster. In the San Diego case, the unarmed black man actually « jumped the officer » and assaulted him, and the cop shot the man since he was « fearing for his life. » MacDonald also notes that there was an instance in 2015 where « three officers were killed with their own guns, which the suspects had wrestled from them. »

4. Black and Hispanic police officers are more likely to fire a gun at blacks than white officers. This is according to a Department of Justice report in 2015 about the Philadelphia Police Department, and is further confirmed that by a study conducted University of Pennsylvania criminologist Gary Ridgeway in 2015 that determined black cops were 3.3 times more likely to fire a gun than other cops at a crime scene.

5. Blacks are more likely to kill cops than be killed by cops. This is according to FBI data, which also found that 40 percent of cop killers are black. According to MacDonald, the police officer is 18.5 times more likely to be killed by a black than a cop killing an unarmed black person.

Despite the facts, the anti-police rhetoric of Black Lives Matter and their leftist sympathizers have resulted in what MacDonald calls the « Ferguson Effect, » as murders have spiked by 17 percent among the 50 biggest cities in the U.S. as a result of cops being more reluctant to police neighborhoods out of fear of being labeled as racists. Additionally, there have been over twice as many cops victimized by fatal shootings in the first three months of 2016.

Anti-police rhetoric has deadly consequences.

Voir de même:

Dallas Shooter Micah Xavier Johnson Followed Groups Promoting Black Panthers and Cop-Killing
Sigrid Johannes and Benny Johnson
Independent Journal
July 8, 2016

Police have identified the dead suspect in the Dallas police shooting incident as Micah Xavier Johnson. The 25-year-old man was a resident of Dallas. Johnson has no criminal record or ties to terror organizations, according to reports.

However, Johnson’s Facebook profile told a different story. CBS News confirmed that this now deleted profile was Johnson’s.

Before Facebook deleted the profile, which is standard practice for the social media site in the wake of one of its users committing a violent act, Independent Journal Review screen grabbed some of Johnson’s alarming activity. Johnson’s Facebook activity dates as far back as 2011.

The LA Times confirmed Johnson’s military history, but there was no mention of service on his Facebook page.

Johnson was killed after a prolonged negotiation with police. He threatened that officers would discover improvised explosives throughout the city. His stated goal was to kill white people, specifically white law enforcement.

Voir de plus:

The Dallas Shooting and the Advent of Killer Police Robots

Chief David Brown says officers used a device equipped with a bomb to kill a suspect, a perhaps unprecedented move that raises new questions about use of lethal force.
David A. Graham

The Atlantic

Jul 8, 2016

In the mourning over the murders of five police officers in Dallas, and relief that the standoff had ended, one unusual detail stuck out: the manner in which police killed one suspect after negotiations failed.

“We saw no other option but to use our bomb robot and place a device on its extension for it to detonate where the suspect was,” Chief David Brown said in a press conference Friday morning. “Other options would have exposed our officers to grave danger. The suspect is deceased … He’s been deceased because of a detonation of the bomb.”

That use of a robot raises questions about the way police adopt and use new technologies. While many police forces have adopted robots—or, more accurately, remote-controlled devices—for uses like bomb detonation or delivery of non-lethal force like tear gas, using one to kill a suspect is at least highly unusual and quite possibly unprecedented.

“I’m not aware of officers using a remote-controlled device as a delivery mechanism for lethal force,” said Seth Stoughton, an assistant professor of law at the University of South Carolina who is a former police officer and expert on police methods. “This is sort of a new horizon for police technology. Robots have been around for a while, but using them to deliver lethal force raises some new issues.”

Robotics expert Peter Singer of New America also told the Associated Press he believed the use was unprecedented.

But while there are likely to be intense ethical debates about when and how police deploy robots in this manner, Stoughton said he doesn’t think Dallas’s decision is particularly novel from a legal perspective. Because there was an imminent threat to officers, the decision to use lethal force was likely reasonable, while the weapon used was immaterial.

“The circumstances that justify lethal force justify lethal force in essentially every form,” he said. “If someone is shooting at the police, the police are, generally speaking, going to be authorized to eliminate that threat by shooting them, or by stabbing them with a knife, or by running them over with a vehicle. Once lethal force is justified and appropriate, the method of delivery—I doubt it’s legally relevant.”

Police forces have adopted remote-controlled devices for a wide variety of tasks in recent years, from tiny to large. These tools can search for bombs, take cameras into dangerous areas, deliver tear gas or pepper spray, and even rescue wounded people. Police used one small robot in the manhunt for Boston Marathon bomber Dzohkar Tsarnaev. In May, the Dallas Police Department posted on its blog that it had acquired new robots. Other law-enforcement agencies have experimented with flying “drones,” again more correctly remotely controlled aerial vehicles. So far, those uses appear to have been solely for surveillance. The Department of Justice said in 2013 that it had used drones in the U.S. on 10 occasions.

In a few cases, forces have used remote-controlled devices to deliver non-lethal force, too, as Vice reported last year. In Albuquerque, New Mexico, in 2014, “the Bomb Squad supported APD’s SWAT Team on November 9 at a local residence. The SWAT team requested robot assistance to assist on a barricaded subject armed with a gun. The Bomb Squad robot was able to deploy chemical munitions into the subject’s motel room, which led to the subject’s surrender.” Vice cited other news reports that involved hostage situations where robots were deployed, though the applications are sometimes vague. A remote-controlled device could also be equipped to deliver a flash-bang grenade, used to disorient suspects.

Brown didn’t explain what kind of explosive DPD attached to their device. While a department might stock flash-bangs, explosives for breaching doors, and a few other explosive devices, “I’m not aware of any police department having on hand something that is intended to be used as a weaponized explosive,” Stoughton said.

Use of remote-controlled devices by law enforcement raises a range of possible questions about when and where they are appropriate. The advent of new police technologies, from the firearm to the Taser, has often resulted in accusations of inappropriate use and recalibration in when police use them. Stoughton pointed out that prior to the Supreme Court’s 1985 decision in Tennessee v. Garner, the “fleeing-felon rule” gave officers the right to use lethal force to prevent a suspect in a serious crime from escaping. But the justices limited the rule, saying that firearms meant the rule was no longer current. Unless either they or civilians are in danger of death or serious bodily harm, police can only use non-lethal force to stop a fleeing felon. Similarly, the adoption of the Taser has raised questions about whether officers are too quick to use the devices when they would be better served to deescalate or use their hands.

“I think we will see similar concerns when we’re talking about the use of robots to employ lethal force,” Stoughton said. For example, in Dallas, the police appear to have faced danger of death or serious bodily harm. But imagine a scenario in which a suspect has been shooting but is not currently firing, and in which all officers are safely covered. In such a case, police would likely not open up a gun battle. But would commanders be quicker to deploy a robot, since there would be less danger to officers? And would current lethal-force rules really justify it? There is reason to believe they would not.

The nascent questions over police use of remote-controlled devices echoes an existing argument over the military use of such tools. U.S. drone strikes overseas are believed to have killed hundreds of civilians, and the legal justifications for when and where they are used are often hotly contested. In some cases, drone strikes have killed American citizens without due process. Many civil libertarians are troubled by the implications for stateside use. In 2013, Senator Rand Paul, a Kentucky Republican, mounted a 13-hour filibuster blocking the confirmation John Brennan, President Obama’s nominee to direct the CIA, over the White House’s refusal to say whether it believed it could use military drones to kill American suspects on American soil. Attorney General Eric Holder later wrote Paul to say that the president does not have the authority to do so.

Move away from the realm of remote-controlled devices into the world of autonomous or partially autonomous robots that could deliver lethal, or even non-lethal, force, and the concerns mount. There’s already a heated debate over whether and how the military should deploy lethal, autonomous robots. That debate, too, could transfer to police forces. But as Stoughton noted, law enforcement serves a different purpose than the army.

“The military has many missions, but at its core is about dominating and eliminating an enemy,” he said. “Policing has a different mission: protecting the populace. That core mission, as difficult as it is to explains sometimes, includes protecting some people who do some bad things. It includes not using lethal force when it’s possible to not.”

A Dallas, la police a utilisé pour la première fois un «robot tueur»
Pierre Jova , AFP agence
Le Figaro
08/07/2016

VIDÉO – Pour neutraliser l’homme suspecté d’avoir abattu plusieurs officiers, les forces de l’ordre américaines ont eu recours à une machine armée d’une bombe.

Vendredi à l’aube, un sniper suspecté d’avoir tiré sur des policiers et retranché depuis des heures dans un bâtiment est finalement tué par un robot télécommandé, utilisé pour faire détoner une bombe.

Micah Johnson, jeune Noir de 25 ans, avait servi dans l’armée américaine en Afghanistan. Sur son profil Facebook, il avait publié des images avec le slogan «Black Power» des extrémistes afro-américains des années 1960 et 1970. Il avait également ajouté la lettre «X» entre son prénom et son nom, probablement en référence à Malcolm X, leader noir opposé à la non-violence prônée par Martin Luther King.

Pour neutraliser ce suspect armé, la police de Dallas disposait d’un robot Northrop Grumman Andros, conçu pour les équipes de démineurs et l’armée. La photo d’un robot de ce type a été diffusée par le magazine américain Popular Science.

«C’est la première fois qu’un robot est utilisé de cette façon par la police», a assuré sur Twitter Peter Singer, de la fondation New America, un groupe de réflexion spécialisé notamment dans les questions de sécurité. Ce spécialiste des méthodes modernes de combat a précisé qu’un appareil baptisé Marcbot «a été employé de la même façon par les troupes en Irak».

L’arrivée des robots armés dans la police?
Dans l’armée américaine, les robots terrestres transforment le visage de la guerre depuis plusieurs années déjà. Ils sont notamment capables de récupérer et désactiver une charge explosive, à l’aide d’un bras téléguidé par des soldats restés à l’abri du danger. Ils semblent voués à être désormais de plus en plus employés à des fins de combat. Y compris par les forces de l’ordre.

En Chine, l’université de la défense nationale a conçu un appareil baptisé «AnBot», destiné à avoir «un rôle important à jouer pour renforcer les mesures anti-terroristes et anti-émeutes». «La caractéristique la plus controversée d’AnBot est bien sûr son ‘outil intégré anti-émeute électrisé’ (ressemblant certainement à un Taser ou à un aiguillon pour bétail). Il ne peut être déclenché que par les humains contrôlant Anbot à distance», écrivaient Peter Singer avec un autre spécialiste Jeffrey Lin, en avril, dans Popular Science. «Le fait qu’Anbot soit si grand veut dire qu’il a la place d’intégrer d’autres équipements de police, comme des gaz lacrymogènes et d’autres armes moins létales», poursuivaient les auteurs.

Des chercheurs de l’université de Floride travaillent eux au développement de «Telebot», comparé dans certains articles au célèbre «Robocop» imaginé au cinéma. Destiné notamment à assister des policiers handicapés pour qu’ils puissent reprendre le service, Telebot a été conçu «pour avoir l’air intimidant et assez autoritaire pour que les citoyens obéissent à ses ordres» tout un gardant «une apparence amicale» qui rassurent «les citoyens de tous âges», selon un rapport d’étudiants de l’université de Floride.

L’arrivée de robots aux armes létales dans la police suscite de nombreuses interrogations. L’ONG Human Rights Watch et l’organisation International Human Rights Clinic, qui dépend de l’université de Harvard, s’inquiétaient ainsi en 2014 du recours aux robots par les forces de l’ordre. Ces engins «ne sont pas dotés de qualités humaines, telles que le jugement et l’empathie, qui permettent à la police d’éviter de tuer illégalement dans des situations inattendues», écrivaient-elles dans un rapport.

Si l’emploi des robotos armés était amené à se développer, le bouleversement anthropologique suscité serait considérable.

Voir enfin:

The Post-O.J. Trial Upside: Riots As Scarce As Justice

October 6, 1995

 Millions of people were stunned and outraged by the not-guilty verdict in the O.J. Simpson trial. But I always try to look at the upside. And there are plenty of reasons to feel relief and gratitude.

For one thing, there was no rioting. I had feared that thousands of furious blond, blue-eyed women and their brunette sympathizers would take their rage into the streets, burning, killing and looting.

While I don’t condone rioting, the historic and sociological reasons would have made such violence understandable.

As one woman told me after the verdict: « For thousands of years, we have been putting up with abuse from large, strong, arrogant, evil-tempered men.

« There is no group on Earth that has been kicked around the way women have. Since the dawn of history, we’ve been beaten, violated, enslaved, abandoned, stalked, pimped, murdered and even dissed by men.

« Now this jury and the legal system have sent a clear message to society: It’s OK for men to cut our throats from ear to ear. »

But why haven’t you rioted?

« It would just give men another excuse to kick us around. »

Another group that I feared would riot were obscure waiters.

As one of them said after the verdict: « This figures. Throughout history, obscure waiters have received little respect. A waiter goes to a table and says to someone like O.J., `Hi, I’m Ron and I’ll be your server.’ Would O.J. say, `Hi, Ron, I’m O.J. and I’ll be your customer?’ No, all O.J. would say is: `Get me a clean fork.’

« What do you think that jury would have done if O.J. the superstar had been murdered by a obscure waiter? Do you think Johnnie Cochran would say that some cop planted the waiter’s bloody apron as false evidence? »

Then why didn’t all of you obscure waiters riot?

« What, and miss the dinner trade? »

Another positive development was that Mark Fuhrman, while a Los Angeles cop, was a bigot and had used the infamous « N-word. »

This was a shocking revelation because it shattered the widely accepted stereotype of big city cops as being incurable liberals who support the ACLU and love white wine spritzers and Woody Allen movies.

It also led to the perfectly logical conclusion that any white cop who used the « N-word » was almost certainly involved in a massive racial frame-up, regardless of what DNA and other scientific evidence indicated.

This could lead to a new body of law in which Irish-American cops are asked if they ever said « dago, » Italian-American cops if they ever said « polack, » Polish-American cops if they ever used the word « heeb, » Jewish cops if they ever used the word « schwarz, » and black cops if they ever used the word « honky. »

It could resolve the problem of overcrowded prisons by assuring just about every accused criminal an acquittal on the grounds that policemen use bad words.

My faith in the jury system has also been restored.

Until now, I didn’t believe that someone like O.J. Simpson, a black football hero and star of TV commercials and motion pictures, who could not afford to spend more than $8 million on lawyers, could possibly get a fair shake from a predominantly black jury when accused of killing his white ex-wife and a Jewish body-building young waiter.

But this jury proved that they could overlook the racially volatile fact that Simpson belongs to a mostly white golf club and reach a verdict based strictly on the evidence.

And the verdict helped wipe away the slander that America is a still a racially polarized country. No, the sight of all those middle-aged white people leaping about the streets, hugging, kissing, cheering and giving each other high fives, while blacks grimaced and shook their heads, has inspired hope for the future.

Finally, Simpson, now a free man, has vowed to devote his energies to tracking down the real murderer of his ex-wife.

That’s very good because some people had thought it strange that from the very beginning of this mystery, Simpson had seemed far more concerned with his own feelings than with the terrible fact that the woman he loved had been brutally murdered.

Now he says he will try to find the evil brute who killed the mother of his children. Maybe he can invite the Goldman and Brown families to join him in the hunt.

So those of us who believe in justice should wish him well in his search for the identity of the real killer.

But I wonder – can Simpson shave without looking in the mirror?

 


Les émeutes raciales de Chicago: Attention, un racisme peut en cacher un autre (France gets long overdue translation of Sandburg’s 1919 Chicago race riot but still no answer as to why it managed to avoid for so long the anti-black racism it loves to denounce in the US)

7 juillet, 2016

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affiche-expo-coloniale-parisbal negreBanjoRedSummerChicago-race-riotChicago_Race_Riot_Walgreenschicago-race-riot-starts-red-summer-1919-old-newspaper-Slave-tableIf we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursèd lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!
If We Must Die (Claude McKay, 1922)
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Barack Hussein Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation.  Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Drame raciste aux Etats-Unis : les stars dénoncent le meurtre d’Alton Sterling Une vidéo d’une violence inouïe tourne sur la Toile depuis ce mardi 5 juillet. On y voit deux policiers de Bâton-Rouge, en Louisiane, brutalement interpeller un Afro-Américain, Alton Sterling, et lui tirer une balle dans la tête. Des images insoutenables qui ont choqué à travers la planète. En première ligne aux Etats-Unis : Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont réagi. Il y a quelques jours, le discours édifiant de Jesse Williams, acteur de la série « Grey’s Anatomy » avait fait un tollé aux États-Unis. Celui qui dénonçait sur la scène des BET Awards les bavures policières contre les Afro-Américains avait fini par être accusé de racisme anti-blanc. Une pétition demandait même son renvoi des écrans télé. Mardi 5 juillet, la donne avait déjà changé outre-Atlantique, alors que l’on apprenait que la police américaine avait fait sa 558ème victime aux États-Unis (source The Guardian). La victime s’appelle Alton Sterling, âgé de 37 ans, et c’est encore un Afro-Américain. Il a trouvé la mort après une altercation brutale avec les forces de l’ordre. La police avait été alertée sur place par un témoin qui avait assuré que cet homme portant un t-shirt rouge et vendant des CD devant un magasin, l’avait menacé avec une arme à feu. Une vidéo de la scène a été tournée et partagée sur la Toile, on y voit le suspect malmené par la police. Le suspect se débat pendant quelques secondes avant d’être mis à terre et qu’un policier n’ouvre le feu sur lui « à quatre ou six reprises » rapporte la presse. Un « lynchage légal » ont commenté de nombreux internautes horrifiés qui ont repris les mots dièses #AltonSterling et #BlackLivesMatter pour dire toute leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont envoyé leurs prières et ont appelé à une réaction massive du grand public. Public.fr
The offender said, ‘I hate white people’ and threw a punch. There is no evidence either way about what the offender meant or whether . . . she holds or promotes an ideology which would explain why this assault was aimed at this victim. I am not satisfied beyond a reasonable doubt that this offence was, even in part, motivated by racial bias. Provincial court Judge Harry Van Harten (Calgary, Canada)
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
La position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française. Georges Mauco (1945)
Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. (….) Afin d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans, de réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française, un grand plan est tracé […] pour qu’à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré. Charles de Gaulle (3 mars 1945)
Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration. Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments. b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines. c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.  [Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.] d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux. Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables. Général de Gaulle (lettre à Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, 12 juin 1945 – sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle)
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !  Ch. de Gaulle (Conversation rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d’Algérie)
Marseille offrait cependant un charme barbare et international qui incarnait de façon étonnante le grand flux de la vie moderne. Peu étendue, avec une population manifestement trop nombreuse, porte de service de l’Europe, chargeant et déchargeant son commerce avec l’Orient et l’Afrique, port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel. Claude McKay (Banjo)
Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut. Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… » Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable. Marianne (2015)
Banjo: A Story without a Plot was published by Claude McKay in 1929, between the World Wars. In the novel, McKay draws on his personal experiences living in France to depict dockworkers and drifters in the port town of Marseilles. The novel follows one group of “beach boys,” combining semi-autobiographical accounts of their pleasure-seeking lifestyle with their conversations about race relations and race politics, in France and abroad. The men in the novel represent various positions on race politics. Below are the four most prominent categories of positions in the novel—remember that each character nuances his views differently, and there are many distinctions to be made within these categories. (You might recognize some of the oppositions between these positions from later conflicts within the Civil Rights movement; they have some features in common with, for example, the political disagreements between Martin Luther King, Jr., and Malcolm X.) – Black Internationalism—This political culture linked blacks from around the world by connecting struggles against slavery, colonialism, and racism. Many of these connections are made in Banjo, like when Ray notes the similarities between the list of atrocities the French were committing in the colonies and the treatment endured by blacks in the United States. – Racial Assimilationism/Integrationism—During the early 20th century, assimilation was one possible answer to the question of how black people were to recover their full humanity: by being fully integrated into existing white society. Assimilation might include pursuing higher education and joining the professions, two things that were seen as allowing blacks to move out of their marginal position and into the respectable middle classes, as discussed in Banjo. – Black Nationalism—Opposed to assimilationists, black nationalists argued that black people should affirm and fight for their own culture and values, demanding their rights on their own terms rather than gaining a place in the existing system that had excluded them. W.E.B. Du Bois was associated with this position, which reflects the views of many of the characters in Banjo. – Black Separatism and Garveyism—These two positions are subsets of black nationalism that advocate the creation of essentially separate societies for black and white people. Whereas some black separatists thought that these two nations could be created within the United States, Marcus Garvey sought to bring blacks “Back to Africa,” a position represented in the novel by Taloufa. Berkeley university
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France n’a pas fait appel à ses territoires d’outre-mer, colonies et DOM confondus, pour combler son déficit de main-d’oeuvre bon marché. Pourquoi ? la réponse à cette question, rarement soulevée, est moins évidente qu’il n’y parait. Pour sa reconstruction, l’hexagone n’avait-il pas besoin de bras valides, de gens – de préférence francophones – taillables et corvéables ? dès lors pourquoi se priver de la « Force noire », qui venait de faire ses preuves sur le champ de bataille ? En raison d’un présupposé censément « naturel », d’un sous-entendu qui est alors au coeur des débat public sur l’immigration sans remonter à la surfacce explicite du discours: la question raciale. Quand le 3 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, de Gaulle invoque « l’impératif migratoire », quand il précise qu’ « il faut introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française », il n’est pas dit mais entendu que ces « bons éléments » ne sauraient être des Africains ou des Antillais – des Noirs. Géraldine Faès et Stephen Smith
They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history. For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1. Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot. The Chicago Tribune
En avril 1919, les forces de police arrêtent un complot visant à l’envoi 36 bombes à des membres éminents de l’establishment américain politique et économique : JP Morgan, John D. Rockefeller, le juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes ou encore le procureur général des États-Unis Alexander Mitchell Palmer. Le 2 juin 1919, dans sept villes du Nord-Est des États-Unis, huit bombes de fortes puissances ont explosé quasi simultanément à la même heure (une église catholique de Philadelphie étant la cible de deux bombes). L’un des objectifs était la maison, à Washington, D.C., du procureur général Palmer. L’explosion tue le poseur de bombe, qui sera la seule victime, et des témoignages confirment qu’il s’agit d’une organisation radicale d’origine italienne dont l’antenne américaine se trouverait à Philadelphie, mais l’affaire n’a jamais été résolue. C’est après, entre 1919 et 1921, que le procureur général lance les Palmer Raids. Des avocats notables dénoncent l’inconstitutionnalité de ces mesures, dont le futur juge à la Cour suprême Felix Frankfurter (notamment les quatrième, cinquième, sixième et huitième de la Constitution des États-Unis). Palmer perd de sa crédibilité lorsqu’il annonce qu’un risque de révolution est possible, le 1er mai 1920. Dès 1918, le président Woodrow Wilson avait fait pression sur le Congrès afin qu’il légifère contre les immigrés anarchistes (concrétisé par le Sedition Act of 1918 (en)) afin de protéger le moral du pays pendant la guerre. Le 1er septembre 1920, des bombes explosent à Wall Street, près de Federal Hall et de la Banque JP Morgan. Bien que deux anarchistes et des communistes soient soupçonnés d’être responsables de l’attentat, aucun n’est inculpé. On dénombre 38 morts et 141 blessés. En conséquence, l’opinion publique évolue et des organisations de gauche telles que l’Industrial Workers of the World et le Parti communiste des États-Unis perdent plusieurs de leurs militants. Entre 1919 et 1920, plusieurs états ont jugé le syndicalisme « criminel ». Cela implique alors des restrictions de la liberté d’expression. Des procès ont lieu (dont la célèbre affaire Sacco et Vanzetti), ainsi que des déportations hors du territoire américain. Wikipedia
La grande migration afro-américaine est le mouvement qui a conduit six millions d’Afro-Américains du Sud des États-Unis vers le Middle West, le Nord-Est et l’Ouest de 1910 à 1930. Les estimations du nombre de migrants varient selon les repères temporels choisis. Les Afro-Américains émigraient pour échapper au racisme et essayer de trouver du travail dans les villes industrielles. Certains historiens font une distinction entre la Première Grande Migration (de 1910 à 1940), et qui a porté sur environ 1,6 million migrants, et la Seconde Grande Migration, de 1940 à 1970. (…) Entre 1910 et 1930, la population afro-américaine s’accrut d’environ 40 % dans les États du Nord, principalement dans les grandes villes. Des villes comme Chicago, Détroit, New York et Cleveland connurent quelques-unes des plus fortes hausses dans la première partie du siècle. Du fait que cette évolution se concentrait dans les villes, les tensions urbaines augmentèrent à mesure que les Afro-Américains et les immigrants européens nouveaux ou récents, groupes qui tous les deux étaient issus de sociétés rurales, entraient en concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine. Les tensions étaient souvent les plus vives entre les Irlandais ethniques, soucieux de défendre leurs positions, et les immigrants récents et les noirs. Les Afro-Américains migraient individuellement ou en petits groupes familiaux. Ils ne recevaient aucune aide du gouvernement, mais souvent les industries du Nord, comme les chemins de fer, le conditionnement de la viande et l’élevage du bétail, avaient besoin de main-d’œuvre. Le principal facteur de la migration était le climat raciste dans le Sud et la violence généralisée qui se manifestait par des lynchages. Dans le Nord, on pouvait trouver de meilleures écoles et les hommes adultes avaient le droit de vote (ainsi que les femmes après 1920). L’essor des industries montrait qu’il y avait possibilité de trouver des emplois. (…) L’énorme expansion des industries de guerre créa pour les noirs des possibilités d’emploi, non dans les usines, mais dans les postes laissés vacants par les ouvriers appelés à y travailler. La Première Guerre mondiale et la Loi d’immigration Johnson-Reed de 1924 mirent brutalement un terme à l’afflux d’immigrants européens vers les centres industriels qui apparaissaient au Nord-Est et dans le Middle West, ce qui provoqua une pénurie de main-d’œuvre dans les usines. (…) La Grande Migration des Afro-Américains a créé les premières grandes communautés noires urbaines dans le Nord. On estime traditionnellement à 400 000 le nombre de ceux qui ont quitté le Sud pendant la période de deux années allant de 1916 à 1918, pour profiter de la pénurie de main-d’œuvre qu’avait créée la Première Guerre mondiale. (…) En 1910, la population afro-américaine de Détroit était de 6 000. Dès le début de la Grande Dépression en 1929, ce chiffre était monté à 120 000. En 1900, Chicago avait une population totale de 1 698 575 habitants. En 1920 elle avait augmenté de plus d’un million d’habitants. (…) Alors que la Grande Migration aidait les Afro-Américains instruits à obtenir des emplois, permettant à terme de mesurer la mobilité sociale, les migrants se heurtaient à des discriminations importantes. Du fait qu’un si grand nombre de personnes avaient migré dans un laps de temps assez bref, les migrants afro-américains se heurtaient souvent au ressentiment de la classe ouvrière américaine d’origine européenne, craignant que ses salaires ou la sécurité de ses emplois fût menacée par l’afflux de nouveaux travailleurs qui lui ferait concurrence. Les plus craintifs ou les plus hostiles étaient parfois les derniers en date des immigrants du XIXe siècle et les nouveaux immigrants du XXe siècle. Dans de nombreuses villes, la classe ouvrière a essayé de défendre ce qu’elle considérait comme « son » territoire. Néanmoins, les Afro-Américains ont pu gagner suffisamment d’argent dans les emplois industriels, en particulier dans la sidérurgie, l’automobile, la construction navale et les industries de préparation de la viande. Entre 1910 et 1920, le nombre de noirs employés dans l’industrie a presque doublé passant de 500 000 à 901 00010. (…) Les migrants ont découvert la discrimination raciale dans le Nord, même si elle se présentait parfois de façon plus subtile que dans le Sud. La population avait augmenté si rapidement tant chez les migrants afro-américains que chez les nouveaux immigrants venant d’Europe, qu’il y avait pénurie de logements, et les nouveaux groupes devaient rivaliser, même pour obtenir les logements les plus anciens, délabrés la plupart du temps. Les groupes ethniques se créaient des territoires qu’ils défendaient contre le changement. Souvent la discrimination forçait les Afro-Américains à rester dans les quartiers surpeuplés, comme à Chicago. Dans les villes, les populations plus à l’aise avaient tendance à se déplacer vers de nouveaux logements qui se développaient dans la périphérie. Les refus de prêts et les discriminations liées à l’habitat limitaient pour les Afro-Américains arrivés le plus récemment la possibilité de choisir leur propre logement, ou de l’obtenir à un prix raisonnable. (…) Pour de nombreux Afro-Américains cette période a marqué un profond changement dans le mode de vie : de travailleurs ruraux ils sont devenus ouvriers des industries installées dans les villes. La migration a donc eu pour eux un double effet : d’une part ils se sont intégrés de plus en plus dans la société, d’autre part le fait de vivre et de travailler en contact plus étroit avec les Américains d’origine européenne n’a cessé d’élargir le fossé qui existait entre eux. De fait, lors de la migration, les migrants se heurtaient souvent à des discriminations dans l’habitat car les propriétaires de race blanche et les agents immobiliers essayaient de les empêcher d’acheter des maisons ou de louer des appartements dans les quartiers blancs. En outre, quand des noirs allaient s’installer dans de tels quartiers, il arrivait souvent que les blancs réagissent violemment contre ces nouveaux voisins, par exemple avec une foule en émeute qui venait devant leurs domiciles, et qui allait jusqu’au jet de pierres et même jusqu’à l’assassinat. Ces tendances ont contribué à maintenir la « fracture raciale » dans le Nord et peut-être même à l’accentuer. Dans des villes comme Chicago et Omaha, le boom immobilier d’après-guerre a développé la création de banlieues réservées aux populations blanches. Le résultat est qu’à la fin des années 1950 et 1960, les Afro-Américains se sont retrouvés hyper-urbanisés et concentrés de façon beaucoup plus dense que les autres groupes dans les quartiers défavorisés. Du fait que les migrants afro-américaine avaient conservé un grand nombre de traits culturels et linguistiques du Sud, ces différences de culture ont créé chez ceux qui les avaient précédé dans les villes le sentiment qu’ils étaient des étrangers. Les stéréotypes attribués aux personnes noires au cours cette période et pendant les générations remontent souvent aux traditions culturelles rurales des migrants afro-américains, qui s’opposaient à l’environnement urbain dans lequel ils résidaient. Wikipedia
Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers. (…) Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance. (…) De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud. (…) Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion. Carl Sandburg
Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée. (…) Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. Walter Lippmann (août 1919)
Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction. Kenneth Clark (1968)
Sandburg … prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître. (…) mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre. (…) Les émeutes raciales, on le comprend mieux, ne sont pas un passage dans l’histoire américaine. Elles n’ont rien, pas plus hier qu’aujourd’hui, d’un dérèglement passager de l’ordre ordinaire des choses. Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalité, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent. Christophe Granger
Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales. Carl Sandburg prend le parti d’expliquer. Il décrit l’oppression organisée des Noirs, l’immigration imposée, la ségrégation ordinaire, les logements de seconde zone et l’habitude des lynchages. A l’heure où les émeutes raciales tenaillent toujours les Etats-Unis, ce petit livre oublié éclaire l’une des périodes les plus troublées de l’Amérique – celle qui, tenaillée par la question raciale, accompagne la recrudescence du Ku Klux Klan. Il éclaire aussi une pratique journalistique, celle du reportage, qui ne cède jamais au voyeurisme de la violence, d’un auteur et poète qui, par la suite, a obtenu le prix Pulitzer. Babelio

Vous avez dit deux poids deux mesures ?

A l’heure où sort enfin pour la première fois en France avec près d’un siècle de retard …

La traduction des fameuses chroniques de l’écrivain suédo-américain Carl Sandberg pour le Chicago news sur la première émeute noire de l’histoire américaine …

Les treize jours de terreur qui avant de s’étendre à des dizaines de villes dans tous les Etats-Unis (le tristement fameux « été rouge ») feront 23 victimes noires et 15 blanches sans compter les centaines de blessés et dévasteront des quartiers entiers suite à la noyade provoquée d’un jeune Noir au large d’une plage du lac Michigan réservée aux Blancs …

Sur fond de migration massive de noirs issus du sud (500 000 en quelques années), concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine, utilisation de briseurs de grève noirs, surpeuplement suite au doublement de la population noire en deux ans, plus grand activisme de soldats noirs revenus du front « pour préserver la démocratie », série d’attentats anarchistes et grèves massives suite à la Révolution bolchévique

Publication accompagnée comme il se doit des habituels couplets de nos chasseurs d’ambulances patentés sur « les brutalités policières et émeutes qui embrasent toujours aussi fréquemment le pays » et « viennent de rappeler »,  pour ceux qui « aiment se bercer d’illusions sur l’Amérique ‘post-raciale’, « la triste réalité de ce problème sans fin » …

Pendant que mis à part les groupes protégés, la moindre agression ou brutalité policière sont dénoncées comme racistes face à des suspects qui refusent souvent d’optempérer par les mêmes qui font et vivent confortablement de l’apologie de la violence à longueur de séries télé et de films …

Et qu’avec tant le référendum britannique que la candidature d’un Donald Trump le déni de réalité de nos belles âmes et de nos bons esprits et la véritable invasion migratoire qu’ils ont provoquée viennent de recevoir la réponse que l’on sait …

Qui se souvient …

Que la France « négrophile » qui allait célébrer, sur fond d’exposition coloniale et de zoos humains et à moitié nue dans sa ceinture de sauvageonne, l’égérie des cubistes

Ou les bas fonds si pittoresques du port de Marseille décrits comme un « petit Harlem » « de la citoyenneté et du vivre-ensemble » par  le « clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste » Claude McKay …

Et qui ne trouvait pas, loin de ses anciens esclaves parqués discrètement dans ses DOMTOM (1, 6 million quand même: 14% vs. 500 000 pour les Etats-Unis: 4% et 4 millions pour le Brésil: 35% !) et entre deux massacres coloniaux (dans les deux sens), de mots assez durs déjà pour fustiger le « racisme américain » …

Ne comptait alors pas plus de 5.000 Noirs sur son territoire métropolitain ?

Et qui rappelle …

Les raisons pour lesquelles une France saignée 25 ans plus tard par une nouvelle guerre mondiale …

Avait décidé de « se priver » pour sa reconstruction de « la Force noire » de ses territoires d’outre-mer qui « venait de faire ses preuves sur le champ de bataille » …

A savoir, comme l’avait souligné le général de Gaulle lui-même, qu’il fallait « introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française » ?

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919 publiées chez Anamosa
Mohamed
Addict-Culture
9 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919, est le troisième livre de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa. Il s’agit là de la première traduction française (effectuée par Morgane Saysana) des articles que Carl Sandburg a consacré à Chicago avant et après le Red Summer de 1919.

Dans cette série d’articles, Sandburg fait moins oeuvre de journalisme que de sociologie, comme l’indique Christophe Granger dans la préface :

“Il prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître”

Et c’est ainsi que l’on déambule dans les rues de Chicago pour découvrir pas à pas la condition des Noirs Américains.

Depuis 1916 les États-Unis doivent faire face à la Grande Migration des Noirs du sud vers les grandes villes industrielles du nord. Ce mouvement est qualifié par Loic Wacquant comme “le plus important de l’Histoire contemporaine”. Ce dernier écrit par ailleurs :

“Ce transfert de population a alimenté la formation des grands ghettos urbains et la première poussée des revendications pour l’accès à la pleine citoyenneté des Américains de couleurs”.

Il ne dit rien d’autre que ce que Sandburg avait écrit un siècle plus tôt :

“Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers.”

et un peu plus loin :

“Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance.”

Chicago, tout comme d’autres villes du nord, représente pour les Noirs une terre promise loin des agressions raciales et semble aussi incarner une promesse d’emploi.

“De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son  vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud.”

Carl Sandburg constate donc au fil de ses enquêtes que les villes du nord ne sont pas aussi tolérantes que les Noirs eux-mêmes auraient pu le croire. La ségrégation, même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans les villes du sud, n’en n’est pas moins réelle et plus pernicieuse. A commencer dans l’immobilier, où l’accession à la propriété n’est pas chose aisée :

“Vous autres, vous n’êtes pas admis dans notre société. Personnellement je n’ai rien contre eux (…) mais, vous savez on prévoit de rénover les abords du lac, le réseau de chemins de fer de l’Illinois, et pour le reste ; on ne peut pas se permettre de laisser ces gens là s’installer ici. (…)Loin de nous l’idée de lancer des menaces, mais il faut faire quelque chose, nous tenons à le signaler”

Ce sont ici les mots du porte-parole des intérêts immobiliers.

Sur le marché de l’emploi, les Noirs ne sont pas mieux traités. La ville profite de cette arrivée massive de travailleurs pour remplacer ceux qui sont parti en Europe. Cependant ils n’ont d’autres choix que d’occuper les métiers pénibles que les Blancs refusent d’accomplir.

Donc, dès 1919, Carl Sandburg démontre la dimension tragique, à travers cet environnement social des grandes villes, Chicago en particulier, que les Noirs doivent affronter. Il montre que cette communauté cherche à s’implanter durablement dans une société qui ne les désire pas. Ils nous parle des ces personnes de couleurs qui réussissent, certes, mais aussi des marginaux, de ceux qui demeurent dans les pires conditions de vie et ceux qui s’adonnent aux activités criminelles.

Sandburg démontre aussi la responsabilité de la presse qui n’a de cesse de colporter des rumeurs sans réel fondement sur des agressions, alimentant ainsi la haine envers les Noirs :

“Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion.”

Carl Sandburg aborde donc tous les aspects de la vie des afro-américains : de l’emploi en passant par la vie religieuse et associative. Il met l’accent sur une vie qui semble paisible mais qui repose sur un équilibre fragile. Autrement dit, si les Noirs restent à leur place… tout va bien. Il traite aussi les dangers de s’aventurer hors de la “black belt”, ce territoire aux frontières imaginaires et pourtant si bien défini dans la pensée des Blancs. Pour preuve, lorsque le jeune Eugène Williams se retrouve sur un bout de plage qui n’est pas celui qui revient aux Noirs, il est alors assassiné à coup de jets de pierres par la jeunesse blanche. L’équilibre factice est rompu. Toutes ces tensions inhérentes à cette société inégalitaire finissent par devenir de fortes émeutes qui ont pour résultats des centaines de victimes et d’immenses dégâts.

Le travail de Carl Sandburg est particulièrement éclairant sur une situation qui se répète encore de nos jours, non seulement aux États-Unis mais aussi dans d’autres parties du monde où l’étranger est mal ou peu considéré.

Lors d’une allocution devant la commission Kerner sur les émeutes raciales de 1968 à Chicago, le sociologue Kenneth Clark déclare :

“Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction»

Chicago, Washington, New York 1919, Harlem 1935, Harlem 1943, New York 1964, Philadelphie 1964, Watts 1965, Detroit 1967, Washington, Chicago, Baltimore 1968, Los Angeles 1992, Baltimore 2015.

Voilà donc depuis presque un siècle la ritournelle des soulèvements de la population Afro-Américaine et démontre que la question raciale est toujours présente aux Etats-Unis.

Lorsque Walter Lippman  rédige son introduction à propos du travail de Carl Sandburg il en arrive à la même conclusion :

“Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée.”

Carl Sandburg a accompli un travail d’enquête d’une grande justesse, dans un style précis étayé par les chiffres mais aussi une réflexion pleine d’humanisme.

Il parvient à “émouvoir non seulement pour susciter l’indignation, bien que cela soit nécessaire, mais aussi pour faire réfléchir”.

Voir aussi:

LES ÉMEUTES RACIALES DE CHICAGO JUILLET 1919 de Carl Sandburg / Editions Anamosa.
clete

Nyctalopes

juin 2, 2016

Traduction: Morgane Saysana.

Troisième publication de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa spécialisée dans les sciences humaines « les émeutes raciales de Chicago » de 1919 est un bien bel ouvrage inédit puisque l’ensemble des textes de Carl Sandburg n’avait jamais été traduit en français.

Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales.

L’ouvrage qui se décline en plusieurs parties forme un beau livre où préface, texte proprement dit, puis cahier annexe de fin d’ouvrage avec cartes, photographies et mémorial des victimes offrent un panorama complet des tragiques événements de juillet 1919 à Chicago qui ne sont néanmoins qu’une petite partie des émeutes qui ont secoué et endeuillé le pays cet été là.

La partie centrale et majeure du livre est bien sûr l’écrit de Carl Sandburg qui décrit la condition des Afro-Américains à Chicago au sortir de la guerre. Ils arrivent en grand nombre en pensant que la vie au Nord sera moins difficile que dans le terrible Sud où ils ne sont que les descendants d’esclaves et où les droits minimum ne leur sont pas garantis sans compter l’accès au travail et à la même éducation que la population blanche. Cet afflux à Chicago et dans les grandes métropoles industrielles du Nord se fait sans aucune organisation des autorités qui se contrefoutent bien des conditions de vie des arrivants qui seront forcément mieux lotis dans l’ Illinois que dans le Mississipi ou autres états moyen-moyenâgeux où les lynchages sont monnaie courante. Carl Sandburg explique d’ailleurs que chaque cas de lynchage dans un état du sud est suivi d’arrivées massives en gare de Chicago dans les jours qui suivent.

Carl Sandburg va ainsi montrer les différents aspects de la vie sociale et économique de ces arrivants qui s’ils ne sont pas haïs et méprisés comme en dessous de la ligne Mason-Dixon sont néanmoins largement exploités dans leurs conditions de vie,de travail et dans leurs accès à la propriété ou à un logement décent. Cette partie du livre qui date de l’époque fera le bonheur, bien sûr, des historiens et des sociologues mais aussi de toutes les personnes intéressées par l’Amérique, ses maux, ses fractures et ses paradoxes.

Profane, je vais sûrement faire hurler les puristes mais la partie inoubliable, brillante, c’est l’introduction écrite en février 2016 par Christophe Granger historien, membre du centre d’Histoire sociale du XXème siècle qui réussit un formidable travail de didactique pour les béotiens comme moi en démarrant son propos intitulé « L’Amérique et le démon de la race » par cette phrase : « mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre ».Un siècle plus tard, on ne compte plus les émeutes raciales qui ont ensanglanté l’histoire des USA avec toujours les mêmes raisons, la ghettoïsation, les différences économiques entre les groupes, le laxisme des autorités, les inégalités sociales, la volonté universelle de médiocres d’écraser pour montrer qu’ils existent.

Si Sandburg, dans cette compilation d’articles qu’il avait écrits pour le Chicago Daily News à l’époque, explique, démontre les conditions qui ont permis l’horreur, Granger, lui, tout en nous apprenant à apprendre de l’Histoire montre les événements avec le recul de l’Historien et donne ainsi des clés indispensables à la compréhension des écrits de Sandburg et du déroulement des jours d’effroi.

On pourrait se dire que ce n’est qu’un phénomène ricain et pourtant l’universalité des maux saute aux yeux.

« Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. »Walter Lippmann août 1919.

Très belle initiative des éditions Anamosa, ouvrage essentiel.

Voir également:

Les émeutes de Chicago en 1919
Zones subversives

3 Juillet 2016

En 1919, des émeutes raciales éclatent à Chicago. Mais les Noirs se révoltent surtout contre leurs conditions de vie. Cet épisode historique fait écho à la situation actuelle.

Les émeutes de Ferguson et de Baltimore s’inscrivent dans une histoire longue. Celle de la révolte des ghettos noirs des Etats-Unis. Le journaliste Carl Sandburg analyse Les émeutes raciales de Chicago de juillet 1919. Ce texte réédité décrit une situation qui n’a pas changé : misère, ségrégation, violence et injustice sociale. Carl Sandburg ne se contente pas de décrire, il analyse les émeutes et leurs causes sociales.

L’historien Christophe Granger présente le contexte d’un récit qui conserve toute son actualité. Durant le « Red Summer », les agressions racistes se multiplient. Des jeunes Blancs attaquent aveuglement des passants noirs. Les émeutes de Chicago sont déclenchées par la noyade d’un jeune Noir agressé par des Blancs. Le policier présent ne réagit pas. Dans les jours qui viennent, les affrontements se multiplient. Les Blancs et les Noirs se battent, avec des morts de chaque côté. L’émeute prend l’allure d’une « guerre raciale ».

