Polémique Zemmour: Zemmour respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre (When vice turns virtue: France’s Bill O’Reilly of letters taken to task for defending Vichy’s record)

23 octobre, 2014
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Paradoxe français (Simon Epstein)
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Image result for Zemmour Le suicide de la FranceIl n’est rien sur la terre de si humble qui ne rende à la terre un service spécial ; il n’est rien non plus de si bon qui, détourné de son légitime usage, ne devienne rebelle à son origine et ne tombe dans l’abus. La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Shakespeare (Père Laurence, Roméo et Juliette, II, 3)
The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential. Omer Bartov
On dit du fanatisme de quelques-uns que c’est l’arbre qui cache la forêt de l’islam pacifique, mais quel est l’état réel de la forêt en laquelle un tel arbre peut prendre racine? Abdennour Bidar
Ces derniers jours, tous les esprits sont chauffés à blanc par Al-Jazira. Cette chaîne vit du commerce des cadavres. Elle a une passion pour les morgues, ses caméras ne sortent jamais des ambulances et des tombes. Elle vend la mort à des foules arabes dont le futur se résume au « châtiment de la tombe ».(…) On compte désormais les roquettes qui partent de Gaza en se disant que Jérusalem va tomber dans les prochains jours ! Bien entendu, Al-Jazira, la chaîne de production d’islamistes en continu, sort l’artillerie lourde. Elle diffuse en boucle l’image des enfants victimes des explosions dans les hôpitaux de la ville et fait intervenir des experts miliaires, qui jurent que les Brigades Al-Kassam sont en train de dépasser en technologie l’armement israélien. Et dans les foyers de Ramallah, de Beyrouth ou de Rabat, les familles exultent. Al-Jazira ment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, car la chaîne qatarie sait que les Arabes sont de grands rêveurs. En 1990, ils rêvaient de voir les missiles de Saddam Hussein raser New York. En 2006, ils baptisaient « Saladin » l’ennemi chiite Nasrallah, car il leur avait promis de raser Tel-Aviv, alors qu’en fait il participait à la vitrification du Liban. Et les revoilà portant leurs espoirs sur les pétards d’un mouvement intégriste qui a plongé Gaza dans le Moyen Age. Plutôt que d’annoncer à ses millions d’âmes qu’ils vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans libertés, parqués jour et nuit dans des mosquées, où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres, Al-Jazira préfère crier haro sur Israël, sur l’ennemi sioniste, c’est plus facile, c’est à la fois un antalgique et un antidépresseur. Du paysan du Rif aux « cailleras » du « 9-3 », tout le monde en reprend. Il faut être franc : Israël a parfois bon dos ! Depuis 1948, s’il n’existait pas, les régimes arabes l’auraient inventé pour justifier la faillite de ce monde qui, de Rabat à Bagdad, n’est qu’un vaste goulag avec les mosquées pour miradors et les barbus à la place des kapos. Contrairement à Al-Jazira, qui parle d’effusion du sang arabe et musulman à Gaza, je ne pense pas avoir de sang musulman et arabe dans mes veines, mais du sang humain tout court. Je ne partage pas l’opinion de Kamel Daoud, mais je dis qu’il a raison, qu’il a parfaitement raison de ne pas se sentir concerné par la situation du peuple palestinien. Je dis cela, alors que cela fait plus de vingt ans que je travaille dans les territoires palestiniens, vingt ans que je parcours les camps de réfugiés du Yarmouk de Damas à ceux d’Alep, de Bordj Al-Barajneh de Beyrouth à Mieh de Saïda, de Balata à Naplouse à celui de Jénine. J’étais en mai à Gaza et je retournerai à Gaza dès que ses portes s’ouvriront. Mais la solidarité avec les Palestiniens ne relève pas de la solidarité tribale. Elle doit être un acte réfléchi, responsable, fait en connaissance de cause et non un réflexe identitaire et religieux, comme c’est le cas aujourd’hui. Comme le dit Kamel Daoud, la cause palestinienne a été tellement dévoyée par les régimes arabes et par les partis islamistes qu’elle a perdu sa valeur aux yeux des jeunes générations. Loin d’être une cause politique, la Palestine est devenue un défouloir collectif. On arbore son nom, on le crie dans les rues arabes et dans les mosquées quand on sent que la virilité arabe est en cause. Car dans cet imaginaire collectif, gangrené par le religieux, le mot Palestine ne renvoie ni à une géographie ni à une histoire, mais à une frustration collective. Et qu’on arrête aussi avec la solidarité arabe, et là encore, je rejoins Kamel Daoud. Il faut de temps à autre balayer devant sa propre porte. Depuis 1970, il y a cent fois plus de cadavres palestiniens dans les placards des royaumes et républiques arabes que dans les caves de l’armée israélienne. Mais poussons les choses plus loin : certes, Israël est une démocratie pour les siens, les juifs, et un régime ségrégationniste pour les Arabes. Certes, il applique une politique coloniale, barbare, criminelle et absurde. Cependant, et pour être honnête, il convient de dire qu’il vaut mieux être, aujourd’hui, palestinien dans un camp de Khan Younès ou de Balata, où l’on a une identité, un ennemi, un bout de terre que l’on estime à soi et pour lequel on est prêt à mourir, que d’être palestinien dans un camp à Beyrouth ou à Damas, où, là, on n’est pas censé ne pas exister depuis 1948.(…) Etre solidaire de la Palestine aujourd’hui, c’est oublier le réflexe atavique et grégaire, la solidarité du sang. Aimer la Palestine, c’est s’abstenir à jamais de crier « Mort à Israël ! » ou «A mort les juifs ! » Ni la haine ni la mort de l’autre ne peuvent faire vivre la Palestine. C’est faire l’effort non pas de nier, mais de comprendre Israël dans ses réalités, ses contradictions et son histoire. C’est aussi tenter de comprendre le judaïsme, avec ses fulgurances, ses joies et son questionnement perpétuel et qui, loin d’être l’antithèse de l’islam, n’en est que l’enfance, au bout du compte. Mohamed Kacimi
À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs». Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.» Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence. (…) Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination. (…) Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. (…) Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles. (…) Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse. (…) J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. Alain Finkielkraut 
Where both state and church refused to sanction discrimination—as in Denmark—internal resistance was highest. Where the state or native administrative bureaucracy began to cooperate, church resistance was critical in inhibiting obedience to authority, legitimating subversion, and/or checking collaboration directly. Church protest proved to be the single element present in every instance in which state collaboration was arrested—as in Bulgaria, France, and Romania…. The majority of Jews evaded deportation in every state occupied by or allied with Germany in which the head of the dominant church spoke out publicly against deportation before or as soon as it began. Unfortunately, the Netherlands (which I discuss extensively) did not react as would be predicted from the level of pre-war anti-Semitism. There was little leadership from the Queen and government in exile (nor from political leaders in the Netherlands) to the civil service bureaucracy which executed German orders. This led to high state cooperation in registering Jews. « The more efficient, and almost foolproof, method of Jewish identification was devised not in the Reich, but in the Netherlands, by a pre-war Dutch civil servant who traveled to Berlin with his superior’s permission to display his innovation to the Gestapo: ‘The Gestapo had pronounced his identity card even more difficult to reproduce than its German counterpart.' » Although there was early church protest in the dominant Protestant church, it was not a public nor vocal protest. Church leaders failed to inform their congregants of this as they did not read publicly their protest against the deportation of the Jews, deferring to a German request not to read it from the pulpit. Lacking leadership for resistance, the Dutch did not form a defense movement for people in hiding until the spring of 1943 when Dutchmen were threatened with deportation and forced labor in Germany. It was too late to help the Dutch Jews—by then less than half of them were left. Deák is correct that only about 20 percent of Dutch Jews were saved but he is wrong about the Bulgarian toll. About 20 percent of Jews under Bulgarian rule became victims, including the Jews in territories formerly in Greece and Yugoslavia occupied by the Bulgarian state, as he explains later in his review. Dr. Helen Fein
Helen Fein (…) rightly argues that pre-war anti-Semitism had significant influence on the fate of Jews under German occupation but, as she herself states, there were also many other factors, for instance the behavior of local church leaders, the attitude of the exile governments, and whether or not the country in question had an efficient bureaucracy. The latter, unfortunately, was the case in the Netherlands. Still, at least in my opinion, the most important factor for the treatment of Jews was whether or not a country in Nazi-dominated Europe was able to maintain a certain degree of sovereignty. In Italy, Hungary, Romania, Slovakia, Bulgaria, Finland, Vichy France, and Denmark, the governments used the Jews in bargaining with the Nazis and then with the Allies. The lives of Jews were sacrificed or spared depending on which of the two external forces the government wanted to please. In the utterly defeated countries such as Norway and the Netherlands, which were without a government and without any sovereignty, local bureaucrats and policemen did just what the Nazis wanted them to do in carrying out the elimination of the Jews. In other countries, parts of the native population assisted the Germans in killing or rounding up Jews, as happened in Poland, Ukraine, and the Baltic countries. As a result, the largest percentages of Jews survived in countries that were allied with Germany during the war. In Bulgaria, following a great deal of initial brutality and proclaimed anti-Semitic intentions, the pro-German government decided to spare the lives of Bulgarian Jews. The Germans were powerless to prevent this. As a result, so far as we know, not one of the 50,000-odd Bulgarian Jews was handed over to the Germans or killed at home, although many suffered badly in local forced labor camps. Helen Fein writes about Jews under Bulgarian rule; I wrote about the Bulgarian Jews. The 11,143 Jews that the Bulgarian regime handed over to Eichmann in 1943 lived in those parts of Greece and Yugoslavia that were occupied by the Bulgarian army; they were Yugoslav and Greek citizens and did not speak Bulgarian. The actions of leading Bulgarian officials toward the Nazis and the Jews remain a subject of intense controversy. Among them were Prime Minister Filov, Minister of Interior Gabrovski, Parliamentary Deputy Dimitur Peshev, and, most powerful and controversial of all, King Boris III. (…) We know less about Bulgaria during and just after the war than about most other European countries. Yasharoff, for instance, argues that his father, in defending Peshev, emphasized Peshev’s role as a savior of Jews and that this softened the verdict of his Communist judges. Tzvetan Todorov, the author of The Fragility of Goodness, the book I discussed in my review, believes otherwise. Yasharoff is convinced that Peshev personally ordered the local authorities to stop preparations for the deportation of the Bulgarian Jews in 1943; yet it is hard to believe that the vice-chairman of the National Assembly would have had such an authority, particularly in a country that Yasharoff calls a fascist state. But was Bulgaria truly a fascist country during the war? Yes, if we judge it by some of the actions of its police; no, if we consider that it had a functioning parliament with opposition parties, whose deputies often strongly opposed the government. However, because the government could take no major action in Bulgaria without the King’s consent, Boris III must bear responsibility both for the deportation of the Thracian and Macedonian Jews and for saving their Bulgarian counterparts. As a savior of some Jews and as the man responsible for the killing of others, Boris did not really differ greatly from such contemporary heads of state as France’s Marshal Pétain and Hungary’s Admiral Horthy. (…) The lesson of the Bulgarian story is best explained by Omer Bartov in The New Republic (August 13, 2001) when he writes: “The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss.” Dimitur Peshev, who was a member of the ruling political party in Bulgaria and who voted for the original anti-Semitic laws, was such a person. István Deák
Georg Ferdinand Duckwitz, membre du parti nazi sans conviction semble-t-il, connaissait le Danemark avec lequel il avait travaillé avant guerre et parlait danois (il sera le premier Ambassadeur d’Allemagne au Danemark après guerre). Il laisse volontairement filtrer l’information -censée rester secrète- du projet de rafle et de déportation qui, à ses propres dires, lui est communiquée par Werner Best. Cela permet de prévenir du danger les populations juives lors de la cérémonie pour Roch Hachana dans les synagogues. Immédiatement, le Premier Ministre de la Suède, également informé, propose d’accueillir les Juifs du Danemark. Durant la nuit de ce qui devait être la grande rafle de plus de 6.000 juifs, moins de 500 (477 d’après Raul Hilberg, 481 d’après les documents du musée) seront trouvés à leur domicile, arrêtés et déportés à Theresienstadt. En grande majorité, les familles juives avaient été « mises à l’abri » par les voisins et les amis, chez eux. Le dimanche suivant (3 octobre) dans les églises du Danemark est lu un texte des évêques danois affirmant que la persécution est contraire à l’esprit de la religion. La grande majorité de la population danoise organisa alors, avec le concours des nombreux bateaux de pêcheurs et sous la protection de la police danoise, le passage des familles juives vers la Suède, en particulier depuis Helsingør (Elseneur). La ville suédoise qui lui fait face a alors vu doubler sa population (de 1.500 à 3.000 environ). Les transferts des personnes vers la Suède étaient payés par ceux qui le pouvaient. Lorsque les familles juives n’en avaient pas les moyens, certaines familles danoises aisées ont offert le financement. Des entreprises sont ainsi connues pour avoir participé de façon conséquente au sauvetage. Dans son livre The Miracle in Denmark: the rescue of the Jews, de 2007, Isi FOIGHEL -qui était alors un enfant- témoigne également de sa propre histoire et comment des inconnus ont payé pour son passage et celui de son frère, assuré par un garde-côte danois. Le mouvement de Résistance au Danemark a également mis en service des bateaux à travers un groupe appelé « The Sewing Club » proposant une traversée à prix modique. L’élément surprenant ensuite est le devenir des Juifs danois envoyés au camp de Theresienstadt (Terezin, près de Prague). En effet, ils n’ont pas, comme les 140.000 autres prisonniers ayant transité par Theresienstadt, été transférés dans d’autres camps –et à Auschwitz en particulier pour plus de la moitié d’entre eux, mais à l’inverse sont très majoritairement restés dans ce camp et revenus ensuite au Danemark après guerre. Les raisons sont assez floues. Pourquoi Werner Best les aurait-il protégés ? Il semble que Nils Svenningsen, au Ministère des Affaires étrangères danois (qui parlait et écrivait l’allemand) ait eu un rôle de premier plan, outre les manifestations de protestations émanant de toutes parts (du Roi bien entendu, de la Cour Suprème, des religieux, …). Nils Svenningsen ne cessa « d’interpeller » Best, réclamant des garanties, l’obligeant à une sorte de double-jeu, à tel point qu’Eichmann lui-même finit par venir à Copenhague (le 2 novembre 43). Celui-ci s’engagea alors sur la non-déportation des Juifs danois de Theresienstadt vers d’autres camps, ainsi qu’à l’autorisation de visites de personnel danois de la Croix Rouge. Durant « l’absence forcée » des Juifs danois, Hans Henrik Koch du Ministère des Affaires Sociales géra la question des logements inoccupés (des listes de biens furent établies, les loyers furent payés, …) de telle sorte que les familles les retrouvèrent à leur retour. Bien entendu il y eut des exceptions à ce tableau somme toute idyllique, elles furent néanmoins rares. L’attitude politique du Danemark fut parfois considérée comme discutable, elle parait aujourd’hui, avec le recul, surtout éminemment stratégique. Le pays signe un traité de non-agression en mai 1939 avec l’Allemagne… que celle-ci ne respecte pas, envahissant le pays en avril 1940. L’attitude politique du Danemark devient alors une forme de collaboration exigeante et raisonnée. En effet, se sachant incapable de résister à l’envahisseur (ni du point de vue du nombre, ni du point de vue de l’équipement militaire), le Danemark a sans cesse cherché une position stratégique de moindre mal qui soit tenable afin de réussir, sans entrer dans une opposition frontale qui ne pouvait que mener à la catastrophe, à imposer certaines conditions en échange d’une forme de coopération apparente. Ils ont ainsi réussi à imposer des exigences de première importance comme le refus de combattre aux côtés de l’Allemagne nazie et le refus de toute mesure discriminatoire envers les Juifs. Sonderkommando
Mon travail d’historien a simplement consisté à montrer comment 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation. Ce chiffre est connu des spécialistes mais pas des Français, comme j’ai pu m’en apercevoir au cours de mon enquête. Là où je romps avec l’explication mémorielle, c’est que le nombre de Justes français – 3 500 environ – ne peut pas expliquer à lui seul la survie d’au moins 200 000 personnes perçues comme juives. Je suis désolé de contredire, sur ce point, les présidents Jacques Chirac et François Hollande ! J’ai cherché à déplacer le regard des Justes, titre mémoriel certes important, vers ces hommes et ces femmes qui ont dû se débrouiller, plus ou moins bien, pour survivre au quotidien face à la persécution et aux arrestations.(…) Plusieurs facteurs individuels très importants entrent en compte, comme la nationalité : 90 % des Français juifs n’ont pas été déportés, contre 50 à 60 % des juifs étrangers vivant en France. Ce fut une découverte et une surprise pour moi. Les Français juifs étaient intégrés dans la société, ils parlaient français, avaient davantage de moyens financiers et pouvaient faire appel à de la famille, des amis, des voisins. Ils n’avaient d’ailleurs parfois pas conscience que la persécution pouvait les viser. La nationalité et les ressources n’expliquent cependant pas tout. C’est le point central qui se dégage de mes témoignages : une forme de solidarité fut indispensable. Prenons l’exemple de cet instituteur du nord de la France qui, voyant arriver à l’école un enfant avec l’étoile jaune, lui dit de partir avec ses parents dans le Sud, en zone dite libre, ce qu’ils feront. Là, ils seront accueillis jusqu’à la fin de la guerre par une famille d’agriculteurs. Cette famille a été reconnue comme Juste. Mais l’instituteur qui a pris quelques minutes pour parler à l’enfant juif a joué un rôle déterminant. Il ne s’agit pas d’un acte de résistance mais d’entraide. Cette solidarité des petits gestes s’est manifestée à travers quatre figures clés : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur. Ce pouvait être un agriculteur, un instituteur, une assistante sociale, un concierge, un employé des chemins de fer ou un prêtre. (…) Je souligne trois facteurs déterminants : les croyances religieuses, l’esprit républicain et le patriotisme. Le rôle pionnier des protestants est connu, en particulier à travers les pasteurs du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et la Cimade. Mais il ne faut pas oublier les initiatives précoces de catholiques comme l’abbé Devaux à Paris ou à Lyon le jésuite Pierre Chaillet, fondateur des Cahiers de Témoignage chrétien. On ne peut pas juger l’Église catholique sur le silence du pape Pie XII ou des Églises nationales : il faut aussi regarder les comportements de la base. La charité chrétienne envers son prochain l’a souvent emporté sur l’anti-judaïsme, la compassion envers les persécutés sur la stigmatisation. La protestation de Mgr Saliège, le 23 août 1942, a eu un effet multiplicateur et une dimension internationale méconnue, puisque notamment le New York Times s’en est fait l’écho. Il faudrait réévaluer notre mémoire collective sur le rôle de l’Église catholique, à l’image de Sylvie Bernay avec ses travaux sur les « diocèses refuges ». (…) Constater que 75 % des juifs de France ont été sauvés ne revient pas à exonérer le maréchal Pétain. Berlin avait stratégiquement besoin de Vichy – qu’il s’agisse du maintien de l’ordre ou de l’économie de guerre –, et Vichy aurait donc sans doute pu s’opposer aux déportations. Il n’en demeure pas moins, quelles qu’aient été les intentions d’un régime pratiquant l’antisémitisme d’État, qu’en soi, le maintien d’un appareil étatique a eu un effet positif pour la survie des juifs de France. Jacques Semelin
Il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous. Simone Veil
À l’été 1943, quand Vichy a voulu dénaturaliser des juifs naturalisés après 1927, l’église catholique a menacé de protester publiquement. Et Vichy a renoncé à ce projet. Vichy aurait pu dire «non» en 1942 pour l’ensemble des juifs. Vichy n’a en rien sauvé des juifs. La France n’avait pas à livrer des juifs. Vichy a arrêté les juifs non seulement en zone occupée mais aussi en zone libre.  Klarsfeld (Actualités juives)
La droite mourut d’un crime majoritairement commis par la gauche (hormis les communistes, bien sûr, mais à partir de juin 1941). Eric Zemmour
[La thèse de Paxton] repose sur la malfaisance absolue du régime de Vichy, reconnu à la fois responsable et coupable. L’action de Vichy est toujours nuisible et tous ses chefs sont condamnables. (…) [Alain Michel] reprend, en l’étayant, l’intuition des premiers historiens du vichysme, et montre comment un pouvoir antisémite, cherchant à limiter l’influence juive sur la société par un statut des Juifs inique, infâme et cruel, et obsédé par le départ des Juifs étrangers – pour l’Amérique, pense d’abord Laval qui, devant le refus des Américains, accepte de les envoyer à l’Est, comme le lui affirment alors les Allemands -, réussit à sauver les « vieux Israélites français ». (…) Michel ne veut nullement réhabiliter Vichy. Il dénonce sans ambages ce statut des Juifs qui, dès octobre 1940, fait des Israélites des citoyens de seconde zone; mais il ose aller au-delà de l’émotion et de la condamnation légitimes, pour creuser les contradictions d’un pouvoir pétainiste et distinguer entre morale et efficacité politique, qui ne vont pas forcément de pair. Il glisse de la complexité dans une histoire qui appelle le manichéisme; il n’approuve pas les présupposés antisémites de Vichy, mais il reprend tout de même la ligne de défense de ses responsables à la Libération. Eric Zemmour
Quel rôle joua le régime de Vichy dans l’application de « la Solution finale de la question juive » ? Depuis trente ans, en France, l’affaire semble entendue : le régime de Vichy a été un complice actif du génocide perpétré par les nazis. Pourtant, face à cette thèse officielle, des pierres d’achoppement subsistent : comment expliquer, en effet, que 75% des Juifs vivant en France pendant la guerre aient pu échapper à la Shoah ? Et comment expliquer, aussi, que la France fut le pays d’Europe où les réseaux de sauvetage juifs furent les plus nombreux, les plus actifs et les plus efficaces ? Autant de « paradoxes français ». Fort d’une première étude sur les Éclaireurs israélites de France pendant la Seconde Guerre mondiale et fin connaisseur des recherches internationales sur la Shoah, Alain Michel reprend le dossier à sa source. Il présente des chiffres et pose des questions qui dérangent. Ainsi, l’antisémitisme de Vichy, qui distinguait Juifs nationaux et Juifs étrangers, a-t-il vraiment poursuivi les mêmes objectifs que les nazis ? L’existence même du gouvernement de Vichy a-t-elle permis, ou non, de ralentir la machine génocidaire ? Peut-on expliquer l’ampleur des sauvetages, comme le fit le président Jacques Chirac en juillet 1995, par la seule action courageuse des Français qui auraient ainsi pallié les errements de leur gouvernement ? Des questions souvent ignorées du public français et des réponses qui bouleversent notre connaissance de la Shoah en France. Vichy et la Shoah
Je n’aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu’il est. Mais il respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre. (…) Ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France. (…)  Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France. (…) Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n’avait jamais été antisémite. C’est l’historien de l’antisémitisme, je pense que l’on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d’ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux. (…) Dans son interview à Rue 89, il y a une série d’erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l’occupation en France et en Italie… Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.  (…) Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ. (…) Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu’il s’est passé durant ces années, analyser l’action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique.(…) Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s’est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c’est une chose, mais ce n’est pas pour ça que l’on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination. (…) La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s’est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu’ils n’allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d’incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L’administration française n’a appris ces changements qu’au dernier moment, et elle a dû s’y plier en vertu des accords signés avec l’occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l’administration française a participé à cet acte absolument horrible. (…) Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l’université. Contrairement à l’Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d’une même voix en France. C’est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l’histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l’histoire d’avancer. Alain Michel
Quand les déportations commencent, et surtout au moment de la rafle de décembre 1941 au cours de laquelle plus de 700 juifs, souvent des notables, y compris un sénateur, ont été arrêtés – pour une fois – directement par les Allemands, cela a été un scandale : tout le monde a pris conscience de la faiblesse du régime de Vichy. A partir de ce moment, du printemps 1942, mais pas avant, le régime s’efforce de laisser partir en premier les juifs étrangers et apatrides. Ce n’est pas une question morale, mais Laval et Pétain ont conscience de ce qui se joue en terme de souveraineté. Laval continue de dire que les réfugiés juifs font du mal à la France et explique aux Américains et autres, aux évêques ou aux pasteurs qu’il a l’intention de se débarrasser de ces étrangers… Il essaye alors de persuader les Allemands de prendre d’abord les étrangers et les apatrides. Les Allemands répondent : « Bon, on va faire comme en Belgique, on prend les étrangers d’abord. Mais comprenez bien qu’on prendra les Français plus tard… » Mais c’est leur bon vouloir. (…) Laval a obtenu un report. Mais sans qu’il n’existe d’accord : les Allemands ont accepté, de leur propre décision, de prendre les étrangers en premier. C’est donc ridicule de soutenir que Vichy a protégé les juifs de nationalité française : pendant les deux premières années, Vichy a fait tout son possible pour fragiliser cette population, les excluant des emplois publics, mettant des quotas dans certaines professions, confisquant leurs propriétés, bloquant l’accès à l’université de leurs enfants… Et quand vient l’heure des déportations, ces juifs sont horriblement fragilisés, encore plus susceptibles d’être traqués… Certes, Vichy a essayé sur le tard de sauver les apparences, en encourageant le report des déportations à plus tard… Mais il n’y a pas eu d’accord. (…)  En Italie, 16% ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France – le nord de l’Italie a été occupée deux mois de moins que le sud de la France, ce n’est pas beaucoup (septembre 1943 à mai 1945, contre novembre 1942 à août 1944 ndlr). (…) Ce chiffre de 25% de juifs déportés, dont de nombreux juifs français, est déplorable, il n’y a pas de quoi pousser des cocoricos. Je ne vois aucune raison de changer mon avis selon lequel le régime de Vichy a commis des actes terribles contre tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Les livres [de Raul Hilberg et Léon Poliakov] sont très honorables, mais très anciens : ils n’avaient pas accès à l’ensemble de la recherche réalisée sur ces sujets. Alain Michel n’est pas un historien sérieux : on ne peut pas écrire ce qu’il a écrit si on a lu les textes de Vichy et les ouvrages récents sur l’application de ces textes. Robert Paxton
Pétain, quelles que soient ses intentions et la façon dont il se voit lui-même, est avant tout un instrument aux mains de Hitler. En traitant au moment de l’armistice avec le « vainqueur de Verdun », chef de l’armée française en 1918, le dictateur nazi donne aux Français le plus convaincant des professeurs de résignation. Jusqu’à l’offensive contre l’URSS déclenchée le 22 juin 1941, Hitler persécute les Juifs sans en tuer beaucoup, à l’exception de la Pologne occupée. L’ère des massacres systématiques s’ouvre avec l’invasion de la Russie, et débouche à la fin de 1941 sur la décision du meurtre de tous les Juifs accessibles aux griffes allemandes. La conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942, planifie l’entreprise sous la direction de Reinhard Heydrich. Ce dernier séjourne à Paris du 5 au 11 mai, et s’entend avec un gouvernement Laval mis en place à Vichy par l’ambassadeur Abetz le 18 avril précédent. Après son départ, les discussions se prolongent principalement entre René Bousquet, chef de la police au ministère de l’Intérieur de Vichy, et Carl Oberg, chef des SS en France. Elles aboutissent à une entente suivant laquelle Vichy exerce une pleine autorité sur la police de zone nord, moyennant une participation à la déportation des Juifs. On se met d’accord pour arrêter d’abord les Juifs étrangers. C’est ainsi qu’ont lieu la rafle dite du Vel d’Hiv, le 16 juillet, et la livraison de 7000 Juifs parqués dans des camps de zone sud. En septembre, les SS demandent qu’on passe à la déportation des Juifs français et le gouvernement de Vichy renâcle en invoquant notamment l’opposition voyante du clergé catholique : l’archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, a donné le branle le 23 août en dénonçant en chaire l’atrocité des rafles en zone sud (« Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou »). Soudain, le 25 septembre, arrive un contrordre, connu par une lettre de Knochen (l’adjoint d’Oberg) : les déportations de Juifs français sont provisoirement suspendues, par ordre de Himmler. Or le chef des SS a rencontré Hitler trois jours plus tôt et probablement pris cette décision en concertation avec lui. Il en ressort que, n’en déplaise à Zemmour, Vichy n’a pas convenu avec l’Allemagne que la persécution se limiterait aux Juifs étrangers. Le taux de survie très inférieur de ces derniers doit tout aux circonstances, et aux priorités de l’occupant. En septembre 1942, la montée en puissance des États-Unis pousse l’Allemagne à envisager l’occupation de la zone sud française, tandis que la situation sur le front russe et en Afrique du Nord ne permet guère d’en distraire des troupes : il faut simplifier au maximum la tâche des quelques divisions allemandes qui seront chargées du travail. Il sied d’autre part de redonner à Pétain un peu de lustre « national » afin qu’il prêche une fois de plus aux Français la résignation en prétendant défendre au mieux leurs intérêts. Il faut donc cesser d’isoler la question de la Shoah en France de celle des rapports de force mondiaux, comme d’attribuer à Vichy un rôle dans la survie plus importante des Juifs français. En revanche, il n’est pas juste non plus (comme le font Paxton et Serge Klarsfeld, justement critiqués sur ce point par Zemmour) d’attribuer cette survie à l’action salvatrice de la population française, en l’opposant radicalement au gouvernement. On en viendrait à prétendre que Vichy n’était pas dictatorial, ou pas en mesure d’imposer ses décisions à ses administrés. Titulaires ou non par la suite de la médaille des Justes, les Français qui ont donné un coup de main dans le sauvetage savaient que les autorités qui auraient pu s’y opposer n’y mettaient pas, du gendarme au ministre, autant de zèle que l’occupant, sinon sous une pression nazie directe ou avec l’espoir, à certains moments, d’obtenir quelque avantage en flattant les lubies raciales de cet occupant. Pétain l’impuissant n’a pas mis en sécurité le moindre Juif ; il n’a jamais fait que marchander en position inférieure, jouer avec des dés pipés par l’adversaire et accumuler des choix scabreux à visée immédiate. François Delpla
Paradoxically, Mr. Zemmour often exercises his right to free speech to endorse stricter limits on similar freedoms. He advocates a return to authorizing only Christian first names for children born in France, a restriction lifted in 1993; his ancestors in Algeria had adopted French names, he noted. And he hailed the ban on the public wearing of the full facial veil as a way “to oblige people to become authentically French.” “The state needs to do its job, which it’s always done, of imposing constraints,” he said. “For me, France is the ban on the veil.” He says that his views are those of a silent majority, French people who seek the return of the resplendent France of de Gaulle, a proud, imagined France unencumbered by the guilt of the post-colonial era. Efforts to integrate the country’s immigrant populations have plainly failed, he said, and the country ought to revert to the “assimilationist” approach he says it abandoned decades ago. “We believe that we have the best way of life in the world, the best culture, and that one must thus make an effort to acquire this culture,” he said. By contrast, he said, the notion of a country made great by the diversity of its people and values “is an American logic.” Asked why he believes in the superiority of the French model, he said only that “there is a singular art of living” in France. “For me, France is civilization with a capital ‘C,’ ” he added. The groups that have taken him to court have been urging an American social vision, he said. Yet, he added, they are not also willing to endorse American standards of free speech, and they oppose the taking of American-style ethnic statistics. “I’m taking — because they forced it on me — the American model, and I’m throwing the American model back in their face,” Mr. Zemmour said. “But in the name of French tradition.” NYT

Attention: une polémique peut en cacher une autre !

Alors que n’ayant pu le coincer sur  les chiffres de la délinquance ou l’implication massive et jusque là largement ignorée de la gauche dans la collaboration

C’est sur sa « défense de Pétain » dans son nouveau livre et véritable phénomène éditorial que nos donneurs de leçons patentés de l’antiracisme se ruent pour faire tomber l’empêcheur de tourner en rond gaullo-bonapartiste Eric Zemmour …

Comment avec l’auteur du livre sur lequel l’impétrant s’est appuyé, le rabbin Alain Michel …

Ne pas voir que, loin de défendre le régime vichyste et malgré une évidente maladresse de présentation, notre polémiste ne fait que reprendre une analyse largement déjà évoquée par d’autres chercheurs ?

A savoir que pour expliquer les quelque 75% de « sauvetage » des juifs français (à comparer par exemple avec les 20% des Pays-Bas ou les 30% du Pétain hongrois) …

Il entre probablement pour une part au-delà de l’indéniable action de la population dite des « Justes » et des circonstances d’une armée allemande de plus en plus menacée de surextension impériale

La stratégie vichyste, certes peu glorieuse et tardive de véritable « préférence nationale », de livraison aux nazis de ses juifs étrangers (leurs enfants nés en France compris) en lieu et place de la majorité des « vieux juifs français » ?

Mais peut-être surtout, comme l’ont bien montré les travaux d’Helen Fein ou Diane Wolf reprenant les chiffrages certes anciens d’Hilberg, le cas particulier d’un phénomène plus général pour le reste de l’Europe …

A savoir qu’entre un pays à résistance intérieure maximale avec refus de coopération tant de l’Etat que de l’Eglise comme le Danemark qui sauva quasiment tous ses juifs …

Et des pays à résistance minimale suite à l’exil ou la destruction systématique de leurs élites comme les Pays-Bas ou la Pologne qui perdirent entre 80 et 100% de leurs juifs …

C’est dans les pays les plus collaborationnistes, autrement dit ayant conservé un certain degré de souveraineté nationale comme la Bulgarie qui sauva près de 100% de ses juifs nationaux au prix elle aussi de « ses juifs étrangers » (thraces et grecs des territoires qu’elle avait envahis) …

Mais gardé aussi une présence importante et active de leurs élites (notamment religieuses) …

Que les juifs ont finalement été les plus préservés ?

« Le livre de Zemmour ne me concerne pas »
Le JDD
13 octobre 2014

INTERVIEW – Historien français et rabbin vivant en Israël, Alain Michel est l’auteur de Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français, dont les idées sont largement reprises par Eric Zemmour. Il plaide pour que s’ouvre un « débat historique » sur la question, jugeant que le l’historiographie de la Shoah est figée en France.

Eric Zemmour reprend vos idées au service d’un ouvrage très politique et idéologique – Le suicide français. N’est-ce pas gênant pour l’historien que vous êtes?
Je ne suis pas responsable de l’utilisation que l’on fait de ce que j’avance, à partir du moment où l’on ne déforme pas ce que j’écris. Le livre d’Eric Zemmour reprend ses idées, ses approches, et cela ne me concerne pas. Je n’aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu’il est. Mais il respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre. Je n’ai pas à censurer quelqu’un en raison de ses idées tant que cela reste globalement dans le consensus démocratique.

Peut-on dire, comme Eric Zemmour, que « Pétain a sauvé 95% des juifs français »?
Non, ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France.

Existe-t-il une doxa paxtonienne (du nom de Robert Paxton, historien américain dont les recherches sur la France de Vichy font référence), comme le répète Eric Zemmour?
Oui, je pense qu’il a tout à fait raison de ce point de vue-là, malheureusement. Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France.

«Je déteste les dirigeants de Vichy, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge»

Les ouvrages de Leon Poliakov (Bréviaire de la haine : le IIIe Reich et les juifs) et Raul Hilberg (La destruction des juifs d’Europe), auxquels vous vous référencez, sont anciens, et ont été écrits sans qu’ils aient eu accès à l’ensemble de la recherche sur le sujet, ce que vous reproche Paxton notamment…
C’est une inexactitude totale. Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n’avait jamais été antisémite. C’est l’historien de l’antisémitisme, je pense que l’on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d’ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux.

Que répondez-vous à Robert Paxton, qui affirme que vous n’êtes pas un historien sérieux?
Un historien sérieux n’est pas là pour distribuer les bonnes et mauvaises notes aux autres chercheurs. Il doit amener des faits. Dans son interview à Rue 89, il y a une série d’erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l’occupation en France et en Italie… Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.

Que voulez-vous dire?
Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.

Qu’implique un « réexamen du régime de Vichy », que vous appeliez de vos voeux dans votre livre?
Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu’il s’est passé durant ces années, analyser l’action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique.

«Il faut rendre la question de la Shoah à l’histoire»

Comment dire que Vichy a « protégé la majorité des juifs français », quand le statut des juifs de 1940 et 1941 les excluait de la plupart des professions et les condamnait à la misère, avec un statut de citoyen de seconde zone?
Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s’est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c’est une chose, mais ce n’est pas pour ça que l’on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination.

Les enfants victimes de la rafle du Vel d’Hiv étaient, pour la plupart, nés en France et déclarés Français…
La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s’est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu’ils n’allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d’incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L’administration française n’a appris ces changements qu’au dernier moment, et elle a dû s’y plier en vertu des accords signés avec l’occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l’administration française a participé à cet acte absolument horrible.

Vous estimez que l’historiographie de la Shoah est figée, que voulez-vous dire?
Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l’université. Contrairement à l’Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d’une même voix en France. C’est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l’histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l’histoire d’avancer.

Voir aussi:

Jacques Semelin : « 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation »
Jacques Semelin, directeur de recherches CERI-CNRS, publie « Persécutions et entraides dans la France occupée » (1).
La Croix
21/3/13


L’historien analyse pour la première fois comment 75 % des juifs de France ont échappé à la mort.

En quoi votre ouvrage, riche de témoignages et d’archives, entend-il réévaluer notre regard sur l’histoire de la Shoah en France ?

Jacques Semelin : Dans notre mémoire collective, les juifs qui ont échappé à la mort sont ceux qui sont revenus de déportation. Mon propos n’est ni de minimiser l’horreur du génocide de 25 % des juifs de France ni de raconter une « histoire rose » du sauvetage des juifs en France. Mes témoins ont perdu des êtres chers durant cette période.

Mon travail d’historien a simplement consisté à montrer comment 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation. Ce chiffre est connu des spécialistes mais pas des Français, comme j’ai pu m’en apercevoir au cours de mon enquête.

Là où je romps avec l’explication mémorielle, c’est que le nombre de Justes français – 3 500 environ – ne peut pas expliquer à lui seul la survie d’au moins 200 000 personnes perçues comme juives. Je suis désolé de contredire, sur ce point, les présidents Jacques Chirac et François Hollande ! J’ai cherché à déplacer le regard des Justes, titre mémoriel certes important, vers ces hommes et ces femmes qui ont dû se débrouiller, plus ou moins bien, pour survivre au quotidien face à la persécution et aux arrestations.

Quelle part a joué l’entraide individuelle dans cette survie ?

Plusieurs facteurs individuels très importants entrent en compte, comme la nationalité : 90 % des Français juifs n’ont pas été déportés, contre 50 à 60 % des juifs étrangers vivant en France. Ce fut une découverte et une surprise pour moi. Les Français juifs étaient intégrés dans la société, ils parlaient français, avaient davantage de moyens financiers et pouvaient faire appel à de la famille, des amis, des voisins. Ils n’avaient d’ailleurs parfois pas conscience que la persécution pouvait les viser.

La nationalité et les ressources n’expliquent cependant pas tout. C’est le point central qui se dégage de mes témoignages : une forme de solidarité fut indispensable. Prenons l’exemple de cet instituteur du nord de la France qui, voyant arriver à l’école un enfant avec l’étoile jaune, lui dit de partir avec ses parents dans le Sud, en zone dite libre, ce qu’ils feront.

Là, ils seront accueillis jusqu’à la fin de la guerre par une famille d’agriculteurs. Cette famille a été reconnue comme Juste. Mais l’instituteur qui a pris quelques minutes pour parler à l’enfant juif a joué un rôle déterminant. Il ne s’agit pas d’un acte de résistance mais d’entraide.

Cette solidarité des petits gestes s’est manifestée à travers quatre figures clés : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur. Ce pouvait être un agriculteur, un instituteur, une assistante sociale, un concierge, un employé des chemins de fer ou un prêtre.

La religion a-t-elle joué un rôle dans cette solidarité ?

Je souligne trois facteurs déterminants : les croyances religieuses, l’esprit républicain et le patriotisme. Le rôle pionnier des protestants est connu, en particulier à travers les pasteurs du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et la Cimade.

Mais il ne faut pas oublier les initiatives précoces de catholiques comme l’abbé Devaux à Paris ou à Lyon le jésuite Pierre Chaillet, fondateur des Cahiers de Témoignage chrétien. On ne peut pas juger l’Église catholique sur le silence du pape Pie XII ou des Églises nationales : il faut aussi regarder les comportements de la base.

La charité chrétienne envers son prochain l’a souvent emporté sur l’anti-judaïsme, la compassion envers les persécutés sur la stigmatisation. La protestation de Mgr Saliège, le 23 août 1942, a eu un effet multiplicateur et une dimension internationale méconnue, puisque notamment le New York Times s’en est fait l’écho. Il faudrait réévaluer notre mémoire collective sur le rôle de l’Église catholique, à l’image de Sylvie Bernay avec ses travaux sur les « diocèses refuges » .

L’argument du nombre de Français juifs sauvés n’est-il pas, déjà, le principal argument des défenseurs du maréchal Pétain ?

Constater que 75 % des juifs de France ont été sauvés ne revient pas à exonérer le maréchal Pétain. Berlin avait stratégiquement besoin de Vichy – qu’il s’agisse du maintien de l’ordre ou de l’économie de guerre –, et Vichy aurait donc sans doute pu s’opposer aux déportations. Il n’en demeure pas moins, quelles qu’aient été les intentions d’un régime pratiquant l’antisémitisme d’État, qu’en soi, le maintien d’un appareil étatique a eu un effet positif pour la survie des juifs de France.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur ce sujet ?

C’est Simone Veil qui m’a décidé, en 2008, à me lancer dans cette vaste fresque, opérant ainsi un lien entre mes deux domaines de recherches, la résistance civile et les massacres de masse. Le plus grand défi intellectuel et émotionnel consistait à articuler la grande histoire et les histoires individuelles. Mes rencontres avec les survivants m’ont porté pour raconter des histoires de vie, et finalement la vie au-delà de la souffrance.

(1) Les Arènes, Éd. du Seuil, 912 pages, 29 €.
RECUEILLI PAR LAURENT DE BOISSIEU

Voir encore:

Polémique Zemmour : « Vichy, une collaboration active et lamentable »
Robert Paxton
Le Monde
18.10.2014

Dans sa longue complainte sur le déclin de la France, Eric Zemmour laisse percer un mince rayon de lumière : au moins la France de Vichy parvint-elle à sauver 75 % des juifs de France du monstre nazi…

Il est difficile de croire qu’il a véritablement lu les statuts de Vichy concernant les juifs. Aucune « préférence nationale » n’y apparaît. Toutes les mesures de Vichy concernant les juifs visaient autant les citoyens français que les immigrés, mise à part celle du 4 octobre 1940 ordonnant l’internement des « ressortissants étrangers de race juive ». Certaines dispositions, il est vrai, furent prises afin d’exempter les vétérans de guerre et les juifs qui avaient rendu à la France des services particuliers (qui n’étaient pas nécessairement citoyens français), ainsi que des familles installées dans l’Hexagone depuis cinq générations. Dans les faits, toutefois, peu de personnes bénéficièrent de ces exemptions, et il arriva que certaines d’entre elles finissent par être déportées.

Le régime de Vichy appliqua ses mesures de restriction aux juifs avec zèle. Des chercheurs français établirent le chiffre précis de ceux qui furent exclus de la fonction publique et interdits d’exercer leur profession. La commission Mattéoli a déterminé très exactement combien d’entre eux furent victimes de spoliations. Les juifs français, davantage intégrés que les immigrés, ont particulièrement souffert de ces mesures. Lorsque les déportations débutèrent, ils étaient déjà extrêmement fragilisés par la perte de leurs professions et de leurs biens.

ANTISÉMITISME CULTUREL FRANÇAIS

Les juifs assimilés comme Léon Blum furent les cibles d’un opprobre tout particulier. Xavier Vallat, le premier commissaire général aux questions juives, brouillait la différence existant prétendument entre l’antisémitisme culturel français et l’antisémitisme racial allemand. Vallat était convaincu que des juifs comme Blum, bien que nés français, étaient fondamentalement incapables de devenir d’authentiques Français.

Tous les historiens ayant travaillé sérieusement sur la France de Vichy détectent un changement à l’été 1942. Lorsque la « solution finale » commença à être mise en œuvre en France, avec les arrestations de masse, et la séparation des mères de leurs enfants. Même ceux qui s’étaient récemment plaints du nombre trop élevé à leurs yeux d’immigrés montrèrent de la répulsion. Cinq évêques dénoncèrent ces arrestations. Pierre Laval, le chef du gouvernement, n’obtint qu’un report de l’arrestation des juifs français. Les Allemands acceptèrent de déporter en priorité les juifs étrangers, pourvu que la police française assure un nombre suffisant pour remplir les trains. Ils dirent toujours très clairement à Laval qu’ils finiraient par s’occuper des juifs français aussi. Il n’y eut jamais aucun accord, ni écrit ni oral, sur cette question.

En fin de compte, les Allemands s’emparèrent de tous ceux qu’ils purent, français ou non. Un tiers des 76 000 juifs déportés était des citoyens français, dont, il est vrai, des enfants nés en France de parents immigrés. L’extermination de 25 % des juifs de France ne fut pas une issue positive. La France avait bien plus de possibilités de dissimuler les juifs que la Belgique et les Pays-Bas, où la présence allemande était plus forte. L’exemple de l’Italie permet d’établir une meilleure comparaison. L’occupation allemande y débuta plus tard, mais se termina plus tard aussi, en mai 1945. Ne pouvant compter ni sur l’aide de l’Etat italien ni sur celui de sa police, les nazis ne furent en mesure de mettre la main que sur 16 % des juifs d’Italie. Si en France la police de Vichy participa activement aux arrestations, elle le fit avec de moins en moins de zèle à partir du début de l’année 1943.

Plus stupéfiant encore, le régime de Vichy envoya spontanément 10 000 juifs étrangers de la zone libre de l’autre côté de la ligne de démarcation pour les livrer à une mort certaine. Une telle mesure n’eut pas d’équivalent en Europe de l’Ouest, et n’en eut que peu en Europe de l’Est. On peut tenter d’expliquer ce zèle en l’interprétant comme une réaction à l’avalanche de réfugiés dans les années 1930. La France en accueillit proportionnellement plus que les Etats-Unis, mais pas davantage en nombre absolu, comme le prétend M. Zemmour. Après 1940, Vichy tenta de convaincre l’Allemagne de « reprendre » ses réfugiés. Au printemps 1942, Berlin obtempéra et put compter sur le plein concours de Vichy.

DES GENS DE BIEN

Bien comprendre la situation allemande permet de saisir l’importance pour eux de la collaboration policière française. Une constante pénurie de main-d’œuvre sévissait en Allemagne. Engagée dans des combats de grande ampleur sur le front de l’Est, elle comptait en France sur Vichy et sa police pour combler ce manque. Ce fait n’est pas de mon invention, contrairement à ce qu’insinue M. Zemmour ; il ressort avec évidence des archives allemandes. « Etant donné que Berlin ne peut pas détacher du personnel », écrivit le 7 juillet 1943 Heinz Röthke, l’officiel chargé de diriger les actions allemandes contre les juifs, « l’action [d’arrestation de juifs] devra être exécutée presque exclusivement avec des forces de la police française ».

Il existe, dans cette lamentable histoire, quelque chose dont il est permis de se féliciter. Je pense ici aux efforts que menèrent de nombreux Français pour venir en aide aux juifs, particulièrement aux enfants. Michael R. Marrus et moi-même leur avons dédié notre ouvrage paru en 1981, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy), car nous ne concevions pas que la critique de Vichy puisse équivaloir à une critique de la France et des Français (comme le pense Zemmour). L’aide humanitaire apportée aux juifs ne fut pas une spécificité française, mais elle joua un rôle important reconnu par Vichy qui traqua et arrêta parfois ces gens de bien.

Le livre d’Eric Zemmour rencontre le succès parce qu’il exploite avec habileté la peur du déclin. Le lecteur est porté par sa verve, son talent pour l’invective, son don de conteur et son goût de la provocation. Mais tout ce qui est abordé dans ce livre l’est au travers des verres déformants. Sa nostalgie de l’autorité masculine ne fait guère de proposition constructive pour surmonter les problèmes du moment. Je ne crois pas qu’ils seront nombreux à vouloir sérieusement revenir à l’époque d’avant 1965 alors que les femmes ne pouvaient ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leurs maris, un changement que Zemmour semble regretter. Une fois que l’énergie criarde de ce livre aura fait son petit effet, l’engouement du moment disparaîtra.

Vues de l’étranger, les idées noires exploitées par Zemmour ne semblent pas si exceptionnelles. Jadis puissance militaire et culturelle, la France en est venue à occuper une position certes honorable mais moyenne. Aucun Etat n’échappe au relâchement des liens nationaux et sociaux, au commerce mondialisé et à l’individualisme débridé. Aux Etats-Unis aussi, on redoute la déchéance. Le Tea Party est parvenu à bloquer le gouvernement fédéral. Le système électoral américain est archaïque. Le président n’est pas apprécié par la population. Un mouvement « néoconfédéré » vigoureux s’enorgueillit de la cause sudiste telle qu’elle fut défendue au cours de la guerre civile des années 1861-1865. Ce mouvement accuse les historiens qui critiquent la société esclavagiste d’être quelque peu antiaméricains. Eric Zemmour se sentirait chez lui en leur compagnie.

(Traduit de l’anglais par Frédéric Joly)

Robert O. Paxton, professeur émérite d’histoire Columbia University (New York)

Voir de plus:

Robert Paxton : « L’argument de Zemmour sur Vichy est vide »
Pascal Riché
Rue 89/Nouvel Obs
09/10/2014

style= »text-align: justify; »>Le système Eric Zemmour se nourrit de sa propre surenchère : chaque livre de l’essayiste doit aller plus loin que le précédent – vers l’extrême droite. Il est allé si loin qu’il en arrive, dans son dernier essai, « Le Suicide français » (éd. Albin Michel) – déjà un best seller – à prendre la défense de Vichy, ce sinistre souvenir français. S’il avait vécu à cette époque, Zemmour, issu d’une famille juive algérienne, aurait été déporté ou aurait vécu dans la terreur.

Mais qu’importe : il a choisi de reconsidérer le bilan de Pétain, qu’on aurait tort, selon lui, de classer dans la « malfaisance absolue ». Dans un passage de plusieurs pages de son livre, titré avec dédain « Robert Paxton, notre bon maître », l’essayiste s’en prend à ce qu’il appelle « la doxa paxtonnienne ». En 1972, dans son livre « Vichy France : Old Guard and New Order », traduit en français l’année suivante sous le titre « La France de Vichy » (éd. Seuil), l’historien américain a ouvert les yeux des Français sur leur propre histoire et sur les responsabilités du régime de Pétain dans la persécution et la déportation des juifs.

Mais selon Eric Zemmour, la thèse de Paxton, devenue « parole d’évangile », est idéologique :

« Elle repose sur la malfaisance absolue du régime de Vichy, reconnu à la fois responsable et coupable. L’action de Vichy est toujours nuisible et tous ses chefs sont condamnables. »
On peut la lire à l’envers : selon Zemmour, la malfaisance du régime de Vichy n’est pas absolue, l’action de Vichy n’est pas toujours nuisible, tous ses chefs ne sont pas condamnables…

Selon l’essayiste, si 75% des juifs ont été sauvés en France, c’est en grande partie grâce à « la stratégie adoptée par Pétain et Laval face aux demandes allemandes : sacrifier les juifs étrangers pour sauver les juifs français ». Tout en se gardant de réhabiliter ce régime, il invite à faire le distinguo, dans le jugement que l’on porte sur Vichy, entre « morale » et « efficacité politique ».

« C’est ridicule »
Pour combattre les thèses de Paxton, Zemmour s’appuie sur le livre du rabbin israélien Alain Michel, « Vichy et la Shoah. Enquête sur le paradoxe français » (éd. CLD, 2012), dans lequel ce dernier, né en France, s’emploie à essayer de démolir l’apport de l’Américain. Zemmour écrit :

« Il reprend, en l’étayant, l’intuition des premiers historiens du vichysme, et montre comment un pouvoir antisémite, cherchant à limiter l’influence juive sur la société par un statut des juifs inique, infâme et cruel, et obsédé par le départ des juifs étrangers – pour l’Amérique, pense d’abord Laval qui, devant le refus des Américains, accepte de les envoyer à l’Est, comme le lui affirment alors les Allemands –, réussit à sauver les “vieux Israélites français”. »

J’ai demandé, par téléphone, à Robert Paxton, professeur à l’université de Columbia, ce qu’il pensait de tout cela.

Rue89. Selon Eric Zemmour, votre regard sur Vichy est idéologique et manichéen : le régime aurait, à la différence de ce qui s’est passé dans d’autres pays comme la Hollande, permis de sauver de nombreux juifs français en sacrifiant les juifs étrangers…

Robert Paxton. Cet argument est parfaitement vide, de même que le livre d’Alain Michel sur lequel il s’appuie. Il suffit de lire les lois promulguées par Vichy entre 1940 et 1942, qui imposent des exclusions sur tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Le statut des juifs qui les exclut des services publics ; l’instauration de quotas à l’université ; la loi du 22 juillet 1941 sur l’aryanisation des biens juifs… tous ces textes ne font aucune distinction entre juifs français et juifs étrangers.

Dans leur application, ces mesures frappent durement les juifs de nationalité française, car ce sont eux qui sont les plus impliqués : ce sont des instituteurs, des conseillers d’Etat, des officiers de l’armée… des gens qui ont des propriétés et qui sont les premiers à souffrir de l’aryanisation. C’est absurde de soutenir que Vichy a soutenu les juifs français pendant ces deux premières années.

Quand les déportations commencent, et surtout au moment de la rafle de décembre 1941 au cours de laquelle plus de 700 juifs, souvent des notables, y compris un sénateur, ont été arrêtés – pour une fois – directement par les Allemands, cela a été un scandale : tout le monde a pris conscience de la faiblesse du régime de Vichy.

A partir de ce moment, du printemps 1942, mais pas avant, le régime s’efforce de laisser partir en premier les juifs étrangers et apatrides. Ce n’est pas une question morale, mais Laval et Pétain ont conscience de ce qui se joue en terme de souveraineté.

Laval continue de dire que les réfugiés juifs font du mal à la France et explique aux Américains et autres, aux évêques ou aux pasteurs qu’il a l’intention de se débarrasser de ces étrangers… Il essaye alors de persuader les Allemands de prendre d’abord les étrangers et les apatrides. Les Allemands répondent : « Bon, on va faire comme en Belgique, on prend les étrangers d’abord. Mais comprenez bien qu’on prendra les Français plus tard… » Mais c’est leur bon vouloir.

Il n’y a pas d’accord avec les Allemands ?

Jamais. Laval a obtenu un report. Mais sans qu’il n’existe d’accord : les Allemands ont accepté, de leur propre décision, de prendre les étrangers en premier.

Robert Paxton et Bertrand Delanoë, lors de l’inauguration de l’exposition « Archives de la vie littéraire sous l’Occupation », hôtel de ville de Paris, le 11 mai 2011 (Michel Euler/AP/SIPA)
C’est donc ridicule de soutenir que Vichy a protégé les juifs de nationalité française : pendant les deux premières années, Vichy a fait tout son possible pour fragiliser cette population, les excluant des emplois publics, mettant des quotas dans certaines professions, confisquant leurs propriétés, bloquant l’accès à l’université de leurs enfants…

Et quand vient l’heure des déportations, ces juifs sont horriblement fragilisés, encore plus susceptibles d’être traqués… Certes, Vichy a essayé sur le tard de sauver les apparences, en encourageant le report des déportations à plus tard… Mais il n’y a pas eu d’accord.

Zemmour pousse l’argument selon lequel les trois-quarts des juifs ont survécu en France…

Il fait croire que c’est un bon chiffre. C’est un mauvais chiffre ! En Italie, 16% ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France – le nord de l’Italie a été occupée deux mois de moins que le sud de la France, ce n’est pas beaucoup (septembre 1943 à mai 1945, contre novembre 1942 à août 1944 ndlr).

Voilà le chiffre qu’on pourrait imaginer dans un pays où les Allemands doivent tout faire eux-mêmes, sans l’apport des policiers qu’ils ont eu en France…

Ce chiffre de 25% de juifs déportés, dont de nombreux juifs français, est déplorable, il n’y a pas de quoi pousser des cocoricos. Je ne vois aucune raison de changer mon avis selon lequel le régime de Vichy a commis des actes terribles contre tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française.

Zemmour et Alain Michel s’appuient sur plusieurs livres : ceux de Raul Hilberg, Léon Poliakov…

Les livres des deux derniers sont très honorables, mais très anciens : ils n’avaient pas accès à l’ensemble de la recherche réalisée sur ces sujets.

Alain Michel n’est pas un historien sérieux : on ne peut pas écrire ce qu’il a écrit si on a lu les textes de Vichy et les ouvrages récents sur l’application de ces textes.

Voir encore:

Alain Finkielkraut : « L’analogie avec les années 1930 prétend nous éclairer : elle nous aveugle »
le Figaro
Vincent Tremolet de Villers
13/10/2014

LE FIGARO – Plusieurs ouvrages* qui sortent cet automne font la comparaison entre notre époque et les années 1930. Ils invoquent la crise économique, la montée des populismes, l’antisémitisme. Trouvez-vous cette analogie pertinente?

Alain Finkielkraut – À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs».

Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.»

Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence.

Si l’on poursuit l’analogie telle qu’elle apparaît dans ces livres, les musulmans sont considérés comme des «ennemis de l’intérieur». Comme on considérait les communistes en France, voire les juifs avant la Seconde Guerre mondiale… Que vous inspire cette comparaison?

Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination.

Vous pensez à l’essai d’Edwy Plenel Pour les musulmans?

Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. Voici deux exemples.

Abdennour Bidar: «On dit du fanatisme de quelques-uns que c’est l’arbre qui cache la forêt de l’islam pacifique, mais quel est l’état réel de la forêt en laquelle un tel arbre peut prendre racine?»

Mohamed Kacimi, en pleine guerre de Gaza, quand on tentait d’incendier une synagogue à Wuppertal et qu’étaient saccagés des magasins juifs à Sarcelles: «Plutôt que d’annoncer à ses millions d’âmes qu’ils vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans liberté, parqués jour et nuit dans des mosquées où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres, la chaîne qatarienne al-Jazeera préfère crier haro sur Israël, sur l’ennemi sioniste, c’est à la fois un antalgique et un antidépresseur.»

Abdennour Bidar et Mohamed Kacimi répondent implicitement à Youssef al-Qaradawi, le président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche et le guide spirituel de Tariq Ramadan comme de l’UOIF. Dans ses prêches sur al-Jazeera, celui-ci n’hésite pas à créditer Hitler de s’être débrouillé pour remettre à leur place les juifs arrogants. Il affirme par ailleurs que l’Islam ne doit pas conquérir l’Europe «vautrée dans son matérialisme et la philosophie de promiscuité» par la guerre, mais par l’influence.

Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles.

Votre élection à l’Académie ferait écho à celle de Charles Maurras en 1938, lit-on, dans un de ces ouvrages…

Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse.

Dans la description de ce phénomène, on invoque une «droitisation» dont votre succès serait le symbole. La gauche et la France se «droitisent» de votre fait?

La gauche et la droite communient dans l’idolâtrie du progrès et dans le culte des nouvelles technologies. C’est à qui numérisera le plus vite notre pauvre école. Mais le paradigme prométhéen est épuisé. Il ne s’agit plus de changer ou de transformer le monde. Il s’agit de l’épargner et de sauver ce qui peut l’être. Ni la droite ni la gauche ne veulent se convertir à une pensée des limites et à ce que Hans Jonas appelait une «éthique de la conservation, de la préservation, de l’empêchement». Elles érigent en valeur le fait de l’innovation et avec zèle, ou fatalisme, elles accompagnent les flux économiques et les flux migratoires. Si elles se montrent récalcitrantes, l’Europe les remet très vite dans le droit chemin. Mais il y a en France des gens de toutes origines assez attachés à la civilisation française pour se considérer comme ses héritiers et ne pas vouloir dilapider cet héritage. Je suis de ceux-là.

Alain Juppé évoque, dans un chapitre qui compose le livre programme de l’UMP, «l’identité heureuse». Ce texte vous a-t-il convaincu?

L’identité malheureuse est un constat. L’identité heureuse est un slogan. Peut-être que, grâce à ce slogan, les voix de la gauche et du centre se reporteront sur Alain Juppé au second tour de l’élection présidentielle en 2017. Mais si tout suit son cours, les juifs seront de plus en plus nombreux à faire leur valise et le peuple continuera à se diviser en deux. Le périurbain pour les uns, les «quartiers populaires» pour les autres. Tout cela derrière le village Potemkine de l’identité heureuse. Est-ce la France que nous voulons?

Que vous inspire la polémique autour du livre d’Eric Zemmour: Le suicide français ?

J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. ■

* Enzo Traverso, «La Fin de la modernité juive», La Découverte ; Edwy Plenel, «Pour les musulmans», La Découverte ; Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, «Vers l’extrême, extension des domaines de la droite», Éditions Dehors ; Philippe Corcuff, «Les Années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard», Textuel ; Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch, Yvan Gastaut, «Les Années 30 sont de retour», Flammarion (sortie le 15 octobre).

Voir encore:

The Anti-Hero as Hero.(Review)
Omer Bartov
The New Republic
August 13, 2001
The Fragility of Goodness:
Why Bulgaria’s Jews Survived the Holocaust
By Tzvetan Todorov
translated by Arthur Denner
(Princeton University Press, 197 pp., $26.95)

Omer Bartov is professor of history at Brown University, and the author, most recently, of Mirrors of Destruction: War, Genocide, and Modern Identity (Oxford University Press).

The holocaust is ultimately about the abandonment of an entire people to the murder machine of a powerful state. What facilitated the genocide of the Jews was a combination of circumstances that made escape and rescue increasingly difficult, and made the work of the perpetrators astonishingly easy. The killing occurred within the context of a total and savagely brutal war. The perpetrators could rely on a modern state apparatus and a rich supply of well-trained and willing individuals from the police, the army, and other German state agencies. The German population of the Reich exhibited a distinct lack of interest in the Nazi regime’s genocidal policies, largely carried out east of the country’s expanded borders. The German occupation authorities rarely faced concerted opposition–and often found willing collaboration– among the officials and the population of the countries from which Jews were deported to the death camps or in which large- scale killing of Jews took place. Finally, for most of the war Germany’s enemies did not make the genocide of the Jews a major focus of their military, diplomatic, or propaganda efforts–indeed, they feared that doing so would enhance anti-Semitism among their own populations, or would be detrimental to their wartime and postwar policies.

If we wish to make a general statement about the moral dimensions of this historical event, in other words, we must conclude that it ranged between the radical evil of the planners and the executioners to the more commonplace variety of complicity and indifference, exhibited also by such obviously anti-Nazi institutions as the British Foreign Office and the State Department, which were loath to change their immigration policies, to let Jewish refugees into Palestine, or to act more directly and forcefully against Nazi genocide until late in the war. From what we know today about the ideological commitment and dedication to the task of such characters as Adolf Eichmann and the members of Reinhard Heydrich’s Reich Main Security Office, we can no longer speak about them as representative of the « banality of evil, » as Hannah Arendt suggested four decades ago. Conversely, on the basis of the massive historical research on the Holocaust that has been carried out in the intervening years, neither can we assert that the genocide of the Jews was a precisely planned and executed operation.

The intention to murder the entire Jewish population was finally articulated in late 1941, but the implementation of the genocide depended on myriad factors and circumstances. The very scale of the undertaking, the geographical scope, the complex political, diplomatic, cultural, and logistical issues involved, meant that any resistance, even of an ambivalent and inconsistent nature, might hamper the efficiency of the operation. It should be remembered that the killing of the Jews took place over a relatively short time, primarily between 1942 and 1944. By 1944, Germany was rapidly heading toward defeat, and everyone knew it. What is breathtaking about the Holocaust is the ability of Germany to have murdered so many people from so many countries with such stunning rapidity even as it was losing a horrendously destructive total war. But it is also true that any delay in the killing could have spelled the difference between death and survival, because the Nazis ran out of time just before they ran out of Jewish victims.

It is for this reason that on another moral scale–indeed, on the moral scale that is most urgent to those who try to extract lessons from the Holocaust–what really matters are the moments, however rare, in which a few shades of « goodness » were introduced into the general canvas of evil, opportunism, and indifference. These moments matter not because they made a significant difference in the general scheme of things: they did not. They matter because they illustrate that, all the contemporary (and subsequent) talk of inevitability notwithstanding, it was possible to make choices, and that the right choices made at the right time by the right people could make a difference for some of the victims. From these flickerings of goodness we are forced to conclude that, had they been more prevalent, they might have driven more of the darkness out of the historical canvas. They might have actually changed the picture.

But the lesson is not quite so simple or so edifying. For we also learn from such instances that the difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective kind of goodness–I mean the practical kind, the kind that can actually save lives and not merely alleviate the conscience of the protagonists–is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential …

Voir enfin:

Bookshelf
Book Review: ‘My Grandfather’s Gallery’ by Anne Sinclair
Paul Rosenberg’s far-sighted promotion of the avant-garde may have saved his family from the Holocaust.
Marechal Law
Hugh Eakin
WSJ
Oct. 10, 2014

In November 2013, German tax authorities revealed that they had found more than 1,200 works of art, many of them looted from Jewish collections during World War II, in the Munich apartment of an elderly recluse named Cornelius Gurlitt. The discovery of a fresh trove of Holocaust-era art, years after Germany was supposed to have addressed the issue, was shocking, and the story riveted the international media for weeks. Less noted, however, were Mr. Gurlitt’s aesthetic predilections: His collection included works by such leading figures of the Modern avant-garde as Picasso, Max Beckmann, Marc Chagall, Max Liebermann and Emil Nolde.

My Grandfather’s Gallery
By Anne Sinclair
Farrar, Straus & Giroux, 224 pages, $26
For decades it seemed, Mr. Gurlitt—whose father, Hildebrand Gurlitt, had been assigned by the Nazis to “acquire” Old Masters for the planned Führermuseum in Linz—had communed in his dusty apartment with the very artists Hitler rejected as “degenerate.” Among the first Gurlitt works to be identified was a 1921 portrait by Matisse, “Sitting Woman,” that had belonged to Paul Rosenberg, arguably the foremost French dealer in Modern art. In June 1940, just as the Germans were arriving in Paris, Rosenberg escaped to Portugal, and subsequently to the United States, leaving behind some 400 paintings that were later seized. In June of this year, a German task force declared that “Sitting Woman” rightfully belonged to Rosenberg’s heirs—the latest of dozens of works the family has reclaimed over the past half-century. It is said to be worth as much as $20 million.

Rarely has the cruel paradox of the Nazis’ art program been more directly in view. One of the most prominent Parisian dealers in the 1920s and 1930s, Paul Rosenberg (1881-1959) represented both Picasso and Matisse. As Anne Sinclair observes in “My Grandfather’s Gallery: A Family Memoir of Art and War,” his large gallery on the fashionable Rue la Boétie in the Eighth Arrondissement was “piled to the rafters with those ‘accursed’ or decadent works, the kind that the Nazis called entartete Kunst.” Yet German officials, together with their Vichy acolytes, recognized the Rosenberg gallery’s importance, and, soon after the fall of France in the summer of 1940, they were exploiting its inventory. There was no shortage of international buyers for Modern paintings during the war, and Nazi dealers like Gurlitt could easily trade such works in neutral countries like Switzerland for sought-after “Germanic” art or, as in the case of “Sitting Woman,” keep them for themselves.

Though it was written before the Gurlitt hoard came to light, “My Grandfather’s Gallery” suggests the extent to which the dark fate of Rosenberg’s inventory was also, fundamentally, a story about the art market. A well-known French television personality, Ms. Sinclair says that she had not been particularly involved in the hunt for missing paintings, noting that other family members have pursued them with greater zeal. (Armed with extensive records—which Rosenberg had presciently removed to London before the war—and decades of practice, the Rosenberg heirs have been among the most successful claimants of Nazi-looted art.) Nor, by her own account, did she have much interest in Rosenberg’s life until an unpleasant question from a French bureaucrat made her curious to find out “who my mother’s father really was.”

As a result, “My Grandfather’s Gallery” is less a systematic biography of a major art-world figure than what Ms. Sinclair calls “a series of impressionist strokes” about a man she hardly knew, inflected by her own, sometimes meandering thoughts. There are asides about French politics and oblique references to Ms. Sinclair’s recent travails as the wife of Dominique Strauss-Kahn, during whose house arrest in New York she wrote the book. (They are now divorced.)

Yet in shifting back and forth from the Vichy years to the early ’20s to the aftermath of the war, Ms. Sinclair offers revealing glimpses into what made the gallery such a prime target for the Nazis. Particularly suggestive is her sketch of Rosenberg’s relations to the avant-garde, which draws on the dealer’s four-decade correspondence with Picasso. From his own father, who sold works by van Gogh and Cézanne before they were popular, Rosenberg learned to mix bread-and-butter sales of traditional fare with bold investments in new art. Thus a brisk trade in 19th-century favorites in a seigneurial, Right Bank setting allowed him to support a growing stable of contemporary painters and to give them a kind of establishment pedigree. “If visitors were unsure about Braque or Léger,” Ms. Sinclair writes, “Paul invited them upstairs to see softer-contoured works by Edgar Degas, Pierre-August Renoir, or August Rodin.”

By the 1920s, Rosenberg had become not only Picasso’s chief representative and financial backer but also his neighbor, having persuaded the Spanish genius to live in haute-bourgeois comfort adjacent to the gallery—where Rosenberg could keep close watch on his production. At the same time, through a series of astute alliances, constant promotion and over-the-top, Gagosian-like shows, the dealer helped turn works by Picasso and Matisse into sought-after drawing-room commodities among the beau monde. “I need a large number of canvases for this winter,” Rosenberg wrote Picasso in one typically breathless letter from 1921 quoted by Ms. Sinclair. “I’m ordering 100 from you, to be delivered at the end of the summer.”

As with the art world today, there was big business, but also big risk. Other dealers had tried and failed with Picasso—among them not only Daniel-Henry Kahnweiler, the gifted promoter of his early Cubist works, but also Rosenberg’s own brother, Léonce, who, though a pioneering supporter of the French avant-garde, was chronically insolvent. (Unmentioned by Ms. Sinclair, Braque famously punched Léonce before defecting to his brother’s more reliable firm.) Why was Rosenberg more successful? Scholars like Picasso biographer John Richardson regard him chiefly as a hard-driving entrepreneur who cannily raised prices, held on to inventory and diligently built markets in London, New York and across the Continent. Ms. Sinclair understandably prefers to see her grandfather conversing with “Pic” on a more intellectual plane, but she too wonders whether his retail acumen exceeded his appetite for artistic innovation.

More interesting, however, may be the international implications of Rosenberg’s shrewd dealing. Ms. Sinclair writes that in August 1940, having made it as far as Lisbon, Rosenberg obtained 21 visas to the United States, for himself and his extended family, at a time when very few were being issued. This, she coyly informs us, was thanks to the extraordinary intervention of “his old friend” Alfred Barr Jr., the well-connected director of the Museum of Modern Art in New York.

Barr had tried for years to organize a major Picasso retrospective at MoMA, for which Rosenberg’s collaboration was essential. In 1939, after lengthy negotiations and then weeks spent with Rosenberg in Paris, Barr was able to secure the loans he needed. The result was the landmark exhibition in the winter of 1939-40 that cemented Picasso’s position at the center of the Modern movement. Ms. Sinclair doesn’t reveal whether the two men discussed the possibility of Rosenberg’s relocation to New York during their extensive time together on the eve of the war, but she writes elsewhere that “Barr was deeply grateful for Paul’s willingness to enable this momentous show.” (In fact, though she doesn’t mention it, family records gathered by Elaine Rosenberg, Ms. Sinclair’s aunt, show that Barr was one of several prominent Americans, including Harvard professor Paul J. Sachs, who vouched in 1940 for Rosenberg’s signal importance.)

Thus Rosenberg’s far-sighted promotion of the avant-garde may be ultimately what saved his family from the Holocaust—even as it made him a particular object of Nazi hatred. Back in Paris, the Rosenberg gallery, along with the apartment above it that the Rosenbergs had lived in, was transformed into the Institute for the Study of Jewish Questions, a propaganda office run by the Nazis that was designed, according to its own mandate, to “resolve, at all cost and by all means, the Jewish question in France.” Among its habitués, Ms. Sinclair notes, was Louis-Ferdinand Céline, the great Modernist writer and rabid anti-Semite, who complained that his books attacking Jews were not being sufficiently promoted in the institute’s bookshop.

But how convinced were the Nazis, really, when it came to their opposition to Modern art? As a recent exhibition at the Neue Galerie in New York made clear, some, like Nazi propaganda minister Joseph Goebbels, initially saw Modernism as compatible with National Socialist ideology. Others, like the dealer Hildebrand Gurlitt, had themselves been champions of the avant-garde before being drawn into the Nazi art program. The greater irony, of course, is that the international market that Rosenberg had spent two decades building provided a ready outlet for the Nazis’ plunder.

In an absorbing final chapter, Ms. Sinclair considers her grandfather’s response to this dark story. Because of the MoMA exhibition, his Picassos, at least, had escaped the war, and they helped him establish a flourishing trade in New York City. But he never gave up on his lost works and pursued justice in his own way. As early as the fall of 1945, Rosenberg arrived in Zurich to confront some of the Swiss dealers who had traded them; though he also filed lawsuits, Ms. Sinclair suggests that he preferred to “recover his paintings one by one, in a Monte-Cristo-style personal vendetta.” One wonders what he would have made of Cornelius Gurlitt and his Modern-art-filled apartment, which somehow escaped notice in the same city where the Nazis had put on the notorious 1937 “Degenerate Art” exhibition.

—Mr. Eakin is a senior editor at the New York Review of Books.

Voir par ailleurs:

Horthy, un Pétain hongrois
Joëlle Stolz (Vienne, correspondante)

LE MONDE DES LIVRES

23.10.2014

Au moment où la France, à cause du livre d’Eric Zemmour, Le Suicide français (Albin Michel), discute avec passion du régime de Vichy, un ouvrage éclaire le parcours de l’amiral Miklós Horthy, qui fut ­régent de Hongrie de mars 1920 jusqu’à octobre 1944. Allié d’Hitler et de Mussolini, il porte une part de responsabilité – jusqu’à quel point, telle est la question – dans la déportation de ses com­patriotes juifs, dont au moins 400 000 ont péri à Auschwitz.

Il a fallu attendre le regain d’intérêt pour la Hongrie, suscité par la politique nationaliste du premier ministre Viktor Orban, pour disposer enfin d’une biographie de Horthy en français. Elle est due à la plume alerte de Catherine ­Horel, spécialiste reconnue de l’Europe centrale. Sa prochaine parution en hongrois promet de chauds débats dans un pays où les historiens sont souvent invités sur les plateaux de télévision, tandis que les départements d’histoire des universités sont investis par des étudiants en majorité d’extrême droite. Plus que jamais, l’histoire y est un terrain explosif. On voit s’édifier partout des monuments déplorant le traité de Trianon, qui a amputé la Hongrie, en 1920, de 70 % de son territoire et de 3 millions de magyarophones. Apparaissent aussi des bustes de l’amiral Horthy, une mise à l’honneur qui, sans être ­encouragée par le gouvernement, est tolérée. L’un des prédécesseurs d’Orban, le conservateur Jozsef Antall, avait fait rapatrier, en 1993, les ­restes de Horthy, mort en 1957 au ­Portugal, dans la crypte familiale de Kenderes. Celle-ci est ­devenue le lieu d’un culte florissant qui rappelle la dévotion populaire de l’entre-deux-guerres, lorsque l’amiral semblait capable de rendre à la nation en deuil ses pro­vinces perdues.

Le « rapport douloureux à l’Histoire » caractérise toute l’Europe centrale, souligne Catherine ­Horel, elle-même d’origine hongroise, qui a déjà publié un ouvrage de référence : Cette Europe qu’on dit centrale (Beauchesne, 2009). De la Pologne aux Balkans, la région a été malmenée par les Turcs, les Autrichiens ou les Russes, et reste obsédée par la défaite face à des puissances étrangères. C’est à l’aune de cette mémoire victimaire qu’il faut évaluer le parcours de Horthy, souvent comparé au maréchal Pétain.

Tous deux sont des militaires aguerris, attachés aux vieilles ­valeurs – la terre ancestrale, la religion chrétienne – et prétendent faire don de leur personne pour éviter à leur pays des épreuves cruelles. Avec, dans les deux cas, une issue désastreuse : le « sacrifice » de Horthy n’évitera pas à la Hongrie d’entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne et de tomber pour finir sous la coupe de l’Union soviétique. Sauf que Miklós Horthy, issu de la petite noblesse calviniste, n’a pas l’auréole du vainqueur de Verdun. Sportif accompli, portant beau mais personnalité médiocre, cet homme, né en 1868, a choisi la marine, carrière peu usuelle pour un Hongrois, ce qui lui a permis de voir le monde. La meilleure période de sa vie, à l’en croire, est pourtant les cinq ans qu’il a ­passés à Vienne, comme aide de camp de François-Joseph : l’empereur restera pour lui un modèle de discipline et de rectitude. La protection que François-Joseph a accordée aux juifs, dans la tradition des Habsbourg (il mettra deux fois son veto à l’élection, comme maire de Vienne, du tribun antisémite Karl Lueger), l’a sans doute marqué.

