René Girard: L’Angleterre victorienne vaut donc les sociétés archaïques (Only in America: René is, like Tocqueville, a great French thinker who could yet nowhere exist but in the United States)

5 novembre, 2015
GirardPassion

Nul n’est prophète en son pays. Jésus

Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver après elles. Jean (Apocalypse 1: 19)
Que signifie donc ce qui est écrit: La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle? Jésus (Luc 20: 17)
Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux (qui) fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et (…) pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art et (…) Yvetot donc vaut Constantinople. Gustave Flaubert
I’ve said this for years: The best analogy for what René represents in anthropology and sociology is Heinrich Schliemann, who took Homer under his arm and discovered Troy. René had the same blind faith that the literary text held the literal truth. Like Schliemann, his major discovery was excoriated for using the wrong methods. Academic disciplines are more committed to methodology than truth. Robert Pogue Harrison (Stanford)
René would never have experienced such a career in France. Such a free work could indeed only appear in America. That is why René is, like Tocqueville, a great French thinker and a great French moralist who could yet nowhere exist but in the United States. René ‘discovered America’ in every sense of the word: He made the United States his second country, he made there fundamental discoveries, he is a pure ‘product’ of the Franco-American relationship, he finally revealed the face of an universal – and not an imperial – America. Benoît Chantre
Il était mondialement reconnu mais ne le fut jamais vraiment en France – même s’il était membre de l’Académie Française. Il était trop archaïque pour les modernes, trop littéraire pour les philosophes, pas assez à la mode pour l’intelligentsia dominante et même trop chrétien pour un grand nombre – y compris certaines instances catholiques. S’il est reconnu (l’est et le sera de plus en plus), il l’a été contre l’époque, contre les pensées dominantes, contre les institutions en place, contre les médias. En France, il fut un marginal, un intellectuel qualifié «d’original» pour mieux le laisser en dehors de l’université quand, en elle, le règne des structures et du marxisme écrasait tout le reste. Pour avoir fait toute sa carrière universitaire aux Etats-Unis, à Stanford en particulier ; pour ne s’être rangé sous le drapeau d’aucunes des modes intellectuelles germanopratines, qu’elle soit structuraliste, sartrienne, foucaldienne, maoïste, deleuzienne ou autres ; Pour s’être intéressé, trente ans avant Régis Debray, au «fait religieux» quand il était encore classé dans l’enfer de la superstition ; pour avoir osé se dire «chrétien» – crime de lèse modernité – ce qui, aux yeux de nos maîtres à penser (et donc à excommunier), lui retirait toute légitimité scientifique ; pour n’avoir pas, ou peu, de relais en France (même s’il était devenu, sur le tard, membre de l’Académie française) alors qu’il est traduit en plus de vingt-cinq langues ; Pour toutes ces raisons et bien d’autres, René Girard fut à part dans le paysage intellectuel hexagonal. Damien Le Guay
Nous qui faisions les malins avec notre tradition, nous qui moquions la ringardise de nos pères, découvrions en lisant Girard que ce vieux livre poussiéreux, la Bible, était encore à lire. Qu’elle nous comprenait infiniment mieux que nous ne la comprenions. Ce que Girard nous a donné à lire, ce n’est rien moins que le monde commun des classiques de la France catholique, de l’Europe chrétienne, celui dont nous avions hérité mais que nous laissions lui aussi prendre la poussière dans un coin du bazar mondialisé. Nous pouvions grâce à lui nous plonger dans les livres de nos pères et y trouver une merveilleuse intelligence du monde. Avec lui, nous nous découvrions tout uniment fils de nos pères, français et catholiques. Car ce que nous apprend René Girard, c’est que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, que nous avons pour vivre et exister besoin du désir des autres, que nous ne sommes pas ces être libres et sans attaches que les catastrophes du XXe siècle auraient fait de nous. « C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. » Cette phrase de Céline qui m’a longtemps trotté dans la tête adolescent était tout un programme. Elle plaisait beaucoup à Sartre qui l’a mise en exergue de La Nausée. Elle donnait à la foule des pékins moyens dans mon genre une image très avantageuse d’eux-mêmes, au moment de l’effondrement des grands récits. Nous n’appartenions à rien ni à personne. Nous étions seulement nous-mêmes, libres et incréés. La lecture attentive de Girard balaye ces prétentions infantiles, qui pourtant structurent encore la psyché de l’Occident. Non, nous ne sommes pas à nous-mêmes nos propres pères. Non, nous ne sommes pas libres et possesseurs de nos désirs. Comme le dit l’Eglise depuis toujours, nous naissons esclaves de nos péchés, de notre désir dit Girard, et seul le Dieu de nos pères peut nous en libérer.  Prouver cette vérité constitue toute l’ambition intellectuelle de Girard, une vérité bien particulière puisqu’elle appartient à la fois à l’ordre de la science et à celui de la spiritualité. (…) Or, pour avoir raison aujourd’hui, pour gagner la compétition médiatique, il faut s’affirmer victime de la violence du monde, de l’Etat, du groupe. « Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton, un auteur selon le goût de René Girard. À quelques heureuses exceptions près, l’université s’est pendant longtemps gardée de se pencher sérieusement sur l’œuvre d’un penseur que son catholicisme de mieux en mieux assumé rendait de plus en plus hérétique. Cependant, à court de concept opératoire pour penser le réel, la sociologie a aujourd’hui recours jusqu’à la nausée (qui lui vient facilement) au concept du bouc émissaire pour expliquer à peu près tout et son contraire : la façon dont on traite la religion musulmane et la condition féminine en Occident par exemple. Typiquement, le girardien sans christianisme, cet oxymoron  qui prolifère aujourd’hui, s’efforce de découvrir la violence, les boucs émissaires et le ressentiment partout, sauf là où cela ferait vraiment une différence, la seule différence qui tienne, c’est-à-dire en lui-même. C’est ainsi que les bien-pensants passent leur temps à dénoncer le racisme dégoutant du bas-peuple de France sans paraître voir le racisme de classe dont ils font preuve à cette occasion.  Ce girardisme sans christianisme est le pire des contresens d’un monde qui pourtant n’en est pas avare : le monde post-moderne est plein de concepts girardiens devenus fous. Emmanuel Dubois de Prisque
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Je crois que les intellectuels sont même fréquemment moins clairvoyants que la foule car leur désir de se distinguer les pousse à se précipiter vers l’absurdité à la mode alors que l’individu moyen devine le plus souvent, mais pas toujours, que la mode déteste le bon sens. (…)  dans notre univers médiatique, chacun se choisit un rôle dans une pièce de théâtre écrite par quelqu’un d’autre. Cette pièce tient l’affiche pendant un certain temps et tous les jours chacun la rejoue consciencieusement dans la presse, à la télévision et dans les conversations mondaines. Et puis, un beau jour, en très peu de temps, on passe à autre chose de tout aussi stéréotypé, car mimétique toujours. Le répertoire change souvent, en somme, mais il y a toujours un répertoire. (…) Il y a une dissidence qui est pur esprit de contradiction, un désir mimétique redoublé et inversé, mais il y a aussi une dissidence réelle, héroïque et proprement géniale, devant laquelle il convient de s’incliner. Pensez à la «dissidence» d’Antigone dans la pièce de Sophocle, par exemple! Je ne prétends pas expliquer Soljénitsyne par le désir mimétique. (…) Notre univers mental nous paraît constitué essentiellement de valeurs positives auxquelles nous adhérons librement, parce qu’elles sont justes, raisonnables, vraies. L’envers de tout cela au sein des cultures les plus diverses repose sur l’expulsion de certaines victimes et l’exécration des «valeurs» qui leur sont associées. Les valeurs positives sont l’envers de cette exécration. Dans la mesure où cette exécration «structure» notre vision du monde, elle joue donc elle aussi un rôle très important. (…) Il est bien évident que nos descendants, en regardant notre époque, y repèreront un même type d’uniformité, de conformisme et d’aveuglement que nous découvrons dans les époques passées. Bien des choses qui nous paraissent aujourd’hui comme des évidences indubitables leur paraîtront proches de la superstition collective. A mes yeux, la «conversion» consiste justement à prendre conscience de cela. A s’arracher à ces adhérences inconscientes. C’est d’ailleurs un premier pas vers la modestie… René Girard
Dans tout l’Occident, d’ailleurs, la confusion systématique entre le message chrétien et l’institution cléricale persiste en dépit de tout ce qui devrait la faire cesser. Depuis le XVIIe siècle, l’Eglise catholique a perdu non seulement tout ce qu’il lui restait de pouvoir temporel mais la plupart de ses fidèles, et aussi son clergé, qui, en dehors d’exceptions remarquables, est au-dessous de zéro, aux Etats-Unis notamment, pourri de contestations puériles, ivre de conformisme antireligieux. Les anticatholiques militants ne semblent rien voir de tout cela. Ils sont plus croyants, au fond, que leurs adversaires et ils voient plus loin qu’eux, peut-être. Ils voient que l’effondrement de toutes les utopies antichrétiennes, plus la montée de l’islam, plus tous les bouleversements à venir, va forcément, dans un avenir proche, transformer de fond en comble notre vision du christianisme. (…) Ce qui est sûr, c’est qu’en exilant le religieux dans une espèce de ghetto, comme notre conception de la laïcité tend à le faire, on s’interdit de comprendre. On appauvrit tout à la fois la religion et la recherche non religieuse. René Girard
Je suis personnellement convaincu que les écrivains occidentaux majeurs, qu’ils soient ou non chrétiens, des tragiques grecs à Dante, de Shakespeare à Cervantès ou Pascal et jusqu’aux grands romanciers et poètes de notre époque, sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants. René Girard
On n’arrive plus à faire la différence entre le terrorisme révolutionnaire et le fou qui tire dans la foule. L’humanité se prépare à entrer dans l’insensé complet. C’est peut-être nécessaire. Le terrorisme oblige l’homme occidental à mesurer le chemin parcouru depuis deux mille ans. Certaines formes de violence nous apparaissent aujourd’hui intolérables. On n’accepterait plus Samson secouant les piliers du Temple et périr en tuant tout le monde avec lui. Notre contradiction fondamentale, c’est que nous sommes les bénéficiaires du christianisme dans notre rapport à la violence et que nous l’avons abandonné sans comprendre que nous étions ses tributaires. René Girard
People are against my theory, because it is at the same time an avant-garde and a Christian theory. The avant-garde people are anti-Christian, and many of the Christians are anti-avant-garde. Even the Christians have been very distrustful of me. René Girard
Theories are expendable. They should be criticized. When people tell me my work is too systematic, I say, ‘I make it as systematic as possible for you to be able to prove it wrong. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. (…) Les récits de la Passion contiennent plus de détails concrets que toutes les œuvres savantes de l’époque. Ils représentent un premier pas en avant vers le toujours plus de réalisme qui définit le dynamisme essentiel de notre culture dans ses époques de grande vitalité. Le premier moteur du réalisme, c’est le désir de nourrir la méditation religieuse qui est essentiellement une méditation sur la Passion du Christ. En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental. Elle a inventé, entre l’esthétique d’un côté, le technique et le scientifique de l’autre, une séparation qui n’a commencé à exister qu’avec le modernisme, lequel n’est peut-être qu’une appellation flatteuse de notre décadence. La volonté de faire vrai, de peindre les choses comme si on y était a toujours triomphé auparavant et, pendant des siècles, elle a produit des chefs-d’oeuvre dont Gibson dit qu’il s’est inspiré. Il mentionne lui-même, me dit-on, le Caravage. Il faut songer aussi à certains Christ romans, aux crucifixions espagnoles, à un Jérôme Bosch, à tous les Christ aux outrages… (…) Pour comprendre ce qu’a voulu faire Mel Gibson, il me semble qu’il faut se libérer de tous les snobismes modernistes et postmodernistes et envisager le cinéma comme un prolongement et un dépassement du grand réalisme littéraire et pictural. (…)  Dans la tragédie grecque, il était interdit de représenter la mort du héros directement, on écoutait un messager qui racontait ce qui venait de se passer. Au cinéma, il n’est plus possible d’éluder l’essentiel. Court-circuiter la flagellation ou la mise en croix, par exemple, ce serait reculer devant l’épreuve décisive. Il faut représenter ces choses épouvantables «comme si on y était». Faut-il s’indigner si le résultat ne ressemble guère à un tableau préraphaélite? (..)  D’où vient ce formidable pouvoir évocateur qu’a sur la plupart des hommes toute représentation de la Passion fidèle au texte évangélique? Il y a tout un versant anthropologique de la description évangélique, je pense, qui n’est ni spécifiquement juif, ni spécifiquement romain, ni même spécifiquement chrétien et c’est la dimension collective de l’événement, c’est ce qui fait de lui, essentiellement, un phénomène de foule. (…) D’un point de vue anthropologique, la Passion n’a rien de spécifiquement juif. C’est un phénomène de foule qui obéit aux mêmes lois que tous les phénomènes de foule. Une observation attentive en repère l’équivalent un peu partout dans les nombreux mythes fondateurs qui racontent la naissance des religions archaïques et antiques. Presque toutes les religions, je pense, s’enracinent dans des violences collectives analogues à celles que décrivent ou suggèrent non seulement les Evangiles et le Livre de Job mais aussi les chants du Serviteur souffrant dans le deuxième Isaïe, ainsi que de nombreux psaumes. Les chrétiens et les juifs pieux, bien à tort, ont toujours refusé de réfléchir à ces ressemblances entre leurs livres sacrés et les mythes. Une comparaison attentive révèle que, au-delà de ces ressemblances et grâce à elles on peut repérer entre le mythique d’un côté et, de l’autre, le judaïque et le chrétien une différence à la fois ténue et gigantesque qui rend le judéo-chrétien incomparable sous le rapport de la vérité la plus objective. A la différence des mythes qui adoptent systématiquement le point de vue de la foule contre la victime, parce qu’ils sont conçus et racontés par les lyncheurs, et ils tiennent toujours, par conséquent, la victime pour coupable (l’incroyable combinaison de parricide et d’inceste dont Œdipe est accusé, par exemple), nos Écritures à nous tous, les grands textes bibliques et chrétiens innocentent les victimes des mouvements de foules, et c’est bien ce que font les Évangiles dans le cas de Jésus. (…) Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. C’est à cette aventure-là, il me semble, que le film de Mel Gibson s’efforce d’être fidèle. René Girard

La Passion selon René

Au lendemain de la mort, au vénérable âge de 91 ans,  de l’anthropologue franco-américain de la violence René Girard …

Nouveau Tocqueville lui aussi longtemps ignoré dans son pays natal …

Mais introducteur dans son pays d’adoption de la « peste » du structuralisme et de la fameuse French theory dont il ne cessera de se démarquer …

Et en cette première journée nationale contre le harcèlement à l’école

Confirmant la prise de conscience par nos sociétés de l’importance, dès l’enfance, des phénomènes de bouc émissaire analysés par Girard …

Alors qu’avec le rejet coup sur coup de la marijuana récréationnelle, des droits transgenres et des sanctuaires pour immigrés clandestins ainsi que l’élection d’un gouverneur anti-« mariage pour tous » dans un certain nombre d’états américains, la fin catastrophique des années Obama pourrait bien voir le reflux de ces idées chrétiennes devenues folles que nos prétendus progressistes avaient cru pouvoir définitivement imposer à l’Occident tout entier …

Quel meilleur hommage que cette magistrale défense  …

 Que republie aujourd’hui Le Figaro à qui il l’avait alors livrée  …

Du réalisme, à travers le film honni de Mel Gibson, tant dans l’art que dans la recherche qu’il avait défendu toute sa vie ?

Lui qui, contre le structuralisme et le postmodernisme déréalisants des sciences humaines, avaient toujours insisté …

Pour accorder le même regard dans la lignée des grands peintres et des grands écrivains

Tant à l’Angleterre victorienne qu’aux sociétés archaïques …

Et tant aux grands mythes grecs qu’aux grands textes bibliques

Pour finir par y découvrir comme moteur même de cette attitude aussi singulière que révolutionnaire …

Le scandale suprême de la supériorité de la révélation judéo-chrétienne ?

La Passion du Christ vue par René Girard
René Girard
Le Figaro

05/11/2015

FIGAROVOX/DOCUMENT – Le philosophe et professeur René Girard est mort ce 4 novembre. Lors de la sortie de La Passion du Christ en 2004, il avait écrit pour Le Figaro un texte fleuve en défense du film de Mel Gibson. Archives.

Philosophe français ayant enseigné 45 ans aux États-Unis, René Girard a vu le film de Mel Gibson pour Le Figaro Magazine. Il salue le travail du cinéaste pour inscrire la Passion du Christ dans une tradition esthétique et théologique.

Une violence au service de la foi

Bien avant la sortie de son film aux Etats-Unis, Mel Gibson avait organisé pour les sommités journalistiques et religieuses des projections privées. S’il comptait s’assurer ainsi la bienveillance des gens en place, il a mal calculé son coup, ou peut-être a-t-il fait preuve, au contraire, d’un machiavélisme supérieur.

Les commentaires ont tout de suite suivi et, loin de louer le film ou même de rassurer le public, ce ne furent partout que vitupérations affolées et cris d’alarme angoissés au sujet des violences antisémites qui risquaient de se produire à la sortie des cinémas. Même le New Yorker, si fier de l’humour serein dont, en principe, il ne se départ jamais, a complètement perdu son sang-froid et très sérieusement accusé le film d’être plus semblable à la propagande nazie que toute autre production cinématographique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Rien ne justifie ces accusations. Pour Mel Gibson, la mort du Christ est l’oeuvre de tous les hommes, à commencer par Gibson lui-même. Lorsque son film s’écarte un peu des sources évangéliques, ce qui arrive rarement, ce n’est pas pour noircir les Juifs mais pour souligner la pitié que Jésus inspire à certains d’entre eux, à un Simon de Cyrène par exemple, dont le rôle est augmenté, ou à une Véronique, la femme qui, selon une tradition ancienne, a offert à Jésus, pendant la montée au Golgotha, un linge sur lequel se sont imprimés les traits de son visage.

Plus les choses se calment, plus il devient clair, rétrospectivement, que ce film a déclenché dans les médias les plus influents du monde une véritable crise de nerfs qui a plus ou moins contaminé par la suite l’univers entier.

Plus les choses se calment, plus il devient clair, rétrospectivement, que ce film a déclenché dans les médias les plus influents du monde une véritable crise de nerfs qui a plus ou moins contaminé par la suite l’univers entier. Le public n’avait rien à voir à l’affaire puisqu’il n’avait pas vu le film. Il se demandait avec curiosité, forcément, ce qu’il pouvait bien y avoir dans cette Passion pour semer la panique dans un milieu pas facile en principe à effaroucher. La suite était facile à prévoir: au lieu des deux mille six cents écrans initialement prévus, ils furent plus de quatre mille à projeter The Passion of the Christ à partir du mercredi des Cendres, jour choisi, de toute évidence, pour son symbolisme pénitentiel.

Dès la sortie du film, la thèse de l’antisémitisme a perdu du terrain mais les adversaires du film se sont regroupés autour d’un second grief, la violence excessive qui, à les en croire, caractériserait ce film. Cette violence est grande, indubitablement, mais elle n’excède pas, il me semble, celle de bien d’autres films que les adversaires de Mel Gibson ne songent pas à dénoncer. Cette Passion a bouleversé, très provisoirement sans doute, l’échiquier des réactions médiatiques au sujet de la violence dans les spectacles. Tous ceux qui, d’habitude, s’accommodent très bien de celle-ci ou voient même dans ses progrès constants autant de victoires de la liberté sur la tyrannie, voilà qu’ils la dénoncent dans le film de Gibson avec une véhémence extraordinaire. Tous ceux qui, au contraire, se font d’habitude un devoir de dénoncer la violence, sans obtenir jamais le moindre résultat, non seulement tolèrent ce même film mais fréquemment ils le vénèrent.

Jamais on n’avait filmé avec un tel réalisme

Pour justifier leur attitude, les opposants empruntent à leurs adversaires habituels tous les arguments qui leur paraissent excessifs et même ridicules dans la bouche de ces derniers. Ils redoutent que cette Passion ne «désensibilise» les jeunes, ne fasse d’eux de véritables drogués de la violence, incapables d’apprécier les vrais raffinements de notre culture. On traite Mel Gibson de «pornographe» de la violence, alors qu’en réalité il est un des très rares metteurs en scène à ne pas systématiquement mêler de l’érotisme à la violence.

Certains critiques poussent l’imitation de leurs adversaires si loin qu’ils mêlent le religieux à leurs diatribes. Ils reprochent à ce film son «impiété», ils vont jusqu’à l’accuser, tenez-vous bien, d’être «blasphématoire».

Cette Passion a provoqué, en somme, entre des adversaires qui se renvoient depuis toujours les mêmes arguments, un étonnant chassé-croisé. Cette double palinodie se déroule avec un naturel si parfait que l’ensemble a toute l’apparence d’un ballet classique, d’autant plus élégant qu’il n’a pas la moindre conscience de lui-même.

Quelle est la force invisible mais souveraine qui manipule tous ces critiques sans qu’ils s’en aperçoivent? A mon avis, c’est la Passion elle-même. Si vous m’objectez qu’on a filmé celle-ci bien des fois dans le passé sans jamais provoquer ni l’indignation formidable ni l’admiration, aussi formidable sans doute mais plus secrète, qui déferlent aujourd’hui sur nous, je vous répondrai que jamais encore on n’avait filmé la Passion avec le réalisme implacable de Gibson.

C’est la saccharine hollywoodienne d’abord qui a dominé le cinéma religieux, avec des Jésus aux cheveux si blonds et aux yeux si bleus qu’il n’était pas question de les livrer aux outrages de la soldatesque romaine. Ces dernières années, il y a eu des Passions plus réalistes, mais moins efficaces encore, car agrémentées de fausses audaces postmodernistes, sexuelles de préférence, sur lesquelles les metteurs en scène comptaient pour pimenter un peu les Evangiles jugés par eux insuffisamment scandaleux. Ils ne voyaient pas qu’en sacrifiant à l’académisme de «la révolte» ils affadissaient la Passion, ils la banalisaient.

Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes.

Le principal argument contre ce que je viens de dire consiste à accuser le film d’infidélité à l’esprit des Evangiles. Il est vrai que les Evangiles se contentent d’énumérer toutes les violences que subit le Christ, sans jamais les décrire de façon détaillée, sans jamais faire voir la Passion «comme si on y était».

Tirer de la nudité et de la rapidité du texte évangélique un argument contre le réalisme de Mel Gibson, c’est escamoter l’histoire. C’est ne pas voir que, au premier siècle de notre ère, la description réaliste au sens moderne ne pouvait pas être pratiquée, car elle n’était pas encore inventée.
C’est parfaitement exact, mais tirer de la nudité et de la rapidité du texte évangélique un argument contre le réalisme de Mel Gibson, c’est escamoter l’histoire. C’est ne pas voir que, au premier siècle de notre ère, la description réaliste au sens moderne ne pouvait pas être pratiquée, car elle n’était pas encore inventée. L’impulsion première dans le développement du réalisme occidental vient très probablement de la Passion. Les Évangiles n’ont pas délibérément rejeté une possibilité qui n’existait pas à leur époque. Il est clair que, loin de fuir le réalisme, ils le recherchent, mais les ressources font défaut. Les récits de la Passion contiennent plus de détails concrets que toutes les œuvres savantes de l’époque. Ils représentent un premier pas en avant vers le toujours plus de réalisme qui définit le dynamisme essentiel de notre culture dans ses époques de grande vitalité. Le premier moteur du réalisme, c’est le désir de nourrir la méditation religieuse qui est essentiellement une méditation sur la Passion du Christ.

En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental.
En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental. Elle a inventé, entre l’esthétique d’un côté, le technique et le scientifique de l’autre, une séparation qui n’a commencé à exister qu’avec le modernisme, lequel n’est peut-être qu’une appellation flatteuse de notre décadence. La volonté de faire vrai, de peindre les choses comme si on y était a toujours triomphé auparavant et, pendant des siècles, elle a produit des chefs-d’oeuvre dont Gibson dit qu’il s’est inspiré. Il mentionne lui-même, me dit-on, le Caravage. Il faut songer aussi à certains Christ romans, aux crucifixions espagnoles, à un Jérôme Bosch, à tous les Christ aux outrages…

Loin de mépriser la science et la technique, la grande peinture de la Renaissance et des siècles modernes met toutes les inventions nouvelles au service de sa volonté de réalisme. Loin de rejeter la perspective, le trompe-l’oeil, on accueille tout cela avec passion. Qu’on songe au Christ mort de Mantegna…

Pour comprendre ce qu’a voulu faire Mel Gibson, il me semble qu’il faut se libérer de tous les snobismes modernistes et postmodernistes et envisager le cinéma comme un prolongement et un dépassement du grand réalisme littéraire et pictural. Si les techniques contemporaines passent souvent pour incapables de transmettre l’émotion religieuse, c’est parce que jamais encore de grands artistes ne les ont transfigurées. Leur invention a coïncidé avec le premier effondrement de la spiritualité chrétienne depuis le début du christianisme.

Si les artistes de la Renaissance avaient disposé du cinéma, croit-on vraiment qu’ils l’auraient dédaigné? C’est avec la tradition réaliste que Mel Gibson s’efforce de renouer. L’aventure tentée par lui consiste à utiliser à fond les ressources incomparables de la technique la plus réaliste qui fût jamais, le cinéma. Les risques sont à la mesure de l’ambition qui caractérise cette entreprise, inhabituelle aujourd’hui, mais fréquente dans le passé.

Si l’on entend réellement filmer la Passion et la crucifixion, il est bien évident qu’on ne peut pas se contenter de mentionner en quelques phrases les supplices subis par le Christ. Il faut les représenter. Dans la tragédie grecque, il était interdit de représenter la mort du héros directement, on écoutait un messager qui racontait ce qui venait de se passer. Au cinéma, il n’est plus possible d’éluder l’essentiel. Court-circuiter la flagellation ou la mise en croix, par exemple, ce serait reculer devant l’épreuve décisive. Il faut représenter ces choses épouvantables «comme si on y était». Faut-il s’indigner si le résultat ne ressemble guère à un tableau préraphaélite?

Au-delà d’un certain nombre de coups, la flagellation romaine, c’était la mort certaine, un mode d’exécution comme les autres, en somme, au même titre que la crucifixion. Mel Gibson rappelle cela dans son film. La violence de sa flagellation est d’autant plus insoutenable qu’elle est admirablement filmée, ainsi que tout le reste de l’oeuvre d’ailleurs.

Mel Gibson se situe dans une certaine tradition mystique face à la Passion: «Quelle goutte de sang as-tu versée pour moi?», etc. Il se fait un devoir de se représenter les souffrances du Christ aussi précisément que possible, pas du tout pour cultiver l’esprit de vengeance contre les Juifs ou les Romains, mais pour méditer sur notre propre culpabilité.

Cette attitude n’est pas la seule possible, bien sûr, face à la Passion. Et il y aura certainement un mauvais autant qu’un bon usage de son film, mais on ne peut pas condamner l’entreprise a priori, on ne peut pas l’accuser les yeux fermés de faire de la Passion autre chose qu’elle n’est. Jamais personne, dans l’histoire du christianisme, n’avait encore essayé de représenter la Passion telle que réellement elle a dû se dérouler.

Dans la salle où j’ai vu ce film, sa projection était précédée de trois ou quatre coming attractions remplies d’une violence littéralement imbécile, ricanante, pétrie d’insinuations sado-masochistes, dépourvue de tout intérêt non seulement religieux mais aussi narratif, esthétique ou simplement humain. Comment ceux qui consomment quotidiennement ces abominations, qui les commentent, qui en parlent à leurs amis, peuvent-ils s’indigner du film de Mel Gibson? Voilà qui dépasse mon entendement.

Comment pourrait-on exagérer les souffrances d’un homme qui doit subir, l’un après l’autre, les deux supplices les plus terribles inventés par la cruauté romaine ?
Il faut donc commencer par absoudre le film du reproche absurde «d’aller trop loin», «d’exagérer à plaisir les souffrances du Christ». Comment pourrait-on exagérer les souffrances d’un homme qui doit subir, l’un après l’autre, les deux supplices les plus terribles inventés par la cruauté romaine?

Une fois reconnue la légitimité globale de l’entreprise, il est permis de regretter que Mel Gibson soit allé plus loin dans la violence que le texte évangélique ne l’exige. Il fait commencer les brutalités contre Jésus tout de suite après son arrestation, ce que les Evangiles ne suggèrent pas. Ne serait-ce que pour priver ses critiques d’un argument spécieux, le metteur en scène aurait mieux fait, je pense, de s’en tenir à l’indispensable. L’effet global serait tout aussi puissant et le film ne prêterait pas le flanc au reproche assez hypocrite de flatter le goût contemporain pour la violence.

D’où vient ce formidable pouvoir évocateur qu’a sur la plupart des hommes toute représentation de la Passion fidèle au texte évangélique? Il y a tout un versant anthropologique de la description évangélique, je pense, qui n’est ni spécifiquement juif, ni spécifiquement romain, ni même spécifiquement chrétien et c’est la dimension collective de l’événement, c’est ce qui fait de lui, essentiellement, un phénomène de foule.

La foule qui fait un triomphe à Jésus ce dimanche-là est celle-là même qui hurlera à la mort cinq jours plus tard. Mel Gibson a raison, je pense, de souligner le revirement de cette foule, l’inconstance cruelle des foules, leur étrange versatilité.
Une des choses que le Pilate de Mel Gibson dit à la foule ne figure pas dans les Evangiles mais me paraît fidèle à leur esprit: «Il y a cinq jours, vous désiriez faire de cet homme votre roi et maintenant vous voulez le tuer.» C’est une allusion à l’accueil triomphal fait à Jésus le dimanche précédent, le dimanche dit des Rameaux dans le calendrier liturgique. La foule qui fait un triomphe à Jésus ce dimanche-là est celle-là même qui hurlera à la mort cinq jours plus tard. Mel Gibson a raison, je pense, de souligner le revirement de cette foule, l’inconstance cruelle des foules, leur étrange versatilité. Toutes les foules du monde passent aisément d’un extrême à l’autre, de l’adulation passionnée à la détestation, à la destruction frénétique d’un seul et même individu. Il y a d’ailleurs un grand texte de la Bible qui ressemble beaucoup plus à la Passion évangélique qu’on ne le perçoit d’habitude, et c’est le Livre de Job. Après avoir été le chef de son peuple pendant de nombreuses années, Job est brutalement rejeté par ce même peuple qui le menace de mort par l’intermédiaire de trois porte-parole toujours désignés, assez cocassement, comme «les amis de Job».

Le propre d’une foule agitée, affolée, c’est de ne pas se calmer avant d’avoir assouvi son appétit de violence sur une victime dont l’identité le plus souvent ne lui importe guère. C’est ce que sait fort bien Pilate qui, en sa qualité d’administrateur, a de l’expérience en la matière. Le procurateur propose à la foule, pour commencer, de faire crucifier Barrabas à la place de Jésus. Devant l’échec de cette première manoeuvre très classique, à laquelle il recourt visiblement trop tard, Pilate fait flageller Jésus dans l’espoir de satisfaire aux moindres frais, si l’on peut dire, l’appétit de violence qui caractérise essentiellement ce type de foule.

Si Pilate procède ainsi, ce n’est pas parce qu’il est plus humain que les Juifs, ce n’est pas forcément non plus à cause de son épouse. L’explication la plus vraisemblable, c’est que, pour être bien noté à Rome qui se flatte de faire régner partout la pax romana, un fonctionnaire romain préférera toujours une exécution légale à une exécution imposée par la multitude.

D’un point de vue anthropologique, la Passion n’a rien de spécifiquement juif. C’est un phénomène de foule qui obéit aux mêmes lois que tous les phénomènes de foule. Une observation attentive en repère l’équivalent un peu partout dans les nombreux mythes fondateurs qui racontent la naissance des religions archaïques et antiques.

Presque toutes les religions, je pense, s’enracinent dans des violences collectives analogues.
Presque toutes les religions, je pense, s’enracinent dans des violences collectives analogues à celles que décrivent ou suggèrent non seulement les Evangiles et le Livre de Job mais aussi les chants du Serviteur souffrant dans le deuxième Isaïe, ainsi que de nombreux psaumes. Les chrétiens et les juifs pieux, bien à tort, ont toujours refusé de réfléchir à ces ressemblances entre leurs livres sacrés et les mythes. Une comparaison attentive révèle que, au-delà de ces ressemblances et grâce à elles on peut repérer entre le mythique d’un côté et, de l’autre, le judaïque et le chrétien une différence à la fois ténue et gigantesque qui rend le judéo-chrétien incomparable sous le rapport de la vérité la plus objective. A la différence des mythes qui adoptent systématiquement le point de vue de la foule contre la victime, parce qu’ils sont conçus et racontés par les lyncheurs, et ils tiennent toujours, par conséquent, la victime pour coupable (l’incroyable combinaison de parricide et d’inceste dont Œdipe est accusé, par exemple), nos Écritures à nous tous, les grands textes bibliques et chrétiens innocentent les victimes des mouvements de foules, et c’est bien ce que font les Évangiles dans le cas de Jésus. C’est ce que montre Mel Gibson.

Tandis que mythes répètent sans fin l’illusion meurtrière des foules persécutrices, toujours analogues à celles de la Passion, parce que cette illusion apaise la communauté et lui fournit l’idole autour de laquelle elle se rassemble, les plus grands textes bibliques, et finalement les Évangiles, révèlent le caractère essentiellement trompeur et criminel des phénomènes de foule sur lesquels reposent les mythologies du monde entier.

Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. Et c’est ce que nous faisons tous si nous nous abandonnons à notre instinct. Nous essayons de recouvrir du manteau de Noé la nudité de la violence humaine. Et nous marchons à reculons s’il le faut, pour ne pas nous exposer, en regardant de trop près la violence, à sa puissance contagieuse.

Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société.

Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée.

L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. C’est à cette aventure-là, il me semble, que le film de Mel Gibson s’efforce d’être fidèle.

Voir aussi:

Mort de l’académicien René Girard
Sebastien Lapaque
Le Figaro
05/11/2015

Penseur franc-tireur et lecteur universel, le philosophe s’est éteint mercredi à l’âge de 91  ans aux États-Unis a annoncé l’Université de Stanford. Il y a longtemps enseigné.

Il concevait son œuvre comme une participation active à un combat intellectuel et spirituel essentiel pour notre avenir. Observateur attentif du monde, il lui arrivait d’être très inquiet. Mais il ne lui déplaisait pas de voir scintiller dans les brasiers du siècle quelques lueurs d’apocalypse. Il se souvenait de l’exhortation de Jean à Patmos: «Écris donc ce que tu as vu, ce qui est et ce qui doit arriver ensuite.» L’inspiration évangélique du titre d’un nombre important de ses livres – Des choses cachées depuis la fondation du monde, Quand ces choses commenceront, Je vois Satan tomber comme l’éclair… – marque bien où était son cœur. Penseur franc-tireur et lecteur universel, René Girard assumait le scandale de croire à la vérité révélée du christianisme dans un siècle voué au doute et à la déconstruction.

Il avait cependant des Évangiles une lecture toute à lui. Pendant près de trente ans, il s’est employé à démontrer que ces récits de la vie de Jésus étaient une théorie de l’homme avant d’être une théorie de Dieu. Quand ses contemporains cherchaient la vérité sur l’origine des institutions humaines chez Marx et Freud, il la trouvait dans les Écritures, lues avec Le Rouge et le Noir, Madame Bovary, Don Quichotte, Les Frères Karamazov, Le Général Dourakine et À la recherche du temps perdu. Par là, il a imposé une herméneutique nouvelle. Une des singularités de son esprit est d’avoir toujours refusé le divorce du savoir et de la littérature. En plein triomphe des sciences humaines, René Girard répétait qu’après les Évangiles, les textes les plus éclairants sur notre culture n’étaient ni philosophiques, ni psychologiques, ni sociologiques, mais littéraires. «Je suis personnellement convaincu, expliquait-il, que les écrivains occidentaux majeurs, qu’ils soient ou non chrétiens, des tragiques grecs à Dante, de Shakespeare à Cervantès ou Pascal et jusqu’aux grands romanciers et poètes de notre époque, sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants.»

«Je suis personnellement convaincu que les écrivains occidentaux majeurs, qu’ils soient ou non chrétiens… sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants»
Longtemps dédaigné par un clergé intellectuel acquis au structuralisme, à la linguistique et au formalisme, ignoré par l’institution universitaire française, peu connu du grand public, élu à l’Académie française à 80 ans passés, René Girard s’était très tôt fait connaître aux États-Unis. Né à Avignon le jour de Noël 1923, élève à l’École des chartes de 1943 à 1947, où il a passé un diplôme d’archiviste-paléographe, il avait 23 ans lorsqu’il traversa l’Atlantique. Il a alors enseigné la littérature française à l’université d’Indiana, où il a obtenu son doctorat d’histoire, avant de rejoindre l’université John Hopkins de Baltimore, puis la fameuse université de Stanford, en 1974, où il a dirigé le département de langue, littérature et civilisation françaises jusqu’à la fin de sa carrière. Il a souvent expliqué que cet exil dans l’Université américaine, où les chercheurs se voient réserver un cadre et des conditions de travail exceptionnels, a été la chance de sa vie.

Il était admiré et méprisé pour la même raison: avoir eu la prétention de proposer une théorie générale de l’agir et du désir au moment où toute intelligence du monde de portée universelle était frappée de suspicion. Glissant de la critique littéraire à l’anthropologie, René Girard a décortiqué le mécanisme du désir mimétique tel qu’il était mis en scène dans les textes qu’il étudiait et montré qu’il était inhérent à la condition humaine. Par la suite, il a bouleversé la conception que l’on se faisait de la violence et imposé une défense anthropologique du christianisme, ultime scandale d’une pensée qui s’est épanouie livre après livre au long de cinq décennies. Parmi ses ouvrages devenus des classiques, retenons Mensonge romantique et vérité romanesque (1961),La Violence et le Sacré (1972), Critique dans un souterrain (1976), Le Bouc émissaire (1982), Shakespeare: les feux de l’envie (1990).

Anthropologue révolutionnaire, intellectuel au parcours singulier, catholique romain assez peu en phase avec la pastorale de son temps, René Girard n’a jamais été revendiqué par l’institution ecclésiale, comme le fut par exemple Jacques Maritain, familier de la Cour de Rome. Peut-être parce que sa pensée, comme celle de tout vrai penseur chrétien – Érasme, Pascal, Kierkegaard -, sentait un peu le fagot. Persuadé que la vocation des critiques littéraires est de maintenir le sens et la fonction religieuse du langage, René Girard a souvent défendu la nécessité du scandale pour la pensée, un mot qu’on rencontre plus souvent dans le grec des Évangiles que le mot péché. Le skandalon, c’est le piège qui fait trébucher. Mais, parce qu’il nous tient et retient, cet obstacle nous permet d’avancer. Ainsi celui de la Croix, point nodal de toute la réflexion sur la condition humaine de René Girard, matière et mobile d’une grande partie de ses livres. Selon lui, c’est grâce au Christ que le bouc émissaire a cessé d’être coupable et que les origines de la violence ont enfin été révélées. Par là, la Croix nous a délivré des religions archaïques. En rendant tout sacrifice absurde, Jésus s’impose comme un anti-Œdipe. Son histoire est un «retournement de mythe» qui montre que la victime dit la vérité et que c’est la persécution qui porte le mensonge. Dans les histoires précédentes, c’était déjà vrai, mais ce n’était pas dit, les dieux paraissant déchaînés contre les victimes.

Spectateur curieux du nihilisme contemporain et de ses manifestations, René Girard regardait la montée de la violence dans le monde à la fois avec effroi et avec beaucoup d’intérêt. «On n’arrive plus à faire la différence entre le terrorisme révolutionnaire et le fou qui tire dans la foule, nous confiait-il voici quelques années. L’humanité se prépare à entrer dans l’insensé complet. C’est peut-être nécessaire. Le terrorisme oblige l’homme occidental à mesurer le chemin parcouru depuis deux mille ans. Certaines formes de violence nous apparaissent aujourd’hui intolérables. On n’accepterait plus Samson secouant les piliers du Temple et périr en tuant tout le monde avec lui. Notre contradiction fondamentale, c’est que nous sommes les bénéficiaires du christianisme dans notre rapport à la violence et que nous l’avons abandonné sans comprendre que nous étions ses tributaires.»

Bibliographie
1961Mensonge romantique et vérité romanesque
1963Dostoïevski: du double à l’unité
1972La Violence et le sacré
1976Critique dans un souterrain
1978Des choses cachées depuis la fondation du monde
1982Le Bouc émissaire
1985La Route antique des hommes pervers
1990Shakespeare: les feux de l’envie
1994Quand ces choses commenceront…
1999Je vois Satan tomber comme l’éclair
2001Celui par qui le scandale arrive
2002La Voix méconnue du réel
2003Le Sacrifice
2004Les Origines de la culture
2006Vérité ou foi faible. Dialogue sur christianisme et relativisme
2007Dieu, une invention?
De la violence à la divinité
Achever Clausewitz
2008Anorexie et désir mimétique
2009Christianisme et modernité
2010La Conversion de l’art
2011Géométries du désir
Sanglantes origines

Voir aussi:

Religion, désir, violence : pourquoi il faut lire René Girard

Damien Le Guay

Le Figaro
05/11/2015

FIGAROVOX/ANALYSE -Damien Le Gay explique pourquoi le philosophe et académicien compte et comptera de plus en plus.


Damien Le Guay, philosophe, président du comité national d’éthique du funéraire, membre du comité scientifique de la SFAP, enseignant à l’espace éthique de l’AP-HP, vient de faire paraitre un livre sur ces questions: Le fin mot de la vie – contre le mal mourir en France, aux éditions du CERF.


Depuis le début des années 1960, sa place intellectuelle fut singulière et sa pensée originale. C’est pourquoi son œuvre, pour avoir été rejeté pendant longtemps, restera comme l’une des plus importante de l’époque. Il était mondialement reconnu mais ne le fut jamais vraiment en France – même s’il était membre de l’Académie Française. Il était trop archaïque pour les modernes, trop littéraire pour les philosophes, pas assez à la mode pour l’intelligentsia dominante et même trop chrétien pour un grand nombre – y compris certaines instances catholiques. S’il est reconnu (l’est et le sera de plus en plus), il l’a été contre l’époque, contre les pensées dominantes, contre les institutions en place, contre les médias. En France, il fut un marginal, un intellectuel qualifié «d’original» pour mieux le laisser en dehors de l’université quand, en elle, le règne des structures et du marxisme écrasait tout le reste. Et pourtant, il compte et comptera de plus en plus.

Pour avoir fait toute sa carrière universitaire aux Etats-Unis, à Stanford en particulier ; pour ne s’être rangé sous le drapeau d’aucunes des modes intellectuelles germanopratines, qu’elle soit structuraliste, sartrienne, foucaldienne, maoïste, deleuzienne ou autres ; Pour s’être intéressé, trente ans avant Régis Debray, au «fait religieux» quand il était encore classé dans l’enfer de la superstition ; pour avoir osé se dire «chrétien» – crime de lèse modernité – ce qui, aux yeux de nos maîtres à penser (et donc à excommunier), lui retirait toute légitimité scientifique ; pour n’avoir pas, ou peu, de relais en France (même s’il était devenu, sur le tard, membre de l’Académie française) alors qu’il est traduit en plus de vingt-cinq langues ; Pour toutes ces raisons et bien d’autres, René Girard fut à part dans le paysage intellectuel hexagonal.

En 1961, avec Mensonge romantique et vérité romanesque, Il s’intéresse à la littérature pour ce qu’elle dit de l’homme ; En 1972, avec La violence et le sacré, il décortique les mécanismes religieux pour mieux comprendre la violence ; En 1978, avec Des choses cachées depuis la fondation du monde, il considère le christianisme comme une sorte de «sur-religion» qui vient abolir les autres, les rendant inefficaces et presque obsolètes. Sa pensée s’inscrit mal dans une lignée clairement définie. Pour être ailleurs, certains la mettent nulle part. Voilà qui est plus commode pour ronronner entre soi! Anthropologue Il critique l’anthropologie quand, avec Lévi-Strauss, elle condamne le sacrifice en le dépouillant de toute signification ; critique littéraire, il rejette ceux qui, comme Georges Poulet, pensent que la littérature, devenue un monde en soi, ne se réfère qu’a elle seule, n’a rien à révéler des vérités humaines radicales – comme le mimétisme ; chrétien, il critique les catholiques trop immergés dans le monde et peu conscients des enjeux de l’Apocalypse.

René Girard, un Durkheim pascalien…

Alors qui est-il? D’où sort-il? Sorte de guelfe chez les gibelins et de gibelin chez les guelfes, selon la posture d’un Erasme, soucieux de ne rien céder à personne, il était à la fois disciple de Durkheim et s’inscrit dans la lignée de Pascal. Posture intenable s’il en est. Dans le camp des religieux il est trop durkheimien ; dans le camp des sociologues, trop religieux. Et quand il est question de ces «maîtres du soupçon» qui depuis la fin du XIX ème siècle, tendent à renvoyer l’homme vers des forces qui, en coulisse, le domineraient, comme s’il était marionnette plutôt qu’acteur, René Girard, lui aussi, se réclame de cette tradition qui disqualifie l’autonomie moderne. Il ne met pas en exergue des forces sociales, des pulsions inconscientes ou des généalogies insoupçonnées, mais, dans un même effet de déplacement, une rivalité mimétique au fondement de tout. L’individu n’est jamais seul. La conscience s’acquiert non par la raison mais le désir.

Alors il est un Durkheim pascalien – ce qui équivaut à un oxymore intellectuel. Unique membre de cette singulière catégorie, il retient de l’auteur des Formes élémentaires de la vie religieuse, une approche qui fait de la religion un effet de coagulation sociale et une manière collective de réguler la violence. De Pascal il garde le souci d’une apologie chrétienne pleine de raison. «Tous mes livres», dit-il «sont des apologies plus ou moins explicites du christianisme.» Le Christ, première victime innocente, qui dit son innocence à la face du monde, dénude, par-là même, tous les mécanismes du religieux archaïque. Alors, aujourd’hui, nous ne pouvons qu’être chrétiens, même si le christianisme n’a pas été pleinement reçu. René Girard en appelle à une «éthique nouvelle» qui ne peut naître, selon lui, «qu’au sein du mimétisme libéré – libéré par le christianisme».

Qu’il soit du coté de Durkheim ou de celui de Pascal, il privilégie l’analyse et délaisse les a priori idéologiques. Ni rationalisme ni fidéisme. Il faut dire qu’aujourd’hui la situation est inédite. La violence est déchaînée. Plus rien ne la tient. Le religieux ne fait plus son office. Tenir les deux termes de l’équation: à la fois l’analyse du religieux, selon les méthodes durkheimiennes et l’horizon chrétien, dans la lignée d’un prophétisme pascalien. C’est ce que fit René Girard, laissant, dans son sillage, beaucoup de mécontentements, d’incompréhensions, d’incertitudes et de points d’interrogations.

Comment sortir de la nature violente de l’homme?

René Girard, lui, insiste sur une histoire par nature tragique et une violence en dehors de toute maîtrise. Contrairement aux «modernes» qui pensent pouvoir contrôler les réactions en chaîne de la violence, comme on contrôle une fusion nucléaire, il met l’accent sur un processus qui finit par ne plus être tenu. Il échappe à tout le monde. Telle fut la leçon du siècle passé: cette «montée aux extrêmes», selon la formule de Clausewitz, stratège prussien mort en 1831 auquel il confronte sa pensée dans Achever Clausewitz (2007), ne conduit pas, après coup, à la réconciliation des hommes entre eux. Cette formule d’une «montée» de la violence lui parait pertinente. René Girard, lui, sorte d’écologiste de la violence, met l’accent sur un processus d’imitation qui oppose les hommes entre eux. Tout débute par la rivalité. Cette rivalité appelle en retour la vengeance et la vengeance le meurtre et le meurtre la vengeance. L’humanité entre ainsi dans un cercle sans fin. Notons que pour lui la violence vient toujours répondre à une offense – que cette offense soit réelle, imaginaire ou symbolique. La violence est une réponse. Elle n’est pas première. La rivalité, elle, est première. Le désir de ce que l’autre possède est à l’origine de tout. Le violent, lui, est d’abord un offensé. Du moins le croit-il. Toute vengeance est une revanche. Un retour. Un second temps. Une réponse.

Comment alors briser ce cercle, interrompre ce jeu à l’infini de renvoi? Seul, nous dit René Girard, le religieux, par l’instauration du sacrifice, rompt cette circularité de la vengeance et du meurtre. De toute évidence le sacrifice archaïque est arbitraire. La victime est chargée de «tous les péchés du monde». Son meurtre réconcilie la communauté avec les puissances divine et surtout avec elle-même. Dans toutes les sociétés, fussent-elles des plus primitives, on retrouve ce mécanisme du «bouc émissaire». Il permet d’évacuer la violence, d’apaiser les consciences et de mettre un terme, provisoire, aux rivalités en cascade. D’une certaine façon le sacrifice brise le miroir des rivalités. Elles ne se voient plus, ne se répondent plus l’une l’autre. La réconciliation s’opère donc sur le dos d’un autre. Ce meurtre fondateur, instaure des rites qui eux-mêmes font naître les institutions. Et c’est ainsi que naît la culture et toutes les institutions qui la mettent en forme.

La nouveauté chrétienne…

Or, le christianisme, dans un souci de vérité, retire à l’homme ses «béquilles sacrificielles» en reconnaissant la pleine et entière innocence de la victime. Le Christ, dit et reconnu innocent, n’endosse plus la culpabilité sociale bien commode pour justifier des sacrifices. «Le religieux» dit rené Girard «invente le sacrifice ; le christianisme l’en prive». Cette privation est un pari éthique, une invitation à sortir du cycle de la violence par le haut (les Béatitudes). Et si les hommes s’accordaient entre eux au diapason de la bienveillance! Telle est le sens de l’invitation chrétienne.

L’avantage des intuitions creusées et explorées de bien des manières, comme celle de René Girard autour des rivalités mimétiques, est qu’elles prennent le risque de devenir obsessionnelles. Au début, il rêvait d’un savoir sur la violence qui, une fois connu, permettrait de la maîtriser. Cette prétention l’a quitté. La réconciliation des hommes entre eux, conçue, au début, comme quasiment automatique est devenue, au fil des années, incertaine pour ne pas dire problématique. Reste une certitude: le religieux empêche la société de se détruire. Certitude d’autant plus vitale que nous assistons à une montée planétaire de la violence religieuse avec le risque d’une déflagration totale. Sur ce versant-là de nos inquiétudes qui se profilent à l’horizon, René Girard peut nous aider à avancer. Il reste un appui sérieux pour nous éviter de mourir. Mourir par cet actuel jeu de miroir à l’infini des rivalités mimétiques – autre nom de la démocratie-égalitariste. Mourir par ce retour au fondamentalisme religieux, loin de l’intelligence des textes et de la compréhension du vrai mécanisme de la violence.

Voir encore:

Hommage à René Girard
Une pensée profonde exposée aux malentendus
François Hien
Causeur
05 novembre 2015

René Girard est mort hier, à 91 ans. Nous sommes nombreux à avoir l’impression d’avoir perdu un être proche. Pour ma part, et malgré son grand âge, il m’a fallu sa mort pour que je prenne conscience que j’avais toujours pensé le rencontrer un jour. Le contraire me semblait inconcevable.

René Girard a signé une des œuvres les plus profondes de notre époque, dans une langue constamment limpide. Cette œuvre protéiforme déploie une intuition unique, grâce à laquelle elle retrace l’entièreté de l’histoire de l’homme. Je vais essayer de résumer ici en termes simples l’histoire de l’humanité selon Girard.

De nombreux mammifères, nous apprend l’éthologie, ont un comportement mimétique. Ce mimétisme est d’appropriation, c’est-à-dire qu’un individu va désirer l’objet qu’un autre désire, par imitation. Evidemment, cette convergence sur un même objet crée un conflit, que le monde animal résout par l’instauration de « systèmes de dominance » : l’individu qui a remporté le conflit gagne une position de domination qui n’est pas transmissible. C’est donc improprement qu’on parle de « sociétés animales ».

Il nous faut supposer qu’à une époque très éloignée, une certaine catégorie de mammifères n’a pas su engendrer ces sociétés de dominance, et est restée dans l’instabilité de la violence. Or, les individus  n’imitent  pas  seulement  le  désir  de  leur  voisin,  ils  imitent  aussi  sa  violence.  Ces ralliements mimétiques à la violence du voisin convergent comme une série de ruisseaux qui se mêlent et se transforment en un puissant torrent ; la violence intestine va devenir unanime, et un seul individu en sera la victime.

À ce stade, cet individu n’est rien d’autre que la cible malchanceuse d’un mécanisme aveugle. Or, il se trouve que sa mise à mort va calmer, pour un temps, les violences. Les hommes disposent alors d’un calme relatif à la faveur duquel ils commencent à inventer trois institutions, pour éviter le retour de la violence : les interdits, les rituels, et les mythes. Les interdits sont autant de moyens d’éviter les convergences de désir ; les rituels rejouent une partie de la crise mimétique et s’achèvent par un sacrifice, la répétition rituelle du meurtre fondateur ; et les mythes sont des interprétations, du  point  de  vue  des  persécuteurs,  de  cette  violence  fondatrice.  Voilà  pourquoi  les  divinités archaïques sont toujours ambivalentes, à la fois bonnes et mauvaises : les hommes leur assimilent la violence  intestine,  mais  également  sa  résolution  sacrificielle.  La  divinité  n’est  qu’une  fausse transcendance, une manière qu’ont trouvé les hommes de projeter leur violence hors d’eux. C’est la raison pour laquelle on a dit de la théorie girardienne qu’elle était «  la première vraie théorie athée du sacrifice ».

Les systèmes culturels sont des systèmes de différences qui empêchent la convergence des désirs sur les mêmes objets. Là où les rapports de force suffisent à produire cet effet dans le monde animal, les humains ont  besoin  de déployer  des systèmes  d’autant plus  complexes qu’ils  sont cumulatifs. Le mécanisme victimaire fait accéder les hommes au symbolisme, et leur permet de transmettre  l’ordre  différencié.  Ces  sociétés  se  complexifient,  certaines  inventent  des  formes d’organisation politique, des échanges économiques.

Mais ces institutions ne fonctionnent qu’en maintenant dans la méconnaissance les hommes qui en bénéficient. Par principe, la victime émissaire (ou la longue série de victimes émissaire qui a progressivement affiné l’institution) fait écran à la violence de tous. Or cette méconnaissance, si elle est nécessaire au bon fonctionnement des ordres culturels, peut aussi leur être fatale. Peu à peu, le souvenir de la violence se perd. Certains interdits sont moins respectés, des éléments essentiels du rituel disparaissent. Les désirs convergent à nouveau sur les mêmes objets, et c’est le retour de l’indifférenciation violente : les frères s’affrontent en doubles mimétiques, chacun croyant réagir à la violence de l’autre. Les hiérarchies ne tiennent plus, les liens familiaux se dissolvent : c’est la crise mimétique, que si souvent les mythes figurent sous le nom de « peste » – cette maladie de la contagion fatale et de l’indifférencié.

Comme  les  fois  précédentes,  il  faut  bien  trouver  un  coupable  à  ces  « pestes ».  Les mécanismes victimaires se remettent en place, la victime émissaire est mise à mort, la paix revient, les différences affluent de nouveau ; de nouveaux interdits sont générés par la crise  ; un nouveau mythe en garde une trace déformée.

Voilà selon Girard le modèle, ici schématisé, de la genèse des cultures humaines et de leur fonctionnement cyclique. Une société est un système de différences mécaniquement générées par des  crises  sacrificielles.  Elle  est  intégralement  fille  du  religieux.  Le  religieux,  c’est  cette transcendance de la violence que les hommes ont besoin de poser hors de soi tout autant qu’ils ont besoin de s’en protéger. Le religieux procède à ce double miracle, sans qu’il y ait besoin que quiconque l’ait conçu : il protège de la violence, et il sacralise cette violence, il la rend étrangère aux hommes, il leur fait croire qu’ils n’y étaient pour rien. Ce n’est qu’au prix de cette méconnaissance que les hommes peuvent vivre entre eux et se doter de règles positives. Mais cette méconnaissance est en elle-même dangereuse puisqu’elle camoufle le danger véritable, la violence intestine, qui finit invariablement par revenir.

Cette histoire de l’humanité nous serait insaisissable si nous n’étions pas nous-mêmes sortis du cycle  décrit  ci-dessus.  Etre  encore  dans  ce  cycle,  c’est  être  situé  quelque  part  dans  la méconnaissance évolutive qui enveloppe le mécanisme sacrificiel. Notre sortie du cycle, Girard l’attribue au judéo-chrétien. Le  Christ,  lui,  n’est  rien  d’autre  qu’une  victime  émissaire consentante qui refuse absolument de répondre à la violence, et qui révèle par sa Passion ce qui était jusqu’alors  resté  dissimulé :  que  les  victimes  immolées  par  les  foules  sacrificielles  étaient innocentes de ce dont on les accusait.

La révélation évangélique peut être source de violence plus encore que de paix. Car à des hommes incapables de se réconcilier, elle a retiré les « béquilles sacrificielles » qui les protégeaient de leur propre violence. L’Apocalypse prédit par les Ecritures n’est pas celle d’un Dieu vengeur déchaîné contre nous : ce n’est que le fruit de notre propre violence, montée aux extrêmes. Et René Girard de s’étonner qu’en une époque où il est devenu concevable, et même probable, que l’homme finisse par détruire l’homme, personne n’aille regarder la pertinence des textes apocalyptiques, leur validité anthropologique.

Nous avons toujours le réflexe de créer des boucs émissaires (notre société contemporaine est saturée de ces mécanismes), mais la sacralisation ne prend pas – et notre civilisation ne se clôt plus sur le dos de ses victimes. Nous sommes condamnés à avancer vers un paroxysme de violence réciproque et planétaire – ou bien, nous suggère Girard, à devenir enfin «  chrétiens », c’est-à-dire à imiter le Christ : refuser radicalement l’engrenage de la violence, quitte à y laisser sa vie.

Dans tous les livres que Girard a publiés, du premier au dernier, il ne raconte jamais autre chose que cette longue histoire, qui prend l’humanité à son origine et qui prédit sa fin. Girard moque souvent le besoin qu’à la psychanalyse d’engendrer pulsions et instincts à tout va pour expliquer des phénomènes qu’elle est incapable d’unifier. « Freud n’en est plus à un instinct près » dit-il. De ce point de vue, Girard est particulièrement économe mais n’écrase pas le divers  : il prétend qu’à partir du mimétisme seul, on peut redéployer toutes les manifestations humaines, ses institutions, son art, sa violence…

Pour finir, je voudrais dire un mot des implications pour le lecteur d’une telle théorie. Devenir « girardien », ce n’est pas appartenir à une secte ; ce n’est pas tenir pour vrai tout ce que Girard a écrit ; c’est d’abord se laisser aller à une «  conversion » qui n’est pas d’ordre religieux, mais qui est un bouleversement du regard sur soi, une critique personnelle de son propre désir.

Pour comprendre à quel point la théorie de Girard est vraie, il faut avoir cheminé à rebours de son désir, non pas pour atteindre un illusoire « moi » authentique, mais au contraire pour aboutir à l’inexistence de ce moi, toujours déjà agi par des « désirs selon l’autre ». La théorie mimétique est un dévoilement progressif dont le lecteur n’est jamais absent de ce qui se dévoile à lui. Elle menace l’existence du sujet que je croyais être. Elle s’attaque à ce que je croyais le plus original chez moi.

Il n’est pas un lecteur de Girard, même le plus convaincu, qui ne se soit dit à la lecture de Mensonge romantique et vérité romanesque : « Il a raison, tout ça est vrai. Heureusement que pour ma part j’y échappe en partie. » Il serait suicidaire de ne se lire soi-même qu’avec les lunettes girardiennes ; on a besoin de croire un minimum aux raisons que notre désir se donne ; ces raisons constituent toujours une résistance en nous à la théorie mimétique, plus ou moins grande selon les individus. Il ne s’agit pas de s’en défendre, mais de le savoir. La lecture de Girard nous impose donc un double processus de révélation : on se rend compte d’abord que notre propre désir obéit aux lois décelées par Girard ; et dans un second temps, on se rend compte qu’on a feint l’adhésion totale à ses thèses, et qu’il reste en nous un moi « néo-romantique » qui ne se croit pas concerné par ces lois. Ainsi, la découverte de Girard doit nous interdire, in fine, le surplomb de celui qui aurait compris, contre tous ceux qui seraient encore des croyants naïfs en l’autonomie de leur désir.

Les théories modernes, fussent-elles particulièrement humiliantes pour le sujet, tournent en avant-garde parce qu’un petit noyau de fidèles s’enorgueillit d’avoir le courage intellectuel de les tenir pour vraies. Par nature, il ne peut en être de même avec René Girard : construire une avant-garde autour de ses théories, ce serait reconstituer la distinction de valeur entre «  moi » et « les autres » dont sa lecture devrait nous avoir guéris. Nous n’avons pas d’autre choix que d’entrer en dissidence de notre propre désir, et de n’en tirer aucun profit social qui nous replongerait dans les postures dont Girard nous aide à nous affranchir.

Bien entendu, cela n’empêche pas d’éminents girardiens de se prévaloir de ses thèses contre tous  les  imbéciles  qui  n’y  comprennent  rien.  Girard  n’est  pas  à  l’abri  des  malentendus.  Sa bonhommie et sa gentillesse, vantées par tous ceux qui l’ont côtoyé, auraient sans doute pardonné même ces contresens moraux. « Ils ne savent pas ce qu’ils font ».

René Girard est mort à Stanford, à 91 ans. Nous sommes nombreux à pleurer ce cher professeur.

Voir aussi:

Le génie du girardisme
Il faut lire René Girard
Basile de Koch
Causeur
13 janvier 2008

Je ne pense pas que “toutes les religions se valent”, contrairement à l’opinion professée par 62% de mes camarades catholiques pratiquants (sondage La Croix, 11-11-07). Sinon je laisserais tomber aussi sec le catholicisme, et peut-être même sa pratique.

Au contraire je suis intimement touché, non par la grâce hélas, mais par la beauté de ma religion à moi, la seule qui repose tout entière sur l’Amour. Le coup du Créateur qui va jusqu’à se faire homme par amour pour sa créature (et pour lui montrer qu’elle-même peut “faire le chemin à l’envers”, comme disait le poète), c’est dans la Bible et nulle part ailleurs !

Le génie du christianisme, c’est d’avoir transmis aux hommes vaille que vaille depuis 2000 ans cette Bonne Nouvelle : si ça se trouve, Dieu tout-puissant nous aime inconditionnellement depuis toujours et pour toujours ; Il l’aurait notamment prouvé dans les années 30 de notre ère, à l’occasion d’une apparition mouvementée en Judée-Galilée.

Le génie du girardisme, c’est de mettre en lumière le message christique comme l’unique et évident remède aux maux dont souffre la race humaine depuis la Genèse, c’est-à-dire depuis toujours, et dont notre époque risque désormais de crever, grâce aux progrès des sciences et des techniques.

J’ai mis longtemps à comprendre René Girard. Il répondait brillamment, dans un langage philosophique et néanmoins sensé, à des questions que je ne me posais pas (sur le mimétisme, le désir, la violence…) Et puis j’ai fini par comprendre que mes “questions métaphysiques” manquaient de précision – et aussitôt j’ai commencé d’apprécier les réponses de René. Il faut dire aussi que ce mec ne fait rien comme tout le monde. Y a qu’à voir comment il définit son métier : “anthropologue de la violence et des religions”, je vous demande un peu ! Qu’est-ce que c’est que cette improbable glace à deux boules ? Serait-ce à dire que toute violence vient du religieux, comme l’ânonne avec succès un vulgaire Onfray ? Non, cent fois non : Girard est un philosophe chrétien, c’est-à-dire l’inverse exact d’Onfray.

Au commencement était le “désir mimétique”, nous dit René Girard. Et d’opposer le besoin, réel et parfois vital, au désir, “essentiellement social (…) et dépourvu de tout fondement dans la réalité”. Alors, je vous vois venir : cette critique du désir ne serait-elle pas une vulgaire démarcation de l’infinie sagesse bouddhiste ? Eh bien pas du tout, si je puis me permettre ! Le christianisme ne nous propose pas de choisir entre le désir et le Néant (rebaptisé “Nirvana”), mais entre le désir et l’Amour, source de vie éternelle.

Il est cocasse, à propos du désir mimétique, de voir notre anthropologue mettre dans le même sac Don Quichotte et Madame Bovary. “Individualistes”, ces personnages ? Tu parles ! Don Quichotte se rêve en “chevalier errant”… comme tous les Espagnols de qualité en ce début de XVIIe siècle décadent. Quant à Emma, c’est la lecture de romans qui instille en elle l’envie mimétique d’être une « Parisienne » comme ses héroïnes. Au moins Quichotte et Emma ont-ils l’excuse d’être eux-mêmes des personnages de fiction – ce qui n’est malheureusement pas le cas de tout le monde.

Proust, par exemple, n’est pas un héros de roman, c’est le contraire : un écrivain. Même que son premier roman Jean Santeuil (découvert, par bonheur, seulement en 1956) était plat et creux à la fois. Explication de l’anthropologue, qui décidément se fait critique littéraire quand il veut : Marcel n’a pas encore pigé l’idée qui fera tout le charme de sa Recherche. Le désir est toujours extérieur, inaccessible ; on court après lui et, quand on croit enfin le saisir, il est bientôt rattrapé par la réalité qui le tue aussitôt : “Ce n’était que cela…”

“Le désir dure trois semaines”, confiait l’an dernier Carla Bruni, favorite de notre président depuis maintenant neuf semaines et demi. “L’amour dure trois ans”, prêche en écho le beigbederologue Beigbeder. Mais ces intéressantes considérations sont faussées par une fâcheuse confusion de vocabulaire. L’amour au sens girardien, et d’ailleurs chrétien du terme, n’a rien à voir avec le désir. On peut jouer tant qu’on veut au cache-cache des désirs mimétiques croisés, et même appeler ça “amour” ; mais comme dit l’ami René, “comprendre et être compris, c’est quand même plus solide” !

Voir également:

René Girard, l’éclaireur

Victimes partout, chrétiens nulle part?

Emmanuel Dubois de Prisque

Causeur

6 novembre 2015

 

René Girard, qui n’était ni philosophe, ni anthropologue, ni critique littéraire, est mort le 4 novembre 2015 à Stanford, Californie, à l’âge de 91 ans. René Noël Théophile Girard, dont le père, esprit libre, conservateur du palais des Papes, se prénommait Joseph, et la mère, catholique pratiquante, se prénommait Marie, est né le 25 décembre 1923 à Avignon. Parti de France après la guerre et ses études à l’école des Chartes, il est devenu aux Etats-Unis  un universitaire sans chapelle. Il s’est converti au catholicisme de son enfance peu avant la quarantaine, sous l’effet de ses lectures.

À le lire, je connais plus d’un post-moderne autoproclamé, à commencer par moi, dont la vie a été bouleversée. Nous qui faisions les malins avec notre tradition, nous qui moquions la ringardise de nos pères, découvrions en lisant Girard que ce vieux livre poussiéreux, la Bible, était encore à lire. Qu’elle nous comprenait infiniment mieux que nous ne la comprenions. Ce que Girard nous a donné à lire, ce n’est rien moins que le monde commun des classiques de la France catholique, de l’Europe chrétienne, celui dont nous avions hérité mais que nous laissions lui aussi prendre la poussière dans un coin du bazar mondialisé. Nous pouvions grâce à lui nous plonger dans les livres de nos pères et y trouver une merveilleuse intelligence du monde. Avec lui, nous nous découvrions tout uniment fils de nos pères, français et catholiques. Car ce que nous apprend René Girard, c’est que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, que nous avons pour vivre et exister besoin du désir des autres, que nous ne sommes pas ces être libres et sans attaches que les catastrophes du XXe siècle auraient fait de nous.

« C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. » Cette phrase de Céline qui m’a longtemps trotté dans la tête adolescent était tout un programme. Elle plaisait beaucoup à Sartre qui l’a mise en exergue de La Nausée. Elle donnait à la foule des pékins moyens dans mon genre une image très avantageuse d’eux-mêmes, au moment de l’effondrement des grands récits. Nous n’appartenions à rien ni à personne. Nous étions seulement nous-mêmes, libres et incréés. La lecture attentive de Girard balaye ces prétentions infantiles, qui pourtant structurent encore la psyché de l’Occident. Non, nous ne sommes pas à nous-mêmes nos propres pères. Non, nous ne sommes pas libres et possesseurs de nos désirs. Comme le dit l’Eglise depuis toujours, nous naissons esclaves de nos péchés, de notre désir dit Girard, et seul le Dieu de nos pères peut nous en libérer.  Prouver cette vérité constitue toute l’ambition intellectuelle de Girard, une vérité bien particulière puisqu’elle appartient à la fois à l’ordre de la science et à celui de la spiritualité.

J’ai eu la chance de rencontrer Girard et de discuter à deux reprises assez longuement avec lui. Il aimait à s’amuser des malentendus provoqués par son œuvre.  Il racontait qu’à la fin de ses conférences, des lecteurs enthousiastes venaient le voir pour lui confier qu’il avait vu juste, que les boucs émissaires existaient, qu’ils étaient effectivement le socle de la vie commune, et que d’ailleurs lui, René Girard, avait la chance d’en avoir un en face de lui.  Ce qu’il percevait ainsi, c’était la naissance de cette concurrence victimaire qu’une mauvaise compréhension de son œuvre contribuait à exacerber. Pour René Girard, comprendre son œuvre ou se convertir au christianisme (ce qui fut pour moi une seule et même chose) impliquait de se découvrir non pas victime, mais pécheur.

Or, pour avoir raison aujourd’hui, pour gagner la compétition médiatique, il faut s’affirmer victime de la violence du monde, de l’Etat, du groupe. « Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton, un auteur selon le goût de René Girard. À quelques heureuses exceptions près, l’université s’est pendant longtemps gardée de se pencher sérieusement sur l’œuvre d’un penseur que son catholicisme de mieux en mieux assumé rendait de plus en plus hérétique. Cependant, à court de concept opératoire pour penser le réel, la sociologie a aujourd’hui recours jusqu’à la nausée (qui lui vient facilement) au concept du bouc émissaire pour expliquer à peu près tout et son contraire : la façon dont on traite la religion musulmane et la condition féminine en Occident par exemple.

Typiquement, le girardien sans christianisme, cet oxymoron  qui prolifère aujourd’hui, s’efforce de découvrir la violence, les boucs émissaires et le ressentiment partout, sauf là où cela ferait vraiment une différence, la seule différence qui tienne, c’est-à-dire en lui-même. C’est ainsi que les bien-pensants passent leur temps à dénoncer le racisme dégoutant du bas-peuple de France sans paraître voir le racisme de classe dont ils font preuve à cette occasion.  Ce girardisme sans christianisme est le pire des contresens d’un monde qui pourtant n’en est pas avare : le monde post-moderne est plein de concepts girardiens devenus fous.

Voir de même:

Mort de René Girard, anthropologue et théoricien de la « violence mimétique »
Jean Birnbaum

Le Monde

05.11.2015

L’anthropologue René Girard est mort mercredi 4 novembre, à Stanford, aux Etats-Unis. Il avait 91 ans. Fondateur de la « théorie mimétique », ce franc-tireur de la scène intellectuelle avait bâti une œuvre originale, qui conjugue réflexion savante et prédication chrétienne. Ses livres, commentés aux quatre coins du monde, forment les étapes d’une vaste enquête sur le désir humain et sur la violence sacrificielle où toute société, selon Girard, trouve son origine inavouable.

« Le renommé professeur français de Stanford, l’un des quarante Immortels de la prestigieuse Académie française, est décédé à son domicile de Stanford mercredi des suites d’une longue maladie », a indiqué l’université californienne où il a longtemps enseigné.
Né le 25 décembre 1923, à Avignon, René Noël Théophile grandit dans une famille de la petite bourgeoisie intellectuelle. Son père, radical-socialiste et anticlérical, est conservateur de la bibliothèque et du musée d’Avignon, puis du Palais des papes. Sa mère, elle, est une catholique tendance Maurras, passionnée de musique et de littérature. Le soir, elle lit du Mauriac ou des romans italiens à ses cinq enfants. La famille ne roule pas sur l’or, elle est préoccupée par la crise, la montée des périls. Plutôt heureuse, l’enfance de René Girard n’en est donc pas moins marquée par l’angoisse.

Quand on lui demandait quel était son premier souvenir politique, il répondait sans hésiter : les manifestations ligueuses du 6 février 1934. « J’ai grandi dans une famille de bourgeois décatis, qui avait été appauvrie par les fameux emprunts russes au lendemain de la première guerre mondiale, nous avait-il confié lors d’un entretien réalisé en 2007. Nous faisions partie des gens qui comprenaient que tout était en train de foutre le camp. Nous avions une conscience profonde du danger nazi et de la guerre qui venait. Enfant, j’ai toujours été un peu poltron, chahuteur mais pas batailleur. Dans la cour de récréation, je me tenais avec les petits, j’avais peur des grands brutaux. Et j’enviais les élèves du collège jésuite qui partaient skier sur le mont Ventoux… »

Longue aventure américaine
Après des études agitées (il est même renvoyé du lycée pour mauvaise conduite), le jeune Girard finit par obtenir son bac. En 1940, il se rend à Lyon dans l’idée de préparer Normale-Sup. Mais les conditions matérielles sont trop pénibles, et il décide de rentrer à Avignon. Son père lui suggère alors d’entrer à l’Ecole des chartes. Il y est admis et connaît à Paris des moments difficiles, entre solitude et ennui. Peu emballé par la perspective de plonger pour longtemps dans les archives médiévales, il accepte une offre pour devenir assistant de français aux Etats-Unis. C’est le début d’une aventure américaine qui ne prendra fin qu’avec sa mort, la trajectoire académique de Girard se déroulant essentiellement outre-Atlantique.

Vient alors le premier déclic : chargé d’enseigner la littérature française à ses étudiants, il commente devant eux les livres qui ont marqué sa jeunesse, Cervantès, Dostoïevski ou Proust. Puis, comparant les textes, il se met à repérer des résonances, rapprochant par exemple la vanité chez Stendhal et le snobisme chez Flaubert ou Proust. Emerge ainsi ce qui sera le grand projet de sa vie : retracer le destin du désir humain à travers les grandes œuvres littéraires.

De la littérature à l’anthropologie religieuse
En 1957, Girard intègre l’université Johns-Hopkins, à Baltimore. C’est là que s’opérera le second glissement décisif : de l’histoire à la littérature, et de la littérature à l’anthropologie religieuse. « Tout ce que je dis m’a été donné d’un seul coup. C’était en 1959, je travaillais sur le rapport de l’expérience religieuse et de l’écriture romanesque. Je me suis dit : c’est là qu’est ta voie, tu dois devenir une espèce de défenseur du christianisme », confiait Girard au Monde, en 1999.

A cette époque, il amasse les notes pour nourrir le livre qui restera l’un de ses essais les plus connus, et qui fait encore référence aujourd’hui : Mensonge romantique et vérité romanesque (1961). Il y expose pour la première fois le cadre de sa théorie mimétique. Bien qu’elle engage des enjeux profonds et extrêmement complexes, il est d’autant plus permis d’exposer cette théorie en quelques mots que Girard lui-même la présentait non comme un système conceptuel, mais comme la description de simples rapports humains. Résumons donc. Pour comprendre le fonctionnement de nos sociétés, il faut partir du désir humain et de sa nature profondément pathologique. Le désir est une maladie, chacun désire toujours ce que désire autrui, voilà le ressort principal de tout conflit. De cette concurrence « rivalitaire » naît le cycle de la fureur et de la vengeance. Ce cycle n’est résolu que par le sacrifice d’un « bouc émissaire », comme en ont témoigné à travers l’histoire des épisodes aussi divers que le viol de Lucrèce, l’affaire Dreyfus ou les procès de Moscou.

Prédicateur chrétien
C’est ici qu’intervient une distinction fondamentale aux yeux de Girard : « La divergence insurmontable entre les religions archaïques et le judéo-chrétien. » Pour bien saisir ce qui les différencie, il faut commencer par repérer leur élément commun : à première vue, dans un cas comme dans l’autre, on a affaire au récit d’une crise qui se résout par un lynchage transfiguré en épiphanie. Mais là où les religions archaïques, tout comme les modernes chasses aux sorcières, accablent le bouc émissaire dont le sacrifice permet à la foule de se réconcilier, le christianisme, lui, proclame haut et fort l’innocence de la victime. Contre ceux qui réduisent la Passion du Christ à un mythe parmi d’autres, Girard affirme la singularité irréductible et la vérité scandaleuse de la révélation chrétienne. Non seulement celle-ci rompt la logique infernale de la violence mimétique, mais elle dévoile le sanglant substrat de toute culture humaine : le lynchage qui apaise la foule et ressoude la communauté.

Girard, longtemps sceptique, a donc peu à peu endossé les habits du prédicateur chrétien, avec l’enthousiasme et la pugnacité d’un exégète converti par les textes. De livre en livre, et de La Violence et le sacré (1972) jusqu’à Je vois Satan tomber comme l’éclair (1999), il exalte la force subversive des Evangiles.

Un engagement religieux critiqué
Cet engagement religieux a souvent été pointé par ses détracteurs, pour lesquels sa prose relève plus de l’apologétique chrétienne que des sciences humaines. A ceux-là, l’anthropologue répondait que les Evangiles étaient la véritable science de l’homme… « Oui, c’est une espèce d’apologétique chrétienne que j’écris, mais elle est bougrement bien ficelée », ironisait, dans un rire espiègle, celui qui ne manquait jamais ni de culot ni d’humour.

Adoptant une écriture de plus en plus pamphlétaire, voire prophétique, il était convaincu de porter une vérité que personne ne voulait voir et qui pourtant crevait les yeux. Pour lui, la théorie mimétique permettait d’éclairer non seulement la construction du désir humain et la généalogie des mythes, mais aussi la violence présente, l’infinie spirale du ressentiment et de la colère, bref l’apocalypse qui vient. « Aujourd’hui, il n’y a pas besoin d’être religieux pour sentir que le monde est dans une incertitude totale », prévenait, un index pointé vers le ciel, celui qui avait interprété les attentats du 11-Septembre comme la manifestation d’un mimétisme désormais globalisé.

Il y a ici un autre aspect souvent relevé par les critiques de Girard : sa prétention à avoir réponse à tout, à tout expliquer, depuis les sacrifices aztèques jusqu’aux attentats islamistes en passant par le snobisme proustien. « Don’t you think you are spreading yourself a bit thin ? » [« tu ne penses pas que tu t’étales un peu trop ? »], lui demandaient déjà ses collègues américains, poliment, dans les années 1960… « Je n’arrive pas à éviter de donner cette impression d’arrogance », admettait-il, narquois, un demi-siècle plus tard.

Relatif isolement
Ajoutez à cela le fait que Girard se réclamait du « bon sens » populaire contre les abstractions universitaires, et vous comprendrez pourquoi ses textes ont souvent reçu un accueil glacial dans le monde académique. Les anthropologues, en particulier, n’ont guère souhaité se pencher sur ses hypothèses, hormis lors d’une rencontre internationale qui eut lieu en 1983 en Californie, non loin de Stanford, l’université où Girard enseigna de 1980 jusqu’à la fin de ses jours.

Confrontant son modèle conceptuel à leurs enquêtes de terrain, quelques chercheurs français ont aussi accepté de discuter les thèses de Girard. A chaque fois, l’enjeu de cette confrontation s’est concentré sur une question : les sacrifices rituels propres aux sociétés traditionnelles relèvent-ils vraiment du lynchage victimaire ? Et, même quand c’est le cas, peut-on échafauder une théorie de la religion, voire un discours universel sur l’origine de la culture humaine, en se fondant sur ces pratiques archaïques ?