Ce Red Summer s’inscrit dans une histoire longue des violences raciales. Les Etats du Sud ont longtemps pratiqué l’esclavage. Des émeutes raciales éclatent pendant la guerre de Sécession. Dans les années 1870, cette violence raciale participe au maintien de la ségrégation et des rapports sociaux. Ces agressions visent à faire fuir les élites noires.

Dans les années 1910, Chicago devient le centre de la « question raciale ». Cette métropole accueille les familles noires qui fuient les Etats ségrégationnistes du Sud. Mais la « terre promise » devient le ghetto noir de Chicago. La misère, des logements dégradés et des mauvaises conditions de travail installent les Noirs dans une marginalité. Ils intériorisent une infériorité par rapport aux Blancs.

Racisme et exploitation

Au début du XXe siècle, la population noire fuit les Etats du Sud avec leur racisme et leur passé esclavagiste. Les gens de couleurs se réfugient dans les grandes villes du Nord comme Chicago. Ils fuient la misère et le racisme. « Pour beaucoup de ceux qui ont gagné le Nord, la promesse d’un salaire et d’un emploi vient après le désir de fuir les lynchages », décrit Carl Sandburg. Les population noire espère trouver davantage d’égalité et d’opportunités dans les villes du Nord.

Les populations noires ont des difficultés d’accès au logement. Leur arrivée massive peut influencer le prix de l’immobilier. Les propriétaires rénovent les logements pour augmenter les prix. Inversement, l’arrivée massive d’une population noire peut contribuer à la diminution des loyers dans un quartier. Les agents immobiliers peuvent alors s’opposer à la présence des Noirs. Ils instrumentalisent l’antagonisme racial à des fins commerciales.

Les personnes de couleur doivent se contenter d’accepter les emplois les moins qualifiés et rémunérés. Les postes à pourvoir se situent dans les fonderies, les aciéries, le bâtiment et les usines qui demandent en permanence des travailleurs peu qualifiés. Les travailleurs immigrés issus des pays européens aspirent à revenir dans leur pays d’origine pour retrouver leur famille. Pour reconstituer la main d’œuvre à exploiter, le patronat doit désormais puiser dans la population noire. « L’essentiel de ce qu’on considère comme une question raciale est au fond un problème de main d’œuvre », analyse Carl Sandburg. L’accès au marché de l’emploi et l’égalité salariale pour les travailleurs noirs se situent au cœur de la « question raciale ».

Les écrits des personnes de couleur insistent sur l’importance de l’égalité économique pour régler le problème racial. Les gens de couleur insistent sur l’accès à l’emploi et à un revenu décent. « Ils tiennent en horreur la ségrégation dans les transports issue des lois Jim Crow, mais aussi les lynchages et tous les actes de discrimination raciale, parce que derrière cela, ils savent bien que, même dans le Nord, hommes et femmes de couleur ont peu de chances d’obtenir des emplois qualifiés, et même non qualifiés », observe Carl Sandburg.

Race et inégalités sociales

Les femmes de couleur travaillent surtout dans l’industrie manufacturière. « Les chapeaux de poupée, les abat-jour, la mercerie : voilà trois branches de l’industrie manufacturière où la main d’œuvre de couleur s’est introduite dans les usines et s’est aussi mise à travailler à domicile », décrit Carl Sandburg. Les hôtels et les restaurants embauchent également des aides de cuisine, des serveuses et des femmes de ménage. L’industrie de la viande emploie aussi des travailleuses de couleur. Les femmes noires doivent souvent se contenter des travaux mécanisés ou manuels. « Les ouvrières de couleur interviennent aux étapes de fabrication que les femmes blanches refusent d’effectuer », commente un observateur du monde industriel. Les femmes de couleur effectuent les tâches les plus ingrates et les moins bien rémunérées.

Les propriétaires des logements augmentent les loyers lorsque leurs locataires sont noirs. Quelles que soient les causes économiques, « le Nègre à Chicago, moins bien payé que les travailleurs blancs et plus limité dans les emplois qui s’offrent à lui, paie un loyer relativement plus élevé », indique une enquête sur le logement. Des travailleurs noirs s’organisent dans des syndicats et luttent pour l’égalité économique. « Leur hypothèse est que, une fois l’égalité des races admise sur le plan économique, elle s’imposera ensuite sans difficultés aux plans social, immobilier, dans les transports, le logement et l’éducation », souligne Carl Sandburg.

Ce livre montre bien les causes sociales de la révolte. Ces émeutes ne s’expliquent donc pas par une dimension raciale. « On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemble, c’est prendre l’effet pour la cause », analyse Christophe Granger. Une racialisation des relations sociales s’impose. C’est la façon « dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d’organisation, de description et de classification des faits sociaux », observe Christophe Granger.

La race est devenue un problème pour mieux occulter les inégalités sociales. Une enquête sociologique montre au contraire les causes sociales et politiques des émeutes. Le maire de Chicago, lié à la mafia, a mis en place un véritable système clientéliste pour attribuer les logements et les emplois. Ces émeutes s’expliquent également par les gangs de jeunes blancs qui saisissent l’occasion pour se déchaîner. Mais la dimension ouvertement raciste n’est pas évidente.

Révolte sociale contre racialisation

La description de Carl Sandburg tranche avec le bavardage postmoderne des racialisateurs qui dominent désormais l’extrême gauche. Toute une mouvance sous-gauchiste, incarnée par le Parti des Indigènes de la République (PIR), insiste sur une vision raciale de la société à travers une idéologie identitaire. L’esclavage et le colonialisme suffisent alors à expliquer la situation des quartiers populaires. Les « racisés » sont simplement les victimes de représentations postcoloniales. Mais, dans le monde réel, ce sont les inégalités sociales qui expliquent les émeutes dans les quartiers populaires.

Le PIR et ses amis gauchistes gomment les clivages sociaux et les rapports de classe pour ne voir que des différences entre les races. Le PIR comprend surtout une petite bourgeoisie intellectuelle qui a trouvé un créneau pour obtenir des postes de pouvoir et de reconnaissance dans les partis de gauche. Ils n’évoquent jamais les problèmes concrets des quartiers populaires comme la précarité ou le mal-logement. Ils préfèrent pérorer sur une affirmation identitaire. Mais la véritable révolte reste toujours sociale.

L’approche identitaire du PIR ne débouche logiquement vers aucune lutte sociale. Ils proposent uniquement une Marche de la dignité pour affirmer un statut de « racisé ». La posture postmoderne consiste surtout à pleurnicher sur son sort et à cumuler les oppressions pour organiser un colloque sur l’intersectionalité. En revanche, il existe aussi de véritables révoltes comme à Ferguson ou à Baltimore, mais aussi en région parisienne en 2005. Les analyses de Carl Sandburg peuvent s’appliquer également à ces émeutes récentes. La misère, la précarité, le mépris des institutions, le mal-logement, la ségrégation sociale expliquent la colère.

Les émeutes et les révoltes ne relèvent pas uniquement de l’évènement ponctuel voué à l’oubli. « Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalités, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent », analyse Christophe Granger. Des mouvements de révolte spontanée vont éclater à nouveau. Mais cette contestation doit embraser l’ensemble des classes populaires. Les races servent aussi à diviser les prolétaires qui ont pourtant le même intérêt à abattre la société marchande. Une solidarité de classe, au-delà des races, se construit dans les révoltes sociales.

Source : Carl Sandburg, Les émeutes raciales de Chicago. Juillet 1919, traduit par Morgane Saysana, Anamosa, 2016

Voir encore:

Trois romans et quelques centaines de poèmes seulement auront suffi à Claude McKay, écrivain noir américain d’origine jamaïquaine, pour devenir l’une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance, qui dans l’entre-deux-guerres amorça l’émancipation culturelle et politique de la communauté afro-américaine et influença le courant de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut.

Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… »

Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable.

Banjo, de Claude McKay, L’Olivier, 380 p., 14,90 €.

Voir de plus:

Etats-Unis : deux Afro-Américains tués par la police en deux jours
Euronews

07/07/16

Les tensions raciales sont une fois encore exacerbées aux Etats-Unis après de nouvelles bavures policières. Deux jours seulement après le drame survenu en Louisiane, un autre Afro-Américain a été tué par la police dans le Minesota. Arrêté après avoir passé un feu rouge, Philando Castile, un homme de 32 ans a été abattu dans sa voiture. Selon sa compagne, qui a commencé à filmer avec son téléphone portable juste après le tir, le conducteur venait d’avertir l’agent qu’il détenait une arme avec licence et cherchait ses papiers.

Dans la ville de Bâton-Rouge, en Louisiane, l‘émotion et l’indignation sont tout aussi fortes. C’est sur le parking d’un centre commercial qu’un vendeur à la sauvette afro-américain a été abattu de plusieurs balles par des policiers. Des dizaines de personnes ont manifesté pour réclamer justice.

“Nous allons prier pour la paix, pour l’unité. Mais je veux que vous sachiez que cela ne s’arrêtera pas là, leur a promis Denise Marcelle, une élue de la chambre des Représentants. Nous voulons que justice soit faite, nous voulons de la transparence. Je n’arrêterai pas jusqu‘à ce que je découvre ce qui s’est passé, et les responsables seront poursuivis.”

Sans attendre une enquête locale, le département américain de la Justice a ouvert une enquête à l‘échelle fédérale pour déterminer les responsabilités des deux policiers, qui ont été suspendus.

Les forces de l’ordre avaient été alertées par un appel indiquant qu’un homme brandissait une arme sur le parking. Interpellé et plaqué au sol, Alton Sterling, un vendeur ambulant de 37 ans, a tenté de résister et a été tué à bout portant.

Dans la vidéo-amateur, on entend l’un des policiers s‘écrier “il est armé !” avant que son collègue n’abatte l’homme de plusieurs coups de feu.

Voir de plus:

Un réfugié nigérian battu à mort en Italie lors d’une agression raciste
Europe 1

07 juillet 2016

Emmanuel Chidi, 36 ans, a été pris à partie et battu à mort à Formi par un supporter « ultra » du club de football local.
Un réfugié nigérian, âgé de 36 ans, a été battu à mort lors d’une agression racisteà Fermo dans le centre de l’Italie, a indiqué mercredi le maire de la ville Paolo Calcinaro.

Le maire effondré. « En tant que maire d’une ville accueillante et ouverte depuis toujours à l’intégration, j’ai l’impression de plonger dans un cauchemar », a déclaré le maire peu après l’annonce de la mort de ce jeune réfugié, Emmanuel Chidi. Ce dernier se promenait mardi dans le centre de cette petite ville des Marches, accompagné de sa fiancée âgée de 24 ans, lorsqu’il a été violemment pris à partie par un homme identifié comme un supporter « ultra » de l’équipe de football local, selon l’agence italienne Agi.

Frappé à la tête. Insulté par des propos racistes, lui et sa jeune compagne, il a répondu verbalement à ces provocations, avant d’être frappé à la tête par cet homme dont l’identité n’a pas été révélée. Ce dernier a continué à le frapper alors que le jeune Nigérian se trouvait à terre. Hospitalisé dans un état grave, ce dernier est mort mercredi sans avoir repris connaissance.

Soutenu par une ONG catholique. Emmanuel Chidi et sa compagne se trouvaient à Fermo depuis huit mois, accueillis dans un centre de réfugiés de la Caritas, ONG catholique. Ils avaient fuit leur pays et la jeune femme avait perdu son bébé juste après une difficile traversée de la Méditerranée. Des centaines de réfugiés arrivent presque chaque jour sur les côtes italiennes, dont de nombreux Nigérians.

Sur le même sujet :
Royaume-Uni : les incidents racistes en hausse depuis le référundum
Insultes racistes dans un tram de Manchester, la vidéo qui choque l’Angleterre

Voir enfin:

La France après la guerre

La politique de la France en matière de naturalisation

L’abrogation des lois de Vichy suscite de nombreuses polémiques sur la conception des textes à adopter, sur les critères de leur mise en œuvre et sur la détermination des autorités compétentes. Dans les débats sur la politique d’immigration et de naturalisation, l’approche ethnique reste souvent présente et s’oppose aux conceptions égalitaires.

La loi qui avait permis de déchoir de la nationalité les résistants (dont de Gaulle…) est abrogée dès avril 1943 par la France Libre, et les personnes déchues sont réintégrées. L’abrogation de la loi de dénaturalisation provoque davantage de controverses. Le ministre de la Justice de la France Libre, de Menthon, considère en 1943 que l’annulation des dénaturalisations « pourrait dans certains cas présenter les plus sérieux inconvénients… Les naturalisations trop nombreuses, dans les années qui ont immédiatement précédé la guerre, d’éléments israélites douteux, ont donné prétexte à un antisémitisme qui peut poser au jour du retour un certain problème. Ce ne serait pas y parer par avance que d’annuler a priori toutes les mesures de retrait qui sont intervenues. »

Le Comité juridique de la France Libre adopte début 1944 un texte qui contredit ce point de vue et propose l’abrogation pure et simple des textes de Vichy. Les allers-retours entre les structures débouchent finalement sur un texte le 24 mai 1944 qui va dans le sens du Comité juridique et tous les dossiers de dénaturalisation sont réexaminés.

Les points de vue sur les nouvelles naturalisations sont encore plus contradictoires. Les dossiers s’accumulent (200 000 en 1944) dans les préfectures et le Garde des Sceaux demande leur remontée au ministère. Une Commission interministérielle est créée le 17 mars 1945 pour dégager les principes à adopter.

Se mêlent les débats sur les naturalisations et sur l’immigration. De Gaulle déclare en 1945 que « Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. » Il trace un grand plan afin « d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans … et d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française. » Un Haut Comité consultatif de la population et de la famille est créé en avril 1945. Il est dirigé par Mauco, qui s’est distingué avant et surtout pendant la guerre par ses points de vue racistes et antisémites. Aux principes égalitaires de la politique de l’immigration de la Troisième République, il oppose la nécessité d’un objectif de protection ethnique. Il collabore à L’Ethnie française jusqu’en 1943, où il publie en 1942 un article hallucinant sur les caractéristiques ethniques des Russes, des Arméniens et des Juifs – qui les rendent bien sûr inassimilables1 –, avant de rejoindre les FFI au début de 1944. Il est désormais chargé de mettre en place la nouvelle politique de l’immigration. Il utilise des études anthropologiques pour déterminer l’assimilabilité et donc la sélection des immigrés selon leur origine. Il conclut que puisqu’il est impossible de mener avec certitude une politique d’immigration totalement objective, « la position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française », c’est-à-dire celle de 1881-1891, considérée comme équilibrée ! Le Haut Comité décide que l’entrée des immigrés se fera selon un ordre de « désirabilité » déterminé, selon les nationalités, et des pourcentages sont fixés pour chacune d’entre elles. Les réfugiés politiques et les fugitifs sont considérés comme suspects.

En matière de naturalisation, il prône les mêmes principes. Le bureau du Sceau naturalise en priorité les résistants et les combattants de la France Libre. Mauco envoie une note pour souligner que cela conduit à naturaliser une proportion considérable de Méditerranéens, Arméniens et Israélites russes ou polonais. Il faut au contraire une politique d’ensemble qui privilégie les Nordiques, les travailleurs agricoles et les mineurs. De Gaulle tranche en faveur d’une politique d’ensemble et s’adresse en juin 1945 au nouveau garde des sceaux, Teitgen, « pour que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude de cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. »

Lettre adressée par le Général de Gaulle à Pierre-Henri Teitgen,
garde des Sceaux, le 12 juin 1945

Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration.
Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique.

a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments.

b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines.

c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.
[Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.]

d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux.
Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables.

Ch. de Gaulle

* Sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle.

La Commission interministérielle fixe à 45 000 le nombre de naturalisations, soit 130 000 acquisitions de nationalité en incluant les procédures automatiques ou déclaratives. Cela correspond au nombre de nouveaux immigrés, de sorte que la proportion Français/étrangers reste identique… Elle tente de dégager les principes d’attribution. Chaque ministère pondère différemment les critères de situation de famille, de profession ou de nationalité d’origine. Finalement, les instructions publiques données aux préfectures fixent une priorité pour :

  • Les anciens combattants de 1939-45 et ceux qui ont joué un rôle dans la résistance.
  • Les parents de trois enfants et étrangers et âgés de moins de 25 ans aptes au service militaire.
  • Les parents de deux enfants et étrangers et âgés de 25 à 30 ans aptes au service militaire.

Un critère complémentaire de nationalité d’origine est ajouté.

Une circulaire du Haut Comité demande au ministère de la Justice d’accélérer les naturalisations particulièrement désirables et utiles : éléments nordiques, travailleurs directement productifs, en limitant l’étude des candidatures moins désirables : professions commerciales, libérales, artisanales, urbaines, en particulier des grandes villes.
Circulaires, instructions, notes et réponses traduisent la poursuite des débats entre Mauco, du Haut Comité, et Teitgen, du ministère de la Justice.

Un nouveau code de la nationalité est élaboré en 1945 et remplace celui de 1927. Très détaillé, il reflète les préoccupations démographiques et la volonté de renforcer le contrôle préalable de l’Etat sur les acquisitions de nationalité. Le délai de résidence est porté de trois à cinq ans (sauf exceptions), et quatre critères de recevabilité s’ajoutent : résidence effective, moralité, assimilation et bon état de santé. La gestion des naturalisations est retirée au ministère de la Justice et attribuée au ministère de la Population, créé en décembre 1945.

À cette date, il y a :
200 000 dossiers de naturalisations en instance
500 000 dossiers de déclaration en instance
90 000 dossiers à instruire annuellement
36 000 consultations juridiques
30 000 changements de noms
plus les interventions des cabinets, des parlementaires, etc.

Le rythme des naturalisations s’accélère considérablement : 17 351 en 1946, 83 317 en 1947, année-record, 58 823 en 1948. Le total des acquisitions de la nationalité française atteint 38 869 en 1946, 111 736 en 1947, 70 925 en 1948. Priorité absolue est donnée aux résistants, aux mineurs polonais, puis aux travailleurs agricoles. Mais l’impératif démographique conduit à des naturalisations massives. Les dossiers sont traités par les préfectures, puis transmis au ministère de la Population qui les traite selon l’ordre de priorité établi par le Haut Comité. D’abord ceux des ouvriers mineurs, des combattants et des familles de trois enfants, puis les autres selon l’âge, la situation familiale et professionnelle. En 1947, le taux de décision positive s’élève à 93,3 %. Cette même année, les industriels, commerçants et ouvriers de la petite industrie représentent 42,2 % du total des hommes naturalisés, les agriculteurs et ouvriers agricoles 17,2 %, les mineurs 9 %.

Le rythme se ralentit à partir de 1947-48. Au début des années cinquante, la Guerre froide et la réintégration du critère ethnique (favoriser les ressortissants d’Europe septentrionale) conduisent à faire chuter le taux de décision positive : 80 % en 1950-51 ; 63,5 % en 1952-53-54. À partir de 1953 cependant, de nouvelles directives plus libérales (abandon du critère de l’origine nationale) sont données et le taux d’acceptation remonte.

Les documents sur la naturalisation de Mendel et Mirla Milewski sont visibles dans la section documents.

Sources :
La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Patrick Weil, Folio actuel, 1995.
Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Patrick Weil, Grasset, 2002.

1. Voir Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Grasset, 2002

Voir par ailleurs:

The 1919 race riots

Ken Armstrong

The Chicago Tribune

They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history.

For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1.Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot.

One of the riot’s great mysteries is whether the city’s future boss of bosses, Richard J. Daley, participated in the violence. At the time, Daley belonged to the Hamburgs, a Bridgeport neighborhood club whose members figured prominently in the fighting. In later years, Daley repeatedly was asked what he did during the riots. He always refused to answer.

Voir aussi:

“Chicago and Its Eight Reasons”: Walter White Considers the Causes of the 1919 Chicago Race Riot

History matters

As U.S. soldiers returned from Europe in the aftermath of World War I, scarce housing and jobs heightened racial and class antagonisms across urban America. African-American soldiers, in particular, came home from the war expecting to enjoy the full rights of citizenship that they had fought to defend overseas. In the spring and summer of 1919, murderous race riots erupted in 22 American cities and towns. Chicago experienced the most severe of these riots. The Crisis, published by the NAACP, responded to the Chicago race riot with a major article in October 1919, “Chicago and Its Eight Reasons.” Author Walter White, then assistant executive secretary of the NAACP, described eight causes of the riot and concluded that tensions had increased in the city partially in response to the influx of African Americans. Though sympathetic to the new migrants’ plight, White’s article criticized both African-American newcomers to Chicago and the city’s black politicians. White also concluded, approvingly, that some black citizens, with a newfound spirit of independence, chose to retaliate against the pervasive attacks by white Chicagoans rather than remain passive victims. In this October 1919 article in the Crisis, the NAACP national magazine, the organization’s assistant executive secretary, Walter White, asserts that the black population had been made the scapegoat in the wake of the violence. He lists eight causes for the riot, with “race prejudice” being the foremost.

Many causes have been assigned for the three days of race rioting, from July 27 to 30 in Chicago, each touching some particular phase of the general condition that led up to the outbreak. Labor union officials attribute it to the action of the packers, while the packers are equally sure that the unions themselves are directly responsible. The city administration feels that the riots were brought on to discredit the [William Hale] Thompson forces, while leaders of the anti-Thompson forces, prominent among them being State’s Attorney Maclay Hoyne, are sure that the administration is directly responsible. In this manner charges and counter-charges are made, but, as is usually the case, the Negro is made to bear the brunt of it all—to be “the scapegoat.” A background of strained race relations brought to a head more rapidly through political corruption, economic competition and clashes due to the overflow of the greatly increased colored population into sections outside of the so-called “Black Belt,” embracing the Second and Third Wards, all of these contributed, aided by magnifying of Negro crime by newspapers, to the formation of a situation where only a spark was needed to ignite the flames of racial antagonism. That spark was contributed by a white youth when he knocked a colored lad off a raft at the 29th Street bathing beach and the colored boy was drowned.

Four weeks spent in studying the situation in Chicago, immediately following the outbreaks, seem to show at least eight general causes for the riots, and the same conditions, to a greater or less degree, can be found in almost every large city with an appreciable Negro population. These causes, taken after a careful study in order of their prominence, are:

1. Race Prejudice.

2. Economic Competition.

3. Political Corruption and Exploitation of Negro Voters.

4. Police Inefficiency.

5. Newspaper Lies about Negro Crime

6. Unpunished Crimes Against Negroes.

7. Housing.

8. Reaction of Whites and Negroes from War.

Some of these can be grouped under the same headings, but due to the prominence of each they are listed as separate causes.

Prior to 1915, Chicago had been famous for its remarkably fair attitude toward colored citizens. Since that time, when the migratory movement from the South assumed large proportions, the situation has steadily grown more and more tense. This was due in part to the introduction of many Negroes who were unfamiliar with city ways and could not, naturally, adapt themselves immediately to their new environment. Outside of a few sporadic attempts, little was done to teach them the rudimentary principles of sanitation, of conduct or of their new status as citizens under a system different from that in the South. During their period of absorption into the new life, their care-free, at times irresponsible and sometimes even boisterous, conduct caused complications difficult to adjust. But equally important, though seldom considered, is the fact that many Southern whites have also come into the North, many of them to Chicago, drawn by the same economic advantages that attracted the colored workman. The exact figure is unknown, but it is estimated by men who should know that fully 20,000 of them are in Chicago. These have spread the virus of race hatred and evidences of it can be seen in Chicago on every hand. This same cause underlies each of the other seven causes.

With regard to economic competition, the age-long dispute between capital and labor enters. Large numbers of Negroes were brought from the South by the packers and there is little doubt that this was done in part so that the Negro might be used as a club over the heads of the unions. John Fitzpatrick and Ed Nockels, president and secretary, respectively, of the Chicago Federation of Labor, and William Buck, editor of the New Majority, a labor organ, openly charge that the packers subsidized colored ministers, politicians and Y. M. C. A. secretaries to prevent the colored workmen at the stockyards from entering the unions. On the other hand, the Negro workman is not at all sure as to the sincerity of the unions themselves. The Negro in Chicago yet remembers the waiters’ strike some years ago, when colored union workers walked out at the command of the unions and when the strike was settled, the unions did not insist that Negro waiters be given their jobs back along with whites, and, as a result, colored men have never been able to get back into some of the hotels even to the present day. The Negro is between “the devil and the deep blue sea.” He feels that if he goes into the unions, he will lose the friendship of the employers. He knows that if he does not, he is going to be met with the bitter antagonism of the unions. With the exception of statements made by organizers, who cannot be held to accountability because of their minor official connection, no statements have been made by the local union leaders, outside of high sounding, but meaningless, protestations of friendship for the Negro worker. He feels that he has been given promises too long already. In fact, he is “fed up” on them. What he wants are binding statements and guarantees that cannot be broken at will.

With the possible exception of Philadelphia, there is probably no city in America with more of political trickery, chicanery and exploitation than Chicago. Against the united and bitter opposition of every daily newspaper in Chicago, William Hale Thompson was elected again as mayor, due, as was claimed, to the Negro and German vote. While it is not possible to state that the anti-Thompson element deliberately brought on the riots, yet it is safe to say that they were not averse to its coming. The possibility of such a clash was seen many months before it actually occurred, yet no steps were taken to prevent it. The purpose of this was to secure a two-fold result. First, it would alienate the Negro set from Thompson through a belief that was expected to grow among the colored vote when it was seen that the police force under the direction of the mayor was unable or unwilling to protect the colored people from assault by mobs. Secondly, it would discourage the Negroes from registering and voting and thus eliminate the powerful Negro vote in Chicago. Whether or not this results remains to be seen. In talking with a prominent colored citizen of Chicago, asking why the Negroes supported Thompson so unitedly, his very significant reply was:

“The Negro in Chicago, as in every other part of America, is fighting for the fundamental rights of citizenship. If a candidate for office is wrong on every other public question except this, the Negroes are going to vote for that man, for that is their only way of securing the things they want and that are denied them.”

The value of the Negro vote to Thompson can be seen in a glance at the recent election figures. His plurality was 28,000 votes. In the second ward it was 14,000 and in the third 10,000. The second and third wards constitute most of what is known as the “Black Belt.”

The fourth contributing cause was the woeful inefficiency and criminal negligence of the police authorities of Chicago, both prior to and during the riots. Prostitution, gambling and the illicit sale of whisky flourish openly and apparently without any fear whatever of police interference. In a most dangerous statement, State’s Attorney Maclay Hoyne, on August 25, declared that the riots were due solely to vice in the second ward. He seemed either to forget or to ignore the flagrant disregard of law and order and even of the common principles of decency in city management existing in many other sections of the city.

All of this tended to contribute to open disregard for law and almost contempt for it. Due either to political “pull” or to reciprocal arrangements, many notorious dives run and policemen are afraid to arrest the proprietors.

During the riots the conduct of the police force as a whole was equally open to criticism. State’s Attorney Hoyne openly charged the police with arresting colored rioters and with an unwillingness to arrest white rioters. Those who were arrested were at once released. In one case a colored man who was fair enough to appear to be white was arrested for carrying concealed weapons, together with five white men and a number of colored men. All were taken to a police station; the light colored man and the five whites being put into one cell and the other colored men in another. In a few minutes the light colored man and the five whites were released and their ammunition given back to them with the remark, “You’ll probably need this before the night is over.”

Fifth on the list is the effect of newspaper publicity concerning Negro crime. With the exception of the Daily News, all of the papers of Chicago have played up in prominent style with glaring, prejudice-breeding headlines every crime or suspected crime committed by Negroes. Headlines such as “Negro Brutally Murders Prominent Citizen,” « Negro Robs House“ and the like have appeared with alarming frequency and the news articles beneath such headlines have been of the same sort. During the rioting such headlines as ”Negro Bandits Terrorize Town,“ « Rioters Burn 100 Homes—Negroes Suspected of Having Plotted Blaze” appeared. In the latter case a story was told of witnesses seeing Negroes in automobiles applying torches and fleeing. This was the story given to the press by Fire Attorney John R. McCabe after a casual and hasty survey. Later the office of State Fire Marshall Gamber proved conclusively that the fires were not caused by Negroes, but by whites. As can easily be seen such newspaper accounts did not tend to lessen the bitterness of feeling between the conflicting groups. Further, many wild and unfounded rumors were published in the press—incendiary and inflammatory to the highest degree, a few of them being given below in order to show their nature. Some are:

Over 1,000 Negroes had been slain and their bodies thrown in “Bubbly Creek” and the Chicago River.

A Negro had been lynched and hanged from a “Loop” building overlooking Madison Street.

A white woman had been attacked and mutilated by a Negro on State Street.

A Negro woman had been slain, her breasts cut off and her infant had been killed by having its brains dashed out against a wall.

A white child had been outraged by a colored man.

A white child had been kidnapped by a band of colored men and its body later found, badly mutilated and dismembered.

Immediately following the riots, a white woman was murdered in Evanston, Ill. Immediately the crime was laid at the door of a colored man with whom the woman had been intimate a number of years. Pitiful stories were told of the woman waiting for hours on street corners for “just one look at her Billiken-like, mulatto lover.” played up under headlines such as “Confession Expected Today From Negro Suspect,” « Negro Suspect Rapidly Weakening“ and the like which clearly led one to believe that the colored man was guilty. A few days later, in an obscure item on an inside page, a short account was given of the release of the colored suspect ”because insufficient evidence to hold him » existed. A long period of such publicity had inflamed the minds of many people against Negroes who otherwise would have been unprejudiced. Much of the blame for the riots can be laid to such sources.

For a long period prior to the riots, organized gangs of white hoodlums had been perpetrating crimes against Negroes for which no arrests had been made. These gangs in many instances masqueraded under the name of “Athletic and Social Clubs” and later direct connection was shown between them and incendiary fires started during the riots. Colored men, women and children had been beaten in the parks, most of them in Jackson and Lincoln Parks. In one case a young colored girl was beaten and thrown into a lagoon. In other cases Negroes were beaten so severely that they had to be taken to hospitals. All of these cases had caused many colored people to wonder if they could expect any protection whatever from the authorities. Particularly vicious in their attacks was an organization known locally as “Regan’s Colts.”

Much has been written and said concerning the housing situation in Chicago and its effect on the racial situation. The problem is a simple one. Since 1915 the colored population of Chicago has more than doubled, increasing in four years from a little over 50,000 to what is now estimated to be between 125,000 and 150,000. Most of them lived in the area bounded by the railroad on the west, 30th Street on the north, 40th Street on the south and Ellis Avenue on east. Already overcrowded this so-called “Black Belt” could not possibly hold the doubled colored population. One cannot put ten gallons of water in a five-gallon pail. Although many Negroes had been living in “white” neighborhoods, the increased exodus from the old areas created an hysterical group of persons who formed “Property Owners‘ Association” for the purpose of keeping intact white neighborhoods. Prominent among these was the Kenwood-Hyde Park Property Owners’ Improvement Association, as well as the Park Manor Improvement Association. Early in June the writer, while in Chicago, attended a private meeting of the first named at the Kenwood Club House, at Lake Park Avenue and 47th Street. Various plans were discussed for keeping the Negroes in “their part of the town,” such as securing the discharge of colored persons from positions they held when they attempted to move into “white” neighborhoods, purchasing mortgages of Negroes buying homes and ejecting them when mortgage notes fell due and were unpaid, and many more of the same calibre. The language of many speakers was vicious and strongly prejudicial and had the distinct effect of creating race bitterness.

In a number of cases during the period from January, 1918, to August, 1919, there were bombings of colored homes and houses occupied by Negroes outside of the “Black Belt.” During this period no less than twenty bombings took place, yet only two persons have been arrested and neither of the two has been convicted, both cases being continued.

Finally, the new spirit aroused in Negroes by their war experiences enters into the problem. From Local Board No. 4, embracing the neighborhood in the vicinity of State and 35th Streets, containing over 30,000 inhabitants of which fully ninety per cent are colored, over 9,000 men registered and 1,850 went to camp. These men, with their new outlook on life, injected the same spirit of independence into their companions, a thing that is true of many other sections of America. One of the greatest surprises to many of those who came down to “clean out the niggers” is that these same “niggers” fought back. Colored men saw their own kind being killed, heard of many more and believed that their lives and liberty were at stake. In such a spirit most of the fighting was done.

Source: Walter F. White, “N.A.A.C.P.—Chicago and Its Eight Reasons,” Crisis 18 (October 1919): 293–297.

See Also: »Says Lax Conditions Caused Race Riots »: Chicago Daily News and Carl Sandburg Report the Chicago Race Riot of 1919
« A Crowd of Howling Negroes »: The Chicago Daily Tribune Reports the Chicago Race Riot, 1919
« Ghastly Deeds of Race Rioters Told »: The Chicago Defender Reports the Chicago Race Riot, 1919
« The Problem » and « Family Histories »: Charles Johnson Analyzes the Causes of the Chicago Race Riot

Voir enfin:

Race Riots

Chicago developed a reputation as a cauldron of specifically “racial” conflict and violence largely in the twentieth century. The determination of many whites to deny African Americans equal opportunities in employment, housing, and political representation has frequently resulted in sustained violent clashes, particularly during periods of economic crisis or postwar tension.
Chicago’s most famous race riot of this type occurred between July 27 and August 3, 1919. The violence was precipitated by the drowning of an African American teenager who had crossed an invisible line at 29th Street separating customarily segregated “white” and “black” beaches. Soon, white and black Chicagoans, especially in the South Side residential areas surrounding the stockyards, engaged in a seven-day orgy of shootings, arsons, and beatings that resulted in the deaths of 15 whites and 23 blacks with an additional 537 injured (342 black, 195 white). The police force, owing both to understaffing and the open sympathy of many officers with the white rioters, was ineffective; only the long-delayed intervention of the state militia brought the violence to a halt, and heavenly intervention in the form of rain was probably an important factor as well. The passions of this outbreak were rooted in pent-up tensions surrounding the massive migration of southern blacks during World War I: sometimes hired as strikebreakers, their increased industrial presence was viewed by many white workers as a threat to their own livelihoods, fueling attempts to impose rigid physical boundaries beyond which blacks could not penetrate.

The aftermath of World War II saw a revival of white attacks on black mobility, mostly on the city’s South and Southwest Sides, but also in the western industrial suburb of Cicero. Aspiring African American professionals seeking to obtain improved housing beyond the increasingly overcrowded South Side ghetto, whether in private residences or in the new public housing developments constructed by the Chicago Housing Authority, were frequently greeted by attempted arsons, bombings, and angry white mobs often numbering into the thousands. The 1951 Cicero riot, in particular, lasting several nights and involving roughly two to five thousand white protesters, attracted worldwide condemnation. By the end of the 1950s, with black residential presence somewhat more firmly established, the battleground in many South Side neighborhoods shifted to clashes over black attempts to gain unimpeded access to neighborhood parks and beaches.Since the mid-1960s, the nature of race riots in Chicago (as elsewhere) has significantly shifted. Although violent black/white clashes continued into the mid-1970s, the term’s use shifted during the 1960s to refer to the uprisings of poorer blacks (or Latinos) protesting ghetto conditions, especially police brutality. Chicago has experienced several noteworthy outbreaks of this type, including the confrontation between police and the largely Puerto Rican communities of West Town and Humboldt Park during the summer of 1966, but most notably the massive 1968 West Side riots following the assassination of Martin Luther King. No clashes of this magnitude have occurred since (even following the 1992 Rodney King verdict in Los Angeles), but the continued salience of many of the protesters’ expressed grievances—inferior housing, lack of meaningful employment, and inequitable law enforcement—suggests that the issues surrounding racial violence are by no means a finished chapter in Chicago history.Steven EssigBibliographyGrossman, James R. Land of Hope: Chicago, Black Southerners, and the Great Migration. 1989.Hirsch, Arnold R. Making the Second Ghetto: Race and Housing in Chicago, 1940–1960. 1983.Tuttle, William M., Jr. Race Riot: Chicago in the Red Summer of 1919. 1970.


Brexit: C’est les sans-dents, imbécile ! (Not thick or racist, but just poor: By forcing Britain to quit the EU, Brexit voters have given a bloody nose to an elite that views them with contempt)