L’HOMME PROVIDENTIEL
Horthy n’était pas un fasciste – son régime est proche du « corporatisme » clérical de l’Autriche avant l’Anschluss –, mais farouchement anticommuniste. Malgré son dédain pour la politique, il accepte d’être l’homme providentiel qui va « sauver le pays du chaos », en 1919, après la République des Conseils de Bela Kun, d’inspiration soviétique, dont 36 commissaires sur 43 étaient juifs. Il couvre les graves exactions antisémites de la « terreur blanche » commises par les contre-révolutionnaires mais son premier geste, une fois régent, est de recevoir les dirigeants de la communauté juive. Il entérine, dès 1920, l’adoption d’un numerus clausus visant les étudiants juifs, mais ménagera toujours les industriels et les banquiers, qui assurent à la Hongrie une enviable prospérité.

Même lorsque le Parlement de Budapest introduit, en 1939, sous pression de Berlin, des critères raciaux en rupture avec le droit hongrois, Horthy et ses ministres les moins bellicistes (dont Pal ­Teleki, qui s’est suicidé en avril 1941 pour protester contre l’entrée en guerre avec la Yougo­slavie) croient pouvoir « donner le change » aux nazis, tout en évitant « l’inexpiable ». Malgré des restrictions croissantes, les juifs de Hongrie ont été relativement épargnés jusqu’au printemps 1944. Notables exceptions : la mort de 20 000 juifs « apatrides » déportés vers la Galicie en 1941, et les massacres commis par les troupes hongroises contre juifs et Serbes dans la Bacska, une province méridionale que le régime Horthy avait récupérée, comme le sud de la Slovaquie et l’est de la Transylvanie, par la grâce d’Hitler.

Une fois la Hongrie occupée sans résistance par la Wehrmacht, en mars 1944, police et gendar­merie redoublèrent de zèle, éradiquant en un temps record tous les juifs de province. Pour les défenseurs de l’amiral Horthy, celui-ci a au moins sauvé la plupart des juifs de Budapest, en stoppant, au début de l’été 1944, les déportations. Mais il aurait pu démissionner bien avant que les Allemands ne l’y contraignent, quelques mois plus tard : une sortie sans gloire, pour un homme qui a échappé au tribunal de Nuremberg, après guerre, surtout parce que Staline, lorgnant déjà sur la Hongrie, trouvait inopportun d’en faire un martyr.

L’Amiral Horthy. Le régent de Hongrie, 1920-1944, de Catherine Horel, Perrin, « Biographies », 496 p., 25 €.

COMPLEMENT:

27 octobre 2014
Vichy : l’élève Zemmour peut mieux faire !

L’historien François Delpla revient pour Herodote.net sur la polémique lancée par le journaliste Éric Zemmour concernant le rôle de Philippe Pétain dans la Shoah…
Dans son livre Le Suicide français, paru le 1er octobre 2014, le journaliste Éric Zemmour avance une thèse sur l’attitude du gouvernement de Vichy : la survie des Juifs français, dans une proportion bien plus grande que celle des Juifs étrangers présents sur le sol de France, serait due à l’action de Vichy, qui les a défendus tout en abandonnant les Juifs étrangers à leur sort. Il se réclame de trois historiens décédés (Poliakov, Aron, Hilberg) ainsi que d’Alain Michel, l’auteur d’un récent Vichy et la Shoah.

En revanche, il prend feu et flamme contre l’un des plus célèbres historiens de l’Occupation, l’Américain Robert Paxton, auteur en 1972 d’un livre traduit l’année suivante sous le titre La France de Vichy. Pétain et ses ministres y sont présentés comme des valets empressés à exécuter les ordres de l’occupant et souvent à les devancer, par affinité idéologique.

Zemmour ne nie pas que Vichy ait pris contre les Juifs français, dès l’automne de 1940, des mesures discriminatoires mais prétend que c’était pour des raisons patriotiques. Il fallait bien faire des concessions. C’est ainsi qu’on abandonna les Juifs étrangers comme on lâche du lest ; ce n’était ni glorieux ni moral mais conforme à la « raison d’État ». Inversement Paxton, dans ses livres et dans deux tribunes publiées en réponse à Zemmour, insiste sur la servilité de Vichy, son empressement à collaborer même quand on ne le lui demande pas et la fragilisation des Juifs français par les mesures de discrimination.

Or ce débat est largement anachronique. La recherche récente insiste sur deux points que l’histoire avait négligés :

– l’Allemagne nazie agissait avec méthode ; si la destruction des Juifs d’Europe (pour reprendre l’expression de Raul Hilberg) était l’un de ses objectifs principaux, elle cohabitait avec d’autres préoccupations ;

– l’occupation pendant quatre ans, sans grands remous, d’une grande puissance étrangère provisoirement vaincue, au sein d’une guerre plus large qui tourne de plus en plus mal pour l’occupant, est une entreprise des plus délicates, qui requiert doigté et vigilance.

Pétain, quelles que soient ses intentions et la façon dont il se voit lui-même, est avant tout un instrument aux mains de Hitler. En traitant au moment de l’armistice avec le « vainqueur de Verdun », chef de l’armée française en 1918, le dictateur nazi donne aux Français le plus convaincant des professeurs de résignation.

Jusqu’à l’offensive contre l’URSS déclenchée le 22 juin 1941, Hitler persécute les Juifs sans en tuer beaucoup, à l’exception de la Pologne occupée. L’ère des massacres systématiques s’ouvre avec l’invasion de la Russie, et débouche à la fin de 1941 sur la décision du meurtre de tous les Juifs accessibles aux griffes allemandes. La conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942, planifie l’entreprise sous la direction de Reinhard Heydrich. Ce dernier séjourne à Paris du 5 au 11 mai, et s’entend avec un gouvernement Laval mis en place à Vichy par l’ambassadeur Abetz le 18 avril précédent.

Après son départ, les discussions se prolongent principalement entre René Bousquet, chef de la police au ministère de l’Intérieur de Vichy, et Carl Oberg, chef des SS en France. Elles aboutissent à une entente suivant laquelle Vichy exerce une pleine autorité sur la police de zone nord, moyennant une participation à la déportation des Juifs. On se met d’accord pour arrêter d’abord les Juifs étrangers. C’est ainsi qu’ont lieu la rafle dite du Vel d’Hiv, le 16 juillet, et la livraison de 7000 Juifs parqués dans des camps de zone sud.

En septembre, les SS demandent qu’on passe à la déportation des Juifs français et le gouvernement de Vichy renâcle en invoquant notamment l’opposition voyante du clergé catholique : l’archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, a donné le branle le 23 août en dénonçant en chaire l’atrocité des rafles en zone sud (« Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou »). Soudain, le 25 septembre, arrive un contrordre, connu par une lettre de Knochen (l’adjoint d’Oberg) : les déportations de Juifs français sont provisoirement suspendues, par ordre de Himmler. Or le chef des SS a rencontré Hitler trois jours plus tôt et probablement pris cette décision en concertation avec lui.

Il en ressort que, n’en déplaise à Zemmour, Vichy n’a pas convenu avec l’Allemagne que la persécution se limiterait aux Juifs étrangers. Le taux de survie très inférieur de ces derniers doit tout aux circonstances, et aux priorités de l’occupant. En septembre 1942, la montée en puissance des États-Unis pousse l’Allemagne à envisager l’occupation de la zone sud française, tandis que la situation sur le front russe et en Afrique du Nord ne permet guère d’en distraire des troupes : il faut simplifier au maximum la tâche des quelques divisions allemandes qui seront chargées du travail. Il sied d’autre part de redonner à Pétain un peu de lustre « national » afin qu’il prêche une fois de plus aux Français la résignation en prétendant défendre au mieux leurs intérêts.

Il faut donc cesser d’isoler la question de la Shoah en France de celle des rapports de force mondiaux, comme d’attribuer à Vichy un rôle dans la survie plus importante des Juifs français.

En revanche, il n’est pas juste non plus (comme le font Paxton et Serge Klarsfeld, justement critiqués sur ce point par Zemmour) d’attribuer cette survie à l’action salvatrice de la population française, en l’opposant radicalement au gouvernement. On en viendrait à prétendre que Vichy n’était pas dictatorial, ou pas en mesure d’imposer ses décisions à ses administrés. Titulaires ou non par la suite de la médaille des Justes, les Français qui ont donné un coup de main dans le sauvetage savaient que les autorités qui auraient pu s’y opposer n’y mettaient pas, du gendarme au ministre, autant de zèle que l’occupant, sinon sous une pression nazie directe ou avec l’espoir, à certains moments, d’obtenir quelque avantage en flattant les lubies raciales de cet occupant.

Pétain l’impuissant n’a pas mis en sécurité le moindre Juif ; il n’a jamais fait que marchander en position inférieure, jouer avec des dés pipés par l’adversaire et accumuler des choix scabreux à visée immédiate.

François Delpla
L’auteur
François Delpla fait partie des historiens qui travaillent sans bruit, loin des modes et des écoles, et dont on s’inspire souvent sans toujours les citer. Ses travaux sur le nazisme et sa guerre ont débouché sur un premier livre, Les Papiers secrets du général Doumenc, en 1992.

Scrutant inlassablement la personne et les actes de Hitler, il met en lumière à la fois son intelligence manœuvrière et sa folie, grosse d’un antisémitisme extrême et spécifique.

Il publie prochainement chez son premier éditeur spécialisé en histoire, Perrin, une vaste synthèse intitulée Une histoire du Troisième Reich (en librairie le 6 novembre 2014). Sur Vichy il a publié Montoire (Albin Michel 1996) et Qui a tué Georges Mandel ? (L’Archipel, 2008). Nous avons par ailleurs fait la recension de son livre L’Appel du 18 juin 1940 (Grasset, 2000).

Son site http://www.delpla.org est l’un des plus riches parmi ceux des historiens en activité.

Voir enfin:

French Provocateur Enters Battle Over Comments
Scott Sayare SCOTT SAYARE
NYT
February 11, 2011
Paris

HE is perhaps France’s best-known professional provocateur, as much adored by the xenophobes of the far-right as he is reviled by immigrants, women and gays. But Éric Zemmour might also be misunderstood by his allies and enemies alike, a sort of hopeless intellectual whose nuance is lost in the sensationalist jumble of the media world he inhabits.

A slight man with a quick tongue and a fearsome intellect, Mr. Zemmour, 52, has made a career of speaking on the edge in a culture where the ideal of social harmony often takes precedence over freedom of speech. He can be heard daily on French radio, read weekly in the news media and seen all over television; he is routinely accused of racism, sexism, homophobia, fear-mongering and narcissism, or some combination thereof.

“I’m reviving the ‘French polemic’ in a world that’s on the one hand Americanized, and on the other, that people want to see sterilized by antiracism, by political correctness,” Mr. Zemmour said over coffee at the back of a dark Paris cafe. “That it is to say, where you’re not allowed to say anything bad about minorities.”

In comments that his critics have parsed and denounced and parsed again, he has spoken of a “white race” and a “black race,” decried what he sees as the feminization of society and called homosexuality a social disorder. Last month, though, his pronouncements for the first time brought him before a court, on charges of defamation and “provocation to racial discrimination.”In a televised debate last March he argued that blacks and Arabs were the targets of illegal racial profiling by the French police “because the majority of traffickers are black and Arab; that’s how it is, it’s a fact.” The same day, on another channel, he suggested that French employers “have the right” to deny employment to blacks or Arabs.

The comments surely do not rank among his most incendiary, and, however uncomfortable, the first point might well be true. Even the rights groups that brought the case acknowledge that France’s poor, immigrant populations account for a disproportionate amount of crime, if not a clear “majority,” in a country that does not keep official racial statistics.

MUCH to Mr. Zemmour’s delight, his three-day trial in January drew droves of supporters, including several prominent politicians, along with hordes of critics and a crush of reporters and photographers. His comments had already fueled months of controversy and hand-wringing; he was nearly fired from his post as an editorial writer at Le Figaro Magazine, and Canal+, the television station that broadcast his statement on traffickers, received a warning from the French audiovisual authority.

The intense reaction to Mr. Zemmour’s case — and more broadly, to Mr. Zemmour himself — seems a measure of the tensions in France around race, Islam and integration. And it speaks to the difficulty of discussing those issues in a nation that is committed constitutionally to treat every person simply as a “citizen,” with no acknowledgment of ethnicity, color or religion.

“When you describe reality,” Mr. Zemmour said at his trial, “you’re treated as a criminal.”

His critics say it is less a question of pronouncing realities than how they are pronounced.

“If he had said that there is an ‘overrepresentation of the immigrant population,’ there wouldn’t have been a trial,” said Alain Jakubowicz, a lawyer who heads one of the rights groups that brought suit. “There are the words that are said, and the words that are received, the words that are understood by listeners.”

“He has rights, of course, but he also has responsibilities,” Mr. Jakubowicz added.

From a young age, Mr. Zemmour said, he dreamed of becoming a “journalist-writer-intellectual” in the style of Voltaire, Émile Zola or François Mauriac and other outspoken, sometime-radicals like them. The ambitious son of Jewish Berbers who emigrated from French Algeria in the 1950s, Mr. Zemmour was raised near Paris and attended the elite Institut d’Études Politiques de Paris, known as Sciences Po. Later, after being twice denied admission to the even more rarefied precincts of the École Nationale d’Administration, which feeds the highest echelons of French power, he became a journalist, covering politics, and joined the newspaper Le Figaro in 1996.

Mr. Zemmour is a busy man. Beyond his books and novels, and the ceaseless interviews he gives, he presents a daily editorial on RTL, France’s most popular national radio station; co-hosts a debate program on news channel i>TELE; writes his weekly editorial for Le Figaro Magazine; and appears on a three-and-a-half hour talk show on Saturday nights on France 2, a state-owned television station.

PARADOXICALLY, Mr. Zemmour often exercises his right to free speech to endorse stricter limits on similar freedoms. He advocates a return to authorizing only Christian first names for children born in France, a restriction lifted in 1993; his ancestors in Algeria had adopted French names, he noted. And he hailed the ban on the public wearing of the full facial veil as a way “to oblige people to become authentically French.”

“The state needs to do its job, which it’s always done, of imposing constraints,” he said. “For me, France is the ban on the veil.”

He says that his views are those of a silent majority, French people who seek the return of the resplendent France of de Gaulle, a proud, imagined France unencumbered by the guilt of the post-colonial era. Efforts to integrate the country’s immigrant populations have plainly failed, he said, and the country ought to revert to the “assimilationist” approach he says it abandoned decades ago.

“We believe that we have the best way of life in the world, the best culture, and that one must thus make an effort to acquire this culture,” he said. By contrast, he said, the notion of a country made great by the diversity of its people and values “is an American logic.”

Asked why he believes in the superiority of the French model, he said only that “there is a singular art of living” in France.

“For me, France is civilization with a capital ‘C,’ ” he added.

The groups that have taken him to court have been urging an American social vision, he said. Yet, he added, they are not also willing to endorse American standards of free speech, and they oppose the taking of American-style ethnic statistics.

“I’m taking — because they forced it on me — the American model, and I’m throwing the American model back in their face,” Mr. Zemmour said. “But in the name of French tradition.”

It is a delicate distinction, one even his friends worry might well be lost on most people.

“He’s a very naïve guy,” said Éric Naulleau, a co-participant on the show on France 2, on a broadcast last year. “He has yet to understand the rules of the screen, Zemmour. He thinks he’s in a book where you can explain things, where you can step back.”

Like Mr. Zemmour, Yazid Sabeg, the government’s commissioner for diversity and equal opportunity, has been a prominent voice on France’s integration problems. An Algerian-born businessman, he is also the country’s foremost advocate for the legalization of ethnic statistics. But he denounced Mr. Zemmour’s statements about traffickers as inaccurate and calculated “to spread hate,” and he said he hoped to see him convicted.

“I’m for saying everything,” Mr. Sabeg said. “But not nonsense like this.”

Mr. Zemmour shrugged off Mr. Sabeg’s stance, and that of the plaintiffs in his case, as an absurd logical contortion. “They want the American model without the drawbacks of the American model, and that’s not possible,” he said.

“Maybe I’ll be convicted,” Mr. Zemmour said, with some satisfaction. “But they’ll never untangle themselves from their contradictions.”

Voir par ailleurs:

Hommes libres (2)

Mohamed Kacimi, Ecrivain algérien

CCLJ

30 juillet 2014

Etgar Keret  écrivain et cinéaste israélien. Mohamed Kacimi, écrivain et dramaturge algérien. Sans se connaître, sans se consulter, ils ont chacun pris la plume pour s’opposer aux cris de colère et de haine de leur propre peuple. Deux hommes courageux. Deux hommes libres.

« Collabo, harki, sioniste, sale juif, kafir, mécréant, apostat, vendu, youpin, traître, salaud, lâche, sale rabbin, valet de BHL, suppôt d’Israël… » Voilà les qualificatifs dont on affuble Kamel Daoud, chroniqueur et romancier algérien, sur les forums.

Quel crime a t-il commis pour être ainsi traîné dans la boue ? Les premiers jours de l’attaque de Gaza, il a écrit une chronique où il annonçait qu’il n’était pas solidaire de la Palestine : «Non, donc, le chroniqueur n’est pas solidaire de cette « solidarité » qui vous vend la fin du monde et pas le début d’un monde, qui voit la solution dans l’extermination et pas dans l’humanité, qui vous parle de religion, pas de dignité, et de royaume céleste, pas de terre vivante ensemencée. »

N’est-ce pas le droit de chacun de se sentir concerné ou pas par une cause ? N’est-on pas libre d’être indignés ou pas, concernés ou pas? La cause palestinienne serait-elle devenue le sixième pilier de l’islam ? Sommes-nous libres de fermer les yeux sur les massacres de Syrie et d’Irak, mais contraints d’afficher urbi et orbi notre solidarité avec le peuple palestinien, sous peine d’être jetés en pâture à la foule ?

Ces derniers jours, tous les esprits sont chauffés à blanc par Al-Jazira. Cette chaîne vit du commerce des cadavres. Elle a une passion pour les morgues, ses caméras ne sortent jamais des ambulances et des tombes. Elle vend la mort à des foules arabes dont le futur se résume au « châtiment de la tombe ».(…)

On compte désormais les roquettes qui partent de Gaza en se disant que Jérusalem va tomber dans les prochains jours ! Bien entendu, Al-Jazira, la chaîne de production d’islamistes en continu, sort l’artillerie lourde. Elle diffuse en boucle l’image des enfants victimes des explosions dans les hôpitaux de la ville et fait intervenir des experts miliaires, qui jurent que les Brigades Al-Kassam sont en train de dépasser en technologie l’armement israélien.

Et dans les foyers de Ramallah, de Beyrouth ou de Rabat, les familles exultent. Al-Jazira ment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, car la chaîne qatarie sait que les Arabes sont de grands rêveurs. En 1990, ils rêvaient de voir les missiles de Saddam Hussein raser New York.

En 2006, ils baptisaient « Saladin » l’ennemi chiite Nasrallah, car il leur avait promis de raser Tel-Aviv, alors qu’en fait il participait à la vitrification du Liban. Et les revoilà portant leurs espoirs sur les pétards d’un mouvement intégriste qui a plongé Gaza dans le Moyen Age.

Plutôt que d’annoncer à ses millions d’âmes qu’ils vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans libertés, parqués jour et nuit dans des mosquées, où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres, Al-Jazira préfère crier haro sur Israël, sur l’ennemi sioniste, c’est plus facile, c’est à la fois un antalgique et un antidépresseur.

Oublier le réflexe atavique de la solidarité du sang.

Du paysan du Rif aux « cailleras » du « 9-3 », tout le monde en reprend. Il faut être franc : Israël a parfois bon dos ! Depuis 1948, s’il n’existait pas, les régimes arabes l’auraient inventé pour justifier la faillite de ce monde qui, de Rabat à Bagdad, n’est qu’un vaste goulag avec les mosquées pour miradors et les barbus à la place des kapos.

Contrairement à Al-Jazira, qui parle d’effusion du sang arabe et musulman à Gaza, je ne pense pas avoir de sang musulman et arabe dans mes veines, mais du sang humain tout court. Je ne partage pas l’opinion de Kamel Daoud, mais je dis qu’il a raison, qu’il a parfaitement raison de ne pas se sentir concerné par la situation du peuple palestinien.

Je dis cela, alors que cela fait plus de vingt ans que je travaille dans les territoires palestiniens, vingt ans que je parcours les camps de réfugiés du Yarmouk de Damas à ceux d’Alep, de Bordj Al-Barajneh de Beyrouth à Mieh de Saïda, de Balata à Naplouse à celui de Jénine.

J’étais en mai à Gaza et je retournerai à Gaza dès que ses portes s’ouvriront. Mais la solidarité avec les Palestiniens ne relève pas de la solidarité tribale. Elle doit être un acte réfléchi, responsable, fait en connaissance de cause et non un réflexe identitaire et religieux, comme c’est le cas aujourd’hui.

Comme le dit Kamel Daoud, la cause palestinienne a été tellement dévoyée par les régimes arabes et par les partis islamistes qu’elle a perdu sa valeur aux yeux des jeunes générations. Loin d’être une cause politique, la Palestine est devenue un défouloir collectif.

On arbore son nom, on le crie dans les rues arabes et dans les mosquées quand on sent que la virilité arabe est en cause. Car dans cet imaginaire collectif, gangrené par le religieux, le mot Palestine ne renvoie ni à une géographie ni à une histoire, mais à une frustration collective.

Et qu’on arrête aussi avec la solidarité arabe, et là encore, je rejoins Kamel Daoud. Il faut de temps à autre balayer devant sa propre porte. Depuis 1970, il y a cent fois plus de cadavres palestiniens dans les placards des royaumes et républiques arabes que dans les caves de l’armée israélienne.

Mais poussons les choses plus loin : certes, Israël est une démocratie pour les siens, les juifs, et un régime ségrégationniste pour les Arabes. Certes, il applique une politique coloniale, barbare, criminelle et absurde.

Cependant, et pour être honnête, il convient de dire qu’il vaut mieux être, aujourd’hui, palestinien dans un camp de Khan Younès ou de Balata, où l’on a une identité, un ennemi, un bout de terre que l’on estime à soi et pour lequel on est prêt à mourir, que d’être palestinien dans un camp à Beyrouth ou à Damas, où, là, on n’est pas censé ne pas exister depuis 1948.(…)

Etre solidaire de la Palestine aujourd’hui, c’est oublier le réflexe atavique et grégaire, la solidarité du sang. Aimer la Palestine, c’est s’abstenir à jamais de crier « Mort à Israël ! » ou «A mort les juifs ! » Ni la haine ni la mort de l’autre ne peuvent faire vivre la Palestine.

C’est faire l’effort non pas de nier, mais de comprendre Israël dans ses réalités, ses contradictions et son histoire. C’est aussi tenter de comprendre le judaïsme, avec ses fulgurances, ses joies et son questionnement perpétuel et qui, loin d’être l’antithèse de l’islam, n’en est que l’enfance, au bout du compte.

Enfin, je reviens à Kamel Daoud qui, depuis un moment, fait cavalier seul et c’est en cela qu’il dérange, qu’il se fait traîner dans la boue : il ne pense pas comme les autres ! Il pense contre les autres, contre les siens, contre lui-même. Enfin, un auteur !

Aux yeux des Arabes, le poète est celui qui parle au nom des siens, au nom de la tribu. Kamel Daoud ouvre une voie nouvelle dans la littérature algérienne, il parle en son nom propre, il ne parle pas au nom des autres, des Algériens, et encore moins des Arabes et des musulmans.

Enfin, c’est un individu, un intellectuel, un romancier échappé aux griffes de la tribu, qui se fiche des mots de la tribu parce qu’il a les siens et qu’il peut dire « merde ! » à la tribu. Il peut prendre la route à contresens, penser à rebrousse-poil.

Tout le monde le hait. Tant mieux, c’est la preuve qu’il a raison. Qu’il est sur la bonne voie. Il est libre, Kamel, et nous qui le lisons le sommes avec lui.


Relativisme: Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale (Where nothing is unspeakable, nothing is undoable)

23 octobre, 2014
https://media2.wnyc.org/i/620/372/c/80/photologue/photos/1097-346-The_Death_of_Klinghoffer_Chorus_8_c_Richard_Hubert_Smith%20(1).jpg
Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même? Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c’est la justice. La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple. Une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d’appliquer la justice qui est sa loi. Le jury, qui représente la société, doit-il avoir plus de puissance que la société elle-même dont il applique les lois? Quand donc je refuse d’obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j’en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain. Il y a des gens qui n’ont pas craint de dire qu’un peuple, dans les objets qui n’intéressaient que lui-même, ne pouvait sortir entièrement des limites de la justice et de la raison, et qu’ainsi on ne devait pas craindre de donner tout pouvoir à la majorité qui le représente. Mais c’est là un langage d’esclave. Qu’est-ce donc une majorité prise collectivement sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu’on nomme la minorité? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts? Pour moi je ne le saurais le croire; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. (…) La toute-puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse. Son exercice me parait au-dessus des forces de l’homme, quel qu’il soit, et je ne vois que Dieu qui puisse sans danger être tout-puissant, parce que sa sagesse et sa justice sont toujours égales à son pouvoir. II n’y a pas donc sur la terre d’autorité si respectable en elle-même, ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacles. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis: là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autre lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux Etats-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et ce qui me répugne le plus en Amérique, ce n’est pas l’extrême liberté qui y règne, c’est le peu de garantie qu’on y trouve contre la tyrannie. Tocqueville
 Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde. Camus
Soupçonnant qu’il ne jouit pas du soutien de la population et se gardant bien de le vérifier au moyen d’élections libres, tout gouvernement révolutionnaire exerce la tyrannie en se prétendant dépositaire d’une volonté générale qui, si elle pouvait se manifester, le renverserait, et qui le fait, d’ailleurs, dès qu’elle le peut. Les révolutionnaires sont toujours contre l’État jusqu’à ce qu’ils s’en soient emparés, puis pour l’État total après leur conquête du pouvoir. S’ils échouent dans cette conquête, ce qui fut le cas, ils se réfugient souvent dans le terrorisme, qui procède de la logique jacobino-bolchevique: une minorité se conçoit et se sacre majorité par l’imagination, et entend imposer par la violence ses vues à la vraie majorité. Comme celle-ci n’en veut nullement, la majorité imaginaire croit alors devoir agir par la terreur sur la majorité réelle. La seule différence est que les communistes agissent contre la démocratie du dedans de l’appareil d’État, et les terroristes en dehors de lui. Mais les uns et les autres sont des totalitaires parce que des révolutionnaires. Jean-François Revel
Là où rien n’est inqualifiable, rien n’est impensable. Alexander Bickel
Pour un journaliste de gauche, le devoir suprême est de servir non pas la vérité, mais la révolution. Salvador Allende
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel
Comme l’exemple d’usage chimique contre les populations kurdes de 1987-1988 en avait apporté la preuve, ces armes avaient aussi un usage interne. Thérèse Delpech
The public was misled for a decade. I love it when I hear, ‘Oh there weren’t any chemical weapons in Iraq’. Jarrod L. Taylor (former Army sergeant on hand for the destruction of mustard shells that burned two soldiers in his infantry company)
In September 2004, months after Sergeant Burns and Private Yandell picked up the leaking sarin shell, the American government issued a detailed analysis of Iraq’s weapons programs. The widely heralded report, by the multinational Iraq Survey Group, concluded that Iraq had not had an active chemical warfare program for more than a decade. The group, led by Charles A. Duelfer, a former United Nations official working for the Central Intelligence Agency, acknowledged that the American military had found old chemical ordnance: 12 artillery shells and 41 rocket warheads. It predicted that troops would find more. The report also played down the dangers of the lingering weapons, stating that because their contents would have deteriorated, “any remaining chemical munitions in Iraq do not pose a militarily significant threat.” (…) During 2003 and 2004, the United States hunted for unconventional weapons and evidence that might support the rationale for the invasion. But as the insurgency grew and makeshift bombs became the prevailing cause of troops’ wounds, the search became a lower priority for the rank-and-file. Some saw it as a distraction. (…)  In the difficult calculus of war, competing missions had created tensions. If documenting chemical weapons delayed the destruction of explosive weapons that were killing people each week, or left troops vulnerable while waiting for chemical warfare specialists to arrive, then reporting chemical weapons endangered lives. Many techs said the teams chose common sense. “I could wait all day for tech escort to show up and make a chem round disappear, or I could just make it disappear myself,” another tech said. The NYT
La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle. Nous devons toujours respecter le travail des artistes. François Hollande
Most researchers tend to believe that an objective and internationally accepted definition of terrorism can never be agreed upon; after all, they say, ‘one man’s terrorist is another man’s freedom fighter.’ The question of who is a terrorist, according to this school of thought, depends entirely on the subjective outlook of the definer. (…) an objective definition of terrorism is not only possible; it is also indispensable to any serious attempt to combat terrorism. A correct and objective definition of terrorism can be based upon accepted international laws and principles regarding what behaviors are permitted in conventional wars between nations. This normative principle relating to a state of war between two countries can be extended without difficulty to a conflict between a nongovernmental organization and a state. This extended version would thus differentiate between guerrilla warfare and terrorism. The aims of terrorism and guerrilla warfare may well be identical; but they are distinguished from each other by the targets of their operations. The guerrilla fighter’s targets are military ones, while the terrorist deliberately targets civilians. By this definition, a terrorist organization can no longer claim to be ‘freedom fighters’ because they are fighting for national liberation. Even if its declared ultimate goals are legitimate, an organization that deliberately targets civilians is a terrorist organization. Boaz Ganor
We are not criminals and we are not vandals, but men of ideals. Molqi (terroriste de « La Mort de Klinghoffer »)
Mon opéra traite la mémoire de Leon et Marilyn Klinghoffer avec dignité et condamne son exécution brutale. Il reconnaît au même titre les rêves et les souffrances des peoples israéliens et palestiniens, et ne tolère ni ne promeut aucune forme de violence, terrorisme ou anti-sémitisme. John Adams
Suppose the opera had been about a different murder and the Met offered an intense, two-sided operatic discussion of the desirability of the murder of, say, President Kennedy in a work called “The Death of JFK. ” Or a production about the murder of Dr. Martin Luther King Jr. in which singers on the “side” of that assassination offer racist views in support of the murder. Or how about one on the death of one of the thousands of victims of the 9/11 attack that contained an extended operatic debate between her killers and herself about whether her death was justified. (…) Why then offer one that equates—sympathetically, no less—the murderers of Leon Klinghoffer with their victim? “Grievances” there may be on both sides in the Middle East conflict, but there was no moral justification for the murder of Klinghoffer. John Adams has defended his focus on the motivation of the killers by saying that it helps to explain “what in the mythology that they grew up with, forced them or dared them to take this action.” But the killers were not “forced” to murder Klinghoffer. Nor were they dared to do so. They chose to commit their crime. So did Lee Harvey Oswald, James Earl Ray and Osama bin Laden. We can expect no arias to be sung in their defense at the Metropolitan Opera, and there is no justification for any to be sung for the Klinghoffer killers. Floyd Abrams
Met Opera General Manager Peter Gelb has a constitutional and artistic right to produce whatever he wants. Yet showcasing this opera is equivalent to a college president’s inviting a member of ISIS, Hamas, or the Taliban to speak on campus because “all sides must be heard” and “all points of view are equally valid.” (…) “Klinghoffer” begs us to sympathize with the villains — terrorists. This is something new. “The Death of Klinghoffer” also demonizes Israel — which is what anti-Semitism is partly about today. It incorporates lethal Islamic (and now universal) pseudo-histories about Israel and Jews. It beatifies terrorism, both musically and in the libretto. Composer John Adams has given the opening “Chorus of Exiled Palestinians” a beautiful, sacred musical “halo,” à la Bach. “Chorus of Exiled Jews,” by contrast, is dogged, mechanical, industrial, aggressive — relentless, military, hardly angelic. This opera treats 6 million murdered Jews of the Holocaust as morally equivalent to perhaps 600,000 Palestinian Arabs who left during Israel’s founding. They were not murdered, not ethnically cleansed, but rather pushed to flee their homes by Arab leaders who told them they’d return as soon as the Jews had been slaughtered. “Klinghoffer” does not, of course, mention the at least 820,000 Arab, North African and Central Asian Jews forced into exile between 1948 and 1972. Nor that many Arabs didn’t flee. Today, Israel has 1.7 million Arab Muslim and Christian citizens, about 20 percent of its population. Jews are willing to live with Muslims and Christians — it is the Arab Muslim leaders who want to ethnically cleanse Jews and other infidels from allegedly Muslim lands. (…) The hijacking of the Achille Lauro was a 14-man Palestine Liberation Organization operation ordered by Arafat and Abu Abbas. Eight terrorists simply walked out of Italy, claiming a spurious diplomatic status. The rest received sentences that ranged from four to 30 years, with early releases. All were considered heroes across the Arab world. Choosing to stage “The Death of Klinghoffer” at the Met automatically confers upon it a prestige it does not deserve. The opera betrays the truth entirely and, in effect, joins the low-brow ranks of propagandists against Jewish survival. Phyllis Chesler
The opera’s problem is not that it proffers an anti-Semitic agenda, but that it drifts for far too long, indulging too many narrators and avoiding a point of view. The (mostly) fictionalized characters are chips floating on a torrent of events, carried toward destiny with no agency of their own. Only halfway through does the wheelchair-bound Klinghoffer emerge as the opera’s moral core, the one fully functioning human being. But then, of course, he’s killed. The creative team bridled at the dismissive term “CNN opera,” and in fact The Death of Klinghoffer more closely resembles the Nightline of the ’80s, the granddaddy of the moderated shout-down show. Evenhandedness in journalism can be a virtue; in opera, it’s such a colossal cop-out that audiences have trouble even recognizing its existence. (…) Perhaps they just got into the spirit of victimology that permeates the Middle East, but an opera that’s ostensibly about understanding has bred bullheadedness all around. (…) Actually, what’s astounding is that a group of right-thinking artists should turn a real-life episode of unthinking rage and appalling cruelty into a volatile work of art — and then sputter in disbelief when it triggers powerful reactions. Whether ­Adams & Co. like it or not, it is a shocking experience to hear a terrorist sing: ­“Wherever poor men are gathered, they can find Jews getting fat. You know how to cheat the simple, exploit the virgin, pollute where you have exploited, defame those you cheated, and break your own law with idolatry.” On the other hand, if you’re going to put Palestinian terrorists onstage, these are the sorts of sentiments they are going to express. In an interview for The John Adams Reader, a collection of essays edited by Thomas May, Sellars declared the music drama superior to journalism as a way of grasping current events, because it deals with motivation. “Opera is able to go inside to a place where the headlines aren’t going,” he said. “Whether it’s about suicide bombers or 9/11 or any of these events that have happened to America, the question that is not allowed to be asked to this day is ‘Why would people do this?’ That’s the question, of course, that drama asks.” Leaving aside the fact that reporters risk their lives and die on a regular basis to ask exactly that question, and often return with plausible answers, Sellars’s statement demands that we at least try to take Klinghoffer seriously as history. (…) In the opening choruses, each side gets a chance to state its case. Above a gently pulsing F-minor chord that glistens with passing dissonances, the “Chorus of Exiled Palestinians” recalls: “My father’s house was razed / In 1948 / When the Israelis passed / Over our street.” Within 30 seconds of the first downbeat, Adams and Goodman have already called down the ire of fact-checkers, who would point out that in 1948, it was the Arab nations that created a population of refugees by attacking Israel and starting a war. This is not a chorus of historians, however; it is the statement of a creation myth, sung by its inheritors. The “Chorus of Exiled Jews” follows, with more lugubrious minor-mode pulsations, more plangent harmonies and muffled strings. The symmetry is infuriating, suggesting that Shoah (the Holocaust) and ­Nakba (the Palestinian exodus) are equivalent calamities — that the Jews were victims of the first and perpetrators of the second, their suffering canceled by their sins. This is tendentious stuff, but is it anti-Semitic? (…) In its attempt to explain the bloodshed on the deck of the Achille Lauro, the opera reaches even further back, rewinding to the biblical stories of Hagar, Isaac, and Ishmael, the juncture where Jews split off from the people who would many centuries later become Muslims. As news analysis, this hardly improves on the sound-bite-­peddling experts who perform their shticks on cable. Sellars is wrong: Explaining historical events is not an opera’s job, and never has been. (…) Adams might have modeled this most political of operas on stirring Russian epics or Verdi rabble-rousers; instead he drew on Bach’s Passions, ritualistic settings of a religious tale that ends with an execution. In a famously prosecutorial Times article from 2001, the musicologist Richard Taruskin accused the composer of using the form as a front for pro-Palestinian propaganda. “In the St. Matthew Passion,” Taruskin pointed out, “Bach accompanies the words of Jesus with an aureole of violins and violas that sets him off as numinous, the way a halo would do in a painting. There is a comparable effect in Klinghoffer: long, quiet, drawn-out tones in the highest violin register … accompany virtually all the utterances of the choral Palestinians or the terrorists.” Taruskin is a formidable scholar who can pry succulent meaning from a two-note motif. Here, though, his interpretation is downright perverse, because he listens selectively and mistakes convention for content. If there is one character in Adams’s opera who expresses love and rage and doubt and sorrow in the space of a few ravishing measures, who is physically weak and morally strong, who pays with his life for the sins of others and is eloquent even after death, that person is Klinghoffer himself. The plush “aureole” of strings swaddles the aria that his dead body sings after it has been pushed overboard, sanctifying his memories of a house ravaged by war and weather. This moment of beauty, this shining crux, might actually be the most offensive thing about the opera, since a Jewish murder victim is conscripted to serve as a Christian symbol of redemption. (…) When the opera first opened, in 1991, many critics winced at the rhetorical and musical imbalance between the Palestinians, who delivered orotund abstractions, and the Jews, who chattered about trivia. It seemed as though Adams and Goodman were setting up a contest between freedom fighters and bourgeois materialists. (Most of the discussion focused on a scene in a New Jersey living room that has since been deleted and that I never saw.) But Newsday’s critic Peter Goodman pointed out that the differences mirrored the way each group saw itself: the Jews as unassuming but complicated people, appreciative of everyday pleasures and close, if fractious, families; the Palestinians as fearsome actors on a historical stage. “Are we to see the opera’s Jews — and by extension, all Americans — as wrong just because they bicker over trivialities?” Goodman asked. “Are Palestinians to be considered right because they are single-mindedly seeking revenge?” The opera captures the disjunction that has become depressingly familiar but no less horrifying in the 30 years since the Achille Lauro hijacking, the clash of the death wish with the cultivation of a peaceable life. There are grounds for disliking the opera, including its view of history, but to claim that it pits noble terrorists against nattering Jews is to listen with one ear closed. Justin Davidson
Où sont les routes et les chemins de fer, les industries et les infrastructures du nouvel Etat palestinien ? Nulle part. A la place, ils ont construit kilomètres après   kilomètres des tunnels souterrains, destinés à y cacher leurs armes, et lorsque les choses se sont corsées, ils y ont placé leur commandement militaire. Ils ont investi  des millions dans l’importation et la production de roquettes,  de lance-roquettes, de mortiers, d’armes légères et même de drones. Ils les ont délibérément placés dans des écoles, hôpitaux, mosquées et habitations privées pour exposer au mieux  leurs citoyens. Ce jeudi,  les Nations unies ont annoncé  que 20 roquettes avaient été découvertes dans l’une de leurs écoles à Gaza. Ecole depuis laquelle ils ont tiré des roquettes sur Jérusalem et Tel-Aviv. Pourquoi ? Les roquettes ne peuvent même pas infliger de lourds dégâts, étant presque, pour la plupart,  interceptées par le système anti-missiles « Dôme de fer » dont dispose Israël. Même, Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité palestinienne a demandé : « Qu’essayez-vous d’obtenir en tirant des roquettes ? Cela n’a aucun sens à moins  que vous ne compreniez, comme cela a été expliqué dans l’éditorial du Tuesday Post, que le seul but est de provoquer une riposte de la part d’Israël. Cette riposte provoque la mort de nombreux Palestiniens et  la télévision internationale diffuse en boucle les images de ces victimes. Ces images étant un outil de propagande fort télégénique,  le Hamas appelle donc sa propre population, de manière persistante, à ne pas chercher d’abris lorsqu’Israël lance ses tracts avertissant d’une attaque imminente. Cette manière d’agir relève d’une totale amoralité et d’une stratégie  malsaine et pervertie.  Mais cela repose, dans leur propre logique,  sur un principe tout à fait  rationnel,  les yeux du monde étant constamment braqués sur  Israël, le mélange d’antisémitisme classique et d’ignorance historique presque totale  suscitent  un réflexe de sympathie envers  ces défavorisés du Tiers Monde. Tout ceci mène à l’affaiblissement du soutien à Israël, érodant ainsi  sa  légitimité  et  son droit à l’auto-défense. Dans un monde dans lequel on constate de telles inversions morales kafkaïennes, la perversion du Hamas  devient tangible.   C’est un monde dans lequel le massacre de Munich n’est qu’un film  et l’assassinat de Klinghoffer un opéra,  dans lesquels les tueurs sont montrés sous un jour des plus sympathiques.  C’est un monde dans lequel les Nations-Unies ne tiennent pas compte de l’inhumanité   des criminels de guerre de la pire race,  condamnant systématiquement Israël – un Etat en guerre depuis 66 ans – qui, pourtant, fait d’extraordinaires efforts afin d’épargner d’innocentes victimes que le Hamas, lui, n’hésite pas à utiliser  en tant que boucliers humains. C’est tout à l’honneur des Israéliens qui, au milieu de toute cette folie, n’ont  perdu ni leur sens moral, ni leurs nerfs.  Ceux qui sont hors de la région, devraient avoir l’obligation de faire état de cette aberration  et de dire la vérité. Ceci n’a jamais été aussi aveuglément limpide. Charles Krauthammer
Pour la supposée sauvegarde de la Révolution, les robespierristes reprennent à leur compte les attributs de la tyrannie identifiée par Aristote. Dans ce retournement, la tyrannie, pourvu qu’elle serve le dessein révolutionnaire, cesse d’être ce à quoi résister, blanchie par l’idéologie qu’elle est censée servir. Si la résistance sui generis fait objection, obstacle, à la libido dominandi, la terreur, signal anticipé de la politique à venir de ses tenants, contredit de facto l’horizon émancipateur de tout projet de libération. Associée en réhabilitation à la perspective révolutionnaire, la terreur honnie regagne une légitimité scélérate. Elle revient en héritage chez les «attentateurs» anarchistes du XIXe siècle qui glisseront du «tyrannicide» strict à la négligence méprisante des victimes collatérales, puis à l’anonymat de victimes en masse en finalité attentatoire ; chez les nationalistes divers ; chez les bolcheviques – appel à la «terreur en masse» contre les ouvriers grévistes antibolcheviques. «Terrorisme» et «résistance» auraient dû se définir selon une logique ordinaire d’opposition et d’exclusion, à l’instar, par exemple, de «barbarie» et «civilisation». Ça s’est embrouillé. Pire, un adage d’un relativisme inconséquent a pris consistance : que le terrorisme pour les uns est la résistance pour les autres, ou inversement.  (…) C’est dans cette contextualisation et à cette aune qu’il faut établir l’opposition en valeur absolue entre terrorisme et résistance. [La «confusion lexicale»] confond deux modalités de guerre, deux mentalités de combat. Il y a dans le terrorisme une «héroïsation de la violence» pour elle-même, voire de la mort en fonction d’idéaux, dont il tire gloire. Tandis que dans la résistance, il y a un «consentement» à la violence si elle est inéluctable. Notons d’ailleurs que le nom de résistance tel qu’il s’est constitué au cours de la Seconde Guerre mondiale inclut au côté des actions armées les actions non armées de résistance civile et de sauvetage des populations persécutées, pas moins héroïques que celle des partisans armés. Le terrorisme consonne avec les patterns mortifères de la modernité. Notamment l’objectif de la mort en masse de populations indistinctes, au moyen de tous les instruments possibles, détournés de leur fonction initiale. Quand bien même s’habillerait-il actuellement d’«enthousiasme» religieux d’apparences prémodernes, il en constitue un des aspects. De moyens encore limités dans un dessein illimité, il vise le meurtre en masse. Il véhicule la montée d’une kyrielle de personnages aux figures mentales archaïques. Omnipotence et destructivité constituent ses modalités et attributs flagrants. Elles ne sont pas antinomiques à cette modernité dans le versant sombre de laquelle elles trouvent accueil, relais, instruments. En tout cas, il n’est pas anodin d’observer la porosité entre groupes terroristes et diverses mafias et réseaux trafiquants qui s’imitent en violence et s’interpénètrent en intérêt. Pratiques d’intimidation, promotions internes réglées sur l’aptitude à la violence extrême, chosification des victimes désignées, se ressemblent. Même mépris pour les populations «civiles», celles adverses et celles dont les terroristes sont issus. Il est «totalitaire» si on veut le dire ainsi. A l’opposé, la résistance et ses fins : abattre la tyrannie, sous forme d’oppression ou d’occupation, sauvegarder quelque chose de la Menschlichkeit, du «sentiment d’humanité», éléments constitutifs d’une civilisation de vie, bornaient les moyens en retenue. La résistance ne se permet pas tout. La légitimité des moyens y était corrélée à l’équité des fins. Ce faisant, la résistance solidarisa des individualités dans un lien social peu exploré : la société éthique. Fût-elle provisoire… Le terrorisme invente des procédés de mort, y compris contre les «siens», la résistance sollicite des processus de solidarités, jusque chez ses adversaires. (…) Le langage comme ordre propre de l’humain s’inscrit dans le réel et le transforme. Il constitue l’un des points par lequel se situe le rattachement du pôle de la subjectivité à la collectivité. Ce que Freud a établi cliniquement… Il agit comme un opérateur, détermine les compréhensions du monde en ce que le monde est découpé par les possibilités du langage. La pensée n’est pas seulement exprimée par les mots, elle vient à l’existence à travers les mots. Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale, destructrice des aptitudes à penser, conditions de l’autonomie et de la liberté. Une telle anomie est conséquence et vecteur d’une «carence éthique», comme on dit «carence affective». Elle habille de surcroît de la légitimité déclarative de «résistance» une réalité terroriste. Les confondre, c’est se faire affidé d’une terreur mortifère dans une déshérence complaisante, et saper le sens de l’esprit de résistance ; c’est disqualifier son éthique pratique par l’assimilation inclusive de pratiques terroristes. Et, du même coup, saborder le droit de résistance dans la civilisation, et la civilisation de ce droit. Gérard Rabinovitch

Attention: un terrorisme peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où un simple arbre de Noël finit par être plus choquant qu’un jouet sexuel géant exposé en place publique …

Où un probable faux massacre d’enfants soulève plus de foules qu’un vrai

Où un prétendu mensonge sur les ADM d’un tyran et menteur notoire compte plus que l’utilisation passée desdites armes par ledit tryran sur sa propre population …

Où rappeler les exactions des membres d’une prétendue religion de paix vous voit accuser de stigmatiser toute une communauté

Et où, entre deux distorsions historiques, un opéra sur l’assassinat en direct d’un retraité juif-américain en chaise roulante transforme la victime en vulgaire passion chrétienne…

 Retour avec le philosophe Gérard Rabinovitch …

Sur cette équivalence morale qui, confondant démagogiquement la volonté du plus grand nombre avec la réalité, en arrive à assimiler terroristes et résistants …

Et nous condamnent, devant les périls qui montent, à l’anomie lexicale et éthique généralisée …

Gérard Rabinovitch: « Confondre terrorisme et résistance, c’est confondre deux mentalités de combat »
Edouard Launet

Libération

29 août 2014

IDÉES Le chercheur Gérard Rabinovitch dénonce la «confusion lexicale», et au-delà politique, entre les deux termes. Un amalgame entretenu depuis la Révolution française.

Aujourd’hui, ce qui est terrorisme pour les uns peut être résistance pour les autres, et inversement. Le chercheur Gérard Rabinovitch, dont les travaux sont au confluent de la philosophie politique, de l’histoire et de l’anthropologie freudienne, s’inquiète de cette confusion lexicale. Il en a analysé les origines et pointé les effets sur la société humaine dans un récent ouvrage.

Depuis quand parle-t-on de terrorisme et de résistance ?
L’usage du mot «résistance» remonte au milieu du XIIIe siècle. Au XVIe siècle, il prend une connotation politique. Avec la Révolution française, il se sédimente dans l’expression «droit de résistance à l’oppression» incluse dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789 et dans celle de 1793. Le terme de «terreur», une peur extrême qui paralyse, on le trouve déjà chez Corneille. Puis il prend le sens de peur collective pour briser une population, en désignant l’ensemble des mesures d’exception et de liquidation instaurées entre la chute des Girondins [juin 1793, ndlr] et celle de Robespierre [juillet 1794]. Le terme de «terrorisme» désigna la politique de terreur de cette période, pointant l’emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique, et celui des actes de violence qu’une organisation exécute pour impressionner une population et créer un climat d’insécurité. Quant à son inclusion dans la langue universelle, elle se fit à l’occasion de l’attentat de la rue Saint-Nicaise visant Bonaparte, perpétré par des chouans le 24 décembre 1800. Un baril explosif à mèche posé sur une carriole attachée à une placide jument constitua le modèle séminal de la voiture-piégée. Il manqua sa cible mais tua 22 personnes et en blessa une centaine.

«Terrorisme» et «résistance» sont donc entrés dans la sémantique politique moderne à la même période, mais à deux moments distincts de la Révolution. «Résistance» s’inscrit avant l’élimination des Girondins, «Terreur» est le fruit du Comité de salut public jacobin.

Comment le sens de ces termes a-t-il évolué ensuite ?
Pour la notion de résistance, tout est simple. Elle appartient à la logique interne éthico-politique antityrannique, congruente à l’humanisme de l’élan révolutionnaire de la première époque. Sa scène fondatrice : l’épopée biblique de la sortie de la servitude en Egypte. Son modèle pratique : les «codes» éthiques de combat en valeur absolue, acquis durant la Seconde Guerre mondiale.

Pour la notion de terrorisme, tout se complique. Pour la supposée sauvegarde de la Révolution, les robespierristes reprennent à leur compte les attributs de la tyrannie identifiée par Aristote. Dans ce retournement, la tyrannie, pourvu qu’elle serve le dessein révolutionnaire, cesse d’être ce à quoi résister, blanchie par l’idéologie qu’elle est censée servir. Si la résistance sui generis fait objection, obstacle, à la libido dominandi, la terreur, signal anticipé de la politique à venir de ses tenants, contredit de facto l’horizon émancipateur de tout projet de libération. Associée en réhabilitation à la perspective révolutionnaire, la terreur honnie regagne une légitimité scélérate. Elle revient en héritage chez les «attentateurs» anarchistes du XIXe siècle qui glisseront du «tyrannicide» strict à la négligence méprisante des victimes collatérales, puis à l’anonymat de victimes en masse en finalité attentatoire ; chez les nationalistes divers ; chez les bolcheviques – appel à la «terreur en masse» contre les ouvriers grévistes antibolcheviques.

«Terrorisme» et «résistance» auraient dû se définir selon une logique ordinaire d’opposition et d’exclusion, à l’instar, par exemple, de «barbarie» et «civilisation». Ça s’est embrouillé. Pire, un adage d’un relativisme inconséquent a pris consistance : que le terrorisme pour les uns est la résistance pour les autres, ou inversement. Un «asile d’ignorance», aurait pu en dire Spinoza, qui dispense d’en identifier des critères distinctifs. En valeur de minimum éthique partageable pour l’espèce humaine.

Que nous dit la philosophie de ces deux notions ?
La philosophie politique, inséparable de l’éthique, ne peut les éviter. Sur son établi de travail, il lui faut prendre acte des désastres du XXe siècle, le «siècle des génocides»,«machine à liquider permanente», comme l’a nommé l’écrivain Imre Kertész. Terrorisme et résistance accompagnent la modernité politique. Or cette modernité est non univoque.

D’un côté, un idéal progressiste a porté – dans une marche précaire mais continue au XIXe siècle – des libertés diverses, arborescentes, sous le signifiant-maître de l’émancipation.

De l’autre, dans l’ombre de ce processus, dès la seconde moitié du XIXe, en interaction d’un scientisme rayonnant et d’un éventail d’idéologies politiques du ressentiment et de la haine, on observe l’apparition de tout un lexique imbibé d’exclusion et d’anéantissement dans un continuum sémantique mortifère : «racisme», «dégénérescence», «machine vivante», «vies qui ne valent pas la peine d’être vécues», «eugénisme», «extermination», «antisémitisme» entre autres… Ce lexique n’a pas été hétéronome aux mouvements d’opposition antidémocratiques de «gauche». Du côté des politiques coloniales, ce lexique trouve son pendant sur l’axe de la domination dans l’initiation de pratiques émergentes d’enfermement des populations en masse – «camps de concentration» durant la guerre des Boers – ou de massacres de masse planifiés – «extermination» des Hereros en Namibie. Leurs langages s’entremêlent en rhétorique. Ainsi s’est dessiné à travers l’Europe un «motif» de langage fortement chargé de morbidité dans lequel le nazisme fit son nid. Ainsi prit corps en précipité, dans l’ombre des avancées démocratiques, une réversion spirituelle. Les «attentateurs» terroristes ne manquèrent pas de contribuer à cette «ambiance», ni d’en être les jouets. Les deux guerres mondiales, en hubris de la «brutalisation» observée par l’historien George Mosse, accomplirent ces attendus, et inscrivirent une rupture symbolique dont nos sociétés restent entachées et tributaires. C’est dans cette contextualisation et à cette aune qu’il faut établir l’opposition en valeur absolue entre terrorisme et résistance.

Quelle est alors la nature de la «confusion lexicale» que vous pointez ?
Elle confond deux modalités de guerre, deux mentalités de combat. Il y a dans le terrorisme une «héroïsation de la violence» pour elle-même, voire de la mort en fonction d’idéaux, dont il tire gloire. Tandis que dans la résistance, il y a un «consentement» à la violence si elle est inéluctable. Notons d’ailleurs que le nom de résistance tel qu’il s’est constitué au cours de la Seconde Guerre mondiale inclut au côté des actions armées les actions non armées de résistance civile et de sauvetage des populations persécutées, pas moins héroïques que celle des partisans armés.

Le terrorisme consonne avec les patterns mortifères de la modernité. Notamment l’objectif de la mort en masse de populations indistinctes, au moyen de tous les instruments possibles, détournés de leur fonction initiale. Quand bien même s’habillerait-il actuellement d’«enthousiasme» religieux d’apparences prémodernes, il en constitue un des aspects. De moyens encore limités dans un dessein illimité, il vise le meurtre en masse. Il véhicule la montée d’une kyrielle de personnages aux figures mentales archaïques. Omnipotence et destructivité constituent ses modalités et attributs flagrants. Elles ne sont pas antinomiques à cette modernité dans le versant sombre de laquelle elles trouvent accueil, relais, instruments. En tout cas, il n’est pas anodin d’observer la porosité entre groupes terroristes et diverses mafias et réseaux trafiquants qui s’imitent en violence et s’interpénètrent en intérêt. Pratiques d’intimidation, promotions internes réglées sur l’aptitude à la violence extrême, chosification des victimes désignées, se ressemblent. Même mépris pour les populations «civiles», celles adverses et celles dont les terroristes sont issus. Il est «totalitaire» si on veut le dire ainsi.

A l’opposé, la résistance et ses fins : abattre la tyrannie, sous forme d’oppression ou d’occupation, sauvegarder quelque chose de la Menschlichkeit, du «sentiment d’humanité», éléments constitutifs d’une civilisation de vie, bornaient les moyens en retenue. La résistance ne se permet pas tout. La légitimité des moyens y était corrélée à l’équité des fins. Ce faisant, la résistance solidarisa des individualités dans un lien social peu exploré : la société éthique. Fût-elle provisoire… Le terrorisme invente des procédés de mort, y compris contre les «siens», la résistance sollicite des processus de solidarités, jusque chez ses adversaires.

Quels sont les effets de cette confusion ?
Le langage comme ordre propre de l’humain s’inscrit dans le réel et le transforme. Il constitue l’un des points par lequel se situe le rattachement du pôle de la subjectivité à la collectivité. Ce que Freud a établi cliniquement… Il agit comme un opérateur, détermine les compréhensions du monde en ce que le monde est découpé par les possibilités du langage. La pensée n’est pas seulement exprimée par les mots, elle vient à l’existence à travers les mots. Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale, destructrice des aptitudes à penser, conditions de l’autonomie et de la liberté. Une telle anomie est conséquence et vecteur d’une «carence éthique», comme on dit «carence affective». Elle habille de surcroît de la légitimité déclarative de «résistance» une réalité terroriste. Les confondre, c’est se faire affidé d’une terreur mortifère dans une déshérence complaisante, et saper le sens de l’esprit de résistance ; c’est disqualifier son éthique pratique par l’assimilation inclusive de pratiques terroristes. Et, du même coup, saborder le droit de résistance dans la civilisation, et la civilisation de ce droit.

Quels enjeux de culture, alors ?
Freud achevant Malaise dans la civilisation exprime un doute sur qui l’emportera au final entre Eros et Thanatos. Reformulons-le ainsi : qui l’emportera entre éthique de vie et jouissance de mort ? L’alternative n’est pas réductible à la seule distinction entre résistance et terrorisme.

Dessin Yann Legendre
Recueilli par Édouard LaunetTerrorisme/ Résistance : d’une  confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse de Gérard Rabinovitch éd. Le Bord de l’eau, 72 pp., 6,60 €.

Voir aussi:

Klinghoffer and the ‘Two Sides’ of Terrorism
Would the Metropolitan Opera offer a work called ‘The Death of Martin Luther King Jr.’ with racist views in support of the assassination?
Floyd Abrams
Oct. 15, 2014

The Metropolitan Opera in New York on Monday will present John Adams ’s opera “The Death of Klinghoffer. ” The organization’s decision to mount the production has already spurred protests, with more to come.

A too-brief summary: In 1985 Leon Klinghoffer, a 69-year-old disabled man, and his wife, Marilyn, were passengers on an Italian cruise ship, the Achille Lauro. The ship was hijacked by Palestinian terrorists, who shot Klinghoffer in the head and threw him overboard in his wheelchair.

John Adams is a serious artist, recognized as a leading creator of modern operas. “The Death of Klinghoffer,” first produced in 1991, contains a running debate between the killers—who voice a number of undisguisedly anti-Semitic slurs in the course of justifying their conduct—and their victim. Protesters are demanding that the opera be canceled; defenders couch their position, as has the New York Times , in terms of artistic freedom or—as one letter-writer to the Times put it—of helping us “understand the anger, frustration and grievances of other people.”

So, in Joan Rivers ’s much repeated phrase, can we talk? Some things are easy. Mr. Adams’s opera is protected by the First Amendment and so is the Metropolitan Opera in its decision to offer it. It would be a gross and obvious constitutional violation if government sought to bar the opera from being publicly produced or imposed any punishment for doing so.

Beyond that, canceling any public artistic performance because it expresses unpopular or even outrageous views is dangerous. I represented the Brooklyn Museum when then-New York City Mayor Rudolph Giuliani in 1999 sought to shut it down because he viewed some of its art—I use his language now—as “sick,” “disgusting” and sacrilegious. I argued then, successfully, that the mayor’s conduct violated the First Amendment.

But the controversy over the Adams opera cannot be dealt with by simple reference to the First Amendment or artistic freedom. Those who direct the Metropolitan Opera made a choice when they decided to offer Mr. Adams’s opera, and it is altogether fitting that they be publicly judged by that choice.

Suppose the opera had been about a different murder and the Met offered an intense, two-sided operatic discussion of the desirability of the murder of, say, President Kennedy in a work called “The Death of JFK. ” Or a production about the murder of Dr. Martin Luther King Jr. in which singers on the “side” of that assassination offer racist views in support of the murder. Or how about one on the death of one of the thousands of victims of the 9/11 attack that contained an extended operatic debate between her killers and herself about whether her death was justified.

Surely we recoil at all of these. They all would be protected by the First Amendment. The First Amendment is basically—and gloriously—content-neutral. It protects not only enduring works of art but also the dregs of human imagination, ranging from films of animals being tortured and killed to the publication of “Mein Kampf.” But it is inconceivable that the Metropolitan Opera would have chosen to offer the public any of the operas I have just hypothesized.

Why then offer one that equates—sympathetically, no less—the murderers of Leon Klinghoffer with their victim? “Grievances” there may be on both sides in the Middle East conflict, but there was no moral justification for the murder of Klinghoffer. John Adams has defended his focus on the motivation of the killers by saying that it helps to explain “what in the mythology that they grew up with, forced them or dared them to take this action.”

But the killers were not “forced” to murder Klinghoffer. Nor were they dared to do so. They chose to commit their crime. So did Lee Harvey Oswald, James Earl Ray and Osama bin Laden. We can expect no arias to be sung in their defense at the Metropolitan Opera, and there is no justification for any to be sung for the Klinghoffer killers.

Suppose the Oxford Union proposed a debate on the topic of Mr. Adams’s opera and it was phrased this way—“Resolved that the killing of Leon Klinghoffer was justified.” Suppose you were asked to take the negative side of that debate and to argue that he should not have been murdered. Would you do so? I hope not. I hope you would say that the subject is not one on which any rational, let alone morally justifiable, debate is possible. One can argue passionately about the Middle East, Israel or Palestinians, but nothing makes the Klinghoffer murder morally tolerable.

The great scholar Alexander Bickel recalled in “The Morality of Consent” (1975) that he had heard that in the tumultuous late 1960s a crowd had gathered outside an ROTC building at a great university, where members of the faculty joined students discussing “the question whether or not to set fire to the building.” The faculty members, Bickel surmised, took the negative, the matter was ultimately voted on, and the affirmative side narrowly won. Bickel’s conclusion: The “negative taken by the faculty was only one side of a debate which the faculty rendered legitimate by engaging in it. Where nothing is unspeakable, nothing is undoable.”

That’s where I come out on the Met’s decision to offer this opera. What Prof. Bickel wrote applies here: Where nothing is unspeakable, nothing is undoable.Leon Klinghoffer’s murder was an unspeakable act. Period. His demise is not a proper subject of debate, only of mourning. And of how best to prevent future murderous attacks.

Mr. Abrams is a senior partner in the law firm Cahill Gordon & Reindel LLP. This op-ed is adapted from a lecture to be given on Thursday night at the Annenberg Public Policy Center of the University of Pennsylvania.

Voir encore:

Opera v. truth: The fetid fouls of ‘Death of Klinghoffer’
Phyllis Chesler
New Yorl Post

October 19, 2014

I love opera. For almost three years, I regularly contributed to NPR’s “At the Opera.” I attend the Metropolitan Opera House as often as I can. But the decision to stage “The Death of Klinghoffer” represents an abdication of moral responsibility, political sensitivity and gravitas.

Met Opera General Manager Peter Gelb has a constitutional and artistic right to produce whatever he wants. Yet showcasing this opera is equivalent to a college president’s inviting a member of ISIS, Hamas, or the Taliban to speak on campus because “all sides must be heard” and “all points of view are equally valid.”

As a feminist, I wouldn’t boycott an opera because the female heroes are betrayed, go mad or are murdered. As in life, our great operas are tragedies in which the heroes die.

But, where there are heroes there are also villains.

The villain in Puccini’s “Tosca” is unmistakable: He is Scarpia, the police chief of Rome who tortures political prisoners and attempts to rape the great singer, Floria Tosca. We don’t get a backstory about Scarpia’s dysfunctional childhood, nor do we sympathize or identify with him.

He is a heartless villain and the opera doesn’t allow (let alone ask) us to pity or sympathize with him. We are meant to fear and despise him, perhaps even hate him.

“Klinghoffer” begs us to sympathize with the villains — terrorists. This is something new.

“The Death of Klinghoffer” also demonizes Israel — which is what anti-Semitism is partly about today. It incorporates lethal Islamic (and now universal) pseudo-histories about Israel and Jews. It beatifies terrorism, both musically and in the libretto.

Composer John Adams has given the opening “Chorus of Exiled Palestinians” a beautiful, sacred musical “halo,” à la Bach. “Chorus of Exiled Jews,” by contrast, is dogged, mechanical, industrial, aggressive — relentless, military, hardly angelic.

This opera treats 6 million murdered Jews of the Holocaust as morally equivalent to perhaps 600,000 Palestinian Arabs who left during Israel’s founding. They were not murdered, not ethnically cleansed, but rather pushed to flee their homes by Arab leaders who told them they’d return as soon as the Jews had been slaughtered.

“Klinghoffer” does not, of course, mention the at least 820,000 Arab, North African and Central Asian Jews forced into exile between 1948 and 1972. Nor that many Arabs didn’t flee. Today, Israel has 1.7 million Arab Muslim and Christian citizens, about 20 percent of its population.

Jews are willing to live with Muslims and Christians — it is the Arab Muslim leaders who want to ethnically cleanse Jews and other infidels from allegedly Muslim lands.

Contrary to all claims, the libretto is not even-handed. The villains have more lines.

For example, the terrorists command 11 arias — 12, with the “Chorus of Exiled Palestinians.” The Klinghoffers have two arias each, toward the end of the opera; add the exiled Jewish chorus and you have five arias for the innocent victims versus 12 for their victimizers.

And better lines: The Palestinians sing: “My father’s house was razed / in nineteen forty-eight / when the Israelis passed / Over our street.”

The Jews sing: “When I paid off the taxi, I had no money left.”

Indeed, the obsession with Jews and money is reminiscent of Nazi propaganda. The terrorist Rambo sings: “But wherever poor men / Are gathered they can / Find Jews getting fat . . . America / Is one big Jew.”

The terrorists tell us they are “men of ideals,” and that “this is an action for liberation.” Hah. In reality, they didn’t allow Marilyn Klinghoffer, who was exhausted and in pain from colon cancer, to lie down.

They forced the passengers to stand under the broiling Mediterranean sun for days and to hold live grenades.

Leon Klinghoffer had suffered several strokes. He lacked full use of his hands, his legs were paralyzed, his speech slurred — and this is whom Molqui murders and throws overboard with his wheelchair.

Only a dead and murdered Jew — “Leon Klinghoffer’s body” — is allowed to sing his death with some measure of grace (although most of the lyrics are incomprehensible).

The hijacking of the Achille Lauro was a 14-man Palestine Liberation Organization operation ordered by Arafat and Abu Abbas.

Eight terrorists simply walked out of Italy, claiming a spurious diplomatic status. The rest received sentences that ranged from four to 30 years, with early releases. All were considered heroes across the Arab world.

Choosing to stage “The Death of Klinghoffer” at the Met automatically confers upon it a prestige it does not deserve. The opera betrays the truth entirely and, in effect, joins the low-brow ranks of propagandists against Jewish survival.

Phyllis Chesler is a CUNY emerita professor of psychology. Her books include “Women and Madness” and “The New Anti-Semitism.” Her latest, “An American Bride in Kabul,” won a National Jewish Book Award.

Voir de même:

The Trouble With Klinghoffer Isn’t Quite What You Think
Justin Davidson

Vulture

10/21/2014

This piece originally ran on Sept. 21, 2014. Last night, The Death of Klinghoffer opened at the Met and was met, as predicted with protesters outside the auditorium — including former New York City mayor Rudy Giuliani — and hecklers inside. Justin Davidson will have a full review of the opera later today.

Will an opera about terrorists ever not be timely? Can The Death of Klinghoffer ever stop incandescing? John Adams’s work had its premiere in 1991, when the events it was based on — the 1985 hijacking of the cruise ship Achille Lauro and the murder of an American passenger, Leon Klinghoffer — were still raw memories. In the years that followed, occasional new productions and weekly bursts of lethal fanaticism kept reactivating the arguments about the opera. Now that it’s finally coming to the Metropolitan Opera, Palestinian hijackers seem almost to belong to another era, before 9/11, before Iraq and Afghanistan, before anti-Jewish riots in Paris, before drone strikes, Iron Dome, and YouTube beheadings. Through all of that, Klinghoffer hasn’t lost its sting.
“This anti-Semitic opera viciously falsifies history to malign and incite hatred against Israel and the Jewish people,” the Zionist Organization of America recently declared. “The opera is a disgrace and should be canceled immediately.” That’s not going to happen, but, under pressure from the Anti-Defamation League, the Met’s general manager, Peter Gelb, did cancel planned broadcasts to movie theaters worldwide. The Guggenheim Museum scrapped a “Works & Process” performance of excerpts from the opera, citing a scheduling conflict. And audiences arriving at Lincoln Center for the opera’s Met premiere on October 20 will likely have to run a gauntlet of protesters.

I will be in the house with my mixed feelings, not out on the street nursing an ill-­informed certainty. I am eager to hear David Robertson conduct Adams’s very fine score, and to see whether Tom Morris’s staging can vanquish some serious dramatic flaws. I find Klinghoffer sporadically splendid, historically dubious, and politically troubling. I’m fine with that: Operagoers must be able to hold contradictory thoughts in their heads, because why else would they pay so much to complain with such addictive passion?
I don’t believe that this imperfect opera denigrates Jews, incites hatred, endorses libels, or casts collective blame. It doesn’t glorify terrorists or justify their crimes. What it does do is embed a spasm of thuggish violence in a broad historical context, a job that Adams, librettist Alice Goodman, and the original production’s director and all-around inspiration man, Peter Sellars, have fumbled badly. The opera’s problem is not that it proffers an anti-Semitic agenda, but that it drifts for far too long, indulging too many narrators and avoiding a point of view. The (mostly) fictionalized characters are chips floating on a torrent of events, carried toward destiny with no agency of their own. Only halfway through does the wheelchair-bound Klinghoffer emerge as the opera’s moral core, the one fully functioning human being. But then, of course, he’s killed. The creative team bridled at the dismissive term “CNN opera,” and in fact The Death of Klinghoffer more closely resembles the Nightline of the ’80s, the granddaddy of the moderated shout-down show. Evenhandedness in journalism can be a virtue; in opera, it’s such a colossal cop-out that audiences have trouble even recognizing its existence.

The opera has cast a resentful spell on its creators. Adams has spent years defending the thing. Goodman, who walked away from her Jewish upbringing halfway through writing the libretto to become a rector in the Anglican Church, complained that the project finished her opera career. “I couldn’t get work after Klinghoffer,” she told the Guardian in 2012. “I was uncommissionable.” Perhaps they just got into the spirit of victimology that permeates the Middle East, but an opera that’s ostensibly about understanding has bred bullheadedness all around. Penny Woolcock, who directed a powerfully realistic TV version for the BBC, expressed her surprise at accusations that had, at that point, been dogging the opera for more than a decade. “I find it kind of astounding that anyone would interpret it like that,” she told the Times. “And I would never have filmed it if I thought it was anti-Semitic. If the opera is about anything, it’s that we have to forgive the unforgivable. Otherwise, we’re lost as a species.”
One way to start the forgiveness cycle and rescue humanity might be to try empathizing with those who find the work upsetting, including, for example, Klinghoffer’s daughters. Actually, what’s astounding is that a group of right-thinking artists should turn a real-life episode of unthinking rage and appalling cruelty into a volatile work of art — and then sputter in disbelief when it triggers powerful reactions. Whether ­Adams & Co. like it or not, it is a shocking experience to hear a terrorist sing: ­“Wherever poor men are gathered, they can find Jews getting fat. You know how to cheat the simple, exploit the virgin, pollute where you have exploited, defame those you cheated, and break your own law with idolatry.” On the other hand, if you’re going to put Palestinian terrorists onstage, these are the sorts of sentiments they are going to express.

In an interview for The John Adams Reader, a collection of essays edited by Thomas May, Sellars declared the music drama superior to journalism as a way of grasping current events, because it deals with motivation. “Opera is able to go inside to a place where the headlines aren’t going,” he said. “Whether it’s about suicide bombers or 9/11 or any of these events that have happened to America, the question that is not allowed to be asked to this day is ‘Why would people do this?’ That’s the question, of course, that drama asks.” Leaving aside the fact that reporters risk their lives and die on a regular basis to ask exactly that question, and often return with plausible answers, Sellars’s statement demands that we at least try to take Klinghoffer seriously as history. Okay, here goes.
In the opening choruses, each side gets a chance to state its case. Above a gently pulsing F-minor chord that glistens with passing dissonances, the “Chorus of Exiled Palestinians” recalls: “My father’s house was razed / In 1948 / When the Israelis passed / Over our street.” Within 30 seconds of the first downbeat, Adams and Goodman have already called down the ire of fact-checkers, who would point out that in 1948, it was the Arab nations that created a population of refugees by attacking Israel and starting a war. This is not a chorus of historians, however; it is the statement of a creation myth, sung by its inheritors.
The “Chorus of Exiled Jews” follows, with more lugubrious minor-mode pulsations, more plangent harmonies and muffled strings. The symmetry is infuriating, suggesting that Shoah (the Holocaust) and ­Nakba (the Palestinian exodus) are equivalent calamities — that the Jews were victims of the first and perpetrators of the second, their suffering canceled by their sins. This is tendentious stuff, but is it anti-Semitic? In The New Yorker last year, the Israeli writer Ari Shavit, too, saw the dispossessed Palestinians of 1948 as heirs to the Jewish legacy of persecution: “[Brigade commander] Mula Cohen, standing by his command car, also watched the people of Lydda depart, carrying on their backs heavy sacks made of blankets and sheets. Gradually, they cast aside the sacks; they couldn’t carry them any farther. Old men and women, suffering from terrible thirst in the heavy heat, collapsed. Like the ancient Jews, the people of Lydda went into exile.”
In its attempt to explain the bloodshed on the deck of the Achille Lauro, the opera reaches even further back, rewinding to the biblical stories of Hagar, Isaac, and Ishmael, the juncture where Jews split off from the people who would many centuries later become Muslims. As news analysis, this hardly improves on the sound-bite-­peddling experts who perform their shticks on cable. Sellars is wrong: Explaining historical events is not an opera’s job, and never has been. The art form brims with inexplicable revolutions and preposterously fictionalized intrigue folded into rich and marvelous dramas. What matters is how vast events frame a human drama, translated into musical form. Don Carlo, for instance, is not about the Inquisition or a Flemish uprising, but about the relationship between a powerful father and a frustrated son.

Adams might have modeled this most political of operas on stirring Russian epics or Verdi rabble-rousers; instead he drew on Bach’s Passions, ritualistic settings of a religious tale that ends with an execution. In a famously prosecutorial Times article from 2001, the musicologist Richard Taruskin accused the composer of using the form as a front for pro-Palestinian propaganda. “In the St. Matthew Passion,” Taruskin pointed out, “Bach accompanies the words of Jesus with an aureole of violins and violas that sets him off as numinous, the way a halo would do in a painting. There is a comparable effect in Klinghoffer: long, quiet, drawn-out tones in the highest violin register … accompany virtually all the utterances of the choral Palestinians or the terrorists.” Taruskin is a formidable scholar who can pry succulent meaning from a two-note motif. Here, though, his interpretation is downright perverse, because he listens selectively and mistakes convention for content. If there is one character in Adams’s opera who expresses love and rage and doubt and sorrow in the space of a few ravishing measures, who is physically weak and morally strong, who pays with his life for the sins of others and is eloquent even after death, that person is Klinghoffer himself. The plush “aureole” of strings swaddles the aria that his dead body sings after it has been pushed overboard, sanctifying his memories of a house ravaged by war and weather. This moment of beauty, this shining crux, might actually be the most offensive thing about the opera, since a Jewish murder victim is conscripted to serve as a Christian symbol of redemption.Other critics, too, have suggested that, in his zeal to elevate a crime into an allegory, Adams treats the four terrorists as a single unit, an ensemble of noble creatures who lend the opera their point of view and whose music is threaded together by a common, elevated sound. This is simply not true.

We hear first from Molqi during the initial takeover, barking orders in choppy phrases while strings hack brutally at fragmentary, jagged motifs. He controls the situation, and the score, for barely a minute before pandemonium takes over. A passenger howls, the brass blares in fortissimo panic, and the orchestra breaks out into deafening tremors. Molqi takes advantage of a moment of terrified quiet to utter the lines that have provoked so much anti-Klinghoffer ire: “We are not criminals and we are not vandals, but men of ideals.” The PR-driven conflict in the Middle East is partly a war of terminology. What Molqi calls men of ideals, we would call fanatics; he says soldiers, we say terrorists. In the opera, nobody pays much attention to his declaration, and the spotlight quickly passes to the Swiss Grandmother, who’s trying to lull a little boy into believing that the whole scene is a marvelous escapade.