Cordiale ou frontale, cette discussion revenait toujours à souligner le relatif isolement, mais aussi la place singulière, de René Girard dans le champ intellectuel. Ayant fait des Etats-Unis sa patrie d’adoption, cet autodidacte jetait un regard perplexe sur la pensée française, et notamment sur le structuralisme et la déconstruction. Mêlant sans cesse littérature, psychanalyse et théologie, cet esprit libre ne respectait guère les cadres de la spécialisation universitaire. Animé d’une puissante conviction chrétienne, cet homme de foi ne craignait pas d’affirmer que sa démarche évangélique valait méthode scientifique. Se réclamant de l’anthropologie, ce provocateur-né brossait la discipline à rebrousse-poil en optant pour une réaffirmation tranquille de la supériorité culturelle occidentale. Pour Girard, en effet, qui prétend découvrir l’universelle origine de la civilisation, on doit d’abord admettre la prééminence morale et culturelle du christianisme.

« Vous n’êtes pas obligés de me croire », lançait René Girard à ceux que son pari laissait perplexes. Du reste, il aimait exhiber ses propres doutes, comme s’il était traversé par une vérité à prendre ou à laisser, et dont lui-même devait encore prendre toute la mesure. Rythmant ses phrases de formules du type « si j’ai raison… », confiant ses incertitudes à l’égard du plan qu’il avait choisi pour tel ou tel livre, il séduisait les plus réticents par la virtuosité éclairante de son rapport aux textes. Exégète à la curiosité sans limites, il opposait à la férocité du monde moderne, à l’accélération du pire, la virtuosité tranquille d’un lecteur qui n’aura jamais cessé de servir les Ecritures.

Voir encore:

René Girard, dernier désir
Robert Maggiori
Libération
5 novembre 2015

L’inventeur de la théorie mimétique et penseur d’une anthropologie fondée sur l’exclusion-sacralisation du bouc émissaire s’est éteint mercredi.

Membre de l’Académie française, René Girard n’a pourtant pas trouvé place dans l’université française : dans l’immédiat après-guerre, il émigre aux Etats Unis, obtient son doctorat en histoire à l’université d’Indiana, puis enseigne la littérature comparée à la Johns Hopkins University de Baltimore (il organise là un célèbre colloque sur «le Langage de la critique et les sciences de l’homme» auquel participent Roland Barthes, Jacques Lacan et Jacques Derrida, qui fait découvrir le structuralisme aux Américains) et, jusqu’à sa retraite en 1995, à Stanford – où, professeur de langue, littérature et civilisation françaises, il côtoie Michel Serres et Jean-Pierre Dupuy.

Né le jour de Noël 1923 à Avignon, élève de l’Ecole des chartes, il est mort mercredi à Stanford, Californie, à l’âge de 91 ans. C’était une forte personnalité, tenace, parfois bourrue, qui a creusé son sillon avec l’énergie des solitaires, et entre mille difficultés, car le retentissement international de ses théories – dont certains des concepts, notamment celui de «bouc émissaire», sont quasiment tombés dans la grammaire commune des sciences humaines et même le langage commun – n’a jamais fait disparaître les violentes critiques, les incompréhensions, les rejets, encore accrus par le fait que Girard, traditionaliste, a toujours refusé les crédos postmodernes, marxistes, déconstructivistes, structuralistes, psychanalytiques…

Porté par une profonde foi religieuse, fin interprète du mystère de la Passion du Christ, il a bâti une œuvre considérable, qui se déploie de la littérature à l’anthropologie, de l’ethnologie à la théologie, à la psychologie, la sociologie, la philosophie de la religion et la philosophie tout court. Les linéaments de toute sa pensée sont déjà contenus dans son premier ouvrage, Mensonge romantique et vérité romanesque (1961) dans lequel, à partir de l’étude très novatrice des grands romans occidentaux (Stendhal, Cervantes, Flaubert, Proust, Dostoïevski…), il forge la théorie du «désir mimétique» – l’homme ne désire que selon le désir de l’autre –, qui aura un écho considérable à mesure qu’il l’appliquera à des domaines extérieurs à la littérature.

Etre désirant
La nature humaine a en son fond la mimesis : au sens où les actions des hommes sont toujours entreprises parce qu’ils les voient réalisées par un «modèle». L’homme est par excellence un être désirant, qui nourrit son désir du désir de l’autre et adopte ainsi coutumes, modes, façons d’être, pensées, actions en adaptant les coutumes, les modes, les façons d’être de ceux qui sont «autour» de lui. La différence entre l’animal et l’homme n’est pas dans l’intelligence ou quoi que ce soit d’autre, mais dans le fait que le premier a des appétits, qui le clouent à l’instinct, alors que le second a des désirs, qui l’incitent d’abord à observer puis à imiter. C’est ce principe mimétique qui guide les «mouvements» des individus dans la société. De là la violence généralisée, car le conflit apparaît dès qu’il y a «triangle», c’est-à-dire dès que le désir porte sur un «objet» qui est déjà l’objet du désir d’un autre.

Naissent ainsi l’envie, la jalousie, la haine, la vengeance. La vengeance ne cesse de s’alimenter de la haine des «rivaux», et implique toute la communauté, menaçant ainsi les fondements de l’ordre social. Seul le sacrifice d’une victime innocente, qu’une «différence» (réelle ou créée) distingue de tous les autres, pourra apaiser les haines et guérir la communauté. C’est la théorie du «bouc émissaire», qui a rendu René Girard célèbre. En focalisant son attention sur l’aspect le plus énigmatique du sacré, l’auteur de la Violence et le sacré (1972) montre en effet – on peut en avoir une illustration dans le film de Peter Fleischmann, Scènes de chasse en Bavière, où un jeune homme, soupçonné d’être homosexuel, devient l’objet d’une véritable chasse à l’homme de la part de tous les habitants du village – que l’immolation d’une victime sacrificielle, attestée dans presque toutes les traditions religieuses et la littérature mythologique, sert à apaiser la «guerre de tous contre tous» dont Thomas Hobbes avait fait le centre de sa philosophie.

Lorsqu’une communauté est sur le point de s’autodétruire par des affrontements intestins, des «guerres civiles», elle trouve moyen de se «sauver» si elle trouve un bouc émissaire (on peut penser à la «chasse aux sorcières», à n’importe qu’elle époque, sous toutes latitudes, et quelle que soit la «sorcière»), sur lequel décharger la violence : bouc émissaire à qui est ensuite attribuée une valeur sacrée, précisément parce qu’il ramène la paix et permet de recoudre le lien social. Souvent, les mythes et les rites ont occulté l’innocence de la victime, mais, selon Girard, la révélation biblique, culminant avec les récits évangéliques de la Passion du Christ, l’a au contraire révélée, de sorte que le christianisme ne peut être considéré comme une simple «variante» des mythes païens (d’où la violente critique que Girard fait de la Généalogie de la morale de Nietzsche, de la conception «dionysiaque» célébrée par le philosophe allemand, et de l’assimilation entre le Christ et les diverses incarnations païennes du dieu-victime).

Faits et événements réels
Dans l’optique girardienne, il s’agissait assurément de proposer un «autre discours» anthropologique, qui se démarquât (et montrât la fausseté) de ceux qui étaient devenus dominants, grâce, évidemment, à l’œuvre de Levi-Strauss (et, d’un autre côté, de Freud). Ne pensant pas du tout qu’on puisse rendre raison de la «pensée sauvage» en s’attachant aux mythes, entendus comme «création poétique» ou «narration» coupée du réel, René Girard enracine son anthropologie dans des faits et des événements réellement arrivés, comme des épisodes de lynchage ou de sacrifices rituels dont la victime est ensuite sacralisée mais qui se fondent toujours, d’abord, sur des accusations absurdes, comme celles de diffuser la peste, de rendre impure la nourriture ou d’empoisonner les eaux.

La théorie mimétique et l’anthropologie fondée sur l’exclusion-sacralisation du bouc émissaire, sont les deux paradigmes que Girard applique à de nombreux champs du savoir, et qui lui permettent de définir un schéma herméneutique capable d’expliquer une foule de phénomènes, sociaux, politiques, littéraires, religieux. Son travail, autrement dit, visait à la constitution d’une anthropologie générale, rationnelle, visant à une explication globale des comportements humains. C’est sans doute pourquoi il a suscité tant d’enthousiasmes et attiré tant de critiques. On ne saurait ici pas même citer toutes les thématiques qu’il a traitées, ni les auteurs avec lesquels il a critiquement dialogué. Ce qui est sûr, c’est que René Girard a toujours maintenu droite la barre de son navire, malgré les vents contraires, et, à l’époque de l’hyper-spécialisation contemporaine, a eu l’audace de formuler une «pensée unitaire» qui a fait l’objet de mille commentaires dans le monde entier, parce que vraiment suggestive, et dont l’ambition était de mettre à nu les racines de la culture humaine. «La vérité est extrêmement rare sur cette terre. Il y a même raison de penser qu’elle soit tout à fait absente.» Ce qui n’a pas été suffisant pour dissuader René Girard de la chercher toute sa vie.

Voir de plus:

René Girard, l’homme qui nous aidait à penser la violence et le sacré
Henri Tincq

Slate

05.11.2015

Mort à l’âge de 91 ans, il n’avait cessé de s’interroger sur la façon dont la religion devient violente, ou est instrumentalisée au nom de la violence.

Mort le 4 novembre à Stanford (Etats-Unis) à l’âge de 91 ans, le philosophe et anthropologue français René Girard, membre de l’Académie française, est sans doute le penseur qui a le mieux mis à jour le lien entre la violence et le sacré.

C’est en développant (après Aristote) sa thèse sur le «désir mimétique» qui anime tout homme que René Girard a été conduit à s’interroger sur la violence. En effet, si le «désir mimétique» –celui de possèder à son tour ce que l’autre possède– permet à l’homme d’accroître ses facultés d’apprentissage, il accroît aussi sa propre violence et provoque la plupart des conflits d’appropriation. La notion de «rivalité mimétique» permet d’éclairer non seulement la construction du désir humain et la généalogie des mythes, mais aussi la spirale du ressentiment et de la colère, en un mot la violence du monde.

Découlant de cette première thèse, la deuxième théorie de René Girard –qu’il expose dans son célèbre ouvrage La violence et le sacré (1972)– est celle du «mécanisme victimaire», selon lui à l’origine de toute forme de religieux archaïque et extrémiste. A son paroxysme, la violence se fixe toujours sur une «victime arbitraire», qui fait contre elle l’unanimité du groupe. L’élimination du «bouc émissaire» devient alors un impératif collectif. C’est elle qui exorcise et fait retomber la violence du groupe. La «victime émissaire» devient «sacrée», c’est-à-dire porteuse de ce pouvoir de déchaîner la crise comme de ramener la paix.

René Girard découvre ainsi la genèse du «religieux archaïque»; du sacrifice rituel comme répétition de l’événement originaire; du mythe comme récit de cet événement; des interdits fixés à l’accès des objets à l’origine des «rivalités» qui ont dégénéré dans cette crise. Cette élaboration religieuse se fait au long de la répétition de crises mimétiques, dont la résolution n’apporte la paix que de façon temporaire. Pour l’anthopologue, l’élaboration des rites et des interdits constituait une sorte de «savoir empirique» sur la violence.

Comment les religions sont devenues extrémistes

Ces deux thèses liées sur la «rivalité mimétique» et le «mécanisme émissaire» ont conduit René Girard –qui a toujours affiché sa foi chrétienne malgré les critiques d’une partie de la communauté scientifique– à s’interroger sur l’origine et le devenir des religions, jusqu’à leurs formes extrémistes d’aujourd’hui. Pour lui, à la naissance des religions, il existe aussi une «rivalité mimétique» autour d’un même «capital symbolique», fondé sur les trois «piliers» que sont le monothéisme, la fonction prophétique et la Révélation.

Pendant des siècles, ce capital symbolique avait été monopolisé par l’Ancien Testament biblique et par le message de Jésus de Nazareth. Mais au septième siècle surgissait le prophète Mahomet et un troisième acteur –l’islam– affirmant que ce qui avait été transmis par les précédents prophètes n’était pas complet, que leur message avait été altéré. Cette rivalité a engendré de la violence entre les «peuples du Livre» dès les premiers temps de l’islam. Au point qu’aujourd’hui encore, on dit que les monothéismes sont porteurs d’une violence structurelle: ils ont fait naître une notion de «vérité» unique, exclusive de toute articulation concurrente.

René Girard va interpréter les attentats du 11 septembre 2001 comme la manifestation d’un «mimétisme» désormais globalisé. Il déclare, dans une interview au Monde en novembre 2001, que le terrorisme islamique s’explique par la volonté «de rallier et mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans des rapports de rivalité mimétique avec l’Occident». Pour lui, les «ennemis» de l’Occident font des Etats-Unis «le modèle mimétique de leurs aspirations, au besoin en le tuant». Il a cette formule:

«Le terrorisme est suscité par un désir exacerbé de convergence et de ressemblance avec l’Occident. L’islam fournit le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. Son rapport mystique avec la mort nous le rend le plus mystérieux encore.»
Double rapport
Les rapports entre la violence et le sacré vont poursuivre le philosophe jusqu’à la fin de sa vie. On se souvient que le nom de Dieu porté à l’absolu pour combler des frustrations sociales, politiques, identitaires ou pour justifier un projet totalitaire est responsable d’une partie des plus grands crimes. La Torah, l’Evangile et le Coran ont été le prétexte à nombre de pogroms, de croisades et d’Inquisitions.

Autrement dit, le sacré suscite et engendre de la violence. Fondé ou non sur une transcendance divine, il constitue un mode de représentation de l’univers qui échappe à l’emprise de l’homme, exige sa soumission totale, définit des prescriptions et des interdits. C’est le sacré qui, en dernière instance, donne à l’homme son identité, le conduit à «sacrifier» sa propre vie ou celle des autres. Dans tous les mythes religieux, babyloniens ou autres, les divinités du bien et de l’ordre s’arrachent toujours, dans une lutte violente, au chaos, au mal et à la mort.

Les panthéons des religions monothéistes sont remplis de dieux de la guerre
Mais si le sacré produit de la violence, le processus fonctionne aussi en sens inverse. La violence produit du sacré. L’homme utilise, ou même construit le sacré, pour justifier, légitimer, réguler sa propre violence. Les «guerres saintes» n’ont d’autre but que de mobiliser les ressources du sacré pour une prétendue noble cause: Gott mit uns («Dieu est avec nous»), écrivaient les soldats nazis sur leur ceinturon, alors que l’idéologie nazie était fondamentalement athée.  Cela a toujours existé, quelles que soient les civilisations et les époques. Les panthéons des religions monothéistes sont remplis de dieux de la guerre.

Après René Girard, la question reste ainsi posée: est-ce que ce sont les religions qui sèment les germes de discorde et de violence, par des vérités transformées en dogmatismes? Ou est-ce que ce sont les hommes qui se réclament d’elles et qui se fabriquent leur propre image de Dieu, qui prennent prétexte de tout, y compris du nom divin, pour justifier leur propre violence et fanatisme?

Voir aussi:

L’académicien René Girard est mort à 91 ans
Le philosophe chrétien est décédé mercredi 4 novembre, à Stanford aux États-Unis, à l’âge de 91 ans.
La Croix (avec AFP)
5/11/15

Le philosophe René Girard en novembre 1990. Ce spécialiste des religions et du phénomène de violence est décédé mercredi 4 novembre à 91 ans .

« Le nouveau Darwin des sciences humaines », s’est éteint mercredi 4 novembre, à l’âge de 91 ans. « Le renommé professeur français de Stanford, l’un des 40 immortels de la prestigieuse Académie française, est décédé à son domicile de Stanford mercredi des suites d’une longue maladie », a indiqué l’université américaine dans un communiqué.

René Girard, philosophe et académicien, théoricien du « désir mimétique », était reconnu pour ses livres qui « ont offert une vision audacieuse et vaste de la nature, de l’histoire et de la destinée humaine », poursuit l’université, où il a longtemps dirigé le département de langue, littérature et civilisation française. Archiviste-paléographe de formation, René Girard était installé aux États-Unis depuis 1947.

L’Académie française, une reconnaissance
Traduites dans de nombreuses langues et très reconnues aux États-Unis, ses œuvres sont assez mal connues du grand public français. C’est pourquoi sa nomination au fauteuil numéro 37 de l’Académie française, en 2005, était une véritable reconnaissance pour l’intellectuel.

« Je peux dire sans exagération que, pendant un demi-siècle, la seule institution française qui m’ait persuadé que je n’étais pas oublié en France, dans mon propre pays, en tant que chercheur et en tant que penseur, c’est l’Académie française », avait-il expliqué ce jour-là dans son discours devant les Immortels. Le penseur chrétien succédait alors au Père dominicain Ambroise-Marie Carré.

Une œuvre autour des religions
Né un soir de Noël 1923 à Avignon, René Girard a d’abord consacré sa carrière à l’étude des religions dans les sociétés humaines et aux logiques de mimétisme qui aboutissent à la violence. Selon l’anthropologue, tous les récits sacrés ont en commun un meurtre fondateur. Ce constat servit de base à son livre La Violence et le Sacré en 1972. René Girard s’intéressa également au rôle du bouc émissaire dans les groupes.

Pour René Girard, seul le christianisme – à la lecture de l’Évangile – est capable de mettre à nu le mécanisme victimaire qui fonde les religions, à la différence des croyances archaïques, et permet de dépasser les logiques de mimétisme à l’origine de toutes les violences.

Ses textes ont provoqué engouement ou critique, les uns lui reprochant son analyse trop anthropologique, les autres de dresser par son travail une apologie croyante du christianisme.

Voir également:

Entretien
René Girard : “Si l’Histoire a vraiment un sens, alors ce sens est redoutable”
Propos recueillis par Xavier Lacavalerie
Publié le 05/01/2008. Mis à jour le 05/11/2015

DisparitionRené Girard, l’anthropologue des désirs et de la violence n’est plus
EntretienDavid Graeber, anthropologue : “Nous pourrions être déjà sortis du capitalisme sans nous en rendre compte”
Portrait René Girard, l’essence du sacrifice

L’anthropologue René Girard est mort mercredi 4 novembre, à Stanford, aux Etats-Unis. Nous l’avions rencontré en 2008 : poursuivant sa réflexion sur la violence et le sacré, relisant Clausewitz, le théoricien de la guerre, il nous expliquait que selon lui, nous vivions en pleine apocalypse. En attendant de revenir sur sa carrière et son oeuvre, voici cet entretien tel qu’il avait été publié dans “Télérama”.

Critique littéraire, fasciné par l’étude des religions dans les sociétés archaïques, le chartiste et historien René Girard (né à Avignon en 1923) se livre depuis 1961 à une activité qui l’a longtemps fait passer pour un doux rêveur, un peu marginal et farfelu. A l’époque où tous les intellectuels français se passionnaient pour le politique, le structuralisme ou la psychanalyse, il effectuait tranquillement une relecture anthropologique des Evangiles et de toute la tradition prophétique juive. Pas seulement en tant que croyant, mais comme scientifique, avec l’ambition de réaliser, selon son propre aveu, « l’équivalent ethnologique de L’Origine des espèces ». Quelques ouvrages clés – La Violence et le Sacré (1972), Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), Le Bouc émissaire (1982), Celui par qui le scandale arrive (2001) – témoignent de la singularité de ce parcours et de l’originalité de son apport à l’histoire de la pensée et de l’anthropologie. Longtemps « exilé » aux Etats-Unis, où il a enseigné à l’université de Stanford (Californie), René Girard a entraîné dans son sillage nombre d’admirateurs et d’élèves, et a reçu une tardive consécration hexagonale en étant élu à l’Académie française (1). Il vient de publier un livre d’entretiens assez inattendu, consacré à… Clausewitz, le théoricien de la guerre, sur lequel, en son temps, Raymond Aron avait écrit un essai brillantissime (2), mais forcément daté, oblitéré par les enjeux de la guerre froide entre les Etats-Unis et le monde communiste. Explications et rencontre avec un franc-tireur de la pensée.

On pourrait dire que le point de départ de toute votre oeuvre réside dans ce que vous appelez le « désir mimétique » et dans la violence, que vous mettez au fondement même de toute organisation sociale…
Toute l’histoire – et le malheur ! – de l’humanité commence en effet par la rivalité mimétique. A savoir : je veux ce que l’autre désire ; l’autre souhaite sûrement ce que je possède. Tout désir n’est que le désir d’un autre pris pour modèle. Lorsque cette rivalité mimétique entre deux personnes se met en place, elle a tendance à gagner rapidement tout le groupe, par contagion, et la violence se déchaîne. Cette violence, il faut bien la réguler. Elle se focalise alors sur un individu, sur une victime désignée, un bouc émissaire, quelqu’un de coupable, forcément coupable. Son lynchage collectif a pour fonction de rétablir la paix dans la communauté, jusqu’aux prochaines tensions. Le désir mimétique est donc à la fois un mal absolu – puisqu’il déchaîne la violence – et un remède – puisqu’il régule les sociétés et réconcilie les hommes entre eux, autour de la figure du bouc émissaire. Dans la ritualisation de cette violence inaugurale s’enracine le fonctionnement de toutes les sociétés et les religions archaïques. Puis vint le christianisme. Là, n’en déplaise aux anthropologues et aux théologiens qui ont trop souvent vu dans la figure du Christ un bouc émissaire comme tous les autres, il se passe quand même quelque chose de radicalement différent. La personne lynchée n’est pas une victime qui se sait coupable. Au contraire, elle revendique son innocence et rachète le monde par sa passion.

A vos yeux, il s’agit donc d’une rupture essentielle ?
Oui, définitive même. Mais la Passion a dévoilé une fois pour toutes l’origine sacrificielle de l’Humanité en nous confrontant à ce qui était caché depuis la fondation du monde : la réalité crue de la violence et la nécessité du sacrifice d’un innocent. Elle a défait le sacré en révélant sa violence fondamentale, même si le Christ a confirmé la part de divin que toutes les religions portent en elles. Le christianisme n’apparaît pas seulement comme une autre religion, comme une religion de plus, qui a su libérer la violence ou la sainteté : elle proclame, de fait, la fin des boucs émissaires, donc la fin de toutes les religions possibles. Moment historique décisif, qui consacre la naissance d’une civilisation privée de sacrifices humains, mais qui génère aussi sa propre contradiction et un scepticisme généralisé. Le religieux est complètement démystifié – ce qui pourrait être une bonne chose, dans l’absolu, mais se révèle en réalité une vraie catastrophe, car les êtres humains ne sont pas préparés à cette terrible épreuve : les rites qui les avaient lentement éduqués, qui les avaient empêchés de s’autodétruire, il faut dorénavant s’en passer, maintenant que les victimes innocentes ne peuvent plus être immolées. Et l’homme, pour son malheur, n’a rien de rechange.

Dans ces conditions, à quoi aboutissent les inévitables tensions, au sein des sociétés humaines ?
A la violence généralisée et aux guerres. J’ai retrouvé chez le baron Carl von Clausewitz (1780-1831), auteur d’un célèbre traité au titre spartiate mais éloquent, De la guerre (3), une reformulation étonnante de cette « rivalité mimétique », quand il définit la guerre comme une « montée aux extrêmes ». On peut analyser cette expression comme une incapacité de la politique à contenir l’accroissement mimétique, c’est-à-dire réciproque, de la violence. Longtemps, les innombrables lecteurs et commentateurs de ce texte (3), Raymond Aron en tête, se sont aveuglés sur une autre célèbre formule : « La guerre, c’est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Elle tendrait à affirmer que la guerre est une étape, un moment exceptionnel, qui a forcément une fin et une solution politique, alors que c’est exactement l’inverse : le politique est constamment débordé par le déchaînement de la violence. Et cette violence se développe et s’intensifie, jusqu’à son paroxysme, chacune des parties opposées renchérissant en permanence sur l’autre, avec encore plus de vigueur et de détermination.

Qui était ce fameux baron von Clausewitz ?
Un militaire, un général prussien. A l’âge de 12 ans, il a assisté à l’incroyable bataille de Valmy (le 20 septembre 1792), au cours de laquelle une armée de volontaires français, mal habillés, mal armés et sous-équipés, a battu la formidable armée de métier prussienne commandée par le duc de Brunswick. Quelques années plus tard, il se retrouve à la bataille d’Iéna (14 octobre 1806) et subit la plus humiliante et la plus rapide des défaites imposées par l’armée napoléonienne à ses ennemis. Et savez-vous ce qu’il fait ? Contrairement à la plupart des généraux prussiens battus qui se rangent au côté de leur vainqueur, il choisit l’exil. Il rejoint l’armée russe du maréchal Koutouzov et la coalition, afin de continuer à combattre les armées de Napoléon, cet ennemi qui l’agace tant, mais qui le fascine. L’armée prussienne ne lui pardonnera d’ailleurs jamais d’avoir eu raison, à peu près seul contre tous, mais le conservera quand même dans ses rangs. Clausewitz en gardera longtemps une certaine amertume et une profonde mélancolie. Il passera le reste de son existence à rédiger son fameux traité, De la guerre, qui restera inachevé et sera publié un an après sa mort, en 1832, par les soins de sa femme.
Dans ce traité posthume se profile tout le drame du monde moderne, la période où les guerres européennes se sont exaspérées, particulièrement entre la France et ce qui allait devenir l’Allemagne, de la bataille d’Iéna à l’écrasement des nazis en 1945 : un siècle et demi d’affrontements et d’escalades, tissé de victoires, de défaites et d’esprit de revanche. Si cette rivalité, et cette montée aux extrêmes, n’avait pas fait des millions et des millions de morts, elle aurait vraiment un aspect presque comique. Car les Prussiens parlent des Français exactement comme les Français parlent des Prussiens. Ils disent que nous sommes un peuple de guerriers par excellence, dignes héritiers des légions romaines ; que notre langue manque d’harmonie et qu’elle est faite pour donner des ordres ou aboyer des commandements. Toujours le mimétisme…

Vous prétendez « achever Clausewitz », pour reprendre le titre de votre ouvrage. « Achever », comme on tue un ennemi ? Ou comme on termine un livre ?
D’un certain côté, Clausewitz a fait oeuvre de visionnaire. Il a parfaitement compris que, dans cette montée aux extrêmes, il fallait tenir compte des outils de la violence et du rôle prépondérant qu’allaient jouer les moyens technologiques auxquels il pouvait penser. Mais il ne pouvait pas prévoir l’invention des armes modernes de destruction massive, ni la prolifération des engins nucléaires, l’espionnage par satellite ou la communication généralisée en temps réel. On dirait que la montée aux extrêmes ne lui a pas assez fait peur pour qu’il puisse envisager le pire.
« Achever Clausewitz », c’est à la fois reconnaître en quoi son travail a été prémonitoire, mais aussi pousser son raisonnement jusqu’au bout. Car, fort des campagnes et des expéditions de Napoléon, Clausewitz a eu des intuitions très fortes. Il a, par exemple, compris l’importance que pouvait revêtir la guérilla – il fait naturellement référence aux affrontements entre les Espagnols et l’armée de Napoléon – et l’utilité de ce harcèlement permanent, capable de tenir en échec les armées classiques, aussi puissantes soient-elles. Il a également défendu l’idée que, dans un conflit, c’était finalement toujours le défenseur qui avait le dernier mot, et qu’il y avait toujours une Berezina pour mettre un point final à tous les Austerlitz triomphants. Voyez combien la suite lui a donné raison.

Mais sa vision était forcément limitée…
Effectivement, il ne pouvait pas prévoir le déchaînement de la violence généralisée au niveau de la planète. Car c’est là que nous en sommes arrivés, après deux conflits mondiaux, deux bombardements atomiques, plusieurs génocides et sans doute la fin des guerres « classiques », armée identifiable contre armée identifiée, au profit d’une violence en apparence plus sporadique, mais autrement plus dévastatrice. Prenez le génocide perpétré par les Khmers rouges ou les massacres inter-ethniques au Rwanda : 800 000 personnes exécutées à la machette en quelques semaines ! On revient d’un coup plusieurs milliers d’années en arrière, peut-être à l’époque de l’affrontement entre l’homme de Neandertal et l’homme de Cro-Magnon, dont on n’est même pas sûr qu’il se soit produit, mais qui a vu, dans tous les cas, l’éradication complète d’un groupe de population… Sauf qu’au Rwanda cela a pris beaucoup moins de temps.

Et puis il y a la question du terrorisme…
Oui, le terrorisme est, en quelque sorte, une métastase de la guerre. Mais ce qui me paraît le plus flagrant dans cette affaire, ce n’est pas ce que l’on souligne généralement. Il ne s’agit pas simplement d’un affrontement entre deux religions, entre musulmans radicaux d’un côté et protestants fondamentalistes de l’autre. Encore moins d’un choix de civilisations qui seraient opposées. Ce qui me frappe plutôt, c’est la diffusion de ce terrorisme. Partout, au Moyen-Orient, en Asie et en Asie du Sud-Est, il existe de petits groupes, des voisins, des communautés, qui se dressent les unes contre les autres, pour des raisons complexes, liées à l’économie, au mode de vie, autant qu’aux différences religieuses. Bien sûr, l’acte fondateur et symbolique des attentats du 11 septembre 2001, à New York, a frappé tous les esprits. Vivant moi-même aux Etats-Unis, j’ai pu voir les effets ravageurs de ce terrorisme, désormais perçu comme une menace sans fin, sans visage, frappant à l’aveugle, à laquelle les républicains n’ont pu apporter aucune parade efficace, uniquement parce qu’ils cherchent obscurément à rester dans le monde d’hier, où l’on pense qu’il faut simplement écraser son ennemi, « l’axe du Mal ».

Au regard de cette évolution, on s’aperçoit que la vision de Clausewitz était prémonitoire.
Clausewitz a eu l’intuition fulgurante du cours accéléré de l’Histoire. Mais il l’a aussitôt dissimulée pour essayer de donner à son traité un ton technique, froid et savant. C’est un homme rationnel, héritier des Lumières, comme d’ailleurs tous ses commentateurs ultérieurs, freinés dans leurs analyses et retenus par leur époque, leur sagesse, leur esprit raisonnable, leur optimisme. Mais il faut regarder la réalité en face. Achever l’interprétation de ce traité, De la guerre, c’est lui donner son sens religieux et sa véritable dimension d’apocalypse. C’est en effet dans les textes apocalyptiques, dans les Evangiles synoptiques de Matthieu, Marc et Luc et dans les Epîtres de Paul, qu’est décrit ce que nous vivons, aujourd’hui, nous qui savons être la première civilisation susceptible de s’autodétruire de façon absolue et de disparaître. La parole divine a beau se faire entendre – et avec quelle force ! -, les hommes persistent avec acharnement à ne pas vouloir reconnaître le mécanisme de leur violence et s’accrochent frénétiquement à leurs fausses différences, à leurs erreurs et à leurs aveuglements. Cette violence extrême est, aujourd’hui, déchaînée à l’échelle de la planète entière, provoquant ce que les textes bibliques avaient annoncé il y a plus de deux mille ans, même s’ils n’avait pas forcément une valeur prédicative : une confusion générale, les dégâts de la nature mêlés aux catastrophes engendrées par la folie humaine. Une sorte de chaos universel. Si l’Histoire a vraiment un sens, alors ce sens est redoutable…

C’est totalement désespérant…
L’esprit humain, libéré des contraintes sacrificielles, a inventé les sciences, les techniques, tout le meilleur – et le pire ! – de la culture. Notre civilisation est la plus créative et la plus puissante qui fût jamais, mais aussi la plus fragile et la plus menacée. Mais, pour reprendre les vers de Hölderlin, « Aux lieux du péril croît/Aussi ce qui sauve »…

A LIRE
Achever Clausewitz, entretiens avec Benoît Chantre, éd. Carnets Nord, 364 p., 22 EUR.

(1) Lire son discours de réception du 15 décembre 2005 (publié sous le titre Le Tragique et la Pitié, éd. du Pommier, 2007), non pour l’éloge que fait René Girard, selon la coutume, du révérend père Carré, auquel il succède, mais pour la flamboyante réponse de Michel Serres, exposant avec chaleur et clarté tout le système girardien.

(2) Penser la guerre, Clausewitz, éd. Gallimard, 1976, 2 vol. Lire également Sur Clausewitz (1987, rééd. éd. Complexe, 2005).

(3) Ce traité est universellement considéré comme LA grande théorie de la guerre moderne. Il est même cité en référence par un général de l’armée américaine en opération en Afghanistan dans le dernier film de Robert Redford, Lions et Agneaux, une histoire d’apocalypse en marche…

Voir encore:

Réné Girard en débat

Deux ouvrages témoignent des échanges et débats provoqués par les théories de René Girardsur la violence et le sacrifice

Elodie Maurot
La Croix

23/2/11

SANGLANTES ORIGINES René Girard Flammarion , 394 pages , 23 € 

Jusqu’à aujourd’hui, les théories de René Girard sur la violence et le phénomène du bouc émissaire ont fait débat. Les uns louant une oeuvre quasi prophétique, dévoilant les mécanismes inconscients à l’oeuvre dans la société. Les autres dénonçant une vision trop générale, voire idéologique, donnant au judéo-christianisme un rôle majeur, celui d’avoir révélé le mécanisme du sacrifice et d’en avoir détruit l’efficacité.

Les deux ouvrages qui viennent d’être publiés offrent l’occasion de prendre le pouls de ce débat qui se joua essentiellement à l’extérieur de nos frontières. Les échanges dont ils témoignent faisaient suite à la publication de La Violence et le Sacré, en 1972, dans lequel René Girard exposait les grandes lignes de sa thèse : l’universalité du « désir mimétique » qui pousse les hommes à désirer les mêmes objets et à entrer en rivalité, la violence engendrée par cette concurrence, le choix de boucs émissaires permettant de reconstituer le groupe.

Sanglantes origines montre que le monde universitaire américain fut loin d’acquiescer univoquement à ces propositions. Aux États-Unis comme en France, beaucoup d’universitaires restèrent méfiants vis-à-vis d’une oeuvre se jouant des frontières entre disciplines, mêlant anthropologie, psychologie, philosophie, voire théologie. Les entretiens qui eurent lieu en Californie à l’automne 1983, entre René Girard et divers confrères (Walter Burkert, historien du rite ; Jonathan Smith, historien des religions ; Renato Rosaldo, ethnologue) témoignent de ces débats contradictoires, toutefois régulés par une éthique de la discussion exemplaire.

Le noeud du désaccord apparaît essentiellement lié au statut de la théorie girardienne. Sans faire mystère de ses convictions chrétiennes, Girard a toujours revendiqué un point de vue strictement scientifique, regardant les phénomènes religieux comme une classe particulière de phénomènes naturels. Cette lecture générale, quasi darwinienne, viendra heurter l’empirisme de ces adversaires, qui lui reprochent d’ignorer le terrain et d’accorder trop d’importance aux représentations et aux textes.

La discussion devait aussi se tenir sur un autre versant, avec les théologiens. La publication en français de l’ouvrage du jésuite suisse Raymund Schwager (1935-2004) offre un bel exemple de la réception des travaux de Girard dans le milieu théologique. De manière précoce, Schwager accepta son hypothèse clé : la vérité du christianisme est reliée à la question de la violence. Depuis la figure du serviteur souffrant chez Isaïe jusqu’à la mise à mort du Christ, le théologien trace le dévoilement progressif d’une logique de violence.

Pourquoi cette démystification ne fut-elle pas prise en compte plus tôt par les Églises ? Pourquoi celles-ci eurent-elles recours à la violence contre l’enseignement de leurs Écritures, notamment envers les juifs ? Telle est la question qui taraude Schwager. « La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement », constate-t-il.

La vérité biblique sur la violence, « obscurcie sur de nombreux points, (……) dénaturée en partie », n’a pourtant « jamais été totalement falsifiée par les Églises », juge-t-il. « Elle a traversé l’histoire et agi comme un levain », puis fut indirectement reprise par les Lumières. D’où cet hommage de Schwager à la modernité et aux « maîtres du soupçon » : « Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. »

Selon lui, c’est donc dans un dialogue avec les philosophes de la modernité que le christianisme peut retrouver son coeur ardent, la non-violence.

Lire aussi « Avons-nous besoin d’un bouc émissaire ? » de Raymond Schwager.

Voir de même:

Que valent nos valeurs? Interview: René Girard
La Croix
13/12/02

Le temps s’est remis à la philosophie
La Croix s’est interrogée sur les valeurs, en se demandant notamment, dans la suite du 11 septembre, s’il existe des valeurs universelles. Quelle serait votre réponse à une telle interrogation ?

René Girard : Le mot me gêne parce que, lorsqu’on dit « valeur », on parle de quelque chose de purement conceptuel que nous reconnaissons. Or, nous avons nombre de valeurs que nous ne sommes pas capables de formuler, mais qui comptent énormément pour nous, dont certaines sont dues à un état de la société assez récent. Par exemple, les valeurs égalitaires, très fortes en France, ne seraient pour beaucoup de gens pas reconnues comme des valeurs, mais comme des données irréductibles de l’existence humaine. Pour répondre sur le 11 septembre, je constate que le terrorisme est regardé par beaucoup comme une fatalité, comme une manière de lutter contre d’autres valeurs que les siennes. Cela me donne à penser que les « valeurs universelles » sont bien compromises.

_ En quoi la valeur d’égalité peut elle, justement, être reliée à la violence qui a éclaté le 11 septembre ?

_ Nous vivons dans un monde très égalitaire et concurrentiel à la fois où chacun aspire au même type de réussite. L’existence démocratique est très difficile. Et il est évident que nous vivons dans un univers où il y a des gagnants et des perdants, un univers plein de ressentiment, d’humiliation. Si vous lisez les déclarations de Ben Laden, vous observez qu’il met les nations et les individus sur le même plan. Dans une déclaration, il se réfère à Hiroshima : il est dans ce globalisme moderne et il pose des revendications au niveau planétaire. Par conséquent, c’est vraiment un homme moderne, influencé par les valeurs occidentales. Car il n’y a plus que les valeurs occidentales, le reste c’est du folklore.

_ Pourtant, Al-Qaeda utilise un mode d’action suicidaire inconnu en Occident…

_ Le phénomène est effectivement inédit en Occident et donc peu compréhensible. Il peut malgré tout se lier à ce que Nietzsche appelle le « ressentiment », ce que Dostoïevski appelle aussi le « souterrain ». L’une des qualités majeures du ressentiment, c’est que l’on préfère perdre soi-même pourvu que l’autre perde. Chez le kamikaze, cela est poussé à l’extrême. Pourtant, l’islam, ce n’est pas cela. Nous sommes donc dans l’exceptionnel.

_ On aurait pu penser qu’au lendemain du 11 septembre, les Etats-Unis s’interrogeraient sur ce qui avait suscité une telle haine à leur égard. Cela a-t-il été le cas ?

_ Si des terroristes avaient fait sauter la tour Eiffel, est-ce que cela aurait provoqué ce genre d’examen de conscience ? Je ne le crois pas. En Amérique comme en France, il y a une confiance morale en soi imperturbable et totale. Aujourd’hui, nous sommes dans des attitudes extrêmement tranchées, des réactions vitales en somme. L’Américain du Middle West dit : « Je me défends quand on m’attaque. » Ce qu’il faut dire aux Américains, ce n’est pas : « Vous êtes des sauvages », mais plutôt : « Vous êtes peut-être en train de commettre la plus grande erreur stratégique qui soit. » Il y a un discours impérial qui n’avait jamais été tenu aux Etats-Unis et qui y est tenu maintenant, notamment dans le milieu intellectuel gravitant autour du président Bush. Beaucoup d’Américains pensent pourtant qu’il n’y a pas d’empire américain possible. La comparaison que l’on fait parfois avec l’Empire romain est d’ailleurs très fausse. A l’époque de l’Empire romain, les populations concernées vivaient à l’état tribal. Alors, être protégé par l’Empire romain ou par un autre…

_ L’Occident s’est-il trompé pour en arriver à être si déconcerté aujourd’hui ?

_ Rappelons-nous les dernières pages de La Légende des siècles de Victor Hugo : l’aviation qui apporte la paix au monde. On nous a refait le coup récemment en nous disant que c’était les ordinateurs qui avaient battu les Soviétiques et le communisme. Devant Ben Laden, c’est tout le contraire qui se produit : nous nous trouvons face à des gens qui s’installent en Amérique, qui deviennent assez Américains pour fonctionner dans cet univers et qui tout à coup se jettent avec des avions sur les tours. La technologie se retourne contre l’Amérique, qui avait tellement cru en la bonté de l’homme !

_ Le message chrétien pourrait-il être redécouvert dans un tel contexte ?

_ Le monde ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans le christianisme. Mais beaucoup de gens ne savent pas ce qu’ils doivent au judéo-christianisme, à la Bible, sur le plan des valeurs. Nous avons trahi le christianisme en l’utilisant à des fins matérialistes, consuméristes. Dès que l’on parle de la violence, il se trouve des gens pour s’insurger : « Et le religieux, qui nous promettait la paix universelle, qu’a-t-il fait pour nous ? » Je leur réponds que les Evangiles ne promettent pas la paix universelle. Le christianisme, c’est : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » Vous prenez le christianisme comme un gadget permettant de repousser la violence chez le voisin. Vous vous imaginez que l’on peut se servir du christianisme comme d’un instrument politique au niveau le plus bas, que l’on peut l’asservir. Mais le christianisme dit des vérités sur l’homme. Loin d’être usé, il pourrait revenir comme une espèce de coup de tonnerre. Les gens n’ont pas envie d’être rassurés. Ils veulent que les chrétiens leur apportent du sens et de la signification. Ce que ne peut fournir le tout économique.

_ Dans ce tableau très sombre, quelle issue proposez-vous ?

_ Elle est dans le partage : des matières premières, de la recherche, des ressources médicales… C’est ce qui nous sauverait peut-être, y compris sur le plan économique. Souvenons-nous du plan Marshall, qui a réussi à tous les niveaux. Globalement, je m’inquiète du manque de sérieux, du manque d’unité des gouvernants, de leur inconscience de la situation psychologique extraordinaire dans laquelle le monde se trouve. Ce n’est pas nouveau. J’ai vécu depuis 1937 dans un monde en désarroi. Mais on ne se rend pas compte que la période qui a suivi la guerre, de Khrouchtchev à aujourd’hui, nous a rendus plus complaisants envers nous-mêmes.

_ On vous a cru d’abord « oiseau de malheur », parce que votre pensée s’élaborait autour du thème de la violence. Votre oeuvre est aujourd’hui relue sous un autre jour. Qu’en pensez-vous ?

_ Ce que je disais n’a pas été pris au sérieux parce que, durant ces cinquante dernières années, la philosophie a évacué la violence. La philosophie et la théologie ont présenté les textes eschatologiques et apocalyptiques un peu comme une bonne farce. Mais ce n’est pas cela du tout ! Leur présence dans les Evangiles pose de sérieux problèmes. Lorsque les hommes sont privés du garde-fou sacrificiel, ils peuvent se réconcilier _ c’est ce que le christianisme appelle Royaume de Dieu. Ce Royaume de Dieu, pour l’obtenir, il ne suffit pas de renoncer à l’initiative de la violence : ce que prône l’Evangile, c’est le renoncement universel à la violence. Voilà une valeur qui pourrait être universelle, et qui ne l’est pas encore !

Recueilli par Laurent d’ERSU et Robert MIGLIORINI

La brillante carrière d’un expatrié

Né en 1923 à Avignon, René Girard a choisi, au sortir de la guerre, de s’expatrier aux Etats-Unis. Il était diplômé de l’école des Chartes, à la Sorbonne. Il y avait acquis le goût de l’érudition et l’art du déchiffrement des textes. Installé d’abord, en 1947, à l’université d’Indiana où il enseigne alors le français, il rejoint finalement, en 1974, la renommée Stanford University en Californie. Il y dirige à partir de 1981 le département de langue, littérature et civilisation françaises. Il n’enseigne plus depuis 1996 et poursuit la publication d’ouvrages, vivant entre Paris et les Etats-Unis. Il est notamment l’auteur de l’essai La Violence et le sacré (1972) et des Choses cachées depuis la fondation du monde (1978). Dans cette oeuvre qui suscite des réactions passionnelles, René Girard développe la thèse du conflit mimétique, explication globale du conflit dans nos sociétés fondée sur l’analyse du rôle central du bouc émissaire. Il vient de publier, toujours chez Grasset, une sélection de textes jusqu’ici seulement disponibles en anglais, La Voix méconnue du réel (318 p., 20 E).

Sagesses

« Pour voir face à face, dans son universalité et son imprégnation de toutes choses, l’esprit de Vérité, il faut être en mesure d’aimer comme soi-même la plus chétive des créatures. Et qui aspire à cela ne peut se permettre de s’exclure d’aucun domaine où se manifeste la vie. C’est pourquoi mon dévouement à la Vérité m’a entraîné dans le champ de la politique ; et je puis dire sans la moindre hésitation, mais aussi en toute humilité, que ceux-là n’entendent rien à la religion, qui prétendent que la religion n’a rien de commun avec la politique. »

(Gandhi, Autobiographie)

MIGLIORINI Robert

Voir par ailleurs:

Ben Laden, un an après
Un essai girardien de Bruno de Cessole
Causeur

Jérome Leroy

06 mai 2012

Un an après sa mort, il est peut-être temps d’essayer de comprendre le sens du phénomène Ben Laden, d’interroger celui qui reste la figure la plus accomplie du Négatif en ce début de XXIème siècle : celle de Ben Laden. On pourra utilement se tourner vers le livre de Bruno de Cessole Ben Laden, le bouc émissaire idéal (La Différence), écrivain et critique à Valeurs Actuelles. Après tout, ce sont les écrivains qui durent, contrairement aux spécialistes qui se démodent au gré des événements. C’est l’écrivain qui discerne, presque malgré lui, comme une plaque sensible, ce qui fait la ligne de force d’une époque, ses zones névralgiques cachées et douloureuses, ses glissements tectoniques et occultes.

Atlantistes fascinés par le choc des civilisations, européens accrochés à des vestiges de grandeur ou altermondialistes en mal de nouvelles grilles de lecture, abandonnez tout espoir à l’orée de Ben Laden, le bouc émissaire idéal ! Ce livre commencera par vous renvoyer dos à dos : « Au fanatisme mortifère des « fous d’Allah », à leur mépris de la vie et de la mort, à leur attirance pour le sacrifice et l’holocauste, nous ne pouvons opposer que le mol oreiller de notre scepticisme, l’obscénité de notre matérialisme consumériste, et la fragilité d’un modèle économico-politique, qui depuis la crise américaine de 2008 et la crise de la zone euro de 2011, prend l’eau de toute part et ne fait plus rêver. »
Avec celui qui, un certain 11 septembre 2001, nous fit rentrer dans l’Histoire aussi vite que Fukuyama avait voulu nous en faire sortir après la chute du Mur de Berlin, Bruno de Cessole veut cerner ce qui s’est joué et se jouera encore longtemps dans la cartographie bouleversée de nos imaginaires.

Le cœur du raisonnement de Cessole, la ligne de force entêtante et mélancolique de son essai, c’est que rien ne s’est terminé avec l’opération militaire des Seals, le 1er mai 2011, quand Ben Laden fut exécuté dans sa résidence d’Abottabad, à quelques centaines de mètres du Saint-Cyr Pakistanais, avant que sa dépouille ne soit immergée en mer d’Oman. Cette opération nocturne minutieusement décrite par l’auteur, ressemblait davantage à une cérémonie d’exorcisme qu’à une action de commando, comme s’il s’était agi de répondre symboliquement par l’obscurité d’un refoulement définitif à la surexposition pixélisée des Twin Towers s’effondrant sur elles-mêmes dans un cauchemar d’une horrible et insoutenable perfection plastique.

Mais on ne refoule pas le réel et Ben Laden a d’une certaine manière gagné la guerre qu’il avait déclenchée : « Peut-on considérer comme une flagrante défaite stratégique le formidable chaos irakien, le réveil des affrontements entre chiites et sunnites, la prolifération des terroristes islamistes dans un pays où Al-Qaïda n’était pas implanté auparavant ; la fragilité du régime corrompu de Karzaï ; la dégradation des relations américaines avec le Pakistan, et les innombrables bavures commises par les Américains depuis leur entrée en guerre, sources d’un ressentiment durable, sinon inexpiable dans le monde musulman. »

Plus grave encore, pour ce lecteur attentif de René Girard qu’est Cessole, Ben Laden a remporté des batailles symboliques sur plusieurs plans. Nous avons voulu tricher avec lui, en faire un bouc émissaire idéal, fabriqué à la demande, si commode pour réaffirmer notre propre cohésion vacillante. Mais voilà que la créature nous échappe, que Ben Laden devient le rival mimétique par excellence, réintroduit la violence archaïque jusque dans notre vocabulaire, comme Bush partant en « croisade » contre l’ « axe du mal », et qu’il nous force à désirer en lui à la fois ce qui nous manque et ce qui nous tue.

Ben Laden aurait pu être notre salut paradoxal, conclut Cessole en pessimiste bernanosien; mais il n’est que la preuve ultime de notre fascination nihiliste pour notre propre fin.

Voir enfin:

Une campagne contre le harcèlement scolaire hérisse les profs
Mattea Battaglia

Le Monde

03.11.2015

La ministre de l’éducation nationale se serait sans doute volontiers passé de cette polémique. Najat Vallaud-Belkacem se voit sommée de retirer la vidéo de sa campagne contre le harcèlement à l’école, qui suscite un tollé chez les syndicats d’enseignants.

Le petit film, déjà mis en ligne par le ministère, doit aussi être diffusé au cinéma et à la télévision à compter de jeudi 5 novembre, jour de la première journée nationale « Non au harcèlement ».
L’exaspération des professeurs dépasse, largement, les clivages habituels : du SGEN-CFDT, syndicat dit réformateur, au SNALC, habituellement présenté comme « de droite » (même s’il le récuse), en passant par la Société des agrégés ou l’organisation des inspecteurs SNPI-FSU, tous y sont allés de leur critique contre un clip qui, à leurs yeux, rend l’enseignant, présenté au mieux comme inattentif, au pire comme harcelant, directement responsable du harcèlement scolaire. Un phénomène qui touche 700 000 élèves chaque année, de source ministérielle.

« Une vidéo caricaturale et méprisante »
Ce sujet grave « ne peut être réduit à une enseignante, le nez collé au tableau, qui ne se soucierait pas des élèves et notamment de ceux victimes de gestes et de paroles humiliantes pendant la classe », a réagi lundi le principal syndicat d’instituteurs, le SNUipp-FSU, qui dénonce une vidéo « caricaturale et méprisante pour les enseignants et pour les élèves victimes ». (…) Avec les fonds dégagés pour financer ce clip, le ministère aurait été bien mieux avisé de diffuser dans les écoles des ressources pédagogiques existantes et les vidéos de qualité réalisées par les élèves eux-mêmes ». Qu’importe si, en l’occurrence, les fonds en question sont… nuls : « Nous n’avons pas déboursé un seul euro pour ce clip réalisé en partenariat avec Walt Disney », fait-on valoir dans l’entourage de Mme Vallaud-Belkacem. Mais dans le climat d’inquiétude, voire de net désenchantement, de la communauté éducative face aux réformes promises pour 2016 (collège, programmes), ce « couac » dans la communication ministérielle passe mal.

D’après le ministère de l’éducation, le clip d’une minute « est d’abord censé interpeller les écoliers de 7 à 11 ans, car c’est dès le plus jeune âge que débute le harcèlement ». Coproduit par la journaliste Mélissa Theuriau, qui aurait elle-même été victime de harcèlement au collège, le petit film montre un petit garçon aux cheveux roux, Baptiste, qui, en plein cours, se voit la cible des quolibets et boulettes de papier lancés par ses camarades.

Une campagne plus vaste
A l’origine de l’indignation des syndicats, les neuf secondes au cours desquelles son enseignante, les yeux rivés au tableau, semble ignorer la détresse de l’enfant harcelé, auquel elle tourne le dos avant de l’interpeller : « Baptiste, t’es avec nous ? ». Le « happy end » – une petite camarade vient en aide à Baptiste, lui enjoignant d’« en parler » pour que « ça cesse » – n’atténue guère l’impression d’une mise en scène peu nuancée.

Si la vidéo fait mouche du côté des enfants, comme on veut le croire au cabinet de la ministre, le moins qu’on puisse dire est qu’elle a manqué sa cible côté enseignants. Et risque d’occulter, aux yeux de l’opinion publique, le contenu plus vaste de la campagne contre le harcèlement présentée le 29 octobre par Najat Vallaud-Belkacem. Parmi les mesures annoncées, figure entre autres, l’ouverture d’un numéro vert (le 30 20) et l’objectif de former au cours des dix-huit prochains mois pas moins de 300 000 enseignants et personnels de direction sur la question.

Mélissa Theuriau défend son clip
Mélissa Theuriau, coproductrice du petit film, s’est expliquée au micro d’Europe 1 : « Je montre une institutrice qui a le dos tourné, comme tous les professeurs et les instituteurs qui font un cours à des enfants, et qui ne voit pas dans son dos une situation d’isolement, une petite situation qui est en train de s’installer et qui arrive tous les jours dans toutes les salles de classe de ce pays et des autres pays. »

La journaliste assure que son but était de ne pas faire un clip qui s’adresse aux adultes ou aux professeurs, mais bel et bien aux enfants. « Si tous les instituteurs étaient alertes et réactifs à cette problématique de l’isolement, on n’aurait pas besoin de former, de détecter le harcèlement, on n’aurait pas 700 000 enfants par an en souffrance », a-t-elle poursuivi.

Voir de même:

René Girard, penseur chrétien

Brice Couturier

France Culture

06.11.2015

La pensée de René Girard est absolument essentielle pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, en ce début du XXI° siècle. Pourquoi ? Parce qu’elle tourne autour de la question de la violence dans son rapport avec la religion. Y a-t-il question plus actuelle ? Le bouc-émissaire se conclut sur une méditation sur la prophétie « L’heure vient même où qui vous tuera estimera rendre un culte à Dieu. » On ne saurait être plus contemporain, vous en conviendrez…

Pour connaître la pensée de René Girard, rien de mieux que de se reporter au résumé très pratique qu’il en donne lui-même dans l’Introduction de 2007 à la réédition, par Grasset, de ses œuvres majeures. Il s’agit d’un recueil intitulé De la violence à la divinité. On y voit, en effet, sa pensée s’y constituer dans sa cohérence, faire système.

Mensonge romantique et vérité romanesque pose le concept de base de cette pensée : celui désir médiatisé, de désir mimétique : le désir le plus violent est celui qui poursuit ce que possède l’être auquel nous nous identifions. Il est la conséquence de la rivalité mimétique. Celle-ci mêle étrangement haine et vénération, aspiration à la ressemblance et à l’élimination. De manière générale, nous sommes attirés par ce qui attire les autres et non par les objets de convoitise pour eux-mêmes. Le « mensonge romantique », c’est le refus de reconnaître l’existence de ce tiers – l’autre, les autres dans l’émergence du désir.

La concurrence, qu’elle soit « mimétique » ou non, est à l’origine, dit Girard, de « mille choses utiles ». On n’invente, on n’innove que dans l’espoir de précéder un autre inventeur, un autre innovateur. Comment dompter la compétition, saine en soi, mais qui peut à tout moment s’emballer et déboucher sur la violence ?

C’est ici qu’intervient, avec La violence et le sacré, la figure du bouc-émissaire. « On ne peut tromper la violence que dans la mesure où on ne la prive pas de tout exutoire, où on lui fournit quelque chose à se mettre sous la dent », écrit Girard. L’unanimité du groupe, menacée par la rivalité mimétique, se fait sur le dos d’une victime expiatoire ; souvent, dit Girard, un étranger en visite. Sa mise à mort collective permet à la communauté de se ressouder.

Par la suite, cette victime pourra bien être divinisée, dans la mesure où l’on aura pris conscience du rôle, bien involontaire, de « sauveur de la communauté » qu’elle a été amenée à jouer. Mais sur le moment, elle est désignée comme coupable. Et la communauté massacreuse comme innocente. Telle serait l’origine des religions archaïques, dont leurs mythes livrent la clé, à travers le sacrifice rituel, répétition, symbolique ou non, de la mise à mort originelle.

Girard était chrétien. Non pas par héritage et tradition. Mais parce que christianisme lui est apparu comme la conséquence logique de son cheminement intellectuel. Si Jésus est, en effet, présenté comme un nouveau bouc-émissaire, le récit qui rapporte son supplice (les Evangiles) prend fait et cause pour la victime. Là réside la nouveauté. C’est ce que développe le bouc émissaire. Ce qui était caché devient manifeste au moment même où le Dieu nouveau cesse d’exiger le sacrifice et même l’empêche – c’est la signification de l’intervention d’un ange, arrêtant le sacrifice d’Isaac par Abraham.

René Girard était un inclassable. Il travaillait sur les textes littéraires, comme sur les récits des ethnologues et lisait la Bible et les Evangiles autant en théologien qu’en mythologue.

L’intelligentsia française a toujours eu du mal à digérer cet intellectuel, mondialement connu, mais qui présentait le défaut de n’être ni marxiste dans les années 60, ni structuraliste dans les années 70, ni déconstructiviste dans les années 90, ni keynésien aujourd’hui… En outre, il prenait très au sérieux la religion à une époque où elle était donnée comme en voie d’extinction…

On sait à présent comment les choses ont tourné. Comme le rappelle Damien Le Gay dans son excellent article du FigaroVox d’hier, l’Université, en France, n’en a pas voulu. Il ne fallait pas compter sur les média pour le comprendre, tant sa théorie est étrangère à leur doxa. Je signale l’article d’Olivier Rey, dans Le Figaro de ce matin, qui met le doigt sur le problème central posé par cette pensée, ce qu’il appelle « une boucle assumée » : prétendre comprendre le christianisme à la lumière de ce qu’on croit en avoir découvert. Dieu sait quel usage le Parti des Média va bien pouvoir faire de sa dépouille…

La mort de René Girard, penseur de la violence
Jean-Claude Guillebaud
Le Nouvel Obs

13-08-2010

Mis à jour le 05-11-2015

Le philosophe et académicien français René Girard est décédé mercredi à l’âge de 91 ans aux Etats-Unis. C’est l’Université de Stanford, en Californie, où il a longtemps dirigé le département de langue, littérature et civilisation française, qui l’a annoncé
Si son œuvre a été largement traduite pour l’étranger, elle reste mal connue du grand public en France
Désir mimétique, mythologie sacrificielle et enseignement évangélique : en 2010, Jean-Claude Guillebaud présentait dans «le Nouvel Observateur» le message du plus américain de nos grands esprits.

Le théoricien du « désir mimétique »
Nous sommes quelques-uns à tenir René Girard pour l’un des trois ou quatre principaux penseurs de ce temps. Longtemps professeur à l’université de Stanford en Californie, René Girard – académicien depuis 2005 – vit aux Etats-Unis depuis 1947. Ce philosophe, historien des religions et spécialiste de littérature française, né en 1923 à Avignon, a gagné de cette vie «ailleurs» un statut éditorial singulier.

Il ne fut pas mêlé aux querelles de l’après-guerre, ni à celles qui suivirent. Ainsi ses livres furent-ils perçus, dès l’origine, comme des objets philosophiques non identifiés. A bien réfléchir, son œuvre théorique n’a cessé de bousculer le champ de la pensée. Une œuvre venue d’ailleurs, à tous les sens du terme. Elle a suscité une abondance incroyable de commentaires, gloses, ouvrages collectifs, attaques, accusations, etc.

On ne résumera pas ici la pensée de Girard, organisée tout entière autour du «désir mimétique» et d’une relecture «non sacrificielle» du message évangélique. On en dira seulement quelques mots. Depuis «Mensonge romantique et vérité romanesque», paru en 1961, et «la Violence et le sacré» (1972), René Girard creuse infatigablement son sillon. Peu d’auteurs auront été aussi opiniâtres que lui.

René Girard et son « hypothèse »
De livre en livre, Girard approfondit et enrichit ce qu’il appelle son «hypothèse» : la mise en évidence du rôle de l’imitation, de la mimésis, dans le fonctionnement du désir et tout ce qui en résulte, notamment le sacrifice d’un bouc émissaire par un groupe humain en proie à la réciprocité concurrente du désir. Pour Girard – et pour Freud qui l’avait pressenti dans «Totem et tabou» – ce meurtre inaugural, ce lynchage d’une victime par ses persécuteurs est le fondement anthropologique de toutes les cultures humaines.

Le groupe, en somme, refait son unité sur le sacrifice d’un seul, sacrifice qui ramène temporairement le calme tandis qu’est promue une «vérité» unanime, celle des persécuteurs. Cette fausse vérité sert de fondement culturel à la persécution des victimes puisqu’elle les présente comme des coupables, des trublions, des menaces. Ainsi la foule des persécuteurs se convainc-elle de la justesse ontologique de l’oppression qu’elle exerce. Les foules en mal de lapidation sont «unanimes», chaque résolution se nourrissant – par contagion mimétique – de la résolution des «autres».

Depuis son second livre, «la Violence et le sacré» (1973), Girard réexamine avec une patiente finesse le texte biblique, et surtout évangélique, en qui il voit un dévoilement radical de l’unanimité sacrificielle, une déconstruction du discours meurtrier. La subversion radicale du christianisme – à ne pas confondre avec son instrumentalisation historique par la «chrétienté» – tient au fait qu’il déconstruit le discours des persécuteurs, en montre la fausseté et contribue, de siècle en siècle, à le rendre illégitime.

Le point de vue des victimes retrouve une pertinence que nous avons le plus intériorisée sans nous en rendre compte. Aujourd’hui, nul ne peut tenir «innocemment» un discours de l’oppression. Ce dernier doit se déguiser en projet «libérateur», il doit contrefaire, en somme, le message évangélique. Toute l’histoire des totalitarismes contemporains – ceux qui ont ensanglanté le XXe siècle, peut être relue comme une immense et meurtrière contrefaçon. Comme le phénoménologue Michel Henry disparu en 2002 et au-delà de toute bondieuserie, Girard définit donc le message évangélique comme une prodigieuse «subversion» anthropologique qui n’en finit pas de faire son chemin dans le monde.

Girard, Lévi-Strauss : un désaccord complice
Pour Girard, il faut prendre au sérieux ce que racontent les mythes. La violence sacrificielle sur laquelle se fondent très lointainement nos cultures n’est pas une figure de style. La grande rupture évangélique qui dévoile en quelque sorte le mécanisme sacrificiel et disqualifie sa violence ne l’est pas non plus.

C’est notamment sur ce point que Girard a entretenu pendant des décennies avec Claude Lévi-Strauss ce qu’on pourrait appeler un désaccord complice. Pour dire les choses en peu de mots, Girard reproche à l’auteur du «Totémisme aujourd’hui» de ne voir dans les mythes qu’une aptitude à symboliser la pensée, un «truc» archaïque, ce qui le conduit à minimiser le rôle joué par la violence effective dont les mythes, de siècle en siècle, conservent le souvenir terrifié.

Avec Nietzsche, on n’ira pas jusqu’à parler de «complicité» dans la mesure où Girard est le plus conséquent des anti-nietzschéens contemporains. Il n’empêche que sa familiarité avec l’œuvre et la lecture qu’il fait de ce maître du soupçon perpétue entre eux une singulière «intimité», dont c’est peu de dire qu’elle est féconde. Sauf à tenir Girard pour un fou ou un imposteur de génie, après l’avoir lu, on ne peut plus considérer notre histoire de la même façon. Girard est aujourd’hui académicien, mais son œuvre, n’en doutons pas, est une bombe à retardement.

Le Nouvel Observateur. Dans votre dernier livre, à une réponse sur la croyance en général, vous suggérez une analyse de la «conversion»? au sens large du terme et pas seulement dans son acception religieuse? tout à fait saisissante. Vous dites que votre conversion personnelle fut la découverte de votre propre mimétisme. Qu’est-ce à dire?

René Girard. Notre regard sur le réel est très évidemment influencé par nos désirs. Depuis Marx, par exemple, nous savons que notre situation économique, notre désir d’argent, aussi mimétique que possible, influence notre vision de toutes choses. Depuis Freud nous savons qu’il en va de même pour nos désirs sexuels, même et surtout si nous ne nous en rendons pas compte.

Nous cherchons à nous défaire de toutes ces distorsions, mais les méthodes objectives telles que l’analyse sociologique ou la psychanalyse restent grossières, mensongères même, dans la mesure où le mimétisme toujours individuel de nos désirs et de leurs conflits leur échappe. Les méthodes faussement objectives ne tiennent aucun compte de l’influence qu’exerce sur chacun de nous notre propre expérience, notre existence concrète.

Pour analyser mes propres désirs, personne n’est compétent, pas même moi si je ne réussis pas à jeter sur eux un regard aussi soupçonneux que sur le désir des autres. Et je trouve toujours au départ de mes désirs un modèle souvent déjà transformé en rival.

Je définis donc comme «conversion» le pouvoir de se détacher suffisamment de soi pour dévoiler ce qu’il y a de plus secrètement public en chacun de nous, le modèle, collectif ou individuel, qui domine notre désir. Il faut renoncer à s’agripper (consciemment ou inconsciemment) à autrui comme à un moi plus moi que moi-même, celui que je rêve d’absorber. Il y a quelque chose d’héroïque à révéler ce que chacun de nous tient le plus à dissimuler, en se le dissimulant à lui-même. C’est beaucoup plus difficile que de faire étalage de sa propre sexualité.

Cela signifie-t-il que la plupart des «opinions» ou «convictions» auxquelles nous sommes si attachés sont le produit mimétique d’un climat historique particulier, d’une opinion majoritaire, etc.?

R. Girard. Le plus souvent, mais pas toujours. Les oppositions systématiques – et symétriques – sont souvent des efforts délibérés pour échapper au mimétisme, et par conséquent sont mimétiques également. Soucieuses de s’opposer à l’erreur commune, elles finissent par ne plus en être que l’image inversée. Elles sont donc tributaires de cela même à quoi elles voulaient échapper. Il faut analyser chaque cas séparément. Ce qui est certain, c’est que nous sommes infiniment plus imprégnés des «préjugés» de notre époque et de notre groupe humain que nous ne l’imaginons. Nous sommes mimétiquement datés et situés, si je puis dire.

Vous citez le cas de Heidegger, qui se croit étranger au mimétisme et qui pourtant, en devenant nazi, se met à penser lui aussi comme «on» pense autour de lui. Cela signifie-t-il que sa propre réflexion ne suffit pas à le prémunir contre la puissance du mimétisme? Peut-on généraliser la remarque

R. Girard. Le désir mimétique est de plus en plus visible dans notre monde et, depuis le romantisme, nous voyons beaucoup le désir mimétique des autres mais pour n’en réussir que mieux, le plus souvent, à nous cacher le nôtre. Nous nous excluons de nos propres observations.

C’est ce que fait Heidegger, il me semble, lorsqu’il définit le désir du vulgum pecus par le «on», qu’il appelle aussi «inauthenticité», tout en se drapant fort noblement dans sa propre authenticité, autrement dit dans un individualisme inaccessible à toute influence. Il est facile de constater que, au moment où «on» était nazi autour de lui, Heidegger l’était aussi et, au moment où «on» a renoncé au nazisme, Heidegger aussi y a renoncé.

Ces coïncidences justifient une certaine méfiance à l’égard de la philosophie heideggérienne. Elles ne justifient pas, en revanche, qu’on traite ce philosophe en criminel de guerre ainsi que le font nos «politiquement corrects». Ces derniers ressemblent plus à Heidegger qu’ils ne s’en doutent car, comme lui, ils représentent leur soumission aux modes politiques comme enracinée au plus profond de leur être. Peut-être ont-ils moins d’être qu’ils ne pensent.

Cet enfermement inconscient dans le mimétisme aide-t-il à comprendre pourquoi de nombreux intellectuels français ont pu se fourvoyer, selon les époques, dans le stalinisme, le maoïsme, le fascisme? Et pourquoi, de ce point de vue, ils n’étaient guère plus clairvoyants que les foules? Le mimétisme serait un grand «égalisateur» en faisant de chacun, fût-il savant, un simple «double»? 

R. Girard. Je crois que les intellectuels sont même fréquemment moins clairvoyants que la foule car leur désir de se distinguer les pousse à se précipiter vers l’absurdité à la mode alors que l’individu moyen devine le plus souvent, mais pas toujours, que la mode déteste le bon sens.

Ce que vous dites là fait penser à une belle phrase de Bernanos, prononcée en 1947: «Le mensonge a changé de répertoire.» Ce «mensonge» dont parle Bernanos, n’est-ce pas, précisément, le «suivisme» désespérant des foules, c’est-à-dire le mimétisme? 

R. Girard. Le mot «répertoire» est admirable car, dans notre univers médiatique, chacun se choisit un rôle dans une pièce de théâtre écrite par quelqu’un d’autre. Cette pièce tient l’affiche pendant un certain temps et tous les jours chacun la rejoue consciencieusement dans la presse, à la télévision et dans les conversations mondaines. Et puis, un beau jour, en très peu de temps, on passe à autre chose de tout aussi stéréotypé, car mimétique toujours. Le répertoire change souvent, en somme, mais il y a toujours un répertoire.

Mais si le mimétisme est si puissant, comment expliquer le phénomène de la dissidence? Comment et pourquoi des hommes et des femmes échappent-ils à l’opinion commune et se révèlent capables, comme l’a fait Soljénitsyne et quelques autres, d’avoir «raison contre tous»?

R. Girard. Il y a une dissidence qui est pur esprit de contradiction, un désir mimétique redoublé et inversé, mais il y a aussi une dissidence réelle, héroïque et proprement géniale, devant laquelle il convient de s’incliner. Pensez à la «dissidence» d’Antigone dans la pièce de Sophocle, par exemple! Je ne prétends pas expliquer Soljénitsyne par le désir mimétique.

Ce que vous dites, c’est qu’il est infiniment plus difficile qu’on le croit d’accéder à un minimum d’objectivité, c’est-à-dire à une vision non mimétique et non sacrificielle de «notre» monde? 

R. Girard. Notre univers mental nous paraît constitué essentiellement de valeurs positives auxquelles nous adhérons librement, parce qu’elles sont justes, raisonnables, vraies. L’envers de tout cela au sein des cultures les plus diverses repose sur l’expulsion de certaines victimes et l’exécration des «valeurs» qui leur sont associées. Les valeurs positives sont l’envers de cette exécration. Dans la mesure où cette exécration «structure» notre vision du monde, elle joue donc elle aussi un rôle très important.

Nous savons aujourd’hui que même dans le domaine des sciences de la nature, au niveau de l’infiniment petit, l’observation affecte l’objet observé. Pour toute recherche soucieuse de vérité, l’objectivité est essentielle. Mais pour se rendre objectif, il faut tenir compte de tout ce qui influence notre perception de l’objet, la distance qui nous sépare de lui, l’éclairage, etc.

Dans le domaine des sciences de la nature, tout au moins en ce qui concerne la perception ordinaire, on est dans le domaine du mathématiquement mesurable, on peut reproduire les conditions d’observation pour tous les observateurs. Une certaine objectivité est donc relativement facile à obtenir.

L’erreur du vieux positivisme fut de croire qu’il en irait de même dans le domaine de l’homme, une fois le religieux éliminé. L’observateur pourrait se détacher sans peine de ce qu’il observe et se mettre à distance en appliquant des recettes standardisées. Il est bien évident que nos descendants, en regardant notre époque, y repéreront un même type d’uniformité, de conformisme et d’aveuglement que nous découvrons dans les époques passées. Bien des choses qui nous paraissent aujourd’hui comme des évidences indubitables leur paraîtront proches de la superstition collective.

A mes yeux, la «conversion» consiste justement à prendre conscience de cela. A s’arracher à ces adhérences inconscientes. C’est d’ailleurs un premier pas vers la modestie…

Le faites-vous toujours? Vous-même, dans ce dernier livre, vous donnez in fine un texte très polémique qui est une réponse à Régis Debray. Serait-ce de votre part une façon de succomber à votre tour au mimétisme polémique? 

R. Girard. L’esprit rivalitaire joue un rôle, je le crains, dans tous mes textes polémiques. Ecrire est si pénible pour moi que je ne pourrais pas m’y remettre, parfois, sans l’aide d’un excitant quelconque. Le plus puissant de tous, car il se rapporte directement à ce que je veux dire, c’est une bonne rasade de rivalité mimétique.

Régis Debray m’a intéressé pour deux raisons: l’une est négative, c’est son ignorance totale de ce que je répète depuis plus de quarante ans, la rivalité mimétique justement. Il n’a jamais regardé cela de près. L’autre est positive, c’est son réalisme face au phénomène religieux. Les solutions qu’il ébauche vont dans la direction qui m’intéresse mais s’arrêtent en cours de route.

Diriez-vous que le tort principal de Régis Debray, c’est d’être plus fasciné par la «messagerie» (le catholicisme historique) que par le «message», c’est-à-dire la rupture évangélique, dont il ne saisit pas l’importance?

R. Girard. Oui. Dans tout l’Occident, d’ailleurs, la confusion systématique entre le message chrétien et l’institution cléricale persiste en dépit de tout ce qui devrait la faire cesser. Depuis le XVIIe siècle, l’Eglise catholique a perdu non seulement tout ce qu’il lui restait de pouvoir temporel mais la plupart de ses fidèles, et aussi son clergé, qui, en dehors d’exceptions remarquables, est au-dessous de zéro, aux Etats-Unis notamment, pourri de contestations puériles, ivre de conformisme antireligieux.

Les anticatholiques militants ne semblent rien voir de tout cela. Ils sont plus croyants, au fond, que leurs adversaires et ils voient plus loin qu’eux, peut-être. Ils voient que l’effondrement de toutes les utopies antichrétiennes, plus la montée de l’islam, plus tous les bouleversements à venir, va forcément, dans un avenir proche, transformer de fond en comble notre vision du christianisme.

Récemment, en France, vous avez scandalisé en défendant le film de Mel Gibson, réduisant la force du témoignage christique à la violence exhibitionniste par lui endurée, alors même que les représentants des institutions chrétiennes, de l’archevêque de Paris à de nombreux évêques, pasteurs ou théologiens, se montraient très hostiles à ce film.

R. Girard. C’est aux Etats-Unis que j’ai vu le film et que j’ai écrit un article sur lui. J’ai dit ce que je pensais en fonction des réactions américaines, parfois très virulentes dans l’hostilité, mais beaucoup plus diverses qu’ici. La France a trop tendance à imaginer l’Amérique dans cette Passion: «Hollywood à l’état pur», ai-je pu lire, alors qu’en réalité Hollywood est étranger à l’affaire. Un évêque du Québec m’a dit qu’il avait amené une de ses paroisses voir ce film et que, après la projection, lesdits paroissiens, tous de langue française, étaient restés en prière une bonne demi-heure dans le cinéma spontanément transformé en église.

Comment expliquez-vous qu’en France seuls les catholiques très traditionalistes aient soutenu le film? N’est-ce pas paradoxal de vous retrouver dans ce camp-là?

R. Girard. Le fait d’être un anthropologue révolutionnaire ne m’empêche pas, bien au contraire, d’être un catholique très conservateur. J’évite comme la peste les liturgies filandreuses, les catéchismes émasculés et les théologies désarticulées. Ce qui est sûr, c’est qu’en exilant le religieux dans une espèce de ghetto, comme notre conception de la laïcité tend à le faire, on s’interdit de comprendre. On appauvrit tout à la fois la religion et la recherche non religieuse.

Voir enfin:

Stanford professor and eminent French theorist René Girard, member of the Académie Française, dies at 91
A member of the prestigious Académie Française, René Girard was called « the new Darwin of the human sciences. » His many books offered a bold, sweeping vision of human nature, human history and human destiny. He died Nov. 4 at 91.
Cynthia Haven

Stanford news

November 4, 2015

René Girard was one of the leading thinkers of our era – a provocative sage who bypassed prevailing orthodoxies and « isms » to offer a bold, sweeping vision of human nature, human history and human destiny.

L.A. Cicero French theorist René Girard was one of the leading thinkers of our era, a faculty member at Stanford since 1981 and one of the immortels of the Académie Française.
The renowned Stanford French professor, one of the 40 immortels of the prestigious Académie Française, died at his Stanford home on Nov. 4 at the age of 91, after long illness.

Fellow immortel and Stanford Professor Michel Serres once dubbed him « the new Darwin of the human sciences. » The author who began as a literary theorist was fascinated by everything. History, anthropology, sociology, philosophy, religion, psychology and theology all figured in his oeuvre.

International leaders read him, the French media quoted him. Girard influenced such writers as Nobel laureate J.M. Coetzee and Czech writer Milan Kundera – yet he never had the fashionable (and often fleeting) cachet enjoyed by his peers among the structuralists, poststructuralists, deconstructionists and other camps. His concerns were not trendy, but they were always timeless.

In particular, Girard was interested in the causes of conflict and violence and the role of imitation in human behavior. Our desires, he wrote, are not our own; we want what others want. These duplicated desires lead to rivalry and violence. He argued that human conflict was not caused by our differences, but rather by our sameness. Individuals and societies offload blame and culpability onto an outsider, a scapegoat, whose elimination reconciles antagonists and restores unity.

According to author Robert Pogue Harrison, the Rosina Pierotti Professor in Italian Literature at Stanford, Girard’s legacy was « not just to his own autonomous field – but to a continuing human truth. »

« I’ve said this for years: The best analogy for what René represents in anthropology and sociology is Heinrich Schliemann, who took Homer under his arm and discovered Troy, » said Harrison, recalling that Girard formed many of his controversial conclusions by a close reading of literary, historical and other texts. « René had the same blind faith that the literary text held the literal truth. Like Schliemann, his major discovery was excoriated for using the wrong methods. Academic disciplines are more committed to methodology than truth. »

Girard was always a striking and immediately recognizable presence on the Stanford campus, with his deep-set eyes, leonine head and shock of silver hair. His effect on others could be galvanizing. William Johnsen, editor of a series of books by and about Girard from Michigan State University Press, once described his first encounter with Girard as « a 110-volt appliance being plugged into a 220-volt outlet. »

Girard’s first book, Deceit, Desire and the Novel (1961 in French; 1965 in English), used Cervantes, Stendhal, Proust and Dostoevsky as case studies to develop his theory of mimesis. The Guardian recently compared the book to « putting on a pair of glasses and seeing the world come into focus. At its heart is an idea so simple, and yet so fundamental, that it seems incredible that no one had articulated it before. »

The work had an even bigger impact on Girard himself: He underwent a conversion, akin to the protagonists in the books he had cited. « People are against my theory, because it is at the same time an avant-garde and a Christian theory, » he said in 2009. « The avant-garde people are anti-Christian, and many of the Christians are anti-avant-garde. Even the Christians have been very distrustful of me. »

Girard took the criticism in stride: « Theories are expendable, » he said in 1981. « They should be criticized. When people tell me my work is too systematic, I say, ‘I make it as systematic as possible for you to be able to prove it wrong.' »

In 1972, he spurred international controversy with Violence and the Sacred (1977 in English), which explored the role of archaic religions in suppressing social violence through scapegoating and sacrifice.

Things Hidden Since the Foundation of the World (1978 in French; 1987 in English), according to its publisher, Stanford University Press, was « the single fullest summation of Girard’s ideas to date, the book by which they will stand or fall. » He offered Christianity as a solution to mimetic rivalry, and challenged Freud’s Totem and Taboo.

He was the author of nearly 30 books, which have been widely translated, including The Scapegoat, I Saw Satan Fall Like Lightning, To Double Business Bound, Oedipus Unbound and A Theater of Envy: William Shakespeare.

His last major work was 2007’s Achever Clausewitz (published in English as Battling to the End: Politics, War, and Apocalypse), which created the kind of firestorm only a public intellectual in France can ignite. French President Nicolas Sarkozy cited his words, and reporters trekked to Girard’s Paris doorstep daily. The book, which takes as its point of departure the Prussian military historian and theorist Carl von Clausewitz, had implications that placed Girard firmly in the 21st century.

A French public intellectual in America
René Noël Théophile Girard was born in Avignon on Christmas Day, 1923.

His father was curator of Avignon’s Musée Calvet and later the city’s Palais des Papes, France’s biggest medieval fortress and the pontifical residence during the Avignon papacy. Girard followed in his footsteps at l’École des Chartes, a training ground for archivists and librarians, with a dissertation on marriage and private life in 15th-century Avignon. He graduated as an archiviste-paléographe in 1947.

In the summer of 1947, he and a friend organized an exhibition of paintings at the Palais des Papes, under the guidance of Paris art impresario Christian Zervos. Girard rubbed elbows with Picasso, Matisse, Braque and other luminaries. French actor and director Jean Vilar founded the theater component of the festival, which became the celebrated annual Avignon Festival.