2 juillet, 2016
PeasantsRevoltlevellersChartistsSwingRiotsDeathWatTylerFull
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BrexitToon
king-o‘Savage hordes approached the city like waves of the sea/At their head a peasant captain urged the madmen on/With cruel eagerness for slaughter, he shouted: “Burn and Kill.” John Gower
Je défie le pape et toutes ses lois, et si Dieu me prête vie, je ferai qu’en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l’Écriture mieux que le pape lui-même.William Tyndale
Quand Adam bêchait et Ève filait, où donc était le gentilhomme ? John Ball
De quel droit ceux qui s’appellent seigneurs, dominent-ils sur nous ? À quel titre ont-ils mérité cette position ? Pourquoi nous traitent-ils comme des serfs ? Puisque nous descendons des mêmes parents, Adam et Ève, comment peuvent-ils prouver qu’ils valent mieux que nous, si ce n’est qu’en exploitant nos labeurs, ils peuvent satisfaire leur luxe orgueilleux ? John Ball
Wat About Di Working Claas? Linton Kwesi Johnson
J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a ‘trahi la confiance du régime’ et ‘devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? Bertolt Brecht
 Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : ‘les sans-dents’, très fier de son trait d’humour. Valérie Trierweiler
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Tout ce que demande aujourd’hui le Kansas, c’est qu’on lui donne un petit coup de main pour se clouer à sa croix d’or.(…) Votez pour interdire l’avortement et vous aurez une bonne réduction de l’impôt sur le capital (…). Votez pour faire la nique à ces universitaires politiquement corrects et vous aurez la déréglementation de l’électricité (…). Votez pour résister au terrorisme et vous aurez la privatisation de la sécurité sociale. Thomas Frank
I do think that when you combine that demographic change with all the economic stresses that people have been going through because of the financial crisis, because of technology, because of globalization, the fact that wages and incomes have been flatlining for some time, and that particularly blue-collar men have had a lot of trouble in this new economy, where they are no longer getting the same bargain that they got when they were going to a factory and able to support their families on a single paycheck. You combine those things, and it means that there is going to be potential anger, frustration, fear. Some of it justified, but just misdirected. I think somebody like Mr. Trump is taking advantage of that. That’s what he’s exploiting during the course of his campaign. Barack Hussein Obama
Trop menacer les gens est en fait une insulte à leur intelligence et la leçon de la visite d’Obama est encore plus fascinante. Voici l’homme le plus puissant du monde en provenance d’un pays pour lequel nous avons toujours eu un respect énorme … et un grand nombre de gens en Grande-Bretagne se sont dits: «Comment le président américain ose-t-il venir ici et nous dire ce qu’il faut faire? Et cela s’est retourné contre lui et je pense que nous avons eu un rebond Obama Brexit parce que les gens ne veulent pas que les dirigeants étrangers leur disent comment penser et comment voter. Nigel Farage
Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him. Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne. The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable. That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’. It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’. (…) The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions. All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’. It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation. It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans. You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband. Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault. Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too. Tim Montgomerie
Wat Tyler (? – 15 juin 1381) est un paysan anglais, soldat démobilisé des guerres de France, qui a pris la tête d’une révolte des siens en lutte contre les impôts excessifs. Il n’est pas l’instigateur de la Révolte des Travailleurs mais il en a été certainement le fer de lance. Depuis le milieu du XIVe siècle, la situation du paysan anglais a sérieusement empiré. C’est lui qui a la lourde charge de payer la guerre du roi d’Angleterre en France. Le Statut des travailleurs de 1351, empêchant une hausse des salaires, a augmenté le mécontentement. En 1380, le Parlement décide la levée d’une nouvelle poll tax et l’envoi de commissaires royaux dans les campagnes pour éviter les fraudes. C’en est trop pour les paysans. Au début de 1381, la révolte éclate en Essex et se répand vite dans le Kent, le Sussex, le Norfolk. Partout, les nobles fuient, les châteaux brûlent. L’un des meneurs, le prédicateur John Ball, prêche l’égalité entre les humains. Arrêté en mai par les gardes de l’archevêque de Cantorbéry, Simon de Sudbury, il annonce: « Il y aura 20 000 hommes qui vont me libérer. » Après la guerre française, Wat Tyler était retourné travailler sur sa terre dans le Kent. Un percepteur royal se présente chez lui et tente de se payer en essayant de violer sa fille de 15 ans. Encouragé par ses voisins, Tyler assassine à coups de marteau l’agresseur de sa fille. Les paysans du Kent, qui connaissent sa valeur, l’élisent chef des rebelles. Celui-ci, qui ne peut plus revenir en arrière, accepte. Leur première direction est Cantorbéry où ils libèrent John Ball. Puis ils décident de marcher sur Londres. Sur leur chemin, ils ouvrent les prisons et décapitent les juges qui tombent entre leurs mains. Le 10 juin, lorsqu’ils arrivent aux portes de la capitale, ils sont près de 100 000 insurgés qui exigent de parler au roi. Wat Tyler ne veut pas renverser le gouvernement mais exige des réformes. C’est pourquoi il veut négocier avec le roi. C’est pourquoi aussi il impose une discipline à ses hommes en interdisant les pillages et en punissant de mort les fautifs. Finalement Richard II accepte de le rencontrer. Le jeune roi de 15 ans arrive à bord d’une barque sur la Tamise, mais il prend peur et décide de rebrousser chemin. Il va se réfugier à la Tour de Londres avec quelques notables, dont Simon Sudbury, l’archevêque de Cantorbéry. Tyler assiège alors la Tour qui est prise entre deux feux. Sudbury est arrêté et assassiné, peut-être à l’instigation de John Ball. Richard II rencontre Tyler à Mile End, un faubourg de Londres. Le capitaine des insurgés exige l’abolition du servage, de la poll tax et du privilège de la chasse et de la pêche de la noblesse. Le roi veut gagner du temps car il sait que Robert Knolles est en train de lever une armée non loin de là. Il accepte tout et fixe rendez-vous au lendemain pour finaliser les détails de l’entente. Le 15 juin, Tyler et le roi se rencontrent donc de nouveau à Smithfield. Richard II s’est entouré de provocateurs qui s’amusent à insulter le chef des insurgés. Celui-ci sort son épée. Prenant prétexte de vouloir défendre son roi, le Lord-maire de Londres, William Walworth, lui porte un coup d’épée qui le renverse. Il est aussitôt achevé par un écuyer. Richard, qui a belle prestance, parvient à calmer les insurgés présents. Il leur fait croire que Tyler est un traître qui a voulu l’assassiner et que lui, le roi, est leur véritable chef. Il leur promet qu’il respectera sa promesse et leur demande de se disperser. Ce sera leur faute. Robert Knolles les attend à la sortie de Londres. Ils sont écrasés. Ceux qui ne sont pas tués s’éparpillent dans toutes les régions. Les représailles suivent. Des milliers de paysans sont exécutés. John Ball, capturé dans une ancienne abbaye, est pendu et écartelé. Ce n’est que le 30 août qu’un ordre royal suspend les représailles. Par la suite, il ne fut plus question avant longtemps d’abolir le servage ni la poll tax. Wikipedia
L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen? Stefan Zweig
Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. Michael Walzer
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) J’aurais moi-même pu penser de la sorte si je n’avais pas croisé la route de grands écrivains d’Europe centrale : Czeslaw Milosz, Kazimierz Brandys et surtout Milan Kundera. Ce sont eux qui ont fait de moi un Européen. Face au communisme russe, ils ne défendaient pas seulement la démocratie et les droits de l’homme, ils défendaient aussi une civilisation. L’Europe était leur identité. Ils m’ont réveillé de mon universalisme facile et ils m’ont fait comprendre que le passé de l’Europe ne se réduisait pas à ses crimes. (…) Il ne faut pas faire le cadeau de l’Europe à Hitler. L’Allemagne, c’est Bach, Goethe, Caspar Friedrich. De même, l’histoire de France ne se réduit pas à la collaboration ou à la guerre d’Algérie. Avec le sens de la continuité historique, les peuples européens doivent retrouver la véritable signification de l’hospitalité. Être hospitalier, c’est offrir quelque chose à celui qu’on reçoit. D’où le rôle névralgique de l’école. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) Je ne considère pas que le fait de vouloir être majoritaire dans son propre pays relève de l’égoïsme. C’est une aspiration absolument légitime, qu’il est absurde de criminaliser. Dans son article capital Un Occident kidnappé, la tragédie de l’Europe centrale, Milan Kundera raconte qu’en septembre 1956, le directeur de l’agence de presse de Hongrie envoya par télex dans le monde entier ce message sur l’offensive russe déclenchée contre Budapest et qui allait écraser son bureau : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. » Il affirmait d’un même souffle son identité nationale et son identité européenne. (…) Il faut arrêter de se payer de mots : nul n’est prêt à mourir. Mais on peut vouloir se défendre. Si renaît le patriotisme en France, si les bobos de la génération Bataclan en viennent à se réconcilier avec le drapeau tricolore et l’hymne national, c’est parce que notre pays est attaqué et, par-delà notre pays, l’Occident « idolâtre », « impie », « dominé par les juifs ». La découverte de cette fragilité peut faire renaître un sentiment européen. Mais nous payons aussi l’enseignement de l’oubli. La culture occupe une place de plus en plus réduite dans nos sociétés. J’éprouve un sentiment de tristesse, d’accablement lorsque je regarde le concours de l’Eurovision. L’Europe, c’était le maximum de diversité dans le minimum d’espace ; l’Eurovision, c’est l’apothéose de l’uniformité. Tous les chanteurs hurlent en anglais et leurs musiques sont devenues indiscernables. L’Europe se vide d’elle-même. (…) l’école ne fait plus son travail. L’enseignement humaniste a créé l’Europe. Nous aurions dû rester fidèles à cette inspiration. Mais la culture, si longtemps garante de l’unité de l’Europe, est maintenant chassée de partout, même des billets de banque, qui ne représentent plus que des aqueducs ou des ponts. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. De là vient qu’un Français éprouve, en Italie ou aux Pays-Bas, un sentiment mêlé d’étrangeté et de familiarité, de dépaysement et de reconnaissance. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Nous sommes en train de passer d’une société où les deux tiers de la population s’estimaient satisfaites de leur sort, à un monde dans lequel ceci n’est plus vrai que pour un tiers de la population. Cette victoire n’a pour moi rien d’inattendu ; elle est le résultat de tendances de fond qui affectent différentes couches du peuple britannique. En leur permettant de se fédérer, le référendum a été pour ces groupes l’occasion d’un contrecoup décisif. Je pense en effet que nous sommes en train de passer d’une société où les deux tiers de la population environ s’estimaient satisfaites de leur sort, à un monde dans lequel ceci n’est plus vrai que pour un tiers de la population. Dit autrement, le vote en faveur du Brexit exprime le plus grand rejet de la mondialisation qu’ait connu dans les urnes le monde occidental. Les bénéficiaires de la mondialisation, tous ceux qui culturellement comme financièrement se trouvent en phase avec le nouvel ordre du monde, sont désormais minoritaires dans la société. Cette révolte contre la mondialisation ne regroupe pas seulement les catégories sociales les plus défavorisées. On y distingue aussi une population plutôt aisée, composée pour l’essentiel de personnes âgées vivant en province et qui se sentent culturellement menacés par l’immigration. Cette même population a le sentiment que le système de valeurs qui a historiquement caractérisé l’Angleterre – sans doute l’un des plus influents et des précieux dans le monde – est aujourd’hui remis en cause par l’arrivée d’une population qui lui est indifférente voire dans certains cas, carrément hostile, et que la Grande-Bretagne a abdiqué sa souveraineté face à une puissance étrangère en adhérant à l’Union Européenne. (…)La tragédie du Brexit, toutefois, c’est que la plupart des dirigeants et promoteurs du camp du «Leave» sont des partisans extrêmes du libre-échange. Ces derniers haïssent une Europe qui s’identifie pour eux à la régulation et la social-démocratie et ils ont convaincu une partie de la gauche de voter la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Nous faisons face à ce paradoxe: des classes populaires en quête de protection face à la mondialisation ont suivi des libertariens qui pensent que la Grande-Bretagne devrait abolir de manière unilatérale ses tarifs douaniers! (…) Ce divorce entre les bobos et les classes populaires se retrouve lui aussi en Grande-Bretagne – de fait, il est à l’œuvre dans l’ensemble du monde occidental. La raison tient en grande partie aux séductions comme aux échecs du libéralisme. Pour les classes moyennes, le libéralisme a plusieurs attraits: économiquement, il leur permet (ou du moins il leur permettait) d’exploiter avantageusement leur position via l’école, les réseaux ou les possibilités de carrière dans l’entreprise ; socialement, il se traduit par une licence totale en matière de choix de vie ou de comportements. Pour les classes populaires au contraire, le libéralisme est un désastre économique et culturel: économique, parce qu’il détruit leur pouvoir de négociation collective et les expose à une concurrence interne sur le marché du travail: dans une telle situation, leurs salaires ne peuvent que baisser ; sociale, parce que le libéralisme a détruit toutes les formes d’allégeance et de stabilité familiale, en laissant pour seul héritage des foyers brisés et des pères absents. En somme, le libéralisme a détruit toute notion de solidarité et c’est cela qui a le plus certainement condamné les plus pauvres à leur sort. (…) Je crois que nous devrions nous poser des questions plus fondamentales, qui de mon point de vue seraient les suivantes: pourquoi nous séparons-nous, pourquoi cherchons-nous la solidarité seulement au sein de groupes composés de personnes qui nous sont proches ou qui nous ressemblent? C’est parce que nous avons perdu nos universaux, nous avons oublié la leçon tant de Platon que d’Aristote pour lesquels il existe des universaux qui s’appliquent aux choses. Dans la mesure où nous avons laissé la croyance dans le monde objectif verser dans le pur subjectivisme, comment espérer un jour nous unir? C’est pourquoi la véritable tâche politique est de retrouver ce qui nous relie, au delà de l’inepte discours contemporain sur les droits de l’homme. Le discours sur les droits est en effet toujours dérivé, il requiert un discours plus fondamental ; c’est pour cela que vous ne pouvez arbitrer entre des droits différents et pourquoi le droit ne peut vous dire ce qui est juste. Aussi, tant que nous n’aurons pas recouvré notre héritage – c’est à dire tant que nous ne serons pas revenus aux universaux – nous ne pourrons jamais aider personne, jamais réduire aucune division ni soigner aucun mal. (…) L’affrontement droite/ gauche appartient au passé: si vous regardez les mouvements qui ont émergé récemment, leur discours emprunte des éléments issus des doctrines des deux côtés de l’échiquier politique. Prenez le Front National, par exemple: son programme nationaliste le porte évidemment à l’extrême-droite, mais ses propositions sur l’Etat-providence et les services publics semblent toutefois exhumées d’un discours socialiste des années 1970. Il en est de même en Angleterre avec UKIP, qui pourrait tout à fait devenir le parti de la classe ouvrière britannique et se substituer au parti Travailliste en offrant un mélange droite/gauche similaire. (…) Dans un certain sens, c’est à une victoire «inversée» du Red Toryism à laquelle nous avons assisté. Ce que je cherchais à promouvoir en effet, c’était l’alliance du meilleur de la tradition de droite et de celle de la gauche dans un nouveau discours positif. Ce qui est à l’œuvre ici, c’est la naissance d’un composé hybride d’une toute autre nature, au sein duquel ce serait au contraire les gènes récessifs des deux traditions qui se seraient associés dans leur mutation. (…) Là où je proposais par exemple un affranchissement économique massif des plus pauvres, au moyen d’une redistribution de l’accès à la propriété, les voilà qui mettent en avant la promotion de l’Etat providence, une politique qui a échoué de manière désastreuse par le passé. Que produit l’Etat providence en effet, sinon la perte de l’autonomie des individus et l’érosion de leur sens de la propriété, ainsi que la légitimation délétère d’une culture de l’assistance. De la droite, je garde l’idée de conservatisme social, à savoir la volonté de tisser à nouveau les liens qui naissent des affections locales comme familiales, et ce afin que la fraternité se re-déploie «par le bas», à travers les communautés concrètes. Ce qu’ils défendent en regard, ce sont les concepts délétères de l’origine, de la classe ou de la couleur de peau. Là où je souhaite un renouveau de la culture civique, ils attendent celui de la culture ethnique. Phillip Blond
It is this man, Wat Tyler, whose name will go down in history. As leader of the Peasants’ Revolt of 1381, he will be remembered for the uprising that saw tens of thousands of his poorest countrymen come close to overthrowing the establishment. Until now, we have had only the illustrations in history books to help us picture their struggle. But thanks to the work of British photographer Red Saunders, we can come closer than ever to appreciating their deadly determination.Saunders specialises in photographing huge tableaux vivants, living pictures in which dozens of actors recreate key moments in British history. His latest creations, showcased in a new exhibition in Bradford, include this depiction of the Peasants’ Revolt, and it offers many fascinating insights into why the uprising happened — and why it took the bloody course that it did. The first lies in the extraordinary array of weapons featured in the photograph. Alongside the swords and pikes, whose steel glints in the fiery glow over London, we see pick-axes, pitchforks and scythes more usually wielded on farms, but put to lethal new use as implements of death. This reminds us that the insurgents were not political saboteurs, but ordinary men and women, usually content to fight only the elements as they struggled to make a living from the land, but driven to mutiny and murder by the actions of their over-bearing and greedy rulers. Just 30 years previously, the Black Death had killed a third of the population — which then numbered between two and three million. Many of those depicted in the photograph will have lost family or friends to a catastrophe unimaginable by modern standards. Though it would not have helped these peasants in their grief, there was one ‘benefit’ of this sudden cull of much of the nation’s workforce. With fewer labourers to work the land, demand for their services was all the higher. Their wages should have risen accordingly, but in the years leading up to the Peasants’ Revolt a series of statutes were introduced imposing an ungenerous limit on the wages farm labourers could be paid. On top of this were the frustrations of serfdom, the centuries-old practice by which some peasants were still forced to work part of the time free of charge for their rich and powerful landlords. And then there was the introduction of a series of poll taxes to help fund the latest wars with France. Everyone had to pay a shilling — a pittance for the ruling classes, but a significant amount for those bound to them in serfdom. As if this was not provocative enough, the commissioners sent out to enforce these payments often abused their power, particularly when it came to investigating whether young girls in a household were over 15, the age at which the poll tax became payable. Frightened girls were forced to lift their skirts while these officials examined them for signs of maturity and sexual experience. If a girl was no longer a virgin, she was deemed old enough to pay the poll tax, whether she had reached 15 or not. Such outrages fomented public opinion, and matters appear to have reached a tipping point in May 1381, following the visit of a tax collector to the Essex village of Fobbing.The residents took great umbrage at his presence and threw him out, later giving the same treatment to soldiers sent to re-establish law and order by the 14-year-old Richard II.Unrest spread quickly throughout the South-East. The following month, a group of men marched on Rochester Castle in Kent and freed a man imprisoned for refusing to work as a serf. They were led by Wat Tyler, a man we know little about except that, as his name suggests, he may have been a roofer by trade. The efficiency with which he led his forces suggests he had experience as a soldier, perhaps as part of a militia raised by the local lord to join in the war against France. Professor John Gillingham
L’Union européenne est calquée, dans son essence, sur l’Eglise de Rome et sur le fonctionnement de la foi catholique (dans sa période moyen-âgeuse): dirigée par un pape président de la Commission européenne désigné et contrôlé par la Curie des Etats-membres, elle est la gardienne d’un dogme profane intransigeant dont elle contrôle la stricte observance par ses fidèles à travers l’Europe, sous peine de procès en hérésie et de mises à l’index. Il est donc évident, pour qui se penche sur le temps long de l’histoire européenne, que le Brexit a un sens éminemment religieux: c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements, de la même façon que le souverain anglais avait tenté de faire annuler son mariage avec Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. L’intransigeance du pape Clément VI n’eut d’égal que celle de l’évêque de Bruxelles Jean-Claude Juncker vis-à-vis des demandes britanniques, la première provoquant la rupture avec la papauté par l’édiction en 1534 de l’Acte de suprématie qui fit du roi d’Angleterre le chef suprême de son Eglise, la seconde amenant les Britanniques à quitter l’Union européenne. Le désarroi qui saisit les Britanniques à la suite du Brexit est d’ailleurs absolument similaire aux doutes qui traversèrent l’Angleterre du XVIème siècle et qui amenèrent Marie Tudor, fille d’Henry VIII, à vainement tenter de restaurer le catholicisme, provoquant à cette occasion de nombreuses violences. C’est peut-être le souvenir inconscient de ces évènements qui poussa David Cameron, pour couper court à tout contre-Brexit belliqueux mais vain, à proclamer haut et fort que ce dernier était définitif. Si l’on admet la similitude de nature entre le dogme bruxellois et le catéchisme romain, alors le Brexit emporte une signification plus profonde, qui nous emmène au-delà de l’épopée d’Albion. L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet: faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire. Seul le libéralisme intégral prôné par Bruxelles peut accueillir une telle ambition, et une telle dévotion, en tant qu’il se propose de remplacer l’homme d’avant, attaché à sa terre, à sa foi, à ses valeurs, à sa culture, à sa liberté politique, autant de forces qui actionnent les leviers tragiques de l’Histoire, par un homme nouveau, qui ne serait plus animé que par une seule préoccupation: la satisfaction consumériste de ses besoins. Le marché européen pourrait donc, dans cette optique, remplacer le politique et ses disputes surannées, et offrir enfin aux hommes européens le Saint Graal de la fin de l’Histoire: l’avènement d’un monde immobile vitrifié par l’échange marchand. La loi de l’offre et de la demande, qui donnerait à tout désir son juste prix, pourrait enfin stopper le cours des guerres, la marche des siècles, voire l’expansion de l’univers. Mais voilà que patatras, le Royaume-Uni vient, à son corps défendant, de briser le mythe! Voilà que l’ «Anglois abominatif», qui a nourri en son sein les pères de l’Eglise du libre-échange (David Ricardo), de la toute-puissance du marché (Adam Smith) et de l’utilitarisme (Jeremy Bentham), piliers idéologiques et religieux de l’Europe de la CECA (ancien testament), du traité de Rome (évangile), de l’Acte (de l’apôtre) unique et de toutes ses directives (canoniques), a subitement décidé de redémarrer l’Histoire, comme on le ferait du moteur poussiéreux d’une vieille Bentley décapotable qui n’aurait ni la climatisation ni le radar de parking, mais qui nous rendrait nos vingt ans et le goût de l’aventure. Ce qu’ont exprimé les Britanniques, ce n’est pas tant le souhait de reprendre leur indépendance vis-à-vis d’une Europe dont il font de toute façon partie que de rompre avec l’idéologie mortifère par laquelle Bruxelles essaie de convaincre les peuples, depuis près de soixante ans, qu’il doivent cesser de désirer quoique ce soit d’autre que de prier dans les supermarchés. Je n’ai aucune fascination pour le tragique de l’Histoire, dont ma famille a, comme beaucoup d’autres, payé le prix. Mais cette Histoire enseigne justement que les plus grandes utopies de paix définitive ont engendré, au nom du Bien et du Progrès, les plus vilains massacres. Pierre-Henri Argenson
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
The most striking thing about Britain’s break with the EU is this: it’s the poor wot done it. Council-estate dwellers, Sun readers, people who didn’t get good GCSE results (which is primarily an indicator of class, not stupidity): they rose up, they tramped to the polling station, and they said no to the EU. It was like a second peasants’ revolt, though no pitchforks this time. The statistics are extraordinary. The well-to-do voted Remain, the down-at-heel demanded to Leave. The Brexiteer/Remainer divide splits almost perfectly, and beautifully, along class lines. (…) of the 50 areas of Britain that have the highest number of people in social classes D and E — semi-skilled and unskilled workers and unemployed people — only three voted Remain. Three. That means 47 very poor areas, in unison, said no to the thing the establishment insisted they should say yes to. Let’s make no bones about this: Britain’s poor and workless have risen up. And in doing so they didn’t just give the EU and its British backers the bloodiest of bloody noses. They also brought crashing down the Blairite myth of a post-class, Third Way Blighty, where the old ideological divide between rich and poor did not exist, since we were all supposed to be ‘stakeholders’ in society. Post-referendum, we know society is still cut in two, not only by economics but by politics too. This isn’t just about the haves and have-nots: it’s a war of views. The wealthier sections of society like it when politics involves detached cosmopolitan institutions and the poorer people don’t. The less well-off have just asserted their stake in society and the chattering classes — who peddled all the nonsense about a ‘stakeholder society’ in the first place — aren’t happy about it. This peasants’ revolt has sent shockwaves through the elite and, like anthropologists investigating some mysterious tribe, they’re now frantically trying to work out why it happened. They’ve come up with two answers — one fuelled by rage, the other by something worse: pity. The ragers say the plebs voted Leave because they’re a bit racist and got hoodwinked by the shiny, xenophobic demagoguery of the likes of Nigel Farage. This idea — that the poor are easy prey for demagogues — is the same claptrap the Chartists had to put up with in the 1840s. Their snooty critics frequently told them that, since the poor do not have a ‘ripened wisdom’ they are ‘more exposed than any other class… to be converted to the vicious ends of faction’. Now, the metropolitan set once again accuse the little people of exactly the same thing. Surveys, however, dent this claim that the anti-EU throng was driven by disdain for foreigners. In a post-vote ComRes poll, only 34 per cent of Leave voters cited concern about immigration as their main reason for voting out (and concern about immigration isn’t necessarily racism). A majority, 53 per cent, said they rejected the EU because they think Britain should make its own laws. So this swath of the country, defamed as a brainless pogrom-in-waiting, was actually voting for democracy. Then came the pitiers. Their diagnosis was a therapeutic one: that the less well-off suffered a spasm of anger. That they felt so ignored they decided to lash out crazily, but understandably. Don’t be sucked in by this seemingly caring, Oprah-esque analysis of the masses, for it is also a way of demeaning their democratic choice by treating it as a primal scream rather than a political statement. It turns a conscious rebellion against the establishment outlook into a soppy plea for more listening exercises. But my take, from talking to numerous Leave voters, is not that they feel slighted by the political class but that they oppose it. Their concern isn’t that the elite is ignoring them but rather that it is interfering too much. They are sick of being castigated for their way of life. People have a strong sense of being ruled over by institutions that fundamentally loathe them, or at least consider them to be in dire need of moral and social correction. (…) They feel patronised, slandered and distrusted, not ignored. They feel their working-class culture and attitudes are viewed with contempt. These are the kind of people looked upon by officialdom as unhealthy and un-PC, too rowdy at the football, too keen to procreate, too fond of booze, too sweary: too attached to the idea of England. This rebellion wasn’t caused by racism or a paroxysm of infantile anger. It was considered. The workers spied an opportunity to take the elite that despises them down a peg or two — and they seized it. They asserted their power, and in the process, blimey: they changed the world. Brendan O’Neill

 C’est les sans-dents, imbécile !

Au lendemain du fiasco électoral que l’on sait …

Comment ne pas voir avec le Spectator et les fameux tableaux vivants de Red Saunders

Derrière la folie tant d’un système de décision

Que de responsables politiques aussi arrogants qu’irresponsables

Et loin des explications faciles de nos belles âmes et de nos beaux esprits …

La même hypocrisie et le même mépris face à des masses laborieuses prétendument racistes et rétrogades

Qui avaient inspiré il y a quelque 600 ans …

Toute une génération de survivants de la Peste noire …

Paysans mais surtout artisans et membres frustrés du clergé ou de la noblesse …

Poussés à bout par la levée de nouvelles taxes pour financer la Guerre dite de cent ans …

A marcher sur Londres jusqu’à faire vaciller un moment  le pouvoir royal lui-même ?

Brexit voters are not thick, not racist: just poor
By forcing Britain to quit the EU they have given a bloody nose to an elite that views them with contempt
Brendan O’Neill
The Spectator
2 July 2016

The most striking thing about Britain’s break with the EU is this: it’s the poor wot done it. Council-estate dwellers, Sun readers, people who didn’t get good GCSE results (which is primarily an indicator of class, not stupidity): they rose up, they tramped to the polling station, and they said no to the EU.

It was like a second peasants’ revolt, though no pitchforks this time. The statistics are extraordinary. The well-to-do voted Remain, the down-at-heel demanded to Leave. The Brexiteer/Remainer divide splits almost perfectly, and beautifully, along class lines. Of local authorities that have a high number of manufacturing jobs, a whopping 86 per cent voted Leave. Of those bits of Britain with low manufacturing, only 42 per cent did so. Of local authorities with average house prices of less than £282,000, 79 per cent voted Leave; where house prices are above that figure, just 28 per cent did so. Of the 240 local authorities that have low education levels — i.e. more than a quarter of adults do not have five A to Cs at GCSE — 83 per cent voted Leave. Then there’s pay, the basic gauge of one’s place in the pecking order: 77 per cent of local authorities in which lots of people earn a low wage (of less than £23,000) voted Leave, compared with only 35 per cent of areas with decent pay packets.

It’s this stark: if you do physical labour, live in a modest home and have never darkened the door of a university, you’re far more likely to have said ‘screw you’ to the EU than the bloke in the leafier neighbouring borough who has a nicer existence. Of course there are discrepancies. The 16 local authorities in Scotland that have high manufacturing levels voted Remain rather than Leave. But for the most part, class was the deciding factor in the vote. This, for me, is the most breathtaking fact: of the 50 areas of Britain that have the highest number of people in social classes D and E — semi-skilled and unskilled workers and unemployed people — only three voted Remain. Three. That means 47 very poor areas, in unison, said no to the thing the establishment insisted they should say yes to.

Let’s make no bones about this: Britain’s poor and workless have risen up. And in doing so they didn’t just give the EU and its British backers the bloodiest of bloody noses. They also brought crashing down the Blairite myth of a post-class, Third Way Blighty, where the old ideological divide between rich and poor did not exist, since we were all supposed to be ‘stakeholders’ in society. Post-referendum, we know society is still cut in two, not only by economics but by politics too. This isn’t just about the haves and have-nots: it’s a war of views. The wealthier sections of society like it when politics involves detached cosmopolitan institutions and the poorer people don’t. The less well-off have just asserted their stake in society and the chattering classes — who peddled all the nonsense about a ‘stakeholder society’ in the first place — aren’t happy about it.

This peasants’ revolt has sent shockwaves through the elite and, like anthropologists investigating some mysterious tribe, they’re now frantically trying to work out why it happened. They’ve come up with two answers — one fuelled by rage, the other by something worse: pity. The ragers say the plebs voted Leave because they’re a bit racist and got hoodwinked by the shiny, xenophobic demagoguery of the likes of Nigel Farage.

This idea — that the poor are easy prey for demagogues — is the same claptrap the Chartists had to put up with in the 1840s. Their snooty critics frequently told them that, since the poor do not have a ‘ripened wisdom’ they are ‘more exposed than any other class… to be converted to the vicious ends of faction’. Now, the metropolitan set once again accuse the little people of exactly the same thing.

Surveys, however, dent this claim that the anti-EU throng was driven by disdain for foreigners. In a post-vote ComRes poll, only 34 per cent of Leave voters cited concern about immigration as their main reason for voting out (and concern about immigration isn’t necessarily racism). A majority, 53 per cent, said they rejected the EU because they think Britain should make its own laws. So this swath of the country, defamed as a brainless pogrom-in-waiting, was actually voting for democracy.

Then came the pitiers. Their diagnosis was a therapeutic one: that the less well-off suffered a spasm of anger. That they felt so ignored they decided to lash out crazily, but understandably. Don’t be sucked in by this seemingly caring, Oprah-esque analysis of the masses, for it is also a way of demeaning their democratic choice by treating it as a primal scream rather than a political statement. It turns a conscious rebellion against the establishment outlook into a soppy plea for more listening exercises.

But my take, from talking to numerous Leave voters, is not that they feel slighted by the political class but that they oppose it. Their concern isn’t that the elite is ignoring them but rather that it is interfering too much. They are sick of being castigated for their way of life. People have a strong sense of being ruled over by institutions that fundamentally loathe them, or at least consider them to be in dire need of moral and social correction.

In Burnt Oak, the tiny working-class suburb in north-west London where I grew up, it wasn’t hard to find Leave voters, even though the borough, Barnet, voted Remain by 100,000 to 61,000 votes. All said a similar thing: ‘They look down on us.’ Everyone I spoke to said they’d had a gutful of being branded racist simply because they feel British. To prove that foreigner-bashing isn’t their thing, many of them point out that they work and socialise with Romanians (of whom there are huge numbers in Burnt Oak).

They feel patronised, slandered and distrusted, not ignored. They feel their working-class culture and attitudes are viewed with contempt. These are the kind of people looked upon by officialdom as unhealthy and un-PC, too rowdy at the football, too keen to procreate, too fond of booze, too sweary: too attached to the idea of England.

This rebellion wasn’t caused by racism or a paroxysm of infantile anger. It was considered. The workers spied an opportunity to take the elite that despises them down a peg or two — and they seized it. They asserted their power, and in the process, blimey: they changed the world.

Voir aussi:

The London Riots 1381: The blood-soaked uprising which changed the face of England forever
Professor John Gillingham
The Daily Mail
30 September 2011

They make for a rag-tag army. One of them is an elderly shepherd armed with nothing more deadly than his crook, another is a young boy who clings for protection to the drum with which he has bravely set the pace of their advance.

Nearby, a fierce-looking youth is spattered with blood from the severed head he carries on top of a long pole.

Others brandish the flaming torches with which they have set London ablaze, and in front of them stands a  thick-set brute, his face glistening with sweat from the battles recently won and his sword drawn ready for those that lie ahead.

Rag-tag army: The Peasants’ Revolt of 1381 was the uprising that saw tens of thousands of England’s poorest countrymen come close to overthrowing the establishment
It is this man, Wat Tyler, whose name will go down in history. As leader of the Peasants’ Revolt of 1381, he will be remembered for the uprising that saw tens of thousands of his poorest countrymen come close to overthrowing the establishment.

Until now, we have had only the illustrations in history books to help  us picture their struggle. But thanks  to the work of British photographer  Red Saunders, we can come closer than ever to appreciating their deadly determination.

Saunders specialises in photographing huge tableaux vivants, living pictures in which dozens of actors recreate key moments in British history.

His latest creations, showcased in a new exhibition in Bradford, include this depiction of the Peasants’ Revolt, and it offers many fascinating insights into why the uprising happened — and why it took the bloody course that it did.

The first lies in the extraordinary array of weapons featured in the photograph. Alongside the swords and pikes, whose steel glints in the fiery glow over London, we see pick-axes, pitchforks and scythes more usually wielded on farms, but put to lethal new use as implements of death.

This reminds us that the insurgents were not political saboteurs, but ordinary men and women, usually content to fight only the elements as they struggled to make a living from the land, but driven to mutiny and murder by the actions of their over-bearing and greedy rulers.

Just 30 years previously, the Black Death had killed a third of the population — which then numbered between two and three million.

Many of those depicted in the photograph will have lost family or friends to a catastrophe unimaginable by modern standards.

Though it would not have helped these peasants in their grief, there was one ‘benefit’ of this sudden cull of much of the nation’s workforce. With fewer labourers to work the land, demand for their services was all  the higher.

Their wages should have risen accordingly, but in the years leading up to the Peasants’ Revolt a series of statutes were introduced imposing an ungenerous limit on the wages farm labourers could be paid.

On top of this were the frustrations  of serfdom, the centuries-old practice by which some peasants were still forced to work part of the time free of charge for their rich and powerful landlords.

And then there was the introduction of a series of poll taxes to help fund the latest wars with France.

Everyone had to pay a shilling — a pittance for the ruling classes, but a significant amount for those bound to them in serfdom.

As if this was not provocative enough, the commissioners sent out to enforce these payments often abused their power, particularly when it came to investigating whether young girls in a household were over 15, the age at which the poll tax became payable.

Frightened girls were forced to lift their skirts while these officials examined them for signs of maturity and sexual experience. If a girl was no longer a virgin, she was deemed old enough to pay the poll tax, whether she had reached 15 or not.

Such outrages fomented public opinion, and matters appear to have reached a tipping point in May 1381, following the visit of a tax collector to the Essex village of Fobbing.

Fascinating insight: Just 30 years previously, the Black Death killed a third of the population. Many of those in the image will have lost family or friends to the catastrophe

The residents took great umbrage at his presence and threw him out, later giving the same treatment to soldiers sent to re-establish law and order by the 14-year-old Richard II.

Unrest spread quickly throughout the South-East. The following month, a group of men marched on Rochester Castle in Kent and freed a man imprisoned for refusing to work as a serf.

They were led by Wat Tyler, a man we know little about except that, as his name suggests, he may have been a roofer by trade.

The efficiency with which he led his forces suggests he had experience as a soldier, perhaps as part of a militia raised by the local lord to join in the war against France.

Deadly: As the drunken in this part of the image suggests, some of the rebels liked a drink. A few were burnt to death when they became too inebriated to escape fire
Soon there were two great  peasant armies marching on London — one led by Tyler, the other a  contingent from Essex under the command of a man called Jack Straw, most likely a thatcher.

Many thousands in number, their ranks included trained soldiers, as suggested by the photograph, but there were many civilians, too, including those like the blood-smeared blacksmith seen on Wat Tyler’s right, the understandably fearful-looking shepherd next to the drummer boy, and the young farmhand placing a protective arm around his pregnant wife, who is presumably a camp follower.

In the words of medieval poet John Gower: ‘Savage hordes approached the city like waves of the sea/At their head a peasant captain urged the madmen on/With cruel eagerness for slaughter, he shouted: “Burn and Kill.” ’

En route, they destroyed many tax records and registers, and beheaded several tax officials who tried to stop them.

Their march must have been a  terrifying prospect for the nation’s rulers, but it’s important to understand these people were not rising up against the young King. They were patriots, as suggested by the flag of St George on the right of the photograph.

Indeed, the Kent contingent gave instructions that no one living within ten miles of the South Coast was allowed to join them because these men were needed to repel any French invaders who might take advantage of their absence.

Their argument was with the King’s advisers and, with the help of Londoners who opened the gates of the city for them, they began their attacks on those they believed responsible for their oppression.

Along the way, their targets included many lawyers, as representatives of the judicial system that had kept peasants in serfdom and wages low — it is perhaps one of these unfortunates whose head is being paraded so proudly by the rebels in the photograph.

Soon they reached their ultimate prize, the Palace of Savoy, the  official residence of John of Gaunt, the King’s uncle and the real power behind the throne.

It is this great fortress — where the Savoy hotel stands today — that can be seen burning in the picture.

Luckily for John of Gaunt, he was away at the time, dealing with border disputes in Scotland, for he would almost certainly have been executed, too.

As it was, his palace was virtually destroyed though not, it’s interesting to note, looted.

As the drunken man to the right of the photograph suggests, some of the rebels liked a drink. A few of them were burnt to death when they invaded the palace’s wine  cellar and became too inebriated to escape the flames from a fire started by their fellow peasants.

But when another raider stole a piece of silver from the treasury and tried to hide it, his companions threw both it and him into the fire, saying they were lovers of truth and justice, not thieves.

The sack of the Savoy Palace must have been an electrifying moment for the rebels. Soon they went on to storm the Tower of London, seizing and beheading the Archbishop of Canterbury and the Prior of St John’s, Clerkenwell.

This was not because these two unfortunates were churchmen, but because they held high political office, being the equivalent of the prime minister and Chancellor of the Exchequer today.

Historical ‘evidence’: Leveller Women in the English Revolution, 1647 is another of Red Saunders’ ‘tableaux vivants’ which recreates famous – and not so famous – scenes from the past
To avoid further trouble, the King agreed to meet Tyler in Smithfield, just outside the eastern city walls.

Whether or not this was a deliberate trap has been debated ever since, but during the meeting the Mayor of London, outraged by Tyler’s demands and his arrogant manner when talking to the King, drew his dagger and stabbed him in the neck.

The rebel leader was taken to St Barts hospital but, on the Mayor’s orders, he was dragged from his bed and beheaded.

Suddenly, the revolt was over, just a few days after it began, and 150 of the protesters were later hanged for treason.

Yet the revolt had not been entirely in vain. The poll tax was abolished soon afterwards and it would be another 300 years before the ministers of Charles I would attempt to reintroduce it.

Successive governments, it seemed, were haunted by the ‘people power’ demonstrated during the Peasants’ Revolt. Looking at the rather fearsome bunch of characters assembled in this photograph, it’s easy to understand why.

Voir également:

Anti-Brexit Elites Aren’t the Ones Who Suffer from Their Policies
Victor Davis Hanson
National Review Online
July 1, 2016

Following the Brexit, Europe may witness even more plebiscites against the undemocratic European Union throughout the continent.

The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes.

But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business.

The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity.

On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania.

Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform.

In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract.

The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention.

Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights.

No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays.

Many Americans were bewildered by the logic. It’s reasonable to conclude that the shooter was conflicted over his religion’s strict prohibitions about his lifestyle — and especially the American brand of tolerance as exemplified by the nightclub. Mateen’s immigrant father from Afghanistan is a crude homophobe who had praised the murderous Taliban. Mateen somehow had cleared all background checks and on at least two occasions had been interviewed and dismissed by the FBI.

In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection.

Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun.

In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant.

The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh.

America’s version of the British antidote to elite hypocrisy is the buffoonish populist Donald Trump. Like the architects of Brexit, he arose not from what he was for, but what he said he was against.

Voir encore:

Obama’s Brexit overreach is typical of his arrogance
The British politicians counting on his endorsement don’t understand the resentment he can cause
Tim Montgomerie
The Spectator
23 April 2016

Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him.

Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne.

The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable.

That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’.

It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’.

It’s natural that Britain’s admirers want us to stay in the EU. As the former Australian PM, Tony Abbott, recently put it, ‘There is no international problem that British involvement doesn’t improve’, and ‘no international organisation that British membership doesn’t help’. Abbott, Obama and countless other global politicians don’t worry much about what EU membership means for the British economy or British democracy. They simply want us to put our national interests second and the wider interest first. Few of them would allow citizens of much poorer neighbouring states to have full rights to live and work in their countries or let foreign courts change their laws. But that, apparently, is what Britain should accept.

The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions.

All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’.

It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation.

It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans.

You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband.

Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault.

Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too.

Voir de plus:

Le Brexit face à Bruxelles, c’est l’Eglise anglicane face au Vatican
Pierre-Henri d’Argenson
Le Figaro
01/07/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE : Pour Pierre-Henri d’Argenson, le Brexit ressemble à la fondation de l’Eglise anglicane par Henry VIII. Portant le «religieux projet européen, Mgr Juncker, évêque de Bruxelles, rêve d’apporter la paix libérale au monde et de suspendre l’histoire».

Pierre-Henri d’Argenson est haut-fonctionnaire, titulaire d’un master de politique européenne ( London School of Economics), fin connaisseur des affaires européennes et ancien maître de conférences à Sciences Po Paris en Questions internationales.

L’Union européenne est calquée, dans son essence, sur l’Eglise de Rome et sur le fonctionnement de la foi catholique (dans sa période moyen-âgeuse): dirigée par un pape président de la Commission européenne désigné et contrôlé par la Curie des Etats-membres, elle est la gardienne d’un dogme profane intransigeant dont elle contrôle la stricte observance par ses fidèles à travers l’Europe, sous peine de procès en hérésie et de mises à l’index.

Il est donc évident, pour qui se penche sur le temps long de l’histoire européenne, que le Brexit a un sens éminemment religieux: c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements, de la même façon que le souverain anglais avait tenté de faire annuler son mariage avec Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. L’intransigeance du pape Clément VII

le Brexit a un sens éminemment religieux : c’est le remake de la fondation de l’Eglise anglicane. Ainsi vit-on David Cameron, nouvel Henry VIII, exiger en vain de la Commission, Vatican des européistes, qu’elle accorde au Royaume-Uni le droit de divorcer de certains de ses règlements.
n’eut d’égal que celle de l’évêque de Bruxelles Jean-Claude Juncker vis-à-vis des demandes britanniques, la première provoquant la rupture avec la papauté par l’édiction en 1534 de l’Acte de suprématie qui fit du roi d’Angleterre le chef suprême de son Eglise, la seconde amenant les Britanniques à quitter l’Union européenne.

Le désarroi qui saisit les Britanniques à la suite du Brexit est d’ailleurs absolument similaire aux doutes qui traversèrent l’Angleterre du XVIème siècle et qui amenèrent Marie Tudor, fille d’Henry VIII, à vainement tenter de restaurer le catholicisme, provoquant à cette occasion de nombreuses violences. C’est peut-être le souvenir inconscient de ces évènements qui poussa David Cameron, pour couper court à tout contre-Brexit belliqueux mais vain, à proclamer haut et fort que ce dernier était définitif.

Si l’on admet la similitude de nature entre le dogme bruxellois et le catéchisme romain, alors le Brexit emporte une signification plus profonde, qui nous emmène au-delà de l’épopée d’Albion. L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet: faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire. Seul le libéralisme intégral prôné par Bruxelles peut accueillir une telle ambition, et une telle dévotion, en tant qu’il se propose de remplacer l’homme d’avant, attaché à sa terre, à sa foi, à ses valeurs, à sa culture, à sa liberté politique, autant de forces qui actionnent les leviers tragiques de l’Histoire, par un homme nouveau, qui ne serait plus animé que par une seule préoccupation: la satisfaction consumériste de ses besoins.

L’idéologie européenne doit en effet son succès à l’essence millénariste de son projet : faire advenir le Royaume de la paix sur l’Europe, pour se donner en exemple à imiter dans le monde entier ; et pour cela, en terminer, une fois pour toutes, avec l’Histoire.
Le marché européen pourrait donc, dans cette optique, remplacer le politique et ses disputes surannées, et offrir enfin aux hommes européens le Saint Graal de la fin de l’Histoire: l’avènement d’un monde immobile vitrifié par l’échange marchand. La loi de l’offre et de la demande, qui donnerait à tout désir son juste prix, pourrait enfin stopper le cours des guerres, la marche des siècles, voire l’expansion de l’univers.

Mais voilà que patatras, le Royaume-Uni vient, à son corps défendant, de briser le mythe! Voilà que l’ «Anglois abominatif», qui a nourri en son sein les pères de l’Eglise du libre-échange (David Ricardo), de la toute-puissance du marché (Adam Smith) et de l’utilitarisme (Jeremy Bentham), piliers idéologiques et religieux de l’Europe de la CECA (ancien testament), du traité de Rome (évangile), de l’Acte (de l’apôtre) unique et de toutes ses directives (canoniques), a subitement décidé de redémarrer l’Histoire, comme on le ferait du moteur poussiéreux d’une vieille Bentley décapotable qui n’aurait ni la climatisation ni le radar de parking, mais qui nous rendrait nos vingt ans et le goût de l’aventure. Ce qu’ont exprimé les Britanniques, ce n’est pas tant le souhait de reprendre leur indépendance vis-à-vis d’une Europe dont il font de toute façon partie que de rompre avec l’idéologie mortifère par laquelle Bruxelles essaie de convaincre les peuples, depuis près de soixante ans, qu’il doivent cesser de désirer quoique ce soit d’autre que de prier dans les supermarchés. Je n’ai aucune fascination pour le tragique de l’Histoire, dont ma famille a, comme beaucoup d’autres, payé le prix. Mais cette Histoire enseigne justement que les plus grandes utopies de paix définitive ont engendré, au nom du Bien et du Progrès, les plus vilains massacres. La vie est mouvement, et les hommes de paix valent mieux que tous les petits livres.

C’est vrai, finalement, ce Brexit a le goût du péché, et il n’est sûrement pas très raisonnable. Mais Dieu qu’il fait du bien!

Voir de plus:

Alain Finkielkraut : « Nul n’est prêt à mourir pour l’Europe »
Sans essayer de deviner quelle sera la suite pour l’UE et le Royaume-Uni, le philosophe explique les raisons du désaveu anglais de la cause européenne.
Propos recueillis par Saïd Mahrane

Le Point

30 juin 2016

Le Point : Le Brexit n’est-il pas, selon vous, la preuve de la difficulté pour les peuples d’éprouver un sentiment à la fois national et européen ?

Alain Finkielkraut : Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck.

Mais beaucoup d’intellectuels de votre génération, qui ont grandi avec le récit traumatique de la Seconde Guerre mondiale, pensent précisément comme Ulrich Beck…

J’aurais moi-même pu penser de la sorte si je n’avais pas croisé la route de grands écrivains d’Europe centrale : Czeslaw Milosz, Kazimierz Brandys et surtout Milan Kundera. Ce sont eux qui ont fait de moi un Européen. Face au communisme russe, ils ne défendaient pas seulement la démocratie et les droits de l’homme, ils défendaient aussi une civilisation. L’Europe était leur identité. Ils m’ont réveillé de mon universalisme facile et ils m’ont fait comprendre que le passé de l’Europe ne se réduisait pas à ses crimes.

Comment dépasser ces traumatismes historiques qui, selon vous, interdisent la transmission de l’héritage européen ?

Il ne faut pas faire le cadeau de l’Europe à Hitler. L’Allemagne, c’est Bach, Goethe, Caspar Friedrich. De même, l’histoire de France ne se réduit pas à la collaboration ou à la guerre d’Algérie. Avec le sens de la continuité historique, les peuples européens doivent retrouver la véritable signification de l’hospitalité. Être hospitalier, c’est offrir quelque chose à celui qu’on reçoit. D’où le rôle névralgique de l’école.

Quand on habite dans une cité ouvrière d’Everton, dans le nord de l’Angleterre, ou dans une zone périurbaine en France, cet héritage est difficilement perceptible à l’œil nu…

La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe.

Certes, mais durant cette campagne, une hostilité s’est manifestée à l’endroit du travailleur polonais, qui est blanc, européen, chrétien…

L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions.

Que vous inspire cette phrase de Stefan Zweig : « L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen » ?

Je ne considère pas que le fait de vouloir être majoritaire dans son propre pays relève de l’égoïsme. C’est une aspiration absolument légitime, qu’il est absurde de criminaliser. Dans son article capital Un Occident kidnappé, la tragédie de l’Europe centrale, Milan Kundera raconte qu’en septembre 1956, le directeur de l’agence de presse de Hongrie envoya par télex dans le monde entier ce message sur l’offensive russe déclenchée contre Budapest et qui allait écraser son bureau : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. » Il affirmait d’un même souffle son identité nationale et son identité européenne.

Alors, précisément, qui serait prêt aujourd’hui à mourir pour l’Europe ?

Il faut arrêter de se payer de mots : nul n’est prêt à mourir. Mais on peut vouloir se défendre. Si renaît le patriotisme en France, si les bobos de la génération Bataclan en viennent à se réconcilier avec le drapeau tricolore et l’hymne national, c’est parce que notre pays est attaqué et, par-delà notre pays, l’Occident « idolâtre », « impie », « dominé par les juifs ». La découverte de cette fragilité peut faire renaître un sentiment européen. Mais nous payons aussi l’enseignement de l’oubli. La culture occupe une place de plus en plus réduite dans nos sociétés. J’éprouve un sentiment de tristesse, d’accablement lorsque je regarde le concours de l’Eurovision. L’Europe, c’était le maximum de diversité dans le minimum d’espace ; l’Eurovision, c’est l’apothéose de l’uniformité. Tous les chanteurs hurlent en anglais et leurs musiques sont devenues indiscernables. L’Europe se vide d’elle-même.

D’aucuns, tel Daniel Cohn-Bendit, considèrent que l’exaltation de l’identité nationale dessert la cause européenne. Vous sentez-vous fautif ?

Absolument pas. Durant dix ans j’ai dirigé une revue intitulée Le Messager européen. J’ai publié notamment un très beau texte de Ludvik Vaculik, l’un des grands protagonistes du printemps de Prague. Il y disait notamment que « c’est par les différences de langue, de foi, de métier que l’Européen a cultivé sa personnalité ». Cette personnalité multiple ne doit pas mourir. Défaire l’Europe pour faire l’Europe, ce n’est pas le bon chemin.

Qu’y a-t-il de commun, selon vous, entre un Irlandais et un Grec ?

Yeats et Cavafy [William Butler Yeats et Constantin Cavafy, poètes irlandais et grec : NDLR].