The terrorists talk very little among themselves. They are always hectoring, cajoling, persuading, or threatening, so we see them through the other characters’ responses. Molqi is obsessed with getting a reaction — from America, Syria, or the PLO — and the hectic jumbles of dissonances and agitated percussion express his frustration with the silence on the other end of the radio. It is he who shoots Klinghoffer in the head, and the violin’s high, drawn-out tone, which is abruptly snuffed out, signals not “numinous” nobility but the horrific suspension of time on the threshold between life and inflicted death. Bach has been banished from this passage; instead we’ve wandered into the murder scene from Alban Berg’s opera Wozzeck: the same spasm of ruthless madness, same wild percussion and clanging harmonies, same high, creepy violins. Adams and Berg both provide context for their characters’ lethal rages, and it has nothing to do with ideals. Molqi and Wozzeck are both the children of sick societies, and the only remedy they know is to lash out.
Effective propaganda strives to convince; in The Death of Klinghoffer, all attempts at persuasion are futile. The creators don’t just field two teams, but a collection of characters who inhabit separate worlds and sing past each other, unable to listen or learn. Molqi and the Swiss Grandmother shout past each other, the hijacker called Rambo swaps jeers and lectures with Klinghoffer, and the captain tries to save his passengers by drawing the pensive terrorist Mamoud into conversation. Nothing works, which is what makes it a tragedy.

Taruskin and others have focused on Mamoud’s nocturnal aria on the bridge. Musing and philosophical, he turns the short-wave dial and reflects on the songs that go scudding above the waves. The vocal line is warm and pliant, the orchestra a surface as phosphorescent as the sea. He unburdens himself to the captain: his suffering mother, his dead brother, the refugee camps. Touched, the captain responds in the same intimate murmur: “I think if you could talk like this sitting among your enemies, peace would come.” The terrorist’s aria, its tenderness and sophistication, raises the captain’s hope that Mamoud understands the sanctity of life, even though he has said he welcomes death. But it’s a bluff. Mamoud snaps that a negotiated peace would kill both him and hope. Then this terrorist, who only moments before was beguiling the captain with his soft, sung words, negates the possibility of talk with an Old Testament reference: “My speech is slow and rough,” he says. “Esau cannot argue.” Which is to say: He can, but he’d rather kill.

When the opera first opened, in 1991, many critics winced at the rhetorical and musical imbalance between the Palestinians, who delivered orotund abstractions, and the Jews, who chattered about trivia. It seemed as though Adams and Goodman were setting up a contest between freedom fighters and bourgeois materialists. (Most of the discussion focused on a scene in a New Jersey living room that has since been deleted and that I never saw.) But Newsday’s critic Peter Goodman pointed out that the differences mirrored the way each group saw itself: the Jews as unassuming but complicated people, appreciative of everyday pleasures and close, if fractious, families; the Palestinians as fearsome actors on a historical stage. “Are we to see the opera’s Jews — and by extension, all Americans — as wrong just because they bicker over trivialities?” Goodman asked. “Are Palestinians to be considered right because they are single-mindedly seeking revenge?” The opera captures the disjunction that has become depressingly familiar but no less horrifying in the 30 years since the Achille Lauro hijacking, the clash of the death wish with the cultivation of a peaceable life. There are grounds for disliking the opera, including its view of history, but to claim that it pits noble terrorists against nattering Jews is to listen with one ear closed.

The opera’s pivotal confrontation between humanism and barbarity comes roughly halfway through. When we finally hear from the title character, it’s in the form of a righteous lecture. “I’ve never been a violent man … but somebody’s got to tell you the truth,” Klinghoffer sings to the impetuous goon Rambo. The orchestra insists that we believe him. Timpani hammer out a series of falling octaves, triggering a solemn brass chorale and a cascade of running pizzicati. The mixture of march and flow, of plucked notes and sustained tones, and the tolling of open fifths give the aria its urgent nobility. “We’re human. We are the kind of people you like to kill” — these lines are a brave reproach from an ordinary man in mortal danger, with no weapon but his moral compass. The aria unnerves his tormentor, who spits out hate-filled clichés in jerky rhythms, while a spatter of plucked dissonances and jittery percussion illustrates his state of mind. Rambo is a caricature, a genuine opera villain. A synthesizer whines nasally like a noodling kazoo. He is not even lucid enough to be a fanatic. A disembodied choir, presumably inside his head, echoes his words (“Kneel! Beg!”) in syncopated interjections, muddying his speech into a psychotic soliloquy. When he’s done, and the synth’s obstinate loop runs out of juice, Klinghoffer is still there, still sane, still human. He uses the minutes he has left to console his wife in a few lilting phrases, gentle as a lullaby. The Palestinians boarded the ship proclaiming the glory of martyrdom, yet they wind up shuffling toward ignominious arrest, while the Jew from New Jersey, Leon Klinghoffer, meets the fate they claimed to want for themselves. As I listen to the final chord shimmering into silence, I wonder at the fresh waves of fury the score created, and whether the various factions will have any more success communicating than their armed counterparts fighting over biblical lands.

*This article appears in the September 22, 2014 issue of New York Magazine.

Voir par ailleurs:

L’islam modéré n’existe pas

Jean-François Revel

(extrait de l’Obsession anti-américaine, 2002)

Les deux mois qui ont suivi le déclenchement de la guerre islamo-terroriste contre la démocratie en général et les Etats-Unis en particulier auront été un banc d’essai fort intéressant et révélateur, puisque l’on a vu s’exacerber au cours de cette période les phobies et les mensonges de l’anti-américanisme traditionnel et du néototalitarisme.

Le plus épais de ces mensonges consiste, de la part des musulmans, à justifier l’islamo-terroriste en attribuant à l’Amérique une hostilité ancienne et générale à leur encontre. Or, dans le passé lointain ou proche, les Etats-Unis ont sans comparaison possible beaucoup moins nui aux pays musulmans que le Royaume-Uni, la France ou la Russie. Ces puissances européennes les ont souvent conquis, occupés, voire opprimés pendant des dizaines d’années et parfois plus d’un siècle. Les Américains n’ont en revanche jamais colonisé de pays musulman. Ils ne sont pas davantage hostiles à l’Islam en tant que tel aujourd’hui. Tout au contraire, leurs interventions en Somalie, en Bosnie, au Kosovo, de même que leurs pressions sur le gouvernement macédonien ont eu ou ont pour objet de défendre des minorités islamiques. J’ai rappelé plus haut qu’ils ne sont pas non plus la cause historique de l’émergence d’Israël, due à l’antisémitisme des Européens. La coalition de vingt-huit pays à laquelle ils ont fourni l’essentiel de sa force militaire contre l’armée irakienne en 1991 ne visait pas Saddam Hussein en tant que musulman, elle le visait en tant qu’agresseur. Cette coalition fut d’ailleurs formée à la demande de l’Arabie Séoudite, inquiète de la menace que représentait pour elle et pour tous les émirats le dictateur de Bagdad. On peut donc souligner qu’en l’occurence les Etats-Unis et leurs alliés ont défendu, là encore, un petit pays musulman, puisque l’Irak est en théorie laïc et puisque Saddam massacre volontiers à l’arme chimique les chiites du sud de son pays et les Kurdes du nord, eux aussi musulmans. Il est donc curieux que les musulmans américanophobes ne voient aucun inconvénient à ce que l’Irak, dont la population est majoritairement musulmane, attaque d’autres musulmans, l’Iran d’abord en 1981, puis le Koweït en 1990, selon les procédés de l’impérialisme belliciste le plus primitif. Aussi bien, en Algérie, depuis 1990, ce sont des musulmans qui massacrent d’autres musulmans. Combien il est étrange que les prétendus défenseurs des peuples musulmans n’en soient nullement scandalisés !
Les musulmans pourraient aussi éventuellement se rappeler qu’en 1956 ce sont les Etats-Unis qui ont arrêté l’offensive militaire anglo-franco-israélienne contre l’Egypte, dite « expédition de Suez ».

Un deuxième mensonge a été cultivé après le 11 septembre 2001, c’est le mythe d’un islam tolérant et modéré. Ce mythe est partagé en deux volets. Le premier relève de l’histoire des religions et de l’exégèse des textes sacrés. C’est l’affirmation selon laquelle le Coran enseignerait la tolérance et ne contiendrait aucun verset autorisant la violence l’usage de la violence contre les non-musulmans ou contre les apostats. Malheureusement, cette légende lénifiante ne résiste pas au plus sommaire examen du Livre saint de l’islam, qui fourmille, au contraire, de passages faisant obligation aux croyants d’exterminer les infidèles. Dans les discussions à ce sujet, ravivées de plus belle après les attentats, de nombreux commentateurs rappelèrent cette vérité, en citant force versets l’illustrant et la démontrant sans contestation possible. Je citerai, entre autress, le livre de Jacques Rollet, Religion et Politique (1) ou encore l’article de Ibn Warraq, « L’Islam, une idéologie totalitaire » (2). Ibn Warraq est un Indo-Pakistanais, auteur d’un livre retentissant intitulé Pourquoi je ne suis pas musulman (3). Depuis la publication de son livre, il doit vivre caché (comme, depuis 1989, Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, ou la Bangladaise Taslima Nasreen, qui osa protester, en 1993, contre la condition des femmes en pays d’islam). Repéré, Ibn Warraq se ferait abattre par ses infiniments tolérants ex-coreligionnaires. Il transcrit un chapelet édifiant de sourates coraniques, par exemple celle-ci (sourate IV, verset 76): « Tuez les idolâtres partout ou vous les trouverez. » C’est d’ailleurs le pieux devoir que n’ont pas manqué d’accomplir les bons musulmans barbus qui, le dimanche 28 octobre 2001, à Bahawalpur, au Pakistan, firent irruption avec des mitraillettes dans un temple protestant où se déroulait l’office, tuèrent le pasteur et seize fidèles (quatre enfants, sept femmes et cinq hommes) auxquels s’ajoutèrent plusieurs dizaines de blessés graes, dont une fillette de deux ans. Il y a, noyés permis cent quarante millions de musulmans, environ deux milions de chrétiens pakistanais, catholiques ou protestants, qui ne peuvent évidemment être, ni de près ni de loin, fautifs des méfaits que les fous d’Allah imputent à l’Occident. C’est donc bien et uniquement en qualité d’infidèles que ces victimes innocentes ont été assassinées. D’ailleurs, Ben Laden venait de lancer le mot d’ordre: « Tuez les chrétiens !  » Il a été entendu. Peu après, il a tourné sa prunelle meurtrière contre Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU, qualifié par lui de « criminel ». A propos de « victimes innocentes », il ne m’est pas revenu que la gauche européenne ait versé beaucoup de pleurs sur ces chrétiens pakistanais.

Ce qui dicte la vision du monde des musulmans, c’est que l’humanité entière doit respecter les impératifs de leur religion, alors qu’ils ne doivent eux-mêmes aucun respect aux religions des autres, puisqu’ils deviendraient alors des renégats méritant l’exécution immédiate. La « tolérance » musulmane est à sens unique. Elle est celle que les musulmans exigent pour eux seuls et qu’ils ne déploient jamais envers les autres. Soucieux de se montrer tolérant, le pape a autorisé, encouragé même, l’édification d’une mosquée à Rome, ville où est enterré Saint Pierre. Mais il ne saurait être question de contruire une église à La Mecque, ni nulle part en Arabie Saoudite, sous peine de profaner la terre de Mahomet. En octobre 2001, des voix islamiques, mais aussi occidentales, ne cessèrent d’inviter l’Administration américaine à suspendre les opérations militaires en Afghanistan durant le mois du ramadan, qui allait commencer à la mi-novembre. Guerre ou pas guerre, la décence – disaient les bien-intentionnés – impose certains égards pour les fêtes religieuses de tous. Belle maxime, sauf que les musulmans s’en tiennent pour les seuls exemptés. En 1973, l’Egypte n’a pas hésité à attaquer Israël le jour même du Kippour, la plus importante fête religieuse juive, guerre qui est restée dans l’histoire précisément sous l’appellation la « guerre du Kippour ».

Le deuxième volet du mythe de l’islam tolérant consiste à soutenir hautement que le gros des populations musulmanes désapprouve le terrorisme, et au premier rang l’immense majorité des musulmans résidents ou citoyens des pays démocratiques d’Europe ou d’Amérique. Les muphtis ou recteurs des principales mosquées en Occident se sont fait une spécialité de ces assurances suaves. Après chaque déferlement d’attentats meurtriers, par exemple en France en 1986 et en 1995, ou après la fatwa ordonnant de tuer Salman Rushdie en 1989 ou Taslima Nasreen en 1993 pour « blasphème », ils n’ont pas leurs pareils pour garantir que les communautés religieuses dont ils ont la charge spirituelle sont foncièrement modérées. Dans les milieux politiques et médiatiques, on leur emboîte avec empressement le pas, tant la crainte nous étrangle de passer pour racistes en constatant simplement les faits. Comme le dit encore Ibn Warraq, « la lâcheté des Occidentaux m’effraie autant que les islamistes (4). »

Ainsi, le quotidien Le Parisien-Aujourd’hui, dans son numéro du 12 septembre 2001, publie un reportage sur l’atmosphère de liesse qui a régné durant toute la soirée du 11 dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où vit une importante communauté musulmane. « Ben Laden, il va tous vous niquer ! On a commencé par l’Amérique, après ce sera la France. » Tel était le type de propos « modérés » adressés aux passants dont le faciès semblait indiquer qu’ils n’étaient pas maghrébins. Ou encore : « Je vais faire la fête ce soir car je ne vois pas ces actes [les attentats de New York et de Washington] comme une entreprise criminelle. C’est un acte héroïque. Ca va donner une leçon aux Etats-Unis. Vous, les Français, on va tous vous faire sauter. » Ce reportage du Parisien n’a eu d’équivalent dans aucun autre organe de la presse écrite et fut passé sous silence par la quasi-totalité des médias. En tout cas, auditeur assidu, chaque matin, des diverses revues de presse radiophoniques, je ne l’ai entendu mentionner dans aucune d’entre elles, sauf erreur, ce 12 septembre.

Malgré l’imprécision des statistiques, on considère que la population vivant en France compte entre quatre et cinq millions de musulmans. C’est la communauté musulmane la plus nombreuse d’Europe, suivie, loin derrière, par celles d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Si « l’immense majorité » de ces musulmans était modérée, comme le prétendent les muphtis et leurs suiveurs médiatico-politiques, il me semble que cela se verrait un peu plus. Par exemple, après les bombes de 1986 puis de 1995, à Paris, qui tuèrent plusieurs dizaines de Français et en blessèrent bien davantage, il aurait bien pu se trouver, sur quatre millions et demi de musulmans, dont une bonne part avait la nationalité française, quelques milliers de « modérés » pour organiser une manifestation et défiler de la République à la Bastille ou sur la Canebière. Nul n’en a jamais vu l’ombre.

En Espagne, des manifestations rassemblant jusqu’à cent mille personnes ont souvent eu lieu en 2001 pour honnir les assassins de l’ETA militaire. Elles se sont déroulées non seulement dans l’ensemble du pays, mais au Pays basque même, où les manifestants pouvaient craindre des représailles, quoique les partisans des terroristes y fussent effectivement très minoritaires, comme l’ont encore prouvé les élections régionales de novembre 2000.

Si, au rebours, les musulmans modérés en France osent si peu se manifester, la raison n’en serait-elle pas qu’ils savent que ce sont eux les minoritaires au sein de leur communauté et non les extrémistes ? Voilà pourquoi ils sont modérés… avec modération. Il en va de même en Grande-Bretagne, où l’on vit, en 1989, les musulmans, pour la plupart d’origine pakistanaise, se déchaîner pour hurler à la mort contre Salman Rushdie, mais où l’on ne vit aucun d’entre eux protester contre ces cris barbares. Après le 11 septembre, tel porte-parole qualifié des musulmans britanniques, El Misri, définit les attentats contre les World Trade Center comme des actes de « légitime défense ». Tel autre, Omar Bakri Mohammed, lança une fatwa ordonnant de tuer le président du Pakistan, coupable d’avoir pris positionent en faveur de George Bush contre Ben Laden (5). Chacun a eu beau tendre l’oreille, personne n’a entendu la moindre foule « modérée » islamo-britannique protester dans les rues contre ces appels au meurtre, parcqu’il n’en existe aucune, pas plus qu’il n’y a de foule « modérée » islamo-française. La notion que « l’immense majorité » des musulmans fixés en Europe serait modérée se révèle n’être qu’un rêve, ce qui fut mis spectaculairement en lumière durant les deux mois qui suivirent les attentats contre les Etats-Unis.

1. Grasset, 2001. Voir les propos de cet auteur dans Le Point du 21 septembre 2001, n°1514.
2. Marianne, 24 septembre 2001.
3. L’Âge d’homme, 1999.
4. Le Figaro Magazine, 6 octobre 2001. Qu’on me permette de renvoyer sur ce point à mon livre Le Regain démocratique, op.cit., chapitre XIIe: « Démocratie islamique ou islamo-terrorisme ?  »
5. Voir « Londres, les forcenés de l’Islam », Le Point, 2 novembre 2001, n° 1520.

Voir encore:

Alexis de Tocqueville
Tyrannie de la Majorité

extrait de
De la Démocratie en Amérique, vol I
(Deuxième Partie : Chapitre VII)

(1835)
Note

Un écrit magistral sur la tyrannie et le servilisme que la démocratie (c’est-à-dire la tyrannie de la majorité) entraîne partout et auprès de tout le monde.

Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même?Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c’est la justice.
La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple.
Une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d’appliquer la justice qui est sa loi. Le jury, qui représente la société, doit-il avoir plus de puissance que la société elle-même dont il applique les lois?

Quand donc je refuse d’obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j’en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain. Il y a des gens qui n’ont pas craint de dire qu’un peuple, dans les objets qui n’intéressaient que lui-même, ne pouvait sortir entièrement des limites de la justice et de la raison, et qu’ainsi on ne devait pas craindre de donner tout pouvoir à la majorité qui le représente. Mais c’est là un langage d’esclave.

Qu’est-ce donc une majorité prise collectivement sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraire à un autre individu qu’on nomme la minorité? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts?

Pour moi je ne le saurais le croire; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs.

Ce n’est pas que, pour conserver la liberté, je crois qu’on puisse mélanger plusieurs principes dans un même gouvernement, de manière à les opposer réellement l’un à l’autre.
Le gouvernement qu’on appelle mixte m’a toujours semblé une chimère. Il n’y a pas, à vrai dire, de gouvernement mixte (dans le sens qu’on donne a ce mot), parce que, dans chaque société, on finit par découvrir un principe d’action qui domine tous les autres.

L’Angleterre du dernier siècle, qu’on a particulièrement citée comme exemple de ces sortes de gouvernements, était un État essentiellement aristocratique, bien qu’il se trouvât dans son sein de grands éléments de démocratie; car les lois et les moeurs y étaient ainsi établies que l’aristocratie devait toujours, à la longue, y prédominer et diriger à sa volonté les affaires publiques.

L’erreur est venue de ce que, voyant sans cesse les intérêts des grands aux prises avec ceux du peuple, on n’a songé qu’à la lutte, au lieu de faire attention au résultat de cette lutte, qui était le point important. Quand une société en vient à avoir réellement un gouvernement mixte, c’est-à-dire également partagé entre des principes contraires, elle entre en révolution ou elle se dissout.

Je pense donc qu’il faut toujours placer quelque part un pouvoir social supérieur à tous les autres, mais je crois la liberté en péril lorsque ce pouvoir ne trouve devant lui aucun obstacle qui puisse retenir sa marche et lui donner le temps de se modérer lui-même.

La toute-puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse. Son exercice me parait au-dessus des forces de l’homme, quel qu’il soit, et je ne vois que Dieu qui puisse sans danger être tout-puissant, parce que sa sagesse et sa justice sont toujours égales à son pouvoir.

II n’y a pas donc sur la terre d’autorité si respectable en elle-même, ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacles. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis: là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autre lois.

Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux Etats-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et ce qui me répugne le plus en Amérique, ce n’est pas l’extrême liberté qui y règne, c’est le peu de garantie qu’on y trouve contre la tyrannie.


Sim’hat Torah: Comment le judaïsme devint la « religion du livre » et la Torah une « patrie portable » (How Judaism came to be a book religion and the Torah a portable homeland for a people who had been forcibly deprived of all the traditional trappings of a nation: king, land and temple)

16 octobre, 2014

The Siege and Destruction of Jerusalem (David Roberts, 1850)

https://jcdurbant.files.wordpress.com/2006/06/7a2ad-muslems-praying2.jpg?w=449&h=305
Rue de la Roquette Synagogue (Paris)On lut dans le livre de la loi de Dieu chaque jour, depuis le premier jour jusqu’au dernier. On célébra la fête pendant sept jours, et il y eut une assemblée solennelle le huitième jour, comme cela est ordonné. Néhémie 8: 18
Les juifs ont porté la Bible pendant des siècles comme une patrie portable. Heinrich Heine
Voir Jérusalem, c’est voir l’histoire du monde; plus encore, c’est voir l’histoire du Ciel et de la Terre. Benjamin Disraeli
Le Pays d’Israel est le centre du monde, Jérusalem est le centre du Pays; le Temple de Salomon est le centre de Jérusalem; le Saint des Saints est le centre du Temple de Salomon; l’Arche d’alliance est le centre du Saint des Saints et la Pierre de Fondation, sur laquelle le monde fut créé, se dresse devant l’Arche d’alliance. Midrash (Tanhum Kedoshim 10)
Il n’y a jamais eu de temple ici. (…) C’est tous des menteurs. Gardien de l’Esplanade du Temple (pardon: « des mosquées » , discussion avec l’auteur, Jérusalem, juillet 2011)
Il n’y a pas de preuve tangible qu’il y ait la moindre trace ou le moindre vestige juif que ce soit dans la vieille ville de Jérusalem ou dans le voisinage immédiat. Communiqué du ministère palestinien de l’Information (10 décembre 1997)
Le mur d’Al-Buraq [Mur des Lamentations] et sa place sont une propriété religieuse musulmane…[Il fait] partie de la mosquée Al Aqsa. Les Juifs n’ont aucun lien avec cet endroit. Mufti de Jérusalem (nommé par Yasser Arafat, Al Ayyam [journal de l’Autorité palestinienne], 22 novembre 1997)
Le mur d’Al-Buraq est une propriété musulmane et fait partie de la mosquée Al Aqsa. Hassan Tahboob (Ministre des Affaires religieuses de Yasser Arafat, dans interview accordée à l’agence de presse, IMRA, le 22 novembre 1997)
Ce n’est pas du tout le mur des Lamentations, mais un sanctuaire musulman. Yasser Arafat (Maariv, 11 octobre 1996)
Tous les événements liés au roi Saul, au roi David et au roi Rehoboam se sont déroulés au Yémen, et aucun vestige hébreu n’a été trouvé en Israël pour la bonne et simple raison qu’ils n’y ont jamais vécu. Jarid al-Kidwa (historien arabe, au cours d’un programme éducatif de l’OLP, juin 1997, cité dans Haaretz le 6 juillet 1997)
Jérusalem n’est pas une ville juive, en dépit du mythe biblique qui a été semé dans certains esprits…Il n’y a pas d’évidence tangible de l’existence juive d’un soi-disant « Temple du mont Era »…on doute de l’emplacement du mont du Temple…il se peut qu’il ait été situé à Jéricho ou ailleurs. Walid Awad (directeur des publications pour l’étranger du ministère de l’Information de l’OLP, interviewé par l’agence de presse IMRA, le 25 décembre 1996)
Abraham n’était pas juif, pas plus que c’était un Hébreu, mais il était tout simplement irakien. Les Juifs n’ont aucun droit de prétendre disposer d’une synagogue dans la tombe des patriarches à Hébron, lieu où est inhumé Abraham. Le bâtiment tout entier devrait être une mosquée. Yasser Arafat (Jerusalem Report, 26 décembre 1996)
[La Shoa] est un mensonge des Sionistes concernant de soi-disant massacres perpétrés contre les Juifs. Al Hayat Al Jadeeda ( journal de l’Autorité palestinienne, 3 septembre 1997)
[Notre but est] d’éliminer l’Etat d’Israël et d’établir un Etat qui soit entièrement palestinien. Yasser Arafat (session privée avec des diplomates arabes en Europe, 30 janvier 1996)
La lutte contre l’ennemi sioniste n’est pas une question de frontières, mais touche à l’existence même de l’entité sioniste. Bassam-abou-Sharif (porte-parole de l’OLP, Kuwait News Agency – Agence de presse koweïtienne, 31 mai 1996)
A document found in the Cairo Geniza describes the way in which Umar I brought a group of Jews to the site of the Temple in order to clean it. The Jewish elders were asked to identify the stone known as the Foundation Stone. When it was found and identified, Umar ordered « a sanctuary to be built and a dome to be erected over the stone and overlaid with gold. » As a reward, Umar permitted the Jews to return to Jerusalem and establish the Jewish Quarter. Reuven Hammer
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
If this holiday seems to have been short on content when the Temple was still around, the situation became even more dire after Titus destroyed the Temple and Jerusalem in 70 AD. No longer could sacrifices be offered up to God. No longer was there a king to send the Jewish people home after pilgrimage. This was a period in which Judaism was forced to reinvent itself. From a religion centered on the one Temple led by Zadokite priests, Judaism became a religion centered in synagogues wherever they might be. Worship was led by Pharisee rabbis, and it was up to them to pour new content into Shemini Atzeret, lest the holiday disappear completely. The new form of Judaism that took shape over the centuries that followed – centuries covered in the Mishnah and the Talmud – saw a shift in emphasis. Instead of worshiping through sacrifice in the Temple, Jews began praying in synagogues. Instead of venerating the Temple in Jerusalem, Jews had a new portable temple – the Torah itself. Zaaretz

Attention: une occupation peut en cacher une autre !

A l’heure où, après un énième bombardement aveugle des villes israéliennes (systématiquement oublié par nos pleureuses de service), une organisation à visée explicitement génocidaire se voit à nouveau récompensée par une promesse de milliards de dollars de la part d’une communauté internationale dont les plus gros donateurs se trouvent être les financiers des actuels massacres djiahdistes du nord de l’Irak …

Et où, après plus de 1300 ans d’occupation, les islamistes multiplient non seulement les affirmations négationnistes mais à présent les provocations physiques contre ce qui reste du temple détruit par Titus il y a plus de 2 000 ans …

Pendant qu’en un Occident qui commerce oblige a déjà passé aux pertes et profits tant Kobané que Hong Kong, nos concitoyens juifs ne peuvent plus pratiquer leur religion ou même travailler que sous protection policière

Comment en cette fin de la Fête des Cabanes marquant la fin du cycle annuel de lecture du livre saint et l’arrivée de la saison des pluies …..

Et devenue au cours du temps et sous les noms de Chemini Atseret et Sim’hat Torah avec les chants et les danses que l’on sait une véritable fête de la Torah  …

Ne pas repenser au mot fameux du poète allemand Henrich Heine …

Rappelant comment pour un peuple privé de tous les attributs traditionnels d’une nation (roi, terre et temple) …

Le judaïsme se vit contraint et forcé de devenir la « religion du livre » …

Et de faire de sa Torah une véritable « patrie portable » ?

How the end of Sukkot morphed into Shemini Atzeret and Simhat Torah
From a ceremony winding down Sukkot to a celebration of the weather to dancing with the Torah scrolls – this holiday keeps reinventing itself.
Elon Gilad

Haaretz

Oct. 14, 2014

The day after Sukkot is a distinct Jewish holiday called Shemini Atzeret.

Given that its name simply means « Solemn assembly of the eighth » (day of Sukkot), and that Sukkot is seven days long, we may postulate that in the dim reaches of history, it was considered the 8th day of the holiday but over time, became a separate event entirely.

Confused? Wait for it: Shemini Atzeret is both identical to the Jewish holiday of Simhat Torah and distinct from it – depending where one lives.

Let’s untangle this mess.

The bible barely mentions Shemini Atzeret and when it does, it’s always in the context of Sukkot, which it follows.

Shemini Atzeret seems to have been a relatively late addition to the Jewish calendar. It may have been entirely unknown in First Temple times, going by the fact that the few mentions of it in the bible are in sections considered to be later additions, which were most likely written during the Babylonian Captivity (587-539 BCE).

The first mention of Shemini Atzeret is by Nehemiah: « Also day by day, from the first day unto the last day, he [Ezra] read in the book of the law of God. And they kept the feast seven days; and on the eighth day was a solemn assembly. » (Nehemiah 8:18).

The Bible provides scant information on how Shemini Atzeret was marked or what it meant. Sacrifices were made in the Temple, servile work was prohibited as on Shabbat, and an assembly was held – but that’s it.

Rabbinic literature is a little more enlightening on the nature of the holiday during the Second Temple period: « On the eighth day the people were sent off [by the king] and they blessed the king and went to their tents happy and with goodly hearts for all the goodness that God did for David and his people Israel ». (Tosefta Sukkah 4:17).

That would seem to indicate that at least originally, the holiday was simply a closing ceremony for Sukkot, with everyone meeting in the Temple and saying their goodbyes. Not so, say the rabbis: “It is a holiday unto itself” (Babylonian Talmud Sukkah 47a).

They elaborate that the traditions and commands of Sukkot and this « eighth day » are different. Specifically, while you are commanded to sit in your sukkah during the seven days of Sukkot, on Shemini Atzeret you aren’t. Plus, the sacrifices for Sukkot and Shemini Atzeret are listed separately.

The Rainmaker

If this holiday seems to have been short on content when the Temple was still around, the situation became even more dire after Titus destroyed the Temple and Jerusalem in 70 AD.

No longer could sacrifices be offered up to God. No longer was there a king to send the Jewish people home after pilgrimage.
The Siege and Destruction of Jerusalem by the Romans Under the Command of Titus, by David Roberts (1796-1864). Photo by: Wikimedia Commons

This was a period in which Judaism was forced to reinvent itself. From a religion centered on the one Temple led by Zadokite priests, Judaism became a religion centered in synagogues wherever they might be. Worship was led by Pharisee rabbis, and it was up to them to pour new content into Shemini Atzeret, lest the holiday disappear completely.

The new form of Judaism that took shape over the centuries that followed – centuries covered in the Mishnah and the Talmud – saw a shift in emphasis. Instead of worshiping through sacrifice in the Temple, Jews began praying in synagogues. Instead of venerating the Temple in Jerusalem, Jews had a new portable temple – the Torah itself.

This metamorphosis would, over time, give new meaning to the holiday.

The Jewish daily prayer that took form during this time, the Amidah or Shemone Esrei, included a benediction for rain: « He causeth the wind to blow and the rain to descend. » In Israel at least, which has a rainy season (winter) and a dry season (all other times), this was inapplicable during spring and summer. So each year, starting on Passover, by which time the rainy season has usually subsided, “dew” was substituted for rain.

The rabbis decided that Shemini Atzeret – taking place at the start of the fall, when precipitation may begin again – would be a good time to switch back to rain. Thus the holiday became associated with the start of the rainy season, and much of the additional praying done for the holiday centered on the theme of weather.
A sukkah in Tel Aviv. Photo by: Nir Keidar

Babylon and Palestine: Enter Simhat Torah

As we have said, the Torah itself became a central focus of the Jewish religion after the destruction of the Temple, and it became the custom to read a different portion of the Bible each week.

During Talmudic times, two competing systems took form. The Palestinian system involved shorter weekly portions read in a three-year cycle. The Babylonian system was based on longer portions completed in an annual cycle.

The Babylonian system eventually won and is the system used today. This cycle, the rabbis of Babylonia decreed, ended and began on the second day of Shemini Atzeret.

Where did this second day came from, since up to now the holiday we were discussing was a one-day affair?

Well, due to the intricacies of the Jewish calendar, all Jewish holidays (except for Yom Kippur) were given an extra day outside of Israel – so that if you got the count wrong, you would still be celebrating on the right day too.

Thus, when eventually the Babylonian annual cycle was adopted in the Holy Land, probably in the 13th century, the cycle began and ended a day before the rest of the world, on the first and only day of Shemini Atzeret. This difference between Israel and the Diaspora exists to this day.

Middle-Age branding genius

During the Gaonic period following the redaction of the Talmud (500 CE), Jews underwent a process of adapting to this change in the status of Shemini Atzeret, and the holiday began to receive all kinds of names, including “The Day of the Book” and “The Ending Day.” Eventually someone came up with the catchy title “Simhat Torah,” meaning to celebrate Torah, or take joy in it.

This name first appears in the 7th century CE, but only became commonly accepted in the 10th.

Simhat Torah didn’t just spontaneously come into being. It gradually evolved from Shemini Atzeret.

It was in the Diaspora, where Shemini Atezret stretched two days, that the two holidays started to become distinct. Shemini Atzeret became more and more about the rain and Simhat Torah became more and more about the Torah. Different traditions began to appear in different congregations; some vanished, others took hold and are a part of Simhat Torah to this day.

Example of traditions that started appearing in the Middle Ages and are now universally observed by Jews the world over are the special honor given to the person who reads (or recites the benediction before someone else reads for him) the first and last parts of the Torah.

In many congregations, these people are expected to give a hefty donation to the synagogue and hold a celebration at their home after the prayer service. In all communities the Torah scrolls are taken out and paraded around the synagogue accompanied by dancing, singing, waving of flags and just general jubilation. It is a very joyous event.

Voir aussi:

JERUSALEM (Biographie)

Simon Sebag Montefiore

2011

Préface

L’histoire de Jérusalem est à la fois la chronique d’une cité provinciale, souvent miséreuse, perdue dans les collines de Jud?e, et l’histoire du monde. Aujourd’hui plus que jamais, J?rusalem est consid?r?e comme le centre du monde. La ville se trouve au cœur de la lutte entre les religions d’Abraham, c’est le sanctuaire d’un fondamentalisme de plus en plus populaire chez les chr?tiens, les juifs et les musulmans, le champ de bataille strat?gique entre civilisations rivales, la ligne de front entre l’ath?isme et la foi, le centre de l’attention la?que, l’objet de th?ories du complot d?lirantes et de mythes relay?s par Internet, et enfin une sc?ne ?clabouss?e de lumi?re pour les cam?ras du monde entier, ? l’?re de l’information en continu. Les int?r?ts religieux, politiques et m?diatiques se nourrissent les uns des autres et font que J?rusalem est aujourd’hui scrut?e plus intens?ment encore qu’auparavant.

Jérusalem est la Ville sainte, mais elle a toujours été un foyer de superstitions, de charlatanisme et de bigoterie. Convoité par les empires, et pourtant dépourvue de valeur stratégique; domaine cosmopolite de bien des sectes, chacune convaincue que la cité n’appartient qu’à elle; ville aux multiples noms, mais chaque tradition est si sectaire qu’elle exclut toutes les autres. C’est un lieu d’un tel raffinement qu’il est décrit au féminin dans la littérature juive sacrée – une femme vive, sensuelle, toujours de grande beauté, mais parfois aussi une catin, ou une princesse blessée délaissée par ses amants. Jérusalem est la demeure du Dieu unique, la capitale de deux peuples, le temple de trois religions, et elle est la seule ville à exister en deux endroits, sur terre comme au ciel: sa grâce terrestre exceptionnelle n’est rien comparée à sa gloire céleste. Le fait même que Jérusalem soit à la fois terrestre et céleste signifie que la cité peut exister partout: de nouvelles Jérusalem ont été fondées dans le monde entier et chacun a une vision de la ville qui lui est propre. Des prophètes et des patriarches, Abraham, David, Jésus et Mahomet, en auraient foulé les pavés. Les religions d’Abraham y sont nées et c’est ici aussi que le monde prendra fin au jour du Jugement dernier. Jérusalem, sacrée aux yeux des religions du Livre, est la cité du Livre. Sous bien des aspects, la Bible est la chronique même de la ville, et ses lecteurs, des juifs et des premiers chrétiens aux prédicateurs américains, en passant par les conquérants musulmans et les croisés, ont à maintes reprises cherché à influer sur son histoire afin que s’accomplisse la prophétie biblique.

Quand la Bible fut traduite en grec, puis en latin et en langue vernaculaire, elle devint le livre universel et fit de Jérusalem la cité universelle. Chaque grand roi se voulut un David, chaque peuple se croyant élu prétendit être les nouveaux Israélites, chaque noble civilisation se proclama une nouvelle Jérusalem, cette ville qui n’appartient à personne et existe pour tous dans l’imagination de chacun. Et c’est là sa tragédie autant que ce qui la rend magique. Quiconque rêve de Jérusalem, chaque visiteur, à toutes les époques, des apôtres de Jésus aux soldats de Saladin, des pélerins victoriens aux touristes et aux journalistes d’aujourd’hui, arrive avec sa vision de la Jérusalem authentique, puis est amèrement déçu par ce qu’il trouve, cité en perpétuel changement qui a prospéré et périclité, a été détruite et rebâtie à plusieurs reprises. Mais puisqu’il s’agit de J?rusalem, propri?t? de tous, seule l’image qu’ils en ont est la bonne?; c’est la r?alit? qui est corrompue, artificielle, et qu’il faut changer. Tout le monde a le droit d’imposer ??sa J?rusalem?? ? Jérusalem. Ce qu’ils ont souvent fait, par le fer et par le feu.

Ibn Khaldoun, l’historien du xive siècle qui témoigna de certains des événements rapportés dans ce livre autant qu’il y prit part, remarquait que l’histoire est avidement recherchée. L’homme de la rue aspire à la connaître. Rois et dirigeants s’affrontent pour elle. Cela vaut particulièrement pour Jérusalem. Il est impossible d’écrire une histoire de cette ville sans reconnaître qu’elle est aussi un pivot, un axe de l’histoire mondiale. A une époque où, grâce au pouvoir d’Internet, la souris et le cimeterre sont autant d’armes de l’arsenal fondamentaliste, la quête des faits historiques s’avère plus importante encore qu’elle ne l’était pour Ibn Khaldoun.

Une histoire de Jérusalem doit passer par une étude de la nature du sacré. L’expression Ville sainte est constamment utilisée pour rappeler la vénération que suscitaient ses sanctuaires, mais aussi pour signifier que Jérusalem est devenue le lieu essentiel sur terre de la communication entre Dieu et les hommes.

Nous devons également répondre à cette question: de tous les endroits du monde, pourquoi Jérusalem ? Le site se trouvait à l’écart des voies commerciales du littoral méditerranéen; il était pauvre en eau, cuit par le soleil estival, gelé par les vents hivernaux, ses roches dentelées écrasées de chaleur et inhospitalières. Le choix de Jérusalem en tant que ville du Temple fut en partie le fait de décisions personnelles, et en partie une conséquence de son évolution: elle était sainte depuis si longtemps que sa sainteté n’en fut que plus intense. Le sacré n’a pas seulement besoin de spiritualité et de foi, mais aussi de légitimité et de tradition. Un prophète radical animé d’une vision nouvelle doit expliquer les siècles qui l’ont précédé et justifier sa propre révélation dans la langue et la géographie convenues du sacré, en se référant aux prophéties de révélations précédentes et aux sites qui font depuis longtemps déjà l’objet d’un culte. Rien ne rend un lieu plus saint que la concurrence d’une autre religion.

Cette sainteté rebute bien des visiteurs athées, qui y voient une superstition contagieuse dans une ville affligée d’une pandémie de bigoterie vertueuse. Mais c’est nier le besoin profond de spiritualité de l’être humain, sans lequel il est impossible de comprendre Jérusalem. Les religions doivent permettre d’expliquer les joies fragiles et les angoisses éternelles qui mystifient et terrifient l’humanité: nous devons éprouver le sentiment qu’il existe une force qui nous est supérieure. Nous respectons la mort et brûlons d’en trouver le sens. Située à l’intersection entre Dieu et les hommes, Jérusalem est le lieu où ces questions trouvent réponse durant l’Apocalypse – la fin des temps, quand la guerre éclatera, une bataille entre le Christ et l’Antéchrist, quand la Kaaba quittera La Mecque pour Jérusalem, quand se tiendra le jugement, que ressusciteront les morts et que nous assisterons à l’avènement du Messie et du royaume des Cieux, la Nouvelle Jérusalem. Les trois religions d’Abraham croient toutes en l’Apocalypse, mais les détails divergent d’une foi et d’une secte à l’autre. Peut-être que, aux yeux des laïcistes, tout cela n’est qu’un fatras suranné; au contraire, ces idées sont d’une grande actualité. En ces temps de fondamentalismes juif, chrétien et musulman, l’Apocalypse est une force dynamique dans la fièvre politique qui agite le monde.

La mort est notre compagne de tous les instants: longtemps, les pélerins ont eu coutume de venir mourir à Jérusalem pour être enterrés près du mont du Temple, dans l’espoir de renaïtre à la fin des temps, et ils continuent de le faire. La ville est entourée de cimetières, elle repose sur eux. On vénère les fragments racornis des saints antiques – on peut encore contempler la main droite, noircie et desséchée, de Marie-Madeleine dans les appartements du prêtre supérieur grec orthodoxe de l’Eglise du Saint-Sépulcre. De nombreux sanctuaires, et bien des demeures privées également, sont bâtis autour de sépultures. Il émane de cette cit? des morts une atmosphère de t?n?bres qui ne s’explique pas seulement par une sorte de n?crophilie, mais aussi par la n?cromancie?: ici, les morts sont presque vivants, eux qui attendent la r?surrection. Les affrontements incessants pour Jérusalem, les massacres, les troubles, les guerres, le terrorisme, les si?ges et les catastrophes, en ont fait un champ de bataille, abattoir des religions pour Aldous Huxley, charnier pour Flaubert. Melville voyait dans la ville un crâne assiégé par des armées de morts; quant à Edward Said, il se souvenait que son père haïssait Jérusalem car elle lui rappelait la mort.

L’évolution de ce sanctuaire céleste et terrestre n’a pas toujours été due à la providence. Les religions naissent d’une étincelle révélée par un prophète charismatique – Moïse, Jésus, Mahomet. Des empires sont fondés, des villes conquises, grâce à l’énergie et à la chance d’un chef de guerre. Ce sont les décisions de certains, à commencer par le roi David, qui ont fait de Jérusalem ce qu’elle est.

La probabilité que la petite citadelle de David, capitale d’un modeste royaume, devienne le point de mire du monde était faible. Ironie du sort, c’est la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor qui a tracé les grandes lignes de sa sainteté future, parce que cette catastrophe a poussé les juifs à consigner la gloire de Sion et à la proclamer. D’ordinaire, des cataclysmes de cet ordre causent la disparition de peuples entiers. Cette fois, l’incroyable capacité des Juifs à survivre, leur dévotion opiniâtre envers leur Dieu et, par-dessus tout, le fait qu’ils aient couché par ?crit leur version de leur histoire dans la Bible, ont pos? les jalons de la renomm?e et du caract?re sacr? de la ville. La Bible se substitua ? l’?tat et au Temple juifs et devint, comme le dit Heinrich Heine, « la patrie portable des juifs, la Jérusalem portable ». Aucune autre ville ne dispose de son propre livre, et aucun autre livre n’a à ce point guidé le destin d’une ville.

Le caractère sacré de la ville est né de l’exceptionnalisme des juifs en tant que Peuple élu. Jérusalem est devenue la Ville élue, la Palestine, la Terre élue, et cet exceptionnalisme s’est transmis aux chr?tiens et aux musulmans qui l’ont fait leur. La sainteté suprême de Jérusalem et de la terre d’Israël s’est reflétée dans l’obsession religieuse croissante en faveur d’un retour des Juifs en Israël et dans l’enthousiasme occidental pour le sionisme, son équivalent laïc, entre la Réforme du xvie siècle en Europe et les années 70. Depuis, la tragédie des Palestiniens, qui voient dans Jérusalem leur Cité sainte perdue, a modifié la perception d’Israël. Ainsi, la fixation occidentale, ce sentiment de propriété universelle, fonctionne-t-elle dans les deux sens – comme une médaille et son revers, ou comme une épée à double tranchant. Aujourd’hui, ce fait se retrouve dans l’attention que suscitent Jérusalem et le conflit israélo-palestinien, une attention plus soutenue, plus chargée d’émotion que toute autre sur terre.

Pourtant, rien n’est jamais aussi simple qu’il y paraît. L’histoire est souvent présentée comme une succession de changements brutaux et de basculements violents, mais je tiens à montrer que Jérusalem fut une ville de continuité et de coexistence, métropole hybride formée d’édifices hybrides et de gens hybrides qui résistent à l’étroitesse d’une catégorisation renvoyant aux différentes légendes religieuses et aux récits nationalistes d’époques ultérieures. Chaque fois que cela est possible, je suis l’histoire à travers des Familles – les Davidiens, les Maccabées et les Hérodiens, les Omeyyades et les maisons de Baudouin et de Saladin, jusqu’aux Husseini, aux Khalidi, aux Spafford, aux Rothschild et aux Montefiore. On peut ainsi retrouver les schémas organiques de la vie, indifférents aux incidents soudains et aux discours sectaires de l’histoire conventionnelle. Il n’y a pas que deux camps à Jérusalem, mais de nombreuses cultures et loyautés qui se chevauchent et s’empilent, entremêlées – un kaléidoscope aux multiples facettes et en mutation, composé d’Arabes orthodoxes, d’Arabes musulmans, de Juifs séfarades, de Juifs ashkénazes, de Juifs haredim, de Juifs laïcs, d’Arméniens orthodoxes, de Géorgiens, de Serbes, de Russes, de coptes, de protestants, d’Ethiopiens, de latins, etc. Un seul individu peut endosser diverses identités, équivalent humain des strates de pierre et de poussière de Jérusalem.

En fait, l’importance de la ville a fluctué, toujours mouvante, toujours en transformation, comme une plante qui change de forme, de taille, et même de couleur, et reste pourtant enracinée au même endroit. L’image, clinquante, d’une Jérusalem Ville sainte sacrée pour trois religions telle qu’elle est vantée dans les médias est relativement récente. Certains siècles, Jérusalem sembla perdre de son importance religieuse et politique. Bien souvent, ce fut la nécessité politique, plutôt qu’une révélation divine, qui insuffla une nouvelle dévotion religieuse.

Chaque fois que l’on a pu croire Jérusalem oubliée et dépassée, c’est la bibliolâtrie, l’étude passionnée de la vérité biblique par des gens résidant dans des terres lointaines, que ce soit à La Mecque, à Moscou ou dans le Massachusetts, qui a de nouveau projeté leur foi sur elle. Toutes les villes sont des fenêtres sur des modes de pensée étrangers, mais celle-ci est aussi un miroir qui révèle sa vie intérieure tout en réfléchissant le monde extérieur. Que ce soit à l’époque de la foi totale, de l’arrogance impériale, de la r?v?lation évangélique ou du nationalisme laïc, Jérusalem en est devenue le symbole et l’objectif ultime. Mais comme dans les miroirs d’une foire, les reflets sont déformés, au point d’être effrayants.

Jérusalem a une façon bien à elle de décevoir et de tourmenter tant les conquérants que les visiteurs. Le contraste entre la cité matérielle et la cité spirituelle est si douloureux qu’une centaine de patients sont admis chaque année dans l’asile local, atteints du syndrome de Jérusalem, folie faite d’anticipation, de déception et d’illusion. Le syndrome de Jérusalem est également politique: Jérusalem est un défi au bon sens, à la politique pragmatique et à la stratégie, elle existe dans la sphère des passions dévorantes et des émotions irrepressibles, imperméable à la raison.

Dans cette lutte pour la domination et la vérité, même une victoire ne fait qu’intensifier son caractère sacré aux yeux des autres. Plus le possesseur est avide, plus la concurrence est féroce et la réaction, viscérale. C’est la loi des conséquences involontaires qui prévaut ici.

Aucun autre endroit n’évoque un tel désir de possession exclusive. Or, ce zèle jaloux est paradoxal, puisque la plupart des sanctuaires de Jérusalem, et les histoires qui vont avec, ont été empruntés ou volés et appartenaient auparavant à une autre religion. Le passé de la ville est souvent imaginaire. Chaque pierre ou presque a appartenu au temple oublié depuis longtemps d’une autre foi, à l’arc de triomphe d’un autre empire. La plupart des conquêtes se sont accompagnées de la volonté instinctive d’effacer les traces d’autres fois, tout en récupérant leurs traditions, leurs histoires et leurs sites. Il y a eu bien des destructions, mais, plus souvent encore, les conquérants n’ont pas détruit ce qui était là avant eux, ils l’ont réutilisé et agrandi. Les sites majeurs comme le mont du Temple, la Citadelle, la ville de David, le mont Sion et l’église du Saint-Sépulcre ne présentent pas des couches distinctes d’histoire, mais sont plutôt comme des palimpsestes, des broderies où les fils de soie sont tissés en une trame si serrée qu’ils sont désormais inextricables.
La volonté de s’emparer de la sainteté d’autrui a eu pour conséquence que certains sanctuaires sont devenus sacrés successivement, puis simultanément pour chacune des trois religions; des rois ont émis des décrets à leur sujet, des hommes sont morts pour eux, et pourtant, ils sont aujourd’hui presque oubliés: le mont Sion a été le site d’une vénération fanatique de la part des juifs, des musulmans et des chrétiens; de nouveau essentiellement chrétien, il ne voit plus passer désormais que de rares pèlerins musulmans ou juifs.

A Jérusalem, la vérité importe souvent bien moins que le mythe. A Jérusalem, ne me demandez pas de faire l’histoire des faits, déclare l’éminent historien palestinien Nazmi al-Jubeh. Retirez la fiction et il ne reste rien. L’histoire est ici si puissante, si virulente, qu’elle est régulièrement déformée: l’archéologie est elle-même une force historique et les archéologues ont parfois exercé autant de pouvoir que les militaires, recrutés pour s’emparer du passé au nom du présent. Une discipline qui tend à l’objectivité scientifique peut servir à rationaliser des préjugés ethno-religieux et à justifier des ambitions impériales. Les Israéliens, les Palestiniens et les missionnaires des puissances impérialistes du xixe siècle ont tous été coupables d’avoir réquisitionné les mêmes évènements et de leur avoir attribué des significations et accolé des faits contradictoires. Une histoire de Jérusalem doit donc être une histoire à la fois de la vérité et de la légende. Mais les faits sont là, et ce livre a pour objectif de les raconter, aussi déplaisants soient-ils pour tel ou tel camp.

J’ai pour but d’écrire l’histoire de Jérusalem pour des lecteurs athées ou croyants, chrétiens, musulmans ou juifs, sans motivation politique, même en ces temps de conflit.

Je rapporte l’histoire chronologiquement, à travers les existences des hommes et des femmes – soldats et prophètes, poètes et rois, paysans et musiciens – et des familles qui ont fait Jérusalem. Je pense que c’est le meilleur moyen de donner vie à la ville et de montrer comment ses vérités complexes et inattendues sont le résultat de cette histoire. Ce n’est que grâce à la narration chronologique que l’on peut échapper à la tentation de voir le passé à travers le prisme des obsessions du présent. Je me suis efforcé d’éviter la téléologie, de décrire l’histoire comme si chaque évènement était inévitable. Puisque toute mutation est une réaction à celle qui l’a précédée, la chronologie reste la meilleure façon de trouver un sens à cette évolution, de répondre à la question pourquoi Jérusalem ? et de montrer pourquoi les gens ont agi comme ils l’ont fait. J’espère que c’est également l’angle le plus divertissant. Qui suis-je pour ruiner une histoire qui est – pour reprendre un cliché hollywoodien justifié, pour une fois – la plus formidable jamais contée ? Parmi les milliers de livres sur Jérusalem, très peu sont des récits historiques. Quatre ?poques (celles de David et de J?sus, les Croisades et le conflit isra?lo-arabe) nous sont familières grâce ? la Bible, au cinéma, aux romans et aux informations, mais elles sont souvent mal comprises. Quant au reste, je tiens sincèrement à faire découvrir à de nouveaux lecteurs cette histoire oubliée.

Ce livre est une histoire de J?rusalem en tant que centre de l’histoire mondiale, mais ne constitue en aucun cas une encyclop?die de chacun des aspects de J?rusalem, ou un guide pour chacune des niches, coupoles et arches du moindre de ses ?difices. Il ne s’agit pas d’une histoire d?taill?e des orthodoxes, des catholiques ou des Arm?niens, des ?coles de droit hanafites ou chaafistes islamiques, des juifs hassidiques ou kara?tes, pas plus qu’elle n’est racont?e d’un point de vue sp?cifique. La vie de la ville musulmane des mamelouks jusqu’au mandat britannique a ?t? n?glig?e. Les familles musulmanes de J?rusalem ont ?t? ?tudi?es par les universitaires sp?cialistes de la Palestine, mais n’ont gu?re int?ress? les historiens populaires. Leurs histoires ont ?t? et sont encore essentielles pour la compr?hension de J?rusalem?: certaines sources cl?s n’existent qu’en arabe, mais je les ai fait traduire et me suis entretenu avec les membres de tous ces clans afin d’apprendre leur pass?. Toutefois, ils ne repr?sentent qu’une partie de la mosa?que. Ce livre n’est pas une histoire du juda?sme, du christianisme ou de l’islam, ni une ?tude de ce qu’incarne la foi en un Dieu unique ? J?rusalem?: tout cela a d?j? ?t? accompli avec talent par d’autres – notamment par Karen Armstrong dans son excellent A History of Jerusalem. One City, three Faiths (??J?rusalem?: une ville, trois croyances??). Pas plus qu’il ne s’agit d’une histoire d?taill?e du conflit isra?lo-palestinien, qui fait actuellement l’objet d’une analyse obsessionnelle. Le d?fi redoutable que je me suis lanc? est de couvrir tous ces champs, de mani?re ?quitable, j’esp?re.

Je me suis fix? pour mission de retracer les faits, non de porter un jugement sur les myst?res de diff?rentes religions. Je ne pr?tends pas avoir le droit de juger si les prodiges divins et les textes sacr?s des trois grandes religions sont ??vrais?? ou non. Quiconque ?tudie la Bible ou J?rusalem ne peut qu’admettre que la v?rit? existe ? bien des niveaux. Les croyances d’autres religions et d’autres temps nous paraissent ?tranges, alors que les coutumes famili?res de nos propres temps et lieux nous semblent toujours fort raisonnables. M?me le xxie?si?cle, que beaucoup consid?rent apparemment comme le summum de la raison la?que et du sens commun, a ses id?es re?ues et ses orthodoxies quasi religieuses que nos arri?re-petits-enfants trouveront incroyablement absurdes. En revanche, les religions et leurs miracles ont eu un impact ind?niable sur l’histoire de J?rusalem, et il est impossible de conna?tre J?rusalem sans ?prouver un certain respect pour la religion.

Dans l’histoire de la ville, il est des si?cles dont on ne sait rien ou presque et o? tout est sujet ? controverse. Puisque c’est J?rusalem qui est en jeu, les d?bats universitaires et arch?ologiques sont toujours d?l?t?res, parfois violents, menant m?me ? des ?meutes et ? des affrontements. Les ?v?nements des cinquante derni?res ann?es sont si contest?s que l’on en trouve de multiples versions.

En ce qui concerne les ?poques primitives, les historiens, les arch?ologues et les illumin?s ont tous manipul?, fa?onn? et tritur? les rares sources disponibles afin d’?tayer toutes les th?ories imaginables, qu’ils ont alors d?fendues avec une assurance reposant sur une certitude absolue. Dans tous les cas, j’ai ?tudi? les sources originales et les nombreuses th?ories, puis je suis parvenu ? une conclusion. Si j’avais voulu me couvrir totalement dans chacun de ces cas, les mots que l’on croiserait le plus fr?quemment dans ce livre seraient ??peut-?tre??, ??probablement??, ??pourrait?? et ??aurait pu??. Chaque fois que je l’ai pu, j’ai ?cart? ces termes, mais j’invite le lecteur ? comprendre que chaque phrase repose sur une bibliographie colossale et en perp?tuelle ?volution. Chaque partie a ?t? v?rifi?e et relue par un sp?cialiste universitaire. J’ai la chance d’avoir pu en cela compter sur l’aide de quelques-uns des professeurs les plus distingu?s aujourd’hui en activit?.

La plus ?pineuse de ces controverses est celle li?e au roi David, dont les implications politiques sont particuli?rement actuelles et lourdes de sens. M?me parmi les scientifiques, ce d?bat a suscit? davantage de ferveur et d’acharnement que toute autre question, ? l’exception de ceux sur la nature du Christ et de Mahomet. La source de l’histoire de David est la Bible. On a longtemps consid?r? sa vie historique comme un fait ?tabli. Au xixe?si?cle, l’int?r?t des puissances imp?rialistes chr?tiennes pour la Terre sainte a ?t? ? l’origine de la qu?te arch?ologique de la J?rusalem de David. La nature chr?tienne de ces recherches a connu une r?orientation avec la cr?ation de l’?tat d’Isra?l en 1948, qui lui a attribu? une signification politico-religieuse passionn?e, David se voyant par? du statut de fondateur de la J?rusalem juive. Faute d’indices remontant au xe?si?cle avant notre ?re, les historiens isra?liens r?visionnistes ont revu ? la baisse l’importance de la cit? de David. Certains ont m?me remis en cause l’historicit? du personnage, au grand dam des juifs traditionalistes et ? la joie des politiciens palestiniens, puisque cela revenait ? saper les revendications juives. Mais la d?couverte de la st?le de Tel Dan, en 1993, a prouv? que le roi David avait bel et bien exist?. La Bible, bien que n’ayant pas ?t? ?crite principalement comme une chronique historique, reste une source historique, dont je me suis servi pour raconter cette histoire. L’importance de la ville de David et la fiabilit? de la Bible sont abord?es dans ce livre. Sur le conflit actuel au sujet de la cit? de David, vous pouvez vous reporter ? l’?pilogue.

Pour une autre ?poque, celle, beaucoup plus tardive, du xixe?si?cle, il est impossible d’?chapper au poids de L’Orientalisme, d’Edward Said. Said, chr?tien palestinien n? ? J?rusalem, professeur de litt?rature ? l’universit? de Columbia ? New York, qui ?tait une voix ? part dans le monde du nationalisme palestinien, affirmait que le ??pr?jug? eurocentrique, subtil et persistant, vis-?-vis des peuples arabo-musulmans et de leur culture??, surtout chez des voyageurs du xixe?si?cle comme Chateaubriand, Melville et Twain, avait d?nigr? la culture arabe et justifi? l’imp?rialisme. Les travaux de Said ont pouss? quelques-uns de ses disciples ? vouloir effacer ces intrus occidentaux de l’histoire, ce qui est une aberration. Il est n?anmoins vrai que ces visiteurs ne virent ou ne comprirent que peu de chose de la vraie vie de la J?rusalem arabe et juive?; voil? pourquoi, comme nous l’avons dit, je me suis efforc? de d?crire les existences r?elles de la population locale. Mais ce livre n’a rien de pol?mique, et l’historien de J?rusalem doit mettre en lumi?re l’influence dominante de la culture romantique imp?riale de l’Occident sur la ville, car elle explique pourquoi le Moyen-Orient a tant compt? pour les grandes puissances.

De m?me, j’ai d?peint l’?volution du pro-sionisme britannique, la?que et ?vang?lique, de Palmerston et Shaftesbury ? Lloyd George, Balfour, Churchill et leur ami Weizmann pour la simple raison que son influence a ?t? d?cisive sur le destin de J?rusalem et de la Palestine aux xixe et xxe?si?cles.

Le corpus central de ce livre se termine en 1967, parce que la guerre des Six-Jours a pour l’essentiel accouch? de la situation que nous connaissons aujourd’hui, et qu’elle constitue une conclusion majeure. L’?pilogue pr?sente rapidement l’?volution politique jusqu’? nos jours, et s’ach?ve par un portrait d?taill? d’une matin?e typique dans les trois Lieux saints. Mais la situation ne cesse de changer. Si je devais ?crire l’histoire au pr?sent, cet ouvrage n’aurait jamais de fin, et devrait ?tre mis ? jour presque heure par heure. Au lieu de cela, j’ai voulu montrer pourquoi J?rusalem continue d’?tre ? la fois le cœur du processus de paix et un obstacle pour ce dernier.

Ce livre est une synth?se fond?e sur la lecture des grandes sources, antiques et modernes, sur des rencontres personnelles avec des sp?cialistes, des professeurs, des arch?ologues, des familles et des hommes d’?tat, et sur d’innombrables s?jours ? J?rusalem, sur les sanctuaires et les chantiers de fouilles. J’ai eu la chance de retrouver quelques sources nouvelles, ou rarement utilis?es. Mon travail m’a donn? trois grandes joies?: passer beaucoup de temps ? J?rusalem?; lire les œuvres merveilleuses d’auteurs comme Oussama ibn Mounqidh, Ibn?Khaldoun, Evliy? Tch?l?bi et Wassif Jawhariyyeh, Guillaume de Tyr, Flavius Jos?phe et T.E. Lawrence?; et enfin, m’?tre fait des amis et avoir ?t? aid?, avec tant de confiance et de g?n?rosit?, au beau milieu de violentes crises politiques, par des J?rusal?mites de toutes les origines – des Palestiniens, des Isra?liens, et des Arm?niens, des musulmans, des juifs et des chr?tiens.

J’ai l’impression de m’?tre toute ma vie pr?par? ? ?crire ce livre. Depuis l’enfance, j’ai err? autour de J?rusalem. ? cause de liens familiaux que je d?cris dans ces pages, ??J?rusalem?? figure sur le blason de ma famille. Mais quelles que soient ces attaches personnelles, je suis ici pour raconter l’histoire de ce qui s’est pass? et de ce qu’ont cru les gens. Pour revenir ? notre point de d?part, il y a toujours eu deux J?rusalem, la temporelle et la spirituelle, toutes deux gouvern?es davantage par la foi et l’?motion que par la raison et les faits. Et J?rusalem est toujours au centre du monde.

Mon approche ne plaira pas ? tous – apr?s tout, c’est de J?rusalem qu’il s’agit. Mais en ?crivant ce livre, j’ai toujours gard? ? l’esprit le conseil de Lloyd George ? Storrs, qu’il avait nomm? gouverneur de la ville, et qui ?tait l’objet de critiques enflamm?es tant de la part des juifs que des Arabes?: ??Eh bien, si l’un ou l’autre camp cesse de se plaindre, vous serez renvoy?.??

Prologue

Le huiti?me jour du mois juif d’Ab, ? la fin du mois de juillet de l’an 70 de notre ?re, Titus, le fils de l’empereur romain Vespasien, qui dirigeait depuis quatre mois le si?ge de J?rusalem, ordonna ? l’ensemble de ses forces de se pr?parer ? prendre le Temple d’assaut ? l’aube. L’attaque devait avoir lieu le jour m?me o?, plus de cinq cents ans plus t?t, les Babyloniens avaient d?truit la ville. Titus commandait une arm?e de quatre l?gions, soit soixante mille l?gionnaires romains et auxiliaires locaux, impatients de porter le coup de gr?ce ? la cit? orgueilleuse mais bris?e. Derri?re ses murailles, peut-?tre pr?s d’un demi-million de juifs affam?s survivaient dans des conditions abominables?: certains ?taient des z?lotes, des fanatiques religieux, d’autres de simples pillards, mais la plupart ?taient des familles innocentes incapables de fuir ce pi?ge aussi magnifique que mortel. Bien des juifs vivaient hors des fronti?res de la Jud?e – on en trouvait sur tout le pourtour m?diterran?en et au Proche-Orient – et ce dernier combat d?sesp?r? d?ciderait non seulement du sort de la ville et de ses habitants, mais aussi de l’avenir du juda?sme et du christianisme, alors culte juif de peu de port?e, voire, en se propulsant six si?cles dans le futur, de la forme que prendrait l’islam.

Les Romains avaient ?difi? des rampes contre les murs du Temple. Mais leurs assauts avaient ?t? repouss?s. Plus t?t dans la journ?e, Titus avait d?clar? ? ses g?n?raux que ses efforts pour prot?ger ce ??temple ?tranger?? lui co?taient trop de soldats, et il avait ordonn? que le feu soit bout? aux portes de l’?difice. L’argent des portes avait fondu et l’incendie s’?tait propag? aux encadrements de bois des portes et des fen?tres, puis aux poutres des couloirs du Temple lui-m?me. Titus avait exig? que l’incendie soit ?teint. Les Romains, avait-il lanc?, ne devaient ??point se venger d’objets inanim?s plut?t que d’hommes??. Puis il s’?tait retir? pour la nuit dans son quartier g?n?ral, dans la tour d’Antonia qui, ? demi en ruine, surplombait le superbe complexe du Temple.
Tout autour des murs se d?roulaient des sc?nes semblables ? l’enfer sur terre. Des milliers de cadavres se putr?fiaient sous le soleil. La puanteur ?tait insupportable. Des meutes de chiens et de chacals se gorgeaient de chair humaine. Les mois pr?c?dents, Titus avait ordonn? que tous les prisonniers ou d?serteurs soient crucifi?s. On crucifiait cinq cents juifs par jour. Le mont des Oliviers et les hauteurs escarp?es entourant la ville ?taient si encombr?s de croix qu’il n’y avait plus de place pour en planter d’autres, ni d’arbres pour les fabriquer. Les soldats de Titus s’amusaient ? clouer leurs victimes membres ?cart?s dans des positions absurdes. Nombre de J?rusal?mites ne pensaient plus qu’? fuir la ville. En partant, ils avalaient leur argent pour le dissimuler, esp?rant le r?cup?rer quand ils seraient en s?curit?, loin des Romains. Ils sortaient, ??gonfl?s de famine, enfl?s comme des hommes souffrant d’œd?me??, mais s’ils mangeaient, ils ???clataient??. Quand leurs ventres explos?rent, les soldats d?couvrirent les tr?sors naus?abonds cach?s dans leurs entrailles. Ils entreprirent donc d’?visc?rer tous les prisonniers et de fouiller dans leurs intestins alors qu’ils ?taient encore en vie. Horrifi?, Titus tenta d’interdire ces pillages anatomiques. En vain?: ses auxiliaires syriens, qui ha?ssaient les juifs et ?taient ha?s d’eux avec toute la hargne de voisins, se r?jouissaient de ces jeux macabres. Les cruaut?s commises par les Romains et les rebelles derri?re leurs murailles sont dignes de certaines des pires atrocit?s du xxe?si?cle.

La guerre avait commenc? quand l’aristocratie de Jud?e elle-m?me, les alli?s juifs de Rome, avait ?t? pouss?e par l’ineptie et la cupidit? des gouverneurs romains ? faire cause commune avec une r?volte populaire. Les rangs des rebelles se composaient de Juifs religieux et de brigands opportunistes qui avaient profit? du d?clin de l’empereur N?ron et du chaos qui avait suivi son suicide pour chasser les Romains et r?tablir un ?tat juif ind?pendant ayant le Temple pour centre. Mais la r?volution juive s’?tait aussit?t transform?e en purges sanglantes et en guerre des gangs.

Trois empereurs succ?d?rent ? N?ron en ? peine plus d’un an. Le temps que Vespasien monte sur le tr?ne et envoie Titus prendre J?rusalem, la ville avait ?t? partag?e entre trois chefs de guerre en perp?tuel conflit. Ils avaient d’abord livr? de violents combats dans les cours du Temple, ruisselantes de sang, avant de piller la ville. Leurs guerriers p?n?traient dans les quartiers les plus ais?s, saccageaient les maisons, assassinaient les hommes et violentaient les femmes – ??c’?tait pour eux comme un jeu??. Ivres de pouvoir et de l’excitation de la chasse, sans doute aussi du vin qu’ils avaient pill?, ils ??s’adonnaient ? la lascivit? f?minine, se couvraient les cheveux, rev?taient des atours de femmes, se barbouillaient d’onguents et se fardaient les paupi?res??. Ces truands de province, se pavanant dans des ??manteaux aux teintes les plus raffin?es??, tuaient quiconque croisait leur chemin. Dans leur ing?niosit? d?prav?e, ils ??inventaient des plaisirs illicites??. J?rusalem, abandonn?e ? une ??intol?rable souillure??, devint ??un bordel?? et une salle de tortures – tout en conservant son aura de sanctuaire.

Car, malgr? tout, le Temple continuait de fonctionner. En avril pr?c?dent, des p?lerins ?taient venus pour la P?que, juste avant que les Romains n’assi?gent la cit?. La population se chiffrait d’ordinaire en dizaine de milliers, mais les Romains avaient pris au pi?ge les p?lerins et beaucoup de r?fugi?s fuyant la guerre, si bien que la ville abritait des centaines de milliers de personnes. Les chefs rebelles ne mirent un terme ? leurs luttes intestines que quand Titus eut encercl? les murailles. Alors, ils unirent leurs forces et align?rent leurs vingt et un mille guerriers face aux Romains.

La ville que Titus vit pour la premi?re fois du haut du mont?Scopus, du grec skopeo, qui signifie ??regarder??, ?tait, pour reprendre les termes de Pline, ??de loin la cit? la plus vant?e de l’Orient??, m?tropole opulente et prosp?re b?tie autour de l’un des temples les plus grandioses du monde antique, lui-m?me gigantesque œuvre d’art. J?rusalem existait depuis des mill?naires, mais jamais cette ville aux multiples tours et remparts, ? cheval sur deux hauteurs dans la d?solation escarp?e de Jud?e, n’avait ?t? aussi peupl?e ni aussi superbe qu’en ce premier si?cle de notre ?re. De fait, il faudrait attendre le xxe?si?cle pour que J?rusalem renoue avec une telle grandeur. C’?tait l? l’accomplissement d’H?rode le Grand, le monarque de Jud?e, fou g?nial dont les palais et les forteresses avaient ?t? construits ? une ?chelle si monumentale, et d?cor?s avec tant de luxe que l’historien juif Flavius Jos?phe reconna?t qu’ils ??d?passent [s]a capacit? ? les d?crire??.

Le Temple lui-m?me surpassait tout le reste dans sa gloire sacr?e. ??D?s que se levait le soleil??, ses cours scintillantes et ses portes dor?es ??r?fl?chissaient la lumi?re en une splendeur flamboyante qui contraignait quiconque osait la contempler ? d?tourner le regard??. La premi?re fois que des ?trangers voyaient le Temple – comme Titus et ses l?gionnaires –, il ?tait ??semblable ? une montagne couverte de neige??. Les juifs fervents savaient qu’au centre des cours de cette ville dans la ville au sommet du mont Moria se trouvait une pi?ce minuscule et sacr?e entre toutes, qui ne contenait pour ainsi dire rien du tout. Ce lieu ?tait le cœur de la foi juive?: le Saint des Saints, l? o? Dieu Lui-m?me r?sidait.

Si le Temple d’H?rode ?tait un sanctuaire, c’?tait aussi une forteresse presque inexpugnable ? l’int?rieur de la cit?. Les juifs, encourag?s par la faiblesse des Romains durant l’Ann?e des quatre empereurs, et tirant parti des escarpements inaccessibles de J?rusalem, de ses murailles et du labyrinthe du Temple, s’?taient dress?s contre Titus, confiants dans leur force. Apr?s tout, cela faisait pr?s de cinq ans qu’ils d?fiaient Rome. Or, Titus disposait de l’autorit?, des ambitions, des ressources et du talent n?cessaires pour remplir sa mission. Il entreprit de r?duire les d?fenses de J?rusalem avec une efficacit? syst?matique et une puissance ?crasante. Des pierres de baliste, probablement lanc?es sur son ordre, ont ?t? retrouv?es dans les tunnels le long du mur ouest du Temple, preuve de l’intensit? du bombardement romain. Les juifs se battirent pour chaque pouce de terrain avec un acharnement presque suicidaire. Ce qui n’emp?cha pas Titus, qui d?ploya tout l’arsenal des engins de si?ge, des catapultes et du g?nie poliorc?tique romain, de s’emparer de la premi?re enceinte en quinze jours. Il entra?na un millier de l?gionnaires dans le labyrinthe des march?s de J?rusalem et s’empara de la deuxi?me enceinte. Les juifs effectu?rent une sortie et la reprirent. Les murs ne cess?rent alors de changer de mains. Titus tenta ensuite d’impressionner la ville en faisant d?filer son arm?e – cuirasses, casques, lames luisantes, enseignes claquant au vent, aigles scintillantes, ??chevaux richement capara?onn?s??. Des milliers d’habitants s’assembl?rent sur les remparts pour contempler le spectacle et admirer ??la beaut? de leurs armures et l’ordre admirable des hommes??. Mais les juifs continuaient de le d?fier, ou peut-?tre craignaient-ils trop leurs chefs de guerre pour d?sob?ir ? leurs ordres?: pas de capitulation.
Pour finir, Titus d?cida d’encercler et d’isoler l’ensemble de la cit? gr?ce ? des lignes de circonvallations. ? la fin de juin, les Romains prirent d’assaut l’imposante forteresse Antonia, qui dominait le Temple, puis la ras?rent, ? l’exception d’une tour o? Titus installa son quartier g?n?ral.

Vers le milieu de l’?t?, alors que les hauteurs dentel?es et br?l?es par le soleil se h?rissaient d’une for?t de cadavres crucifi?s environn?s de mouches, le sentiment que la fin ?tait proche s’abattit sur la ville, en proie ? un fanatisme implacable, aux caprices sadiques de ses ma?tres et ? une famine terrible. Des bandes arm?es r?daient en qu?te de nourriture. Les enfants arrachaient les vivres des mains de leurs p?res?; les m?res volaient la part de leurs propres nourrissons. Quand ils se heurtaient ? des portes verrouill?es, les guerriers, soup?onnant les occupants de dissimuler des vivres, en for?aient l’entr?e, enfon?ant des pieux dans le rectum de leurs victimes pour les obliger ? r?v?ler o? ils avaient cach? leurs c?r?ales. Quand ils ne trouvaient rien, ils se montraient d’une ??cruaut? plus barbare encore??, comme s’ils avaient ?t? ??tromp?s??. Bien que disposant eux-m?mes encore de nourriture, ils tuaient et torturaient par habitude, ??pour exercer leur folie??. J?rusalem fut le th??tre de chasses aux sorci?res, les gens se d?non?ant les uns les autres comme des accapareurs et des tra?tres. Nulle autre ville, rapporta Flavius Jos?phe, t?moin oculaire, ??n’autorisa tant de mis?res, nulle autre ?poque n’accoucha d’une g?n?ration plus propice ? la malice que celle-ci, depuis le commencement du monde??.
Les jeunes erraient dans les rues ??comme des ombres, tout gonfl?s de faim, et tombaient morts l? o? leur malheur les frappait??. Des gens mouraient en tentant d’enterrer leurs proches tandis que d’autres ?taient inhum?s ? la va-vite alors qu’ils respiraient encore. La famine ravageait des familles enti?res. Les J?rusal?mites voyaient mourir leurs ?tres chers ??l’œil sec et la bouche ouverte. Un profond silence et une sorte de nuit mortelle s’abattirent sur la ville?? – et pourtant, ceux qui p?rissaient gardaient ??le regard fix? sur le Temple??. Les cadavres s’entassaient dans les rues. Bient?t, en d?pit de la loi juive, plus personne n’enterra ses morts dans ce charnier grandiose. Peut-?tre J?sus-Christ l’avait-il pr?dit quand il avait annonc? la prochaine Apocalypse, d?clarant?: ??Que les morts enterrent les morts.?? Parfois, les insurg?s se contentaient de balancer les corps du haut des murs. Les Romains les laissaient se d?composer en des piles putr?fi?es. Mais les rebelles continuaient le combat.

Titus en personne, soldat de m?tier peu impressionnable qui avait occis douze juifs de sa propre arbal?te au cours de sa premi?re ?chauffour?e, en fut horrifi? et ?tonn?: il ne put que g?mir devant les dieux que cela n’?tait pas de son fait. Connu pour sa g?n?rosit?, il ?tait ??le ch?ri et la joie de l’humanit?. ??Mes amis, j’ai perdu ma journ?e??, avait-il coutume de dire quand il n’avait pas trouv? le temps d’offrir des pr?sents ? ses camarades. Robuste, rude, le visage rond orn? d’une bouche g?n?reuse et d’un menton fendu, Titus, fils populaire du nouvel empereur Vespasien, se r?v?lait un brillant g?n?ral?: mais leur dynastie n’avait pas encore fait ses preuves et d?pendait de sa victoire sur les rebelles juifs.

Dans l’entourage de Titus se trouvaient nombre de ren?gats juifs, dont trois J?rusal?mites – un historien, un roi et (semble-t-il) une double reine qui partageait la couche du Romain. L’historien Flavius Jos?phe, commandant rebelle pass? dans le camp imp?rial, notre unique source sur les ?v?nements, ?tait ?galement le conseiller de Titus. Le roi ?tait H?rode Agrippa?II, juif tout ? fait romanis?, ?lev? ? la cour de l’empereur Claude. Il avait occup? les fonctions de surveillant du Temple, b?ti par son arri?re-grand-p?re H?rode le Grand, et avait souvent r?sid? dans son palais de J?rusalem, bien que gouvernant des territoires disparates dans le nord de l’Isra?l moderne, en Syrie et au Liban.