Girard left a few weeks later for Indiana University in Bloomington, perhaps the single most important decision of his life, to launch his academic career. He received his PhD in 1950 with a dissertation on « American Opinion on France, 1940-43. »

« René would never have experienced such a career in France, » said Benoît Chantre, president of Paris’ Association Recherches Mimétiques, one of the organizations that have formed around Girard’s work. « Such a free work could indeed only appear in America. That is why René is, like Tocqueville, a great French thinker and a great French moralist who could yet nowhere exist but in the United States. René ‘discovered America’ in every sense of the word: He made the United States his second country, he made there fundamental discoveries, he is a pure ‘product’ of the Franco-American relationship, he finally revealed the face of an universal – and not an imperial – America. »

At Johns Hopkins University, Girard was one of the organizers for the 1966 conference that introduced French theory and structuralism to America. Lucien Goldmann, Roland Barthes, Jacques Lacan and Jacques Derrida also participated in the standing-room-only event. Girard quipped that he was « bringing la peste to the United States. »

Girard had also been on the faculties at Bryn Mawr, Duke and the State University of New York at Buffalo before he came to Stanford as the inaugural Andrew B. Hammond Professor in French Language, Literature and Civilization in 1981.

Girard was a fellow of the American Academy of Arts and Sciences and twice a Guggenheim Fellow. He was elected to the Académie Française in 2005, an honor previously given to Voltaire, Jean Racine and Victor Hugo. He also received a lifetime achievement award from the Modern Language Association in 2009. In 2013, King Juan Carlos of Spain awarded him the Order of Isabella the Catholic, a Spanish civil order bestowed for his « profound attachment » to « Spanish culture as a whole. » He was also a Chevalier de la Légion d’honneur and Commandeur des Arts et des Lettres.

Others were impressed, but Girard was never greatly impressed with himself, though his biting wit sometimes rankled critics. Stanford’s Hans Ulrich Gumbrecht, the Albert Guérard Professor in Literature, called him « a great, towering figure – no ostentatiousness. » He added, « It’s not that he’s living his theory – yet there is something of his personality, intellectual behavior and style that goes with his work. I find that very beautiful.

« Despite the intellectual structures built around him, he’s a solitaire. His work has a steel-like quality – strong, contoured, clear. It’s like a rock. It will be there and it will last. »

Girard is survived by his wife of 64 years, Martha, of Stanford; two sons, Daniel, of Hillsborough, California, and Martin, of Seattle; a daughter, Mary Girard Brown, of Newark, California; and nine grandchildren.

Memorial plans have not been announced.

Voir enfin:

Politics
Are Liberals Losing the Culture Wars ?
Tuesday’s elections, which hinged on social issues such as gay rights and pot, call into question Democrats’ insistence that Republicans are out of step with the times.
Molly Ball
The Atlantic
Nov 4, 2015

In Tuesday’s elections, voters rejected recreational marijuana, transgender rights, and illegal-immigrant sanctuaries; they reacted equivocally to gun-control arguments; and they handed a surprise victory to a Republican gubernatorial candidate who emphasized his opposition to gay marriage.

Democrats have become increasingly assertive in taking liberal social positions in recent years, believing that they enjoy majority support and even seeking to turn abortion and gay rights into electoral wedges against Republicans. But Tuesday’s results—and the broader trend of recent elections that have been generally disastrous for Democrats not named Barack Obama—call that view into question. Indeed, they suggest that the left has misread the electorate’s enthusiasm for social change, inviting a backlash from mainstream voters invested in the status quo.

Consider these results:

  • The San Francisco sheriff who had defended the city’s sanctuary policy after a sensational murder by an illegal immigrant was voted out.
  • Two Republican state senate candidates in Virginia were targeted by Everytown for Gun Safety, former New York Mayor Mike Bloomberg’s gun-control group. One won and one lost, leaving the chamber in GOP hands.
  • Matt Bevin, the Republican gubernatorial nominee in Kentucky, pulled out a resounding victory that defied the polls after emphasizing social issues and championing Kim Davis, the county clerk who went to jail rather than issue same-sex marriage licenses. Bevin told the Washington Post on the eve of the vote that he’d initially planned to stress economic issues, but found that “this is what moves people.”

There were particular factors in all of these races: The San Francisco sheriff was scandal-ridden, for example, and the Ohio initiative’s unique provisions divided pro-pot activists. But taken together these results ought to inspire caution among liberals who believe their cultural views are widely shared and a recipe for electoral victory.

Democrats have increasingly seized the offensive on social issues in recent years, using opposition to abortion rights and gay marriage to paint Republican candidates as extreme and backward. In some cases, this has been successful:
Red-state GOP Senate candidates Todd Akin and Richard Mourdock lost after making incendiary comments about abortion and rape in 2012, a year when Obama successfully leaned into cultural issues to galvanize the Democratic base. “The Republican Party from 1968 up to 2008 lived by the wedge, and now they are politically dying by the wedge,” Democratic consultant Chris Lehane told the New York Times last year, a view echoed by worried Republicans urging their party to get with the times.But the Democrats’ culture-war strategy has been less successful when Obama is not on the ballot. Two campaigns that made abortion rights their centerpiece in 2014, Wendy Davis’s Texas gubernatorial bid and Mark Udall’s Senate reelection campaign in Colorado, fell far short. In most of the country, particularly between the coasts, it’s far from clear that regular voters are willing to come to the polls for social change. Gay marriage won four carefully selected blue-state ballot campaigns in 2012 before the Supreme Court took the issue to the finish line this year. Recreational marijuana has likewise been approved only in three blue states plus Alaska. Gun-control campaigners have repeatedly failed to outflank the N.R.A. in down-ballot elections that turned on the issue. Republicans in state offices have liberalized gun laws and restricted abortion, generating little apparent voter backlash.

An upcoming gubernatorial election in Louisiana is turning into a referendum on another hot button issue—crime—with Republican David Vitter charging that his opponent, John Bel Edwards, wants to release “dangerous thugs, drug dealers, back into our neighborhoods.” The strategy, which has been criticized for its racial overtones, may or may not work for Vitter, who is dealing with scandals of his own. Yet many liberals angrily reject the suggestion that the push to reduce incarceration could lead to a political backlash based on anecdotal reports of sensational crimes.

To be sure, Tuesday was an off-off-year election with dismally low voter turnout, waged in just a handful of locales. But liberals who cite this as an explanation often fail to take the next step and ask why the most consistent voters are consistently hostile to their views, or why liberal social positions don’t mobilize infrequent voters. Low turnout alone can’t explain the extent of Democratic failures in non-presidential elections in the Obama era, which have decimated the party in state legislatures, governorships, and the House and Senate. Had the 2012 electorate shown up in 2014, Democrats still would have lost most races, according to Michael McDonald, a University of Florida political scientist, who told me the turnout effect “was worth slightly more than 1 percentage point to Republican candidates in 2014”—enough to make a difference in a few close races, but not much across the board.Liberals love to point out the fractiousness of the GOP, whose dramatic fissures have racked the House of Representatives and tormented party leaders. But as Matt Yglesias recently pointed out, Republican divisions are actually signs of an ideologically flexible big-tent party, while Democrats are in lockstep around an agenda whose popularity they too often fail to question. Democrats want to believe Americans are on board with their vision of social change—but they might win more elections if they meet voters where they really are.

Conflit israélo-palestinien: Attention, un révisionnisme peut en cacher un autre ! (It’s an empire thing, stupid !)

2 novembre, 2015

PETIT JOURNAL

https://jcdurbant.files.wordpress.com/2006/06/7a2ad-muslems-praying2.jpg?w=449&h=305

Imaginons deux enfants dans une pièce pleine de jouets identiques. Le premier prend un jouet, mais il ne semble pas fort intéressé par l’objet. Le second l’observe et essaie d’arracher le jouet à son petit camarade. Celui-là n’était pas fort captivé par la babiole, mais – soudain – parce que l’autre est intéressé cela change et il ne veut plus le lâcher. Des larmes, des frustrations et de la violence s’ensuivent. Dans un laps de temps très court un objet pour lequel aucun des deux n’avait un intérêt particulier est devenu l’enjeu d’une rivalité obstinée. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le choix du lieu lui-même est extrêmement symbolique : lieu sacré juif, où restent encore des ruines des temples hérodiens, laissé à l’abandon par les chrétiens pour marquer leur triomphe sur cette religion, il est à nouveau utilisé sous l’Islam, marquant alors la victoire sur les Chrétiens et, éventuellement, une continuité avec le judaïsme. (…) Enfin, l’historien Al-Maqdisi, au Xe siècle, écrit que le dôme a été réalisé dans la but de dépasser le Saint-Sépulcre, d’où un plan similaire, mais magnifié. De cette analyse on a pu conclure que le dôme du Rocher peut être considéré comme un message de l’Islam et des Umayyades en direction des chrétiens, des Juifs, mais également des musulmans récemment convertis (attirés par les déploiements de luxe des églises chrétiennes) pour marquer le triomphe de l’Islam. Wikipedia 
L’Esplanade des Mosquées ou Mont du Temple ou encore Esplanade du Temple est le premier lieu saint du judaïsme, et le troisième de l’islam sunnite (après La Mecque et Médine). Située dans la vieille ville de Jérusalem sur le mont du Temple, elle est aussi appelée « mont de la Maison [de Dieu] » par les juifs (en hébreu : הר הבית, har ha bayit), « mont du Temple » par les chrétiens, en référence au Temple de Jérusalem, et « Noble Sanctuaire » (en arabe : الحرم الشريف al-Ḥaram aš-Šarīf) par les musulmans. Elle constitue, depuis le VIIe siècle un haut lieu de l’islam réunissant la mosquée Al-Aqsa et le dôme du Rocher (ainsi que la petite mosquée du Bouraq). En contre-bas se trouve le mur des Lamentations vestige du mur occidental du Second Temple. (…) Selon Jérôme Bourdon, l’expression « Esplanade des Mosquées » est une ancienne appellation utilisée par la presse française qui n’a pas d’équivalent dans d’autres langues. Pour les juifs, c’est le mont du Temple, pour les musulmans le Haram al Sharif, c’est-à-dire le Noble Sanctuaire4. La presse anglophone utilise plutôt « Mont du temple » (Temple Mount) ou plus récemment « Haram al-Sharif ». Un exemple de cette différence d’appellation entre anglophones et francophones est donné par l’ouvrage de Bill Clinton My life qui évoque page 923 le Mont du Temple (Temple Mount) quand la traduction française « Ma vie » parle, page 965, de « l’esplanade des Mosquées » Le mont a une signification très importante dans le judaïsme (le lieu le plus sacré) et le christianisme. Selon le Talmud, c’est du sol de ce lieu que Dieu rassemble l’argile qui forme Adam. C’est là qu’Adam puis, selon son exemple, Caïn, Abel et Noé font leur holocauste. La tradition juive place aussi à cet endroit, le dôme du Rocher actuel et le mont Moriah de la Bible, le geste sacrificiel d’Abraham (…) Le roi David achète cette terre pour y construire un autel permanent (II Samuel 24:24). Le roi Salomon réalise ce vœu en construisant à cet endroit le premier Temple en -950, détruit par Nabuchodonosor II en -586, date qui marque l’exil des Juifs à Babylone. Le second Temple y est établi à partir de -516, après le retour d’exil. Il est détruit par Titus Flavius Vespasianus en 70, à l’exception du mur ouest, aujourd’hui connu comme le mur des Lamentations, lieu de prière le plus important des juifs contemporains. C’est aussi le site du troisième Temple de Jérusalem lors du retour du Messie selon la tradition juive. Wikipedia
La Porte dorée (שער הרחמים, Sha’ar Harahamim) est la plus ancienne ouverture pratiquée dans les fortifications de la vieille ville de Jérusalem et date du Ve siècle. Appelée aussi Porte de la Miséricorde ou encore Porte de la Vie éternelle, elle est située au milieu de la muraille Est et c’est la seule qui permettait d’accéder directement au Mont du Temple, de l’extérieur de la ville. Elle aurait été utilisée à des fins rituelles dans les temps bibliques. Cette porte est fermée depuis 1541, sur l’ordre de Soliman le Magnifique, car, selon la tradition juive, c’est par celle-ci que le Messie entrera dans Jérusalem. Un cimetière fut également établi devant celle-ci, car les musulmans auraient été convaincus par la prophétie d’Élie, précurseur du Messie, qui annonçait que, lors de son retour tant attendu par les juifs, le nouveau prophète n’oserait pas pénétrer dans un tel lieu étant donné que celui-ci était un Cohen. En effet, l’entrée des cimetières est théoriquement interdit à cette lignée sacerdotale pour cause d’impureté (Lv 10,6, Lv 21,1–5; 44,20-25). Wikipedia
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. Charte de l’OLP (article 15, 1964)
Les nazis ont probablement tué moins d’un million de Juifs et le mouvement sioniste a participé au massacre. Abou Mazen (alias Mahmoud Abbas, thèse, 1982)
Ce sera une guerre d’extermination, un massacre dont on parlera comme des invasions mongoles et des croisades. Azzam Pasha (président de la ligue arabe, le 14 mai 1948)
Tuez les Juifs partout où vous les trouverez. Cela plaît à Dieu, à l’histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. (…) [L]es Allemands n’ont jamais causé de tort à aucun musulman, et ils combattent à nouveau contre notre ennemi commun […]. Mais surtout, ils ont définitivement résolu le problème juif. Ces liens, notamment ce dernier point, font que notre amitié avec l’Allemagne n’a rien de provisoire ou de conditionnel, mais est permanente et durable, fondée sur un intérêt commun. Haj Amin al-Husseini (mufti de Jérusalem, discours sur Radio Berlin, le 1er mars 1944)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Dieu. Avec l’aide de Dieu, chaque djihadiste (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé. Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. Mahmoud Abbas
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, vous ne vous êtes pas demandé depuis combien de temps cette occupation israélienne s’est prolongée sur notre terre : 67 ans (soit, depuis la création d’Israël), combien de temps pensez-vous que cela peut encore durer. Mahmoud Abbas
Cet accord (…) doit inclure (…) un accès libre aux Lieux saints et aux institutions culturelles et l’utilisation du cimetière du Mont des oliviersAccord entre la Transjordanie et Israël (3 avril 1949)
Les Lieux Saints seront protégés contre la profanation et contre toute atteinte, ainsi que contre tout ce qui peut prévenir la liberté d’accès des croyants des différentes religions à leurs lieux sacrés, et tout ce qui peut heurter leurs sentiments à l’égard de ces lieux. Loi fondamentale sur Jérusalem (30 juillet 1980)
Nous ne sommes pas venus pour conquérir les lieux saints des autres ou restreindre leurs droits religieux, mais pour assurer l’intégrité de la ville et y vivre avec d’autres dans la fraternité. Moshe Dayan
C’est une mosquée depuis mille trois cents ans, les Juifs doivent se contenter de la visiter et de prier devant les tombes. Moshe Dayan
Avec les troubles que connaît Israël autour du mont du Temple (« l’esplanade des Mosquées » des musulmans et des journalistes), le conflit du Proche-Orient s’embrase en son cœur le plus profond, en dévoilant qu’il n’est ni national ni territorial comme le voudraient bien les utopies de gauche, mais religieux, une guerre de religion découlant du scandale inadmissible que représente pour l’islam la souveraineté d’un peuple qui n’a le droit de (sur)vivre que comme « dhimmi ». La rumeur que les « Juifs » veulent détruire la mosquée El Aksa est un vieux leurre, manipulé cycliquement depuis les émeutes de 1929 et destiné à susciter la fureur musulmane et à la focaliser sur les Juifs. C’est un mensonge éhonté, du type de ceux qui donnaient naissance à des pogroms. C’est en effet à des actes pogromiques brutaux que nous avons assisté ces derniers jours, comme dans les temps anciens. Je pense notamment à la scène de la femme poignardée appelant au secours sous les lazzis, les crachats et les coups des commerçants des échoppes environnantes. Celà montre bien jusqu’où peut aller le penchant suprématiste, même « sous occupation ». C’est ce que fait entendre la « Liste unie » des députés arabes israéliens qui décrètent (Hanan Zoabi dixit) que c’est toute la montagne qui est une mosquée. Au déni musulman de la sainteté du lieu pour le judaïsme s’ajoute l’intolérance qui veut interdire aux Juifs l’accès non pas aux mosquées mais aux immenses terrasses de la montagne. Le plus piquant c’est que ceux qui hurlent à la profanation des Juifs (Abbas a parlé de « leurs pieds sales… »), sont aussi ceux qui ont effectué en catimini d’immenses excavations sous le mont pour construire sans permis une mosquée souterraine de 12 000 places dans un lieu dénommé « les écuries de Salomon », en détruisant des vestiges inestimables des temples juifs de l’antiquité, à l’instar des destructions de monuments façon Etat islamique. Ceci dit, l’Etat d’Israël retire les fruits amers d’une démission et d’une négligence. La première commence avec Moshe Dayan qui, en 1967, a remis les clefs du mont du Temple au Waqf jordanien, à une puissance qui avait profané tous les lieux saints juifs et interdit aux Juifs tout accès à leurs sites. (…) Mais la situation découle aussi de deux négligences israéliennes : tout d’abord avoir laissé se développer depuis plus de 10 ans la « Ligue du nord », un mouvement islamiste israélien qui est le maître d’œuvre de la crise cyclique « les Juifs vont détruire El Aqsa » et qui stipendie les émeutiers installés dans la mosquée avec armes et munitions.  (…) La deuxième négligence israélienne est de ne pas avoir intenté une procédure en inconstitutionnalité de la Liste arabe unifiée à la Knesset qui est une liste non politique mais ethnique rassemblant des islamistes aux communistes, sur une base ethnico-religieuse, ce qu’une démocratie normale (Cour Suprême ?) ne devrait pas accepter car c’est là le contraire du multipartisme, une forme d’irrédentisme national. Shlomo Trigano
Irrecevable encore, la formule « cycle de violences », ou « spirale des représailles », qui, en renvoyant dos à dos les kamikazes et leurs victimes, entretient la confusion et vaut incitation à recommencer. Insupportable, pour la même raison, la rhétorique de l’« appel à la retenue », ou de l’invitation à ne pas « enflammer la rue », qui renverse, elle aussi, l’ordre des causes et fait comme si le militaire ou le civil en situation de légitime défense avaient les mêmes torts que celui qui a pris le parti de mourir après avoir semé la plus grande terreur autour de lui. Étranges, oui, ces indignations embarrassées et dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elles seraient probablement plus fermes si c’était dans les rues de Washington, de Paris ou de Londres que l’on se mettait à occire le premier venu ou à lancer des voitures béliers sur les arrêts de bus. Plus qu’étrange, troublante, la différence de ton entre ces réactions et l’émotion mondiale, la solidarité internationale sans faille ni nuance, suscitées, le 22 mai 2013, par la mort d’un militaire, en pleine rue, à Londres, assassiné à l’arme blanche et selon un scénario pas très différent de celui qui a cours, aujourd’hui, à Jérusalem et Tel-Aviv. (…) Et insupportable enfin, la petite mythologie en train de se constituer autour de cette histoire de poignards : l’arme du pauvre, seulement ? Celle dont on se sert parce qu’elle est là, sous la main, et qu’il n’en est point d’autre ? Quand je vois ces lames, je pense à la lame de la mise à mort de Daniel Pearl ; je pense à celle des décapitations d’Hervé Gourdel, James Foley ou David Haines – je pense que les vidéos de Daesh ont, décidément, fait école et que l’on se trouve là au seuil d’une barbarie qu’il faut inconditionnellement dénoncer si l’on ne veut pas qu’elle exporte partout, je dis bien partout, ses procédures. Bernard-Henri Lévy
Jérusalem est surtout devenue « sainte » depuis que les Juifs sont de retour dans leur unique ville sainte, sainte depuis 3000 ans ! La mosquée Al Aqsa, le soi-disant 3ème Lieu saint de l’islam, à ne pas confondre avec le Dôme du rocher, est le nom de la mosquée « la plus lointaine » citée dans le coran à propos du voyage nocturne de Mahomet qui aurait été transporté à la mosquée Al Aqsa sur sa monture Al Burak et serait monté au ciel où il aurait rencontré les précédents prophètes juifs et chrétien. Historiquement cela ne peut pas être à Jérusalem puisque la mosquée Al Aqsa a été construite bien après la mort en 632 de Mahomet ! (…) Ce n’est que tardivement, qu’après avoir construit une mosquée sur l’esplanade du Temple juif, puis l’avoir nommée Al Aqsa qu’elle est devenue miraculeusement la mosquée Al Aqsa du coran comme l’islam en a la spécialité, puisque d’après lui, même Adam et Eve étaient musulmans et à fortiori tous les personnages de la bible hébraïque et ceux des Evangiles, même Jésus est un prophète musulman et donc il est palestinien ! Jérusalem apparaît 669 fois dans la Bible juive, 154 fois dans la Bible chrétienne mais pas une seule fois dans le Coran, ni Jérusalem, ni Al Qods, le nom arabe de Jérusalem ! Il n’y a jamais eu de pèlerinage à Jérusalem pour les musulmans contrairement aux pèlerinages pratiqués dans leurs autres villes saintes ! Jérusalem n’a jamais été la capitale d’un pays arabe ou même d’une province arabe ! Danilette
Une résolution sur la Palestine critiquant notamment la politique d’Israël à Jérusalem a été votée mercredi à l’Unesco, dans une version expurgée d’une revendication initiale sur le Mur des Lamentations qui avait suscité la colère de l’Etat hébreu. Soumis par un groupe de pays arabes aux 58 membres du Conseil exécutif de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), le texte a recueilli 26 voix en sa faveur, tandis que six délégations ont voté contre, 25 se sont abstenues et une dernière était absente au moment du vote, selon des sources diplomatiques. Les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque et l’Estonie sont les six pays qui s’y sont opposés. La France s’est pour sa part abstenue, d’après les mêmes sources. La résolution votée, dont l’AFP a pris connaissance du contenu, « condamne fermement les agressions israéliennes et les mesures illégales limitant la liberté de culte et l’accès des musulmans au site sacré de la mosquée al-Aqsa ». Elle « déplore vivement » en outre les « irruptions persistantes d’extrémistes de la droite israélienne sur le site » et « exhorte Israël » à « prendre les mesures nécessaires pour empêcher les agissements provocateurs qui violent (son) caractère sacré ». (…) Toute référence a en revanche été abandonnée à la « place Al Buraq », nom employé par les musulmans pour désigner les abords du Mur des Lamentations, révéré par les juifs, en contrebas de l’esplanade des Mosquées. La rédaction initiale du texte, déposé par l’Algérie, l’Egypte, les Emirats arabes unis, le Koweït, le Maroc et la Tunisie, avait suscité mardi l’ire d’Israël et l’inquiétude de la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, opposée à une remise en cause du statut des Lieux saints de Jérusalem. Dans un paragraphe finalement supprimé, les auteurs du texte affirmaient que « la place Al Buraq fait partie intégrante de la mosquée al-Aqsa ». Israël avait dénoncé « une tentative honteuse et trompeuse de réécrire l’Histoire » et Mme Bokova avait « déploré » les initiatives susceptibles d’être « perçues comme des modifications au statut de la Vieille Ville de Jérusalem et de ses remparts », appelant le Conseil à « prendre des décisions qui n’alimentent pas davantage les tensions sur le terrain ». (…) En vertu de ces règles tacites, les juifs peuvent se rendre sur le site, à la fois troisième lieu saint de l’islam et le plus révéré du judaïsme, sous le nom de mont du Temple, mais seuls les musulmans ont le droit d’y prier. Ces dernières semaines, à l’occasion des fêtes juives du mois de septembre, les tensions ont atteint un niveau rarement égalé autour du site, de violents affrontements ayant gagné l’esplanade même. Les Palestiniens qualifient la recrudescence des visites de juifs de tentative israélienne de prendre le contrôle du lieu saint, actuellement sous la garde de la Jordanie. Israël de son côté assure vouloir maintenir le statu quo et ne pas vouloir céder aux appels d’une frange minoritaire mais de plus en plus audible parmi ses citoyens. I24news
Tout le monde se demande ce que nous devrions faire. Nous frapperons à toutes les portes possibles, afin de faire entendre la voix de Jérusalem. Nous avançons, avec l’aide d’Allah. Nous vous saluons, ainsi que tous les hommes et femmes au ribat [sur la ligne de front]. Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. Chers frères, nous sommes tous ici au nom de Jérusalem. Je vous le dis en toute honnêteté, un Etat palestinien sans Jérusalem n’existera jamais. L’Etat palestinien doit inclure sa capitale, la noble Jérusalem – avec sa capitale, Jérusalem-Est, qui a été occupée en 1967. Nous n’autorisons aucune de leurs mesures. Toutes ces divisions… La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales. Nous ne leur permettrons pas de le faire, et nous ferons tout en notre pouvoir pour protéger Jérusalem. Mahmoud Abbas
Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement. La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis. Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres. Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous. Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter. Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation. Mahmoud Abbas (Conseil des droits de l’homme de l’ONU)
I think those who are saying it’s another intifada are wrong. The first two intifadas were organized. In the First Intifada, you had the children of the stones, but you also had the Tanzim [the militant faction of the Fatah movement] that really guided the destruction. The truth of the Second Intifada is that [former Palestinian Authority President Yasser] Arafat was behind it to begin with. There was a kind of infrastructure that was behind it, and that’s not the case here. (…) Abu Mazen hasn’t helped with the things he’s said, and he’s added to the image that’s out there, to the narrative that’s out there, that the Israelis are going to change the status quo at the Temple Mount. And that’s completely fallacious. It’s just — it’s a lie. But it has taken on a life of its own, and that requires a dedicated effort on the part of Palestinian leadership to say, “It’s completely untrue.” But they’ve refused to do that and we need to get the Palestinians to say very clearly, “That’s not happening.” Whether that could bring this to an end, I don’t know. [Kerry’s response] It was a mistake to say that. It was a mistake because it implies that if tomorrow there were no settlements, this issue would be solved. Really? Is that what’s driving them? The idea that there is frustration against Israelis is true. But there is also frustration against their own leadership. There’s anger that the other Arabs are not paying attention to them. There’s frustration over unemployment. There’s a lot of things affecting Palestinians. And when Kerry said that, it looks like he’s trying to make an alternative explanation or an excuse. (…) one of the problems is that the president has been very good when it comes to security issues, but because he looks at the Palestinians as being weak, there is this reluctance to criticize them. “They’re too weak to criticize” is what I say in the Obama chapter. And if they are too weak to criticize, they are too weak to be held accountable, too weak to be responsible. They’re too weak to have a state. Well, if you want the Palestinians to have the responsibility of a state, you have to hold them responsible. Now Kerry’s statement has been walked back, and that’s good. But I’m afraid that it reflects a kind of instinct. The first instinct, instead of criticizing this for what it is, is to want to look for another explanation. And I have a problem with that. That doesn’t mean that I don’t think having a stalemate [in peace negotiations] is something you can take comfort in as never producing these kinds of explosions. But I think, first things first, when something like this happens, you have to say, “This is wrong.” You have to let them know that terror is never acceptable under any circumstances, and that this is going to get the Palestinians nothing. (…) the American approach ought to recognize the choices are not binary between solving everything or doing nothing. (…)  When the president comes in, he thinks we have a major problem with Arabs and Muslims. And he sees that as a function of the Bush administration – an image, fairly or not, that Bush was at war with Islam. So one of the ways that he wants to show that he’s going to have an outreach to the Muslim world is that he’s going to give this speech in Cairo. So he wants to reach out and show that the US is not so close to the Israelis, which he thinks also feeds this perception. That’s why there’s an impulse to do some distancing from Israel, and that’s why the settlement issue is seized in a way. Now, I had no problem with saying we should limit settlement activity. But the idea that there should be a complete settlement freeze, including natural growth, was a mistake. (…) The reason why a limitation on settlement activity was preferable was because it was something we could define. A complete freeze puts us in a position where we’re framing an objective we couldn’t achieve. Part of the appeal of the settlement freeze to the president was that it was a way he can show distance from the Israelis in a way that also mattered to the Arabs. And that’s one thing if you can deliver it, but if you can’t, you’re actually worse off. (…) Abbas is then the one who says, “The Americans put me up a tree. I never said that this was a condition. The Americans created this condition.” Now it wasn’t true that we made it a condition for negotiations. That wasn’t true. But by putting it out there publicly the way we did, how can Abu Mazen go into negotiations when we haven’t produced this? So it became an excuse for him. He didn’t have to do anything until we delivered this. (…) The first time I raised that issue [calling settlements “illegitimate”] to the president it was news to him because it really had not been raised to him before. He used that language in the Cairo speech and I said this to him afterword, in July when I got there. He understands that every administration has had a problem with settlements, which is true. But he doesn’t know that this kind of terminology is really different. Since the Reagan administration, the US made a policy that settlements were a political issue and not a legal issue. So he doesn’t use that term in future meetings, but he does put it back in for one of his UN speeches. When I raised an objection, Dennis McDonough [then deputy national security adviser] says he can’t look like he’s retreating. (…) The other thing is that they [Obama and Netanyahu] have different worldviews. I mean they have fundamentally different worldviews. To give you an illustration, even though the president says this is a transaction and not a transformation with Iran, I think he believes that this deal will not only constrain the Iranian program in a real way that has not been achieved until now, but more than that, it will be empowering, at least potentially, the more pragmatic forces within Iran and those around [Iranian President Hassan] Rouhani. (…) The deal itself buys you 15 years. One of my main concerns is what happens after year 15, when they basically can have as large a program as they want, and the gap between threshold status and weapon status becomes very small. To deal with that vulnerability you have to bolster your deterrence in a way that convinces them there is a firewall between threshold status and weapons status. They have to be convinced of that. The more you make it clear that for any misbehavior they pay a price, and it’s the kind of price that matters to them, the more likely they are to realize the firewall is real, and the less likely they are to ever test it. I would like to see us do things that to create that firewall and the legitimacy of it in the eyes of the rest of the world. So if [Iran] is going to dash toward a weapon the answer is not sanctions, it’s force. And everybody knows that and accepts that, and it becomes legitimate. (…) We’re already seeing them ratchet it up in Syria. Everyone is focusing on what the Russians are doing, but Iran is adding significant numbers of Revolutionary Guard forces to the ground, it’s not just Hezbollah forces. I think this is a harbinger of things to come. What I say is that she [Susan Rice] reflects a mindset that has been in every administration; it’s not unique to her. It tends to look at Israel through a lens that is more competitive, more combative, that sees Israel more in problematic terms. The difference is that you had her predecessor [Donilon] whose mindset was very different. He saw Israel through a collaborative-partnership premise and prism.(…) The administration thought they had done something good. And the prime minister’s reaction was to call it a “historic mistake” and to look like he’s already campaigning against it. Meanwhile [the administration] thinks they’ve done something that’s in Israel’s interest. Look at what had they been hearing leading up to it. They had been hearing that Iran poses the greatest threat of the 21st Century. The prime minister kept saying, “The clock is ticking, what are you going to do about it?” So they think they have stopped the clock. Then they see this outpouring against it. (…)  distancing the US from Israel has never achieved the objective of bringing the US closer to Arabs. Our relationship to Israel is not what drives their behavior toward us. Dennis Ross
Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles. On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ». Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète. (…) Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre. Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein. Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées. (…) Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires. Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation… Bat Ye’or
Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’est essayé récemment, et assez lamentablement, à une forme de réécriture de l’histoire qui visait à donner au grand Mufti de Jérusalem le rôle d’instigateur de la solution finale. Ce dernier n’était en réalité qu’un suppôt d’Hitler, enthousiasmé par l’idée que le meurtre de juifs puisse être le point central du programme politique du Führer. Ce dérapage a donné lieu à un petit miracle : les dirigeants d’un monde arabe dans lequel le négationnisme et le révisionnisme de la Shoah se portent à merveille, ont été offusqués de ce qu’on les accuse d’être à l’origine d’un génocide dont ils contestent pourtant souvent l’ampleur, voire même la réalité. Une autre forme de révisionnisme a connu un renouveau ces dernières années, et la dernière poussée de terrorisme palestinien est à ce titre édifiante. Il s’agit de nier le lien du peuple juif avec la terre d’Israël, au mépris non seulement de l’histoire et de l’archéologie, mais aussi, et surtout, de la tradition islamique. Il n’y aurait pas de « Mont du Temple » et pas de Mont Moriah – il n’y aurait que l’Esplanade des Mosquées et le Haram al Sharif ou « Noble Sanctuaire ». On peut tout à fait considérer en bon laïc que toutes ces histoires de lieux saints ne sont que des sornettes, mais alors il faut s’abstenir de préférer une sornette à une autre, surtout lorsque l’une des sornettes précède toutes les autres de quelques millénaires. (…) Il ne serait pas venu à l’esprit du Calife Omar, qui a construit la première mosquée sur le Mont du Temple au VIIe siècle, de nier le lien consubstantiel entre ce lieu et le judaïsme. La tradition islamique rapporte que c’est même un rabbin yéménite fraîchement converti à l’islam qui lui indiqua le lieu précis de la « pierre de la fondation » sur laquelle est bâti aujourd’hui le Dôme du Rocher. (…) L’une des preuves les plus absurdes de cette réécriture bien tardive de l’histoire nous vient des revirements du Waqf, l’organisme en charge de la gestion des lieux saints musulmans à Jérusalem. Les guides publiés et distribués par le Waqf aux visiteurs avant la création de l’Etat d’Israël s’enorgueillissaient de cette filiation avec le premier et le deuxième Temple juif et en particulier avec la figure du roi Salomon. Le nouveau guide publié et diffusé l’an dernier nie tout lien entre le Mont du Temple ou même le Mur de Lamentations et le peuple juif. Le comble est probablement l’affirmation dans cette dernière publication que le roi Salomon n’était pas juif mais bien… musulman (ce qui est bien sûr difficile à réconcilier avec la chronologie étant donné que son règne précède l’avènement de l’islam d’à peu près 1 500 ans.). Un autre exemple du ridicule et de l’incohérence de ce nouveau révisionnisme nous a été donné lors de la profanation du Tombeau de Joseph, un lieu saint juif qui jouxte la ville de Naplouse en Cisjordanie. En 2000, ce tombeau a été le lieu d’affrontements très violents et profané une première fois par une foule palestinienne en colère. Tsahal s’est par la suite retirée de ce lieu et les Palestiniens ont décrété qu’il s’agissait en réalité du tombeau d’un cheikh musulman et ont repeint le dôme du tombeau en vert, couleur de l’islam. Mais cette islamisation tardive du tombeau de Joseph n’a pas suffi à le protéger puisqu’une foule vient de brûler le tombeau une seconde fois, confirmant ainsi son caractère juif de la manière la plus absolue qui soit. (…) Il faut écouter Mahmoud Abbas déclarer en arabe que les lieux saints de Jérusalem n’appartiennent qu’aux Palestiniens et que « les juifs n’ont pas le droit de souiller les lieux saints de leurs pied sales » et que « chaque goutte de sang versé pour Jérusalem est propre et pure ». Il finit sa déclaration en assurant que les égorgeurs iront tous « au paradis » ce qui devrait rassurer tout un chacun. Il est triste de voir Abu Mazen, qui a débuté sa carrière en commettant une thèse de doctorat révisionniste sur la Shoah, la finisse en versant dans une autre forme de révisionnisme, le révisionnisme du Temple. La « judaïsation de Jérusalem » aujourd’hui décriée est, un peu comme la christianisation du Vatican ou l’islamisation de la Mecque, un phénomène auquel on ferait mieux de s’habituer. (…) Il n’y aura pas de solution politique durable au conflit israélo-palestinien tant que le monde arabo-musulman ne se sera pas réconcilié avec l’antériorité de la présence juive en Terre Sainte et donc la légitimité de cette présence. Ceux qui pensent que la création d’un Etat palestinien indépendant mettra fin au conflit devraient se promener quelques heures dans la vieille ville de Jérusalem avec une kippa après le prêche du Vendredi. Si tant est qu’ils survivent à l’expérience, ils constateront qu’on y tue des juifs, pas des occupants. Noam Ohana
On nous dit que l’islam serait une « religion ». Mais il me semble que la caractérisation de l’islam comme religion est totalement erronée et empêche de comprendre comment il fonctionne. Mon avis est que l’islam est d’abord un empire, bien avant d’être une religion.  (…) Décrire l’islam comme étant un empire permet de comprendre beaucoup mieux sa logique. Comme tout empire, il aspire à s’étendre naturellement, tant qu’il ne vient pas buter sur un obstacle, un autre pays ou un autre empire. Le jihad ou guerre sainte est simplement un instrument de conquête. Prétendre que le jihad ne ferait pas partie de l’islam ou les jihadistes et mujahhidines seraient de mauvais musulmans est totalement absurde. C’est la nature même d’un empire d’être impérialiste. (…) Il ne faut donc pas s’étonner que l’islam, structure impériale, propageant une langue et un code juridique, a toujours été incapable de tolérer quoi que ce soit d’autre que lui-même, sauf de façon provisoire et bancale. L’islam ne peut pas être dissout, modéré ou mélangé à autre chose, sauf à se renier lui-même en tant que structure impériale, langue de référence et droit. Aborder la problématique de l’islam en France, comme le fait Bernard Cazeneuve, par le petit bout de la lorgnette des « lieux de culte » est une pure absurdité. D’ailleurs, ces « lieux de culte » s’appellent souvent al-fath ‘la conquête’. L’islam ne se cache même pas d’être un empire conquérant. Il suffit de lire le nom qui est écrit sur le fronton des mosquées. Ici à Paris. (…) L’empire-islam, structure temporelle propageant arabe et sharia, comme langue et droit de référence, propage aussi une « religion ». Mais on se demande un peu en quoi elle consiste au juste. C’est une espèce d’ersatz monothéiste sur base d’hérésie judéo-nazaréenne simplifiée, une sorte de low-cost théologique, dont le fonds de commerce principal est la haine inexpiable des Juifs et des Chrétiens. L’islam n’est pas en tant que tel une révélation, puisqu’il affirme qu’Allah est de toute façon inconnaissable et incompréhensible pour l’humanité. Ce postulat ruine toute possibilité de révélation. Tout laisse à penser que les fables romanesques autour de Mahomet et du Qoran sont des inventions rétrospectives, destinées à donner une légitimité religieuse à des conquêtes militaires déjà réalisées. Le Qoran n’est qu’un bricolage tardif et incohérent, juxtaposant des fragments de lectionnaire chrétien, du droit tribal bédouin et quantités d’imprécations haineuses, dont certaines devraient logiquement tomber sous le coup de la loi en France. En conclusion, la première des taqiyas ou dissimulations de l’empire-islam est de cacher sa vraie nature : empire temporel conquérant et belliqueux, sous couvert de « religion », qui n’est qu’un alibi et un prétexte, au demeurant médiocre. Fortunin Revengé

Attention: un révisionnisme peut en cacher un autre !

Négationnisme de la Shoah et déni d’y être pour quelque chose, négation du lien du peuple juif avec Jérusalem comme la terre d’Israël et silence du coran sur Jérusalem qui mentionne pourtant le Temple de Salomon, guides pré-création de l’Etat d’Israël s’enorgueillissant de la filiation avec les temples juifs et  le roi Salomon et guide actuel niant tout lien entre le Mont du Temple ou même le Mur de Lamentations et le peuple juif, affirmation de la musulmanité dudit roi Salomon alors que comme on le sait  l’islam date du VIIe siècle,  transformation du Tombeau de Joseph en tombeau d’un cheikh musulman (repeint pour l’occasion en vert) et profanation dudit tombeau …

En ces temps étranges …

Où un peuple se voit interdit, à coups d’armes blanches et de  statu quo, de prier sur son principal lieu saint …

Au nom des droits à y prier d’un autre peuple dont c’est le troisièm e lieu saint …

Et qui pour ce faire en appelle à la protection de l’ONU pour ses assassins contre leurs victimes …

Où au nom des droits d’une religion datant du VIIe siècle de notre ère chrétienne, l’on prétend islamiser l’ensemble des tombeaux des patriarches d’une religion datant, elle, d’au moins 3 000 ans …

Alors qu’à la tête du monde libre, comme le confirme l’un de ses anciens conseillers, un président américain ouvertement pro-arabe et anti-israélien vient de donner les clés du Moyen-Orient et de l’arme nucléaire à un régime qui appelle explicitement à l’annihialtion de la seule vraie démocratie de la région …

Comment ne pas voir …

Avec Noam Ohana aussi bien que Fortunin Revengé …

Et devant tant d’incohérences qu’on ose à peine qualifier de « théologiques »  …

Non seulement qu’il n’y aura « pas de solution politique durable au conflit israélo-palestinien tant que le monde arabo-musulman ne se sera pas réconcilié avec l’antériorité de la présence juive en Terre Sainte et donc la légitimité de cette présence » …

Mais surtout tant qu’on n’aura pas compris, derrière ces arguties prétendument religieuses, la vraie nature hégémonique d’un islam …

Qui comme tout empire ne peut qu’ « aspirer à s’étendre naturellement » …

Ladite religion en question et son fonds de commerce principal de haine inexpiable des Juifs et des Chrétiens …

Servant respectivement de légitimation rétrospective et de ciment commode pour rallier les troupes ?

Un nouveau révisionnisme cherche à nier le lien du peuple juif avec la terre d’Israël
Noam Ohana

Le Monde

30.10.2015

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’est essayé récemment, et assez lamentablement, à une forme de réécriture de l’histoire qui visait à donner au grand Mufti de Jérusalem le rôle d’instigateur de la solution finale. Ce dernier n’était en réalité qu’un suppôt d’Hitler, enthousiasmé par l’idée que le meurtre de juifs puisse être le point central du programme politique du Führer.

Ce dérapage a donné lieu à un petit miracle : les dirigeants d’un monde arabe dans lequel le négationnisme et le révisionnisme de la Shoah se portent à merveille, ont été offusqués de ce qu’on les accuse d’être à l’origine d’un génocide dont ils contestent pourtant souvent l’ampleur, voire même la réalité. On se référera au livre de Gilbert Achcar, fervent défenseur de la cause palestinienne, qui parle dans son ouvrage « Les Arabes et la Shoah » de ce négationnisme comme de « l’antisionisme des imbéciles ».

Une autre forme de révisionnisme a connu un renouveau ces dernières années, et la dernière poussée de terrorisme palestinien est à ce titre édifiante. Il s’agit de nier le lien du peuple juif avec la terre d’Israël, au mépris non seulement de l’histoire et de l’archéologie, mais aussi, et surtout, de la tradition islamique.

Bill Clinton ahuri

Il n’y aurait pas de « Mont du Temple » et pas de Mont Moriah – il n’y aurait que l’Esplanade des Mosquées et le Haram al Sharif ou « Noble Sanctuaire ». On peut tout à fait considérer en bon laïc que toutes ces histoires de lieux saints ne sont que des sornettes, mais alors il faut s’abstenir de préférer une sornette à une autre, surtout lorsque l’une des sornettes précède toutes les autres de quelques millénaires.

L’un des épisodes les plus pathétiques de l’échec des négociations de paix à Camp David en 2000 était une scène largement documentée qui a vu Yasser Arafat tenter de convaincre un Bill Clinton ahuri que cette histoire de Temple juif était un mythe et qu’il n’y a en réalité aucun lien entre les juifs et Jérusalem. Sans rentrer dans un développement théologique, il semble essentiel de rappeler ici une évidence : c’est parce que Jérusalem est sainte pour les juifs qu’elle l’est devenue pour les chrétiens puis pour les musulmans.

Si le Coran est largement silencieux sur Jérusalem (le nom même de la ville n’y figure pas), la tradition islamique est truffée de références explicites au fait que le Noble Sanctuaire, la Mosquée d’Al-Aqsa et le Dôme du Rocher ont été érigés sur le lieu exact du Temple de Salomon.

Il ne serait pas venu à l’esprit du Calife Omar, qui a construit la première mosquée sur le Mont du Temple au VIIe siècle, de nier le lien consubstantiel entre ce lieu et le judaïsme. La tradition islamique rapporte que c’est même un rabbin yéménite fraîchement converti à l’islam qui lui indiqua le lieu précis de la « pierre de la fondation » sur laquelle est bâti aujourd’hui le Dôme du Rocher.

Le théologien Ibn Taymiyya (XIIIe siècle), considéré comme l’une des références religieuse centrales du courant wahhabite et salafiste, était si convaincu du lien entre ce lieu saint et les juifs qu’il s’en méfiait. Il était fermement opposé à ce qu’il percevait comme une exagération de l’importance de l’Esplanade et du Caveau des Patriarches à Hébron par rapport à la Mecque et à Médine.

Salomon n’était pas juif mais bien musulman

L’une des preuves les plus absurdes de cette réécriture bien tardive de l’histoire nous vient des revirements du Waqf, l’organisme en charge de la gestion des lieux saints musulmans à Jérusalem. Les guides publiés et distribués par le Waqf aux visiteurs avant la création de l’Etat d’Israël s’enorgueillissaient de cette filiation avec le premier et le deuxième Temple juif et en particulier avec la figure du roi Salomon. Le nouveau guide publié et diffusé l’an dernier nie tout lien entre le Mont du Temple ou même le Mur de Lamentations et le peuple juif. Le comble est probablement l’affirmation dans cette dernière publication que le roi Salomon n’était pas juif mais bien… musulman (ce qui est bien sûr difficile à réconcilier avec la chronologie étant donné que son règne précède l’avènement de l’islam d’à peu près 1 500 ans.).

Un autre exemple du ridicule et de l’incohérence de ce nouveau révisionnisme nous a été donné lors de la profanation du Tombeau de Joseph, un lieu saint juif qui jouxte la ville de Naplouse en Cisjordanie. En 2000, ce tombeau a été le lieu d’affrontements très violents et profané une première fois par une foule palestinienne en colère. Tsahal s’est par la suite retirée de ce lieu et les Palestiniens ont décrété qu’il s’agissait en réalité du tombeau d’un cheikh musulman et ont repeint le dôme du tombeau en vert, couleur de l’islam. Mais cette islamisation tardive du tombeau de Joseph n’a pas suffi à le protéger puisqu’une foule vient de brûler le tombeau une seconde fois, confirmant ainsi son caractère juif de la manière la plus absolue qui soit.

On entend déjà les protestations de ceux qui nient que ce nouveau révisionnisme soit la cause du sang versé. Les attaques à l’arme blanche des dernières semaines ne seraient pour eux qu’une « réponse compréhensible à l’occupation ». Mais alors comment expliquer le parallèle frappant avec le massacre d’Hébron en 1929 ?

Le Grand Mufti de Jérusalem, à qui personne ne peut voler le crédit dans ce cas précis, avait mené une campagne assez similaire à celle menée aujourd’hui par le leadership politique et religieux palestinien en prétendant que les juifs s’apprêtaient à détruire les Mosquées sur le Mont du Temple. La rumeur se répandait moins vite qu’avec les réseaux sociaux mais tout aussi bien et des émeutes d’une extrême violence éclatèrent. À Hébron – ou l’accès au Caveau des Patriarches était formellement interdit aux juifs depuis le XIIIe siècle – le carnage a fait 67 victimes civiles massacrées au couteau et à la hache, dont une douzaine de femmes et trois enfants de moins de cinq ans. Il n’y avait pas à l’époque « d’occupation » et pourtant les mêmes causes avaient produits les mêmes effets, sauf qu’il n’y avait personne pour défendre ces malheureux. Ce massacre mit fin à une présence juive millénaire dans la ville.

Il faut écouter Mahmoud Abbas déclarer en arabe que les lieux saints de Jérusalem n’appartiennent qu’aux Palestiniens et que « les juifs n’ont pas le droit de souiller les lieux saints de leurs pied sales » et que « chaque goutte de sang versé pour Jérusalem est propre et pure ». Il finit sa déclaration en assurant que les égorgeurs iront tous « au paradis » ce qui devrait rassurer tout un chacun. Il est triste de voir Abu Mazen, qui a débuté sa carrière en commettant une thèse de doctorat révisionniste sur la Shoah, la finisse en versant dans une autre forme de révisionnisme, le révisionnisme du Temple.

Survie spirituelle du peuple juif

La « judaïsation de Jérusalem » aujourd’hui décriée est, un peu comme la christianisation du Vatican ou l’islamisation de la Mecque, un phénomène auquel on ferait mieux de s’habituer.

Pourtant les juifs Israéliens, aujourd’hui maîtres à Jérusalem, ont une responsabilité particulière. Ils se doivent de préserver les lieux saints musulmans et d’en garantir l’accès. Ils ont une dette, non pas à l’égard des Palestiniens, mais bien à l’égard de ces musulmans, qui ont, au-delà des persécutions bien réelles infligées aux communautés juives d’Orient, permis la continuité du culte synagogale et donc contribué à la survie spirituelle du peuple juif en exil. C’est à eux qu’il faut penser en regardant l’Esplanade des Mosquées et pas aux révisionnistes qui prétendent que la présence juive souille ce lieu sacré. C’est aux familles musulmanes qui ont abrité des familles juives pendant le massacre d’Hébron en 1929 au péril de leur vie qu’il faut penser, et pas au royaume hachémite qui parle de liberté des cultes mais qui interdit aux juifs tout accès aux lieux saints de 1948 à 1967, y compris au Mur des Lamentations.

Il n’y aura pas de solution politique durable au conflit israélo-palestinien tant que le monde arabo-musulman ne se sera pas réconcilié avec l’antériorité de la présence juive en Terre Sainte et donc la légitimité de cette présence. Ceux qui pensent que la création d’un Etat palestinien indépendant mettra fin au conflit devraient se promener quelques heures dans la vieille ville de Jérusalem avec une kippa après le prêche du Vendredi. Si tant est qu’ils survivent à l’expérience, ils constateront qu’on y tue des juifs, pas des occupants.

Noam Ohana est franco-israélien, diplômé de Sciences Po et de Stanford, il écrit sur le conflit Israélo-Arabe depuis 2005 et a publié “Journal de Guerre” (Denoël ; 2007).

Voir aussi:

L’islam est d’abord un empire avant d’être une religion
Fortunin Revengé

Media-presse-info

1 novembre 2015

Il existe différents types d’empires. Personnellement, je distinguerais deux classes principales : les empires intégrateurs et les empires prédateurs. Dans un empire prédateur, les territoires et peuples soumis sont essentiellement opprimés et spoliés, sans véritable espoir de faire partie du noyau dur de l’empire. A l’inverse, dans un empire intégrateur, les territoires et peuples conquis finissent par acquérir une citoyenneté et une culture équivalentes à celles de l’empire lui-même. La Rome antique peut être pris comme exemple presque parfait d’empire intégrateur qui a particulièrement bien réussi. A l’origine, Rome n’était que quelques cabanes sur les collines du Latium. Et ensuite, de conquête en conquête, l’empire romain a inclus des espaces de plus en plus vastes, autour de la Méditerranée. On se rappelle de l’édit de Caracalla en 212, qui donne la pleine citoyenneté à tous les habitants de l’empire. Deux mille ans plus tard, la politique mise en oeuvre par Rome est un succès linguistique et culturel extraordinaire, puisque les langues romanes issues du latin sont parlées aux quatre coins de la planète.

L’islam empire ou religion ?

On nous dit que l’islam serait une « religion ». Mais il me semble que la caractérisation de l’islam comme religion est totalement erronée et empêche de comprendre comment il fonctionne. Mon avis est que l’islam est d’abord un empire, bien avant d’être une religion. Et on peut ajouter que l’empire-islam est intégrateur : quantité de peuples ou tribus qui n’étaient ni arabes ni musulmans en Afrique du Nord et au Proche-Orient ont maintenant un sentiment d’appartenance arabo-musulmane. A l’inverse, l’empire-islam s’est refusé pendant des siècles à intégrer les gens de race noire, car ceux-ci étaient destinés à la castration et à l’esclavage. Ils étaient dans la partie de l’empire livrée à la prédation.

Décrire l’islam comme étant un empire permet de comprendre beaucoup mieux sa logique. Comme tout empire, il aspire à s’étendre naturellement, tant qu’il ne vient pas buter sur un obstacle, un autre pays ou un autre empire. Le jihad ou guerre sainte est simplement un instrument de conquête. Prétendre que le jihad ne ferait pas partie de l’islam ou les jihadistes et mujahhidines seraient de mauvais musulmans est totalement absurde. C’est la nature même d’un empire d’être impérialiste.

Par ailleurs, l’empire-islam a un intérieur et un extérieur : l’espace conquis ou dar el-islam, maison de l’islam, et l’espace à conquérir ou dar el-harb, maison de la guerre. C’est lumineusement simple. Aucune religion, nulle part dans le monde, ne raisonne dans ces termes. Seul un empire conquérant et belliqueux peut le faire. Il ne faut donc pas s’étonner que la très grande majorité des conflits depuis la seconde guerre mondiale implique des musulmans, d’un côté ou même des deux côtés.

On peut aussi noter que la « musulmanité » ressemble à la nationalité : elle se transmet héréditairement. On naît musulman de parents musulmans. Nul besoin de baptême ou de démarche active. La « musulmanité » est même beaucoup plus forte que la nationalité, puisqu’on ne choisit pas d’être musulman et qu’on ne peut pas cesser de l’être, alors qu’on peut renoncer à telle ou telle nationalité. Renoncer à la « musulmanité » équivaut à une condamnation à mort par l’empire-islam. Parler de Français de « confession » musulmane est un nonsens. Il s’agit de musulmans, qui accessoirement sont de nationalité française ou franco-quelque chose. La « musulmanité » n’est pas une confession mais une supra-nationalité inaliénable. L’appartenance héréditaire à l’empire-islam prime toute autre considération. La notion d’islam de France est une pure faribole.

L’islam est un empire, une structure temporelle, qui propage en particulier une langue de référence, l’arabe (classique), et cet empire propage aussi un droit, à savoir la sharia. On ne comprend pas la place de la sharia si on ne voit pas que l’islam est d’abord un empire temporel, qui est organisé par des principes juridiques. Les catégories habituelles de la pensée occidentale moderne : liberté de culte, liberté de religion, laïcité, sont totalement étrangères à l’empire temporel-islam. Dire que l’islam ne fait pas la distinction entre spirituel et temporel, contrairement au christianisme, n’est pas faux, mais très mal dit. L’islam est de toute façon d’abord temporel.

Il ne faut donc pas s’étonner que l’islam, structure impériale, propageant une langue et un code juridique, a toujours été incapable de tolérer quoi que ce soit d’autre que lui-même, sauf de façon provisoire et bancale. L’islam ne peut pas être dissout, modéré ou mélangé à autre chose, sauf à se renier lui-même en tant que structure impériale, langue de référence et droit. Aborder la problématique de l’islam en France, comme le fait Bernard Cazeneuve, par le petit bout de la lorgnette des « lieux de culte » est une pure absurdité. D’ailleurs, ces « lieux de culte » s’appellent souvent al-fath ‘la conquête’. L’islam ne se cache même pas d’être un empire conquérant. Il suffit de lire le nom qui est écrit sur le fronton des mosquées. Ici à Paris.

Par rapport à d’autres empires, l’islam a néanmoins une particularité distinctive. C’est un empire relativement décentralisé et polycentrique. Rome était le centre de l’empire romain. L’empire-islam n’a pas clairement de centre, même si, évidemment, la Mecque a une prééminence. Mais il faut en même temps noter que l’oumma, la communauté des musulmans, c’est-à-dire en clair les sujets de l’empire-islam, est une structure multipolaire, qui comprend en particulier des Arabes, mais aussi des Turcs et des Perses. La structure interne de l’empire-islam n’est pas pyramidale et l’hétérogénéité ethnique bloque l’émergence d’un pouvoir strictement hiérarchique et centralisé. C’est ce qui fait l’originalité de l’islam, parmi les empires. Néanmoins, on peut considérer que le wahhabisme saoudien et autres mouvements salafistes constituent une tentative d’imposer une organisation interne, beaucoup moins décentralisée et beaucoup plus autoritaire, que l’islam traditionnel. Mais il est probable que la cassure ethno-religieuse entre sunnites et shiites est et restera insurmontable, même si, en son temps, l’empire ottoman avait plus ou moins réussi à aggréger les trois épicentres arabe, turc et perse, pendant un certain temps.

L’empire-islam, structure temporelle propageant arabe et sharia, comme langue et droit de référence, propage aussi une « religion ». Mais on se demande un peu en quoi elle consiste au juste. C’est une espèce d’ersatz monothéiste sur base d’hérésie judéo-nazaréenne simplifiée, une sorte de low-cost théologique, dont le fonds de commerce principal est la haine inexpiable des Juifs et des Chrétiens. L’islam n’est pas en tant que tel une révélation, puisqu’il affirme qu’Allah est de toute façon inconnaissable et incompréhensible pour l’humanité. Ce postulat ruine toute possibilité de révélation. Tout laisse à penser que les fables romanesques autour de Mahomet et du Qoran sont des inventions rétrospectives, destinées à donner une légitimité religieuse à des conquêtes militaires déjà réalisées. Le Qoran n’est qu’un bricolage tardif et incohérent, juxtaposant des fragments de lectionnaire chrétien, du droit tribal bédouin et quantités d’imprécations haineuses, dont certaines devraient logiquement tomber sous le coup de la loi en France.

En conclusion, la première des taqiyas ou dissimulations de l’empire-islam est de cacher sa vraie nature : empire temporel conquérant et belliqueux, sous couvert de « religion », qui n’est qu’un alibi et un prétexte, au demeurant médiocre.

Voir enfin:

Interview/’If you want the Palestinians to have the responsibility of a state, you have to hold them responsible’

Dennis Ross: US must move from distance to detente with Israel
Eric Cortelless
The Times of Israel
October 27, 2015

WASHINGTON – Veteran United States diplomat Dennis Ross claims there is one consistent argument within presidential administrations, from Harry Truman to Barack Obama.

“There is a remarkable continuity over the concern that too close a relationship with Israel will harm US ties with the Arabs, so there is always a constituency in each administration that feels the US needs to create distance with Israel to gain responsiveness from the Arab world,” said Ross, who most recently worked in the Obama administration as an adviser on the Middle East.

That historical perspective sits at the core of Ross’s new book, “Doomed to Succeed: The U.S.-Israel Relationship from Truman to Obama,” which provides a history of the relationship, deconstructing each administration’s policies on the Jewish state.

The most comprehensive and lively chapters are about the administrations in which Ross worked, most notably, that of President Barack Obama. Ross, a religious Jew, gives a personal account of the fissures within Obama’s inner circle and the debates over how to manage the US relationship with Israel.

Perhaps the most provocative moment of the book is when National Security Adviser Susan Rice complains to Abe Foxman, former head of the Anti-Defamation League, that Prime Minister Benjamin Netanyahu “did everything but use ‘the n-word’ in describing the president” during an angry phone call in November 2013 after the interim nuclear agreement was forged with Iran.

The episode, Ross told The Times of Israel this month, reflects the frustration that can erupt when differences are mismanaged, and when there’s an attitude inside the administration that sees Israel competitively rather than collaboratively.

Given the current tension between Washington and Jerusalem following the Iran nuclear showdown, Ross recommended that the US and Israel should form a “joint consultative committee” to oversee the deal’s implementation and monitor Iran’s involvement in the region.

In his Washington Institute for Near East Policy office, where he now serves as the William Davidson Distinguished Fellow, Ross spoke about his new book, the current violence sweeping Israel and about the current state of the US-Israel alliance. He also shared his policy recommendations for the future.

What do you make of the current violence in Israel, this wave of terror?

Well, I think those who are saying it’s another intifada are wrong. The first two intifadas were organized. In the First Intifada, you had the children of the stones, but you also had the Tanzim [the militant faction of the Fatah movement] that really guided the destruction. The truth of the Second Intifada is that [former Palestinian Authority President Yasser] Arafat was behind it to begin with. There was a kind of infrastructure that was behind it, and that’s not the case here.

What do you think is Mahmoud Abbas’s role?

Abu Mazen hasn’t helped with the things he’s said, and he’s added to the image that’s out there, to the narrative that’s out there, that the Israelis are going to change the status quo at the Temple Mount. And that’s completely fallacious. It’s just — it’s a lie.

But it has taken on a life of its own, and that requires a dedicated effort on the part of Palestinian leadership to say, “It’s completely untrue.” But they’ve refused to do that and we need to get the Palestinians to say very clearly, “That’s not happening.” Whether that could bring this to an end, I don’t know.

What was your response when Secretary of State John Kerry began linking frustration over settlements to the violence?

It was a mistake to say that. It was a mistake because it implies that if tomorrow there were no settlements, this issue would be solved. Really? Is that what’s driving them?

The idea that there is frustration against Israelis is true. But there is also frustration against their own leadership. There’s anger that the other Arabs are not paying attention to them. There’s frustration over unemployment. There’s a lot of things affecting Palestinians. And when Kerry said that, it looks like he’s trying to make an alternative explanation or an excuse.

In your book you say that is a tendency of the Obama administration.

Yeah, one of the problems is that the president has been very good when it comes to security issues, but because he looks at the Palestinians as being weak, there is this reluctance to criticize them. “They’re too weak to criticize” is what I say in the Obama chapter. And if they are too weak to criticize, they are too weak to be held accountable, too weak to be responsible. They’re too weak to have a state. Well, if you want the Palestinians to have the responsibility of a state, you have to hold them responsible.

‘Because [President Obama] looks at the Palestinians as being weak, there is this reluctance to criticize them’

Now Kerry’s statement has been walked back, and that’s good. But I’m afraid that it reflects a kind of instinct. The first instinct, instead of criticizing this for what it is, is to want to look for another explanation. And I have a problem with that.

That doesn’t mean that I don’t think having a stalemate [in peace negotiations] is something you can take comfort in as never producing these kinds of explosions. But I think, first things first, when something like this happens, you have to say, “This is wrong.” You have to let them know that terror is never acceptable under any circumstances, and that this is going to get the Palestinians nothing.

There’s an old diplomatic adage, “Never waste a crisis.” Do you see a way to take this crisis and turn it into an opportunity?

‘The greatest single problem we have is the growing disbelief on the part of Israelis and Palestinians, alike, in the other, and the purposes of the other’

I don’t know, because I think part of the problem is that there’s such a high level of disbelief. I have worried about and said publicly that the greatest single problem we have is the growing disbelief on the part of Israelis and Palestinians, alike, in the other, and the purposes of the other.

But the American approach ought to recognize the choices are not binary between solving everything or doing nothing. We should be focused on how do you work to diffuse tension? How do you begin to create some sense of belief again on each side? How do you change the realities on the ground? And how do you create the conditions for peacemaking? Because they don’t exist today.

Shifting to President Obama, you say in the book is that there has always been a debate within each president’s administration about whether the US needs to distance itself from Israel to gain responsiveness from the Arab world. And you make the point that Obama made a very deliberate decision to take the approach of distance.

When the president comes in, he thinks we have a major problem with Arabs and Muslims. And he sees that as a function of the Bush administration – an image, fairly or not, that Bush was at war with Islam. So one of the ways that he wants to show that he’s going to have an outreach to the Muslim world is that he’s going to give this speech in Cairo.

‘The idea that there should be a complete settlement freeze, including natural growth, was a mistake’

So he wants to reach out and show that the US is not so close to the Israelis, which he thinks also feeds this perception. That’s why there’s an impulse to do some distancing from Israel, and that’s why the settlement issue is seized in a way.

Now, I had no problem with saying we should limit settlement activity. But the idea that there should be a complete settlement freeze, including natural growth, was a mistake.

Why, exactly?

Well, I was in the State Department at that time and was working on Iran. But the president asked me about it. When [then US special envoy for Middle East Peace George] Mitchell and I go to brief him for a meeting with Bibi, Mitchell lays out the key to the meeting, which was to get the settlement freeze. The president then asked me what I thought, and I said, “You’re asking Bibi to do what none of his predecessors have done. He’s the head of a right-center government and he’s supposed to do what none of the Labor prime ministers have done? What’s he supposed to say? How’s he supposed to justify that?”

The reason why a limitation on settlement activity was preferable was because it was something we could define. A complete freeze puts us in a position where we’re framing an objective we couldn’t achieve. Part of the appeal of the settlement freeze to the president was that it was a way he can show distance from the Israelis in a way that also mattered to the Arabs. And that’s one thing if you can deliver it, but if you can’t, you’re actually worse off.

Do you think there was also a miscalculation of the Palestinian political dynamic? Because the settlement freeze was imposed by the US and not delivered through Abbas, he couldn’t sell it as a Palestinian victory, so he still looked weak in the eyes of Palestinians.

Not only that. Abbas is then the one who says, “The Americans put me up a tree. I never said that this was a condition. The Americans created this condition.”

Now it wasn’t true that we made it a condition for negotiations. That wasn’t true. But by putting it out there publicly the way we did, how can Abu Mazen go into negotiations when we haven’t produced this? So it became an excuse for him. He didn’t have to do anything until we delivered this.

You talk in the book about the implications of Obama calling settlements “illegitimate” in the Cairo speech. You say you told him later not to use that term because, while past administrations recognized settlements as a political problem, they wouldn’t call them “illegitimate” because it undercuts the American negotiating position, which is that they’re seeking to keep the major settlement blocs in place with mutually-agreed land swaps.

That’s right. The first time I raised that issue to the president it was news to him because it really had not been raised to him before. He used that language in the Cairo speech and I said this to him afterword, in July when I got there. He understands that every administration has had a problem with settlements, which is true. But he doesn’t know that this kind of terminology is really different.

Since the Reagan administration, the US made a policy that settlements were a political issue and not a legal issue. So he doesn’t use that term in future meetings, but he does put it back in for one of his UN speeches. When I raised an objection, Dennis McDonough [then deputy national security adviser] says he can’t look like he’s retreating. But Obama is much more careful about it himself after that conversation.

What’s your diagnosis of the Bibi-Obama relationship?

Well their meetings would almost always be quite good — at a high level, serious, thoughtful. The problem would always emerge afterword, when one or the other would do something that would make the other feel betrayed over what had been in the meeting itself. So that contributed over time to a kind of mutual distrust.

The other thing is that they have different worldviews. I mean they have fundamentally different worldviews. To give you an illustration, even though the president says this is a transaction and not a transformation with Iran, I think he believes that this deal will not only constrain the Iranian program in a real way that has not been achieved until now, but more than that, it will be empowering, at least potentially, the more pragmatic forces within Iran and those around [Iranian President Hassan] Rouhani.

Netanyahu sees this as empowering Iran to do more in the region. In effect, I see them each as seeing this deal as a potential game changer, but they define the game very differently. Obama sees the game as being changed because you may be able to alter the reality within Iran, which will change their behavior over time in the region for the better.

Now I think people tend to focus too much on the personal side, and I’m not saying the personal side doesn’t matter, but for me, as I’ve pointed out, we’ve had previous periods where presidents and prime ministers have had real problems personally.

What are your thoughts on the Iran deal now that it’s done?

The deal itself buys you 15 years. One of my main concerns is what happens after year 15, when they basically can have as large a program as they want, and the gap between threshold status and weapon status becomes very small.

‘If [Iran] is going to dash toward a weapon the answer is not sanctions, it’s force’

To deal with that vulnerability you have to bolster your deterrence in a way that convinces them there is a firewall between threshold status and weapons status. They have to be convinced of that. The more you make it clear that for any misbehavior they pay a price, and it’s the kind of price that matters to them, the more likely they are to realize the firewall is real, and the less likely they are to ever test it.

I would like to see us do things that to create that firewall and the legitimacy of it in the eyes of the rest of the world. So if [Iran] is going to dash toward a weapon the answer is not sanctions, it’s force. And everybody knows that and accepts that, and it becomes legitimate.

Are you worried about the deal’s implementation?

Well, I would like to see a joint consultative committee between the United States and Israel on the implementation. That’s not to replace what’s done with the other members [of the P5+1], but because the Israelis will be looking at everything with a microscope, I think it would be reassuring to the Israelis and it would send a message that we are really going to hold the Iranians to what they are obligated to do.

But I would also like that committee to be a forum for contingency planning to deal with options for when the Iranians ratchet up what they will do in the region. We’re already seeing them ratchet it up in Syria. Everyone is focusing on what the Russians are doing, but Iran is adding significant numbers of Revolutionary Guard forces to the ground, it’s not just Hezbollah forces. I think this is a harbinger of things to come.

Given given the nature and intensity of the divide between the US and Israel on this deal, there has been a lot of rhetoric saying this moment is the worst in the U.S.-Israel alliance —

It’s not.

That’s what I wanted to ask you about. You write in the book about other moments that were considerably worse, during the Eisenhower administration, the Reagan administration after the invasion of Lebanon in 1982 —

‘People who are saying this is the lowest point don’t know the history’

This is the lowest point since the siege of Beirut and then Sabra-Shatila. I mean, look, Reagan threatens the future of the relationship. Reagan, who has an emotional connection. Eisenhower actually contemplates the use of force against the Israelis to get the IDF out of the Sinai. So people who are saying this is the lowest point don’t know the history.

One of the reasons for writing the book is to put everything in perspective, but also to draw the lessons from the past, to apply them to the next administration. Because so many of the assumptions are where we have always started off. This whole issue of distancing. I mean, it’s embedded in the psychology of every administration, at least a significant constituency of every administration, without really seeing the constant pattern that this is not what drives Arab behavior toward the United States.

That psychology seems to be reflected in your depiction of Susan Rice in the book.

I wasn’t singling her out. I was showing a contrast between her approach and the Tom Donilon [former national security adviser] approach.

What I say is that she reflects a mindset that has been in every administration; it’s not unique to her. It tends to look at Israel through a lens that is more competitive, more combative, that sees Israel more in problematic terms.

The difference is that you had her predecessor [Donilon] whose mindset was very different. He saw Israel through a collaborative-partnership premise and prism.

And what does the N-word anecdote reflect?

The administration thought they had done something good. And the prime minister’s reaction was to call it a “historic mistake” and to look like he’s already campaigning against it. Meanwhile [the administration] thinks they’ve done something that’s in Israel’s interest. Look at what had they been hearing leading up to it. They had been hearing that Iran poses the greatest threat of the 21st Century. The prime minister kept saying, “The clock is ticking, what are you going to do about it?” So they think they have stopped the clock. Then they see this outpouring against it.

Her reaction is, she’s angry. And she’s trying to encapsulate that anger. The way she expresses it is by saying, essentially, “Look what he did in response to us?”

Now the flip side of that is, I was in Israel that day and spoke to Bibi, who interpreted Obama as saying he had taken the military option off the table. I then say to him, “Look, I know that’s wrong. I know he didn’t say that.” But this is the way the prime minister understood what he heard. Here again I draw the contrast. I contacted Kerry who said he would talk to the prime minister because that was absolutely not the case. But I said, “The problem isn’t you. He thinks he heard this from the president.”

Now, if Donilon had still been the national security adviser, who had this collaborative relationship, he would have known there was a misunderstanding and would have tried to clear it up himself or arranged another phone call. And if misunderstandings aren’t cleared up right away they only get worse. And if you have a difference already and you superimpose a misunderstanding on it, the difference becomes worse.

What are you looking to come out of Bibi-Obama meeting on November 9?

I do think there will be an instinct to mend fences. Partly because I think, in the president’s case, a lot of the Democrats who stood by him on the Iran deal would like to see him do what he told them he would do. He offered them reassurances that the security arrangement is sacrosanct, that he’s going to maintain the qualitative military edge. I think they’re going to want to see signs that all of these things matter to the president and that he’s going to address them. I also think the prime minister, for his own reasons, needs to show that he really approaches America in a non-partisan way.

Being in the early stages of a presidential election, candidates are starting to flesh out their policy views toward Israel. What’s the biggest reason they should see a close relationship with Israel as a strategic asset for the United States?

Because distancing the US from Israel has never achieved the objective of bringing the US closer to Arabs. Our relationship to Israel is not what drives their behavior toward us.

But the best case is to look at the region. The state system is under assault. The character of conflict is over the most fundamental thing it can be over – identity and who is going to be able to define it.

We need one pillar of democracy and stability in that region, given all the uncertainty, all the conflicts and the terrible nature of those conflicts, of the turmoil we are going to see. Israel is that one pillar.