Très élitiste !

C’est élitiste, car l’école ne fait plus son travail. L’enseignement humaniste a créé l’Europe. Nous aurions dû rester fidèles à cette inspiration. Mais la culture, si longtemps garante de l’unité de l’Europe, est maintenant chassée de partout, même des billets de banque, qui ne représentent plus que des aqueducs ou des ponts.

La langue n’est-elle pas un frein définitif au sentiment d’appartenance européen ? Hannah Arendt disait : « Chaque langue a une façon d’interpréter le monde et les grandes énigmes, produit des investissements imaginaires qui lui sont propres. Elle crée un trait identitaire entre les personnes qui la parlent. C’est une façon de voir et de sentir. »

La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. De là vient qu’un Français éprouve, en Italie ou aux Pays-Bas, un sentiment mêlé d’étrangeté et de familiarité, de dépaysement et de reconnaissance.

Peut-on faire, selon vous, un lien entre le vote pro-Brexit, le vote trumpiste et le vote lepéniste ?

J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main.

Voir par ailleurs:

La polémique sur les « sans-dents » en cinq actes

France tvinfo

 11/09/2014

C’est l’une des révélations de « Merci pour ce moment » les plus dévastatrices pour François Hollande. Depuis la publication du livre, le chef de l’Etat tente d’éteindre la polémique lancée par son ex-compagne Valérie Trierweiler.

« Je suis catastrophé », a-t-il écrit par SMS à une amie. Selon les dires de son entourage, François Hollande a été « atterré » lorsqu’il a appris la publication, à la surprise générale, de Merci pour ce moment, le livre choc de Valérie Trierweiler. Et pour cause : l’ex-Première dame brosse un portrait accablant du chef de l’Etat qui, selon elle, « n’aime pas les pauvres ». Elle lui attribue même une expression hautement polémique, les « sans-dents », pour parler des plus défavorisés.

Une attaque très dure pour un président de gauche. François Hollande s’est dit blessé par la charge de son ancienne compagne, sans toutefois démentir farouchement l’expression. D’après les informations de L’Express, Valérie Trierweiler se dit maintenant prête à fournir les preuves, en cas de procès pour diffamation, de la véracité de ses propos. Retour sur la vraie bombe à retardement de Merci pour ce moment.

Acte 1 : Trierweiler attribue « les sans-dents » à Hollande

La veille de la sortie du récit du passage éphémère de Valérie Trierweiler à l’Elysée, mercredi 3 septembre, l’hebdomadaire Paris Match, employeur de l’ancienne Première dame, publie les bonnes feuilles de l’ouvrage. Parmi les extraits révélés, un passage en particulier retient l’attention. « Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches, écrit Valérie Trierweiler à propos de François Hollande. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : ‘les sans-dents’, très fier de son trait d’humour. »

Acte 2 : François Hollande s’exprime sur le sujet

Vendredi 5 septembre, à l’issue un sommet de l’Otan à Newport (Royaume-Uni), François Hollande réagit à la publication de Merci pour ce moment« Je n’accepterai jamais, déclare-t-il, que puisse être remis en cause ce qui est l’engagement de toute ma vie. » Et le président de la République d’ajouter, en référence à l’expression « les sans-dents » qui lui est attribuée : « Je suis à leur service, les plus humbles, les plus fragiles, les plus pauvres, c’est ma raison d’être. »

Acte 3 : les proches du président prennent sa défense

Dans la foulée, plusieurs membres de la classe politique contestent les faits rapportés par l’ex-Première dame. C’est « n’importe quoi« , réplique Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, sur BFMTV« C’est le contraire de l’engagement politique d’un grand responsable de gauche, socialiste. C’est le contraire de son identité politique », poursuit-elle. Pour Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, « le portrait implicite qui est décrit de [François Hollande] n’est absolument pas la réalité que l’on peut percevoir ».

Ségolène Royal estime en outre qu’il faut « juger les hommes politiques sur leurs actes », rappelant « l’attention portée aux plus précaires » en Corrèze, lorsque François Hollande était à la tête du département. Sophie Dessus, actuelle députée de Corrèze, fait même visiter la chambre d’étudiant (spartiate) du chef de l’Etat lorsqu’il était maire de Tulle, en espérant sans doute démontrer la simplicité du président.

Acte 4 : François Hollande se dit blessé par ces attaques

Le 10 septembre, François Hollande tente, à nouveau, d’éteindre la polémique déclenchée par la petite phrase. Dans une interview au Nouvel Observateur, il se défend de ne pas aimer les « pauvres ». « Je ne veux pas qu’on puisse dire ou écrire que je me moque de la douleur sociale, car c’est un mensonge qui me blesse, riposte le chef de l’Etat. Cette attaque sur les pauvres, les démunis, je l’ai vécue comme un coup porté à ma vie tout entière. » Et d’ajouter : « Dans toutes mes fonctions, dans tous mes mandats, je n’ai pensé qu’à aider, qu’à représenter ceux qui souffrent. »

Acte 5 : Valérie Trierweiler dit avoir une preuve

Mais le président ne nie pas, dans cet entretien à l’Obs, avoir employé la formule. Et ce n’est pas un hasard, selon L’Express, puisque Valérie Trierweiler détiendrait la preuve de ce qu’elle avance dans son livre. L’hebdomadaire croit savoir que l’ex-Première dame a ainsi confié à des proches qu’elle pourrait la sortir si besoin. Et potentiellement en cas de procès pour diffamation ?

En outre, l’ancienne compagne de Hollande aurait conservé tous les textos du chef de l’Etat. Ce qui représente « une arme nucléaire entre les mains d’une femme prête à tout pour prendre sa revanche », lâche L’Express.


Brexit: Attention, une folie peut en cacher une autre ! (Spot the error: When the international standard for breaking up a country is less demanding than a vote on the drinking age or than the rules for a couple seeking a divorce)

27 juin, 2016
PopulationExchangeBrexitBrexitToonSi vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. Churchill
Les principes républicains n’exigent point qu’on se laisse emporter au moindre vent des passions populaires ni qu’on se hâte d’obéir à toutes les impulsions momentanées que la multitude peut recevoir par la main artificieuse des hommes qui flattent ses préjugés pour trahir ses intérêts. Le peuple ne veut, le plus ordinairement, qu’arriver au bien public, cela est vrai ; mais il se trompe souvent en le cherchant […]. Lorsque les vrais intérêts du peuple sont contraires à ses désirs, le devoir de tous ceux qu’il a préposés à la garde de ses intérêts est de combattre l’erreur dont il est momentanément la victime afin de lui donner le temps de se reconnaître et d’envisager les choses de sang-froid. Et il est arrivé plus d’une fois qu’un peuple, sauvé ainsi des fatales conséquences de ses propres erreurs, s’est plu à élever des monuments de reconnaissance aux hommes qui avaient eu le magnanime courage de s’exposer à lui déplaire pour le servir. Alexander Hamilton (1788)
Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions, alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments. James Madison
Si le public était exclu, il serait toujours amené à supposer que la vérité n’a pas été rapportée, ou qu’une partie était supprimée, et que beaucoup de choses se sont passées dont il n’a pas connaissance. Jeremy Bentham (1791)
Pourquoi le besoin de cohérence serait-il un facteur contraignant dans un débat public ? On peut imaginer deux raisons, l’une relative aux sujets de la décision à prendre et l’autre relative aux observateurs du débat. D’une part, lorsqu’une proposition a été lancée de manière publique, elle devient  facilement irréversible si ceux qui vont en profiter sont capables d’en empêcher le retrait. D’autre part, le besoin de cohérence peut être l’effet conjoint de la présence des observateurs et de la vanité de l’orateur. Abandonner une opinion qu’on a d’abord crue vraie implique qu’on s’est trompé, ce qui crée le sentiment déplaisant de dissonance cognitive. Il est donc normal qu’on hésite à abandonner une opinion, même si elle a été adoptée de manière passive plutôt qu’ active. Je conclus sur ce point que Madison eut tort s’il voulait affirmer, ce qui n’est pas évident, que dans le huis clos il n’ y a aucune force qui s’oppose à l’ argumentation. Même si la pression du public et la vanité devant l’audience ne jouent pas, le désir de l’ applaudissement du public interne garde toute sa force. Il convient de soulever une deuxième objection, plus importante celle-ci, à l’éloge que fait Ma dison du huis clos : le huis clos comporte une tendance à déplacer les échanges vers le terrain de la négociation , et à remplacer le souci du b ien commun par le souci du bien privé ou de l’intérêt du groupe. Par exemple, à Philadelphie, il y a eu un marchandage ouvert concernant l’esclavage, qui fut finalement accepté par les États du Nord sous la menace des États esclavagistes de quitter la Convention. De même, la décision d’accorder à chaque État deux sièges au Sénat fut le résultat de la menace des petits États de se retirer. On peut soulever enfin une troisième objection à l’analyse de Madison, laquelle semble sur un point précis manquer de sincérité – fait curieux dans un texte qui se veut l’éloge de cette vertu même. Son analyse ne suffit pas, en effet, à expliquer l’extrême épaisseur du voile qui fut tiré sur les débats et les votes, qui ne furent rendus publics qu’avec un retard de plusieurs décennies. Il existe de bonnes raisons de croire que les constituants américains ont voulu garder le secret sinon permanent, du moins durable, afin de ne pas avoir à craindre que la postérité n’exploite leurs désaccords, peut-être pour jeter un doute sur la légitimité du document. Nous savons que beaucoup de votes à la Convention furent extrêmement serrés. Jon Elster
Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.) (…) je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. (…) A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée. A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (…). Pour le patriote Bouche (…), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (…). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms. La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (…). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (…). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants. Jon Elster
Une autre question abordée pour éclairer le phénomène du vote est celle des votes sophistiqués (ou stratégiques) et des votes insincères. Il convient de distinguer ces deux catégories puisqu’à la différence d’un vote insincère, un vote sophistiqué n’est pas induit par la publicité de la procédure. Un vote insincère est un vote qui va à l’encontre des préférences sincères de l’ agent qui sait que son vote est observé, et qui est motivé soit par un espoir de gain soit par une crainte de sanctions. Dans le dernier cas, on préfère l’option A à l’option B, mais on vote pour B puisqu’un vote pour A aurait entraîné des sanctions de la part des observateurs du vote, que ceux-ci soient d’ autres votants ou des non votants intéressés. Dans le cas typique du vote sophistiqué, un votant fausse l’expression de ses préférences afin de rendre plus probable la victoire d’un candidat, d’un parti ou d’une proposition qu’il préfère à une alternative qui aurait plus de chances de gagner s’il votait selon ses préférences sincères. Concernant le vote insincère, on peut remarquer que lorsque le vote est public, il s’exerce souvent une pression sociale très forte sur l’individu pour voter dans le sens de la majorité. Quand le vote non seulement est public, mais se fait par appel nominal, cette pression s’en trouve renforcée. À la Constituante par exemple, il arriva souvent qu’une majorité évidente lors du vote par assis et levé se transforma en une minorité lorsqu’on demanda l’appel nominal. (…) Premièrement, les actions d’individus qui sont caractérisées par une fausse sophistication risquent de se retourner contre elles-mêmes. Deuxièmement, des individus vraiment sophistiqués risquent de ne pas être capables de déterminer leur choix optimal. La première conclusion relève de l’irrationalité des individus. Un agent qui base ses choix sur l’hypothèse qu’autrui est moins rationnel que lui-même est, par ce fait même, irrationnel. La deuxième conclusion relève de l’indétermination de la théorie du choix rationnel. Il existe en effet de nombreuses situations, notamment dans un contexte stratégique, dans lesquelles cette théorie est incapable de prescrire et de prédire des actions précises. J ’étudie ensuite une autre modalité du vote, la question du scrutin secret par rapport au vote public. Je cherche à déterminer, pour des contextes divers, les effets de l’une et de l’autre fa çon de voter. La question est intimement liée à celle du débat public par rapport au huis clos. Une première opposition est frappante : la Convention de Philadelphie s’est déroulée totalement à huis clos alors que les sessions plénières de la Convention européenne étaient publiques. Il n’est toutefois pas certain que cette différence ait été décisive.Tout d’abord, les effets du huis clos ne sont pas univoques. D’un côté, comme l’a souligné Madison à Philadelphie, il peut faciliter la « délibération » : « Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments ». D’un autre côté, l’expérience des conférences intergouvernementales tend à montrer que le huis clos peut aussi aller de pair avec la « négociation ». Il est plus facile d’exprimer et de défendre des « intérêts égoïstes » derrière des portes closes qu’au sein d’une assemblée qui se veut délibérative. Selon J. Elster, la publicité des débats incite à préférer le registre de l’argumentation, quand il s’agit d’exprimer ses intérêts. Ce simple « usage stratégique de l’argumentation » contribuerait alors à rapprocher les points de vue en présence. En outre, il existait au sein de la Convention des groupes restreints qui travaillaient à huis clos, au premier rang desquels on trouve le Praesidium, mais aussi certains groupes de travail, certaines réunions de « composantes » ou de groupes politiques. L’argumentation à huis clos, le meilleur arrangement possible selon J. Elster, a pu intervenir dans certains cercles de la Convention. C’est par exemple au sein d’une réunion du groupe PPE que le Suédois Sören Lekberg a reconnu avoir « changé d’avis » au vu des arguments développés par d’autres conventionnels concernant la nouvelle « clause de retrait » de l’Union. Le seul fait que nous ayons pu y assister montre toutefois que le huis clos n’était pas total et laisse penser que c’est l’aspect informel de ces réunions qui a joué le rôle le plus décisif. (…) La comparaison entre le déroulement des Conventions de Bruxelles et Philadelphie aide à cerner la nature de la construction européenne. L’hétérogénéité de la Convention européenne, la diversité de ses acteurs et de leurs identités apparaît plus nettement. En particulier, la Convention a mêlé, aux représentants des gouvernements, des parlementaires nationaux, jusque-là exclus de la phase d’élaboration des textes fondateurs européens, et des représentants de pays candidats, bientôt membres de l’Union. Dans ces conditions, la seule existence d’un texte unique adopté par consensus peut être considérée comme un « miracle » – pour reprendre le terme si souvent employé à propos de la Convention de Philadelphie, d’autant que les avancées qu’il comporte en termes d’extension de la majorité qualifiée, de démocratisation ou de clarification du système européen sont essentielles. Un seul texte remplace tous les traités existants, il en présente de façon beaucoup plus explicite les objectifs, les valeurs ainsi que la répartition des compétences entre l’Union et les États membres. Sans quelques moments « délibératifs », il aurait été difficile d’atteindre un tel résultat. Même si ces moments ne sont pas toujours aisés à repérer, la comparaison entre Bruxelles et Philadelphie confirme que l’existence de groupes de travail et de réunions restreintes (par institution d’origine, par groupe politique…) a favorisé la délibération. Ce « miracle » d’un compromis entre des intérêts divergents ne paraît cependant pas si éloigné de celui qui se produit quotidiennement dans le cadre de la construction européenne. Cela conduit à s’interroger sur le mot de « Constitution ». Il va en effet de pair avec l’idée de rupture, à l’œuvre à Philadelphie mais pas à Bruxelles. Dans le second cas, il semble qu’une logique de « petits pas » continue à prévaloir. Le projet de traité constitutionnel permet certains pas en avant. D’autres restent à accomplir, notamment pour écarter plus largement la procédure de l’unanimité. Il est compréhensible que nombre de conventionnels aient voulu associer le terme, fondateur, de « Constitution » – qui est de surcroît parlant pour les citoyens européens– à leur œuvre. Mais ne risque-t-il pas d’induire ces derniers en erreur en sous-entendant qu’il s’agit d’un texte intangible, dont les limites seraient dès lors vivement ressenties ? L’extrême diversité des acteurs européens, des États et des peuples n’implique-t-elle pas finalement que les Européens doivent sans cesse confronter leurs visions afin de les « ré-accorder », ycompris au niveau du contrat fondateur ? Ne conviendrait-il pas alors de préférer la notion de « pacte constitutionnel » ou même d’« accord constitutionnel », qui évoquent davantage l’idée d’une adhésion et d’un compromis sans cesse renouvelés ? La nécessité de disposer d’une clause de révision assouplie n’en serait alors que plus cruciale. Florence Deloche-Gaudez
À la suite de la Convention sur l’avenir de l’Europe, un traité établissant une constitution pour l’Europe fut signé. Celui-ci devait être soumis à référendum dans dix États membres, cependant, il ne s’est effectivement déroulé que dans quatre d’entre eux. Le premier référendum organisé fut le référendum espagnol, le 20 février 2005. Avec 41,8 % de participation, 76,6 % des Espagnols votèrent en faveur du traité. Le 29 mai 2005 s’est déroulé le référendum français. Avec 69 % de participation, le traité fut rejeté par 55 % des électeurs. Le 1er juin 2005, avec 63,3 % de participation, 61,5 % des Néerlandais votèrent contre le traité lors du référendum. Le référendum luxembourgeois fut organisé le 10 juillet 2005. Avec 90,44 % de participation, le traité fut approuvé par 56,5 % des votants. D’autres États membres envisageaient de recourir au référendum pour ratifier le traité : la République tchèque, l’Irlande, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni, et le Danemark. (…) Un seul État membre, l’Irlande, a organisé un référendum pour ratifier le traité de Lisbonne. Le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne eut lieu le 12 juin 2008. 53,2 % des votants s’exprimèrent contre la ratification du traité. À la suite de ce vote, la Commission européenne a déclaré que le traité n’obligerait pas l’Irlande à changer de position quant à l’existence d’un commissaire permanent par État (s’opposant à l’idée de rotation alors introduite), à la neutralité militaire et à l’avortement. Les Irlandais votèrent à nouveau le 2 octobre 2009. Avec un taux de participation de 59 %, les Irlandais acceptèrent la ratification du traité à 67,1 % des votants. Des critiques ont été émises quant à la décision de faire voter une nouvelle fois les Irlandais sur la base de quelques déclarations. La principale opposition dans l’Union européenne provenait du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) qui considérait que le choix de la population irlandaise lors du premier vote avait été ignoré et qu’ils avaient été forcés de revoter. Le parti ajoute que les concessions faites à l’Irlande sur certaines dispositions du traité de Lisbonne « n’ont aucune existence légale ». Certains considèrent que l’Irlande a obtenu des garanties sur le fait que certaines problématiques, telle que l’avortement, ne sera pas affecté par le traité de Lisbonne et qu’ainsi le peuple irlandais pouvait voter en gardant les concessions faites en tête, et qu’étant donné que tous les autres États membres avaient approuvé le traité, il n’était pas déraisonnable de demander à un seul pays de reconsidérer son rejet. Wikipedia
Le « traité établissant une Constitution pour l’Europe » devait être ratifié par chacun des États signataires pour entrer en vigueur, mais il a été rejeté par les électeurs français et néerlandais lors des référendums du 29 mai et du 1er juin 2005. Bien que les autres Etats membres aient ratifié le texte, la situation de blocage était évidente et le projet de Constitution a été abandonné. A la différence du précédent traité, le texte adopté à Lisbonne est un traité international classique. Le mot « constitution », tout comme les symboles de l’Union (drapeau, hymne, devise…) ne sont donc pas mentionnés. En outre, le texte introduit pour la première fois la possibilité pour un Etat membre de quitter l’Union dans des conditions à négocier avec ses partenaires. Des similitudes sont cependant présentes entre les deux traités. Selon Valéry Giscard d’Estaing, père du projet de constitution européenne, le nouveau traité en reprend intégralement les propositions institutionnelles, tout en les présentant dans un ordre différent. Pour le Sénat français, « le traité de Lisbonne reprend en règle générale le contenu du traité constitutionnel, même s’il le fait sous une forme complètement différente ». Même si le contenu des deux traités n’est pas identique, Marine Le Pen aurait donc raison de dire que le projet de Constitution européenne, rejeté en 2005, a été – en partie – proposé à nouveau en 2008. En effet, le nouveau texte prend en considération les exigences de réformes institutionnelles avancées en 2005, cependant avec un autre ton. Et c’est justement la forme qui marque la différence entre ces deux traités. Après les référendums de 2005, le mot « constitution » est définitivement abandonné et le processus d’intégration européenne est arrêté pendant trois ans. En outre, la possibilité de quitter l’Union est introduite dans le traité : cela n’a pas été le cas pendant les 50 premières années de l’intégration européenne. L’UE s’éloigne donc du rêve fédéraliste de ses fondateurs : la voix des Français et des Néerlandais a donc été écoutée. Toute l’Europe
Nobody could describe Donald Trump as lacking in self-confidence, but the billionaire egomaniac is emotional jelly compared with King Barack. Even before he won the Nobel peace prize, Obama was telling America that his elevation to the presidency would be remembered as ‘the moment when the rise of the oceans began to slow’. He doesn’t have Mr Trump’s gold-plated helicopter, private jet, penthouse and yacht. But when it comes to self-reverence and sheer hauteur there is no one to beat him. Someone who believes his political personality can reverse global warming will have no doubts about his ability to persuade the British people to stay in the European Union. Just a few of his mellifluous sentences and a flash of those teeth and surely the British people will go weak at the knees! The polls show that Britain is split on the EU, so King Barack will come and help the nation resolve its indecision — to the delight of David Cameron and George Osborne. The timing of his visit, halfway through the EU referendum debate, is no accident. There is a longstanding international understanding that world leaders don’t visit during election campaigns — but such conventions were obviously designed for lesser mortals. Obama has no qualms and the Prime Minister has no shame: he needs every endorsement he can get. The Chancellor is pulling all the strings he can so the likes of the IMF’s Christine Lagarde ask us to stay in. Short of engineering a Second Coming, a visitation from King Barack is to their minds the best plug imaginable. That enthusiasm does not seem to be shared as much by British voters. Polls show that only 4 per cent of us think Mr -Obama’s primary reason for wanting us to stay in the EU is because ‘he cares about Britain’. A majority of us recognise that Mr Obama finds it easier ‘to deal with Europe as one bloc’. It’s not, as some Tory MPs have alleged, that Obama hates Britain. It’s just that he cares less about us — and our neighbours — than any of his recent predecessors. The ‘pivot’ to Asia, turning America’s strategic gaze away from Europe and towards the Pacific, has been his chief international objective. The turmoil in Europe and the Middle East — the Ukraine and Syrian refugee crises which have, at the very least, been encouraged by US withdrawal from the world — were distractions from his focus on China and the rising economies of East Asia. The world has not become a safer place as a result of Obama’s policy of ‘leading from behind’. (…) The arrogance is breathtaking but it is far from the only manifestation of, dare I say it, the madness of King Barack. Mr Obama does not let any adviser, voter or foreign leader get in his way. During his two-term presidency, his Democratic party has lost control of both the House of Representatives and the Senate. But King Barack was unimpressed at the verdicts of the people. By royal decree, or as the White House calls it, executive order, he has attempted to stop illegal immigrants being deported, increase the minimum wage, intensify gun regulation and cut greenhouse gas emissions. All of these policies may be cheered from Europe. But the US constitution is quite clear: it’s the job of the House of Representatives and the Senate to pass laws and it’s the job of the President to either veto or implement them. There is a word for ignoring and overruling the legislative branches of the American government and that word is ‘undemocratic’. It was not supposed to be this way when Mr Obama launched his transformational bid for the presidency. He came to national attention with an uplifting speech to the 2004 Democratic Convention. He told his party about gay Americans living in red-leaning Republican states and how blue-leaning Democratic states worshipped ‘an awesome God’. There weren’t red states or blue states but ‘one America: red, white, and blue’. An America demoralised by the Iraq war, the global recession and bitterness towards the often tongue-tied George W. Bush embraced Obama and his soaring oratory in 2008, in the hope that he would unite an unhappy, fractious nation. It has not come to pass, of course. Whether it’s the Black Lives Matter protests at police violence or the fact that only 1 per cent of Americans think the people who caused the 2008 crash have been brought to justice, the American left is as energised and angry as the right. Today, barely a quarter of Americans think their country is heading in the right direction. They are more pessimistic about their economic prospects than the Brits or Germans. You would, perhaps, expect the American right to be angry, because Mr Obama does little to build ties with them. He didn’t attend the funeral of the conservative Supreme Court justice Antonin Scalia or that of Nancy Reagan — choosing to speak at a music festival instead. But his lack of respect and charity is not confined to Republicans. It recently emerged that Obama declined to invite the Clintons to dinner at the White House because Michelle, the First Lady, has struggled to forgive Bill Clinton for criticising her husband. Jeffrey Goldberg’s extraordinary recent essay in the Atlantic magazine about Obama’s foreign policy gave insight after insight into the President’s arrogance. Angela Merkel is ‘one of the few foreign leaders Obama respects’. When Obama reversed his Syrian policy and decided that President Assad’s crossing of those famous ‘red lines’ would not, after all, be punished, his secretary of state, John Kerry, and defence secretary, Chuck Hagel, found out hours after he’d told his advisers. It’s a common experience for so many of his colleagues. Hillary Clinton was overruled on Syria, generals were overruled on Iraq. Obama blamed David Cameron and Nicolas Sarkozy for the Libyan ‘shit show’. It is never King Barack’s fault. Obama’s election in 2008 inspired the world. But after eight years, it’s hard not to blame his abrasive style of politics for the rise of anti-politicians such as Bernie Sanders and Donald Trump. Americans are rebelling against the emergence of an imperial presidency. As Barack Obama offers his hand to the Queen this week, and lectures the British on their place in the world, voters here might feel somewhat resentful, too. Tim Montgomerie
The central weakness of the Obama Administration has been its repeatedly demonstrated lack of strategic insight: an inability to differentiate between the important and the trivial, the symbolic and the substantive, the necessary and the optional, the truly dangerous and the inconsequential. It is also bad at understanding linkages: the ways that problems and policies in one set of issues or in one region of the world impact American options, prestige and effectiveness in others. Now, too late, when the house is in on fire, the Administration is realizing that the Atlantic system is in deep trouble and that Brexit is a major challenge to U.S. interests. So now when success is more difficult and the range of possible outcomes is less appealing, the U.S. is going to commit to the issue and dive in. But that won’t change a reality that the press does its best to tiptoe past: rarely has a presidency seen so many things go so badly for the U.S. in foreign policy. Obama’s track record is not looking good: at the end of his watch, the Middle East, Europe, and East Asia are all in worse shape than when he entered office, relations with Russia and China are both worse, there are more refugees, more terrorists and more dangerous terrorist organizations. Walter Russell Mead
The vote, and weakening of the West that it heralds, will diminish President Obama’s foreign policy legacy. American policy toward Europe under his leadership has been an abject failure. His most obvious failure, and one that historians will view severely, is his failure to prevent the meltdown of Syria. The millions of desperate refugees fleeing for their lives are much more than a humanitarian disaster; they are a political disaster, and the strain of coping with the refugee flow on top of Europe’s other problems stoked suspicion and fear across the continent and greatly strengthened the power of the Leave campaign in the UK. But beyond the horrors of Syria, Obama has done less for Europe than any American president since the 1930s. The American response to the euro crisis and its long and bitter aftermath was both shortsighted and feeble. To the extent it did anything, the Obama irritated the Germans by critiquing their handling of the crisis while disappointing the debtor countries by an absence of effective support. The United States had great interests at stake when it came to Cameron’s negotiations with the EU; from all one can tell, President Obama spent more time playing golf during those negotiations than he did working to prevent a damaging split between some of our most important partners and allies. Smart American diplomacy would have worked intensely and unremittingly to get a deal between London and its partners that the British people would support, but despite the President’s breathtaking self-confidence, smart diplomacy is not actually part of his skill set. One hopes that even at this late date the Obama Administration will realize that the future of the UK-EU association is of almost infinitely greater importance to American national interests than launching yet another poorly conceived peace offensive in the Middle East. American diplomats and Treasury officials need to be working hard to generate ways to minimize the damage of this decision to the West. The British people have the right to choose whether or not to remain in the European Union, and while there will be some in Europe who want to punish them for this choice, the American interest in this matter is clear. We want a strong Britain, a strong Europe, good relations on both sides of the Channel and a trading system that doesn’t put new bureaucratic obstacles in the path of American exports or investment. We do not want bitterness and friction over the break to throw sand in the gears of western political and security cooperation in an increasingly dangerous world. We do not want Europe’s divisions to become Putin’s opportunities. We want Europe to be united, and we want Britain to be Great. At the same time, the U.S. government needs to do something else that the current administration has unaccountably failed to do over the last seven years: develop a strategy to help save the EU. The European Union is in trouble; the world’s most audacious experiment in international relations is looking both fragile and sclerotic. The British aren’t the only Europeans who think Brussels is a disaster, and the chance that a post-Brexit EU will continue to weaken and fragment is dangerously high. Refugee flows from the Middle East and North Africa are bound to continue. There are few signs of real economic revival in the south. The torpid bureaucracies and dysfunctional political organizations of Brussels can’t deliver real solutions to Europe’s problems, but European nation states have given so many of their powers to the EU that in many cases they lack the ability to act when Brussels fails. Walter Russell Mead
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement. (…) Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambigu, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie. Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net. Gilles Devers
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. Jean-Pierre Winter
Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Barack Hussein Obama (14.12.11)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Des douzaines d’innocents ont été massacrés, nous soutenons le peuple d’Orlando. L’enquête débute seulement mais il s’agit bien d’un acte de terreur et de haine. Je viens d’avoir une réunion avec le FBI, toutes les ressources du gouvernement fédéral seront mises à disposition. On ne connaît pas les motivations de cet homme, mais il s’agissait d’un homme rempli de haine, nous allons essayer de savoir pourquoi et comment cela s’est passé. Barack Hussein Obama
Nous sommes contre l’incitation … Il y a une semaine, un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens. N’est-ce pas de l’incitation? N’est-ce de la pure incitation à l’assassinat en masse du peuple palestinien? Mahmoud Abbas (Bruxelles)
Mr. Abbas’s remarks were not included in the official Arabic transcript issued by his office, and his advisers and spokesmen were not available for comment on Thursday night. But the claims also appeared on the website of the Palestinian Ministry of Foreign Affairs. Rumors that Jews had poisoned wells and other sources of water arose in the 14th century as the bubonic plague raged across much of Europe. The rumors led to the destruction of scores of Jewish communities. In Basel, Switzerland, and Strasbourg, France, hundreds of Jews were burned alive. NYT
The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23. It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. (…) The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party. (…) The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix. (…) Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along. In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. (…) Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe. (…) Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality. Andrew Moravcsik (Princeton)
If Boris Johnson looked downbeat yesterday, that is because he realises that he has lost. Perhaps many Brexiters do not realise it yet, but they have actually lost, and it is all down to one man: David Cameron. With one fell swoop yesterday at 9:15 am, Cameron effectively annulled the referendum result, and simultaneously destroyed the political careers of Boris Johnson, Michael Gove and leading Brexiters who cost him so much anguish, not to mention his premiership. How? Throughout the campaign, Cameron had repeatedly said that a vote for leave would lead to triggering Article 50 straight away. Whether implicitly or explicitly, the image was clear: he would be giving that notice under Article 50 the morning after a vote to leave. Whether that was scaremongering or not is a bit moot now but, in the midst of the sentimental nautical references of his speech yesterday, he quietly abandoned that position and handed the responsibility over to his successor. And as the day wore on, the enormity of that step started to sink in: the markets, Sterling, Scotland, the Irish border, the Gibraltar border, the frontier at Calais, the need to continue compliance with all EU regulations for a free market, re-issuing passports, Brits abroad, EU citizens in Britain, the mountain of legistlation to be torn up and rewritten … the list grew and grew. The referendum result is not binding. It is advisory. Parliament is not bound to commit itself in that same direction. The Conservative party election that Cameron triggered will now have one question looming over it: will you, if elected as party leader, trigger the notice under Article 50? Who will want to have the responsibility of all those ramifications and consequences on his/her head and shoulders? Boris Johnson knew this yesterday, when he emerged subdued from his home and was even more subdued at the press conference. He has been out-maneouvered and check-mated. If he runs for leadership of the party, and then fails to follow through on triggering Article 50, then he is finished. If he does not run and effectively abandons the field, then he is finished. If he runs, wins and pulls the UK out of the EU, then it will all be over – Scotland will break away, there will be upheaval in Ireland, a recession … broken trade agreements. Then he is also finished. Boris Johnson knows all of this. When he acts like the dumb blond it is just that: an act. The Brexit leaders now have a result that they cannot use. For them, leadership of the Tory party has become a poison chalice. When Boris Johnson said there was no need to trigger Article 50 straight away, what he really meant to say was « never ». When Michael Gove went on and on about « informal negotiations » … why? why not the formal ones straight away? … he also meant not triggering the formal departure. They both know what a formal demarche would mean: an irreversible step that neither of them is prepared to take. All that remains is for someone to have the guts to stand up and say that Brexit is unachievable in reality without an enormous amount of pain and destruction, that cannot be borne. And David Cameron has put the onus of making that statement on the heads of the people who led the Brexit campaign. Teebs
Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe. Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens. (…) Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel. En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice. Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE. Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie. (…) Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis. Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes. Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens. C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro. Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration. (…) Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Arnaud Leparmentier
La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes. (…) Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration. D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls. En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble. L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous. (…) Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes. (…) L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe. Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000. (…) L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Guillaume Bigot
As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament. Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country. Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply. The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation. So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics. For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner. But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews. (…) European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies. To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties (…) Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews. (…) We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit. Rabbi Abraham Cooper  and Dr. Harold Brackman (Simon Wiesenthal Center)
Un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation. (…) Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires. (…) La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé. Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. » En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter. Chris Patten
Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. (…) Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent. L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. (…) Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. (…) Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction. Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants. Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché. Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée. Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis. Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses. (…) Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse. Mark Leonard
La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs. La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés. (…) Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. (…) Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ? En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE.  (…) Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées. C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool. (…) la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. Kenneth Rogoff

Attention, une folie peut en cacher une autre !

Suicide collectif, roulette russe, surenchère de démagogie …

Au lendemain du fiasco électoral qui voit un Etat entier abandonner du jour au lendemain le fruit de décennies de longues et patientes négociations et, après le carnage de deux guerres mondiales, une période de paix et une prospérité jusque là sans précédent …

Faisant fi, entre le huis-clos de la Convention de Philadelphie (qui ne put certes empêcher le maintien de l’esclavage) et l’emballement finalement totalitaire de la Révolution française mais aussi plus récemment des réfrendums sur la Constitution européenne ou les ratés que l’on sait des élections américaine ou française de 2000 et 2002, de l’expérience de siècles de réflexion sur la prise de décision politique (la fameuse « force civilisatrice de l’hypocrisie« ) …

Pendant qu’en une Europe qui vient d’ovationner une accusation de crime rituel du président de l’Autorité palestinienne digne des heures les plus sombres de notre moyen-âge …

Et qui compte pas moins de 47 partis de révolte prêts à tout pour l’abattre et pas moins de 32 demandes de référendums dans 18 pays différents …

Gagnants comme perdants poussent l’aveuglement jusqu’à y voir une victoire de la démocratie  …

Comment ne pas voir, avec l’économiste américain Kenneth Rogoff, la folie d’un système de décision …

Pourtant consultatif dans le cas précis et jusqu’ici, quand jugé irrecevable, « refaisable » (Irlande) ou partiellement « ignorable » (France, Pays-Bas) …

Où engager l’avenir de toute une population et de générations entières se révèle disposer de moins de garde-fous et de barrières …

Que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool ou le divorce du premier couple venu ?

Mais comment ne pas voir aussi …

Derrière et motivant la première …

L’autre folie d’un autre système de décision …

Où de l’imposition du « mariage et de l’adoption pour tous » à l’appel suicidaire à une véritable invasion migratoire …

Et sans compter,  de l’Irak à la Syrie, l’abandon au chaos djihadiste de territoires dont la libération avait coûté ou pouvait coûter si cher …

L’arrogante parole ou le vote d’une poignée d’apprentis sorciers politiques, judiciaires ou religieux

Peut engager jusqu’aux fondements culturels ou anthropologiques de générations entières ?

Le fiasco démocratique du Royaume-Uni
Kenneth Rogoff

Project syndicate

Jun 24, 2016

CAMBRIDGE – La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs.

La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés.

A-t-il été prévu que le vote ait à nouveau lieu dans un délai d’un an, pour plus de certitude ? Non. Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. Et j’ai bien peur que le tableau s’annonce pour le moins déplaisant.

Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ?

En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE. Les partisans du Brexit n’ont pas inventé ce jeu de la roulette russe, tant les précédents existent, notamment dans le cas de l’Écosse en 2014, ou du Québec en 1995. Seulement voilà, jusqu’à présent, le barillet du revolver ne s’était jamais arrêté sur la cartouche. Maintenant que c’est chose faite, l’heure est venue de repenser les règles du jeu.

Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées.

C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool.

L’Europe étant désormais confrontée au risque d’une vague de nouveaux votes de rupture, la question urgente consiste à déterminer s’il existerait une meilleure manière de procéder à de telles décisions. J’ai personnellement interrogé plusieurs experts majeurs en sciences politiques sur la question de savoir s’il existe ou nom un consensus académique en la matière ; malheureusement, la réponse est rapide et négative.

Une chose est sûre, bien que la décision sur le Brexit puisse avoir semblé simple dans le cadre du scrutin, nul ne sait en vérité ce qu’il peut advenir à la suite d’un tel vote de sortie. Ce que nous savons en revanche, c’est que la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Même s’il est possible que l’économie du Royaume-Uni ne plonge pas dans une récession pure et simple à l’issue de ce vote (le déclin de la livre sterling étant susceptible d’amortir le choc initial), il y a de fortes chances que le désordre économique et politique provoqué suscite chez ceux qui ont voté en faveur du Leave une sorte de « remord de l’acheteur ».

Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. À l’époque des assemblées organisées à Sparte dans la Grèce antique, les votes étaient exprimés par acclamation. Les citoyens donnaient ainsi plus ou moins de voix afin de refléter l’intensité de leurs préférences, tandis qu’un magistrat président y prêtait une oreille attentive et se prononçait ensuite sur l’issue du vote. La procédure était certes imparfaite, mais pas forcément moins judicieuse que celle à laquelle nous venons d’assister au Royaume-Uni.

À certains égards, Athènes, cité homologue de Sparte, a pour sa part appliqué le plus parfait exemple historique de démocratie. Les voix de chaque individu, issu de n’importe quelle catégorie de citoyens, pesaient d’un poids équivalent (même si seuls les hommes étaient concernés). Cependant, à l’issue de plusieurs décisions catastrophiques dans le domaine de la guerre, les Athéniens considérèrent nécessaire de conférer davantage de pouvoir à des organes indépendants.

Qu’aurait dû faire le Royaume-Uni s’il avait effectivement été nécessaire de poser la question de son appartenance à l’UE (nécessité qui en réalité n’existait pas) ? De toute évidence, les freins à toute décision en la matière auraient dû être beaucoup plus conséquents ; le Brexit aurait par exemple pu nécessiter deux consultations populaires, espacées d’au moins deux ans, et suivies d’un vote de la Chambre des communes à 60 %. Si la volonté d’un Brexit avait malgré cela persisté, nous aurions au moins su qu’il ne s’agissait pas uniquement de la photographie ponctuelle d’un fragment de la population.

Le vote britannique plonge désormais l’Europe dans la tourmente. Beaucoup de choses dépendront de la manière dont le monde réagit, et de la capacité du gouvernement britannique à gérer sa propre reconstruction. Il est néanmoins important que nous fassions non seulement le bilan de l’issue du référendum, mais également celui du processus de vote. Toute démarche visant à redéfinir un accord de longue date portant sur les frontières d’un État devrait exiger bien plus qu’une majorité simple, exprimée dans le cadre d’un seul et unique vote. Nous venons tout juste de constater à quel point l’actuelle norme internationale consistant à employer la règle de la majorité simple peut constituer une recette désastreuse.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir aussi:

L’avènement de la démocratie des masses en Europe

Mark Leonard

Project syndicate

Jun 25, 2016

LONDRES – Même s’il va nous falloir du temps pour encaisser le choc suscité par le vote britannique en faveur d’une sortie de l’Union européenne, il incombe dès à présent aux dirigeants européens de s’armer de courage face aux possibles événements à venir. En effet, le Brexit pourrait bien constituer une sorte de secousse sismique préalable à un véritable raz-de-marée de référendums en Europe au cours des prochaines années.

Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. Ces mouvements influencent de plus en plus l’agenda politique, et le façonnent selon leurs propres intérêts – gagnant au passage en puissance. Dans un tiers des États membres de l’UE, les partis de ce type sont présents au sein des coalitions gouvernementales, leur succès croissant conduisant les partis dominants à adopter certaines de leurs positions.

Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent.

L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. À l’instar du Parti populaire danois, certains entendent suivre l’exemple du Royaume-Uni, en organisant un vote sur la question de l’appartenance à l’UE. D’autres souhaitent s’extraire de la zone euro, faire obstacle au Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) envisagé avec les États-Unis, ou encore limiter la mobilité de la main-d’œuvre.

Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a en effet déclaré qu’il entendait organiser un référendum autour des quotas proposés. Le parti polonais d’opposition Kukiz’15 procède également à la collecte de signatures en vue d’organiser son propre référendum sur cette même question.

Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction.

Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants.

Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché.

Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée.

Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis.

Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses.

Cet éloignement de l’Europe par rapport à la diplomatie a débuté il y a une dizaine d’années, lorsque le Traité établissant une Constitution pour l’Europe a été rejeté par un référendum populaire en France et aux Pays-Bas. Il est possible que cet événement ait dorénavant interdit à l’UE tout exercice d’élaboration de traités, de sorte que l’espoir d’une intégration future pourrait bien être anéanti.

Mais au lendemain du Brexit, l’avenir de l’intégration européenne ne constitue pas la préoccupation première de l’Europe. Celle-ci doit désormais faire face aux forces croissantes qui mettent à mal l’intégration jusqu’ici accomplie, et qui s’efforcent de pousser l’Europe vers l’arrière. Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse.

En cette nouvelle ère de « vétocratie » européenne, cette diplomatie qui avait sous-tendu la création et la vision d’avenir du projet européen ne peut plus fonctionner, ce qui fait de l’UE une entité ingouvernable. Maintenant que les eurosceptiques sont parvenus à leurs fins au Royaume-Uni, cette vétocratie est vouée à devenir plus puissante que jamais. Il faut s’attendre à ce que les votes directs organisés autour de questions telles que les règles commerciales ou la politique d’immigration viennent dévaster la démocratie représentative en Europe, de la même manière que les votes directs sur l’appartenance à l’Union menacent d’anéantir l’UE elle-même.

Dans l’un des romans du prix Nobel José Saramago, la péninsule ibérique se détache du continent européen et part à la dérive. À l’heure où un véritable tsunami de consultations populaires menace le continent, il pourrait bien s’agir d’une métaphore annonciatrice.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir également:

Une tragédie britannique en un acte

Chris Patten

Project syndicate

Jun 25, 2016

OXFORD – Jeudi soir restera comme une date importante pour ceux qui ont fait campagne pour quitter l’Union européenne et pour tourner le dos de la Grande-Bretagne au XXIème siècle. Je peux au moins leur accorder cela. Comme l’a écrit Cicéron : « Ôcombien misérable et malheureux fut ce jour-là ! »

La décision de quitter l’Union européenne va dominer la vie nationale britannique pendant la prochaine décennie, si ce n’est plus. On peut discuter de l’ampleur précise du choc économique, à court et à long terme, mais il est difficile d’imaginer des circonstances dans lesquelles le Royaume-Uni ne va pas s’appauvrir et perdre de son importance au plan mondial. Une grande partie de ceux qui ont été encouragés à voter prétendument pour leur « indépendance » trouveront que, loin de gagner leur liberté, ils ont perdu leur emploi.

Pourquoi est-ce donc arrivé ?

Tout d’abord, un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation.

Une des horreurs à venir sera la déception croissante des partisans du Leave (quitter l’UE), une fois que tous ces mensonges seront découverts. On a promis aux électeurs qu’ils allaient pouvoir « récupérer leur pays. » Je ne pense pas que le véritable résultat de tout cela va leur plaire.