Le roi ?tait presque certainement toujours accompagn? de sa sœur, B?r?nice, fille d’un monarque juif, deux fois reine par mariage, depuis peu la ma?tresse de Titus. Ses ennemis romains la tax?rent plus tard de ??Cl?op?tre juive??. Elle avait dans les quarante ans, mais ???tait dans la force de l’?ge et au fa?te de sa beaut?, note Flavius Jos?phe. Au d?but de la r?volte, son fr?re et elle, qui vivaient ensemble (incestueusement, affirmaient leurs d?tracteurs), avaient voulu confronter les rebelles entre eux et les appeler une derni?re fois ? la raison. D?sormais, ces trois juifs assistaient impuissants ??? l’agonie d’une cit? c?l?bre?? – B?r?nice depuis le lit de son destructeur.

Les prisonniers et les transfuges apportaient des nouvelles de la ville qui inqui?t?rent particuli?rement Flavius Jos?phe, dont les parents ?taient pris au pi?ge derri?re les murailles. M?me les combattants commen?aient ? manquer de vivres, aussi fouillaient-ils et diss?quaient-ils les vivants et les morts, ? la recherche d’or, de miettes, de simples graines, ??titubant et oscillant comme des chiens enrag?s??. Ils mangeaient de la bouse, du cuir, des ceintures, des chaussures et du chaume. Une riche dame du nom de Marie, ayant perdu toute sa fortune et sa nourriture, devint folle au point de tuer son propre fils, de le r?tir, d’en manger la moiti? et de garder le reste pour plus tard. Le d?licieux fumet se r?pandit dans les rues. Les rebelles, mis en app?tit, en cherch?rent l’origine et p?n?tr?rent dans la maison, mais m?me ces soudards ?prouv?s, ? la vue du cadavre de l’enfant ? demi d?vor?, ??s’en furent en tremblant??.
J?rusalem la Sainte, comme elle ?tait baptis?e sur les pi?ces de monnaie juives, sombra dans l’espionnite et la parano?a. Charlatans d?lirants et pr?dicateurs hantaient les rues, promettant la d?livrance et le salut. J?rusalem ?tait, remarqua Flavius Jos?phe, ??telle une b?te sauvage rendue folle par la faim et qui se nourrissait maintenant de sa propre chair??.

En cette nuit du huiti?me jour d’Ab, quand Titus se fut retir? pour se reposer, ses l?gionnaires s’efforc?rent d’?teindre l’incendie d?clench? par l’argent en fusion, ainsi qu’il l’avait ordonn?. Mais les rebelles les attaqu?rent. Les Romains ripost?rent et repouss?rent les juifs jusque dans l’enceinte m?me du Temple. Un l?gionnaire, saisi ??d’un divin courroux??, s’empara de brandons et, soulev? par un autre soldat, mit le feu aux tentures et ? l’encadrement d’une ??fen?tre dor?e??, qui donnait sur les salles entourant le Temple lui-m?me. Au matin, l’incendie s’?tait r?pandu jusqu’au cœur des lieux sacr?s. Voyant les flammes l?cher le Saint des Saints et menacer de le d?truire, les juifs ??pouss?rent une grande clameur et se pr?cipit?rent pour l’en emp?cher??. Mais il ?tait trop tard. Ils se barricad?rent dans la cour int?rieure, puis ne purent que contempler la sc?ne dans un silence horrifi?.
? quelques pas de l?, parmi les ruines de la forteresse Antonia, Titus s’?tait r?veill?; il bondit sur ses pieds et ??courut vers la Sainte Maison pour faire cesser l’incendie??. Son entourage le suivit, dont Flavius Jos?phe, et sans doute le roi Agrippa et B?r?nice, entra?nant derri?re eux des milliers de soldats romains, tous en proie ??? un grand ?tonnement??. Le combat fut acharn?. Flavius Jos?phe affirme que Titus ordonna une fois encore que le feu soit ma?tris?, mais en tant que collaborateur des Romains, il avait de bonnes raisons de vouloir exon?rer son protecteur. Quoi qu’il en soit, tout le monde hurlait, l’incendie se d?cha?nait, et les soldats romains savaient que, conform?ment aux lois de la guerre, une ville qui avait r?sist? aussi opini?trement ne pouvait que s’attendre ? ?tre mise ? sac.

Faisant mine de ne pas avoir entendu Titus, ils exhort?rent m?me leurs camarades ? jeter davantage de combustible dans les flammes. Les l?gionnaires ?taient si imp?tueux que beaucoup finirent pi?tin?s ou br?l?s dans leur ru?e sanguinaire et leur soif d’or, dont ils pill?rent de telles quantit?s que son prix chuta bient?t dans tout l’Orient. Titus, incapable de ma?triser l’incendie et fort probablement soulag? ? la perspective de sa victoire finale, progressa dans le Temple en flammes jusqu’au Saint des Saints. M?me le grand pr?tre n’?tait autoris? ? y p?n?trer qu’une fois par an. Aucun ?tranger n’en avait souill? la puret? depuis Pomp?e, le g?n?ral et homme d’?tat romain, en 63?av. J.-C.?Mais Titus regarda ? l’int?rieur et ??contempla le sanctuaire avec son contenu, tr?sor bien sup?rieur ? ce que la renomm?e avait publi? ? l’?tranger??, ?crit Flavius Jos?phe, et ??non inf?rieur ? sa glorieuse r?putation parmi les gens du pays??. Aussi ordonna-t-il aux centurions de frapper les soldats qui r?pandaient l’incendie, mais ??leurs passions ?taient trop vives??. Alors que le sinistre gagnait le Saint des Saints, Titus fut emmen? par ses officiers qui le mirent en s?curit?, ??et personne n’emp?cha plus les troupes d’activer l’incendie??.
Au beau milieu des flammes, les combats faisaient rage. Des J?rusal?mites affam?s, ?berlu?s, erraient et, d?sempar?s, franchissaient les portes calcin?es. Des milliers de civils et de rebelles se rassembl?rent sur les marches menant ? l’autel, pr?ts ? se battre jusqu’au dernier ou simplement ? mourir sans espoir. Les Romains euphoriques leur tranch?rent la gorge ? tous comme s’il s’?tait agi d’un gigantesque sacrifice humain, jusqu’? ce qu’??autour de l’autel une multitude de cadavres s’amonc[elle]??, le sang d?goulinant sur les marches. Dix mille juifs p?rirent dans le Temple en feu.

Les ?normes pierres et les solives se fendaient avec un bruit semblable au tonnerre. Flavius Jos?phe assista ? la mort du Temple?:

Le cr?pitement des flammes d?cha?n?es se m?lait aux g?missements de ceux qui tombaient?; la hauteur de la colline et la grandeur de l’ouvrage incendi? donnaient l’impression que la ville enti?re br?lait. ? cela s’ajoutait un bruit terrible qu’on ne peut imaginer, fait de la clameur victorieuse des l?gions romaines s’?lan?ant en masse, des hurlements des factieux pris dans un cercle de fer et de feu, de la fuite ?perdue du peuple, surpris sur la hauteur, tombant avec stupeur sur les ennemis et poussant des lamentations dans sa d?tresse. Aux cris des Juifs de la colline se m?laient ceux de la multitude r?pandue dans la ville. Beaucoup, d?j? ?puis?s par la faim, devenus silencieux en voyant le Temple en flammes, retrouv?rent des forces pour g?mir et pour crier. L’?cho de la P?r?e et des montagnes des alentours redoublait l’intensit? du bruit. Mais les souffrances ?taient plus affreuses encore que le tumulte?; il semblait que la colline du Temple, parmi ces flammes qui l’enveloppaient de toutes parts, bouillonn?t jusque dans ses fondements.
Le mont Moria, une des deux hauteurs de J?rusalem, o? le roi David avait plac? l’Arche d’alliance et o? son fils Salomon avait ?rig? le premier Temple, n’?tait plus que ??feu br?lant de toutes parts??, tandis qu’? l’int?rieur le sol ?tait couvert de cadavres. Mais dans leur triomphe, les soldats les foul?rent au pied. Les pr?tres r?sist?rent, certains se jetant dans la fournaise. Alors, les Romains en furie, voyant que le Temple int?rieur ?tait d?truit, se saisirent de l’or et du mobilier, et emport?rent leur butin avant de mettre le feu au reste du complexe.

Pendant que la cour int?rieure br?lait, l’aube approchant, les rebelles rescap?s perc?rent les lignes romaines dans le labyrinthe des cours ext?rieures, quelques-uns se r?fugiant dans la ville. La cavalerie romaine contre-attaqua, extermina les insurg?s et mit le feu aux salles du tr?sor du Temple, qui regorgeaient des richesses fournies par la taxe du Temple que versaient tous les juifs, d’Alexandrie ? Babylone. Ils y trouv?rent six mille femmes et enfants blottis l? dans l’attente de l’Apocalypse. Un ??faux proph?te?? avait plus t?t proclam? qu’ils d?c?leraient les ??signes miraculeux de leur d?livrance?? dans le Temple. Les l?gionnaires se content?rent d’incendier les couloirs, et tous moururent br?l?s vifs.
Les Romains apport?rent leurs enseignes sur la montagne sacr?e, y offrirent des sacrifices ? leurs dieux et salu?rent Titus du titre d’imperator, commandant en chef. Des pr?tres se cachaient encore dans le Saint des Saints. Deux d’entre eux se jet?rent dans les flammes, et l’un parvint ? faire sortir les tr?sors du Temple – les aubes du grand pr?tre, les deux cand?labres d’or, ainsi que des sacs de cannelle et de graines de cassier, des ?pices que l’on br?lait chaque jour dans le Sanctuaire. Quand les autres se rendirent, Titus les fit ex?cuter, car ??il convenait ? des pr?tres de p?rir avec leur Temple??.
J?rusalem ?tait, et est encore, une ville de tunnels. Aussi les rebelles se volatilis?rent-ils dans les sous-sols, tout en tenant toujours la Citadelle et la ville haute, ? l’ouest. Il fallut ? Titus un mois de plus pour conqu?rir le reste de la cit?. Quand elle tomba, les Romains et leurs auxiliaires syriens et grecs ??se r?pandirent dans les ruelles. ?p?e ? la main, ils massacr?rent sans distinction tous ceux qu’ils croisaient et incendi?rent les maisons avec tous ceux qui y avaient trouv? refuge??. La nuit, quand la tuerie cessa, ??le feu s’assura la ma?trise des rues??.

Titus parlementa avec les deux chefs de guerre juifs sur le pont qui franchissait la vall?e entre le Temple et la ville, et leur offrit la vie sauve en ?change de leur reddition. Ils refus?rent. Il ordonna que la Ville basse, o? presque toutes les maisons ?taient pleines de cadavres, soit pill?e et incendi?e. Quand les chefs de guerre j?rusal?mites se repli?rent sur le palais d’H?rode et la Citadelle, Titus fit creuser des sapes et, le 7 du mois d’Elul, ? la mi-ao?t, les Romains prirent les fortifications d’assaut. Les insurg?s se battirent dans les tunnels jusqu’? ce qu’un de leurs chefs, Jean de Gischala, d?pose les armes (il fut ?pargn?, mais fut condamn? ? un emprisonnement ? vie). L’autre chef, Simon ben Giora, ?mergea d’un tunnel sous le Temple drap? d’une robe blanche, et eut l’insigne honneur de jouer un r?le de premier plan dans le triomphe de Titus, le d?fil? de la victoire ? Rome.
Dans le d?sordre et la destruction m?thodique qui s’ensuivirent, un monde disparut, ne laissant derri?re lui que de rares instants fig?s dans le temps. Les Romains massacr?rent les vieux et les infirmes?: le squelette d’une main de femme, trouv?e sur le seuil de sa maison incendi?e, constitue une preuve de la panique et de la terreur qui r?gnaient alors?; les cendres des demeures du quartier juif r?v?lent la violence des flammes. Deux cents pi?ces de bronze ont ?t? retrouv?es dans une boutique de la rue qui passait sous les degr?s monumentaux du Temple, sans doute enfouies l? dans les derni?res heures de la chute de la ville. Bient?t, m?me les Romains furent las du carnage. Les J?rusal?mites furent rassembl?s dans des camps de regroupement install?s dans la Cour des femmes du Temple, o? ils furent pass?s au crible?: les combattants furent tu?s?; les vigoureux envoy?s travailler dans les mines d’?gypte?; les jeunes et les plus beaux vendus comme esclaves, les autres choisis pour mourir face aux lions du cirque ou pour ?tre pr?sent?s lors du triomphe.

Flavius Jos?phe chercha parmi les prisonniers, dans un ?tat pitoyable, qui ?taient r?unis dans les cours du Temple, et retrouva son fr?re ainsi que cinquante amis que Titus l’autorisa ? remettre en libert?. Ses parents ?taient sans doute morts. Mais il reconnut trois de ses amis parmi les crucifi?s. ??Mon cœur saignait et je m’en ouvris ? Titus??, qui ordonna qu’ils soient descendus de leurs croix et confi?s aux soins des m?decins. Un seul surv?cut.
Titus d?cida, comme Nabuchodonosor, d’?radiquer J?rusalem, d?cision dont Flavius Jos?phe rejette la faute sur les rebelles?: ??La r?bellion a d?truit la ville et les Romains ont d?truit la r?bellion.?? Le nivellement du Temple, le monument le plus impressionnant d’H?rode le Grand, dut constituer un formidable d?fi en termes d’ing?nierie. Les ?normes pierres de taille du Portique royal s’abattirent sur les nouveaux dallages en contrebas, et c’est l? qu’on les retrouva pr?s de deux mille ans plus tard, formant un tas colossal o? elles ?taient tomb?es, dissimul?es sous des si?cles de d?bris. Les gravats furent jet?s dans la vall?e jouxtant le Temple et commenc?rent ? combler le ravin, aujourd’hui presque invisible, qui s?parait le mont du Temple de la ville haute. Mais les murs de sout?nement du mont du Temple, dont le mur occidental actuel, r?sist?rent. Les spolia, les pierres tomb?es du Temple et de la cit? d’H?rode, encore partout pr?sentes dans la ville, furent utilis?es et r?utilis?es ensuite pendant plus d’un mill?naire par tous les conqu?rants et b?tisseurs de la ville, des Romains aux Arabes, des crois?s aux Ottomans.

Nul ne sait combien de gens moururent ? J?rusalem, et les historiens antiques font g?n?ralement peu de cas de l’exactitude des chiffres. Tacite dit que six cent mille personnes vivaient dans la ville assi?g?e, tandis que Flavius Jos?phe, lui, parle de plus d’un million. Quelle que f?t la r?alit?, leur nombre ?tait consid?rable, et tous moururent de faim, furent tu?s ou vendus en esclavage.

Titus se lan?a dans une macabre tourn?e victorieuse. Sa ma?tresse B?r?nice et son fr?re le roi le re?urent dans leur capitale, C?sar?e de Philippe, aujourd’hui sur le plateau du Golan. L?, il regarda des milliers de juifs se battre entre eux et contre des animaux sauvages – ? mort. Quelques jours plus tard, il assista ? l’ex?cution de deux mille cinq cents autres prisonniers dans le cirque de Césarée maritime et d’autres encore furent massacrés par jeu à Beyrouth avant que Titus ne rentre à Rome célébrer son triomphe.


Non-violence: Ceux qui travaillent à la paix sèment dans la paix (James’s epistle is still relevant for today as it speaks to issues of how Christians should respond to injustice)

11 octobre, 2014
https://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xfp1/v/t1.0-9/10690013_4785735338343_7769564921204604104_n.jpg?oh=17131eaac71635b1f283f694486bf4ab&oe=54B27D59https://i0.wp.com/www.mehach-magazine.com/wp-content/uploads/2014/10/Kailash-Satyarthi-800x516.jpgLaissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Jésus (Matthieu 19: 14)
Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 5)
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. Jésus (Matthieu 5: 10-12)
Celui qui a dit: Tu ne commettras point d’adultère, a dit aussi: Tu ne tueras point. Or, si tu ne commets point d’adultère, mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la loi. Jacques 2: 11
Vous convoitez, et vous ne possédez pas; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Jacques 4: 2
A vous maintenant, riches! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous. (…) Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées. Vous avez vécu sur la terre dans les voluptés et dans les délices, vous avez rassasié vos coeurs au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez tué le juste, qui ne vous a pas résisté. Jacques 5: 1-6
Si vous avez dans votre coeur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. Cette sagesse n’est point celle qui vient d’en haut; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique. Car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, il y a du désordre et toutes sortes de mauvaises actions. La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. Le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui recherchent la paix. Jacques 3: 14-18
Ceux qui travaillent à la paix sèment dans la paix une semence qui aura pour fruit ce qui est juste. Jacques 3: 18 (Bible du semeur)
Mais beaucoup d’entre eux, encouragés par l’impunité, se tournèrent au métier de brigand ; dans toute la contrée ce ne furent que pillages et soulèvements, fomentés par les plus audacieux (…) Des individus vagabonds et fourbes, qui ne cherchaient que changements et révolutions sous le masque de l’inspiration divine, poussaient la multitude à un délire furieux et l’entraînaient au désert, où Dieu, disaient-ils, devait leur montrer les signes de la liberté prochaine (…) A peine ce mouvement réprimé, l’inflammation, comme dans un corps malade, reparut sur un autre point.  Les imposteurs et les brigands se réunirent pour entraîner à le défection et appeler à la liberté un grand nombre de Juifs, menaçant de mort ceux qui se soumettaient à la domination romaine et déclarant qu’ils supprimeraient de force ceux qui acceptaient volontairement la servitude. Répartis par bandes dans le pays, ils pillaient les maisons des principaux citoyens, tuaient les propriétaires et incendiaient les bourgades. Toute la Judée fut remplie de leur frénésie, et de jour en jour cette guerre sévissait plus violente. Flavius Josèphe
The modern world is not evil; in some ways the modern world is far too good. It is full of wild and wasted virtues. When a religious scheme is shattered (as Christianity was shattered at the Reformation), it is not merely the vices that are let loose. The vices are, indeed, let loose, and they wander and do damage. But the virtues are let loose also; and the virtues wander more wildly, and the virtues do more terrible damage. The modern world is full of the old Christian virtues gone mad. The virtues have gone mad because they have been isolated from each other and are wandering alone. G.K. Chesterton
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
We treasure the precious words of Hizbullah and your expression of goodwill towards the American people. Also, we praise your initiative for dialogue and mutual understanding. We cherish these statements that bring us closer to you. As an elder of our church, I’d like to say that according to my recent experience, relations and conversations with Islamic leaders are a lot easier than dealings and dialogue with Jewish leaders. Ronald Stone (Presbyterian leader)
Nous avons donc à faire à des espèces de « brigades internationales », comme lors de la Guerre d’Espagne. Signe des temps, ces combattants, venus de tous les coins, ne se réclament pas d’une grande idéologie émancipatrice, comme au XX° siècle, mais d’une version très particulière d’une religion, l’islam. Il s’agit bien, cependant, comme lors de la guerre, d’Espagne, d’un mouvement inspiré par l’indignation et la solidarité. Indignation, face aux moyens disproportionnés utilisés, dès le départ par le régime face à la contestation. Solidarité, car ces jeunes, comme les combattants d’Espagne, veulent témoigner d’une communauté de croyance. (…) La malheureuse Syrie est prise en otage par les deux grandes puissances religieuses et ennemies de l’islam – l’Iran chiite, qui est derrière le régime, et l’Arabie salafiste, qui soutient la rébellion. Mais la violence, sur place, s’est déchaînée avec une telle intensité et sur une si grande échelle qu’on redoute le retour en Europe de combattants bien entraînés et surtout, « brutalisés », pour employer le mot forgé par l’historien George Mosse à propos des anciens combattants de 14-18 (De la grande guerre au totalitarisme). Par « brutalisation », Mosse entendait décrire l’expérience inouïe faite par les combattants de la Grande Guerre. La banalisation de la mort en masse avait provoqué chez nombre d’entre eux une accoutumance à la violence extrême ; elle avait émoussé les sentiments humains fondamentaux de sympathie, de pitié, et jusqu’au simple souci de soi. Elle avait développé un style de vie – Mosse parlait de « fureur d’une vie frénétique » et « d’aspiration à vivre des expériences situées au-delà des limites de habituelles de la civilisation ». Style de vie qu’on devait retrouver ensuite dans la manière des mouvements totalitaires de considérer la politique : une lutte à mort contre l’adversaire dans un climat de profonde camaraderie, de fraternité virile, de développement à la cause, allant jusqu’au sacrifice de sa propre vie. Ce sont autant les effets psychologiques de cette guerre, menée avec des moyens effrayant, où les combattants se filment en train de torturer, ou en train de jouer avec les têtes de leurs ennemis découpées, que la familiarisation avec les techniques de combat urbain qu’on peut redouter chez ces djihadistes quand, vaincus comme il est probable, ils retourneront d’où ils sont venus. L’anthropologue Dounia Bouzar a récemment consacré un livre, Désamorcer l’islam radical, au cas des jeunes qui s’engagent dans l’islamisme. Elle y montre ce que les techniques de radicalisation utilisées, sur internet en particulier, par les recruteurs du djihad, doivent à celles des sectes. L’identité individuelle est niée, pour être remplacée par une identité de groupe proprement totalitaire. L’esprit critique et la simple raison sont combattus. En échange, on fournit à des jeunes souvent en perte de repères, le sentiment exaltant d’appartenir à une élite, désignée pour régénérer un monde corrompu et décadent. Le parallèle avec les mouvements fascistes est évident. Le gouvernement va annoncer, cet après-midi, un ensemble de mesures destinées à lutter contre la radicalisation des jeunes musulmans, et à les empêcher d’aller combattre en Syrie. Mais la prévention ne devrait-elle pas passer par une meilleure intégration de jeunes déboussolés ? Les familles décomposées, l’échec scolaire, l’omniprésence de la drogue dans certains quartiers, le chômage de masse ne sont-ils pas les meilleurs agents recruteurs du djihad, cette fuite dans une violence exotique ? Brice Couturier
L’exécution de James Foley (…) Ça a provoqué une indignation générale des pays occidentaux. Bon, moi, j’ai été préoccupé par la lapidation d’Albert Ebossé, vous savez, ce footballeur camerounais, là, qui s’est fait allumer sur un stade. Bon, il s’est pris une caillasse en Algérie (…) Les cadres de la mafia des Rothschild (…) Ils ont tous condamné la barbarie de ce crime ignoble. Apparemment, la décapitation en mondovision sur Internet, c’est pas leur truc (…) Khadafi, son exécution où il s’est fait lyncher moins qu’un chien, tu sais, non, ça ça passe, Saddam Hussein, sa pendaison, pareil, mais là, James Foley, ça n’est pas passé (…) Moi, ce que je trouve étrange, c’est que la décapitation, ça symbolise avant tout le progrès, l’accès à la civilisation. (…) C’est pour ça que j’ai pas compris, en France, on a quand même décapité en place publique, devant le peuple. C’est pour ça que je suis étonné qu’aujourd’hui on fasse tout ce foin (…) Vous savez que je suis originaire du Cameroun (…) Bon, je suis né dans les années 60 et regardez ce qui se passe (…) la décapitation, c’était bien vu (…) Vous voyez tout autour des têtes coupées (…) , eh bien, il y a l’armée française, enfin la civilisation qui est venue nous apporter quoi ? Le progrès (….) Donc pour progresser, on peut pas faire l’économie de certains sacrifices (…) C’est pour ça,  je voudrais m’adresser aux parents de James Foley (…) je voudrais leur dire (…): détendez-vous, c’est-à-dire vous commencez à accéder à la civilisation (…) en réalité, tout va bien. (…) A chaque époque ses pratiques. Avant, c’était la pendaison aux Etats-Unis (…) on pendait des nègres un peu partout dans la rue aux réverbères (…) Moi, je suis contre la violence mais quand elle se présente, il faut s’adapter … Y a même pépé Aznavour qui s’y est mis (…) « Oeil pour oeil, dent pour dent », l’autre, carrément: « vous égorgez, les islamistes, on vous égorge ». Au nom du Christ, tu parles ? (…) Jésus a jamais demandé à ce qu’on égorge des gens enfin !En son nom ! (…) Jésus nous a appris autre chose, Jésus nous a appris le pardon … (…) ebola (…) J’ai l’impression qu’il y a vraiment un programme d’extermination qui est en train d’être mis en place … Dieudonné
On ne discute pas avec des étrangleurs. (…) on fait comme eux: vous égorgez, on égorge. Alors là, c’est oeil pour oeil dent pour dent ! Charles Aznavour
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
I don’t reject Christ. I love Christ. It’s just that so many of you Christians are so unlike Christ. Oh, I don’t reject Christ. If Christians would really live according to the teachings of Christ, as found in the Bible, all of India would be Christian today. Gandhi
Le 9 octobre 2012, les talibans m’ont tiré sur le côté gauche de mon visage. Ils ont tiré sur mes amis aussi. Ils pensaient que les balles allaient nous faire taire. Mais ils ont échoué. Et puis, sur ce silence se sont élevées des milliers de voix. Les terroristes pensaient qu’ils pourraient nous faire changer d’objectifs et arrêter nos ambitions mais cela n’a rien changé dans ma vie, sauf ceci: la faiblesse, la peur et le désespoir sont morts. La force, la puissance et le courage sont nés. (…)  Chers frères et sœurs, je ne suis contre personne. Je ne suis pas non plus ici pour parler en termes de vengeance personnelle contre les talibans ou contre tout autre groupe de terroristes. Je suis ici pour parler du droit à l’éducation de chaque enfant. Je veux de l’éducation pour les fils et les filles de tous les extrémistes, en particulier les Talibans. Je n’ai même pas de haine contre le Talib qui m’a tiré dessus. Même si j’avais une pistolet en main et qu’il se trouvait en face de moi, je ne lui tirerait pas dessus. C’est la compassion que j’ai apprise de Mohammed, le prophète de la miséricorde, que j’ai apprise de Jésus-Christ et de Bouddha. C’est l’héritage du changement que j’ai hérité de Martin Luther King, de Nelson Mandela et de Muhammad Ali Jinnah. C’est la philosophie de la non-violence que j’ai apprise de Gandhi Jee, de Bacha Khan et de Mère Teresa. Et c’est le pardon que mon père et la mère m’ont appris. Et c’est ce que mon âme me dit, soit pacifique et aimant pour tout le monde. Malala
Malala Yousafzaï (…) devint très vite un symbole. Sa notoriété naissante a pourtant suscité embarras et malaise dans son propre pays. Plus l’Occident l’acclamait – le show-business (Madonna, Angelina Jolie) ou les poids lourds politiques (Hillary Clinton, Gordon Brown) – comme une figure emblématique de la résistance à l’obscurantisme islamiste, plus des voix s’élevaient au Pakistan pour dénoncer son instrumentalisation par des « forces étrangères ». Les tenants de la théorie du complot – un sport national au Pakistan – sont dès lors passés à l’offensive. Sournoises, imprégnées de paranoïa, les questions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Pourquoi l’Occident se prend-il de passion pour cette jeune Pakistanaise ? Et pourquoi Malala Yousafzaï se tait-elle sur les enfants victimes des drones américains frappant chaque semaine les zones pachtounes frontalières de l’Afghanistan ? Il n’en fallait pas davantage pour que la jeune fille se fasse accuser d’être un « agent américain », manipulé pour servir les funestes desseins de l’Occident contre les musulmans en général et le Pakistan nucléaire en particulier. Sami ul-Haq, le chef du parti Jamiat Ulema-e-Islami (JUI) dont les madrasas (écoles coraniques) font office de pépinières de combattants talibans, avait ainsi estimé que Malala Yousafzaï avait été « kidnappée par les forces anti-islam en Occident. » Les libéraux, groupe à l’influence marginale au Pakistan, ont fini par se réveiller et ont contre-attaqué. L’été 2013, la romancière Bina Shah exprimait dans le quotidien Dawn son courroux face à tant d’acrimonie. De telles réactions, écrivait-elle, sont « la manifestation honteuse de la manière dont les Pakistanais tendent à se retourner contre les personnes dont ils devraient être fiers ». Faisant taire ses détracteurs, Malala Yousafzaï demanda à Barack Obama – qui la reçut à la Maison Blanche en octobre 2013 – de cesser les frappes de drones américains contre des cibles djihadistes au Nord-Waziristan (zones tribales frontalières de l’Afghanistan) qui, selon elle, « tuent des victimes innocentes » et « alimentent le terrorisme ». L’une des prestations les plus marquantes de Malala Yousafzaï, celle qui l’imposa comme une icône internationale, fut incontestablement son intervention, le 12 juillet 2013 à New York, devant l’Assemblée de jeunes de l’ONU. Les talibans « pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence mais ils ont échoué », avait-elle alors lancé au fil d’un discours posé, ferme et éclairé. « Prenons nos cahiers et nos crayons, avait-elle enchaîné. Ce sont nos armes les plus puissantes. » Et elle avait eu cette formule empreinte d’un profond humanisme : « Je veux l’éducation pour les fils et les filles des talibans et tous les extrémistes et les terroristes. » Avant de conclure : « Je n’ai même pas de haine pour le taliban qui m’a tiré dessus. »  Le Monde
Showing great personal courage, Kailash Satyarthi, maintaining Gandhi’s tradition, has headed various forms of protests and demonstrations, all peaceful, focusing on the grave exploitation of children for financial gain. He has also contributed to the development of important international conventions on children’s rights. Nobel committee
This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour. The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. Satyarthi (Save Child Movement)
I thanked President Obama for the United States’ work in supporting education in Pakistan and Afghanistan and for Syrian refugees. I also expressed my concerns that drone attacks are fueling terrorism. Innocent victims are killed in these acts, and they lead to resentment among the Pakistani people. If we refocus efforts on education it will make a big impact. Malala Yousafzai
It’s a political decision, a motivated one, and a conspiracy to invoke [sic] people in the Muslim countries. And the father of Malala and Malala have done nothing at all. Her father is a good salesman, that’s it. And the daughter has also become a salesgirl. And they are dancing on the tunes of West. Tariq Khattak (Pakistan Observer)
Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes. Adam Nossiter
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées. Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie. Pierre Haski
Yes, I am amazed by Malala. How can one not be? Her courageous young body, shattered by Taliban bullets, her strong, kind stance in that Jon Stewart interview everyone on my Facebook timeline shared.. It is hard not to be moved by her. But she is but one courageous person. Fortunately for the world, there is no shortage of such brave, courageous individuals. In fact, there is an abundance of them, especially in poor, authoritarian countries. If you think Malala is rare, that is probably because you have not spent much time in such countries. Most Malala’s, however, go nameless, and are not made into Western celebrities. (That interview’s most telling moment was when Jon Stewart said “I want to adopt you” to her right after she repeatedly mentioned how great her own father was–such a striking sentiment in which our multi-decade involvement in Pakistan is reduced to finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore). What the world is desperately lacking, and the Nobel Committee, for once, rewarded, is the kind of boring, institutional work of peace that advances the lives of people. Everyday. Little by little. But without which lives are shattered and countries crumble (as they do now) (…) activism and social justice too often gets reduced to celebrity culture. Angelina Jolie visits refugee camps–good for her, but the crucial work of providing clean water to thousands of people trapped in such unsanitary conditions gets underfunded, and children die of cholera. No country takes in the refugees. Diseases spread, hunger and cold settle in. But by then, the celebrity has moved on, the cameras have moved on, and those under-appreciated bureaucrats, technicians, the planners, the institutions that improve lives of millions of people, everyday, get dismissed, underfunded, even ridiculed. Hey, they are just bureaucrats and technocrats! Yes, one by one, they are just that. But as institutions they are what the world needs much, much more of. Just in case you feel compelled to point out, I am well aware of the shortcoming of multilateral organizations. Overpaid staff and lack of accountability are real issues. But that does not take away from the fact that more institutional capacity with better oversight and principles is the gaping hole in a world in which almost all our major problems are internationalized, at least to a degree, and yet our institutions and tools remain woefully, dramatically inadequate. (…) Multilateral capacity within a framework of international law (yep, I’m bored typing it) is the only way forward because the other alternatives are whims of existing powerful nations, or celebrity moments on television which make us feeling good, but not much more than that. So (…) work of organizations (…) help keep future brave young Malala’s alive and thriving so that they don’t have to be heroes, but can be the children that they deserve to be. Zeynep Tufekci
While the (somewhat inexplicable) prestige of the Nobel can certainly bring attention to worthy individuals, there’s less evidence to suggest it helps their causes. For instance, the prize given to human rights activist Liu Xiaobo in 2010 has probably made it less likely that Chinese authorities will let him out of prison. Some also find the western media’s fascination with Yousafzai a little troubling. When she was passed over for the prize last year, blogger and technology researcher Zeynep Tufekci argued in a widely read post that in the Malala narrative “our multi-decade involvement in Pakistan is reduced to finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore.” Whereas, she continued, “what the world is desperately lacking, and the Nobel Committee, for once, rewarded, is the kind of boring, institutional work of peace that advances the lives of people.” There is something irritatingly smug and condescending about some of the coverage of “the bravest girl in the world.” It was a particular low point when, on The Daily Show, Jon Stewart said “I want to adopt you” to a young woman who’s spoken very publicly about the support she’s received from her father—a pretty brave guy in his own right. But that’s our problem, not hers. My guess is that someone’s who’s comfortable telling the president of the United States to his face that his military policies are fueling terrorism isn’t going to let herself be reduced to a cuddly caricature. Joshua Keating
For Satyarthi, the award brings recognition to decades of work on behalf of child laborers, but for Yousafzai, the prize arguably comes with risks. As my former colleague Josh Keating writes at Slate, the media’s treatment of Yousafzai often obscures the West’s complicated relationship with Pakistan, one marked in recent years by an aggressive campaign of U.S. drone strikes and huge amounts of U.S. aid. That coverage often strays toward a condescension that reduces the West’s relationship with Pakistan to, in the words of technology researcher Zeynep Tufekci, to « finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore. » That attitude — summed up by Jon Stewart’s quip that he wanted to adopt the young woman — risks obscuring the more institutional, boring work to find peace in Pakistan. Moreover, in some quarters of Pakistan, Yousafzai has become a symbol of Western interference in the country, and conspiracy theories abound that her story was in fact created by the CIA, which carries out ongoing drone strikes in the northwestern parts of the country. That’s of course far-fetched, but the praise that she has received in the West has been equally matched in her home country. The Peace Prize will certainly elevate her stature — and also increase animus against her in some parts of Pakistan. Elias Groll
Jacques accuse-t-il sérieusement ses lecteurs de meurtre ? Douglas J. Moo
James is a letter dominated by the theme: how a Christian should respond to injustice. James cries out to Jewish Christians: You must not use the ways of the world to handle your troubles. Friendship with the world is enmity with God. Instead be prayerful, be patient, be agents of peace-making, endure hardship, take care of one another, guard your tongue, and wait for the judgement of God. Not only does James want Jewish Christians to avoid the growing early zealot movement and its ways, but he also wants them to positively take care of one another, not judge or condemn each other, and actively help each other to remain firm in the truth. James expects his readers to keep all the requirements that God wants of us. He finds his example to illustrate his point: you don’t commit adultery but you commit murder! This appears, on the surface, to be a strange illustration. Numerous commentators focus on how James reverses the order of the two commandments from how they appear in the book of Exodus. I am more curious as to why James uses this picture at all. How relevant a picture is it to speak of his Christian readers as not being adulterers but being murderers? Surely it would have been more real-to-life if James had reversed the picture. In our modern world, a congregation might be better served if we were told « You don’t murder, but you do commit adultery – and you call yourself Christ followers? You pick and choose what commandments to follow and what to ignore and pretend you living a holy life? » James, however, does the opposite to what we might expect here. However, in James’ day, in the late 40’s AD, or early 50’s, there was much social injustice and suffering by the poor, and therefore suffering by many Christians who tended to come from the poorer end of the social and economic spectrum. James lived in the time of growing social bandit groups. He knew the Jewish capacity to support and participate in such groups. The Maccabees were recent history, and were remembered as heroes and godly men. It is arguable from the internal evidence of this epistle, that James is aware that even some Jewish Christians were joining, or were tempted to join, the growing social banditry movements. These movements used tactics including the murder of enemies. Perhaps they imagined themselves to be « godly » like the famous Maccabees. Perhaps they even boasted of their « godly » lives (including moral purity). The illustration of “not committing adultery, but murdering” would be very relevant to the Jewish Christians of those “pre- war with Rome” decades. So we see that as James wants to remind his readers to care for the poor and suffering, he also thinks automatically about the mistaken view that it is acceptable to kill at times. Just as in 1:27 we see the link between caring for the poor and not being stained by the world, here too we see care for the poor and a link in James’ mind to not killing. In the light of what he is about to say in 4:1-10 it seems contextually reasonable to suggest that James does not want his readers to respond to injustice or poverty with “the worlds methods” – violence in particular.
The historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD, was violent and dangerous. Growing social banditry movements were forming and causing distress and havoc as they used robbery and violence in their anger at injustice and oppression. If James the brother of Jesus did write this epistle, then it was written during those violent times. The letter has a backdrop of growing chaos, violence, and unrest as the early banditry movements grew and impacted more and more people. Eventually they would form into the zealot movement and a war with Rome that would destroy Jerusalem. It is time for the historical setting of this epistle to be acknowledged and taken into consideration as a part of the context that must be evaluated as one reads this epistle. (…) James has written during troubled times. There is a crisis, violent, vocabulary in the epistle. Numerous words and phrases are used by James that reveal support for dating the epistle during the troubled times of pre-war with Rome, as the historical occasion of the letter. The author accuses his readers of killing, murdering, and copying the aggressive, political, party- faction spirit of the world. He exhorts them to keep the whole law, not just a part of it. James’ readers include some who may not be committing adultery, but they are murdering. There are « wars and fighting » amongst them. James says that some are « fighting and killing » and that they are doing the opposite to heavenly wisdom when they are involved in « sedition, » « party factions, » and « harsh zeal. » James speaks against this “harsh zeal” that leads to party strife and sedition. He encourages the way of peace, not violence. And he speaks angrily against wars and fighting that are the result of selfish desires and wrong motives. He implores his readers not to make rash oaths, but to stay on the path of heavenly wisdom and practice instead: to be agents of peace and justice. Despite certain theologians wanting to water down the meaning and usage of the words used by James, the terms need to be read in the historical context they are a part of. Without the literal experience of murder, fighting, bitter zeal, and support for political factions, James’ extremely strong criticisms and even stronger imperatives calling for self-examination, repentance and remorse, in 4:7-10, are robbed of their significance. James is a tract that is still relevant for today as it speaks to issues of poverty and injustice, and how Christ-followers should be responding to such. We should join with James in being angry and dismayed at poverty and injustice: we should seek to do something practical and real to help the poor and suffering. But we must never abandon the way of Christ, in that pursuit. We should remain “peacemakers who sow in peace, raising a harvest of justice”. Jim Reiher 

Attention: une violence peut en cacher une autre !

Crucifixions, décapitations, attentats-suicide, assassinats …

Travail des enfants, servage et esclavage modernes, écarts de plus en plus criants entre riches et pauvres, formidable croissance économique se faisant au prix de la vie des plus faibles et notamment des enfants …

Militant ayant arraché, parfois au péril de sa vie, quelque  80 000 enfants à l’exploitation et au servage, adolescente de 17 ans, qui, malgré la balle en pleine tête qui aurait dû lui ôter la vie il y a deux ans, continue à prôner l’amour des ennemis …

En ces temps étranges du retour massif des crucifixions et égorgements au couteau de boucher comme du sacrifice d’enfants

Mais où se voient aussi récompenser, au plus haut niveau, la cause des enfants et la tradition du « Christ indien« …

Pendant qu’en Occident même, nos jeunes sont de plus en plus tentés de s’engager dans de véritables brigades internationales du djihad, certains se font les apologues de la brutalisation en cours ou, y compris parmi nos Eglises, appellent ouvertement au soutien des pires mouvements terroristes ou d’autres au contraire prônent le retour à la loi du talion

Et que d’autres, face aux équipes médicales venues les traiter pour le sida ou le virus ebola, voient des complots partout …

Comment, y compris dans ses pires dérives (comme par exemple l’inversion diabolique des rôles où un Israël ayant enfin recouvré sa terre se voit, face à des groupes terroristes à visée proprement génocidaire, taxé d’ « occupant »), ne pas voir l’incroyable triomphe de la singulière tradition biblique du souci de l’autre et du plus faible ?

Mais aussi, comme le rappellait récemment le bibliste américain Jim Reiher, la brûlante actualité, étendue bientôt à la planète entière, d’un texte comme l’Epitre de Jacques jusqu’ici réduite à une vulgaire « épître de paille » (Luther) ou à un « petit livre de Proverbes » ?

Du moins si on lui restitue, comme le fait brillamment Reiher, son contexte pré-insurrectionnel de la Judée des années 40 après Jésus-Christ …

Où, sur fond d’occupation du pays et d’exploitation extrême des plus faibles, pullulaient toutes sortes de mouvements terroristes et d’imposteurs ..

Et où croissait, un siècle après la révolte maccabéenne et une génération avant l’insurrection zélote qui allait provoquer la destruction du temple de Jérusalem, la tentation de prendre les armes devant tant d’injustice jusque chez les émules du Christ lui-même …

D’où du coup, contre la rapacité des riches et la violence zélote, l’enfin compréhensible véhémence des attaques du frère du Christ ?

Violent Language– a clue to the Historical Occasion of James

Jim Reiher

Evangelical quaterly

19 September 2013

Introduction

The thesis of this paper is that there is an identifiable historical occasion behind the letter of James which can be supported by internal evidence. James, it will be argued, wrote for a purpose. In fact, he wrote for a pressing and urgent reason. The epistle is much more than just a collection of wise sayings, or pearls on a string lacking a compelling historical setting that caused James to write.[1]

Some form critics will disagree. Dibelius, for example, wrote: « not every admonition in James is prompted by a concrete situation in the life of the church. »[2]  He adds: « inferences cannot be drawn from the occurrence of isolated technical terms. »[3] His reason for this position is the genre he has decided for the writing: « relatively little material is ever found in paraenesis which makes possible such a delineation. »[4] This underlying assumption of Dibelius colours everything he sees in James. « All . . . judgements regarding the circumstances of the origin of James must take their departure from the paraenetic character of the writing. »[5]

Indeed, one has to be careful not to treat words and phrases in a vacuum. However, it is acceptable to study significant terms used by an author, in the context of the writing as a whole, and to see if the terms used can fit neatly into a certain historical occasion. The assumptions of Dibelius’ paraenesis are highly questionable.[6] From a redaction critical basis, the words in context must be investigated to see if they assist in identifying the occasion to the epistle.

An occasion behind the epistle of James

J.H. Ropes has said that “The impression throughout the tract [of James] is of a settled condition of affairs. . . . There is no indication of war or of public calamity. »[7]  Ropes is a celebrated theologian and his commentary on James is still used. However, I would suggest that he is incorrect in this analysis. This paper will demonstrate support for the thesis that James wrote his letter because the times he was living in were dangerous and violent. Christian Jews were being tempted to use the world’s methods (violence, revenge, war) to solve their problems (4:1-4).

This letter was written, arguably, in the late 40’s or early 50’s AD.[8]  If James the brother of the Lord, was the author of this epistle, then he wrote in those troubled times.[9] From his perspective in Jerusalem, he was witnessing conflict and turmoil. Injustice and corruption was rampant from both Roman administrators as well as from wealthy Jews exploiting weaker ones. Jewish Christians were witnessing oppression and injustice and some of them were tempted to, and did, respond with violence. Numerous social bandit movements were emerging, seeking revenge for injustice, or plunder for compensation.[10] Before and after Agrippa’s rule, there was growing unrest. Martin Noth highlights the excesses of Caligula in AD 39, as the real starting point for the early expressions of the zealot movement.[11] It did calm down a little during Agrippa’s few years, but as soon as there was a return to direct Roman rule, it picked up again. As Reicke has written: « The glory of Herod’s kingdom, restored according to strict religious principles . . . had suddenly to vanish. From the very outset, therefore, the Jews detested their new guardians. »[12]

Josephus records numerous stories and examples of the growing violence and oppression in Palestine during the late 40’s and for the next 20 years, right up to war with Rome. Cumanus (governor from AD 48-52) is blamed by Josephus for beginning the troubles that eventually led to the war with Rome.[13] Religious extremists fought what they perceived as injustice and religious insults: some 10,000 citizens perished in one incident of religious indignation during a gathering for the feast of unleavened bread.[14] Around the same time, robbers “fell upon and seized” furniture being transported by a servant of Caesar called Stephen.[15] It led to the unjust rounding up of local villagers on the accusation they had not tried to capture the culprits. During this rounding up, a soldier was seen tearing up and burning a book of the Law.[16]  There was such religious indignation over this incident that it led to a huge multitude demonstrating and assembling outside Cumanus’ residence demanding punishment. Josephus states: “the Jews were in great disorder, as if their whole country were aflame, and assembled themselves so many of them by the zeal for their religion.”[17] In this incident, Cumanus saw too large a crowd to subdue, so he executed the offender. The story demonstrates how religious zeal could lead to disorder and violent commotion. Misdirected religious anger was expressed in violence and tumult. And it did not stop there. More troubles are described during the time of Cumanus that blur religious zeal, ethnic pride, and covetousness, and Josephus sums up what was happening with: “there were a great number who betook themselves to robbing in hopes of impunity, and rapines and insurrections of the bolder sort happened over the whole country”.[18]

The following governors did not help the situation. Under Felix (AD 52-58), “the affairs of the Jews grew worse and worse continually; for the country was again filled with robbers and imposters who deluded the multitude.”[19]  Felix even employed some ruthless robbers and assassins to kill the high priest Jonathan.[20]  This emboldened these and other robbers to greater acts of daring, feeling they had immunity.[21] Religious Jews were hoodwinked into following such people: “…these imposters and deceivers persuaded the multitude to follow them into the wilderness, and pretended that they would manifest wonders and signs, that should be performed by the providence of God.”[22] Religious zeal and insurrection were easily joined then, (as now).

It did not settle down. One incident might momentarily subside, only to be followed by more trouble. Jospehus describes it thus: “Now when [one incident] quieted, it happened as it does in a diseased body, that another part was subject to an inflammation; for a company of deceivers and robbers got together, and persuaded the Jews to revolt, and exhorted them to assert their liberty, inflicting death on those that continued in obedience to the Roman government…[so] they lay in wait up and down the country, and plundered the houses of the great men, and slew the men themselves and set the villages on fire; and this till all Judea was filled with the effects of their madness. And thus the flame was every day more and more blown up, till it came to a direct war.”[23]

Jewish Christians would have been faced with a pressing dilemma. As Townsend has said: “There was no escape from the problem. Whether they wished to or not, every Jew in Palestine was forced to take some sort of stand regarding the issue.”[24] These early growing zealot movements were popular, and for some could even seem « godly ». We have seen from Josephus how there was a blurring between religious zeal, nationalistic ambitions, envy and revenge. Some violent Jews might have even compared themselves to the famous Maccabee family: the Maccabee family were fighting corruption and injustice, and were religious Jews.[25]

Nationalistic Jews, including Christian Jews, would have been tempted to join or support social banditry groups.[26] James knew that good Jews were joining, or sympathising with, such political factions.[27] He knew that these groups had appeal. He was deeply concerned with the possibility that some Jewish Christians were compromising the Christian message and participating in this worldly option of using violence to address injustice. He wrote making it very clear that a Christian cannot be a part of such activity. A Christian must not murder[28], rob[29], join in violent uprisings[30], or join extreme political factions[31]. Rather, the Christ-follower should live like Christ: be a non-violent activist[32], caring for those in need and suffering,[33] but not succumbing to worldly ways while doing that[34].

James is a letter dominated by the theme: how a Christian should respond to injustice. James cries out to Jewish Christians: You must not use the ways of the world to handle your troubles. Friendship with the world is enmity with God. Instead be prayerful, be patient, be agents of peace-making, endure hardship, take care of one another, guard your tongue, and wait for the judgement of God. Not only does James want Jewish Christians to avoid the growing early zealot movement and its ways, but he also wants them to positively take care of one another, not judge or condemn each other, and actively help each other to remain firm in the truth.

Such is the proposed setting behind the epistle of James. A careful consideration of numerous terms and phrases used in the epistle will demonstrate a violent backdrop behind this letter, that is consistent to the historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD.

James’s crescendo of teaching to avoid using violence when confronted by injustice

1) Be slow to anger

“Everyone should be quick to listen, slow to speak and slow to become angry, for man’s anger does not bring about the righteous life that God desires. » 1:19,20.

James Chapter 1 has been effectively setting the stage for the whole letter. In fact the three themes of the last two verses of this chapter summarise his deep concerns that will recur throughout the letter: guard your tongue; care for those being exploited and suffering; and in the process, keep yourself unstained by the world. James in particular defines “true religion” as embracing the final two of those themes; care for the poor and exploited, and don’t become like the world, in the process.

When Christians face injustice and poverty, cruelty and exploitation,[35] it is tempting to respond in anger and violence. James sees this, however, as blatantly inconsistent with their faith in Jesus Christ. James wants his readers to care about the “widow and the orphan” (a phrase for the poor, the suffering, and the exploited), and he is distressed at injustice (eg. 5:1-5). Nevertheless, James wants his readers to respond to injustice with the character of Christ. He wants them to offer practical assistance to the poor, but at the same time to care in ways that are “not of this world”. He wants a response built on practical help (1:27; 2:14-16), non-violence (1:19,20; 2: 10-13; 3:17,18; 4:1-10), a guarded tongue that does not judge (1:26; 2:12, 14-17; 3:1-12; 4:11-16; 5:9,12), mixed with prayer (1:6-8; 4:2,3,8; 5:4,13-18) and longsuffering (1:3-4;  5:13-18). The world might say: “kill your enemies and take back what is rightly yours”. Even the famous Maccabees from James’ recent Jewish history, used such violent methods. But not so James. He wants his Jewish Christian readers to respond not like a Judas Maccabee, but rather like a Jesus Christ.

In Chapter 1:19,20 James reminds his readers that they must not become angry easily. They should be “slow to anger”. This comes just after the passage about not falling into error, and realising that all truly good gifts come from God. Continuing the thought that we can fall into error, he adds these verses. The term for anger refers to a « mental bent, impulse, anger, indignation, wrath. »[36] Stahlin defines it as wrath with deliberation, as distinct from sudden passionate boiling up of rage.[37] Temptations for worldly desires can lead quite naturally to a lack of listening, an overabundance of the wrong kind of speech and a snowballing of wrath from it all. Focusing on worldly desires can lead to wrathful actions that come from deliberation – well thought out and planned.

The word “righteousness”, (dikaiosune) is equally translated as “justice”.[38] Both options are available to the reader. To the Jewish Christian readers of the first century, they were virtually synonyms. For us today, popular use tends to make “righteousness” more a personal holy walk with God – a kind of inner spirituality and piety. “Justice” to the modern ear, tends to mean social justice: people not being exploited or dominated, ripped off or left in poverty. While we might compartmentalise such definitions (one is personal, the other communal) that was not the way the first century Christian Jew read the word. To be “righteous” meant to do “justice”. One could not separate social implications and relationships, from inner holiness or personal piety.

Therefore, here, when we read that the anger of humans does not bring about the righteous life that God requires, it is not limited to the inner personal life of the individual believer. A deliberated anger that builds up and plans its response, does not bring about justice in the world around you.

2) Adultery and Murder

« For he who said `Do not commit adultery’ also said ` Do not murder.  » 2:11.

We noted above that Ropes wrote: « The impression throughout the tract [of James] is of a settled condition of affairs . . . there is no indication of war or of public calamity ».[39]  The verse before us (2:11) is just one of a number of important examples that demonstrates the violent backdrop behind the epistle of James.[40]

This first (but not last) use of this word ‘murder’ by James is an illustration that he gives after he highlighted hypocrisy in the lives of those who show partiality. His readers have a way of fawning around the wealthy, while at the same time, ignoring the poor. James can not accept that. Some Jewish Christian congregations are going out of their way to pamper the very people who are responsible for some of the injustices against the Christian community. The practice of partiality demonstrated evil motives and intent. It was sinful behaviour (2:9). James was distressed and angry. How could they be so mistaken in what was appropriate Christian behaviour? James’ concern for the poor is obvious. James is led to offer an illustration to show that being only “partly law-abiding” is not good enough. Being only partly righteous in keeping the commands of God, is inadequate. You can not do one thing right, while showing partiality against the poor. James wants an example or illustration, to drive the point home his point, and the example he gives is fascinating. His illustration reminds the reader that he is also angry about the use of violence. He wants Christians to care for the poor: to not show partiality. James expects his readers to keep all the requirements that God wants of us. He finds his example to illustrate his point: you don’t commit adultery but you commit murder!

This appears, on the surface, to be a strange illustration. Numerous commentators focus on how James reverses the order of the two commandments from how they appear in the book of Exodus.[41] I am more curious as to why James uses this picture at all. How relevant a picture is it to speak of his Christian readers as not being adulterers but being murderers? Surely it would have been more real-to-life if James had reversed the picture. In our modern world, a congregation might be better served if we were told « You don’t murder, but you do commit adultery – and you call yourself Christ followers? You pick and choose what commandments to follow and what to ignore and pretend you living a holy life? »

James, however, does the opposite to what we might expect here. However, in James’ day, in the late 40’s AD, or early 50’s, there was much social injustice and suffering by the poor,[42] and therefore suffering by many Christians who tended to come from the poorer end of the social and economic spectrum. James lived in the time of growing social bandit groups. He knew the Jewish capacity to support and participate in such groups. The Maccabees were recent history, and were remembered as heroes and godly men. It is arguable from the internal evidence of this epistle, that James is aware that even some Jewish Christians were joining, or were tempted to join, the growing social banditry movements[43]. These movements used tactics including the murder of enemies. Perhaps they imagined themselves to be « godly » like the famous Maccabees. Perhaps they even boasted of their « godly » lives (including moral purity). The illustration of “not committing adultery, but murdering” would be very relevant to the Jewish Christians of those “pre- war with Rome” decades.

So we see that as James wants to remind his readers to care for the poor and suffering, he also thinks automatically about the mistaken view that it is acceptable to kill at times. Just as in 1:27 we see the link between caring for the poor and not being stained by the world, here too we see care for the poor and a link in James’ mind to not killing. In the light of what he is about to say in 4:1-10 it seems contextually reasonable to suggest that James does not want his readers to respond to injustice or poverty with “the worlds methods” – violence in particular.

3) Bitter zeal, and allegiances with extreme political factions

« But if you harbour bitter zeal and rivalry/faction serving in you hearts, do not boast about it or deny the truth. . . . For where you have zeal and rivalry/faction serving,there you find anarchy/sedition/insurrection and every worthless practise. » 3:14-16.

We are now well and truly in the climax of the epistle[44] (3:13 – 4:10). It is all about living non-violent lives, (very different to the adulterous ways of the world), as one is confronted by injustice.

The Greek word for « bitter or harsh zeal »[45] should not be missed. Bauer adds in his definition, « embittered. »[46] Some zeal is legitimate (eg. Rom. 12:11) but some zeal is worldly, and devilish. James describes the latter type as « bitter » or « harsh. » Social banditry groups that grew and evolved to become the Zealot movement, were examples of this “bitter zeal”. It could justify murder, hatred, robbery, revenge and violence. For James there is no question about its source. No matter how much false teachers might say they were being led by God, for James, the fact is that they were being led by a wisdom of the world.

Interestingly, Ropes admits the term is best interpreted as « harsh zeal » or « fanatical devotion to a cause, » but he limits it here to a fanatical devotion of some Christians to wanting to view their own opinions.[47] Such a restrictive interpretation is ignoring the very real social setting of Palestine in the 40’s -60’s AD. Of course, Ropes and others have decided to date James late (for reasons that have lost credibility over the decades[48]) and this demands a weakened application of terms like this.

The second phrase adds to this. « Rivalry » (NIV) or « strife » (KJV), are common English options, but the more full meaning is « the service of a party, party spirit; feud, faction, contentious disposition. »[49] It is a political term: « a self-seeking pursuit of political office by unfair means. »[50] The use of this word adds strength to the suggestion that the context of this letter is at a time when Jews (including Jewish Christians) were tempted to join the politically as well as religiously motivated, social bandit parties or groups.

James explains the outcome of the wrong kind of zeal, and the service of factions or parties: « tumult and every worthless practise. » Perschbacher defines the word for this as « instability, hence an unsettled state, disorder, commotion, tumult, sedition. »[51] Bauer describes it as « disorder, unruliness » and « insurrections. »[52] In the context of political movements and social banditry, this is another important choice of words. James is lamenting that the wrong kind of zeal leads to instability, commotions, seditions and insurrections. The theologian who wants to find no hint of an historical occasion behind this epistle, is ignoring terms such as these. Ropes, for example, gives an honest enough discussion on the term, but makes no conclusion about it. He says of the word, that it has similar associations to our modern word « anarchy, » and that political instability since the time of Alexander was described with that term.[53] He then moves on to discuss v.17 without considering the implications of all this. Without the presupposition of a late date and settled times, one is free to let the term imply its actual meaning.

4) Wars and fighting; coveting and killing

« What causes wars and fighting among you? Don’t they come from your desires that battle within you? You want something but don’t get it. You murder and covet, but you cannot have what you want. You fight and you war.You do not have because you do not ask God. » 4:1,2.

In 4:1,2 we have another of the terms used by James that undermines the claim of Ropes that this letter is written in peaceful times.[54] Concerning the words wars and fighting, Ropes writes: they « cover the chronic and the acute hostility in the [church] community. »[55] However the meanings of the words are stronger than that. ‘Wars’ has a range of possible meanings including: « war, battle engagement, combat . . . battling, strife. »[56] And ‘fighting’ means: « a fight, battle, conflict . . . contention, dispute, strife, controversy. »[57] Bauer, interestingly, sees the particular usage in this verse as « battles and fights » and does not include it in the verses he lists under the softer alternative meaning « strife, conflict, quarrel. »[58] Moo takes Ropes position, and suggests that the terms are being used metaphorically. « The Christians to whom James wrote were obviously engaged in . . . verbal battles. »[59]

While such a view seems to make sense of the preceding material (the misuse of the tongue in 3:1-12), it does not make sense of the most recent material on earthly verses heavenly wisdom (3:13-18). This metaphorical explanation also fails to prepare the reader for the serious charges James levels in 4:4-6 and the explosion of imperatives that bombard the reader in 4:7-10.  Moo does entertain the question: « Is James seriously accusing his readers of murder? »[60] He rejects this, however, although he admits that isolated theologians have argued it. He cites Townsend.[61] Townsend does indeed advocate such a position. He sees James as possibly addressing new Jewish Christian converts who had been active in the zealot movement prior to conversion and who are now being reminded that their previous lifestyle and aggressive activities are inconsistent with their new faith.[62] Moo rejects this on the basis that James is writing about « wars and fighting » as actually « among you » and not about the old lives of new members. In James’ mind, it is happening in the present, not the past.[63] This paper agrees that this is a present tense discussion, but does not reach the same conclusion as Moo. Rather, the Jewish Christians whom James addresses are either actively involved in the early zealot movement or else currently sympathising with their methods. The early zealot movement was making inroads into the Jewish Christian community.[64] As A. Ross admits: “The fanatical Zealots were at all times ready to stir the people to insurrection and murder. . . . Many of the Christians were, no doubt, being contaminated by the corrupt atmosphere around them.”[65] Rendall, also, writing of the words « wars and fighting » observes: “The words used are not applicable to the disagreements and quarrels of a congregation: they refer to fierce and murderous affrays, the `wars and battles’ of rival religious factions.”[66]

The second use of the word for murder, appears in this important passage as well. It reveals the occasion most strongly. Here we see the verse: « You want something but don’t get it. You kill and covet, but you cannot have what you want. » It is not a soft word. Bauer defines it simply as « murder, kill. »[67] Perschbacher agrees: « to put to death, kill, stay, to commit murder. »[68] There is no soft option here. There is no choice for “anger” or “disagreements and quarrels” with this word which is being used to take further his comments in the verse before it. If this verse were not in the text, one might be excused for softening the words in verse 1. But this verse is here, further elaborating the issue that so distresses the author. It is contextual denial in the extreme to make verse 1 take the softer option.

Even Ropes can not deny the meaning of this word in verse 2. Nevertheless he rejects the implication that some people who might read, or hear, this letter were actually killing others or agreeing that it was all right to do so. Instead, he says of 4:2 that while it does mean kill and murder, and « No weaker sense is possible, »[69] he adds:

James is not here describing the condition of any special community, but is analysing the result of choosing pleasure instead of God.. . . . In the use of the second person plural the writer is taking the readers as representative of the world of men in general.[70]

James’ whole chain of thought here is summed up by Ropes as « hypothetical and general. »[71] Ropes offers this as his alternative to seeing a meaningful occasion behind the epistle. However, there is no justification for his conclusion. The « use of the second person plural » does not imply a hypothetical statement. Rather it implies that there are many who need to hear the message, and that the epistle is a circular letter. As Townsend says: « The constant use of the second person plural » stresses « the specificity of the warnings. »[72] Nowhere in the passage 3:13-4:10, do we see James give a hint of a hypothetical address. Ropes is unconvincing in his attempt to bolster his position that there is no specific occasion to the epistle.

What we do have here, is an indication that there is indeed fighting, covetousness and even murder happening – and some Jewish Christians are involved in it. James is speaking to a real life setting. James’ vocabulary leads us to the conclusion that there is something extremely serious and violent happening. He is writing to a very real historical occasion.[73]

5) But Above All

« But above all,  my brothers, do not swear – not by heaven or by earth or by anything else. Let your `yes’ be `yes’ and your `no’ `no’ or you will be condemned. » 5:12.

”But above all”- is an unexpectedly strong introduction for a command about not making oaths. It has led numerous commentators to argue that James does not really mean that this is the most important thing he is writing. Davids says that the phrase should be viewed as an « emphatic epistolary introduction » and « not as referring to the preceding and making 5:12 more important. »[74] Laws sees it as starting a new set of material, not a reflection on preceding matter.[75] Forbes concludes: « the point seems disconnected . . . I prefer to regard it as an important saying of Jesus that simply could not be omitted. »[76] Francis see it as a typical mechanism that letters of the time used in their concluding comments,[77] and therefore sees it as  relatively insignificant to the thematic purpose of the letter. « James 5:12 is a minor addition. »[78]

All these attempts to downplay the importance of “above all” leave the reader feeling as if a square peg has been forced into a round hole. There are only three other times such a phrase is used in the New Testament, and in all three occasions, it introduces a most significant point: the climax of thought, or the high point of a discussion. In Luke 3:20, the writer reflects on how Herod committed much wickedness, and then “above all” the other acts he had committed up to then, he topped off his list by putting John the Baptist in prison. In Col. 3:14 Paul exhorts the readers “and above all these things put on love.” And in I Peter 4:8 (where the Greek is the most like the verse in James – none of the three examples is word for word identical), Peter writes “Above all, love each other deeply.” It is hard to explain any of these away. “Above all” when used by New Testament writers, seems to mean what it says: here is the climax – the main point being made.

Furthermore, if one reflects on the nature of oaths in New Testament times, one is compelled to give this verse more force. Paul Minear, for example, sees the oath passage as very significant. Minear’s thesis points out that the oral-aural culture of Palestine considered oaths in a totally different way to people from cultures like our own.[79] Oaths were deeply significant and revealed much about the character of the person making them. To the good Jew of the first century, « any dishonest word (even when supported by an oath) discloses an atheistic view of the self and world. »[80] For the Christian it was absolutely essential to be completely honest (cf. Acts 5:1-11). Minear states that speech was « the test of inner integrity, and every instance of deceitful speech receives condemnation. »[81] The imperatives concerning oaths are imperatives demanding absolute honesty. James sees this as essential to true Christian faith. Minear notes: « Transparent honesty may have seemed especially difficult and urgent as an expression of patience in the midst of persecution and suffering. »[82]

In fact, this brief comment on oaths may just be one of the high points of the epistle. Participation in different social bandit organisations, involved taking oaths. Consider Acts 23:12 where an oath is used to seal commitment to violence: “The next morning the Jews formed a conspiracy and bound themselves with an oath, not to eat or drink until they had killed Paul. More than forty men were involved in this plot.” Josephus also mentions the fact that zealots used oaths to crystallise and deepen commitment to their cause. Josephus’ Antiquities 15. 8..3-4: “Ten men that were citizens [of Jerusalem] conspired together against Herod and swore to one another to undergo any dangers in the attempt, and took daggers with them under their garments for the purpose of killing Herod. … and this resolution they took, even if they should die for it…”[83] Julius Rappoport writes: « Even if fraudulently obtained . . . or erroneously made . . . the oath was considered inviolable. »[84]

In the light of the importance, and the common use of oaths in Palestine, and examples as above, it is reasonable to conclude that this was a normal practise for many groups, but even more so for zealous violent activists. James may be thinking of this when he exhorts the readers not to make oaths.[85] Consider how in modern countries today, a written signed contract is the final step in sealing commitment to a cause. In the first century Palestine, giving an oath was of the same level of commitment. You would not break an oath. We might say to someone today “whatever you do, above all else, don’t sign that contract until you are absolutely sure you know what you are doing.” Perhaps James had the same attitude concerning oaths and commitment to violent revolutionary groups. It certainly adds a new level of relevance and urgency to the rather lengthy “guard your tongue” passage in the middle of the epistle (3:1-12). “…How great a forest is set aflame by such a small fire!…the tongue … defiles the entire body and sets on fire the course of our life and is set on fire by hell…it is a restless evil full of deadly [literally ‘bringing on death; causing death’] poison…” It is worthy of consideration in the light of his “anti-war and fighting and murder” passage at the start of chapter 4. If the Jewish believer took an oath of allegiance, it could well be, in James’ mind, the final seal of them leaving the Christian faith, or abandoning Christ and his teachings. With this in mind, then, above all could be read as it appears: above all don’t make oaths! Don’t make that final decision. Do not make that final commitment to the wrong thing. James’ could well be thinking specifically of his readers effectively abandoning the faith to join violent revolutionary groups. In the light of all that has been said, don’t make that final permanent commitment to live a way that is the complete opposite of how Jesus taught us to live. Such an interpretation helps make sense of “above all” before it.

The importance of what is being said here is further highlighted by the fact that this is the only direct quote from Jesus in the entire letter. There are of course, many allusions and echoes of Jesus all through the short epistle, but this is the only actual quote (Matthew 5:34-37). James has found a specific Jesus saying to reinforce his point here. It is not enough that he has mustered numerous good arguments against the use of violence. Now that he is at the end of his letter, he wants to drive home the point. Don’t make oaths! The urgency of the plea is reinforced by words from the lips of Christ himself.

Conclusion

The historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD, was violent and dangerous. Growing social banditry movements were forming and causing distress and havoc as they used robbery and violence in their anger at injustice and oppression. If James the brother of Jesus did write this epistle, then it was written during those violent times. The letter has a backdrop of growing chaos, violence, and unrest as the early banditry movements grew and impacted more and more people. Eventually they would form into the zealot movement and a war with Rome that would destroy Jerusalem. It is time for the historical setting of this epistle to be acknowledged and taken into consideration as a part of the context that must be evaluated as one reads this epistle.

The above article has demonstrated that James has written during troubled times. There is a crisis, violent, vocabulary in the epistle. Numerous words and phrases are used by James that reveal support for dating the epistle during the troubled times of pre-war with Rome, as the historical occasion of the letter. The author accuses his readers of killing, murdering, and copying the aggressive, political, party- faction spirit of the world. He exhorts them to keep the whole law, not just a part of it. James’ readers include some who may not be committing adultery, but they are murdering. There are « wars and fighting » amongst them. James says that some are « fighting and killing » and that they are doing the opposite to heavenly wisdom when they are involved in « sedition, » « party factions, » and « harsh zeal. » James speaks against this “harsh zeal” that leads to party strife and sedition. He encourages the way of peace, not violence. And he speaks angrily against wars and fighting that are the result of selfish desires and wrong motives. He implores his readers not to make rash oaths, but to stay on the path of heavenly wisdom and practice instead: to be agents of peace and justice.

Despite certain theologians wanting to water down the meaning and usage of the words used by James, the terms need to be read in the historical context they are a part of. Without the literal experience of murder, fighting, bitter zeal, and support for political factions, James’ extremely strong criticisms and even stronger imperatives calling for self-examination, repentance and remorse, in 4:7-10, are robbed of their significance.

James is a tract that is still relevant for today as it speaks to issues of poverty and injustice, and how Christ-followers should be responding to such. We should join with James in being angry and dismayed at poverty and injustice: we should seek to do something practical and real to help the poor and suffering. But we must never abandon the way of Christ, in that pursuit. We should remain “peacemakers who sow in peace, raising a harvest of justice”.

Abstract:

The epistle of James is often seen to be nothing more than a New Testament book of proverbial sayings, to live the Christian life by. Form criticism over the last century has reduced James to a collection of pearls randomly strung together in no particular order and with no overarching specific theme or purpose. This paper challenges that view and offers the reader an alternative way of seeing James. It is argued that James wrote in days of social turmoil and injustice, when social banditry groups were growing in Palestine. The very vocabulary used and illustrations made, adds weight to the thesis that James was written during violent times. James wrote in a context where even Jewish Christians were being tempted to join these pre-zealot banditry groups. Indeed some had joined and were participating in violent reprisals against the perpetrators of injustices. James is furious. He calls on Jewish Christians to live like Christ: to be non-violent, peacemakers, practical in their help for those who are suffering, patient and prayerful. He categorically rejects the idea that Christians can use the ways of the world (violence, warring, theft) in their response to poverty and injustice.

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This article appeared in EQ in July 2013: “Violent Language – a clue to the Historical Occasion of James.” Evangelical Quarterly. Vol. LXXXV No. 3. July 2013. I have edited out the Greek words and phrases and replaced them with English words, in bold and italicised.

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Footnotes:
[1]This has been a popular starting point for many authors. Consider for example, William Barclay, The Daily Study Bible, rev. ed., 17 vols. (Philadelphia: The Westminster Press, 1976), Vol 14, The Letters of James and Peter, p. 28.; Martin Dibelius, James, revised by Heinrich Greeven, translated by Michael A. Williams, edited by Helmet Koester (Philadelphia: Fortress Press, 1975), p.3; Simon J. Kistemaker, « The Theological Message of James, » Journal of the Evangelical Theological Society 29 (March 1986):55; and Ralph Bruce Terry, « Some Aspects of the Discourse Structure of the Book of James, » Journal of Translation and Text Linguistics 5 (1992):106,109. Grappling with ones own subjective lens that one reads material through, is a never ending challenge. My own lens is that of a historian: as I read and re-read the epistle my presuppositions undoubtedly filter all I see. And I see a complete and compelling treatise: one that is full of passion and energy. Here is an author who is angry about injustice and poverty, but who is equally angry at Christ-followers who respond to injustice and poverty in an un-Christ-like way. As I read the epistle from start to finish I see recurring themes and common ideas covered in a number of ways. It does not sit as a string of disconnected sayings randomly thrown together. On the contrary it sits as an emotional and powerful response on how to address injustice and poverty. The challenge now, is to test the historical setting and context that I see in the letter, against the actual specific content of that letter, and weigh it against external primary source historical evidence as well.

[2]Dibelius, p. 46. More recent form critics have not been as dogmatic in rejecting evidence of a social setting in James. Consider for example, Leo G. Perdue, “Paraenesis and the Epistle of James,” ZNW 72 (1981):247.
[3]Dibelius, p. 24.
[4]Ibid.
[5]Ibid., p. 46.
[6]For example he says that James is not structurally a letter, and by implication can not have the purpose of a letter (Ibid., p.2). Numerous later studies argue convincingly for a letter- structure to James. See, for example, Euan Fry, « Commentaries on James, I and 2 Peter, and Jude, » The Bible Translator, 41 (July 1990): 330, and F.O. Francis, « The Form and Function of the Opening and Closing Paragraphs of James and I John, » ZNW 61 (1970):110-126. This is really a significant point of disagreement. If James is a letter, then it will have the normal functions of a letter: it will be addressing issues relevant to the readers. It will reflect the concerns of the writer in a specific context. Another questionable assumption of Dibelius is that borrowed material is pointless material in so far as helping us identify an historical occasion. This starting point neglects to entertain the possibility that James could select and adapt known sayings for his own purpose in relation to the audience it is going to.
[7]James Hardy Ropes, A Critical and Exegetical Commentary on the Epistle of St. James (Edinburgh: T. & T. Clark, 1973), p. 42.
[8]The mountain of debate over dating this epistle will not be tackled here. The reader is invited to explore: the primitive Jewish-Christian language in the letter; the lack of any reference to the Gentile debate, the Jerusalem Council, or issues like circumcision; the eschatological expectations expressed; the lack of developed theology; and the primitive state of the church structure alluded to in James. These areas all add considerable weight to an early date.

[9]James was murdered in either 61 or 62 AD during a few months gap between two governors (Festus and Albinus). Indeed, that fact is what helps us pinpoint his murder with such accuracy. On the death of James see Josephus Antiquities, 20.9.1 and Eusebius II.23.1-18. He lived and died during violent times, as this paper will now demonstrate.
[10]The term « zealots » is not universally accepted as appropriate for the early social groups that caused much unrest. Consider Richard A. Horsley, and John S. Hanson, Bandits, Prophets, and Messiahs: Popular Movements in the Time of Jesus (San Francisco: Harper and Row Publishers, 1985), pp. 48,49,216,217, and The Jewish Encyclopedia: A Descriptive record of the History, Literature, and Customs of the Jewish People from the Earliest Times. S.v. « Zealots, » by Kaufmann Kohler. (Vol. 12. p. 640). I will be using the terms « early zealot movements » and « zealots » to refer to the growing social unrest and social bandit movements of the 40’s and 50’s AD. They become the actual “zealots” in the 60’s of course, and are at war with Rome in 66.
[11]Martin Noth, The History of Israel, second ed. (New York: Harper and Row, 1960), p. 433.
[12]Bo Reicke, The New Testament Era: The World of the Bible from 500 B.C. to A.D. 100, trans. by David E. Green (London: Adam and Charles Black, 1968), p. 203.
[13]The Works of Josephus, complete and unabridged, Trans. By William Whiston, (Massachusetts: Hendrickson, 1987),  Wars. 2.12.1.(223)  “Cumanus began the troubles, and the Jews ruin came”.

[14]Josephus, Wars 2.12.1(224).
[15]Josephus, Wars. 2.12.2.(228).
[16]Josephus, Wars. 2.12.2.(229).
[17]Josephus, Wars. 2.12.2.(230). It is interesting to note some key words used here, and see them occur in James’ list of negative traits when he describes worldly wisdom in 3:13-18. Notably “disorder” (see James 3:16) and “zeal” (James 3:14,16 – often translated in English as “jealously”).
[18]Josephus,Wars. 2.12.5.(238). At one point respected elders of Jerusalem personally intervened for peace during the worst of the fighting. That particular affair settled down only with the intervention of « the most eminent persons at Jerusalem, and that both in regard to the respect that was paid them, and the families they were of. » (Josephus, Antiquities, 20.6.1.(123). One might wonder if James himself could have been one of the respected persons of Jerusalem who intervened here. It was his place of residence and he was highly regarded even by non-Christian Jews. Josephus records the respect of many “most equitable citizens” of Jerusalem towards James the brother of Christ (Josephus, Antiquities 20.9.1.(201). And Hegesippus makes the comment that « for his excessive righteousness he was called the Just. » (recorded in Eusebius, Ecclestical History, 2.23.4-7) Taking this speculation further, is it possible that the epistle of James could have been penned around this time while all this violence and upheaval burned on James’ mind?
[19]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(160).
[20]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(162). In Wars, 2.13.2.(254) he calls these assassins “Sicarii”.
[21]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(165).
[22]Josephus, Antiquities, 20.8.6.(167,168). In Wars, 2.13.4.(258-259) he adds: “There was another body of wicked men…these were such men as deceived and deluded the people under pretense of divine inspiration, but who were [really] for procuring innovations and changes of the government, and these prevailed with the multitude…”.
[23]Josephus, Wars. 2.13.6.(264-265). I find it hard to not think of the James passage: “…you do not know what your life will be like tomorrow. You are just a vapour that appears for a little while and then vanishes…” (4:14).

[24]Townsend, Michael J. James 4:1-4: A Warning Against Zealots? » Expository Times 87 (1976):212.
[25]It is interesting that the Jews had learnt under the Maccabees to bend the law when it came to using violence or in defence of their national religion. Josephus, Antiquities, 12.6.2  It was very much engrained in their recent history and national psyche. It was acceptable to fight, to kill, to use the world’s violent methods, in the pursuit of righteous outcomes. Judas (one of the five sons of Mattathias) become the general of the rebels army, and “cast their enemies out of the country, and put those of their own country to death who had transgressed its laws…” (Josephus Antiquities, 12.6.4.(286).)
[26]cf. James 2:11; 4:2.
[27]cf. James 3:14 – his  use of eritheia – see below for a full discussion of that word.
[28]James 2:11; 4:2.
[29]James 5:4,5.
[30]James 3:14-16.
[31]James 4:13.
[32]James 1:19-22; 2:11; 3:17,18; 4:1-4.
[33]James 1:27b; 2:1-3, 14-17; 5:1-5.
[34]James 1:27c; 3:13-18; 4:1-6.
[35]As were the Jewish Christians in and around Palestine, during the late 40’s and through the 50’s and 60’s, up to the war with Rome.