Antiracisme: Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes (Dying of encouragement: From Palestine to US and French ghettos, the same culture of excuses produces the same results)

2 novembre, 2015
Obama & friendsAbbasi want to stab jewTarantinoDemo
harper-flanaganCoulibaly

djihadistes-francaisLe quartier parisien de Barbès, lorsque la manifestation interdite de juillet 2014 - Crédits photo: JACQUES DEMARTHON/AFPhttp://www.youtube.com/watch?v=TYqrXVNfYUI

Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. Exode 20: 16
Le faux témoin ne restera pas impuni, Et celui qui dit des mensonges périra. Proverbes 19: 9
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. René Girard
When it came to treating her citizens of African decent fairly, America failed. She put them in chains. The government put them in slave quarters, put them on auction blocks, put them in cotton fields, put them in inferior schools, put them in substandard housing, put them in scientific experiments, put them in the lowest paying jobs, put them outside the equal protection of the law, kept them out of their racist bastions of higher education and locked them into position of hopelessness and helplessness. The government gives them the drugs, builds bigger prisons, passes a three-strike law, and then wants us to sing “God Bless America.” No, no, no. Not “God Bless America”; God Damn America! That’s in the Bible, for killing innocent people. God Damn America for treating her citizen as less than human. God Damn America as long as she keeps trying to act like she is God and she is supreme! Jeremiah Wright
America’s chickens are coming home, to roost.  Violence begets violence.  Hatred begets hatred, and terrorism begets terrorism. Jeremiah Wright
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. (…) Mais où Obama a-t-il donc appris ces inepties ? D’où vient cet amoncellement de mécomptes du monde, d’idées fausses et difformes? D’où provient ce prurit du je-vous-demande pardon ? On est habitué au Jimmycartérisme, qui se mettait à quatre pattes devant Khomeiny (« un saint »), l’URSS, Cuba, le tiers monde, le terrorisme musulman. D’où vient qu’Obama ait – dirigeant d’une république – courbé la tête devant le roi d’Arabie ? C’est là qu’il convient de se souvenir de l’homme qui fut son pasteur pendant vingt ans, ce qui est très long quand on n’en a pas encore cinquante : le pasteur Jeremy Wright, de l’Eglise de la Trinité à Chicago, dont Obama ne se sépara que contraint et forcé, pour cause de déclarations insupportablement anti-américaines et antioccidentales, délirantes et conspirationnistes, et qui « passaient mal» dans la campagne.(…) C’est Wright qui fait du diplômé de Harvard qui est maintenant un agitateur local (community organizer), un politicien en vue à Chicago. N’oublions pas que la carrière politique locale d’Obama est lancée par les fanatiques de la haine de l’Amérique, les ultragauchistes terroristes des Weathermen, à Chicago, qui répètent et confirment la même antienne idéologique. Tous les aquariums où a nagé le têtard avaient la même eau. Obama est la version manucurée de Wright : il est allé à Harvard. Il n’éructe pas, il ne bave pas, il ne montre pas le poing. Il n’émet pas de gros mots à jet continu comme le fait son gourou. Elégant, Il est tout miel – mais les dragées, même recouvertes de sucre, n’en sont pas moins au poivre. Le fond est identique. Wright insulte l’Amérique, Obama demande pardon : dans les deux cas, elle est coupable. Wright est pasteur, Obama est président. Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. Quelle honte ! Il faut réparer les torts commis. L’Amérique ne trouvera sa rédemption que dans le retrait, la pénitence, la contrition, et une forme de disparition. (…) Il faut, à tout prix, trouver des terrains d’entente avec tous. Il faut aller loin, très loin, dans les concessions : l’autre côté finira bien par comprendre. Kim Jong-Il, Hugo Chavez, l’ayatollah Khamenei, Assad, le Hamas, on trouvera les compromis nécessaires à un deal avec les avocats des partie adverses. Sans entente, on retombe dans les errements de l’Amérique honnie. L’Amérique, quelle horreur, se laisse aller à défendre ses alliés contre ses ennemis. On se bat au Vietnam et en Corée contre le communisme agresseur. On se bat contre le Communisme soviétique. Que croyez-vous que l’Obama de la campagne électorale ait signifié à Berlin, en disant, non sans délire, que le monde avait gagné la Guerre froide « en s’unissant » comme s’il n’y avait un qu’un seul camp dans cette guerre ! L’Amérique doit être réduite dans ses prétentions et dans sa puissance. Le monde doit être réduit à un seul camp, celui des faiseurs de paix, avec lesquels l’entente est toujours trouvable. Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. (…) Notons à propos que la mêlée des «réalistes»de la politique étrangère, qui préconise justement de se débarrasser des alliés afin de s´arranger avec les méchants, est aux anges, et participe à la mise en oeuvre de l´obamisterie. Ah! finalement, on ne s´embarrasse plus d´autre chose que la «stabilité» à court terme. (…) Obama ne sépare ni le blanc du noir, ni l´ami de l´ennemi. Il a gratuitement offensé les Anglais en méprisant la «relation spéciale». Il a offensé le Japon, en ne se souciant pas de lui ni du survol de son territoire par le missile nord-coréen. Il n´a pas eu un mot pour l´allié taïwanais. Il prépare avec acharnement une crise avec Israel. Il a montré à la Tchéquie et à la Pologne, sur l´affaire de la défense anti- missiles, qu´il ne faut pas compter sur Washington et qu´ils seront sacrifiés sur l´autel du «nouveau départ» avec Moscou. Pour tous, la leçon est brutale: à l´ère d´Obama, mieux vaut être un ennemi qu´un ami: ami, on vous jettera aux orties. Ennemi, on fera tout pour vous plaire. Laurent Murawiec
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Only Malcolm X’s autobiography seemed to offer something different. His repeated acts of self-creation spoke to me; the blunt poetry of his words, his unadorned insistence on respect, promised a new and uncompromising order, martial in its discipline, forged through sheer force of will. All the other stuff, the talk of blue-eyed devils and apocalypse, was incidental to that program, I deceided, religious baggage that Malcolm himself seemed to have safely abandoned toward the end of his life. And yet, even as I imagined myself following Malcolm’s call, one line in the book stayed me. He spoke of a wish he’d once had, the wish that the white blood that tan through him, there by an act of violence, might somehow be expunged. I knew that, for Malcolm, that wish would never be incidental. I knew as well that traveling down the road to self-respect my own white blood would never recede into mere abstraction. I was left to wonder what else I would be severing if and when I left my mother and my grandparents at some uncharted border. Barack Hussein Obama (Dreams of my father)
La fusillade dans l’église a été le point de basculement… mais ma colère s’est construite sur la durée. Je suis une poudrière humaine depuis un bon moment. Juste en attente d’un BOUM. Bryce Williams (Vester Lee Flanagan)
En abattant froidement deux de ses confrères journalistes en plein direct avant de se donner la mort, Vester Lee Flanagan, décrit comme violent, n’a négligé aucun détail. S’il a filmé son crime et diffusé lui-même la vidéo en ligne, l’homme, qui s’est suicidé après son acte, a également pris le temps de rédiger un long manifeste décousu faxé mercredi à la chaîne ABC News pour justifier son passage à l’acte. ABC News, qui explique avoir reçu le Fax « près de deux heures » après les coups de feu ayant coûté la vie à deux journalistes de la chaîne de télévision locale WDBJ7, a publié de très brefs extraits et résumé le contenu du manifeste sur son site internet. « Il dit qu’il a souffert de discrimination, de harcèlement sexuel et de bizutage au travail. Il dit avoir été attaqué par des hommes noirs et par des femmes blanches et raconte avoir été attaqué pour le fait qu’il est un homme noir et homosexuel ». Le manifeste, dont l’auteur dit « être Bryce Williams », nom sous lequel travaillait le tueur, affirme que son sentiment d’ostracisation était doublé d’une vive colère après la tuerie de Charleston en juin. Ce massacre, commis par un jeune Blanc de 21 ans partisan de la « suprématie blanche » dans une église fréquentée par la communauté noire, avait fait neuf morts parmi les fidèles. (…) Né en 1973 et diplômé de l’université d’Etat de San Francisco en 1995 après une enfance passée à Oakland, en Californie, Vester Lee Flanagan dit avoir subi toute sa vie des discriminations. Il avait d’ailleurs poursuivi la chaîne en justice pour discriminations raciale et sexuelle, des accusations qui ont abouti à un non-lieu, et sont balayées par Jeffrey Marks, directeur général de WDBJ7. Ce dernier, qui qualifie M. Williams d’« homme malheureux », affirme l’avoir licencié « après de nombreux incidents liés à sa violence ». Le Monde
As I’m sure you all know, a few days ago there was a shooting in Virginia. A man named Vester Flanagan opened fire on two former colleagues on live tv. He also recorded his own footage of the event. While reading about the event, I read some excerpts of his manifesto the media was releasing. And I have to say, anyone who knew him could have seen this coming. People like him have nothing left to live for, and the only thing left to do is lash out at a society that has abandoned them. His family described him as alone, no partner/lover. A victim not only of his own perception but also of our social media soaked enviroment. He posted the footage on facebook and twitter as well tweeting while he was running from the cops because he wanted the world to see his actions, much like many others post menial and trivial details of their life online and expect us to see it. Only his was at least a bit more interesting. On an interesting note, I have noticed that so many people like him are all alone and unknown, yet when they spill a little blood, the whole world knows who they are. A man who was known by no one, is now known by everyone. His face splashed across every screen, his name across the lips of every person on the planet, all in the course of one day. Seems the more people you kill, the more your’re in the limelight. Sorry if this seems a bit disjointed, but these are just my thoughts on the matter. I thought I’d post this seeing as how my last blog post generated some good comments. Also, if anyone gets the chance, go on youtube and see the footage of him shooting those people. It’s a short video but good nonetheless. Will post more later. Chris Harper
« J’ai pris contact avec des directeurs de Caf [Caisse d’allocations familiales]qui m’ont confirmé qu’en effet certaines personnes continuaient à recevoir des allocations alors qu’elles étaient parties pour la Syrie. Ainsi un couple recevait 2200 euros par mois pour partir faire le djihad aux frais de la République!», assure le député UMP. Selon lui, les personnes concernées établissent des procurations à des tiers qui touchent l’argent en numéraire puis les renvoient aux personnes dans les pays d’accueil. Mais, comme les conseils généraux, la CAF n’a pas connaissance des noms des personnes parties pour le djihad. Alain Marsaud demande donc qu’«il soit possible de croiser des fichiers des caisses d’allocations avec ceux des services de sécurité». Pour l’instant ce n’est pas possible, «sous prétexte d’attaque aux libertés individuelles», déplore-t-il. Il propose également d’allouer «davantage de moyens aux Caisses d’allocations familiales afin que les versements d’indemnités de toutes sortes à ces individus puissent être rapidement stoppés». D’après M. Marsaud, plusieurs centaines de personnes seraient concernées «Tous les gens qui sont partis là-bas sont plus ou moins allocataires, le temps qu’on s’en aperçoive, ils ont déjà touché plusieurs mois, c’est de l’argent qui va directement dans la poche de terroristes! Je dis donc bravo à M. Ciotti et j’invite tous les présidents de conseils généraux soucieux du bien public à suivre son exemple». Il s’étonne d’ailleurs que son projet de résolution «n’ait pour l’instant reçu aucun soutien ni encouragement du groupe UMP à l’Assemblée». Le Figaro
Amedi, 27 ans, rencontre Sarkozy cet après-midi Il a passé toute sa vie dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny et il rencontrera aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Amedi Coulibaly, 27 ans, travaille en contrat de professionnalisation à l’usine Coca-Cola de sa ville natale. Accompagné de neuf autres personnes, comme lui en formation en alternance, il va rendre visite au président de la République, qui souhaite rencontrer des entreprises engagées en faveur de l’emploi des jeunes. « A la limite, si le président peut aider à me faire embaucher » « Cela me fait plaisir, souriait hier Amedi. Je ne sais pas ce que je vais lui dire. Déjà, je vais commencer par Bonjour ! » Il lui racontera surtout son parcours professionnel, son poste actuel, qui se termine le 30 septembre. « A la limite, si le président peut aider à me faire embaucher… », souffle-t-il. Mais la mission d’Amedi ne s’arrêtera pas à un simple salut et à raconter son histoire. Unique garçon entouré de neuf soeurs, il est chargé de rapporter de nombreux « autographes et photos pour la famille ! ». Il risque d’être intimidé par le protocole. « A Grigny, nous n’avons pas l’habitude d’aller souvent à l’Elysée. Les réceptions, je ne connais pas, déclare-t-il. En plus, dans les cités, auprès des jeunes, Sarkozy n’est pas vraiment très populaire. Mais cela n’a rien de personnel. En fait, c’est le cas de la majorité des politiques. » Mais pas question pour lui de revendiquer quoi que ce soit une fois en face de Nicolas Sarkozy : « Le rencontrer en vrai, c’est impressionnant. Qu’on l’aime ou pas, c’est quand même le président. »Le Parisien (15 Juil. 2009)
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
Tout le monde se demande ce que nous devrions faire. Nous frapperons à toutes les portes possibles, afin de faire entendre la voix de Jérusalem. Nous avançons, avec l’aide d’Allah. Nous vous saluons, ainsi que tous les hommes et femmes au ribat [sur la ligne de front]. Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. Chers frères, nous sommes tous ici au nom de Jérusalem. Je vous le dis en toute honnêteté, un Etat palestinien sans Jérusalem n’existera jamais. L’Etat palestinien doit inclure sa capitale, la noble Jérusalem – avec sa capitale, Jérusalem-Est, qui a été occupée en 1967. Nous n’autorisons aucune de leurs mesures. Toutes ces divisions… La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales. Nous ne leur permettrons pas de le faire, et nous ferons tout en notre pouvoir pour protéger Jérusalem. Mahmoud Abbas
Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement. La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis. Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres. Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous. Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter. Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation. Mahmoud Abbas (Conseil des droits de l’homme de l’ONU)
C’est extrêmement important d’accélérer ce processus (…) si Israël pense bénéficier d’impunité, qu’est-ce qui l’empêchera de multiplier les victimes ? (…) Nous espérons que la Cour conclura bientôt … qu’elle a une base solide et assez de preuves pour prouver qu’Israël a commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité (…) Le nouveau document remis à Mme Bensouda « fait référence aux exécutions extra-judiciaires, aux destructions de maisons et punitions collectives, montrant des exemples de cas d’agressions par Israël sur ces 40 derniers jours … Riyad al-Maliki (ministre palestinien des Affaires étrangères)
Même si les deux situations n’ont rien à voir, la préfiguration de ce musée m’a rappelé celle du Musée de la résistance Salvador Allende au Chili. (…) Lorsque l’on mène un combat, tout est important. Aujourd’hui la situation est très difficile. Elle n’a même jamais été aussi désespérante. Le gouvernement israélien est totalement hostile à une Palestine libre. Les Palestiniens sont pour leur part divisés, ce qui les pousse à commettre des actes de désespoir d’une extrême violence. Vus de Loin, ils apparaissent comme un pauvre peuple abandonné, alors que c’est un peuple combattant, combattif, créatif, qui regorge de talents, et qui prend son destin en main. Mettre en place un musée national d’art moderne et contemporain est un signe de combat. D’autres s’engagent également sur la voie de la culture. Tel l’homme d’affaires palestinien Omar Qattan, avec qui l’IMA a noué des liens, et qui inaugurera en mai prochain à Rammallah un musée destiné à rayonner sur toute la Palestine, dédié à sa culture, à son histoire. Il est important de montrer cela. De donner une image positive du pays. A l’Institut, nous mettons beaucoup l’accent sur la Palestine. Nous y avons par exemple organisé une conférence de la coopération décentralisée, réunissant maires et élus français et palestiniens pour qu’ils travaillent sur des sujets concrets. Nous réfléchissons aussi à un grand événement qui donnerait à voir cette richesse culturelle. Car c’est par le biais de la culture que nous parviendrons à faire comprendre au monde que ce peuple ne demande qu’à vivre et à éduquer ses enfants. Jack Lang
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Hollywood: the only town where you can die of encouragement. Pauline Kael
Before Reservoir Dogs, everything was constantly a big build up to a huge let down. Pauline Kael used to say that Hollywood is the only town where people ‘can die of encouragement’ and that kind of was my situation. Quentin Tarentino
Quand je vois des meurtres, je ne reste pas là sans rien faire… Il faut appeler les meurtriers des meurtriers. Quentin Tarantino
Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés. Quentin Tarantino
Ce n’est pas étonnant que quelqu’un qui gagne sa vie en glorifiant le crime et la violence déteste les policiers. Les officiers de police que Tarantino appelle des meurtriers ne vivent pas dans une de ses fictions dépravées sur grand écran. Ils prennent des risques et doivent parfois même sacrifier leur vie afin de protéger les communautés des vrais crimes. (…) Il est temps de boycotter les films de Quentin Tarantino. Patrick Lynch (président d’une association d’agents des forces de l’ordre de New York)
When I read what my son said, it upset me. [We] have three cousins from the NYPD. I’ve seen and heard the things they go through, and to see them so discredited like this is really sad. The police getting such a bad rap, especially coming from my own son, is really sickening to me. It would really be great if he issued a public apology for the statements he made. I’m just disappointed in [Quentin] and anyone who comes down against any police department anywhere. If anyone breaks the law, they should be tried and prosecuted. But don’t go out in public and call them murderers and killers. Yes, there have been police officers guilty of crimes, but you can’t condemn a whole department just because of a few bad apples. Tony Tarantino
I love my son and have great respect for him as an artist but he is dead wrong in calling police officers, particularly in New York City where I grew up, murderers, He is a passionate man and that comes out in his art but sometimes he lets his passion blind him to the facts and to reality. I believe that is what happened when he joined in those anti-cop protests. I wish he would take a hard, dispassionate look at the facts before jumping to conclusions and making these kinds of hurtful mistakes that dishonor an honorable profession. We have many friends and relatives who have served honorably in the NYPD and the LAPD and clearly, they risk their lives to keep the rest of us safe. Cops are not murderers, they are heroes. Tony Tarantino
I totally disagree with everything he said. And I thought the timing of the whole thing was horrible. The men and women of the NYPD do a phenomenal job and don’t get enough credit. Whenever someone says something like [what Quentin said], it makes police officers’ jobs a lot harder. It’s much more dangerous today than in my time. You hear about shootings constantly. It’s gotten very bad for police officers to do their job. And my heart goes out to them. Anthony Massaro (cousin de Tony Tarentino)
The chickens have come home to roost for director Quentin Tarantino, a thousand of them in fact, as the National Association of Police Organizations announces that it, and the 1,000 police units and associations it represents, will join the boycott against “The Hateful Eight.”Add to that number nearly a quarter of a million law enforcement officers represented by this group. In a cynical attempt to boost his standing with the left-wing black media, the sheltered, out-of-touch Tarantino joined a Black Lives Matter-affiliated anti-cop hate rally and called police officers “murderers.” Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” is reportedly “furious” at Tarantino and “desperate” to see the director apologize for his objectively appalling comments. Weinstein has somewhere around $80 million invested in the three-hour Western, and after a lousy year, desperately needs a box office hit and an Oscar contender. You can’t succeed in Hollywood at the level Tarantino has without being smart. His problem is that he’s bubble-dumb, so shielded and removed from real life that he thought spewing anti-police hate at a hate rally was good public relations. Breitbart
Le président américain Barack Obama a condamné ce dimanche «inconditionnellement» l’assassinat à New York de deux policiers abattus de sang froid par un homme seul, à un moment où la mort de Noirs non armés entre les mains de la police a exacerbé les tensions. (…) Les deux policiers -Wenjian Liu, marié depuis deux mois et Rafael Ramos- ont été tués par balles samedi après-midi à Brooklyn dans leur voiture, «assassinés» par un homme noir de 28 ans qui s’est ensuite suicidé, a annoncé la police de New York. Le double meurtre, commis en plein jour dans la plus grande ville des Etats-Unis absorbée par les préparatrifs de Noël, a choqué la population. L’attaque a eu lieu à Brooklyn, dans le quartier de Bedford Stuyvesant à 14h50 locales (20h50 à Paris), dans un contexte tendu du fait de manifestations à répétition à New York, après la récente décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier impliqué dans la mort d’Eric Garner, père de six enfants soupçonné de vente illégale de cigarettes mort en juillet dernier lors d’une interpellation musclée à Staten Island, et après la mort d’un autre Noir non armé, tué dans la cage d’escalier obscure d’une HLM de Brooklyn le 20 novembre par un policier débutant. Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, a tiré à plusieurs reprises à travers la fenêtre du passager sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture de patrouille et n’ont pas eu le temps de sortir leur arme, les atteignant à la tête. «Ils ont été tués par balle, sans avertissement. Ils ont été purement et simplement assassinés», a déclaré, très ému, le chef de la police Bill Bratton, lors d’une conférence de presse. Le meurtrier, qui n’aurait pas de lien terroriste, était venu de Baltimore, à 300 km au sud de New York. Pourchassé par d’autres policiers alors qu’il s’enfuyait à pied, il a mis fin à ses jours sur un quai de métro à proximité, a ajouté le chef de la police. Selon Bill Bratton, il avait auparavant posté sur les réseaux sociaux des commentaires très hostiles à la police. Il y mentionnait Eric Garner et Michael Brown, un jeune noir tué par la police à Ferguson (Missouri) en août, selon les médias locaux. Le double meurtre a profondément traumatisé la plus importante force de police des Etats-Unis, dont deux membres avaient déjà été attaqués le 24 octobre par un homme armé d’une hachette. Le maire de New York Bill de Blasio, démocrate dont les relations sont difficiles avec sa police, a dénoncé samedi soir un «assassinat ressemblant à une exécution». 20 minutes
Je condamne inconditionnellement le meurtre aujourd’hui de deux policiers à New York. Deux hommes courageux ne rentreront pas chez eux ce soir retrouver leurs proches, et pour cela il n’y a aucune justification. Aujourd’hui, je demande aux gens de rejeter la violence et les mots qui blessent et de préférer les mots qui guérissent. Barack Hussein Obama
Let me say something at the outset. The questions that have been asked so far in this debate illustrate why the American people don’t trust the media. This is not a cage match. And, you look at the questions – Donald Trump, are you a comic book villain? Ben Carson, can you do math? John Kasich, will you insult two people over here? Marco Rubio, why don’t you resign? Jeb Bush, why have your numbers fallen? How about talking about the substantive issues people care about? The contrast with the Democratic debate where every fawning question from the media was – ‘Which of you is more handsome and wise?’ And let me be clear. The men and women on this stage have more ideas, more experience, more commonsense, than every participant in the Democratic debate. That debate reflected a debate between the Bolsheviks and the Mensheviks. And nobody watching at home believes that any of the moderators has any intention of voting in a Republican primary. The questions that are being asked shouldn’t be trying to get people to tear into each other. It should be ‘What are your substantive solutions to people that are hurting?’  Ted Cruz
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, février 2008)
Ils croient qu’ils sont opprimés en raison de leur foi islamique, mais en réalité c’est l’État-providence lui-même qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Another source of Palestinian suffering: the “support” the Palestinian leadership gets from outsiders, particularly 1) the Europeans, 2) the UN, 3) the “progressive left,” and 4) the media. For the last three decades, since the mid-1970s, these parties have become increasingly anti-Israel and, supposedly, pro-Palestinian. (…) Yassir Arafat’s feckless leadership has done immense damage to the Palestinians, from his financial corruption, to his addiction to honor and violence, to his systematic mendacity and incapacity to make the shift from “guerrilla” to statesmen. And yet European leaders have lionized him, even at the height of his terrorist activities in the 1970s. (…) The UN has spent up to 40% of its time condemning Israel, illustrating the dangers of anti-Zionism as a Weapon of Mass Distraction. By giving the irredentist Palestinian cause international support, they have strengthened precisely the forces most dedicated to victimizing Palestinians. And of course, Palestinians, not understanding who was benefited from such one-sided condemnations, cheered on the process. (…) Chirac’s whole foreign policy, and specifically his role in the failure to staunch the violence in early October 2000 that led to the disastrous “Second Intifada,” was itself only a continuation of so much of French foreign policy in the Middle East. They, like so many “pro-Palestinian” diplomats, have betrayed everyone but the warmongers. (…) Rather than urging the Palestinians to develop the kind of qualities necessary for a progressive state that takes care of its citizens and encourages freedom of thought and expression (e.g., public self-criticism, protection of dissidents), the Left has systematically “explained” Palestinian violence as the result of Israeli (and American) policies. As a result, the Left reinforces the most regressive and fascist elements in Palestinian culture, even as they claim to work for peace and civil society. (…) The contribution of the Media to Palestinian suffering may be the most subtle, but also the most pervasive. The nature of media coverage – if it bleeds it leads – has always favored violence, and in particular fed the need of terrorists for attention. Its superficial and dramatic news has encouraged the systematic victimization of Arabs for the purposes of international sympathy. By ignoring or playing down the Palestinian calls for genocide against Israel and hatred of the West, while at the same time portraying Israel as the cause of war and of whatever damage Palestinians do to themselves, the media have contributed to a profound misunderstanding of the sources of – and therefore the solutions to – the conflict. (…) But the principle “if it bleeds it leads” actually takes second seat in the MSM coverage of the Arab-Israeli conflict to who commits the violence. When Israeli kills a Palestinian child, it receives a good deal of coverage; when the Palestinians kill Palestinian children, newsreports are laconic at best. (Google Palestinians kill Palestinian child and you get only entries on Israelis killing Palestinian children.) (…) Given the extraordinary sensitivity of Arab honor-shame culture to public disapproval, one might even argue that the sympathy and understanding that the media grant to the most depraved of Palestinian terrorists, represents an enormous opportunity cost. When 500 Palestinian intellectuals denounced suicide terrorism, they did so because it did not serve the Palestinian cause — indeed it lost them international sympathy. Were the international community to have condemned it with even greater insistence, these voices would have had even greater strength. When the media mis-reported the outbreak of Oslo War in late 2000, arousing world-wide support for the Palestinians in their struggle for “freedom”, they encouraged Arafat to believe that “the whole world is behind him” so that he had no need to work to lessen the violence. By promoting and diffusing stories of alleged atrocities committed by Israel without a solid background check, the media reinforce the hate-mongering propaganda of the Palestinian leadership. “Balancing” negative coverage of the Arabs with unfounded accusations of the Israelis, for example, balancing stories of “honor killings” with accusations of rape of Palestinian women by Israelis and seizing on Palestinian accusation of “massacres.” Richard Landes
Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles. On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ». Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète. (…) Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre. Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein. Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées. (…) Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires. Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation… Bat Ye’or
La situation a évolué dans le mauvais sens. Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, non, ce sont des terroristes. Il n’y a pas d’efficacité car il y a une mécompréhension du problème. Au-delà des clivages, la question des banlieues a toujours été vécue comme: ‘Ce sont des quartiers pauvres et modestes, quand l’économie ira mieux, ça ira mieux dans les quartiers’. Or, l’aspect économique n’est pas le coeur du problème, qui est beaucoup plus vaste. Malek Boutih (député socialiste des Essones, ancien président de SOS-Racisme)
Le secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur envisage une discrimination positive en faveur des jeunes garçons blancs issus des classes populaires à l’université, alors que le nombre d’inscrits a fortement chuté. (…) Les déclarations du secrétaire d’Etat à l’enseignement britanniques interviennent alors que les inscriptions à l’université chutent au Royaume-Uni, avec une baisse de 6,3 % en 2012 ,les jeunes hommes étant particulièrement touchés. Ils étaient 54.000 de moins en 2012 qu’en 2011, ce qui représente une diminution de 13%, quatre fois plus que les filles. (…) Seuls 66% des enfants bénéficiant de la gratuité dans les cantines avaient acquis le niveau attendu en maths et en anglais à ces examens, contre 82% des autres enfants. Les «petits blancs» sont particulièrement touchés, puisqu’ils n’étaient que 60% à y parvenir, contre 68% de noirs. (…) Les enseignants sont d’ailleurs nombreux à mettre en cause les frais de scolarité, qui ont bondi, l’année dernière, de 4000€ à plus de 10.000€ dans la plupart des universités, afin de compenser la baisse de la contribution du gouvernement, qui passera en 2014 de 4,6 milliards à 2 milliards de livres sterling. Sur BBC Radio 4, David Willets s’est défendu de vouloir laisser des jeunes sur le côté: «Quand les droits d’inscription à l’université ont augmenté, l’une des choses que nous avons fait avec l’argent supplémentaire était de dire aux universités: vous devez investir un tiers de cet argent pour tendre la main aux plus défavorisés et améliorer leur accès au supérieur. Cet argent représente des centaines de millions de livres qui sont aujourd’hui disponibles pour remplir cet objectif. Nous voulons les voir utilisés aussi efficacement que possible». Le Figaro
En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d’abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l’adhésion à un ensemble de valeurs et rien d’autre. Ce n’est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d’Ernest Renan: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.» Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n’avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant: «Mon pays c’est l’Algérie…» (ou la Tunisie, etc…). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C’est pourquoi, ce n’est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d’assister en France à l’émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. (…)  la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s’appelle «la race». Lorsqu’on est né dans un groupe ethnique, on n’en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s’acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu’on vit en France et qu’on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l’essence. L’histoire culturelle, c’est l’histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d’une société qui permet de comprendre l’imaginaire des hommes d’un temps donné. Cette histoire n’est pas fixe. Il suffit pour s’en convaincre de réfléchir à la conception de l’enfant dans la culture occidentale, à l’image qu’on s’en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s’agit là d’un processus dynamique, rien d’un fixisme. Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l’histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l’Allemagne et pas seulement de l’Europe? Qu’il y a dans le nazisme des éléments qui n’appartiennent qu’à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu’à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d’égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d’égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l’histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j’avais constaté l’existence d’une culture arabo-musulmane, du Maroc à l’Irak, entachée d’un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d’Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation (mais qui n’en fut toutefois jamais à l’origine). Il fallait faire de l’histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s’était progressivement émancipée grâce à l’école, s’était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l’émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n’était question alors ni de sionisme, ni d’Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s’émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d’autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s’agit là d’histoire culturelle. Où est le racisme? Georges Bensoussan
L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale (c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970. Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj». (…) En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison [sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier]. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France. Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…» (…) Mais ces lois [mémorielles]ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l’égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s’il fallait avoir été victime d’une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d’échapper à l’anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s’en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd’hui. Sur ce plan, tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d’un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C’est d’ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C’est précisément ce qu’attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance. (…) Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L’ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n’est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l’indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d’autres Arabes. Tout le monde s’en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu’ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n’interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d’assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n’est pas le conflit qui a été importé, c’est l’antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d’aujourd’hui sont l’habillage nouveau d’une animosité ancienne. (…) A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l’effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l’erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé. (…) A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd’hui sympathisants du Front national n’ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d’entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d’extrême droite, est aussi aujourd’hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du «plus grand danger», FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: «A dénoncer la poussée de l’islamisme, du communautarisme, la désintégration d’une partie de l’immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c’est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n’avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d’une partie du peuple français, en le qualifiant de «franchouillard», de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d’abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours? Georges Bensoussan
Nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. Jeannette Bougrab
Le catalogue de mesures présenté par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel qui s’est tenu aux Mureaux est à la fois touffu, car il reprend nombre de mesures déjà en vigueur, en durcit d’autres, en généralise également, et assez pauvre car il ne comporte que des mesures techniques à la fois disparates et, surtout, insuffisantes au regard des défis. Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part, en y menant des interventions publiques spécifiques, à l’aide de moyens financiers massifs, notamment en matière de rénovation urbaine – on a favorisé les lieux plutôt que les personnes selon le vieil adage de la sociologie urbaine. Ce qui a contribué à renforcer la «ghettoïsation» que les mêmes responsables publics, nationaux et locaux, de gauche comme de droite, qui l’ont mise en oeuvre ne cessent par ailleurs de dénoncer. Chacun peut aujourd’hui constater que la situation des «banlieues» – en fait de ces quartiers urbains qui cumulent les difficultés de tous ordres – ne s’est pas améliorée. Qu’il s’agisse du chômage, notamment des jeunes, de la réussite scolaire, de la délinquance ou du «vivre ensemble» dont la place dans le discours semble inversement proportionnelle à la réalité vécue ou ressentie par nos concitoyens. (…) C’est symboliquement le plus terrible car c’est la représentation la plus criante de cette politique qui exclut au lieu d’inclure. A gauche comme à droite d’ailleurs, même si la gauche semble s’être fait une spécialité depuis les années 1980 de cette manière de considérer nos concitoyens vivant dans ces quartiers difficiles, les plus jeunes en particulier, comme des artistes ou des sportifs avant tout! Comme s’il n’y avait que l’art (et un art spécifique bien évidemment que l’on retrouve inscrit dans ces prescriptions de politiques publiques culturelles sorties tout droit des années 1980) ou le sport comme horizon, et donc comme si les quelques artistes ou sportifs connus issus de ces quartiers résumaient à eux seuls le modèle d’intégration que la République a à proposer à une partie de ses enfants. On est au coeur du sujet. Ce dont nous avons tous besoin, que l’on vive dans un de ces quartiers ou dans une zone périurbaine lointaine, en centre-ville ou à la campagne, c’est de commun. C’est de pouvoir nous projeter ensemble dans des représentations et des réalisations communes, certainement pas d’être sans cesse renvoyé par les médias et, a fortiori, par les responsables politiques à des marqueurs identitaires de toutes natures qui apparaissent comme indélébiles, surtout s’ils sont inscrits et renforcés dans les politiques publiques. (…) Ce parti comme l’essentiel de la gauche ne conçoit plus désormais la République que comme une incantation en forme d’exorcisme contre le Front national. Mais c’est une République sans contenu ni substance puisque tout ce qui fait la spécificité républicaine à la française a été délaissé ou même tout simplement abandonné: le lien indispensable entre souveraineté nationale et souveraineté populaire ; la laïcité comme ferment de notre contrat social ; l’idée de solidarité liée à celle d’identité collective… Cet abandon de la République, auquel on a assisté aussi à droite sous d’autres formes – le fait que le principal parti de la droite s’approprie le label «Les Républicains» en dit long à ce sujet -, est aujourd’hui une des causes fondamentales de la progression du FN. Les républicains de tous bords ont laissé à ce parti – issu de la tradition antirépublicaine d’extrême-droite! – tout un champ de manoeuvre politique autour de la solidarité, de la nation ou de la laïcité. Le PS porte, à gauche, en tant que parti dominant depuis 30 ans, une part de responsabilité majeure dans cette évolution. Laurent Bouvet
Dans ce paysage brouillé et opaque, une illumination: le 26 octobre, aux Mureaux, le ministère de la Culture et de la Communication instaure un diplôme national supérieur professionnel de la danse hip-hop. Il va également encourager, de manière sonnante et trébuchante, la réalisation d’œuvres de street art dans le cadre de la commande publique. Il va enfin soutenir le développement de toutes les créativités grâce au Buzz Booster. Quand Fleur Pellerin entend le mot «culture urbaine», elle sort, sous les bravos, son carnet de chèques. (…) Tout se passe comme si, désormais, le moindre cri contestataire, qu’il soit graphique, sonore ou audiovisuel, doit être dans tous les sens du terme, «assisté» par l’Etat providence. André Bercoff
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy

Attention: une victimisation peut en cacher une autre !

A l’heure où, perversion des perversions et cynisme des cynismes, le président non élu de l’Autorité palestinienne en appelle à la « protection » de ceux qui depuis un mois multiplient les assassinats à l’aveugle au couteau de boucher ou à la voiture-bélier dans les rues israéliennes …

Et où, après les pétages de plomb de Virginie ou d’Orégon et une série de meurtres de policiers, l’un des plus violents cinéastes de l’histoire (une NRA à lui tout seul !) se permet de traiter les policiers de meurtriers …

Pendant que dix ans après les émeutes qui ont détruit en France quelque 300 bâtiments publics et 10 000 voitures mais aussi tué deux hommes qui avaient le malheur d’être un peu trop blancs, nos gouvernants rachètent à nouveau la paix sociale à coups de  stèle, noms de rue et autres  BEP de hip hop ou de street art …

Comment ne pas voir …

Les mêmes causes produisant les mêmes effets …

Des ghettos américains aux ghettos français …

Et de Gaza à Ramallah ou Jérusalem-est ou en Syrie-Irak …

Les tristes fruits de la même culture de l’excuse et, jusqu’aux allocations pour djiahdistes, de la même politique des bons sentiments

A savoir  éclipsant les pourtant réels progrès derrière les milliards et les bonnes paroles

Et se retournant contre ceux là mêmes qu’elles étaient censées servir …

Les émeutiers devenus meurtriers ou terroristes ?

Les banlieues : des sas, non des ghettos

Brice Couturier

France Culture

30.10.2015

Carlo Rosselli, intellectuel et politique italien, assassiné en France en 1937 sur ordre de Mussolini, écrivait dans son livre Socialisme libéral : le socialisme, c’est « quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres ». Lui fait écho, quelques décennies plus tard, le concept de capability, forgé par Amartya Sen, qui le définit comme « liberty to achieve », liberté d’accomplir quelque chose, qu’on rend aussi par « liberté substantielle ».

C’est de cette liberté-là que parlait Manuel Valls lorsqu’il a déploré que les habitants de certaines banlieues soient « assignés à leur lieu de résidence », s’y « sentent bloqués, entravés dans leurs projets ». Sans doute a-t-il eu tort de parler « d’apartheid ». La République française ne pratique par la discrimination raciale géographique sur une base légale. Et si certains quartiers sont perçus comme des lieux de relégation, des enclaves, mal desservies par les transports publics, leur population n’y est aucunement fixée.

C’est ce que démontre le géographe Christophe Guilluy, qui propose de remplacer le mot de ghetto, inadéquat, par celui de sas. « On y entre beaucoup et on les quitte beaucoup », dit-il, des fameux « quartiers sensibles ». A la différence des ghettos américains, où des populations noires et pauvres sont confinées de manière définitive, nos banlieues « créent de la classe moyenne ». Les jeunes, aussitôt diplômés, les quittent pour accéder à des zones d’habitat plus sûres.

L’impression de pauvreté que provoquent les zones urbaines sensibles est partiellement fondée – le chômage y est deux fois plus élevé que dans la France entière -, mais elle est surtout relative : fixées à la périphérie des grandes métropoles mondialisées et gentryfiées, elles accueillent surtout des primo-arrivants. Aux uns, très qualifiés, les professions bien rémunérées, aux autres, la précarité ou l’économie informelle. Le contraste entre ces deux mondes, géographiquement voisins, mais culturellement et financièrement aux antipodes, accentue le sentiment de décrochage. Il y a aussi beaucoup de pauvreté dans les petites villes et les villages, mais elle est moins visible.

Beaucoup d’argent a été consacré à la politique de la ville. Le Programme national de rénovation urbaine a utilisé 43 milliards d’euros d’argent public. La Cour des comptes critique ce qu’elle appelle « une politique de moyens et non de résultats ». Mais enfin, de nombreuses « barres », construites dans les années 1960, ont été remplacées par des habitations modernes et dotées d’équipements collectifs de qualité.

Pour quels résultats ? Sur les banlieues, vous rencontrez deux sons de cloche. Les uns, comme Malek Boutih, député socialiste des Essones, jugent que la situation s’est dégradée depuis les émeutes de 2005. « La situation a évolué dans le mauvais sens », disait-il récemment sur une radio. « Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, non, ce sont des terroristes. » Pour l’ancien président de SOS-Racisme, les banlieues, les quartiers sont le miroir grossissant de la société tout entière et celle-ci est en crise grave, en proie au chômage et au communautarisme.

Pour d’autres, les choses s’arrangent. Le comte de Bouderbala dit dans un sketch qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, les pouvoirs publics ont réagi en organisant un concert de rap… La ministre de la culture a récemment annoncé la création d’un Diplôme national supérieur de danse hip-hop. Elle a promis de consacrer un budget au financement d’œuvres de street-art. Comme dit Jeannette Bougrab, maître des requêtes au Conseil d’Etat, elle dont les parents, arrivés d’Algérie, ne savaient ni lire, ni écrire, « sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. » Alors que les familles attendent du système éducatif qu’il tire leurs enfants vers les qualifications. De son côté, le politologue Laurent Bouvet, estime qu’il y a quelque condescendance à ne vouloir reconnaître comme talents, chez les jeunes des quartiers que les performances sportives et les cultures urbaines.

Quelque chose, pourtant, se passe dans les quartiers : c’est là que s’inventent de nouvelles façons de travailler, souvent en phase avec la révolution numérique. Saviez-vous que c’est en Seine-saint-Denis que se créent le plus d’entreprises en France ? Les associations, les fondations, les entreprises y poussent comme des champignons, en phase avec la jeunesse et le dynamisme de leurs habitants. Pour se développer, elles ont besoin de deux choses : de la sécurité et un accès au financement. Bref, de la capability, comme dirait Amartya Sen….

Voir aussi:

Christophe Guilluy : «Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne»
Guillaume Perrault

Le Figaro

11/09/2014

Christophe Guilluy est géographe et consultant auprès de collectivités locales et d’organismes publics. En 2010, son livre connaissent un réel succès critique et plusieurs hommes (sic) politiques de droite comme de gauche affirment s’inspirer des analyses de ce dernier essai. Un documentaire intitulé La France en face, réalisé par Jean-Robert Viallet et Hugues Nancy, diffusé sur France 3 le 27 octobre 2013, est également très fortement inspiré de ce livre.

Notre pays connaît une crise économique et politique de grande ampleur. Les travaux du géographe Christophe Guilluy permettent de dépasser la conjoncture et d’éclairer les causes profondes du mal français. Dans son nouvel ouvrage, La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion), en librairie le 17 septembre, l’auteur démontre comment la mondialisation a entraîné une recomposition des catégories sociales et a bouleversé l’organisation de l’espace français.

LE FIGARO. – Vous critiquez un amalgame entre milieux populaires et banlieues. Pourquoi ?

Christophe GUILLUY. – La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. L’État prend conscience – avec retard – de cette réalité. Début 2014, le gouvernement a réorienté la politique de la ville pour prendre également en compte la France des sous-préfectures.

Comment expliquer que les catégories populaires (ouvriers, employés) et les classes moyennes inférieures (artisans et une partie des commerçants) aient déserté les métropoles ?
Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont la ville a besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille.

La mixité sociale des HLM dans les grandes villes est donc un vœu pieux ?

On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives.

Observe-t-on une ascension sociale dans une partie de la population d’origine étrangère ?

Oui, car ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés.

En France, ouvriers et employés sont-ils moins nombreux en 2014 qu’en 1980 ?

La baisse de la proportion d’ouvriers est réelle, mais elle s’est accompagnée d’une augmentation de la proportion d’employés. Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs – n’ont donc nullement disparu. Elles sont désormais moins visibles, puisqu’elles vivent loin des grands centres urbains où se concentrent décideurs publics et privés. Si l’on considère l’ensemble du territoire national, la part des catégories populaires dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte.

En définitive, « le peuple », aujourd’hui, qui est-ce ?

Actuellement, 50 % des salariés gagnent moins de 1 650 euros net par mois. Par ailleurs, les frontières sociales entre classes populaires et classes moyennes inférieures – artisans et commerçants, patrons de TPE – ont disparu. Ceux-ci ont conscience d’un vécu commun qui bouleverse les définitions classiques du «peuple». La fronde des «bonnets rouges» illustre ce phénomène. La révolte n’est pas partie des grandes métropoles de l’Ouest, mais des petites villes qui en étaient le plus éloignées. La contestation n’était pas seulement sociale, mais aussi identitaire. Des ouvriers, des employés, des agriculteurs, des chauffeurs routiers et des chefs de petites entreprises ont défilé ensemble, ce qui a beaucoup déconcerté Jean-Luc Mélenchon.

Vu l’ampleur colossale des dépenses publiques et sociales, n’est-il pas injuste de prétendre qu’on a «sacrifié» les classes populaires ?
Certes, il y a beaucoup de redistribution des métropoles vers la France périphérique. Le revenu n’est pas en chute libre. La présence d’une part importante d’emplois publics et parapublics et le développement des services à la personne ont aussi permis de limiter les effets de la désindustrialisation. Mais la France des catégories populaires ne se résume pas à la question des bas revenus ou de la pauvreté. Considérées dans leur ensemble, depuis le début des années 2000, les catégories populaires n’ont plus de perspectives d’ascension sociale. En dépit de certaines réussites individuelles brillantes, ce qui se joue, c’est le sentiment de ne plus être intégré au projet économique, de ne pas vivre sur les territoires qui comptent et qui créent de l’emploi. C’est l’immense différence avec la « classe moyenne » des Trente Glorieuses dont les revenus relatifs n’étaient pas plus élevés mais dont l’intégration économique et une forme d’ascension sociale étaient assurées. C’est dans ce contexte qu’il faut poser la question des revenus et de l’impôt. L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés.

Qu’appelez-vous la «contre-société» qui, selon vous, apparaît dans la France des fragilités sociales ?

Dans la France périphérique, le champ des possibles est beaucoup plus restreint en raison d’une mobilité sociale et géographique très faible. Un déplacement régulier vers le travail en voiture à 20 kilomètres de chez soi coûte environ 250 euros par mois, soit le quart du smic. Surtout, quand on perd son travail dans une ville de taille moyenne, on sait qu’on éprouvera beaucoup de difficultés à vendre son logement pour se rapprocher d’un bassin d’emplois dynamique. Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés».

On assiste donc à une guerre culturelle des deux France ?

Sans aucun doute. Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir.

Voir également:

Laurent Bouvet : l’égalité selon le PS, faire de la banlieue une entité à part
Alexandre Devecchio
Le Figaro
27/10/2015
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Après la visite de Manuel Valls aux Mureaux, Laurent Bouvet juge inefficace et «ghettoïsante» la politique que mènent les socialistes en direction des banlieues.

Laurent Bouvet est directeur de l’Observatoire de la vie politique (Ovipol) à la Fondation Jean-Jaurès. Son dernier ouvrage, L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

LE FIGARO. – Dix ans après les émeutes nées à Clichy-sous-Bois, le président et le Premier ministre ont annoncé une batterie de mesures. Ces dernières vous semblent-elles à la hauteur de l’enjeu?

Laurent BOUVET. – Le catalogue de mesures présenté par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel qui s’est tenu aux Mureaux est à la fois touffu, car il reprend nombre de mesures déjà en vigueur, en durcit d’autres, en généralise également, et assez pauvre car il ne comporte que des mesures techniques à la fois disparates et, surtout, insuffisantes au regard des défis.

Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part.
Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part, en y menant des interventions publiques spécifiques, à l’aide de moyens financiers massifs, notamment en matière de rénovation urbaine – on a favorisé les lieux plutôt que les personnes selon le vieil adage de la sociologie urbaine. Ce qui a contribué à renforcer la «ghettoïsation» que les mêmes responsables publics, nationaux et locaux, de gauche comme de droite, qui l’ont mise en oeuvre ne cessent par ailleurs de dénoncer.

Chacun peut aujourd’hui constater que la situation des «banlieues» – en fait de ces quartiers urbains qui cumulent les difficultés de tous ordres – ne s’est pas améliorée. Qu’il s’agisse du chômage, notamment des jeunes, de la réussite scolaire, de la délinquance ou du «vivre ensemble» dont la place dans le discours semble inversement proportionnelle à la réalité vécue ou ressentie par nos concitoyens.

Certaines peuvent prêter à sourire: la création d’un diplôme national supérieur professionnel (DNSP) de danse hip-hop qui doit permettre la professionnalisation des danseurs dans ce domaine ; le soutien à la réalisation d’oeuvres réalisées par des artistes de street-art dans le cadre de la commande publique en 2015 et 2016 ; le soutien au développement du «Buzz Booster», dispositif dédié au repérage de jeunes talents du rap… Cela traduit-il finalement une forme de condescendance d’une certaine gauche à l’égard des habitants des banlieues?

C’est symboliquement le plus terrible car c’est la représentation la plus criante de cette politique qui exclut au lieu d’inclure. A gauche comme à droite d’ailleurs, même si la gauche semble s’être fait une spécialité depuis les années 1980 de cette manière de considérer nos concitoyens vivant dans ces quartiers difficiles, les plus jeunes en particulier, comme des artistes ou des sportifs avant tout! Comme s’il n’y avait que l’art (et un art spécifique bien évidemment que l’on retrouve inscrit dans ces prescriptions de politiques publiques culturelles sorties tout droit des années 1980) ou le sport comme horizon, et donc comme si les quelques artistes ou sportifs connus issus de ces quartiers résumaient à eux seuls le modèle d’intégration que la République a à proposer à une partie de ses enfants.

On est au coeur du sujet. Ce dont nous avons tous besoin, que l’on vive dans un de ces quartiers ou dans une zone périurbaine lointaine, en centre-ville ou à la campagne, c’est de commun. C’est de pouvoir nous projeter ensemble dans des représentations et des réalisations communes, certainement pas d’être sans cesse renvoyé par les médias et, a fortiori, par les responsables politiques à des marqueurs identitaires de toutes natures qui apparaissent comme indélébiles, surtout s’ils sont inscrits et renforcés dans les politiques publiques.

Plus largement, qu’est-ce que cela dit du rapport actuel du PS à la République?

On remarquera d’abord que le PS est resté, pour des raisons idéologiques (le tournant européen et libéral) et sociologiques (le faible renouvellement de son personnel politique et les voies très étroites de renouvellement quand il existe), un parti des années 1980. C’est dans ces années-là que le PS s’est détaché de l’idée républicaine.

Ce parti comme l’essentiel de la gauche ne conçoit plus désormais la République que comme une incantation en forme d’exorcisme contre le Front national. Mais c’est une République sans contenu ni substance puisque tout ce qui fait la spécificité républicaine à la française a été délaissé ou même tout simplement abandonné: le lien indispensable entre souveraineté nationale et souveraineté populaire ; la laïcité comme ferment de notre contrat social ; l’idée de solidarité liée à celle d’identité collective…

Cet abandon de la République, auquel on a assisté aussi à droite sous d’autres formes – le fait que le principal parti de la droite s’approprie le label «Les Républicains» en dit long à ce sujet -, est aujourd’hui une des causes fondamentales de la progression du FN. Les républicains de tous bords ont laissé à ce parti – issu de la tradition antirépublicaine d’extrême-droite! – tout un champ de manoeuvre politique autour de la solidarité, de la nation ou de la laïcité. Le PS porte, à gauche, en tant que parti dominant depuis 30 ans, une part de responsabilité majeure dans cette évolution.

Voir encore:

Angleterre : le ministre veut plus de blancs à l’université
Quentin Blanc
Le Figaro étudiant

07/01/2013

Le secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur envisage une discrimination positive en faveur des jeunes garçons blancs issus des classes populaires à l’université, alors que le nombre d’inscrits a fortement chuté.

David Willets, secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur ,a déclaré en ce début d’année qu’il aimerait voir les jeunes blancs issus des classes populaires être considérés comme un groupe prioritaire pour le recrutement dans les universités anglaises, aux côtés des autres catégories défavorisées. «Il y a un impressionnant gâchis de talents de certains jeunes gens qui pourraient vraiment bénéficier d’un passage à l’université mais qui n’y vont pas».

Le bureau pour un accès équitable (OFFA), chargé de s’assurer que les universités anglaises favorisent les inscriptions de personnes défavorisées, «prend en compte de nombreux critères, comme la classe sociale ou l’origine ethnique, lorsqu’ils mettent en place des critères d’accès. Je ne vois donc pas pourquoi ils ne pourraient pas cibler les garçons blancs issus des classes populaires», a expliqué David Willets à The Independent .

À l’heure actuelle, les établissements possèdent des informations sur l’origine sociale et les résultats scolaires des candidats, et peuvent savoir si le candidat était le premier de sa famille à aller à l’université. En revanche, si l’origine ethnique figure sur les formulaires d’inscription, elle n’est pas communiquée aux services d’admission.

Les filles plus nombreuses que les garçons à l’université
Les déclarations du secrétaire d’Etat à l’enseignement britanniques interviennent alors que les inscriptions à l’université chutent au Royaume-Uni, avec une baisse de 6,3 % en 2012 ,les jeunes hommes étant particulièrement touchés. Ils étaient 54.000 de moins en 2012 qu’en 2011, ce qui représente une diminution de 13%, quatre fois plus que les filles.

Les difficultés des enfants issus des classes populaires anglaises ne sont pas nouvelles. Elles sont manifestes dès la sixième. Seuls 66% des enfants bénéficiant de la gratuité dans les cantines avaient acquis le niveau attendu en maths et en anglais à ces examens, contre 82% des autres enfants. Les «petits blancs» sont particulièrement touchés, puisqu’ils n’étaient que 60% à y parvenir, contre 68% de noirs.

Il faut se mobiliser pour «convaincre certains groupes de gens que l’université est aussi pour eux», estime Sally Hunt, secrétaire générale de l’University and College Union, un syndicat de professeurs. Mais l’augmentation des droits d’inscription constitue de fait une barrière importante, selon elle. «Nous avons besoin que nos plus brillants élèves puissent poursuivre leurs rêves. Cependant, la politique du gouvernement actuel a fait de l’université une option bien plus coûteuse qu’auparavant, ce qui est confirmé par la chute des inscriptions enregistrées».

La hausse des droits d’inscription pointée du doigt
Les enseignants sont d’ailleurs nombreux à mettre en cause les frais de scolarité, qui ont bondi, l’année dernière, de 4000€ à plus de 10.000€ dans la plupart des universités, afin de compenser la baisse de la contribution du gouvernement, qui passera en 2014 de 4,6 milliards à 2 milliards de livres sterling .

Sur BBC Radio 4, David Willets s’est défendu de vouloir laisser des jeunes sur le côté: «Quand les droits d’inscription à l’université ont augmenté, l’une des choses que nous avons fait avec l’argent supplémentaire était de dire aux universités: vous devez investir un tiers de cet argent pour tendre la main aux plus défavorisés et améliorer leur accès au supérieur. Cet argent représente des centaines de millions de livres qui sont aujourd’hui disponibles pour remplir cet objectif. Nous voulons les voir utilisés aussi efficacement que possible».

Voir de plus:

Protéger les Palestiniens pour les laisser poignarder les Israéliens

Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles.
On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.

Bat Ye’or

Dreuz

31 octobre 2015

C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ».

Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète.

Moi je l’appelle jihadisme, car les tueries et la terreur constituent depuis treize siècles les stratégies du jihad. L’Europe devrait le savoir, elle qui n’a cessé d’en subir les attaques par terre et par mer. Mais il est vrai qu’elle a décrété qu’Israël était le danger – un peu comme les nazis qui déclaraient que les juifs les menaçaient pour se donner le prétexte de les exterminer – et qu’elle a choisi de se complaire dans une amnésie d’amoureuse béatitude palestinophile arrosée de pétrodollars.

Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre.

Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein.

Mahmoud Abbas évoque 70 ans de souffrance, d’injustice et d’occupation…

On le comprend, son peuple est si frustré de voir des Israéliens libres ! C’est qu’il pense avec nostalgie aux treize siècles de dhimmitude des indigènes juifs et chrétiens victimes du jihad, des expropriations par les envahisseurs arabes, des femmes et des enfants violés et enlevés au cours des siècles, comme Boko Haram le fait maintenant, des esclaves sexuelles dhimmis, des rançons et de l’extorsion fiscale, de l’esclavage, des massacres et pillages périodiques, des lois discriminatoires, des expulsions des villes et des villages, des vêtements spécifiques pour les dhimmis, de leurs lieux de culte islamisés, pillés, détruits, de la destruction de leur culture (comme le fait l’Etat islamique maintenant), faits divers quotidiens de la dhimmitude en Terre sainte islamisée.

Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées.

Le bon vieux temps, quand juifs et chrétiens rasaient les murs
Abbas plaide pour un retour aux temps de la dhimmitude dont la Syrie, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen sont les prototypes. Ça c’était le bon vieux temps, quand juifs et chrétiens rasaient les murs, les yeux baissés, cédant le chemin aux musulmans, désarmés car ils n’avaient pas le droit de se défendre… le temps de la tolérance sous la charia, du vivre-ensemble harmonieux et dans la paix de l’islam.

Abbas demande à l’ONU de lui restituer ces privilèges.

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Qu’il se rassure, il aura derrière lui toute l’Europe qui respecte les droits de l’homme – sauf ceux des Israéliens. Mais sont-ils des hommes ? L’Europe hésite entre colons et singes, colons en tous cas !

D’ailleurs c’est peut-être elle qui a suggéré à Abbas cette démarche ? Sans doute en a-t-elle assez de payer des milliards à ses ONGs pour diffuser au plan planétaire la haine d’Israël.

D’autant plus que tout le monde le sait maintenant. Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires.

Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation…

Voir de même:

A Genève, Mahmoud Abbas demande une protection internationale «urgente»
Lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’homme, durant laquelle Israël ne pouvait pas répliquer, le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé l’ONU à créer de toute urgence «un régime de protection internationale du peuple palestinien»

Le Temps

28 octobre 2015

Le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé mercredi à Genève l’ONU à créer de toute urgence «un régime de protection internationale du peuple palestinien». La situation dans les territoires est la pire depuis 1948, a-t-il dit.

«Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement», a déclaré Mahmoud Abbas lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU convoquée à sa demande.

«La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis», s’est exclamé Mahmoud Abbas. «Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres», a déclaré le président palestinien.

Espoirs «annihilés»
«Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous», a-t-il lancé. Pour Mahmoud Abbas, «il est inacceptable d’imaginer que la situation actuelle persiste car cela annihilera tous les espoirs d’une paix fondée sur une solution de deux Etats».

Mahmoud Abbas a accusé les «forces d’occupation» israéliennes d’avoir «récemment intensifié leurs pratiques criminelles au point de mener des exécutions extrajudiciaires contre des civils palestiniens sans défense». Depuis le 1er octobre, les territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont le théâtre d’une spirale de violences dans le cadre de la «guerre des couteaux» qui fait craindre une troisième Intifada.

«Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter», a averti le président palestinien.

Des ovations, et pas de réponse
La communauté internationale se doit d’agir pour veiller au respect du droit international, a encore dit le président palestinien, en demandant que la déclaration adoptée l’an dernier à Genève par les Etats parties aux Conventions de Genève sur le respect de ces Conventions dans les territoires occupés soit pleinement appliquée.

«Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation», a lancé Mahmoud Abbas, dans un discours ovationné debout par la plupart des Etats présents. Les membres du Conseil des droits de l’homme, dont Israël, ne pouvaient pas répondre au discours du président palestinien, dans le cadre de cette réunion spéciale dite «de courtoisie» – ce n’est donc pas une session extraordinaire.

Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme évoque une «catastrophe»
S’exprimant avant Mahmoud Abbas, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a pour sa part estimé que la crise entre Israël et les Palestiniens était «extrêmement dangereuse» et allait mener à une «catastrophe» si rien n’est fait pour que cessent immédiatement les violences.

Il a dénoncé la montée de la peur qui peut mener à «une confrontation plus large et plus terrible». «Il faut cesser les attaques terroristes, que les gens ne soient plus poignardés. Les actions des colons à Jérusalem-Est doivent cesser, l’emploi excessif de la police israélienne doit cesser, les démolitions de maison doivent cesser, et le blocus de Gaza aussi», a dit le haut-commissaire.

Il a par ailleurs dénoncé un «recours disproportionné à la force» par les forces de sécurité israéliennes «qui nous amènent à soupçonner fortement des exécutions extrajudiciaires».

Voir de plus:

Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens
Conseil des droits de l’hommeLe chef de l’Autorité palestinienne poursuit sa bataille diplomatique devant le Conseil des Droits de l’homme.
Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne Image: EPA
Alain Jourdan

28.10.2015

Mahmoud Abbas, continue sa tournée en Europe et poursuit son offensive diplomatique pour tenter de gagner des soutiens et affaiblir Israël. Ce mercredi, c’est à la tribune du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève que le président de l’Autorité palestinienne a lancé de nouveau un appel à la communauté internationale. «Chacun doit assumer ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard», a-t-il prévenu avant de réclamer «la mise en place d’urgence d’un régime spécial de protection international pour les Palestiniens».

Mahmoud Abbas a rejeté la responsabilité des événements qui agitent Jérusalem et les territoires occupés sur Israël, son armée et ses colons. «C’est la conséquence de l’étau mis sur la population: le doublement des colonies, les constructions illicites sous la mosquée Al-Aqsa, l’édification d’un mur pour aliéner les quartiers palestiniens, les exécutions extrajudiciaires…», a expliqué le président de l’Autorité palestinienne. Il a affirmé qu’Israël avait protégé «les forces extrémistes qui s’en prennent aux sites religieux chrétiens et musulmans».

«Toute tentative de remise en cause du statu quo de 1967 pourrait avoir de très graves conséquences. Cela risquerait de transformer ce conflit politique en un conflit religieux», a mis en garde Mahmoud Abbas avant d’exhorter l’ONU à faire respecter toutes les résolutions adoptées ces dernières années. «Le temps n’est-il pas venu pour la communauté internationale de cesser de parler de la cause palestinienne, de prendre enfin des mesures pratiques et de lancer des procédures qui iraient dans le sens de la justice?», a-t-il lancé. Et d’ajouter un peu plus tard: «Nous avons vécu 70 ans de souffrance, d’injustice et de perpétuation (…) de la plus longue occupation de l‘histoire moderne, c’est assez!»

Pour le président de l’Autorité palestinienne, «la paix est encore à portée de main» mais plus pour longtemps. «La formule à appliquer est simple. Israël doit mettre un terme à l’occupation de nos terres, stopper l’oppression et empêcher les colons de commettre des actes criminels», a-t-il expliqué. Et d’ajouter: «Nous réclamons l’unité de notre terre et de notre peuple, nous refusons toute solution autre intérimaire ou partielle».

Pendant près de quarante minutes, devant un parterre de diplomates très attentifs, Mahmoud Abbas a étiré son argumentaire, assurant que le futur Etat palestinien veillerait à respecter tous les plus hauts standards du droit international.

Comme à New York, le 30 septembre dernier, le chef de l’Autorité palestinienne a répété qu’un accord était sans valeur dès lors que l’une des deux parties ne le respectait pas. «Nous n’aurons pas la sécurité et la stabilité tant que l’occupation israélienne continuera et tant que la Palestine n’aura pas son indépendance avec Jérusalem Est pour capitale, dans le respect des frontières de 1967», a martelé Mahmoud Abbas.

Voir enfin:

Palestine : nouvelles données transmises à la CPI
Le Monde.fr avec AFP et Reuters

31.10.2015

C’est le troisième dossier déposé depuis le début de l’année. L’Autorité palestinienne a transmis vendredi 30 octobre à la Cour pénale internationale (CPI) de nouveaux éléments pour tenter d’obtenir l’adjonction des dernières violences dans les territoires palestiniens à l’enquête liée au conflit de l’été 2014 dans la bande de Gaza.

Après une réunion avec la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, le ministre palestinien des affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, a déclaré que le nouveau dossier contenait des preuves d’« exécutions extrajudiciaires, de démolition d’habitations, de sanctions collectives », y compris des faits remontants aux quarante derniers jours.

Depuis le 1er octobre, une vague de heurts, d’agressions et d’attentats anti-israéliens a fait 63 morts (dont un Arabe israélien), côté palestinien, et neuf, côté israélien, dans les territoires à Jérusalem et en Israël. La moitié des Palestiniens tués ont été abattus en commettant des attentats.

Un rapport d’Amnesty international, publié le 27 octobre, recense quatre cas avérés où des Palestiniens « ont été délibérément abattus par les forces israéliennes alors qu’ils ne posaient pas de danger immédiat à leur vie, dans ce qui apparaît comme des exécutions extrajudiciaires. »

Visite à Gaza impossible
L’Autorité palestinienne a adhéré à la CPI au début de l’année, suscitant des protestations de la part d’Israël, des Etats-Unis et de plusieurs pays européens. Dès janvier, la CPI a ouvert une enquête préliminaire sur la guerre de cinquante jours qui a fait 2 100 morts, côté palestinien, pour la plupart des civils, et plus de 70 morts côté israélien, presque exclusivement des soldats, à l’été 2014 dans la bande de Gaza.

Mais les responsables de La Haye n’ont pas encore pu se rendre sur place, les Israéliens leur défendant d’accéder à l’enclave palestinienne. Le ministre palestinien rapporte qu’ils « ont promis qu’ils poursuivraient leurs efforts pour obtenir les autorisations (…) d’une visite ».

Centaines de logements dans des colonies, « légalisés » par Israël
Dans le climat de tension exacerbée entre Israéliens et Palestiniens, le gouvernement a légalisé rétroactivement vendredi près de 800 logements dans des colonies de Cisjordanie occupée. Les habitations se trouvent dans les colonies de Yakir (377 logements), Itamar (187) et Shiloh (94), dans le nord de la Cisjordanie, et de Sansana (97) dans le sud du territoire palestinien, selon des informations publiées sur le site du ministère de l’intérieur israélien.

La décision date d’il y a deux semaines mais vient juste d’être rapportée dans la presse israélienne. Pour la communauté internationale, toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales, mais Israël fait la distinction entre colonies « légales » et sauvages.

« Même si cela n’a pas l’impact de l’annonce de nouvelles constructions, il s’agit indéniablement d’un gage accordé aux colons par (Benjamin) Nétanyahou », le premier ministre israélien, a déclaré à l’AFP Hagit Ofran, une des responsables de l’organisation israélienne anticolonisation La Paix maintenant.

Voir par ailleurs:

Londres a sous-estimé l’islamisme au nom du politiquement correct
Fayez Nureldine
Sputnik

01.11.2015

Le ministre des Affaires étrangères britannique a avoué que le gouvernement britannique fermait les yeux sur la propagation de l’activité extrémiste dans le pays au nom de « multiculturalisme ».

La Grande-Bretagne a réalisé trop tard le danger lié à l’extrémisme islamiste, a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond lors d’une visite au Bahreïn.

Selon lui, la montée en puissance des tendances extrémistes est le « défi principal » du monde contemporain.

« En Grande-Bretagne, nous l’avons réalisé un peu trop tard, mais nous devons résister à toutes les formes d’extrémisme, et pas uniquement celles qui impliquent de la violence », a-t-il déclaré.

« Nous avons reconnu à contrecœur le lien entre une forme agressive d’extrémisme et toutes les autres formes d’extrémisme. Pendant des décennies, nous avons à tort fait une différence entre ces deux formes. Au nom de multiculturalisme, nous avons toléré et même salué des idées, un modèle de comportement et l’activité d’organisations qui semaient la division et l’intolérance », a souligné le chef de la diplomatie britannique.

Philip Hammond a expliqué que la stratégie de lutte antiterroriste du gouvernement comprendra entre autre l’examen des raisons de ce qui pousse « des jeunes hommes et femmes à refuser un bon travail et des perspectives afin de mourir sous le drapeau noir de l’Etat islamique ».

« Personne ne devient terroriste en une nuit. C’est tout un processus de radicalisation, c’est une voie qui commence par des expériences naïves avec un système des valeurs simplifié et qui finit par l’autodestruction », a-t-il ajouté.

Il est à noter qu’un département spécial d’analyse de l’extrémisme a été créé au sein du ministère de l’Intérieur du Royaume-Uni afin de détecter les terroristes potentiels.

Au Royaume-Uni, les terroristes potentiels se comptent par milliers
Auparavant, les médias britanniques ont rapporté, en se référant à des sources au sein des services de renseignement, que près de 3.000 islamistes prêts à perpétrer des attentats à tout moment se trouvent sur le territoire du Royaume-Uni. La moitié des suspects habite à Londres, mais d’autres régions sont qualifiées de « problématiques », notamment le comté des Midlands de l’Ouest et la ville de Manchester (nord-ouest).

Selon les dernières informations, plus de 28.000 ressortissants d’Europe, d’Asie et d’Amérique ont rejoint les rangs des organisations djihadistes Al-Qaïda et Etat islamique, des hommes âgés de 15 à 35 ans pour la plupart, principalement motivés par l’idéologie extrémiste. Les autres raisons qui les poussent à se joindre aux djihadistes sont la rémunération ainsi que la lassitude liée à la vie quotidienne dans leurs pays d’origine.

Début 2014, le groupe djihadiste Etat islamique cherche à créer un califat sur les territoires irakiens et syriens tombés sous son contrôle. Il est à noter que les terroristes visent également les pays occidentaux. Ainsi, le nombre d’attentats dans les pays européens s’est considérablement accru en 2015.

Voir encore:

Was Chris Mercer Harper Inspired by Vester Flanagan?
Sam Prince

October 1, 2015

A blog post allegedly written by reported Umpqua Community College gunman Chris Mercer Harper seems to idolize Vester Flanagan, the man who killed two WDBJ7 TV reporters on-camera last month. A post written on August 31, in a blog allegedly operated by Harper, states:

A transcript reads:

As I’m sure you all know, a few days ago there was a shooting in Virginia. A man named Vester Flanagan opened fire on two former colleagues on live tv. He also recorded his own footage of the event. While reading about the event, I read some excerpts of his manifesto the media was releasing. And I have to say, anyone who knew him could have seen this coming. People like him have nothing left to live for, and the only thing left to do is lash out at a society that has abandoned them.

His family described him as alone, no partner/lover. A victim not only of his own perception but also of our social media soaked enviroment. He posted the footage on facebook and twitter as well tweeting while he was running from the cops because he wanted the world to see his actions, much like many others post menial and trivial details of their life online and expect us to see it. Only his was at least a bit more interesting.

On an interesting note, I have noticed that so many people like him are all alone and unknown, yet when they spill a little blood, the whole world knows who they are. A man who was known by no one, is now known by everyone. His face splashed across every screen, his name across the lips of every person on the planet, all in the course of one day. Seems the more people you kill, the more your’re in the limelight.

Sorry if this seems a bit disjointed, but these are just my thoughts on the matter. I thought I’d post this seeing as how my last blog post generated some good comments.

Also, if anyone gets the chance, go on youtube and see the footage of him shooting those people. It’s a short video but good nonetheless. Will post more later
Flanagan opened fire during a live interview with a member of the local Chamber of Commerce. Cameraman Adam Ward, 27, and reporter Alison Parker, 23, of WDBJ 7 TV, were killed. The woman being interviewed, Vicki Gardner, was also shot and wounded, the Roanoke Times reports, but recovered. Gardner is the executive director at the Smith Mountain Lake Regional Chamber of Commerce.

Most notably, Flanagan posted video of the shooting on his Facebook and Twitter pages. The video shows him approaching the victims, and pointing a gun at them. He is behind them for several moments as Parker interviews Gardner. He holds the gun out until Ward turns the camera back toward Parker and Gardner, and then begins firing. The camera then shakes and drops as he opens fire. The camera continues recording, with a black screen, as screams and several more gunshots are heard. Flanagan fired 15 times, emptying the entire magazine of the Glock handgun he was carrying. He purchased the gun legally two weeks before the shooting.

Flanagan was later confronted by police in Fauquier County, about three hours away from where the shooting occurred.

Voir enfin:

Monde
VIDEO. Etats-Unis: Un policier a été abattu d’une balle dans la tête à New York
FAITS DIVERS Il était âgé de 33 ans…

20 Minutes avec AFP

21.10.2015

La balle l’a frappé en pleine tête. Et il n’a pas survécu. Un policier new-yorkais âgé de 33 ans est mort dans la nuit de mardi à mercredi. Originaire du Guyana en Amérique du Sud, Randolph Holder travaillait dans la police de New York depuis cinq ans.

Son père et son grand-père étaient également policiers au Guyana, a précisé le chef de la police Bill Bratton lors d’une conférence de presse. Randolph Holder s’était rendu à Harlem avec plusieurs collègues après des coups de feu dans un parc près d’un quartier HLM.

Le suspect a été arrêté
Une victime sur place a affirmé qu’un homme armé venait de lui voler son vélo. Le suspect à vélo a été localisé, et un échange de coups de feu a suivi, durant lequel le policier, qui était en civil, a été atteint d’une balle en pleine tête. Il est décédé peu après, a raconté le chef de la police.

Un suspect a été arrêté. Il a été blessé à la jambe lors d’un échange de coups de feu, a précisé Bratton. Trois autres hommes ont également été interpellés, soupçonnés d’avoir participé aux événements de la nuit.

Bratton a rendu hommage à Randolph Holder, soulignant qu’après avoir «reçu un appel, il avait couru vers le danger. C’est la dernière fois qu’il répondra à cet appel», a-t-il ajouté. Randolph Holder est le quatrième policier new-yorkais tué depuis décembre 2014.

Quatrième policier tué
Deux agents des forces de l’ordre, Wenjian Liu, 32 ans, et Rafael Ramos, 40 ans, avaient été tués par balle le 20 décembre 2014 alors qu’ils étaient assis dans leur voiture à Brooklyn. Leur meurtrier, qui semblait vouloir venger ainsi la mort de deux noirs tués par la police aux Etats-Unis, s’était ensuite suicidé.

En mai dernier, un autre policier de 25 ans, Brian Moore, avait été tué par balle dans sa voiture dans le quartier du Queens. Un suspect a été arrêté et inculpé.

Voir de même:

New York: Deux policiers abattus dans leur voiture, Obama condamne
ENQUETE Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, 28 ans, a tiré à plusieurs reprises sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture, à travers la fenêtre du passager, les atteignant à la tête…

20.12.2014

Le président américain Barack Obama a condamné ce dimanche «inconditionnellement» l’assassinat à New York de deux policiers abattus de sang froid par un homme seul, à un moment où la mort de Noirs non armés entre les mains de la police a exacerbé les tensions.

«Je condamne inconditionnellement le meurtre aujourd’hui de deux policiers à New York. Deux hommes courageux ne rentreront pas chez eux ce soir retrouver leurs proches, et pour cela il n’y a aucune justification», a déclaré le président Obama dans un communiqué. «Aujourd’hui, je demande aux gens de rejeter la violence et les mots qui blessent et de préférer les mots qui guérissent», a ajouté le président.

Contexte tendu
Les deux policiers -Wenjian Liu, marié depuis deux mois et Rafael Ramos- ont été tués par balles samedi après-midi à Brooklyn dans leur voiture, «assassinés» par un homme noir de 28 ans qui s’est ensuite suicidé, a annoncé la police de New York. Le double meurtre, commis en plein jour dans la plus grande ville des Etats-Unis absorbée par les préparatrifs de Noël, a choqué la population.

L’attaque a eu lieu à Brooklyn, dans le quartier de Bedford Stuyvesant à 14h50 locales (20h50 à Paris), dans un contexte tendu du fait de manifestations à répétition à New York, après la récente décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier impliqué dans la mort d’Eric Garner, père de six enfants soupçonné de vente illégale de cigarettes mort en juillet dernier lors d’une interpellation musclée à Staten Island, et après la mort d’un autre Noir non armé, tué dans la cage d’escalier obscure d’une HLM de Brooklyn le 20 novembre par un policier débutant.

«Purement et simplement assassinés»
Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, a tiré à plusieurs reprises à travers la fenêtre du passager sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture de patrouille et n’ont pas eu le temps de sortir leur arme, les atteignant à la tête. «Ils ont été tués par balle, sans avertissement. Ils ont été purement et simplement assassinés», a déclaré, très ému, le chef de la police Bill Bratton, lors d’une conférence de presse.

Le meurtrier, qui n’aurait pas de lien terroriste, était venu de Baltimore, à 300 km au sud de New York. Pourchassé par d’autres policiers alors qu’il s’enfuyait à pied, il a mis fin à ses jours sur un quai de métro à proximité, a ajouté le chef de la police. Selon Bill Bratton, il avait auparavant posté sur les réseaux sociaux des commentaires très hostiles à la police.

Police traumatisée
Il y mentionnait Eric Garner et Michael Brown, un jeune noir tué par la police à Ferguson (Missouri) en août, selon les médias locaux. Le double meurtre a profondément traumatisé la plus importante force de police des Etats-Unis, dont deux membres avaient déjà été attaqués le 24 octobre par un homme armé d’une hachette. Le maire de New York Bill de Blasio, démocrate dont les relations sont difficiles avec sa police, a dénoncé samedi soir un «assassinat ressemblant à une exécution».

Le procureur de l’Etat de New York Eric Schneiderman a évoqué un «acte affreux de violence» et de nombreux policiers des différents commissariats de New York ont exprimé leur choc sur Twitter, envoyant condoléances et prières aux familles des victimes. C’est la septième fois depuis 1972 que des policiers travaillant à deux sont ainsi tués à New York, selon Bill Bratton.

Le meurtrier avait aussi blessé par balle samedi matin son ex-petite amie à Baltimore, avant de partir pour New York, a indiqué Bill Bratton. Il a expliqué que Brinsley utilisait apparemment le compte instagram de la jeune femme pour ses commentaires anti-police.

Voir par ailleurs:

Report: ‘Desperate’ Harvey Weinstein ‘Wants Tarantino to Apologize’ For Cop Hate

John Nolte

31 Oct 2015

Page Six reports that no less than Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” has joined much of the rest of the world in expressing his anger at director Quentin Tarantino’s anti-cop hate rhetoric. According to the report, Weinstein, who probably has close to $80 million invested in the three-hour Western, is “desperate” for “Tarantino to apologize, or at least walk back his comments.”

Apparently, Weinstein is said to be considering “conciliatory moves, such as special screenings of “The Hateful Eight” for police officers and their families.”

But it is hard to imagine Tarantino being okay with that.

Why would the director want “murderers” and their families to enjoy a free screening of one of his movies?

Last weekend, at an anti-cop hate rally in New York, that’s what Tarantino repeatedly called police officers: “murderers.” And now the roof is caving in as one powerful, big city police union after another joins a boycott against “The Hateful Eight,” which hits theaters this Christmas.

It is no secret that Weinstein has had one of his worst years ever at the box office. After publicity costs, “Paddington” probably didn’t break even. Same with “Woman In Gold.” The Weinstein Company desperately needs “Hateful Eight” to not just refill the company coffers but to be in Oscar contention.

Weinstein is no stranger to controversy. Like his director, Weinstein has been afflicted with the bubble-dumbness that comes with years of living in the provincial world of left-wing Hollywood. In 2009, Weinstein led the charge in one of Hollywood’s worst public relations debacles ever — in defense of Roman Polanski, a man who fled justice and has never paid a price for drugging, raping, and sodomizing a 13 year-old girl.

As the American population has increased over the last 15 years, ticket sales have flat-lined.  Hollywood is the only business in the world that regularly insults half its customers and then deludes themselves into believing it doesn’t matter.

It does. And in the age of New Media, where the corrupt legacy media can no longer bottleneck or manipulate information inconvenient to Hollywood’s bottom line, the problem is only going to get worse.

Voir aussi:

Roof Caves In On Cop-Hater Tarantino: 1,000 Police Organizations Join ‘Hateful Eight’ Boycott

John Nolte

31 Oct 2015

The chickens have come home to roost for director Quentin Tarantino, a thousand of them in fact, as the National Association of Police Organizations announces that it, and the 1,000 police units and associations it represents, will join the boycott against “The Hateful Eight.”

Add to that number nearly a quarter of a million law enforcement officers represented by this group.

In a cynical attempt to boost his standing with the left-wing black media, the sheltered, out-of-touch Tarantino joined a Black Lives Matter-affiliated anti-cop hate rally and called police officers “murderers.”

Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” is reportedly “furious” at Tarantino and “desperate” to see the director apologize for his objectively appalling comments. Weinstein has somewhere around $80 million invested in the three-hour Western, and after a lousy year, desperately needs a box office hit and an Oscar contender.

You can’t succeed in Hollywood at the level Tarantino has without being smart. His problem is that he’s bubble-dumb, so shielded and removed from real life that he thought spewing anti-police hate at a hate rally was good public relations.

Mr. Tarantino needs to turn off CNN, grow a beard, and move to Wyoming for a year.

Provincialism does not become him personally, nor does it become his art.

Voir enfin:

Palestinian Suffering

Richard Landes

The Augean stables

PALESTINIAN SUFFERING

Few people have suffered more constant misery and daily oppression in the last 50 years than the Palestinians. The key issue, however, concerns not the amount — although it has obviously been grossly exaggerated — but the source of that suffering. There are wildly varying accounts of who is to blame. Our purpose here is not to assess how much blame to assign – that everyone must do on their own – but to list the major contributors to Palestinian suffering, and what is the nature of that contribution. We welcome comment, further examples, suggestions, links, reflections, additions.

ISRAEL:

The most obvious source of Palestinian suffering is the Israelis. According to the dominant Palestinian “victim” narrative, the Zionists came into the region, took their land, and, when war broke out in 1948, drove almost a million of them from their homes and relegated those who remained to second-class citizenship. The dominant Israeli narrative has argued that they came as civilians, purchasing property, developing the economy, clearing malaria-infested swamps. Israelis claim that most of the refugees were created by the Arab armies that sought to destroy Israel and urged the Arab inhabitants to leave. Arabs, whose own leaders openly declared their intention to massacre Israelis, naturally believed that the Israelis would do the same to them.

Recently Israeli “new” or “post-Zionist” historians have questioned the Israeli version, arguing that there were concerted efforts to drive out Arab populations, as well as some actual massacres of Arab civilians. This revisionist work has received sharp criticism from historians who argue that these writers have misrepresented, even distorted the contents of the archives on which they base their work. (That Israeli historians would distort history to criticize their own country may strike some as bizarre if not inexplicable, but such a move combines both hyper-self-criticism with therapeutic history: If we apologize, maybe they’ll stop hating us.) Not surprisingly, the Palestinian reaction to Israeli post-Zionism has been more favorable: they think it confirms their narrative, and affirms their grievances.

Since the conquest of the West Bank and Gaza Strip in the 1967 war, over 2 million Palestinians have come under the military rule of Israel; and since the two uprisings of 1987-92 and 2000-?, the hostilities have produced a particularly onerous situation, in which Palestinian suffering most obviously derives from Israeli actions – curfews, check-points and shut-downs. To those who do not know the history of the conflict, the image of the Palestinian David throwing rocks and the Israeli Goliath in his tanks and planes seems not only accurate but poetically ironic.

the new intifada
Book cover for The New Intifada: Resisting Israel’s Apartheid

Most observers who, consciously or unconsciously accept the way that Arab and Palestinian leadership have framed the struggle in terms of zero-sum outcomes, stop here. This is the foundation of both the Politically-Correct and the Post-Colonial Paradigms (PCP1 & 2). For the politically correct, who would not dream of challenging the Arab mind-set, there is no need to go further. Indeed some, exceptionally self-critical Israelis go still farther in the same direction: It is the Arabs who have sought peace and the Israelis who have rebuffed them. Obviously, Israeli victories mean Palestinian defeats; obviously Israeli presence means Palestinian displacements; obviously Israeli independence is a Palestinian Naqba. Obviously Israel and its ally America are the greatest contributors to Palestinian suffering. And were this the only way to conceive of the conflict, such a narrative might well be true.

But from the perspective of progressive, positive-sum interactions and the civil society such interactions foster, this can hardly be the whole story. On the contrary, when Zionists first came to Palestine the population was under a million. Today it pushes 10 million. Modern civil society and the culture of abundance that it produces can create many new opportunities for all involved. This need not have been a zero-sum conflict, and while some Zionists, observing the growing dominion of al Husseini, argued for kicking Arabs out, many more continued to argue for a productive collaboration. So we now turn to the other sources of Palestinian suffering, those who have either forced or encouraged the Palestinians to see it only as a zero-sum game, and to see the Israelis only through the lens of their own political rules: Dominate or be dominated.

ARAB POLITICAL CULTURE:

The contribution of Arab political culture to the suffering of Palestinians is less evident to those who do not know the history of the conflict. Arab political culture before Zionism was among the most autocratic and exploitative of the many “traditional” political cultures: With Turkish administrators, wealthy Arab landlords living in Egypt, and Bedouin tribes raiding whenever they could, the plight of the Palestinian peasant had involved plenty of suffering. That kind of suffering continues endemically throughout the Arab world today, regardless of whether the populace lives in an oil-rich state or not.

It is characteristic of prime-divider societies run by adherents of the dominating imperative.

But the Arab-Israeli conflict has increased the role of Arab political culture in the specific suffering of the Palestinians as a people. Fundamentally committed to zero-sum outcomes in this conflict – Israel should not exist, and nothing short of the elimination of the “Zionist entity” could resolve the conflict – Arab political culture has consistently chosen wars they lose to resolution in this conflict. In the inability to succeed in this goal, Arab political culture has largely preferred negative-sum solutions than exploring mutually beneficial solutions.

In 1958, Ralph Galloway, former UNWRA director wrote:

“The Arab states do not want to solve the refugee problem. They want to keep it as an open sore, as an affront to the United Nations, and as a weapon against Israel. Arab leaders do not give a damn whether Arab refugees live or die.”

One might even make a more damning assertion: they do care; they want and need them to suffer.

ARAB LEAGUE:

Thus when the UN resolution of 1947 created two states, with the Palestinian one significantly greater than the Israeli, which consisted of three scarcely contiguous units, the largest of which was desert wilderness, the Arab League, without consultation with the Palestinian people (just coordination with the Nazi ally al-Husseini, rejected the partition and prepared for a war of annihilation.

The ensuing disaster (al-Naqba) produced a much larger and contiguous Israel with a substantial minority of Arab residents, and a widely dispersed population of Arab war refugees. At this point, rather than negotiate the best possible situation for the refugees, the Arab League unanimously chose to continue the war and confine the Palestinian refugees to camps, as a weapon against Israel. The Palestinians became the sacrificial pawn of Arab politics, forced to live in squalor, indoctrinated with Nazi-inspired propaganda in their schools, and held up to the world as an example of Israeli crimes against humanity. And of course, the worse they suffer, the worse the crime.

But whose crime?

This state of affairs beggars the liberal imagination. Indeed many observers just assume that it was the Israelis who put the refugees in camps and kept them there. Michael Moore speaks about a visit to the refugee camps in 1988:

Although in my life I had already traveled through Central America, China, Southeast Asia, and other parts of the Middle East. I wasn’t ready for what I saw in the refugee camps in the Occupied Territories. I had never encountered such squalor, debasement, and utter misery. To force human beings to live in these conditions – and deo so at the barrel of a gun, for more than forty years — just made no sense. Stupid White Men, p. 178.

Now Moore seems to presume that it’s the Israelis who have done this to the Palestinians. (His next paragraph goes into how badly the Jews have been treated in the past and how sad that they should turn around and do it to someone else — the favorite formula of those attracted to moral Schadenfreude.) He seems to have no awareness that for the first (and critical) half of the Palestinian experience of refugee confinement, it was Arab rulers and Arab guns who kept them in misery, and that once Israel took over they tried to move these unfortunate victims out into decent housing, and it was the Arabs who pushed UN Resolutions insisting that they be returned to the squalor of the camps.

How much more nonsensical is that — it’s the Arabs who want their misery, not the Israelis?

Unless one thinks in terms of Domineering Cognitive Egocentrism, and the Honor-Jihad Paradigm.

After the second Naqba of 1967, with the Israelis offering to return most of the conquered territories in exchange for peace, the Arab League met at Khartoum and issued the “Three No’s” – “No negotiations, no recognition, no peace!” In the context of contributing to Palestinian suffering, this decision of the Arab League — with Arafat, al-Husseini’s nephew, representing the Palestinian people’s “interests” — reveals perhaps more than anything, the “incomprehensible” skew of this conflict. To save the “honor” of the Arab nation and not have to recognize or make peace with this rebellious, tiny, Dhimmi people, these Arab leaders preferred to leave over two million Arabs under Israeli rule. And given how for an Arab Muslim, it is a stain to one’s honor to live under the rule of another people — above all, a people who should be subject — they knew that this “occupation” they were sanctioning, would poison the Israeli’s world no matter how beneficent or economically advantageous Israeli rule might prove.

And when the Palestinians threatened the stability of the Hashemite kingdom in Jordan – the only Arab country to offer them citizenship – King Hussein’s troops massacred as many as 10,000 Palestinian men, women and children in one month, remembered in Palestinian lore as Black September. PLO troops fled to Israel rather than fall into Jordanian hands. Many Palestinians and other Arabs acknowledge their victimization by their “fellow” Arabs. Current Palestinian Authority Prime-Minister Mahumud Abbas said in 1976 that,

…the Arab armies entered Palestine to protect the Palestinians from Zionist tyranny but, instead, they abandoned them, forced them to emigrate, and to leave their homeland, and threw them into prisons similar to the ghettos in which the Jews used to live.” (Falastin a-Thaura, March 1976).

However, such honest remarks by Palestinians are tempered partly by their desire to enlist support from the very Arabs who victimized them, partly by their fear of reprisal, partly by their honor-bound need to believe that the Israelis are their greatest enemies.