Une deuxième raison de la catastrophe est la fragmentation des deux principaux partis politiques de la Grande-Bretagne. Depuis des années, le sentiment anti-européen a miné l’autorité des dirigeants conservateurs. En outre, toute notion de discipline et de loyauté envers le parti s’est effondrée il y a quelques années, avec la réduction du nombre de membres du parti conservateur. Le pire est ce qui est arrivé au sein du Parti travailliste, dont les sympathisants traditionnels ont donné l’impulsion aux grands votes du Leave dans de nombreux domaines de la classe ouvrière.

Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires.

Ceci nous amène vers une troisième raison du vote pro-Brexit : les inégalités sociales croissantes qui ont contribué à une révolte contre ce qui a été perçu comme une élite métropolitaine. La vieille Angleterre industrielle, dans des villes comme Sunderland et Manchester, a voté contre les citoyens plus aisés de Londres. La mondialisation, selon ces électeurs, bénéficie à ceux d’en haut (qui n’ont aucun problème à travailler avec le reste du monde), au détriment de tous les autres.

Au-delà de ces raisons, le fait que pendant des années presque personne n’ait vigoureusement défendu l’adhésion britannique à l’UE n’a rien fait pour arranger les choses. Cela a créé un vide, ce qui a permis à l’illusion et à la tromperie d’effacer les avantages de la coopération européenne et de promouvoir l’idée selon laquelle les Britanniques étaient devenus les esclaves de Bruxelles. Les électeurs pro-Brexit ont été abreuvés d’une conception absurde de la souveraineté, ce qui leur a permis de choisir une pantomime d’indépendance, plutôt que l’intérêt national.

Mais les plaintes et les grincements de dents sont bien inutiles à présent. Dans des circonstances sinistres, les parties concernées doivent honorablement essayer d’assurer la meilleure voie possible pour le Royaume-Uni. On espère que les partisans du Brexit ont eu au moins à moitié raison, aussi difficile que cela puisse paraître. En tout cas, il faut tirer le meilleur parti de cette nouvelle donne.

Pourtant trois défis viennent immédiatement à l’esprit.

Tout d’abord, à présent que David Cameron a clairement fait savoir qu’il allait démissionner, l’aile droite du Parti conservateur et certains de ses membres les plus acerbes vont dominer le nouveau gouvernement. Cameron n’a pas eu le choix. Il ne pouvait pas aller à Bruxelles au nom de collègues qui l’ont poignardé dans le dos, pour négocier un projet qu’il ne soutient pas. Si son successeur est un leader du Brexit, la Grande-Bretagne peut s’attendre à être dirigée par quelqu’un qui a passé les dix dernières semaines à proférer des mensonges.

Ensuite, les liens qui font l’unité du Royaume-Uni (en particulier pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, qui ont voté pour rester en Europe), seront soumis à rude épreuve. J’espère que la révolte du Brexit ne conduira pas inévitablement à un vote d’éclatement du Royaume-Uni, mais ce résultat est effectivement une possibilité.

Enfin, la Grande-Bretagne devra commencer à négocier sa sortie très bientôt. Il est difficile de voir comment elle pourra finalement se retrouver dans une meilleure relation avec l’UE, comparée à celle dont elle jouissait jusqu’à présent. Tous les Britanniques auront du pain sur la planche pour convaincre leurs amis dans le monde entier qu’ils n’ont pas choisi de partir sur un coup de tête.

La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé.

Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. »

En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter.

Voir encore:

Brexit: So is it ‘good for the Jews’?
Rabbi Abraham Cooper and Dr. Harold Brackman

As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament.

Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country.

Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply.

The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation.

So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics.

For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner.

But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews.

It’s been 25 years since the Berlin Wall came down. This means the EU had an entire generation to deliver on the promises of creating a new Europe that would continue and extend the progress made since World War II by instituting a common currency and encouraging economic integration, free movement between member countries, while promoting mutual respect among the free citizens of the new United States of Europe.

Instead, European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies.

To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties – Le Pen’s National Front in France, Geert Wilders’ Dutch Party for Freedom, Austria’s Freedom Party, and Fidesz and Jobbik in Hungary among them – that are now mainstream political and social actors on their nations’ social power grids. Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews.

We began with President Abbas’ morning-after-Brexit blood libel speech before a perfidious European Parliament. His libel and the applause it received still reverberate despite Abbas’ subsequent retraction.

For the episode highlights the lack of moral accountability infecting EU elites ensconced in the ivory towers of Brussels’ bureaucratic headquarters.

We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit.

Rabbi Abraham Cooper is associate dean of the Simon Wiesenthal Center and Museum of Tolerance. Dr. Harold Brackman, a historian, is a consultant to the Simon Wiesenthal Center.

Voir de même:

Mahmoud Abbas
Israël
Conflit israélo-palestinien
Moyen-Orient

Abbas accuse les rabbins de vouloir empoisonner les puits palestiniens, Israël crie à la calomnie
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré que des rabbins avaient demandé au gouvernement d’empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
Thierry Charlier, AFP

FRANCE 24

23/06/2016
Israël accuse Mahmoud Abbas d’avoir calomnié les juifs. Le président palestinien a déclaré devant le Parlement européen que certains rabbins avaient appelé à empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que récemment, « un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens ». De la calomnie contre les juifs, selon Israël.

« Abou Mazen a montré son vrai visage à Bruxelles », a déclaré dans un communiqué le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, utilisant le nom de guerre de Mahmoud Abbas.

Sans citer de sources à ces accusations, Mahmoud Abbas a également ajouté que cet appel entrait dans le cadre d’attaques qualifiées par lui d’incitation à la violence contre les Palestiniens.

Confusion autour d’une éventuelle rencontre entre présidents palestinien et israélien

Dans le même temps, le président du Parlement européen Martin Schulz n’a pas réussi à organiser comme il le souhaitait une rencontre entre Mahmoud Abbas et le président israélien Reuven Rivlin, qui se trouvait également à Bruxelles jeudi.

Martin Schulz a indiqué à l’AFP qu' »il n’y a pas eu de rencontre en raison d’une incompatibilité d’agendas ». Mais Reuven Rivlin a pour sa part rejeté la responsabilité de l’échec de cette tentative de rencontre sur le président palestinien.

« Personnellement, je trouve cela étrange que le président Abbas (…) refuse toujours de rencontrer des dirigeants israéliens et se tourne toujours vers la communauté internationale pour trouver de l’aide », a-t-il lancé, en faisant allusion à l’initiative française de conférence de paix internationale, à laquelle s’oppose fermement Israël.

De son côté, le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina, a démenti que toute rencontre ait été prévue.

Selon le bureau de Benjamin Netanyahou, ce qui s’est passé à Bruxelles contredit la volonté affichée de Mahmoud Abbas de négocier la paix avec Israël. « La personne qui refuse de rencontrer le président (israélien) et énonce des calomnies devant le Parlement européen ment lorsqu’il prétend que sa main est tendue pour faire la paix », selon le communiqué.

Avec AFP

Voir par ailleurs:

UE, une Constitution à petits pas
Florence Deloche-Gaudez
Libération
3 juillet 2003

Après les critiques suscitées par la négociation du traité de Nice, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont décidé de recourir à une autre méthode, celle de la Convention, et envisagé d’adopter un nouveau texte fondateur, une Constitution. Depuis février 2002, cette Convention a réuni, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, des représentants non seulement des gouvernements mais aussi des Parlements nationaux (des Etats membres comme des pays candidats), du Parlement européen et de la Commission européenne. En dépit des positions défensives qu’y ont prises certains gouvernements, les conventionnels ont réussi à adopter par consensus un texte unique, présenté au Conseil européen de Thessalonique comme un «projet de traité instituant une Constitution pour l’Europe». Cette dernière remplacerait les traités existants.

Le terme de «Constitution» reflète l’ambition du projet. Il s’agit d’apporter des réponses à deux défis majeurs de la construction européenne : comment faire fonctionner une Union qui va passer de quinze à vingt-cinq membres ? Comment renforcer la légitimité du système européen auprès de ses citoyens ?

Parmi les principaux acquis du projet, citons le développement de la règle majoritaire, une certaine clarification du système européen et le surcroît de pouvoir donné aux citoyens.

S’agissant, tout d’abord, de l’efficacité de l’Union, davantage de décisions seront prises à la majorité. Cela sera, en particulier, le cas au sein de «l’espace de liberté, de sécurité et de justice» (politiques en matière d’immigration, d’asile…). Dans une Europe élargie, comprenant vingt-cinq Etats membres, il sera en effet très difficile, voire impossible, de décider à l’unanimité. Elle offre certes à chaque gouvernement national l’agrément de pouvoir bloquer une mesure qui le contrarie. Elle entrave pour la même raison la prise de décisions communes et limite par conséquent la capacité d’agir en commun. Au contraire, dans le cas de décisions adoptées à la majorité, chaque Etat, parce qu’il risque d’être mis en minorité, est incité à être constructif, à convaincre et à accepter d’inévitables compromis.

Pour renforcer la légitimité de l’Union européenne, les conventionnels ont voulu rédiger un texte plus clair, rendre le système européen plus transparent et plus intelligible. En ce sens, leur projet s’apparente bien à une Constitution. Aux différents traités suc cède un texte unique. Il vise à préciser la répartition des compétences entre l’Union et ses Etats membres. Y est incluse la Charte des droits fondamentaux. Les «lois européennes» vont enfin cesser de s’appeler «règlements». Sauf exceptions, elles seront adoptées selon la procédure unique de la codécision, rebaptisée opportunément «procédure législative». Cette dernière fait intervenir le Parlement européen, élu par les citoyens, et le Conseil législatif et des affaires générales, où sont représentés les Etats. Leurs débats seront publics.

Le projet de Constitution est donc plus accessible que les traités actuels. Il n’est pas pour autant simple. Le texte est long. Les négociations qui ont prévalu dans la dernière phase de la Convention ont contribué à en réduire la lisibilité. Les clauses temporaires sont nombreuses. La nouvelle définition, plus claire, de la majorité qualifiée (une majorité d’Etats représentant 60 % de la population) pourrait ainsi ne s’appliquer qu’en 2012. Les piliers ont disparu mais des procédures particulières subsistent.

Ce constat confirme que la simplification du système européen ne peut constituer le seul moyen d’accroître la légitimité de l’Union. Donner plus de pouvoir aux citoyens est une autre voie à emprunter pour réduire la distance qui existe entre ce niveau de gouvernement et les Européens. A cet égard, l’actuel projet de Constitution comprend deux dispositions clés. En premier lieu, sans l’assurer, il ouvre la voie à la désignation indirecte du président de la Commission par les citoyens via les élections européennes. Certes, c’est le Conseil européen qui continuera à proposer un candidat à cette fonction, au Parlement européen ensuite de l’approuver (ou de le rejeter). Mais à l’avenir les chefs d’Etat et de gouvernement devront faire des propositions qui tiennent compte «des élections au Parlement européen», et ce dernier se prononcera à une majorité simple. Le groupe politique majori taire au Parlement pourrait donc voir son candidat l’emporter. Si les partis politiques indiquaient, avant les élections, le nom de leur candidat, les électeurs auraient alors la possibilité, en votant, de peser sur le choix du président de la Commission. Ils détiendraient ainsi un pouvoir qui leur fait défaut au niveau européen : celui de «changer d’équipe».

Deuxième disposition susceptible de donner aux Européens plus de «prises» sur le système : l’introduction d’un droit d’initiative citoyenne. La démocratie directe est peu présente au niveau européen. Il est appréciable qu’un million de citoyens issus de différents Etats membres puissent demander à la Commission de faire des propositions sur une question déterminée.

Le projet de Constitution comprend en revanche deux limites non négligeables : la solution retenue pour la composition de la Commission n’apparaît pas totalement satisfaisante ; les décisions prises à l’unanimité sont encore trop nombreuses.

La Commission est une institution cruciale puisqu’elle détient le pouvoir d’initier les lois et qu’elle est chargée de l’intérêt commun. Le projet de Constitution prévoit qu’à partir de 2009, seulement quinze commissaires auront un droit de vote. A ceux-ci s’ajouteront des commissaires sans droit de vote, «venus de tous les autres Etats membres». Les uns et les autres «tourneraient» selon un système de rotation qui reste à éclaircir. Il s’agit d’un compromis entre deux points de vue : d’une part, celui qui voudrait que seule une Commission restreinte, au sein de laquelle pourrait régner une véritable collégialité, soit en mesure de remplir efficacement son rôle ; d’autre part, celui qui privilégie la présence d’un ressortissant de chaque Etat membre, au motif que la légitimité des décisions de la Commission exige aussi que chaque voix puisse se faire entendre. Mais même ce compromis est controversé : si la rotation est véritablement égalitaire, en excluant régulièrement du collège des ressortissants de «grands» Etats membres, ne risque-t-on pas d’affaiblir l’autorité de la Commission ?

Finalement, pourquoi vouloir à tout prix fixer un nombre précis de commissaires ? Pourquoi ne pas laisser le président de la Commission choisir ses commissaires comme un Premier ministre le ferait ?

Deuxième limite du projet de Constitution : il est encore des domaines où l’unanimité, paralysante, prévaut. Parce que le texte reste un «traité» qui doit être ensuite avalisé par une conférence intergouvernementale où les gouvernements disposent chacun d’un droit de veto, ces derniers sont parvenus, dès la Convention, à soustraire certaines politiques du champ de la majorité. Le représentant britannique a certainement été le plus actif : il n’a eu de cesse de répéter que le Royaume-Uni ne pouvait renoncer à son droit de veto dans le domaine de la politique étrangère, de la politique sociale ou fiscale… Le problème est que pratiquement chaque Etat a son domaine sensible. La France refuse que les accords commerciaux relatifs aux services culturels et audiovisuels soient conclus à la majorité ; les Allemands sont revenus sur certaines avancées en matière sociale ; pour les Irlandais, la fiscalité ne peut relever de procédures majoritaires…

Pire, la Constitution instituée par le traité ne pourra être révisée qu’à une double unanimité (au Conseil européen et au moment des ratifications nationales). Il sera donc très difficile de l’améliorer. Selon certains, une telle clause de révision interdit même l’appellation de «Constitution». Cela revient à maintenir une logique de négociation diplomatique, au lieu d’accepter celle d’une démocratie dans laquelle les décisions se prennent à la majorité, même à une majorité très élevée. Si la minorité ne veut pas se soumettre, elle peut se démettre via la nouvelle clause de retrait.

Toujours au sujet des «dispositions finales», de nombreux conventionnels ont appelé à faire ratifier l’actuel projet de traité par référendum (un référendum éventuellement consultatif dans les Etats où une telle procédure n’est pas prévue). Il est vrai que cela serait cohérent avec le projet d’instituer une Constitution. Les traités offraient déjà la possibilité d’édicter une norme supérieure aux droits nationaux. Qui dit Constitution devrait aussi dire légitimation du pouvoir politique européen par les citoyens, et non plus seulement par les Etats.

En définitive, alors que le terme de «Constitution» pouvait accréditer l’idée d’un changement radical, on reste plutôt dans une logique de «petits pas». Le projet élaboré par la Convention et transmis aux chefs d’Etat et de gouvernement offre la possibilité d’accomplir certains pas en avant. Mais il présente aussi des limites, auxquelles il faudra remédier à l’avenir. La Convention doit encore se réunir en juillet pour finaliser les parties sur les politiques de l’Union et les dispositions finales (entrée en vigueur du traité instituant la Constitution, révision de la future Constitution). Les conventionnels sauront-ils profiter de cette dernière occasion pour préserver l’avenir et proposer des dispositions dignes d’une «Constitution» ?.

On insiste depuis longtemps sur la nécessité d’imposer la publicité des débats lorsque le sujet débattu est susceptible d’engager les intérêts privés des membres du comité ou de l’ assemblée. La publicité est le meilleur antiseptique (Bentham) ou le meilleur désinfectant (Brandeis). Cependant, la publicité des débats n’élimine pas les motivations intéressées, seulement leur expression publique. Il existe toujours un moyen pour un acteur de trouver une justification respectable à un désir égoïste. Ainsi, il semblerait que l’effet de la publicité des débats soit simplement de forcer les motiva tions intéressées à emprunter le langage du désintéressement, sans que rien ne change sur le fond. Le pro blème est d’autant plus aigu qu’à la multiplicité des justifications s’ajoute celle des scénarios causaux plausibles dont un orateur peut se servir pour démontrer la convergence de son intérêt particulier et de l’intérêt général. Heureusement, ces deux degrés de liberté dans le choix du raisonnement justificatif ont leur contrepartie dans deux contraintes qui pèsent sur l’orateur. D’abord il y a une contrainte de cohérence : une fois que l’agent a adopté un certain principe normatif ou une certaine théorie causale, il ne peut pas les abandonner quand bien même ils ne lui permettent plus de satisfaire ses désirs. Ensuite, il y a ce qu’on peut appeler une contrainte d’imperfection, due à ce qu’il ne faut pas que l a coïncidence entre la motivation professée et le désir soit trop criante. Afin de cacher ses vraies motivations, il faut souvent, dans une certaine mesure, aller contre ses désirs. La contrainte de cohérence et la contrainte d’imperfection ont produit ce qu’on peut appeler la force civilisatrice de l’hypocrisie. Il ne s’agit pas d’une loi générale, mais d’une tendance plus ou moins susceptible de se réaliser selon les situations. Cependant, même si la publicité peut être désirable pour limiter le rôle des intérêts dans les débats, à supposer bien sûr que le vote soit également public, elle tend souvent à stimuler les passions , dont notamment l’amour-propre. Passons maintenant au vote. Il convient de distinguer non seulement le scrutin secret et le vote public, mais également ce qu’on pourrait appeler le vote public non-observé. C ’est l’idée de Bentha m, selon la quelle les votes devaient se faire en public mais de manière simultanée de sorte que personne, avant de voter, ne puisse observer comment votent les autres membres. En même temps, chacun sait que les autres sauront par la suite comment il a voté. Ainsi, on pourra éviter, ou du moins réduire, la portée du conformisme aussi bien que de l’hypocrisie. L ’effet anti-hypocrite de la publicité consiste dans l’élimination de l’option de parler pour une option pour ensuite voter contre. Elle a aussi l’effet de rendre possible l’écha nge des votes, effet dont il est difficile de dire en général s’il est ou non souh aitab le. L ’effet anti-hypocrite de la publicité est évidemment très différent de la force civilisatrice de l’hypocrisie produite, elle aussi, par la publicité. Le premier effet dépend de l’opprobre associé au fait de parler pour et voter contre une proposition donnée. Il est très important, dans toute décision collective, d’éviter le conformisme. Le vote majoritaire risque de ne pas produire les effets désirables affirmés dans le théorème du jury de Condorcet si les opinions ou les votes se sont formés par conformisme. En ce qui concerne le conformisme du vote induit p a r l’observation du vote d’ autrui, on peut s’en prévenir par le vote public et non observé. Il est plus difficile de réduire, par des moy ens institutionnels, le risque du conformisme des opinions. Par conformisme j’entends l’ adoption sincère – non hy pocrite – d’une opinion pour des raisons non cognitives, que ce soit par déférence à l’ autorité d’un autre membre ou par la crainte de se trouver dans une position minoritaire inconfortable. Il convient de distinguer le conformisme de la tendance, tout à fait rationnelle, à prêter une attention particulière aux opinions d’ autres membres avec plus d’expérience. Or puisque autorité et expérience vont souvent ensemble, il peut être difficile de démêler leurs rôles respectifs dans la formation des opinions. Même quand on ne fait attention aux opinions d’autrui que pour leur valeur cognitive, on peut tomber dans l’erreur par le phénomène de cascades informationnelles ou argumentatives. Dans une certaine mesure, on peut s’en prévenir en s’appuyant non seulement sur les conclusions auxquelles sont arrivés les autres, mais également sur les prémisses qui en constituent la base. Lorsqu’on considère les propriétés normatives des diverses formes de vote à la majorité ou à l’unanimité, on s’ aperçoit qu’elles dépendent, comme c’est le c a s pour les autres variables sur lesquelles je me suis penché, du contexte. Ainsi, dans une assemblée législative, la demande de l’unanimité donnerait normalement un privilège injustifiable au statu quo. Le cas principal, le liberum veto polonais, montre bien les conséquences absurdes et néfastes d’un tel système. Quant aux majorités qualifiées, leur justification se trouve dans certains cas dans le désir de stabilité, par exemple pour éviter des révisions trop fréquentes des constitutions. On observe aussi ce qu’on peut a ppeler des majorités qualifiées indirectes. Le bicaméralisme en offre un exemple. Sauf dans les cas très rares où la chambre haute et la chambre basse sont élues par des procédures identiques, le principe que toute loi doit être adoptée à la majorité simple dans chaque chambre équivaut à exiger une majorité qualifiée parmi les citoyens. En ce qui concerne le principe de majorité simple, on peut le justifier de plusieurs manières. D’un point de vue pragmatique, on peut le justifier comme un compromis quantitatif entre des prétentions à la supériorité qualitative. Dans les choix ecclésiastiques, on devait suivre la sanior pars, la partie la meilleure. Parmi les qualités de saniorité citées, il y avait la sagesse, l’expérience, l’autorité, la piété, l’érudition, la fermeté, le zèle, l’équité et même la douceur. Dans l’impossibilité de trancher on a fini par passer à la majorité numérique. Je citerai en outre la justification axiomatique proposée par Kenneth May en 1952. On a dit très justement que le choix ma joritaire est brutal, puisque le gagnant prend tout. Une majorité de 51 % peut imposer lourdement, par exemple, une minorité de 49 %. Dans certains cas, les minorités sont protégées par la nécessité d’adopter les décisions à la majorité qualifiée, mais très souvent la majorité peut faire ce qu’elle veut. Cependant, entre autres moyens d’atténuer la brutalité du principe majoritaire, on peut citer celui-ci: l’alternance. En effet, la majorité d’aujourd’hui sera peut-être la minorité de demain, et inversement. Cela donne non seulement à la minorité d’ aujourd’hui une raison d’accepter le diktat de la majorité, mais également à celle-ci une raison de ne pas utiliser pleinement son pouvoir d’imposer sa volonté à la minorité.

Voir de plus:

Brexit : Attention, le référendum n’était que consultatif

Gilles Devers

Actualités du droit

26/06/2016

Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement.

De toute part, ou presque, on somme Cameron de venir mardi à Bruxelles pour notifier l’engagement de l’article 50 du traité de Lisbonne.

Que dit cet article 50 ? C’est laconique :

« Un pays de l’UE qui souhaite se retirer doit informer le Conseil européen de son intention. Le Conseil doit ensuite proposer des orientations vers la conclusion d’un accord sur les modalités du retrait dudit pays.

« Cet accord est conclu au nom de l’UE par le Conseil, votant à la majorité qualifiée, après avoir obtenu la validation du Parlement européen.

« Les traités de l’UE cessent de s’appliquer au pays concerné dès la date d’entrée en vigueur de l’accord ou dans les deux ans à dater de la notification de retrait. Le Conseil peut décider de prolonger cette période.

« Tout pays s’étant retiré de l’UE peut introduire une nouvelle demande d’adhésion. Il doit alors suivre la procédure d’adhésion ».

C’est un processus complexe. Il faut défaire tous les liens institutionnels qui ont été créés, et qui sont considérables, ce qui va remettre en cause des millions de situations individuelles. Cet article n’est simple qu’en évidence : il prévoit la sortie, le démariage, mais personne n’imagine ensuite une indifférence totale entre le Royaume-Uni et l’Europe. S’ajoute ainsi une seconde question aussi essentielle : peut-on envisager les négociations sur le démariage, sans les lier avec la définition du nouvel accord ? Qui veut envisager le saut dans le vide ?

Alors Cameron… Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambiguë, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie.

Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net

Voir de même:

Brexit loophole? MPs must still vote in order for Britain to leave the EU, say top lawyers
‘MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain’
Ian Johnston
The Independent

27 June 2016

Parliament must still vote on a bill to allow the UK to leave the European Union, leading lawyers have said.

Geoffrey Robertson QC, who founded the Doughty Street Chambers, said the act which set up the referendum said « nothing » about its impact, meaning it was « purely advisory ».

A new bill to repeal the 1972 European Communities Act that took Britain into the EU must now be passed by parliament, he said, adding that MPs might not be able to vote until November when the economic effects of Brexit will be clearer.

« Under our constitution, speaking as a constitutional lawyer, sovereignty rests in what we call the Queen in parliament, » he told The Independent.

« It’s the right of MPs alone to make or break laws, and the peers to block them. So there’s no force whatsoever in the referendum result. It’s entirely for MPs to decide.

« The 1972 communities act … is still good law and remains so until repealed. In November, Prime Minister [Boris] Johnson will have to introduce into parliament the European communities repeal bill, » Mr Robertson said.

« MPs are entitled to vote against it and are bound to vote against it, if they think it’s in Britain’s best interest [to vote that way]. It’s not over yet.

« MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain. It’s a matter for their consciences. They have got to behave courageously and conscientiously.

 « Democracy in Britain doesn’t mean majority rule. It’s not the tyranny of the majority or the tyranny of the mob … it’s the representatives of the people, not the people themselves, who vote for them. »

Mr Robertson said there had been « a lot of stupid statements » suggesting Britain could simply send a note to the EU to trigger « Article 50 » of the Lisbon Treaty, which lays out the process under which states can leave. The article itself says a state can only leave in accordance with « its own constitutional requirements ».

« Our most fundamental constitutional requirement is that the decision must be taken by parliament. It will require a bill, » he said.

« In November, the situation may have totally changed. According to polls, a million vote leavers appear to have changed their mind, that could be five million by the November. »

In a letter to The Times, another leading QC, Charles Flint, of Blackstone Chambers, also stressed that British law required MPs to vote before Brexit could happen.

« Under the European Union Act 2011 … a change to the treaty on European Union, agreed between member states, would have required approval both by referendum and by act of parliament, » he said.

The Lisbon Treaty was the first agreement that laid out how member states could leave the EU.

1. Any Member State may decide to withdraw from the Union in accordance with its own constitutional requirements.

2. A Member State which decides to withdraw shall notify the European Council of its intention. In the light of the guidelines provided by the European Council, the Union shall negotiate and conclude an agreement with that State, setting out the arrangements for its withdrawal, taking account of the framework for its future relationship with the Union. That agreement shall be negotiated in accordance with Article 218(3) of the Treaty on the Functioning of the European Union. It shall be concluded on behalf of the Union by the Council, acting by a qualified majority, after obtaining the consent of the European Parliament.

3. The Treaties shall cease to apply to the State in question from the date of entry into force of the withdrawal agreement or, failing that, two years after the notification referred to in paragraph 2, unless the European Council, in agreement with the Member State concerned, unanimously decides to extend this period.

4. For the purposes of paragraphs 2 and 3, the member of the European Council or of the Council representing the withdrawing Member State shall not participate in the discussions of the European Council or Council or in decisions concerning it.

A qualified majority shall be defined in accordance with Article 238(3)(b) of the Treaty on the Functioning of the European Union.

5. If a State which has withdrawn from the Union asks to rejoin, its request shall be subject to the procedure referred to in Article 49.

Voir encore:

The great Brexit kabuki — a masterclass in political theatre
Lead actors on both sides are expert in the arts of mask and illusion, writes Andrew Moravcsik
Andrew Moravcsik
The Financial Times
April 8, 2016

The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23.
It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. This year’s presidential primaries demonstrate how our politicians have refined this art. Now we are watching the British do us one better.

The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party.

Yet to justify extended national deliberations over Europe, the UK prime minister needed to stage a negotiation in which he appeared to wring concessions out of other European governments. This proved a challenge. In past decades the EU has moved so far in Britain’s direction that there are few principled issues where London suffers outside the European consensus.

Mr Cameron termed the final deal “fundamental, far-reaching change” resulting in a “special status” for Britain. But aside from two modest items — a reduction in non-resident child benefits, which Germany also favoured, and a temporary cut in tax credits — the items he negotiated were symbolic.

This faux negotiation ushered in the referendum. The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix.

This uncertainty would be more troubling if the referendum really mattered. Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along.

In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. If Britain votes to leave, the government will fall or, at the very least, the cabinet will be reshuffled. For Eurosceptic backbenchers, this is a once-in-a-lifetime opportunity. Yet they lack parliamentary and popular majorities to govern alone. They would have to strike a deal, which means moderating anti-European demands — all amid post-referendum economic chaos. Renegotiation inside the EU would be almost inevitable.

Excessively cynical? Hardly. Few Eurosceptics are more prominent (or ambitious) than Boris Johnson, and he has signalled his willingness to compromise. The mayor of London’s soundbites remain flamboyant: “The door of the jail [is] open, and people can see the sunlit land beyond.” But read the fine print.

When the referendum was announced, Mr Johnson said that voting to leave need not necessarily mean leaving. Britain might renegotiate a better deal inside the EU, followed by a second referendum. So voters need not worry: “If you vote to leave, all your options are good.” The prime minister has, for now, dismissed that option, but Mr Johnson’s statements continue to leave just enough wriggle room.

A flip-flop? Not at all. Mr Johnson reminds us that he supported Brexit only at the last minute, after Mr Cameron’s EU deal failed to include his proposed wording recognising “parliamentary sovereignty” — just the type of frothily symbolic concession on which future renegotiations could be based.

Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe.

Eurosceptics propose that Britain negotiate with 27 frustrated European governments, under tumultuous economic conditions, simply to re-establish its current economic status outside the EU. Britain’s bargaining position in such a negotiation would be exceedingly weak because it is much more dependent on Europe for exports and investment than vice versa. The inevitable result, as the Swiss know only too well, is that Europe will dictate which regulations Britain must accept. Worse, Britain will surrender any future democratic control over their making.

The lesson is simple. Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality.

The writer is professor of politics at Princeton University

Voir de même:

Le « Brexit » n’aura pas lieu
Arnaud Leparmentier

Le Monde

25.06.2016

ANALYSE. Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe.

Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens.

Passons sur les mille questions sans réponse : que va-t-il advenir des immigrés polonais à Londres, des retraités anglais en Creuse, des étudiants espagnols en Ecosse, des droits de douane que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) interdit d’augmenter…

Qu’adviendra-t-il si, à la faveur d’élections, les conservateurs britanniques perdent le pouvoir ? Quitter l’UE apparaît presque « matériellement impossible », comme devait l’être « la guerre » avec la mise en commun du charbon et de l’acier selon la déclaration Schuman de 1950, tant le droit et l’économie anglais sont enchevêtrés avec l’Europe.

Faire fi des rancœurs passées
Les Britanniques ont trop cassé d’œufs depuis 1973 dans l’aventure européenne et, comme le résume Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, « on ne refait pas des œufs à partir d’une omelette ».

En dépit d’un ton martial, les Continentaux vont eux aussi devoir faire fi des rancœurs passées et se poser une question stratégique : ont-ils intérêt à continuer de former un espace intégré de libre-échange avec les Britanniques ? La réponse sera certainement positive, même pour la France, parce que le Royaume-Uni constitue un débouché commercial majeur.

Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel.

En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice.

Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE.

Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie.

L’Europe se meurt faute de projet
Pour sauver l’Europe, on peut réitérer les reproches traditionnels, tel le candidat à la primaire de la droite et ancien premier ministre, Alain Juppé, qui veut que la Commission de Bruxelles cesse d’« enquiquiner » les Européens avec ses réglementations. En dépit du respect qu’on doit aux chasseurs de palombes, on doute que cela suffise. L’Europe n’a pas non plus échoué sur tout dans son sauvetage de la zone euro et la gestion des migrants.

Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis.

Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes.

Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens.

Repli identitaire
C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro.

Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration.

Quant à la sécurité intérieure et extérieure, elle a toujours été portée par l’Etat régalien, jamais par l’Europe.

Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Sur la nation, voire le pays natal, le Heimat, avec un retour d’une tradition plus ou moins surannée – Union Jack, chants basques ou culotte tyrolienne –, emblématique d’un besoin d’ancrage, d’appartenance.

Pendant des décennies, les Européens ont cru que l’intégration européenne leur permettait de garder leur identité. Ils en doutent, et choisissent la culotte tyrolienne contre l’Europe, se croyant mieux protégés seuls pour affronter l’avenir. C’est cela le choc du « Brexit ».

Voir aussi:

Le Brexit en sept questions

Guillaume Bigot

Le Figaro

27/06/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Guillaume Bigot, le Brexit n’est que la face émergée de l’iceberg européen : il estime que l’UE est une utopie sous protection de l’armée américaine.


Guillaume Bigot est essayiste. Il est le co-auteur avec Stéphane Berthomet de Le jour où la France tremblera paru en 2006 aux éditions Ramsay. Il est membre fondateur du Comité Orwell et Directeur Général de l’IPAG Business School. Le retrouver sur son site.


– Le Brexit est-il un revers pour la classe dirigeante?

Guillaume BIGOT. – Depuis 30 ans, le grand dessein fondait la légitimité de la classe dirigeante. Le Brexit a lézardé ce socle. Le dépassement de l’État nation démocratique sur le vieux continent n’est plus inéluctable.

Jusqu’en 1940, contester le bien fondé de la ligne Maginot était inconcevable. Imaginer qu’elle pourrait être contournée faisait de vous un hurluberbu. Les gens bien, les spécialistes, les experts, a fortiori les dirigeants ne questionnaient pas le dogme de l’invincibilité de l’armée française qui se confondait avec celui de la supériorité de la stratégie défensive sur la stratégie offensive. En 1958, l’idée que l’Algérie n’était pas la France n’était partagée que par une poignée d’extrémistes. Le rapatriement de millions de pieds-noirs était tout simplement impensable.

Le caractère inéluctable de l’UE rentre dans cette catégorie de totem et tabou.

Toute classe dirigeante est conformiste, y appartenir suppose de partager les convictions qui lui servent d’auto justification. Ces convictions forment des «paradigmes historiques». La croyance dans l’unification européenne forme un paradigme historique.

En général, les dirigeants tiennent à leurs paradigmes plus qu’ils ne tiennent à leurs pouvoirs. Contrairement à ce que croient les marxistes et les libéraux, les puissants perdent souvent leur pouvoir parce qu’ils refusent de remettre en cause les convictions qui le fondent. Et c’est la raison pour laquelle, lorsque les faits ou la réalité viennent contredire et parfois percuter ce paradigme, les dirigeants sont victimes de ce que les économistes appellent un «aveuglement au désastre». Zeus aveugle les mortels qu’il veut perdre.

La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes.

– Au fond, qu’est-ce que l’Union européenne?

Une utopie. Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration.

D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls.

En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble.L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous.

– Pourquoi les Britanniques ne croient plus dans cette utopie?

Ils n’y ont jamais cru.

Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes.

– Les membres de l’Union européenne sont-ils si désunis que cela?

Ce terme d’union est trompeur car il y a au moins quatre types d’États membres. La première catégorie, comme le Danemark ou la Grande-Bretagne, sont rentrés par opportunisme économique mais aussi pour manipuler les rouages institutionnels. La GB est le premier et ils sortiront tous.

La seconde catégorie ce sont les États de l’Europe du Sud qui sont entrés pour protéger leurs démocraties fragiles dans les années 80 (Grèce ; Portugal ; Espagne ; etc.). Eux aussi sont entrés par calcul, ils voulaient soutirer des aides structurelles.

Troisième catégorie, les Etats libérés par la fonte du glacis soviétique qui sont venus chercher des aides structurelles mais aussi un mécanisme de ré assurance militaire vis-à-vis de la Russie à travers le lien organique entre l’OTAN et l’UE. Les traités européens font en effet de l’organisation militaire aux ordres du président des États-Unis le «bras armé de l’Europe», ce qui ne manque pas de sel lorsque l’on sait que l’une des principales justifications de la construction européenne consiste à vouloir équilibrer la puissance américaine. La seule catégorie d’État sincèrement européiste, ce sont ceux du noyau originel: France ; Allemagne ; Belgique ; Pays-Bas ; Luxembourg et Italie. D’autres pays à l’identité malheureuse comme l’Autriche, la Croatie ou la Roumanie peuvent s’y agréger.

– Ces pays fondateurs peuvent-il avancer plus loin entre eux et créer un noyau dur?

Les dirigeants en rêvent et une part de plus en plus importante de l’opinion de certains de ces pays en cauchemardent.

L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe.

Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000.

– Le Frexit est-il probable?

Il n’est pas seulement probable, il est inévitable même s’il sera plus long à venir.

De 1944 à 1977, l’idée qui domine l’opinion française, c’est que les collaborationnistes ne représentaient rien n’y personne. Dans le même laps de temps, l’Europe n’allait pas au delà d’un marché commun, avec défense d’un tarif extérieur commun et négociation âpres vis-à-vis des tiers.

Avec l’élection de Giscard qui explique à la France qu’elle est devenu une puissance moyenne (1974) avec la diffusion du feuilleton Holocauste (1978), un processus de culpabilité nationale s’est mis en marche qui culmine avec le discours de Chirac au Vel d’Hiv (1995). Le Français était devenu Dupont-Lajoie. Un collabo, un pétainiste, un beauf. Surtout s’il était pauvre et peu éduqué. L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Et le noyau perce déjà l’écorce: les historiens s’accordent pour considérer que les Français furent un temps bernés par Pétain en sa qualité de vieux lutteur anti-germanique et puis ils passèrent le reste de la guerre effarés par les crimes de l’occupant, pestant contre un régime qu’ils n’avaient pas choisi et laissant leur joie exulter à la libération. Moralement, les Français ne furent jamais du côté des nazis. La chouette de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit. Nous ne sommes pas très loin de cette prise de conscience qui va déchirer le drapeau européen comme un voile obscurcissant l’avenir. L’enjeu est là pour les Français: ne plus être symboliquement et moralement assimilés aux Allemands (l’alignement moral a été un préalable à l’alignement monétaire qui s’est réalisé dans la douleur avec la désinflation compétitive et qui se poursuit avec l’austérité) et ce travail est presque terminé. Aux lendemains du 13 novembre, nous avons éprouvé une fierté à brandir le drapeau tricolore et au-delà, que face à l’adversité, nous devions assumer un destin grand et singulier. En revanche, nous ne croyons pas encore que nous avons en nous les ressources suffisantes pour exister sur un plan technologique, économique, militaire et même onirique (on domine aussi par les rêves) face à la mondialisation américaine ou chinoise.

– Le Royaume-Uni va-t-il éclater après le Brexit?

C’est probable mais cela n’aura qu’un lien indirect avec le Brexit. Comme nous l’écrivions avec Jean-Claude Barreau dans Toute la géographie du Monde : «l’Écosse se dirige doucement et sans rancœur vers l’indépendance et la dissolution de l’acte d’union». Le royaume n’est uni que depuis 1707, date à laquelle l’Écosse, nation indépendante et différente géographiquement (vieux massif au climat plus proche de celui de la Norvège que de celui de la Normandie qui est celui des plaines anglaises) et historiquement (l’écosse n’a pas été romanisée) de l’Angleterre. L’indépendance de l’Écosse ne sera pas une nouveauté mais un retour en arrière (pendant la guerre de cent ans, les gardes de Jeanne d’Arc étaient écossais). Braveheart n’est pas mort dans le cœur des Écossais et c’est un peu le processus européen, beaucoup la découverte du pétrole mais aussi la fin de l’empire britannique (les Écossais y avaient joué un rôle déterminant) qui explique le retour de ce refoulé. Non seulement, le processus d’unification européen est un processus de désunifoication nationale (en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne et ailleurs) mais le Brexit a bien mis en exergue une différence de sensibilité politique entre une écosse riche mais travailliste et une Angleterre qui tolère mieux des extrêmes sociaux. Ajoutons que l’Irlande est dans la même situation de divorce et là ce sera plus grave car la guerre entre Anglais et Irlandais du Nord peut se rallumer.