[36]Wesley J. Perschbacher, The New Analytical Greek Lexicon (Peabody, Mass.: Hendrickson, 1990), p. 296.
[37]Gustav Stahlin, in Kittel, Gerhard and Friedrich, Gerhard. Theological Dictionary of the New Testament. Trans. and ed. by Geoffrey W. Bromiley. 9 vols. plus Index. Grand Rapids: Wm. B. Eerdmans Publishing Company, 1964. vol.5, p. 419.

[38]Perschbacher. P. 102, defines it as “fair and equitable dealing, justice”. Bauer gives a very long analysis of the nuances of this word, beginning with “uprightness, justice”, but also admitting that in some contexts it can be about personal piety (he suggests Matthew 5:20 by way of example). Nevertheless, it is also more than that: “the characteristic required of men by God”; “since dikaisoune constitutes the specific virtue of Christians, the word becomes almost equivalent to Christianity, eg Matthew 5:10; I Peter 2:24…” Bauer, Walter. A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature. Trans. by William F. Arndt and F. Wilber Gingrich. 2nd ed. Revised and augmented by F. Wilber Gingrich and Frederick W. Danker. Chicago: University of Chicago Press, 1979,  pp. 196-197.  This word certainly incorporates our life, our dealings in community, our behaviour in relation to others.
[39]Ropes, p. 42.
[40]This verse can and has been interpreted in many different ways, just as all the passages referred to in this article, have been. In particular, 2:11 has been used to try to defend a Stoic philosophical background for this epistle. Consider Ropes, ‘Introduction’, for a detailed explanation. If one treats the epistle as simply “New Testament wisdom literature” and approaches it from that construct, then such might seem reasonable. But if we seek to actually consider internal and external evidence that values context, as well as historical primary sources, then a very different contribution is made by verses like this. I find myself agreeing with the aside by Adamson when he writes about the “unlikely” influence of the Augustinian discussion of the Stoic idea of the solidarity of virtues, on James. (James A. Adamson, The Epistle of James, Grand Rapids: Eerdmans1976, p.116.)

[41]Eg: Douglas Moo, James, p.100, in George Guthrie and Douglas Moo, Hebrews James, Grand Rapids: Zondervan, 2002; Peter Davids, The New International Greek Testament Commentary: The Epistle of James, A Commentary on the Greek Text (Michigan: William B. Eerdmans, 1982), p.74; Adamson, p. 116; Ropes p.200. Some also note that murder and mistreating the poor, were often linked together in Jewish thought (eg Davids, p. 74). Indeed, that might explain the use of this illustration, and must be weighed against what I am arguing here. If there was not another reference in this letter where the writer unambiguously accuses his readers of murder (4:2) it might suffice to explain James’ intent. The fact that it comes up again, not as an illustration, but as an accusation needs to be weighed as well.
[42]Josephus, Wars 2. and Anti. 20.
[43]See James 4:1-2 and the discussion below in section 4.

[44]Ralph Terry’s detailed study of the structure of the epistle of James uses ten tools to determine the peak or peaks in the epistle and comes to the conclusion that 3:13-4:10 is unquestionably the climax of the letter. Terry, pp. 121-123.
[45]Perschbacher, pp. 327 & 188.
[46]Bauer, p. 657.
[47]Ropes, p. 245.
[48]These arguments have tended to focus on the Greek being too good, the lack of mention of the Jew/Gentile controversy in the church; and the lack of strong early church father testimony. So Dibelius, p. 18, and Ropes, p. 50. Such arguments have been soundly rebutted. For example, on the first issue (the quality of the Greek) see: A.W. Argyle, « Greek Among Palestinian Jews in New Testament Times, » New Testament Studies 20 (1973):87-89; F.F. Bruce, « The Church of Jerusalem in the Acts of the Apostles, » Bulletin of the John Rylands University Library of Manchester 67 (Spring 1985):646; Allen Cabaniss, « A note on Jacob’s homily, » Evangelical Quarterly 47 (October-December 1975):219; William Fairweather, The Background of the Epistles (Minneapolis: Klock and Klock Christian Publishers, 1977), pp. 84-85; James Hope Moulton, ed., A Grammar of New Testament Greek, 4 vols. (Edinburgh: T. & T. Clark Ltd, 1976), Vol. 4: Style, by Nigel Turner, p. 114; and Gerald H. Rendall, The Epistle of James and Judaic Christianity (Cambridge: University Press, 1927), pp. 38-40. Regarding the lack of Jewish/Gentile controversy in the letter, this is actually an argument for an early date, before such controversy. Finally, regarding early church fathers: those who do comment on the epistle’s authorship, in the end come down on the side of James the brother of Christ. (See Eusebius Ecc. Hist. 2.23.24-25 and Jerome Illus. Lives 2).

[49]Perschbacher, p. 172.
[50]Bauer, p. 309.
[51]Perschbacher, p. 11.
[52]Bauer, p. 30.
[53]Ropes, pp. 248-249. Even the conservative Fritz Rienecker, (who uses Ropes and Dibelius quite generously in his book), almost begrudgingly admits that « the word sometimes had political associations and had the meaning `anarchy’. » Fritz Rienecker, A Linguistic Key to the Greek New Testament, trans. and ed. by Cleon L Rogers (Grand Rapids: Zondervan, 1982), p. 735. Why he inserts « sometimes » is open to question. It is arguably its more common meaning, and it is « sometimes » read as the lighter « disorder. »
[54]Ropes, p. 42.
[55]Ibid., p. 253. He goes on to list occurrences in Greek literature and a few Biblical passages where one or the other of the terms are used in a less severe way. However, relying on exceptions is a poor principal, unless there are other reasons for deeming the passage under study as an exception too. Ropes noticeably neglects to do this.
[56]Perschbacher, p. 337.
[57]Ibid., p. 267.
[58]Bauer, p. 685.
[59]Douglas J. Moo, The Letter of James: An Introduction and Commentary (Leicester: Inter-Varsity Press, 1985), p. 138. Spencer discusses the passage in the same way. Aida Besancon Spencer, « The Function of the Miserific and beatific images in the letter of James, » Evangelical Journal 7 (Spring 1989):9. Allen Cabaniss argues narrowly, that it is a specific type of church conflict: bickering by women. Cabaniss, p.221. His main arguments are: the term « adulteresses » (4:4) is in the feminine; there is no use of the term « brothers » in the paragraph; and women in the ancient world were particularly seen as having the characteristics of « quarrelsomeness, bickering, envy, gossip, [and] love of pleasure. » Ibid. These arguments are not strong. « Adulteresses » is an illustration, drawing Jewish Christian readers minds to the familiar passage in Prov. 30:20. Refer: John J. Schmitt, « You Adulteresses! The Image in James 4:4, » Novum Testamentum 28 (1986):337. It is not a literal description of one sex. Also, the same passage has more gender inclusive terms like « Whoever » (osean), and the male « arrogant men » (uperhfaois). Cabaniss’ attempt to see women in the gossiping, envious, and quarrelsome descriptions is subjectively selective. He noticeably leaves out fighting, murdering, and killing – terms one might see as more masculine.
[60]Moo, p. 141.
[61]Ibid.
[62]Townsend, Michael J. James 4:1-4: A Warning Against Zealots? » Expository Times 87 (1976):211-213.
[63]Moo, p. 141.
[64]The present tense reality of the passage also forces one to reject the interpretation of Luke Timothy Johnson. He argues that the whole of 3:13-4:10 is a call to conversion. « James 3:13-4:10 and the topos peri phthonou » Novum Testamentum 25 (September 1982):334.
[65]Alexander Ross, The Epistles of James and John (London: Marshall, Morgan and Scott, 1964), p. 75.
[66]Rendall, Gerald H. The Epistle of James and Judaic Christianity. Cambridge: University Press, 1927, p. 30.
[67]Bauer, p. 864.
[68]Perschbacher, p. 431.
[69]Ropes, p. 254. He even admits that « interpreters . . . have felt bound to see in foneuetean actual description of the Christian community addressed [and] have been driven to various expedients. The more usual methods have either to reduce the meaning of foneueteto `hate,’ or else to assume an hendiadys, by which `murder and envy’ becomes `murderously envy’ . . . Both methods are linguistically impossible. » (Ibid., p. 256). I agree that we have to accept the strong meaning of the word, but I do not do so in the same ways as Ropes.
[70]Ibid., pp. 254-255.
[71]Ibid., p. 255.
[72]Townsend, p.212.
[73]Consider too the burst of imperatives in 4:7-10. There is nothing like this anywhere else in the New Testament. Indeed, James has over 60 imperatives in 108 verses – the most as a ratio, anywhere in the Greek text. Eleven of them are here, in 4 short verses. James explodes in anger and barks out a series of commands, after the descriptions of war and fighting, covetousness and murder: after he describes it as adultery – friendship with the world. He orders his readers (Christian Jews) to turn back to God, to repent, to turn their laughter into mourning, to cleanse themselves anew, to be miserable and to mourn and weep! Clearly something is really troubling James: he is flabbergasted that so called Christ-followers can be so anti-Christ-like in following the way of the world, and using wars and fighting and violence to address their desires. It has to stop!

[74]Davids, p. 189. Robertson argues much the same way with his brief comment: « No connection with what immediately precedes. » Archibald Thomas Robertson, Word Pictures in the New Testament, 4 vols. (Nashville: Broadman Press, 1933), 4:63.
[75]Sophie Laws, A Commentary on the Epistle of James (San Francisco: Harper Row Publishers, 1980), p. 220.
[76]P.B.R. Forbes, « The Structure of the Epistle of James, » Evangelical Quarterly 44 (1972):153.
[77]Francis, p. 125.
[78]Ibid., p. 126. This is not unlike Rendall’s aside: he calls it a « detached injunction about oaths. » Rendall, p. 104.
[79]P.S. Minear, « Yes or No, the Demand for Honesty in the Early Church, » Novum Testamentum 13 (1971):12-13.
[80]Ibid., p. 12.
[81]Ibid., p. 8.
[82]Ibid., p. 7.
[83]In Josephus Antiquities 15.10.4 we also see how binding oaths were.
[84]The Jewish Encyclopedia, s.v. « Oaths, » by Julius Rappoport.
[85]Attempting to conclude what anyone from the past was actually thinking when they wrote certain words, is a risky business. All we can do is look at the context of the entire letter, the things that have been said already, the emphasis that James has been making, and match that to the circumstances of his day. It is in the end speculation. But some speculation sits well with evidence and is worthy of consideration – even cautious acceptance. Indeed, remember again that he introduces this section with “above all” – a phrase that really should not be softened in the light of how it is used elsewhere in the New Testament. If it should not be softened, then it is actually quite difficult to think of anything else James could plausibly be thinking of deserving such an emphasis.

Voir aussi:

Child labour: India’s hidden shame
Shilpa Kannan
BBC News
5 February 2014

Delhi Rescued from forced employment, 13-year-old Lakshmi is frail and frightened.

Two child protection officers hold her on either side as she walks into the police station.

She was abducted four years ago from her village in north-east India.

Until her rescue, she had been working in people’s homes across West Delhi – cooking, cleaning and taking care of children.

« I was not allowed to rest, » she says. « If I did something wrong or it was not what they wanted, they hit me.

« If I wanted to sit down for a bit because I was so tired, they would scream at me.

« I was never allowed to leave the house, so I didn’t realise that I’m in Delhi. My employers told me that we are in Madras in South India. »

As the police and counsellors question her, Lakshmi breaks down. She tells the police that she was sexually assaulted by the men who kidnapped her.

She was threatened that if she told anyone about it, they would tell everyone back home in her village and her honour would be destroyed.

And then, when she started working the agent who arranged her work withheld all her wages leaving her with nothing.

‘Lured with clothes and sweets’Her uncle is just relieved to have found her. A tea garden worker from Assam, he says her parents died when she was young and her grandmother is worried sick about the young girl. He is also angry about the abduction.

« What can we really do? We are poor people – I didn’t have enough money to come to Delhi to look for my missing niece.

« Unscrupulous agents and middlemen just come into our homes when parents are away working at the tea gardens and lure young girls with new clothes and sweets. Before they know it, they are on a train to a big city at the mercy of these greedy men. »

He is not alone. One child goes missing every eight minutes in India and nearly half of them are never found.

Kidnapped children are often forced into the sex trade. But many here feel that children are increasingly pushed into domestic labour – hidden from public view within the four walls of a home.

The government estimates half a million children are in this position.

Demand from middle classesAt a rehabilitation home in northern Delhi run by a charity for children, Bachpan Bachao Andolan, many families have gathered.

They are all tea workers from the north-east state of Assam and have come here searching for their missing daughters.

They estimate that just from one particular area – Rangpura in Assam – 16 girls have been lost in the last three to four years.

Helping these families find their daughters is Kailash Satyarti, the head of Bachpan Bacchao Andolan.

« This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour, » he says.

« The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. »

‘Hellish life’Offering them a ray of hope is the case of 18-year-old Sumila Munda, who was rescued earlier this month. The information she provided led to police arresting a couple of alleged traffickers.

She says she still has nightmares about her employers.

« I don’t want anyone to go through what I did. I often wondered if I will ever escape from the hellish life I was stuck in. I had dreams of being in school, studying. Now I will get back to my studies. »

India is estimated to have more child labourers than anywhere else in the world.

But while abducting children is illegal, the law is vague on when they can legally work. Child labour law does not allow children under the age of 14 to be employed, but anyone under 18 is legally considered a child.

Government helplessAnd the government body in charge of children’s rights admits they are helpless.

« Unfortunately our child labour prohibition and regulation act is totally outdated, » says Kushal Singh, head of the National Commission for Protection of Child Rights.

« It says children below the age of 14 cannot be employed in hazardous occupations. Does that mean in non-hazardous occupations a two-year-old child can be employed?

« So obviously it’s a very regressive act. This issue has been raised and now an amendment is pending in the parliament. However, it has been pending for a very long time. »

If the law changes, it will make the fight against child exploitation a little easier.

But that’s no relief for families like these. Many here fear that their daughters may be lost forever.

You can hear more on this story on The World Tonight on BBC Radio Four at 22:00 GMT, or listen again on iPlayer.

*Some names in this report have been changed to protect the identities of victims.

 Voir également:

Will Malala’s Nobel Prize Backfire?
Elias Groll
Foreign Policy
October 10, 2014

Well done, Norwegian Nobel Committee! You managed not to shoot yourself in the foot by giving the Peace Prize to Pope Francis, the putative frontrunner for the award. Instead, it went the child rights campaigners Malala Yousafzai and Kailash Satyarthi.

It’s hard to think of two more deserving candidates. For her efforts to ensure that all Pakistani girls are able to gain an education, Yousafzai, now 17, was shot in the head as a 15-year-old by Taliban militants. After her miraculous survival, she has emerged as a vocal, eloquent advocate for the right of all children to win an education. Satyarthi, meanwhile, is one of India’s most prominent anti-child labor activists. He has staged raids on factories employing children and is credited with freeing 80,000 children from slavery and labor.

The selection of Yousafzai, the youngest recipient in the Peace Prize’s history, and Satyarthi also forms an important binary. Yousafzai is a Pakistani Muslim, Satyarthi is an Indian Hindu. (Their joint selection is an obvious nod towards the ongoing global efforts to bring a peaceful end to Pakistan and India’s long-standing conflict with one another, which has recently seen firing across the contested quasi-border in Kashmir.)

Yousafzai is world famous, Satyarthi rarely gets much media coverage. Yousafzai is young, Satyarthi, 60, is old. The right to an education and freedom from child labor represent the two of the most important challenges to children around the world.

Satyarthi’s selection plucks him out of relative obscurity, and it’s a wonderful decision by the Nobel Committee. There are  some 60 million child slaves in India, a tragic figure that represents the dark side of that country’s dizzying economic development. With the country’s middle class rapidly expanding, India has seen an explosion in the demand for cheap labor. All too often that labor has come in the form of child workers, stripping them of their childhood.

« This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour, » Satyarthi, who heads the Save Child Movement, told the BBC in February. « The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. »

For Satyarthi, the award brings recognition to decades of work on behalf of child laborers, but for Yousafzai, the prize arguably comes with risks. As my former colleague Josh Keating writes at Slate, the media’s treatment of Yousafzai often obscures the West’s complicated relationship with Pakistan, one marked in recent years by an aggressive campaign of U.S. drone strikes and huge amounts of U.S. aid. That coverage often strays toward a condescension that reduces the West’s relationship with Pakistan to, in the words of technology researcher Zeynep Tufekci, to « finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore. »

That attitude — summed up by Jon Stewart’s quip that he wanted to adopt the young woman — risks obscuring the more institutional, boring work to find peace in Pakistan.

Moreover, in some quarters of Pakistan, Yousafzai has become a symbol of Western interference in the country, and conspiracy theories abound that her story was in fact created by the CIA, which carries out ongoing drone strikes in the northwestern parts of the country. That’s of course far-fetched, but the praise that she has received in the West has been equally matched in her home country. The Peace Prize will certainly elevate her stature — and also increase animus against her in some parts of Pakistan.

That strain of thought remained alive and well on Friday. « I condemn this decision in the strongest possible words, » Tariq Khattak, an editor at the Pakistan Observer, told the BBC. « It’s a political decision, a motivated one, and a conspiracy to invoke [sic] people in the Muslim countries. And the father of Malala and Malala have done nothing at all. Her father is a good salesman, that’s it. And the daughter has also become a salesgirl. And they are dancing on the tunes of West. »

How a 17-year-old activist goes on to build a career from that point is very much an open question. Since she was shot in 2012, Yousafzai has been perpetually mentioned as a candidate for the Peace Prize, and her selection this year probably has to do in part with the speech she delivered last year before the United Nations General Assembly, which created a sensation.

That speech showed how powerful a voice she can be on behalf ensuring access to education, but a huge international profile does not necessarily translate into change on the ground in Pakistan, especially when many of her countrymen remain deeply suspicious of her.

After all, it is highly unclear whether a Peace Prize does anything at all to advance the cause to which it is given. Repressive regimes have cracked down on activists they believe will receive the award, and there is little evidence to indicate that the aspirational winners — those laureates who have received the prize in support of the better society they seek to build — have substantively benefited by receiving it.

If anything, those in Pakistan who are hostile toward Yousafzai may only harden in their opposition now that she has received the Peace Prize. That may set her work back more than it advances her cause.

Voir encore:

Prix Nobel de la paix 2014 : Kailash Satyarthi, le sauveur d’esclaves
Le Point
10/10/2014

Aussi courageux que discret, le militant est à 60 ans une véritable star en Inde, où il a libéré 80 000 enfants au moins du travail forcé.

Bien moins connu du grand public que Malala Yousafzai, le militant indien Kailash Satyarthi est à 60 ans une véritable star en Inde, où il a « libéré » au moins 80 000 enfants du travail forcé. Brillant ingénieur électricien, Kailash Satyarthi n’était pourtant pas voué à un tel destin. Mais, à l’âge de 26 ans, il délaisse une prometteuse carrière pour se consacrer aux millions d’enfants travailleurs en Inde. Sa mission : porter secours à ces employés mineurs, réduits à l’état d’esclave au sein des usines indiennes. À longueur de journée, ils sont contraints d’effectuer les tâches les plus pénibles et sont victimes de violences, y compris sexuelles.

Fondateur en 1980 de l’ONG Bachpan Bachao Andolan (Sauver le mouvement de la jeunesse), Kailash Satyarthi mène au départ des actions coups de poing. Il organise des raids contre des usines et des ateliers afin de libérer des familles entières contraintes de travailler pour rembourser leurs prêts. « C’est une expérience joyeuse que d’apercevoir le changement d’expression traverser le visage de cette merveilleuse fille », raconte-t-il au site PBS au sujet d’une enfant libérée d’une carrière de pierres. « Elle est un livre ouvert, et ce changement d’expression nous raconte une histoire, celle d’une transition de l’esclavage vers une nouvelle vie de liberté », poursuit ce militant discret, qui ne sort de sa réserve que pour promouvoir la cause de l’enfance.

Après avoir sauvé des milliers d’esclaves, Kailash Satyarthi oeuvre à la création de la « Marche mondiale contre le travail de l’enfant », un conglomérat de 2 000 organisations et syndicats à travers 140 pays. Conscient de la nécessité de s’attaquer aux causes réelles du fléau de l’esclavage infantile, le militant s’engage aussi dans la défense et la scolarisation de l’enfance. Pour le président du Comité Nobel norvégien, Kailash Satyarthi a fait preuve d’un « grand courage personnel » et « a maintenu la tradition de Gandhi » en menant « diverses formes de protestations et de manifestations, toutes pacifiques ». « Il a aussi contribué au développement d’importantes conventions internationales sur les droits des enfants », souligne Thorbjoern Jagland.

« Millions d’enfants qui souffrent »

L’ingénieur électricien est ainsi à l’origine d’un programme baptisé « Bal Mitra Gram », encourageant les villages indiens à abolir le travail des enfants. Il a également fait pression sur les entreprises en développant le programme « Rugmark », un label assurant que les tapis ne sont pas l’oeuvre d’enfants, grâce à l’instauration de contrôles fréquents à l’intérieur des usines. Désormais, le militant ambitionne d’étendre ces certifications à d’autres produits, notamment les ballons de football de grande marque, habituellement fabriqués par des mineurs.

Sa cible, les clients occidentaux. « Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Si ce n’est pas vous, alors qui ? » interpelle le militant indien. « Si nous sommes en mesure de répondre à ces questions fondamentales, alors peut-être pouvons-nous effacer la tache que représente l’esclavage humain. » En tout cas, Kailash Satyarthi n’a pas failli à sa réputation de héros très discret. Réagissant vendredi à l’annonce de sa récompense, il a estimé que le prix Nobel de la paix représentait la « reconnaissance de la détresse de millions d’enfants qui souffrent ». En effet, d’après le Comité Nobel, il y a aujourd’hui 168 millions d’enfants travailleurs dans le monde.

Voir de même:

Malala Yousafzaï : « Je veux l’éducation pour les enfants de tous les terroristes »
Frédéric Bobin (New Delhi, correspondant régional)
Le Monde
10.10.2014

Son visage légèrement déformé a pris au fil des ans des allures de figure iconique, celle d’une adolescente au courage exceptionnel ayant manqué de périr sous une balle extrémiste dans sa vallée natale de Swat. En codécernant, vendredi 10 octobre, le prix Nobel de la paix à Malala Yousafzaï – l’autre lauréat est l’Indien Kailash Satyarthi –, le comité d’Oslo a récompensé la jeune Pachtoune pakistanaise (17 ans) militante du droit à l’éducation, laquelle devient ainsi la plus jeune des lauréats de l’histoire du prix.

Déjà consacrée en 2013 par le Prix Sakharov du Parlement européen, reçue par les grands de ce monde – dont Barack Obama – Malala Yousafzaï doit sa renommée à un engagement sans relâche en faveur de la scolarisation des enfants, au Pakistan même comme à travers le monde. Elle s’était associée cet été à la campagne « Bring back our girls » pour obtenir la libération des jeunes Nigérianes enlevées par la secte extrémiste Boka Haram.

Malala Yousafzaï a frôlé la mort pour ses idées. Quand les talibans ont manqué de l’assassiner, le 9 octobre 2012, dans un bus scolaire de Mingora, le chef- lieu de Swat, région préhimalayenne naguère paradis touristique, la colère a été générale à travers le Pakistan. De Lahore à Peshawar en passant par Islamabad, les manifestations de soutien à la jeune fille grièvement blessée se sont multipliées.

Déjà connue pour militer en faveur du droit à l’éducation des filles – elle avait tenu un blog en ourdou hébergé par le site de la BBC à l’époque où Swat était occupée par les talibans (2007-2009) –, Malala Yousafzaï devenait soudain une martyre de l’extrémisme. Le porte-parole du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) avait revendiqué la tentative d’assassinat en ces termes : « C’est une fille à la mentalité occidentale qui passe son temps à nous dénoncer. Quiconque critiquera les talibans subira le même sort. » Durant l’occupation de Swat par les talibans, elle avait raconté – sous le pseudonyme Gul Makai – le quotidien des exactions des extrémistes, notamment contre les écoles fréquentées par les filles. Elle survécut miraculeusement à la balle qu’elle reçut en plein visage.

ACCUSÉE D’ÊTRE UN « AGENT AMÉRICAIN »

Elle devint très vite un symbole. Sa notoriété naissante a pourtant suscité embarras et malaise dans son propre pays. Plus l’Occident l’acclamait – le show-business (Madonna, Angelina Jolie) ou les poids lourds politiques (Hillary Clinton, Gordon Brown) – comme une figure emblématique de la résistance à l’obscurantisme islamiste, plus des voix s’élevaient au Pakistan pour dénoncer son instrumentalisation par des « forces étrangères ». Les tenants de la théorie du complot – un sport national au Pakistan – sont dès lors passés à l’offensive.

Sournoises, imprégnées de paranoïa, les questions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Pourquoi l’Occident se prend-il de passion pour cette jeune Pakistanaise ? Et pourquoi Malala Yousafzaï se tait-elle sur les enfants victimes des drones américains frappant chaque semaine les zones pachtounes frontalières de l’Afghanistan ? Il n’en fallait pas davantage pour que la jeune fille se fasse accuser d’être un « agent américain », manipulé pour servir les funestes desseins de l’Occident contre les musulmans en général et le Pakistan nucléaire en particulier.

Sami ul-Haq, le chef du parti Jamiat Ulema-e-Islami (JUI) dont les madrasas (écoles coraniques) font office de pépinières de combattants talibans, avait ainsi estimé que Malala Yousafzaï avait été « kidnappée par les forces anti-islam en Occident. » Les libéraux, groupe à l’influence marginale au Pakistan, ont fini par se réveiller et ont contre-attaqué. L’été 2013, la romancière Bina Shah exprimait dans le quotidien Dawn son courroux face à tant d’acrimonie. De telles réactions, écrivait-elle, sont « la manifestation honteuse de la manière dont les Pakistanais tendent à se retourner contre les personnes dont ils devraient être fiers ». Faisant taire ses détracteurs, Malala Yousafzaï demanda à Barack Obama – qui la reçut à la Maison Blanche en octobre 2013 – de cesser les frappes de drones américains contre des cibles djihadistes au Nord-Waziristan (zones tribales frontalières de l’Afghanistan) qui, selon elle, « tuent des victimes innocentes » et « alimentent le terrorisme ».

« NOS CAHIERS ET NOS CRAYONS SONT NOS ARMES »

L’une des prestations les plus marquantes de Malala Yousafzaï, celle qui l’imposa comme une icône internationale, fut incontestablement son intervention, le 12 juillet 2013 à New York, devant l’Assemblée de jeunes de l’ONU. Les talibans « pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence mais ils ont échoué », avait-elle alors lancé au fil d’un discours posé, ferme et éclairé. « Prenons nos cahiers et nos crayons, avait-elle enchaîné. Ce sont nos armes les plus puissantes. » Et elle avait eu cette formule empreinte d’un profond humanisme : « Je veux l’éducation pour les fils et les filles des talibans et tous les extrémistes et les terroristes. » Avant de conclure : « Je n’ai même pas de haine pour le taliban qui m’a tiré dessus. »

Elle eût droit à une ovation debout. Dans l’assistance, beaucoup pleuraient. Avait-elle clamé dans son discours : « Je n’ai pas changé » ? Pourtant, la manière dont le monde la percevait a probablement changé ce jour-là. Une autre Malala Yousafzaï venait de naître. Une gamine éblouissante de ferveur à la consécration mondiale désormais établie. La victoire de son combat ne sera pourtant totale que lorsqu’elle pourra retourner sans risque dans son propre pays. Elle n’en a pas encore le luxe.

Peur
Le virus Ebola alimente les théories du complot
Pierre Haski
Rue 89
03/08/2014

Obama veut imposer une « tyrannie médicale » et des médecins apportent la maladie en Afrique. Voilà les explications qui émergent alors que l’épidémie s’amplifie, et menacent prévention et mesures de précaution.

Une épidémie d’une maladie incurable, mystérieuse, alimente toujours les théories du complot ou les thèses farfelues. Ce fut le cas du sida dans les années 80, avant que le monde devienne -hélas- familier de ce virus ; c’est aujourd’hui le cas d’Ebola, qui sévit en Afrique de l’ouest.

Le rapatriement aux Etats-Unis, samedi, d’un médecin américain contaminé par le virus Ebola, a donné un nouvel élan aux amateurs de complots, jouant avec le risque de prolifération de l’épidémie sur le sol américain.

Le Dr Kent Brantly, qui travaillait au Libéria avec les patients d’Ebola, a été contaminé et rapatrié samedi à Atlanta, où il est arrivé revêtu d’un scaphandre de protection, suffisamment fort pour descendre seul de l’ambulance. Une deuxième américaine contaminée devrait être rapatriée dans les prochains jours, dans les mêmes conditions.

« Complot eugéniste et mondialiste »
Dès samedi, l’un des « complotistes » les plus célèbres des Etats-Unis, Alex Jones, qui débusque le « globaliste » derrière chaque geste de l’administration américaine et a l’oreille du « Tea Party », s’en est ému dans une vidéo sur son site Infowars.com et sur YouTube. Il s’insurge :

« Mesdames, Messieurs, c’est sans précédent pour un gouvernement occidental d’amener une personne atteinte de quelque chose d’aussi mortel qu’Ebola dans leur propre pays. (…) C’est le signe qu’on cherche à susciter la terreur et l’effroi, afin d’imposer une tyrannie médicale encore plus forte. »

Pour ce « guerrier de l’info », comme il se décrit, qui n’a pas moins de 250 000 abonnés à son compte Twitter, le virus ne restera pas confiné à l’hôpital et s’échappera. « Il s’agit d’un gouvernement et d’un système politique qui se moquent des gens », accusant les « eugénistes “ et les ‘mondialistes’ de déployer un scénario catastrophe.

Au même moment, pourtant, les autorités américaines expliquent qu’elles ont ramené le Dr Brantly à Atlanta pour lui donner une chance de survivre, en renforçant ses défenses dans l’espoir qu’il surmonte l’attaque du virus. Le taux de mortalité de cette souche d’Ebola n’est ‘que’ de 60% environ, contre plus de 90% pour d’autres épidémies antérieures en Afrique.

Et ils le font dans l’endroit le plus adapté : Atlanta est le siège du Centre de contrôle des maladies infectieuses (CDC) aux Etats-Unis, et de l’un des seuls labos au monde spécialisés dans les virus, un laboratoire de niveau P4, le plus élevé et dans lequel la sécurité est la plus rigoureuse, avec plusieurs sas de décontamination pour s’y déplacer. L’autre labo du même type au monde se trouve … à Lyon.

‘Ebola, Ebola’
Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la menace d’Ebola suscite fantasmes et peurs quasi-millénaristes : Adam Nossiter, l’envoyé spécial du New York Times racontait il y a quelques jours de Guinée –l’un des pays les plus touchés par Ebola– comment des villageois ont constitué des groupes d’autodéfense pour empêcher les équipes médicales d’approcher. ‘Partout où elles passent, on voit apparaître la maladie’, dit un jeune Guinéen interdisant l’accès de son village.

Son récit se poursuit :

‘Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes.

C’est très inhabituel, on ne nous fait pas confiance, dit Marc Poncin, coordinateur pour la Guinée de Médecins sans Frontières, le principal groupe luttant contre le virus. Nous ne pouvons pas stopper l’épidémie.’
Le journaliste ajoute que les gens s’enfuient à la vue d’une croix rouge, et crient ‘Ebola, Ebola’ à la vue d’un Occidental. Un homme en train de creuser une tombe pour un patient décédé du virus conclut : ‘nous ne pouvons rien faire, seul Dieu peut nous sauver’.

Sur le site du New Yorker, Richard Preston, auteur d’un livre sur Ebola dont nous avons cité de larges extraits récemment, raconte qu’au Libéria, les malades d’Ebola quittent la capitale, Monrovia, dont le système de santé est dépassé par l’épidémie, et retournent dans leur village d’origine pour consulter des guérisseurs ou simplement rejoindre leurs familles. Au risque de diffuser un peu plus le virus.

Le sida pour ‘décourager les amoureux’
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées.

Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie.

Avec le temps, la connaissance de la maladie et de ses modes de transmission a progressé, même s’il reste de nombreuses inégalités dans les accès aux soins.

Bien que le virus ait été identifié en 1976, il y a près de quatre décennies, les épidémies ont été très localisées, et de brève durée. Elle reste donc peu connue en dehors des spécialistes, et surtout entourée d’une réputation terrifiante : pas de remède, fort taux de mortalité, virus mutant…

Avec retard, la mobilisation internationale se met en place pour contenir l’épidémie apparue en Afrique de l’Ouest. L’information des populations n’est pas la tache la moins importante. Même s’il est probable qu’aucun argument rationnel ne pourra convaincre Alex Jones et ses disciples que l’administration Obama, malgré tous ses défauts, n’est pas en train d’importer Ebola pour quelque projet d’eugénisme au sein de la population américaine…

Voir enfin:

Romantisme djihadiste et brutalisation
Brice Couturier

France culture

23.04.2014

L’International Centre for the Study of Radicalisation, basé au Kings’College de Londres, estime à environ 9 000 les djihadistes étrangers, venus combattre le régime, déclaré “impie” de Bachar Al-Assad, en Syrie. La grande majorité d’entre eux arrive des pays arabes proches, en particulier de Jordanie, du Liban mais aussi d’Arabie Saoudite. Mais plusieurs centaines proviendraient aussi d’Europe et leur nombre ne cesse d’augmenter. Nous avons donc à faire à des espèces de « brigades internationales », comme lors de la Guerre d’Espagne.

Signe des temps, ces combattants, venus de tous les coins, ne se réclament pas d’une grande idéologie émancipatrice, comme au XX° siècle, mais d’une version très particulière d’une religion, l’islam. Il s’agit bien, cependant, comme lors de la guerre, d’Espagne, d’un mouvement inspiré par l’indignation et la solidarité. Indignation, face aux moyens disproportionnés utilisés, dès le départ par le régime face à la contestation. Solidarité, car ces jeunes, comme les combattants d’Espagne, veulent témoigner d’une communauté de croyance.

Les autorités, en Europe, se sont rapidement inquiétées de la participation de certains de leurs nationaux, à une guerre civile qui a déjà causé » 150 000 morts dans la Syrie martyre. Ainsi Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, a déclaré : « Le djihadisme représente, pour moi, le plus grand danger auquel nous devrons faire face dans les prochaines années. »

La malheureuse Syrie est prise en otage par les deux grandes puissances religieuses et ennemies de l’islam – l’Iran chiite, qui est derrière le régime, et l’Arabie salafiste, qui soutient la rébellion. Mais la violence, sur place, s’est déchaînée avec une telle intensité et sur une si grande échelle qu’on redoute le retour en Europe de combattants bien entraînés et surtout, « brutalisés », pour employer le mot forgé par l’historien George Mosse à propos des anciens combattants de 14-18 (De la grande guerre au totalitarisme).

Par « brutalisation », Mosse entendait décrire l’expérience inouïe faite par les combattants de la Grande Guerre. La banalisation de la mort en masse avait provoqué chez nombre d’entre eux une accoutumance à la violence extrême ; elle avait émoussé les sentiments humains fondamentaux de sympathie, de pitié, et jusqu’au simple souci de soi. Elle avait développé un style de vie – Mosse parlait de « fureur d’une vie frénétique » et « d’aspiration à vivre des expériences situées au-delà des limites de habituelles de la civilisation ». Style de vie qu’on devait retrouver ensuite dans la manière des mouvements totalitaires de considérer la politique : une lutte à mort contre l’adversaire dans un climat de profonde camaraderie, de fraternité virile, de développement à la cause, allant jusqu’au sacrifice de sa propre vie.

Ce sont autant les effets psychologiques de cette guerre, menée avec des moyens effrayant, où les combattants se filment en train de torturer, ou en train de jouer avec les têtes de leurs ennemis découpées, que la familiarisation avec les techniques de combat urbain qu’on peut redouter chez ces djihadistes quand, vaincus comme il est probable, ils retourneront d’où ils sont venus.

L’anthropologue Dounia Bouzar a récemment consacré un livre, Désamorcer l’islam radical, au cas des jeunes qui s’engagent dans l’islamisme. Elle y montre ce que les techniques de radicalisation utilisées, sur internet en particulier, par les recruteurs du djihad, doivent à celles des sectes. L’identité individuelle est niée, pour être remplacée par une identité de groupe proprement totalitaire. L’esprit critique et la simple raison sont combattus. En échange, on fournit à des jeunes souvent en perte de repères, le sentiment exaltant d’appartenir à une élite, désignée pour régénérer un monde corrompu et décadent. Le parallèle avec les mouvements fascistes est évident.

Le gouvernement va annoncer, cet après-midi, un ensemble de mesures destinées à lutter contre la radicalisation des jeunes musulmans, et à les empêcher d’aller combattre en Syrie. Mais la prévention ne devrait-elle pas passer par une meilleure intégration de jeunes déboussolés ? Les familles décomposées, l’échec scolaire, l’omniprésence de la drogue dans certains quartiers, le chômage de masse ne sont-ils pas les meilleurs agents recruteurs du djihad, cette fuite dans une violence exotique ?


Islam: Il est temps de prendre le djihadisme au sérieux (Jihadism is a religious movement before anything else)

4 octobre, 2014
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Je t’ai mis le ceinturon (…) afin qu’on reconnaisse, au levant du soleil comme au couchant: (…) je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre, je forme la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bien et le mal, moi, Dieu, je fais tout cela. Esaïe (45: 5-7)
C’est ainsi que finit le monde. Pas sur un boum, sur un murmure. T.S. Eliot
Le Mouvement de la Résistance Islamique aspire à l’accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L’Apôtre de Dieu -que Dieu lui donne bénédiction et paix- a dit : « L’Heure ne viendra pas avant que les musulmans n’aient combattu les Juifs (c’est à dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Charte du Hamas (article 7)
Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Aucun pays arabe, président arabe ou roi arabe, ni tous les rois et présidents arabes réunis, ni une organisation même palestinienne n’a le droit de le faire. La Palestine est un Waqf musulman consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Qui peut prétendre avoir le droit de représenter les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier ? Tel est le statut de la terre de Palestine dans la Charia, et il en va de même pour toutes les terres conquises par l’islam et devenues terres de Waqf dès leur conquête, pour être consacrées à toutes les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Il en est ainsi depuis que les chefs des armées islamiques ont conquis les terres de Syrie et d’Irak et ont demandé au Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, s’ils devaient partager ces terres entre les soldats ou les laisser à leurs propriétaires. Suite à des consultations et des discussions entre le Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, et les compagnons du Prophète, Allah le bénisse, il fut décidé que la terre soit laissée à ses propriétaires pour qu’ils profitent de ses fruits. Cependant, la propriété véritable et la terre même doit être consacrée aux seuls musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Ceux qui se trouvent sur ces terres peuvent uniquement profiter de ses fruits. Ce waqf persiste tant que le Ciel et la Terre existent. Toute procédure en contradiction avec la Charia islamique en ce qui concerne la Palestine est nulle et non avenue.« C’est la vérité infaillible. Célèbre le nom d’Allah le Très-Haut » (Coran, LVI, 95-96). Charte du Hamas (article 11)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
The truth is that there is an obvious, undeniable, and hugely consequential moral difference between Israel and her enemies. The Israelis are surrounded by people who have explicitly genocidal intentions towards them. The charter of Hamas is explicitly genocidal. It looks forward to a time, based on Koranic prophesy, when the earth itself will cry out for Jewish blood, where the trees and the stones will say “O Muslim, there’s a Jew hiding behind me. Come and kill him.” This is a political document. We are talking about a government that was voted into power by a majority of Palestinians. (…) The discourse in the Muslim world about Jews is utterly shocking. Not only is there Holocaust denial—there’s Holocaust denial that then asserts that we will do it for real if given the chance. The only thing more obnoxious than denying the Holocaust is to say that itshould have happened; it didn’t happen, but if we get the chance, we will accomplish it. There are children’s shows in the Palestinian territories and elsewhere that teach five-year-olds about the glories of martyrdom and about the necessity of killing Jews. And this gets to the heart of the moral difference between Israel and her enemies. And this is something I discussed in The End of Faith. To see this moral difference, you have to ask what each side would do if they had the power to do it. What would the Jews do to the Palestinians if they could do anything they wanted? Well, we know the answer to that question, because they can do more or less anything they want. The Israeli army could kill everyone in Gaza tomorrow. So what does that mean? Well, it means that, when they drop a bomb on a beach and kill four Palestinian children, as happened last week, this is almost certainly an accident. They’re not targeting children. They could target as many children as they want. Every time a Palestinian child dies, Israel edges ever closer to becoming an international pariah. So the Israelis take great pains not to kill children and other noncombatants. (…)What do we know of the Palestinians? What would the Palestinians do to the Jews in Israel if the power imbalance were reversed? Well, they have told us what they would do. For some reason, Israel’s critics just don’t want to believe the worst about a group like Hamas, even when it declares the worst of itself. We’ve already had a Holocaust and several other genocides in the 20th century. People are capable of committing genocide. When they tell us they intend to commit genocide, we should listen. There is every reason to believe that the Palestinians would kill all the Jews in Israel if they could. Would every Palestinian support genocide? Of course not. But vast numbers of them—and of Muslims throughout the world—would. Needless to say, the Palestinians in general, not just Hamas, have a history of targeting innocent noncombatants in the most shocking ways possible. They’ve blown themselves up on buses and in restaurants. They’ve massacred teenagers. They’ve murdered Olympic athletes. They now shoot rockets indiscriminately into civilian areas. And again, the charter of their government in Gaza explicitly tells us that they want to annihilate the Jews—not just in Israel but everywhere.(…) The truth is that everything you need to know about the moral imbalance between Israel and her enemies can be understood on the topic of human shields. Who uses human shields? Well, Hamas certainly does. They shoot their rockets from residential neighborhoods, from beside schools, and hospitals, and mosques. Muslims in other recent conflicts, in Iraq and elsewhere, have also used human shields. They have laid their rifles on the shoulders of their own children and shot from behind their bodies. Consider the moral difference between using human shields and being deterred by them. That is the difference we’re talking about. The Israelis and other Western powers are deterred, however imperfectly, by the Muslim use of human shields in these conflicts, as we should be. It is morally abhorrent to kill noncombatants if you can avoid it. It’s certainly abhorrent to shoot through the bodies of children to get at your adversary. But take a moment to reflect on how contemptible this behavior is. And understand how cynical it is. The Muslims are acting on the assumption—the knowledge, in fact—that the infidels with whom they fight, the very people whom their religion does nothing but vilify, will be deterred by their use of Muslim human shields. They consider the Jews the spawn of apes and pigs—and yet they rely on the fact that they don’t want to kill Muslim noncombatants.(…) Now imagine reversing the roles here. Imagine how fatuous—indeed comical it would be—for the Israelis to attempt to use human shields to deter the Palestinians. (…) But Imagine the Israelis holding up their own women and children as human shields. Of course, that would be ridiculous. The Palestinians are trying to kill everyone. Killing women and children is part of the plan. Reversing the roles here produces a grotesque Monty Python skit. If you’re going to talk about the conflict in the Middle East, you have to acknowledge this difference. I don’t think there’s any ethical disparity to be found anywhere that is more shocking or consequential than this. And the truth is, this isn’t even the worst that jihadists do. Hamas is practically a moderate organization, compared to other jihadist groups. There are Muslims who have blown themselves up in crowds of children—again, Muslim children—just to get at the American soldiers who were handing out candy to them. They have committed suicide bombings, only to send another bomber to the hospital to await the casualities—where they then blow up all the injured along with the doctors and nurses trying to save their lives. Every day that you could read about an Israeli rocket gone astray or Israeli soldiers beating up an innocent teenager, you could have read about ISIS in Iraq crucifying people on the side of the road, Christians and Muslims. Where is the outrage in the Muslim world and on the Left over these crimes? Where are the demonstrations, 10,000 or 100,000 deep, in the capitals of Europe against ISIS?  If Israel kills a dozen Palestinians by accident, the entire Muslim world is inflamed. God forbid you burn a Koran, or write a novel vaguely critical of the faith. And yet Muslims can destroy their own societies—and seek to destroy the West—and you don’t hear a peep. (…) These incompatible religious attachments to this land have made it impossible for Muslims and Jews to negotiate like rational human beings, and they have made it impossible for them to live in peace. But the onus is still more on the side of the Muslims here. Even on their worst day, the Israelis act with greater care and compassion and self-criticism than Muslim combatants have anywhere, ever. And again, you have to ask yourself, what do these groups want? What would they accomplish if they could accomplish anything? What would the Israelis do if they could do what they want? They would live in peace with their neighbors, if they had neighbors who would live in peace with them. They would simply continue to build out their high tech sector and thrive. (…) What do groups like ISIS and al-Qaeda and even Hamas want? They want to impose their religious views on the rest of humanity. They want stifle every freedom that decent, educated, secular people care about. This is not a trivial difference. And yet judging from the level of condemnation that Israel now receives, you would think the difference ran the other way. This kind of confusion puts all of us in danger. This is the great story of our time. For the rest of our lives, and the lives of our children, we are going to be confronted by people who don’t want to live peacefully in a secular, pluralistic world, because they are desperate to get to Paradise, and they are willing to destroy the very possibility of human happiness along the way. The truth is, we are all living in Israel. It’s just that some of us haven’t realized it yet. Sam Harris
Les Etats-Unis sont consternés par le bombardement honteux d’une école de l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens) à Rafah.  Nous insistons une nouvelle fois sur le fait qu’Israël doit faire plus pour respecter ses propres standards et éviter les victimes civiles. Le fait de suspecter que des activistes opèrent non loin des écoles ne justifie pas des frappes qui mettent en péril la vie de tant de civils innocents. Jennifer Psaki (porte-parole du Département d’Etat)
The White House has acknowledged for the first time that strict standards President Obama imposed last year to prevent civilian deaths from U.S. drone strikes will not apply to U.S. military operations in Syria and Iraq. A White House statement to Yahoo News confirming the looser policy came in response to questions about reports that as many as a dozen civilians, including women and young children, were killed when a Tomahawk missile struck the village of Kafr Daryan in Syria’s Idlib province on the morning of Sept. 23. The village has been described by Syrian rebel commanders as a reported stronghold of the al-Qaida-linked Nusra Front where U.S officials believed members of the so-called Khorasan group were plotting attacks against international aircraft. But at a briefing for members and staffers of the House Foreign Affairs Committee late last week, Syrian rebel commanders described women and children being hauled from the rubble after an errant cruise missile destroyed a home for displaced civilians. Images of badly injured children also appeared on YouTube, helping to fuel anti-U.S. protests in a number of Syrian villages last week. Yahoo news
Last year the Obama administration issued, with considerable fanfare, a new military policy designed to reduce civilian casualties when U.S. forces are attacking enemy targets. This policy required « near certainty » that there will be no civilian casualties before an air attack is permitted. When Israel acted in self-defense this summer against Hamas rocket and tunnel attacks, the Obama administration criticized the Israeli army for « not doing enough » to reduce civilian casualties. When pressed about what more Israel could do—especially when Hamas fired its rockets and dug its terror tunnels in densely populated areas, deliberately using humans as shields—the Obama administration declined to provide specifics. Now the Obama administration has exempted itself from its own « near certainty » standard in its attacks against Islamic State in Iraq and Syria. In a statement on Sept. 30 responding to questions by Michael Isikoff at Yahoo News, the administration said that in fighting Islamic State, also known as ISIS, the U.S. military can no longer comply with Mr. Obama’s vow last year to observe « the highest standard we can meet. » The statement came after a Tomahawk missile last week struck the village Kafr Daryan in Syria, reportedly killing and injuring numerous civilians including children and women. The missile was directed at al Qaeda terrorists that the White House calls the Khorasan Group, but apparently the Tomahawk hit a home for displaced civilians. The Pentagon says it is investigating the incident, but YouTube video of injured children and the appearance by angry Free Syria Army rebel commanders at a congressional hearing about the attack—an attack that prompted protests in several Syrian villages—left little doubt about what happened. If this sounds familiar, it is because in every attack on terrorists who operate from civilian areas, there will be civilian casualties. This is especially so when terrorists employ a policy of hiding behind civilian human shields in order to confront their enemies with a terrible choice: not attack a legitimate military target; or attack it and likely cause civilian casualties, which the terrorists can then exploit in the war of public opinion. Hamas has employed this approach effectively in its periodic wars against Israel. (…) Now ISIS and other jihadists in Iraq and Syria are beginning to emulate the Hamas strategy, embedding fighters in towns and villages, thus making military strikes difficult without risking civilian casualties. That is why the Obama administration has exempted itself from its theoretical « near certainty » policy, which has proved to be unworkable and unrealistic in actual battle conditions involving human shields and enemy fighters embedded in densely populated areas. (…) The decision of the Obama administration to abandon its unrealistic « highest standard » pledge indicates the urgent need to revisit anachronistic rules with which no nation can actually comply, but against which only one nation—Israel—is repeatedly judged. Alan M. Dershowitz
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. (…) La lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. René Girard
Ceux qui affirment que Mahomet était pacifiste sont des menteurs et des incultes. Il a usé de la violence et l’a prêchée. Mohammed Bouyeri (assassin de Theo Van Gogh, 2 février 2006)
Dire que l’islamisme n’est pas l’islam, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, est faux. Pour le musulman d’hier et d’aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coran comme il n’y a qu’un seul prophète. (…) Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam. Anne-Marie Delcambre
Il est ironique et décourageant que beaucoup d’intellectuels occidentaux non-musulmans – qui prétendent sans cesse qu’ils soutiennent les droits de la personne – sont devenus des obstacles à la reforme de l’islam. Le politiquement correct parmi les Occidentaux empêche la critique non ambiguë de l’inhumanité de la charia. Ils trouvent des excuses socio-économiques ou politiques pour le terrorisme islamiste tels que la pauvreté, le colonialisme, la discrimination ou l’existence d’Israël. Quelle incitation peut-il y avoir pour que les musulmans exigent la réforme de leur religion quand les “progressistes” occidentaux préparent le terrain pour la barbarie islamiste? Tawfik Hamid
Beaucoup, violents ou pas, sont abreuvés par des sites qui montrent l’ennemi « croisé » ou « sioniste » dans son horreur destructrice, « tueur d’enfants et de civils »… Mais le point crucial est le retour qu’on leur fait faire au texte fondateur, au Coran, où les « gens du Livre », juifs et chrétiens, représentés aujourd’hui par l’Amérique, Israël et un peu l’Europe, sont qualifiés de pervers, faussaires, injustes, traîtres, etc. Certains leur citent des versets plus calmes, comme « Point de contrainte en religion », ou comme « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré », mais c’est qu’ils vont voir de près dans le texte, ils vérifient et ils trouvent : « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré sauf pour une cause juste. » Quant au verset du libre choix, ils le voient encadré de violentes malédictions contre ceux qui font le mauvais choix. En somme, on manque cruellement d’une parole ouverte et libre concernant les fondamentaux de l’islam ; et pour cause, ils sont recouverts d’un tabou, et toute remarque critique les concernant passe pour islamophobe dans le discours conformiste organisé, qui revient à imposer aux musulmans le même tabou, à les enfermer dans le cadre identitaire dont on décide qu’il doit être le leur (on voit même des juges de la République se référer au Coran pour arrêter leur décision…). Il y a donc un secret de Polichinelle sur la violence fondatrice de l’islam envers les autres, violence qui, en fait, n’a rien d’extraordinaire : toute identité qui se fonde est prodigue en propos violents envers les autres. Mais, avec le tabou et le conformisme imposés, cette violence reste indiscutée et semble indépassable. Récemment, dans Islam, phobie, culpabilité (Odile Jacob, 2013), j’ai posé ce problème avec sérénité, en montrant que les djihadistes, les extrémistes, sont au fond les seuls à crier une certaine vérité du Coran, portés par elle plutôt qu’ils ne la portent ; ils se shootent à cette vérité de la vindicte envers les autres, et même envers des musulmans, qu’il faut rappeler au droit chemin. Le livre est lu et circule bien, mais dans les médias officiels il a fait l’objet d’une vraie censure, celle-là même qu’il analyse, qui se trouve ainsi confirmée. Raconter ses méandres, ce serait décrire l’autocensure où nous vivons, où la peur pour la place est la phobie suprême : une réalité se juge d’après les risques qu’elle vous ferait courir ou les appuis qu’elle lui apporte. (…) La difficulté, c’est qu’un texte fondateur est comme un être vivant : dès qu’il se sent un peu lâché par les siens, il suscite des êtres « héroïques », des martyrs pour faire éclater sa vérité. Quitte à éclater le corps des autres. D’autres approches de cette « vérité » exigeraient un peu de courage de la part des élites, qui sont plutôt dans le déni. Pour elles, il n’y a pas de problème de fond, il y a quelques excités qui perdent la tête. Il ne faut pas dire que leur acte serait lié au Coran, si peu que ce soit. Le problème est bien voilé derrière des citations tronquées, des traductions édulcorées, témoignant, au fond, d’un mépris pour le Coran et ses fidèles. On a donc un symptôme cliniquement intéressant : quand un problème se pose et qu’il est interdit d’en parler, un nouveau problème se pose, celui de cet interdit. Puis un troisième : comment zigzaguer entre les deux ? Cela augmente le taux de poses « faux culs » très au-delà du raisonnable. Daniel Sibony
We are told again and again by experts and talking heads that Islam is the religion of peace, and that the vast majority of Muslims just want to live in peace. Although this unquantified assertion may be true, it is entirely irrelevant. It is meaningless fluff, meant to make us feel better, and meant to somehow diminish the specter of fanatics rampaging across the globe in the name of Islam. The fact is that the fanatics rule Islam at this moment in history. It is the fanatics who march. It is the fanatics who wage any one of 50 shooting wars world wide. It is the fanatics who systematically slaughter Christian or tribal groups throughout Africa and are gradually taking over the entire continent in an Islamic wave. It is the fanatics who bomb, behead, murder, or execute honor killings. It is the fanatics who take over mosque after mosque. It is the fanatics who zealously spread the stoning and hanging of rape victims and homosexuals. The hard, quantifiable fact is that the “peaceful majority” is the “silent majority,” and it is cowed and extraneous. Communist Russia was comprised of Russians who just wanted to live in peace, yet the Russian Communists were responsible for the murder of about 20 million people. The peaceful majority were irrelevant. China’s huge population was peaceful as well, but Chinese Communists managed to kill a staggering 70 million people. The average Japanese individual prior to World War II was not a war-mongering sadist. Yet, Japan murdered and slaughtered its way across Southeast Asia in an orgy of killing that included the systematic murder of 12 million Chinese civilians – most killed by sword, shovel and bayonet. And who can forget Rwanda, which collapsed into butchery? Could it not be said that the majority of Rwandans were “peace loving”? History lessons are often incredibly simple and blunt; yet, for all our powers of reason, we often miss the most basic and uncomplicated of points. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by the fanatics. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by their silence. Peace-loving Muslims will become our enemy if they don’t speak up, because, like my friend from Germany, they will awaken one day and find that the fanatics own them, and the end of their world will have begun. Peace-loving Germans, Japanese, Chinese, Russians, Rwandans, Bosnians, Afghanis, Iraqis, Palestinians, Somalis, Nigerians, Algerians and many others, have died because the peaceful majority did not speak up until it was too late. As for us, watching it all unfold, we must pay attention to the only group that counts: the fanatics who threaten our way of life. Paul E. Marek
Le fondamentalisme religieux (…) trouve son origine dans un mouvement de réveil protestant du début du XXe siècle aux États-Unis qui propage un retour aux « fondements » de la foi chrétienne au moyen d’un strict respect et d’une interprétation littérale des lois de la Bible. Un grand nombre d’études sur l’intégrisme religieux chrétien protestant aux Etats-Unis ont montré qu’il est fermement et constamment associé aux préjugés et à l’hostilité contre les minorités raciales et religieuses, ainsi que les groupes « déviants » tels que les homosexuels. En revanche, notre connaissance de l’étendue à laquelle des minorités musulmanes dans les pays occidentaux adhèrent à des interprétations de l’Islam fondamentalistes est étonnamment limité. Plusieurs études ont montré que, par rapport à la majorité de la population, les immigrés musulmans se définissent plus souvent comme religieux, s’identifient fortement à leur religion et participent plus souvent à des pratiques religieuses telles que prier, aller à la mosquée ou suivre des préceptes religieux tels que la nourriture halal ou le port du foulard. Mais la religiosité comme telle dit peu de choses sur la mesure dans laquelle ces croyances et pratiques religieuses peuvent être considérées comme « fondamentalistes » et sont associées à l’hostilité à l’exogroupe. (…) Comme les profils démographiques et socioéconomiques des immigrés musulmans et les chrétiens indigènes divergent fortement et puisqu’il est connu de la littérature que les individus marginalisés des classes inférieures sont plus fortement attirés par les mouvements fondamentalistes, il serait bien sûr possible que ces différences soient dues à la classe plutôt qu’à la religion. Cependant, les résultats de la régression tenant compte de l’éducation, situation du marché du travail, âge, sexe et état matrimonial des analyses révèlent que si certaines de ces variables expliquent la variation dans le fondamentalisme dans les deux groupes religieux, elles n’expliquent pas du tout ou même diminuent la différence entre musulmans et chrétiens. Une source d’inquiétude est que tandis que parmi les chrétiens l’intégrisme religieux est beaucoup moins répandu chez les personnes plus jeunes, les attitudes fondamentalistes sont aussi répandues chez les jeunes que chez les musulmans âgés. (…) Près de 60 % d’entre eux rejettent les homosexuels comme amis et 45 pour cent pense que les Juifs ne sont pas fiables. Alors qu’environ une personne sur cinq parmi les nationaux peuvent être qualifiées d’islamophobes, le niveau de phobie contre l’Occident parmi les musulmans – pour laquelle curieusement il y a aucun mot ; On pourrait dire « Occidentophobie » – est beaucoup plus élevé encore, 54 pour cent pensent que l’Occident cherche à détruire l’Islam. Ces conclusions sont en parfaite concordance avec le fait que, comme une étude de 2006 de l’Institut de recherche Pew l’a montré, près de la moitié des musulmans vivant en France, Allemagne et Royaume Uni croient en la théorie du complot selon laquelle les attentats du 11 septembre n’ont pas perpétrés par des musulmans, mais ont été orchestrés par l’Occident ou les Juifs. (…) Ces résultats contredisent clairement l’affirmation souvent entendue que le fondamentalisme religieux islamique est un phénomène marginal en Europe occidentale ou qu’il ne diffère pas du taux de fondamentalisme de la majorité chrétienne. Les deux affirmations sont manifestement fausses, comme près de la moitié des musulmans européens conviennent que les musulmans doivent retourner aux racines de l’Islam, qu’il n’y a qu’une seule interprétation du Coran et que les règles fixées par celui-ci sont plus importantes que lois laïques. Parmi les chrétiens de souche, mois d’un sur cinq peut être qualifié d’intégristes dans ce sens. (…) A la fois l’étendue de l’intégrisme religieux islamique et ses corrélats – l’homophobie, l’antisémitisme et « l’Occidentophobie » – devraient être de sérieux motifs de préoccupation pour les responsables politiques ainsi que les dirigeants de la communauté musulmane. Bien sûr, l’intégrisme religieux ne saurait être assimilée à la volonté de soutenir ou même de s’engager dans la violence religieusement motivée. Mais compte tenu de ses liens étroits avec l’hostilité à l’exogroupe, l’intégrisme religieux est très susceptible de fournir un terreau pour la radicalisation. Ruud Koopmans (WZB, Berlin Social Science Center, 2013)
Les guerres mondiales du XXe siècle sont considérées historiquement comme des guerres laïques centrées sur des intérêts politiques, géographiques et économiques. Pourtant, en Europe, 6 millions de Juifs ont été exterminés à la suite de siècles d’enseignement antisémite au cœur de la chrétienté médiévale. Depuis l’époque de Mahomet et pendant près de treize cents ans après, l’Islam a mené des guerres de religion contre des populations entières, forçant la conversion à l’Islam (à l’exclusion des Juifs et des chrétiens, connus comme « peuple du livre ») comme moyen de propager sa foi. (…) Le conflit israélo-arabe, même si apparemment centré sur  un territoire, contient une puissante composante religieuse, en particulier autour de Jérusalem, dont des milliers ont été tués et beaucoup plus pourraient mourir si elle n’est pas résolu pacifiquement. Dans tous les cas, les convictions religieuses, qui a été appelée à plusieurs reprises, a amplifié un sens du droit aux terres et la richesse des autres. Cela pose la question : de quoi est vraiment fait la religion  ? (…) Bien que techniquement, moins de 10 % de toutes les guerres jamais combattu étaient des guerres de religion, seuls quelques-uns n’a pas englober ou incarnent une composante religieuse ou le sentiment. De la même façon que nous soutenons les enseignements éthiques des religions, nous doit autant et à l’unisson condamner messagers autoproclamés et porte-parole du divin que fomenter des massacres au nom de Dieu. Car à moins que nous croyons que ce tout-Miséricordieux, paternel, épris de paix et jamais salutaire de Dieu veut pour ses fidèles s’entre-tuer en son nom, Nous devons conclure que les religions sont endommagées à plusieurs reprises pour opposer entre eux les enfants de Dieu. (…) Cela ne veut ne pas dire que l’approche intellectuelle a toutes les réponses, ne l’oublions rappel d’Einstein concernant les limites éthiques de la science. Car alors que l’Occident paie tout naturellement une grande attention à l’assassinat actuel au nom de Dieu dans certains États arabes, les nombres impliqués ne sont pas comparent à la 50 millions ou plus abattus dans la seconde guerre mondiale seule pour la plupart des chrétiens contre les chrétiens. Intellectuellement bent sociétés occidentales peuvent introduire la « civilité » de la guerre, avec les Conventions de Genève et autres règles par lesquelles le sang peut être versé. Mais leurs guerres, à ce jour, englobent une puissance destructive beaucoup plus grande que ne le font les conflits des autres peuples, notamment dans le conflit actuel des musulmans contre les musulmans au Moyen-Orient. Comprendre la violence dans le contexte plus large, l’Occident peut à certains égards être réellement plu éloignée de la réalisation de cet objectif. Alors que les péages de la mort de soldats sont faciles à diffuser, le quotidien de souffrance de millions de luxé, déshonoré et apatrides vies ne pas aussi facilement s’insère dans notre alimentation de nouvelles. L’Occident ne vit pas dans le cadre de l’histoire. Alon Ben-Meir
Quand on pense aux crimes de masse, le premier nom qui vient à l’esprit est celui d’Hitler. Ou alors Tojo, Staline ou Mao. Les totalitarismes du XXe siècle sont considérés comme la pire espèce de tyrannie de l’histoire. Cependant, la vérité alarmante est que l’Islam a tué plus que n’importe lequel d’entre eux et peut tous les dépasser combinés en nombre et en cruauté. L’énormité des massacres perpétrés par la « religion de paix » sont dépassent tellement la compréhension que les historiens même honnêtes n’en remarquent même plus l’échelle. Si l’on va un peu au-delà de notre vision tronquée des choses, on verra que l’Islam est la plus grande machine à tuer de l’histoire de l’humanité, sans aucune exception. (…) Si l’on additionne tout ça. Les victimes africaines. Les victimes indiennes. Les victimes européennes. Le génocide arménien. Puis le nombre moins connu mais sans doute assez grand de victimes de l’Asie orientale. Le djihad commis par les musulmans contre la Chine, qui a été envahie en 651. Les prédations du khanat de Crimée sur les Slaves, en particulier leurs femmes. Bien que les chiffres ne soient pas claires, ce qui est évident c’est que l’Islam est la plus grande machine de meurtre dans l’histoire sans aucune exception, ayant causé la mort de peut-être plus de 250 millions de personnes. Mike Konrad
Le problème que le révérend Schall fait ressortir dans sa tribune, c’est que nous ici en Occident et très certainement cette administration Obama, tentons de rationaliser et de nous débarrasser du problème. Nous ne parvenons pas à tout simplement accepter ce qui se passe, comme par le passé, sous nos yeux. Certes, il n’est pas question de condamner les musulmans. En revanche, il s’agit bien de dénoncer une idéologie politique théocratique impérialiste et totalitaire — ce n’est pas la violence au travail, les gars. Nous entendons toujours parler de « croisades » et pourtant personne ne veut parler de la manière dont l’Islam a cherché à se répandre, certainement pas par le prosélytisme pacifique — de l’ Afrique du Nord à l’Espagne (Al Andalusia) à la France (bataille de Poitiers) à la Méditerranée (bataille de Lépante) à Constantinople (Istanbul) dans les Balkans à Vienne en Inde hindoue de  la Chine aux Philippines et aujourd’hui à Fort Hood au Texas et Moore en Oklahoma. Et pourtant nous avons des gens comme le directeur de la CIA John Brennan qui nous donne une définition éduclcorée du djihad ou B. Hussein Obama nous disant qu’EIIL n’est pas islamique. Allen West
Oecuménisme comme libéralisme, chacun à sa façon et à cause de leur attachement à la tolérance et la liberté d’expression, rendent difficile de rendre compte de ce qui se passe dans les États islamiques. (…) Les preuves ne manquent pas, tant dans la longue histoire de l’expansion militaire musulmane initiale que dans son interprétation théorique du Coran lui-même, pour montrer que l’État islamique et ses sympathisants ont fondamentalement raison. Le but de l’Islam, avec les moyens souvent violents qu’il utilise pour l’accomplir, est d’étendre son pouvoir, au nom d’Allah, au monde entier. Le monde ne peut pas être en « paix » tant qu’il n’est pas tout entier musulman. (…) Le jihadisme, si l’on peut l’appeler ainsi, est d’abord et avant tout un mouvement religieux. Allah accorde à la violence une place importante. C’est sur la vérité de cette position, ou mieux l’incapacité de la réfuter, que réside la véritable controverse. Un essai récent sur American thinker a calculé qu’au cours des années de son expansion, depuis ses débuts dans les VIIe et VIIe siècles, quelque 250 millions de personnes ont été tuées dans des guerres et des persécutions causées par l’islam. Rien d’autre dans l’histoire du monde, y compris les totalitarismes du siècle dernier, n’a été aussi meutrier. (…) Il est possible pour certains de lire l’Islam comme une religion de « paix ». Mais sa « paix », selon ses propres termes, signifie la paix d’Allah sur son territoire. Avec le reste du monde extérieur, elle est en guerre pour accomplir un but religieux, à savoir, que l’ensemble soumis à Allah dans la voie passive que spécifie le Coran. (…) Présenter les djihadistes et les dirigeants de l’Etat islamique comme de simples « terroristes » ou des voyous revient à utiliser des termes politiques occidentaux et ne peut que nous aveugler sur le dynamisme religieux de ce mouvement. (…) Les racines de l’Islam sont théologiques, une plutôt mauvaise théologie, mais toujours cohérente au sein de sa propre orbite et ses présupposés. Bref, l’Islam, dans sa fondation, est censé être, littéralement, la religion du monde. Rien d’autre n’a d’existence à côté. Il s’agit d’amener le monde entier à adorer Allah selon les canons du Coran. (…) Dans la doctrine musulmane, toute personne née dans le monde est musulmane. Personne n’a quelque droit ou raison de ne pas l’être. Par conséquent, tout individu  qui n’est pas musulman doit être converti ou éliminé. Ceci est également vrai de toute œuvre littéraire, monumentale, et d’autres marques de civilisation ou d’États qui ne sont pas musulmans. Ils sont voués à la destruction comme non autorisés par le Coran. C’est la responsabilité religieuse de l’Islam pour accomplir sa mission assignée de soumettre le monde à Allah. Lorsque nous essayons d’expliquer cette religion en termes économiques, politiques, psychologiques ou autres, nous ne voyons tout simplement pas ce qui se passe. De l’extérieur, il est presque impossible de voir comment ce système coïncide en lui-même. Mais, une fois acceptés ses prémisses et la philosophie du volontarisme qui permet de l’expliquer et de le défendre, il devient beaucoup plus clair qu’il s’agit en fait d’une religion qui prétend être vraie en insistant sur le fait qu’elle  réalise la volonté d’Allah, pas la sienne.(…) Si Allah transcende la distinction du bien et du mal, s’il peut vouloir ce qui sera son contraire demain, comme la toute-puissance d’Allah est comprise dans l’islam, il ne peut y avoir de discussion réelle qui ne soit autre chose qu’une trêve temporaire et pragmatique, un équilibre des intérêts et des pouvoirs. Chaque fois qu’on observe des incidents violents dans le monde islamique ou dans d’autres parties du monde causées par des agents islamiques, on les uns ou les autres se plaindre que presque aucune voix musulmane ne prend la parole pour condamner cette violence. Lorsqu’à l’origine le 9/11 s’est produit, il n’a pas été l’objet de condamnations mais de célébrations de l’intérieur du monde islamique. L’Islam a été considéré comme gagnant. Mais tous les érudits musulmans savent qu’ils ne peuvent pas, sur la base du Coran, condamner le recours à la violence pour l’expansion de leur religion. Il y a tout simplement trop de preuves que cet usage est autorisé. Le nier reviendrait à saper l’intégrité du Coran. De toute évidence, les ennemis de l’État islamique et ses alliés djihadistes sont non seulement les « croisés » ou l’Occident. Certains des guerres les plus sanglantes de l’Islam ont été son invasion de l’Inde hindoue où la tension reste marquée. Il y a aussi les efforts de musulmans en Chine. Les Philippines ont un problème majeur, comme la Russie. Mais l’Islam se bat aussi avec lui-même. Les luttes sunnites/chiites sont légendaires. Il est important de noter qu’une des premières choses de l’ordre du jour de l’État islamique, s’il réussit à survivre, est d’unir tout l’Islam dans son unité de foi. (…) Il y a ou y a eu des chrétiens et autres minorités au sein de ces États qui sont plus ou moins tolérés. Mais ils sont tous, comme les non-musulmans, traités comme des citoyens de seconde zone. Le mouvement islamique renouvelle ce côté puriste de l’islam qui insiste pour éradiquer ou expulser les non-musulmans des terres musulmanes. L’archevêque de Mossoul, en voyant son peuple exilé et tué et obligé de choisir entre la conversion et la mort, a révélé que ses bâtiments étaient détruits, avec les archives et toutes les traces de la longue présence chrétienne dans cette région. Il a averti que c’était la forme de traitement à laquelle devaient s’attendre tôt ou tard les nations occidentales. Il y a maintenant d’importantes et préoccupantes  enclaves musulmanes dans toutes les régions d’Europe et d’Amérique comme centres de soulèvements futurs au sein de chaque ville. Il y a maintenant des milliers de mosquées en Europe et en Amérique, financées en grande partie par l’argent du pétrole, qui font partie d’une enclave privée qui exclut le droit local et applique la loi musulmane. Pourtant, nous pouvons nous demander : cet État islamique n’est-il pas après tout qu’une chimère ? Aucun État islamique n’a de possibilité sérieuse de vaincre les armées modernes. Mais, ironie du sort, ils ne pensent plus que des armées modernes seront nécessaires. Ils sont convaincus que l’utilisation généralisée du terrorisme et d’autres moyens de désordre civil peuvent réussir. Personne n’a vraiment la volonté ou les moyens de contrôler les forces destructrices que l’État islamique a déjà mis en place. (…) Enfin, l’affaire de l’État islamique et des djihadistes n’est pas seulement une menace découlant de la mission de l’Islam pour conquérir le monde pour Allah. C’est aussi une affaire de morale, rappelant que la vie en Occident est sas Dieu et décadente. Elle ne mérite pas sa prospérité et sa position. La mission de l’humanité est la soumission à Allah en toutes choses. Une fois que cette soumission est assurée, le domaine de la guerre sera aboli. Plus de décapitations ou d’attentats à la voiture piégée ne seront nécessaires ou tolérés. Aucune dissidence au sein de l’Islam ne sera possible ou permise. Tous seront en paix sous la Loi de l’islam. C’est là le but même de l’État islamique. C’est une folie d’y penser en n’importe quels autres termes. Révérend James V. Schall (traduction au babelfish)

Attention: un djihadisme peut en cacher un autre !

Alors qu’une étude récente montre la surintolérance (à 45% pour l’application de la charia en Europe et à 55% antisémites) de musulmans européens si sensibles il y a quelques mois à la souffrance des gazaouis mais étrangement silencieux face aux actuelles exactions djihadistes …

Et qu’avec la multiplication, par lesdists jihadistes, des selfies sanglants et des appels à égorger nos fils et nos compagnes, les premières têtes de ce côté comme de l’autre côté de l’Atlantique commencent à tomber …

Pendant qu’accusé à son tour du même type de bavures pour lesquelles il avait si promptement dénoncé Israël pour une guerre qu’il se refuse même à dénommer, s’exempte tranquillement des critères d’élimination des terroristes utilisant des boucliers humains …

Comment ne pas voir, avec l’excellent papier du politologue catholique James V. Schall, qu’il est grand temps de prendre le djihadisme au sérieux

Et de prendre enfin conscience, au-delà de nos préventions oecuméniques ou progressistes et de Mosoul à Gaza ou de Londres à Paris ou Berlin, de la réalité proprement religieuse et théologiquement fondée de ses revendications …

Et partant la difficulté toute particulière face à des groupes pour lesquels il ne saurait y avoir de paix dans le monde…

Tant que ledit monde ne s’est pas, de gré ou de force, soumis à l’islam ?

It’s Time to Take the Islamic State Seriously
Rev. James V. Schall, S.J.
Crisis
September 23, 2014

Islam has no central or definitive body or figure authorized to define what exactly it is. Opinions about its essence and scope vary widely according to the political or philosophic background of its own interpreters. The current effort to establish an Islamic State, with a designated Caliph, again to take up the mission assigned to Islam, brings to our attention the question: “What is Islam?”

The issue of “terror” is a further aspect of this same understanding. Many outside Islam seek to separate “terror” and “Islam” as if they were, in their usage, independent or even opposed ideas. This latter view is almost impossible seriously to maintain in the light of Islamic history and the text of the Qur’an itself.

John Kerry, however, insists that what we see is “terrorism” with nothing to do with Islam. The Obama administration seems to have a rule never to identify Islam with “terrorism,” no matter what the evidence or what representatives of the Islamic State themselves say. The vice-president speaks of “Hell” in connection with actions of the Islamic State. Diane Feinstein speaks of “evil” behind the current slaughters in Iraq and Syria. The pope mentions “stopping aggression.” The English hate-laws prevent frank and honest discussion of what actually goes on in Islamic countries or communities in the West. Not even Winston Churchill’s critical view of Islam is permitted to be read in public.

Ecumenism and liberalism both, in their differing ways, because of their commitment to tolerance and free speech, make it difficult to deal with what is happening in Islamic states. Islam is not friendly to relativism or to subtle distinctions.

Is terror intrinsic to Islam?
What I want to propose here is an opinion. An opinion is a position that sees the plausibility but not certainty of a given proposition. But I think this opinion is well-grounded and makes more sense both of historic and of present Islam than most of the other views that are prevalent. I do not conceive this reflection as definitive. Nor do I document it in any formal sense, though it can be. It is a view that, paradoxically, has, I think, more respect for Islam than most of its current critics or advocates.

This comment is an apologia, as it were, for the Islamic State at least in the sense that it accepts its sincerity and religious purpose. It understands how, in its own terms, the philosophic background that enhances its view does, in its own terms, justify its actions, including the violent ones.

The Islamic State and the broader jihadist movements throughout the world that agree with it are, I think, correct in their basic understanding of Islam. Plenty of evidence is found, both in the long history of early Muslim military expansion and in its theoretical interpretation of the Qur’an itself, to conclude that the Islamic State and its sympathizers have it basically right. The purpose of Islam, with the often violent means it can and does use to accomplish it, is to extend its rule, in the name of Allah, to all the world. The world cannot be at “peace” until it is all Muslim. The “terror” we see does not primarily arise from modern totalitarian theories, nationalism, or from anywhere else but what is considered, on objective evidence, to be a faithful reading of a mission assigned by Allah to the Islamic world, which has been itself largely procrastinating about fulfilling its assigned mission.

To look elsewhere for an explanation is simply not to see what the Islamic State and its friends are telling us about why they act as they do. The tendency among pragmatic Western thinkers, locked into their own narrow views, is to exclude any such motivation as an excuse of raw power. This view shows the intellectual shortcomings of Western leaders and the narrowness of much Western thought.

Jihadism, as it were, is a religious movement before it is anything else. Allah does grant violence a significant place. It is over the truth of this position, or better the inability to disprove it, that the real controversy lies. A recent essay in the American Thinker calculated that over the years of its expansion, from its beginning in the seventh and eighth centuries, some 250 million people have been killed in wars and persecutions caused by Islam. Nothing else in the history of the world, including the totalitarianisms of the last century, has been so lethal.