PALESTINIAN LEADERSHIP: Palestinian political culture, from the earliest period of Zionist settlement, has fostered the zero-sum mentality whenever possible. The uprising of 1936-9, supposedly fighting the British and the Zionists, ended up killing far more Arabs (vendettas, looting) than either English or Jews. The Peel Commission (1939) asked Arab rioters why, despite the increased levels of prosperity brought to Palestine by their arrival, they attacked the Jews, one Arab responded:

You say we are better off: you say my house has been enriched by the strangers who have entered it. But it is my house, and I did not invite the strangers in, or ask them to enrich it, and I do not care how poor it is if I am only master of it.” (Weathered by Miracles, p. 207)

The pattern whereby the Palestinians suffered more from the militant policies of their leadership than Israelis became a standard feature of all the “uprisings,” from the “nationalist uprising” of 1936-39, to the “intifada” of the late 1980s and the “second intifada” of 2000. In general, terrorists almost never limit their aggression to the “enemy”, and since their own populations do not have the protection that enemies can mobilize, they tend to suffer the daily impositions of their “militants” far more. And until it becomes completely unbearable, most people in such terror-dominated societies stay silent.

“SECULAR” PALESTINIAN LEADERSHIP: The degree to which Palestinian leadership has followed the lead of Arab League politics in victimizing its own people can best be seen in the formation of the PLO in 1964. Rather than demand the West Bank and the Gaza Strip, governed by Jordan, as a sovereign nation in which they might begin the long-overdue process of getting people out of the refugee camps and into decent housing and work situations, they ignored the plight of their brethren, and focused on the elimination of the Zionist entity. National Liberation consistently took second place to the annihilation of another nation.

The widespread practice of executing “collaborators” without trial, even women, has throttled any “moderate” Palestinian leadership from emerging. Rape and sexual assault of women is a common form of intimidating other Palestinians into cooperation and as a way of rewarding one’s “soldiers” for their efforts. Palestinians themselves often acknowledge how much of their suffering derives from the corruption of their own leaders, but rarely do they take it the further step to wonder whether this is not merely corruption or violence, but also an endemic problem of their political culture.

ISLAMIC POLITICAL CULTURE: The emergence of a powerful culture of Jihad in Palestinian circles (Islamic Jihad and Hamas) have intensified the dynamic of self-inflicted suffering. Promoting a culture of death that encourages youth to die trying to kill Israelis has contributed immeasurably to the casualties among Palestinian youth, whether intentionally or unintentionally. The notion that suffering in this world wins rewards in the world to come gives a particularly powerful motivation to self-destruction. Indeed, Islamic Jihad gives a new meaning to positive-sum outcomes within the framework of negative-sum behavior: if a Muslim dies in battle with the infidel, he goes to heaven; if he succeeds in winning the Jihad, his reward is in this world as well. The war begun in October 2000, in which Islamic Jihad has played a particularly prominent role, has inflicted immense suffering on the Palestinians, perhaps more than almost any earlier catastrophic rush to violence.

INTERNATIONAL FOREIGN POLICY

Once one factors in the ways in which Arab political culture thrives on victimizing the Palestinians, one becomes aware of another source of Palestinian suffering: the “support” the Palestinian leadership gets from outsiders, particularly 1) the Europeans, 2) the UN, 3) the “progressive left,” and 4) the media. For the last three decades, since the mid-1970s, these parties have become increasingly anti-Israel and, supposedly, pro-Palestinian.

The mistake appears in the very formulation. By falling into the zero-sum formulations of the Arab and Palestinian leadership, these major world forces reinforce the very figures who have most to win from victimizing the Palestinians.

LEFT:

The role of the Left may be the single most striking illustration of the ironic reversals in this conflict. One might argue in the last decade that the Palestinians have become the “chosen people” of the Left, in that anyone who is more critical of them than of the Israelis is considered a right-wing neo-conservative (at best). And yet, the Palestinians have hardly flourished under this “progressive” solicitude. Rather than urging the Palestinians to develop the kind of qualities necessary for a progressive state that takes care of its citizens and encourages freedom of thought and expression (e.g., public self-criticism, protection of dissidents), the Left has systematically “explained” Palestinian violence as the result of Israeli (and American) policies. As a result, the Left reinforces the most regressive and fascist elements in Palestinian culture, even as they claim to work for peace and civil society.

MEDIA:

The contribution of the Media to Palestinian suffering may be the most subtle, but also the most pervasive. The nature of media coverage – if it bleeds it leads – has always favored violence, and in particular fed the need of terrorists for attention. Its superficial and dramatic news has encouraged the systematic victimization of Arabs for the purposes of international sympathy. By ignoring or playing down the Palestinian calls for genocide against Israel and hatred of the West, while at the same time portraying Israel as the cause of war and of whatever damage Palestinians do to themselves, the media have contributed to a profound misunderstanding of the sources of – and therefore the solutions to – the conflict.

But the principle “if it bleeds it leads” actually takes second seat in the MSM coverage of the Arab-Israeli conflict to who commits the violence. When Israeli kills a Palestinian child, it receives a good deal of coverage; when the Palestinians kill Palestinian children, newsreports are laconic at best. (Google Palestinians kill Palestinian child and you get only entries on Israelis killing Palestinian children.)

Given the extraordinary sensitivity of Arab honor-shame culture to public disapproval, one might even argue that the sympathy and understanding that the media grant to the most depraved of Palestinian terrorists, represents an enormous opportunity cost. When 500 Palestinian intellectuals denounced suicide terrorism, they did so because it did not serve the Palestinian cause — indeed it lost them international sympathy. Were the international community to have condemned it with even greater insistence, these voices would have had even greater strength. When the media mis-reported the outbreak of Oslo War in late 2000, arousing world-wide support for the Palestinians in their struggle for “freedom”, they encouraged Arafat to believe that “the whole world is behind him” so that he had no need to work to lessen the violence. By promoting and diffusing stories of alleged atrocities committed by Israel without a solid background check, the media reinforce the hate-mongering propaganda of the Palestinian leadership. “Balancing” negative coverage of the Arabs with unfounded accusations of the Israelis, for example, balancing stories of “honor killings” with accusations of rape of Palestinian women by Israelis and seizing on Palestinian accusation of “massacres.”

There is no question how much Palestinians have suffered and continued to suffer, but there are many sources to this suffering. To truly sympathize and help improve the wretched condition of Palestinians, one must understand the wide range the factors that cause their suffering. One way to conceive of this problem is to ask, what if the Palestinians had their own state? Would their conditions improve? To judge by their conditions under Jordanian rule (1948-67), or their conditions in Lebanon when the PLO had power (1970-82), or Gaza after withdrawal (2005-), or by the fate of other Arab peoples ruled over by their own elites… no. If the state and its governors are committed to ruling for the people, if they pursue positive-sum strategies both domestically and with the Israeli neighbors, then we can hope for a dramatic improvement in their condition. But for that to happen, we progressives would need to put our shoulders behind a very different wheel.

Can we do it? What’s preventing us?

Voir par ailleurs:

En Syrie, un djihadiste occidental sur trois serait français
Edouard de Mareschal
Le Figaro
05/09/2014

INFOGRAPHIE – Plus de 3000 Occidentaux seraient partis combattre aux côtés des djihadistes en Syrie. Parmi eux, entre 700 et 900 sont français.

Le djihad attire de plus en plus d’Occidentaux. Fin mai, ils étaient au moins 3000 à avoir rejoint les rangs des islamistes radicaux qui combattent en Syrie, selon le Soufan Group, un organisme de renseignement basé à New York. La France est la plus «représentée» en nombre de tous les pays occidentaux. Elle compte 700 ressortissants sur place, selon des données compilées par The Economist. Une estimation plus basse que celle des services du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, selon lesquels 900 Français étaient concernés à la mi-août. Vient ensuite la Grande-Bretagne, avec 400 ressortissants actuellement en Syrie. Puis l’Allemagne (270 ressortissants), talonnée par les Belges, avec 250 ressortissants.

10 à 15% de femmes
Mais lorsqu’on regarde la proportion de combattants par rapport à la population de leurs pays d’origine, le classement est sensiblement différent. La Belgique arrive largement en tête, avec 22 ressortissants partis au djihad pour un million d’habitants. Le Danemark arrive en deuxième position, avec 17 ressortissants pour un million d’habitants. La France arrive en troisième position: on compte 11 Français partis en Syrie pour un million d’habitants. Il est important pour l’État islamique de compter des Occidentaux dans ses rangs. Le choc provoqué par l’accent londonien de(s) assassin(s) de James Foley et Steven Sotloff en est la meilleure illustration. «Des otages libérés des griffes de l’État islamique ont dit qu’ils avaient été gardés par trois anglophones. Les djihadistes étrangers peuvent également contacter par e-mail les familles d’otages dans leurs propres langues pour demander des rançons», explique l’hebdomadaire.

Le Soufan Group estime que jusqu’en mai, quelque 12.000 combattants issus de 81 pays différents avaient rejoint le djihad en Syrie. Mais ce chiffre doit être bien plus important aujourd’hui. Car depuis que l’État islamique a fondé le «califat» le 29 juin, «le recrutement a explosé», assure le journal. «La Syrie a attiré des combattants plus vite que n’importe quel autre conflit dans le passé, que ce soit la guerre d’Afghanistan dans les années 1980 ou celle d’Irak après l’invasion américaine de 2003.» La guerre sainte prônée par l’État islamique fait venir essentiellement des hommes en dessous de 40 ans. Mais elle séduit de plus en plus de femmes. Elles représentent environ 10 à 15% de ceux qui voyagent en Syrie, estime-t-on au Centre international d’étude sur la radicalisation, un groupe de réflexion basé à Londres.

Mais les plus gros pourvoyeurs de combattants étrangers pour l’État islamique restent les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Parmi les plus notables, on trouve la Tunisie, qui dénombre pas moins de 3000 ressortissants actuellement en Syrie. L’Arabie saoudite en compte 2500, la Jordanie 2089… La présence de ces étrangers dans les rangs des radicaux islamistes laisse leurs gouvernements respectifs dans l’embarras. Car ils sont difficiles à tracer à leur retour, à l’image de Mehdi Nemmouche, qui aurait passé un an à combattre en Syrie avant de commettre la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai dernier.

Voir enfin:

Le casse-tête juridique de la suppression des allocations aux djihadistes partis en Syrie
Eugénie Bastié
Le Figaro
05/11/2014

Eric Ciotti a annoncé lundi sa volonté de radier du RSA une personne partie faire le djihad en Syrie. Une décision qui semble légale mais qui sera difficile à généraliser, les conseils généraux et les CAF ne disposant pas de l’identité des personnes concernées.

Coup de com’ ou vraie décision politique? Lundi, le président du Conseil général des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a annoncé une mesure inédite en France: «j’ai décidé de procéder à la radiation d’un allocataire du RSA identifié comme étant parti en Syrie pour combattre dans les rangs de l’Etat islamique».

Pour mettre en œuvre sa décision, il s’appuie sur un cadre juridique bien précis. En effet, une des conditions essentielles pour pouvoir toucher le RSA est de «résider en France de manière stable et effective». L’article R.262-5 du Code d’action sociale et des familles précise ce critère: une résidence stable et effective signifie une résidence permanente. La personne qui touche le RSA peut accomplir hors de France un ou plusieurs séjours «dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois». Normalement, le département aurait donc dû attendre trois mois après le départ de la personne pour la Syrie avant de la suspendre ou la radier. Mais pour Eric Ciotti, il était hors de question de donner un centime de plus à des «terroristes». «Les personnes parties à l’étranger dans la perspective de mener une guerre aux côtés d’un état terroriste n’ont pas vocation à continuer à bénéficier de la solidarité nationale» a-t-il argumenté.

Il a donc mis en avant un récent avis du Conseil d’Etat pour élargir les critères d’appréciation de la condition de résidence stable ou effective. Celui-ci précise en effet qu’«il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités ainsi que de toutes circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d’éventuels séjours à l’étranger et ses liens personnels et familiaux».

«La décision de M. Ciotti paraît à la fois légitime et légale»
Pour Virginie Ribeiro, avocate spécialiste du RSA, la décision du député parait tout à fait fondée juridiquement. «Dans le cadre du contexte actuel, et étant donné la gravité d’un départ pour la Syrie, la décision de M. Ciotti paraît à la fois légitime et légale car elle a pour objectif le maintien de l’ordre public».

Faut-il, dans ce cas, faire une loi pour généraliser la suppression des allocations aux djihadistes partis en Syrie? «Ce n’est pas nécessaire. Je pense que la décision de M. Ciotti sera suivie», estime Virginie Ribeiro. «L’article du CASF, combiné à la jurisprudence du Conseil d’Etat, me paraissent suffisants. On peut bien sûr envisager que la personne en question intente un recours devant le tribunal administratif à son retour de Syrie, mais étant donné les circonstances, il y a peu de chances que sa plainte soit entendue».

Théoriquement, la décision d’Eric Ciotti pourrait donc être appliquée dans tous les départements. Mais pratiquement, une difficulté subsiste: les noms des personnes parties en Syrie ne sont ni forcément connus, ni, quand c’est le cas, communiqués aux conseils généraux.

Le député Alain Marsaud (UMP) a déposé le 10 octobre dernier avec Thierry Mariani une résolution à l’Assemblée nationale pour la «création d’une commission d’enquête aux abus de versements des prestations sociales aux Français ayant quitté le territoire dans le but de participer au djihad». Selon lui, il avait déjà prévenu le ministre de l’Intérieur Manuel Valls au mois de juin qui «ignorait totalement le sujet».

Croiser les fichiers de la CAF avec ceux des renseignements
«J’ai pris contact avec des directeurs de Caf [Caisse d’allocations familiales]qui m’ont confirmé qu’en effet certaines personnes continuaient à recevoir des allocations alors qu’elles étaient parties pour la Syrie. Ainsi un couple recevait 2200 euros par mois pour partir faire le djihad aux frais de la République!», assure le député UMP. Selon lui, les personnes concernées établissent des procurations à des tiers qui touchent l’argent en numéraire puis les renvoient aux personnes dans les pays d’accueil.

Mais, comme les conseils généraux, la CAF n’a pas connaissance des noms des personnes parties pour le djihad. Alain Marsaud demande donc qu’«il soit possible de croiser des fichiers des caisses d’allocations avec ceux des services de sécurité». Pour l’instant ce n’est pas possible, «sous prétexte d’attaque aux libertés individuelles», déplore-t-il. Il propose également d’allouer «davantage de moyens aux Caisses d’allocations familiales afin que les versements d’indemnités de toutes sortes à ces individus puissent être rapidement stoppés».

D’après M. Marsaud, plusieurs centaines de personnes seraient concernées «Tous les gens qui sont partis là-bas sont plus ou moins allocataires, le temps qu’on s’en aperçoive, ils ont déjà touché plusieurs mois, c’est de l’argent qui va directement dans la poche de terroristes! Je dis donc bravo à M. Ciotti et j’invite tous les présidents de conseils généraux soucieux du bien public à suivre son exemple». Il s’étonne d’ailleurs que son projet de résolution «n’ait pour l’instant reçu aucun soutien ni encouragement du groupe UMP à l’Assemblée».

Voir par ailleurs:

Moyen-Orient
Jack Lang : “Un musée destiné à une Palestine libre et souveraine”
Yasmine Youssi
Télérama
29/10/2015

L’Institut du monde arabe va participer à la création du Musée national d’art moderne et contemporain de Palestine. Il propose son hospitalité aux collections, en attendant qu’elles puissent être exposées. Jack Lang nous en dit plus.

Le 16 octobre dernier, l’Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, signait avec l’intellectuel Elias Sanbar, actuel ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, un partenariat en vue de la création du Musée national d’art moderne et contemporain de Palestine. Jack Lang revient pour nous sur la genèse et la nécessité d’une telle institution.

Comment est née l’idée de ce musée?

C’est le poète palestinien Elias Sanbar qui a imaginé la préfiguration de ce Musée national d’art moderne et contemporain. Nous nous connaissons depuis de longues années et j’ai énormément de respect pour lui. Elias est un homme de paix. Avec l’aide de Gérard Voisin et d’Ernest Pignon-Ernest, il a réuni une centaine d’œuvres remarquables données par d’autres artistes, essentiellement français. Il y a là des tableaux d’Henri Cueco, de Gérard Fromanger, des œuvres de Tardi ou de Barthélémy Toguo, des photos d’Henri Cartier-Bresson ou de Robert Doisneau. Restait à stocker ces œuvres avant l’édification et l’ouverture du musée dans une Palestine que nous espérons libre et souveraine. Je me suis alors dit que l’Institut du monde arabe pouvait offrir l’hospitalité à cette collection en attendant qu’elle puisse être exposée.

Faudra-t-il attendre la création d’un Etat Palestinien pour découvrir cette collection?

Pas forcément. Il existe plusieurs hypothèses et la décision finale revient bien sûr aux Palestiniens. Ça serait une bonne chose que ces œuvres soient présentées au public à l’IMA ou ailleurs. Il n’est pas exclu qu’elles le soient à Ramallah, avant la création d’un Etat palestinien auquel je crois. Même si les deux situations n’ont rien à voir, la préfiguration de ce musée m’a rappelé celle du Musée de la résistance Salvador Allende au Chili.

En 1975, deux ans après le coup d’Etat de Pinochet, de grands artistes latino-américains avaient eu la même idée et avaient ainsi constitué une collection. Le peintre surréaliste Roberto Matta avait donné des œuvres, tout comme le peintre et sculpteur d’origine argentine Julio Le Parc, et bien d’autres encore. Comme je présidais le Festival de théâtre universitaire de Nancy, je leur avais proposé d’y organiser la première exposition de la collection en 1977. Une fois nommé ministre de la Culture, j’ai souhaité que le Centre Pompidou présente la collection. Et lorsque Pinochet a été vaincu, la France a financé le transfert des œuvres à Santiago du Chili. Le musée est désormais installé au sein du bâtiment jadis occupé par la police politique du dictateur.

N’y a-t-il pas d’autres priorités que la construction d’un musée en Palestine?

Lorsque l’on mène un combat, tout est important. Aujourd’hui la situation est très difficile. Elle n’a même jamais été aussi désespérante. Le gouvernement israélien est totalement hostile à une Palestine libre. Les Palestiniens sont pour leur part divisés, ce qui les pousse à commettre des actes de désespoir d’une extrême violence. Vus de Loin, ils apparaissent comme un pauvre peuple abandonné, alors que c’est un peuple combattant, combattif, créatif, qui regorge de talents, et qui prend son destin en main.

Mettre en place un musée national d’art moderne et contemporain est un signe de combat. D’autres s’engagent également sur la voie de la culture. Tel l’homme d’affaires palestinien Omar Qattan, avec qui l’IMA a noué des liens, et qui inaugurera en mai prochain à Rammallah un musée destiné à rayonner sur toute la Palestine, dédié à sa culture, à son histoire. Il est important de montrer cela. De donner une image positive du pays.

A l’Institut, nous mettons beaucoup l’accent sur la Palestine. Nous y avons par exemple organisé une conférence de la coopération décentralisée, réunissant maires et élus français et palestiniens pour qu’ils travaillent sur des sujets concrets. Nous réfléchissons aussi à un grand événement qui donnerait à voir cette richesse culturelle. Car c’est par le biais de la culture que nous parviendrons à faire comprendre au monde que ce peuple ne demande qu’à vivre et à éduquer ses enfants.

Vous dites que le partenariat de l’IMA avec le Musée national d’art moderne et contemporain est un geste de soutien à la création d’un Etat palestinien. S’agit-il du soutien de la France, de l’IMA ou de Jack Lang ?

Des trois à la fois.

Voir par ailleurs:

Des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation (1/2)
Alexandre Devecchio
Le Figaro
14/08/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – En 2002, Georges Bensoussan a dirigé Les territoires perdus de la République. A l’occasion de la republication de ce livre controversé, il analyse le phénomène de déliquescence de la nation que des politiques, conscients mais impuissants, ne réussisent pas à endiguer.

Georges Bensoussan est historien, spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l’ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d’enseignants et chefs d’établissements scolaires.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

FIGARO. – La première édition des Territoires perdus de la République date de septembre 2002. Vous y dénonciez les maux qui rongent l’école, mais aussi la société française: la violence, l’islamisme, l’antisémitisme. A l’époque, le livre avait été accueilli par un long silence médiatique. Rétrospectivement, comment expliquez-vous cette omerta?

Georges BENSOUSSAN. – L’omerta fait partie des problèmes dénoncés dans le livre. Il y a peur de dire ce que l’on voit comme si dire le réel, c’était le faire exister. A l’époque, nous constations que l’intégration d’une partie des populations de banlieues, progressivement reléguée dans des cités et frappée par le chômage de masse, était en panne. Après avoir fonctionné jusque dans les années 80, l’intégration s’est bloquée à la fin des années 90, ce que l’on constate aujourd’hui avec la hausse des unions endogames. Or, il semblait difficile en France de faire ce simple constat car on risquait d’être accusé de racisme, de stigmatiser et d’amalgamer des populations. C’est d’ailleurs l’accusation qui nous fut d’emblée imputée. Une culture d’une partie de la gauche dominante (à distinguer de la gauche antitotalitaire dans la lignée d’Orwell) nous a enfermés dans la frilosité. Il est devenu presque impossible de dénoncer certains périls sans être accusé d’appartenir au camp du mal. Pourtant, les sept auteurs de la première édition, tout comme les treize de la seconde, venaient tous, quasiment sans exception, des rangs de la gauche. Le silence médiatique autour de ce livre, puis sa stigmatisation, était révélateur d’un climat de terrorisme intellectuel qui n’a d’ailleurs rien de nouveau. Les réactions qui ont entouré Les territoires perdus de la République sont de même nature que celles qui ont entourées les débats politiques français des années 50-60, quand une pensée antitotalitaire était accusée de faire le jeu de la bourgeoisie. Pour s’en convaincre, il faut relire les joutes qui opposèrent Albert Camus, Raymond Aron ou Arthur Koestler à toute une partie de la gauche. Une gauche qui était à l’époque dominée culturellement par le Parti communiste. Nombre d’intellectuels se posaient moins la question de la vérité que celle de savoir de qui «on faisait le jeu». Aujourd’hui, certains intellectuels de gauche n’entendent pas, disent-ils, pas faire le jeu du FN, comme leurs aïeux autrefois, communistes ou proches du PC (les «compagnons de route»), ne voulaient pas faire le jeu du grand capital. Pour un intellectuel, une seule question devrait se poser: les faits sont-ils avérés ou non? Dans les années 1940 en Angleterre, Orwell avait été confronté au même problème. Bien que venant des rangs de la gauche travailliste, il se voyait reprocher de faire le jeu des conservateurs anglais. Les blocages auxquels nous nous sommes heurtés avec ce livre sont les mêmes que ceux qui ont marqué le XXe siècle, c’est le débat entre totalitarisme et antitotalitarisme.

Vous écrivez que nous sommes passés des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation … De septembre 2002 aux attentats de janvier 2015, avons-nous perdu une décennie?

En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d’abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l’adhésion à un ensemble de valeurs et rien d’autre. Ce n’est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d’Ernest Renan: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.» Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n’avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant: «Mon pays c’est l’Algérie…» (ou la Tunisie, etc…). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C’est pourquoi, ce n’est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d’assister en France à l’émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. Dans le cadre de la préparation d’un nouvel ouvrage, j’ai été frappé en écoutant plusieurs de mes interlocuteurs de voir que l’expression «guerre civile», qui aurait fait ricaner il y a dix ans ou surpris il y a cinq ans, est aujourd’hui dans les bouches d’un grand nombre, tant d’élus de terrain, de policiers, de médecins hospitaliers (service des urgences par exemple) ou de banlieue. Le sentiment que deux peuples sont en train de se former, côte à côte, et qui se regardent souvent avec hostilité, ce sentiment-là est aujourd’hui partagé par beaucoup.

Pourquoi, selon vous, personne n’est descendu dans la rue au moment de l’affaire Merah?

En mai 1990, après la profanation du cimetière juif de Carpentras, des centaines de milliers de Français étaient descendus dans la rue, y compris le président de la République. En 2012, une génération plus tard, pour Ilan Halimi en 2006, en mémoire aux victimes de Merah en 2012, de Nemmouche en 2014, il n’y avait plus personne, sauf des juifs. La montée du communautarisme, du repli sur soi et de l’indifférence sont patents, signe d’un morcellement de la société française, d’un repli sur soi moins hédoniste que désespéré est en train de l’emporter qui multiplie les gestes et les mots du découragement: «on ne peut rien y faire», «ça ne changera jamais», «c’est trop tard», etc…. Mais aussi, hélas, et le fait n’est pas nouveau, le massif «ce n’est pas notre affaire». Cela posé, la raison essentielle de cette désaffection est peut être ailleurs: l’affaire Merah témoignait d’un antisémitisme qui ne venait pas d’où on l’attendait, l’extrême droite. De là un malaise général. Souvenons-nous de la période qui sépare les meurtres de la mort de Merah sous les balles du GIGN. Il s’est écoulé une semaine durant laquelle un grand nombre des bien-pensants de ce pays, et en particulier les spécialistes du déni de réalité, étaient convaincus que l’assassin était un néo-nazi, un Breivik à la française. Le fait que Mohammed Merah fût musulman en a gêné plus d’un. Ainsi, l’ennemi n’était pas le bon. Pour descendre dans la rue, il fallait qu’il soit conforme, breveté d’extrême droite et blanc. Une certaine instrumentalisation de l’histoire, mais pas cette histoire elle-même évidemment, a paralysé la réflexion politique. On n’a cessé de rejouer les années noires en télescopant les situations jusqu’à voir dans tout immigré clandestin un Juif du Vel d’Hiv en 1942, comme s’il fallait racheter la mollesse et l’indifférence des aïeux. De surcroît, troublant était le fait que Merah était français, né en France… et qu’il était au collège au moment de la première édition des Territoires perdus de la République. Je veux dire par là que cela interroge l’Education nationale, et notamment cette idée un peu simple selon laquelle un bon enseignement de la Shoah ( ce qui est le cas en France) suffirait à endiguer racisme et antisémitisme.

Aujourd’hui, les politiques et les médias ont-ils suffisamment ouvert les yeux?

Les élus de terrain, tant de droite que de gauche, sont conscients des réalités. Mais beaucoup ont peur de parler. A fortiori du coté des hommes politiques dont le courage n’est pas la qualité première à l’exception de quelques-uns. Comme s’ils craignaient, en parlant, de faire sauter un baril de poudre tant la situation leur parait (et ici ils ont raison) dangereuse. La France est en effet l’un des pays d’Europe parmi les plus exposés au risque de conflits internes.

La peur d’être taxé de racisme joue son rôle dans la paralysie française. Et la désespérance du plus grand nombre dont la parole est d’emblée invalidée au nom d’un antiracisme dévoyé. Cette crainte va jusqu’à reprendre un discours concocté par l’adversaire sans s’interroger sur la pertinence des «mots». Ainsi du mot «islamophobie», un terme particulièrement inepte en effet qui réintroduit en France la notion de blasphème. On peut s’opposer à la religion, qu’elle soit juive, catholique ou musulmane, sans être raciste. Le combat laïque, c’est le refus qu’une religion quelle qu’elle soit prévale sur la loi civile. Ce combat difficile a finalement été gagné en France entre 1880 et 1905. Céder sur ce plan, c’est détricoter deux siècles de Révolution française pour parler comme François Furet et plus d’un siècle d’une histoire de France qui a fait de la République non seulement un régime mais une culture. Il nous faut comprendre que le mot islamophobie, forgé par des associations musulmanes, crée à dessein de la confusion pour culpabiliser les tenants du combat républicain. Pour faire entendre, en bref, que ce seraient des racistes à peine dissimulés. En invoquant à contre-emploi le racisme et en usant d’un antiracisme défiguré ( celui-là même qu’on a vu à Durban en 2001 où l’on entendait le cri de «One Jew, one bullet»), il s’agit de faire taire toute voix dissidente. En instrumentalisant l’histoire au passage, c’est ce que Leo Strauss appelait la Reductio ad Hitlerum.

L’un des premiers soucis de la classe médiatique et politique après les crimes de Merah et les attentats de janvier 2015 fut d’éviter les «amalgames». Comme si les premières victimes des violences étaient les Français d’origine maghrébine ou les musulmans. Près de soixante-dix ans plus tôt, en novembre 1945, après les terribles pogroms qui venaient d’ensanglanter la communauté juive de Tripoli en Libye (plus de quarante assassinats dans des conditions atroces), les dignitaires musulmans de la ville estimaient que les premières victimes étaient moins les juifs qu’eux-mêmes, car disaient-ils, ils risquaient d’être désormais «montrés du doigt». En revanche, il n’y eut pas condamnation publique de ces actes. Comme aujourd’hui. Quand en avril 2012 l’imam Chalghoumi organisa une manifestation de protestation contre les agissements de Merah, il ne réunit qu’une cinquantaine de personnes.

Vous faites référence au monde imaginé par Orwell dans son roman d’anticipation 1984. Notre système peut-il vraiment être qualifié de totalitaire?

Nous ne sommes pas dans un système totalitaire, mais dans un système d’avachissement de la démocratie que Tocqueville avait annoncé. Cet avachissement est marqué par le triomphe de l’intérêt individuel et le désintérêt pour la chose publique. Dans le contexte historique particulier qui est celui de la France, cela se traduit par une pensée a-critique et frileuse, même si cette frilosité, voire cette lâcheté ne sont pas chose nouvelle. On n’en finirait pas de faire la généalogie du déclin de ce qui fut jadis la «Grande Nation». Nul doute qu’à cet égard le XX° siècle français, jusqu’à nos jours même, paie l’énorme saignée de la Grande Guerre. De ce désastre-là, la France ne s’est jamais remise. Elle avait gagné la guerre mais perdu ses hommes et à long terme son vouloir vivre national. Toutes les campagnes françaises se font l’écho d’une tragédie qui naturellement appelait dans son sillage une immigration de peuplement qui, chaque jour plus nombreuse, a atteint un seuil tel que la machine à intégrer s’est finalement enrayée. Un pays est capable d’intégrer des minorités par capillarité. C’est moins vrai quand il s’agit depuis 40 ans de flux démographiques de masse.

Vous reprochez à l’Etat et notamment à l’école d’avoir fait trop de concessions aux revendications communautaires. Que pensez-vous du débat actuel sur les menus de substitution?

Il est posé de manière caricaturale car on voit bien la volonté de certains politiques de surfer sur la polémique. Il pose cependant une question de fond comme il est symptomatique aussi d’un danger qui guette la société française. Il faut rappeler d’abord que la cantine n’est pas obligatoire. Introduire les menus de substitution dans les écoles, c’est donner prise à des pratiques communautaires qui n’auront dès lors aucune raison de s’arrêter. Là est le risque, c’est ce premier pas qui permettra tous les autres et qui conduira à détricoter le tissu laïque et à nous engager sur un chemin contraire à celui qui depuis deux siècles a fait la nation française.

Le terreau des réalités que vous décrivez est-il social ou culturel?

Les deux. Les causes sociales sont une évidence. Mais celui qui y réduirait son analyse se condamnerait à ne rien entendre à la complexité de la situation comme l’a bien montré Hugues Lagrange. En banlieue, le taux de chômage des moins de 25 ans avoisine parfois les 40- 50%. L’arrivée d’une immigration de masse à partir de 1975, au moment où les Trente Glorieuses s’achevaient, est un premier jalon dans cette histoire. On peut d’ailleurs se demander pourquoi, sept ans seulement après Mai 1968, la bourgeoisie française a favorisé cette immigration de masse à laquelle le PCF s’opposait dès 1980, ce qu’on a souvent oublié. Pourquoi est-ce sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’homme du retour au pouvoir de la droite libérale non gaulliste, qu’a été mis en place le regroupement familial alors que les emplois se faisaient de plus en plus rares? Dès lors qu’il ne s’agissait plus d’une immigration de travail, mais d’immigration familiale progressivement reléguée dans des cités, l’intégration était compromise. Conjugué au chômage, à la pauvreté, au confinement géographique des mêmes cultures et des mêmes nationalités, le facteur culturel, dégradé en repli identitaire, ne pouvait que jouer sur fond de frustration et de ressentiment.

Un repli identitaire qui a d’abord concerné des populations jeunes et nombreuses, venues d’un monde musulman en expansion et qui, au même moment, trouvait son expression politique dans l’islamisme et non plus dans le nationalisme arabe qui avait échoué. Ajoutez à cela l’environnement médiatique, la télévision par câble, satellite et internet qui a favorisé la diffusion des thèses islamistes et d’un antisémitisme virulent qui viennent du Moyen-Orient. La conjonction de ces facteurs, démographiques, sociaux, culturels et médiatiques a divisé le pays. La réaction aux attentats de janvier 2015, loin de montrer une nation unie, a mis en lumière deux pays côte à côte mais qui ne font plus nation. Ce phénomène, je le redis, est nouveau dans la longue histoire de l’immigration en France. Pour certains, ce fossé pourra se combler demain. J’en suis moins convaincu, il semble que la situation ait atteint un seuil d’irréversibilité.

Le risque n’est-il pas de sombrer dans une forme d’essentialisation?

C’est effectivement le principal reproche qui nous est fait. Cependant, la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s’appelle «la race». Lorsqu’on est né dans un groupe ethnique, on n’en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s’acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu’on vit en France et qu’on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l’essence. L’histoire culturelle, c’est l’histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d’une société qui permet de comprendre l’imaginaire des hommes d’un temps donné. Cette histoire n’est pas fixe. Il suffit pour s’en convaincre de réfléchir à la conception de l’enfant dans la culture occidentale, à l’image qu’on s’en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s’agit là d’un processus dynamique, rien d’un fixisme.

Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l’histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l’Allemagne et pas seulement de l’Europe? Qu’il y a dans le nazisme des éléments qui n’appartiennent qu’à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu’à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d’égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d’égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l’histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j’avais constaté l’existence d’une culture arabo-musulmane, du Maroc à l’Irak, entachée d’un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d’Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation (mais qui n’en fut toutefois jamais à l’origine). Il fallait faire de l’histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s’était progressivement émancipée grâce à l’école, s’était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l’émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n’était question alors ni de sionisme, ni d’Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s’émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d’autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s’agit là d’histoire culturelle. Où est le racisme?

Voir enfin:

Georges Bensoussan : «Nous assistons à l’émergence de deux peuples» (2/2)

Alexandre Devecchio
Le Figaro
14/08/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Georges Bensoussan évoque la montée en puissance de l’antisémitisme et du racisme anti-blanc dans les banlieues. L’auteur des Territoires perdus de la République analyse les nouvelles fractures françaises.

Georges Bensoussan est historien, spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l’ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d’enseignants et chefs d’établissements scolaires.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO

Dans Les territoires perdus de la République, vous évoquiez pour la première fois l’antisémitisme des banlieues. En quoi se distingue-t-il de l’antisémitisme traditionnel?

L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir Français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale ( c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970.

Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj».

Certains vont jusqu’à comparer les sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier. La sacralisation de la Shoah nous empêche-t-elle de comprendre le présent?

En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France.

Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…»

De même, les lois mémorielles ont-elles entraîné la concurrence victimaire?

Sur le plan juridique, la loi Gayssot n’est pas une mauvaise réponse car il n’y pas débat en effet sur le fait que Auschwitz ait existé, de même qu’il n’y a pas débat sur le fait que la bataille de Verdun ait eu lieu. La loi mémorielle désencombre les prétoires. Elle permet d’éviter des procès de plusieurs années mobilisant inutilement les historiens. Et de voir aussi plus clairement que le négationnisme est une variante de l’antisémitisme.

Mais ces lois ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l’égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s’il fallait avoir été victime d’une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d’échapper à l’anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s’en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd’hui. Sur ce plan , tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d’un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C’est d’ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C’est précisément ce qu’attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance.

Que vous inspire la polémique autour de la plage de Tel-Aviv sur Seine?

Cela met en lumière les fractures que nous évoquions. Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L’ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n’est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l’indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d’autres Arabes. Tout le monde s’en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu’ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n’interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d’assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n’est pas le conflit qui a été importé, c’est l’antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d’aujourd’hui sont l’habillage nouveau d’une animosité ancienne.

A la sortie du livre, vous aviez beaucoup insisté sur cet antisémitisme des banlieues. Avec le recul, regrettez-vous de ne pas avoir davantage évoqué le sort des classes populaires, victimes du racisme anti-blanc?

Absolument. Nous n’avions pas vu alors cette réalité émerger. Un certain nombre d’études sociologiques comme celle de Christophe Guilluy sur les fractures françaises, celle de Laurent Bouvet sur l’insécurité culturelle ou celle d’Hugues Lagrange sur le déni des cultures n’étaient pas parus. Les territoires perdus de la République ne sont pas un livre de sociologie, juste le fruit d’un travail de terrain empirique. Nous n’avons jamais prétendu faire un panorama. De surcroit, en 2002, le phénomène ne faisait que débuter. Et nombre de professeurs qui avaient participé à la rédaction étaient eux-mêmes tétanisés à l’idée d’évoquer un racisme anti-blanc ou anti-Français. Cette réalité est aujourd’hui bien connue. A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l’effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l’erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé.

Dans ces conditions, doit-on continuer à mettre sur le même plan la menace FN et celle de l’islamisme et de l’antisémitisme des banlieues?

A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd’hui sympathisants du Front national n’ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d’entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d’extrême droite, est aussi aujourd’hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du «plus grand danger», FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: «A dénoncer la poussée de l’islamisme, du communautarisme, la désintégration d’une partie de l’immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c’est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n’avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d’une partie du peuple français, en le qualifiant de «franchouillard», de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d’abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours?


Armes à feu: Quand Hollywood dénonce la violence qu’il a lui-même semée (Who needs the NRA when you’ve got Hollywood ?)

30 octobre, 2015
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Puisqu’ils ont semé du vent, ils moissonneront la tempête. Osée 8: 7
Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme est une affaire de goût. Leo Strauss
I’m not too proud of Hollywood these days with the immorality that is shown in pictures, and the vulgarity. I just have a feeling that maybe Hollywood needs some outsiders to bring back decency and good taste to some of the pictures that are being made. Ronald Reagan (1989)
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes dans la mesure où ceux qui les ont vues éprouvent de sensations, des émotions et des états du corps difficiles à maîtriser et donc angoissants, et qu’ils sont donc particulièrement tentés d’adopter les repères que leur propose leur groupe d’appartenance, voire le leader de ce groupe (…) et rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Un des jeunes tueurs de Littleton, Eric Harris, avait passé une centaine d’heures à reprogrammer le jeu vidéo Doom pour que tout corresponde plus ou moins à son école (…) [jusqu’à] « incorporer le plan du rez-de-chaussée du lycée Columbine dans son jeu. En outre, il l’avait reprogrammé pour fonctionner « en mode Dieu », où le joueur est invincible. (…) Le 1er décembre 1997, à Paducah (Kentucky), Michael Carneal, alors âgé de 14 ans et armé de six pistolets, avait attendu la fin de la session quotidienne de prière à l’école pour tuer trois fillettes (…) et d’en blesser cinq autres. Lorsque la police a saisi son ordinateur, on a découvert qu’il en était un usager assidu, recherchant souvent sur Internet les films obscènes et violents. Parmi ses favoris, Basketball Diaries et Tueurs nés, film qui a influencé aussi les tueurs de Littleton. (…) En examinant l’ordinateur de Michael Carneal, la police a également découvert qu’il était un passionné de Doom, le fameux jeu qui consiste pour l’essentiel à passer rapidement d’une cible à l’autre et à tirer sur ses « ennemis » en visant surtout la tête. Le jeune Carneal, qui n’avait jamais utilisé d’arme auparavant, a réussi à toucher huit personnes, cinq à la tête, trois à la poitrine, avec seulement huit balles – un exploit considérable même pour un tireur bien entraîné. (…) Le colonel David Grossman, psychologue militaire, qui donne des cours sur la psychologie du meurtre à des Bérets verts et des agents fédéraux, est un témoin-expert dans ce procès. Il fait remarquer que les jeux vidéos consistant à viser et à tirer ont le même effet que les techniques d’entraînement militaire utilisées pour amener le soldat à surmonter son aversion à tuer. Selon lui, ces jeux sont encore plus efficaces que les exercices d’entraînement militaire, si bien que les Marines se sont procurés une version de « Doom » pour entraîner leurs soldats.  Helga Zepp-LaRouche
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents, » their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
The reality of the job (…) is far less glamorous. (…) As crime has fallen across America since the 1990s, policing has shifted more towards social work than the drama seen on TV. Police culture, however, has not caught up. (…) And as Ms Rahr admits, if you try to recruit cops by telling them they are social workers, fewer may apply. At least part of the glamour of the job is the promise that you get the chance to use violence against bad people in a way that ordinary civilians never can, except in video games. The Economist
La notion des années 1960 selon laquelle les mouvements sociaux seraient une réponse légitime à une injustice sociale a créé l’impression d’une certaine rationalité des émeutes. Les foules ne sont toutefois pas des entités rationnelles. Les émeutes de Londres ont démontré l’existence d’un manque de pensée rationnelle des événements du fait de leur caractère tout à fait spontané et irrationnel. Les pillards ont pillé pour piller et pour beaucoup ce n’était pas nécessairement l’effet d’un sentiment d’injustice. Au cours des émeutes danoises il y avait d’un côté un sens de la rationalité dans les manifestations de jeunes dans la mesure où ils étaient mus par une motivation politique. Cependant, les autres jeunes qui n’étaient pas normalement affiliés à  l’organisation « Ungdomshuset » se sont impliqués dans le  conflit et ont participé aux émeutes sans en partager les objectifs. Ils étaient là pour s’amuser et l’adrénaline a fait le reste. Les émeutes peuvent assumer une dynamique auto-entretenue qui n’est pas mue par des motifs rationnels. Lorsque les individus forment une foule, ils peuvent devenir irrationnels et être motivés par des émotions que génèrent  les émeutes elles-mêmes. L’aspect intéressant des émeutes  de Londres était de confirmer l’inutilité du traitement du phénomène de foule par  une stratégie de communication. La méthode rationnelle n’aboutit à rien contrairement à la forme traditionnelle de confinement. Cela montre bien qu’à certains moments, la solution efficace est de ne pas gérer les foules par le dialogue. Christian Borch
Why manufacture guns that go off when you drop them?. Kids play with guns. We put childproof safety caps on aspirin bottles because if kids take too many aspirin, they get sick. You could blame the parents for gun accidents but, as with aspirin, manufacturers could help. It’s very easy to make childproof guns. »The gun-control debate often makes it look like there are only two options: either take away people’s guns, or not. That’s not it at all. This is more like a harm-reduction strategy. Recognize that there are a lot of guns out there, and that reasonable gun policies can minimize the harm that comes from them. (…) It’s not as if a 19-year-old in the United States is more evil than a 19-year-old in Australia— there’s no evidence for that. But a 19-year-old in America can very easily get a pistol. That’s very hard to do in Australia. So when there’s a bar fight in Australia, somebody gets punched out or hit with a beer bottle. Here, they get shot. (…) What guns do is make crimes lethal. They also make suicide attempts lethal: about 60 percent of suicides in America involve guns. If you try to kill yourself with drugs, there’s a 2 to 3 percent chance of dying. With guns, the chance is 90 percent. (…) In Wyoming it’s hard to have big gang fights. Do you call up the other gang and drive 30 miles to meet up? (…) Handguns are the crime guns. They are the ones you can conceal, the guns you take to go rob somebody. You don’t mug people at rifle-point. (…) We have done four surveys on self-defense gun use. And one thing we know for sure is that there’s a lot more criminal gun use than self-defense gun use. And even when people say they pulled their gun in ‘self-defense,’ it usually turns out that there was just an escalating argument —at some point, people feel afraid and draw guns. (…) How often might you appropriately use a gun in self-defense?.  Answer: zero to once in a lifetime. How about inappropriately —because you were tired, afraid, or drunk in a confrontational situation? There are lots and lots of chances. When your anger takes over, it’s nice not to have guns lying around. (…)  « A determined criminal will always get a gun » (…) Yes, but a lot of people aren’t that determined. I’m sure there are some determined yacht buyers out there, but when you raise the price high enough, a lot of them stop buying yachts. (…)  « You can go to a gun show, flea market, the Internet, or classified ads and buy a gun— no questions asked. (…) For decades, there were no plaintiff victories beyond the appellate level » in the tobacco litigation. Reasonable suits might allege things that the manufacturers could do to make guns safer. (…) People say, ‘Teach kids not to pull the trigger,’ but kids will do it. (…)  You could make it hard to remove a serial number. You won’t eliminate the problem, but you can decrease it. (…) You can arrest speeders, but you can also put speed bumps or chicanes [curved, alternating-side curb extensions] into residential areas where children play….Just as…you can revoke the license of bad doctors, but also build [a medical] environment in which it’s harder to make an error, and the mistakes made are not serious or fatal. (…) We know what works. We know that speed kills, so if you raise speed limits, expect to see more highway deaths. Motorcycle helmets work; seat belts work. Car inspections and driver education have no effect. Right-on-red laws mean more pedestrians hit by cars. (…) The goal at home and abroad is to make sure the guns we have are safe, and that people use them properly. We’d like to create a world where it’s hard to make mistakes with guns— and when you do make a mistake, it’s not a terrible thing.  David Hemenway (Harvard)
On est des Arabes et des Noirs, faut qu’on se soutienne. (…) Les juifs sont les rois car ils bouffent l’argent de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février 2006)
On est en guerre contre ce pays (…) Ce pays, on le quittera quand il nous rendra ce qu’on nous doit. Tribu Ka (novembre 2006)
Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés. Quentin Tarantino
When I see murders, I do not stand by. … I have to call a murder a murder, and I have to call the murderers the murderers. Tarantino
Monsieur Tarantino gagne bien sa vie grâce à ses films, diffusant de la violence dans la société, et montrant du respect pour des criminels. Et maintenant, on se rend compte qu’il déteste les flics. La rhétorique haineuse déshumanise la police et encourage les attaques à notre encontre.  Philadelphia Fraternal Order of Police Lodge 5
Le réalisateur Quentin Tarantino a pris part d’une façon irresponsable et totalement inacceptable à ce qui s’est passé le week-end dernier à New York en assimilant les policiers à des meutriers. Los Angeles Police Protective League
Ce n’est pas étonnant que quelqu’un qui gagne sa vie en glorifiant le crime et la violence déteste les policiers. Les officiers de police que Quentin Tarantino appelle des “meurtriers” ne vivent pas dans l’une de ses fictions dépravées conçues pour le grand écran. Ils prennent des risques et doivent parfois même sacrifier leur vie, afin de protéger les communautés des vrais crimes. Patrick Lynch (syndicaliste policier de New York)
Les syndicats de policiers de New York et de Los Angeles s’insurgent contre les propos tenus par le réalisateur hollywoodien lors d’une récente manifestation contre les violences policières. “Le plus grand syndicat de police de Los Angeles soutient l’appel au boycott des films de Quentin Tarantino lancé par le NYPD [le département de police de New York]”, rapporte le Los Angeles Times. Lors d’une manifestation contre les violences policières organisée samedi 24 octobre dans la Grosse Pomme, le réalisateur a en effet déclaré : “Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés.” Cette phrase, prononcée quelques jours seulement “après la mort d’un officier de police du NYPD lors d’une course-poursuite d’un suspect dans le quartier de East Harlem” a mis le feu aux poudres, souligne le quotidien de Los Angeles. Courrier international
Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage. Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que[ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu». Le Figaro
Every time a Quentin Tarantino film comes out, his critics attack him with a vehemence as vivid as his on-screen carnage. Sure, he’s a cinematic virtuoso, but that only fuels their rancor. He’s so talented; now will he please grow up? We hope not. So much of today’s entertainment is either infantile or geriatric: the comedies about farts and body parts (the cult of Adam Sandler) and the pensive portraits of sensitive misfits (the curse of Sundance). In this dank atmosphere, Tarantino’s teen-boy fixations — men with gigantic guns, beautiful gals with mean mouths — are a real tonic. At 42, he still has a movie love as convulsive as a schoolboy’s crush, still has a young man’s bravado. He’ll attempt anything, from the ricocheting narratives of Pulp Fiction to the single-plot, two-part Kill Bill. And since he’s got gifts to match his guts, he can pull off these cool stunts. Who else even tries? Some of the best people, actually, all of whom have benefited from Tarantino’s trailblazing. Screenwriter Charlie Kaufman’s movies are as depressive as Tarantino’s are manic, but he shares Q.T.’s fondness for subverting structure and for dialogue as ornate as an aria. Kevin Smith (Clerks, Dogma) brandishes a Tarantinish expertise in trash culture. Robert Rodriguez, a frequent collaborator, has paid lavish homage to Pulp Fiction in his three-story Sin City, part of which Q.T. directed. The bad news with Tarantino is that each successive film takes longer (two years, three, six) to produce — and that he’s threatened to retire before he’s 60. « I’m not going to be this old guy that keeps cranking them out, » he has said. In that case, Q.T., crank ’em out faster, right now. The world needs lots more movies from this incorrigible, irreplaceable adolescent. Richard Corliss (Time)
Quentin Tarantino has been named the most-studied director in the UK. A survey of 17 academics by the recently-relaunched PureMovies.co.uk film website found that the controversial director had been referenced more than any other in the essays and dissertations marked over the last five years. (…) Head of Film Studies at Uxbridge College Dr Garth Twa said: « It’s no surprise. Tarantino is visceral, accessible, and students new to film studies have an immediate handle on visual pleasure. What is great about Tarantino is that he can serve as a gateway to appreciate everything from the French New Wave to genre studies to gender representation in film. Digital spy
Tarantino’s films have garnered both critical and commercial success. He has received many industry awards, including two Academy Awards, two Golden Globe Awards, two BAFTA Awards and the Palme d’Or, and has been nominated for an Emmy and a Grammy. He was named one of the 100 Most Influential People in the World by Time in 2005. Filmmaker and historian Peter Bogdanovich has called him « the single most influential director of his generation ». Wikipedia
I think it’s absolutely not only appropriate, but overdue, to have a dialogue » about violence on screen When I was driving along the street the other day in L.A., I saw two billboards where guns were featured prominently … with a pleasant, happy-looking young couple…. My thought was: ‘Does my industry think guns will help sell tickets? Robert Redford
Reservoir Dogs est un film de gangsters américain réalisé par Quentin Tarantino et sorti en 1992. Il décrit une bande de truands et les événements qui surviennent avant et après un braquage raté. (…) Dans la planque, Pink et White discutent ensuite du comportement de psychopathe de Blonde, qui a tué plusieurs civils. Pink s’oppose ensuite à la volonté de White d’emmener Orange à l’hôpital et les deux hommes, à bout de nerfs, finissent par se braquer mutuellement, Blonde faisant son apparition à ce moment-là. Il les informe qu’Eddie Cabot est en route pour les rejoindre, puis qu’il a réussi à capturer un policier. (…) Tandis que les trois hommes interrogent le policier, Eddie Cabot arrive et, persuadé que personne ne les a balancés, s’emporte contre les gangsters et demande à White et à Pink de le suivre jusqu’à l’endroit où ce dernier a caché les diamants, laissant Blonde avec le policier et Orange, évanoui et se vidant de son sang. (…)  Blonde met la radio et, dansant sur Stuck in the Middle with You de Stealers Wheel, se met à torturer le policier pour le plaisir : il lui coupe une oreille au rasoir, l’asperge d’essence et s’apprête à le faire brûler vif quand Orange, sorti de sa torpeur, dégaine son pistolet et vide son chargeur sur Blonde. Wikipedia
The thing that I am really proud of in the torture scene in Dogs with Mr. Blonde, Michael Madsen, is the fact that it’s truly funny up until the point that he cuts the cop’s ear off. While he’s up there doing that little dance to “Stuck in the Middle With You,” I pretty much defy anybody to watch and not enjoy it. He’s enjoyable at it, you know? He’s cool. And then when he starts cutting the ear off, that’s not played for laughs. The cop’s pain is not played like one big joke, it’s played for real. And then after that when he makes a joke, when he starts talking in the ear, that gets you laughing again. So now you’ve got his coolness and his dance, the joke of talking into the ear and the cop’s pain, they’re all tied up together. And that’s why I think that scene caused such a sensation, because you don’t know how you’re supposed to feel when you see it. Quentin Tarentino
I do think it’s a cultural catharsis, and it’s a cinematic catharsis. Even — it can even be good for the soul, actually. I mean, not to sound like a brute, but one of the things though that I actually think can be a drag for a whole lot of people about watching a movie about, either dealing with slavery or dealing with the Holocaust, is just, it’s just going to be pain, pain and more pain. And at some point, all those Holocaust TV movies — it’s like, ‘God, I just can’t watch another one of these.’ But to actually take an action story and put it in that kind of backdrop where slavery or the pain of World War II is the backdrop of an exciting adventure story — that can be something else. And then in my adventure story, I can have the people who are historically portrayed as the victims be the victors and the avengers. Tarantino
What happened during slavery times is a thousand times worse than [what] I show. So if I were to show it a thousand times worse, to me, that wouldn’t be exploitative, that would just be how it is. If you can’t take it, you can’t take it. (…) Now, I wasn’t trying to do a Schindler’s List you-are-there-under-the-barbed-wire-of-Auschwitz. I wanted the film to be more entertaining than that. … But there’s two types of violence in this film: There’s the brutal reality that slaves lived under for … 245 years, and then there’s the violence of Django’s retribution. And that’s movie violence, and that’s fun and that’s cool, and that’s really enjoyable and kind of what you’re waiting for. (…) The only thing that I’ve ever watched in a movie that I wished I’d never seen is real-life animal death or real-life insect death in a movie. That’s absolutely, positively where I draw the line. And a lot of European and Asian movies do that, and we even did that in America for a little bit of time. … I don’t like seeing animals murdered on screen. Movies are about make-believe. … I don’t think there’s any place in a movie for real death. (…)There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. (…) There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. Because also there is this kind of level of good taste that they’re trying to deal with … and frankly oftentimes they just feel like dusty textbooks just barely dramatized. (…) I like the idea of telling these stories and taking stories that oftentimes — if played out in the way that they’re normally played out — just end up becoming soul-deadening, because you’re just watching victimization all the time. And now you get a chance to put a spin on it and actually take a slave character and give him a heroic journey, make him heroic, make him give his payback, and actually show this epic journey and give it the kind of folkloric tale that it deserves — the kind of grand-opera stage it deserves. (…) The Westerns of the ’50s definitely have an Eisenhower, birth of suburbia and plentiful times aspect to them. America started little by little catching up with its racist past by the ’50s, at the very, very beginning of [that decade], and that started being reflected in Westerns. Consequently, the late ’60s have a very Vietnam vibe to the Westerns, leading into the ’70s. And by the mid-’70s, you know, most of the Westerns literally could be called ‘Watergate Westerns,’ because it was about disillusionment and tearing down the myths that we have spent so much time building up. Quentin Tarantino
I just think you know there’s violence in the world, tragedies happen, blame the playmakers. It’s a western. Give me a break. Quentin Tarantino
Les films traitant de l’Holocauste représentent toujours les juifs comme des victimes. Je connais cette histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Je veux voir des Allemands qui craignent les juifs. Ne tombons pas dans le misérabilisme et faisons plutôt un film d’action fun. Quentin Tarantino
Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? Quentin Tarantino
J’avais envie que Django Unchained traite du voyage initiatique de mon personnage et que l’esclavagisme n’apparaisse qu’en toile de fond. Pour moi, l’histoire avait plus de sens, était plus puissante, si elle était présentée à travers un genre comme le western spaghetti qui permet l’aventure et une forme d’excitation absente des films historiques. Quentin Tarantino
Due to the terrible tragedy in Newtown, Connecticut, and out of honour and respect for the families of the victims whose lives were senselessly taken, we are postponing the Pittsburgh premiere of Jack Reacher. Our hearts go out to all those who lost loved ones. Reacher, which stars Tom Cruise, features a sniper attack. Spokesman for Paramount Pictures
Ainsi que le veut le genre du western, souvent comparé à la tragédie grecque, les grands sentiments sont là – l’amour et la haine –, mais le mélange est saugrenu, exorbitant, selon les principes de l’esthétique kitsch postmoderne, qui offre toutes les émotions possibles juxtaposées, comme les produits variés dans un supermarché. Car la signature de Tarantino promet une violence excessive, « gratuite », comme elle a été souvent définie, conjuguée à une ambition morale qui se pare d’amoralité (ou vice versa) : les bons sentiments politiquement corrects et les mauvais sentiments politiquement incorrects sont malaxés dans l’effervescence des images, de l’intrigue, des dialogues. Et, comme dans le style postmoderne, les passions tragiques et le sentimentalisme mélodramatique sont combinés au plaisir de la comédie et de la farce : la caricature des personnages méprisables – tel le propriétaire de Candyland (!), Calvin, homme cruel et sanguinaire, passionné de lutte Mandingo – provoque le rire plus que l’indignation, et une ironie délicieuse émane de l’adorable docteur Schultz (Christoph Waltz), chasseur de primes, anti-esclavagiste convaincu, qui fait le mal pour le bien. Quant aux mauvais sentiments, au langage obscène, à la profusion du terme « nigger », ils correspondent à ce que Tarantino adore et ce sur quoi on n’arrête pas de l’interroger : une brutalité extrême qui indique que, pour lui, le cinéma n’a pas grand-chose à voir avec la réalité du monde et de ses malheurs, mais avec l’infinie réalité des images filmiques, inséparables des armes à feu, assaisonnées de conversations qui attrapent au vol des débris de discours politico-sociaux contemporains, que ce soit la misère des non-salariés, comme dans la conversation initiale de « Reservoir Dogs » (1992), ou le nazisme dans « Inglorious Basterds » (2009), ou le racisme américain dans ce dernier film. Le mixage des émotions ne fait qu’exalter l’impureté caractéristique des arts et du cinéma en particulier, où règnent l’adaptation, l’inspiration, la citation, le remake, l’hommage à une œuvre du passé, voire le pillage. Sans parler du va-et-vient le plus composite entre l’image filmique et la bande-son, cher à ces réalisateurs qui, depuis les années 1960, sont imbus de musique pop. (…) Un bric-à-brac de genres, sous-genres et contre-genres chante la gloire des œuvres populaires, dans le bruit des lames de couteau et des armes à feu, où l’on tue comme on mange des cacahuètes, dans le rythme vertigineux de l’action et des dialogues interminables, dans la filiation des « Trois Mousquetaires », œuvre qui orne la bibliothèque de Calvin Candie. On comprend la différence entre le cinéphile et le geek : le populaire absolu du western de Tarantino sorti en France en janvier 2013, contrairement aux « westerns » urbains de Scorsese dans les années 1970 ou au western mystique « Dead Man » (1995) de Jim Jarmusch, n’est pas profond. Mais, divertissement, pure surface, il surfe sur les choses et les idées, comme les accents — allemand ou du Sud — colorent les voix des acteurs, ou les effets spéciaux, les décors et les gros plans style télé de « Django Unchained » frappent les yeux et les esprits le temps d’un éclair. On peut regretter la pensée de la caméra et la cruelle intensité existentielle de « Reservoir Dogs », mais on a du plaisir et on est gagné par le bonheur des acteurs et du metteur en scène s’adonnant à fond à cette activité inépuisable chez les êtres humains : faire semblant. Patrizia Lombardo (Professeur de littérature et de cinéma)
Tarantino a définitivement fait taire les accusations à l’encontre de ses films jugés fun, cool, mais vides et inconséquents, en s’engageant dans ce qu’il nomme « une trilogie politique et historique sur l’oppression », commencée en 2009 avec « Inglourious Basterds ». L’accusation d’esthétisation de la violence, devenue un objet de spectacle gratuit, décontextualisé de toute mise en perspective morale ou politique, semble certes tomber en désuétude derrière le choix récent de sujets politiques sensibles – les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale et l’esclavage afro-américain. Mais, le tournant en apparence politique que prend le cinéma de Tarantino cache une violence tout autant injustifiée qui mérite d’être réinterrogée. (…) Depuis « Kill Bill », on peut résumer l’ensemble des films de Tarantino à des récits de vengeance, thème de prédilection du cinéaste. Chacun des films use d’un processus de justification souvent simpliste et conservateur (..) Que la vengeance relève de motivations personnelles ou plus universelles, elle semble ainsi perdre de son caractère gratuit, sous couvert d’un argumentaire en surface politisant bien rodé. Le premier volet de la « trilogie de l’oppression », « Inglourious Basterds », vient à première vue satisfaire un fantasme de revanche contre les plus grands méchants désignés par l’histoire de l’humanité. La violence contre les nazis serait ici une juste rétribution. Eli Roth, réalisateur ultra-violent de la série « Hostel », décrit ainsi le film comme du « porno kasher » : « ça relève presque d’une satisfaction sexuelle profonde de vouloir tuer des nazis, d’un orgasme presque. Mon personnage tue des nazis. Je peux regarder ça en boucle ». Lawrence Bender, le producteur, déclare à Tarantino : « en tant que membre de la communauté juive, je te remercie, parce que ce film est un putain de rêve pour les juifs ». Pour défendre la violence de son film, le cinéaste explique lui-même avoir voulu rompre avec les traditions politiquement correctes (…) Ce choix esthétique met le sujet historique au second plan et vient prouver implicitement qu’il n’a aucune perspective morale – ceci expliquant les nombreuses accusations de révisionnisme à l’encontre du film. Lorsqu’un journaliste lui fait d’ailleurs remarquer que la violence excessive contre les nazis puisse offenser certains spectateurs, Tarantino lui répond avec une désinvolture déconcertante : « Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? ». « Django Unchained » est donc une réponse évidente à « Inglourious Basterds ». À nouveau, le sujet politique de fond, l’esclavage américain, semble évincé, bien qu’étant présenté comme l’argument promotionnel premier des discours de Tarantino qui répète sans hésiter qu’il a la capacité et la légitimité de faire un film sur ce sujet. (…)  Tarantino pense pourtant réaliser le film sur l’esclavage « que l’Amérique n’a jamais voulu faire parce qu’elle en a honte ». Dans le fond, l’idéologie et la réflexion politique intéresse peu Tarantino. L’esclavage est une nouvelle configuration de ses récits de vengeance, une nouvelle exploration d’un genre cinématographique, ici le western spaghetti.  À nouveau l’argument du fun, de l’excitation, vient secondariser le sujet politique. Tarantino préfère dédramatiser son propos au risque de le décontextualiser. La vengeance de Django ne semble d’ailleurs pas animée de motivations politiques. Il fait preuve de cruauté aussi bien en massacrant les oppresseurs blancs, qu’en humiliant d’autres esclaves noirs. Le film se termine sur la mort sadique par Django du traitre noir, devenu une caricature de l’oncle Tom, ami des blancs. Devenu à son tour l’opprimé oppresseur, Django s’enfuit victorieux du massacre final, paradoxalement en endossant fièrement le costume de M. Candie, le négrier monstrueux qu’il a sévèrement corrigé. L’usage de la violence était déjà tout autant problématique à la fin d’ »Inglourious Basterds ». Durant l’Opération Kino, les nazis nous sont d’abord présentés comme un public extatique devant la violence des images de leur film de propagande. Mais dans un effet de renversement, c’est ensuite les Basterds et Shoshanna qui nous sont présentés dans le même rôle du public jouissant de la violence du spectacle. Les « Basterds » transforment d’ailleurs rapidement leur croisade, non en leçon morale d’humanité, mais plutôt en spectacle trivial, se moquant sans impunité des soldats allemands. En décontextualisant idéologiquement les sujets politiques de fond, Tarantino facilite en un sens la consommation de son cinéma, au profit d’un plaisir plus immédiat avec ses spectateurs, dénué de toute moralisation. Mais il propose dans le même temps une vision réductrice, fétichisée, simplifiant souvent l’Histoire à l’histoire du cinéma. Cela peut paraître cool de citer des discours transgressifs sur la violence mais, sur le mode de la fétichisation, Tarantino occulte tout l’arrière-plan historique. Célia Sauvage
One reason slave owners wouldn’t have pitted their slaves against each other in such a way is strictly economic. Slavery was built upon money, and the fortune to be made for owners was in buying, selling, and working them, not in sending them out to fight at the risk of death. David Blight (Yale)
Slaves were sometimes sent to fight for their owners; it just wasn’t to the death. Tom Molineaux was a Virginia slave who won his freedom—and, for his owner, $100,000—after winning a match against another slave. He went on to become the first black American to compete for the heavyweight championship when he fought the white champion Tom Cribb in England in 1810. (He lost.) According to Frederick Douglass, wrestling and boxing for sport, like festivals around holidays, were “among the most effective means in the hands of the slaveholder in keeping down the spirit of insurrection.” Aisha Harris
My area of expertise is slavery, Civil War, and reconstruction and I have never encountered something like that. It was rumored to have occurred. I don’t know that it was called Mandingo Fighting, however, but there were all sorts of things going on in the South pitting people against one another. To the death, I’ve never encountered anything like that, no. That doesn’t mean that it didn’t happen in some backwater area, but I’ve never seen any evidence of it. (…) It’s a stretch because enslaved people are property, and people don’t want to lose their property unless they’re being reimbursed for it. It would seem odd to me that someone would allow his enslaved laborer to fight to the death because someone like that would cost them a lot of money. But then it’s a gambling enterprise so maybe someone would be willing to do that. I’ve looked at slave narratives and I’ve never seen something like that in slave narratives. Edna Greene Medford (Howard University)
It’s the “new sadism” in cinema – the wave of films in which violence is graphic, bloody but always underpinned by irony or gallows humour. There is something disconcerting about sitting in a crowded cinema as an audience guffaws at the latest garroting or falls about in hysterics as someone is beheaded or has a limb lopped off. Many recent movies squeeze the comedy out of what would normally seem like horrific acts of bloodletting. (…)  In Quentin Tarantino’s films, the violence, torture and bloodletting sit side by side with wisecracking dialogue and moments of slapstick. His latest, Django Unchained, features whippings, brutal wrestling matches and one scene in which dogs rip a slave to pieces. We know, though, that Tarantino’s tongue is in his cheek. Scenes that would be very hard to stomach in a conventional drama are lapped up by spectators who know all about the director’s love of genre and delight in pastiching old spaghetti Westerns. A certain sadism has always defined crime movies. (…) Nor is there anything new in making very dry comedy out of violence and death. (…) What has changed now is that genre lines have become very blurred. (…) Ideas that might have previously been confined to exploitation pics have spilled into the mainstream. In the era of computer games like Call of Duty and Assassin’s Creed, death isn’t taken very seriously. Film-makers with no direct experience of war beyond what they’ve seen in other movies regard staging killings as just another part of cinematic rhetoric. At the same time, state-of-the art make-up and digital effects enable violence to be shown in far greater and bloodier detail than ever before. Tarantino turns to heavy political and historical topics (the Holocaust in Inglourious Basterds, slavery in Django Unchained) but tips us the wink as he does so. One problem he and others face is the literal quality of film. When a slave is being flayed or a police officer is having his ear cut off, it isn’t always possible to put inverted commas round the scene and let the audience know that this horrific moment is stylised and shouldn’t be taken too seriously. (…) Acts of killing define the new sadism in cinema. The challenge now for film-makers is jolting audiences who’ve already seen death portrayed so many times on screen before. When they get it right, they can create scenes of extraordinary power and beauty – and they can use humour to distance themselves from the charge that they are being exploitative. Even so, the film-makers themselves sometimes appear just a little bashful about the enormous body counts in their work. The US premiere of Django Unchained was postponed after the Connecticut school massacre in mid December. The real-life incident in which a lone gunman killed 20 school children made it seem perverse and tasteless to celebrate Tarantino’s comic-book violence. (…) Even so, what’s often startling about the new sadism in cinema is the disregard for the victims, who are treated as walk-on props, there to be dispensed with in the most humorous, bloody and imaginative way possible. In 1989, Danny Boyle produced (and conceived) Alan Clarke’s Elephant – a TV movie set at the height of the Troubles in Northern Ireland. This was an essay about killing. Eighteen random murders were shown. Viewers learnt nothing at all about the killers or the victims. The film-makers were reminding us how desensitised we had become to sectarian violence in Northern Ireland. A quarter of a century on, that casual detachment about death has become a staple of mainstream cinema. Geoffrey Mcnab
The most confusing moment in Quentin Tarantino’s new film, Django Unchained , comes in the final credits. The viewer sees an assurance from the American Humane Association that no animals were harmed in the film’s making. In this movie, set in the south before the US civil war, slaves get tied to trees and whipped. A naked black wrestler is ordered to bash another’s head in with a very big hammer. Dogs chew a runaway slave to pieces. This is to set the stage for an exuberant massacre of white men and women at the close. Mr Tarantino lingers over his victims as they writhe, gasp and scream in agony. One walks out of Django worried less about Mr Tarantino’s attitude towards animals than about his attitude towards people. A.O. Scott, The New York Times critic, calls it a “troubling and important movie about slavery and racism”. He is wrong. (…) The period detail sometimes seems accurate (slaveholders may have flung the word “nigger” around as often as Mr Tarantino’s characters do), and sometimes does not (there never was any such thing as “Mandingo fighting”). Of course, we must not mistake a feature film for a public television documentary – Mr Tarantino’s purpose is to entertain, not to enlighten. But this is why the film is neither important nor troubling, except as a cultural symptom. Django uses slavery the way a pornographic film might use a nurses’ convention: as a pretext for what is really meant to entertain us. What is really meant to entertain us in Django is violence. Mr Scott writes that “vengeance in the American imagination has been the virtually exclusive prerogative of white men”. Cinematically, black people should get to partake in “regenerative violence” the way white people have for so long. He adds: “Think about that when the hand-wringing starts about Django Unchained and ask yourself why the violence in this movie will suddenly seem so much more problematic, so much more regrettable, than what passes without comment in Jack Reacher or Taken 2.” But this now-the-shoe’s-on-the-other-foot argument is disingenuous. In no major US film do white people exact racial vengeance of the sort Django does. And Mr Tarantino’s love of violence is not “suddenly” problematic. It is the sole pleasure anyone could possibly take in his first film, the appalling Reservoir Dogs.Pulp Fiction and Jackie Brown, for all their situational irony and madcap humour, also have memorable scenes of horrific violence. But Mr Tarantino’s last two films have taken a strange turn. He has not just shown cruelty but tried to politicise and ennoble it. Inglourious Basterds features a gang of American Jews who travel around Germany scalping Nazis and smashing their heads with baseball bats. It ends with a torture scene (one of our heroes carves a swastika into a Nazi’s head) that we are surely meant to enjoy. Nazis and slaveholders, of course, are stock villains of political correctness. Film-makers have been killing them off for decades. What is novel about Mr Tarantino is his fussy, lawyerly setting of ground rules to broaden the circumstances in which one can kill with joy and impunity. Scalping is OK because “a Nazi ain’t got no humanity”. Django can kneecap the plantation major-domo Stephen (Samuel L. Jackson) because he has stipulated at the start of the film that there is “nothing lower than a head house-nigger”. Of course, Stephen is more the slave system’s victim than its representative. He is a slave. The indignities visited on various slaves (“After this we’ll see if you break eggs again!” hollers one brute as he gets ready to whip a young woman) serve to make us comfortable with the final racial retribution, even though Django’s vengeance claims white people (hillbillies and jailers) who have no more control over the system than Stephen. (…) Where Mr Tarantino sees a solidarity with the victims of the past, others might see a contemporary white American eager to believe that, given the opportunity, other peoples of yesteryear would have behaved as shabbily as his own people did.  Christopher Caldwell
The American film industry is the second great pillar of the gun culture. And it’s not just Clint Eastwood’s Smith & Wesson from Dirty Harry, which, as everyone who lived through the 1970s knows, was then “the most powerful handgun in the world,” able to “blow your head clean off.” Hollywood’s cameras adore weapons of any kind, and pay them loving heed in movies of every political persuasion. Think of the close-up on Rambo’s machine gun as it spasms its way through an ammo belt in the 1985 installment of the series, or the shell casings tinkling delicately on the floor as cops die by the dozens in The Matrix (1999), or the heroic slo-mo of Sean Penn’s tommy gun in Gangster Squad (2013), or the really special Soviet submachine gun that everyone lusts after in Jack Abramoff’s 1989 action movie Red Scorpion. It’s the mother of all product placements, and as far as we know it doesn’t cost the arms makers a dime. Even more delectable is the effect that guns have on human flesh, a phenomenon so titillating for moviemakers that it often surpasses the pleasures of plot and dialogue. Discussing the many, many graphic shootings in his recent Django Unchained, for example, director Quentin Tarantino identifies screen violence as the reason most viewers go to his movies in the first place. “That’s fun, and that’s cool, and that’s really enjoyable,” he told NPR. “And kind of what you’re waiting for. » (…)  In Tarantino’s pseudohistorical revenge fantasies, humans are oversize water balloons just waiting to be popped, so that they can spurt their exciting red contents over walls and bystanders. The role of the star is relatively simple: he or she must make those human piñatas give up their payload. Yes, there are plots along the way, clever ones wherein Tarantino burnishes his controversial image by daring to take on such sacred cows as Nazis and slave owners. But the nonstars in his movies mainly exist to beg for their lives and then be orgasmically deprived of them, spouting blood like so many harpooned porpoises. Okay, I got carried away there. Let me catch my breath and admit it: Tarantino would never show someone harpooning a porpoise. After all, a line in the credits for Django Unchained declares that “no horses were harmed in the making of this movie.” But harpooning a human? After having first blasted off the human’s balls and played a sunny pop song from the Seventies while the human begged for mercy in the background? No problem. The movies I describe here are essentially advertisements for mass murder. You can also read them in dozens of other ways, I know. You can talk about Tarantino’s clever and encyclopedically allusive command of genre, or about how the latest Batman movie advances the “franchise,” or about the inky shady shadowiness of, well, nearly everything the industry cranks out nowadays. And to give them their due, most of the movies I’ve mentioned take pains to clarify that what they depict are good-guy-on-bad-guy murders — which makes homicide okay, maybe even wholesome. In decades past, let’s recall, there was a fashion for viewing the gangster film as a delicate metaphor, interesting mainly for the dark existentialism it spotlighted in our souls. But today, as I absorb the blunt aesthetic blows of one ultraviolent film after another, all I can make of it is that Hollywood, for reasons of its own, is hopelessly enamored of homicide. The plot is barely there anymore. Good guys and bad guys are hopelessly jumbled, their motives as vague as those of the Sandy Hook shooter, Adam Lanza. A movie like The Dark Knight Rises (2012) is nearly impossible to make sense of; only its many murders hold it together. All the rest shrinks, but the act of homicide expands, ramifies, multiplies madly. And what can we read in this act itself? Well, most obviously, that ordinary humans are weak and worth little, that they achieve beauty only when they are brought to efflorescence by the discharge of a star’s sidearm. Also: killers are glamorous creatures. And lastly: society and law are futile exercises. Whether we’re dealing with vigilantes, hit men, or a World War II torture squad, nobody can shield us from the power of an armed man. (Except, of course, another armed man, as Wayne LaPierre and Hollywood never tire of informing us.) For the industry itself, meanwhile, so many things come together in the act of murder — audience pleasure, actor coolness, the appearance of art — that everything else is essentially secondary. Hence the basic principles of Hollywood’s antisocial faith. A man isn’t really a man if he can’t use a shotgun to change the seat of another man’s soul into so much garbage. Or if he doesn’t know how to fire a pistol sideways, signifying that thuggish disregard for who or what gets caught in the spray of bullets. [*] Yet few of them complained about Tarantino’s 2009 slice of war porn, Inglourious Basterds, since the people being tortured so graphically and so hilariously by a U.S. Army hit squad were Nazis. At times, my erudite liberal colleagues have no problem understanding this. They’re quick to characterize Zero Dark Thirty (2012) as an advertisement for torture and other Bush-era outrages.[*] It’s sadism!, they cry. But the larger sadism that is obviously the film industry’s truest muse . . . that they don’t want to discuss. Bring that up and the conversation is immediately suspended in favor of legal arguments about censorship, free speech, and the definition of “incitement.” Movies can’t be said to have caused mass murders, they correctly point out. Not even Natural Born Killers (1994) — a movie that insists on the complicity of the media in romanticizing murderers, that itself proceeds to romanticize murderers, and that has been duly shadowed by a long string of alleged copycat murders, including the Columbine massacre. No, these are works of art. And art is, you know, all edgy and defiant and shit. Not surprisingly, Quentin Tarantino has lately become the focus for this sort of criticism. The fact that Django Unchained arrived in theaters right around the time of the Sandy Hook massacre didn’t help. Yet he has refused to give an inch in discussing the link between movie violence and real life. “Obviously I don’t think one has to do with the other,” he told an NPR interviewer. “Movies are about make-believe. It’s about imagination. Part of the thing is we’re trying to create a realistic experience, but we are faking it.” Is it possible that anyone in our cynical world credits a self-serving sophistry like this? Of course an industry under fire will claim that its hands are clean, just as the NRA has done — and of course a favorite son, be it Tarantino or LaPierre, can be counted on to make the claim louder than anyone else. But do they really believe that imaginative expression is without consequence? One might as well claim that advertising itself has no effect — because the spokesmen aren’t really enjoying that Sprite, you know, only pretending to. Or that TV speeches don’t matter, since the politician’s words are strung together for dramatic effect, and are not themselves a show of official force. To insist on a full, pristine separation of the dramatic imagination from the way humans actually behave is to fly in the face of nearly everything we know about cultural history. For centuries, people misinterpreted the reign of Richard III because of a play by Shakespeare. The revival of the Ku Klux Klan in the 1920s was advanced by D. W. Griffith’s Birth of a Nation. In our own era, millions of Americans believe in the righteous innocence of businessmen because of a novel by Ayn Rand. And here is why I personally will never believe it when the film industry claims its products have no effect on human behavior. Like every American, I carry around in my head a collection of sights and sounds that I will never be able to erase, no matter what I think about Hollywood. To this day, those bits of dialogue and those filmed images affect the way I do everything from answering the phone to pruning my roses. I can’t get on my Honda scooter without recalling Steve McQueen in The Great Escape, or look out an airplane window without remembering The Best Years of Our Lives. When I shot at paper targets in the Boy Scouts, I thought of Sergeant York, and should I ever become an L.A. cop I will probably mimic the mannerisms of Ryan Gosling in Gangster Squad. I doubt very much that we will see effective gun control enacted this time around. (…) The political arm of the gun culture, headquartered at the big NRA building in northern Virginia, is still powerful enough to block any meaningful change. However, the other pillar of the gun culture — the propaganda bureau relaxing in the Los Angeles sun — is much more vulnerable. Its continued well-being depends to a real degree on the approbation and collaboration of critics. Which is to say that my colleagues in journalism are, in part, responsible for this monster. We have fostered it with puff pieces and softball interviews and a thousand “press junkets” — the free vacations for journalists that secure avalanches of praise for a movie before anyone has seen it. This refusal on the part of critics to criticize is what has allowed Quentin Tarantino to be crowned a cinematic genius of our time.  It is time for the boot-licking to end. Mick LaSalle, film critic for the San Francisco Chronicle, recently recalled how he self-censored a review of The Dark Knight Rises, declining to say in print that he found it to be “a wallow in nonstop cruelty and destruction.” But in the wake of the Connecticut school massacre, LaSalle explained, he had come around to a new understanding of critical responsibility. “If movies are cruel and nihilistic, say so,” he wrote. “Say it explicitly. Don’t run from that observation.” It’s a lesson that every one of us in journalism ought to be taking to heart these days. It is our job to say it explicitly — to tell the world what god-awful heaps of cliché and fake profundity and commercialized sadism this industry produces. The fake blood spilled by Hollywood cries out for it. Thomas Frank

Attention: une NRA peut en cacher une autre !

Fascination malsaine pour la violence, stylisation et magnification de l’extrême violence, désamorçage de toute réflexion par l’ironie et la parodie, décontextualisation totale de sujets politiques ou historiques aussi problématiques que la Shoah ou l’esclavage aux Etats-Unis, extrême amoralité, recherche du plaisir immédiat pour le spectateur, virtuosité gratuite et tapageuse, systématisation de la citation jusqu’au pillage, mélange vertigineux de genres et de sous-genres, hypersurficialité, réduction de l’Histoire à  l’histoire du cinéma, multipliation des invraisemblances (quel intérêt pour un propriétaire d’esclaves – comme d’ailleurs dans « 12 years a slave » – de maltraiter une force de travail extrêmement coûteuse ?) et des anachronismes (pas de Ku Klu Klan avant la Guerre de succession) …

En ces temps décidément étranges où l’on célèbre, sur fond de culture de l’excuse généralisée et stèles et noms de rues compris, les explosions communauaires de violence ….