Voir enfin:

L’usage stratégique de l’argumentation [*]
Jon Elster
1 – Introduction
1Lorsque des individus tentent de parvenir à un accord, deux grandes voies s’ouvrent à eux : soit ils essaient de se persuader l’un l’autre à l’aide d’arguments rationnels (on dit alors qu’ils argumentent), soit ils procèdent par un échange de menaces et de promesses (on dit alors qu’ils négocient). Tout au long de cet article, j’envisagerai les avantages et les inconvénients de ces deux registres de communication, tout en restant attentif au processus d’élaboration de l’accord ainsi qu’à la question de la qualité, si l’on peut dire, de l’accord recherché. Les principales illustrations empiriques de l’argumentation proviendront des débats de deux assemblées constituantes : la Convention fédérale de Philadelphie de 1787 et l’Assemblée constituante de Paris, de 1789 à 1791 [1]. J’utiliserai également d’autres exemples, comme certaines caractéristiques propres aux négociations salariales (voir aussi Elster, 1989, ch.4) et quelques aspects de l’allocation de ressources rares (Elster, 1992).
2Lorsque des individus argumentent, les assertions qu’ils formulent prétendent à la validité  [**]. Je me référerai aux écrits de Jürgen Habermas (1984/ 1989, 1990) afin d’éclairer cette notion. Si les mêmes individus s’engagent dans une négociation, les menaces et promesses qu’ils lancent prétendent alors à la crédibilité. Cette idée sera développée dans le même esprit que les travaux de Thomas Schelling (1960). Mais, dans la mesure du possible, j’essaierai de ne pas me limiter à une simple juxtaposition des deux approches. Je traiterai également de l’utilisation stratégique de l’argumentation, à la suite d’Habermas, dans l’optique proposée par Schelling. D’une part, les négociateurs essaient souvent de présenter leurs menaces comme s’il s’agissait d’avertissements [***]. Au lieu d’énoncer une menace, ils la remplacent par un fait équivalent. Et, d’autre part, les acteurs guidés par la recherche de leur propre intérêt essaient souvent de formuler leurs revendications en s’appuyant sur des principes. Ils sont alors poussés à dissimuler leur intérêt derrière un équivalent impartial. L’essentiel de cet article sera consacré aux contraintes inhérentes à ces jeux de substitution, aux raisons d’y recourir et aux conséquences que cela implique. L’énigme que je veux éclairer peut être résumée très simplement : après tout, pourquoi argumenter ?
3Comme je l’ai déjà écrit, mon attention se portera principalement sur le cas des assemblées constituantes, là où l’argumentation et la négociation jouent toutes deux un rôle central. Mais il existe également deux situations plus proches des cas extrêmes d’argumentation et de négociation pures : il s’agit, respectivement, des débats législatifs ordinaires et des négociations salariales. En effet, ces deux types d’actes de langage peuvent être observés, y compris dans ces cas extrêmes. Ainsi, lors des débats législatifs ordinaires, le gouvernement peut menacer soit de démissionner soit de dissoudre le parlement, au cas où ses propositions ne seraient pas adoptées. Les législateurs peuvent alors brandir la menace d’une obstruction parlementaire et s’engager dans des échanges de faveurs. (Notez bien que toutes ces manœuvres ne consistent, en fait, qu’en une utilisation détournée de ressources mises en place par le système politique lui-même. Elles n’impliquent aucune menace sur la vie de l’adversaire, ni sur sa réputation, ni sur son portefeuille.) A l’inverse, même la confrontation dans les négociations salariales se base sur une bonne part d’argumentation rationnelle. Ainsi, les professions à qui la loi interdit de faire grève peuvent néanmoins participer aux négociations salariales. Même lorsque l’arsenal des parties en présence contient des menaces de grèves et de boycotts, les négociations salariales impliquent souvent des débats sur de simples faits, tels que la hausse des salaires dans d’autres groupes professionnels, la santé financière de la firme ou encore le taux d’inflation prévu. Pourtant, personne ne peut négocier à propos de tels sujets, pas plus qu’on ne peut négocier à propos du temps qu’il fera demain.
4Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.)
5Au cours de cet article, je n’emprunterai aucun cas concret d’argumentation ou de négociation aux deux assemblées [2]. J’analyserai plutôt en quoi des arguments apparemment rationnels par rapports à des valeurs (troisième section) ou à des faits (quatrième section) peuvent s’avérer, lorsqu’on y regarde de plus près, dictés par l’intérêt personnel. J’examinerai les raisons pour lesquelles les participants à un processus de décision collective peuvent utiliser de manière stratégique des idées (non-stratégiques) d’impartialité et de vérité, ainsi que les conséquences qui en découlent.
2 – Les motivations : quelques présupposés
6Tout au long de cet article, je supposerai que les participants à un processus de délibération collective sont (1) rationnels et (2) guidés exclusivement par leur intérêt (qu’il s’agisse de l’intérêt personnel ou bien de celui de leur groupe d’appartenance). Si les arguments qu’ils déploient semblent étrangers à leur intérêt personnel, c’est qu’un calcul rationnel leur indique qu’il y va justement de leur intérêt de procéder de la sorte. Mais cette hypothèse semble irréaliste. Je commencerai d’ailleurs par livrer quelques commentaires à propos de ses lacunes.
7En premier lieu, cette hypothèse repose sur une idée un peu trop simple concernant les mécanismes par lesquels l’intérêt personnel pourrait générer des arguments désintéressés. Comme Tocqueville le fait remarquer (1893 ; 1990, p. 84), tant l’aveuglement que la tromperie peuvent jouer un rôle : « les partis politiques… sont souvent accusés d’agir sans conviction ; pourtant, mon expérience tend à démontrer que cela arrive moins souvent qu’on ne le croit. Le fait est qu’ils possèdent simplement la faculté, précieuse et souvent bien nécessaire en politique, de se forger d’éphémères convictions en fonction des sensations et des intérêts du moment » [****].
8En deuxième lieu, et surtout, cette hypothèse repose sur une bien pauvre image des motivations humaines. Nous pouvons d’ailleurs distinguer trois sortes de motivations : les passions, les intérêts et la raison impartiale. Ces trois motivations sont souvent opposées par paires les unes aux autres. Ainsi, lorsque David Hume (1960, 415, première édition en 1739-40) traite de la passion et de la raison, il stipule que cette dernière est et doit être exclusivement au service de la première. Albert Hirschman (1977) observe, pour sa part, les changements d’attitude à l’égard des passions et des intérêts au 18e siècle. Et il soutient que le triomphe des intérêts sur les passions constitue, dans une société axée sur le commerce, « un argument politique en faveur du capitalisme avant l’heure de son triomphe ». Dans les lignes qui suivent, nous entendrons par « intérêt » la quête d’un avantage matériel. Quant aux passions, outre le fait qu’elles ne sont pas toujours guidées par la recherche d’un avantage, elles peuvent même pousser les individus à agir à l’encontre de leur propre intérêt. Comme le souligne La Bruyère (1696, IV, p. 71), « rien n’est plus aisé pour la passion que de se placer au-dessus de la raison : c’est pour cela que sa vraie victoire consiste à triompher de l’intérêt ». En fin de compte, le présent article est fortement inspiré par le contraste régnant entre raison et intérêt. Dans le cas de la Convention Fédérale, on admet, en général, que ces deux principes déterminent la palette des motivations possibles des constituants (Jillson, 1988, p. 193-94 ; Rakove, 1987).
9Dans l’analyse des assemblées constituantes qui étayera nos propos, ces trois motivations reviennent à deux reprises. Premièrement, lorsque les constituants doivent faire des projections quant aux motivations qui animeront les générations futures (celles à qui la constitution est destinée). Ensuite, elles interviennent encore lorsque les observateurs et les historiens tentent de démêler les motivations des constituants eux-mêmes.
Cas n° 1 : des constituants impartiaux et rationnels
10Comme premier sous-cas, envisageons des constituants impartiaux et rationnels qui visent à limiter les éventuels inconvénients des passions des générations futures. Cette idée a deux aspects. Commençons par une première situation-type : le processus d’élaboration constitutionnelle. On peut concevoir ce processus comme une situation où les constituants rationnels et impartiaux tentent de contenir les passions des générations futures. Cette situation-type met en évidence deux aspects, liés respectivement à la mécanique de révision constitutionnelle et à la mécanique législative ordinaire. En rendant difficile la révision d’une constitution, les constituants essaient de contenir les majorités passionnées susceptibles de s’en prendre aux droits des minorités. En ralentissant le processus législatif ordinaire, via le bicaméralisme et le principe de veto accordé à l’exécutif, la Constitution permet de limiter ce genre de risques de révision par une majorité imprévisible et versatile. C’est ainsi que l’on peut comprendre Madison lorsqu’il souligne que le Sénat est nécessaire pour protéger la population de sa « versatilité et de sa passion ».
11Globalement, dans les comptes-rendus de la Convention Fédérale, très peu d’éléments révèlent une quelconque prise en compte des passions des générations futures par les constituants, au sens où je viens de l’expliquer. En effet, les constituants semblent davantage préoccupés par l’attrait que des intérêts immédiats ou partisans pourraient exercer sur les prochaines générations. En général, ils partent de l’hypothèse selon laquelle les motivations sont, en tous temps et en tous lieux, dictées par l’intérêt personnel. Si cette hypothèse a été retenue, c’est probablement pour des raisons de prudence et non parce qu’elle est présumée vraie. Selon Hume (1963, p. 42), « la maxime selon laquelle tout homme doit être considéré comme un fripon est juste en politique ; bien que, en même temps, il semble quelque peu étrange qu’une maxime soit vraie en politique tout en étant fausse dans les faits. » Imprégnés par la pensée de Hume comme ils pouvaient l’être à l’époque, les constituants ont naturellement travaillé dans la même optique que lui (White, 1987).
12A l’Assemblée Constituante, les hypothèses émises sur la nature humaine sont à la fois plus méchantes et plus flatteuses que celles élaborées à la Convention Fédérale. Si l’hypothèse de Hume sur la friponnerie universelle est souvent considérée comme un scénario du pire, il existe des choses plus graves que la recherche de son propre intérêt (Hirschman 1977 ; Holmes 1990). En tête de liste, on y trouve l’envie, la rancune, l’orgueil et la vanité. Et même si certains propos émis au sein de la Convention Fédérale (I, 72, 176) peuvent laisser penser que les constituants taxent de certaines envies les individus à qui s’adresse leur travail, il n’en reste pas moins que de tels propos demeurent ambigus et atypiques. En revanche, au sein de l’Assemblée Constituante, les arguments prenant en compte la vanité et l’orgueil – c’est-à-dire l’amour propre – jouent un rôle considérable. Il convient d’éviter de placer un agent dans une situation où sa vanité l’inciterait à agir à l’encontre de l’intérêt public. D’ailleurs, vingt-cinq ans plus tard, Benjamin Constant est encore préoccupé par « le problème de l’amour-propre, un défaut bien français ». Et il affirme que des « dispositifs institutionnels » sont nécessaires pour le contrer. C’est pourquoi il prône le système britannique qui interdit les discours écrits au Parlement (Holmes 1984, p. 139-140).
13Au sein de l’Assemblée Constituante, Bergasse insiste plus d’une fois sur la nécessité de prendre en considération la vanité ou l’orgueil des agents dont la Constitution est censée régir le comportement (9, p. 115). Il affirme qu’un procureur ne peut simultanément être juge car, si ces deux rôles se mélangent, son amour-propre de magistrat risque de le faire pencher pour la culpabilité de l’accusé (8, p. 443). Si la législature en place accuse un ministre de mauvaise conduite, celui-ci ne doit pas être jugé par une cour ordinaire, car cela risquerait de froisser la susceptibilité du corps législatif (9, p. 111). Un veto suspensif accordé au Roi n’aura pas l’effet escompté, c’est-à-dire qu’il n’amènera pas l’Assemblée à réexaminer la Loi parce que son amour-propre lui interdira de faire marche arrière (9, p. 116). Malouet (9, p. 116) discute un argument similaire qui a été avancé contre un projet. Celui-ci a été avancé contre un projet qui visait à octroyer au Sénat un veto que seule une majorité des deux-tiers au sein de la Chambre basse pourrait annuler. Et Malouet rejette cet argument, sans nier le rôle joué par l’amour-propre, mais en affirmant qu’il n’affecterait que les députés à l’origine du projet de Loi et non ceux qui l’auront votée.
14Considérons maintenant un deuxième sous-cas : les constituants peuvent tenter non seulement de contenir les passions des générations futures, mais aussi de contrôler et de canaliser leurs intérêts. Contrairement à ce qui se passe à l’Assemblée Constituante, la théorie des choix publics rencontre un certain succès au sein de la Convention Fédérale. Les constituants y fondent constamment leur argumentation sur les effets incitatifs de divers dispositifs. J’illustrerai ceci à l’aide de trois exemples, tous empruntés à Madison.
15D’abord, celui-ci était contrarié par le fait que seuls les propriétaires fonciers puissent faire partie du Congrès. D’après lui, l’histoire montre que « les hommes ayant acquis une propriété foncière à crédit ont souvent réussi à se faire élire afin de se protéger efficacement, mais injustement, contre leurs créanciers » (II, p. 123). Un second exemple de raisonnement basé sur l’effet incitatif apparaît dans les propos qu’il tient au sujet d’un projet prévoyant que, lors de l’élection du président, chaque électeur disposera de deux voix dont une au moins devra être attribuée à un candidat originaire d’un autre État que le sien. Madison « pense que cette suggestion a un bon côté… La seule objection est que chaque citoyen, après avoir voté pour son concitoyen favori, risque de gaspiller sa seconde voix en la donnant à un obscur candidat d’un autre État, afin de renforcer les chances de son premier choix » (II, p. 114). Le dernier exemple est moins convaincant. En s’opposant à la sélection de l’exécutif par le corps législatif, Madison avance que « le candidat risque d’intriguer auprès de la législature, d’être nommé par la faction dominante et d’être dès lors enclin à conduire son administration conformément aux désirs de celle-ci » (II, p. 109). Mais rien ne garantit la crédibilité de la promesse par laquelle un candidat s’engagerait à privilégier ses électeurs. A moins que l’exécutif ne soit candidat à sa réélection, il est plus probable que l’assemblée deviendra esclave de sa créature. En fait, le faiseur de rois doit se méfier du Roi.
16Comme troisième sous-cas, considérons le fait que des constituants rationnels peuvent essayer de créer des conditions permettant aux générations futures d’utiliser, elles aussi, leurs capacités de raisonnement. Cette idée n’a jamais été mentionnée à la Convention Fédérale. A l’Assemblée Constituante, elle y joua un rôle central. Sous certains aspects, comme je l’ai déjà dit, les membres de l’Assemblée Constituante se faisaient une idée plus flatteuse de leurs successeurs que leurs confrères de la Convention Fédérale. Ils croyaient vraiment que le rôle d’une assemblée consistait à transformer les préférences par des débats rationnels, dépassant ainsi largement un simple processus d’agrégation. Dans la plus célèbre formulation de ce point de vue, Sieyès avance (8, p. 595) que le vœu national -c’est-à-dire ce que la nation désire- ne peut être déterminé en consultant les recueils de plaintes et de souhaits que les représentants amenaient à Versailles. De même, les mandats impératifs ne peuvent être considérés comme autant de résultats de la volonté nationale. D’après lui, en démocratie (le terme était alors péjoratif), les individus se forgent leur propre opinion en privé avant d’aller l’exprimer dans les urnes. Si aucune majorité ne se dégage alors, ils rentrent chez eux et revoient leur opinion, une fois encore chacun de leur côté. Cette façon de forger une volonté collective constitue, selon Sieyès, une absurdité dans la mesure où elle ne permet ni la délibération ni la négociation. « Il ne s’agit pas d’une élection démocratique dans ce cas-ci, mais bien de proposer, d’écouter, de se concerter, de changer d’avis, pour arriver à un consensus. » Lors des débats de la révision constitutionnelle, d’André (30, p. 668) et Barnave (30, p. 115) soulignent également que l’idée d’une Convention constitutionnelle issue de mandats impératifs, octroyés par des Assemblées primaires, trahirait l’esprit du système représentatif au profit de la démocratie. Selon l’expression empruntée à Barnave, « un vœu, qu’il soit personnel ou celui de la section, s’il n’est pas éclairé par une délibération commune, n’est pas un vœu véritable ».
Cas n° 2 : des constituants impartiaux mais imparfaitement rationnels
17Intéressons-nous, à présent, aux motivations des constituants. Tout d’abord, leur souci de la chose publique n’est probablement qu’imparfaitement rationnel. Une rationalité imparfaite (c’est-à-dire éprouver une faiblesse et être conscient de cette faiblesse) peut inciter les acteurs à prendre des mesures censées empêcher des comportements prévisibles et indésirables dans le futur. (Elster, 1984). Ce qui signifie qu’on peut considérer la Constitution comme un dispositif permettant à une « société » de se protéger elle-même contre « ses » prédispositions, conscientes et redoutées, à l’imprudence. « Les constitutions sont des chaînes avec lesquelles les hommes se lient eux-mêmes dans leurs moments de lucidité, afin de ne pas succomber sous une main suicidaire en des temps agités » (John Potter Stockton, cité par Finn, 1991, p. 75). Bien que cette idée d’un auto-enchaînement intergénérationnel se désintègre dès qu’on l’utilise de manière trop littérale, elle peut s’appliquer de manière plus adéquate quand on analyse les motivations des constituants. Ces derniers peuvent chercher à structurer leurs propres procédures de manière à minimiser l’impact des passions et des intérêts. Les deux assemblées du 18e siècle ont créé et institutionnalisé des dispositifs à cette fin.
18A la Convention Fédérale, les séances se déroulaient à huit-clos et dans la confidentialité. Comme Madison le dira plus tard (III, p. 479), « si les membres avaient commencé par s’engager publiquement, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exige d’eux qu’ils restent sur leurs positions alors que, dans le cadre de discussions confidentielles, personne ne se sent tenu de garder son opinion s’il n’est plus convaincu de leur pertinence ni de leur véracité, et chaque membre reste ouvert à la discussion ». Il est probable que l’on craignait de voir l’orgueil et la vanité des représentants, ainsi que les pressions exercées par leurs électeurs, les empêcher de revenir sur une opinion après l’avoir exprimée. Toutefois, Madison n’envisage pas cette autre implication de la confidentialité, c’est-à-dire l’éventualité de voir les débats quitter le terrain de l’argumentation pour celui de la négociation. Mais je reviendrai sur cette implication plus loin.
19Contrairement à la Convention Fédérale, l’Assemblée Constituante fonctionnait comme une législature ordinaire. Il se peut toutefois que cet arrangement se révèle indésirable. L’une des principales tâches confiées à une assemblée constituante consiste à répartir équitablement le pouvoir entre les organes législatifs et exécutifs. Confier cette tâche au corps législatif reviendrait à lui demander d’être à la fois juge et partie. On pourrait aussi s’attendre à ce qu’une constitution rédigée par une assemblée législative donne trop de pouvoirs à la législature. Dans l’absolu, ce problème pourrait être réglé par des moyens semblables à ceux employés dans les corps législatifs, avec des freins et contrepoids. Par exemple, un veto royal sur la Constitution serait à-même de freiner la tendance du législatif à s’accorder trop d’importance. L’Assemblée Constituante a adopté une autre position en déclarant ses membres inéligibles aux premières élections ordinaires. C’est Robespierre (26, p. 124) qui, lors de son premier grand discours, convainc l’Assemblée de voter pour cette ordonnance d’abnégation.
20Bien que parfois considérée par la postérité comme un exemple désastreux de surenchère populiste (Furet, 1988, p. 104), la solution de Robespierre se veut une réponse à un réel problème. Si jamais les constituants ont la motivation et l’occasion de se réserver une place de choix dans la Constitution, alors ils le feront. Au sein de la Convention Fédérale, cette motivation était probablement absente. Et, même si les constituants partaient du principe que les générations futures d’électeurs et de politiciens seraient des fripons, comme nous l’avons vu plus haut, ils se voyaient eux-mêmes guidés par des intentions biens plus nobles (White 1987, p. 114 et 249 ; Lovejoy 1961, p. 52). Plus encore, l’occasion faisait tout simplement défaut. Il y avait un fait incontournable, et les constituants n’y pouvaient rien : la Convention serait définitivement dissoute une fois la Constitution rédigée. Au sein de l’Assemblée Constituante, par contre, les constituants ont dû légiférer pour s’interdire de se ménager une place de choix grâce à la Constitution.
Cas n° 3 : des constituants intéressés et passionnés
21Beaucoup de travaux traitent de l’importance relative des idées impartiales et des intérêts comme motivations des constituants à la Convention Fédérale. Ainsi, Charles Beard (1986) soutient que les constituants n’ont fait que poursuivre leur intérêt. Calvin Jillson (1988, p. 16) prétend que, pour le choix entre deux dispositions institutionnelles, les idées n’importaient que lorsqu’il n’y avait pas d’intérêts en jeu. R. A. McGuire (1988) estime que les intérêts économiques des circonscriptions électorales des différents représentants ont un pouvoir explicatif des votes à la convention supérieur aux intérêts économiques directs des constituants, bien que ces derniers ne soient pas négligeables. Toutefois, on peut noter que, vu la nécessité de faire ratifier la Constitution par les États, l’intérêt des circonscriptions électorales a probablement contraint les constituants impartiaux bien plus qu’il n’a déterminé leur propre intérêt. (A l’inverse, et comme je le soutiens dans la section suivante, les normes du discours rationnel peuvent freiner les intérêts personnels des constituants).
22Même si les experts ne parviennent pas à s’entendre à propos du dosage exact des idées et des intérêts à Philadelphie, la majorité d’entre eux s’accorde toutefois à dire que les deux motivations sont intervenues. Les passions, en revanche, semblent avoir joué un rôle relativement faible. A l’Assemblée Constituante, les intérêts des représentants (et ceux de leurs circonscriptions) restent assez périphériques, si l’on excepte le cas des défenseurs acharnés de l’ancien régime. Les idées et les passions (des idées qui peuvent être défendues avec passion et, parfois, déformées par la passion) ont dominé les débats. Dans cet article, notre stratégie consiste à traiter les différences entre les deux assemblées comme si elles étaient produites par le contexte institutionnel. Ainsi, alors que les débats à huis-clos permettent une libre expression des intérêts, les débats publics les acculent à la clandestinité. Dans des débats à huis-clos entre peu de représentants, les tirades passionnées seront ridiculisées comme autant de clichés. Dans un forum public, avec de nombreux représentants, le débat passionné sert à la fois d’épée et de bouclier. Je ne prétends pas avoir tout dit sur la question. On peut ainsi raisonnablement supposer que les deux assemblées comptent chacune leur part « de passionnés et d’intéressés ». Cependant, je tiens ici à déterminer de quelle manière le cadre des débats a pu canaliser, amplifier ou étouffer l’expression de ces motivations.
3 – L’usage stratégique des arguments impartiaux
23En général, lorsque les membres d’une assemblée débattent, ils se contentent de faire comme s’ils se préoccupaient du bien public ou de l’intérêt général. Et même lorsqu’ils formulent leurs arguments en ces termes, c’est souvent pour mieux dissimuler des objectifs partiaux ou partisans. Pour comprendre la nature, les causes et les conséquences de tels pseudo-arguments, il faut d’abord analyser les véritables arguments qu’ils parasitent. Ici, je suis Habermas (1984, p. 75). Il soutient qu’un locuteur recherchant l’intercompréhension plutôt que la réussite doit respecter trois critères de validité : la vérité propositionnelle, la justesse normative et la véracité subjective (c’est-à-dire la sincérité). Par conséquent, un locuteur voulant donner l’impression de rechercher l’intercompréhension doit, lui aussi, donner l’impression de respecter ces trois critères. C’est pourquoi j’étudierai sous quelles conditions un acteur recherchant la réussite peut estimer qu’il est de son intérêt de paraître rechercher l’intercompréhension par un engagement simulé en faveur de la vérité et de la justesse normative. Le critère de justesse fait l’objet de cette section. Celui de vérité est discuté dans la section suivante. Enfin, le critère de véracité ou de sincérité, bien qu’important, peut être négligé ici.
24L’idée de justesse normative est à la fois compliquée et contestable. Au minimum, elle doit impliquer une idée d’impartialité. Les gens ne devraient pas être traités différemment simplement parce qu’ils vivent à une époque ou à un endroit particuliers, pas plus qu’en fonction de leur sexe, de leur race ou de leur profession. Tout traitement différencié de tels groupes devrait se fonder sur des propriétés susceptibles de s’appliquer à n’importe qui. Et c’est justement à l’époque des deux Assemblées que ces idées d’impartialité et d’universalité ont de plus en plus été considérées comme les fondements de la vie politique. A l’Assemblée française, on se souvient des propos de Clermont-Tonnerre appelant à la reconnaissance « des Juifs, des comédiens et des bourreaux » comme citoyens à part entière (10, p. 754 et suivantes). Le déni du droit de vote pour les femmes pourrait être envisagé comme une exception. Toutefois, d’après Sieyès, ce refus se base sur le fait qu’une qualité universelle fait défaut chez les femmes : celle de « contribuer à la vie publique » (O, p. 1014). En fait, ceux qui ont refusé d’octroyer la citoyenneté aux Juifs se sont également fondés sur l’absence d’une qualité universelle : l’accomplissement du service militaire (10, p. 757). Personne ne tenait en fait à exclure les Juifs simplement pour des motifs raciaux.
25Pour la clarté de nos propos, il est essentiel de pouvoir expliquer la notion d’impartialité de plusieurs façons. En tant que tel, le critère d’impartialité ne doit pas s’élever au rang de théorie de la justice. Il serait plus judicieux de l’envisager comme une contrainte pesant sur une telle théorie. Car les théories utilitaristes, comme les théories basées sur les droits, sont impartiales. Et les normes de distribution fondées sur le besoin, le mérite ou la contribution sont toutes impartiales, de même que les normes de répartition uniforme ou par tirage au sort. L’idée selon laquelle les arrangements sociaux doivent refléter les choix qu’effectueraient des individus rationnels, retranchés derrière un voile d’opacité (cette notion peut être entendue dans plusieurs sens), illustre également un certain idéal d’impartialité. Cet idéal peut s’appliquer à des individus aussi bien qu’à des collectivités, mais il conduit à des conclusions totalement différentes dans un cas ou dans l’autre. Ainsi, à la Convention Fédérale, tant les défenseurs de la représentation proportionnelle des états au Sénat que ceux de la représentation équitable se réfèrent aux notions impartiales d’équité et de justice (I, p. 151, et 159) : les premiers revendiquent un traitement impartial des individus et les seconds réclament un traitement impartial des états.
26Imaginons à présent un groupe dont l’intérêt le conduit à préférer la proposition A. On peut alors se demander si ce groupe a la possibilité d’invoquer un équivalent impartial de son intérêt personnel, si, pour une raison ou l’autre (comme nous le verrons plus loin), il ne souhaite pas adopter une attitude purement intéressée. En d’autres termes, existe-t-il un argument impartial en faveur de A ? Supposons qu’il n’y en ait pas. Nous pouvons alors nous demander quel est argument impartial favorable à la proposition la plus proche possible de A. Dans le premier cas, on observe une parfaite cohérence entre l’intérêt partial et les arguments impartiaux. Dans le second cas, cette coïncidence est maximale. Toutefois, il est hautement probable que ni une coïncidence parfaite (s’il en existe une) ni une coïncidence maximale ne constitueront des solutions optimales pour le groupe. Un argument impartial qui arrange trop bien ceux qui s’en servent risquera d’éveiller le soupçon. Par exemple, si les riches préconisent un allégement d’impôts pour tous les riches et seulement pour eux, l’argument impartial selon lequel une telle mesure finira par profiter à tous, même aux couches moins favorisées, n’est probablement pas un argument optimal. Par contre, un argument impartial en faveur d’une mesure moins radicale a plus de chances d’être accepté, comme un allégement d’impôts pour une part de la population aisée ainsi que pour une part des moins bien lotis. Un argument ne proposant d’allégement d’impôts qu’en faveur des plus pauvres aurait, lui aussi, de bonnes chances d’être retenu. Mais il ne serait certainement pas optimal pour les nantis. Ces derniers ont besoin d’un argument suffisamment éloigné de leur intérêt personnel pour qu’il soit accepté par les autres. Mais il ne doit pas non plus trop s’en éloigner car, si cet argument était retenu, ils ne pourraient alors en tirer aucun profit. [3]
27A ce stade, quelques exemples pourraient s’avérer utiles. Dans les années 1920, l’Université de Yale voulait limiter le nombre d’inscriptions d’étudiants Juifs. Pourtant, suite à un scandale qui avait éclaté peu avant à Harvard, ses responsables ont refusé d’afficher clairement des quotas. Au lieu de cela, ils ont opté pour une politique de diversité géographique, présentée comme un objectif à part entière. Mais, en réalité, il s’agissait d’une mesure destinée à réduire le nombre d’admissions de candidats originaires de la zone à forte densité de population juive que constituait New York. Pour les membres du service d’inscription, très soucieux de leur réputation, l’attrait de cette stratégie résidait dans le fait qu’elle pouvait sembler totalement impartiale. « Même si de nombreux Juifs (concentrés dans la région du Nord-Est, d’où provenaient la majorité des candidatures pour Yale) seraient affectés par ce principe, celui-ci n’était pas intrinsèquement antisémite. Il n’était pas possible d’accuser sérieusement de discrimination religieuse une politique géographique qui avait été déployée sans tenir compte du critère religieux. De plus, elle pouvait favoriser un Juif du Milwaukee ou un catholique de Duluth autant qu’elle pouvait nuire à un athée de New York ou à un protestant de Hoboken. » (Oren, 1985, p. 198). Le critère impartial de la diversité géographique constituait un argument équivalent, moins radical et donc plus acceptable, du critère racial.
28La limitation du droit de vote offre un exemple supplémentaire. Dans beaucoup de sociétés, la propriété foncière constituait un critère décisif pour l’obtention du droit de vote. Il est bien entendu possible de défendre ce principe à l’aide d’arguments impartiaux. Pourtant, à la Convention Fédérale, Madison soutient (I, p. 421 et 443) que les conditions rigoureuses d’éligibilité au Sénat, fondées sur la propriété, permettent non pas de protéger les riches face au peuple mais bien le peuple contre lui-même. Mais, comme je l’ai déjà écrit, de tels arguments présentent un aspect fondamentalement suspect. Ils collent trop bien à l’intérêt personnel des nantis. Il peut dès lors s’avérer utile de considérer le niveau d’alphabétisation comme un critère impartial, étroitement lié à la notion de propriété, quoique de manière imparfaite. A différentes époques de l’histoire américaine, le niveau d’alphabétisation a également servi de prétexte pour légitimer d’autres objectifs partiaux, comme la volonté de tenir les noirs ou les catholiques éloignés de la politique (Creppel, 1989).
29L’utilisation stratégique d’arguments impartiaux est un fait bien connu en politique. Toutefois, nous en savons moins sur les raisons conduisant les individus à estimer qu’ils ont intérêt à remplacer un argument intéressé par un argument impartial. Et l’on en sait encore moins quant aux conséquences de telles stratégies de substitution. Commençons donc par aborder la question la plus importante : pourquoi faut-il argumenter ? Pourquoi ne pas adopter une attitude de négociateur, ou exiger un vote immédiat sans débat au préalable ? Je pense à quatre cinq réponses, mais il en existe probablement encore d’autres.
30Premièrement, lorsqu’un orateur donne l’impression de réellement fonder ses arguments sur des principes, les gens à qui il s’adresse seront probablement plus prompts à mettre de l’eau dans leur vin. Si un individu donne l’impression de raisonner en s’appuyant sur des principes et d’être prêt à subir quelques pertes plutôt que d’accepter un compromis, il fera céder ses interlocuteurs, même si ces derniers ont un intérêt en jeu (Franck, 1988 ; Elster, 1989, p. 231 et suivantes). A ce sujet, le fait d’adopter des principes constitue une forme d’engagement préalable. Cette stratégie sera probablement adoptée par des agents qui, sans cela, auraient un faible pouvoir de négociation. Quand les puissants négocient en position de force, les faibles argumentent avec des principes.
31Deuxièmement, Jonathan Macey (1986, p. 251) a démontré que les coalitions d’élus tendent à s’exprimer en faveur de l’intérêt public pour mieux masquer ce qui est, en fait, un marché conclu entre des intérêts particuliers. « Si les lois fondées sur des intérêts privés sont souvent rédigées dans le langage de l’intérêt public, c’est parce que ce langage rend plus coûteuse la découverte des véritables effets de la législation par le public et les groupes rivaux. Ce qui, à son tour, réduit le prix que le législateur doit payer pour maintenir une loi en faveur des petits groupes d’intérêts, c’est-à-dire la perte du soutien des groupes lésés par cette loi. »
32Troisièmement, on peut convaincre ses interlocuteurs en invoquant une raison d’ordre général. Acceptons, bien qu’il s’agisse d’une grossière approximation de la réalité, la remarque de Jillson selon laquelle les orateurs seront réceptifs à un argument impartial si et seulement si leur intérêt personnel n’est pas en jeu. Dans une assemblée, certains participants préféreront une proposition donnée en fonction de leur intérêt, alors que d’autres s’y opposeront et que d’autres encore resteront neutres. A l’évidence, l’intérêt de chaque parti le pousse à défendre son point de vue dans le langage de l’impartialité, afin de convaincre les indécis de le rejoindre. Cette stratégie est tout à fait compatible avec le fait que la tierce partie sait pertinemment bien que les autres sont uniquement guidés par leur propre intérêt. De plus, cette stratégie est également compatible avec une utilisation opportuniste et incohérente d’arguments impartiaux. La cohérence n’est requise que pour duper les autres, pas pour les persuader.
33Quatrièmement, dans une logique radicalement différente, James Coleman (1990, p. 393) soutient que, si « les membres [d’une assemblée] semblent hésiter à invoquer leur intérêt personnel et expriment parfois leur désapprobation quand d’autres le font », c’est dû à une norme sociale « selon laquelle nul ne devrait adopter une position qui ne peut être justifiée par les bénéfices qu’elle apporte à la collectivité ». Qui plus est, cette norme sociale n’est pas le fruit du hasard. « Puisqu’une telle norme existe dans l’intérêt de tous, on peut s’attendre à la voir apparaître et à ce qu’elle ait un certain pouvoir de persuasion » (ibidem, p. 394). Cet argument n’est pas d’ordre purement fonctionnaliste, contrairement à l’impression qu’il peut laisser. Coleman ajoute que des normes profitant à la collectivité se construisent au travers de comportements individuels rationnels. Ainsi, chaque individu constate qu’il a parfois intérêt à renoncer à certains de ses droits pour obtenir le droit de contrôler les comportements des autres. Pour moi, cette théorie ne tient pas la route. Je veux bien admettre qu’une norme comme celle décrite par Coleman existe, mais je ne pense pas qu’elle se résume à une forme d’intérêt individuel. Pourtant, un constituant peut individuellement être amené à obéir à cette norme dans son propre intérêt, si les sanctions infligées à ses transgresseurs sont suffisamment sévères.
34Enfin, Stephen Bundy m’a suggéré qu’un orateur peut utiliser un argument fondé sur l’équité pour éviter d’humilier un adversaire. Si le parti dominant ne ménage pas son adversaire, la minorité peut être tentée d’adopter des comportements dévastateurs plutôt que de baisser pavillon. A l’opposé, si le parti majoritaire avance un argument impartial permettant à la minorité de sauver la face, tout le monde y gagnerait. Les résultats d’expériences sur la négociation par ultimatum (Güth et al., 1992) appuient de manière « stylisée » cette hypothèse.
35Il faut relever ici une caractéristique commune à ces cinq raisons. Même si je suppose ici que les acteurs formulant des arguments impartiaux sont, en réalité, guidés par leur propre intérêt, les raisons qui les poussent à agir de la sorte impliquent qu’ils profitent tous de la présence, dans le système, d’agents sincèrement impartiaux. On ne peut prétendre être guidé par certains principes que s’il est unanimement reconnu que certains individus le sont effectivement, sans que l’on sache avec certitude qui sont ces individus. Ce n’est pas la peine de maquiller des arrangements privés pour les rendre publiquement acceptables si l’on n’est pas convaincu que le public réclame des arguments impartiaux. Il n’y a pas de raison non plus à essayer de persuader des interlocuteurs à l’aide d’arguments impartiaux si l’on est convaincu que tout homme est constamment guidé par son intérêt. Et même si ceux qui respectent la norme bannissant toute référence à l’intérêt le font par intérêt et par peur des sanctions, ceux qui infligent ces sanctions doivent, en fin de compte, les infliger pour des raisons désintéressées (Elster, 1989, p. 132-133). L’impartialité précède logiquement les tentatives de conduite impartiale (ou l’obligation d’adopter une telle conduite) purement intéressée. Ce qui ne veut pas dire, cependant, que le souci d’impartialité soit nécessairement chose courante. Nous savons que, dans d’autres contextes, seuls quelques membres d’une population, s’ils sont disposés à coopérer, suffisent à inciter les autres à agir comme s’ils coopéraient (Kreps et al., 1982). De même, un petit groupe d’individus soucieux d’impartialité peut parfois en inciter beaucoup d’autres à imiter leur impartialité par pur intérêt. [4]
36La force de ces cinq raisons varie selon le contexte. On peut s’attendre à ce que la norme bannissant l’expression des intérêts soit plus contraignante dans les Assemblées Constituantes que dans des législatures ordinaires. Le système de freins et de contre-poids est destiné à garantir que l’intérêt d’un groupe au sein de la législature, en contrebalançant les intérêts des autres groupes, permette d’obtenir un résultat proche de l’intérêt commun. Pourtant, les générations futures n’ont pas de porte-parole à l’Assemblée Constituante. A la Convention Fédérale, on a pu assister à de flagrantes tentatives d’inflexion de la Constitution en faveur des États fondateurs (II, p. 3). Malgré cela, les arguments impartiaux et intemporels (par exemple, I, p. 578) qui accordent une égale influence aux nouveaux États ont fini par l’emporter. De plus, la norme interdisant l’expression de l’intérêt, sera plus contraignante dans des débats publics que dans des débats à huis-clos. La publicité des débats encouragera en outre les constituants à pratiquer l’engagement par l’affirmation des principes, avec des spectateurs pour amplifier ces engagements préalables qui n’en seront que plus difficilement révisables.
37Laissez-moi à présent me tourner vers les conséquences de cette utilisation stratégique des arguments impartiaux, en évaluant leur impact en matière d’efficacité et d’équité. Commençons par comparer l’impartialité stratégique et la négociation sous l’angle de l’efficacité. Nous savons qu’une négociation est susceptible de déformer les préférences : dans une structure de négociations donnée, il se peut que les parties aient intérêt à feindre des préférences produisant un effet Pareto inférieur à celui que produiraient leurs préférences réelles (Sobel, 1981). En outre, une négociation peut ne rien donner vu qu’il est difficile de faire des promesses crédibles qui, si elles étaient prises au sérieux et tenues, profiteraient à toutes les parties (Elster, 1989, p. 272 et suivantes). Des engagements préalables et mutuels sur des positions incompatibles constituent une troisième source d’inefficacité (Crawford, 1982).
38L’usage stratégique de l’impartialité est également conditionné par le problème de l’engagement mutuel préalable. Quand chaque camp fait référence à des principes, il est probable qu’aucun ne puisse faire marche arrière. Cependant, la première source d’inefficacité n’a pas d’équivalent dans le cas de la négociation ; et il est encore moins probable que le second problème se pose parce que les motifs qui poussent un orateur à argumenter au lieu de négocier sont aussi ceux qui le pousseront ensuite à tenir ses engagements. Toutefois, la publicité des débats est une source d’inefficacité supplémentaire, en raison de la dynamique autonome de la vie politique. La nécessité de se démarquer idéologiquement de son adversaire, même en l’absence d’un réel désaccord, peut conduire à une polarisation artificielle des débats, et déboucher sur une impasse. Si l’adversaire essaie d’éviter ce piège, cette attitude risque de mener à un faux consensus, en produisant une décision qui, pour les deux camps, ne sera pas la meilleure décision possible (Tocqueville, 1893 ; 1990, p. 99). L’Assemblée Constituante de 1789-1791 offre de nombreux et percutants exemples de surenchère radicale et égalitaire, où les partis sont prisonniers de comportements qui, au départ, visaient un objectif tactique.
39Il s’ensuit, je pense, que ni la négociation ni l’utilisation stratégique de raisonnements impartiaux ne sont clairement plus efficaces l’une que l’autre. En revanche, je pense que l’on peut affirmer que l’argumentation – même quand elle est purement stratégique et intéressée – tend à produire des décisions plus équitables que la négociation [5]. Pour les raisons déjà évoquées, l’argumentation – surtout dans des débats publics – empêchera les puissants d’employer leur pouvoir de négociation jusqu’au bout. Le meilleur équivalent impartial sera celui qui dilue leur intérêt tout en tenant compte de celui des plus faibles. En moyenne, cela conduit à des décisions plus équitables. On peut considérer cet effet comme la « force civilisatrice de l’hypocrisie ».
40Les remarques précédentes sont déjà assez spéculatives, peut-être même trop pour certains lecteurs. Pourtant, je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. J’ai déjà commenté (quoique trop brièvement) la première affirmation. Je vais à présent commenter la seconde.
41A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée.
42A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (O, p. 926). Pour le patriote Bouche (8, p. 307), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (Egret, 1950, p. 120). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms.
43La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (Finkelman, 1987). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (II, p. 371). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants.
44Le tableau qui suit classe les cas envisageables selon le double critère décrit précédemment. Notez bien que nos affirmations, selon lesquelles l’argumentation est préférable à la négociation et le huis-clos à la publicité des débats (toutes choses étant égales par ailleurs), sont toutes deux compatibles avec le fait que la négociation à huis-clos peut être préférable à l’argumentation publique, ou l’inverse. Si les deux dimensions étaient indépendantes l’une de l’autre, cette ambiguïté ne poserait pas problème. En effet, on opterait alors toujours pour le premier choix, c’est-à-dire pour un accord issu d’une argumentation à huis-clos. Pourtant, comme les flèches l’indiquent (et on l’a expliqué ci-dessus), le huis-clos invite à la négociation alors que la publicité des débats favorise l’argumentation. C’est pourquoi le choix crucial se situe davantage entre les deuxième et troisième options [6]. Je ne veux pas étendre mes hypothèses aux mérites respectifs de la négociation à huis-clos et de l’argumentation en public. Dans certains cas spécifiques, il est possible d’être plus précis et d’argumenter en faveur de l’ouverture ou de la fermeture des débats au public.

4 – Recours stratégiques à la vérité
45Je viens d’essayer de démontrer comment des acteurs stratégiques peuvent estimer qu’il en va de leur intérêt de remplacer l’expression directe de ce dernier par des arguments impartiaux. Je vais à présent démontrer qu’ils peuvent également estimer utile de remplacer la prétention à la crédibilité par la prétention à la vérité. Ainsi, au lieu de proférer une menace, dont l’efficacité dépend de la crédibilité qu’on lui prête, ils peuvent lancer un avertissement. Celui-ci poursuit les mêmes objectifs tout en évitant les difficultés inhérentes aux menaces.
46Commençons par émettre quelques remarques à propos des menaces crédibles. Tout d’abord, si une menace doit être exécutée, cela veut dire qu’elle n’a pas marché. En d’autres termes, l’événement qu’elle était censée empêcher a déjà eu lieu et ne peut plus être effacé par l’exécution de la menace. En même temps, mettre la menace à exécution implique typiquement certains risques ou coûts pour l’acteur. Ainsi, aucun acteur rationnel n’entreprendrait une action impliquant des coûts mais aucun bénéfice. Par contre, s’il prête de la rationalité aux autres tout en étant convaincu que ces derniers lui en prêtent aussi, il ne menacera pas d’agir ainsi. A la suite de Schelling, plusieurs auteurs ont étudié divers moyens afin de résoudre ce problème (Dixit et Nalebuff, 1991 ont récemment réalisé une synthèse). Je considérerai ici les stratégies qui consistent à remplacer la menace par l’avertissement, ce qui transforme l’enjeu de crédibilité en un enjeu de vérité.
47Sur ce point, la terminologie n’est pas encore au point. J’utilise le terme « avertissements » pour désigner des événements qui échappent au contrôle des acteurs et le terme « menaces » pour parler des événements sur lesquels ils ont prise. Les menaces sont des assertions portant sur ce que fera le locuteur, alors que les mises en garde portent sur ce qui va (ou peut) se passer, indépendamment de ce qu’il peut faire. Ainsi définie, une mise en garde est un énoncé factuel soumis aux règles normales de la communication visant la vérité. Ignorer un avertissement s’apparente plus à la négation d’un fait passé qu’à la dénonciation d’un bluff.
48On peut illustrer ce remplacement de la menace par l’avertissement à l’aide d’un exemple tiré des négociations salariales. Il arrive de temps en temps qu’un dirigeant syndical tienne des propos tels que « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, je ne pourrai pas empêcher mes affiliés de partir en grève », ou « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, le moral de mes affiliés va en prendre un coup et la productivité en pâtira ». D’un point de vue formel, il s’agit bien d’avertissements et non de menaces. Il va sans dire que les dirigeants d’entreprises ne les prennent pas toujours au pied de la lettre. Ils peuvent suspecter le dirigeant syndical d’avoir prise sur les effets mentionnés dans l’avertissement. Mais, en même temps, ils ne peuvent pas être certains que ce dernier n’a pas accès à des informations dont ils ne disposent pas. Peut-être ses affiliés sont-ils aussi récalcitrants qu’il le dit. Ou bien il s’est peut-être rendu compte, avant de s’asseoir à la table des négociations, qu’il ne pourra pas les arrêter tant ils sont échauffés. Et il les utilise alors comme une bombe à retardement. Notons qu’il y a une différence entre cette dernière stratégie et d’autres stratagèmes de pré-négociation. Souvent, les syndicats misent sur la crédibilité de leurs menaces en constituant un fonds de grève par exemple. Mais ils peuvent aussi miser sur la véracité des mises en garde, par exemple en attisant de manière irréversible le mécontentement de leurs membres.
49Considérons à présent quelques exemples empruntés aux deux Assemblées Constituantes. A la Convention Fédérale, lors des débats sur la représentation des États à la chambre haute, aussi bien les représentants des petits États que ceux des grands États jouent sur l’ambiguïté des menaces et des mises en garde. Ainsi, le 30 juin, Guning Bedford Jr, du Delaware, déclare que « les grands États n’osent pas dissoudre la Confédération. S’ils le font, les petits États trouveront un allié étranger plus honorable et de meilleure foi, qui leur prendra la main et les réhabilitera. Par-là, il ne visait pas à intimider ou à alarmer ses adversaires. Il voyait plutôt une conséquence naturelle qu’il fallait éviter via une extension des pouvoirs fédéraux, et non par un anéantissement du système fédéral » (I, p. 492). Cette affirmation peut très bien être prise pour une menace. De plus, elle fait référence à « la conséquence naturelle », ce qui la rend plus crédible.
50Le 5 juillet, le gouverneur Morris contre-attaque :
51« Supposons que les grands États soient d’accord et que les petits refusent. Et regardons les conséquences. Les adversaires du système dans les petits États vont crier victoire pendant quelque temps. Mais les liens d’intérêt, de parenté et de coutume qui les relient aux autres États seront trop solides pour être facilement brisés. Morris est certain que, dans le New Jersey, beaucoup emboîteront le pas à la Pennsylvanie et à l’État de New York. Il faut que le pays s’unisse. Si la persuasion ne rassemble pas les États, l’épée s’en chargera. Morris supplie que l’on accorde à ces considérations toute l’importance qu’elles méritent. On a de la peine à imaginer les scènes d’horreur qui accompagnent les insurrections, et le fait d’y mettre fin sera encore plus horrible. Le parti le plus puissant considérera alors les faibles comme des traîtres. La corde et la potence achèveront le travail de l’épée. Morris refuse de dire jusqu’où les puissances étrangères seraient prêtes à se mouiller dans l’affaire. Il semble d’ailleurs que l’on ait menacé de les inviter ».