If Islam is a religion of peace, what sort of peace does it bring?
Other understandings of Islam’s record, though not its mission, within Islam may be also plausible, but no more so than this jihadist interpretation. It may be possible for some to read Islam as a religion of “peace.” But its “peace,” in its own terms, means the peace of Allah within its boundaries. With the rest of the outside world, it is at war in order to accomplish a religious purpose, namely, to have all submitted to Allah in the passive way that the Qur’an specifies.

Islam can at times be defeated or stopped, as at Tours or Vienna, but it will always rise again as it is now bent on so doing. To picture the jihadists and leaders of the Islamic State as mere “terrorists” or thugs is to use Western political terms to blind ourselves to the religious dynamism of this movement. No wonder our leaders cannot or will not understand it. This purpose, when successful, is a terrible thing. But we are not seeing a group of gangsters, as many are wont to maintain. The roots of Islam are theological, rather bad theology, but still coherent within its own orbit and presuppositions.

Briefly put, Islam, in its founding, is intended to be, literally, the world religion. Nothing else has any standing in comparison. It is to bring the whole world to worship Allah according to the canons of the Qur’an. It is a belief, based on a supposed revelation to Mohammed, of which there is little evidence. Sufficient justification to expand this religion, once founded, to all the world by use of arms is found in the Qur’an and in its interpreters to explain the violent means used, often successfully, to establish, pacify, and rule tribes, states, territories, and empires.

In Muslim doctrine, everyone born into the world is a Muslim. No one has any right or reason not to be. Hence, everyone who is not a Muslim is to be converted or eliminated. This is also true of the literary, monumental, and other signs of civilizations or states that are not Muslim. They are destroyed as not authorized by the Qur’an.

It is the religious responsibility of Islam to carry out its assigned mission of subduing the world to Allah. When we try to explain this religion in economic, political, psychological, or other terms, we simply fail to see what is going on. From the outside, it is almost impossible to see how this system coheres within itself. But, granted its premises and the philosophy of voluntarism used to explain and defend it, it becomes much clearer that we are in fact dealing with a religion that claims to be true in insisting that it is carrying out the will of Allah, not its own.

If we are going to deal with it, we have to do so on those terms, on the validity of such a claim. The trouble with this approach, of course, is that truth, logos, is not recognized in a voluntarist setting. If Allah transcends the distinction of good and evil, if he can will today its opposite tomorrow, as the omnipotence of Allah is understood to mean in Islam, then there can be no real discussion that is not simply a temporary pragmatic stand-off, a balance of interest and power.

Whenever incidents of violence are witnessed in the Islamic world, or in other parts of the world caused by Islamic agents, we hear complaints that almost no Muslim voices rise to condemn this violence. When the original 9/11 happened, there was not condemnation coming from within Islam, but widespread celebration. Islam was seen as winning. But all Muslim scholars know that they cannot, on the basis of the Qur’an, condemn the use of violence to expand their religion. There is simply too much evidence that this usage is permitted. To deny it would be to undermine the integrity of the Qur’an.

Obviously, the enemies of the Islamic State and its jihadist allies are not only the “Crusaders” or the West. Some of Islam’s bloodiest wars were its invasion of Hindu India, where the tension remains marked. There are also Muslim efforts into China. The Philippines has a major problem as does Russia. But Islam wars with itself. The Sunni/Shiite struggles are legendary. It is important to note that one of the first things on the Islamic State’s agenda, if it is successful in surviving, is to unite all of Islam in its creedal unity.

The unfinished business from Tours and Vienna
All existing Islamic states are some sort of compromise between the true Islamic mission and forces, usually military forces that limit this world-wide unification. Almost all standing Muslim governments recognize the danger to themselves of a successful Caliphate. They all have some form of jihadist presence within their boundaries that seek to control it in the name of their very survival. There are or were Christian and other minorities within these states that are, to a greater or lesser extent, tolerated. But they are all, as non-Muslims, treated as second-class citizens. The Islamic movement renews that purist side of Islam that insists in eradicating or expelling non-Muslim presences in Muslim lands.

The Archbishop of Mosul, on seeing his people exiled and killed, forced to choose between conversion and death, empathized that his buildings were destroyed, the archives and all record of the long Christian presence in that area destroyed. He warned that this form of treatment is what the nations of the West could expect sooner or later. There are now significant Muslim enclaves in every part of America and Europe to be of great concern as centers of future uprisings within each city. There are now thousands of mosques in Europe and America, financed largely by oil money, that are parts of a closed enclave that excludes local law and enforces Muslim law.

Yet, we can ask: is this Islamic State anything more than a pipe-dream? No Islamic state has any serious possibility of defeating modern armies. But, ironically, they no longer think that modern armies will be necessary. They are convinced that widespread use of terrorism and other means of civil disorder can be successful. No one really has the will or the means to control the destructive forces that the Islamic State already has in place.

The Islamic State strategists think it is quite possible to take another step in the expansion of Islam, to take up again the assault on Europe left off at Tours and Vienna. Muslim armies have always been known for cruelty and craftiness. Men often shrank in fear before its threat, as they are intended to do. A Muslim theoretician once remarked that their aim was to make the streets of Western cities look like those battlefields we see in the cities of the Middle East. Again with the suicide bomber and believers in their use, for which they are said to be “martyrs,” this may be possible.

Finally, the case of the Islamic State and of the jihadists is not just a threat arising out of Islam’s mission to conquer the world for Allah. It is also a moral case, that the life of the West is atheist and decadent. It does not deserve its prosperity and position. The mission of mankind is the submission to Allah in all things. Once this submission is in place, the sphere of war will be over. No more beheading or car-bombings will be necessary or tolerated. No dissent within Islam will be possible or permitted. All will be at peace under the law of Islam. This is the religious purpose of the Islamic State. It is folly to think of it in any other terms.

But with great opposition both from the West and from within Islamic states to this vision, is there any possibility of its success? Pat Buchanan thought that a group of Seals one of these days would eliminate the new Caliph. Existing Muslin government officials know that their days are numbered if the Islamic State succeeds. But, at the same time, this vision does seem to be the real impetus of the Islamic peoples.

It is easy to write this movement off as fanatical and ruthless, which it is. To the outside world, it sounds horrific, but I suspect not to those who believe its truth and see the current revival of Islam with relief. The second or third class ranking of Islam in the modern world is over. But to the degree that we misjudge what is motivating the renewal of Islam, we will never understand why it exists as it does.

Editor’s note: This essay first appeared September 17, 2014 on Mercatornet.com and published under a Creative Commons license.

Rev. James V. Schall, S.J., taught political science at Georgetown University for many years. His latest books include The Mind That Is Catholic from Catholic University of America Press; Remembering Belloc from St. Augustine Press; and Reasonable Pleasures from Ignatius Press.

Voir aussi:

55% des Musulmans d’Europe sont fortement antisémites
Jean-Patrick Grumberg
Dreuz.info.
3 octobre 2014

Islam modéré ? « Majorité silencieuse et quiétiste » ? Un leurre total, selon une récente étude scientifique très documentée.

45% des musulmans européens souhaitent la sharia en Europe, 55% sont fortement antisémites, et 85% sont homophobes.

Selon une étude menée par 160 scientifiques allemands dans 6 pays européens sur 9 000 personnes, il s’avère que 45% des musulmans européens souhaitent que la sharia soit appliquée en Europe, 55% sont fortement antisémites, et 85% sont homophobes.

On nous serine à longueur de matraquage médiatique que l’islam est compatible avec les valeurs démocratiques, que les musulmans d’Europe, dans leur écrasante majorité, sont modérés, et qu’ils n’aspirent qu’à une chose, s’intégrer dans la société occidentale.

On nous dit que l’islam jihadiste, qui égorge et commet des attentats, ce n’est pas l’islam.

Mais lorsque quelques centaines (3 à 500, à la sortie de l’office de la mosquée de Paris, donc qui ne pouvaient plus s’en aller !) de musulmans manifestent pour se désolidariser du terrorisme, ce sont les médias eux-mêmes qui font un amalgame, dans l’autre sens cette fois, en affirmant que ces cents là représentent la majorité.

Seriner n’est pas démontrer.

Aucun média n’a eu le courage de mener une enquête afin de prouver que tout cela est autre chose que la méthode d’Émile Coué face au miroir.

Apparemment, les Allemands sont moins frileux, et une étude importante vient d’être conduite par le Centre scientifique et social de Berlin WZB.

Comme le WZB rassemble 160 chercheurs en sciences humaines, que plus de 9 000 personnes ont été interrogées au téléphone en Allemagne, en France, en Hollande, en Autriche, en Belgique et en Suède, que les personnes interrogées sont des immigrants mais aussi des personnes issues de l’immigration nées dans ces pays, et que cette étude est la première qui permet de faire une analyse empirique sur l’impact du fondamentalisme islamique sur la population musulmane européenne, l’enquête a été largement ignorée par les grands médias français.

Selon l’étude, menée je le disais, par 160 scientifiques allemands, 45% des musulmans européens souhaiteraient que la sharia soit appliquée en Europe, 55% ont de forts sentiments antisémites, et 85% sont homophobes. 9 000 personnes interrogées dans six pays, voilà de quoi tirer quelques leçons. Leçon numéro un : les musulmans radicaux sont la majorité, et non une infime minorité

Le fondamentalisme religieux, l’islamisme, n’est pas, en Europe de l’ouest, un phénomène marginal.

Ruud Koopmans membre du WZB Berlin, et auteur du rapport, a analysé les résultats de l’enquête.

65% des musulmans interviewés déclarent que les lois religieuses sont plus importantes pour eux que les lois du pays où ils vivent ;

75% affirment qu’il n’existe qu’une seule interprétation légitime du coran, et que tout musulman doit s’y conformer ;

60% considèrent que les musulmans doivent revenir aux racines de l’islam ;

Leçon numéro deux : le fondamentalisme génère l’antisémitisme et l’homophobie

Cette tendance, selon Koopmans, est alarmante : “le fondamentalisme n’est pas une forme innocente de strict respect religieux. Il existe une forte corrélation entre le fondamentalisme et l’hostilité contre des groupes comme les homosexuels et les juifs.”

Presque 60% des musulmans déclarent qu’ils refusent d’être amis avec des homosexuels ;

45% pensent qu’on ne peut pas faire confiance aux juifs ;

45% pensent que l’occident veut détruire l’islam [ah s’ils disaient vrai].

Leçon numéro trois : le fondamentalisme n’est pas le résultat de l’islamophobie et du rejet

Contrairement à l’idée que le fondamentalisme est une réaction à l’islamophobie, à l’exclusion et au rejet de la société, l’étude démontre que les musulmans les moins radicaux sont allemands, alors que c’est le pays où ils jouissent du moins de liberté religieuse des six pays examinés. Mais qu’on ne se laisse pas tromper par le constat précédent : même en Allemagne, 30% des répondants entrent dans la catégorie des fondamentalistes, d’après l’étude.

Leçon numéro quatre : les Chrétiens fondamentalistes, eux, sont ultra minoritaires

Les Chrétiens, interrogés sur les mêmes questions pour valider l’enquête, prouvent que le fondamentalisme religieux existe aussi, mais pas du tout dans la même proportion.

Seulement 13% placent la bible au dessus des lois de leur pays ;

Moins de 20% refusent d’accepter différentes interprétations de la bible ;

9% sont ouvertement antisémites ;

13 % ne veulent pas être amis avec des homosexuels ;

et 23% sont islamophobes (ils pensent que les musulmans veulent détruire la civilisation occidentale.)

Même parmi les sous groupes comme les Adventistes du 7e jour, les Témoins de Jéhova, et les Pentecôtistes, les idées fondamentalistes ne sont suivies que par 12% d’entre eux, soit bien moins que les musulmans sunnites, eux-mêmes légèrement moins radicaux que la moyenne.

Leçon numéro cinq : les milieux sociaux défavorisés ne favorisent pas le radicalisme

Il est connu que les milieux socio-économiques défavorisés, les classes ouvrières, sont plus attirés par les mouvements extrémistes que les catégories privilégiées.

Comme les niveaux de vie des musulmans sont généralement inférieurs à celui des chrétiens, il est possible que le fondamentalisme musulman soit d’origine sociale, et non religieuse.

Cependant, les résultats de l’analyse de contrôle selon la méthode régressive pour le niveau d’éducation, le statut salarial, l’âge, le sexe, et le statut marital révèlent que, bien que certaines de ces variables font ressortir des variations dans le degré de radicalisme dans les deux groupes religieux étudiés, ils n’expliquent pas du tout, voire même réduisent la théorie selon laquelle un milieu social défavorisé pousse vers le fondamentalisme.

Et alors que le fondamentalisme est plus rare chez les jeunes chrétiens, les attitudes radicales sont très fréquentes chez les jeunes musulmans.

Leçon numéro six : le racisme anti-blanc, sorte d’équivalent musulman à l’islamophobie, est plus fortement développé

Alors qu’environ 23% des Européens peuvent être considérés comme islamophobes selon l’étude, le degré de « phobie » (pour lequel il n’existe pas de mot – Occidentophobie ?) ou de haine des musulmans envers les blancs européens, est très élevé.

54% des musulmans pensent que l’occident veut détruire l’islam.

Cette conclusion concorde d’ailleurs avec l’étude conduite en 2006 par l’institut de recherche Pew, qui montrait qu’environ la moitié des musulmans de France, d’Allemagne et de Grande Bretagne croient en cette théorie de la conspiration selon laquelle les attentats du 11 septembre n’ont pas été provoqués par des musulmans, mais par des occidentaux et/ ou des juifs.

Un autre aspect inquiétant est que l’islamophobie est plus faible chez les jeunes européens de souche, tandis que l’hostilité contre les Européens natifs est très forte parmi les jeunes musulmans.

Là encore, il est connu que la xénophobie et le racisme sont plus forts dans les classes défavorisés, et l’étude devait vérifier les différences selon les catégories socio-économiques.

Les analyses régressives à variables multiples ont montré que c’est bien le cas, mais le contrôle avec les variables socio-économiques ne parviennent pas à expliquer la différence entre les musulmans et les chrétiens.

Ainsi, nous avons trouvé que la différence de racisme et de xénophobie entre les personnes de niveau universitaire et ceux du niveau certificat d’étude est deux fois moins importante que la différence entre les musulmans et les natifs européens.

Voir également:

The Greatest Murder Machine in History
Mike Konrad
American thinker
May 31, 2014

When one thinks of mass murder, Hitler comes to mind. If not Hitler, then Tojo, Stalin, or Mao. Credit is given to the 20th-century totalitarians as the worst species of tyranny to have ever arisen. However, the alarming truth is that Islam has killed more than any of these, and may surpass all of them combined in numbers and cruelty.

The enormity of the slaughters of the « religion of peace » are so far beyond comprehension that even honest historians overlook the scale. When one looks beyond our myopic focus, Islam is the greatest killing machine in the history of mankind, bar none.

The Islamic conquest of India is probably the bloodiest story in history. — Will Durant, as quoted on Daniel Pipes site.<

Conservative estimates place the number at 80 million dead Indians.

According to some calculations, the Indian (subcontinent) population decreased by 80 million between 1000 (conquest of Afghanistan) and 1525 (end of Delhi Sultanate). — Koenrad Elst as quoted on Daniel Pipes site

80 Million?! The conquistadors’ crimes pale into insignificance at that number. No wonder Hitler admired Islam as a fighting religion. He stood in awe of Islam, whose butchery even he did not surpass.

Over 110 Million Blacks were killed by Islam.

… a minumum of 28 Million African were enslaved in the Muslim Middle East.  Since, at least, 80 percent of those captured by Muslim slave traders were calculated to have died before reaching the slave market, it is believed that the death toll from 1400 years of Arab and Muslim slave raids into Africa could have been as high as 112 Millions.  When added to the number of those sold in the slave markets, the total number of African victims of the trans-Saharan and East African slave trade could be significantly higher than 140 Million people. — John Allembillah Azumah, author of The Legacy of Arab-Islam in Africa: A Quest for Inter-religious Dialogue<

Add just those two numbers alone together, and Islam has surpassed the victims of 20th-century totalitarianism. However, it does not end there. Add the millions who died at the hand of Muslims in the Sudan in our lifetime.

Much of Islamic slavery was sexual in nature, with a preference for women. Those men who were captured were castrated. The mulatto children of the women were often killed, which explains why Islam was not demographically shifted towards the black race, unlike slaves in the West, who bore children to breed a mestizo class. Add in those dead children; and we arrive at well over 200 million.

Remember that in the 7th century, North Africa was almost totally Christian. What happened to them?

By the year 750, a hundred years after the conquest of Jerusalem, at least 50 percent of the world’s Christians found themselves under Muslim hegemony… Today there is no indigenous Christianity in the region [of Northwest Africa], no communities of Christians whose history can be traced to antiquity.– « Christianity Face to Face with Islam, » CERC

What happened to those Christian millions? Some converted. The rest?  Lost to history.

We know that over 1 million Europeans were enslaved by Barbary Pirates. How many died is anybody’s guess.

…for the 250 years between 1530 and 1780, the figure could easily have been as high as 1,250,000 –  BBC

In the Middle Ages…

…many slaves were passed through Armenia and were castrated there to fill the Muslim demand for eunuchs. — Slavery in Early Medieval Europe.

The same practice ran through Islamic Spain. North Europeans captured from raids up to Iceland, or purchased, were butchered in the castratoriums of Iberia. Many died from the operations that ran for centuries.

The number of dead from the Muslim conquest of the Balkans and Southern Italy is unknown, but again the numbers add up, surely into the millions over the centuries. Don’t forget the 1.5 million Armenian Christians killed by the Turks during WWI. We do know that over five centuries, vast numbers of Christian boys were kidnapped to become Islamic Janissary mercenaries for the Turks. Add those in, too.

Muslims prized blonde women for their harems; and so enslaved Slavic women were purchased in the bazaars of the Crimean Caliphate. In Muslim Spain, an annual tribute of 100 Visigothic [blonde] women was required from Spain’s Cantabrian coast.

For decades, 100 virgins per year were required by the Muslim rulers of Spain from the conquered population.  The tribute was only stopped when the Spaniards began fighting back — Jihad: Islam’s 1,300 Year War Against Western Civilisation<

Add in the death toll from the Reconquista and the numbers climb higher.

Research has shown that the Dark Ages were not caused by the Goths, who eventually assimilated and Christianized:

…the real destroyers of classical civilization were the Muslims. It was the Arab Invasions… which broke the unity of the Mediterranean world and turned the Middle Sea — previously one of the world’s most important trading highways — into a battleground. It was only after the appearance of Islam… that the cities of the West, which depended upon the Mediterranean trade for their survival, began to die. — Islam Caused the Dark Ages

Add in those unknown millions who died as a consequence.

How many know the horrors of the conquest of Malaysia? The Buddhists of Thailand and Malaysia were slaughtered en masse.

When attacked and massacred by the Muslims, the Buddhists initially did not make any attempt to escape from their murderers. They accepted death with an air of fatalism and destiny. And hence they are not around today to tell their story. – History of Jihad.org

We may never know the numbers of dead.

After Muslims came to power in the early 15th century, animist hill peoples eventually disappeared due to their enslavement and ‘incorporation’ into the Muslim population of Malaya, Sumatra, Borneo, and Java via raids, tribute and purchase, especially of children. Java was the largest exporter of slaves around 1500. — Islam Monitor<

In the same manner, Islam arrived in the Philippines. Only the appearance of the Spanish stopped a total collapse, and confined Islam to the southern islands.

The coming of the Spanish saved the Philippines from Islam, except for the Southern tip where the population had been converted to Islam.– History of Jihad.org<

Again, the number of dead is unknown; but add them to the total.

The animist Filipinos were eager to ally with the Spanish against Islam. In fact, much of Southeast Asia welcomed the Spanish and Portuguese as preferable to Islam.

…from the 17th century successive Thai kings allied themselves with the seafaring Western powers – the Portuguese and the Dutch and succeeded in staving off the threat of Islam from the Muslim Malays and their Arab overlords.– History of Jihad.org  

A few galleons and muskets were not enough to conquer Asia. Islam had made the Europeans initially appear as liberators; and to a certain extent they were. Who were the real imperialists?

Even today…

…Malaysian Jihadis are plotting to transform multi-ethnic Malaysia into an Islamic Caliphate, and fomenting trouble in Southern Thailand.– History of Jihad.org<

Add this all up. The African victims. The Indian victims. The European victims. Add in the Armenian genocide. Then add in the lesser known, but no doubt quite large number of victims of Eastern Asia. Add in the jihad committed by Muslims against China, which was invaded in 651 AD. Add in the Crimean Khanate predations on the Slavs, especially their women.

Though the numbers are not clear, what is obvious is that Islam is the greatest murder machine in history bar none, possibly exceeding 250 million dead. Possibly one-third to one-half or more of all those killed by war or slavery in history can be traced to Islam; and this is just a cursory examination.

Now consider the over 125 Million women today who have been genitally mutilated for Islamic honor’s sake. In spite of what apologists tell you, the practice is almost totally confined to Islamic areas.

New information from Iraqi Kurdistan raises the possibility that the problem is more prevalent in the Middle East than previously believed and that FGM is far more tied to religion than many Western academics and activists admit. – “Is Female Genital Mutilation an Islamic Problem?” ME Quarterly

Once thought concentrated in Africa, FGM has now been discovered to be common wherever Islam is found.

There are indications that FGM might be a phenomenon of epidemic proportions in the Arab Middle East. Hosken, for instance, notes that traditionally all women in the Persian Gulf region were mutilated. Arab governments refuse to address the problem. — « Is Female Genital Mutilation an Islamic Problem? » ME Quarterly

Remember that this has gone on for 1400 years; and was imposed on a population that had been formerly Christian or pagan.

FGM is practiced on large scale in Islamic Indonesia; and is increasing.

…far from scaling down, the problem of FGM in Indonesia has escalated sharply. The mass ceremonies in Bandung have grown bigger and more popular every year. — Guardian

The horrified British author of that Guardian article is still deluded that Islam does not support FGM, when in fact it is now settled that FGM is a core Islamic practice. Islamic women have been brainwashed to support their own abuse.

Abu Sahlieh further cited Muhammad as saying, « Circumcision is a sunna (tradition) for the men and makruma (honorable deed) for the women. »  — “Is Female Genital Mutilation an Islamic Problem?” ME Quarterly

What other tyranny does this? Not even the Nazis mutilated their own women!

Unlike the 20th-century totalitarians whose killing fury consumed themselves, reducing their longevity, Islam paces itself. In the end, though slower, Islam has killed and tortured far more than any other creed, religious or secular. Unlike secular tyranny, Islam, by virtue of its polygamy and sexual predations, reproduces itself and  increases.

Other tyrannies are furious infections, which burn hot, but are soon overcome. Islam is a slow terminal cancer, which metastasizes, and takes over. It never retreats. Its methods are more insidious, often imperceptible at first, driven by demographics. Like cancer, excision may be the only cure.

So whenever you read about this or that Israeli outrage — and there may be truth to the complaint — place the news in context. Look whom the Israelis are fighting against. Islam is like nothing else in history.

Mike Konrad is the pen name of an American who is not Jewish, Latin, or Arab. He runs a website, http://latinarabia.com, where he discusses the subculture of Arabs in Latin America. He wishes his Spanish were better.

Voir encore:

Killing In The Name Of God
Alon Ben-Meir
American thinker
July 21, 2013

Notwithstanding the cultural and interpretive differences between Judaism, Christianity, and Islam, the God worshiped by Muhammad is the same God that communicated with Abraham and to which Jesus prayed.

This one God, it is believed, revealed sublime values which were then disseminated by the three largest monotheistic religions. It is therefore easy to wholeheartedly support these religions for giving voice to ethical injunctions for centuries.

That is, despite myriad conflicts, religion at its core was created to foster peace, compassion, and brotherhood while providing ethical guidance and nurturing the inherent good in humanity, reflecting a generous and loving Supreme Being.

Giving voice to this truth, Einstein said that without religion, science was lame. Science, he argued, can measure and predict events but cannot directly provide advice concerning what is right or wrong, where religion can offer guidance in ethical conduct.

Considering the ever-present challenge for human survival in a hostile world, it is understandable that religions would occasionally remain silent on the verdict of war or fail in their missions to promote peace and amity.

The World Wars of the twentieth century are historically considered secular wars fought over political, geographic, and economic interests. Yet in Europe, six million Jews were exterminated as a result of centuries of anti-Semitic teachings brewing in the heart of medieval Christendom.

From the time of Muhammad and for nearly thirteen hundred years after, Islam waged religious wars against whole populations, forcing conversion to Islam (excluding Jews and Christians, known as « the people of the book ») as a means by which to spread its faith.

The major Christian response to the spread of Islam manifested as the Crusades, which spanned the 11th to 13th centuries.

The European wars of religion between rivaling Christian sects encompassed roughly 125 years of conflict in the sixteenth and seventeenth centuries.

The Arab-Israeli conflict, though ostensibly fought over territory, contains a powerful religious component, especially in connection with Jerusalem, for which thousands have been killed and many more might die if it is not resolved peacefully.

In all cases, religious conviction, which was repeatedly invoked, amplified a sense of entitlement to the lands and wealth of other.

This begs the question: of what stuff is religion truly made? For in all the conflicts in the history of the world, the violence and atrocities incited by religious fervor comprise some of the worst violations of human dignity.

Historically speaking, a religious war is a conflict exclusively incited and fueled by diversity in religious identity. While technically less than 10% of all the wars ever fought were wars of religion, only a few did not encompass or embody some religious component or sentiment.

By the same token that we support the ethical teachings of religions, we must all the more and in unison condemn self-appointed messengers and spokespersons of the divine that foment mass murder in the name of God.

For unless we believe that this all-merciful, fatherly, peace-loving, and ever-beneficent God wills for his believers to kill each other in His name, we must conclude that religions are repeatedly corrupted to pit the children of God against each other.

Ironically, conflict more often occurs within religions than between them. Today we witness the eruption of centuries of enmity between Sunni and Shiites Muslims that has been nurtured by prolonged persecution.

The Sunni-Shiite schism occurred when Muhammad died in 632, causing disagreement over the succession to Muhammad’s religious authority. Following the murder of Hussein (Ali’s son and Muhammad’s grandson), the Muslim community became squarely and eternally divided.

Nevertheless, tensions between Sunnis and Shiites are more often about political persecution than strictly theology, though religious convictions are frequently invoked, fomenting anger and resentment.

During the Safavid era in Persia between the years 1501-1736, forced conversion of Sunnis to Shiites was systematically done to change the demographic balance between the two; those who refused were killed.

The 1979 revolution in Iran that brought the Shiites to power (with regional hegemonic ambitions) further heightened the tension between the two sects.

Further radicalization of Shiites came with Israel’s invasion of Lebanon in 1982 and the establishment of the Shiite Hezb’allah.

While the average Sunni and Shiite have been relatively able to live in peace, the theological division has allowed despots, like Saddam Hussein, to disempower and dehumanize Shiites.

The 2003 Iraq war, though subsequently bringing the Shiite majority to power, ignited a bloody conflict between Shiites and Sunnis that continues to this day.

Conflicting interests between Shiite Iran and Sunni Saudi Arabia and Turkey have made Syria the battleground between the two sects, deepening the fissure more than at any other time in living memory.

Though Sunni and Shiites agree on the unquestioned authority of the Qur’an, sectarian factionalism has persisted and remains a destabilizing force in the Middle East, leaving a terrible inheritance passed down from generation to generation.

Children, especially of the disenfranchised and poorly educated, have effectively become not the recipients of the necessary ethical teachings of Islam, but the targets of religious extremism, promoting endless sectarian strife.

Part of the problem is that the codification of religious precepts opens it up to all manner of interpretation; indigent and marginalized peoples are particularly vulnerable to the most radical and violence-producing interpretations of Islam.

It is in this way that a precept, for example, to not murder, is literally turned on its head and becomes the precise opposite; where once religion decried violence, now violence and death are associated with martyrdom. Yet the situation in the Middle East is far graver than this.

When true believers habitually use religious language to explain and frame the events of their lives, the heart and emotions, more often than reason and science, are employed as a means of defining one’s place in the world.

Moreover, if the avenue to self-determination is exclusively faith-based, radical responses to extreme situations of disempowerment, as in Iraq post-Saddam Hussein and poverty-stricken Yemen, will be more passionate than tempered.

Herein lies the danger, for this is no longer a world where we can afford to view whole peoples as populations to be conquered and converted, whether to a religious, economic, or political paradigm.

The monotheistic faiths must at once embrace their ethical heritage and disavow their antiquated views of God, acknowledging that humanity has invented thousands of gods. All these gods, without exception, reflect the people who invented them and the conditions under which they lived.

In other words, religions spiritually succeed when they embrace the spirit of God embodied in their very ethical teachings but utterly fail when they become little more than a ruse designed to supplant God with tribal, ethnic, and sectarian divisiveness.

The work of Baruch Spinoza (1632 – 1677) may be of help here. Einstein once said that his God was the God of Spinoza. Pantheism, or understanding God as the cosmos, was already ancient in the East when Spinoza was born.

Yet the idea that God might be conceived by the mind — as in his famous interpretation of natura naturans (« nature nurturing »)– was relatively new in the West.

While denying a personal God « up there, » Spinoza reminds us that we can embrace the idea of an Infinite Being that has passively produced, as part of its very nature, the cosmos.

Although the rabbinic tradition considered this heresy and excommunicated Spinoza, I would argue that, far from lowering God’s status as the clergy believed, it elevated it.

Such an elevated God inspires a more personal religion wherein virtue is internalized, selfishness is nullified, and a sincere jihad against the biological responses to fear, fight or flight, and insecurity is waged within.

Humanity has suffered for too long due to a lowered conception of the infinite that was easily exploited to pit man against man. Increased used of the scientific method and reason, especially among those afforded a high degree of education, may tone down emotional and passionate responses to challenging circumstances.

This is not to say that the intellectual approach has all of the answers, lest we forget Einstein’s reminder regarding science’s ethical limits.

For while the West understandably pays a great deal of attention to the current killing in the name of God in some of the Arab states, the numbers involved do not compare to the fifty million or more slaughtered in World War II alone mostly Christians against Christians.

Intellectually-bent Western societies may introduce the « civility » of war, complete with Geneva Conventions and other rules by which blood can be spilt. But their wars, to date, encompass a far greater destructive power than do the conflicts of any other peoples, especially in the current conflict of Muslims against Muslims in the Middle East.

So the question remains: how can we cease the religious (in the name of God) and corporate (in the name of Mammon) justification of violence?

Understanding violence in the broadest context, the West may in some respects be actually farther away from realizing this goal. While the death tolls of soldiers are easy to disseminate, the daily suffering of millions of dislocated, dishonored, and stateless lives does not as easily fit into our news diet.

The West also does not live within the scope of history. While for us yesterday is already history, the Arab world lives day in and day out conscious of its histories of divisiveness, colonialism, dictatorships, and arbitrary borders imposed by Western powers that fostered sectarian conflicts and territorial claims and counterclaims.

Nevertheless, the Arab world is left with the challenge to compartmentalize religion and God, just as the West has done; albeit far from perfect, religion in the West remains functional, consistent, and in the spirit of one’s personal choice.

For the Muslim world, Islam is more than a mere belief to embrace, but a way of life and part and parcel of a cultural heritage; as such, it remains a part of the heart and self-identity.

That said, nearly 60 percent of the Arab population (250 million out of 422 million in total) is under the age of 25. They yearn for freedom, education, health care, and the opportunity for a better future.

They are Muslims at heart and mind but they do not wish to be ruled by either secular or religious dictators (albeit ostensibly freely-elected) as demonstrated by Egypt’s second revolution.

They want to be free while adhering to Islamic tradition and culture and draw a balance between secularism and orthodoxy.

Religion, like it is today in Israel and to a great extent in Muslim Malaysia and Bangladesh, may be used to reconcile family issues, including marriage, divorce, children and custody issues, death, and coming-of-age rituals.

Beyond this, religion must go no farther. It must have no bearing on medical science, international relations, or national defense, and a host of other international and domestic issues. Other than that religion must foster unconditional peace, amity, love, and compassion in humankind.

Thus in writing new constitutions in the emerging transitional authorities, Egypt, Libya, Yemen, and other Arab states must recognize that whereas collaboration between the religious and the secular is necessary, legislatively codifying Sharia law as a source for legislation is a step backward.

For the world today, Arab states that have overwhelming majorities of youth are not so intellectually poor as to require religion for its only source of ethics. Codes of behavior flow from secular humanism, law, and philosophical debate.

Those who look to religion for personal guidance are free to do so and their right must be protected, but they must also abide by the laws that separate church and state. No longer should any religious edict be forced on anyone.

Under these conditions, religious freedom goes hand in hand with personal freedom, which is central in promoting all religions’ fundamental tenets of brotherhood, compassion, amity and peace.

And perhaps this may bring an end to the killing in the name of God that betrays the essence of why and to what end religion was created in the first place.

Alon Ben-Meir is a professor of international relations at the Center for Global Affairs at NYU. He teaches courses on international negotiation and Middle Eastern studies. alon@alonben-meir.com Web: http://www.alonben-eir.com

Voir de même:

Catholic Reverend: Not possible to extract violence and terror from Islam
Allen West
October 3, 2014

As we sit quietly by, watching this entity called ISIS endeavor to create an Islamic caliphate or recoil at the recent beheading of an American woman, I believe it’s time to conduct a serious analysis of Islam.

I care not for the cultural jihadist apologists and their PC dismissals. The time has come for the sake of Western civilization and our Constitutional Republic to ask the hard questions and make the tough assessments.

What separates Islam from other religions is a single word — reformation. It’s interesting how so many want to play the relativism game when it comes to Christianity and Islam. First, let’s make a clear distinction: Christianity is a faith, not a religion. As a matter of fact, there can be no debate that America – if not most of Western civilization — has a Judeo-Christian faith heritage in the formulation of its foundational principles.

Religion is manmade dogma, not a faith — such as Judaism is a faith but there are many different subsets, in other words, religious practices, such as Orthodox Hasidic, Chabad Lubavitch, Conservative, and Reform. As for the Christian faith, it comes down to Catholicism and Protestantism – but there are countless subsets of religious practices in Protestantism (Calvinists, Methodists, Lutherans, Presbyterians, Baptists, etc).

Some say Christianity has fought many wars, but actually it was the clash between the traditions of Catholicism and the newly advocated Protestantism. It was Martin Luther’s 95 Theses of 1517 that was the impetus of what would become the Protestant [root word being protest] Reformation. It was a revolutionary endeavor to promote the right and freedom of the individual to have a relationship with God not requiring an intermediary — such as what the Catholic Church at the time promoted. It was this that led to the Gutenberg printing of the Bible in mass for all to read and understand. It’s critical to understand what Luther actually set in motion.

First of all, it was the beginning of individual sovereignty in challenging the prevalent belief that the collective was preeminent over the individual. It unlocked the beginning of individual enlightenment and the ability to question and reason. And most important, it challenged the ruling monarchial concept of Divine Law theory — rule being granted to Kings and such by God — and laid the seeds for the Natural Law theory, which led to the concept of unalienable individual rights from the Creator — since Luther had established this personal relationship. It was the Protestant Reformation that has led to the elevation of the individual instead of the subjugation of the collective — the seminal fundamental principle of Western civilization.

The problem we are facing today is that Islam has never been reformed and still holds onto 7th century precepts as promoted by an illiterate, violent, war lord and pedophile — who is considered the “perfect man.”

And so I found particularly relevant a recent article entitled “It’s time to take the Islamic State Seriously” posted on Crisismagazine.com by Reverend James V. Schall, S.J. Rev. Schall taught political science at Georgetown University for many years and his latest books include The Mind That Is Catholic, Remembering Belloc, and Reasonable Pleasures.

Rev Schall’s piece was thought-provoking, and theologically and historically spot on. He writes, “What I want to propose here is an opinion. An opinion is a position that sees the plausibility but not certainty of a given proposition. But I think this opinion is well-grounded and makes more sense both of historic and of present Islam than most of the other views that are prevalent. The Islamic State and the broader jihadist movements throughout the world that agree with it are, I think, correct in their basic understanding of Islam. Plenty of evidence is found, both in the long history of early Muslim military expansion and in its theoretical interpretation of the Qur’an itself, to conclude that the Islamic State and its sympathizers have it basically right. The purpose of Islam, with the often violent means it can and does use to accomplish it, is to extend its rule, in the name of Allah, to all the world. The world cannot be at “peace” until it is all Muslim.”

And we must not forget that Islam means “submission” — quite in contrast to what Luther was promoting.

Rev. Schall is saying that it’s not possible to extract violence and terror from Islam itself as that is an integral part of its calling. Islam began in 612AD and its first convert was Mohammed’s first wife Kadeisha. The so-called “peaceful verses” of the Qur’an come in the time period from 612AD-622AD. Around 622AD, Mohammed took his “night ride” to Jerusalem because he was rejected in his home tribal area of Mecca, and he enacted the Hijra to Medina. This began the second phase when Mohammed aligned himself with violent tribes and started his actions with the Nahkla raid and the verses of the Qur’an shifted to violent — but based upon the Arabic term “Nakesh” which means abrogation, the latter more violent verses supersede all those previous, but all verses have validity. This lends to the duplicity of Islam.

“In Muslim doctrine,” Rev. Schall writes, “everyone born into the world is a Muslim. No one has any right or reason not to be. Hence, everyone who is not a Muslim is to be converted or eliminated — [as we saw done to the Christian community and others in Mosul]. This is also true of the literary, monumental, and other signs of civilizations or states that are not Muslim. They are destroyed as not authorized by the Qur’an. It is the religious responsibility of Islam to carry out its assigned mission of subduing the world to Allah. It may be possible for some to read Islam as a religion of “peace.” But its “peace,” in its own terms, means the peace of Allah within its boundaries, Dar-al-Islam. With the rest of the outside world, it is at war — Dar al-Harb — in order to accomplish a religious purpose, namely, to have all submitted to Allah in the passive way that the Qur’an specifies.”

The problem Rev. Schall brings out in his piece is that we here in the West, and certainly this Obama administration, attempt to rationalize and reason the problem away. We fail to just accept what is happening, and has happened historically, before our eyes.

Now, this is not about condemning Muslims. However, it is about indicting a political-theocratic totalitarian imperialistic ideology — it ain’t workplace violence folks. We always hear about “crusades” yet no one wants to talk about how Islam sought to spread — certainly not by peaceful proselytization — as could be seen from North Africa to Spain (Al Andalusia) to France (Battle of Tours) to the Mediterranean (Battle of Lepanto) to Constantinople (Istanbul) to the Balkans to Vienna to Hindu India to China to the Phillipines and today to Ft. Hood, Texas and Moore, Oklahoma. And yet we have individuals such as CIA Director John Brennan giving us some wishy-washy definition of jihad or B. Hussein Obama telling us ISIS isn’t Islamic.

I highly encourage you all to read Rev. Schall’s entire piece. It is highly enlightening and I leave you with his conclusion, “It is easy to write this movement off as fanatical and ruthless, which it is. To the outside world, it sounds horrific, but I suspect not to those who believe its truth and see the current revival of Islam with relief. The second or third class ranking of Islam in the modern world is over. But to the degree that we misjudge what is motivating the renewal of Islam, we will never understand why it exists as it does.”

Luther’s reformation brought about great strides for the civilized world. If Islam does not undergo a reformation, there is no coexistence, only a new Dark Age.

Voir par ailleurs:

Fundamentalism and out-group hostility
Muslim immigrants and Christian natives in Western Europe
Ruud Koopmans

WZB Mitteilungen

December 2013

In the heated controversies over immigration and Islam in the early 21st century, Muslims have widely become associated in media debates and the popular imagery with religious fundamentalism. Against this, others have argued that religiously fundamentalist ideas are found among only a small minority of Muslims living in the West, and that religious fundamentalism can equally be found among adherents of other religions, including Christianity. However, claims on both sides of this debate lack a sound empirical base because very little is known about the extent of re ligious fundamentalism among Muslim immigrants, and virtually no evidence is available that allows a comparison with native Christians. Religious fundamentalism is certainly not unique to Islam. The term has its origin in a Protestant revival movement in the early 20th century United States, which propagated a return to the “fundaments” of the Christian faith by way of a strict adherence to, and literal interpretation of the rules of the Bible. A large number of studies on Protestant Christian religious fundamentalism in the USA have shown that it is strongly and consistently associated with prejudices and hostility against racial and religious out-groups, as well as “deviant” groups such as homosexuals. By contrast, our knowledge of the extent to which Muslim minorities in Western countries adhere to fundamentalist interpretations of Islam is strikingly limited. Several studies have shown that, compared to the majority population, Muslim immigrants more often define themselves as religious, identify more strongly with their religion, and engage more often in religious practices such as praying, visiting the mosque, or following religious prescriptions such as halal food or wearing a headscarf. But religiosity as such says little about the extent to which these religious beliefs and practices can be deemed “fundamentalist” and are associated with out-group hostility.

The WZB-funded Six Country Immigrant Integration Comparative Survey (SCIICS) among immigrants and natives in Germany, France, the Neth erlands, Belgium, Austria and Sweden provides for the first time a solid empirical basis for these debates. The survey with a total sample size of 9,000 respondents was conducted in 2008 among persons with a Turkish or Moroccan immigration background, as well as a native comparison group. Following the widely accepted definition of fundamentalism of Bob Altermeyer and Bruce Hunsberger, the fundamentalism belief system is defined by three key elements:

– that believers should return to the eternal and unchangeable rules laid down in the past;
– that these rules allow only one interpretation and are binding for all believers;
– that religious rules have priority over secular laws.

These aspects of fundamentalism were measured by the following survey items that were asked to those native respondents who indicated that they were Christians (70%), and to those respondents of Turkish and Moroccan origin who indicated they were Muslims (96%):

“Christians [Muslims] should return to the roots of Christianity [Islam].”
“There is only one interpretation of the Bible [the Koran] and every Christian [Muslim] must stick to that.”
“The rules of the Bible [the Koran] are more important to me than the laws of [survey country].”

Figure 1 shows that religious fundamentalism is not a marginal phenomenon within West European Muslim communities. Almost 60 per cent agree that Muslims should return to the roots of Islam, 75 per cent think there is only one interpretation of the Koran possible to which every Muslim should stick and 65 per cent say that religious rules are more important to them than the laws of the country in which they live. Consistent fundamentalist beliefs, with agreement to all three statements, are found among 44 per cent of the interviewed Muslims. Fundamentalist attitudes are slightly less prevalent among Sunni Muslims with a Turkish (45% agreement to all three statements) compared to a Moroccan (50%) background. Alevites, a Turkish minority current within Islam, display much lower levels of fundamentalism (15%). Against the idea that fundame
ntalism is a reaction to exclusion by the host society, we find the lowest levels of fundamen talism in Germany, where Muslims enjoy fewer religious rights than in any of the other five countries. But even among German
Muslims fundamentalist attitudes are widespread, with 30 per cent agreeing to all three statements. Comparisons with other German studies reveal remarkably similar patterns. For instance, in the 2007 Muslime in Deutschland study 47 per cent of German Muslims agreed with the statement that following the rules of one’s religion is more important than democracy, almost identical to the 47 per cent in our survey that finds the rules of the Koran more important than the German laws.

Another striking finding in Figure 1 is that religious fundamentalism is much more widespread among Muslims than among Christian natives. Among Christians agreement to the single statements ranges between 13 and 21 per cent and less than 4 per cent can be characterized as consistent fundamentalists who agree with all three items. In line with what is known about Christian fundamentalism, levels of agreement are slightly higher (4% agreeing with all statements) among mainstream Protestants than among Catholics (3%), and most pronounced (12%) among the adherents of smaller Protestant groups such as Seventh Day Adventists, Jehova’s Witnesses and Pentecostal believers. However, even among these groups support for fundamentalist attitudes remains much below the levels found among Sunni Muslims. Turkish Alevites’ view on the role of religion is however more similar to that of native Christians than of Sunni Muslims.

Because the demographic and socio-economic profiles of Muslim immigrants and native Christians differ strongly, and since it is known from the literature that marginalized, lower-class individuals are more strongly attracted to fundamentalist movements, it would of course be possible that these differences are due to class rather than religion. However, the results of regression analyses controlling for education, labour market status, age, gender, and marital status reveal that while some of these variables explain variation in fundamentalism within both religious groups, they do not at all explain or even diminish the difference between Muslims and Christians. A cause for concern is that while among Christians religious fundamentalism is much less widespread among younger people, fundamentalist attitudes are as widespread among young as among older Muslims.

Research on Christian fundamentalism in the United States has demonstrated a strong association with hostility towards out-groups, which are seen as threatening the religious in-group. To what extent do we find this linkage also in the European context? To answer this question, we use three statements that measure rejection of homosexuals and Jews, as well as the degree to which the own group is seen as threatened by outside enemies:

“I don’t want to have homosexuals as friends.”
“Jews cannot be trusted.”
“Muslims aim to destroy Western culture.” [for natives]
“Western countries are out to destroy Islam.” [for persons with a Turkish or Moroccan migration background]

Figure 2 shows that out-group hostility is far from negligible among native Christians. As much as 9 per cent are overtly anti-semitic and agree that Jews cannot be trusted. In Germany that percentage is even somewhat higher (11%). Similar percentages reject homosexuals as friends (13 % across all countries, 10% in Germany). Not surprisingly, Muslims are the out-group that draws the highest level of hostility, with 23 per cent of native Christians (17% in Germany) believing that Muslims aim to destroy Western culture. Only few native Christians display hostility against all three groups (1.6%).

If we consider all natives instead of just the Christians, levels of out-group hostility are slightly lower (8% against Jews, 10% against homosexuals, 21% against Muslims, and 1.4% against all three).

Even though these figures for natives are worrisome enough, they are dwarfed by the levels of out-group hostility among European Muslims. Almost 60 per cent reject homosexuals as friends and 45 per cent think that Jews cannot be trusted. While about one in five natives can be considered as Islamophobic, the level of phobia against the West among Muslims – for which oddly enough there is no word; one might call it “Occidentophobia” – is much higher still, with 54 per cent believing that the West is out to destroy Islam. These findings concord with the fact that, as a 2006 study of the Pew research institute showed, about half of the Muslims living in France, Germany, and the United Kingdom believe in the conspiracy theory that the attacks of 9/11 were not carried out by Muslims, but were orchestrated by the West and/or Jews.

Somewhat more than one quarter of Muslims display hostility towards all three out-groups. Contrary to the results for religious fundamentalism, out-group hostility is more widespread among Muslims of Turkish (30% agreeing with all three statements) than among those of Moroccan origin (17%). Although the difference is smaller than in the case of religious fundamentalism, Alevites (13% agreeing to all three statements) display considerably lower levels of out-group hostility than Sunni Muslims of Turkish origin (31%). A worrying aspect is again that while among natives out-group hostility is significantly lower among younger generations, this is not the case among Muslims.

Here too, we must of course make sure that differences between Muslims and natives are not due to the different demographic and socio-economic compositions of these groups, since xenophobia is known to be higher among socio-economically deprived groups. Multivariate regression analyses indeed show this to be the case, but controlling for socio-economic variables hardly reduces group differences. Group differences are moreover much more important than socio-economic differences. For instance, the difference in out-group hostility between those with low and university levels of education is about half as large as the difference between Muslims and natives.

When we take into account religious fundamentalism, this turns out to be by far the most important predictor of out-group hostility and explains most of the differences in levels of out-group hostility between Muslims and Christians.

Also the greater out-group hostility among Turkish-origin Sunnis compared to Alevites is almost entirely explained by the higher level of religious fundamentalism among the Sunnis. A further indication that religious
fundamentalism is a major factor behind out-group hostility is that it is also the most important predictor in separate analyses for Christians and Muslims. In other words, religious fundamentalism not only explains why Muslim immigrants are generally more hostile towards out-groups than native Christians, but also why some Christians and some Muslims are more xenophobic than others.

These findings clearly contradict the often-heard claim that Islamic religious fundamentalism is a marginal phenomenon in Western Europe or that it does not differ from the extent of fundamentalism among the Christian majority. Both claims are blatantly false, as almost half of European Muslims agree that Muslims should return to the roots of Islam, that there is only one interpretation of the Koran, and that the rules laid down in it are more important than secular laws. Among native Christians, less than one in 25 can be characterized as fundamentalists in this sense. Religious fundamentalism is moreover not an innocent form of strict religiosity, as its strong relationship – among both Christians and Muslims – to hostility towards out-groups demonstrates.

Both the extent of Islamic religious fundamentalism and its correlates – homophobia, anti-semitism and “Occidentophobia” – should be serious causes of concern for policy makers as well as Muslim community leaders. Of course, religious fundamentalism should not be equated with the willingness to support, or even to engage in religiously motivated violence. But given its strong relationship to out-group hostility, religious fundamentalism is very likely to provide a nourishing environment for radicalization. Having said that, one should not forget that in Western Europe Muslims make up a relatively small minority of the population.
Although relatively speaking levels of fundamentalism and out-group hostility are much higher among Muslims, in absolute numbers there are at least as many Christian as there are Muslim fundamentalists in Western Europe, and the large majority of homophobes and anti-semites are still natives. As a religious leader respected by both Muslims and Christians once said: “let those who are without sin, cast the first stone.”

Voir aussi:

Why the Peaceful Majority is Irrelevant
History lessons are often incredibly simple.
Israelnews
Paul E. Marek
Paul E. Marek is a second-generation Canadian, whose grandparents fled Czechoslovakia just prior to the Nazi takeover. He is an educational consultant specializing in programs that protect children from predatory adults.

March 18, 2007

I used to know a man whose family were German aristocracy prior to World War II. They owned a number of large industries and estates. I asked him how many German people were true Nazis, and the answer he gave has stuck with me and guided my attitude toward fanaticism ever since.

“Very few people were true Nazis,” he said, “but many enjoyed the return of German pride, and many more were too busy to care. I was one of those who just thought the Nazis were a bunch of fools. So, the majority just sat back and let it all happen. Then, before we knew it, they owned us, and we had lost control, and the end of the world had come. My family lost everything. I ended up in a concentration camp and the Allies destroyed my factories.”

We are told again and again by experts and talking heads that Islam is the religion of peace, and that the vast majority of Muslims just want to live in peace. Although this unquantified assertion may be true, it is entirely irrelevant. It is meaningless fluff, meant to make us feel better, and meant to somehow diminish the specter of fanatics rampaging across the globe in the name of Islam.

The fact is that the fanatics rule Islam at this moment in history. It is the fanatics who march. It is the fanatics who wage any one of 50 shooting wars world wide. It is the fanatics who systematically slaughter Christian or tribal groups throughout Africa and are gradually taking over the entire continent in an Islamic wave. It is the fanatics who bomb, behead, murder, or execute honor killings. It is the fanatics who take over mosque after mosque. It is the fanatics who zealously spread the stoning and hanging of rape victims and homosexuals. The hard, quantifiable fact is that the “peaceful majority” is the “silent majority,” and it is cowed and extraneous.

Communist Russia was comprised of Russians who just wanted to live in peace, yet the Russian Communists were responsible for the murder of about 20 million people. The peaceful majority were irrelevant. China’s huge population was peaceful as well, but Chinese Communists managed to kill a staggering 70 million people. The average Japanese individual prior to World War II was not a war-mongering sadist. Yet, Japan murdered and slaughtered its way across Southeast Asia in an orgy of killing that included the systematic murder of 12 million Chinese civilians – most killed by sword, shovel and bayonet. And who can forget Rwanda, which collapsed into butchery? Could it not be said that the majority of Rwandans were “peace loving”?

History lessons are often incredibly simple and blunt; yet, for all our powers of reason, we often miss the most basic and uncomplicated of points. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by the fanatics. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by their silence. Peace-loving Muslims will become our enemy if they don’t speak up, because, like my friend from Germany, they will awaken one day and find that the fanatics own them, and the end of their world will have begun.

Peace-loving Germans, Japanese, Chinese, Russians, Rwandans, Bosnians, Afghanis, Iraqis, Palestinians, Somalis, Nigerians, Algerians and many others, have died because the peaceful majority did not speak up until it was too late. As for us, watching it all unfold, we must pay attention to the only group that counts: the fanatics who threaten our way of life.

Voir par ailleurs:

Apologize to Israel, Mr. President
David French
National review

Islamophobie: C’est la faute à l’Occident, imbécile ! (When in doubt, blame the West)

28 septembre, 2014
https://i0.wp.com/www.barenakedislam.com/wp-content/uploads/2013/12/slide131.jpg
https://i0.wp.com/www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpgJe suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire … Gavroche
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Arab civilization, such as we knew it, is all but gone. The Arab world today is more violent, unstable, fragmented and driven by extremism—the extremism of the rulers and those in opposition—than at any time since the collapse of the Ottoman Empire a century ago. Every hope of modern Arab history has been betrayed. The promise of political empowerment, the return of politics, the restoration of human dignity heralded by the season of Arab uprisings in their early heydays—all has given way to civil wars, ethnic, sectarian and regional divisions and the reassertion of absolutism, both in its military and atavistic forms. With the dubious exception of the antiquated monarchies and emirates of the Gulf—which for the moment are holding out against the tide of chaos—and possibly Tunisia, there is no recognizable legitimacy left in the Arab world. Is it any surprise that, like the vermin that take over a ruined city, the heirs to this self-destroyed civilization should be the nihilistic thugs of the Islamic State? And that there is no one else who can clean up the vast mess we Arabs have made of our world but the Americans and Western countries? No one paradigm or one theory can explain what went wrong in the Arab world in the last century. There is no obvious set of reasons for the colossal failures of all the ideologies and political movements that swept the Arab region: Arab nationalism, in its Baathist and Nasserite forms; various Islamist movements; Arab socialism; the rentier state and rapacious monopolies, leaving in their wake a string of broken societies. No one theory can explain the marginalization of Egypt, once the center of political and cultural gravity in the Arab East, and its brief and tumultuous experimentation with peaceful political change before it reverted back to military rule. Nor is the notion of “ancient sectarian hatreds” adequate to explain the frightening reality that along a front stretching from Basra at the mouth of the Persian Gulf to Beirut on the Mediterranean there exists an almost continuous bloodletting between Sunni and Shia—the public manifestation of an epic geopolitical battle for power and control pitting Iran, the Shia powerhouse, against Saudi Arabia, the Sunni powerhouse, and their proxies. There is no one single overarching explanation for that tapestry of horrors in Syria and Iraq, where in the last five years more than a quarter of a million people perished, where famed cities like Aleppo, Homs and Mosul were visited by the modern terror of Assad’s chemical weapons and the brutal violence of the Islamic State. How could Syria tear itself apart and become—like Spain in the 1930s—the arena for Arabs and Muslims to re-fight their old civil wars? The war waged by the Syrian regime against civilians in opposition areas combined the use of Scud missiles, anti-personnel barrel bombs as well as medieval tactics against towns and neighborhoods such as siege and starvation. For the first time since the First World War, Syrians were dying of malnutrition and hunger. Iraq’s story in the last few decades is a chronicle of a death foretold. The slow death began with Saddam Hussein’s fateful decision to invade Iran in September 1980. Iraqis have been living in purgatory ever since with each war giving birth to another. In the midst of this suspended chaos, the U.S. invasion in 2003 was merely a catalyst that allowed the violent chaos to resume in full force. The polarizations in Syria and Iraq—political, sectarian and ethnic—are so deep that it is difficult to see how these once-important countries could be restored as unitary states. In Libya, Muammar al-Qaddafi’s 42-year reign of terror rendered the country politically desolate and fractured its already tenuous unity. The armed factions that inherited the exhausted country have set it on the course of breaking up—again, unsurprisingly—along tribal and regional fissures. Yemen has all the ingredients of a failed state: political, sectarian, tribal, north-south divisions, against the background of economic deterioration and a depleted water table that could turn it into the first country in the world to run out of drinking water. Bahrain is maintaining a brittle status quo by the force of arms of its larger neighbors, mainly Saudi Arabia. Lebanon, dominated by Hezbollah, arguably the most powerful non-state actor in the world—before the rise of the Islamic State—could be dragged fully to the maelstrom of Syria’s multiple civil wars by the Assad regime, Iran and its proxy Hezbollah as well as the Islamic State. (….) The jihadists of the Islamic State, in other words, did not emerge from nowhere. They climbed out of a rotting, empty hulk—what was left of a broken-down civilization. They are a gruesome manifestation of a deeper malady afflicting Arab political culture, which was stagnant, repressive and patriarchal after the decades of authoritarian rule that led to the disastrous defeat in the 1967 war with Israel. That defeat sounded the death knell of Arab nationalism and the resurgence of political Islam, which projected itself as the alternative to the more secular ideologies that had dominated the Arab republics since the Second World War. If Arab decline was the problem, then “Islam is the solution,” the Islamists said—and they believed it. At their core, both political currents—Arab nationalism and Islamism—are driven by atavistic impulses and a regressive outlook on life that is grounded in a mostly mythologized past. Many Islamists, including Egypt’s Muslim Brotherhood (the wellspring of such groups)—whether they say it explicitly or hint at it—are still on a ceaseless quest to resurrect the old Ottoman Caliphate. Still more radical types—the Salafists—yearn for a return to the puritanical days of Prophet Muhammad and his companions. For most Islamists, democracy means only majoritarian rule, and the rule of  sharia law, which codifies gender inequality and discrimination against non-Muslims. And let’s face the grim truth: There is no evidence whatever that Islam in its various political forms is compatible with modern democracy. From Afghanistan under the Taliban to Pakistan and Saudi Arabia, and from Iran to Sudan, there is no Islamist entity that can be said to be democratic, just or a practitioner of good governance. The short rule of the Muslim Brotherhood in Egypt under the presidency of Mohamed Morsi was no exception. The Brotherhood tried to monopolize power, hound and intimidate the opposition and was driving the country toward a dangerous impasse before a violent military coup ended the brief experimentation with Islamist rule. Like the Islamists, the Arab nationalists—particularly the Baathists—were also fixated on a “renaissance” of past Arab greatness, which had once flourished in the famed cities of Damascus, Baghdad, Cairo and Córdoba in Al-Andalus, now Spain. These nationalists believed that Arab language and culture (and to a lesser extent Islam) were enough to unite disparate entities with different levels of social, political and cultural development. They were in denial that they lived in a far more diverse world. Those minorities that resisted the primacy of Arab identity were discriminated against, denied citizenship and basic rights, and in the case of the Kurds in Iraq were subjected to massive repression and killings of genocidal proportion. Under the guise of Arab nationalism the modern Arab despot (Saddam, Qaddafi, the Assads) emerged. But these men lived in splendid solitude, detached from their own people. (…) The dictators, always unpopular, opened the door to the Islamists’ rise when they proved just as incompetent as the monarchs they had replaced. That, again, came in 1967 after the crushing defeat of Nasserite Egypt and Baathist Syria at the hands of Israel. From that moment on Arab politics began to be animated by various Islamist parties and movements. The dictators, in their desperation to hold onto their waning power, only became more brutal in the 1980s and ‘90s. But the Islamists kept coming back in new and various shapes and stripes, only to be crushed again ever more ferociously. The year 1979 was a watershed moment for political Islam. An Islamic revolution exploded in Iran, provoked in part by decades of Western support for the corrupt shah. The Soviet Union invaded Afghanistan and a group of bloody zealots occupied the Grand Mosque in Mecca for two weeks. After these cataclysmic events political Islam became more atavistic in its Sunni manifestations and more belligerent in its Shia manifestations. Saudi Arabia, in order to reassert its fundamentalist “wahhabi” ethos, became stricter in its application of Islamic law, and increased its financial aid to ultraconservative Islamists and their schools throughout the world. The Islamization of the war in Afghanistan against Soviet occupation—a project organized and financed by the United States, Saudi Arabia, Egypt and Pakistan—triggered a tectonic change in the political map of South Asia and the Middle East. The Afghan war was the baptism of fire for terrorist outfits like the Egyptian Islamic Group and al Qaeda, the progenitors of the Islamic State. This decades-long struggle for legitimacy between the dictators and the Islamists meant that when the Arab Spring uprisings began in early 2011, there were no other political alternatives. You had only the Scylla of the national security state and the Charybdis of political Islam. (…) Yes, it is misleading to lump—as some do—all Islamist groups together, even though all are conservative in varying degrees. As terrorist organizations, al Qaeda and Islamic State are different from the Muslim Brotherhood, a conservative movement that renounced violence years ago, although it did dabble with violence in the past. Nonetheless, most of these groups do belong to the same family tree—and all of them stem from the Arabs’ civilizational ills. The Islamic State, like al Qaeda, is the tumorous creation of an ailing Arab body politic. Its roots run deep in the badlands of a tormented Arab world that seems to be slouching aimlessly through the darkness. It took the Arabs decades and generations to reach this nadir. It will take us a long time to recover—it certainly won’t happen in my lifetime. My generation of Arabs was told by both the Arab nationalists and the Islamists that we should man the proverbial ramparts to defend the “Arab World” against the numerous barbarians (imperialists, Zionists, Soviets) massing at the gates. Little did we know that the barbarians were already inside the gates, that they spoke our language and were already very well entrenched in the city. Hisham Melhem
In many respects, Iraq today looks tragically similar to the Iraq of 2006, complete with increasing numbers of horrific, indiscriminate attacks by Iraq’s al Qaeda affiliate and its network of extremists. Add to that the ongoing sectarian civil war in Syria — which is, in many aspects, a regional conflict being fought there — and the situation in Iraq looks even more complicated than it was in 2006 and thus even more worrisome — especially given the absence of American combat forces. David H. Petraeus (October 29, 2013)
La réalité est que, depuis 2002 et l’offensive alliée contre le régime Taliban d’Afghanistan et ses protégés djihadistes, Al-Qaïda relève plus du mythe que de la réalité. C’est un mythe qui a été entretenu par le fait que tout contestataire dans le monde musulman, quelles que soient ses motivations et ses objectifs, a bien compris qu’il devait se réclamer de l’organisation qui avait épouvanté l’Amérique s’il voulait être pris au sérieux. C’est un mythe qui a été entretenu par certains dirigeants des pays musulmans qui ont bien compris qu’ils devaient coller l’étiquette Al-Qaïda sur leurs opposants s’ils voulaient pouvoir les réprimer tranquillement. C’est enfin un mythe qui a été entretenu par les dirigeants et les médias d’un certain nombre de pays occidentaux pour légitimer leur politique sécuritaire intérieure et extérieure. Mais dans la galaxie salafiste, tout le monde sait bien que Al-Qaïda se résumait depuis 2003 à un Ben Laden réfugié dans un « resort » des services pakistanais et à un sentencieux Ayman Zawahiri distribuant les bons et les mauvais points de djihadisme et s’appropriant verbalement des actes de violence commis un peu partout dans le monde qu’il n’avait ni commandités, ni prescrits ni contrôlés. Il était difficile pour des djihadistes ambitieux de remettre en cause la figure emblématique de Ben Laden mais plus facile de s’affranchir de la tutelle morale de Zawahiri. En particulier pour des chefs de bande locaux qui n’avaient que faire du « djihad mondial » sans bénéfice immédiat et souhaitaient plutôt se bâtir un petit sultanat local où ils pourraient exercer un pouvoir sans partage et rançonner la population. C’est ce type de raisonnement, joint aux aléas des rivalités locales et des surenchères entre l’Arabie et le Qatar, qui a poussé un Abou Bakr al-Baghdadi à rejeter le parrainage d’Al-Qaïda et – comme on dit en France – à s’autoproclamer « Calife à la place du Calife ». (…) L’EIIL n’a pas « émergé » comme par miracle l’année dernière. Il est la filiation directe de ce que l’on appelait il y encore quelque temps « Al-Qaïda en Irak » ou « Al-Qaïda en Mésopotamie ». Cette organisation avait été elle-même formée en 2003 par Abou Moussaab al-Zarqawi, ancien membre d’Al-Qaïda rejeté par Ben Laden pour son aventurisme, à partir d’un groupe djihadiste préexistant dans le nord est de l’Irak et connu sous le nom de Ansar al-Islam (Partisans de l’Islam). Après la mort de Zarqawi tué dans un bombardement américain, l’organisation a été reprise en main par son chef actuel qui a continué de bénéficier du soutien actif des services saoudiens dans la perspective de s’opposer à la mainmise totale des chiites sur le pouvoir irakien et à la connivence de plus en plus marquée entre Baghdad et Téhéran. Les choses se sont compliquées début 2011 avec l’émergence des troubles en Syrie. Les services spéciaux saoudiens du Prince Bandar Ben Sultan et le Qatar se sont lancé dans des initiatives rivales pour accélérer la chute de Bashar el-Assad. Les Saoudiens ont organisé en Syrie l’émergence d’un front salafiste anti-régime sous la désignation de Jabhat al-Nosra tandis que les Qataris ont lancé une « OPA hostile » sur l’EIIL en diversifiant ses activités sur la Syrie en complément de l’Irak et en concurrence avec les autres groupes djihadistes. Et tout ce paysage confus s’est transformé à l’été 2013 quand le coup d’État feutré qui a eu lieu à Qatar a écarté l’Emir et son activiste Premier ministre et recentré les investissements de l’Émirat sur des activités économiques plutôt que politiques. Dans le même temps, à la lueur du désordre politique et social induit en Égypte par la gestion des Frères Musulmans, le cabinet royal saoudien – plutôt partisan d’un ordre régional apaisé et d’un système de coexistence plutôt que d’affrontement avec l’Iran – a repris la main sur les extrémistes du clan familial, écarté le Prince Bandar et ses partisans, apporté son soutien au coup d’État du Maréchal Sissi et, surtout, condamné et criminalisé les activités djihadistes au Levant. Brutalement privés de soutiens extérieurs significatifs, Jabhat el-Nosra et surtout l’EIIL se sont retrouvés condamnés à une fuite en avant, coincés sur place et contraints d’y trouver les ressources financières et militaires nécessaires à leur survie. Ce n’est pas par hasard que le premier objectif de l’EIIL dans sa fulgurante offensive du printemps dernier a été de s’emparer de la succursale de la banque centrale d’Irak à Mossoul pour y rafler près d’un demi-milliard de dollars en or et en billets. (…) Ces organisations fonctionnent sur un mode féodal et mafieux où des chefs de bandes locales prêtent allégeance au chef de l’organisation en fonction de leur intérêt du moment. Les frontières entre les mouvements sont donc poreuses mais avec les risques que cela comporte en cas de trahison. D’autre part il faut considérer qu’il existe en Syrie comme en Irak une multitude de groupes armés locaux, parfois à l’échelle du village, du quartier ou du groupe d’immeubles, à l’allégeance mal définie et qui se rallient à tel ou tel en fonction des circonstances et du profit à en espérer.(…) Pour l’instant l’EIIL dispose d’un trésor de guerre estimé à 2 milliards de dollars. Ce trésor repose essentiellement sur le racket de « l’impôt révolutionnaire », sur le contrôle d’un certain nombre de site d’extraction d’hydrocarbures, sur le pillage systématique et la revente sur le marché noir turc des matériaux de construction (souvent arrachés des maisons existantes), matériels industriels et agricoles, véhicules, objets volés dans les propriétés publiques et privées dans les zones contrôlées. Mais il faut se garder pour autant de considérer que l’EIIL dispose maintenant d’un budget annuel fixe et permanent. Le pillage de la succursale de la Banque Centrale d’Irak à Mossoul était un fusil à un coup. Il a été largement dilapidé dans la « location » de chefs de tribus sunnites d’Irak qui ont permis à l’EIIL sa rapide offensive du printemps. Le pillage des biens d’équipement sera bientôt tari par épuisement. De même que « l’impôt révolutionnaire » par suite de ruine ou exode des « assujettis ». Reste le contrôle des ressources pétrolières (vulnérables car les puits ne sont pas déplaçables) qui est soumis au bon vouloir des Turcs et d’un certain nombre d’intermédiaires irakiens, tous susceptibles de « retourner leur veste » en fonction de la conjoncture internationale. Bref, dans six ou huit mois, il ne restera plus grande chose et c’est là que se posera (s’il n’est pas réglé avant) le problème du retour vers leur pays d’origine des mercenaires et volontaires étrangers (Tchétchènes, Bosniaques, Maghrébins, Libyens, Saoudiens interdits de retour au royaume, et – en ce qui nous concerne – Européens.) (…) Al-Qaïda était un mouvement terroriste stricto sensu. C’est-à-dire un groupe restreint ayant une stratégie globale mais pas de tactique définie, mettant en œuvre des non-professionnels de la violence sacrifiables en vue de commettre dans le monde entier des attentats aveugles comme ils pouvaient, où ils pouvaient, quand ils pouvaient pourvu que la violence soit spectaculaire, médiatisée et porte la signature et le message de la mouvance. L’EIIL est, au contraire, une véritable armée de professionnels de la violence avec un chef, une mission, des moyens, un agenda et des objectifs précis dans un espace limité. Le seul fait de se désigner sous le nom d’Etat (Dawla) montre bien que ses responsables entendent se donner un ancrage institutionnel (al-Islami) et géographique (fil-Iraq wa ash-Sham). Ce n’était pas du tout le cas de Ben Laden, au moins dans sa version finale des années 1998-2001 qui prônait une violence déterritorialisée contre le monde entier. Mais qui dit État, dit chef de l’État et – en version islamique fondamentaliste – Calife. D’où l’initiative de Baghdadi qui vise aussi bien à faire un pied de nez aux Saoudiens, gardiens autoproclamés des Lieux saints qui l’ont abandonné et dont il conteste ainsi la légitimité, qu’à mettre l’ensemble des musulmans du monde en demeure de choisir leur camp en ayant à accepter ou rejeter son autopromotion. C’est ce qui explique qu’en se proclamant Calife, il abandonne aussitôt dans la dénomination du mouvement la référence territoriale à l’Irak et au Levant pour devenir « seulement » Etat Islamique (Dawlat al-Islami). Mais tout cela révèle plutôt des finasseries calculatrices de survie plutôt qu’une « vision globalisée du djihad ». (…) L’EIIL pose le même problème que l’Etat Taliban en Afghanistan, AQMI au Sahel, les Shebab en Somalie ou Boko Haram au Nigeria. Il s’agit d’armées constituées, souvent en uniforme ou portant des signes de reconnaissance, utilisant des matériels militaires, des véhicules dédiés, des implantations localisables, des moyens de communication identifiables. Cela relève à l’évidence d’une riposte militaire consensuelle et concertée face à laquelle on semble pourtant tergiverser. Pendant plus de dix ans, les Etats-Unis ont placé l’ensemble du monde musulman sous une loi permanente des suspects, détruit irrémédiablement plusieurs pays, espionné la planète entière – y compris leurs plus proches alliés et leurs concitoyens -, harcelé des millions de voyageurs dans les aéroports, multiplié les tortures et les internements illégaux au nom d’une « guerre globale contre la terreur » qui n’a ramené dans ses filets que quelques seconds couteaux et un Ben Laden « retiré des affaires ». Et aujourd’hui que sont parfaitement localisés avec précision une dizaine de milliers de djihadistes arborant fièrement leur drapeau, défilant dans les rues, égorgeant des citoyens américains devant les télévisions, éventrant médiatiquement femmes et enfants, jouant au foot avec les têtes de leurs ennemis, la Présidence américaine vient dire qu’elle « n’a pas encore de stratégie dans la lutte contre le djihadisme »…. Alain Chouet
Je ne pense pas qu’ils se soient retournés contre ces monstres qu’ils ont conçus, enfantés et nourris en armes, en argent, en combattants et en idéologie ! Ou du moins pas encore. Les deux organisations, Daech et Al-Nosra, sont le pur produit de l’idéologie salafiste wahhabite. Les pays occidentaux et leurs supplétifs du Golfe ainsi que la Turquie avaient, dès les premiers mois du déclenchement de la crise syrienne, opté pour armer l’opposition qu’ils avaient décrite comme «modérée». (…) L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie n’avaient pas lésiné sur les moyens pour favoriser l’émergence de ces groupes terroristes. (…) Les pays qui avaient favorisé l’émergence de ce chaos indescriptible en Syrie, réalisant que le renversement du régime de Damas n’est plus accessible, craignant le retour des dizaines de milliers de djihadistes dans leurs pays respectifs, ont pris peur et commencent à se mobiliser contre eux. Mais ce retournement n’est jusqu’ici que verbal. (…) Officiellement, les Etats-Unis et leurs alliés et supplétifs n’ont cherché à éradiquer Daech que lorsque ce groupe a décapité des journalistes et des citoyens occidentaux d’une façon répugnante et barbare qui a choqué l’opinion publique. Ils ne pouvaient pas ne pas réagir, ou faire semblant de réagir. En s’emparant d’une grande partie du territoire irakien et de la deuxième ville du pays, Mossoul, en infligeant une défaite humiliante à l’armée irakienne et, enfin, en avançant vers le Kurdistan irakien, en s’attaquant aux minorités chrétienne, turkmène, yézidie… (…) Les mouvements qui prônent un pseudo djihad global, par opposition au djihad local, maîtrisent magistralement l’art de la communication et de la propagande, notamment sur les réseaux sociaux. Aqmi est actuellement sur la défensive. Elle est traquée et rejetée partout. Elle ne survit que grâce au racket, au crime organisé, à la contrebande et aux kidnappings générateurs de rançons que certains pays occidentaux continuent malheureusement à payer. Son projet idéologique, si l’on peut dire, n’attire pas grand monde. Il est donc normal que des dissensions apparaissent dans ses rangs. Pourchassée dans le Nord Mali, elle est actuellement repliée sur la Libye, un pays livré au chaos, aux milices armées et aux bandits de grands chemins. Il est normal, en période de repli, que des dissensions apparaissent mais sans lendemain. Il s’agit le plus souvent de disputes entre gangs autour d’un butin ou dans l’espoir d’accaparer une partie du butin saisi par Daech en Irak et évalué à quelque deux milliards de dollars. Je ne pense pas qu’il faudra accorder beaucoup de crédit à ces dissensions appelées à se multiplier. Le vrai danger c’est le chaos en Libye elle-même devenue le sanctuaire de nombreux terroristes ayant sévi en Syrie et en Irak et qui sont rentrés poursuivre leur combat sous des cieux plus cléments. (…) Cela signifie que ces deux pays ne cherchent pas réellement à éradiquer Daech. Car c’est actuellement la Syrie qui combat le plus efficacement ce fléau. Sans la contribution syrienne à la guerre contre ce monstre, Daech serait déjà en Jordanie, au Liban et à la frontière d’Israël. Il faut cependant discerner entre le refus médiatique et la coordination indirecte mais réelle pour faire barrage à cette organisation. Sur ce plan, une coordination réelle et efficace est engagée entre la Syrie et l’Irak. (…) Les Etats-Unis et la France, après avoir clamé que les jours de Bachar étaient comptés, ont quelque réticence à avaler leur chapeau, reconnaître leur erreur de jugement et retrouver le chemin de Damas. C’est une question de temps. Damas a déjà été approché par des émissaires français et américains pour reprendre une coopération secrète entre services. Mais ils se sont vu répondre que cette époque est bel et bien révolue et que si ces deux pays veulent réellement reprendre la coopération d’antan, il faudrait que ça se fasse à travers des structures diplomatiques. Donc pas avant la réouverture des ambassades américaine et française à Damas.(…) On a d’ailleurs remarqué que les pays du Maghreb, qui se disaient «amis du peuple syrien» (Maroc, Tunisie, Libye) n’avaient pas voulu participer à la conférence de Paris. Ils observent avec inquiétude le retour certain de leurs djihadistes qui sèment la terreur chez eux. C’est le cas également des pays occidentaux qui avaient fermé les yeux, voire encouragé le départ de ces djihadistes en Syrie et en Irak dans l’espoir de s’en débarrasser. A lire la presse occidentale, le retour de ces anciens de la Syrie, qui nous rappelle le retour des anciens d’Afghanistan, est le cauchemar de tous les services de sécurité, à tel point que pour certains analystes, la question n’est plus de savoir si ces terroristes vont passer à l’action en Europe même, mais quand et comment. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. (…) Il est certain que la coalition anti-Daech est actuellement inexistante. Elle est médiatique. Obama, qui ne veut pas terminer son deuxième mandat par une guerre, l’a dit ouvertement : c’est une guerre qui va durer des années. Conclusion : il cherche à épuiser la Syrie et l’Irak et à tout faire pour que ces deux pays retrouvent la place qui leur revient sur l’échiquier du Moyen-Orient. (…) C’est un secret de Polichinelle. Tous ces pays avaient juré la perte de l’Etat syrien. En armant ces mouvements djihadistes, ils pensaient ramener la Syrie dans le giron occidental, l’extraire de son alliance avec l’Iran, la Russie et la Chine et la contraindre à une paix au rabais avec Israël. Jusqu’ici, cette stratégie a lamentablement échoué. Et ces monstres qu’ils ont nourris vont se retourner contre eux. Le jour où les Américains vont constater les dégâts de cette stratégie sur leurs propres intérêts et sur les intérêts de leurs supplétifs du Golfe, ils vont arrêter la partie. On n’en est malheureusement pas encore là. (…) Je veux croire qu’il s’agit là d’une manœuvre du président Obama pour contraindre l’Arabie et les pétromonarchies du Golfe à «choisir leur camp» et à cesser leurs pratiques de double langage qui consiste à condamner verbalement le terrorisme tout en soutenant un peu partout dans le monde les groupes terroristes salafistes et les djihadistes en vue de neutraliser les initiatives démocratiques ou l’influence de l’Iran qu’ils considèrent comme également dangereuses pour le maintien de leur pouvoir.» Majed Nehmé
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
En cette année proclamée par les Nations Unies Année internationale de solidarité avec le peuple palestinien, Israël a choisi d’en faire l’année d’une nouvelle guerre de génocide contre le peuple palestinien. Mahmoud Abbas
Qatar couldn’t care less about the Muslim Brotherhood, it means nothing to them… there is nothing sentimental in this, » just cold, hard realpolitik. They are reassessing the strategic landscape… They realize that, particularly since the recent (ISIS) beheadings, there is a growing international sentiment against Islamism, political Islam, and they don’t want to find themselves on the wrong side,but whether this is permanent remains to be seen (…) If Qatar moves away from supporting the Muslim Brotherhood it’s also going to move away from Hamas, for the simple reason that all the Arabs states will say: ‘If you want to be pro-Palestinian you can support the Palestinian Authority.’ There is an alternative. Professor Hillel Frisch (Begin-Sadat Center for Strategic Studies)
Le but est la raison d’être même de cet Etat: propager la terreur. De plus, l’Etat Islamique dispose d’un véritable pouvoir de séduction, notamment par rapport à Al-Qaïda, grâce à ses ressources, à son statut autoproclamé d’Etat, ainsi qu’à sa parfaite utilisation des média et des réseaux sociaux. Ses succès militaires sont ainsi largement relayés et diffusés et participent de son rayonnement dans le monde. (…) Les services de renseignement et les spécialistes effectuent un énorme travail de repérage, mais il suffit qu’une seule personne passe à travers les mailles du filet pour semer la terreur et le chaos. Il y a actuellement plus de 900 français en Irak et en Syrie, prêts à revenir en France. De plus, le message audio de l’Etat Islamique est à mon sens un appel à l’insurrection lancé aux loups solitaires. Le porte-parole de Daech y enjoint tous ceux se sentant en empathie avec leur Etat à prendre les armes, ou, à défaut, à percuter les gens avec leur voiture, ou à les étrangler. Il s’agit d’un véritable appel au meurtre, visant à faire basculer les personnes fragiles psychologiquement ou isolées dans le terrorisme. On ne peut donc jamais être totalement prêt, car tout peut arriver. Les services font ce qu’ils peuvent pour prévenir ces risques, mais l’acte terroriste est par définition imprévisible. Le pire est toujours à attendre, malgré les progrès de la surveillance et la coopération internationale. Il suffit d’une personne influençable, d’un fou isolé, pour qu’un acte terroriste soit commis. Ce genre d’attentat est donc bien plus difficile à prévoir qu’une action coordonnée, structurée et financée par Al-Qaïda, par exemple. (…) Le terrorisme a énormément évolué, et un attentat comme celui du 11 septembre appartient au XXème siècle et n’arriverait plus aujourd’hui. Les Etats peuvent contrecarrer ce type d’action, et tout ce qui est organisé peut être déjoué puis puni par notre système législatif. Aujourd’hui, le terrorisme prend plutôt la forme du loup solitaire, un concept théorisé aux Etats-Unis par le FBI pour qualifier les attaques des groupuscules d’extrême-droite suprématistes. Ces groupes souhaitaient multiplier les actions terroristes, tout en limitant la possibilité d’arrestation. Ils ont donc commencé à créer de petites cellules, de une à trois personnes, très difficiles à identifier. Hugues Moutouh
Les autorités des pays du Golfe ont traîné des pieds face à Daech (le sobriquet en arabe de l’EI) « afin de ne pas trop heurter une partie de l’opinion publique séduite par la spectaculaire progression du groupe djihadiste, à un moment de crise d’identité des sunnites dans la région », explique le politologue Laurent Bonnefoy, chercheur au Ceri Sciences-Po.  Les monarchies de la région ont toutes les raisons d’être inquiètes : l’EI compterait dans ses rangs, selon certaines sources, plus de 5000 combattants originaires des pays du Golfe, dont quelque 4000 Saoudiens -Il ne faut pas oublier que 15 des 19 kamikazes des attentats du 11 septembre 2001 venaient d’Arabie saoudite. C’est pourquoi Riyad a tardé à s’engager militairement contre l’EI … L’Express
« Jeune-délinquant-Arabe-Syrie-attentat-France-terrorisme-antiterrorisme », toute l’artillerie sémantique est déballée afin de finir de nous convaincre que nous avons toutes les raisons d’avoir peur. Nemmouche n’est pas un monstre. C’est un sale type, narcissique et paumé, prêt à tout pour avoir son heure de gloire. Ses raisons d’aller en Syrie se rapprochaient probablement plus de celles qui, à un certain degré, mènent des adolescents américains à abattre toute leur classe ou certains de nos contemporains à participer à une émission de télé-réalité, qu’à une quelconque lecture du Coran. Ce qu’il incarne, c’est une forme particulièrement triviale de nihilisme. Il est, à cet égard, un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L’empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l’une des facettes. In fine, tout le discours antiterroriste est ce qui auréole un Nemmouche de gloire. Sans cela, il aurait été considéré pour ce qu’il est, un pauvre type qui assassine des gens pour passer à la télé. En retour, on peut donner toujours plus de pouvoirs aux policiers et aux juges de l’antiterrorisme. Pouvoirs qui ne permettront évidemment pas d’arrêter plus de Nemmouche mais qui, en revanche, resserrent encore un peu plus le maillage policier et le contrôle de la population. Ces nouvelles prérogatives concernent des restrictions de circulation et d’expression pour certaines personnes dont le profil sera considéré à risque par un ou plusieurs Big Brothers bienveillants : la possibilité pour des parents d’inscrire leurs enfants aux fichiers des personnes recherchées ; une association de malfaiteur à une seule personne – un humour auquel Nemmouche sera des plus sensibles. Et, glissé subrepticement dans le tas, un arsenal de pénalisation de la cybercriminalité qui s’attaquera davantage à des initiatives de libre information comme WikiLeaks, plus qu’à des poseurs de bombe sur Internet. J’admets avoir commis une erreur en collaborant avec le service de police politique qu’est l’antiterrorisme. Cela va à l’opposé des positions et des combats que représente mon engagement de journaliste. Je m’en excuse auprès des familles de ceux que cette négligence a mis en danger. Pierre Torres ( ex-otage en Syrie)
C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe, comme nous sommes la fille aînée de l’Eglise catholique, le pilier de l’édit de Nantes pour les protestants, comme nous avons la plus importante communauté juive d’Europe rescapée du génocide. La France est la terre de la laïcité républicaine. (…) Réduire plusieurs millions de personnes aux actes odieux d’une minorité est un mécanisme de temps de crise. C’est la ruse des pouvoirs économico-politiques pour échapper à la catastrophe et à l’échec des politiques qu’ils mènent. C’est la logique du bouc émissaire. Cette façon d’agiter la querelle religieuse, de stigmatiser l’islam, de s’en prendre à ses symboles : le vêtement, le voile, le halal, les mosquées, est contraire au véritable esprit de la loi sur la laïcité, qui reconnaît les cultures minoritaires. C’est une façon de dissoudre la question sociale, d’humilier les opprimés. D’obtenir une paix pour les dominants et de faire diversion par rapport aux enjeux essentiels que sont l’emploi et le logement. Aucune famille politique n’est épargnée dans cet aveuglement, pas même la gauche. Ce «laïcisme» est le cheval de Troie de l’islamophobie, il est à la laïcité ce que l’intégrisme est à la religion. Il a une similitude avec l’antisémitisme : sous prétexte de ce sectarisme laïc, on installe l’habitude d’une discrimination et d’une stigmatisation. C’est le point de départ de mon livre dont le titre reprend en écho l’article d’Emile Zola «Pour les juifs», rédigé quelques mois avant son «J’accuse», de l’affaire Dreyfus. Edwy Plenel
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel
Sur ces questions Mandela a été très ferme (…) En 2001, aux Etats-Unis, lors d’une conversation avec Thomas Friedman, un journaliste américain spécialisé dans le Proche-Orient, il lui dira: « C’est peut-être étrange pour vous d’observer la situation en Palestine ou, plus exactement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid. »car, dit-il, « les Palestiniens ne luttent pas pour un « Etat » mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud. » En revanche, il soulignait, sur les questions de la justice, de la terre, de l’occupation: « Israël a montré qu’il n’était pas encore prêt à rendre ce qu’il avait occupé en 1967, que les colonies restent, que Jérusalem est toujours sous souveraineté exclusivement israélienne et les Palestiniens n’ont pas d’Etat indépendant mais sont sous domination économique israélienne, avec un contrôle israélien des frontières, de la terre, de l’air, de l’eau, de la mer. (…) Israël, c’était  la conclusion de Mandela, ne pense pas à un « Etat » mais à une « séparation » avec des guillemets qui renvoient à l’apartheid. Je voudrais rappeler cela pour un peu déranger et montrer l’actualité de ces combats. Edwy Plenel
Il ne s’agit pas ici de transformer Mandela en héraut du combat pour les droits nationaux des Palestiniens, même s’il n’a jamais fait mystère de son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne. Mandela a toujours été, sur ce terrain, beaucoup plus en retrait que l’archevêque Desmond Tutu, qui depuis de longues années soutient la campagne internationale de boycott de l’État d’Israël, qu’il qualifie, à l’instar d’autres dirigeants sud-africains, d’État d’apartheid. Tel n’est pas le cas de Mandela, contrairement à ce que croient ceux qui ont pris pour argent comptant un “Mémo de Nelson Mandela à Thomas Friedman” dénonçant “l’apartheid israélien”, qui est en réalité un exercice de style rédigé par Arjan el-Fassed. Julien Salingue
The main purpose of the Mandela-memo was to respond in a satirical way to Thomas Friedman using the exact same style and even phrases he uses in his columns. Obviously, the ‘mock memo’ had been forwarded to several e-mail lists containing the memo, which originally included the title “Mandela’s First Memo to Thomas Friedman” and a byline “by Arjan El Fassed”, but eventually was forwarded without my name and sometimes without title. I posted the ‘mock memo’ myself on 30 March on an mailinglist of Al-Awda. Despite this, I’ve seen it several times being posted on the same list, something that gives you an idea of the lack of attention many people give to material they forward. In various posts I read, the subject title was changed for example, “Mandela supports…”, “must read”, etc. Perhaps it was wishful thinking. If Nelson Mandela would seriously have written to the New York Times, wouldn’t the New York Times just publish it? Moreover, I believe Nelson Mandela has better things to do then responding to columns written by Thomas Friedman. Arjan El Fassed
L’enquête progresse sur le document publié par Mediapart pour accuser Nicolas Sarkozy d’avoir reçu de l’argent de la Libye sous le régime de Kadhafi. Les derniers éléments recueillis par les juges d’instruction parisiens René Cros et Emmanuelle Legrand renforcent le soupçon d’une falsification, sans que l’origine d’un éventuel montage puisse à ce stade être précisée.(…) Dans un rapport remis aux juges le 7 juillet dernier, les gendarmes évoquent par ailleurs le témoignage d’un ancien diplomate devenu chercheur, spécialiste de la Libye, consulté sur la forme du document. Celui-ci leur a déclaré avoir « reçu les confidences d’un journaliste du Canard enchaîné » qui lui aurait indiqué que l’hebdomadaire satirique détenait la même note « depuis 2008 » mais qu’il n’avait pas souhaité le publier « par principe de précaution », eu égard aux incertitudes sur son authenticité. Hervé Gattegno (Vanity Fair)
« Il y a un problème de l’islam en France », n’hésite pas à proclamer un académicien, regrettant même « que l’on abandonne ce souci de civilisation au Front national ». À cette banalisation intellectuelle d’un discours semblable à celui qui, avant la catastrophe européenne, affirmait l’existence d’un « problème juif » en France, ce livre répond en prenant le parti de nos compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmanes contre ceux qui les érigent en boucs émissaires de nos inquiétudes et de nos incertitudes. L’enjeu n’est pas seulement de solidarité mais de fidélité. Pour les musulmans donc, comme l’on écrirait pour les juifs, pour les Noirs et pour les Roms, ou, tout simplement, pour la France.» Edwy Plenel
C’est notre voix, à ceux qui ne sont pas musulmans, qui manque (…) Avant de leur dire « montrez que vous êtes contre le terrorisme », à nous de montrer que nous combattons toute cette islamophobie, bienséante, banale qui se répand hélas trop souvent dans le débat public. Edwy Plenel
Dans cet ouvrage en forme de brûlot contre les idées reçues, le journaliste s’élève adroitement contre le poncif selon lequel, citant dans le texte l’académicien Alain Finkielkraut, « il y a un problème de l’islam en France ». Cet essai démasque notamment les tentatives dispersées d’une essentialisation « en bloc ». Dont la conséquence pratique consiste à figer « tout ce qui ressort, peu ou prou, de l’islam dans une menace indistincte », légitimant au passage « l’exclusion et l’effacement » de nos compatriotes musulmans. Tout en constatant le « poids d’un passé colonial jamais vraiment soldé », l’auteur prend le contre-pied de la doxa xénophobe en jugeant que « la question musulmane détient aujourd’hui la clé de notre rapport au monde et aux autres ». L’Humanité
Un de nos compatriotes, tombé entre les mains d’un groupe de barbares fanatisés, vient d’être assassiné et a rejoint ainsi la liste des otages qui ont servi d’exutoire au nom d’un prétendu islam dans lequel aucun de nous ne se reconnaît nullement. Nous musulmans de France, ne pouvons qu’exprimer notre répulsion et dénoncer avec la dernière énergie des crimes abominables perpétrés au nom d’une religion dont les fondements mêmes sont la paix, la miséricorde et le respect de la vie. Nous dénions à ces êtres sauvages le droit de se revendiquer de l’islam et de s’exprimer en notre nom. Les supplices et la mort qu’ils ont infligés à nos frères chrétiens, yazidis ou musulmans, en Syrie, en Irak, au Nigeria et ailleurs, nous ont révulsés et nous ont rendus encore plus malheureux de ne pouvoir faire rien d’autre que d’exprimer notre solidarité et notre immense compassion. Faut-il pour autant se contenter d’exprimer notre solidarité sans aller plus loin dans l’expression de notre fraternité? Non! Car il est de notre devoir, au nom précisément de cette religion de paix et du véritable islam, d’appeler tous les musulmans qui veulent rester fidèles à ces valeurs cardinales, à exprimer, là où ils sont et quelles que soient les circonstances, leur dégoût devant cette ultime manifestation de la barbarie. Certes, cette majorité de musulmans n’est pas toujours audible, faute d’avoir accès aux médias, ou dans l’incapacité de créer elle-même ses propres outils de communication, pour rétablir l’image déformée que l’on renvoie d’eux et qui en fait soit des djihadistes, soit des fondamentalistes mais jamais des citoyens ordinaires soucieux de vivre leur foi dans le cadre des lois de la République et de sauvegarder les traditions et les cultures qui constituent chaque citoyen français dans la diversité de ses origines. Collectif de musulmans
 Les musulmans de France font bloc contre le terrorisme et la « barbarie » La Croix
On se souvient, il y a quelques semaines, des 500 manifestations organisées en France pendant l’opération défense israélienne ‘’bordure protectrice’’. L’immense majorité des protestataires dans ces cortèges étaient de confession musulmane. La haine, la rage contre Israël, les juifs et la France était partout bien présente, palpable, ce n’est plus à démontrer aujourd’hui.(…) En revanche, lorsqu’il s’agit comme hier pour les musulmans de protester contre la barbarie de l’Etat islamiste et des djihadistes, de protester contre le meurtre abject d’Hervé Gourdel, il n’y a exactement P.E.R.S.O.N.N.E. Devant la grande mosquée de Paris, il devait en effet y avoir tout au plus 300 individus qui, si on retire les journalistes, politiques et autres bobos Ve arrondissement, il ne devait y avoir guère plus d’une centaine de musulmans, c’est-à-dire grosso modo ceux sortant de la prière de la grande mosquée de Paris le vendredi. Pourtant, comme d’habitude, la propagande médiatique a fonctionné à plein régime afin de promouvoir cet évènement. En 24h, tous les journalistes ont appelé à cette manifestation sur toutes les chaines, dans tous les journaux : bilan 300 personnes. Si on considère qu’il y a près de 2000 djihadistes ‘’français’’ auprès de l’Etat islamique, le nombre de manifestants était bien moindre, ce qui est dramatique, alors qu’il y a en France des millions de musulmans. Europe-Israël
C’est bien Obama et non Bush qui a interrompu le processus de stabilisation existant en Irak depuis le « surge » de 2008 en quittant l’Irak avec précipitation et en laissant tout le pouvoir aux chiites inféodés à l’Iran, ce qui a démantelé tout l’effort entamé par David Petraeus commencé sous Bush et gagné en faisant alliance avec les tribus sunnites. C’est bien Obama et non Bush qui a laissé faire en Syrie en 2013, refusant d’armer les résistants dits « laïcs », et fermant les yeux sur le financement des groupes islamistes (dont l’ancêtre de l’E.I actuel) opéré par l’Arabie Saoudite et le Qatar aujourd’hui apeurés de voir leur pouvoir féodal vaciller sous les coups de boutoir d’un mouvement islamique parfaitement fidèles aux critères historiques de l’islam depuis le début, l’islam étant par exemple une religion de « paix » dans la mesure où l’on accepte de vivre sous son joug : « que la paix (de l’islam) soit avec toi » voilà ce que veut dire son salut et non pas cette pâle imitation du christianisme, certains imams parlant même « d’amour » ce qui est d’un risible sans pareille lorsque l’on observe le nombre infime d’occurrence en la matière dans leur texte sacré… Que l’Occident soit à l’heure actuelle son défenseur intransigeant (à coup de drones également) en dit long non seulement sur son masochisme mais surtout sa prétention à transformer tout taureau radical en boeuf aseptisé. En tout cas il semble bien qu’il n’existe pas d’islam modéré comme il n’a pas existé de communisme modéré, à moins d’abandonner la dictature du prolétariat, ou la « charia » comme le veulent certains en Tunisie, au Maroc, en Égypte, au Yémen… Wait and see. Lucien SA Oulahbib