Et à l’heure où, non contents de prôner le contrôle des armes et de dénoncer les brutalités policières aux Etats-Unis …

Un Hollywood qui, avec Spike Lee et Quentin Tarentino nous avait déjà valu des scènes d’une rare cruauté notamment contre les policiers, sort deux nouvelles odes à la violence

Se permet à présent d’accuser les policiers de meurtres et de prendre le parti de ceux qui les tuent …

Comment ne pas voir avec les quelques critiques qui osent braver la permissivité ambiante …

Non seulement l’incroyable mauvaise foi d’une industrie qui inspire tant les criminels que les policiers eux-mêmes …

Mais l’inquiétante escalade de violence que peuvent générer, dans la profession elle-même et au-delà dans la société en général, des réalisateurs aussi brillants et influents qu’un Quentin Tarantino

Dans un flot continu de jeux vidéos toujours plus réalistes, de véritable snuff videos djihadistes et de médias toujours plus demandeurs

Mais aussi, au niveau national comme international et sans compter une circulation des armes exponentielle, de revendications identitaires toujours plus exacerbées ?

Et surtout comment ne pas presque physiquement ressentir, quand pour ses deux derniers films, ils choisit de traiter des questions historiques aussi majeures que l’esclavage aux Etats-Unis ou le nazisme …

Le plus grand mépris dont il fait montre tant pour la réalité historique que pour la vie humaine ?

Blood Sport
Thomas Frank
Harper’s

March 2013

For a time in December, it looked as though the nation was finally ready to take on the gun culture. Perhaps you recall the moment: twenty grade-schoolers, along with their teachers and their principal, had been added to the roster of 30,000 people killed by guns in America each year. The details of the massacre were at once terrible and familiar — indeed, you could have guessed them as soon as you heard the first sketchy news bulletins. A murderer lost in some sanguinary fantasy. High-capacity magazines. In the starring role, one of our society’s prized slaughtering machines: an AR-15 assault rifle. And for the families of the six- and seven-year-olds whose bodies were blown apart, there would be teddy bears, support groups, wooden messages from the secretary of education.

On December 21, a week after the shooting, began the second obligatory chapter in this oft-told tale. Wayne LaPierre, the lavishly compensated face of the National Rifle Association, stepped up to a podium at the Willard Hotel in Washington and twisted his features into an expression meant to indicate sorrow. What came gurgling from LaPierre’s throat, though, was righteous accusation mixed with a heavy dollop of class resentment. It was the assembled men and women of the press who were somehow to blame, droned this million-dollar-a-year man who had apparently not bothered to read his script in advance. Gun owners were victims, you see, who had been demonized by the media and the “political class here in Washington.” Oh, pity the man with a MAC-10!

Next came the other parts of the traditional catechism. America’s leaders were soft on crime, unwilling “to prosecute dangerous criminals.” They gave too much money away in foreign aid. They miscategorized certain weapons as Thing A when they were obviously Thing B. Each of these grievances you could have heard, almost word for word, back in the 1970s. They are specimens of a chronic paranoia that never dissipates, no matter how many millions we imprison or how respectfully journalists learn to speak of the M16 and the sexy SIG Sauer.

But this time around, these bullet points were missing something. Matters had gone too far, and the NRA was desperate to escape the blame. But how? Well, if you are a prominent conservative lobbyist and one day there’s a catastrophe that stems pretty directly from your cherished policy initiatives, what do you do? You insist that the world hasn’t gone far enough in implementing your demands. So the solution to the massacre culture must obviously be more guns in more places than ever before: universities, churches, strip clubs, hospitals, tanning salons, bowling alleys.

And should something go wrong in this weapon-saturated world — for example, should someone use one of those weapons in precisely the way it was designed to be used — we may seek answers only within the narrow parameters of the ideologically permissible. Which is to say: We must meet every fresh mass murder with the conclusion that the United States, already home to some 300 million firearms, isn’t weapon-saturated enough. The task before us is to arm not only the guards in our elementary schools but also the teachers, the custodians, the cafeteria workers, the hall monitors. And on and on until the arms race is the preeminent logic of civilian life. Only then will the streets of Dodge City be safe.

I worry that I have not made sufficiently clear where I stand on this issue. For the record: gun control works. It seems obvious to me that, when considering the towering difference in murder statistics between the United States and other industrialized lands, the most relevant factor is the ready availability of certain kinds of firearms. I believe that the ideology of libertarianism, with its twin gods Market and Magnum, is not just bankrupting us; it is killing us. And I believe that Wayne LaPierre bears a certain moral responsibility for the massacre culture, regardless of his intentions or his exalted stature in Washington.

The reason I want to be clear about this is that I also think Wayne LaPierre got something right. In his Willard Hotel address, he tried to get the assembled media types to acknowledge their own culpability for our pandemic violence. “Media conglomerates,” he intoned, “compete with one another to shock, violate, and offend every standard of civilized society by bringing an ever more toxic mix of reckless behavior and criminal cruelty into our homes — every minute of every day of every month of every year.”

Coming from the NRA, of course, this was pretty base hypocrisy. It doesn’t take much skill with a remote to confirm that some of the most sadistic entertainment ever filmed follows the line of none other than the National Rifle Association. Over and over, we are shown spineless liberals with a soft spot for the murderers and rapists in our midst, who leave society’s dirty work to the big man with the big gun. Indeed, Wayne LaPierre basically gave the genre a shout-out when he reasoned, all too cinematically, that “the only thing that stops a bad guy with a gun is a good guy with a gun.”

But as a description of the world we live in, what LaPierre said was . . . well, correct. Media companies obviously do compete to project violence into our homes. And why is that? Because the American film industry is the second great pillar of the gun culture.

And it’s not just Clint Eastwood’s Smith & Wesson from Dirty Harry, which, as everyone who lived through the 1970s knows, was then “the most powerful handgun in the world,” able to “blow your head clean off.” Hollywood’s cameras adore weapons of any kind, and pay them loving heed in movies of every political persuasion. Think of the close-up on Rambo’s machine gun as it spasms its way through an ammo belt in the 1985 installment of the series, or the shell casings tinkling delicately on the floor as cops die by the dozens in The Matrix (1999), or the heroic slo-mo of Sean Penn’s tommy gun in Gangster Squad (2013), or the really special Soviet submachine gun that everyone lusts after in Jack Abramoff’s 1989 action movie Red Scorpion. It’s the mother of all product placements, and as far as we know it doesn’t cost the arms makers a dime.

Even more delectable is the effect that guns have on human flesh, a phenomenon so titillating for moviemakers that it often surpasses the pleasures of plot and dialogue. Discussing the many, many graphic shootings in his recent Django Unchained, for example, director Quentin Tarantino identifies screen violence as the reason most viewers go to his movies in the first place. “That’s fun, and that’s cool, and that’s really enjoyable,” he told NPR. “And kind of what you’re waiting for.”

In Tarantino’s pseudohistorical revenge fantasies, humans are oversize water balloons just waiting to be popped, so that they can spurt their exciting red contents over walls and bystanders. The role of the star is relatively simple: he or she must make those human piñatas give up their payload. Yes, there are plots along the way, clever ones wherein Tarantino burnishes his controversial image by daring to take on such sacred cows as Nazis and slave owners. But the nonstars in his movies mainly exist to beg for their lives and then be orgasmically deprived of them, spouting blood like so many harpooned porpoises.

Okay, I got carried away there. Let me catch my breath and admit it: Tarantino would never show someone harpooning a porpoise. After all, a line in the credits for Django Unchained declares that “no horses were harmed in the making of this movie.” But harpooning a human? After having first blasted off the human’s balls and played a sunny pop song from the Seventies while the human begged for mercy in the background? No problem.

The movies I describe here are essentially advertisements for mass murder. You can also read them in dozens of other ways, I know. You can talk about Tarantino’s clever and encyclopedically allusive command of genre, or about how the latest Batman movie advances the “franchise,” or about the inky shady shadowiness of, well, nearly everything the industry cranks out nowadays. And to give them their due, most of the movies I’ve mentioned take pains to clarify that what they depict are good-guy-on-bad-guy murders — which makes homicide okay, maybe even wholesome.

In decades past, let’s recall, there was a fashion for viewing the gangster film as a delicate metaphor, interesting mainly for the dark existentialism it spotlighted in our souls. But today, as I absorb the blunt aesthetic blows of one ultraviolent film after another, all I can make of it is that Hollywood, for reasons of its own, is hopelessly enamored of homicide. The plot is barely there anymore. Good guys and bad guys are hopelessly jumbled, their motives as vague as those of the Sandy Hook shooter, Adam Lanza. A movie like The Dark Knight Rises (2012) is nearly impossible to make sense of; only its many murders hold it together. All the rest shrinks, but the act of homicide expands, ramifies, multiplies madly.

And what can we read in this act itself? Well, most obviously, that ordinary humans are weak and worth little, that they achieve beauty only when they are brought to efflorescence by the discharge of a star’s sidearm. Also: killers are glamorous creatures. And lastly: society and law are futile exercises. Whether we’re dealing with vigilantes, hit men, or a World War II torture squad, nobody can shield us from the power of an armed man. (Except, of course, another armed man, as Wayne LaPierre and Hollywood never tire of informing us.)

For the industry itself, meanwhile, so many things come together in the act of murder — audience pleasure, actor coolness, the appearance of art — that everything else is essentially secondary. Hence the basic principles of Hollywood’s antisocial faith. A man isn’t really a man if he can’t use a shotgun to change the seat of another man’s soul into so much garbage. Or if he doesn’t know how to fire a pistol sideways, signifying that thuggish disregard for who or what gets caught in the spray of bullets.

At times, my erudite liberal colleagues have no problem understanding this. They’re quick to characterize Zero Dark Thirty (2012) as an advertisement for torture and other Bush-era outrages.[*] It’s sadism!, they cry. But the larger sadism that is obviously the film industry’s truest muse . . . that they don’t want to discuss. Bring that up and the conversation is immediately suspended in favor of legal arguments about censorship, free speech, and the definition of “incitement.” Movies can’t be said to have caused mass murders, they correctly point out. Not even Natural Born Killers (1994) — a movie that insists on the complicity of the media in romanticizing murderers, that itself proceeds to romanticize murderers, and that has been duly shadowed by a long string of alleged copycat murders, including the Columbine massacre. No, these are works of art. And art is, you know, all edgy and defiant and shit.

Not surprisingly, Quentin Tarantino has lately become the focus for this sort of criticism. The fact that Django Unchained arrived in theaters right around the time of the Sandy Hook massacre didn’t help. Yet he has refused to give an inch in discussing the link between movie violence and real life. “Obviously I don’t think one has to do with the other,” he told an NPR interviewer. “Movies are about make-believe. It’s about imagination. Part of the thing is we’re trying to create a realistic experience, but we are faking it.”

Is it possible that anyone in our cynical world credits a self-serving sophistry like this? Of course an industry under fire will claim that its hands are clean, just as the NRA has done — and of course a favorite son, be it Tarantino or LaPierre, can be counted on to make the claim louder than anyone else. But do they really believe that imaginative expression is without consequence? One might as well claim that advertising itself has no effect — because the spokesmen aren’t really enjoying that Sprite, you know, only pretending to. Or that TV speeches don’t matter, since the politician’s words are strung together for dramatic effect, and are not themselves a show of official force.

To insist on a full, pristine separation of the dramatic imagination from the way humans actually behave is to fly in the face of nearly everything we know about cultural history. For centuries, people misinterpreted the reign of Richard III because of a play by Shakespeare. The revival of the Ku Klux Klan in the 1920s was advanced by D. W. Griffith’s Birth of a Nation. In our own era, millions of Americans believe in the righteous innocence of businessmen because of a novel by Ayn Rand.

And here is why I personally will never believe it when the film industry claims its products have no effect on human behavior. Like every American, I carry around in my head a collection of sights and sounds that I will never be able to erase, no matter what I think about Hollywood. To this day, those bits of dialogue and those filmed images affect the way I do everything from answering the phone to pruning my roses. I can’t get on my Honda scooter without recalling Steve McQueen in The Great Escape, or look out an airplane window without remembering The Best Years of Our Lives. When I shot at paper targets in the Boy Scouts, I thought of Sergeant York, and should I ever become an L.A. cop I will probably mimic the mannerisms of Ryan Gosling in Gangster Squad.

I doubt very much that we will see effective gun control enacted this time around. Oh, the rules have already been tightened in New York, and the president will gamely joust with the House of Representatives over renewing the ban on assault weapons. But it won’t go much further. The political arm of the gun culture, headquartered at the big NRA building in northern Virginia, is still powerful enough to block any meaningful change.

However, the other pillar of the gun culture — the propaganda bureau relaxing in the Los Angeles sun — is much more vulnerable. Its continued well-being depends to a real degree on the approbation and collaboration of critics.

Which is to say that my colleagues in journalism are, in part, responsible for this monster. We have fostered it with puff pieces and softball interviews and a thousand “press junkets” — the free vacations for journalists that secure avalanches of praise for a movie before anyone has seen it. This refusal on the part of critics to criticize is what has allowed Quentin Tarantino to be crowned a cinematic genius of our time. (When a journalist refuses to grovel, however, Tarantino gets awfully peevish. “This is a commercial for the movie, make no mistake,” he recently told an interviewer bold enough to ask him an uncomfortable question.)

It is time for the boot-licking to end. Mick LaSalle, film critic for the San Francisco Chronicle, recently recalled how he self-censored a review of The Dark Knight Rises, declining to say in print that he found it to be “a wallow in nonstop cruelty and destruction.” But in the wake of the Connecticut school massacre, LaSalle explained, he had come around to a new understanding of critical responsibility. “If movies are cruel and nihilistic, say so,” he wrote. “Say it explicitly. Don’t run from that observation.”

It’s a lesson that every one of us in journalism ought to be taking to heart these days. It is our job to say it explicitly — to tell the world what god-awful heaps of cliché and fake profundity and commercialized sadism this industry produces. The fake blood spilled by Hollywood cries out for it.

[*] Yet few of them complained about Tarantino’s 2009 slice of war porn, Inglourious Basterds, since the people being tortured so graphically and so hilariously by a U.S. Army hit squad were Nazis.

 Voir aussi:

Django Unchained and the ‘new sadism’ in cinema
Quentin Tarantino’s new film is the latest where killing is seen as comical. Geoffrey Macnab wonders why people fall about laughing at disembowelment and garroting on screen?
Geoffrey Macnab
The Independent
12 January 2013

It’s the “new sadism” in cinema – the wave of films in which violence is graphic, bloody but always underpinned by irony or gallows humour. There is something disconcerting about sitting in a crowded cinema as an audience guffaws at the latest garroting or falls about in hysterics as someone is beheaded or has a limb lopped off.

Many recent movies squeeze the comedy out of what would normally seem like horrific acts of bloodletting. Martin McDonagh’s Seven Psychopaths has barely started when we see two assassins who are planning a killing being blithely murdered by a passer-by themselves. The film features throats being cut and many characters being shot to pieces but is played for laughs.

However, the violence isn’t immediately signalled as comic. Seven Psychopaths isn’t like Monty Python and the Holy Grail (1975), with its self-consciously farcical scenes of the Black Knight refusing to concede in battle in spite of having had all his limbs cut off.

Ben Wheatley’s recent Grand Guignol camper-van comedy Sightseers shows two British tourists wreaking murderous havoc across the British countryside. When a rambler complains about their dog fouling a field, they bludgeon him to death. “He’s not a person, Tina, he’s a Daily Mail reader,” Chris (Steve Oram) reassures his girlfriend when she expresses some slight misgivings about killing innocent people. Tina (Alice Lowe) has form of her own, throwing a bride-to-be off a cliff after a hen night in which the woman flirts with Steve.

In Quentin Tarantino’s films, the violence, torture and bloodletting sit side by side with wisecracking dialogue and moments of slapstick. His latest, Django Unchained, features whippings, brutal wrestling matches and one scene in which dogs rip a slave to pieces. We know, though, that Tarantino’s tongue is in his cheek. Scenes that would be very hard to stomach in a conventional drama are lapped up by spectators who know all about the director’s love of genre and delight in pastiching old spaghetti Westerns.

A certain sadism has always defined crime movies. Whether it was Lee Marvin scalding Gloria Grahame with the coffee in The Big Heat (1953) or James Cagney’s Cody blithely shooting innocent train drivers in White Heat (1949), audiences watched the antics of gangsters with appalled fascination. From Edwin S Porter’s The Great Train Robbery (1903) to Sam Peckinpah’s blistering, slow-motion shoot-outs in The Wild Bunch (1969), film-makers have always looked to violence for dramatic effect.  Well-choreographed shoot-outs and fist fights will always be intensely cinematic.

Sadism and slapstick likewise go hand in hand. Whether silent comedians slapping and hitting one another, pulling one another’s ears and twisting noses or Farrelly brothers films with their  grotesque set-pieces, comedy movies have always traded in humiliation.

Nor is there anything new in making very dry comedy out of violence and death. Robert Hamer’s Kind Hearts and Coronets (1949) is a supremely elegant and witty film about a serial killer who murders off his own family members just as quickly as Chris and Tina dispose of National Trust-loving tourists in Sightseers. Frank Capra’s Arsenic and Old Lace (1944) features very charming old ladies whose pet hobby is murdering lonely old men. Howard Hawks’s His Girl Friday (1940) turns the plight of a convicted murderer facing execution into the stuff of screwball farce.

What has changed now is that genre lines have become very blurred. Young directors like Edgar Wright (Shaun of the Dead, Hot Fuzz) and Wheatley draw on horror movie conventions even as they make very British comedies. Ideas that might have previously been confined to exploitation pics have spilled into the mainstream. In the era of computer games like Call of Duty and Assassin’s Creed, death isn’t taken very seriously. Film-makers with no direct experience of war beyond what they’ve seen in other movies regard staging killings as just another part of cinematic rhetoric. At the same time, state-of-the art make-up and digital effects enable violence to be shown in far greater and bloodier detail than ever before.

Tarantino turns to heavy political and historical topics (the Holocaust in Inglourious Basterds, slavery in Django Unchained) but tips us the wink as he does so. One problem he and others face is the literal quality of film. When a slave is being flayed or a police officer is having his ear cut off, it isn’t always possible to put inverted commas round the scene and let the audience know that this horrific moment is stylised and shouldn’t be taken too seriously.

As a counterpoint to latest films from Wheatley, Tarantino and McDonagh, it is instructive to watch Joshua Oppenheimer’s grim and startling recent documentary, The Act of Killing. Oppenheimer’s doc follows various real-life killers who murdered thousands of “communists” in Indonesia in the mid 1960s. They’ve never faced punishment for what they did and still openly brag about their part in a genocide. Oppenheimer invites them to re-create some of their grisly deeds as pastiche Hollywood movies. We see these aging hoodlums dress in drag for Vincente Minnelli-like musical scenes or coming on like bad Method actors in gangster pic spoofs or even portraying cowboys in mock spaghetti Westerns. Whatever the genre they choose, there is no escaping the bloodcurdling nature of the deeds they are celebrating.

Acts of killing define the new sadism in cinema. The challenge now for film-makers is jolting audiences who’ve already seen death portrayed so many times on screen before. When they get it right, they can create scenes of extraordinary power and beauty – and they can use humour to distance themselves from the charge that they are being exploitative.

Even so, the film-makers themselves sometimes appear just a little bashful about the enormous body counts in their work. The US premiere of Django Unchained was postponed after the Connecticut school massacre in mid December. The real-life incident in which a lone gunman killed 20 school children made it seem perverse and tasteless to celebrate Tarantino’s comic-book violence.

The Motion Picture Association of America (MPAA) introduced a “code” in 1930 (not strictly enforced until 1934) partly to clamp down on gangster films felt to glamorize violence. Ever since, the debates about guns, Hollywood and violence have gone round in wearisome circles. Every time there is a real-life atrocity as in Connecticut, films are held up as being in some way to blame, generally by commentators who haven’t actually seen them. Meanwhile, cultural critics are  always quick to point out that violence and art go back thousands of years before the birth of cinema.

Even so, what’s often startling about the new sadism in cinema is the disregard for the victims, who are treated as walk-on props, there to be dispensed with in the most humorous, bloody and imaginative way possible. In 1989, Danny Boyle produced (and conceived) Alan Clarke’s Elephant – a TV movie set at the height of the Troubles in Northern Ireland. This was an essay about killing. Eighteen random murders were shown. Viewers learnt nothing at all about the killers or the victims. The film-makers were reminding us how desensitised we had become to sectarian violence in Northern Ireland. A quarter of a century on, that casual detachment about death has become a staple of mainstream cinema.

‘Django Unchained’ is released on  18 January

Voir également:

Tarantino’s crusade to ennoble violence
Christopher Caldwell

The Financial Times

January 4, 2013

The director uses slavery the way a porn film might use a nurses’ convention

The most confusing moment in Quentin Tarantino’s new film, Django Unchained , comes in the final credits. The viewer sees an assurance from the American Humane Association that no animals were harmed in the film’s making. In this movie, set in the south before the US civil war, slaves get tied to trees and whipped. A naked black wrestler is ordered to bash another’s head in with a very big hammer. Dogs chew a runaway slave to pieces. This is to set the stage for an exuberant massacre of white men and women at the close. Mr Tarantino lingers over his victims as they writhe, gasp and scream in agony. One walks out of Django worried less about Mr Tarantino’s attitude towards animals than about his attitude towards people.
A.O. Scott, The New York Times critic, calls it a “troubling and important movie about slavery and racism”. He is wrong. A German-born bounty hunter (Christoph Waltz) liberates the slave Django (Jamie Foxx), hoping he can identify a murderous gang of overseers. The two try to free Django’s wife from the plantation where she has been brought by the sybaritic Monsieur Candie (Leonardo DiCaprio). The period detail sometimes seems accurate (slaveholders may have flung the word “nigger” around as often as Mr Tarantino’s characters do), and sometimes does not (there never was any such thing as “Mandingo fighting”).

Of course, we must not mistake a feature film for a public television documentary – Mr Tarantino’s purpose is to entertain, not to enlighten. But this is why the film is neither important nor troubling, except as a cultural symptom. Django uses slavery the way a pornographic film might use a nurses’ convention: as a pretext for what is really meant to entertain us. What is really meant to entertain us in Django is violence.

Mr Scott writes that “vengeance in the American imagination has been the virtually exclusive prerogative of white men”. Cinematically, black people should get to partake in “regenerative violence” the way white people have for so long. He adds: “Think about that when the hand-wringing starts about Django Unchained and ask yourself why the violence in this movie will suddenly seem so much more problematic, so much more regrettable, than what passes without comment in Jack Reacher or Taken 2.” But this now-the-shoe’s-on-the-other-foot argument is disingenuous. In no major US film do white people exact racial vengeance of the sort Django does.

And Mr Tarantino’s love of violence is not “suddenly” problematic. It is the sole pleasure anyone could possibly take in his first film, the appalling Reservoir Dogs.Pulp Fiction and Jackie Brown, for all their situational irony and madcap humour, also have memorable scenes of horrific violence. But Mr Tarantino’s last two films have taken a strange turn. He has not just shown cruelty but tried to politicise and ennoble it. Inglourious Basterds features a gang of American Jews who travel around Germany scalping Nazis and smashing their heads with baseball bats. It ends with a torture scene (one of our heroes carves a swastika into a Nazi’s head) that we are surely meant to enjoy.

Nazis and slaveholders, of course, are stock villains of political correctness. Film-makers have been killing them off for decades. What is novel about Mr Tarantino is his fussy, lawyerly setting of ground rules to broaden the circumstances in which one can kill with joy and impunity. Scalping is OK because “a Nazi ain’t got no humanity”. Django can kneecap the plantation major-domo Stephen (Samuel L. Jackson) because he has stipulated at the start of the film that there is “nothing lower than a head house-nigger”. Of course, Stephen is more the slave system’s victim than its representative. He is a slave. The indignities visited on various slaves (“After this we’ll see if you break eggs again!” hollers one brute as he gets ready to whip a young woman) serve to make us comfortable with the final racial retribution, even though Django’s vengeance claims white people (hillbillies and jailers) who have no more control over the system than Stephen.

The film-maker Spike Lee has called this film “disrespectful to my ancestors”. The remark has puzzled people but it should not. Monsieur Candie reminisces, “surrounded by black faces, day in, day out, I had one question: Why don’t they kill us?” It is an excellent question.
However you answer it, the fact is, they didn’t. In the eyes of history, antebellum blacks retain an honour that their white oppressors will forever be denied. Maybe Mr Lee objects to a failure to see that honour. Where Mr Tarantino sees a solidarity with the victims of the past, others might see a contemporary white American eager to believe that, given the opportunity, other peoples of yesteryear would have behaved as shabbily as his own people did.

The writer is a senior editor at The Weekly Standard

Voir encore:

Was There Really “Mandingo Fighting,” Like in Django Unchained?
Much of Django Unchained, Quentin Tarantino’s blaxploitation Western about an ex-slave’s revenge against plantation owners, centers on a practice called “Mandingo fighting.” Slaves are forced to fight to the death for their owners’ wealth and entertainment. Did the U.S. have anything like this form of gladiatorial combat?
Aisha Harris

Slate
Dec. 24 2012

No. While slaves could be called upon to perform for their owners with other forms of entertainment, such as singing and dancing, no slavery historian we spoke with had ever come across anything that closely resembled this human version of cock fighting. As David Blight, the director of Yale’s center for the study of slavery, told me: One reason slave owners wouldn’t have pitted their slaves against each other in such a way is strictly economic. Slavery was built upon money, and the fortune to be made for owners was in buying, selling, and working them, not in sending them out to fight at the risk of death.

While there’s no historical record of black gladiator fights in the U.S., this hasn’t stopped the sport from appearing again and again in popular culture. The 1975 blaxploitation film Mandingo, which Tarantino has cited as “one of [his] favorite movies,” is about a slave named Mede who is trained by his owner to fight to the death in bare-knuckle boxing against other slaves. That film was inspired by the book of the same name by dog-breeder-turned-novelist Kyle Onstott. (The term Mandingo itself comes from the name of a cultural and ethnic group in West Africa, who speak the Manding languages.) There is at least one other cinematic example of the fighting, in Mandingo’s sequel, Drum. (The scene starts at about 10:45 in the video below.)

Slaves were sometimes sent to fight for their owners; it just wasn’t to the death. Tom Molineaux was a Virginia slave who won his freedom—and, for his owner, $100,000—after winning a match against another slave. He went on to become the first black American to compete for the heavyweight championship when he fought the white champion Tom Cribb in England in 1810. (He lost.) According to Frederick Douglass, wrestling and boxing for sport, like festivals around holidays, were “among the most effective means in the hands of the slaveholder in keeping down the spirit of insurrection.”

It’s also true that, as embodied by the fictional “Mandingo fighting,” there has long been a fascination with the supposed physical prowess of the black body. The rise of prizefighting in the 19th century saw black men such as Peter Jackson and George Dixon making a show of their manliness to white and black audiences. Ralph Ellison’s “Battle Royal” scene in Invisible Man—in which the narrator must spar other black men in order to obtain a scholarship to a black college—uses a less sensationalistic approach to portray the fetishization of black men fighting. “This is a vital part of behavior patterns in the South, which both Negroes and whites thoughtlessly accept,” Ellison once said. “It is a ritual in preservation of caste lines, a keeping of taboo to appease the gods and ward off bad luck. It is also the initiation ritual to which all greenhorns are subjected.”

Thanks to David Blight of Yale University.

Voir de même:

Django’ Unexplained: Was Mandingo Fighting a Real Thing?
Max Evry

Nextmovie

Dec 25, 2012

One of the most gruesome scenes in Quentin Tarantino’s new blaxploitation western « Django Unchained » involves blackhearted plantation owner Calvin Candie (Leonardo DiCaprio) presiding over a Roman-style bare-handed battle to the death between his hulking champion slave Samson (Jordon Michael Corbin) and a much less fortunate slave opponent.

After all the eye gauging and head hammering was through, we wondered if this betting « sport, » known within the movie as « Mandingo Fighting, » was based on true accounts of pre-Civil War Mississippi or if Tarantino made it up out of whole cloth.

This is, after all, the same Tarantino who let Eli Roth machine gun Hitler in the face for « Inglourious Basterds, » so the level of historical accuracy is about on par with what we’d expect from a guy who didn’t graduate from high school. That’s not meant as a dig on the auteur, of course, as the man has perhaps one of the most thorough knowledge bases of both black culture and film history among any director in Hollywood, but he’s definitely less interested in realism than he is in f**king people’s shit up.

So was Mandingo Fighting real? Probably not.

We talked to Edna Greene Medford, Professor and chairperson of the history department at Howard University in Washington, D.C., about whether there’s any basis in non-Tarantinized fact.

« My area of expertise is slavery, Civil War, and reconstruction and I have never encountered something like that, » said Professor Medford. « It was rumored to have occurred. I don’t know that it was called Mandingo Fighting, however, but there were all sorts of things going on in the South pitting people against one another. To the death, I’ve never encountered anything like that, no. That doesn’t mean that it didn’t happen in some backwater area, but I’ve never seen any evidence of it. »

This was the wild, wild South, after all, so « anything goes » tended to rule the day, but the main reason Medford thinks the idea of Mandingo Fighting is preposterous comes down to one thing: Simple economics.

« It’s a stretch because enslaved people are property, and people don’t want to lose their property unless they’re being reimbursed for it, » she said. « It would seem odd to me that someone would allow his enslaved laborer to fight to the death because someone like that would cost them a lot of money. But then it’s a gambling enterprise so maybe someone would be willing to do that. I’ve looked at slave narratives and I’ve never seen something like that in slave narratives. »

Paramount

As for the etymology of the term « Mandingo, » it comes from a West African ethnic group called the Mandinka, but was popularized in the late ’50s with the racy novel by Kyle Onstott that also became a 1975 movie called « Mandingo, » which Tarantino has praised alongside « Showgirls » as one of the few big budget exploitation pictures made by a studio.

The subject of the film? A slave trained to fight other slaves. « Mandingo, the pride of his masters! Mandingo, the strongest and the bravest! »

« The term has been used to refer to that ethnic group, » clarified Medford, « but it has also come to personify the very powerful enslaved man who’s rather ferocious. It’s equivalent to ‘the big black buck,’ it’s more of a recent term. »

Even though none of what takes place in « Django Unchained » is true-blue history, it still manages to be « yeehaw! » entertaining while shedding light on something that most Americans try to forget happened so they can go on happily with their Christmas shopping. It’s also not Tarantino’s first use of black bounty hunters or « Mandingo » either, as he combined both into one of Samuel L. Jackson’s more memorably un-PC lines from 1997’s « Jackie Brown » in reference to Robert Forster’s prisoner retriever Winston (Tommy ‘Tiny’ Lister): « Who’s that big, Mandingo-looking n****r you got up there on that picture with you? »

Voir par ailleurs:

« Django Unchained », un réservoir d’émotions postmodernes à la sauce TarantinoPatrizia LombardoProfesseur de littérature et de cinéma
Le Nouvel Obs
 21-01-2013

LE PLUS. Un western-spaghetti qui dénonce l’esclavage et où la vengeance est le personnage principal, tel est le pitch du dernier film de Tarantino. Mais en quoi « Django Unchained » porte-t-il la signature du réalisateur américain ? Réponse de Patrizia Lombardo, professeure de littérature et de cinéma et auteur de l’article « La signature au cinéma ». Attention SPOILERS !

Un désert rocheux, des landes désolées, retravaillées par les effets spéciaux, la marche des esclaves noirs enchaînés, le froid de la nuit qui s’empare du spectateur : le dernier film de Tarantino, « Django Unchained », s’ouvre sur des plans spectaculaires, dignes des westerns, pour présenter une fable d’amour et de vengeance, aux États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession.

L’odyssée des deux protagonistes, l’esclave noir Django et le docteur Schultz, à travers le Texas et le Mississippi, se terminera par l’affranchissement de Django (Jamie Foxx) et ses retrouvailles avec sa femme Broomhilda (Kerry Washington). La scène finale, après un feu d’artifice de balles et de sang, montre un incendie dévastateur, comme à la fin de « Rebecca » d’Hitchcock (1940). Les deux amoureux, enfin réunis et saufs, contemplent l’immense bâtisse de style néoclassique typique de l’architecture du Sud, la demeure du propriétaire de la plantation, Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), à laquelle Django a mis le feu – dernier acte de représailles contre les blancs et contre le traître noir Stephen (Samuel L. Jackson).

Esthétique kitsch postmoderne

Ainsi que le veut le genre du western, souvent comparé à la tragédie grecque, les grands sentiments sont là – l’amour et la haine –, mais le mélange est saugrenu, exorbitant, selon les principes de l’esthétique kitsch postmoderne, qui offre toutes les émotions possibles juxtaposées, comme les produits variés dans un supermarché. Car la signature de Tarantino promet une violence excessive, « gratuite », comme elle a été souvent définie, conjuguée à une ambition morale qui se pare d’amoralité (ou vice versa) : les bons sentiments politiquement corrects et les mauvais sentiments politiquement incorrects sont malaxés dans l’effervescence des images, de l’intrigue, des dialogues.

Et, comme dans le style postmoderne, les passions tragiques et le sentimentalisme mélodramatique sont combinés au plaisir de la comédie et de la farce : la caricature des personnages méprisables – tel le propriétaire de Candyland (!), Calvin, homme cruel et sanguinaire, passionné de lutte Mandingo – provoque le rire plus que l’indignation, et une ironie délicieuse émane de l’adorable docteur Schultz (Christoph Waltz), chasseur de primes, anti-esclavagiste convaincu, qui fait le mal pour le bien.

Quant aux mauvais sentiments, au langage obscène, à la profusion du terme « nigger », ils correspondent à ce que Tarantino adore et ce sur quoi on n’arrête pas de l’interroger : une brutalité extrême qui indique que, pour lui, le cinéma n’a pas grand-chose à voir avec la réalité du monde et de ses malheurs, mais avec l’infinie réalité des images filmiques, inséparables des armes à feu, assaisonnées de conversations qui attrapent au vol des débris de discours politico-sociaux contemporains, que ce soit la misère des non-salariés, comme dans la conversation initiale de « Reservoir Dogs » (1992), ou le nazisme dans « Inglorious Basterds » (2009), ou le racisme américain dans ce dernier film.

À la gloire des œuvres populaires

Le mixage des émotions ne fait qu’exalter l’impureté caractéristique des arts et du cinéma en particulier, où règnent l’adaptation, l’inspiration, la citation, le remake, l’hommage à une œuvre du passé, voire le pillage. Sans parler du va-et-vient le plus composite entre l’image filmique et la bande-son, cher à ces réalisateurs qui, depuis les années 1960, sont imbus de musique pop.

Chez Tarantino, dévoreur d’images et de musique, forgé par maintes formes de culture populaire américaine, l’amalgame des références est époustouflant. Son chef-d’œuvre « Reservoir Dogs », qui montrait sa passion pour la Nouvelle Vague, était inspiré par « The Killing » de Stanley Kubrick (1956) et « City on Fire » (1987) de Ringo Lam Ling-Tung. « Pulp Fiction » (1994) reprenait les histoires des magazines bon marché.

« Django Unchained » puise non seulement dans les premiers westerns, mais aussi dans les séries télévisées des années 1950 et 1960, telles « Bonanza » et « Rawhide », non sans passer par les décors de la série récente sur la fièvre de l’or, « Deadwood » (2004-2006). Tarantino est épris surtout des westerns-spaghetti de Sergio Leone et de Sergio Corbucci, auteur de « Django » (1966), auquel il rend hommage en reprenant le nom du personnage et le thème musical de Luis Bacalov.

Bric-à-brac vertigineux tout en surface

Un bric-à-brac de genres, sous-genres et contre-genres chante la gloire des œuvres populaires, dans le bruit des lames de couteau et des armes à feu, où l’on tue comme on mange des cacahuètes, dans le rythme vertigineux de l’action et des dialogues interminables, dans la filiation des « Trois Mousquetaires », œuvre qui orne la bibliothèque de Calvin Candie.

On comprend la différence entre le cinéphile et le geek : le populaire absolu du western de Tarantino sorti en France en janvier 2013, contrairement aux « westerns » urbains de Scorsese dans les années 1970 ou au western mystique « Dead Man » (1995) de Jim Jarmusch, n’est pas profond. Mais, divertissement, pure surface, il surfe sur les choses et les idées, comme les accents — allemand ou du Sud — colorent les voix des acteurs, ou les effets spéciaux, les décors et les gros plans style télé de « Django Unchained » frappent les yeux et les esprits le temps d’un éclair.

On peut regretter la pensée de la caméra et la cruelle intensité existentielle de « Reservoir Dogs », mais on a du plaisir et on est gagné par le bonheur des acteurs et du metteur en scène s’adonnant à fond à cette activité inépuisable chez les êtres humains : faire semblant.

À lire aussi sur CinéObs :

– « Django Unchained » : le Tarantino de la maturité ? par Pascal Mérigeau

– Quentin Tarantino : « Au cinéma, la vengeance, ça ne craint rien », interview par Olivier Bonnard

Voir de plus:

« Django Unchained » ou l’ambiguïté de la violence dans les films de Tarantino

Célia Sauvage

Chargée d’enseignement à Paris III
Le Nouvel Obs
20-01-2013

LE PLUS. « Django Unchained » est un hommage au western spaghetti et en particulier à celui de Sergio Corbucci, « Django ». Après « Inglourious Basterds », le film se veut le deuxième épisode de Tarantino d’une trilogie sur l’oppression. Mais la représentation de la violence par le réalisateur est problématique pour Célia Sauvage, auteur de « Critiquer Quentin Tarantino est-il raisonnable ? » (en librairies le 15 février, éd. Vrin). (SPOILERS).

Alors que « Django Unchained », dernier film de Quentin Tarantino, sort aux États-Unis, le pays est encore sévèrement secoué après la tuerie de Newtown – le massacre relançant le débat sur l’influence de la violence dans les médias. Inévitablement, la réception de « Django Unchained » a été recentrée, moins sur le sujet de l’esclavage américain, que sur la violence des films du réalisateur.

Une trilogie sur l’oppression 

Pas peu fier de cultiver l’art de la polémique, le cinéaste s’est ainsi exprimé violemment contre un journaliste britannique, tentant de réinscrire ses films dans l’actualité médiatique. Tarantino refuse alors férocement de s’expliquer à nouveau sur l’absence de rapports entre le goût pour les films violents et pour la violence réelle : « Je ne mords pas à l’hameçon. Je refuse votre question. Je ne suis pas votre esclave et vous n’êtes pas mon maître. Je ne suis pas votre singe. Je réitère, je ne répondrai pas. »

Tarantino a définitivement fait taire les accusations à l’encontre de ses films jugés fun, cool, mais vides et inconséquents, en s’engageant dans ce qu’il nomme « une trilogie politique et historique sur l’oppression« , commencée en 2009 avec « Inglourious Basterds« .

L’accusation d’esthétisation de la violence, devenue un objet de spectacle gratuit, décontextualisé de toute mise en perspective morale ou politique, semble certes tomber en désuétude derrière le choix récent de sujets politiques sensibles – les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale et l’esclavage afro-américain. Mais, le tournant en apparence politique que prend le cinéma de Tarantino cache une violence tout autant injustifiée qui mérite d’être réinterrogée.

Un argumentaire politisant et bien rôdé

Depuis « Kill Bill », on peut résumer l’ensemble des films de Tarantino à des récits de vengeance, thème de prédilection du cinéaste. Chacun des films use d’un processus de justification souvent simpliste et conservateur :

– La Mariée venge, dans un premier temps, son honneur de femme bafouée, puis, tue pour sauver son enfant : « Kill Bill » ;

– Un groupe de cascadeuses prend sa revanche sur un pervers misogyne qui tue des pauvres innocentes pour sa propre jouissance : « Boulevard de la mort » ;

– Une juive et un groupe de soldats américains partent en croisade pour corriger l’ennemi nazi : « Inglourious Basterds » ;

– Un esclave afro-américain sauve sa femme de propriétaires blancs abusifs et sadiques : « Django Unchained ».

Que la vengeance relève de motivations personnelles ou plus universelles, elle semble ainsi perdre de son caractère gratuit, sous couvert d’un argumentaire en surface politisant bien rodé.

Le premier volet de la « trilogie de l’oppression », « Inglourious Basterds », vient à première vue satisfaire un fantasme de revanche contre les plus grands méchants désignés par l’histoire de l’humanité. La violence contre les nazis serait ici une juste rétribution. Eli Roth, réalisateur ultra-violent de la série « Hostel », décrit ainsi le film comme du « porno kasher » : « ça relève presque d’une satisfaction sexuelle profonde de vouloir tuer des nazis, d’un orgasme presque. Mon personnage tue des nazis. Je peux regarder ça en boucle ». Lawrence Bender, le producteur, déclare à Tarantino : « en tant que membre de la communauté juive, je te remercie, parce que ce film est un putain de rêve pour les juifs ».

Rompre avec le politiquement correct

Pour défendre la violence de son film, le cinéaste explique lui-même avoir voulu rompre avec les traditions politiquement correctes : « Les films traitant de l’Holocauste représentent toujours les juifs comme des victimes. Je connais cette histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Je veux voir des Allemands qui craignent les juifs. Ne tombons pas dans le misérabilisme et faisons plutôt un film d’action fun. »

Ce choix esthétique met le sujet historique au second plan et vient prouver implicitement qu’il n’a aucune perspective morale – ceci expliquant les nombreuses accusations de révisionnisme à l’encontre du film. Lorsqu’un journaliste lui fait d’ailleurs remarquer que la violence excessive contre les nazis puisse offenser certains spectateurs, Tarantino lui répond avec une désinvolture déconcertante : « Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? ».

« Django Unchained » est donc une réponse évidente à « Inglourious Basterds ». À nouveau, le sujet politique de fond, l’esclavage américain, semble évincé, bien qu’étant présenté comme l’argument promotionnel premier des discours de Tarantino qui répète sans hésiter qu’il a la capacité et la légitimité de faire un film sur ce sujet. Il n’hésite pas à affirmer, par une pirouette mystique, qu’il a été, dans une vie antérieure, « un esclave noir américain. Je pense même que j’ai trois vies. […] C’est juste un pressentiment. Un truc que je sais ».

Cette anecdote a été mal reçue par la communauté afro-américaine car, non seulement Tarantino réitérait une énième fois être « black inside » mais s’appropriait cette fois l’événement le plus important de l’histoire afro-américaine comme si un blanc pouvait comprendre sans difficulté ce dont la communauté afro-américaine avait pourtant mis des siècles à assimiler.

Le réalisateur afro-américain, Spike Lee, de longue date en conflit avec Tarantino, n’a d’ailleurs pas hésité à exprimer son désaccord avec ce film jugé « irrespectueux pour ses ancêtres ». Tarantino pense pourtant réaliser le film sur l’esclavage « que l’Amérique n’a jamais voulu faire parce qu’elle en a honte ».

Une nouvelle manière d’évoquer la vengeance

Dans le fond, l’idéologie et la réflexion politique intéresse peu Tarantino. L’esclavage est une nouvelle configuration de ses récits de vengeance, une nouvelle exploration d’un genre cinématographique, ici le western spaghetti. Il le dit lui-même : « J’avais envie que Django Unchained traite du voyage initiatique de mon personnage et que l’esclavagisme n’apparaisse qu’en toile de fond. Pour moi, l’histoire avait plus de sens, était plus puissante, si elle était présentée à travers un genre comme le western spaghetti qui permet l’aventure et une forme d’excitation absente des films historiques. »

À nouveau l’argument du fun, de l’excitation, vient secondariser le sujet politique. Tarantino préfère dédramatiser son propos au risque de le décontextualiser. La vengeance de Django ne semble d’ailleurs pas animée de motivations politiques. Il fait preuve de cruauté aussi bien en massacrant les oppresseurs blancs, qu’en humiliant d’autres esclaves noirs. Le film se termine sur la mort sadique par Django du traitre noir, devenu une caricature de l’oncle Tom, ami des blancs. Devenu à son tour l’opprimé oppresseur, Django s’enfuit victorieux du massacre final, paradoxalement en endossant fièrement le costume de M. Candie, le négrier monstrueux qu’il a sévèrement corrigé.

L’usage de la violence était déjà tout autant problématique à la fin d’ »Inglourious Basterds ». Durant l’Opération Kino, les nazis nous sont d’abord présentés comme un public extatique devant la violence des images de leur film de propagande. Mais dans un effet de renversement, c’est ensuite les Basterds et Shoshanna qui nous sont présentés dans le même rôle du public jouissant de la violence du spectacle. Les « Basterds » transforment d’ailleurs rapidement leur croisade, non en leçon morale d’humanité, mais plutôt en spectacle trivial, se moquant sans impunité des soldats allemands.

En décontextualisant idéologiquement les sujets politiques de fond, Tarantino facilite en un sens la consommation de son cinéma, au profit d’un plaisir plus immédiat avec ses spectateurs, dénué de toute moralisation. Mais il propose dans le même temps une vision réductrice, fétichisée, simplifiant souvent l’Histoire à l’histoire du cinéma. Cela peut paraître cool de citer des discours transgressifs sur la violence mais, sur le mode de la fétichisation, Tarantino occulte tout l’arrière-plan historique

Voir aussi:

‘Give me a break’ – Tarantino tires of defending ultra-violent films after Sandy Hook massacre
The Django Unchained director spoke at a press conference in New York a day after Friday’s Connecticut massacre
Matilda Battersby
The Independant
18 December 2012

In the wake of Friday’s shootings at a school in Connecticut which left 26 dead, arts events across America were cancelled.

But director of ultra-violent film Django Unchained went ahead with a press junket on Saturday, and went on to remark that he is tired of defending his films every time America is rocked by gun violence.

Speaking in New York Quentin Tarantino said: “I just think you know there’s violence in the world, tragedies happen, blame the playmakers. It’s a western. Give me a break. »

The Oscar-nominated director of Inglourious Basterds and the Palme d’Or winning Pulp Fiction, said blame for violence should remain squarely with the perpetrators.

At the weekend both the Jack Reacher and Parental Guidance film premieres were cancelled in response to Friday’s massacre.

Reacher, which stars Tom Cruise, features a sniper attack. A spokesman for Paramount Pictures said: « Due to the terrible tragedy in Newtown, Connecticut, and out of honour and respect for the families of the victims whose lives were senselessly taken, we are postponing the Pittsburgh premiere of Jack Reacher. Our hearts go out to all those who lost loved ones. »

Speaking of the cancelled red carpet premiere and party for Parental Guidance, which stars Billy Crystal, Bette Midler and Marisa Tomei, a Fox spokesman said: « In light of the horrific tragedy in Newtown, Connecticut we are cancelling the red carpet event and the after party for the Parental Guidance premiere, scheduled today in downtown Los Angeles. The hearts of all involved with this film go out to the victims, their families, their community, and our entire nation in mourning.”

Fox TV screened repeats of comedy series Family Guy and American Dad last night instead of the scheduled Christmas specials, both of which are said to have featured school children and were deemed potentially insensitive.

Twenty children and six women died in the attack at Sandy Hook school by a gunman who shot himself dead at the scene.

Voir également:

Etats-Unis. La police veut boycotter les films de Tarantino
Courrier international
29/10/2015

Les syndicats de policiers de New York et de Los Angeles s’insurgent contre les propos tenus par le réalisateur hollywoodien lors d’une récente manifestation contre les violences policières.

“Le plus grand syndicat de police de Los Angeles soutient l’appel au boycott des films de Quentin Tarantino lancé par le NYPD [le département de police de New York]”, rapporte le Los Angeles Times.

Lors d’une manifestation contre les violences policières organisée samedi 24 octobre dans la Grosse Pomme, le réalisateur a en effet déclaré : “Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés.”

Cette phrase, prononcée quelques jours seulement “après la mort d’un officier de police du NYPD lors d’une course-poursuite d’un suspect dans le quartier de East Harlem” a mis le feu aux poudres, souligne le quotidien de Los Angeles.

Dans un communiqué publié le 27 octobre, la Los Angeles Police Protective League, le principal syndicat de police de Los Angeles, a dénoncé les “propos incendiaires” du réalisateur. “Nous sommes en faveur d’un dialogue constructif sur la façon dont la police interagit avec les citoyens de ce pays, peut-on y lire, mais il n’y a pas place pour les propos incendiaires qui font des policiers des cibles de choix.”

Le prochain film de Quentin Tarantino, un western intitulé The Hateful Eight (Les Huit Salopards), doit sortir sur les écrans américains le jour de Noël, le 6 janvier en France.

Voir encore:

Violences policières
Les policiers américains toujours en colère contre Tarantino

Caroline Besse
Télérama

30/10/2015

Le réalisateur avait participé à un rassemblement à New York dénonçant la mort de plusieurs personnes noires à la suite d’interpellations violentes. Les syndicats des forces de l’ordre l’accusent de jeter de l’huile sur le feu.
Quentin Tarantino ne se doutait certainement pas que sa participation au rassemblement du 24 octobre contre les violences « et la terreur » policières, à laquelle il a participé le week-end dernier à New York, provoquerait une telle ire de la part de la police. Après ceux de New York et de Los Angeles, le syndicat de police de Philadelphie a en effet appelé au boycott des films du réalisateur de Pulp Fiction après sa participation à la manifestation. Baptisé « Rise up October », ce rassemblement était organisé pour dénoncer la mort de plusieurs personnes noires après de violentes interpellations policières — récemment, Michael Brown à Ferguson, Christian Taylor au Texas ou Freddie Gray à Baltimore… Des morts qui avaient ensuite provoqué des émeutes.

 « Monsieur Tarantino gagne bien sa vie grâce à ses films, diffusant de la violence dans la société, et montrant du respect pour des criminels. Et maintenant, on se rend compte qu’il déteste les flics », a notamment déclaré le Philadelphia Fraternal Order of Police Lodge 5. « La rhétorique haineuse déshumanise la police et encourage les attaques à notre encontre », a-t-il ajouté. « Le réalisateur Quentin Tarantino a pris part d’une façon irresponsable et totalement inacceptable à ce qui s’est passé le week-end dernier à New York en assimilant les policiers à des meutriers », a dit de son côté la Los Angeles Police Protective League.

« Je suis un être humain avec une conscience… Si vous pensez qu’un meurtre est en train d’être perpétré, vous devez intervenir. Je suis ici pour dire que je suis du côté des victimes », avait notamment déclaré le réalisateur devant la foule présente. « Je dois appeler un meutre un meurtre, et des meutriers des meurtriers. »

Selon le New York Post, certains manifestants portaient des badges où il était inscrit : « Réagissez ! Stop à la terreur policière ! » ou encore : « Un meurtre commis par quelqu’un qui porte un insigne est toujours un meurtre. » A l’issue du rassemblement, onze personnes avaient d’ailleurs été arrêtées.

“C’est un mauvais timing.”
« Honte à lui, particulièrement au moment où nous portons le deuil, après le meurtre d’un policier new-yorkais », avait déclaré le chef de la police de la ville, Bill Bratton. Le rassemblement avait en effet eu lieu quatre jours après le meurtre d’un policier, l’agent du NYPD Randolph Holder, tué d’une balle dans le front alors qu’il poursuivait un homme armé dans Harlem. Interrogé sur ces fâcheuses circonstances, Tarantino avait répondu : « C’est comme ça. C’est un mauvais timing. Mais nous avons demandé à toutes ces familles de venir, et de raconter leur histoire. Ce flic tué, c’est aussi une tragédie. »

Alors que Quentin Tarantino est depuis silencieux, Carl Dix, l’un des organisateurs du mouvement Rising October, a comparé l’appel au boycott des films par la police à l’attitude qu’aurait pu avoir la mafia : « Surtout, ne vous aventurez pas à critiquer la police qui tue des gens, ou il vous sera impossible de travailler dans la ville. » Selon lui, le message de la police est une menace qui ne vise pas seulement le réalisateur, mais toutes les voix qui comptent dans la société.

Voir de même:

Quentin Tarantino : la police de New York appelle au boycott de ses films
Metro

26-10-2015

TRUE STORY – Quentin Tarantino est la cible des policiers new-yorkais. La raison ? Le réalisateur a fait le déplacement depuis Los Angeles pour participer à une manifestation ce samedi dans les rues de la Grande Pomme contre les violences policières. Un engagement qui n’est pas du tout du goût des forces de l’ordre…

Le réalisateur de Pulp Fiction n’est pas prêt de voir les policiers new-yorkais assister à la projection de son prochain film. Un froid qui survient après la participation de Quentin Tarantino au rassemblement « Rise Up October », soit une manifestation de trois jours organisée à New York pour mettre fin à la violence policière et réclamer une réforme du système judiciaire.

Les participants ont prononcé les noms des 250 victimes non armées tuées par des agents de police depuis 1990. Dont celui de Michael Brown, 18 ans, un adolescent afro-américain abattu par la police à Ferguson (Missouri) en août 2014, un décès qui avait provoqué des émeutes dans tous les États-Unis, ou encore celui de Tamir Rice, 12 ans, tué par les forces de l’ordre alors qu’il jouait avec un pistolet en plastique en novembre 2014 à Cleveland (Ohio). Les manifestants brandissaient des pancartes ou des photos de leurs proches victimes d’abus de la police.

C’est un timing maladroit qui a provoqué la colère de la police

Une réunion anti « terreur policière » pour laquelle Quentin Tarantino a prononcé quelques mots : « Quand je vois des meurtres, je ne reste pas là sans rien faire… Il faut appeler les meurtriers des meurtriers ». Malheureusement, quelques jours plus tôt un agent de la police de New-York tombait, tué d’une balle dans la tête par un suspect récidiviste, dans l’exercice de son travail.

Déjà quatre policiers New-yorkais sont morts depuis moins d’un an à New-York. De tristes chiffres qui restent le fruit des lois sur les armes à feu des États-Unis, où les forces de l’ordre sont forcément plus exposées au risque d’être confrontées à des suspects armés qu’en Europe par exemple.

Patrick Lynch, président d’une association d’agents des forces de l’ordre de New York, n’a pas pu se taire face à la présence de Quentin Tarantino à ces journées de protestations : « Ce n’est pas étonnant que quelqu’un qui gagne sa vie en glorifiant le crime et la violence déteste les policiers » a-t-il déclaré au New-York Post, avant d’ajouter : « Les officiers de police que Tarantino appelle des meurtriers ne vivent pas dans une de ses fictions dépravées sur grand écran. Ils prennent des risques et doivent parfois même sacrifier leur vie afin de protéger les communautés des vrais crimes. (…) Il est temps de boycotter les films de Quentin Tarantino”.

Les 8 Salopards, prévu pour une sortie le 6 janvier 2016 ne risque pas d’attirer beaucoup d’agents de la Grande Pomme en salles…

Voir aussi:

Police union calls for Tarantino boycott after anti-cop rally
By Dana Sauchelli, Priscilla DeGregory, Daniel Prendergast, Tom Wilson and Larry Celona
The New York Post

October 25, 2015

The city’s police union is calling for a boycott of Quentin Tarantino films after the “Pulp Fiction’’ director took part in an anti-cop rally less than a week after an officer was killed on the job.

“When I see murders, I do not stand by . . . I have to call the murderers the murderers,” the director — notorious for his violent movies — told a crowd of protesters in Washington Square Park on Saturday, adding that cops are too often “murderers.”

Patrick Lynch, president of the Patrolmen’s Benevolent Association, lashed out against the “Reservoir Dogs” auteur Sunday.

“It’s no surprise that someone who makes a living glorifying crime and violence is a cop-hater, too,” Lynch said in a statement.

“The police officers that Quentin Tarantino calls ‘murderers’ aren’t living in one of his depraved big-screen fantasies — they’re risking and sometimes sacrificing their lives to protect communities from real crime and mayhem.

“New Yorkers need to send a message to this purveyor of degeneracy that he has no business coming to our city to peddle his slanderous ‘Cop Fiction.’ ”

Tarantino acknowledged Saturday that the timing of the rally was “unfortunate.” But he said people had already traveled to be a part of the gathering.

Relatives of Police Officer Randolph Holder, who was killed in East Harlem Tuesday night, were far from appeased.

“I think it’s very disrespectful,” his cousin Shauntel Abrams, 27, said of the protest as she and other relatives gathered at the Church of the Nazarene in Far Rockaway ahead of Holder’s funeral Wednesday.

“Everyone forgets that behind the uniform is a person.”

Meanwhile, retired Police Officer John Mangan, who used to work at PSA 5, where Holder had been stationed, took to the streets on Sunday with a sign reading, “God bless the NYPD,” for a one-man march.

He walked the 7¹/₂ miles from the East Harlem station house to City Hall in a show of support for the fallen cop.

Voir de plus:

LAPD union joins NYPD in call to boycott Quentin Tarantino films

Director Quentin Tarantino participates in a rally to protest police brutality in New York.

James Queally

LA Times (Associated Press)

October 25, 2015

The Los Angeles Police Department’s largest union has thrown its support behind the NYPD’s call for a boycott of Quentin Tarantino’s films after the « Pulp Fiction » director referred to some police officers as murderers during a rally in New York City over the weekend.

Los Angeles Police Protective League President Craig Lally said comments like Tarantino’s encourage attacks on officers and said the union would support the call for a boycott of his films.

Tarantino flew from California to New York City to take part in a protest against police brutality on Saturday, and comments he made during the march quickly drew the ire of the New York Police Department’s Patrolmen’s Benevolent Assn.

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« I’m a human being with a conscience, » Tarantino said, according to the Associated Press. « And if you believe there’s murder going on then you need to rise up and stand up against it. I’m here to say I’m on the side of the murdered. »

Ambushes of police are rising again at a difficult time for law enforcement
The comments, which came just days after New York police Officer Randolph Holder was shot and killed while chasing a suspect in East Harlem, prompted furious reactions from NYPD union President Pat Lynch and Police Commissioner William Bratton.

“We fully support constructive dialogue about how police interact with citizens. But there is no place for inflammatory rhetoric that makes police officers even bigger targets than we already are, » Lally said in a statement this week. « Film director Quentin Tarantino took irresponsibility to a new and completely unacceptable level this past weekend by referring to police as murderers during an anti-police march in New York. »

Tarantino’s films are notoriously violent, something critics were quick to harp on. While one of the director’s most iconic scenes involved the torture and eventual murder of a police officer in « Reservoir Dogs,” scores of gangsters, soldiers and other characters have found themselves decapitated or otherwise killed in gruesome fashion in a Tarantino film.

« The Hateful Eight, » a western directed by Tarantino, is set to premiere on Christmas Day.

Voir également:

Tarantino On ‘Django,’ Violence And Catharsis
NPR Staff
December 28, 2012

Transcript

Director Quentin Tarantino has not shied away from painful parts of history. He handled World War II in Inglourious Basterds and now delves into slavery in Django Unchained.

In Quentin Tarantino’s new film, Django Unchained, Jamie Foxx plays the title character, a freed slave turned bounty hunter searching for his wife and their plantation tormentors.

As is the case with all of Tarantino’s films, Django Unchained is incredibly violent. We spoke to the director before the school shootings in Newtown, Conn., and before critics had taken him to task for the film’s brutality. The film also is being debated for the way it brings humor to the story of slavery.

Yet Tarantino insisted then — as he does now — that his new film has a good heart. It’s a love story, he says. And, as with his previous film Inglourious Basterds, it’s also a brand of revisionist history he hopes Americans will find cathartic.

Tarantino speaks with All Things Considered host Audie Cornish about the touchy topics of the film and what he hopes the audience will bring away from it.

Interview Highlights

On making a traditionally somber topic the subject of an action movie

« I do think it’s a cultural catharsis, and it’s a cinematic catharsis. Even — it can even be good for the soul, actually. I mean, not to sound like a brute, but one of the things though that I actually think can be a drag for a whole lot of people about watching a movie about, either dealing with slavery or dealing with the Holocaust, is just, it’s just going to be pain, pain and more pain. And at some point, all those Holocaust TV movies — it’s like, ‘God, I just can’t watch another one of these.’ But to actually take an action story and put it in that kind of backdrop where slavery or the pain of World War II is the backdrop of an exciting adventure story — that can be something else. And then in my adventure story, I can have the people who are historically portrayed as the victims be the victors and the avengers. »

On walking the line between entertainment and exploitation

« I’m not coming from an exploitive place. If you shoot sex like an artist, it’s an artistic representation. If you shoot sex like a pornographer, then it looks like pornography. I want you to see America in 1858 in Chickasaw County [Miss.], and I think we need to see that. You know, it might be one of those things. At the very end of the day, who knows? We’ll find out — court of public opinion will say. But it might be one of those things where, God, you know, maybe it is actually too rough, too painful for a lot of black folks of this generation. But there’s the next generation coming out, and they’re going to live in a world where Django Unchained already exists. »

On why he thinks Hollywood is afraid to approach the subject matter the way he does

« You know, there’s not this big demand for, you know, movies that deal with the darkest part of America’s history, and the part that we’re still paying for to this day. They’re scared of how white audiences are going to feel about it; they’re scared about how black audiences are going to feel about it. And if you tell the story and … you mess it up, you’ve really messed it up.

Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), a slave owner, holds Django’s wife captive.
Andrew Cooper/The Weinstein Company
« To tell you the truth, a couple of white Southern actors were offended by it. No black actors that I know of were offended. And I never heard any black actors say an unequivocal ‘No.’ « 

On the idea that white audience members will have a hard time connecting with the subject

« If you have a white audience member sitting there watching the movie, and they’re sitting there and they’re thinking, ‘Well, I didn’t do this. My family didn’t make money off of this, so I have nothing to do with this, nor does anybody in my family have anything to do with this,’ that’s actually a completely fair statement, you know. People don’t have to feel personally guilty about stuff that happened a hundred years ago, but what I expect those people to do is go and see the movie and completely identify with Django 100 percent. And his triumph is their triumph. And they’re going to be cheering him along all the way, and maybe even sometimes, every once in a while, even a little louder. »

Voir par ailleurs:

Quentin Tarantino, ‘Unchained’ And Unruly
NPR

January 02, 2013

Transcript

Quentin Tarantino’s film Django Unchained is a spaghetti western-inspired revenge film set in the antebellum South; it’s about a former slave who teams up with a bounty hunter to target the plantation owner who owns his wife.

The cinematic violence that has come to characterize Tarantino’s work as a screenwriter and director — from Reservoir Dogs at the start of his career in 1992 to 2009’s Inglourious Basterds — is front and center again in Django. And he’s making no apologies.

« What happened during slavery times is a thousand times worse than [what] I show, » he says. « So if I were to show it a thousand times worse, to me, that wouldn’t be exploitative, that would just be how it is. If you can’t take it, you can’t take it.

« Now, I wasn’t trying to do a Schindler’s List you-are-there-under-the-barbed-wire-of-Auschwitz. I wanted the film to be more entertaining than that. … But there’s two types of violence in this film: There’s the brutal reality that slaves lived under for … 245 years, and then there’s the violence of Django’s retribution. And that’s movie violence, and that’s fun and that’s cool, and that’s really enjoyable and kind of what you’re waiting for. »

That said, Tarantino is clear about what — for him — is acceptable violence in a movie and what crosses a line.

« The only thing that I’ve ever watched in a movie that I wished I’d never seen is real-life animal death or real-life insect death in a movie. That’s absolutely, positively where I draw the line. And a lot of European and Asian movies do that, and we even did that in America for a little bit of time. … I don’t like seeing animals murdered on screen. Movies are about make-believe. … I don’t think there’s any place in a movie for real death. »

In the case of Django, Tarantino tells Fresh Air host Terry Gross that he was much more uncomfortable with the prospect of writing the language of white supremacists and directing African-Americans in scenes depicting slavery on American soil than he was about any physical violence being portrayed. His anxiety about directing the slavery scenes was so great, in fact, that he considered shooting abroad.

« I actually went out after I finished the script … with Sidney Poitier for dinner, » he says. « And was telling him about my story, and then telling him about my trepidation and my little plan of how I was going to get past it, and he said, … ‘Quentin, I don’t think you should do that. … What you’re just telling me is you’re a little afraid of your own movie, and you just need to get over that. If you’re going to tell this story, you need to not be afraid of it. You need to do it. Everyone gets it. Everyone knows what’s going on. We’re making a movie. They get it.' »

Interview Highlights
On the catchphrase ‘The D is silent’

« I thought everyone would know how to say the name ‘Django.’ Even if it wasn’t from the spaghetti westerns, at least from Django Reinhardt you would know how to say it. And people would read the script [and say], ‘Oh! D-jango Unchained. OK! » And people would say it all the time. Frankly, I considered it an intelligence test. If you say D-jango you’re definitely going down in my book. »

On conventional slave narratives on screen

There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically.
« There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. Because also there is this kind of level of good taste that they’re trying to deal with … and frankly oftentimes they just feel like dusty textbooks just barely dramatized. »

On giving an enslaved character a heroic journey

« I like the idea of telling these stories and taking stories that oftentimes — if played out in the way that they’re normally played out — just end up becoming soul-deadening, because you’re just watching victimization all the time. And now you get a chance to put a spin on it and actually take a slave character and give him a heroic journey, make him heroic, make him give his payback, and actually show this epic journey and give it the kind of folkloric tale that it deserves — the kind of grand-opera stage it deserves. »

On how Westerns from different decades reflect the concerns of their times

« One of the things that’s interesting about Westerns in particular is [that] there’s no other genre that reflects the decade that they were made or the morals and the feelings of Americans during that decade [more] than Westerns. Westerns are always a magnifying glass as far as that’s concerned.

« The Westerns of the ’50s definitely have an Eisenhower, birth of suburbia and plentiful times aspect to them. America started little by little catching up with its racist past by the ’50s, at the very, very beginning of [that decade], and that started being reflected in Westerns. Consequently, the late ’60s have a very Vietnam vibe to the Westerns, leading into the ’70s. And by the mid-’70s, you know, most of the Westerns literally could be called ‘Watergate Westerns,’ because it was about disillusionment and tearing down the myths that we have spent so much time building up. »

On his early introductions to African-American culture

« [My mother’s] boyfriends would come over, and they’d … take me to blaxploitation movies, trying to, you know, get me to like them and buy me footballs and stuff, and … my mom and her friends would take me to cool bars and stuff, where they’d be playing cool, live rhythm-and-blues music … and I’d be drinking … Shirley Temples — I think I called them James Bond because I didn’t like the name Shirley Temples — and eat Mexican food … while Jimmy Soul and a cool band would be, you know, playing in some lava lounge-y kind of ’70s cocktail lounge. It was really cool. It made me grow up in a real big way. When I would hang around with kids I’d think they were really childish. I used to hang around with really groovy adults. »

Voir encore:

Le prochain Tarantino s’appellera « Les Huit Salopards » en version française
Le Parisien

16 Sept. 2015

« The Hateful Eight »- « Les Huit Salopards » sortira dans les salles obscures début 2016. All Rights Reserved
Le distributeur du 8e long-métrage de Quentin Tarantino, SND, vient d’annoncer le titre français du film « The Hateful Eight ».

La décision est en grande partie celle du réalisateur lui-même qui souhaite renouer avec les racines du western américain.

 Aussi, le film a été tourné dans un format aujourd’hui disparu, le 70mm Panavision, et  la musique est signée par Ennio Morricone, le compositeur italien connu pour avoir imaginé les bandes originales de « Pour une poignée de dollars », « Le Bon, la Brute, et le Truand » ou encore « Il était une fois dans l’Ouest ».

« Les Huit Salopards » fait référence au film « Les Douze Salopards » de Robert Aldrich, et « Les Sept Salopards » de Bruno Fontana.

Il s’agit du deuxième western du cinéaste, trois ans après « Django Unchained ». « The Hateful Eight » plante son décor dans le désert enneigé du Wyoming juste après la guerre civile américaine (1861-1865). Huit personnes sont coincées dans un relais de diligence en raison d’une tempête de neige qui empêche la progression de leur diligence. Samuel L. Jackson sera Warren, alias « The Bounty Hunter ». Kurt Russel incarnera « The Gunman » John Ruth. Seule femme de la bande, « The Prisoner » Daisy Domergue sera campée par Jennifer Jason Leigh. « The Sherif » Chris Mannix sera interprété par Walton Goggins. Demian Bichir héritera du rôle de Bob « The Mexican ». Tim Roth sera Oswaldo Mobray « The Little Man ». Michael Madsen prêtera ses traits à Joe Gage « The Cow Puncher » et Bruce Dern interprétera « The Confederate » Sandy Smithers.

« The Hateful Eight » ou « Les Huit Salopards » sortira le 8 janvier 2016 aux États-Unis, en attendant une date française.

Voir enfin:

Chiraq de Spike Lee suscite la polémique à Chicago
Jérôme Lachasse
Le Figaro

01/06/2015

Le titre du nouveau long métrage du réalisateur de Malcolm X, en référence à la violence par armes à feu, irrite les habitants de la ville des vents, où le tournage vient de commencer.

Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage.

Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que[ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu».

Pour le moment, Spike Lee n’a pas confirmé publiquement le sens de son titre. Chiraq, toujours selon le New York Times, pourrait ainsi être une réécriture de la pièce d’Aristophane Lysistrata, où les femmes entament une grève du sexe pour contraindre les hommes à arrêter la guerre du Péloponnèse. Le réalisateur de Malcolm X (1992) a néanmoins posté le 28 mai sur son compte Instagram une image du clap de tournage. Sur celui-ci est écrit «Peace».

Un temps annoncé au casting, Kanye West a dû annuler sa participation en raison de son emploi du temps chargé. Il pourrait cependant contribuer à la bande originale. John Cusack, Jennifer Hudson, Jeremy Piven, Samuel L. Jackson et Common sont, eux, à l’affiche de ce long métrage produit et distribué par Amazon Studios. La date de sortie n’est pas encore connue.