(I, p. 530)
52Morris explique ici qu’il avait pris la déclaration de Bedford pour une menace. Sa propre référence à l’épée et à la potence est, quant à elle, plus ambiguë. On peut l’interpréter aussi bien comme une menace que comme un simple avertissement. Certains délégués y ont clairement vu une menace, comme l’indique ce repli de Williamson qui dit, pour la défense de Morris, qu’il « ne conçoit pas que le gouverneur Morris ait vraiment voulu dire qu’il fallait brandir l’épée contre les petits États. Il a simplement mentionné les conséquences probables d’une situation anarchique aux États-Unis » (I, p. 532). En d’autres termes, Williamson cherche à confirmer que Morris avait bien lancé un avertissement et non proféré une menace.
53Le même jour, Bedford est revenu sur ce qu’il avait dit en déclarant
54« qu’il n’avait pas voulu dire que les petits États solliciteraient l’aide et l’intervention de puissances étrangères. Il voulait dire qu’ils ne considèreraient pas que l’entente fédérale serait dissoute tant qu’elle ne l’aurait pas été par les grands États. Dans ce cas, la déloyauté des petits États et leur empressement à remplir leurs engagements amèneraient les puissances étrangères ayant des vues sur le pays à estimer avoir intérêt à prendre les petits États par la main, pour qu’ils retrouvent la place qui leur revient ».

(I, p. 531)
55Dans ce cas-ci, de nouveau, ce qui était d’abord une menace (ou compris comme tel) est reformulé en avertissement. Je discuterai plus loin des raisons pour lesquelles les orateurs peuvent procéder à de telles reformulations. Toutefois, je souhaite d’abord réexaminer certains débats de l’Assemblée Constituante. Elle était, comme je l’ai déjà écrit, coincée entre les troupes royales de Versailles et les foules parisiennes. Deux actrices extraparlementaires qui ont fortement influencé les travaux de l’Assemblée, dans la mesure où elles servaient de menaces et d’avertissements.
56Dès les premiers jours du mois de juillet 1789, le Roi renforce la présence de ses troupes dans la région de Versailles. La menace que cela impliquait pour l’Assemblée n’échappe à personne. Dans la réponse qu’il apporte au défi posé par le Roi, Mirabeau joue sur l’ambiguïté de sa menace / avertissement. Dans son premier discours à ce sujet, il s’en tient à avertissement : « Comment le peuple pourrait-il ne pas être contrarié alors que la dernière lueur d’espoir qu’il lui restait (c’est-à-dire l’Assemblée) est menacée ? » (8, p. 209). Dans son second discours, il s’est montré plus précis. Les militaires du Roi « peuvent très bien oublier qu’il ne sont soldats qu’en vertu d’un contrat et se rappeler que c’est la nature qui les a fait hommes » (8, p. 213). Il est clair que ceci constitue une menace sur les troupes : en les poussant à la révolte, on donne un coup de pouce à leur nature humaine. En outre, l’Assemblée ne peut même pas compter sur elle-même pour agir de manière responsable : « Les mouvements passionnés sont contagieux : nous ne sommes que des hommes et la crainte de paraître faible peut très bien nous mener trop loin dans l’autre sens » (ibidem). Dans son argumentation, Mirabeau se présente lui-même et ses délégués comme soumis à des forces psychiques hors de tout contrôle. Ainsi, si le Roi les provoque, ils risquent de répondre de manière irrationnelle et violente. D’un point de vue formel, il ne s’agit que d’un avertissement. Mais en réalité, personne ne peut ignorer qu’il s’agit d’une menace. (Dans certains cas, en effet, le fait de prédire son comportement futur peut ressembler à un réel avertissement. Voyez Frank, 1988, p. 55 et ailleurs).
57Dans sa brève intervention au cours du même débat, Sieyès (8, p. 210) précise que toutes les assemblées législatives, notamment celles des États de Bretagne, refusent de délibérer si des troupes se trouvent à moins de quarante kilomètres. Pourtant, lorsque l’Assemblée réclame le retrait des troupes, le Roi prétend (8, p. 219) qu’elles ont été appelées pour surveiller Paris et non pour terroriser l’Assemblée. Si l’Assemblée s’offusque de la présence des troupes dans les environs de Paris, le Roi se dit tout à fait disposé à la déplacer vers Noyon ou Soisson et à se retirer lui-même à Compiègne afin de favoriser la concertation au sein de l’Assemblée. Toutefois, Cette dernière ne peut accepter une telle proposition. Cela la priverait de l’atout que représente Paris en termes de potentiel de menaces / avertissements. Elle décide donc (8, p. 229) d’envoyer au Roi une délégation pour lui demander de sonner le rappel de ses troupes, « dont la présence irrite le désespoir du peuple ». Si le Roi accepte, l’Assemblée enverra alors une délégation à Paris « pour y annoncer la bonne nouvelle et contribuer ainsi à un retour au calme ». Inutile de dire ce qu’elle fera si le Roi refuse d’obtempérer : d’ailleurs, le lendemain, la Bastille tombait et le Roi acceptait de retirer ses troupes.
58L’Assemblée Constituante continua à débattre des institutions à la base de l’État (Mathiez, 1898 ; Egret, 1950, p. 139 et suivantes). Des réunions privées rassemblaient Mounier (le leader des modérés) d’un côté, et le « triumvirat » radical des Barnave, Duport et Alexandre Lameth de l’autre. Au cours d’une réunion, les trois radicaux avancent la proposition suivante : ils concèderont à Mounier un veto royal absolu et le bicaméralisme, mais à une condition : il faut que ce dernier accepte, en retour, (1) que le Roi abandonne son droit de dissoudre l’Assemblée, (2) que la chambre haute ne conserve plus qu’un veto suspensif et (3) que certaines conventions soient périodiquement convoquées pour procéder à des révisions de la Constitution. Mounier refuse catégoriquement cette proposition. Pour lui (O, p. 926), il était injuste de faire des concessions sur de telles questions de principe. Il aurait également émis certains doutes quant à la capacité des trois radicaux à tenir leurs promesses. D’après certains historiens (par exemple, Mathiez, 1898), son refus était encouragé par la confiance qu’il plaçait dans l’Assemblée, qu’il croyait de son côté. Si bien qu’il ne voyait pas la nécessité de faire quelque concession que ce soit. Lors de la dernière réunion, le « triumvirat » lui a répondu en menaçant de mobiliser l’opinion publique contre lui. Cette prise de position ne visait probablement pas à monter Paris contre l’Assemblée. D’ailleurs, elle n’a pas été entendue comme une menace. Néanmoins, la défaite du bicaméralisme le 10 septembre et l’adoption du seul veto suspensif le 11 sont dues, dans une large mesure, au fait que certains représentants craignaient pour leur vie.
59On peut donc raisonnablement se demander si les patriotes de Versailles, via leurs contacts avec la presse parisienne, n’ont pas délibérément tenté d’échauffer les esprits. Ce qui leur permettait de dire aux modérés qu’ils risquaient bel et bien leur vie, en votant pour le bicaméralisme et pour le veto royal absolu. Sur ce point, les acteurs et les historiens ne sont pas du même avis. Pour moi, et ceci n’engage que moi, il est difficile de croire qu’aucun des acteurs concernés n’ait pensé à agir de la sorte. Et si certains membres de l’Assemblée Constituante ont effectivement attisé les tensions à Paris, on peut aussi se demander, après coup, s’ils ne jouaient pas aux apprentis-sorciers.
60Deux raisons permettent d’expliquer qu’un orateur peut estimer avoir intérêt à remplacer des menaces par des avertissements. Premièrement, comme nous l’avons vu plus haut, il ne doit plus s’inquiéter autant de sa crédibilité. Car, même si ses adversaires savent qu’il a prise sur les événements invoqués dans son avertissement, ils doivent aussi tenir compte du fait qu’il a peut-être un accès privé à des informations utiles. Ainsi, on peut raisonnablement supposer que le leader syndical en sait plus que la direction sur l’état d’esprit de ses affiliés. De même, on peut s’attendre à ce que Mirabeau en sache plus que le Roi sur la psychologie des membres de l’Assemblée. Deuxièmement, comme nous l’avons analysé au cours de la section précédente, les avertissements relèvent du domaine de l’argumentation et permettent par conséquent à l’orateur d’éviter d’inavouables recours au pouvoir de négociation. A la Convention Fédérale, la reformulation des menaces en avertissements permet au débat de rester dans les limites de l’argumentation. De même, Mirabeau peut mettre le Roi en garde au sujet de ses soldats sans pour autant risquer d’être accusé de provocation, ce qui aurait été le cas s’il avait menacé de semer le désordre parmi les troupes. [7]
61On peut donc dégager deux conséquences majeures de cette stratégie de substitution. Premièrement, elle peut modifier le rapport de forces, car tous les acteurs ne sont pas en mesure de remplacer leurs menaces initiales par des avertissements équivalents. Alors que les leaders syndicaux peuvent mettre en garde contre l’indiscipline de leurs affiliés (ce qu’ils font en fait), la direction n’a pas les moyens de reformuler sa menace de lock-out en avertissement. Deuxièmement, cette substitution induit le risque, déjà mentionné, d’enclencher un processus qui dépasse les intentions de ses instigateurs. Si un leader sème le désordre et le mécontentement parmi ses partisans pour pouvoir lancer des avertissements crédibles à propos de ce qui se passera si leurs revendications ne sont pas entendues, il risque de subir des effets inattendus. L’action d’une foule ne se prête pas à des réglages minutieux.
5 – Résumé
62Tout au long de cet article, je me suis référé aux deux Assemblées Constituantes pour traiter deux questions. La première concerne les raisons pouvant inciter des acteurs intéressés à tenir des positions publiques impartiales. La seconde envisage les conséquences de telles stratégies, notamment en termes de résolution de conflits.
63A propos de la première question, les réponses que j’ai envisagées supposent toutes que les acteurs concernés interagissent avec d’autres personnes réellement soucieuses du respect des idéaux d’impartialité et de vérité. A ce sujet, j’ai fait appel à un effet multiplicateur de l’impartialité, via lequel la présence de quelques acteurs authentiquement impartiaux peut forcer ou inciter des acteurs intéressés à se comporter comme s’ils étaient, eux aussi, guidés par des motivations identiques.
64A la seconde question, j’ai dégagé des ébauches de réponse. J’ai ainsi avancé que le fait de remplacer des arguments intéressés par des arguments impartiaux a un effet généralement bénéfique. La force civilisatrice de l’hypocrisie permet de résoudre les conflits de manière plus équitable. Toutefois, on ne peut pas émettre la même hypothèse à propos des conséquences du remplacement de menaces par des avertissements. A la limite, on peut s’attendre à ce que les effets globaux soient désavantageux. Il n’y a aucune raison de penser que la modification des rapports de force due à la l’inégale répartition des avertissements disponibles, produira des décisions plus équitables. Et lorsque les deux parties peuvent miser sur la véracité de leurs avertissements, et le font, c’est leur efficacité qui en pâtira. En outre, les risques de dérapage d’un débordement populaire peuvent aisément produire des effets inattendus ou indésirables.
65Traduit de l’anglais par Christophe Dubois.

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Avec l’aimable autorisation de Jon Elster et des Éditions Norton.
[1] Les références des travaux de l’Assemblée américaine seront données en chiffres romains de I à III (ce qui renvoie aux trois volumes de Farrand, 1966), suivis d’un numéro de page. Les références des travaux de l’Assemblée française seront données en chiffres arabes de 8 à 30 (ce qui renvoie aux volumes des Archives parlementaires, Série 1 : 1789-1799, Paris, 1875-1888), suivis d’un numéro de page. Les documents reproduits dans Furet et Halévi (1989) sont désignés par la lettre « O » suivie d’un numéro de page.
[**] En italique dans le texte. Par la suite, chaque mot en italique le sera conformément au texte original.
[***] Nous traduirons « warnings » par « avertissements », et non par « mise en garde », et ce tout au long de cet article.
[2] De tels cas sont avancés et discutés dans mon ouvrage Arguing and Bargaining in Two Constituent Assemblies, the Storrs Lectures, Yale University, 1991
[****] Traduction libre.
[3] De même, les marxistes ont soutenu qu’il en allait de l’intérêt de la classe capitaliste de disposer d’un appareil d’État ou d’un système idéologique qui ne favorise pas l’intérêt immédiat de cette classe de tous les point de vues envisageables. Voyez Elster, 1985, p. 411 et suivantes, 472 et suivantes. Ces arguments ne convainquent pas car aucun mécanisme n’est prévu pour prendre ses distances de manière optimale par rapport à son intérêt de classe immédiat. Au niveau individuel, toutefois, une simple explication par les intentions suffit.
[4] Ceci est purement spéculatif. Alors que Kreps et al. (1982) apportent une preuve rigoureuse (bien que fondée sur des hypothèses assez artificielles) d’un vaste « effet multiplicateur » de la coopération, j’ignore si un argument similaire pourrait passer dans ce cas-ci. Cependant, un petit effet multiplicateur n’exige aucune preuve.
[5] Bien entendu, on peut relever quelques exceptions à cette règle. Si l’inégalité de départ est justifiée, il n’y a rien à redire sur le résultat inégal de la négociation. Si le groupe le mieux doté au départ adopte l’argumentation impartiale optimale, il risque d’obtenir moins que ce qui lui revient de droit. Toutefois, il me semble que, dans la majorité des cas, l’inégalité des dotations initiales est davantage due au hasard ou à une exploitation injuste qu’à un travail acharné, à une épargne ou à une prise de risque. Il va de soi qu’il n’est pas possible de prouver une telle affirmation, fondée sur l’évaluation grossière de certaines tendances historiques et non sur l’analyse quantitative.
[6] Ceci illustre l’effet de pseudo-domination, décrit par Kahneman et Tversky (1995).
[7] On peut signaler, ici, la possibilité d’avertissements auto-réalisateurs, ce qui, dans ce cas, se situe à mi-chemin entre l’avertissement et la menace. En annonçant publiquement au Roi que ses troupes ne sont pas fiables, Mirabeau peut avoir garanti la fiabilité de ses propos.


Attentat d’Orlando: Attention, une victime peut en cacher une autre ! (After Orlando shooting, British male homosexual couple traveling with adopted son on Emirati airline falls victim to South African child protection regulations)

22 juin, 2016
The Blessed Virgin Chastising The Christ Child Before Three Witnesses: Andre Breton, Paul Eluard and The Painter (Max Ernst, 1926)
The Eiffel Tower in Paris, France, shines in the colors of a rainbow to honor victims of Sunday's mass shooting at an Orlando gay club, Monday, June 13, 2016. People brought banners, flags and candles to the Place Trocadero in front of the Paris landmark. (AP Photo/Martin Meissner)Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
J’ai senti que j’essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine au lieu d’essayer de prédire l’avenir… La meilleure chose à faire avec la science aujourd’hui, c’est de l’utiliser pour explorer le présent. La Terre est la planète alien d’aujourd’hui. William Gibson
Mon père m’a battue et m’a dit que si je n’épousais pas cet homme, je serais violée et personne dans ce pays ne m’aiderait. J’ai supplié mon père, ma mère, ma tante : rien n’y a fait. (….) Chaque fois que je voulais jouer dans la cour, il me frappait et m’entraînait dans la chambre à coucher. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le mariage. Je pleurais tout le temps. Il me faisait des choses désagréables. Je courais de pièce en pièce, mais il arrivait à me rattraper. Ensuite, il faisait ce qu’il voulait. Noyoud Ali (Yéménite, 8 ans)
L’âge de la puberté est de quinze ans pour les garçons et de neuf ans pour les filles. Le mariage d’une fille qui se marie pour la première fois est conditionné à la permission du père ou du tuteur ou d’un grand-père … Le mariage avant l’âge de la puberté est interdit, toutefois les contrats de mariage décidés par le père ou le tuteur des fillettes avant cet âge sont validés si les intérêts de la personne sous tutelle sont respectés. Le mariage temporaire est légal pour une durée variant de une heure à quatre-vingt-dix-neuf ans. L’homme peut contracter autant de mariages temporaires simultanés qu’il le désire. Il peut cesser le contrat quand il le veut. La femme ne le peut pas. Constitution de la République islamique (articles 1210, 1041 et 1075)
Oui, le Prophète (…) est tombé amoureux d’Aïcha, la fille de son meilleur ami, quand elle avait 9 ans et a refusé d’attendre qu’elle ait atteint la puberté. Le Prophète a demandé la main de la petite fille à 6 ans et le mariage a été consommé quand elle a eu 9 ans: dans nos sociétés occidentales, c’est ce qu’on appelle un pédophile. Cela ne relève pas seulement de l’Histoire: aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète, ce modèle de moralité. Il est légal d’épouser une petite fille de 9 ans en Iran. Au Pakistan, cela arrive tout le temps. En 2001, le gouvernement marocain a demandé aux autorités néerlandaises d’abaisser l’âge du mariage, pour les filles, de 18 à 15 ans pour être conforme au droit islamique. Ayaan Hirsi Ali
Si vous prenez par exemple la question des droits des femmes, vous seriez surpris de découvrir à quel point Mahomet était loin d’être un prophète plus sexiste que certains pères de l’église. Mahomet a vécu plus tard que les deux précédents prophètes, il était entouré de femmes à fort caractère, comme sa première femme khadija ou sa très jeune femme Aïcha, et il s’est plutôt battu pour certaines avancées dans ce domaine. Caroline Fourest (conférence, Rimini, le 29 octobre 2006)
L’islam n’est pas incompatible avec les valeurs républicaines, pas plus que n’importe quelle autre religion. (…) Quand j’ai lu le Coran, pour les besoins de mes recherches, j’ai souvent été surprise de son contenu souvent plutôt progressiste. Mahomet s’est battu pour que les femmes héritent (au moins la moitié des hommes), que l’excision soit modérée, il a refusé que l’on marie une fille de force, sans son consentement. Bien sûr, il y a aussi des passages très durs, mais comme dans tous les textes sacrés. Ce sont aux hommes de faire le tri et de garder le meilleur. L’islam ne pose en soi aucun problème. Seul l’intégrisme menace les libertés et le vivre ensemble. Caroline Fourest
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Sauf exception – les couples d’homoparents ne sont pas infertiles. Au nom de quoi alors leur refuser la médecine de confort que l’on propose aux couples classiques? Rapport Terra Nova
Aucun maire ne pourra se soustraire à son devoir de célébrer un mariage homosexuel.  C’est juridiquement impossible. (…) Il ne s’agit pas de faire plaisir à telle ou telle catégorie de Français, il s’agit d’offrir à l’ensemble des Français l’accès à un même droit sans discrimination liée à l’orientation sexuelle. Najat Vallaud-Belkacem (ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement)
Je suis personnellement favorable à ce que la PMA soit accessible à tous. Marisol Touraine (ministre de la santé)
La disparition de la paternité risque de générer des situations extrêmement complexes pour tous les époux, de même sexe ou non. Le texte ne dit mot par exemple de ce que devient la présomption de paternité, actuellement fondée sur l’obligation de fidélité des époux. Il en résulte une présomption que les enfants mis au monde par la femme sont les enfants du mari. Mais, comme il est possible que ce ne soit pas le cas, cette présomption peut être combattue et renversée par la preuve que le mari n’est pas le père. Dans le cas d’un conjoint du même sexe, parler de « présomption de parenté » est un non-sens juridique car il y a juste désignation. Comment le juge va-t-il départager un éventuel « conflit de parenté » entre le père et la conjointe de la mère, ou bien entre la conjointe et l’amante de la mère? (…) c’est le mot même de filiation qui change de sens. Les mots mariage et parents sont employés comme si de rien n’était alors qu’ils ne peuvent plus désigner ce que sont les époux et les parents. Pour désigner les parents, on introduit l’arbitraire avec le choix dicté par l’ordre alphabétique entre les noms des adoptants. Aude Mirkovic (maître de conférences en droit privé, Université d’Evry)
Aucune indication, en revanche, sur la refonte inévitable des livrets de famille, dans lesquels le générique de « parents » ne pourra exister: il faudra nécessairement indiquer « parent 1 » et « parent 2 ». Ce qui ouvre là encore une foule de questions symboliques et juridiques: qui décidera comment les numéros seront attribués? La Vie
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est au nom de l’égalité, de l’ouverture d’esprit, de la modernité et de la bien-pensance dominante qu’il nous est demandé d’accepter la mise en cause de l’un des fondements de notre société. (…) Ce n’est pas parce que des gens s’aiment qu’ils ont systématiquement le droit de se marier. Des règles strictes délimitent et continueront de délimiter les alliances interdites au mariage. Un homme ne peut pas se marier avec une femme déjà mariée, même s’ils s’aiment. De même, une femme ne peut pas se marier avec deux hommes. (…) « le mariage pour tous est uniquement un slogan car l’autorisation du mariage homosexuel maintiendrait des inégalités et des discriminations à l’encontre de tous ceux qui s’aiment, mais dont le mariage continuerait d’être interdit. (…) L’enjeu n’est pas ici l’homosexualité qui est un fait, une réalité, quelle que soit mon appréciation de Rabbin à ce sujet (…)  c’est l’institution qui articule l’alliance de l’homme et de la femme avec la succession des générations. C’est l’institution d’une famille, c’est-à-dire d’une cellule qui crée une relation de filiation directe entre ses membres. C’est un acte fondamental dans la construction et dans la stabilité tant des individus que de la société. (…) résumer le lien parental aux facettes affectives et éducatives, c’est méconnaître que le lien de filiation est un vecteur psychique et qu’il est fondateur pour le sentiment d’identité de l’enfant. (…) l’enfant ne se construit qu’en se différenciant, ce qui suppose d’abord qu’il sache à qui il ressemble. Il a besoin, de ce fait, de savoir qu’il est issu de l’amour et de l’union entre un homme, son père, et une femme, sa mère, grâce à la différence sexuelle de ses parents. (…) Le droit à l’enfant n’existe ni pour les hétérosexuels ni pour les homosexuels. Aucun couple n’a droit à l’enfant qu’il désire, au seul motif qu’il le désire. L’enfant n’est pas un objet de droit mais un sujet de droit. Gilles Bernheim
Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses:  les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité;  le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit; les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences. Ces enjeux doivent être clairement posés dans le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Ils renvoient aux fondamentaux de la société dans laquelle chacun d’entre nous a envie de vivre. Gilles Bernheim (Grand rabbin de France)
Il y a, dans la création, une volonté de différenciation des sexes». «Le “mélange” n’est pas biblique, il y a un certain “ordre” des choses, qu’on le veuille ou non. Et il y a bel et bien une différence. Prôner l’égalité à tout prix va à l’encontre de cette volonté de différenciation entre l’homme et la femme. Or, sans différenciation, il n’y a pas de ”vis-à-vis“, pas de dialogue, pas de construction. Le mariage pour tous est donc une fausse égalité.  Claude Baty (président de la Fédération protestante de France)
Le projet du gouvernement est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté gay. Contrairement à ce qu’affirment les médias, cette revendication n’est pas majoritaire chez les homosexuels. La plupart s’en moquent, mais l’influence des associations LGBT [lesbiennes, gay, bi et trans, NDLR] est telle que beaucoup n’osent pas le dire. (…)  Je crois qu’elles étaient à cours de revendications et qu’il leur fallait en trouver une. (…) Je pense que ces associations sont dans une logique de surenchère permanente. (…)  Dès lors que vous êtes contre le mariage, contre l’adoption, les militants LGBT jugent que vous êtes réactionnaire, voire fasciste, et forcément homophobe – ce qui, dans mon cas, est pour le moins paradoxal ! En revanche, ceux qui me connaissent me disent “C’est très bien ce que tu fais” mais ils n’osent pas encore franchir le pas. Beaucoup redoutent de perdre des amis. Ils ont peur de parler. (…)  j’avais l’impression que le gouvernement se servait de ce projet comme d’un paravent, qu’il cherchait à détourner l’attention de l’opinion. Ce qui s’est passé ces derniers jours le prouve : Christiane Taubira en a reparlé juste après l’intervention télévisée de François Hollande et l’annonce de milliards d’euros d’impôts supplémentaires. Je trouve cela choquant. (…) Il est important de faire monter sur scène des personnes qui sont contre ce projet mais qui n’osent pas encore le dire. Actuellement, seuls ses partisans ont accès aux médias audiovisuels. Qu’il y ait des pour, des contre, mais surtout, qu’il y ait un débat ! Xavier Bongibault
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où  » tout  » serait possible : que les hommes soient des  » papas  » et aussi des  » mamans « , les femmes des  » mamans  » et aussi des  » papas « . Un monde comme celui de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. Dans la préface qu’elle a écrite pour le livre d’Eric Dubreuil, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, tenante de l’adoption, écrit ainsi :  » Dans les familles homoparentales, l’enfant devrait en ce sens pouvoir fantasmer de façon positive sur le coparent, l’autre personne qui a participé à sa naissance, comme un personnage “en plus” à la manière d’un “oncle d’Amérique” ou d’une “bonne fée Morgane”.  » Le coparent (« mère porteuse » grâce auquel un homme peut devenir « mère » de l’enfant de son compagnon ou « père donneur de sperme » grâce auquel une femme peut devenir « père » de l’enfant de sa compagne) est donc clairement situé comme la fée de la toute-puissance. Etrange déclaration quand on sait à quel point la toute-puissance est invalidante pour les enfants et à quel point elle les empêche d’accéder à une  » vraie puissance « . Pourquoi se fatiguerait-on à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ? Il est donc clair que si, en permettant son adoption par un couple homosexuel, on faisait de l’enfant l’otage du fantasme de ses « adoptants », si on le mettait en position d’être la preuve vivante que le « tout » dont ils rêvent est possible, on hypothéquerait sa construction et ce, d’autant plus que ce fantasme du « tout » serait, dans le cadre d’une procédure, ratifié par la loi. Claude Halmos
Si la différence des sexes est essentielle à l’enfant en tant que repère symbolique, elle ne peut cependant remplir totalement sa fonction si elle reste un repère abstrait. Pour servir au développement de l’enfant, la différence des sexes doit en effet s’incarner, prendre corps… dans des corps. L’enfant ne se construit pas par rapport à des entités abstraites – homme, femme, masculin, féminin – et il ne se construit pas non plus en référence à n’importe quel autre. Il se construit, par rapport à ces deux premiers  » autres  » que sont ses parents par rapport à leur conscient, leur inconscient, leur corps. Dès les premières heures de sa vie, il ressent avec sa tête et avec son corps ce que ressentent les têtes et les corps de ses parents et tout ce qui circule entre eux (désir, rejet, tendresse, violence…). Devenu adulte, il retrouve parfois, sur le divan de l’analyste, cette mémoire enfouie à la fois dans son inconscient et dans son corps, pour découvrir qu’elle a modelé son rapport aux autres, au monde et surtout à la sexualité. Cette dimension de la construction de l’être humain, dans un  » nouage  » entre le corps et le psychisme, les tenants de l’adoption la nient parce qu’ils oublient le corps. L’univers qu’ils décrivent est un univers de  » fonctions  » abstraites et parfaitement désincarnées. Point n’est besoin, selon eux, d’un corps sexué de femme pour  » faire  » la mère ou d’un corps sexué d’homme pour  » faire  » le père :  » On oublie toujours que les hommes peuvent se comporter en véritables femmes (éducatrices) et les femmes en hommes (gestionnaires) « , déclare dans “l’Evénement”, François Dagognet, philosophe et professeur à Paris III. Et d’ajouter :  » Ne nous arrêtons pas à la première apparence. La transsexualité devrait ici nous ouvrir les yeux et nous éveiller à des définitions plus souples.  » Notons au passage cette notion de  » souplesse  » que l’on retrouve, quasiment élevée au rang de concept tout au long des écrits des partisans de l’adoption, mais remarquons surtout que l’argument de François Dagognet est des plus curieux. Il invoque en effet l’exemple des transsexuels pour justifier que n’importe qui puisse indifféremment  » faire  » l’homme ou la femme alors même que le transsexuel, par sa souffrance, dit exactement le contraire. Il (ou elle) atteste en effet dans la douleur de la nécessité que l’identité sexuelle  » dans la tête  » soit identique à celle que l’anatomie a inscrite dans le corps. Face à ces fonctions parentales réduites à des rôles sans corps, les tenants de l’adoption posent un enfant qui construirait son identité sexuelle lui aussi abstraitement,  » par la tête  » et sans passer par le corps. Pour devenir homme ou femme, il suffirait, à les entendre, de rencontrer des hommes et des femmes et d’imiter ces  » modèles « . Claude Halmos
Aucune famille hétérosexuelle n’est idéale et l’hétérosexualité des parents n’a jamais été, en tant que telle, une garantie de bien-être pour les enfants. Il s’agit seulement que les enfants adoptés aient les mêmes chances (et les mêmes malchances) que ceux qui sont élevés par leurs parents biologiques. Le  » droit à l’indifférence  » que réclament, à juste titre, les homosexuels n’a de sens que s’il n’est pas entendu comme un  « droit à l’indifférenciation ». Claude Halmos
Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation. Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle  » modernité  » le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité. Collectif
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. Jean-Pierre Winter
Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: « If you identify yourself as a boy, this is your toilet » (« Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes »). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de « rejuger » les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de « réécrire » l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique « un homme peut aimer un homme » à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
Although Swedes are shocked that many immigrant girls are subjected to female genital mutilation (FGM), the Swedish government plans to allow hospitals to cut away the perfectly healthy genitals of children who believe they belong to the opposite sex. In 2011, a Swedish study done by Karolinska Institutet showed that the suicide rate among post-op transgender people is far higher than that of the general population. Other studies show that 70%-80% of kids suffering from gender dysphoria lose these feelings after a few years. Yet despite loud protests against this cruel and un-Swedish practice, the government seems to be planning to legislate in favor of another kind of genital mutilation of children: Sex-change operations, or to use a more politically correct term « gender reassignment surgery » (GRS). Ingrid Carlqvist
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Des douzaines d’innocents ont été massacrés, nous soutenons le peuple d’Orlando. L’enquête débute seulement mais il s’agit bien d’un acte de terreur et de haine. Je viens d’avoir une réunion avec le FBI, toutes les ressources du gouvernement fédéral seront mises à disposition. On ne connaît pas les motivations de cet homme, mais il s’agissait d’un homme rempli de haine, nous allons essayer de savoir pourquoi et comment cela s’est passé. Barack Hussein Obama
La différence entre la Manif pour tous et Orlando ? Le passage à l’acte. Jean-Sébastien Herpin (EELV)
Orlando était à la fois une attaque terroriste et une attaque homophobe contre des personnes LGBT. Si un terroriste avec des antécédents de haine et de dégoût des Juifs était entré dans une synagogue et avait tué 50 personnes, nous aurions justement décrit cette attaque comme terroriste et antisémite. Owen Jones
Le pulse est un club gay. Il était fréquenté ce soir là par des gays, des lesbiennes, des bi.e.s, des trans, des hétéros et sans doute plein de personnes qui ne se reconnaissent pas vraiment dans ces étiquettes que je viens de lister. C’est dans un club gay donc, qu’un homme mue par une haine inouïe des LGBT, a décidé de venir lourdement armé pour tuer. Efficace, méthodique et déterminé il s’est, trois heures durant, appliqué à massacrer froidement les gens qui se trouvaient là. Comment ne pas s’étonner alors du silence des médias français qui ont cru bon d’attendre la fin de la journée pour faire état d’un lien possible entre le lieu et l’attaque, entre l’homophobie et le massacre. Comment ne pas s’insurger contre l’incapacité d’une classe politique à utiliser le terme « homophobie »? Et que dire aujourd’hui des titres de la presse nationale qui omettent, à l’exception du journal Sud-Ouest, de mentionner le terme « gay » ou l’expression « club gay » dans les titres de leurs Unes ? Pourtant c’est bien la communauté LGBT de la ville qui a été visée, et au delà toutes les personnes LGBT. Finalement, il demeure l’impression que les médias français traitent l’attentat comme les tueries survenues aux Etats-Unis, sans questionner plus avant ni les faits, ni leurs causes, avec une désinvolture coupable. Il ne s’agit pas ici de plaider pour la concurrence victimaire mais de souligner que la société ne se déshonore pas quand elle reconnait aussi les victimes de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie. Minimiser ce fait n’est pas un exercice anodin, il est le fruit d’une vision sociétale qui peine encore à s’émanciper d’un ancrage culturel profond. Parmi les victimes de ces attentats trop nombreux, il y a des journalistes, des juifs, des musulmans, des agnostiques, des Africains, des Européens, des asiatiques, des Américains mais aussi des lesbiennes, des gays, des bi.e.s et des trans. La violence dont nous sommes les témoins, démontre que la haine homophobe et transphobe peut être aussi un prélude aux massacres de masse. L’invisibilisation de la motivation homophobe de l’attentat, dénoncée par ailleurs dans d’autres tribunes parues aujourd’hui, permet aux plus fervents ennemis des personnes LGBT comme Christine Boutin, Robert Menard, la Manif Pour Tous – et j’en passe – de se parer d’une émotion de circonstance. Bouffis d’hypocrisie, ces dangereux pyromanes semblent marquer une distance avec les assassins qu’ils contribuent à créer. Les tenants de l’ordre moral religieux, qui depuis des siècles font des LGBT des créatures contre-nature, fournissent le terreau idéologique dans lequel les auteurs d’actes LGBT-phobes puisent leur haine. L’état islamique s’est empressé de revendiquer le massacre d’Orlando, qualifiant le tireur de soldat du khalifa. (sic) L’enquête dira bien assez vite quels liens entretenaient le tueur présumé avec l’organisation terroriste mais une chose est certaine : le massacre répond à l’idéologie prônée par l’état islamique. Depuis plusieurs mois des alertes existent, comme ces hommes balancés depuis les toits des immeubles de Raqqa et présentés comme homosexuels. Les personnes LGBT ne sont d’ailleurs qu’une partie des cibles, l’état islamique massacre aveuglement toutes celles et ceux qui vivent selon des règles qui ne sont pas les leurs. Des règles inspirées d’une vision fantasmée, de la religion. Le fanatisme qui en découle touche toutes les religions sans distinction. Toutefois, si les fanatiques peuvent s’inspirer des religions pour promouvoir leur idéologie destructrice c’est bien parce que les religions, dans leur référentiel de valeur, le permettent. Les trois religions structurent la société depuis des siècles, et depuis des siècles leurs dogmes appellent au meurtre des homosexuels. Durant, le débat sur le mariage pour tous, le fait était pourtant évident, peu l’on dénoncé publiquement. De la prière du 15 aout 2013, rédigée par la conférence des évêques de France pour défendre le couple homme/femme comme seul modèle acceptable, à la lettre du Rabin Gilles Bernheim qui faisait état « du préjudice que la loi causerait à l’ensemble de la société », en passant par les propos de Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris qui déclarait sur Europe 1 : « Nous condamnons l’homosexualité, mais nous ne voulons pas être homophobes », tout aura été fait pour humilier les personnes LGBT. La violence des propos, maquillée en débat démocratique légitime n’était finalement que la transposition limpide du dogme. Comment s’étonner alors de la haine dont sont victimes les personnes LGBT quand on sait que les écrits religieux de référence regorgent d’appels au meurtres de celles et ceux dont la sexualité et au mieux considérée comme une abominable déviance. C’est pourquoi les institutions religieuses doivent aussi prendre la pleine mesure de la responsabilité qu’elles portent, siècles après siècles dans la discrimination institutionnalisée de millions de personnes. Il est trop facile d’adopter une posture bienveillante par l’intermédiaire d’un tweet de soutien et d’amour quand on n’a de cesse par ailleurs d’attiser les haines qui conduisent à de tels massacres. Nicolas Rividi (militant LGBT, ex porte-parole de l’Inter-LGBT)
« Pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis », « tuerie en Floride », « Tuerie de masse dans une boite de nuit en Floride ». Ce lundi 13 juin dans la presse française et internationale, un mot semblait manquer à l’appel pour décrire l’attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés: « homophobie ». Comme l’ont fait remarquer plusieurs médias, seul Sud Ouest, en France, parlait sur sa Une de « massacre homophobe ». Aux Etats-Unis aussi, la presse titrait beaucoup sur les victimes ou le tueur, précisant que l’attaque a eu lieu dans un club gay, mais sans forcément la qualifier d’homophobe. (…) Si les motivations d’Omar Mateen, l’auteur de la tuerie, restent encore à préciser, notamment sur ses liens exacts avec l’Etat islamique, une chose est certaine: sa cible, c’était des gays. Le lieu de son attaque, c’était un club gay. Même s’il s’agit d’une attaque revendiquée par Daech, la tuerie d’Orlando, la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, restera pourtant certainement dans les esprits comme un acte terroriste homophobe plutôt qu’islamiste. (…) A l’heure actuelle, il semblerait qu’Omar Mateen soit un « loup solitaire », étant certes inspiré par l’idéologie de Daech mais sans avoir suivi leurs instructions pour mener cette attaque. Barack Obama a affirmé lundi en fin d’après-midi qu’il n’existait pas à ce stade de « preuves claires » que l’attaque ait été commanditée depuis l’étranger. et qu’il était possible que « le tireur ait été inspiré par diverses sources d’information extrémistes sur Internet ». Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’Omar Mateen était capable de se mettre en colère rien qu’à la vue de deux hommes s’embrassant. C’est ce que son père a raconté à NBC: « Nous étions dans le centre-ville de Miami (…). Et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et son enfant, et il est devenu très énervé », a-t-il confié à la chaîne. « Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: ‘Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça' », a-t-il ajouté, assurant que la fusillade de dimanche n’avait « rien à voir avec la religion ». Très clairement, c’est l’homophobie, plutôt que la religion, qui est à l’origine de ce massacre. (…) Au final, comme l’expliquait Owen Jones, cet attentat terroriste est certainement à la fois homophobe et islamiste. C’est aussi ce que souligne le site de CNN, pour lequel la tuerie a pu être « motivée par l’homophobie et l’Islamisme radical » en même temps. Par contre, la perception de cette tuerie, ce que nous en retiendrons, est certainement que c’est une attaque homophobe, ayant visé délibérément des personnes LGBT, dans un lieu LGBT. Après les premières Une de presse focalisées sur le caractère terroriste de l’attaque, c’est en tout cas le tournant que semble prendre l’opinion. François Hollande l’a lui-même qualifiée de « tuerie homophobe ». Aux quatre coins du monde, ce sont bien les couleurs de l’arc-en-ciel qui sont affichées, que ce soit sur la Mairie de Paris, le World Trace Center, la grande roue d’Orlando, la Sky Tower d’Auckland, la mairie de Tel-Aviv ou encore la Tour Eiffel ce lundi soir. Preuve s’il en est que quelque soit le mot final de cette affaire, c’est bien la communauté ciblée par l’attaque, plutôt que les liens de son auteur avec l’EI, qui resteront dans les annales. D’autant plus que, même si les Etats-Unis ne découvrent pas les actes de violence envers les personnes LGBT, c’est la première tuerie homophobe de cette ampleur. Marine Le Breton
Le massacre d’Orlando traîne à être reconnu comme un acte homophobe. Même si la législation de certains pays occidentaux a évolué, la haine des gays, lesbiennes, bi et transexuels reste un phénomène largement répandu, dans les trois religions monothéistes et bien au-delà. Au procès de Nuremberg, aucune mention ne fut faite du meurtre de masse des « triangles roses », les homosexuels. Et pour cause. Les vainqueurs qui organisaient le procès des Nazis poursuivaient dans leur propre pays des politiques hautement homophobes. Le sujet fut passé sous silence et n’apparut dans aucun mémorial ni sur aucun monument aux morts. Les déportés survivants ne purent obtenir ni reconnaissance, ni indemnisation. Le soir du drame d’Orlando, le journal de France 2 annonçait une tuerie dont le mobile n’était « pas connu », après avoir précisé qu’il avait été perpétré dans une boîte « gay » par un homme clamant aux journalistes son dégoût pour un baiser entre deux hommes… Même négation de l’évidence qui dérange. Qu’un intégriste religieux ait perpétré la tuerie d’Orlando n’est donc malheureusement pas une surprise. Juifs, Chrétiens et Musulmans comptent dans leurs rangs des propagandistes de la haine homophobe radicale. Récemment, en France, le Grand Rabbin Sitruk affirmait: « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité » et considérait la Gay Pride de Tel Aviv comme une « tentative d’extermination morale » des Juifs. (…) Du côté de l’Islam, la plupart des pays à majorité musulmane continuent de condamner l’homosexualité (parfois de mort) dans leur code pénal. Quant à l’église, elle reste traversée par de violents courants homophobes, telle la « Manif pour tous ». On se souvient aussi des sorties du cardinal Barbarin, primat des Gaules: « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. » (…) Que Daech s’empare de cette haine ne peut donc nous surprendre. Mais il serait dramatique que l’organisation terroriste serve d’arbre qui dissimule la forêt homophobe. Ainsi, la loi du Mississipi vient d’être modifiée, permettant à un fonctionnaire ou un commerçant de ne pas servir les homosexuels si ses convictions religieuses le lui interdisent. La Caroline du Nord lui a emboîté le pas en mars 2016 et d’autres états suivront peut-être. (…) Le silence de Nuremberg sur le massacre des homosexuels n’était que le prélude à l’actuelle hypocrisie dans laquelle baignent toujours nos pays. Par la honte que leur impose une culture patriarcale, hétéronormée et androcentrée, des homos, bis et transsexuels tombent par milliers: meurtres, suicides, autodestruction. Patric Jean
On se trouve dans l’abîme vertigineux de la sottise islamo-gauchiste dont les Verts français sont les représentants les plus emblématiques. Déjà Clémentine Autain, qui est en principe une féministe intransigeante, avait essayé au moment des révélations de Cologne (quand des femmes allemandes avaient été agressées par des migrants islamiques) de se lancer dans des considérations oiseuses sur la manière dont les femmes avaient été traitées, violées, lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle était tellement préoccupée par le fait de ne pas insister sur la dimension machiste des hommes d’Orient qu’il lui fallait absolument puiser dans un événement de l’histoire pour généraliser. Comme si une situation de guerre pouvait être équivalente avec ce qu’il se passe en temps de paix ; oubliant par ailleurs que lors des viols de masse des femmes siciliennes (plaie toujours vive en Sicile), les goumiers marocains n’étaient pas les derniers à commettre des exactions. Ceci posé, on est toujours dans la même stupidité aberrante lorsque l’on compare un massacre horrible avec des manifestations tout à fait licites. Et il faut rajouter que l’on peut considérer que le mariage homosexuel n’est pas une avancée en soi, que la norme conjugale doit se situer dans le cadre de la procréation naturelle entre un homme et une femme sans être pour le moins du monde homophobe. En conséquence, considérer que tous ceux qui ont participé à la Manif pour Tous sont homophobes, c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit qui n’étonnera pas ceux qui connaissent bien les Verts. (…) On peut parfaitement et valablement dire que de manière générale, les religions regardaient, et pour certaines regardent encore, l’homosexualité comme un vice. Il est vrai que certains dignitaires juifs ou catholiques ne sont pas en reste de condamnation morale. J’ajoute qu’il n’y a pas si longtemps, les freudiens eux-mêmes considéraient l’homosexualité comme une perversion. Ceci fermement posé, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de tuer des homosexuels ? Qu’est-ce que cela a à voir avec la déclaration de l’imam d’Orlando, trois mois avant l’attentat, quand lui aussi déclarait que les homosexuels méritaient la mort ? Qu’est-ce que cela a à voir avec les lois qui sont en vigueur dans la quasi-totalité des pays islamiques, et qui emprisonnent les homosexuels quand ils ne pratiquent pas la peine de mort contre eux ? Lorsqu’on pratique un amalgame aussi grossier, c’est bien évidemment, encore une fois, pour tenter de disculper les criminels. Gilles-William Goldnadel
Quel ne fut pas mon étonnement, lundi 13 juin au matin, d’entendre, sur une radio du service public (France Culture), tout un débat non pas pour dénoncer un acte terroriste et compatir au sort de victimes particulières, mais pour défendre l’idéologie LGBT et incriminer toutes «les postures religieuses patriarcales», dont la chrétienne, qui seraient le terreau de l’homophobie. Caroline Fourest nous a expliqué qu’aux Etats-Unis «le magistère d’homophobie était exercé par les chrétiens intégristes» (alors que le terroriste se réclamait de l’Etat Islamique) tandis que Serge Hefez, doctement, indiquait que la «haine des homophobes» était provoquée par les remises en cause, par l’homosexualité, «des questions de genre et de l’ordre patriarcal». Pour la première, ce que fit d’Omar Mateen avait une différence de degrés et non de nature avec les convictions religieuses chrétiennes. Dans cette lignée Jean-Sebastien Herpin, secrétaire régional EELV, s’est cru autorité à tweeter lundi 13 juin: «la différence entre la manif pour tous et Orlando? Le passage à l’acte». Pour le second, l’homosexualité en tant que telle provoque un ébranlement radical des stéréotypes anthropologiques habituels qui forceraient les petits garçons «à devenir des garçons virils, combatifs et dominants» et les petites filles «à devenir douce, dociles et soumises à l’ordre patriarcal et masculin» L’homophobie serait alors, avant tout, une peur ancestrale que «les hommes ne soient plus assez virils» pour «défendre la Nation». Le problème avec ce genre d’interventions est qu’elles font de ces cinquante victimes des membres de «la communauté LGBT» avant que d’être des personnes et des citoyens américains. D’où, un peu partout, sur la tour Eiffel ou en Australie, des marques de sympathie aux couleurs du drapeau de l’internationale LGBT et non du drapeau américain. Comme si notre compassion, devait, avant que de se manifester, approuver l’idéologie LGBT et abandonner toutes convictions religieuses. Comme si on devait accepter l’idée que ces cinquante personnes auraient été victime de toutes les homophobies religieuses – et dont celle des islamistes serait simplement la moins hypocrite. Nous assistons-là, dans ce genre de débat fermé, à trois types de confusions intellectuelles – qui se retrouvent à l’œuvre dans bien des situations autour des questions de genre ou d’homosexualité. D’une part une extension, au-delà du raisonnable, de «l’homophobie», au point d’incriminer tous les chrétiens à l’occasion du crime horrible d’un fou-furieux islamiste aux Etats-Unis. Tant que le terme «d’homophobie» ne sera pas rigoureusement défini, nous constaterons ces dérives injurieuses. Tant qu’il ne sera pas distingué de la haine meurtrière intolérable ou des possibles et respectables (je le crois!) remises en cause de l’impérialisme de la théorie du genre, toute discussion commune sera impossible. Seconde confusion: une manière de criminaliser tous ceux qui défendraient «l’ordre patriarcal» – bien qu’il soit la chose du monde la mieux partagée sur terre, hormis dans les pays occidentaux – et qui serait, par nature, une incitation, plus ou moins explicite, au meurtre ou à la persécution des homosexuels. Cet amalgame permet d’envoyer les contradicteurs dans l’enfer haineux de ceux qui refuseraient la nécessaire diversité multiculturelle. Nous avions vu cette même posture lors du débat sur le «mariage pour tous». Troisième confusion: celle entre l’homosexualité comme une liberté personnelle, et qui est à préserver, et l’idéologie LGBT qui elle, via la théorie du genre, doit s’imposer à tous et désaffilier les genres et ouvrir le champ des sexualités possibles. Les idéologues LGBT, dont les représentants ont tous leurs rond de serviette dans l’audiovisuel public, ne défendent pas une liberté d’indifférence (celles des sexualités de chacun) mais prônent, volontairement, des révolutions anthropologiques radicales. Ces trois confusions volontaires, conduisent à un coup force permanent, une constante violence intellectuelle dans tous ces débats. Celui qui remet en cause l’un ou l’autre de ces jeux de mikado des sexualités flottantes autant qu’indéterminées est jugé «homophobe». Celui qui garde une conviction religieuse est d’une manière ou d’une autre «homophobe». Celui qui dirait sa solidarité vis-à-vis des victimes d’Orlando et qui serait contre «le mariage pour tous» est un complice du meurtrier. Et plutôt que de renvoyer les sexualités dans la sphère privée, il est toujours et encore question «d’avancées» nouvelles et de visibilités accrues, pour lutter contre les «discriminations». Que nous promet-on maintenant, pour demain? La légalisation du «troisième genre» comme en Allemagne? Une «bataille des toilettes», comme aux Etats-Unis où il est permis, dans certains Etats, pour des personnes transgenres d’aller dans les toilettes de leurs choix? Une crainte apparait alors: une dérive accélérée des continents anthropologiques entre l’Occident et le reste du monde. On préfère ici lutter contre les «assignations sexuelles» plutôt que de lutter, ailleurs, et surtout dans les pays musulmans, contre l’oppression bien réelle des homosexuels et des femmes, leurs humiliations, leurs condamnation à l’invisibilité sociale. Le multiculturalisme est aussi une guerre de civilisation, une manière de rendre l’entente impossible et la réconciliation improbable. Damien Le Guay
Nous étions très heureux de faire ce long voyage pour la première fois avec notre fils Kieran et tout a effectivement été gâché par le personnel d’Emirates. Lee Charlton
Depuis le 1er juin 2015, conformément à la réglementation sud-africaine, toute personne se rendant dans le pays avec un mineur de moins de 18 ans doit prouver sa paternité ou sa tutelle de l’enfant avec lequel elle voyage – tandis que les adultes voyageant seuls avec leurs enfants ont besoin de montrer qu’ils ont le consentement de leur partenaire qui ne voyage pas. Comme toutes les compagnies aériennes, nous devons nous conformer aux lois de chaque pays dans lequel nous opérons, responsabilité que nous partageons avec les passagers qui sont tenus de détenir des documents de voyage valables pour tous les pays inclus sur leur itinéraire. Nous notons que la famille Charlton a poursuivi son voyage à Durban sur le vol Emirates EK 775, conformément à leur réservation. Nous regrettons tout inconvénient que cet incident aurait pu causer, mais devons rappeler que le respect des lois internationales concernant la protection des enfants ne saurait être compromis. Porte-parole d’Emirates

Attention: une victime peut en cacher une autre !