C’est la faute à Voltaire !

Alors qu’à coup de « selfies sanglants » les bouchers djihadistes lâchés dans la nature par l’Administration Obama appellent nos concitoyens, de ce côté comme de l’autre côté  de l’Atlantique, à littéralement « égorger nos fils et nos compagnes » …

Pendant qu’à la tribune de l’ONU, nos amis palestiniens dénoncent une « nouvelle guerre de génocide » lancée devinez par qui et que sans compter la perspective de l’arrivée du virus ébola à La Mecque, les argentiers du jihad tremblent eux aussi à Riadh comme à Doha devant les effets en retour du virus salafiste que depuis des décennies ils propagent de par leur monde …

Et qu’après les quelque 500 manifestations contre « l’horreur barbare » à Gaza de l’été et la massive manifestation d’au moins 300 personnes à la sortie de la Grande Mosquée de Paris de vendredi, « les musulmans de France font bloc contre le terrorisme et la ‘barbarie’  » …

Comment ne pas voir, avec l’ancien journaliste trotskyste et autre notoire maitre-faussaire à ses heures perdues Edwy Plenel ou le journaliste et ancien otage en Syrie Pierre Torres …

La grande faute d’un Occident dominateur et colonialiste face à ces nouveaux juifs que sont aujourd’hui les musulmans, pourchassés de la Syrie à l’Irak et de l’Afrique à nos banlieues ?

Edwy Plenel : misère du trotsko-djihadisme
Pour Mediapart, l’Occident est coupable de tout
Luc Rosenzweig
Causeur
25 septembre 2014

Le fondateur de Médiapart, en opération de promotion de son dernier opus Pour les musulmans, promène sa moustache et son sourire crispé sur les plateaux de télévisions et dans les studios des principales radios. Son message est simple : tout le mal qui advient aujourd’hui dans ce bas monde est le résultat, en dernière instance, de l’indignité de l’homme blanc dominateur, marqué pour l’éternité de la flétrissure colonialiste, qui se transmet de génération en génération. Les musulmans sont, de son point de vue, les victimes absolues de ce désordre universel, en Irak, en Syrie, comme dans les banlieues de nos métropoles. J’exagère ? Ceux qui ont regardé « Ce soir ou jamais », le soir du 19 septembre, on pu le voir voler au secours de l’ex-otage en Syrie Pierre Torres, qui avait écrit, dans une tribune publiée par Le Monde : « Mohammed Nemmouche est un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L’empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l’une des facettes. ». Interpellé à ce sujet par Elisabeth Lévy, avant que Torrès ait pu bredouiller un semblant de justification, Plenel s’exclame : « C’est le passage le plus fort et le plus digne de ce texte ! ». Ce tortionnaire d’Alep, ce tueur de juifs de Bruxelles est donc « notre monstre », à qui il est même dénié d’avoir plus d’autonomie de pensée et d’action que celle octroyée par Mary Shelley à la créature du docteur Frankenstein.

Le jeudi suivant, c’est le jour d’Edwy aux « Matins » de France Culture, où l’excellent Marc Voinchet lui offre un créneau hebdomadaire pour administrer aux auditeurs une dose concentrée de ses délires idéologiques. Ce jeudi là, le 25 septembre 2014, la France est sous le choc de l’assassinat, par égorgement, du guide de haute montagne Hervé Gourdel par les émules algériens de Daech. Comment allait-il s’en sortir ? Difficile, dans ce cas là, de mettre la barbarie des assassins sur le compte des misères subies par des jeunes victimes de harcèlement policier, de contrôles au faciès à répétition, de déréliction sociale dans des cités-ghettos. Lorsque l’actualité vous envoie un uppercut, il convient, en bonne logique plenelienne, de botter en touche dans le champ de l’Histoire : «  C’est reparti comme en 14 !» claironne Edwy. Le scandale du jour, pour lui, ce n’est pas l’assassinat de sang froid, dans des conditions horribles d’un guide de montagne accompagnant des alpinistes algériens dans le massif du Djurdjura, mais l’union nationale, sincère et spontanée, qui s’est révélée pour condamner ce crime, et le soutien quasi-unanime de la classe politique française à la riposte militaire aux égorgeurs de Daech. L’émotion légitime qui nous étreint relève, selon lui d’un « bourrage de crâne » à l’image de celui, dénoncé jadis par les fondateurs du Canard Enchaîné, en 1915, en pleine guerre de 14… À propos de bourrage de crâne, Plenel passe bien évidemment sous silence celui subi par ces jeunes déboussolés qui vont chercher dans le djihad un sens à leur mort. Nous sommes « historiquement » forcément coupable de tout, y compris de la guerre de religion qui oppose les sunnites au chiites dans un affrontement sauvage qui dure depuis près de trente ans au Moyen-Orient. Plenel, et ses amis de Mediapart condamnent toutes les opérations conduites pour limiter l’expansion de cette idéologie mortifère, au Mali, comme en Irak. Ce n’est pas la conduite stratégique et tactique de ces interventions qui sont critiquées – ce qui est parfaitement légitime – mais leur principe même. Quoi que nous fassions, c’est le mal, renversement de la vision binaire et manichéenne des Ronald Reagan et George W. Bush…

Plenel veut de l’Histoire ? On va lui en donner. Plongeons-nous, par exemple dans le passé du trotskisme, dont il persiste à se réclamer, dans sa version «  culturelle », sinon organisationnelle. L’estampille stalinienne de l’expression « hitléro-trotskiste » ne doit pas nous empêcher, comme l’ont fait tous les historiens sérieux, de revisiter le passé de cette mouvance pendant la Seconde guerre mondiale. Dès 1938, le ton est donné par le patron, Léon Trotsky, dans son article «  La lutte anti-impérialiste » : « Il règne aujourd’hui au Brésil un régime semi-fasciste qu’aucun révolutionnaire ne peut considérer sans haine. Supposons cependant que, demain, l’Angleterre entre dans un conflit militaire avec le Brésil. Je vous le demande : de quel côté sera la classe ouvrière ? Je répondrai pour ma part que, dans ce cas, je serai du côté du Brésil “fasciste” contre l’Angleterre “démocratique”. Pourquoi ? Parce que, dans le conflit qui les opposerait, ce n’est pas de démocratie ou de fascisme qu’il s’agirait. Si l’Angleterre gagnait, elle installerait à Rio de Janeiro un autre fasciste, et enchaînerait doublement le Brésil. Si au contraire le Brésil l’emportait, cela pourrait donner un élan considérable à la conscience démocratique et nationale de ce pays et conduire au renversement de la dictature de Vargas ». Après l’assassinat de Trotsky, ses émules de la IVème internationale mettront cette ligne en application, en substituant l’Allemagne hitlérienne au Brésil. Les trotskistes français, dans leur grande majorité1, et jusqu’à la Libération pratiqueront l’entrisme dans les partis collaborationnistes, notamment le Rassemblement national populaire de Marcel Déat, et prôneront le « défaitisme révolutionnaire » face à l’Allemagne nazie. Voici ce qu’on pouvait lire dans La Vérité, organe du mouvement trotskyste, le 22 août 1944, alors que la bataille pour vaincre Hitler faisait rage. Sous le titre «  Pourquoi nous n’avons pas adhéré à la Résistance », on peut lire cette adresse à la classe ouvrière française : « Nous savons que ce programme n’est pas le vôtre. Vous croyez devoir maintenir votre Union Sacrée avec les partis de la bourgeoisie, et prendre à votre compte leurs buts de guerre. Nous croyons qu’une telle politique creuse le fossé entre les ouvriers français et allemands, qu’elle a, entre autres résultats celui de souder les ouvriers allemands autour de leur propre bourgeoisie, de prolonger par là l’existence de Hitler, de paralyser la révolution en Allemagne et en Europe ».

Les temps ont changé, mais l’esprit reste le même : l’ennemi, ce n’est pas le fasciste, aujourd’hui le djihadisme massacreur et égorgeur, mais ceux qui s’unissent pour le combattre.

Une poignée de militants trotskistes, dont le plus connu est David Rousset, rompirent avec cette ligne aberrante, participèrent à la Résistance, notamment dans le travail militant en direction des soldats allemands. Certains d’entre eux furent fusillés et déportés. Mais, comme les poissons volants, ils ne constituent pas la majorité de l’espèce… ↩

Voir également:

Islam : Edwy Plenel publie un plaidoyer « Pour les musulmans »
Le journaliste et essayiste Edwy Plenel publie un livre-plaidoyer contre ceux qui stigmatisent les musulmans de France.
RTL  avec AFP
16/09/2014

Edwy Plenel lance « un cri d’alarme et un geste de solidarité » pour les musulmans de France. Dans son livre-plaidoyer « Pour les musulmans » (éd. La Découverte), qui sort jeudi 18 septembre, le journaliste et essayiste fustige ceux qui ciblent l’islam « comme notre problème de civilisation ».

C’est une petite phrase du philosophe Alain Finkielkraut qui a suscité l’ire du fondateur du site d’information Mediapart et l’a conduit à rédiger ce court essai « à contre-courant », tracé d’une plume vive et engagée: « Il y a un problème de l’islam en France ».

« Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation », explique Edwy Plenel.

L’auteur poursuit de sa vindicte l’ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant, qui avait considéré comme un problème « l’accroissement du nombre des fidèles » musulmans – ils seraient 3,5 à 5 millions en France selon les estimations. Ou encore Manuel Valls qui, avant d’accéder à Matignon, avait selon Edwy Plenel posé la question « de la compatibilité de l’islam avec la démocratie ».

« De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes », écrit le pamphlétaire.

Le titre de son ouvrage renvoie à « Pour les Juifs », article qu’Emile Zola rédigea en 1896, vingt mois avant son fameux « J’accuse » en défense du capitaine Dreyfus. « Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction +il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France+. Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes (musulmans, NDLR) qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple », dit Edwy Plenel, précisant que son livre aurait pu s’intituler « Pour les minorités » ou « Pour la France ».

« Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés », confie l’essayiste. Tout en rêvant d’un retour à la « laïcité originelle » inscrite dans la loi de 1905 qui, « loin d’une crispation face à l’affirmation des cultes minoritaires, signifiait leur reconnaissance », écrit-il.

« J’ai commis l’erreur de collaborer avec les services de l’antiterrorisme français »
Pierre Torres (Journaliste, ancien otage en Syrie)
Le Monde
17.09.2014

Juin 2014, me voilà au siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avec mes anciens co-otages. Nous sommes face à plein de gens sûrement très importants qui nous expliquent en chœur qu’ils ont Nemmouche et qu’il était peut-être l’un de nos geôliers en Syrie. Ils précisent que, en théorie, ils ont la possibilité de le garder encore des jours et des jours mais que bon, comme ils l’ont déjà depuis un moment, ils vont devoir le refourguer aux Belges.

On sait que la police peut à peu près tout faire avec ceux que l’on soupçonne d’être terroristes, mais là, il y aurait urgence et il faut que nous rappliquions dare-dare pour déposer. Certes, l’oiseau en question n’est pas près de s’envoler et quand bien même il aurait participé à mon enlèvement, quoi qu’il arrive, il n’est pas tout à fait près de sortir de prison. Mon témoignage n’a donc non seulement aucun intérêt pratique à ce moment-là, mais il n’en a aucun dans l’absolu.

GRAVITÉ DE LA SITUATION

Parmi nos hôtes d’importance, Camille Hennetier, procureure, qui dirige le parquet antiterroriste. Elle nous promet qu’aucune instruction ne sera ouverte contre ce suspect, au sujet de notre enlèvement, tant qu’un danger pèsera sur les otages occidentaux. Elle attendra que la crise soit finie. Elle comprend la gravité de la situation. Elle nous rassure.

Trois mois s’écoulent jusqu’à ce qu’une lecture audacieuse de l’actualité pousse on ne sait qui à décréter que le temps était venu de révéler le contenu de nos dépositions. Qu’il est facile d’être audacieux lorqu’on n’est pas en Syrie enfermé entre quatre murs !

Depuis l’assassinat de James Foley, le 19 août, de nombreuses informations ont fuité et de nombreux mensonges ont été proférés. Cela au détriment des familles de ceux encore détenus en Syrie. Les mensonges peuvent émaner de n’importe qui, pas les fuites. Ou plutôt si, nos dépositions ont pu fuiter par n’importe quel bout de l’antiterrorisme français mais pas sans l’aval et l’intérêt de tous.

Aux questions telles que : « Reconnaissez-vous Medhi Nemmouche ? Est-il le sarcastique et pétulant jeune homme que l’on dit ? », il me faut répondre par une autre question : pourquoi le parquet, la Direction générale de la sécurité intérieure ou on ne sait quel juge, donnent-il accès à des dépositions qui, un jour ou l’autre, seront légalement rendues publiques ? Lequel d’entre eux a-t-il perdu à Action ou vérité ?

OPÉRATION DE PROMOTION

Cela relève évidemment de l’opération de promotion. Promotion de quoi ? Nous ne le savons pas encore – promouvoir la nouvelle loi antiterroriste en discussion au Parlement, démontrer que « les services » servent à autre chose qu’à mettre en examen des adolescentes de 14 ans « pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » –, nous verrons bien. Ce qui est certain, c’est que la seule chose qui puisse justifier la mise en danger des autres otages, c’est que quelqu’un ou quelque institution policière a vu là la possibilité de se faire mousser.

Du point de vue des organisateurs de cette fuite, l’opération a bien fonctionné. « Jeune-délinquant-Arabe-Syrie-attentat-France-terrorisme-antiterrorisme », toute l’artillerie sémantique est déballée afin de finir de nous convaincre que nous avons toutes les raisons d’avoir peur. Nemmouche n’est pas un monstre. C’est un sale type, narcissique et paumé, prêt à tout pour avoir son heure de gloire. Ses raisons d’aller en Syrie se rapprochaient probablement plus de celles qui, à un certain degré, mènent des adolescents américains à abattre toute leur classe ou certains de nos contemporains à participer à une émission de télé-réalité, qu’à une quelconque lecture du Coran. Ce qu’il incarne, c’est une forme particulièrement triviale de nihilisme. Il est, à cet égard, un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L’empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l’une des facettes.

In fine, tout le discours antiterroriste est ce qui auréole un Nemmouche de gloire. Sans cela, il aurait été considéré pour ce qu’il est, un pauvre type qui assassine des gens pour passer à la télé. En retour, on peut donner toujours plus de pouvoirs aux policiers et aux juges de l’antiterrorisme. Pouvoirs qui ne permettront évidemment pas d’arrêter plus de Nemmouche mais qui, en revanche, resserrent encore un peu plus le maillage policier et le contrôle de la population.

Ces nouvelles prérogatives concernent des restrictions de circulation et d’expression pour certaines personnes dont le profil sera considéré à risque par un ou plusieurs Big Brothers bienveillants : la possibilité pour des parents d’inscrire leurs enfants aux fichiers des personnes recherchées ; une association de malfaiteur à une seule personne – un humour auquel Nemmouche sera des plus sensibles. Et, glissé subrepticement dans le tas, un arsenal de pénalisation de la cybercriminalité qui s’attaquera davantage à des initiatives de libre information comme WikiLeaks, plus qu’à des poseurs de bombe sur Internet.

J’admets avoir commis une erreur en collaborant avec le service de police politique qu’est l’antiterrorisme. Cela va à l’opposé des positions et des combats que représente mon engagement de journaliste. Je m’en excuse auprès des familles de ceux que cette négligence a mis en danger.

Voir encore:

Le masque est définitivement tombé. Fiasco absolu de la manifestation des musulmans contre le meurtre d’Hervé Gourdel et la barbarie de l’Etat islamique (photos)
Europe-Israël
sept 27, 20149

On se souvient, il y a quelques semaines, des 500 manifestations organisées en France pendant l’opération défense israélienne ‘’bordure protectrice’’. L’immense majorité des protestataires dans ces cortèges étaient de confession musulmane. La haine, la rage contre Israël, les juifs et la France était partout bien présente, palpable, ce n’est plus à démontrer aujourd’hui.

On se souvient également des très nombreux débordements des supporters algériens pourtant ‘’français’’, descendant par centaines de milliers dans les rues des villes de France et occasionnant, comme toujours, de nombreuses exactions sur les biens et sur les personnes.

On se souvient enfin des prières de rue qui mobilisaient des milliers d’individus, occupant sans vergogne des rues entières au mépris des lois, de la culture française et du bien-être des habitants locaux.

En revanche, lorsqu’il s’agit comme hier pour les musulmans de protester contre la barbarie de l’Etat islamiste et des djihadistes, de protester contre le meurtre abject d’Hervé Gourdel, il n’y a exactement P.E.R.S.O.N.N.E.

Devant la grande mosquée de Paris, il devait en effet y avoir tout au plus 300 individus qui, si on retire les journalistes, politiques et autres bobos Ve arrondissement, il ne devait y avoir guère plus d’une centaine de musulmans, c’est-à-dire grosso modo ceux sortant de la prière de la grande mosquée de Paris le vendredi.
Pourtant, comme d’habitude, la propagande médiatique a fonctionné à plein régime afin de promouvoir cet évènement. En 24h, tous les journalistes ont appelé à cette manifestation sur toutes les chaines, dans tous les journaux : bilan 300 personnes.
Si on considère qu’il y a près de 2000 djihadistes ‘’français’’ auprès de l’Etat islamique, le nombre de manifestants était bien moindre, ce qui est dramatique, alors qu’il y a en France des millions de musulmans.

La situation est donc claire et les masques sont définitivement tombés. Il n’est en aucun cas outrancier de dire que les musulmans vivant en France n’ont aucune intention de protester contre l’ignoble Etat islamique et par conséquent, à des degrés divers, se sentent solidaires de celui-ci.

Un collectif de musulmans de France : «Nous sommes aussi de “sales Français”»
Home FIGARO VOX Vox Societe
Par vidéos FigaroVox
25/09/2014

FIGAROVOX/TRIBUNE- Ils sont médecins, politiques, avocats, français et musulmans. Ils expriment avec la plus grande force la répulsion que leur inspire l’assassinat d’Hervé Gourdel.

Bariza Khiari (première vice-présidente du Sénat), Madjid Si Hocine (médecin et militant associatif), Saad Khiari (cinéaste-auteur), Ghaleb Bencheikh (président de la conférence mondiale des religions pour la paix), Farid Yaker (président du Forum France Algérie), Kamel Meziti (écrivain), Dounia Bouzar (anthropologue du fait religieux), Said Branine (journaliste rédacteur en chef d’Oumma.com), Humeyra Filiz (représentante de l’EMISCO auprés du conseil de l’Europe), l’ONG COJEP internationale, Anissa Meziti (présidente de l’association Agir contre le racisme), Abderahim Hamdani ( financier), Yasser Khaznadar (gériatre), Marwane Ben Yahmed (directeur de la publication de Jeune Afrique), Elie Melki (traducteur), Majed Nehmé (directeur de la rédaction d’Afrique Asie), Adel Kachermi (courtier en aviation), Kamel Kabtane (recteur de la Mosquée de Lyon), Faycal Megherbi (avocat au barreau de Paris), Kamel Maouche (avocat au barreau de Paris)

Un de nos compatriotes, tombé entre les mains d’un groupe de barbares fanatisés, vient d’être assassiné et a rejoint ainsi la liste des otages qui ont servi d’exutoire au nom d’un prétendu islam dans lequel aucun de nous ne se reconnaît nullement. Nous musulmans de France, ne pouvons qu’exprimer notre répulsion et dénoncer avec la dernière énergie des crimes abominables perpétrés au nom d’une religion dont les fondements mêmes sont la paix, la miséricorde et le respect de la vie.

Nous dénions à ces êtres sauvages le droit de se revendiquer de l’islam et de s’exprimer en notre nom. Les supplices et la mort qu’ils ont infligés à nos frères chrétiens, yazidis ou musulmans, en Syrie, en Irak, au Nigeria et ailleurs, nous ont révulsés et nous ont rendus encore plus malheureux de ne pouvoir faire rien d’autre que d’exprimer notre solidarité et notre immense compassion.

Faut-il pour autant se contenter d’exprimer notre solidarité sans aller plus loin dans l’expression de notre fraternité? Non! Car il est de notre devoir, au nom précisément de cette religion de paix et du véritable islam, d’appeler tous les musulmans qui veulent rester fidèles à ces valeurs cardinales, à exprimer, là où ils sont et quelles que soient les circonstances, leur dégoût devant cette ultime manifestation de la barbarie.

Certes, cette majorité de musulmans n’est pas toujours audible, faute d’avoir accès aux médias, ou dans l’incapacité de créer elle-même ses propres outils de communication, pour rétablir l’image déformée que l’on renvoie d’eux et qui en fait soit des djihadistes, soit des fondamentalistes mais jamais des citoyens ordinaires soucieux de vivre leur foi dans le cadre des lois de la République et de sauvegarder les traditions et les cultures qui constituent chaque citoyen français dans la diversité de ses origines.

Nous, Français de France et de confession musulmane, tenons à exprimer avec force notre totale solidarité avec toutes les victimes de cette horde de barbares, soldats perdus d’un prétendu État islamique, et dénonçons avec la dernière énergie toutes les exactions commises au nom d’une idéologie meurtrière qui se cache derrière la religion islamique en confisquant son vocabulaire.

Personne ne peut s’arroger le droit de s’exprimer en notre nom, et, pour mieux attester de notre solidarité dans les circonstances dramatiques actuelles, nous revendiquons l’honneur de dire que «nous sommes aussi de sales Français».

Voir de plus:

Les musulmans de France font bloc contre le terrorisme et la « barbarie »
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées vendredi 26 septembre en début d’après-midi devant la Grande Mosquée de Paris en hommage à Hervé Gourdel, l’otage français assassiné mercredi 24 septembre.
Lucie Gruau
La Croix
26/9/14

Contrairement à leurs voisins britanniques qui ont choisi Internet et la campagne Not in my name  (pas en mon nom) pour faire entendre leur voix, les musulmans de France ont préféré se rassembler, vendredi 26 septembre, devant un lieu hautement symbolique : la Grande Mosquée de Paris.

Dire non au terrorisme
Pendant qu’à l’intérieur, certains prient, plusieurs centaines de personnes investissent bientôt la place du puits de l’ermite. Toutes les générations sont représentées dans l’assemblée, les jeunes y côtoient les anciens.

Tous sont venus là pour dire « non au terrorisme » et rendre hommage à Hervé Gourdel, l’otage français assassiné par le groupe djihadiste algérien Jund al-Khilafa (les soldats du califat). « L’annonce de cet assassinat m’a énormément touché, raconte Fatia. Ces gens-là ne sont pas des musulmans, ils n’ont rien en commun avec nous ! ».

Un message de paix
Karim et Mohamad, deux amis trentenaires, discutent un peu plus loin sur le trottoir. « On est là par solidarité mais c’est comme si nous musulmans on devait toujours se justifier, et expliquer sans cesse qu’on est contre ce genre de barbarie », regrettent-ils.

Sadek, quarante ans, préfère rester à l’écart de l’agitation. « Je veux faire passer un message de paix, explique-t-il. Quelle que soit notre religion, nous sommes avant tout des êtres humains. »

Unité nationale
Partageant cette idée, certains chrétiens, comme Françoise, ont aussi fait le déplacement pour apaiser le climat actuel, « très tendu ». « Je suis là parce que j’ai des amis musulmans et je ne veux pas d’un climat soupçonneux à leur égard », lance-t-elle alors que la foule se met à scander « Daech assassin ! ».

Sur le parvis de la mosquée, apparaissent alors plusieurs personnalités politiques et religieuses. Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) et recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, est le premier à prendre la parole : « Ce rassemblement, c’est l’expression forte et vivante de notre volonté d’unité nationale et de notre volonté inébranlable de vivre ensemble ».

« Je ne partage pas votre foi mais je la respecte »
Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry et président du conseil pour les relations interreligieuses à la Conférence des évêques de France (CEF) s’adresse alors aux musulmans présents. « Je suis là pour vous dire de redresser la tête, soyez fiers de ce que vous faites, lance-t-il à la foule. Je ne partage pas votre foi mais je la respecte. »

Puis vient le tour de la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS) qui rappelle devant le public que « la communauté nationale ne se laissera pas diviser ».

Voir aussi:

« Le message de l’Etat Islamique est un appel à l’insurrection lancé aux loups solitaires« 
Wladimir Garcin
Le Figaro
22/09/2014

Pour Bernard Cazeneuve, nous sommes prêts à faire face à la menace de l’Etat Islamique. Est-ce vraiment le cas ? Le décryptage d’Hugues Moutouh.

Hugues Moutouh a été conseiller spécial du ministre de l’Intérieur. Il est désormais avocat. Il est l’auteur de 168 heures chrono: la traque de Mohamed Merah.
FigaroVox: Dans un message audio, les djihadistes de l’Etat Islamique menacent les ressortissants français à cause de notre engagement militaire en Irak. Faut-il prendre ces menaces au sérieux?

Hugues MOUTOUH: Le message a été authentifié: la menace doit donc être prise au sérieux. Il ne s’agit certes pas de la première fois qu’un réseau terroriste menace de frapper nos ressortissants, mais cela confirme la dangerosité extrême de cet Etat islamique. Ce groupe est bien plus puissant et dangereux que tous ceux connus jusqu’ici. Installé sur un territoire vaste, disposant d’importantes ressources financières, militaires (un matériel sophistiqué, hérité des stocks américains abandonnés sur place), Daech a les moyens de mener une politique agressive. Le danger va donc croissant, et tous les services de renseignement français le savent.

Quel est le but des terroristes à travers ces intimidations?

Le but est la raison d’être même de cet Etat: propager la terreur. De plus, l’Etat Islamique dispose d’un véritable pouvoir de séduction, notamment par rapport à Al-Qaïda, grâce à ses ressources, à son statut autoproclamé d’Etat, ainsi qu’à sa parfaite utilisation des média et des réseaux sociaux. Ses succès militaires sont ainsi largement relayés et diffusés et participent de son rayonnement dans le monde.

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a déclaré que «même si le risque zéro n’existe pas, nous prenons 100% de précaution», et que «La France n’a pas peur» face à la menace terroriste. Sommes-nous vraiment prêts à faire face aux djihadistes?

Les services de renseignement et les spécialistes effectuent un énorme travail de repérage, mais il suffit qu’une seule personne passe à travers les mailles du filet pour semer la terreur et le chaos. Il y a actuellement plus de 900 français en Irak et en Syrie, prêts à revenir en France. De plus, le message audio de l’Etat Islamique est à mon sens un appel à l’insurrection lancé aux loups solitaires. Le porte-parole de Daech y enjoint tous ceux se sentant en empathie avec leur Etat à prendre les armes, ou, à défaut, à percuter les gens avec leur voiture, ou à les étrangler. Il s’agit d’un véritable appel au meurtre, visant à faire basculer les personnes fragiles psychologiquement ou isolées dans le terrorisme.

On ne peut donc jamais être totalement prêt, car tout peut arriver. Les services font ce qu’ils peuvent pour prévenir ces risques, mais l’acte terroriste est par définition imprévisible. Le pire est toujours à attendre, malgré les progrès de la surveillance et la coopération internationale. Il suffit d’une personne influençable, d’un fou isolé, pour qu’un acte terroriste soit commis. Ce genre d’attentat est donc bien plus difficile à prévoir qu’une action coordonnée, structurée et financée par Al-Qaïda, par exemple.

La France n’a pas connu d’attaques majeures depuis la vague d’attentats des années 1995-1996. Comment la menace a-t-elle évolué depuis? Les services de sécurité français ont-ils adapté leurs techniques de renseignement?

Le terrorisme a énormément évolué, et un attentat comme celui du 11 septembre appartient au XXème siècle et n’arriverait plus aujourd’hui. Les Etats peuvent contrecarrer ce type d’action, et tout ce qui est organisé peut être déjoué puis puni par notre système législatif. Aujourd’hui, le terrorisme prend plutôt la forme du loup solitaire, un concept théorisé aux Etats-Unis par le FBI pour qualifier les attaques des groupuscules d’extrême-droite suprématistes. Ces groupes souhaitaient multiplier les actions terroristes, tout en limitant la possibilité d’arrestation. Ils ont donc commencé à créer de petites cellules, de une à trois personnes, très difficiles à identifier. Le FBI a donc inventé le terme de loup solitaire pour qualifier ces individus. Les islamistes utilisent aujourd’hui ce type d’organisations pour préparer leurs actions.

Tout ne peut être fait ou interdit au nom de la lutte contre le terrorisme. La question est aujourd’hui de savoir s’il faut déplacer le curseur entre la sécurité et la liberté vers plus de protection, ce qui impliquerait automatiquement une limitation des libertés et droits.
Dans un précédent entretien, vous déclariez que la principale menace actuelle était celle des loups solitaires, comme Mohamed Merah, endoctrinés et formés sur Internet. L’Etat est-il aujourd’hui capable de surveiller, d’identifier et d’interpeller ce type de menaces plus efficacement, ou Internet reste-t-il une zone difficilement contrôlable?

Internet est évidemment difficilement contrôlable, et, plus largement, la limite de la surveillance, de la protection de la société est le cadre de l’Etat de droit. Tout ne peut être fait ou interdit au nom de la lutte contre le terrorisme. La question est aujourd’hui de savoir s’il faut déplacer le curseur entre la sécurité et la liberté vers plus de protection, ce qui impliquerait automatiquement une limitation des libertés et droits. Ce débat ne peut cependant être mené par les services de sécurité, mais par le Parlement et le gouvernement. Si l’on estime que le risque devient trop important, ces derniers doivent proposer un nouveau cadre pour la société. La question centrale d’un tel débat est bien celle du prix à payer pour la sécurité.

Au-delà des services de police, les citoyens sont-ils prêts psychologiquement à lutter contre la menace terroriste?

Depuis de nombreuses années, les moyens nécessaires à la lutte contre le terrorisme sont refusés au ministère de l’Intérieur, comme l’a montré le scandale du fichier Edvige. Or, un nouveau système, utilisant les nouvelles technologies, les écoutes, la reconnaissance faciale et les fichiers de renseignement est aujourd’hui nécessaire. Les Français sont, à mon sens, prêts à accepter ce nouveau cadre s’il défini et approuvé par le Parlement, et s’ils sont informés intelligemment et clairement à ce propos.

Si l’utilisation de ces nouvelles technologies est régulée et contrôlée, nous pourrons lutter bien plus efficacement contre la menace terroriste, et identifier les déséquilibrés en amont pour les éviter d’agir.

Voir encore:

Alain Chouet : « L’Etat islamique manquera bientôt de ressources humaines et financières »
Saïd Branine et Ian Hamel
Oumma
10 septembre 2014
En exclusivité pour Oumma.com, Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), analyse les chances de survie de l’Etat islamique.

A propos de l’auteur

Ancien chef du service de renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Alain Chouet a notamment été en poste au Liban et en Syrie. Il avait été l’un des premiers spécialistes du terrorisme à révéler que l’organisation Al-Qaïda était « morte sur le plan opérationnel dans les trous à rats de Tora Bora en 2002 ». Et qu’« il ne resterait qu’une cinquantaine de membres, essentiellement des seconds couteaux, incapables d’animer à l’échelle planétaire un réseau coordonné de violence politique ». En exclusivité pour Oumma.com, Alain Chouet analyse les chances de survie de l’Etat islamique (*).

Comment expliquez-vous que la presse francophone n’ait parlé que tardivement de cette scission d’Al-Qaida, aujourd’hui à la tête de l’Etat islamique. On sait pourtant que depuis la mort de Ben Laden, certains djihadistes ont refusé de prêter allégeance à Zawahiri.

La réalité est que, depuis 2002 et l’offensive alliée contre le régime Taliban d’Afghanistan et ses protégés djihadistes, Al-Qaïda relève plus du mythe que de la réalité. C’est un mythe qui a été entretenu par le fait que tout contestataire dans le monde musulman, quelles que soient ses motivations et ses objectifs, a bien compris qu’il devait se réclamer de l’organisation qui avait épouvanté l’Amérique s’il voulait être pris au sérieux. C’est un mythe qui a été entretenu par certains dirigeants des pays musulmans qui ont bien compris qu’ils devaient coller l’étiquette Al-Qaïda sur leurs opposants s’ils voulaient pouvoir les réprimer tranquillement. C’est enfin un mythe qui a été entretenu par les dirigeants et les médias d’un certain nombre de pays occidentaux pour légitimer leur politique sécuritaire intérieure et extérieure.

Mais dans la galaxie salafiste, tout le monde sait bien que Al-Qaïda se résumait depuis 2003 à un Ben Laden réfugié dans un « resort » des services pakistanais et à un sentencieux Ayman Zawahiri distribuant les bons et les mauvais points de djihadisme et s’appropriant verbalement des actes de violence commis un peu partout dans le monde qu’il n’avait ni commandités, ni prescrits ni contrôlés.

Il était difficile pour des djihadistes ambitieux de remettre en cause la figure emblématique de Ben Laden mais plus facile de s’affranchir de la tutelle morale de Zawahiri. En particulier pour des chefs de bande locaux qui n’avaient que faire du « djihad mondial » sans bénéfice immédiat et souhaitaient plutôt se bâtir un petit sultanat local où ils pourraient exercer un pouvoir sans partage et rançonner la population. C’est ce type de raisonnement, joint aux aléas des rivalités locales et des surenchères entre l’Arabie et le Qatar, qui a poussé un Abou Bakr al-Baghdadi à rejeter le parrainage d’Al-Qaïda et – comme on dit en France – à s’autoproclamer « Calife à la place du Calife ».

Comment expliquer l’émergence de l’EIIL et par qui ce groupe était-il financé (avant qu’il ne mette la main sur des banques et des puits de pétrole)?

L’EIIL n’a pas « émergé » comme par miracle l’année dernière. Il est la filiation directe de ce que l’on appelait il y encore quelque temps « Al-Qaïda en Irak » ou « Al-Qaïda en Mésopotamie ». Cette organisation avait été elle-même formée en 2003 par Abou Moussaab al-Zarqawi, ancien membre d’Al-Qaïda rejeté par Ben Laden pour son aventurisme, à partir d’un groupe djihadiste préexistant dans le nord est de l’Irak et connu sous le nom de Ansar al-Islam (Partisans de l’Islam). Après la mort de Zarqawi tué dans un bombardement américain, l’organisation a été reprise en main par son chef actuel qui a continué de bénéficier du soutien actif des services saoudiens dans la perspective de s’opposer à la mainmise totale des chiites sur le pouvoir irakien et à la connivence de plus en plus marquée entre Baghdad et Téhéran.

Les choses se sont compliquées début 2011 avec l’émergence des troubles en Syrie. Les services spéciaux saoudiens du Prince Bandar Ben Sultan et le Qatar se sont lancé dans des initiatives rivales pour accélérer la chute de Bashar el-Assad. Les Saoudiens ont organisé en Syrie l’émergence d’un front salafiste anti-régime sous la désignation de Jabhat al-Nosra tandis que les Qataris ont lancéune « OPA hostile » sur l’EIIL en diversifiant ses activités sur la Syrie en complément de l’Irak et en concurrence avec les autres groupes djihadistes.

Et tout ce paysage confus s’est transformé à l’été 2013 quand le coup d’État feutré qui a eu lieu à Qatar a écarté l’Emir et son activiste Premier ministre et recentré les investissements de l’Émirat sur des activités économiques plutôt que politiques. Dans le même temps, à la lueur du désordre politique et social induit en Égypte par la gestion des Frères Musulmans, le cabinet royal saoudien – plutôt partisan d’un ordre régional apaisé et d’un système de coexistence plutôt que d’affrontement avec l’Iran – a repris la main sur les extrémistes du clan familial, écarté le Prince Bandar et ses partisans, apporté son soutien au coup d’État du Maréchal Sissi et, surtout, condamné et criminalisé les activités djihadistes au Levant.

Brutalement privés de soutiens extérieurs significatifs, Jabhat el-Nosra et surtout l’EIIL se sont retrouvés condamnés à une fuite en avant, coincés sur place et contraints d’y trouver les ressources financières et militaires nécessaires à leur survie. Ce n’est pas par hasard que le premier objectif de l’EIIL dans sa fulgurante offensive du printemps dernier a été de s’emparer de la succursale de la banque centrale d’Irak à Mossoul pour y rafler près d’un demi-milliard de dollars en or et en billets.

Existe-t-il encore des liens entre le Front Al Nosra en Syrie et l’EIIL?

Ces organisations fonctionnent sur un mode féodal et mafieux où des chefs de bandes locales prêtent allégeance au chef de l’organisation en fonction de leur intérêt du moment. Les frontières entre les mouvements sont donc poreuses mais avec les risques que cela comporte en cas de trahison. D’autre part il faut considérer qu’il existe en Syrie comme en Irak une multitude de groupes armés locaux, parfois à l’échelle du village, du quartier ou du groupe d’immeubles, à l’allégeance mal définie et qui se rallient à tel ou tel en fonction des circonstances et du profit à en espérer.

L’EIIL est-il capable d’administrer les territoires conquis?

C’est douteux, faute de ressources humaines et, à terme, de ressources financières. Pour l’instant l’EIIL dispose d’un trésor de guerre estimé à 2 milliards de dollars. Ce trésor repose essentiellement sur le racket de « l’impôt révolutionnaire », sur le contrôle d’un certain nombre de site d’extraction d’hydrocarbures, sur le pillage systématique et la revente sur le marché noir turc des matériaux de construction (souvent arrachés des maisons existantes), matériels industriels et agricoles, véhicules, objets volés dans les propriétés publiques et privées dans les zones contrôlées.

Mais il faut se garder pour autant de considérer que l’EIIL dispose maintenant d’un budget annuel fixe et permanent. Le pillage de la succursale de la Banque Centrale d’Irak à Mossoul était un fusil à un coup. Il a été largement dilapidé dans la « location » de chefs de tribus sunnites d’Irak qui ont permis à l’EIIL sa rapide offensive du printemps. Le pillage des biens d’équipement sera bientôt tari par épuisement. De même que « l’impôt révolutionnaire » par suite de ruine ou exode des « assujettis ».

Reste le contrôle des ressources pétrolières (vulnérables car les puits ne sont pas déplaçables) qui est soumis au bon vouloir des Turcs et d’un certain nombre d’intermédiaires irakiens, tous susceptibles de « retourner leur veste » en fonction de la conjoncture internationale. Bref, dans six ou huit mois, il ne restera plus grande chose et c’est là que se posera (s’il n’est pas réglé avant) le problème du retour vers leur pays d’origine des mercenaires et volontaires étrangers (Tchétchènes, Bosniaques, Maghrébins, Libyens, Saoudiens interdits de retour au royaume, et – en ce qui nous concerne – Européens.)

Quelles sont les différences majeures entre le mode de fonctionnement d’Al-Qaida et l’EIIL? En s’autoproclamant calife, Baghdadi a également une vision globalisée du djihad, comme l’avait Ben Laden.

Al-Qaïda était un mouvement terroriste stricto sensu. C’est-à-dire un groupe restreint ayant une stratégie globale mais pas de tactique définie, mettant en œuvre des non-professionnels de la violence sacrifiables en vue de commettre dans le monde entier des attentats aveugles comme ils pouvaient, où ils pouvaient, quand ils pouvaient pourvu que la violence soit spectaculaire, médiatisée et porte la signature et le message de la mouvance.

L’EIIL est, au contraire, une véritable armée de professionnels de la violence avec un chef, une mission, des moyens, un agenda et des objectifs précis dans un espace limité. Le seul fait de se désigner sous le nom d’Etat (Dawla) montre bien que ses responsables entendent se donner un ancrage institutionnel (al-Islami) et géographique (fil-Iraq wa ash-Sham). Ce n’était pas du tout le cas de Ben Laden, au moins dans sa version finale des années 1998-2001 qui prônait une violence déterritorialisée contre le monde entier.

Mais qui dit État, dit chef de l’État et – en version islamique fondamentaliste – Calife. D’où l’initiative de Baghdadi qui vise aussi bien à faire un pied de nez aux Saoudiens, gardiens autoproclamés des Lieux saints qui l’ont abandonné et dont il conteste ainsi la légitimité, qu’à mettre l’ensemble des musulmans du monde en demeure de choisir leur camp en ayant à accepter ou rejeter son autopromotion. C’est ce qui explique qu’en se proclamant Calife, il abandonne aussitôt dans la dénomination du mouvement la référence territoriale à l’Irak et au Levant pour devenir « seulement » Etat Islamique (Dawlat al-Islami). Mais tout cela révèle plutôt des finasseries calculatrices de survie plutôt qu’une « vision globalisée du djihad ».

Quels sont les moyens les plus efficaces pour combattre cette organisation?

L’EIIL pose le même problème que l’Etat Taliban en Afghanistan, AQMI au Sahel, les Shebab en Somalie ou Boko Haram au Nigeria. Il s’agit d’armées constituées, souvent en uniforme ou portant des signes de reconnaissance, utilisant des matériels militaires, des véhicules dédiés, des implantations localisables, des moyens de communication identifiables. Cela relève à l’évidence d’une riposte militaire consensuelle et concertée face à laquelle on semble pourtant tergiverser.

Pendant plus de dix ans, les Etats-Unis ont placé l’ensemble du monde musulman sous une loi permanente des suspects, détruit irrémédiablement plusieurs pays, espionné la planète entière – y compris leurs plus proches alliés et leurs concitoyens -, harcelé des millions de voyageurs dans les aéroports, multiplié les tortures et les internements illégaux au nom d’une « guerre globale contre la terreur » qui n’a ramené dans ses filets que quelques seconds couteaux et un Ben Laden « retiré des affaires ».

Et aujourd’hui que sont parfaitement localisés avec précision une dizaine de milliers de djihadistes arborant fièrement leur drapeau, défilant dans les rues, égorgeant des citoyens américains devant les télévisions, éventrant médiatiquement femmes et enfants, jouant au foot avec les têtes de leurs ennemis, la Présidence américaine vient dire qu’elle « n’a pas encore de stratégie dans la lutte contre le djihadisme »….

Je veux croire qu’il s’agit là d’une manœuvre du Président Obama pour contraindre l’Arabie et le pétromonarchies du Golfe à « choisir leur camp » et à cesser leurs pratiques de double langage qui consiste à condamner verbalement le terrorisme tout en soutenant un peu partout dans le monde les groupes terroristes salafistes et les djihadistes en vue de neutraliser les initiatives démocratiques ou l’influence de l’Iran qu’ils considèrent comme également dangereuses pour le maintien de leur pouvoir.

L’Iran va-t-il devenir un partenaire à part entière pour combattre l’EIIL?

S’il veut préserver l’avenir et laisser la porte ouverte à l’élaboration d’un système de confiance régional avec les pétromonarchies arabes, l’Iran n’a pas vraiment intérêt à s’afficher comme le fer de lance ou un élément actif d’une coalition pilotée par les Occidentaux pour combattre l’extrémisme sunnite violent.

Téhéran ne peut que se réjouir de l’éradication des salafistes et soutiendra résolument mais aussi discrètement que possible ses alliés chiites irakiens, syriens et libanais comme il l’a toujours fait. Mais pourquoi voudrait-on, alors que l’Arabie multiplie les signaux d’apaisement, qu’il aille compromettre ses chances de coexistence future avec son environnement sunnite pour résoudre un problème qui ne le menace pas directement et qui est la conséquence des erreurs de gestion américaines dans la zone ?

Au-delà des dérapages verbaux de certains de leurs responsables politiques, les Iraniens sont prudents et calculateurs. Selon toute probabilité, ils laisseront les Occidentaux s’occuper du dossier en apportant juste l’aide qu’il faut pour qu’on reconnaisse et salue leur contribution et leur sens des responsabilités internationales mais avec le souci de ne pas justifier l’accusation constante qui leur est faite par les wahhabites d’être des hérétiques ennemis de l’Islam.

Si l’Etat islamique est détruit, ce n’est pas à Téhéran qu’iront se répandre les militants du djihadisme défaits, déçus et avides de vengeance….

(*) Alain Chouet donne une conférence sur le thème « Syrie, le carrefour des contradictions », le 19 septembre à 19 h 30 à la librairie arabe L’Olivier, 5, rue de Fribourg à Genève (Suisse).

Voir encore:

« L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie n’avaient pas lésiné sur les moyens pour favoriser l’émergence du terrorisme »

Majed Nehmé, directeur d’Afrique Asie

Le Temps d’Algérie

21-09-2014

Le Temps d’Algérie : Certains pays ont fait alliance avec «la rébellion» pour renverser le président Al Assad. Aujourd’hui, ces pays font partie de la coalition anti-Daech. Comment expliquez-vous ce retournement ?

Je ne pense pas qu’ils se soient retournés contre ces monstres qu’ils ont conçus, enfantés et nourris en armes, en argent, en combattants et en idéologie ! Ou du moins pas encore. Les deux organisations, Daech et Al-Nosra, sont le pur produit de l’idéologie salafiste wahhabite.

Les pays occidentaux et leurs supplétifs du Golfe ainsi que la Turquie avaient, dès les premiers mois du déclenchement de la crise syrienne, opté pour armer l’opposition qu’ils avaient décrite comme «modérée». Lors de la conférence des «Amis de la Syrie» réunis à Tunis en février 2012, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud Al-Fayçal, avait déclaré publiquement que son pays allait armer l’opposition. Mais très vite, les chancelleries occidentales, et plus particulièrement la France et les Etats-Unis d’Amérique, à travers leurs ambassadeurs à Damas, Eric Chevalier et Robert Ford, avaient compris que les marionnettes du
Conseil national syrien, qu’ils avaient créées de toutes pièces pour se substituer au pouvoir syrien légal, était dominé, directement et indirectement, par des cadres des Frères musulmans. Les libéraux et les démocrates, que j’appellerai les «idiots utiles» de la rébellion, n’avaient aucune représentativité.

En décidant de militariser la contestation, les Occidentaux et leurs marionnettes ont été très vite submergés par des organisations takfiries qui rejetaient à la fois le pouvoir syrien et l’opposition extérieure. Leurs calculs étaient basés sur un pari stupide, à savoir que les jours de Bachar Al Assad étaient désormais comptés (trois à six mois !), que l’armée allait se retourner contre lui et, enfin, que le CNS allait prendre le pouvoir et chasser les extrémistes qui avaient fait le sale boulot pour eux et qu’ils n’avaient qu’à attendre dans les hôtels cinq étoiles en Turquie, en Arabie saoudite, au Qatar et en Europe pour le ramasser.

Pour Burhan Ghalioun et Georges Sabra, les premiers présidents du CNS, «tous ceux qui combattent le régime syrien, y compris Al Nosra, sont des révolutionnaires et des alliés». Auparavant, ils prétendaient que ces groupes islamistes issus souvent de la nébuleuse d’Al Qaïda, étaient manipulés par les services syriens. Mais peu à peu, l’armée syrienne libre était balayée, l’opposition démocratique pacifique réduite au silence ou à l’exil. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie n’avaient pas lésiné sur les moyens pour favoriser l’émergence de ces groupes terroristes.

Ils pensaient que ce sont les seuls capables d’écraser le régime syrien.
Plutôt que d’écraser le régime de Damas, ces groupes ont commencé à se livrer bataille entre eux. Le Font Al Nosra, qui a été reconnu officiellement par le successeur de Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri, comme le seul représentant d’Al Qaïda au pays du Cham (grande Syrie) est actuellement en guerre larvée contre Daech. Il y a aussi d’autres mouvements rebelles, tous d’obédience takfirie, qui pullulent sur l’ensemble du territoire syrien et qui s’entredéchirent férocement. Ainsi, l’aspiration à la démocratie et au respect des droits de l’homme qui avait animé les premières manifestations n’est plus de mise. Désormais, c’est la création d’un califat et d’un Etat islamique qui semble animer tous ces mouvements hétéroclites.

Les pays qui avaient favorisé l’émergence de ce chaos indescriptible en Syrie, réalisant que le renversement du régime de Damas n’est plus accessible, craignant le retour des dizaines de milliers de djihadistes dans leurs pays respectifs, ont pris peur et commencent à se mobiliser contre eux. Mais ce retournement n’est jusqu’ici que verbal.
Que cherchent les Etats-Unis en mettant en place cette «coalition» contre Daech ?

Officiellement, les Etats-Unis et leurs alliés et supplétifs n’ont cherché à éradiquer Daech que lorsque ce groupe a décapité des journalistes et des citoyens occidentaux d’une façon répugnante et barbare qui a choqué l’opinion publique. Ils ne pouvaient pas ne pas réagir, ou faire semblant de réagir. En s’emparant d’une grande partie du territoire irakien et de la deuxième ville du pays, Mossoul, en infligeant une défaite humiliante à l’armée irakienne et, enfin, en avançant vers le Kurdistan irakien, en s’attaquant aux minorités chrétienne, turkmène, yézidie…

Daech a poussé les Etats-Unis à intervenir symboliquement. Ils en ont profité pour exiger le départ de Maliki et son remplacement par quelqu’un de plus docile. Ce qui a effectivement été fait. Si les bombardements aériens ont pu avoir un impact positif sur le moral des troupes loyalistes et des peshmergas kurdes, et stopper l’avancée des hordes de Daech, il n’en reste pas moins que c’est l’intervention des militaires iraniens et des combattants turcs et syriens du PKK qui a permis de stopper net cette avancée. Or les pasdarans iraniens et les PKK kurdes en Turquie et en Syrie sont considérés par les Occidentaux comme des terroristes !
En fait, tout ce cirque médiatique fait autour de Daech a pour ultime objectif de faire durer la tuerie et la destruction de la Syrie et de l’Irak et ultérieurement, l’Iran.

Une «dissension» a été annoncée au sein d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), de laquelle serait née une nouvelle organisation terroriste appelée «Djound Al Khilafa» et qui a déjà annoncé son allégeance à Daech. Pourquoi maintenant et pourquoi la région du Sahel ?

Les mouvements qui prônent un pseudo djihad global, par opposition au djihad local, maîtrisent magistralement l’art de la communication et de la propagande, notamment sur les réseaux sociaux. Aqmi est actuellement sur la défensive. Elle est traquée et rejetée partout. Elle ne survit que grâce au racket, au crime organisé, à la contrebande et aux kidnappings générateurs de rançons que certains pays occidentaux continuent malheureusement à payer. Son projet idéologique, si l’on peut dire, n’attire pas grand monde.

Il est donc normal que des dissensions apparaissent dans ses rangs. Pourchassée dans le Nord Mali, elle est actuellement repliée sur la Libye, un pays livré au chaos, aux milices armées et aux bandits de grands chemins. Il est normal, en période de repli, que des dissensions apparaissent mais sans lendemain. Il s’agit le plus souvent de disputes entre gangs autour d’un butin ou dans l’espoir d’accaparer une partie du butin saisi par Daech en Irak et évalué à quelque deux milliards de dollars. Je ne pense pas qu’il faudra accorder beaucoup de crédit à ces dissensions appelées à se multiplier. Le vrai danger c’est le chaos en Libye elle-même devenue le sanctuaire de nombreux terroristes ayant sévi en Syrie et en Irak et qui sont rentrés poursuivre leur combat sous des cieux plus cléments.

Comment qualifiez-vous le refus des Etats-Unis et de la France de coopérer avec l’Etat syrien contre Daech ?

Cela signifie que ces deux pays ne cherchent pas réellement à éradiquer Daech. Car c’est actuellement la Syrie qui combat le plus efficacement ce fléau. Sans la contribution syrienne à la guerre contre ce monstre, Daech serait déjà en Jordanie, au Liban et à la frontière d’Israël.

Il faut cependant discerner entre le refus médiatique et la coordination indirecte mais réelle pour faire barrage à cette organisation. Sur ce plan, une coordination réelle et efficace est engagée entre la Syrie et l’Irak.

L’échange d’informations se fait par l’intermédiaire du gouvernement irakien qui joue, jusqu’ici, le go-between entre Américains et Syriens.

Les Etats-Unis et la France, après avoir clamé que les jours de Bachar étaient comptés, ont quelque réticence à avaler leur chapeau, reconnaître leur erreur de jugement et retrouver le chemin de Damas. C’est une question de temps. Damas a déjà été approché par des émissaires français et américains pour reprendre une coopération secrète entre services. Mais ils se sont vu répondre que cette époque est bel et bien révolue et que si ces deux pays veulent réellement reprendre la coopération d’antan, il faudrait que ça se fasse à travers des structures diplomatiques. Donc pas avant la réouverture des ambassades américaine et française à Damas.

Les «djihadistes» libyens, tunisiens et ceux d’autres pays du Maghreb arabe, partis faire le «djihad» au sein d’organisations criminelles, dont Daech, Al Qaïda et le Front Al Nosra, en Syrie et en Irak, constituent-ils un danger à leur retour dans leurs pays respectifs ?

C’est une évidence. On a d’ailleurs remarqué que les pays du Maghreb, qui se disaient «amis du peuple syrien» (Maroc, Tunisie, Libye) n’avaient pas voulu participer à la conférence de Paris. Ils observent avec inquiétude le retour certain de leurs djihadistes qui sèment la terreur chez eux. C’est le cas également des pays occidentaux qui avaient fermé les yeux, voire encouragé le départ de ces djihadistes en Syrie et en Irak dans l’espoir de s’en débarrasser.
A lire la presse occidentale, le retour de ces anciens de la Syrie, qui nous rappelle le retour des anciens d’Afghanistan, est le cauchemar de tous les services de sécurité, à tel point que pour certains analystes, la question n’est plus de savoir si ces terroristes vont passer à l’action en Europe même, mais quand et comment. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

Ne croyez-vous pas que cette «coalition anti-Daech pourrait être utilisée par les Etats-Unis pour effectuer des frappes contre l’armée syrienne et l’affaiblir dans le but de faciliter l’avancée de ce qui est appelée «opposition armée modérée» ?

Il est certain que la coalition anti-Daech est actuellement inexistante. Elle est médiatique. Obama, qui ne veut pas terminer son deuxième mandat par une guerre, l’a dit ouvertement : c’est une guerre qui va durer des années. Conclusion : il cherche à épuiser la Syrie et l’Irak et à tout faire pour que ces deux pays retrouvent la place qui leur revient sur l’échiquier du Moyen-Orient.
Quant à l’avancée d’une opposition armée modérée, c’est une vue de l’esprit. Obama lui-même l’avait reconnu. Actuellement, l’initiative est entre les mains de l’armée syrienne et je ne vois pas comment une opposition fanatisée pourra réaliser ce qu’elle n’a pu faire en trois ans de guerre totale. L’objectif réel est de détruire la Syrie à petites doses. Et la situation actuelle arrange bien tous les ennemis de la Syrie.

Ne pensez-vous pas également que certains pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite et la Turquie, et certains pays occidentaux, dont les Etats-Unis d’Amérique, ont grandement contribué à armer les organisations terroristes comme Daech et le Front Al Nosra ?

C’est un secret de Polichinelle. Tous ces pays avaient juré la perte de l’Etat syrien. En armant ces mouvements djihadistes, ils pensaient ramener la Syrie dans le giron occidental, l’extraire de son alliance avec l’Iran, la Russie et la Chine et la contraindre à une paix au rabais avec Israël. Jusqu’ici, cette stratégie a lamentablement échoué. Et ces monstres qu’ils ont nourris vont se retourner contre eux. Le jour où les Américains vont constater les dégâts de cette stratégie sur leurs propres intérêts et sur les intérêts de leurs supplétifs du Golfe, ils vont arrêter la partie. On n’en est malheureusement pas encore là.
Alain Chouet, le plus fin et informé des spécialistes français du renseignement, a mis les points sur les «i» en soulignant l’incohérence occidentale face à Daech.

«Aujourd’hui que sont parfaitement localisés avec précision une dizaine de milliers de djihadistes arborant fièrement leur drapeau, défilant dans les rues, égorgeant des citoyens américains devant les télévisions, éventrant médiatiquement femmes et enfants, jouant au foot avec les têtes de leurs ennemis, la présidence américaine, écrit-il,  vient dire qu’elle «n’a pas encore de stratégie dans la lutte contre le djihadisme»…

Je veux croire qu’il s’agit là d’une manœuvre du président Obama pour contraindre l’Arabie et les pétromonarchies du Golfe à «choisir leur camp» et à cesser leurs pratiques de double langage qui consiste à condamner verbalement le terrorisme tout en soutenant un peu partout dans le monde les groupes terroristes salafistes et les djihadistes en vue de neutraliser les initiatives démocratiques ou l’influence de l’Iran qu’ils considèrent comme également dangereuses pour le maintien de leur pouvoir.»

Des médias évoquent une «rupture» entre Al Qaïda et Daech, alors qu’Al Qaïda vient d’annoncer son soutien à Daech face à la «coalition». Comment expliquez-vous cela ?

C’est une rupture de façade. Les deux organisations, qui se disputent entre elles pour des raisons de contrôle de territoire ou de partage des butins, sont toutes les deux, malgré les apparences, dans une position de repli. Elles poursuivent les mêmes objectifs.

Voir de plus:

The Barbarians Within Our Gates

Arab civilization has collapsed. It won’t recover in my lifetime.

With his decision to use force against the violent extremists of the Islamic State, President Obama is doing more than to knowingly enter a quagmire. He is doing more than play with the fates of two half-broken countries—Iraq and Syria—whose societies were gutted long before the Americans appeared on the horizon. Obama is stepping once again—and with understandably great reluctance—into the chaos of an entire civilization that has broken down.

Arab civilization, such as we knew it, is all but gone. The Arab world today is more violent, unstable, fragmented and driven by extremism—the extremism of the rulers and those in opposition—than at any time since the collapse of the Ottoman Empire a century ago. Every hope of modern Arab history has been betrayed. The promise of political empowerment, the return of politics, the restoration of human dignity heralded by the season of Arab uprisings in their early heydays—all has given way to civil wars, ethnic, sectarian and regional divisions and the reassertion of absolutism, both in its military and atavistic forms. With the dubious exception of the antiquated monarchies and emirates of the Gulf—which for the moment are holding out against the tide of chaos—and possibly Tunisia, there is no recognizable legitimacy left in the Arab world.

Is it any surprise that, like the vermin that take over a ruined city, the heirs to this self-destroyed civilization should be the nihilistic thugs of the Islamic State? And that there is no one else who can clean up the vast mess we Arabs have made of our world but the Americans and Western countries?

No one paradigm or one theory can explain what went wrong in the Arab world in the last century. There is no obvious set of reasons for the colossal failures of all the ideologies and political movements that swept the Arab region: Arab nationalism, in its Baathist and Nasserite forms; various Islamist movements; Arab socialism; the rentier state and rapacious monopolies, leaving in their wake a string of broken societies. No one theory can explain the marginalization of Egypt, once the center of political and cultural gravity in the Arab East, and its brief and tumultuous experimentation with peaceful political change before it reverted back to military rule.

Nor is the notion of “ancient sectarian hatreds” adequate to explain the frightening reality that along a front stretching from Basra at the mouth of the Persian Gulf to Beirut on the Mediterranean there exists an almost continuous bloodletting between Sunni and Shia—the public manifestation of an epic geopolitical battle for power and control pitting Iran, the Shia powerhouse, against Saudi Arabia, the Sunni powerhouse, and their proxies.