Histoire des idées: Quand le cannibalisme devient une affaire de goût (Tupi or not tupi, that is the question: Guess where Brazil’s most Brazilian artist discovered her Brazilianness)

29 octobre, 2015
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Syrian refugees carry their children as they jump off an overcrowded dinghy upon arriving on a beach on the Greek island of Kos, after crossing a part of the Aegean sea from Turkey, August 9, 2015. United Nations refugee agency (UNHCR) called on Greece to take control of the "total chaos" on Mediterranean islands, where thousands of migrants have landed. About 124,000 have arrived this year by sea, many via Turkey, according to Vincent Cochetel, UNHCR director for Europe. REUTERS/Yannis Behrakis TPX IMAGES OF THE DAY - RTX1NN3R

Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme est une affaire de goût. Leo Strauss
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne (1580)
Tupi or not Tupi, that is the question. Oswald de Andrade (1928)
Paris a laissé une trace dans mon intellect. Ce fut comme créer en moi une nouvelle nature, et mon amour pour l’Europe a transformé mon amour de la vie en amour de tout ce qui est civilisé. Et en tant que civilisé, j’ai commencé à connaître mon pays. Emiliano Di Cavalcanti
J’ai retrouvé les couleurs que j’avais adorées enfant et qu’on m’avait enseigné plus tard à considérer comme laides et frustes. Tarsila do Amal
 Je me sens de plus en plus brésilienne : je veux être la peintre de mon pays. Ô combien je suis reconnaissante d’avoir passé toute mon enfance à la campagne, dans l’exploitation familiale. Les réminiscences de cette époque deviennent précieuses pour moi. Dans l’art, je veux être la campagnarde de São Bernardo, qui joue avec les poupées en paille, comme dans le dernier tableau que je peins en ce moment. Ne croyez pas que cette tendance soit mal perçue ici. C’est tout le contraire. Ce que l’on veut, c’est que chacun apporte la contribution de son propre pays. C’est ainsi que l’on explique les succès des ballets russes, des gravures japonaises et de la musique noire. Paris en a assez de l’art parisien. Tarsila do Amal
Ma très chère amie Tarsila/Faites attention ! Emplissez-vous bien des théories, des excuses et des choses vues à Paris. Lorsque vous serez de retour, nous allons nous bagarrer, pour sûr. Dès maintenant je vous lance le défi, vous tous ensemble, Tarsila, Osvaldo et Sergio, d’une discussion formidable. Vous êtes parti à Paris en bourgeois. Vous êtes épatés. Et vous êtes devenus des futuristes ! Hi, hi, hi ! Je pleure de jalousie ! Aïe, aïe, aïe ! Quelle pédale ! Mais, c’est vrai que je vous considère, vous tous, comme des paysans de Paris. Vous n’êtes devenus des Parisiens qu’en surface. C’est horrible, Tarsila ! Tarsila, reviens vers toi-même. Laisse tomber Gris et Lhote, patrons de criticismes dégénérés et d’esthésies d’ardents ! Quitte Paris, Tarsila ! Tarsila, reviens dans la forêt vierge, où il n’y a pas d’art nègre, où il n’y a pas de torrent gentil. Il y a la FORÊT VIERGE. J’ai créé le forêtviergisme. Je suis forêtviergiste. C’est de ça que le monde, l’art, le Brésil et ma très chère Tarsila ont besoin. Mário de Andrade
Abaporu (from Tupi-Guaraní language ‘aba’, ‘pora’, and ‘u’, « the man that eats people ») is an oil painting on canvas by the Brazilian painter Tarsila do Amaral, executed in 1928 as a birthday present to the writer Oswald de Andrade, her husband at the time. It is considered the most valuable painting by a Brazilian artist, having reached the value of $1.4 million, paid by the Argentine collector Eduardo Costantini in an auction in 1995. It is currently displayed at the Latin American Art Museum of Buenos Aires (Spanish: Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires, MALBA) in Buenos Aires, Argentina. The composition: one man, the sun and a cactus – inspired Oswald de Andrade to write the Anthropophagite Manifesto and consequently create Anthropophagic Movement, intended to « swallow » European culture and turn it into something culturally very Brazilian. The style of Abaporu can be traced back to the French modernists, specially Fernand Léger, who taught Tarsila in Paris in 1924. However, the closest resemblance of Abaporu can be found in the Spanish Surrealists, Pablo Picasso and Joan Miró, who also painted a figure with an oversized foot in 1924… Wikipedia
The Manifesto Antropófago (Cannibal Manifesto in English) was published in 1928 by the Brazilian poet and polemicist Oswald de Andrade. The essay was translated to English in 1991 by Leslie Bary; this is the most widely used version. Its argument is that Brazil’s history of « cannibalizing » other cultures is its greatest strength, while playing on the modernists’ primitivist interest in cannibalism as an alleged tribal rite. Cannibalism becomes a way for Brazil to assert itself against European post-colonial cultural domination. The Manifesto’s iconic line is « Tupi or not Tupi: that is the question. » The line is simultaneously a celebration of the Tupi, who practiced certain forms of ritual cannibalism (as detailed in the 16th century writings of André Thévet, Hans Staden, and Jean de Léry), and a metaphorical instance of cannibalism: it eats Shakespeare. Wikipedia
Etrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. (…) Peut-être cette sympathie fondamentale, indispensable pour le sérieux même du travail de l’ethnographe, celui-ci n’a-t-il aucun mal à l’acquérir. Il souffre plutôt d’un défaut symétrique de l’hostilité vulgaire que je relevais il y a un instant. Dès le début, Hérodote n’est pas avare d’éloges pour les Scythes, ni Tacite pour les Germains, dont il oppose complaisamment les vertus à la corruption impériale. Quoique évoque du Chiapas, Las Casas me semble plus occupé à défendre les Indiens qu’à les convertir. Il compare leur civilisation avec celle de l’antiquité gréco-latine et lui donne l’avantage. Les idoles, selon lui, résultent de l’obligation de recourir à des symboles communs à tous les fidèles. Quant aux sacrifices humains, explique-t-il, il ne convient pas de s’y opposer par la force, car ils témoignent de la grande et sincère piété des Mexicains qui, dans l’ignorance où ils se trouvent de la crucifixion du Sauveur, sont bien obligés de lui inventer un équivalent qui n’en soit pas indigne. Je ne pense pas que l’esprit missionnaire explique entièrement un parti-pris de compréhension, que rien ne rebute. La croyance au bon sauvage est peut-être congénitale de l’ethnologie. (…) Nous avons eu les oreilles rebattues de la sagesse des Chinois, inventant la poudre sans s’en servir que pour les feux d’artifice. Certes. Mais, d’une part l’Occident a connu lui aussi la poudre sans longtemps l’employer pour la guerre. Au IXe siècle, le Livre des Feux, de Marcus Graecus en contient déjà la formule ; il faudra attendre plusieurs centaines d’années pour son utilisation militaire, très exactement jusqu’à l’invention de la bombarde, qui permet d’en exploiter la puissance de déflagration. Quant aux Chinois, dès qu’ils ont connu les canons, ils en ont été acheteurs très empressés, avant qu’ils n’en fabriquent eux-mêmes, d’abord avec l’aide d’ingénieurs européens. Dans l’Afrique contemporaine, seule la pauvreté ralentit le remplacement du pilon par les appareils ménagers fabriqués à Saint-Étienne ou à Milan. Mais la misère n’interdit pas l’invasion des récipients en plastique au détriment des poteries et des vanneries traditionnelles. Les plus élégantes des coquettes Foulbé se vêtent de cotonnades imprimées venues des Pays-Bas ou du Japon. Le même phénomène se produit d’ailleurs de façon encore plus accélérée dans la civilisation scientifique et industrielle, béate d’admiration devant toute mécanique nouvelle et ordinateur à clignotants. (…) Je déplore autant qu’un autre la disparition progressive d’un tel capital d’art, de finesse, d’harmonie. Mais je suis tout aussi impuissant contre les avantages du béton et de l’électricité. Je ne me sens d’ailleurs pas le courage d’expliquer leur privilège à ceux qui en manquent. (…) Les indigènes ne se résignent pas à demeurer objets d’études et de musées, parfois habitants de réserves où l’on s’ingénie à les protéger du progrès. Étudiants, boursiers, ouvriers transplantés, ils n’ajoutent guère foi à l’éloquence des tentateurs, car ils en savent peu qui abandonnent leur civilisation pour cet état sauvage qu’ils louent avec effusion. Ils n’ignorent pas que ces savants sont venus les étudier avec sympathie, compréhension, admiration, qu’ils ont partagé leur vie. Mais la rancune leur suggère que leurs hôtes passagers étaient là d’abord pour écrire une thèse, pour conquérir un diplôme, puisqu’ils sont retournés enseigner à leurs élèves les coutumes étranges, « primitives », qu’ils avaient observées, et qu’ils ont retrouvé là-bas du même coup auto, téléphone, chauffage central, réfrigérateur, les mille commodités que la technique traîne après soi. Dès lors, comment ne pas être exaspéré d’entendre ces bons apôtres vanter les conditions de félicité rustique, d’équilibre et de sagesse simple que garantit l’analphabétisme ? Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, – encore moins, sans doute, ne le font les ressources de la civilisation industrielle. À d’autres. Roger Caillois (1974)
J’ai réagi contre cette tendance qui consiste à banaliser la notion de racisme, qui désigne une doctrine fausse mais précise à en faire une sorte d’amalgame qui ne veut plus rien dire. Quand on dénonce comme racistes un attachement à certaines valeurs, un manque de goût pour d’autres – attitudes excusables ou blâmables, mais profondément ancrées dans les communautés humaines – on aboutit à ceci : les gens a qui on fait ce reproche se disent « Si c’est ça le racisme, alors, moi, je suis raciste ». Et il me semble qu’on fabrique ainsi des racistes. Claude Lévi-Strauss
Si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance des règlements (prières cinq fois par jour, chacune exigeant cinquante génuflexions); revues de détail et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions religieuses; et pas de femmes. (…) En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à le reconnaître eux-mêmes comme existants. (…) Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane … Claude Lévi-Strauss (Tristes tropiques)
J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. Claude Lévi-Strauss (Magazine littéraire, 2003)
Si intentionnellement, nous en arrivions à négliger les faibles et les sans défenses, cela ne pourrait être que pour un bénéfice incertain, au prix d’un crime actuel accablant . Nous devons donc accepter les effets, sans aucun doute néfaste, de la survie et de la propagation des faibles. (…) Bien que la lutte pour l’existence ait été et est toujours importante,  il y a, en ce qui concerne les parties les plus hautes de la nature humaine d’autres forces à l’oeuvre plus importante. En effet    les qualités morales progressent, de manière directe ou indirecte, beaucoup plus à travers les effets des coutumes, de la raison, de l’instruction, de la religion, etc., qu’à travers la sélection naturelle. Darwin (1871)
Dans nos sociétés occidentales, nous éloignons les indésirables, tandis que dans d’autres sociétés, on les ingère! Lévi-Strauss va très loin dans le relativisme culturel. Roland Pourtier (géographe)
Notre démocratie extrême, qui enjoint le respect absolu des « identités », rejoint le fondamentalisme qui punit de mort l’apostat. Il n’y a plus de changement légitime, parce qu’il n’y a plus de préférence légitime. Sous le flash de son unité proclamée, l’humanité s’immobilise par une liturgie continuelle et interminable d’adoration de soi. Pierre Manent
L’inauguration majestueuse de l’ère “post-chrétienne” est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en “radicalisant” le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et “radicalise” le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Le passage du sacrifice humain au sacrifice animal (…) représente un progrès immense (…) que le judaïsme est le seul à interpréter dans le sacrifice d’Isaac. Le seul à le symboliser dans une grande scène qui est une des premières scènes de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier ce dont ce texte tient compte et dont la tradition n’a pas assez tenu compte : tout l’Ancien Testament  se situe dans le contexte du sacrifice du premier né. Rattacher le christianisme au sacrifice du premier né est absurde, mais derrière le judaïsme se trouve ce qu’il y a dans toutes les civilisations moyen-orientales, en particulier chez les Phéniciens : le sacrifice des enfants. Lorsque Flaubert le représente dans  Salambo, Sainte-Beuve avait bien tort de se moquer de lui parce que ce dont parle Flaubert est très réel. Les chercheurs ont découvert dans les cimetières de Carthage des tombes qui étaient des mélanges d’animaux à demi-brulés et d’enfants à la naissance à demi-brulés. Il a beaucoup été reproché à Flaubert la scène du dieu Moloch où les parents carthaginois jettent leurs enfants dans la fournaise. Or, les dernières recherches lui donnent raison contre Sainte-Beuve. En définitive, c’est le romancier qui a raison : cette scène est l’un des éléments les plus terrifiants et magnifiques de  Salambo. La mode intellectuelle de ces dernières années selon laquelle la violence a été inventée par le monde occidental à l’époque du colonialisme est une véritable absurdité et les archéologues n’en ont pas tenu compte. Aux Etats-Unis, des programmes de recherche se mettent en place notamment sur les Mayas. Ces derniers ont souvent été considérés comme des « anti-Aztèques » : ils n’auraient pas pratiqué de sacrifices humains. Pourtant, dès que l’on fait la moindre fouille, on découvre des choses extraordinaires : chez les Mayas, il y a des kilomètres carrés de villes enfouies. C’est une population formidable avec de nombreux temples et les traces du sacrifice humain y sont partout : des crânes de petits-enfants mêlés à des crânes d’animaux. (…) Ce qu’il y a de plus frappant dans l’histoire de Caïn et Abel c’est que le texte nous dit : la première société fut fondée par Caïn mais il n’est pas dit comment. En réalité, l’acte fondateur c’est le meurtre d’Abel. (…) Il est facile de trouver les textes évangéliques sur le fait que Satan est meurtrier depuis le commencement : « Vous êtes du diable, votre père. Il était homicide dès le commencement » (St Jean, 8, 44). (…) Il y a peut-être, paradoxalement, une raison qui est visible dans l’islam. Abel est celui qui sacrifie des animaux et nous sommes au stade : Abel n’a pas envie de tuer son frère peut-être parce qu’il sacrifie des animaux et Caïn, c’est l’agriculteur. Et là, il n’y a pas de sacrifices d’animaux. Caïn n’a pas d’autre moyen d’expulser la violence que de tuer son frère. Il y a des textes tout à fait extraordinaires dans le Coran qui disent que l’animal envoyé par Dieu à Abraham pour épargner Isaac est le même animal qui est tué par Abel pour l’empêcher de tuer son frère. Cela est fascinant et montre que le Coran n’est pas insignifiant sur le plan biblique. C’est très métaphorique mais d’une puissance incomparable. Cela me frappe profondément. Vous avez des scènes très comparables dans l’Odyssée, ce qui est extraordinaire. Celles du Cyclope. Comment échappe-t-on au Cyclope ? En se mettant sous la bête. Et de la même manière qu’Isaac tâte la peau de son fils pour reconnaître, croit-il, Jacob alors qu’il y a une peau d’animal, le Cyclope tâte l’animal et voit qu’il n’y a pas l’homme qu’il cherche et qu’il voudrait tuer. Il apparaît donc que dans l’Odyssée l’animal sauve l’homme. D’une certaine manière, le troupeau de bêtes du Cyclope est ce qui sauve. On retrouve la même chose dans les Mille et une nuits, beaucoup plus tard, dans le monde de l’islam et cette partie de l’histoire du Cyclope disparaît, elle n’est plus nécessaire, elle ne joue plus un rôle. Mais dans l’Odyssée il y a une intuition sacrificielle. (…) On peut dire que cela aboutit à des déchaînements de rivalité mimétique, d’opposition de frères ennemis. La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. Je crois profondément que c’est là qu’il faut chercher le fondement de la théologie contemporaine. Le livre de Mgr Lustiger, La Promesse, est admirable notamment ce qu’il dit sur le massacre des Innocents et la Shoah. Il faut reconnaître  que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs. (…)  ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. Mon travail a un rapport avec la théologie, mais il a aussi un rapport avec la science moderne en ceci qu’il historicise tout. Il montre que la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. Nous ne pouvons pas fermer l’histoire et nous n’en avons pas le droit. (…) Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème !  (…) L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…) Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. Tout ce qu’il y a de bon dans notre société peut faire l’objet d’abus. René Girard
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, mars 2008)
Les pays européens qui ont transformé la Méditerranée en un cimetière de migrants partagent la responsabilité de chaque réfugié mort. Erdogan
Mr. Kurdi brought his family to Turkey three years ago after fleeing fighting first in Damascus, where he worked as a barber, then in Aleppo, then Kobani. His Facebook page shows pictures of the family in Istanbul crossing the Bosporus and feeding pigeons next to the famous Yeni Cami, or new mosque. From his hospital bed on Wednesday, Mr. Kurdi told a Syrian radio station that he had worked on construction sites for 50 Turkish lira (roughly $17) a day, but it wasn’t enough to live on. He said they depended on his sister, Tima Kurdi, who lived in Canada, for help paying the rent. Ms. Kurdi, speaking Thursday in a Vancouver suburb, said that their father, still in Syria, had suggested Abdullah go to Europe to get his damaged teeth fixed and find a way to help his family leave Turkey. She said she began wiring her brother money three weeks ago, in €1,000 ($1,100) amounts, to help pay for the trip. Shortly after, she said her brother called her and said he wanted to bring his whole family to Europe, as his wife wasn’t able to support their two boys alone in Istanbul. “If we go, we go all of us,” Ms. Kurdi recounted him telling her. She said she spoke to his wife last week, who told her she was scared of the water and couldn’t swim. “I said to her, ‘I cannot push you to go. If you don’t want to go, don’t go,’” she said. “But I guess they all decided they wanted to do it all together.” At the morgue, Mr. Kurdi described what happened after they set off from the deserted beach, under cover of darkness. “We went into the sea for four minutes and then the captain saw that the waves are so high, so he steered the boat and we were hit immediately. He panicked and dived into the sea and fled. I took over and started steering, the waves were so high the boat flipped. I took my wife in my arms and I realized they were all dead.” Mr. Kurdi gave different accounts of what happened next. In one interview, he said he swam ashore and walked to the hospital. In another, he said he was rescued by the coast guard. In Canada, Ms. Kurdi said her brother had sent her a text message around 3 a.m. Turkish time Wednesday confirming they had set off. (…) “He said, ‘I did everything in my power to save them, but I couldn’t,’” she said. “My brother said to me, ‘My kids have to be the wake-up call for the whole world.’” WSJ
Personne ne dit que ce n’est pas raisonnable de partir de Turquie avec deux enfants en bas âge sur une mer agitée dans un frêle esquife. Arno Klarsfeld
Non, Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! C’est aussi ce que les musulmans murmurent à l’oreille des nouveaux nés…  Libération
L’islamophobie est une vilaine maladie. Mais elle se soigne. Et le remède – résultats garantis – se trouve dans Libération. Ce journal est en pointe dans la recherche visant à éradiquer l’islamophobie. C’est pourquoi dans sa rubrique « Desintox » en partenariat avec Arte (son et image) il a consacré plusieurs minutes à cette terrible maladie dont on sait qu’elle est dangereusement contagieuse. Pasteur avait découvert le vaccin contre la rage. Libération a trouvé le vaccin contre l’islamophobie. Et c’est titré : « Non Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Nous, intoxiqués que nous étions, on ne savait pas. Le poison était dans nos veines. Quand les égorgeurs de Daesh tranchaient la gorge de leurs prisonniers nous avions entendus sur leurs vidéos : « Allahou Akbar ! ». Les mêmes mots avaient accompagnés dans leur travail Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi, Coulibaly. On avait entendu « Alahou Akbar ! » quand les guerriers de Boko Haram convertissaient de force les jeunes chrétiennes qu’ils avaient enlevées. C’est, nous avait-il semblé, en criant « Allahou Akbar ! » que les chébabs somaliens avaient démembrés des enfants (non musulmans) dans un hôtel de Nairobi. Et telles furent les derniers mots, nous avait-on dit, de ceux qui écrasèrent leurs avions le 11 Septembre 2001 sur les Twin Towers. Des dizaines d’autres exemples nous sont fournis par les radios et les télés, toutes apparemment islamophobes. Comment n’aurions-nous pas été intoxiqués ? Heureusement, Libération est là pour nous expliquer qu’en dépit de ces très fâcheuses coïncidences, que « Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Des détails nous sont donnés pas le journal. Un musulman voyant son équipe marquer un but lors d’un match de foot manifestera sa joie par « Allahou Akbar ! ». Et les premiers mots qu’un musulman murmure à l’oreille de son nouveau-né c’est aussi « Allahou Akbar ! ». Rien que de la joie et de la tendresse. Le zèle de Libération a quelque chose de pathétique. Que ne ferait-on pas pour recouvrir d’un voile épais une mare de sang ? Il faut maintenant aller plus loin et arrêter avec Daesh et consorts. Libération a certainement assez d’influence pour exiger de Canal + la retransmission intégrale des matchs de foot des équipes du Golfe avec les « Allahou Akbar ! » des supporters. Il parait indispensable que les chaines de télé diffusent les images touchantes des papas musulmans chuchotant « Allahou Akbar ! » dans l’oreille de leur nouveau-né. Comme ça on pourra oublier que c’est également ce que chuchotent les hommes de Daesh dans les oreilles des filles yazidis avant de les violer… Atlantico
Les Blancs, ça n’existe pas, mais il y en a trop partout – à l’Assemblée, dans l’entreprise et, bien entendu, à la télé. Cet heureux oxymore qui constitue le cœur du credo antiraciste vient d’être illustré spectaculairement par le CSA. Quelques jours après que toute la France convenable s’était étranglée de rage parce que Nadine Morano avait parlé de « race blanche », le « gendarme de l’audiovisuel » – qui ne traque rien d’autre que de supposés dérapages langagiers – tance la télévision française, coupable de ne montrer que 14 % de « personnes perçues comme non blanches » – non, je n’invente rien, c’est la terminologie employée par nos supposés sages. Et en prime de ne pas montrer sous un assez bon jour les perçus-comme-non-blancs, plutôt délinquants que médecins, plus souvent seconds rôles que héros. La madame Diversité du CSA, Mémona Hintermann, a donc fait la tournée des popotes médiatiques pour déplorer que les télés aient « peur de montrer des Noirs et des Arabes » – elle doit être très colère, Mémona, pour oublier de faire usage des périphrases stupides dictées par les bonnes manières progressistes. Quant à madame Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévisions, elle annonçait le Grand soir multiculturel il y a un mois : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. » Mais pour l’instant, il semble qu’elle ait exclusivement recruté des mâles blancs. Il est vrai qu’ils sont jeunes et de gauche, ce qui efface un peu la pâleur de leur teint. (…) Le plus intéressant, en l’occurrence, c’est la contradiction évidente qu’il y a à dénoncer Morano tout en applaudissant le CSA. (…) En clair, on ne peut voir la diversité ethnique que pour l’exalter. Dans ces conditions,  le CSA a le droit et même le devoir de compter les Blancs et les Noirs. (…) En conséquence, on a le droit de distinguer les Blancs des autres mais pour claironner que les uns sont trop nombreux et les autres pas assez. Ainsi, personne n’aurait embêté madame Morano si elle avait dit, par exemple, que la France devait cesser d’être un pays de race blanche. Du reste, il est très tendance de compter les Blancs pour s’endormir : ainsi a-t-on appris ces jours-ci par un édifiant article du Monde que les théâtres français étaient eux aussi « trop blancs ». Curieusement, on n’imagine pas un de nos innombrables « sages » se plaindre de l’hégémonie « non-blanche » dans le rap ou le R&B. Elisabeth Lévy
On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. Delphine Ernotte (France Télévisions)
En France, nous parlons beaucoup, nous faisons beaucoup de rapports, beaucoup de réunions, nous nous gargarisons de la diversité mais à l’arrivée qu’est-ce qu’on fait? Très peu! Il suffit de regarder les écrans. La diversité de la population, on la croise dans les transports, dans les hôpitaux, dans les écoles. Il faut qu’on la croise aussi à la télévision ou à la radio. La diversité doit se distiller à travers les chaînes! Si la télévision publique donne le la, les autres ne pourront pas rester à l’écart. Mais je crois qu’ils n’ont pas envie de prendre ce qu’ils estiment être des risques. Qu’ils aillent dans les écoles, qu’ils aillent dans les universités, qu’ils aillent dans les hôpitaux, ils verront qu’il y a bien des médecins avec des gueules d’Arabes, ou des gueules de Noirs ou de Réunionnais! Il y a vraiment urgence…(…) Ce que j’attends de la télévision, ce sont d’abord des programmes qui nous rassemblent. A la télévision allemande, vous avez une présentatrice d’origine turque avec un co-présentateur de culture hébraïque. Les Allemands parlent beaucoup moins de la diversité que nous, mais qu’est-ce qu’ils font comme boulot! Mémona Hintermann (CSA)
Les résultats de la vague 2015 du baromètre de la diversité ne progressent pas sur le critère de l’origine par rapport à ceux de 2014 avec 14% de personnes perçues comme « non-blanches » présentes à l’antenne. L’étude montre, si l’on croise l’origine avec les données relatives à la catégorie socio-professionnelle, que le taux de personnes perçues comme non-blanches est à 17% pour les CSP- alors qu’il est à 11% pour les CSP+. Quand on évoque les activités marginales ou illégales, le taux de personnes perçues comme non-blanches est de 37%. Ainsi, plus on représente une catégorie sociale élevée moins la part des personnes perçues comme non-blanches est importante. En combinant le critère de l’âge avec l’origine perçue, on peut notamment remarquer que les personnes perçues comme « non-blanches » sont nettement plus représentées chez les moins de 20 ans (18%) qu’au sein de la tranche d’âge « 65 ans et plus » (4%). L’étude du baromètre montre que les personnes perçues comme « non-blanches » sont plus représentées par des hommes (16%) que par des femmes (13%). En termes de rôles, si le taux de personnes perçues comme « non-blanches » est de 21% pour les figurants, il n’est que de 9% pour les héros. De la même manière, s’agissant des attitudes, celles qui sont négatives sont incarnées à 29% par des personnes perçues comme « non-blanches » alors que les attitudes positives ne le sont qu’à 12% pour les personnes perçues comme « non-blanches ». Enfin, le taux de personnes perçues comme handicapées demeure particulièrement faible (0,4% des personnages indexés avec pondération). Baromètre du Conseil supérieur de l’audiovisuel
Ils étaient les témoins d’une autre époque. Chaque fois qu’une personne âgée meurt, c’est une bibliothèque qui disparait. En effet, c’est une partie de notre mémoire collective qui s’est éteinte. Patricia Raichini (maire de Petit-Palais)
En Afrique, chaque fois qu’un vieillard traditionaliste meurt, c’est une bibliothèque inexploitée qui brûle. Amadou Hampâté Bâ (UNESCO, 1960)
Les peuples de race noire n’étant pas des peuples d’écriture ont développé l’art de la parole d’une manière toute spéciale. Pour n’être pas écrite, leur littérature n’en est pas moins belle. Combien de poèmes, d’épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes au verbe admirable se sont ainsi transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l’oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous poètes ! Amadou Hampâté Bâ (1985)
A l’évidence, la montée du Front National dans les espaces ruraux angoisse les hommes politiques.Se mobiliser pour l’accident de Puisseguin offre aussi la possibilité de s’associer à une peine qui touche d’autres groupes que les agriculteurs, ici un groupe important et des résidents ruraux, les personnes âgées, un groupe consensuel car peu politisé en tant que tel. Les villages français sont pour beaucoup des villages de retraités, souvent en difficulté. (…) Le mondes ouvriers ruraux ont historiquement été moins encadrés par les partis de gauche et des franges plus significatives votent aujourd’hui, partout sur le territoire, pour le Front National à mesure de difficultés croissantes sur le marché de l’emploi. Le deuxième groupe singulier concerne les agriculteurs. Ils sont clairement à droite depuis longtemps, avec d’abord une adhésion très forte pour Jacques Chirac (depuis son passage au Ministère de l’Agriculture en pleine période de croissance), un effondrement notoire sous Sarkozy, et, depuis quelques années, une percée nouvelle du Front National. Cette percée touche les jeunes et les plus petits agriculteurs, les perdants du système, alors même que l’agriculture a depuis toujours puisé dans l’immigration et les fonds européens pour tirer sa force contemporaine. A de quelques exceptions géographiques près, l’électorat agricole vote peu à gauche. A l’inverse, les classes supérieures résident peu à la campagne, ou alors sur un mode temporaire ou secondaire. Mais elles incarnent une campagne récréative, patrimoniale, paysagère et écologique, goûtée par la bourgeoisie diplômée et urbaine qui elle vote pour les partis de gouvernement, qui en quelque sorte angoisse les classes populaires et les petits entrepreneurs des mondes ruraux qui souhaitent avant tout développer les usages productifs des campagnes. Chaque création de parc naturel ou chaque hectare perdu pour un grand projet (ligne TGV, stade, piste cyclable…) est vécu comme une violence de la ville sur la campagne. (…) Particulièrement pour les classes populaires, les enjeux politiques spécifiques aux mondes ruraux concernent avant tout les questions de l’accès aux marchés de l’emploi et aux services (santé, éducation, commerce) incarnés par la ville. Liée à ces enjeux, la question des transports, de l’accès à internet, est essentielle. Pour le groupe agricole, bien sûr, le débat est centré sur la place de l’Europe et la réduction à venir des subventions, mais plus encore, sur le tournant écologique de l’agriculture après des décennies particulièrement réussies de productivisme. Cette réorientation des politiques agricoles occasionne là, un divorce entre les élus et les groupes agricoles qui avancent vers cette échéance à reculons. Gilles Lafferté
En cette période d’anniversaire et à l’approche de la Toussaint, je voudrais combler un oubli de notre gouvernement. Bien involontaire, à n’en pas douter. Je voudrais rappeler le souvenir des deux vraies victimes. Je veux parler de Jean-Jacques le Chenadec et de Jean-Claude Irvoas. Qui sont-ils? Si vous les avez oubliés, vous avez des excuses, parce que ce sont les morts oubliés de ces événements, pire qu’oubliés, tus, escamotés, gommés. Alors pour rappel, Jean-Jacques le Chenadec, est cet homme âgé de 61 ans qui, à Stains, était descendu  en bas de son immeuble  parce que des jeunes mettaient le feu à des poubelles. Ils l’ont tué. Le meurtrier a été condamné à cinq ans de prison; il doit être libre à l’heure qu’il est. Jean-Claude Irvoas, 56 ans, a voulu prendre en photo du mobilier urbain, à Epinay-sur-Seine. Des trafiquants de drogue, croyant qu’il les prenait en photo, l’ont agressé. M. Irvoas, selon l’un des agresseurs,  a prétendu être officier de police. Les quatre dealers l’ont achevé. A Clichy-sous-bois, on inaugure aujourd’hui une allée qui porte le nom des deux jeunes morts dans le transformateur. Il n’y aura pas de plaques commémoratives pour Jean-Jacques le Chenadec et Jean-Claude Irvoas. Une pensée pour les familles de ces deux hommes morts deux fois,  de l’incurie de l’Etat et de son silence. On préfère commémorer la jeunesse qui met la France à feu et à sang. Riposte Laïque
Nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. Jeannette Bougrab
Dans ce paysage brouillé et opaque, une illumination: le 26 octobre, aux Mureaux, le ministère de la Culture et de la Communication instaure un diplôme national supérieur professionnel de la danse hip-hop. Il va également encourager, de manière sonnante et trébuchante, la réalisation d’œuvres de street art dans le cadre de la commande publique. Il va enfin soutenir le développement de toutes les créativités grâce au Buzz Booster. Quand Fleur Pellerin entend le mot «culture urbaine», elle sort, sous les bravos, son carnet de chèques. (…) Tout se passe comme si, désormais, le moindre cri contestataire, qu’il soit graphique, sonore ou audiovisuel, doit être dans tous les sens du terme, «assisté» par l’Etat providence. André Bercoff
Les Jeux mondiaux des peuples autochtones, (Jogos Mundiais dos Povos Indígenas), est une compétition sportive pour promouvoir la culture des peuples autochtones à travers le sport. L’idée d’une compétition sportive destinée exclusivement aux peuples autochtones, est née en 1975, dans l’esprit de Carlos Terena, un indien Terena. Il raconte qu’il était dans son hamac, et tout en rêvant, il a eu une vision, il a vu de nombreux peuples danser sur un terrain de football. Pendant près de 20 ans, il a cherché à concrétiser son projet, sans succès, jusqu’à sa rencontre dans les années 1990, avec la légende du football, Pelé, alors ministre des sports du Brésil. De cette collaboration, les jeux nationaux des peuples autochtones ont vu le jour en 1996, dans la ville de Goiânia, et connaîtront par la suite plusieurs autres éditions. Puis, devant le succès de ces jeux au Brésil, est apparue l’envie d’internationaliser cette compétition, en intégrant d’autres peuples autochtones, d’autres pays. Outre le sport, cette manifestation a aussi comme vocation de présenter un caractère spirituel à l’évènement. La première édition des jeux mondiaux des peuples autochtones, a lieu à Palmas, dans la capitale de l’État de Tocantins, au Brésil, du 20 octobre au 1er novembre 2015, moins d’un an avant les Jeux olympiques d’été de 2016, qui auront lieu à Rio de Janeiro. Deux mille athlètes, issus de quarante-six ethnies, de vingt pays, s’affronteront à travers des sports connus, tel que le football et l’athlétisme, mais pour l’essentiel, sur des sports traditionnels indigènes. Wikipedia
Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art « nègre » ou « africain » finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Les collections françaises conservent des objets arrivés dans des contextes variés, du cadeau diplomatique au don ou aux commandes en passant par le butin de guerre coloniale. (…) Quatorze rois se sont succédés de 1625 à 1900 à Abomey, capitale du royaume du Danhomè. Ils ont rassemblé autour d’eux des artistes d’origines diverses : Yoruba, Fon, Mahi ou Haoussa régis par le même mécénat. Leurs noms se confondent avec l’histoire de l’agrandissement du royaume ; certains ont participé à sa fondation, d’autres y sont arrivés comme esclaves. Gaëlle Beaujean (commissaire de l’exposition)
Guezo fut également un administrateur extrêmement avisé. Grâce aux revenus de la traite, il put abaisser les impôts, stimulant ainsi l’économie agricole et marchande (…) Il fut très aimé et sa mort subite dans une bataille contre les Yorubas fut une véritable tragédie. Wikipedia
Les chefs traditionnels n’ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu’ils n’ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l’esclavage. Shehu Sani (président du Congrès des droits civiques nigérian)
Curieusement, c’est au fil des années 1920, avec le long séjour de nombreux artistes brésiliens à Paris, partis pour y perfectionner leur formation, que ces derniers commencèrent à s’intéresser aux particularités de la culture brésilienne. En 1921, Antônio Gomide et Victor Brecheret débarquèrent à Paris, où se trouvait déjà Vicente do Rego Monteiro, suivis en 1923 de Tarsila do Amaral, Oswald de Andrade, Anita Malfatti, Di Cavalcanti et Celso Antônio, parmi beaucoup d’autres artistes (…). C’est à Paris que Di Cavalcanti réalisa ses premiers dessins de mulâtres. Ce sujet fut ensuite associé de façon emblématique à son œuvre et il le revisita tout au long de sa vie. (…) Tarsila do Amaral est peut-être celle qui exprima le mieux cette transformation subite de langage, de thématique et de conscience. En 1921, inscrite à l’Académie Julian, elle s’exerçait à faire des nus postimpressionnistes ; en 1923, élève de Fernand Léger, elle réalisa l’une de ses créations les plus emblématiques, A negra (1923, São Paulo, Museu de Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo), considérée comme l’œuvre « pionnière d’un style moderniste brésilien ». Dans une lettre adressée à sa famille, la peintre constatait l’intérêt que les cultures exogènes suscitaient dans les milieux intellectuels français. (…) Ainsi, le voyage de Tarsila do Amaral est considéré comme l’archétype du séjour d’artiste, un cas « paradigmatique du rapport entre une condition sociale aisée, l’acculturation française et l’alignement moderniste ». Mariée au poète moderniste Oswald de Andrade et héritière comme lui d’une fortune considérable issue du café et du capital immobilier, Tarsila do Amaral réussit à intégrer les cercles internationaux de l’avant-garde établis à Paris grâce à de nombreuses stratégies, notamment son inscription en tant qu’élève dans les ateliers déjà célèbres d’Albert Gleizes, d’André Lhote et de Fernand Léger ; la formation d’une collection audacieuse d’œuvres modernistes grâce aux liens directs qu’elle entretenait avec les artistes eux-mêmes ou avec leurs galeristes, comme Léonce Rosenberg ; et le soin avec lequel elle construisit sa propre image de peintre pleinement moderne, comme l’atteste son autoportrait de 1923 (Rio de Janeiro, Museu Nacional de Belas Artes), dans lequel elle porte un manteau de Paul Poiret, dont la réputation de couturier élégant, moderne et « exotique » conférait à ses créations un capital symbolique exploité ici par l’artiste (…). À cette insertion stratégique de la peintre dans l’avant-garde cubiste française s’ajoute un autre élément, plebiscité également par l’intelligentsia brésilienne : la création d’une série d’œuvres modernes en dialogue avec les avant-gardes internationales de son temps mais construite à partir d’éléments considérés comme « nationaux ». Cette « phase Pau-Brasil », comme elle fut nommée, caractérise les productions de Tarsila do Amaral des années 1920. Dans une lettre que lui écrivit Mário de Andrade, chef de file intellectuel du groupe moderniste pauliste, insista sur l’importance pour les artistes brésiliens de rester fidèles à leur mission, à savoir celle de représenter leur pays. Ana Paula Cavalcanti Simioni
L’anthropophagie est une pratique caractéristique des Indiens Tupi vivant au Brésil avant la Conquête. En réactivant ce concept, Oswald de Andrade affirme avec provocation la singularité de la culture brésilienne par rapport à la culture européenne. Suely Rolnik revient quant à elle sur cette notion dans un contexte contemporain mondialisé. Elle pointe ainsi un aspect négatif de l’expérience anthropophage en créant le concept de « subjectivité flexible ». Cette nouvelle subjectivité renvoie à l’hyper-adaptabilité du sujet contemporain aux mondes prêts-à-porter que propose le capitalisme. Cependant, l’anthropophagie peut également être réactivée de manière positive pour construire une expérience critique du monde dans lequel nous évoluons. Monument de la littérature, le Manifeste anthropophage est l’un des textes fondateurs du modermisme brésilien. Son auteur, Oswald de Andrade, est connu pour son œuvre aussi diverse qu’iconoclaste et polémique. Le Manifeste anthropophage est, avec le Manifeste de la poésie Bois Brésil, l’un de ses écrits les plus radicaux. (…) Manger la culture colonisatrice, telle est la revendication du Manifeste anthropophage écrit au Brésil, en 1928. À travers cette poésie savoureuse, Oswald de Andrade prône la dégustation symbolique du colonisateur, affirmant la modernité brésilienne dans un processus de dévoration esthétique et politique qui consiste non pas à singer la modernité européenne mais à la manger, à l’assimiler pour en forger une déclinaison singulière. De Andrade offre ainsi une alternative originale au nivellement culturel et à la fascination pour une culture dominatrice. Dans Anthropophagie zombie, Suely Rolnik revient sur la tradition anthropophage brésilienne, mais note que cette tradition a pris une connotation négative avec l’avènement du capitalisme financier. En effet, si historiquement l’anthropophagie s’affirme comme un concept positif, les troubles d’une « guerre esthétique planétaire » ont dévoilé la face cachée d’une anthropophagie dévoyée. Inspirée par la philosophie de Gilles Deleuze et par son travail avec Félix Guattari, Suely Rolnik montre comment les structures de la subjectivité sont attaquées par le capitalisme financier, l’expérience anthropophage donnant naissance à la subjectivité d’un « peuple de zombies hyperactifs ». Comment réinvestir une anthropophagie positive et émanciper les subjectivités singulières ? Comment remettre le monde à l’œuvre ? L’élaboration critique de l’expérience anthropophage brésilienne pourrait-elle contribuer à problématiser la subjectivité contemporaine propre au régime du capitalisme financier ? Plus spécifiquement : pourrait-elle contribuer à problématiser la politique des relations à l’autre, tout comme le destin des puissances de création, inhérentes à cette nouvelle figure de la subjectivité ? En dernière instance, l’expérience anthropophage pourrait-elle contribuer à « soigner » l’actuelle fascination aveugle devant la flexibilité et la liberté d’hybridation récemment acquises ? Presses du réel

Devinez où la plus brésilienne des artistes a découvert sa brésilianité !

En ces temps décidément étranges …

Où à deux mois d’élections annoncées catastrophiques pour le parti au pouvoir, un tragique accident de la circulation se voit transmué en véritable 11 septembre national …

Où la mort de  personnes âgées qu’on avait laissées mourir par dizaine de milliers lors d’une canicule certes historique se voit dorénavant, reprenant la phrase célèbre d’un écrivain africain tentant de revaloriser les traditions orales d’un continent alors largement arriéré il y a quelques cinquante ans, qualifiée de bibliothèque qui disparait

Où, pour apaiser la fureur de nos chères têtes blondes qui en trois semaines d’émeutes il y a tout juste dix ans ont fait passer par le feu quelques 300 bâtiments publics et 10 000 voitures mais aussi laissé sur le carreau deux hommes un peu trop blancs, nos plus hautes autorités inaugurent en grande pompe, entre BEP de hip hop ou de street art, une stèle et une rue en l’honneur de deux jeunes imprudents qui s’étaient électrocutés eux-mêmes en fuyant dans un transformateur les policiers qui les poursuivaient …

Où, entre la course à l’adoption et l’allaitement de bébés africains, nos stars les plus célébrées du cinéma ou de la chanson se dévouent corps et âme, rivalisant de générosité pour apaiser des caméras et des médias toujours plus insatiables…

Où, pour apaiser une culpabilité toujours plus inexpiable, une Europe qui n’ose plus évoquer ses propres racines et n’arrive même plus à assurer sa propre reproduction ou même à intégrer ses minorités extra-européenes, s’offre littéralement à l’invasion de millions de damnés de la terre qui, entre boucliers humains et chantage à l’émotion et au nom d’une religion et une idéologie toujours plus violente et intolérante, n’hésitent pas à sacrifier leurs enfants …

Où, pour avoir tenté d’avertir leurs concitoyens contre la catastrophe que nos gouvernants nous préparent, nos lanceurs d’alerte voient leurs paroles, dirigeants, partis ou pays affublés du statut infamant de fascistes et de racistes …

Pendant qu’en un pays où le comptage ethnique est toujours interdit par la loi et toute tentative de mesurer l’étendue des problèmes immédiatement dénoncée comme raciste, l’on peut en revanche décompter les membres de la seule race blanche à condition bien sûr de dire qu’il y en a trop ou même des « personnes perçues comme non-blanches » à condition cette fois de dire qu’il n’y en pas assez

Où, sous prétexte qu’il n’est pas blanc, un président américain et chef supposé du Monde libre qui danse avec les tyrans et abandonne des peuples entiers aux pires massacres et exactions tout en multipliant dans la plus grande opacité et indifférence les exécutions extra-judiciaires, se voit traiter, prix Nobel de la paix compris, en véritable messie …

Où, pour préserver les prétendus droits d’une idéologie hégémonique et d’une religion proprement génocidaire et entre attaques au couteau de boucher et résolutions onusiennes, un  pays d’à peine 20 000 km2 et 8 millions d’habitants sur un ensemble de quelque 7 millions de km2 et plus de 400 millions d’habitants se voit interdit de prier sur ses propres lieux saints et mis au ban des nations

Et à l’heure où après avoir célébré l’art nègre et l’art négrier, le Pays autoproclamé des droits de l’homme réouvre son deuxième musée ethnographique

Et où, avec une cinquantaine d’ethnies originaires de 23 pays représentées, le Brésil inaugure les premiers Jeux mondiaux des peuples indigènes

Comment ne pas repenser …

A ce manifeste fondateur du mouvement moderniste brésilien des années 20  qui, comme son titre l’indique et selon le retournement désormais devenu classique du stigmate en mot d’ordre à la Black is beautiful …

Réactivait, derrière le titre provocateur, la pratique alors condamnée du cannibalisme des Indiens Tupi d’avant la conquête coloniale pour imposer la singularité de la culture brésilienne en ne revendiquant rien de moins que la dévoration de la culture européenne ?

Mais comment ne pas aussi se rappeler sa plus célèbre protagoniste et inspiratrice, la peintre brésilienne et épouse de l’auteur dudit manifeste Tarsila do Amaral

Qui, dans son célèbre tableau Abaporu et une lettre à sa famille, en révélait le ressort caché …

A savoir derrière le détournement iconoclaste tant de la célèbre formule de Shakespeare que de la fameuse sculpture de Rodin …

La redécouverte, par ses maitres parisiens après Montaigne et dans le musée même que l’on réouvre à grande pompe aujourd’hui, d’une primitivité jusque-là dénigrée …

Et considérée depuis, dans un de ces renversements radicaux dont notre époque s’est fait la spécialité et dont on peut constater chaque jour un peu plus les effets, comme le nec plus ultra de la modernité  ?

Le modernisme brésilien, entre consécration et contestation

Ana Paula Cavalcanti Simioni
Traduction de Carlos Spilak
p. 325-342
Résumé
Au Brésil, les créations artistiques de ce qu’on a appelé le premier modernisme brésilien (aux environs de 1920-1940) ont acquis une réelle consécration. Ce sont plus que des objets esthétiques, on leur attribue des valeurs symboliques. Le présent article prétend analyser le processus social qui a élaboré cette consécration en considérant trois moments. Le premier se caractérise par l’émergence de l’histoire de l’art moderne au Brésil, fondée sur les actions et les discours divulgués par les protagonistes du mouvement eux-mêmes. Le deuxième se réfère à l’institutionnalisation de la valeur des œuvres et des artistes. Un processus qui impliqua divers autres agents comme les interventions du milieu universitaire, les acquisitions officielles de fonds réalisées par le régime autoritaire du Brésil et les stratégies du marché de l’art entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1970. Pour finir, du milieu des années 1970 à nos jours encore, se manifeste un révisionnisme critique des limites formelles, politiques et historiques de ce mouvement. À la fois objet de dévotion et de rejet, le modernisme brésilien se présente comme un fait culturel d’une importance sans pareille pour le domaine artistique brésilien.

Cet article est une traduction de : Modernismo brasileiro: entre a consagração e a contestação

1En 1995, le collectionneur argentin Eduardo Constantini fit l’acquisition, chez Christie’s à New York, de la toile Abaporu de Tarsila do Amaral, achevée en 1928. S’agissant du prix le plus élevé jamais atteint par une peinture brésilienne sur le marché international (1,3 million de dollars), cette transaction acquit un statut emblématique, renforcée par l’émoi qu’elle suscita au Brésil. L’exposition actuelle du tableau dans l’important Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires (MALBA), à l’ombre d’œuvres d’artistes consacrés tels que Frida Kahlo, Wilfredo Lam, Xul Solar et Antonio Berni, n’a pas suffi à apaiser le sentiment que la vente du tableau à l’étranger représentait une perte pour la culture nationale. L’importance de cet épisode met en évidence la valeur paradigmatique de cette œuvre, aux côtés d’autres peintures et sculptures réalisées par les artistes désignés comme les « modernistes » brésiliens. En effet, le modernisme brésilien, dont la première phase de production artistique s’étend des années 1920 aux années 1940, s’est consolidé en prenant une place unique dans l’histoire culturelle du Brésil. Ses œuvres principales furent alors perçues, et le sont encore, comme des artefacts matériels susceptibles de cristalliser symboliquement une culture nationale de portée internationale. Elles se virent attribuer non seulement des qualités artistiques, mais aussi des valeurs culturelles et politiques plus larges, devenant ainsi des symboles identitaires.

2La glorification du modernisme brésilien est un processus qui traverse tout le xxe siècle et qui implique un ensemble d’acteurs – critiques, historiens, commissaires d’expositions – ainsi que diverses pratiques sociales, y compris le marché de l’art, les acquisitions effectuées par les musées et même, parfois, des politiques culturelles explicites mises en œuvre par l’État au niveau national ou régional. Ce processus peut être sommairement divisé en trois grandes phases. La première, qui s’étend de 1917 aux années 1940, est marquée par la construction d’une histoire de l’art moderne au Brésil qui donne la parole aux participants mêmes du mouvement. Une deuxième période, des années 1940 à la fin des années 1970, est celle de la consécration institutionnelle du modernisme en tant que valeur de l’art moderne au Brésil, un développement favorisé par la publication de travaux universitaires et par l’acquisition officielle de fonds reconnus ayant appartenu à des modernistes. À la fin des années 1970, enfin, s’ouvre une phase de révision critique marquée par l’émergence de contestations portant sur le caractère moderne du modernisme brésilien, mettant en évidence les limites formelles de ce mouvement ainsi que la place centrale occupée par certains groupes et certaines régions du pays dans cette construction discursive et canonique, tandis que des tentatives furent engagées pour repenser, de façon plus nuancée, la portée et la spécificité de ces productions au Brésil.

Les premiers temps du modernisme
1  Le Brésil est composé de vingt-six États et du district fédéral (ou se trouve Brasília, la capitale (…)
3Les origines du modernisme au Brésil demeurent un sujet de désaccord. Les différends que suscite cette question révèlent non seulement des dichotomies entre des modes d’interprétation et de définition du terme même de modernisme, mais aussi des clivages régionaux qui divisent des groupes d’intellectuels, des universités – dont le prestige est hiérarchiquement différencié –, des musées, des galeries et des collectionneurs brésiliens1.
2  L’idée de la Semaine de Deauville comme modèle pour la Semaine d’art moderne de 1922 a été proposé (…)
4Toutefois, selon le point de vue le plus répandu, le déclenchement du mouvement moderniste peut être situé en 1922, à São Paulo. Au mois de février de cette année, une série de manifestations littéraires, musicales et artistiques, appelée la Semaine d’art moderne (en référence à des modèles étrangers, notamment la Semaine de Deauville)2, se déroula au Théâtre municipal de São Paulo, une institution phare de l’élite locale conservatrice, inaugurée en 1914. Pour beaucoup d’auteurs, cet épisode est considéré comme le moment d’éclosion du modernisme national et un jalon majeur de l’histoire de l’art brésilien. En effet, la conception du modernisme comme un produit éminemment pauliste, promu initialement par les protagonistes du mouvement, fut reprise et réaffirmée dans les études publiées dans les années 1970 (Amaral, 1970 ; Brito, [1958] 1974 ; Almeida, [1961] 1976).
3  Anita Malfatti étudia la peinture à Berlin sous Fritz Burger et Lovis Corinth de 1910 à 1914, puis (…)
5L’adoption de la « Semaine de 22 » comme point de départ reflète le processus de construction de la mémoire du modernisme brésilien, nourrie initialement par des textes diffusés par les intellectuels et artistes qui appartenaient eux-mêmes au cercle moderniste. L’identification d’un groupe en tant que tel remonte cependant à 1917, année où Anita Malfatti, artiste pauliste revenue au Brésil après avoir effectué des études en Allemagne et aux États-Unis3, exposa des œuvres qui choquèrent la société locale. Ses nus vigoureux au fusain et, en particulier, ses peintures expressionnistes, qui présentent un chromatisme libre et des sujets humains inhabituels – des immigrés (O Japonês, 1915-1916, São Paulo, Instituto de Estudos Brasileiros), des fous (A boba, 1915-1916, Museu da Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo) – furent fort mal reçus par un public habitué aux esthétiques naturalistes et postimpressionnistes dominantes.
4  Monteiro Lobato, « A Propósito da Exposição Malfatti », dans O Estado de S. Paulo, 20 décembre 191 (…)
5  « […] em termos concretos, toda a vida intelectual era dominada pela grande imprensa, que constitu (…)
6  Plusieurs des premiers articles des modernistes ont été publiés dans les livres de Marta R. Batist (…)
6La même année, en réaction à l’exposition au Théâtre municipalMarcela Mastrocola2014-09-29T11:43:00, le critique le plus important de São Paulo, Monteiro Lobato, publia un article dont la question centrale, « Paranoïa ou mystification ? », exprimait son rejet des avant-gardes, entendu globalement comme un courant opposé à la figuration naturaliste4 (voir Chiarelli, 1995). La critique sévère déployée par Lobato contre le travail de Malfatti – il considérait les déformations comme du mauvais goût – interpella plusieurs jeunes écrivains et artistes, dont Oswald de Andrade, Menotti del Picchia et Emiliano Di Cavalcanti, qui se mirent à défendre Malfatti dans les journaux. Ce faisant, ces intellectuels et artistes commencèrent à se reconnaître et à agir en tant que groupe, soutenu principalement par la grande presse. São Paulo, bien qu’elle fût la ville la plus riche du Brésil – grâce aux capitaux cumulés par les exportations de café, à un processus de modernisation accéléré par l’arrivée récente de nombreux immigrés et à un développement d’industrialisation embryonnaire – possédait alors relativement peu d’institutions culturelles. Parmi celles qui existaient, on peut citer la faculté de droit (Faculdade de Direito) ; le Museu Paulista, fondé en 1895 et rattaché plus tard à l’Universidade de São Paulo ; la Pinacoteca do Estado de São Paulo, inaugurée en 1905 (l’unique musée de la ville consacré exclusivement aux beaux-arts) ; et le Liceu de Artes e Ofícios, un centre de formation d’artistes dédié plus aux arts appliqués qu’aux beaux-arts. Ainsi que le souligne le sociologue Sergio Miceli, pendant cette période « toute la vie intellectuelle était dominée par la grande presse, qui constituait la principale instance de production culturelle de l’époque et qui concédait la plupart des récompenses et des positions intellectuelles »5. Les journaux et les magazines illustrés constituaient donc le lieu où ces intellectuels se retrouvaient, exposaient leurs travaux et diffusaient leurs idéaux. Grâce aux organes de presse de la ville, la première génération de modernistes s’imposa donc localement, peu à peu. Plusieurs relevaient ainsi le défi des critiques lancées par Lobato contre Malfatti : au plaidoyer publié par Oswald de Andrade dans le Jornal do Commercio en 1918 s’ajoutèrent les textes de Menotti Del Picchia, parus dans le Correio Paulistano en 1920, et de Mário de Andrade, diffusés dans le Jornal de Debates en 19216.

7Bien que ces écrivains ne se soient pas rassemblés autour de principes cohérents pouvant donner lieu à des manifestes, ils se voyaient et étaient perçus par leurs adversaires comme des « futuristes », en référence au célèbre Manifeste du futurisme (1909) de l’Italien Filippo Tommaso Marinetti. Soucieux de dépasser tout ce qu’ils considéraient comme rétrograde dans la culture brésilienne – non seulement les traditions agraire, régionale, populaire, mais aussi celles académique et parnassienne –, ils cherchaient à être en phase avec le cosmopolitisme rayonnant des avant-gardes européennes. Dans cette optique, ils développèrent à travers leurs œuvres une image de São Paulo ouverte à la modernisation, en constante mutation, libérée du passé et dirigée toujours vers l’avenir. Dans ce désir de transformation immédiate, cette ville émergeait comme « un mythe technicisé » (Fabris, 1994a), lieu de destruction des traditions, aspirant à des innovations en tout genre, réceptive à de nouveaux langages artistiques et à des transformations sociales, politiques et culturelles dans le sillon des vagues d’immigration. Même si cette image d’un São Paulo moderne reflétait plus les souhaits des « futuristes » que l’expérience au quotidien des habitants de la métropole, de telles images sont, encore aujourd’hui, ancrées dans un imaginaire qui conçoit la ville comme porte-flambeau de la nation.

8Orientée vers cet idéal, la production des « futuristes » ne revendiquait pas alors les particularités de la culture brésilienne ; bien au contraire, elle aspirait à élever la culture nationale, perçue comme arriérée, au niveau des expériences internationales, considérées comme cosmopolites et progressistes. Cette ambition se trouve notamment exprimée dans le roman de Mário de Andrade Pauliceia desvairada (1922) et dans l’album Fantoches da meia-noite (1921) de Di Cavalcanti. En effet, les œuvres exposées pendant la « Semaine de 22 » – à l’exception de celles envoyées par Anita Malfatti et John Graz – ne furent perçues ni comme radicalement modernes au vu des esthétiques postimpressionnistes et néocoloniales régnantes, ni comme empreintes d’un esprit nationaliste (Amaral, 1970).

7  « […] Paris pôs uma marca na minha inteligência. Foi como criar em mim uma nova natureza e o meu a (…)
9Curieusement, c’est au fil des années 1920, avec le long séjour de nombreux artistes brésiliens à Paris, partis pour y perfectionner leur formation, que ces derniers commencèrent à s’intéresser aux particularités de la culture brésilienne. En 1921, Antônio Gomide et Victor Brecheret débarquèrent à Paris, où se trouvait déjà Vicente do Rego Monteiro, suivis en 1923 de Tarsila do Amaral, Oswald de Andrade, Anita Malfatti, Di Cavalcanti et Celso Antônio, parmi beaucoup d’autres artistes (Batista, 2012). C’est à Paris que Di Cavalcanti réalisa ses premiers dessins de mulâtres. Ce sujet fut ensuite associé de façon emblématique à son œuvre et il le revisita tout au long de sa vie. Dans son autobiographie, Di Cavalcanti explique : « Paris a laissé une trace dans mon intellect. Ce fut comme créer en moi une nouvelle nature, et mon amour pour l’Europe a transformé mon amour de la vie en amour de tout ce qui est civilisé. Et en tant que civilisé, j’ai commencé à connaître mon pays »7.
8  « […] pioneira de um estilo modernista brasileiro » (Amaral, [1975] 2003, p. 97).
9  « […] Sinto-me cada vez mais brasileira: quero ser a pintora de minha terra, Como agradeço por t (…)
10Tarsila do Amaral est peut-être celle qui exprima le mieux cette transformation subite de langage, de thématique et de conscience. En 1921, inscrite à l’Académie Julian, elle s’exerçait à faire des nus postimpressionnistes ; en 1923, élève de Fernand Léger, elle réalisa l’une de ses créations les plus emblématiques, A negra (1923, São Paulo, Museu de Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo), considérée comme l’œuvre « pionnière d’un style moderniste brésilien »8. Dans une lettre adressée à sa famille, la peintre constatait l’intérêt que les cultures exogènes suscitaient dans les milieux intellectuels français : « Je me sens de plus en plus brésilienne : je veux être la peintre de mon pays. Ô combien je suis reconnaissante d’avoir passé toute mon enfance à la campagne, dans l’exploitation familiale. Les réminiscences de cette époque deviennent précieuses pour moi. Dans l’art, je veux être la campagnarde de São Bernardo, qui joue avec les poupées en paille, comme dans le dernier tableau que je peins en ce moment. Ne croyez pas que cette tendance soit mal perçue ici. C’est tout le contraire. Ce que l’on veut, c’est que chacun apporte la contribution de son propre pays. C’est ainsi que l’on explique les succès des ballets russes, des gravures japonaises et de la musique noire. Paris en a assez de l’art parisien »9.
10  « […] paradigmático da relação entre condição abastada, aculturação francesa e alinhamento moderni (…)
11Ainsi, le voyage de Tarsila do Amaral est considéré comme l’archétype du séjour d’artiste, un cas « paradigmatique du rapport entre une condition sociale aisée, l’acculturation française et l’alignement moderniste »10. Mariée au poète moderniste Oswald de Andrade et héritière comme lui d’une fortune considérable issue du café et du capital immobilier, Tarsila do Amaral réussit à intégrer les cercles internationaux de l’avant-garde établis à Paris grâce à de nombreuses stratégies, notamment son inscription en tant qu’élève dans les ateliers déjà célèbres d’Albert Gleizes, d’André Lhote et de Fernand Léger ; la formation d’une collection audacieuse d’œuvres modernistes grâce aux liens directs qu’elle entretenait avec les artistes eux-mêmes ou avec leurs galeristes, comme Léonce Rosenberg ; et le soin avec lequel elle construisit sa propre image de peintre pleinement moderne, comme l’atteste son autoportrait de 1923 (Rio de Janeiro, Museu Nacional de Belas Artes), dans lequel elle porte un manteau de Paul Poiret, dont la réputation de couturier élégant, moderne et « exotique » conférait à ses créations un capital symbolique exploité ici par l’artiste (Miceli, 2003).
11  Le pau-brasil, ou bois-brésil, une espèce végétale qui était abondante au moment de l’arrivée des (…)
12  En français dans le texte.
13  « Tarsila, minha querida amiga/Cuidado! Fortifiquem-se bem de teorias e desculpas e coisas vistas (…)
12À cette insertion stratégique de la peintre dans l’avant-garde cubiste française s’ajoute un autre élément, plebiscité également par l’intelligentsia brésilienne : la création d’une série d’œuvres modernes en dialogue avec les avant-gardes internationales de son temps mais construite à partir d’éléments considérés comme « nationaux ». Cette « phase Pau-Brasil »11, comme elle fut nommée, caractérise les productions de Tarsila do Amaral des années 1920. Dans une lettre que lui écrivit Mário de Andrade, chef de file intellectuel du groupe moderniste pauliste, insista sur l’importance pour les artistes brésiliens de rester fidèles à leur mission, à savoir celle de représenter leur pays : « Ma très chère amie Tarsila/Faites attention ! Emplissez-vous bien des théories, des excuses et des choses vues à Paris. Lorsque vous serez de retour, nous allons nous bagarrer, pour sûr. Dès maintenant je vous lance le défi, vous tous ensemble, Tarsila, Osvaldo et Sergio, d’une discussion formidable. Vous êtes parti à Paris en bourgeois. Vous êtes épatés12. Et vous êtes devenus des futuristes ! Hi, hi, hi ! Je pleure de jalousie ! Aïe, aïe, aïe ! Quelle pédale ! Mais, c’est vrai que je vous considère, vous tous, comme des paysans de Paris. Vous n’êtes devenus des Parisiens qu’en surface. C’est horrible, Tarsila ! Tarsila, reviens vers toi-même. Laisse tomber Gris et Lhote, patrons de criticismes dégénérés et d’esthésies d’ardents ! Quitte Paris, Tarsila ! Tarsila, reviens dans la forêt vierge, où il n’y a pas d’art nègre, où il n’y a pas de torrent gentil. Il y a la FORÊT VIERGE. J’ai créé le forêtviergisme. Je suis forêtviergiste. C’est de ça que le monde, l’art, le Brésil et ma très chère Tarsila ont besoin. […] Je t’embrasse très amicalement, Mário »13.
13Tout au long des années 1920, cette vision du modernisme comme un mouvement de valeur nationale et internationale dont le point de départ serait la « Semaine de 22 » se constitua comme un dogme, grâce, comme nous l’avons vu, à la place occupée par ses membres dans la presse de l’époque, devenue une sorte d’arène permettant la propagation des idéaux du groupe. Menotti del Picchia, l’un de ses plus ardents défenseurs, détenait une colonne quotidienne dans le Correio Paulistano, tandis qu’Oswald de Andrade possédait une liberté totale d’écrire dans le Jornal do Commercio, tout comme dans l’éminente revue O Pirralho, dont il était propriétaire. Ce n’est pas un hasard si la plus importante manifestation des modernistes en tant que groupe fut la parution, à l’issue de la « Semaine de 22 », de la revue Klaxon, vitrine de leur production littéraire, plastique et intellectuelle, en circulation de 1922 à 1923 (Moraes, 2011, p. 163-167).

14Hissé au statut de premier mouvement considéré comme authentiquement brésilien, assimilé à un cri de la conscience nationale, le modernisme brésilien a investi certains groupes et certains acteurs du mouvement d’un statut de grande importance ; ils sont ainsi devenus des symboles culturels – et politiques – des pouvoirs de transformation issus des nations « périphériques ». Andrea Giunta analyse la force des stratégies périphériques qui permirent à plusieurs artistes latino-américains, et en particulier ceux du mouvement Pau-Brasil né avec Tarsila do Amaral et Oswald de Andrade, de s’approprier des structures formelles primitives, en déplaçant le sens de « l’altérité » vers le centre du discours des avant-gardes. Ce faisant, les modernes contribuaient activement à développer le discours universalisant de la modernité (Giunta, 2011, p. 300). Discours qui, dans le cas des « modernités périphériques » (Sarlo, 1988), semblaient posséder la force d’une action libératrice. Les périphéries participent enfin à des mouvements culturels centraux mais à partir de valeurs et de stratégies qui leur étaient propres.

14  Feijoada est un plat traditionnel des esclaves au Brésil composé de haricots et de morceaux de via (…)
15Si les années 1920 furent une décennie d’effervescence du modernisme en devenir, les années 1930 s’annoncèrent comme une période de maturation et d’institutionnalisation. Le gouvernement de Getúlio Vargas (1937-1945), pour s’opposer au libéralisme et au régionalisme qui avaient caractérisé la Première République, mena une politique centralisatrice qui avait pour but de créer un « nouvel homme brésilien ». Dès lors, la culture et l’éducation devinrent prioritaires, nécessaires pour modeler l’« âme de la nation » (Schwarztman, 1984). Une série de politiques culturelles furent instaurées dans le but de promouvoir l’intégration nationale au moyen de symboles qui, aujourd’hui encore, sont des emblèmes de « brésilianité », comme la feijoada14 ; la capoeira et la samba, pratiques auparavant combattues car associées au passé esclavagiste, sont maintenant considérées comme des signes de convivialité pacifique entre races et cultures qui permettent de célébrer le « métissage » comme un élément national d’assimilation (Schwarcz, 1995).
15  En français dans le texte.
16  Pierre calcaire blanche utilisée pour la statuaire et les travaux d’architecture. Elle sert aussi (…)
16Dans le domaine des arts et de l’architecture, le ministère dirigé par Gustavo Capanema prit la décision de faire du domaine de la culture une affaire d’État en lui attribuant des subventions qui permettaient la réalisation de commandes et en créant une intelligentsia, un corps techniquement qualifié pour assurer leur mise en œuvre (Miceli, [2001] 2005). On inaugura un champ fructueux de possibilités pour les intellectuels, les artistes et les architectes, dont plusieurs d’orientation moderniste, qui furent appelés à participer à un régime clairement autoritaire. Le cas le plus emblématique en est le siège du ministère de l’Éducation et de la Santé, dont la construction devait matérialiser les discours sur la nation. À la suite d’un concours officiel, l’architecte néocolonial Archimedes Memória fut retenu, ce qui déplut au ministre, désireux d’un langage plus moderne. Capanema annula le concours et choisit pour concevoir le nouveau siège l’architecte urbaniste d’orientation moderniste Lúcio Costa, dont le projet avait été initialement refusé. Se forma alors une équipe composée d’Affonso Reidy, de Carlos Leão, de Jorge Moreira et d’Oscar Niemeyer, auxquels il faut ajouter l’aide précieuse de Le Corbusier, l’architecte moderniste franco-suisse qui jouissait alors d’une relative renommée internationale. L’édifice constitue une parfaite synthèse visuelle du modernisme brésilien. D’un côté, il intègre des éléments du paradigme international défendu par Le Corbusier – l’utilisation de pilotis pour libérer le rez-de-chaussée, d’une façade vitrée, d’un plan libre et de brise-soleil15, facteurs associés à un discours progressiste destiné à la célébration du futur. De l’autre, il relit et réinsère une supposée « tradition » architecturale brésilienne, dans la mesure où il utilise des matériaux comme les azulejos blancs et bleus, conçus par le peintre le plus célèbre de l’époque, Candido Portinari, pour recouvrir les murs extérieurs de l’édifice ; les bois nobles nationaux (comme le sucupira) pour confectionner le plancher ; le lioz16 portugais pour revêtir les étages nobles et le gneiss carioca pour les parois latérales, deux pierres qui étaient très employées par les sculpteurs baroques. Constitué d’éléments qui matérialisent la récupération imaginaire d’un certain passé lié au baroque, cet édifice réunit le futur et le passé (Williams, 2001 ; Cavalcanti, 2006).
17À l’intérieur se détache l’ensemble des peintures commandées à Candido Portinari, qui avait remporté un succès en 1934 avec la composition O Mestiço (1934, São Paulo, Pinacoteca do Estado de São Paulo), qui montrait sa capacité à rendre héroïques des figures de Noirs et de métis issus des classes populaires. Son appréhension visuelle des questions raciales concordait avec le discours alors en vigueur dans les milieux intellectuels nationaux, et son art rencontra vite l’approbation de l’Estado Novo, dont il rejoignait les idéaux. Portinari réalisa dix panneaux pour le ministère, chacun figurant un des moments spécifiques des divers cycles économiques qui constituent la trajectoire de la nation : Bois-Brésil, Caoutchouc, Sucre, Café, etc. En combinant les éléments classiques et modernes et en jouant de la déformation anatomique et des éléments expressionnistes, l’artiste créait des tensions non seulement entre les plans de la composition, mais aussi entre l’idéologie travailliste et raciale propagée par le gouvernement d’une part et la représentation particulière de l’héroïsme élaborée dans la série d’autre part. Le peintre osait représenter les Noirs et les Métis comme les protagonistes de l’histoire du pays : hommes et femmes anonymes, force de travail expropriée et martyrisée (Fabris, 1996).

17  Le complexe de la Pampulha, situé au bord d’un lac artificiel, à 18 kilomètres de Belo Horizonte, (…)
18Avec l’Estado Novo, le modernisme prit un relief considérable. Après le ministère de l’Éducation et de la Santé, le Conjunto da Pampulha, construit entre 1942 et 194317, rassembla également des noms importants de l’architecture et des beaux-arts. Réalisé à Belo Horizonte, le projet consacra définitivement Niemeyer et Portinari en tant que représentants respectivement de l’architecture et de la peinture moderniste brésilienne. D’autres commandes importantes suivirent, comme le parc d’Ibirapuera à São Paulo, inauguré en 1954, et la ville de Brasília, construite entre 1956 et 1960. Le modernisme devint l’image de marque du pays.
18  Portinari of Brazil, (cat. expo., New York, The Museum of Modern Art, 1940), New York, 1940 ; Braz (…)
19Pendant l’Estado Novo, une série d’événements visant à construire une image positive du Brésil fut organisée dans l’optique d’une politique de rapprochement entre les États-Unis et l’Amérique latine. En 1940, l’exposition Portinari of Brazil eut lieu au Museum of Modern Art (MoMA) à New York, suivie en 1943 de la très importante Brazil Builds, également au MoMA18. Conçue par le directeur de l’institution, Philip Goodwin, elle fut accompagnée d’un catalogue qui devint une référence internationale concernant l’architecture brésilienne, représentée tant par les édifices baroques que par des créations modernistes. Il ne faut pas non plus oublier la présence du Brésil à l’Exposition universelle de New York en 1939-1940, dont le pavillon a été dessiné par Costa et Niemeyer. Dans la décennie suivante, la renommée internationale de Niemeyer et de Portinari fut définitivement confirmée par leur collaboration à la construction du siège des Nations Unies à New York entre 1947 et 1953 : l’architecte carioca était l’un des co-auteurs du projet architectural, et le peintre pauliste réalisa deux immenses panneaux représentant la Guerre et la Paix. La bataille pour étendre et consolider le modernisme brésilien était gagnée.
20Le modernisme s’imposa comme canon national incontestable jusqu’à l’arrivée, dans les années 1950, des langages constructivistes. L’introduction des courants abstraits, en particulier avec l’inauguration de la Bienal de São Paulo en 1951, remit en cause la dominance des langages figuratifs constitutifs du programme type moderniste qui s’était propagé au Brésil depuis les années 1920. Au fil des années 1950, on assista à l’ascension de l’abstraction géométrique (plus connue au Brésil sous le nom de concrétisme) comme une nouvelle avant-garde nationale (Brito, 1985 ; Couto, 2004). La montée de l’art abstrait entraîna la dépréciation de la production des générations précédentes et, par conséquent, une certaine marginalisation des œuvres et des artistes modernistes.

La consécration historique du modernisme
19  La première partie de l’article a d’abord été publiée en 1953, dans un magazine allemand intitulé (…)
20  « […] libertação de uma série de recalques históricos, sociais, étnicos, que são trazidos triunfal (…)
21  « […] o mulato e no negro são definitivamente incorporados como temas de estudo, inspiração, exemp (…)
21En 1952, l’année du trentième anniversaire de la « Semaine de 1922 », il y avait donc peu de choses à célébrer. Cependant, au moment même où le modernisme commençait à s’essouffler, un processus visant à inscrire ce mouvement dans l’histoire se mit en marche. L’origine de cette consécration historique n’est pas à chercher dans le domaine artistique, dominé par les concrétistes, mais dans le milieu universitaire. En 1953, Antonio Candido de Mello e Souza, l’un des intellectuels brésiliens les plus respectés – marié à Gilda de Mello e Souza, critique et professeur d’esthétique, cousine de Mário de Andrade – développa, dans un essai intitulé « Literatura e cultura de 1900 a 1945 », une idée déjà présente dans les écrits de Mário de Andrade. Ce dernier, prônant une mise en valeur de la culture locale, avait renoué notamment avec certaines prémisses du romantisme brésilien, une sorte d’esthétique officielle du Second Empire brésilien (1840-1889). Pour Antonio Candido de Mello e Souza, la dialectique entre le localisme et le cosmopolitisme soulevée par Mário de Andrade était un paradigme persistant qui avait constitué la « loi d’évolution de notre vie spirituelle » (Souza, [1965] 2000, p. 101)19. L’intellectuel identifiait le romantisme et le modernisme comme les deux moments où ce processus avait atteint son sommet. Cependant, alors que le romantisme brésilien n’avait pu rompre complètement avec le modèle européen, le modernisme avait promu d’après lui une réelle autonomie culturelle en encourageant la « libération d’une série de refoulés historiques, sociaux, ethniques, qui remontent triomphalement à la surface de la conscience littéraire. Ce sentiment de triomphe, qui marque la fin de la position d’infériorité dans le dialogue séculaire avec le Portugal – et qui ne le prend même plus en compte – définit l’originalité spécifique du modernisme dans la dialectique de l’universel et du particulier »20. Cette transformation, selon lui, avait trouvé son impulsion dans la réinterprétation d’un héritage historique – éloigné en tout de l’Europe et difficile à dépasser – marqué par l’esclavage, le métissage et le rapport à la nature et au paysage. Selon l’auteur, c’est avec le modernisme que « les handicaps, supposés ou réels, sont réinterprétés comme des atouts » et, enfin, « le mulâtre et le noir sont définitivement intégrés comme des sujets d’études, d’inspiration, d’exemple. Le primitivisme devient désormais une source du beau et non plus une entrave à l’élaboration de la culture. Et cela dans la littérature, la peinture, la musique et les sciences de l’homme »21.
22En raison de son importance littéraire, esthétique et également politique, la publication d’Antonio Candido de Mello e Souza joua un rôle fondamental dans la diffusion de l’idée du modernisme comme un modèle canonique pour le Brésil. La position qu’il occupait dans la culture brésilienne y a également contribué : professeur de grande renommée à l’Universidade de São Paulo, il forma des générations d’enseignants, de chercheurs et de critiques toujours en exercice aujourd’hui dans les domaines artistiques et littéraires. Comme nous avons pu le remarquer, il existait une continuité intellectuelle entre la pensée de la génération moderniste des années 1920 et les analyses de Candido Mello e Souza, ou encore celles d’autres intellectuels qui se réunirent dès les années 1940 autour de la revue Clima (Pontes, 1998 ; Passiani, 2003). Le fait que plusieurs représentants de premier plan de la revue, y compris Candido, Gilda de Mello e Souza, Paulo Emilio Sales Gomes et Décio de Almeida Prado, aient été professeurs à l’Universidade de São Paulo, l’une des plus importantes du pays, rendit possible la réalisation de ce que Pierre Bourdieu appelle « l’imposition de la consécration des producteurs et des produits » du champ littéraire et artistique (Bourdieu, [1992] 1996, p. 253). Leurs publications, réalisées à l’intérieur du système universitaire et perçues comme des référents de qualité, de rigueur et d’érudition, bénéficiaient du sceau de l’autorité concrète et symbolique concédée par l’institution.

23À la suite de l’article d’Antonio Candido de Mello e Souza parurent quantité d’ouvrages de nature semblable, dans lesquels on peut identifier des thématiques récurrentes telles que la place centrale de l’intelligentsia pauliste dans la diffusion du modernisme à l’échelle nationale ; la « Semaine de 1922 » comme événement fondateur ; et la capacité du mouvement à synchroniser la production culturelle brésilienne à celle des plus importants centres de son époque, permettant ainsi de dépasser le retard historique supposé du Brésil tout en exaltant les particularités locales, populaires et métisses, liées à la prétendue reconquête de la culture nationale.

24Au-delà de ces éléments plus substantiels, un autre aspect commun est le caractère téléologique de ces récits, qui ont eu tendance à relier différents faits historiques de façon chronologique en vue d’établir un enchaînement logique entre la constitution du groupe moderniste en 1917, la « Semaine de 22 » et des épisodes plus récents, dont le plus important fut la fondation à São Paulo du Museu de Arte Moderna (MAM) en 1948 et du Museu de Arte de São Paulo (MASP) en 1949. Cette approche caractérise des publications considérées jusqu’à présent comme des ouvrages de référence pour l’histoire de l’art brésilien, comme l’História do modernismo no Brasil de Mário da Silva Brito, publié originellement en 1958 (Brito, [1958] 1974), et De Anita ao Museu de Paulo Mendes de Almeida, dont la première édition date de 1961 (Almeida, [1961] 1976). Souvent consultés pour leur contenu informatif présumé, ces deux ouvrages sont en fait entièrement structurés selon un parti pris esthétique implicite qui consiste à présenter la fondation des musées comme la somme des actions entreprises par les modernistes à partir des années 1920.

25En parallèle au surgissement des ouvrages cités plus haut, qui appartiennent à l’historiographie moderniste, il faut signaler un autre type de publication paru pendant cette période, moins analytique mais tout aussi important pour la dissémination plus généralisée des connaissances sur la génération des années 1920 : des témoignages et des mémoires des protagonistes de la première génération moderniste. En 1954 parut le Testamento de Mário de Andrade e outras reportagens de Francisco de Assis Barbosa (Barbosa, 1954) puis, en 1955, les mémoires de Di Cavalcanti, intitulé Viagem da minha vida: o testamento da Alvorada (Di Cavalcanti, [1955] 1995) ; deux ans après, Manuel Bandeira publia son récit semi-autobiographique Itinerário a Pasárgada (Bandeira, 1957), et l’année suivante parut un recueil des lettres de Mário de Andrade, Cartas a Manuel Bandeira (Andrade, Bandeira, 1958 ; sur la correspondance entre les deux écrivains, voir Moraes, 2000). La mise à disposition – souvent par des défenseurs plus jeunes, tels que Candido et Gilda de Mello e Souza – de ce matériau participa de façon décisive à légitimer les revendications des modernistes des années 1920 et 1930 quant à leur signification pour la culture nationale (Coelho, 2012).

26Pendant les années 1960, non seulement de nouvelles publications vinrent renforcer le triomphe du modernisme, mais aussi certaines actions, notamment conduites par l’État, étayèrent le processus de sa consécration. Les nombreuses études existantes sur l’intervention de l’État dans le domaine des arts plastiques pendant la dictature militaire de 1964 à 1988 (voir, par exemple, Ridenti, 2000 ; Napolitano, 2011) donnent en général la priorité à l’analyse d’œuvres et d’artistes vus à travers le prisme de la résistance, la conséquence étant de focaliser l’attention sur les directives visant à limiter et à entraver la liberté artistique. Le régime militaire provoqua une production intense de textes, certains rédigés par les artistes eux-mêmes, critiquant les limites à la création artistique imposées par l’État autoritaire. Toutefois, il importe de souligner que l’interférence de l’État dans le domaine des arts plastiques ne se cantonna pas seulement à une dynamique négative, coercitive, celle d’un État censeur ; on peut y déceler aussi un programme constructif de promotion de certaines tendances, de certains groupes et/ou de certains langages artistiques, bien que soumis aux orientations idéologiques autoritaires (Durand, [1989] 2009 ; Ortiz, 1988).

22  Voir le site des archives : http://www.casaguilhermedealmeida.org.br (consulté le 15 septembre 2013).
27L’acquisition des collections modernistes, quasiment dans leur ensemble, soutenue par le pouvoir public, en est un exemple révélateur. En 1968, grâce à l’entremise de Candido de Mello e Souza, l’Universidade de São Paulo put acquérir la collection d’art de Mário de Andrade, accompagnée des archives personnelles de l’écrivain – réunissant une impressionnante collection de lettres échangées avec les personnalités de son époque – et de sa bibliothèque (Batista, Lima, 1998). Cette acquisition fut suivie, l’année suivante, de celle de la collection, des archives et de la bibliothèque d’un autre grand écrivain et collectionneur moderniste, Guilherme de Almeida, par l’État de São Paulo22. L’achat de tels ensembles documentaires mit en évidence une préférence de l’État pour des mémoires et des productions modernistes, alors même qu’aucune politique semblable d’acquisition, de mécénat ou de soutien direct n’était menée en direction des artistes vivants (Brito, [1975] 2005). La portée posthume de ces acquisitions mérite d’être signalée, dans la mesure où leur dimension publique implique un accès permanent et renouvelé à ces sources, suscitant des recherches (universitaires ou autre) en continu, et augmentant leur importance et leur légitimité jusqu’à nos jours (Coelho, 2012).
28C’est également à cette même époque, entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1970, que se consolida un marché de l’art au Brésil, grâce notamment à l’appui indirect de l’État, qui mit en place des accords avec le système bancaire national afin d’octroyer des lignes de crédit spécifiques pour l’acquisition d’œuvres d’art. Pendant cette décennie de miracle économique, l’œuvre d’art devint un objet d’investissement, participant ainsi à la constitution d’un marché de biens symboliques au Brésil (Ortiz, 1988). S’agissant initialement de ventes de bienfaisance, ce système, alimenté par des ventes aux enchères, assuma peu à peu un caractère commercial, et les prix pratiqués ont commencé à servir de références pour les galeries privées, alors en plein essor.

29Dans ce contexte, les œuvres des artistes modernistes brésiliens devinrent progressivement les marchandises les plus convoitées. À la fin des années 1960, et selon une stratégie purement commerciale, des marchands d’art à São Paulo firent l’acquisition à bas prix d’œuvres de peintres modernistes faiblement cotés et relativement oubliés, et se mirent à les stocker. En même temps, ils investirent dans la constitution d’une histoire de la peinture brésilienne à partir du matériel qu’ils détenaient, faisant publier des livres sur les artistes concernés, dont ils exposaient aussi les œuvres dans leurs galeries (Durand, [1989] 2009 ; Bueno, 2012). Ce processus de valorisation marchande de la production moderniste fut concomitant avec la disparition des membres les plus remarquables du mouvement (Lasar Segall décèda en 1957, José Gianini Pancetti en 1959, Candido Portinari et Alberto da Veiga Guignard en 1962, Anita Malfatti en 1964, Vicente do Rego Monteiro en 1970, et Tarsila do Amaral et Flávio de Carvalho en 1973), circonstance qui augmenta la rareté de leurs œuvres, datées et limitées, et fit grimper leur cote sur un marché caractérisé par la circulation de biens en quantité restreinte.

30Le cinquantenaire de la Semaine d’art moderne, célébré en 1972, marqua l’apogée de la consécration du modernisme, désormais encensé par la critique, l’université, le marché, les musées, les collectionneurs et même, bien qu’indirectement, par l’État. Durant les années 1970, plusieurs de ses membres les plus connus firent l’objet d’études monographiques rigoureuses, effectuées par des chercheurs réputés, en général liés à l’université. Ces ouvrages furent rapidement publiés et constituent encore maintenant les principaux livres de référence sur chacun de ces artistes. Ainsi Portinari, pintor social, mémoire de deuxième cycle soutenu par Annateresa Fabris en 1975 (Fabris, [1975] 1990), Tarsila, sua obra e seu tempo, thèse de doctorat soutenu par Aracy Amaral en 1975 (Amaral, [1975] 2003), et, en 1980, Anita Malfatti e o início da arte moderna no Brasil, mémoire de deuxième cycle soutenu par Marta Rossetti Batista (Batista, [1980] 2006). Reconnus en tant que groupe, les modernistes furent également compris comme des singularités artistiques, des puissances créatives individualisées. Le cycle de consécration touchait à sa fin.

Le modernisme en débat
31Les critiques contre ce phénomène ne tardèrent pas à surgir. Déjà en 1975, dans un article important intitulé « Análise do circuito », Ronaldo Brito souligna les limites et les vices du rapport entre l’art et le marché de l’art au Brésil au début des années 1970 (Brito, [1975] 2005). Se gardant d’adopter le ton optimiste et flatteur qui prédominait dans les discours de l’époque sur la croissance du marché de l’art, vue comme l’un des signes de la transformation économique du pays, l’auteur exposa dans ce texte son caractère limité et élitiste. Les critiques et les historiens n’échappèrent pas non plus aux reproches : plutôt que d’accomplir leurs tâches en toute indépendance, ils s’étaient faits les « inventeurs » d’auteurs et d’artistes oubliés du passé, les inscrivant dans une tradition culturelle nationale et dressant une histoire de l’art brésilien dont les contours reflétaient non pas ses aspects formels et esthétiques, mais plutôt les intérêts des galeries qu’ils représentaient (Brito, [1975] 2005, p. 58).

23  « […] paradoxalmente às custas da conquista cultural moderna por excelência: a autonomia da experi (…)
32Ronaldo Brito revint à plusieurs reprises dans ses écrits sur les limites du modernisme brésilien, esquissant au fil de ses écrits une approche interprétative réfractaire à l’historiographie dominante. À la rigueur, pour Brito, ainsi que pour la génération qui lui succéda et qui détient aujourd’hui une position prestigieuse dans la critique culturelle nationale, les premières productions modernistes ne furent pas proprement modernes. Appelées a posteriori à représenter une « culture authentiquement nationale », elles furent plutôt conçues dans l’optique d’« un rite de passage vers la modernité ». Et elles ouvrirent ce chemin « paradoxalement aux dépens de la conquête culturelle moderne par excellence : l’autonomie de l’expérience du moi lyrique moderne et son abandon total à l’aventure de l’œuvre »23. De son point de vue, ce fut seulement dans les années 1950, avec le triomphe au Brésil de l’abstraction (le concrétisme) et en particulier avec l’internationalisation suscitée par la Bienal de São Paulo, que se constitua au Brésil une conscience esthétique proprement moderne (Brito, 1985).
24  Sur l’importance de Clement Greenberg pour la critique brésilienne, voir Fabris, 1994a et Couto, 2 (…)
33C’est ainsi qu’apparaît une contradiction intéressante : ce qui semblait être la force culturelle du premier modernisme – sa capacité à incarner un art à la fois national et moderne – fut également sa limite. Pour des auteurs comme Ronaldo Brito, Rodrigo Naves (Naves, 1996) et même Tadeu Chiarelli (Chiarelli, 2012), les modernistes des années 1920 à la fin des années 1940, en répondant aux exigences idéologiques du moment, furent incités à figurer dans leurs œuvres une supposée réalité nationale. Ils restèrent ainsi prisonniers d’un schéma traditionnel de représentation, avec des référents visuels précis, ce qui donna lieu à une conception presque narrative de la peinture. Comme l’affirme Brito, les toiles de cette première génération « signifient beaucoup » ; leurs auteurs étaient enfermés dans une rhétorique sociale et humaine qui ne leur permettait pas de considérer l’espace de la toile comme pleinement autonome, un champ de recherches éminemment formelles (Brito, 1985, p. 13). À la différence du modernisme français, dont ils se réclamaient les héritiers éloignés, les modernistes brésiliens se limitèrent au sujet, à l’asservissement de la peinture à un contenu. Dans les Cinq filles à Guaratinguetá d’Emiliano Di Cavalcanti, par exemple, une relecture des Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso, le thème de la prostituée et du nu féminin semblait inspirer l’artiste bien plus que la dissolution de la perspective qui fait de l’œuvre de Picasso un jalon dans l’histoire de l’art. De même, Tarsila do Amaral, en formation dans l’atelier de Léger, choisit comme modèle Paysages animés, la série la moins audacieuse et la plus figurative de son maître, sans conserver sa critique de la modernité (Miceli, 2003). Il convient cependant de remarquer que les critiques à propos du caractère peu moderne du modernisme brésilien relèvent d’une perspective théorico-méthodologique particulière, établie notamment par Clement Greenberg24. Celle-ci privilégie l’auto-référentialité comme critère de valeur, excluant ainsi les injonctions sociales, historiques et politiques qui forment le contexte de l’œuvre. Cette approche mit en avant certains modes d’expression artistiques, comme la peinture et la sculpture, ce qui signifie l’exclusion a priori de certains mouvements et pratiques artistiques tels que l’Art nouveau, l’Art déco, le design et la mode, ou encore certains courants artistiques figuratifs, par exemple le surréalisme. Enfin, faisant abstraction des contextes et des conditions de création, elle prend pour acquis que la logique de développement des champs artistiques français et nord-américain est exemplaire, et les présente comme des modèles abstraits et universels à suivre, notamment par des pays dont la vie artistique possède une histoire propre, souvent distincte de celles désignées comme exemplaires.
25  « Paradoxal vanguarda a nossa, dividida entre passado e presente, ainda incerta sobre o significad (…)
34Dans le cas brésilien, ce dernier aspect est décisif. Si l’historienne de l’art Annateresa Fabris convient que les œuvres des modernistes ne sont pas modernes selon la perspective soutenue par le paradigme greenbergien, elle affirme qu’elles le furent d’un autre point de vue, dans la mesure où elles suscitèrent une conscience esthétique culturelle nouvelle et radicale au sein de la société locale (Fabris, 1994b). Aussi est-il possible de penser qu’il y eût au Brésil une avant-garde avant le modernisme, ou mieux encore, un modernisme qui s’affirma non par des langages artistiques en voie d’autonomisation, mais par des stratégies d’intervention collectives et par le rapport avec le public qu’il visait à provoquer. Comme elle l’affirme : « Elle est paradoxale, notre avant-garde, partagée entre le passé et le présent, encore dubitative au sujet de la signification de l’art moderne, polémique dans quelques-unes de ses propositions les plus extrémistes mais tout de même consciente de la nécessité d’une action violente si l’on souhaite imprimer de nouveaux rythmes à la création culturelle au Brésil »25.
35Outre les divergences quant à la définition du modernisme et la conciliation de l’expérience historique particulière du cas brésilien avec des concepts prétendument universels, d’autres tensions traversent aujourd’hui le débat historiographique. Parmi elles, on trouve la question géopolitique qui étaie les récits modernistes. Celle-ci consiste à mettre en cause la croyance largement répandue que le modernisme brésilien est un produit pauliste à l’origine qui se serait propagé dans tout le Brésil à partir de cet épicentre. Plusieurs études des dernières années insistent sur l’importance des arts graphiques et de quelques œuvres plastiques réalisées à Rio de Janeiro au tournant du xxe siècle, et leur rôle dans la formation d’une nouvelle conception visuelle propre aux transformations urbaines en cours dans la capitale sous la Première République – conception qui aurait précédé la conscience moderne urbaine revendiquée par les défenseurs de la « Semaine de 22 » (Velloso, 1996 ; Herkenhoff, 2002). D’autres études dénoncent les récits qui tendent à méconnaître et à sous-estimer la dynamique propre de la production et de la circulation des œuvres dans d’autres capitales régionales (Bulhões, 1995 ; Tejo, 2012).