En ces temps décidément étranges de mariage et d’enfant pour tous …

Où la relation ou le mariage d’un homme et d’une femme sont devenus relation ou mariage « hétérosexuels » …

Où la naissance d’un enfant n’est plus le fruit de l’accouplement d’un homme et d’une femme …

Où tout en se mobilisant contre la mutilation génitale ou le mariage forcé des petites filles, on propose d’autoriser dès l’âge de douze voire sept ans les opérations de changement de sexe pour les enfants …

Où les djihadistes (pardon: « terroristes » entre guillemets s’il vous plait !) ne sont qu’un « tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris » …

Où alors que sous la menace djihadiste nos rues et nos vies s’israélisent à vue d’oeil, un seul pays qui la subit depuis des décennies ne semble jamais avoir ses couleurs nationales illuminées sur les monuments du monde …

Et où sur fond de bataille des toilettes, un attentat terroriste par un tueur se réclamant de l’islam n’est plus qu’un acte homophobe ou la faute de la Manif pour tous ou du lobby des armes à feu

Comment ne pas voir …

Le véritable scandale de ce couple d’hommes homosexuels britanniques voyageant avec leur fils adoptif de Dubai à Durban …

Harcelé par une compagnie aérienne émiratie …

Au nom – tenez vous bien ! – de la réglementation sud-africaine… pour la protection de l’enfant ?

Patric Jean Devenez fan Auteur et réalisateur, son dernier livre questionne « Les hommes veulent-ils l’égalité? », dans la continuité de son film « La domination masculine ».
Orlando, l’arbre qui cache la forêt homophobe
Patric Jean
The Huffington Post
13/06/2016

Le massacre d’Orlando traîne à être reconnu comme un acte homophobe. Même si la législation de certains pays occidentaux a évolué, la haine des gays, lesbiennes, bi et transexuels reste un phénomène largement répandu, dans les trois religions monothéistes et bien au-delà.

Au procès de Nuremberg, aucune mention ne fut faite du meurtre de masse des « triangles roses », les homosexuels. Et pour cause. Les vainqueurs qui organisaient le procès des Nazis poursuivaient dans leur propre pays des politiques hautement homophobes. Le sujet fut passé sous silence et n’apparut dans aucun mémorial ni sur aucun monument aux morts. Les déportés survivants ne purent obtenir ni reconnaissance, ni indemnisation.

Le soir du drame d’Orlando, le journal de France 2 annonçait une tuerie dont le mobile n’était « pas connu », après avoir précisé qu’il avait été perpétré dans une boîte « gay » par un homme clamant aux journalistes son dégoût pour un baiser entre deux hommes… Même négation de l’évidence qui dérange.

Qu’un intégriste religieux ait perpétré la tuerie d’Orlando n’est donc malheureusement pas une surprise. Juifs, Chrétiens et Musulmans comptent dans leurs rangs des propagandistes de la haine homophobe radicale. Récemment, en France, le Grand Rabbin Sitruk affirmait: « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité » et considérait la Gay Pride de Tel Aviv comme une « tentative d’extermination morale » des Juifs. Invitant au passage à l’acte, il complétait façon Daech: « J’espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination ».

Du côté de l’Islam, la plupart des pays à majorité musulmane continuent de condamner l’homosexualité (parfois de mort) dans leur code pénal. Quant à l’église, elle reste traversée par de violents courants homophobes, telle la « Manif pour tous ». On se souvient aussi des sorties du cardinal Barbarin, primat des Gaules: « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. »

Dans les trois entités religieuses, des voix contradictoires se font entendre depuis longtemps: l’association Homosexuels Musulmans de France (HM2F créée en 2010), David & Jonathan, mouvement homosexuel chrétien (depuis 1972), et Beit Haverim, groupe juif des homosexuels de France (depuis 1977).

Des intellectuels de toutes ces confessions ont signé des appels contre l’homophobie et la transphobie, comme celui rassemblant le philosophe protestant Olivier Abel, l’essayiste catholique Jean-Claude Guillebaud, le théologien musulman Tareq Oubrou et le rabbin Rivon Krygier, « inquiets des discriminations, des violences et des humiliations dont les homosexuels et transsexuels continuent à être l’objet ». Ils précisaient: « nous avons le sentiment que dans chaque famille religieuse se trouvent des expressions qui appellent au refus de ces violences et de ces humiliations, et d’autres au contraire qui y incitent.

Que Daech s’empare de cette haine ne peut donc nous surprendre. Mais il serait dramatique que l’organisation terroriste serve d’arbre qui dissimule la forêt homophobe. Ainsi, la loi du Mississipi vient d’être modifiée, permettant à un fonctionnaire ou un commerçant de ne pas servir les homosexuels si ses convictions religieuses le lui interdisent. La Caroline du Nord lui a emboîté le pas en mars 2016 et d’autres états suivront peut-être.

Dans la très catholique Pologne, il ne fait pas bon être homosexuel et des représentants de l’église n’hésitent pas à appeler à la ségrégation à l’emploi contre les homosexuels considérés comme déviants. En Russie, le président Poutine a fait voter une loi interdisant toute propagande homosexuelle et de nombreux témoignages démontrent qu’il est toujours extrêmement dangereux de s’afficher publiquement dans ce pays.

Il faut d’ailleurs observer que, parmi les chefs d’Etats qui étaient très « Charlie » le 11 janvier à Paris suite au massacre de 11 personnes, la moitié ne pourrait être autant « Orlando » pour les 50 victimes américaines, car leurs lois ou coutumes nationales le leur interdiraient…

Et il ne faut pas voyager hors de nos frontières pour observer la culture homophobe, même en dehors des religions. Il ne s’agit évidemment pas de massacres comme à Orlando et pourtant… En France, les homosexuel-le-s de moins de 25 ans tentent de se suicider 13 fois plus que les hétérosexuels de leur âge. Ces jeunes adultes souvent rejetés par leurs propres parents sont loin de tous appartenir à des familles intégristes…

Le silence de Nuremberg sur le massacre des homosexuels n’était que le prélude à l’actuelle hypocrisie dans laquelle baignent toujours nos pays. Par la honte que leur impose une culture patriarcale, hétéronormée et androcentrée, des homos, bis et transsexuels tombent par milliers: meurtres, suicides, autodestruction. Combien sont-ils et elles à se cacher parce que leur milieu familial, social ou professionnel ne permet pas un coming-out?

Notre société a besoin d’un grand nettoyage culturel contre la haine des lesbiennes, gays, bis et transexuel-le-s.

Nous, hétéros cis-genre, qu’Orlando ne nous détourne pas de notre responsabilité et nous serve d’avertissement.

Voir aussi:

Nicolas Rividi Militant LGBT, ex porte-parole de l’Inter-LGBT
À Orlando, les racines de la haine
Nicolas Rividi

the HuffPost

13/06/2016

Hier matin j’ai découvert le Pulse vers 10h, via une notification de CNN sur l’écran de mon smartphone. Je n’avais jamais entendu parler de ce club gay d’Orlando, la ville m’était d’ailleurs presque inconnue. Le ciel gris qui accompagnait ce 12 juin 2016 à Paris ajoutait un peu plus à la sensation d’isolement qui vous atteint en pareilles circonstances.

CNN balançait à la chaine de nombreuses images. Elles avaient le bruit de celles du 13 novembre 2015 à Paris. Et puis rapidement les témoignages des premiers rescapés nous sont parvenus, glaçants. Un samedi soir, une fête latinos, la musique et puis les balles. Un témoin raconte que leur rythme suivait au début celui de la musique. Une autre, mère de l’un des clients du club cherche des renseignements, elle sait que le petit ami de son fils a été évacué en ambulance mais pas la moindre nouvelle de son fils. Un autre encore, raconte comment en rampant il a pu s’extraire du night club sous le sifflement des projectiles mortels fendant l’air à la recherche d’une victime.

Pas une tuerie, un massacre homophobe

Le pulse est un club gay. Il était fréquenté ce soir là par des gays, des lesbiennes, des bi.e.s, des trans, des hétéros et sans doute plein de personnes qui ne se reconnaissent pas vraiment dans ces étiquettes que je viens de lister. C’est dans un club gay donc, qu’un homme mue par une haine inouïe des LGBT, a décidé de venir lourdement armé pour tuer. Efficace, méthodique et déterminé il s’est, trois heures durant, appliqué à massacrer froidement les gens qui se trouvaient là. Comment ne pas s’étonner alors du silence des médias français qui ont cru bon d’attendre la fin de la journée pour faire état d’un lien possible entre le lieu et l’attaque, entre l’homophobie et le massacre. Comment ne pas s’insurger contre l’incapacité d’une classe politique à utiliser le terme « homophobie »? Et que dire aujourd’hui des titres de la presse nationale qui omettent, à l’exception du journal Sud-Ouest, de mentionner le terme « gay » ou l’expression « club gay » dans les titres de leurs Unes ? Pourtant c’est bien la communauté LGBT de la ville qui a été visée, et au delà toutes les personnes LGBT. Finalement, il demeure l’impression que les médias français traitent l’attentat comme les tueries survenues aux Etats-Unis, sans questionner plus avant ni les faits, ni leurs causes, avec une désinvolture coupable.

Il ne s’agit pas ici de plaider pour la concurrence victimaire mais de souligner que la société ne se déshonore pas quand elle reconnait aussi les victimes de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie. Minimiser ce fait n’est pas un exercice anodin, il est le fruit d’une vision sociétale qui peine encore à s’émanciper d’un ancrage culturel profond. Parmi les victimes de ces attentats trop nombreux, il y a des journalistes, des juifs, des musulmans, des agnostiques, des africains, des européens, des asiatiques, des américains mais aussi des lesbiennes, des gays, des bi.e.s et des trans. La violence dont nous sommes les témoins, démontre que la haine homophobe et transphobe peut être aussi un prélude aux massacres de masse.

L’invisibilisation de la motivation homophobe de l’attentat, dénoncée par ailleurs dans d’autres tribunes parues aujourd’hui, permet aux plus fervents ennemis des personnes LGBT comme Christine Boutin, Robert Menard, la Manif Pour Tous – et j’en passe – de se parer d’une émotion de circonstance. Bouffis d’hypocrisie, ces dangereux pyromanes semblent marquer une distance avec les assassins qu’ils contribuent à créer. Les tenants de l’ordre moral religieux, qui depuis des siècles font des LGBT des créatures contre-nature, fournissent le terreau idéologique dans lequel les auteurs d’actes LGBT-phobes puisent leur haine.

Les institutions religieuses doivent enfin évoluer sur les sujets LGBT

L’état islamique s’est empressé de revendiquer le massacre d’Orlando, qualifiant le tireur de soldat du khalifa. L’enquête dira bien assez vite quels liens entretenaient le tueur présumé avec l’organisation terroriste mais une chose est certaine : le massacre répond à l’idéologie prônée par l’état islamique. Depuis plusieurs mois des alertes existent, comme ces hommes balancés depuis les toits des immeubles de Raqqa et présentés comme homosexuels. Les personnes LGBT ne sont d’ailleurs qu’une partie des cibles, l’état islamique massacre aveuglement toutes celles et ceux qui vivent selon des règles qui ne sont pas les leurs. Des règles inspirées d’une vision fantasmée, de la religion. Le fanatisme qui en découle touche toutes les religions sans distinction. Toutefois, si les fanatiques peuvent s’inspirer des religions pour promouvoir leur idéologie destructrice c’est bien parce que les religions, dans leur référentiel de valeur, le permettent. Les trois religions structurent la société depuis des siècles, et depuis des siècles leurs dogmes appellent au meurtre des homosexuels. Durant, le débat sur le mariage pour tous, le fait était pourtant évident, peu l’on dénoncé publiquement. De la prière du 15 aout 2013, rédigée par la conférence des évêques de France pour défendre le couple homme/femme comme seul modèle acceptable, à la lettre du Rabin Gilles Bernheim qui faisait état « du préjudice que la loi causerait à l’ensemble de la société », en passant par les propos de Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris qui déclarait sur Europe 1 : « Nous condamnons l’homosexualité, mais nous ne voulons pas être homophobes », tout aura été fait pour humilier les personnes LGBT. La violence des propos, maquillée en débat démocratique légitime n’était finalement que la transposition limpide du dogme. Comment s’étonner alors de la haine dont sont victimes les personnes LGBT quand on sait que les écrits religieux de référence regorgent d’appels au meurtres de celles et ceux dont la sexualité et au mieux considérée comme une abominable déviance.

C’est pourquoi les institutions religieuses doivent aussi prendre la pleine mesure de la responsabilité qu’elles portent, siècles après siècles dans la discrimination institutionnalisée de millions de personnes. Il est trop facile d’adopter une posture bienveillante par l’intermédiaire d’un tweet de soutien et d’amour quand on n’a de cesse par ailleurs d’attiser les haines qui conduisent à de tels massacres.

Les larmes et le combat

Ainsi donc nous pleurons à nouveau les disparu.e.s. Nous nous réfugions dans le silence le temps de nous remémorer les souvenirs heureux. Le deuil passé nous rejoindrons la grande cohorte des vivants. Avec elle nous continuerons d’honorer la mémoire des victimes. Avec elle nous prendrons possession des rues, avec elle nous battrons fièrement le pavé. Nous ne cèderons pas face l’obscurantisme, nous aurons l’audace de vivre encore.

Voir également:

Pourquoi la tuerie d’Orlando restera un acte terroriste homophobe plus qu’islamiste
Marine Le Breton

Le HuffPost

13/06/2016

TUERIE D’ORLANDO – « Pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis », « tuerie en Floride », « Tuerie de masse dans une boite de nuit en Floride ». Ce lundi 13 juin dans la presse française et internationale, un mot semblait manquer à l’appel pour décrire l’attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés: « homophobie ».

Comme l’ont fait remarquer plusieurs médias, seul Sud Ouest, en France, parlait sur sa Une de « massacre homophobe ». Aux Etats-Unis aussi, la presse titrait beaucoup sur les victimes ou le tueur, précisant que l’attaque a eu lieu dans un club gay, mais sans forcément la qualifier d’homophobe.

Un journaliste du Guardian, Owen Jones, a quitté dimanche soir en direct le plateau de Sky News, alors qu’il tentait d’expliquer depuis plusieurs minutes pourquoi cette attaque n’était pas seulement, comme le soulignait le présentateur, « contre des êtres humains », mais « contre des personnes LGBT ». « Orlando était à la fois une attaque terroriste et une attaque homophobe contre des personnes LGBT », écrit-il au lendemain de l’interview. « Si un terroriste avec des antécédents de haine et de dégoût des Juifs était entré dans une synagogue et avait tué 50 personnes, nous aurions justement décrit cette attaque comme terroriste et antisémite », poursuit-il.

Si les motivations d’Omar Mateen, l’auteur de la tuerie, restent encore à préciser, notamment sur ses liens exacts avec l’Etat islamique, une chose est certaine: sa cible, c’était des gays. Le lieu de son attaque, c’était un club gay. Même s’il s’agit d’une attaque revendiquée par Daech, la tuerie d’Orlando, la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, restera pourtant certainement dans les esprits comme un acte terroriste homophobe plutôt qu’islamiste. Pourquoi?

Un club gay emblématique

Le lieu, tout d’abord, n’a pas été choisi par Omar Mateen au hasard. Ce n’est pas « n’importe quel club gay », titre le site USA Today. Le Pulse est une boîte de nuit emblématique pour les personnes LGBT en Floride. Réputé pour ses spectacles de drag queen, faisant la promotion des prochains Gay Games qui doivent se tenir à Paris en 2018, le Pulse est un club apprécié de la communauté, un « safe space » dans lequel gays, trans, bi, peuvent se retrouver sans se soucier du regard extérieur, sans avoir peur de se faire insulter ou agresser.

La date de la tuerie n’est pas non plus anodine. Le mois de juin est celui de toutes les pride (les marches des fiertés en France). Le lendemain de la tuerie avait d’ailleurs lieu celle de Los Angeles où une attaque a été évitée de justesse.

A travers cet acte, Omar Mateen n’a donc pas simplement attaqué un peuple ou un pays, mais bien une communauté.

Des liens avec l’Etat islamique à préciser

Les intentions exactes d’Omar Mateen restent à préciser mais l’homophobie qui le motivait ne fait aucun doute, alors que ses liens avec le terrorisme islamique organisé sont, eux, encore flous.

Daech a bien, quelques heures après l’attaque, revendiqué l’acte, qualifiant encore ce lundi l’homme de « soldat du califat en Amérique ». On sait aussi qu’il avait déjà été interrogé, à deux reprises, par la police fédérale. Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes, souligne aussi que l’EI ne le qualifierait pas ainsi s’il n’était pas « sûr de son cas ». D’ailleurs, pour le massacre de San Bernardino, qui a eu lieu en décembre 2015, le couple d’auteurs de l’attaque n’avait été qualifié « que » de « sympathisant » et Daech n’avait pas directement revendiqué le massacre.

Mais pour Alain Bauer, professeur de criminologie interrogé par France Info, la communauté homosexuelle apparaît plutôt « comme une cible du tueur qu’une cible de l’Etat islamique ». Pour le FBI, qui a ouvert une enquête pour « terrorisme », cet Américain d’origine afghane aurait pu prêter « allégeance » à l’EI au dernier moment, quelques instants avant le massacre.

A l’heure actuelle, il semblerait qu’Omar Mateen soit un « loup solitaire », étant certes inspiré par l’idéologie de Daech mais sans avoir suivi leurs instructions pour mener cette attaque. Barack Obama a affirmé lundi en fin d’après-midi qu’il n’existait pas à ce stade de « preuves claires » que l’attaque ait été commanditée depuis l’étranger. et qu’il était possible que « le tireur ait été inspiré par diverses sources d’information extrémistes sur Internet ».

Énervé par deux hommes s’embrassant

Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’Omar Mateen était capable de se mettre en colère rien qu’à la vue de deux hommes s’embrassant. C’est ce que son père a raconté à NBC: « Nous étions dans le centre-ville de Miami (…). Et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et son enfant, et il est devenu très énervé », a-t-il confié à la chaîne. « Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: ‘Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça' », a-t-il ajouté, assurant que la fusillade de dimanche n’avait « rien à voir avec la religion ». Très clairement, c’est l’homophobie, plutôt que la religion, qui est à l’origine de ce massacre.

Solidarité envers la communauté LGBT

Au final, comme l’expliquait Owen Jones, cet attentat terroriste est certainement à la fois homophobe et islamiste. C’est aussi ce que souligne le site de CNN, pour lequel la tuerie a pu être « motivée par l’homophobie et l’Islamisme radical » en même temps.

Par contre, la perception de cette tuerie, ce que nous en retiendrons, est certainement que c’est une attaque homophobe, ayant visé délibérément des personnes LGBT, dans un lieu LGBT. Après les premières Une de presse focalisées sur le caractère terroriste de l’attaque, c’est en tout cas le tournant que semble prendre l’opinion. François Hollande l’a lui-même qualifiée de « tuerie homophobe ».

Sur les réseaux sociaux, l’image la plus partagée, parmi bien des visuels arc-en-ciel, est celle d’un ruban aux couleurs du drapeau LGBT et des Etats-Unis:

Aux quatre coins du monde, ce sont bien les couleurs de l’arc-en-ciel qui sont affichées, que ce soit sur la Mairie de Paris, le World Trace Center, la grande roue d’Orlando, la Sky Tower d’Auckland, la mairie de Tel-Aviv ou encore la Tour Eiffel ce lundi soir.

Preuve s’il en est que quelque soit le mot final de cette affaire, c’est bien la communauté ciblée par l’attaque, plutôt que les liens de son auteur avec l’EI, qui resteront dans les annales. D’autant plus que, même si les Etats-Unis ne découvrent pas les actes de violence envers les personnes LGBT, c’est la première tuerie homophobe de cette ampleur.

Voir encore:

The sexualities of those murdered in Orlando shouldn’t be glossed over. This was the worst mass killing of LGBT people in the west since the Holocaust

Orlando was both a terrorist attack and a homophobic attack on LGBT people. It was both the worst mass shooting in US history, and the worst targeted mass killing of LGBT people in the western world since the Holocaust. It is possible for an atrocity to be more than one thing at the same time. You are not compelled to select one option or the other. Life – with both its horrors and its joys – is incredibly complicated, and we have a rich language able to capture its complexities.

I am reluctant to dwell too much on my appearance on Sky News last night, because this isn’t about me, so let’s just use it as a case study. In sum, I walked off in disgust during a discussion about the massacre: it was an instinctive reaction to an unpleasant and untenable situation. The presenter continually and repeatedly refused to accept that this was an attack on LGBT people. This was an attack “against human beings”, he said, and “the freedom of all people to try to enjoy themselves”. He not only refused to accept it as an attack on LGBT people, but was increasingly agitated that I – as a gay man – would claim it as such.

If a terrorist with a track record of expressing hatred of and disgust at Jewish people had walked into a synagogue and murdered 50 Jewish people, we would rightly describe it as both terrorism and an antisemitic attack. If a Jewish guest on television had tried to describe it as such, it would be disgraceful if they were not only contradicted, but shouted down as they did so. But this is what happened on Sky News with a gay man talking about the mass murder of LGBT people.

This isn’t about LGBT people taking ownership of the pain and anguish. People of all sexual orientations have wept over this massacre, and all communities should unite in grief. It is highly likely that straight people died in the atrocity. When the neo-Nazi terrorist David Copeland detonated a nail bomb in the Admiral Duncan gay pub in 1999, one of the fatalities was a straight pregnant woman, having a drink with her husband and her gay friends. LGBT people are part of the wider community, and LGBT people and their straight friends party together in LGBT venues. But this was a deliberate attack on a LGBT venue and LGBT people. According to Omar Mateen’s father, the reportedly Islamic State-supporting terrorist had expressed revulsion at the sight of two men kissing. His co-workers have described his anti-gay comments. Omar Mateen could have chosen many clubs, full of people laughing and living, but he chose a LGBT venue. This was homophobia as well as terrorism. It is not enough to simply condemn violence: we have to understand what it is and why it happened.

It wasn’t only Sky News at fault. In the New York Times’ original reporting, it didn’t even point out that a gay club had been targeted. The Daily Mail didn’t bother to put the atrocity – the worst terrorist attack on US soil since 9/11 – on its front page, instead opting to stir up xenophobia over Turkish immigrants and publicising an offer of “free pearl and white sapphire earrings”. This is erasure of LGBT people – pure and simple – after their community was horrifically targeted.

LGBT people are varied, and have different experiences: the life experiences of a young working-class gay black woman and a gay white male multi-millionaire CEO are very different. But we all grow up in a society that still treats us as if we are inferior: we have all repeatedly encountered homophobic abuse, the stress of coming out repeatedly, or the fear of holding hands with a partner in public. To imagine LGBT people who may have endured distress and internalised prejudice – just because of who they are – spending their last moments in terror as a homophobic terrorist hunted them down is just unbearable.

Today, the “we only care about LGBT rights if Muslims are involved” brigade are out in force. As a gay man, I am proud to live in a city represented by a Muslim mayor who has faced death threats for supporting and voting for LGBT people to have the same rights as everybody else. The bigots must not be allowed to hijack this atrocity.

Tonight at 7pm in Old Compton Street – in the heart of London’s LGBT community – LGBT people and straight people will link arms in memory of what happened in Orlando. Let it be a show of solidarity – and defiance against those who hate.

Voir par ailleurs:

Comment l’amalgame entre l’attentat dans une boîte gay d’Orlando et la Manif pour Tous évite de se pencher sur les liens entre l’islam et la haine des homosexuels
En réaction à la tuerie d’Orlando dans un club homosexuel en Floride dimanche 12 juin, beaucoup ont tenté de faire le lien entre l’acte du tueur et les mouvements de contestation du mariage pour tous en France en 2013.

Atlantico

14 juin 2016

Atlantico : « La différence entre la Manif pour tous et Orlando ? Le passage à l’acte« , tweetait lundi matin Jean-Sébastien Herpin, secrétaire général d’EELV de la région Centre, faisant ainsi un parallèle entre le mouvement d’opposition à la loi Taubira de 2013 et le meurtre de 50 homosexuels américains par un terroriste islamiste. Dans quelle mesure peut-on considérer que l’Etat islamique ne fait que mettre en pratique ce que théoriserait la droite conservatrice, notamment française, alors que la Manif Pour Tous a exprimé comme tout le monde son horreur et sa solidarité avec les proches des victimes ?

Gilles-William Goldnadel : On se trouve dans l’abîme vertigineux de la sottise islamo-gauchiste dont les Verts français sont les représentants les plus emblématiques. Déjà Clémentine Autain, qui est en principe une féministe intransigeante, avait essayé au moment des révélations de Cologne (quand des femmes allemandes avaient été agressées par des migrants islamiques) de se lancer dans des considérations oiseuses sur la manière dont les femmes avaient été traitées, violées, lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle était tellement préoccupée par le fait de ne pas insister sur la dimension machiste des hommes d’Orient qu’il lui fallait absolument puiser dans un événement de l’histoire pour généraliser. Comme si une situation de guerre pouvait être équivalente avec ce qu’il se passe en temps de paix ; oubliant par ailleurs que lors des viols de masse des femmes siciliennes (plaie toujours vive en Sicile), les goumiers marocains n’étaient pas les derniers à commettre des exactions.

Ceci posé, on est toujours dans la même stupidité aberrante lorsque l’on compare un massacre horrible avec des manifestations tout à fait licites. Et il faut rajouter que l’on peut considérer que le mariage homosexuel n’est pas une avancée en soi, que la norme conjugale doit se situer dans le cadre de la procréation naturelle entre un homme et une femme sans être pour le moins du monde homophobe.

En conséquence, considérer que tous ceux qui ont participé à la Manif pour Tous sont homophobes, c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit qui n’étonnera pas ceux qui connaissent bien les Verts.

A partir de telles déclarations, il ne faut pas s’étonner que ce parti soit à la dérive. Sans oublier que ceux qui se font les défenseurs les plus vertueux du politiquement correct ne sont pas ceux qui l’appliquent le plus correctement dans la vie de tous les jours. Un récent fait divers illustre assez bien mon propos.

Cette tuerie a été commise par un musulman ayant prêté allégeance à l’Etat islamique, qui se vante par ailleurs de martyriser les homosexuels en Irak et en Syrie. Mais nombre de commentateurs français ont immédiatement fait un lien avec « les catholiques », voire « les religions monothéistes », qui seraient par essence « homophobes » (bien qu’aucun catholique ni aucun juif n’ait été condamné pour acte homophobe en France). Comment expliquer ces amalgames ?

On peut parfaitement et valablement dire que de manière générale, les religions regardaient, et pour certaines regardent encore, l’homosexualité comme un vice. Il est vrai que certains dignitaires juifs ou catholiques ne sont pas en reste de condamnation morale. J’ajoute qu’il n’y a pas si longtemps, les freudiens eux-mêmes considéraient l’homosexualité comme une perversion. Ceci fermement posé, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de tuer des homosexuels ? Qu’est-ce que cela a à voir avec la déclaration de l’imam d’Orlando, trois mois avant l’attentat, quand lui aussi déclarait que les homosexuels méritaient la mort ? Qu’est-ce que cela a à voir avec les lois qui sont en vigueur dans la quasi-totalité des pays islamiques, et qui emprisonnent les homosexuels quand ils ne pratiquent pas la peine de mort contre eux ? Lorsqu’on pratique un amalgame aussi grossier, c’est bien évidemment, encore une fois, pour tenter de disculper les criminels.

Le lien entre islam radical et haine des homosexuels semble gêner certains activistes LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans). Pourtant, le Front National a obtenu des résultats record chez les homosexuels aux dernières élections régionales. Faut-il y voir un décalage croissant entre les homosexuels et les associations qui s’expriment en leur nom sur ce sujet ?

Cela n’est pas nouveau que de constater le décalage entre les prétendues élites parisiennes et le peuple. Bien entendu, ce mot étant évidemment mal connoté dans ce genre d’aéropages.

Voir aussi:

Orlando, homophobie, islamisme : la grande confusion intellectuelle
Damien Le Guay
Le Figaro

15/06/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Après le massacre d’Orlando, les commentaires et les mises en accusation se sont succédé. Mouvements conservateurs et religions monothéistes ont été pointés du doigt. Damien Le Guay considère que l’islamisme est passé au second plan.

Damien Le Guay, philosophe, président du comité national d’éthique du funéraire, membre du comité scientifique de la SFAP, enseignant à l’espace éthique de l’AP-HP, vient de faire paraître un livre: Le fin mot de la vie – contre le mal mourir en France, aux éditions du Cerf.

Une horreur est une horreur. Ce qui est advenu à Orlando est une horreur. Une horreur de masse perpétrée par un fou se réclamant d’une idéologie islamiste terroriste. Et il importe tout autant de condamner ces crimes, de désigner l’adversaire, de manifester sa solidarité vis-à-vis des victimes que de ne pas ajouter de la confusion de sens à la confusion des mots. Deux évidences s’imposent: ces crimes furent faits au nom de l’Etat Islamique ; les victimes américaines sont des homosexuels.

Quel ne fut pas mon étonnement, lundi 13 juin au matin, d’entendre, sur une radio du service public (France Culture), tout un débat non pas pour dénoncer un acte terroriste et compatir au sort de victimes particulières, mais pour défendre l’idéologie LGBT et incriminer toutes «les postures religieuses patriarcales», dont la chrétienne, qui seraient le terreau de l’homophobie. Caroline Fourest nous a expliqué qu’aux Etats-Unis «le magistère d’homophobie était exercé par les chrétiens intégristes» (alors que le terroriste se réclamait de l’Etat Islamique) tandis que Serge Hefez, doctement, indiquait que la «haine des homophobes» était provoquée par les remises en cause, par l’homosexualité, «des questions de genre et de l’ordre patriarcal». Pour la première, ce que fit d’Omar Mateen avait une différence de degrés et non de nature avec les convictions religieuses chrétiennes. Dans cette lignée Jean-Sebastien Herpin, secrétaire régional EELV, s’est cru autorité à tweeter lundi 13 juin: «la différence entre la manif pour tous et Orlando? Le passage à l’acte». Pour le second, l’homosexualité en tant que telle provoque un ébranlement radical des stéréotypes anthropologiques habituels qui forceraient les petits garçons «à devenir des garçons virils, combatifs et dominants» et les petites filles «à devenir douce, dociles et soumises à l’ordre patriarcal et masculin» L’homophobie serait alors, avant tout, une peur ancestrale que «les hommes ne soient plus assez viril» pour «défendre la Nation».

Le problème avec ce genre d’interventions est qu’elles font de ces cinquante victimes des membres de «la communauté LGBT» avant que d’être des personnes et des citoyens américains. D’où, un peu partout, sur la tour Eiffel ou en Australie, des marques de sympathie aux couleurs du drapeau de l’internationale LGBT et non du drapeau américain. Comme si notre compassion, devait, avant que de se manifester, approuver l’idéologie LGBT et abandonner toutes convictions religieuses. Comme si on devait accepter l’idée que ces cinquante personnes auraient été victime de toutes les homophobies religieuses – et dont celle des islamistes serait simplement la moins hypocrite.

Nous assistons-là, dans ce genre de débat fermé, à trois types de confusions intellectuelles – qui se retrouvent à l’œuvre dans bien des situations autour des questions de genre ou d’homosexualité. D’une part une extension, au-delà du raisonnable, de «l’homophobie», au point d’incriminer tous les chrétiens à l’occasion du crime horrible d’un fou-furieux islamiste aux Etats-Unis. Tant que le terme «d’homophobie» ne sera pas rigoureusement défini, nous constaterons ces dérives injurieuses. Tant qu’il ne sera pas distingué de la haine meurtrière intolérable ou des possibles et respectables (je le crois!) remises en cause de l’impérialisme de la théorie du genre, toute discussion commune sera impossible. Seconde confusion: une manière de criminaliser tous ceux qui défendraient «l’ordre patriarcal» – bien qu’il soit la chose du monde la mieux partagée sur terre, hormis dans les pays occidentaux – et qui serait, par nature, une incitation, plus ou moins explicite, au meurtre ou à la persécution des homosexuels. Cet amalgame permet d’envoyer les contradicteurs dans l’enfer haineux de ceux qui refuseraient la nécessaire diversité multiculturelle. Nous avions vu cette même posture lors du débat sur le «mariage pour tous». Troisième confusion: celle entre l’homosexualité comme une liberté personnelle, et qui est à préserver, et l’idéologie LGBT qui elle, via la théorie du genre, doit s’imposer à tous et désaffilier les genres et ouvrir le champ des sexualités possibles. Les idéologues LGBT, dont les représentants ont tous leurs rond de serviette dans l’audiovisuel public, ne défendent pas une liberté d’indifférence (celles des sexualités de chacun) mais prônent, volontairement, des révolutions anthropologiques radicales.

Ces trois confusions volontaires, conduisent à un coup force permanent, une constante violence intellectuelle dans tous ces débats. Celui qui remet en cause l’un ou l’autre de ces jeux de mikado des sexualités flottantes autant qu’indéterminées est jugé «homophobe». Celui qui garde une conviction religieuse est d’une manière ou d’une autre «homophobe». Celui qui dirait sa solidarité vis-à-vis des victimes d’Orlando et qui serait contre «le mariage pour tous» est un complice du meurtrier. Et plutôt que de renvoyer les sexualités dans la sphère privée, il est toujours et encore question «d’avancées» nouvelles et de visibilités accrues, pour lutter contre les «discriminations». Que nous promet-on maintenant, pour demain? La légalisation du «troisième genre» comme en Allemagne? Une «bataille des toilettes», comme aux Etats-Unis où il est permis, dans certains Etats, pour des personnes transgenres d’aller dans les toilettes de leurs choix? Une crainte apparait alors: une dérive accélérée des continents anthropologiques entre l’Occident et le reste du monde. On préfère ici lutter contre les «assignations sexuelles» plutôt que de lutter, ailleurs, et surtout dans les pays musulmans, contre l’oppression bien réelle des homosexuels et des femmes, leurs humiliations, leurs condamnation à l’invisibilité sociale. Le multiculturalisme est aussi une guerre de civilisation, une manière de rendre l’entente impossible et la réconciliation improbable.

Voir aussi:

Gay couple left ‘humiliated’ after Emirates airline staff ask if they are brothers
Lee Charlton says staff laughed at him and partner Jason when they said they were couple
Gabriel Samuels
The Independent

16 June 2016

“We were very excited to travel long distance for the first time with our son Kieran and it was effectively spoilt by the staff from Emirates.

“I came out as gay aged 16 and I have never encountered this kind of behaviour towards my sexuality in the 26 years since.

“The Emirates manager looked at our documents and then said we may not be allowed to travel. He said ‘It’s South Africa, not us’.

“Without a doubt we were treated in an aggressive and demeaning way, and I just don’t understand why Emirates, a huge international corporation, doesn’t give cultural training to its staff overcome these kinds of prejudices.

« I am really not one of these people to jump on a political correctness bandwagon, but I felt I had to say something. »

Mr Charlton filed a lengthy letter of complaint to Emirates last Thursday and is yet to receive any reply from the airline.

He then posted the complaint on his Facebook page, which can be seen below.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FEmirates%2Fposts%2F896572567119160&width=500

Mr Charlton continued: “The most annoying thing about this is that I have to travel to South Africa a lot for work meetings – and I am forced to fly with Emirates.

“The whole thing has really left a sour taste in my mouth and I’d think twice about visiting Dubai again in the future.”

Homosexuality is illegal in Dubai and gay people have been handed jail sentences of up to two years in the past.

An Emirates spokesperson said in a statement: « At Emirates we do our best to provide our passengers with the very best customer service and travel advice and we’re sorry to hear about Mr Charlton’s complaint.

« Since 1 June 2015, according to South African regulations, anyone travelling to the country with a minor under 18 needs to prove parenthood or guardianship – while adults travelling alone with their children need to show that they have the consent of their non-travelling partner.

« Like all airlines, we must comply with the laws of every country in which we operate and this is a shared responsibility with passengers, who are required to hold valid travel documents for all countries on their itinerary.

« We note that the Charlton family continued on Emirates flight EK 775 to Durban, as booked.  We regret any inconvenience caused, however, compliance with international laws concerning child protection will not be compromised. »

Voir par ailleurs:

Suède : changement de sexe pour les enfants

Les Observateurs
03.11.2015

Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans.

Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle.

Le rapport officiel rédigé par le comité « on the Age Limit for Approval of a Change of Gender » et commandé par le gouvernement propose que :

  • les personnes de 15 ans soient autorisées à décider de leur changement juridique de genre,
  • les personnes de 15 ans soient autorisées à se faire opérer pour changer de sexe, avec le consentement des parents (ou l’un des deux, en cas de conflits),
  • les personnes de 12 ans soient autorisées à changer juridiquement de genre, avec le consentement des parents.

Selon Paul R. McHugh, éminent professeur en psychiatrie, dans un article du Wall Street Journal : « Lorsque les enfants qui ont signalé des ressentis transgenres ont été suivis sans aucun traitement médical ou chirurgical, 70 % à 80 % d’entre eux ont abandonné spontanément ces sentiments. »

Voir de même:

Voir enfin:

Un couple homosexuel britannique privé d’hôtel à Marrakech?

COUAC – Un hôtel à Marrakech aurait refusé d’accorder une chambre à un couple homosexuel britannique a rapporté le Daily Mail le mardi 5 mai.

Un épisode désagréable pour Morgan Hughes et Lloyd Innes, âgés de 23 et de 28 ans, qui avaient prévu de passer leurs premières vacances en amoureux dans la ville ocre.

Un mois après avoir réservé leur chambre auprès de l’hôtel Eden Andalou Aquapark et Spa de Marrakech, un coup de fil retentit. C’est la British Airways, compagnie auprès de laquelle le couple a booké sa réservation dans l’hôtel, qui les prévient qu’ils ne peuvent pas loger dans la même chambre et qu’ils doivent, s’ils veulent maintenir leur séjour à l’hôtel quatre étoiles, prendre des chambres séparées.

« On n’a pas reçu la moindre excuse de British Airways et l’hôtel ne nous a pas parlé directement », regrette le couple.

Mais l’hôtel présente une autre version des faits le lendemain, mercredi 6 mai. Il assure dans un communiqué relayé par le site d’information H24 qu' »il n’a jamais posé de questions concernant la sexualité de ses clients ni de leur religion » et nie « tout contact direct avec la British Airways ».

L’hôtel avance que la réservation aurait été faite via « HotelBeds » en Espagne le 17 mars 2015 et annulée par… « HotelBeds » le 9 avril 2015 « sans donner aucun motif ».

Que dit la loi?

L’article 489 du code pénal marocain stipule qu' »est puni de l’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ».

 


Bac 2016: Avez-vous déjà giflé un mort ? (Exquisite corpses in the closet: How French students learn to let the dead bury their dead)

19 juin, 2016