36Il faut encore mentionner les nombreux travaux universitaires qui proposent une réinterprétation des critiques lancées par les modernistes de São Paulo contre les pratiques académiques (Coli, 2005 ; Migliaccio, 2000 ; Marques, 2001 ; Chiarelli, 2010 ; Dazzi, 2011). Les recherches actuelles sur la création au Brésil autour de 1900 montrent que la vision d’une académie restée hostile aux intenses transformations politiques et sociales survenues à la suite de la proclamation de la République en 1889 est incorrecte. Ces analyses ont considérablement élargi la compréhension de la signification historique du terme moderne au Brésil, contestant ainsi le monopole revendiqué par les travaux canoniques sur le modernisme produits dans les années 1970 et 1980.

37Ces différends à propos des origines, des dates, des lieux et des significations de ce qui est ou n’est pas moderne au Brésil font remonter à la surface la vitalité et la place centrale de ce sujet pour l’art et la culture du Brésil. Plutôt que de chercher une issue à cette impasse, il nous semble préférable d’invoquer Pierre Bourdieu, qui caractérisa l’art moderne justement comme une lutte permanente entre les membres du domaine artistique pour imposer leur propre définition de ce que sont l’art et l’artiste (Bourdieu, [1992] 1996, p. 255-281). Le concept de modernisme n’impliquerait donc pas un style unique, facilement identifiable par des caractéristiques formelles ou historiques précises et dont les origines et les maîtres seraient indiscutables ; il s’agit plutôt d’un concept en négociation permanente, dont le sens spécifique est revendiqué par chacun des groupes, des artistes, des critiques et des historiens impliqués dans cet univers concurrentiel, tous convaincus de leurs croyances, passionnés par ce qu’ils font et incertains quant aux victoires futures.
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– Passiani, 2003 : Enio Passiani, Nas trilha do Jeca: Monteiro Lobato e a formação do campo literário no brasil, São Paulo, 2003.

– Pontes, 1998 : Heloisa Pontes, Destinos mistos: os críticos do grupo Clima em São Paulo, 1940-68, São Paulo, 1998.

– Ridenti, 2000 : Marcelo Ridenti, Em busca do povo brasileiro: artistas de Revolução, do CPC à Era da TV, Rio de Janeiro/São Paulo, 2000.

– Rubino, 1992 : Silvana Rubino, As fachadas da história, mémoire de Master, Universidade Estadual de Campinas, 1992.

– Sarlo, 1988 : Beatriz Sarlo, Una modernidad periférica. Buenos Aires 1920 y 1930, Buenos Aires, 1988.

– Schwartzman, 1984 : Simon Schwartzman et al., Tempos de Capanema, São Paulo/Rio de Janeiro, 1984.

– Schwarcz, 1995 : Lília Schwarcz, « Complexo de Zé Carioca. Notas sobre uma identidade mestiça e malandra », dans Revista Brasileira de Ciências Sociais, 10/29, octobre 1995, p. 6-29.

– Souza, (1953) 2000 : Antonio Candido de Mello e Souza, « Literatura e cultura de 1900 a 1945 », dans Literatura e sociedade, São Paulo, (1953) 2000.

– Tejo, 2012 : Cristiana Tejo et al., Uma história da arte?, Recife, 2012.

– Velloso, 1996 : Mônica Pimenta Velloso, Modernismo no Rio de Janeiro: Turunas e Quixotes, Rio de Janeiro, 1996.

– Williams, 2001 : Daryle Williams, Culture Wars in Brazil: The First Vargas Regime, 1930-1945, Durham (VA), 2001.
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Notes
1  Le Brésil est composé de vingt-six États et du district fédéral (ou se trouve Brasília, la capitale fédérale), dotés d’une relative autonomie politique, économique et juridique, et marqués par plusieurs clivages internes et d’inégalités à différents niveaux. Chaque État a généralement un système universitaire, avec des institutions publiques (fédérales et/ou de l’État) et d’autres privées. Le pays possède de nombreux centres intellectuels et culturels, mais les ressources sont concentrées surtout dans les États de São Paulo, Rio de Janeiro, Minas Gerais, Rio Grande do Sul, Pernambuco, Bahia et Brasília. Ces divisions entraînent des partis pris historiographiques relativement distincts, la géopolitique étant l’un des axes qui articulent le débat, aux côtés d’autres perspectives théoriques et méthodologiques plus générales. Le marché de l’art est plutôt concentré à São Paulo et à Rio de Janeiro, qui se disputent le titre de « capitale artistique et intellectuelle » du pays, malgré l’importance de la production historiographique des autres États. Sur le champ artistique brésilien, les musées et les politiques publiques, voir Fialho, 2012 ; sur la concentration d’expositions et de commissaires à São Paulo et à Rio de Janeiro, consulter Cypriano, 2012.

2  L’idée de la Semaine de Deauville comme modèle pour la Semaine d’art moderne de 1922 a été proposée par Marinette Prado, épouse de Paulo Prado, un riche intellectuel de São Paulo qui était l’un des mécènes de la « Semaine de 22 ». Selon son témoignage recueilli par Aracy Amaral, la Semaine de Deauville se tenait chaque l’été, depuis le xixe siècle, et proposait des expositions de peinture, de mode, etc. (voir Amaral, 1998, p. 128-129).

3  Anita Malfatti étudia la peinture à Berlin sous Fritz Burger et Lovis Corinth de 1910 à 1914, puis rentra au Brésil en 1914 au début de la Première Guerre mondiale. Dès l’année suivante, toujours grâce à des subventions et des ressources familiales, elle poursuivit ses études de peinture à New York. Élève dans un premier temps à la Art Students League, elle étudia ensuite sous Homer Bross à la Independent School of Art, où elle resta jusqu’à son retour définitif au Brésil en 1917 (Batista, [1985] 2006).

4  Monteiro Lobato, « A Propósito da Exposição Malfatti », dans O Estado de S. Paulo, 20 décembre 1917.

5  « […] em termos concretos, toda a vida intelectual era dominada pela grande imprensa, que constituía a principal instância de produção cultural da época e que fornecia a maioria das gratificações e posições intelectuais » (Miceli, [2001] 2005, p. 17).

6  Plusieurs des premiers articles des modernistes ont été publiés dans les livres de Marta R. Batista (Batista, 1972) et Mário da Silva Brito (Brito, [1958] 1974).

7  « […] Paris pôs uma marca na minha inteligência. Foi como criar em mim uma nova natureza e o meu amor à Europa transformou meu amor à vida em amor a tudo que é civilizado. E como civilizado comecei a conhecer minha terra » (Di Cavalcanti, [1955] 1995, p. 142).

8  « […] pioneira de um estilo modernista brasileiro » (Amaral, [1975] 2003, p. 97).

9  « […] Sinto-me cada vez mais brasileira: quero ser a pintora de minha terra, Como agradeço por ter passado na fazenda a minha infância toda. As reminiscências desse tempo vão se tornando preciosas para mim. Quero, na arte, ser a caipirinha de São Bernardo, brincando com bonecas de mato, como no ultimo quadro que estou pintando. Não pensem que essa tendência é mal vista aqui. Pelo contrario. O que se quer aqui é que cada um traga contribuição do seu próprio país. Assim se explicam os sucessos dos bailados russos, das gravuras japonesas e da musica negra. Paris está farta de arte parisiense (Amaral, [1975] 2003, p. 78).

10  « […] paradigmático da relação entre condição abastada, aculturação francesa e alinhamento modernista » (Durand, [1989] 2009, p. 77).

11  Le pau-brasil, ou bois-brésil, une espèce végétale qui était abondante au moment de l’arrivée des Portugais dans le Nouveau Monde, a donné son nom au pays. La revendication de cette expression par les modernistes locaux reflétait donc l’importance qu’ils attribuaient aux questions « natives ».

12  En français dans le texte.

13  « Tarsila, minha querida amiga/Cuidado! Fortifiquem-se bem de teorias e desculpas e coisas vistas em Paris. Quando vocês aqui chegarem, temos briga, na certa. Desde já, desafio vocês todos juntos, Tarsila, Osvaldo e Sergio para uma discussão formidável. Vocês foram a Paris como burgueses. Estão épatés. E se fizeram futuristas! hi! hi! hi! choro de inveja UI! Ui! Ui! Mas que viado! Mas é verdade que considero vocês todos uns caipiras em Paris. Vocês se parisianizaram na epiderme. Isso é horrível! Tarsila, Tarsila, volta para dentro de ti mesma. Abandona o Gris e o Lhote, empresários de criticismos decrépitos e de estesias de ardentes! Abandona Paris! Tarsila! Tarsila!Vem para a mata virgem, onde não há arte negra, onde não há também arroios gentis. Há MATA VIRGEM. Criei o matavirgismo. Sou matavirgista. Disso é que o mundo, a arte, o Brasil e minha queridíssima Tarsila precisam. […] Um abraço muito amigo do Mário » (Mário de Andrade, dans Amaral, [1975] 2003, p. 369).

14  Feijoada est un plat traditionnel des esclaves au Brésil composé de haricots et de morceaux de viande de porc mélangés à du riz blanc (introduit par des immigrés japonais au xixe siècle) et à du chou (une plante indigène). Pendant la période du gouvernement de Getúlio Vargas, il était exalté comme étant « la nourriture typique nationale » car il permettait de célébrer la notion de mixité culturelle/raciale prônée par le régime.

15  En français dans le texte.

16  Pierre calcaire blanche utilisée pour la statuaire et les travaux d’architecture. Elle sert aussi à faire des plaques de revêtement.

17  Le complexe de la Pampulha, situé au bord d’un lac artificiel, à 18 kilomètres de Belo Horizonte, se composait de quatre bâtiments : le casino (devenu le musée d’art), la Maison de bals (devenue le Centre d’études sur l’urbanisme, l’architecture et le design), le Yacht Club et la merveilleuse église São Francisco de Assis, entièrement décorée par Portinari. Ce fut le premier grand projet d’Oscar Niemeyer.

18  Portinari of Brazil, (cat. expo., New York, The Museum of Modern Art, 1940), New York, 1940 ; Brazil Builds: Architecture New and Old, 1652-1942, Philip L. Goodwin éd., (cat. expo., New York, The Museum of Modern Art, 1943), New York, 1943.

19  La première partie de l’article a d’abord été publiée en 1953, dans un magazine allemand intitulé Staden-Jahrbuch, puis dans la première édition du livre de Cândido Mello e Souza, Literatura e sociedade: estudos de teoria et história literária, paru à São Paulo en 1965 (Coelho, 2012, p. 90).

20  « […] libertação de uma série de recalques históricos, sociais, étnicos, que são trazidos triunfalmente à tona da consciência literária. Este sentimento de triunfo, que assinala o fim da posição de inferioridade no diálogo secular com Portugal e já nem o leva mais em conta define a originalidade própria do Modernismo na dialética do geral e do particular » (Souza, [1953] 2000, p. 110).

21  « […] o mulato e no negro são definitivamente incorporados como temas de estudo, inspiração, exemplo. O primitivismo é agora fonte de beleza e não mais empecilho à elaboração da cultura. Isso na literatura, na pintura, na música, nas ciências do homem » (Cândido, [1953] 2000, p. 110).

22  Voir le site des archives : http://www.casaguilhermedealmeida.org.br (consulté le 15 septembre 2013).

23  « […] paradoxalmente às custas da conquista cultural moderna por excelência: a autonomia da experiência do eu lírico moderno e sua entrega total à aventura da obra » (Brito, [1975] 2005, p. 137).

24  Sur l’importance de Clement Greenberg pour la critique brésilienne, voir Fabris, 1994a et Couto, 2004, ainsi qu’un entretien avec le critique d’art Rodrigo Naves : http://www.forumpermanente.org/rede/numero/rev-numero7/entrevRodrigoNav (consulté le 15 septembre 2013).

25  « Paradoxal vanguarda a nossa, dividida entre passado e presente, ainda incerta sobre o significado da arte moderna, polêmica em relação a algumas de suas propostas mais extremistas, mas assim mesmo consciente da necessidade de uma ação violenta se se quisessem imprimir novos ritmos à criação cultural no Brasil » (Fabris, 1994a, p. 24-25).

Auteur
Ana Paula Cavalcanti Simioni
Docteur en sociologie de l’Universidade de São Paulo, elle est enseignante-chercheuse à l’Instituto de Estudos Brasileiros à l’Universidade de São Paulo, où elle développe ses recherches sur l’art et le genre au Brésil, les pratiques et les créations modernistes brésiliennes, et l’art et la culture sous la Première République brésilienne (1889-1930).

Voir aussi:

Manifeste anthropophage / Anthropophagie zombie
Oswald de Andrade / Suely Rolnik [tous les titres]
BlackJack éditions
paru en novembre 2011
édition française
14,5 x 21 cm (broché)
108 pages
14.00 €
ISBN : 978-2-91806-322-3
EAN : 9782918063223
en stock

Un dialogue entre deux appropriations singulières du concept d’anthropophagie à deux moments historiques clés : une nouvelle traduction du poème culte et fondateur de la modernité brésilienne d’Oswald de Andrade, prônant l’ingestion symbolique du colonisateur et de sa culture, publiée en regard d’une analyse par Suely Rolnik d’une expérience anthropophagique contemporaine dévoyée dans le contexte du capitalisme financier.
Et si l’anthropophagie nous permettait de penser notre contemporanéité ? En confrontant le Manifeste anthropophage et Anthropophagie Zombie, cet opus orchestre un dialogue entre deux appropriations singulières du concept d’anthropophagie à deux moments historiques clés : l’avènement de la modernité dans le poème culte d’Oswald de Andrade et l’avènement du capitalisme financier dans le texte de Suely Rolnik. L’anthropophagie est une pratique caractéristique des Indiens Tupi vivant au Brésil avant la Conquête. En réactivant ce concept, Oswald de Andrade affirme avec provocation la singularité de la culture brésilienne par rapport à la culture européenne. Suely Rolnik revient quant à elle sur cette notion dans un contexte contemporain mondialisé. Elle pointe ainsi un aspect négatif de l’expérience anthropophage en créant le concept de « subjectivité flexible ». Cette nouvelle subjectivité renvoie à l’hyper-adaptabilité du sujet contemporain aux mondes prêts-à-porter que propose le capitalisme. Cependant, l’anthropophagie peut également être réactivée de manière positive pour construire une expérience critique du monde dans lequel nous évoluons.

Monument de la littérature, le Manifeste anthropophage est l’un des textes fondateurs du modermisme brésilien. Son auteur, Oswald de Andrade, est connu pour son œuvre aussi diverse qu’iconoclaste et polémique. Le Manifeste anthropophage est, avec le Manifeste de la poésie Bois Brésil, l’un de ses écrits les plus radicaux. Blackjack éditions en propose ici une nouvelle traduction, largement annotée. Manger la culture colonisatrice, telle est la revendication du Manifeste anthropophage écrit au Brésil, en 1928. À travers cette poésie savoureuse, Oswald de Andrade prône la dégustation symbolique du colonisateur, affirmant la modernité brésilienne dans un processus de dévoration esthétique et politique qui consiste non pas à singer la modernité européenne mais à la manger, à l’assimiler pour en forger une déclinaison singulière. De Andrade offre ainsi une alternative originale au nivellement culturel et à la fascination pour une culture dominatrice.

Dans Anthropophagie zombie, Suely Rolnik revient sur la tradition anthropophage brésilienne, mais note que cette tradition a pris une connotation négative avec l’avènement du capitalisme financier. En effet, si historiquement l’anthropophagie s’affirme comme un concept positif, les troubles d’une « guerre esthétique planétaire » ont dévoilé la face cachée d’une anthropophagie dévoyée. Inspirée par la philosophie de Gilles Deleuze et par son travail avec Félix Guattari, Suely Rolnik montre comment les structures de la subjectivité sont attaquées par le capitalisme financier, l’expérience anthropophage donnant naissance à la subjectivité d’un « peuple de zombies hyperactifs ».

Comment réinvestir une anthropophagie positive et émanciper les subjectivités singulières ? Comment remettre le monde à l’œuvre ? L’élaboration critique de l’expérience anthropophage brésilienne pourrait-elle contribuer à problématiser la subjectivité contemporaine propre au régime du capitalisme financier ? Plus spécifiquement : pourrait-elle contribuer à problématiser la politique des relations à l’autre, tout comme le destin des puissances de création, inhérentes à cette nouvelle figure de la subjectivité ? En dernière instance, l’expérience anthropophage pourrait-elle contribuer à « soigner » l’actuelle fascination aveugle devant la flexibilité et la liberté d’hybridation récemment acquises ?

Oswald de Andrade est né à Sao Paulo en 1890. Avec l’écrivain, poète et critique Mario de Andrade, le poète Menotti del Picchia et les peintres Anita Malfatti et Tarsila do Amaral, Oswald de Andrade forme le Groupe des Cinq, qui agita la vie culturelle et artistique brésilienne dans les années 20. De Andrade fut l’un des propagateurs les plus actifs des idées modernistes, promouvant notamment la Semaine de l’Art moderne (festival de littérature, de musique et d’arts plastiques) en février 1922, au Théâtre municipal de São Paulo. Le but recherché – et atteint – était de révéler et mettre en valeur la singularité de l’identité culturelle et artistique brésilienne. Oswald de Andrade tisse ainsi des liens avec l’avant-garde artistique et littéraire brésilienne puis européenne, en particulier lors de ses fréquents séjours à Paris, entre 1923 et 1929. Il fait alors la rencontre de Blaise Cendrars, avec lequel il nouera une relation étroite. Oswald de Andrade est mort en 1954 à Sao Paulo.
Voir aussi Haroldo de Campos : Une poétique de la radicalité – Essai sur la poésie d’Oswald de Andrade.

Philosophe, psychothérapeute et critique d’art, Suely Rolnik est professeur au Centre de recherches sur la subjectivité de l’université de Sao Paulo. Elle enseigne également dans le cadre du programme d’études indépendantes du musée d’art contemporain de Barcelone. Elle articule ses recherches en arts autour de l’interface politique clinique. En 2007, les Empêcheurs de penser en rond publient Micropolitiques, ouvrage que Suely Rolnik et Félix Guattari ont écrit ensemble. Elle a écrit Schizoanalyse et anthropophagie pour le livre Gilles Deleuze, une vie philosophique (Empêcheurs de penser en rond, 1998). Elle a enfin écrit avec Corinne Diserens un ouvrage référent sur l’artiste brésilienne Lygia Clark : Nous sommes le moule. À vous de donner le souffle. Lygia Clark, de l’œuvre à l’événement (musée des Beaux-Arts de Nantes, 2005) ; on lui doit également l’édition, sous la forme d’un coffret de dix DVD, d’un ensemble d’entretiens autour des pratiques expérimentales de Lygia Clark (Archive pour une œuvre-événement – Projet d’activation de la mémoire corporelle d’une trajectoire artistique et son contexte, 2011).

Voir également:

Feu et plumes: coup d’envoi en Amazonie des premiers jeux mondiaux indigènes

AFP/RTBF
26 octobre 2015

Les premiers « Jeux mondiaux des peuples indigènes », s’ouvrent vendredi soir à Palmas, la capitale de l’Etat amazonien du Tocantins, au nord du Brésil, avec une cinquantaine d’ethnies originaires de 23 pays.

Ce sera l’occasion pour 1.800 athlètes de peuples indigènes d’Amérique latine mais aussi de Mongolie, d’Éthiopie, Canada, Japon ou Nouvelle Zélande entre autres, de s’affronter notamment au « rokra », un lointain cousin du hockey joué dans les champs avec des bâtons et des noix de coco, ainsi qu’en canoë, au javelot, au tir à l’arc ou à la lutte.

Ces jeux mondiaux sont issus des jeux indigènes brésiliens, créés en 1996. Quelque 700 des 1.800 athlètes inscrits sont Brésiliens, de 24 ethnies différentes. Les compétitions commenceront samedi et se dérouleront jusqu’au 31 octobre. Pour le sacro-saint dieu football, les tournois sont déjà en cours.

Le Conseil missionnaire indigène (Cimi), lié à l’église catholique brésilienne, a indiqué à l’AFP que certaines ethnies brésiliennes qui « boycottent » les jeux avaient prévu de faire une manifestation pour défendre leurs droits et notamment celui à la terre.

Ils critiquent l’expansion des agriculteurs sur les terres traditionnelles des peuples autochtones du Brésil. Jeudi soir, les athlètes indigènes se sont livrés à des rituels avant les jeux et ont éclairé d’un feu sacré la ville amazonienne de Palmas. Coiffés de parures de plumes, les corps enduits de peintures ancestrales, ils ont chanté et dansé.

Voir encore:

Les Indiens du Brésil disputent leurs « JO », avant le Mondial de foot

Le Parisien

16 Nov. 2013

Tronc d’arbre sur l’épaule, le visage crispé par l’effort, un guerrier surgit dans un nuage de poussière: à Cuiaba, l’une des villes hôtes du Mondial-2014 de football, les tribus indiennes du Brésil disputent « leurs » olympiades.

Dans la tribune, pas de « ola », de perruques fluo, de vuvuzelas ou d’hymnes nationaux. Teint cuivré, parures de plumes pour certains, les supporteurs encouragent leurs champions par des chants ancestraux au rythme des maracas.Pipe à la main, Tawra et les membres de sa tribu des Kariri-Xoco dansent en cercle autour de Tawani, pour célébrer sa participation au tir à l’arc. « Rena, reia, reia raoi!!! », scandent-ils pour donner des forces à leur champion, plongé dans un état léthargique. Course avec tronc Des rituels de ce type se répètent lors des 12es Jeux des Peuples indigènes. Ils ont été déclarés ouverts avec un grand « feu sacré », à moins de 1.000 jours des JO-2016 de Rio de Janeiro.Quelque 1.500 indigènes de 49 tribus brésiliennes et des représentants de 15 pays ont participé à ces olympiades indiennes qui s’achevaient samedi dans la capitale du Mato Grosso (centre-ouest).Au programme, le traditionnel tir à l’arc, ou le jet de lance bien sûr. Mais aussi des disciplines plus insolites, comme la « course avec tronc » où les relayeurs de chaque équipe se transmettent des cylindres de bois de plus de 100 kg! « Nous voulons montrer que nous avons une réelle authenticité, une très grande diversité », explique Jaruco Tanao, qui a voyagé quatre jours en bateau et en bus depuis Acre (nord) pour participer à ces Jeux.La plupart ont accompli de longs périples pour se rendre à Cuiaba, comme Zuri Duarte, 21 ans, de la tribu Harakmbut, qui représente le Pérou. Pour beaucoup, membres de tribus éclatées sur d’immenses territoires et sans contact entre elles, c’est une occasion unique d’échanger avec d’autres cultures indigènes ancestrales.Iguandili Lopez, du Panama, exécute la danse de son peuple, les Gunas, avec des Pataxo, reconnaissables à leurs corps peints en jaune. Keyuk Yanten, un Tewelche de Patagonie, chante avec des Mapuche du sud du Chili. »Cela me fascine que les tribus brésiliennes maintiennent cette pureté », confie Iguandili.Quelque 900.000 indigènes vivent aujourd’hui au Brésil. Ils ne représentent plus aujourd’hui que 0,5% d’une population de 200 millions d’habitants. Fils d’une « blanche » et d’un indien, Tawra explique que sa tribu est l’une de celles, encore nombreuses, qui luttent pour la reconnaissance de leurs territoires ancestraux, occupés par des agriculteurs. « Je me sens surtout indien. Nous autres, nous apprenons de la nature elle-même, nous, nous vivons en elle », explique le jeune homme. Un but = une flèche Les amphitryons de ces Jeux, les indiens Pareci du Mato Grosso, pratiquent un dérivé du football, ou plutôt une sorte de « headball », puisqu’il ne se joue qu’avec la tête. Chaque point gagné –en évitant qu’une petite balle ne touche la poussière avant d’avoir été frappée d’une tête souvent plongeante –, permet de gagner une flèche appartenant à l’équipe rivale.Cette discipline n’était pas encore officielle, mais en démonstration. Tout comme le tir à la sarbacane, ou le Javari, un jeu consistant à esquiver des flèches en se protégeant le corps d’un tube.Mais quand il s’agit de football, tous se lancent sur la pelouse avec la même passion que n’importe quel Brésilien.Le gouvernement étudie une proposition pour organiser un Mondial de football indigène en mai 2014, à quelques semaines du Mondial officiel organisé par la Fifa.L’équipe féminine de foot des Kariri Xoco l’emporte finalement aux tirs au but sur celle des Zuri. Mais le football n’est pas vraiment le fort des compétitrices qui éclatent de rire sans arrêt sur le terrain écrasé de chaleur.Une gaieté générale à peine troublée par les sanglots stridents d’une petite fille, qui ne veut pas que sa mère entre en jeu.

Voir de plus:

Protest Erupts During World Indigenous Games in Brazil
Jenny Barchfield, Associated press
PALMAS, Brazil

ABC news

ct 28, 2015
A noisy demonstration broke out Wednesday during the 100-meter dash competition at the World Indigenous Games, forcing a premature end to the day’s events at what organizers have described as the indigenous Olympics.

The protesters, a boisterous crowd made up mostly of native Brazilians in traditional dress, were outraged over a land demarcation proposal that they say would be catastrophic for Brazil’s 300 or so surviving tribes.

The proposed constitutional amendment would transfer the right to demarcate indigenous lands from the executive branch to Brazil’s Congress, which is heavily influenced by the powerful big agriculture lobby that has fought against indigenous reserves in the past.

A committee in the Chamber of Deputies approved the proposal late Tuesday, though it must get through the full lower house and Senate, then be signed by President Dilma Rousseff in order to become law.

Brandishing handwritten banners against the proposal, around 100 demonstrators breezed past security guards and onto the floor of the sporting arena in Palmas. Hundreds of others ran to join the group as spectators cheered them on.

The announcer initially ignored the mass of protesters — although, dressed in feathers body paint, with some brandishing spears or bows and arrows, they proved impossible to ignore.

Narube Werreria, a young woman from the Karaja nation, scrambled up into the VIP area and seized the microphone to deliver a heated attack on the proposal.

« When we were here at the games, they were there in Congress plotting to steal our lands, » she yelled. « Soon, there will be no more indigenous peoples, no more forest, no more animals. »

The protest was loud but peaceful. After about 20 minutes, the demonstrators turned and filed quietly out of the arena.

The crowd of a couple thousand spectators booed when organizers finally announced an end to the day’s activities, inviting the crowd to return Thursday.

Panamanian Cesar Cires had been slated to take part in a demonstration of the traditional games of his Ngabe-Bugle people, but his event was among the activities scrapped.

Still, Cires said he supported the demonstrators.

« We travelled a long way to be here, so it is a bit disappointing, » he said. « But we as indigenous people understand our Brazilian brothers’ plight. Next time, we’ll join the protest, too. »

Voir par ailleurs:

Salma Hayek donne le sein à un mystérieux bébé africain

Staragora

11/02/2009

L’Afrique fait décidément un drôle d’effet à nos amies les stars. Après la course à l’adoption faite par Madonna et Angelina Jolie (qui a des vus sur un orphelin en Namibie), voilà que c’est au tour de Salma Hayek de se retrouver en Sierra Leone, avec un nouveau né dans les bras. On le voit même en train de téter ses généreuses mamelles !

En visite dans un pays ravagé par des années de guerres civiles, l’actrice de 42 ans a offert son lait à un petit bébé dont la mère trop amoindrie n’était plus en été d’allaiter. Un geste remarquable, fait avec autant de modestie que de naturel.

Salma raconte que sa grand-mère, vivant autrefois dans un village déshérité du Mexique, avait fait exactement pareil avec un petit enfant, laissé à l’abandon, qui pleurait dans la rue.

Divorcée du richissime homme d’affaires français Pinault, l’actrice a une fille, Valentina, 1 an.

Ambassadrice pour l’UNICEF, Salma Hayek joue les mères de substitution photo et vidéo

Voir encore:

2005 : ils s’en foutent de la mort de Le Chenadec et d’Irvoas
Monique Bousquet

Ripost laïque

27 octobre 2015

Hier, 26 octobre, dix ans après les émeutes des banlieues, notre Premier Ministre réunissait aux Mureaux  un comité interministériel.

C’est ainsi que nous avons pu le voir  accompagné de pas moins de  17 ministres et d’élus toutes écharpes tricolores dehors, marcher dans les rues  des Mureaux dans ce qui ressemblait  à une commémoration solennelle de ces événements qui ont sidéré le monde entier et dans lesquels une certaine presse étrangère voyait un conflit ethnique.

Qu’y avait-il à commémorer? Il est vrai qu’en France les élus ont honte de nos victoires. Il suffit de visiter le mémorial élevé à Poitiers qui qualifie la bataille de « victoire truquée » et  Charles Martel de bâtard illégitime,  ou d’observer les commémorations des batailles napoléoniennes qu’affectionnent tant les Anglo-Saxons, auxquels la France n’hésite pas à prêter un navire pour rejouer la défaite de Trafalgar tout en refusant de  célébrer Austerlitz ou les nombreuses autres victoires de l’Empereur.

On préfère le compassionnel, là on sait faire.  Nées en Belgique, les marches blanches ont traversé le Quiévrain pour devenir notre spécialité. En toutes circonstances. De « Je suis Charlie » à l’effroyable accident de Puisseguin.

D’ailleurs, notre Premier Ministre l’a bien dit. « Il ne s’agit pas d’acheter la paix sociale ». Qui aurait pu penser une chose pareille!  Ni d’aller à la pêche aux voix. Honni soit qui mal y pense! Simplement donner des signes de reconnaissance à la banlieue, commémorer en quelque sorte un événement qui fera date dans l’Histoire de France –  et je ne doute pas qu’il entrera bientôt dans nos manuels scolaires – et lancer un énième Plan Marshall qui ressemble, comme les précédents,  à des mesures expiatoires.

Interviewé pour l’occasion dans l’émission des Grandes Gueules, un élu décelait un léger mieux. Il y a moins d’agressions, avançait-il,  mais elles sont plus violentes. Les victimes, on ose l’espérer, apprécieront certainement la délicate différence. Mais, le chômage, le manque de moyens… poursuit-il avec le ton de circonstance.  Bref, le maire réclame des subventions. Pour les élus, les problèmes de banlieue sont avant tout sociaux et économiques.

A quoi il ne faut pas manquer d’ajouter les problèmes de discrimination dont se prétendent victimes les jeunes de banlieue, qui ne sauraient être le fait que d’un racisme atavique, latent même chez les meilleurs d’entre nous. Blogueuse au Bondy Blog, créé par des journalistes suisses venus s’installer en 2005 à Bondy, en plein cœur des événements, Widad Kefti s’indigne qu’encore aujourd’hui, il n’y ait quasiment pas de journalistes non-Blancs à Libération, au Monde, et même à Mediapart. On notera au passage les arguties de notre novlangue, qui interdisent aux Blancs de se définir comme Blancs mais autorise son contraire.

Aussi, notre gouvernement passe-t-il à la vitesse supérieure et annonce une série de mesures coercitives  qui n’épargneront ni les maires, ni la police, ni l’école.  Il promet des passages en force contre les maires récalcitrants, des caméras-piétons, des testings, une carte scolaire plus rigide, qui laissent entrevoir des lendemains soviétoïdes.

Alors en cette période d’anniversaire et à l’approche de la Toussaint, je voudrais combler un oubli de notre gouvernement. Bien involontaire, à n’en pas douter.

Je voudrais rappeler le souvenir des deux vraies victimes. Je veux parler de Jean-Jacques le Chenadec et de Jean-Claude Irvoas.

Qui sont-ils? Si vous les avez oubliés, vous avez des excuses, parce que ce sont les morts oubliés de ces événements, pire qu’oubliés, tus, escamotés, gommés.

Alors pour rappel, Jean-Jacques le Chenadec, est cet homme âgé de 61 ans qui, à Stains, était descendu  en bas de son immeuble  parce que des jeunes mettaient le feu à des poubelles. Ils l’ont tué. Le meurtrier a été condamné à cinq ans de prison; il doit être libre à l’heure qu’il est.

Jean-Claude Irvoas, 56 ans, a voulu prendre en photo du mobilier urbain, à Epinay-sur-Seine. Des trafiquants de drogue, croyant qu’il les prenait en photo, l’ont agressé. M. Irvoas, selon l’un des agresseurs,  a prétendu être officier de police. Les quatre dealers l’ont achevé.

A Clichy-sous-bois, on inaugure aujourd’hui une allée qui porte le nom des deux jeunes morts dans le transformateur. Il n’y aura pas de plaques commémoratives pour Jean-Jacques le Chenadec et Jean-Claude Irvoas.

Une pensée pour les familles de ces deux hommes morts deux fois,  de l’incurie de l’Etat et de son silence. On préfère commémorer la jeunesse qui met la France à feu et à sang.

Voir également:

Les agresseurs du photographe d’Épinay aux assises

Stéphane Durand-Souffland
Le Figaro

02/01/2010

La mort de Jean-Claude Irvoas avait suscité un vif émoi en octobre 2005. Ni les témoignages, ni la séquence filmée par la caméra de surveillance, n’expliquent les constatations du légiste.

Dans l’après-midi du 27 octobre 2005 à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), une brève altercation mettait aux prises un homme et trois individus. Le premier chutait lourdement sur le trottoir : il succombait peu après, en dépit de tentatives de réanimation.

Il s’appelait Jean-Claude Irvoas. Salarié par un spécialiste de l’éclairage urbain, âgé de 56 ans, il voulait photographier un lampadaire pour enrichir son catalogue. Sa compagne et sa fille ont assisté à la scène tragique, filmée de surcroît par une caméra de vidéosurveillance.

Condamnés par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis en 2007, ses agresseurs présumés ont fait appel et comparaissent à nouveau, à Paris, à partir de mardi et jusqu’à vendredi prochain.

L’affaire avait suscité un vif émoi à Épinay-sur-Seine et fait grand bruit, à l’époque, dans un contexte d’émeutes urbaines dont elle était toutefois déconnectée. L’extrême droite avait tenté de la récupérer pour crier au racisme antiblanc, alors que trois des quatre individus concernés sont d’origine européenne.

Jean-Claude Irvoas est mort car Samba Diallo, Sébastien Béliny, Benoît Kusonika et Icheme Brighet, qui ont reconnu leur participation, voulaient lui dérober son appareil numérique. Le premier, en effet, «dealait» du cannabis : il a cru que M. Irvoas le photographiait. Celui-ci, espérant effrayer ses agresseurs, avait prétendu qu’il était «flic à Nanterre»…

90 secondes d’échauffourée
L’échauffourée n’a duré que 90 secondes, comme l’avait révélé Le Figaro après avoir pu visionner les images saisies par le dispositif de vidéosurveillance installé par la municipalité dans ce quartier bien connu pour être le théâtre d’un trafic de stupéfiants. Reste que ni les témoignages humains, ni la brève séquence captée par la bande magnétique, n’expliquent les constatations du médecin légiste. Tant les agresseurs présumés que les proches de la victime font état d’un unique coup violent qui aurait déséquilibré le photographe amateur ; or plusieurs traces relevées sur le corps de ce dernier laissent penser qu’il a été molesté avec davantage d’acharnement.

À l’issue du procès de novembre 2007, l’avocat général avait requis des peines allant de cinq à dix-huit ans d’emprisonnement pour les quatre comparses. Après un délibéré de plus de sept heures, la cour et les jurés ont revu à la baisse les sanctions : deux ans de prison pour Sébastien Béliny, simple guetteur, douze années de réclusion pour MM. Diallo et Brighet, complices du crime, et, enfin, quinze pour Benoît Kusonika, son auteur. Ce jeune homme né à Limoges, 25 ans lors des faits, se montrait parfois violent avec sa compagne d’alors. Il avait passé une nuit blanche et fumé quelques joints lorsque son chemin a croisé celui de la victime.

Au procès de Bobigny, le père de M. Kusonika avait demandé pardon à la partie civile. Évoquant la victime, il déclarait ainsi : «Cet homme-là, c’est moi, c’est nous, c’est tout le monde ici ! Ç’aurait pu être n’importe qui.»

Voir de plus:

Peines allégées en appel contre les assassins de Jean-Claude Irvoas

Georges Brenier

RTL

09/01/2010

La cour d’assises de Paris a légèrement réduit vendredi soir les peines infligées en appel aux trois agresseurs de Jean-Claude Irvoas, un père de famille de 56 ans battu à mort lors des émeutes de 2005, alors qu’il photographiait des lampadaires à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Ainsi, Benoît Kusonika, seul accusé à reconnaître avoir frappé Jean-Claude Irvoas, alors consultant pour un spécialiste de l’éclairage urbain, a vu sa condamnation passer de 15 à 14 ans de réclusion criminelle. Samba Diallo et Icheme Brighet, qui avaient été condamnés le 23 novembre 2007 à douze ans de réclusion par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, ont vu leurs peines passer à respectivement 10 et 11 ans.

A l’issue de près de sept heures de délibéré, Sébastien Béliny a vu confirmée sa peine de deux ans d’emprisonnement  pour « complicité de vol avec violences ayant entraîné la mort ».

Jeudi, l’avocat général François-Louis Coste avait requis une peine de cinq ans dont trois ans avec sursis contre Béliny, de 18 ans contre Kusonika et de 15 ans contre les deux autres.

En dépit de ce nouveau procès,  le doute subsiste pourtant sur huit des coups portés à la victime. Car si neuf lésions ont été relevées par les médecins, seul l’un des coups – celui qui  a provoqué la chute mortelle de la victime – a été reconnu par Kusonika.

Épinay : la fille de la victime raconte l’agression mortelle
Anne-Charlotte De Langhe
Le Figaro

22/11/2007

Le 27 octobre 2005, Jean-Claude Irvoas a été victime d’une agression «très rapide» par des jeunes le soupçonnant d’être un policier.

D’emblée, un mauvais pressentiment. Le 27 octobre 2005, lorsque son père pénètre en voiture dans le quartier chaud d’Orgemont, Floriane Irvoas éprouve un réel malaise. «De la peur», même. L’adolescente, alors âgée de 16 ans, vient de déjeuner en famille au bord du lac d’Enghien. Mais pour les besoins de son métier, Jean-Claude Irvoas tient à clôturer la balade par une halte rue de Marseille, à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Le temps pour lui de prendre quelques clichés d’un lampadaire conçu par la société qui l’emploie. Quelques minutes, à peine, qui conduiront à l’agression mortelle de ce consultant de 56 ans par quatre jeunes hommes, que juge depuis mardi par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis à Bobigny.

À la barre, Floriane raconte. «Avant de se garer, mon père nous a dit : “Mettez vos casques !”. Il plaisantait mais je n’étais pas rassurée.» Brigitte, elle, demande à son époux de «faire vite». «Je savais qu’il était chanceux et qu’il ne lui arrivait jamais rien», confie-t-elle à son tour. Muni de l’appareil photo numérique de Floriane, Jean-Claude Irvoas descend de son véhicule et fait plusieurs mètres à pied. Repéré par Sébastien Béliny, aujourd’hui accusé de complicité, le quinquagénaire intrigue un groupe de jeunes. «Y’a un mec qui prend des photos», prévient Béliny, inquiet d’un éventuel repérage policier dans ce secteur, chasse gardée des dealers d’Épinay.

Samba Diallo, Benoît Kusonika et Icheme Brighet suivent alors Jean-Claude Irvoas. Les déclarations confuses des accusés n’ont jusqu’à présent pas permis de dire si le vol était leur seul mobile. Depuis la banquette arrière du véhicule familial, Floriane, elle, aperçoit son père revenir. «J’étais soulagée, dit-elle. Mais lorsque j’ai vu qu’il était suivi par trois individus, dont un avec une capuche, je me suis dit : “Il va se passer quelque chose.”» En effet, Samba Diallo saisit le bras de Jean-Claude Irvoas, le traîne à l’abri de feuillus, avant d’être rejoint par Brighet et Kusonika. Une agression «très, très rapide», confiera un enquêteur de la brigade criminelle, préférant parler d’un «acte lâche et stupide» plutôt que d’un «lynchage».

Caméra de surveillance
Immortalisée par une caméra de vidéosurveillance, la scène reste cependant à jamais obscurcie par la présence dans le champ de vision d’un saule pleureur. Pour se défaire de l’emprise de ses agresseurs, Jean-Claude Irvoas aurait prétendu être «un flic de Nanterre». À ces mots, Benoît Kusonika aurait, lui, «pété les plombs», assénant à l’homme le coup de poing fatal.

Aussi, à l’heure où Brigitte portait secours à son mari, «du sang plein les mains» et sous le nez de passants pour la plupart indifférents, Diallo et Béliny filaient se changer les idées au centre commercial de Villetaneuse. Non sans avoir pris soin de modifier leur tenue vestimentaire afin de ne pas être repérés. Un classique dans la cité : «Lorsqu’on fait un p’tit coup, tout de suite après on se change», dira Samba Diallo.

Voir de même:

Emeutes de 2005 : cinq ans de prison pour l’agresseur de Le Chenadec
Le Parisien

12 Juin 2009

Salaheddine Alloul a été condamné vendredi soir à cinq ans de prison pour le coup mortel qui a entraîné la mort de Jean-Jacques Le Chenadec. Le drame s’était déroulé le 4 novembre 2005, un de ces soirs d’émeutes qui embrasaient les banlieues.

La victime était d’ailleurs descendue avec l’un de ses voisins éteindre un feu de poubelles, lorsqu’avait éclaté une altercation avec un groupe de jeunes.

L’avocate générale Agnès Thibault avait requis vendredi après-midi «8 à 10 ans de prison» contre ce jeune homme jugé depuis mercredi aux assises de Bobigny (Seine-Saint-Denis).  Frappé d’un coup de poing, au pied de son immeuble de Stains, la victime, âgée de 61 ans, avait sombré dans le coma et était décédée deux jours plus tard.

Durant le procès, l’accusé de 22 ans a nié avoir frappé Le Chenadec. Les témoins qui ont permis son arrestation en juillet 2007 sont aussi revenus sur leurs déclarations. Mais pour la substitut du procureur, pas doute «Alloul est bien le bon coupable». Pour elle, il a agi «dans un coup de colère, il a perdu la maîtrise de soi. Il ne voulait pas la mort de Jean-Jacques Le Chenadec, c’est pourquoi il a autant de mal à admettre sa responsabilité aujourd’hui», a-t-elle estimé. S’il n’y a pas de preuves matérielles dans le dossier _ «ni empreintes ADN, ni caméras de videosurveillance» _ il y a suffisamment d’éléments, selon Agnès Thibault, pour confondre Salaheddine Alloul. A commencer par ce «menton en galoche», décrit par Jean-Pierre Moreau, le voisin, présent à côté de la victime.

L’avocat de Salaheddine Alloul a plaidé vendredi après-midi. Le verdict est attendu dans la soirée.

Voir de même:

La loi du silence pèse au procès de l’affaire Jean-Jacques Le Chenadec
PROCES Cet homme était décédé après avoir reçu un coup de poing mortel lors des émeutes à Stains (Seine-Saint-Denis), en novembre 2005. Les témoins ont défilé à la barre sans apporter de réponses.

William Molinié

20 minutes

12.06.2009

Motus et bouche cousue, hier, aux assises de Bobigny, où s’est ouvert,mercredi, le procès de l’affaire Jean-Jacques Le Chenadec. Cet homme était décédé après avoir reçu un coup de poing mortel lors des émeutes à Stains (Seine-Saint-Denis), en novembre 2005. Les témoins ont défilé à la barre sans apporter de réponses. Au contraire, la quinzaine de jeunes présents le soir du drame n’ont fait qu’ajouter du flou aux contours déjà bien troubles de l’affaire. « C’est comme ça depuis quatre ans. C’est vraiment lourd à porter », assure, la gorge serrée, Colette, la veuve de la victime.

Les témoins appelés à la barre, pour la plupart des jeunes habitants du quartier, sont revenus sur leurs dépositions, assurant que l’actuel accusé, Salaheddine Alloul, n’était pas le coupable. Avec des arguments bien différents, frôlant parfois la limite de « l’insolence », selon les termes de l’avocat général. L’un accuse l’officier de police de lui avoir « fait dire ce qu’il voulait entendre », l’autre soutien qu’il « s’est trompé », un dernier invoque un « défaut de mémoire ». Même sous la menace d’une comparution immédiate pour faux témoignage, ils maintiendront, contrairement à leurs premières dépositions, que Salah est innocent. Pourquoi ce revirement ? Certains évoquent des pressions. « J’ai été obligé de dire que Salah était coupable pour sauver ma peau », jurera un des témoins et ami de l’accusé, faisant référence à cette fameuse loi de la cité qui interdirait de « balancer les coupables », comme l’évoquait à la barre un officier du service de la police judiciaire du 93. L’avocat de la famille concluait en ces termes, excédé : « J’ai trop de respect pour ma robe pour concourir à ce bal de faux témoins. » Depuis le début du procès, le principal accusé clame son innocence. Il affirme avoir frappé le voisin présent en bas de l’immeuble, M. Moreau, mais pas Jean-Jacques Le Chenadec. « Je suis très choquée par ce procès car aujourd’hui, je ne sais toujours pas qui a tué « le vieux », comme ils l’appellent, et ça, ça me fait très mal », concluait Colette. Le procès s’achève ce soir. Avec l’espoir pour la famille que la soi-disante « omerta » qui pèse sur ce dossier tombe avant les plaidoiries.

Voir encore:

Image of Drowned Syrian Boy Echoes Around World
Details emerge about 3-year-old from Syria who died off Turkish coast
Joe Parkinson in Istanbul and
David George-Cosh in Toronto
Sept. 3, 2015
His name was Aylan. He was 3 years old, from war-torn Syria.

His final journey was supposed to end in sanctuary in Europe; instead it claimed his life and highlighted the plight of desperate people caught in the gravest refugee crisis since World War II.

The images of the toddler’s lifeless body on a Turkish beach have reverberated across the globe, stirring public outrage and embarrassing political leaders as far away as Canada, where authorities had rejected an asylum application from the boy’s relatives.

The child pictured facedown in red T-shirt and shorts was identified as Aylan Kurdi, a Syrian Kurd from Kobani, a town near the Turkish border that has witnessed months of heavy fighting between Islamic State and Syrian Kurdish forces.

He drowned after the 15-foot boat ferrying him from the Turkish beach resort of Bodrum to the Greek island of Kos capsized shortly before dawn on Wednesday, killing 12 passengers. Aylan’s 5-year-old brother, Galip, and his mother, Rehan, were also among the dead. His father, Abdullah, was the only family member to survive.

On Thursday, a distraught Mr. Kurdi, 40, told reporters he was preparing to take the bodies back to Kobani for burial and would stay there.

“From now on, I will live (in Kobani) too. I want to be buried with my family,” he said outside the morgue in the nearby town of Mugla.

Mr. Kurdi brought his family to Turkey three years ago after fleeing fighting first in Damascus, where he worked as a barber, then in Aleppo, then Kobani. His Facebook page shows pictures of the family in Istanbul crossing the Bosporus and feeding pigeons next to the famous Yeni Cami, or new mosque.

From his hospital bed on Wednesday, Mr. Kurdi told a Syrian radio station that he had worked on construction sites for 50 Turkish lira (roughly $17) a day, but it wasn’t enough to live on. He said they depended on his sister, Tima Kurdi, who lived in Canada, for help paying the rent.

Ms. Kurdi, speaking Thursday in a Vancouver suburb, said that their father, still in Syria, had suggested Abdullah go to Europe to get his damaged teeth fixed and find a way to help his family leave Turkey. She said she began wiring her brother money three weeks ago, in €1,000 ($1,100) amounts, to help pay for the trip.

Shortly after, she said her brother called her and said he wanted to bring his whole family to Europe, as his wife wasn’t able to support their two boys alone in Istanbul.

The father of 3-year-old Aylan Kurdi, whose body washed ashore on a Turkish beach, spoke with reporters after harrowing images of his dead son were published across the globe. Image: Associated Press
“If we go, we go all of us,” Ms. Kurdi recounted him telling her. She said she spoke to his wife last week, who told her she was scared of the water and couldn’t swim.

“I said to her, ‘I cannot push you to go. If you don’t want to go, don’t go,’” she said. “But I guess they all decided they wanted to do it all together.”

At the morgue, Mr. Kurdi described what happened after they set off from the deserted beach, under cover of darkness.

“We went into the sea for four minutes and then the captain saw that the waves are so high, so he steered the boat and we were hit immediately. He panicked and dived into the sea and fled. I took over and started steering, the waves were so high the boat flipped. I took my wife in my arms and I realized they were all dead.”

Mr. Kurdi gave different accounts of what happened next. In one interview, he said he swam ashore and walked to the hospital. In another, he said he was rescued by the coast guard.

“My kids were the most beautiful children in the world,” he said outside the morgue. “They woke me up every morning to play with them. They are all gone now. Now all I want to do is sit next to the grave of my wife and children.”

In Canada, Ms. Kurdi said her brother had sent her a text message around 3 a.m. Turkish time Wednesday confirming they had set off. The next time she spoke to him, he was in shock, telling her how he fought vainly to keep his two boys alive in the water, one tucked under each arm.

“They screamed ‘Daddy, please don’t die,” she said he told her. One by one, as he realized they were dead, he closed his eyes and let go, she said.

“He said, ‘I did everything in my power to save them, but I couldn’t,’” she said. “My brother said to me, ‘My kids have to be the wake-up call for the whole world.’”

Social Reactions

Mr. Kurdi said he had paid smugglers some €4,000 for safe passage to Greece. Turkish news agencies reported Thursday that police had detained four Syrians suspected of involvement in arranging the boat.

Across the world, news organizations published a variety of iterations of the image of the boy, with many expressing editorial outrage at the perceived inaction of developed nations to help refugees.

The focus of Canada’s national election campaign shifted Thursday to the country’s response to the migrant crisis, with Prime Minister Stephen Harper defending his government’s track record on refugee issues and pledging to do more.

Canadian media had cited Ms. Kurdi in Wednesday reports saying Aylan’s family had applied to immigrate to Canada, but she said on Thursday that the application was for another brother, Mohammad. That application was rejected because “it did not meet regulatory requirements for proof of refugee status recognition,” Canada’s immigration department said.

President Recep Tayyip Erdogan of Turkey—which has taken 1.7 million of Syria’s estimated 4 million refugees—castigated Europe for what he said was its failure to address the migration wave and the conflicts behind it.

He accused the European Union of bickering over distribution of immigrants while much poorer nations like Turkey, Jordan and Lebanon take in millions of refugees from Syria, Iraq and beyond.

“The European nations that have turned the Mediterranean into a grave for immigrants share the sin for each immigrant’s death,” Mr. Erdogan said. “It is not only immigrants who are drowning in the Mediterranean, it is also our humanity.”

In the U.K., where the government is facing mounting calls to offer more asylum spots for refugees, an online petition urging Prime Minister David Cameron to accept more asylum seekers surged to more than 300,000 signatures from 40,000 a day earlier.

Mr. Cameron said he was “deeply moved” by the photos of the deaths and pledged to fulfill Britain’s “moral responsibility.” French Prime Minister Manuel Valls said the images showed the need for urgent action by Europe.

Morning television shows across Europe were already comparing the image’s power to Nick Ut’s Pulitzer Prize-winning 1972 photograph of a 9-year-old Vietnamese girl running naked, suffering agonizing burns from a napalm attack.

Nilufer Demir, the photographer from Turkey’s Dogan News Agency who captured the pictures of Aylan on the beach, said her “blood froze” when she saw the body.

“The only thing I could do was to make his scream heard,” said Ms. Demir, who has been photographing immigration since 2003. “I hope something changes after today.”

—Karen Leigh in Dubai and Emre Peker in Ankara contributed to this article.

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Voir enfin:

Banlieues : quand le gouvernement instaure un diplôme national supérieur de hip-hop
André Bercoff
Le Figaro
27/10/2015

Après sa visite aux Mureaux, Manuel Valls a annoncé une batterie de mesures pour les banlieues : parmi celles-ci, l’instauration d’un diplôme national de hip-hop et le soutien à la réalisation d’oeuvres de street-art. La réaction d’André Bercoff.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Son dernier livre Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi est paru en octobre 2014 chez First.

Une bonne nouvelle n’arrive heureusement jamais seule. En même temps que la décélération des chiffres du chômage – hirondelle qui, si elle ne fait pas le printemps, rend quelques couleurs au teint des princes qui nous gouvernent – la montagne des Mureaux n’a pas accouché que de souris. On le sait: la Commission Interministérielle à l’Egalité et à la Citoyenneté s’est réunie le 26 octobre dernier pour parachever le énième plan sur les banlieues, le lien social, le vivre et se loger ensemble, la diversité, la proximité et autres facteurs indispensables d’une France que l’on espère, un jour, un peu plus apaisée qu’aujourd’hui.

Il serait facile d’ironiser, de parler de cautères sur des jambes de bois, des 50 milliards déjà déversés sur les cités sans que diminuent d’un centimètre carré les territoires perdus de la République, qui ne sont pas perdus pour tout le monde. Drogue et délinquance, communautarisme et exclusion, incivilités et tensions, précarité et chômage: ne jetons pas la pierre aux gouvernements successifs qui ont tout essayé, tout donné, tout distribué, sauf l’essentiel: un cap, une autorité et la conscience qu’au-delà d’une certaine limite, les tickets hors-la-loi ne sont plus valables. Courage du pouvoir et pouvoir du courage: vertus rares.

Dans ce paysage brouillé et opaque, une illumination: le 26 octobre, aux Mureaux, le ministère de la Culture et de la Communication instaure un diplôme national supérieur professionnel de la danse hip-hop. Il va également encourager, de manière sonnante et trébuchante, la réalisation d’œuvres de street art dans le cadre de la commande publique. Il va enfin soutenir le développement de toutes les créativités grâce au Buzz Booster. Quand Fleur Pellerin entend le mot «culture urbaine», elle sort, sous les bravos, son carnet de chèques.

Point de méprise: le hip-hop, le street art et les musiques urbaines peuvent engendrer de très belles œuvres et font partie intégrale, sinon intégrée, du paysage contemporain. Mais ce qui est hallucinant, c’est cette rage étatique de tout récupérer dès l’embryon, dans des domaines dont la qualité, l’originalité et le talent sont dus essentiellement à leur ADN rebelle, marginal, souterrain. Tout se passe comme si, désormais, le moindre cri contestataire, qu’il soit graphique, sonore ou audiovisuel, doit être dans tous les sens du terme, «assisté» par l’Etat providence. Que les grands esprits de tous les temps aient eu besoin de mécènes, cela est établi ; que le moindre graffiteur en mal de muraille se transforme en intermittent du spectacle, ce n’est peut-être pas la meilleure manière de l’encourager dans l’extension sablonneuse et malaisée des champs de la création véritable.

Le souci, aussi généreux que monomaniaque, de mettre, dès ses balbutiements, n’importe quel débutant en couveuse ne produira jamais, au mieux, que des poulets en batterie. La «mère des arts, des armes et des lois» mérite tout de même autre chose et peut-être que tout cela ne soit pas exprimé qu’en anglais.


Manuels scolaires palestiniens: C’est comme le bikini (Three kinds of lies: Latest study on incitement in Israeli and Palestinian textbooks comes up with a statistical tie)

23 octobre, 2015
bikini-graphstabchartIl y a trois sortes de mensonges: les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. (attribué à) Mark Twain
Les statistiques, c’est comme le bikini: ça donne des idées mais ça cache l’essentiel! Aaron Levenstein (repris par Coluche)
L’objectivité parfaite, c’est cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler. Jean-Luc Godard
Comment la puissance américaine a-t-elle été contestée le 11 septembre 2001? Sujet de géographie du brevet français (2005)
Les États-Unis sont devenus la cible d’États et de mouvements qui refusent l’hégémonie américaine sur le monde. (manuel français de 3e , Magnard, 2003)
Si aujourd’hui la France devait écrire un manuel binational à des fins d’apaisement des tensions, ne serait-ce pas plutôt avec les Etats-Unis? Barbara Lefèbvre et Eve Bonnivard
Jusqu’au milieu des années 1980, l’enseignement de l’histoire était si imprégné de marxisme qu’on ne pouvait formuler la moindre position critique vis-à-vis du régime soviétique dans les ouvrages scolaires. Jacques Dupâquier
Les Allemands trouvaient nos textes trop anti-américains et nous trouvions les leurs trop atlantistes. Je ne me suis jamais considéré comme anti-américain. Mais après avoir parlé aux Allemands, je me suis rendu compte qu’il y avait une culture française de l’anti-américanisme. Guillaume Le Quintrec
Le terrorisme est l’arme des faibles, qui dans l’incapacité d’attaquer frontalement une grande puissance, cherchent à la déstabiliser en s’en prenant à des cibles symboliques. Manuel d’histoire-géographie français (Magnard)
Tuez les Juifs partout où vous les trouverez. Cela plaît à Dieu, à l’histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. (…) [L]es Allemands n’ont jamais causé de tort à aucun musulman, et ils combattent à nouveau contre notre ennemi commun […]. Mais surtout, ils ont définitivement résolu le problème juif. Ces liens, notamment ce dernier point, font que notre amitié avec l’Allemagne n’a rien de provisoire ou de conditionnel, mais est permanente et durable, fondée sur un intérêt commun. Haj Amin al-Husseini (moufti de Jérusalem, discours sur Radio Berlin, le 1er mars 1944)
L’Allemagne national-socialiste lutte contre la juiverie mondiale. Comme dit le Coran : “Tu apprendras que les Juifs sont les pires ennemis des musulmans.” Les principes de l’islam et ceux du nazisme présentent de remarquables ressemblances, en particulier dans l’affirmation de la valeur du combat et de la fraternité d’armes, dans la prééminence du rôle du chef, dans l’idéal de l’ordre. Voilà ce qui rapproche étroitement nos visions du monde et facilite la coopération. Haj Amin al-Husseini
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Depuis les premiers jours de l’islam, le monde musulman a toujours dû affronter des problèmes issus de complots juifs. (…) Leurs intrigues ont continué jusqu’à aujourd’hui et ils continuent à en ourdir de nouvelles. Sayd Qutb (membre des Frères musulmans, Notre combat contre les Juifs)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. Charte de l’OLP (article 15, 1964)
Ce sera une guerre d’extermination, un massacre dont on parlera comme des invasions mongoles et des croisades. Azzam Pasha (président de la ligue arabe, le 14 mai 1948)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Les nazis ont probablement tué moins d’un million de Juifs et le mouvement sioniste a participé au massacre. Abou Mazen (alias Mahmoud Abbas, thèse, 1982)
Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Dieu. Avec l’aide de Dieu, chaque djihadiste (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé. Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. Mahmoud Abbas
 Nos vies et notre sang seront sacrifiés pour la mosquée Al-Aqsa. Chaque violation du côté israélien contre Al-Aqsa est une violation de l’occupation, qu’elle soit accomplie dans des uniformes militaires ou religieux ou sous une couverture politique. Nous devons lutter contre toutes ces violations jusqu’à ce que l’occupation soit levée. Raed Salah
Des centaines de milliers de fidèles musulmans doivent aller à Al-Aqsa et s’opposer au complot israélien de verser le sang des habitants arabes de Jérusalem-Est. Aujourd’hui, c’est seulement le travail de quelques individus, mais nous avons besoin d’un soutien national. Si les attaques individuelles continuent sans soutien national, ces actions seront éteintes dans les prochains jours, et donc des centaines de milliers de personnes doivent se mobiliser pour commencer une véritable Intifada. Hanin Zoabi (députée arabe au Parlement israélien)
Mon frère de Cisjordanie : Poignarde ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes du Talmud dans leurs esprits ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes sur le Temple dans leurs cœurs ! (…) Ô peuple de la mosquée d’Al-Abrar et peuple de Rafah, depuis votre mosquée, vous avez l’honneur de délivrer ces messages aux hommes de Cisjordanie : formez des escouades d’attaques au couteau. Nous ne voulons pas d’un seul assaillant. Ô jeunes hommes de Cisjordanie : Attaquez-les par trois et quatre. Les uns doivent tenir la victime, pendant que les autres l’attaquent avec des haches et des couteaux de boucher. (…) Ne craignez pas ce que l’on dira de vous. Ô hommes de Cisjordanie, la prochaine fois, attaquez par groupe de trois, quatre ou cinq. Attaquez-les en groupe. Découpez-les en morceaux. Mohammed Salah (« Abou Rajab », imam de Rafah, Gaza)
Je veux poignarder un juif. Parce qu’il nous a volé notre terre. Avec un couteau. Rahf Abuesha (élève de maternelle jordano-palestinienne)
Dans la bande de Gaza, étroite enclave côtière déjà ravagée par trois guerres et qui étouffe depuis neuf ans sous le blocus israélien, le désespoir est à son comble: la moitié des jeunes cherchent à s’exiler, les suicides sont en hausse, le chômage –l’un des plus forts taux au monde à 45%– n’a jamais été si haut et les perspectives d’avenir si lointaines. L’Obs
Nous demandons à tous les camps de respecter les lieux saints. Ban Ki Moon
Le couteau est érigé en symbole du désespoir de « la génération Oslo ». Francetvinfo
« Palestinian textbooks : Where is all that ‘incitement’? ». International Herald Tribune (December 18, 2004)
Israeli and Palestinian textbooks omit borders The Guardian ( 4 February 2013)
‘Textbooks show both sides to blame for enmity’, The Jerusalem Post (4 February 2013)
, ‘Israeli and Palestinian textbooks fail balance test, study finds,’ Los Angeles Times, 4 February 2013
‘New textbook study threatens to undercut argument that Palestinian schools preach hate’, JTA
‘Israeli, Palestinian textbooks ‘one-sided’,’ AAP/The Australian (5 February 2013)
« Israelis’ textbooks fare little better than Palestinians' ». Haaretz (09/12/2004)
The Israeli-Palestinian schoolbook study is among the most comprehensive, fact-based investigations ever done of school textbooks. The scientists developed a new research methodology that employed a standardized, manualized, multi-rater system in order to produce a transparent and scientifically rigorous analysis of current Israeli and Palestinian schoolbooks. The study represents the first phase towards the critically important goal of developing education for peace, as specified by the Council of Religious Institutions of the Holy Land, which initiated the study, and as highlighted in the Oslo II Agreement in 1995. All funding for the study came from a single public source, the US State Department’s Bureau of Democracy, Human Rights and Labor. Bruce Wexler (Yale)
There is generally a total denial of the existence of Israel – and if there is an Israeli presence it is usually extremely negative. For the next generation, there is no education at all about collaboration and no information about the many collaborations that already exist between Israelis and Palestinians in environmental and other areas. Eldad Pardo
In geography textbooks, Israel usually does not appear in maps of the Middle East, instead “Palestine” is shown to encompass Israel, the West Bank and the Gaza Strip. Jaffa is also shown on maps of Palestine, but Tel Aviv and other predominantly Jewish cities, such as Ramat Gan, kibbutzim and moshavim, are not displayed. One of the Palestinian textbooks reviewed by IMPACT-SE, History of Ancient Civilization, published in 2009 and used to teach fifth-graders, states that the Levant consists of the states of Palestine, Jordan, Lebanon and Syria. Israel is not mentioned. Other textbooks read for the study asked students to “color the Negev Desert on the map of Palestine,” and to solve the following mathematical word problem: “An independent Palestinian state was declared in 1988. How many years have passed since the declaration of independence?” Another textbook included a map of the Old City of Jerusalem – which did not contain the Jewish Quarter. Meanwhile, in an additional example, a textbook printed a British Mandate postage stamp, but erased the Hebrew inscription “Palestine: The Land of Israel” that appeared on the original. In addition, some textbooks described the Canaanites as an Arabic-speaking people whose land was stolen by Jews, and stated that Jews came from Europe to steal Palestine after the British conquered it in 1917. Pardo, a professor at the Hebrew University of Jerusalem, also said Palestinian textbooks have been erasing Jewish claims to holy sites, such as the Western Wall and Rachel’s Tomb. For example, National Education, a textbook for seventh-graders published in 2010, refers to the Western Wall as the “Al-Buraq Wall,” and to Rachel’s Tomb as “Al-Bilal Mosque.” IMPACT-SE also found that Palestinian textbooks include many references to martyrdom, death, jihad and refugees returning to cities and towns in Israel – and frequently demonize Israelis and Jews. A photo from the funeral of a shahid (martyr) was included in the 2008 edition of a seventh-grade textbook, but excluded from the 2010 edition, perhaps because of foreign pressure on the PA, said Pardo. Other textbooks told students that “the rank of shahid stands above all ranks,” and included a Muslim hadith about the destruction of Jews by Muslims on the day of the resurrection, which also appears in the Hamas charter. Jerusalem Post
Bien qu’il soit difficile de trouver dans les manuels israéliens de franches incitations à la haine, comme on peut en trouver dans les manuels jordaniens et égyptiens, le Dr Ruth Firer, de l’Université hébraïque de Jérusalem, l’une des pionnières de la recherche en matière de textes scolaires, affirme que l’endoctrinement dans les livres israéliens est simplement plus subtil. Cela explique, dit-elle, pourquoi les messages pénètrent plus facilement. Il est plus difficile de détecter un stéréotype caché dans une image qui semble innocente que dans une autre présentée de telle manière qu’elle « vous mène vulgairement par le bout du nez ». Les résultats d’une étude qu’elle a menée avec le Dr Sami Adwan, de l’université de Bethléem, spécialiste de l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme (…) révèle une sorte d’image en miroir, où chaque côté place la responsabilité de la violence sur le dos de l’autre. (…) Tout en ayant été publiés après les accords d’Oslo, les manuels palestiniens imitent ceux publiés en Jordanie et en Egypte, qui évitent d’utiliser le terme « Israël », dans les textes et sur les cartes. (…) De manière surprenante, les deux chercheurs ont trouvé un parallélisme quasi absolu entre les manuels dans trois domaines : des deux côtés, on ignore les périodes de calme relatif et de coexistence (par exemple entre 1921 et 1929), sauf à les présenter comme des répits trompeurs dans un conflit au long cours, on n’a pas tendance à raconter à l’élève l’histoire du conflit vu du point de vue de l’ennemi, on passe sous sillence les détails de la souffrance de l’Autre, et chacun ne comptabilise que ses victimes à lui. Akiva Eldar (La paix maintenant)
Pour Yaakov Katz, certaines de ces critiques concernent des livres non approuvés par le ministère de l’éducation, et il sait que certains établissements n’appliquent pas ses directives. Contrairement à ces manuels, ceux approuvés par le ministère subissent un examen minutieux par des experts, pour s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés par une discrimination raciale, ethnique, sexuelle ou religieuse, et qu’ils ne contiennent pas de stéréotypes. (…) Concernant les cartes, Katz dit que le département cartographique du gouvernement ne marque pas la Ligne verte en tant que frontière officielle de l’Etat d’Israël, et qu’aussi longtemps que l’Autorité palestinienne n’aura pas été reconnue en tant qu’Etat souverain, elle ne doit pas être réprésentée comme Etat sur les cartes. Cette dernière réponse est quasiment identique, mot pour mot, à la position palestinienne, selon laquelle le marquage de la frontière viendra avec un accord définitif sur les frontières entre Israël et la Palestine. Akiva Eldar (La paix maintenant)
Quand les Palestiniens écrivent ’Palestine’ sur les cartes de leurs manuels, cela est considéré comme une incitation à la haine. Dans ce cas, comment parler des manuels israéliens qui nomment la Cisjordanie ’Judée et Samarie’, même sur des cartes qui montrent les frontières du Mandat britannique, alors que la dénomination officielle était ’Palestine-Eretz Israel’ ?’ (…) Cela suggère à l’élève que ces territoires étaient ’à nous’ de tout temps, et renforce le message selon lequel, lors de la guerre des Six jours, nous les avons ’libérés’ ou ’sauvés’ de l’occupant arabe. Nurit Peled-Elhanan
Contrairement aux critiques qui souhaitent exposer l’histoire vue du côté arabo-palestinien, le système éducatif en Israël insiste à dessein sur l’identité juive et démocratique de l’’Etat d’Israël. Je voudrais bien savoir s’il existe au monde un endroit où les manuels présentent la narration de l’autre alors que la lutte violente entre les deux peuples n’est pas encore terminée. Personne ne doit s’attendre à ce que l’Etat démocratique d’Israël considère la version de l’autre sur un pied d’égalité pendant une guerre. Cela vaut encore plus après les accords d’Oslo, au sujet desquels tout le monde s’accorde à dire qu’ils n’ont pas apporté la paix tant souhaitée entre Israéliens et Palestiniens. Yaakov Katz (ministère de l’éducation israélien)
«La déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception, dans les manuels israéliens comme palestiniens.» Les descriptions extrêmement négatives sont au nombre de 20 dans les manuels israéliens, de 7 dans les ouvrages ultra-orthodoxes et de 6 dans les livres palestiniens. L’un des rares exemples tiré d’un manuel israélien: un passage où l’on lit que tel village arabe détruit «avait toujours été un nid de meurtriers».  Et son pendant palestinien: «Je suis resté “à l’abattoir” 13 jours», en référence à un centre d’interrogatoire israélien. (…)  Et il convient de noter que les manuels palestiniens et ultra-orthodoxes sont sensiblement plus partiaux que les livres israéliens. Ainsi, 84% des extraits littéraires des livres palestiniens dressent un portrait négatif des Israéliens et des juifs, et 73% des extraits dans les ouvrages ultra-orthodoxes dépeignent négativement les Palestiniens et les arabes, alors que cette proportion tombe à 49% dans les manuels des établissements publics israéliens. (…) Les Palestiniens et les arabes sont montrés sous un angle positif 11% des fois dans les manuels israéliens, et 7% du temps dans les livres ultra-orthodoxes. Tandis que juifs et Israéliens sont envisagés de façon positive 1% du temps dans les ouvrages palestiniens. De même, les photos et les illustrations des manuels palestiniens sont en général plus négatives que celles des livres israéliens, mais il y en a beaucoup moins. (…) Pour ce qui est des cartes, les chercheurs ont constaté que 58% des manuels palestiniens publiés après 1967 (année où Israël a pris la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, Gaza et le Sinaï à l’Egypte, et le plateau du Golan à la Syrie) ne font aucune référence à Israël: toute la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée représente la Palestine. Chez les Israéliens, 65% des cartes ne comportent pas de frontières et ne mentionnent ni la Palestine ni l’Autorité palestinienne, tandis que chez les ultra-orthodoxes, ce chiffre atteint un ahurissant 95%. (…) Jusqu’en 1967, la Jordanie avait la main sur le système scolaire en Cisjordanie, et l’Egypte contrôlait celui de Gaza. Après la guerre de 1967, Israël s’est chargé de l’enseignement palestinien, avec les mêmes manuels jordaniens et égyptiens, mais censurés –interdiction de certains livres, passages barrés dans d’autres. Les Palestiniens sont devenus maîtres de leur système scolaire en 1994, dans le sillage des accords d’Oslo, au cours desquels ils s’étaient engagés à suivre des «mesures de confiance» qui comprenaient une réforme de l’enseignement. Emily Bazelon
By mentioning that this [the 1972 Munich Olympic massacre] was a terror attack performed by Palestinians, this is a negative description of the Palestinians? I mean, how far can you go? Yossi Kuperwasser (ministère des Affaires stratégiques israélien)
The source material gathered for the purpose of analysis leaves out some significant items that may have enhanced the understanding of the general attitude of the PA schoolbooks to the Jewish/Israeli “other” and to the issue of peace with this “other.” For example, highly demonizing pieces were not included, under the pretext that they were not explicit enough. Thus, a piece saying “Your enemies killed your children, split open your women’s bellies…” was rejected because it did not mention Jews or Israelis and was actually written in the early 20th century. Its appearance in a Palestinian textbook of today with its obviously serious consequences did not change that decision. Similarly, a piece talking of “invading snakes” was also discarded since no Jews or Israelis were mentioned there, as if someone else was intended, who is not involved in the conflict. Another pretext was that the books concerned were “Holy Scriptures” and, as such, could not be touched.  (…)  For example, under the category of positive description of the “other” we find a piece from a PA Christian Education textbook which describes the Sabbath observing Jews. But when one reads further one discovers that those observing Jews were so fanatic that they refused to cure the sick on that day. It was Jesus Christ who acted against their position and did the opposite. The place of this item is, obviously, in the category of negative description of the “other.” Other “positive” references to Jews in Palestinian schoolbooks are those praising Moses or Abraham, etc. But one should remember that they, as well as David, Solomon and other traditional Jewish figures, are actually detached in Islamic tradition from their Jewish environment and looked upon as God’s prophets and, thus, more Islamic than Jewish. By no means should positive texts in which they feature be regarded as positive description of Jews. (…) There is no attempt to study the quotes more deeply and draw conclusions. All items were treated equally, with no one being evaluated and given a more significant status that the other. It seems that they were simply lumped together, counted and then the numbers spoke. It might be statistically correct, but, as we all know, statistics not always reveal the actual complex picture. This kind of analysis has produced a “flat” survey of the quotes, without any reference to their deeper significance (for example, looking at a demonizing text with no specific enemy as if it were a “neutral” literary piece). Also, all quotes were treated as separate items with no attempt to make a connection between two quotes or more in order to reveal an accumulated message (for example, concluding from the connected recurrent mentioning of the need to liberate Palestine, and the similarly recurring theme that Israel in its pre-1967 borders is “occupied Palestine”, that the liberation of Palestine actually means the liquidation of Israel). The reliance on item-counting alone also misses the realm of omissions which is extremely important in the case of societies involved in a conflict – especially if their curricula are funded by the international community (for example, the often mentioned case of absence of explicit discussion of possible peaceful relations with Israel). (…)  the issue of borders on the map:. The report checked hundreds of maps appearing in schoolbooks of both sides and concluded that both tend to ignore the “other” either by erasing any boundary line between them or by refraining from labeling the territory of the “other” accordingly. In my opinion, this evenly distributed accusation is misleading, for the simple reason that there is no Palestinian state to be named on the map. The Palestinian Authority is an autonomous body under Israeli suzerainty legally and, as such, it could be described on the map as part of Israel. On the other hand, Israel has never officially annexed the West Bank and the Gaza Strip, which enables Israeli cartographers to present these areas as separate from Israel-proper. Another possibility is indicating the PA’s “A” and “B” areas in different colors and such maps were indeed included in Israeli schoolbooks prior to the eruption of the second Intifadah. But since parts of these areas have been since reoccupied, this practice is also outdated. One can find in the Israeli schoolbooks all these variations of maps, and, in some of the cases, several of them within one book. By contrast, the State of Israel exists as an independent entity recognized by the PLO by virtue of the Oslo Accord, and the widely spread tendency not to put its name on maps within PA schoolbooks calls for concern. There is no symmetry between the two parties and any attempt to show that there is – does not reflect the reality on the ground. Also, the mere use of the names Judea and Samaria does not mean that Israeli schoolbooks oppose the creation of an independent Palestinian state. These have been the Hebrew traditional names of the two regions for centuries, much the same like Galilee and the Negev. Even when a Palestinian state is established, they will still be called by these names. By contrast, “the West Bank” is a newcomer in history. It is a Jordanian political term that is no longer valid. Second, the report considers Jihad and martyrdom as values, which is acceptable academically, but it fails to evaluate their impact on the issues of war and peace in the context of the conflict. Frequent use of these values could be good indicators as far as the Palestinian attitude to a non-peaceful solution to the conflict is concerned, especially when they are not mentioned in the context of past events. From this particular point of view they should not be compared to Israeli texts talking of past IDF fallen soldiers. (…) But the main question, namely, to what extent is this or that party engaged in actual education for peace, if at all, has not been answered by the report itself. It is answered by the crude quotations, though. Whoever reads the quotations taken from the schoolbooks of both sides finds the answer easily. Israeli schoolbooks – and I refer here to the books of the state school system only (both secular and religious schools) and not to the Ultra-Orthodox schoolbooks, which are, in my eyes, below the universally accepted standards of peace education – include revealing texts of open advocacy of peaceful resolution of the conflict (the piece about Rabin, for example) and are totally devoid of calls for solving it violently. Alongside their treatment of the Palestinians as enemies, they provide texts that portray the individual Palestinian as ordinary, sometimes noble, human being with whom friendly relations could develop (for example, the pieces about the gardener from Qalqilyah, the villager who rescued the Israeli soldier in a road accident and the Arab families in Hebron that defended their Jewish neighbors during the 1929 massacre). Such texts balance the feelings of hatred that develop as a result of the conflict. Israeli schoolbooks also give the students a fairly objective picture of Islam and Arabic culture (for example, the piece about the Egyptian Nobel laureate writer Najib Mahfuz). Even in the context of the conflict they show some understanding of the motives of the “other” and even recognize at times the Palestinian national movement. The Palestinian quotations, on the other hand, show none of these traits. They do not contain neither an explicit call for peace with Israel nor a vision of a peaceful future alongside it; they speak of a struggle for liberation without specifically restricting that struggle to the areas of the West Bank and Gaza alone; that struggle is enhanced by the use of the traditional Islamic values of Jihad, martyrdom and Ribat; they recognize as legitimate neither Israel’s existence, nor the presence of its Jewish citizens in the country, nor the presence of Jewish holy places there; they describe the Jewish/Israeli “other” as wholly negative – at least in the context of the conflict – and those are mostly treated as a threatening alien group and never as ordinary human beings, with whom friendly relations could develop; and, in addition, there are some (implicit) demonizing texts against them. All that has meaning. The report, unfortunately, has failed to convey that to the readers. I strongly urge those interested in the subject to read the quotations and draw the conclusions themselves. Arnon Groiss

Circulez, il n’y a rien à voir !

Attaques au couteau de boucher, hachoir, tournevis ou voiture-bélier, affiches et planches expliquant les parties du corps à poignarder, appels à injecter de l’air dans les veines des malades (?), discours ou prêches appelant au djihad ou au martyre, vidéos d’enfants récitant leur leçon de haine …

A l’heure où, dans les rues pour l’instant principalement des villes israéliennes, les mois et les mois de vidéos et de conseils de l’Etat islamique semblent avoir finalement et littéralement fait école …

Et où, pour toute explication, nos belles âmes et nos médias occidentaux n’ont que le mot « désespoir » à la bouche …

Pendant qu’en un bel ensemble, nos dirigeants appellent « tous les camps » à la retenue …

Comment ne pas se poser la question de l’éducation ayant conduit, pour une toute une génération d’adolescents palestiniens, à de tels passages à l’acte ?

Et à la lecture de la dernière étude, financée parle Département d’Etat américain et conduite par des uinversitaires américains, israéliens et palestiniens, sur les manuels à la fois palestiniens et israéliens …

Qui à la manière de l’objectivité parfaite dont parlait Godard (« cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler ») ou d’équivalence morale à la « terroriste de l’un, résistant de l’autre » (« éducation de l’un, propagande de l’autre », etc.) …

Ne voit lui aussi que des torts partagés, se réjouissant que des deux côtés « la déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception » …

Ne pas s’interroger sur une recherche qui derrière la neutralisation parée par la statistique de toutes les vertus de l’objectivité scientifique …

Examine trois fois plus de manuels israéliens (492 contre 148), accorde une part disproportionnée aux manuels du système scolaire ultra-orthodoxe israélien mais refuse de se pencher sur aucun manuel du Hamas …

Ne compte pas comme mentions négatives une allusion à des « serpents envahissants » ou aux notions traditionnelless de « djihad » ou de « martyrs » sous prétexte qu’elles ne mentionnent ni juifs ni israéliens…

Ou compte comme allusion positive au judaïsme ou à la société israélienne la mention de personnages bibliques qui ont justement, dans la tradition musulmane, perdu l’essentiel de leur judaïté  …

Rejetant comme mention négative, du côté israélien cette fois, tant la non-mention sur les cartes d’un Etat palestinien qui n’a justement aucune existence juridique que la qualification d’attentat terroriste de l’assassinat d’athlètes israéliens aux Jeux de Münich en 1972 ?

Comments on: “Victims of Our Own Narratives”
Israel Resource Review
Dr. Arnon Groiss

February 7, 2013

General Background

The following are my initial comments on the said report in capacity of my past research experience of Palestinian, Egyptian, Syrian, Saudi Arabian, Tunisian and Iranian schoolbooks between 2000-2010 and having been a member of the said project’s Scientific Advisory Panel (SAP), with other distinguished scholars, though I speak for myself only.

I wish to start my comments by expressing my deep appreciation and gratitude to professors Bruce Wexler, Sami Adwan and Daniel Bar-Tal, as well as to their research assistants for this huge project which was carried out under uneasy circumstances, both technical and political. This project was, in my opinion, a systematic and comprehensive effort to bring about a new kind of study of a problematic issue, based on innovative techniques in both fields of data collection and analysis. No one who has been acquainted with this complicated operation can dismiss its results offhand.

It is worth noting that I, like all other SAP