There is no one single overarching explanation for that tapestry of horrors in Syria and Iraq, where in the last five years more than a quarter of a million people perished, where famed cities like Aleppo, Homs and Mosul were visited by the modern terror of Assad’s chemical weapons and the brutal violence of the Islamic State. How could Syria tear itself apart and become—like Spain in the 1930s—the arena for Arabs and Muslims to re-fight their old civil wars? The war waged by the Syrian regime against civilians in opposition areas combined the use of Scud missiles, anti-personnel barrel bombs as well as medieval tactics against towns and neighborhoods such as siege and starvation. For the first time since the First World War, Syrians were dying of malnutrition and hunger.

Iraq’s story in the last few decades is a chronicle of a death foretold. The slow death began with Saddam Hussein’s fateful decision to invade Iran in September 1980. Iraqis have been living in purgatory ever since with each war giving birth to another. In the midst of this suspended chaos, the U.S. invasion in 2003 was merely a catalyst that allowed the violent chaos to resume in full force.

The polarizations in Syria and Iraq—political, sectarian and ethnic—are so deep that it is difficult to see how these once-important countries could be restored as unitary states. In Libya, Muammar al-Qaddafi’s 42-year reign of terror rendered the country politically desolate and fractured its already tenuous unity. The armed factions that inherited the exhausted country have set it on the course of breaking up—again, unsurprisingly—along tribal and regional fissures. Yemen has all the ingredients of a failed state: political, sectarian, tribal, north-south divisions, against the background of economic deterioration and a depleted water table that could turn it into the first country in the world to run out of drinking water.

Bahrain is maintaining a brittle status quo by the force of arms of its larger neighbors, mainly Saudi Arabia. Lebanon, dominated by Hezbollah, arguably the most powerful non-state actor in the world—before the rise of the Islamic State—could be dragged fully to the maelstrom of Syria’s multiple civil wars by the Assad regime, Iran and its proxy Hezbollah as well as the Islamic State.

A byproduct of the depredation of the national security state and resurgent Islamism has been the slow death of the cosmopolitanism that distinguished great Middle Eastern cities like Alexandria, Beirut, Cairo and Damascus. Alexandria was once a center of learning and multicultural delights (by night, Mark Twain wrote in  Innocents Abroad, “it was a sort of reminiscence of Paris”). Today Alexandria is a hotbed of political Islam, now that the once large Greek-Egyptian community has fled along with the other non-Arab and non-Muslim communities. Beirut, once the most liberal city in the Levant, is struggling to maintain a modicum of openness and tolerance while being pushed by Hezbollah to become a Tehran on the Med. Over the last few decades, Islamists across the region have encouraged—and pressured—women to wear veils, men to show signs of religiosity, and subtly and not-so-subtly intimidated non-conformist intellectuals and artists. Egypt today is bereft of good universities and research centers, while publishing unreadable newspapers peddling xenophobia and hyper-nationalism. Cairo no longer produces the kind of daring and creative cinema that pioneers like the critically acclaimed director Youssef Chahine made for more than 60 years. Egyptian society today cannot tolerate a literary and intellectual figure like Taha Hussein, who towered over Arab intellectual life from the 1920s until his death in 1973, because of his skepticism about Islam. Egyptian society cannot reconcile itself today to the great diva Asmahan (1917-1944) singing to her lover that “my soul, my heart, and my body are in your hand.” In the Egypt of today, a chanteuse like Asmahan would be hounded and banished from the country.

***

The jihadists of the Islamic State, in other words, did not emerge from nowhere. They climbed out of a rotting, empty hulk—what was left of a broken-down civilization. They are a gruesome manifestation of a deeper malady afflicting Arab political culture, which was stagnant, repressive and patriarchal after the decades of authoritarian rule that led to the disastrous defeat in the 1967 war with Israel. That defeat sounded the death knell of Arab nationalism and the resurgence of political Islam, which projected itself as the alternative to the more secular ideologies that had dominated the Arab republics since the Second World War. If Arab decline was the problem, then “Islam is the solution,” the Islamists said—and they believed it.

At their core, both political currents—Arab nationalism and Islamism—are driven by atavistic impulses and a regressive outlook on life that is grounded in a mostly mythologized past. Many Islamists, including Egypt’s Muslim Brotherhood (the wellspring of such groups)—whether they say it explicitly or hint at it—are still on a ceaseless quest to resurrect the old Ottoman Caliphate. Still more radical types—the Salafists—yearn for a return to the puritanical days of Prophet Muhammad and his companions. For most Islamists, democracy means only majoritarian rule, and the rule of  sharia law, which codifies gender inequality and discrimination against non-Muslims.

And let’s face the grim truth: There is no evidence whatever that Islam in its various political forms is compatible with modern democracy. From Afghanistan under the Taliban to Pakistan and Saudi Arabia, and from Iran to Sudan, there is no Islamist entity that can be said to be democratic, just or a practitioner of good governance. The short rule of the Muslim Brotherhood in Egypt under the presidency of Mohamed Morsi was no exception. The Brotherhood tried to monopolize power, hound and intimidate the opposition and was driving the country toward a dangerous impasse before a violent military coup ended the brief experimentation with Islamist rule.

Like the Islamists, the Arab nationalists—particularly the Baathists—were also fixated on a “renaissance” of past Arab greatness, which had once flourished in the famed cities of Damascus, Baghdad, Cairo and Córdoba in Al-Andalus, now Spain. These nationalists believed that Arab language and culture (and to a lesser extent Islam) were enough to unite disparate entities with different levels of social, political and cultural development. They were in denial that they lived in a far more diverse world. Those minorities that resisted the primacy of Arab identity were discriminated against, denied citizenship and basic rights, and in the case of the Kurds in Iraq were subjected to massive repression and killings of genocidal proportion. Under the guise of Arab nationalism the modern Arab despot (Saddam, Qaddafi, the Assads) emerged. But these men lived in splendid solitude, detached from their own people. The repression and intimidation of the societies they ruled over were painfully summarized by the gifted Syrian poet Muhammad al-Maghout: “I enter the bathroom with my identity papers in my hand.”

The dictators, always unpopular, opened the door to the Islamists’ rise when they proved just as incompetent as the monarchs they had replaced. That, again, came in 1967 after the crushing defeat of Nasserite Egypt and Baathist Syria at the hands of Israel. From that moment on Arab politics began to be animated by various Islamist parties and movements. The dictators, in their desperation to hold onto their waning power, only became more brutal in the 1980s and ‘90s. But the Islamists kept coming back in new and various shapes and stripes, only to be crushed again ever more ferociously.

The year 1979 was a watershed moment for political Islam. An Islamic revolution exploded in Iran, provoked in part by decades of Western support for the corrupt shah. The Soviet Union invaded Afghanistan and a group of bloody zealots occupied the Grand Mosque in Mecca for two weeks. After these cataclysmic events political Islam became more atavistic in its Sunni manifestations and more belligerent in its Shia manifestations. Saudi Arabia, in order to reassert its fundamentalist “wahhabi” ethos, became stricter in its application of Islamic law, and increased its financial aid to ultraconservative Islamists and their schools throughout the world. The Islamization of the war in Afghanistan against Soviet occupation—a project organized and financed by the United States, Saudi Arabia, Egypt and Pakistan—triggered a tectonic change in the political map of South Asia and the Middle East. The Afghan war was the baptism of fire for terrorist outfits like the Egyptian Islamic Group and al Qaeda, the progenitors of the Islamic State.

This decades-long struggle for legitimacy between the dictators and the Islamists meant that when the Arab Spring uprisings began in early 2011, there were no other political alternatives. You had only the Scylla of the national security state and the Charybdis of political Islam. The secularists and liberals, while playing the leading role in the early phase of the Egyptian uprisings, were marginalized later by the Islamists who, because of their political experience as an old movement, won parliamentary and presidential elections. In a region shorn of real political life it was difficult for the admittedly divided and not very experienced liberals and secularists to form viable political parties.

So no one should be surprised that the Islamists and the remnants of the national security state have dominated Egypt since the fall of Hosni Mubarak. In the end, the uprising removed the tip of the political pyramid—Mubarak and some of his cronies—but the rest of the repressive structure, what the Egyptians refer to as the “deep state” (the army, security apparatus, the judiciary, state media and vested economic interests), remained intact. After the failed experiment of Muslim Brotherhood rule, a bloody coup in 2013 completed the circle and brought Egypt back under the control of a retired general.

In today’s Iraq, too, the failure of a would-be authoritarian—recently departed Prime Minister Nuri al-Maliki—has contributed to the rise of the Islamists. The Islamic State is exploiting the alienated Arab Sunni minority, which feels marginalized and disenfranchised in an Iraq dominated by the Shia for the first time in its history and significantly influenced by Iran.

Almost every Muslim era, including the enlightened ones, has been challenged by groups that espouse a virulent brand of austere, puritanical and absolutist Islam. They have different names, but are driven by the same fanatical, atavistic impulses. The great city of Córdoba, one of the most advanced cities in Medieval Europe, was sacked and plundered by such a group (Al Mourabitoun) in 1013, destroying its magnificent palaces and its famed library. In the 1920s the Ikhwan Movement in Arabia (no relation to the Egyptian movement) was so fanatical that the founder of Saudi Arabia, King Abdul-Aziz Al Saud, who collaborated with them initially, had to crush them later on. In contemporary times, these groups include the Taliban, al Qaeda and the Islamic State.

Yes, it is misleading to lump—as some do—all Islamist groups together, even though all are conservative in varying degrees. As terrorist organizations, al Qaeda and Islamic State are different from the Muslim Brotherhood, a conservative movement that renounced violence years ago, although it did dabble with violence in the past.

Nonetheless, most of these groups do belong to the same family tree—and all of them stem from the Arabs’ civilizational ills. The Islamic State, like al Qaeda, is the tumorous creation of an ailing Arab body politic. Its roots run deep in the badlands of a tormented Arab world that seems to be slouching aimlessly through the darkness. It took the Arabs decades and generations to reach this nadir. It will take us a long time to recover—it certainly won’t happen in my lifetime. My generation of Arabs was told by both the Arab nationalists and the Islamists that we should man the proverbial ramparts to defend the “Arab World” against the numerous barbarians (imperialists, Zionists, Soviets) massing at the gates. Little did we know that the barbarians were already inside the gates, that they spoke our language and were already very well entrenched in the city.

Hisham Melhem is the Washington bureau chief of Al-Arabiya, the Dubai-based satellite channel. He is also the correspondent for Annahar, the leading Lebanese daily.

Voir par ailleurs:

Edwy Plenel et la fausse «lettre de Mandela»
Meir Wentrater
Comme un juif en France
11 décembre 2011

S’exprimant en direct depuis la Jordanie, où il participait à une rencontre d’une ONG vouée au «journalisme d’investigation», Edwy Plenel a consacré un billet, diffusé le 11 décembre 2013 dans «Les Matins de France Culture», à Nelson Mandela [1]. Il a longuement cité une lettre adressée en 2001 par Nelson Mandela au journaliste américain Tom Friedman, dans laquelle le dirigeant sud-africain condamnait sévèrement l’attitude d’Israël envers les Palestiniens.

Le problème est que cette lettre est un faux. Son véritable auteur, un journaliste palestinien vivant aux Pays-Bas nommé Arjan el-Fassed, ne s’en est d’ailleurs jamais caché: il entendait utiliser le genre littéraire de la fausse lettre, afin d’accuser Israël de pratiquer envers les Palestiniens une forme d’apartheid.

Cependant, la prétendue «lettre à Friedman» a circulé sur des forums Internet militants où elle a été présentée comme une parole authentique de Mandela. Jusqu’à ce qu’en 2002 les journalistes du quotidien israélien Haaretz s’adressent à la présidence sud-africaine, et découvrent le pot aux roses [2]. Tout le monde sait aujourd’hui que, non seulement cette «lettre» n’a pas été écrite par Nelson Mandela, mais elle ne représente en rien les positions du dirigeant sud-africain sur le conflit israélo-palestinien [3].

Julien Salingue, l’un des principaux porte-parole de la «cause palestinienne» en France, résume bien les choses quand il écrit sur son blog, le 6 décembre 2013: «Il ne s’agit pas ici de transformer Mandela en héraut du combat pour les droits nationaux des Palestiniens, même s’il n’a jamais fait mystère de son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne. Mandela a toujours été, sur ce terrain, beaucoup plus en retrait que l’archevêque Desmond Tutu, qui depuis de longues années soutient la campagne internationale de boycott de l’État d’Israël, qu’il qualifie, à l’instar d’autres dirigeants sud-africains, d’État d’apartheid. Tel n’est pas le cas de Mandela, contrairement à ce que croient ceux qui ont pris pour argent comptant un “Mémo de Nelson Mandela à Thomas Friedman” dénonçant “l’apartheid israélien”, qui est en réalité un exercice de style rédigé par Arjan el-Fassed» [4].

Edwy Plenel figure donc parmi «ceux qui ont pris pour argent comptant» la prétendue «lettre de Mandela». Plus de dix ans après que la fausseté de celle-ci a été démontrée par les journalistes israéliens, il continue de la citer comme parole d’Evangile. Or non seulement le document auquel il se réfère est un faux, mais son contenu ne représente pas – comme le souligne le militant pro-palestinien Julien Salingue – les positions véritables de Mandela sur le sujet [5].

Edwy Plenel, participant en Jordanie à une conférence vouée au «journalisme d’investigation», aurait là un bon sujet d’étude sur la valeur de l’investigation en matière journalistique: comment ne pas s’appuyer sur des faux documents, comment distinguer – chez les autres, et éventuellement chez soi-même – l’analyse des faits et la passion militante [6]. Bref, une réflexion sur un thème qui devrait être cher au cœur des journalistes: la vérité.
NOTES

1. Le billet d’Edwy Plenel: http://www.franceculture.fr/emission-le-monde-selon-edwy-plenel-podcast-2013-12-11#.UqgLcaFeUKk.twitter

2. L’auteur de la «lettre», Arjan el-Fassed, raconte cela lui-même sur son blog: http://arjansweblog.blogspirit.com/mandela_memo

3. Sur ce que Nelson Mandela pensait d’Israël, nous disposons du témoignage d’Abe Foxman, qui participa à la rencontre entre Mandela et les dirigeants juifs américains, à Genève en 1990 (Mandela avait été libéré de prison peu de temps auparavant, et entamait le processus qui devait conduire à la fin de l’apartheid): «Lors de notre rencontre, Mandela exprima non seulement son soutien sans équivoque au droit d’Israël à exister mais aussi son profond respect pour ses dirigeants, parmi lesquels David Ben-Gourion, Golda Meïr et Menahem Begin. Il nous assura également qu’il soutenait le droit d’Israël à la sécurité et son droit de se protéger contre le terrorisme.»
http://blogs.timesofisrael.com/how-mandela-won-over-the-jewish-community/
En octobre 1999, Nelson Mandela, qui avait quitté quelques mois plus tôt la présidence de l’Afrique du Sud, visita les pays du Proche-Orient. Lors de son séjour en Israël, il déclara au terme d’une longue rencontre avec le ministre des affaires étrangères David Lévy: «Selon moi, les discours sur la paix restent creux tant qu’Israël continue d’occuper des territoires arabes. (…) Je ne peux pas imaginer qu’Israël se retire si les Etats arabes ne reconnaissent pas Israël à l’intérieur de frontières sûres.»
http://www.washingtonpost.com/wp-srv/aponline/19991019/aponline113258_000.htm

4. Voir le blog de Julien Salingue (par ailleurs très hostile à Israël):
http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/p/comme-la-rappele-pierre-haski-de-rue89.html

5. Le journal en ligne (activement anti-israélien) MondoWeiss défend la thèse bizarre selon laquelle ce sont les pro-israéliens inconditionnels qui diffusent la thèse selon laquelle Nelson Mandela aurait accusé Israël de pratiquer l’apartheid, et ce afin de porter atteinte à l’image de Nelson Mandela:
http://mondoweiss.net/2013/12/apologists-discredit-apartheid.html

6. La réapparition de cette prétendue «lettre», au lendemain de la mort de Nelson Mandela, est significative de l’état d’esprit régnant dans certains milieux où l’activisme anti-israélien va de pair avec l’ignorance des faits. Voir, par exemple, ici:
http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Gilles_Devers.061213.htm

Voir aussi:

Mandela memo
How it started?

On March 27, 2001, Thomas Friedman wrote a column in the style of a ‘mock memo’ entitled Bush’s First Memo. In this ‘mock memo’ Thomas Friedman writes in the name of U.S. President George W. Bush a memo to Palestinian President Yasir Arafat.

This ‘mock memo’ — Thomas Friedman had published a number of them in the New York Times, for example, a ‘mock memo’ he wished Secretary of State Colin Powell would have sent to President George W. Bush was published on February 20, 2001 — triggered me to write to the New York Times’ Readers Opinions in the the ‘mock memo’ style that Friedman himself liked to use and offered Nelson Mandela responding to Friedman’s Bush’s First Memo to Arafat.

Mandela’s first memo to Thomas Friedman (30 March 2001)

Since Thomas Friedman tells his readers that Palestinians should forget about 1948 and forget about returning to their homes, I wanted to show that current policies against Palestinians resemble an apartheid-like situation. Since Nelson Mandela has become the personification of the struggle against apartheid, I thought a ‘mock memo’ including Mandela was the logical thing to do. I could also have taken Steven Biko who has said that “the most potential weapon in the hands of the oppressor is the mind of the oppressed” or Oliver Tambo or others anti-apartheid activists.

The confusion

On 27 March 2001, after reading Friedman’s ‘mock memo’ I wrote a letter entitled Mandela’s first memo to Thomas Friedman to the op-ed editor of The New York Times and I posted the memo on the Thomas Friedman Discussion Board of the New York Times, hoping that Thomas Friedman would read it and that the New York Times would publish it. However, after two days, I came to the conclusion that the New York Times would not dare publishing this piece and I sent it on March 30, 2001 to Media Monitors, “a Platform for Serious Media Contributors”, an online daily.

Soon, however, I found the ‘mock memo’ I wrote and which clearly indicated that I wrote it, on various listservers and websites but without the byline mentioning that it was in fact written by me.

The main purpose of the Mandela-memo was to respond in a satirical way to Thomas Friedman using the exact same style and even phrases he uses in his columns. Obviously, the ‘mock memo’ had been forwarded to several e-mail lists containing the memo, which originally included the title “Mandela’s First Memo to Thomas Friedman” and a byline “by Arjan El Fassed”, but eventually was forwarded without my name and sometimes without title.

I posted the ‘mock memo’ myself on 30 March on an mailinglist of Al-Awda. Despite this, I’ve seen it several times being posted on the same list, something that gives you an idea of the lack of attention many people give to material they forward. In various posts I read, the subject title was changed for example, “Mandela supports…”, “must read”, etc. Perhaps it was wishful thinking. If Nelson Mandela would seriously have written to the New York Times, wouldn’t the New York Times just publish it? Moreover, I believe Nelson Mandela has better things to do then responding to columns written by Thomas Friedman.

How things got worse

On April 24, 2001, Akiva Eldar, chief political columnist and editorial writer for the Israeli national daily Ha’aretz wrote in his Strong Quote from Mandela that the Palestinian daily Al Quds published a letter that Nelson Mandela sent to New York Times columnist Thomas Friedman, in response to a March 27 Frideman column, dubbed “Memo to President Bush.”

Immediately, I wrote a letter to Ha’aretz explaining what happened. Most probably, someone translated the memo (without byline) into Arabic and which was taken up by the Palestinian daily and printed on April 16, 2001, however, without verifying the source. The editor of Al Quds, Marwan Abu Zalaf, said that he had no idea it was a fake, and that one of his reporters found it on the Internet.

On Friday, April 18, the Lebanese daily As-Safir re-published the ‘mock memo’ in Arabic based on the article as printed by the Palestinian daily Al-Quds. On Monday, April 21, The Daily Star had an op-ed entitled “Sharon: Why does the world ignore me?” and at the top of the ‘memo’, they had the following boxed introduction:

« New York Times columnist Thomas L. Friedman has recently popularized the idea of writing opinion pieces framed as « memos » from world leaders to various recipients, prompting various other writers to mimic the practice.

For the byline, at the bottom, the Star wrote in italics: Arjan El Fassed wrote this commentary for MediaMonitors, a website dedicated to providing a platform for all political opinions (NB. The Daily Star’s archive is currently not working).

The Norwegian newspaper Dagsavisen published a commentary in which it quoted The Jerusalem Times which published the ‘mock memo’ on April 6, 2001, again without source, byline, or author, in its publication.

On April 24, 2001, someone wrote to Akiva Eldar the following:

——- Original Message ——-
From: ******* <********@yahoo.com>
To: eldar@haaretz.co.il
Sent: Tuesday, April 24, 2001 7:26 PM
Subject: Strong quote from Mandela

For the record, I have received the original messages containing each of Arjan El Fassed’s “memos,” sent directly from him (via an e-group). Mr. El Fassed’s byline is clearly present on each article, the articles come from his own e-mail address, and the more recent ones contain an explicit warning against forwarding the article without the byline. There is no possible basis for arguing that Mr. El Fassed intends for people to believe the memos were written by anyone other than himself.

It is hard to imagine that anyone would accuse Tom Friedman of impersonating a world leader if one of his “memos” was forwarded, sans byline, and then re-printed in another newspaper (though the newspaper re-printing the story would be a legitimate target for criticism).

To claim that Mr. El Fassed “tends to sign various missives he sends out to the world signed with the names of famous people” is, if not an intentional lie, than an inadvertent gross misstatement of fact. Whether you like Mr. El Fassed’s writing or not, you have a responsibility to correct what you wrote.

The next day, Akiva Eldar, replied:

—- haaretz eldar@haaretz.co.il wrote:
From: “haaretz”
To: “*******” <*******@yahoo.com>
Subject: Re: Strong quote from Mandela
Date: Wed, 25 Apr 2001 09:15:42 +0200

Mr El Fassed has give me a full account of his position and it will be reported in my next column.

However, instead of being reported in his next column, Ha’aretz published my own response instead.

Worse, however, Toronto Star columnist, Michele Landsberg wrote on May 20, 2001, Forged letter slights dignity of Nelson Mandela, in which she claimed that she checked with Mandela’s office in South Africa and that she heard from his assistant:

« You enquired about the infamous article that has been doing the rounds across the globe. We’ve received numerous enquiries… . Mr. Mandela did not write the article/letter, and this matter has been referred to his lawyers for further action. »

Nigel Parry responded to that column by writing a letter to the Toronto Star editor:

« Regarding Michele Landsberg’s column, « Forged letter slights dignity of Nelson Mandela », there was no « rat ». Someone obviously forwarded her the memo without its byline and she failed to seek out its source.

The memo was a clearly signed spoof that was first published on the Media Monitors Network.

Landsberg’s assertion that the letter was a “forgery” is as baseless as her claim that the political philosophy of Zionism — which directly resulted in the establishment of an Israeli state on the ruins of 415 Palestinian villages ethnically cleansed of nearly one million Arabs, with a legal system that still discriminates between “Jewish” and “Non Jewish” citizens in areas such as property ownership — is somehow not racist.

The Toronto Star chose not to publish his letter.

On May 26, 2001, the Lebanese newspaper an-Nahar published a clarification in Arabic which is similar to my own response in Ha’aretz.

Even now, some emails are still circulating with the ‘mock memo’. For example, the Palestinian Council for Justice and Peace circulated the ‘mock memo’ and sent a message to their own list on 14 February 2002, saying that

« We sent you a letter, which was supposedly written by Nelson Mandela and addressed to Thomas Friedman. As we received it by email from a friend who was excited about a good answer to Friedman’s latest article in the New York Times, we misread the address, and thought it was in fact written in the New York Times. Thanks to the queries of some of you, we went to the source, and now we know for certain that Mandela did not write the article. It is still a good response, but we have no clue so far as to the author. »

What other readers said

In a message posted on April 13, 2002 on a listserver called Ecunews, Rick Mitchell wrote that the ‘mock memo’:

« reinforces [my] claim that Israel is maintaining a system of Apartheid by keeping Palestinians in captivity (the current occupation dates back to June, 1967) and subject to second-class status. One need not agree with all of his statements, but it is illuminating to recognize that we see and hear very little of this argument in the U.S., as the policy of our government and of the mainstream media has been consistently pro-Israeli. Politics is, of course, politics, but the important point to consider is El Fassed’s (and others’) contention that Zionism is inherently racist and un-democratic, resulting quite logically in an apartheid system of discrimination. It is also the policy of the U.S. government. »

What’s interesting is that some even argued, “but there is also a sense in which the ‘true’ or original author does not matter — and that sense is related to the question, ‘Is it true?’”

Others wrote on various lists, “If this is authentic, it is truly a moral bombshell in the present level of discussion…” and “[It may have been written] as a statement about what perhaps Nelson Mandela would say to someone such as journalist Thomas Friedman.”

« For those of you who are concerned about the authenticity of the Mandela memo, I have researched the matter with the help of others. Apparently Thomas Friedman often writes as though he were someone else and this piece is written with this understanding. I do not question the content because from my own personal experience, I can attest to an apartheid situation. »

Someone else posted this question:

« How could I find an email for Nelson Mandela to alert him to the efforts of us in the Jewish world who oppose Israel’s current treatment of Palestinians – and to discuss with him strategies for having an impact? »

« My husband (among other people) forwarded the ‘Nelson Mandela memo’ to me. I checked up on it through my sources in Palestine and found that it was not written by Nelson Mandela but by someone else using the style of Friedman’s articles. The name of the person is in some email in my file but the name doesn’t really matter. Someone was trying to do good but left the rest of us with egg on our faces. You may want to pass this information on to those from whom you got it and to those to whom you sent it. »

Another reader made this observation, “The existential reality of injustice witnessed first-hand…is a far more powerful teaching tool than injustice heard or read about.”

What Nelson Mandela indeed has said

« It is completely wrong that the United States must be the mediator in this conflict. Everybody knows the United States is a friend of Israel. »

« As far as we are concerned what is being done to the Palestinians is a matter of grave concern. We are the friends of Yasser Arafat. We are the friends of the Palestinians. We support their struggle » (Reuters, 1 June 2001, Mandela, speaking at a news conference after talks with French Prime Minister Lionel Jospin).

« Israel should withdraw from the areas which it won from the Arabs — the Golan Heights, south Lebanon and the West Bank — that is the price of peace » (Dispatch, 20 October 1999)

« Our men and women with vision choose peace rather than confrontation, except in cases where we cannot get, where we cannot proceed, where we cannot move forward. Then, if the only alternative is violence, we will use violence » (Associated Press , 20 October 1999)

« The histories of our two peoples, Palestinian and South African, correspond in such painful and poignant ways, that I intensely feel myself being at home amongst compatriots » (Associated Press , 20 October 1999)

« The long-standing fraternal bonds between our two liberation movements are now translating into the relations between two governments » (Associated Press, 20 October 1999)

Address by President Nelson Mandela at the International Day of Solidarity with the Palestinian People, Pretoria, 4 December 1997

Voir encore:

Edwy Plenel: «C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe»

INTERVIEW Le cofondateur de Mediapart signe un pamphlet contre le silence sur la stigmatisation des musulmans de France…

Propos recueillis par Anissa Boumediene
20 minutes
19/09/14

Il lance un cri d’alarme contre ceux qui voudraient importer en France un choc des civilisations. Dans Pour les musulmans (éd. La Découverte), Edwy Plenel dénonce une «guerre des mondes qui désigne nos compatriotes musulmans comme les responsables indistincts des crimes et violences indûment commis au nom de l’islam» par des fanatiques ultra-minoritaires. Le journaliste revient pour «20 Minutes» sur l’objet de son indignation.

Pourquoi ce livre, et pourquoi maintenant ?

Pour se poser contre la banalisation dans les médias et dans le monde intellectuel d’une forme d’islamophobie bienséante, qui n’hésite pas à stigmatiser nos compatriotes musulmans. Il y a mille façons  d’être musulman, comme il y a mille façons d’être juif, chrétien ou non croyant.

C’est un geste de solidarité. Face à tout ce que l’on connaît, la montée de ces opinions xénophobes, que montre la Commission consultative des droits de l’homme, les agressions qui visent les musulmans de France, j’ai été choqué par le très grand silence et la trop grande indifférence qui fait qu’on les laisse seuls subir tout cela, sans se dresser pour dire que c’est inadmissible de construire « un problème musulman » aujourd’hui en France. C’est comme cela que commencent les pires perditions.

Comment expliquez-vous ce silence autour de l’islamophobie en général et par exemple autour de l’agression cette semaine de Maghrébins?

Je ne l’explique pas, je le constate. Il y a derrière cela un verrou que l’on n’a pas encore fait sauter, cet inconscient colonial qui fait qu’il y a un regard de supériorité posé sur cette partie de notre peuple qui est issue de notre relation à l’Afrique, à la Méditerranée. Une communauté envers laquelle nos dirigeants n’ont pas cette sensibilité spontanée de solidarité et d’égalité. Ils devraient réclamer pour ces compatriotes le droit de pouvoir se dire musulman et Français, l’un en même temps que l’autre, se réclamer d’un imaginaire français qui nous permette de penser dans l’égalité de chacun la richesse de notre diversité. C’est une chance pour la France d’être aujourd’hui le premier pays musulman d’Europe, comme nous sommes la fille aînée de l’Eglise catholique, le pilier de l’édit de Nantes pour les protestants, comme nous avons la plus importante communauté juive d’Europe rescapée du génocide. La France est la terre de la laïcité républicaine.Pourquoi l’opinion dominante oppose-t-elle l’islam à la laïcité?

C’est un moyen de légitimer cette islamophobie. Réduire plusieurs millions de personnes aux actes odieux d’une minorité est un mécanisme de temps de crise. C’est la ruse des pouvoirs économico-politiques pour échapper à la catastrophe et à l’échec des politiques qu’ils mènent. C’est la logique du bouc émissaire.

Cette façon d’agiter la querelle religieuse, de stigmatiser l’islam, de s’en prendre à ses symboles : le vêtement, le voile, le halal, les mosquées, est contraire au véritable esprit de la loi sur la laïcité, qui reconnaît les cultures minoritaires. C’est une façon de dissoudre la question sociale, d’humilier les opprimés. D’obtenir une paix pour les dominants et de faire diversion par rapport aux enjeux essentiels que sont l’emploi et le logement.  Aucune famille politique n’est épargnée dans cet aveuglement, pas même la gauche. Ce «laïcisme» est le cheval de Troie de l’islamophobie, il est à la laïcité ce que l’intégrisme est à la religion. Il  a une similitude avec l’antisémitisme : sous prétexte de ce sectarisme laïc, on installe l’habitude d’une discrimination et d’une stigmatisation. C’est le point de départ de mon livre dont le titre reprend en écho l’article d’Emile Zola «Pour les juifs», rédigé quelques mois avant son «J’accuse», de l’affaire Dreyfus.

La communauté musulmane peut-elle se sortir de ce malaise malgré ce contexte?

Je l’espère bien ! Elle compte parmi les forces vives de ce pays, crée des richesses et est au cœur de la vitalité populaire de la France. Il faut cesser d’être indifférents à sa solitude, c’est un engrenage qui embarquera tout le monde : les Noirs, les juifs, les Roms et les musulmans. Et qui risque d’engendrer le repli. La stigmatisation crée en retour une quête de fierté, en réponse à l’humiliation, et engendre des radicalisations qui peuvent amener à des chemins de perdition. Il faut faire notre chemin ensemble, assumer la réalité de la France de la diversité et libérer la solidarité.

Voir par ailleurs:

Obama est-il responsable de la situation en Irak?
Lucien SA Oulahbib
ResilienceTV
27/9/2014

Certainement. N’en déplaise à tous ceux qui n’ont de cesse de commencer tel un mantra l’amorce d’une réflexion en maudissant d’abord Bush fils et « 2003 ». Or, c’est bien Obama et non Bush qui a interrompu le processus de stabilisation existant en Irak depuis le « surge » de 2008 en quittant l’Irak avec précipitation et en laissant tout le pouvoir aux shiites inféodés à l’Iran, ce qui a démantelé tout l’effort entamé par David Petraeus commencé sous Bush et gagné en faisant alliance avec les tribus sunnites.

C’est bien Obama et non Bush qui a laissé faire en Syrie en 2013, refusant d’armer les résistants dits « laïcs », et fermant les yeux sur le financement des groupes islamistes (dont l’ancêtre de l’E.I actuel) opéré par l’Arabie Saoudite et le Qatar aujourd’hui apeurés de voir leur pouvoir féodal vaciller sous les coups de boutoir d’un mouvement islamique parfaitement fidèles aux critères historiques de l’islam depuis le début, l’islam étant par exemple une religion de « paix » dans la mesure où l’on accepte de vivre sous son joug : « que la paix (de l’islam) soit avec toi » voilà ce que veut dire son salut et non pas cette pâle imitation du christianisme, certains imams parlant même « d’amour » ce qui est d’un risible sans pareille lorsque l’on observe le nombre infime d’occurrence en la matière dans leur texte sacré…

Que l’Occident soit à l’heure actuelle son défenseur intransigeant (à coup de drones également) en dit long non seulement sur son masochisme mais surtout sa prétention à transformer tout taureau radical en boeuf aseptisé. En tout cas il semble bien qu’il n’existe pas d’islam modéré comme il n’a pas existé de communisme modéré, à moins d’abandonner la dictature du prolétariat, ou la « charia » comme le veulent certains en Tunisie, au Maroc, en Égypte, au Yémen… Wait and see.

Enfin, il semble bien que le 11 septembre 2001 ne soit pas la conséquence de « 2003 » (jusqu’à preuve du contraire).

Et à ceux qui rétorquent qu’il aurait fallu (« yaka ») construire des écoles, des routes et des hôpitaux plutôt que d’envoyer des armes il se trouve que tout cela a été construit et a été immédiatement dynamité (comme au Nigeria) parce que « école » n’a pas du tout la même signification en islam et en terre judéo-chrétienne républicaine et libérale.

Par ailleurs si les Kurdes avaient eu leur État dès 1923 à la chute de l’empire ottoman, ou du moins s’ils avaient été armés aussi bien que l’armée irakienne, peut-être que les Kurdes ne seraient pas acculés à reculer sous les coups de boutoir des néo-wahhabites, créatures échappées du laboratoire saoudien, toujours sous la bienveillance américaine et…française… Mais nous ne sommes pas à une contradiction près…

Il est navrant de rappeler ces quelques vérités premières à de si éminents « experts ».

 Voir enfin:

Argument
How We Won in Iraq
And why all the hard-won gains of the surge are in grave danger of being lost today.
David H. Petraeus
Foreign Policy
October 29, 2013

The news out of Iraq is, once again, exceedingly grim. The resurrection of al Qaeda in Iraq — which was on the ropes at the end of the surge in 2008 — has led to a substantial increase in ethno-sectarian terrorism in the Land of the Two Rivers. The civil war next door in Syria has complicated matters greatly, aiding the jihadists on both sides of the border and bringing greater Iranian involvement in Mesopotamia. And various actions by the Iraqi government have undermined the reconciliation initiatives of the surge that enabled the sense of Sunni Arab inclusion and contributed to the success of the venture.  Moreover, those Iraqi government actions have also prompted prominent Sunnis to withdraw from the government and led the Sunni population to take to the streets in protest.  As a result of all this, Iraqi politics are now mired in mistrust and dysfunction.

This is not a road that Iraqis had to travel. Indeed, by the end of the surge in 2008, a different future was possible.  That still seemed to be the case in December 2011, when the final U.S. forces (other than a sizable security assistance element) departed; however, the different future was possible only if Iraqi political leaders capitalized on the opportunities that were present.  Sadly, it appears that a number of those opportunities were squandered, as political infighting and ethno-sectarian actions reawakened the fears of Iraq’s Sunni Arab population and, until recently, also injected enormous difficulty into the relationship between the government in Baghdad and the leaders of the Kurdish Regional Government.

To understand the dynamics in Iraq — and the possibilities that still exist, it is necessary to revisit what actually happened during the surge, a history now explored in a forthcoming book written by my executive officer at the time, Col. (Ret.) Peter Mansoor, now a professor of military history at the Ohio State University.

Leading the coalition military effort during the surge in Iraq in 2007 and 2008 was the most important endeavor — and greatest challenge — of my 37 years in uniform. The situation in Iraq was dire at the end of 2006, when President George W. Bush decided to implement the surge and selected me to command it. Indeed, when I returned to Baghdad in early February 2007, I found the conditions there to be even worse than I had expected. The deterioration since I had left Iraq in September 2005 after my second tour was sobering. The violence — which had escalated dramatically in 2006 in the wake of the bombing of the Shiite al-Askari shrine in the Sunni city of Samarra — was totally out of control. With well over 50 attacks and three car bombs per day on average in Baghdad alone, the plan to hand off security tasks to Iraqi forces clearly was not working. Meanwhile, the sectarian battles on the streets were mirrored by infighting in the Iraqi government and Council of Representatives, and those disputes produced a dysfunctional political environment. With many of the oil pipelines damaged or destroyed, electrical towers toppled, roads in disrepair, local markets shuttered, and government workers and citizens fearing for their lives, government revenue was down and the provision of basic services was wholly inadequate. Life in many areas of the capital and the country was about little more than survival.

In addition to those challenges, I knew that if there was not clear progress by September 2007, when I anticipated having to return to the United States to testify before Congress in open hearings, the limited remaining support on Capitol Hill and in the United States for the effort in Iraq would evaporate.

In short, President Bush had staked the final years of his presidency — and his legacy — on the surge, and it was up to those on the ground to achieve progress. In the end, that is what we did together, military and civilian, coalition and Iraqi. But as my great diplomatic partner Ryan Crocker, the U.S. ambassador to Iraq, and I used to note, Iraq was « all hard, all the time. »

The Surge of Forces and the Surge of Ideas

The surge had many components. The most prominent, of course, was the deployment of the additional U.S. forces committed by President Bush — nearly 30,000 of them in the end. Without those forces, we never could have achieved progress as quickly as we did. And, given the necessity to make progress by the hearings anticipated in September 2007, improvements before then were critical.

As important as the surge of forces was, however, the most important surge was what I termed « the surge of ideas » — the changes in our overall strategy and operational plans. The most significant of these was the shift from trying to hand off security tasks to Iraqi forces to focusing on the security of the Iraqi people. The biggest of the big ideas that guided the strategy during the surge was explicit recognition that the most important terrain in the campaign in Iraq was the human terrain — the people — and our most important mission was to improve their security. Security improvements would, in turn, provide Iraq’s political leaders the opportunity to forge agreements on issues that would reduce ethno-sectarian disputes and establish the foundation on which other efforts could be built to improve the lives of the Iraqi people and give them a stake in the success of the new state.

But improved security could be achieved only by moving our forces into urban neighborhoods and rural population centers. In the first two weeks, therefore, I changed the mission statement in the existing campaign plan to reflect this imperative. As I explained in that statement and the guidance I issued shortly after taking command, we had to « live with the people » in order to secure them. This meant reversing the consolidation of our forces on large bases that had been taking place since the spring of 2004. Ultimately, this change in approach necessitated the establishment of more than 100 small outposts and joint security stations, three-quarters of them in Baghdad alone.

The establishment of each of the new bases entailed a fight, and some of those fights were substantial. We knew that the Sunni insurgents and Shiite militias would do everything they could to keep our troopers from establishing a presence in areas where the warring factions were trying to take control — and those areas were precisely where our forces were needed most. Needless to say, the insurgents and militias would do all that they could to keep us from establishing our new operating bases, sometimes even employing multiple suicide car bombers in succession in attempts to breach outpost perimeters. But if we were to achieve our goal of significantly reducing the violence, there was no alternative to living with the people — specifically, where the violence was the greatest — in order to secure them. Our men and women on the ground, increasingly joined during the surge by their Iraqi partners, courageously, selflessly, and skillfully did what was required to accomplish this goal.

« Clear, hold, and build » became the operative concept — a contrast with the previous practice in many operations of clearing insurgents and then leaving, after handing off the security mission to Iraqi forces that proved incapable of sustaining progress in the areas cleared. Then — Lt. Gen. Ray Odierno, commander of the Multi-National Corps-Iraq, and his staff developed and oversaw the execution of these and the other operational concepts brilliantly. Indeed, in anticipation of the new approach, he ordered establishment of the initial joint security stations in the weeks before I arrived.  His successor in early 2008, then Lt. Gen. Lloyd Austin, did a similarly exemplary job as our operational commander for the final portion of the surge. On receiving the Corps’ guidance, division and brigade commanders and their headquarters orchestrated the implementation of these concepts. And our company, battalion, and brigade commanders and their troopers translated the new strategy and operational concepts into reality on the ground in the face of determined, often barbaric enemies under some of the most difficult conditions imaginable.

But the new strategy encompassed much more than just moving off the big bases and focusing on security of the people. Improving security was necessary, but not sufficient, to achieve our goals in Iraq. Many other tasks also had to be accomplished.

The essence of the surge, in fact, was the pursuit of a comprehensive approach, a civil-military campaign that featured a number of important elements, the effects of each of which were expected to complement the effects of the others. The idea was that progress in one component of the strategy would make possible gains in other components. Each incremental step forward reinforced and gradually solidified overall progress in a particular geographic location or governmental sector. The surge forces clearly enabled more rapid implementation of the new strategy and accompanying operational concepts; however, without the changes in the strategy, the additional forces would not have achieved the gains in security and in other areas necessary for substantial reduction of the underlying levels of ethno-sectarian violence, without which progress would not have been sustained when responsibilities ultimately were transferred to Iraqi forces and government authorities.

The Sunni Awakening and Reconciliation

Beyond securing the people by living with them, foremost among the elements of the new strategy was promoting reconciliation between disaffected Sunni Arabs and our forces — and then with the Shiite-dominated Iraqi government. I often noted at the time that we would not be able to kill or capture our way out of the industrial-strength insurgency that confronted us in Iraq. Hence we had to identify those insurgents and militia members who were « reconcilable, » and we then had to persuade them to become part of the solution in Iraq rather than a continuing part of the problem. Reconciliation thus became a critical component of the overall strategy.

We were fortunate to be able to build on what ultimately came to be known as the Sunni Awakening, the initial increment of which began several months before the surge, outside the embattled Sunni city of Ramadi in violent Anbar Province, some 60 miles west of Baghdad. There, in the late summer of 2006, during the height of the violence in Anbar, Col. Sean MacFarland, a talented U.S. Army brigade commander, and his team agreed to support a courageous Sunni sheikh and his tribal members who decided to oppose al Qaeda in Iraq, which the tribesmen had come to despise for its indiscriminate attacks on the population and implementation of an extreme version of Islam that was not in line with their somewhat more secular outlook on life.  The initiative included empowering young men of the tribes who wanted to help secure their areas against al Qaeda depredations. Ultimately, shortly after the surge of forces commenced and throughout 2007 and into 2008, this arrangement was replicated over and over in other areas of Anbar Province and Iraq. The Awakening proved to be a hugely important factor in combating al Qaeda terrorists and other Sunni insurgents and, over time, similar initiatives in the Shiite population proved important in combating some militias in select areas as well.

Some observers have contended that we got lucky with the Awakening. Undeniably, it was fortunate that the initial development of a tribal rebellion against al Qaeda had begun by the time the surge began. Despite this reality, however, the spread of the Awakening beyond Ramadi was not serendipity; rather, it was the result of a conscious decision and a deliberate effort. I was well aware that there had previously been reconciliation initiatives that had worked in the short term. Indeed, I oversaw the first of these initiatives, in the summer of 2003, when I commanded the 101st Airborne Division in northern Iraq and Amb. Jerry Bremer, the head of the Coalition Provisional Authority, personally authorized me to support an Iraqi-led reconciliation effort. That effort helped make that part of Iraq surprisingly peaceful well into the fall of 2003, as the Sunni Arabs cast out of jobs and out of society by the de-Ba’athification policy still had hope of being part of the new Iraq in our area. Ultimately, however, that initiative, along with reconciliation efforts in subsequent years in western Anbar Province and elsewhere, foundered due to a lack of support by Iraqi authorities in Baghdad. I watched these initiatives during my second tour in Iraq, as commander of the Multi-National Security Transition Command-Iraq from June 2004 to September 2005.

Given my recognition of the importance of reconciliation, I was determined that we would support the nascent Awakening and then, over time, gain our Iraqi partners’ support, as well. In fact, my first trip outside Baghdad, shortly after taking command on Feb. 10, 2007, was to assess the progress of the initiative in Ramadi. After seeing the results of the Awakening up close, I quickly resolved that we would do all that we could to support the tribal rebellion there and also to foster its spread through other Sunni areas of Iraq. (Eventually, we also supported Shiite awakenings in some of the areas troubled by Shiite militias.) We would, in effect, seek to achieve a « critical mass » of awakenings that would set off a « chain reaction » as rapidly as was possible — initially up and down the Euphrates River Valley in Anbar Province and then into neighboring Sunni Arab areas of Iraq. Of equal importance, we would also seek the support of Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki for these initiatives. (I personally took him to Ramadi in March 2007 to speak to the tribal sheikhs leading the Awakening there, and I subsequently took him to other Sunni areas for similar endeavors as well.)

The decision to support the Awakening movement and, in essence, reconciliation carried considerable risk and was not initially embraced by all of our commanders. Many correctly pointed out that the leaders and members of the groups that wanted to reconcile with us — groups that might be willing to embrace the Awakening — had American blood on their hands. Beyond that, it was clear early on that Prime Minister Maliki was willing to allow us to support awakenings in strictly Sunni areas such as Anbar, but that he had understandable concerns about them when they approached areas of greater concern to his Shiite coreligionists; moreover, he also was not at all enthusiastic initially about providing Iraqi resources and assistance for what came to be known as the « Sons of Iraq, » the young men who helped augment coalition and Iraqi police and army forces in securing their tribal areas. Regardless, I was convinced that there was no alternative if we were to reduce the violence and divert key elements of the Sunni insurgency from their actual or tacit support for the actions of al Qaeda. So we pressed ahead and dealt with the many issues that arose along the way, helped initially by my first deputy, British Lt. Gen. Sir Graeme Lambe, a friend and colleague of many years, and then by the establishment of a Force Reconciliation Cell that was headed by a talented two-star British officer and an impressive senior U.S. diplomat.

Ultimately, the Awakening movement — and, in effect, reconciliation — did spread dramatically. There were many challenges as this transpired, especially when Prime Minister Maliki and other Shiite leaders developed concerns over the spread of the movement into Baghdad and areas near predominantly Shiite or mixed communities. Our reconciliation team — aided enormously by Emma Sky, a brilliant British woman who served as a special assistant to me during the latter part of the surge (having served as General Odierno’s political adviser earlier and subsequently) — worked tirelessly to deal with the seemingly endless list of issues and with the woman appointed by Prime Minister Maliki to oversee reconciliation initiatives for the Iraqi government. And, ultimately, a year and a half into the surge, we had on our payroll more than 100,000 « Sons of Iraq » (more than 20,000 of them Shiite), young men who lived in the areas of the Awakening movements and who then helped secure their neighborhoods from both Sunni insurgents and Shiite militias.

In sum, the spread of the Awakening was not serendipity; it was the result of a deliberate decision I took soon after taking command. To be sure, the timing of the initiative outside Ramadi was fortuitous, but from even before taking command I knew that reconciliation had to take place if we were to reduce violence significantly by the fall of 2007. We thus were determined to capitalize on the Ramadi initiative by promoting the spread of Awakening movements and facilitating the resulting reconciliation among sects, tribes, and factions. I understood the numerous risks, and we took measures to ensure that Awakening movements and the « Sons of Iraq » did not turn into an unaccountable militia force that would cause more trouble for Iraq in the long run than they were worth in the near term. Looking back, the risks clearly were worth the resulting gains.

Targeted Special Operations

Another critical component of our comprehensive approach was an intensive campaign of targeted operations by U.S. and British Special Operations Forces to capture or kill key insurgent and militia leaders and operatives. Although I publicly acknowledged from the outset that we would not be able to kill or capture our way to victory (hence the need to support the Awakening), killing or capturing the most important of the « irreconcilables » was an inescapable and hugely important element of our strategy. Indeed, we sought to pursue key irreconcilables even more aggressively than was the case before the surge.

Then-Lt. Gen. Stan McChrystal, commander of the U.S. Joint Special Operations Command and the Counter-Terrorism Special Operations Task Force operating in Iraq, led this effort brilliantly. Our special operators were relentless in the pursuit of al Qaeda and other Sunni Arab extremist leaders, bomb makers, financiers, and propaganda cells — and of key Iranian-supported Shiite Arab extremists as well (though the latter effort was frequently constrained by Iraqi political factors, given the proclivities of the Shiite-led government). As the surge proceeded, the capacity and pace of U.S.- and coalition-targeted Special Operations under Lt. Gen. McChrystal and subsequently by then-Vice Adm. William H. McRaven increased substantially, as did the tempo of targeted operations by the Iraqi counterterrorist forces that we trained, equipped, advised, and also enabled with helicopters and various intelligence, surveillance, and reconnaissance assets. The results were dramatic: the targeted operations — as many as 10 to 15 per night — removed from the battlefield a significant proportion of the senior and midlevel extremist group leaders, explosives experts, planners, financiers, and organizers in Iraq. Looking back, it is clear that what the American and British special operators accomplished, aided enormously by various intelligence elements, was nothing short of extraordinary. Their relentless operations, employment of unmanned aerial vehicles and other advanced technology, tactical skill, courage, and creativity were truly inspirational. But by themselves they did not and could not turn the tide of battle in Iraq; once again, the key was a comprehensive approach, in which this element, like the others, was necessary but not sufficient.

The Development of Iraqi Security Forces

Supporting the development of the Iraqi Security Forces was also vitally important — and an effort with which I was intimately familiar, as I had led the establishment of the so-called « train and equip » organization and commanded the Multi-National Security Transition Command-Iraq for the first 15 and a half months of the organization’s existence, during which I was also dual-hatted as the first commander of the NATO Training Mission-Iraq.

Although I halted the transition of tasks from coalition to Iraqi forces shortly after I took command, we knew that ultimately such transitions would be essential to our ability to draw down our forces and send them home. As President Bush used to observe, « U.S. forces will stand down as the Iraqi forces stand up. » We knew that ultimately the U.S. military could not support the replacement of the five surge brigades and the other additional forces deployed to Iraq in 2007. It thus was imperative that Iraqi forces be ready by the latter part of 2007 to assume broader duties so that coalition forces could begin to draw down and the surge forces could go home. Beyond that, Iraqi leaders, frequently with unrealistically elevated assessments of the capabilities of their security forces, repeatedly advocated the continued transition of security and governance tasks — a desire that was commendable, if sometimes premature.

Under the capable leadership of then-Lt. Gen. Marty Dempsey and his successor, Lt. Gen. Jim Dubik, the train-and-equip mission steadily expanded its efforts not just to develop Iraqi army, police, border, and special operations units but also to build all of the institutions of the Ministries of Interior and Defense, their subordinate headquarters and elements, and the infrastructure and systems needed for what ultimately grew to a total of 1 million members of the Iraqi security forces.

These tasks required Herculean efforts. Our programs supported every aspect of Iraqi military and police recruiting, individual and collective training, leader development (for example, the creation of basic training complexes, a military academy, branch schools, a staff college, a war college, and a training and doctrine command), equipping Iraqi forces with everything from vehicles and individual weapons to tanks and aircraft, the conduct of combat operations (with advisory teams at every level from battalion and above), development of logistical organizations and depots, construction of tactical and training bases and infrastructure, establishment of headquarters and staffs, and, as noted earlier, the development of all of the elements of the ministries themselves. Indeed, it is hard for anyone who did not see this endeavor firsthand to appreciate its magnitude. Additionally, progress required our Iraqi counterparts to replace substantial numbers of senior army and police leaders who proved to be sectarian, corrupt, or ineffective in the performance of their duties before or during the early months of the surge. Fortunately, Prime Minister Maliki and his senior military and police leaders proved willing to undertake the vast majority of the necessary changes.

Over time, we and our Iraqi counterparts achieved slow but steady progress in building the capabilities of the Iraqi Security Forces. With effective partnering of Iraqi and U.S. forces, Iraqi forces steadily shouldered more of the burdens and took over more tasks. They also increasingly bore the brunt of combat operations, with their losses totaling several times those of coalition forces. I often noted to the president, the prime minister, and others, in fact, that as the surge proceeded, Iraqi security forces clearly were fighting and dying for their country. Progressively, over the months and years that followed, the coalition turned over responsibility for security tasks to Iraqi forces until, at the end of 2011, Iraqi elements assumed all security tasks on their own, with only a residual U.S. office of security cooperation remaining in Iraq.

The Civilian Components

The comprehensive strategy employed during the surge also had significant civilian components. Indeed, Ambassador Crocker and I worked hard to develop unity of effort in all that our respective organizations and coalition and Iraqi partners did. The campaign plan we developed in the spring of 2007, in fact, was a joint effort of my command, Multi-National Force-Iraq, and the U.S. embassy, with considerable input from coalition partners such as Britain. (This civil-military plan built on the partnership that my predecessor, Gen. George Casey, had developed with then-U.S. Ambassador Zalmay Khalilzad, albeit with the changes in strategic and operational concepts that I have described.) And over time, our plan was also, of course, synchronized in close coordination with our Iraqi counterparts. Appropriately, the mission statement in the campaign plan we finalized in the early summer of 2007 included many nonmilitary aspects, highlighting the combined approach on which we all embarked together.

As security improved, the tasks in the civilian arena took on greater importance. It was critical, for example, that we worked with our coalition and Iraqi civilian partners to help repair damaged infrastructure, restore basic services, rebuild local markets, reopen schools and health facilities, and support the reestablishment of the corrections and judicial systems and other governmental institutions. While not determinative by themselves, such improvements gave Iraqi citizens tangible reasons to support the new Iraq and reject the extremists, insurgents, and militia members who had caused such hardship for them.

To facilitate and coordinate such efforts, each brigade and division headquarters was provided an embedded provincial reconstruction team of approximately a dozen civilian and military experts (often led by retired diplomats and development specialists). The U.S. Congress also provided the units substantial funding (through the Commander’s Emergency Response Program) to help with these efforts (and the U.S. embassy and some coalition nations did likewise through their sources of funding). Again, over time, progress in these initiatives proved essential to gaining the support of the Iraqi people for their government and to turning the people against both Sunni and Shiite extremists. These tasks were huge and often expensive, but they were essential to gradually improving basic services and other aspects of life for the Iraqi people. With steadily improving security and with the U.S. Army Corps of Engineers taking on the oversight of the larger reconstruction projects for the embassy as well as for the military, the effort moved forward relatively well, although there were innumerable challenges, including security issues, corruption, design and management shortfalls, and so on. But even in the face of such obstacles, substantial reconstruction progress was nonetheless achieved.

Detainee Operations and Rule-of-Law Initiatives

Another important component of the comprehensive approach was the conduct of detainee operations. In this area also, we had to implement significant changes. The scope of this effort was enormous. In fact, the number of detainees in U.S.-administered facilities reached 27,000 after I temporarily halted releases until we could implement programs that provided a review process for the detainees in our facilities and could establish rehabilitation and reintegration programs to reduce the recidivism rate of those we released back to their communities.

Early on in the surge, it was clear to many of us that the detainee facilities we were operating had become breeding grounds for extremism. Indeed, some of our special operators, having recaptured the same individuals more than once, began calling our facilities « terrorist universities. » We were, to be sure, providing humane treatment; however, we had not identified and segregated from the general detainee population the hardcore extremists. Until that was done, the extremists asserted control (often brutally) in the facility enclosures — some of which contained up to 800 detainees — and spread extremist thinking and expertise among the detainee population. It became clear that we had to carry out « counterinsurgency operations inside the wire » in order to identify and separate from the detainee population the irreconcilables, just as we sought to do outside the wire in Iraqi communities. The leadership of Marine Maj. Gen. Doug Stone and of those who led the elements that constituted our detainee operations task force was instrumental in this component of our overall campaign. And the performance of the thousands of soldiers, airmen, and sailors who carried out the myriad duties in the facilities — individuals who often had been retrained from other specialties to augment the limited number of military police detention specialists available in the U.S. Army — was equally impressive.

Over time, Maj. Gen. Stone’s team also began helping our Iraqi partners as they sought to increase their own capacity and to build the prison infrastructure to conduct Iraqi corrections operations. This was another significant U.S. civil-military effort, and it was complemented by a similarly large civil-military initiative to help the Iraqis reestablish their judicial system and to rebuild the infrastructure to support it.

Then-Col. Mark Martins led the judicial support effort on the military side, staying in Iraq for two full years — as he was later also to do in Afghanistan — to oversee it, even as he also served as my senior legal counsel. The scope of this civil-military endeavor was enormous, encompassing construction of judicial facilities, training of judicial security elements, and support for reestablishment of judicial systems and structures. Partners from the U.S. State Department, Department of Justice, FBI, and other government agencies also played key roles in this substantial effort.

Another important initiative that supported the overall campaign was the effort to improve our intelligence about the various extremist elements and what was going on in Iraq more broadly. Here again, we pursued civil-military programs to build our capabilities (including fusion cells started under General Casey at each division headquarters to bring together all elements of the U.S. intelligence community); to expand the intelligence, surveillance, and reconnaissance assets available (everything from drones to cameras on towers); to build a massive database that our analysts could use to identify correlations and linkages between individuals and organizations; and to improve intelligence sharing with coalition and Iraqi partners. We also established human terrain teams at each brigade headquarters to help our commanders understand in a more granular manner the composition, power structures, customs, and views of the Iraqi people in their areas of responsibility. And we extended secure Internet access to unprecedented levels (down to most company headquarters) within our organizations, as well. Counterinsurgency operations depend on a keen understanding of the political, historical, cultural, economic, and military situation in each area, and our initiatives built on those begun earlier in the war to further our understanding of the dynamics of each province, district, and community. Truly understanding the human terrain was vital to our ability to improve its security.

The Iraqi Political Component and Strategic Communications

The heart of the struggle in Iraq was a competition for power and resources between the major factions in the country — the majority Shiite Arabs and the minority Sunni Arabs and Kurds. (There were subfactions of each group as well, of course, in addition to other minority sects and ethnicities such as Turkoman, Yezidis, and Iraqi Christians, among others.) Achieving enduring progress in Iraq thus required achievement of political agreements on a host of key issues that divided the various factions. Consequently, seeking to foster agreement on such issues was yet another important component of the overall approach, and it developed into one to which Ambassador Crocker and I devoted considerable focus and effort. During the course of the surge, there were important laws passed and initiatives agreed upon — for example, a provincial powers act, an elections law, a reform of the de-Ba’athification decree, an amnesty law, and so forth; however, it was in this area that the most additional progress was (and still is) needed. Nonetheless, the surge made politics once again the operative mechanism through which Iraqis would divide power and resources — even as they struggled to create the political impetus and find the common ground to seize the moment and the opportunity offered to them.

Strategic communications, or public affairs, was another important element of the campaign. My guidance here was clear: we should seek to « be first with the truth, » to be as forthright as possible, to provide information on all developments and not just « good news, » and to avoid the practice of « putting lipstick on pigs » (trying to make bad news look good through spin). This also meant highlighting the violent acts carried out by al Qaeda and the Sunni insurgents, as well as those carried out by Shiite extremists. Hanging around the neck of Shiite cleric Moqtada al-Sadr was the assassination of Shiite police chiefs and governors and the violent acts of his followers in the holy city of Karbala in the summer of 2007, for example, which contributed to his decision to order his militia to stand down until the following March. (Of course, increased pressure by coalition and Iraqi forces and Prime Minister Maliki’s courageous confrontation with the militia members in Karbala contributed to Sadr’s decision, as well.) Clearly establishing in the eyes of the Iraqi people that Iranian elements were supporting members of the most violent Shiite militias also helped turn some Iraqis against Tehran’s meddling in their country. And fostering concepts of integrity in government and pride in the Iraqi security forces, as well as awareness of what was being achieved by coalition and Iraqi efforts — even while acknowledging our shortfalls and mistakes — was all part of a comprehensive strategic communications campaign. Like most of our other efforts, this campaign was increasingly coordinated with — and, over time, replaced by — Iraqi efforts.

There were, of course, many other components of the overall campaign: engagement with religious and academic leaders, jobs programs, support for governance at all levels, initiatives to attract outside investment back to Iraq, work with countries in the region to reengage with Baghdad and to prevent their young men from traveling to Iraq to join the extremist elements, initiatives to improve security on the borders and to reestablish customs and immigrations facilities, and programs to reduce terrorist and insurgent financing. But the elements I have outlined were the major components of the comprehensive civil-military campaign plan that guided our operations and activities. Each was of central importance to the achievement of progress during the course of the surge and accomplishments in each component reinforced and made possible further steps forward in other areas — the cumulative effect of which was considerable by the end of the surge in July 2008. Indeed, some of the various facets of our strategy continue to contribute to the situation in Iraq today, even after all U.S. combat forces have left the country, despite the considerable backsliding in the political and security situation.

Once again, it is important to note that the surge was all of the above, a comprehensive civil-military campaign, not just a substantial number of additional forces. The extra forces were critical to achieving progress as rapidly as we did, but they would not have been enough without the other components of the campaign.

The Magnitude of the Difficulty

As I’ve made clear, all of this was extraordinarily difficult and carried out in an environment of tremendous violence and frustratingly difficult Iraqi political discord. Moreover, we knew — and I stated publicly on numerous occasions — that the situation in Iraq would get worse before it got better. That proved true. There was no way to stop the violence without confronting those responsible for it. And there was no way that we could do that without putting our troopers and those of the Iraqi forces on the sectarian battle lines in Baghdad and elsewhere, especially in the areas most affected by al Qaeda terrorists and sectarian militias. When we did that, the insurgents and militia members predictably fought back. Consequently, violence rose throughout the first five months of the surge, reaching a crescendo in May and June, to well over 200 attacks per day, before beginning to abate and then falling fairly rapidly in July, August, and September of 2007.

The decline in violence overall, and the substantial reduction in car bombings in particular, as well as gradual improvements in a number of other areas of our effort made possible by the improved security, enabled Ambassador Crocker and me to report guarded progress in congressional hearings in September 2007. While highly charged emotionally at the time, those hearings gained us critical additional time and support, without which it is likely that the mission in Iraq would have failed. And, after we were able to report further progress when we testified again in April 2008, having already commenced the drawdown of the surge as well, we were able to gain still further time and support for our efforts in Iraq.

The progress continued throughout the remainder of the surge and beyond, with periodic upticks in violence, to be sure, but with the overall trajectory positive, despite continued inability to resolve many of the major political issues that divided the Iraqi people. Nonetheless, the comprehensive civil-military endeavor pursued during the surge made it possible over time to transfer tasks from U.S. and other coalition forces to Iraqi soldiers and police and, ultimately, for the United States to withdraw its final combat elements at the end of 2011 without a precipitate descent back into the violence and civil conflict that made the surge necessary in the first place. None of this could have been possible were it not for the extraordinary sacrifices and service of the men and women in uniform in Iraq during the surge and their diplomatic, intelligence, and development community partners.

At the highest level, President Bush’s decision to conduct the surge was exceedingly courageous. His advisers were split on the decision, with many favoring other approaches that in my view would have failed. And as the going did get tougher over the early months of the surge, President Bush’s steadfast leadership and his personal commitment to seeing the war through to a successful conclusion (albeit one that might take many years to unfold) took on enormous significance.

I was privileged, together with Ambassador Crocker, to participate in a weekly video teleconference with the president and the members of the National Security Council. It began promptly at 7:30 a.m. Washington time each Monday, thereby ensuring that all participants were focused at the start of the week on the mission to which the president had given his total commitment. I do not believe that any battlefield commander ever had that frequency of contact with his commander in chief, and it was of vital importance to me, as was the support of Secretary of Defense Bob Gates.

I also had a weekly video teleconference with Secretary Gates, who personally drove forward a number of programs of incalculable value to our men and women on the ground, programs such as the accelerated production of mine-resistant, ambush-protected MRAP vehicles; a huge increase in intelligence, surveillance, and reconnaissance assets (such as Predator unmanned aerial vehicles and optics on towers, among many others); and a host of individual protective systems and enablers for our troopers — not to mention the additional forces that I requested once I got on the ground and identified additional needs beyond those addressed by the initial surge force commitment. Secretary Gates and all of us in Iraq were supported enormously, as well, by Gen. Pete Pace and then Adm. Mike Mullen, the two officers who served as chairman of the Joint Chiefs during the surge. General Pace and Admiral Mullen also did yeoman service in maintaining the support of the military service chiefs who were understandably under enormous strain to produce the forces that we needed, while also gradually increasing the effort in Afghanistan, as it began to go downhill. At one point, of course, this required the extension of the tours in Iraq and Afghanistan from 12 to 15 months, an enormous sacrifice to ask of our men and women there and their families at home, but one that proved hugely important to the campaign.

President Bush’s commitment had an enormous psychological effect on our men and women in Iraq, as well as on the Iraqi people. Our troopers recognized that we had a chance to do what was needed to reverse the terrible cycle of violence that had gripped Iraq in the throes of civil war. And the citizens of the Land of the Two Rivers realized that there was still hope that the new Iraq could realize the potential that so many had hoped for in the wake of the ousting of Saddam Hussein and the collapse of the Ba’athist regime in 2003.

Commanding MNF-I

I recognized early on that I had become the face of the surge. I had not asked for this role, but whether I liked it or not, I had to fill it. Beyond that, of course, it was essential that I determine the right big ideas (with lots to help, to be sure), provide clear direction, communicate that direction in all possible forms, and then oversee the implementation of the resulting plans. It was also critical that I spend time with our troopers on the ground, that I share a measure of risk with them, and that I give encouragement and provide cautious optimism that we could, indeed, achieve the objectives we’d set out for ourselves and our Iraqi partners. In truth, from the beginning I believed that our approach was correct and that we would achieve progress; however, there were undeniably moments when I was uncertain whether we could achieve sufficient progress quickly enough to report that to Congress by September 2007. On more than one occasion as the early months went by, in fact, I sat alone with Gen. Odierno after our morning updates and discussed with him when we thought the situation was going « to turn. » No theater commander ever had a better « operational architect » than I had in him.

As the coalition commander, I also had extensive contact with the military and civilian leaders and legislators of the countries contributing forces to the coalition and also, of course, with Prime Minister Maliki and our key Iraqi partners from all sectors of the population. I had considerable interaction as well with the U.S., international, and Iraqi press. In the latter effort, as with the leaders of the coalition countries, I worked hard to avoid projecting unfounded optimism. When asked whether I was an optimist or a pessimist, for example, I typically replied, « I am neither an optimist nor a pessimist; rather, I am a realist. And reality is that Iraq is all hard, all the time. » I would then note the progress we’d achieved and setbacks we’d suffered in recent weeks. I worked hard, in fact, to maintain credibility with coalition leaders and the media, as well as with our troopers and their Iraqi counterparts. The provision of realistic assessments was hugely important and ranked among the biggest of the many « rocks » in my personal rucksack.

Needless to say, it was the greatest of privileges to serve with the selfless men and women, Iraqi and American and those of our coalition partners, civilian as well as military, who did the hard, dangerous work of the surge. There seldom was an easy period; each day was tough. But those on the ground consistently demonstrated the skill, initiative, determination, and courage needed to turn the big ideas at my level into reality at their levels and in their areas of responsibility. They also displayed the flexibility that was required to ensure that Multi-National Force-Iraq was a learning organization, one that could react faster and display greater adaptability than our terrorist, insurgent, and militia opponents. As the surge progressed, the men and women I was privileged to command continually refined tactics, techniques, and procedures, and they ultimately defeated their enemies in both the physical and intellectual manifestations of counterinsurgency battle.

Because of the complexity of counterinsurgency operations and the mixture of military and civilian tasks that they entail, it is sometimes said that counterinsurgency is the graduate level of warfare. However debatable that assessment may be, there is no question that the men and women of the surge demonstrated a true mastery of all that was required to conduct such operations. As I often noted in later years, they earned the recognition accorded them as « America’s New Greatest Generation. »

The Road Ahead

In many respects, Iraq today looks tragically similar to the Iraq of 2006, complete with increasing numbers of horrific, indiscriminate attacks by Iraq’s al Qaeda affiliate and its network of extremists. Add to that the ongoing sectarian civil war in Syria — which is, in many aspects, a regional conflict being fought there — and the situation in Iraq looks even more complicated than it was in 2006 and thus even more worrisome — especially given the absence of American combat forces.

As Iraqi leaders consider the way forward, they would do well to remember what had to be done the last time the levels of violence escalated so terribly. If Iraqi leaders think back to that time, they will recall that the surge was not just more forces, though the additional forces were very important. What mattered most was the surge of ideas — concepts that embraced security of the people by « living with them, » initiatives to promote reconciliation with elements of the population that felt they had no incentive to support the new Iraq, ramping up of precise operations that targeted the key « irreconcilables, » the embrace of an enhanced comprehensive civil-military approach, increased attention to various aspects of the rule of law, improvements to infrastructure and basic services, and support for various political actions that helped bridge ethno-sectarian divides.

The ideas that enabled progress during the surge are, in many respects, the very ideas that could help Iraq’s leaders reverse the tragic downward spiral that we have seen in recent months. As we discovered in the run-up to the surge of 2007, a singular focus on counterterrorist operations will most likely fail to stem the violence gripping Iraq. If Iraq and the Iraqis are to have yet one more opportunity to move forward, they would likely find it useful to revisit the entire array of approaches pursued in 2007 and 2008. It is heartening, thus, to know that some of the veterans of the surge, American as well as Iraqi, are engaged in the effort to help Iraq determine and then pursue the initiatives needed to address the terrible increase in violence in that country. This is a time for them to work together to help Iraqi leaders take the initiative, especially in terms of reaching across the sectarian and ethnic divides that have widened in such a worrisome manner.  It is not too late for such action, but time is running short.


Mort de Simon Leys: Hommage aux hérissons rusés ! (The worst way to be wrong: Looking back at an intellectual by any other name)

25 août, 2014
Sa vigilance nous manque déjà. Sartre (à la mort de Gide)
On ne sait pas si le président russe, Vladimir Poutine, où l’un de ses subordonnés, a donné l’ordre de faire sauter en vol le Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Mais il y a déjà cinq fois plus de civils innocents massacrés à Gaza, ceux-là soigneusement ciblés et sur l’ordre direct d’un gouvernement. Les sanctions de l’Union européenne contre Israël restent au niveau zéro. L’annexion de la Crimée russophone déclenche indignation et sanctions. Celle de la Jérusalem arabophone nous laisserait impavides ? Peut-on à la fois condamner M. Poutine et absoudre M. Nétanyahou ? Encore deux poids deux mesures ? Nous avons condamné les conflits interarabes et intermusulmans qui ensanglantent et décomposent le Moyen-Orient. Ils font plus de victimes locales que la répression israélienne. Mais la particularité de l’affaire israélo-palestinienne est qu’elle concerne et touche à l’identité des millions d’Arabes et musulmans, des millions de chrétiens et Occidentaux, des millions de juifs dispersés dans le monde. Ce conflit apparemment local est de portée mondiale et de ce fait a déjà suscité ses métastases dans le monde musulman, le monde juif, le monde occidental. Il a réveillé et amplifié anti-judaïsme, anti-arabisme, anti-christianisme (les croisés) et répandu des incendies de haine dans tous les continents. (…) N’ayant guère d’accointances avec les actuels présidents du Conseil et de la Commission européens, ce n’est pas vers ces éminentes et sagaces personnalités que nous nous tournons mais vers vous, François Hollande, pour qui nous avons voté et qui ne nous êtes pas inconnu. C’est de vous que nous sommes en droit d’attendre une réponse urgente et déterminée face à ce carnage, comme à la systématisation des punitions collectives en Cisjordanie même. Les appels pieux ne suffisent pas plus que les renvois dos à dos qui masquent la terrible disproportion de forces entre colonisateurs et colonisés depuis quarante-sept ans. L’écrivain et dissident russe Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) demandait aux dirigeants soviétiques une seule chose : « Ne mentez pas. » Quand on ne peut résister à la force, on doit au moins résister au mensonge. Ne vous et ne nous mentez pas, monsieur le Président. On doit toujours regretter la mort de militaires en opération, mais quand les victimes sont des civils, femmes et enfants sans défense qui n’ont plus d’eau à boire, non pas des occupants mais des occupés, et non des envahisseurs mais des envahis, il ne s’agit plus d’implorer mais de sommer au respect du droit international. (…) Nous n’oublions pas les chrétiens expulsés d’Irak et les civils assiégés d’Alep. Mais à notre connaissance, vous n’avez jamais chanté La Vie en rose en trinquant avec l’autocrate de Damas ou avec le calife de Mossoul comme on vous l’a vu faire sur nos écrans avec le premier ministre israélien au cours d’un repas familial. (…) Israël se veut défenseur d’un Occident ex-persécuteur de juifs, dont il est un héritier pour le meilleur et pour le pire. Il se dit défenseur de la démocratie, qu’il réserve pleinement aux seuls juifs, et se prétend ennemi du racisme tout en se rapprochant d’un apartheid pour les Arabes. L’école stoïcienne recommandait de distinguer, parmi les événements du monde, entre les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous. On ne peut guère agir sur les accidents d’avion et les séismes – et pourtant vous avez personnellement pris en main le sort et le deuil des familles des victimes d’une catastrophe aérienne au Mali. C’est tout à votre honneur. A fortiori, un homme politique se doit de monter en première ligne quand les catastrophes humanitaires sont le fait de décisions politiques sur lesquelles il peut intervenir, surtout quand les responsables sont de ses amis ou alliés et qu’ils font partie des Nations unies, sujets aux mêmes devoirs et obligations que les autres Etats. La France n’est-elle pas un membre permanent du Conseil de sécurité ? Ce ne sont certes pas des Français qui sont directement en cause ici, c’est une certaine idée de la France dont vous êtes comptable, aux yeux de vos compatriotes comme du reste du monde. Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel
Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis. (…) C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu’on ourdit soi-même l’impudent complot d’imposer l’erreur, devant le monde entier. C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie. C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des œuvres de haine, et c’est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l’œuvre prochaine de vérité et de justice. (…) Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera.  (…) Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres. Emile Zola (J’accuse, 1898)
Chaque jour j’attache moins de prix à l’intelligence. Chaque jour je me rends mieux compte que ce n’est qu’en dehors d’elle que l’écrivain peut ressaisir quelque chose de nos impressions passées, c’est-à-dire atteindre quelque chose de lui-même et la seule matière de l’art. (…) Mais d’une part les vérités de l’intelligence, si elles sont moins précieuses que ces secrets du sentiment dont je parlais tout à l’heure, ont aussi leur intérêt. Un écrivain n’est pas qu’un poète. Même les plus grands de notre siècle, dans notre monde imparfait où les chefs-d’œuvre de l’art ne sont que les épaves naufragées de grandes intelligences, ont relié d’une trame d’intelligence les joyaux de sentiment où ils n’apparaissent que çà et là. Et si on croit que sur ce point important on entend les meilleurs de son temps se tromper, il vient un moment où on secoue sa paresse et où on éprouve le besoin de le dire. La méthode de Sainte-Beuve n’est peut-être pas au premier abord un objet si important. Mais peut-être sera-t-on amené, au cours de ces pages, à voir qu’elle touche à de très importants problèmes intellectuels, peut-être au plus grand de tous pour un artiste, à cette infériorité de l’intelligence dont je parlais au commencement. Et cette infériorité de l’intelligence, c’est tout de même à l’intelligence qu’il faut demander de l’établir. Car si l’intelligence ne mérite pas la couronne suprême, c’est elle seule qui est capable de la décerner. Et si elle n’a dans la hiérarchie des vertus que la seconde place, il n’y a qu’elle qui soit capable de proclamer que l’instinct doit occuper la première. Marcel Proust (préface de  « Contre Sainte Beuve », édition posthume, 1954)
Les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la justice et la raison, que j’appelle les clercs, ont trahi fonction au profit d’intérêts pratiques. Julien Benda (La Trahison des clercs, 1927)
Cherchant à expliquer l’attitude des intellectuels, impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu’ils soient commis au nom des bonnes doctrines, je rencontrai d’abord les mots sacrés : gauche, Révolution, prolétariat. Raymond Aron
Si la tolérance naît du doute, qu’on enseigne à douter des modèles et des utopies, à récuser les prophètes de salut, les annonciateurs de catastrophes. Appelons de nos vœux la venue des sceptiques s’ils doivent éteindre le fanatisme. Raymond Aron (L’Opium des intellectuels, 1955)
L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. Ce n’était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l’affaire de Zola ? L’administration du Congo, était-ce l’affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d’écrivain.  Sartre
Intellectuels : personnes qui ayant acquis quelque notoriété par des travaux qui relèvent de l’intelligence abusent de cette notoriété pour sortir de leur domaine  et se mêler de ce qui ne les regarde pas. Jean-Paul Sartre
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux damnés de la terre, 1961)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Le besoin de se justifier hante toute la littérature moderne du «procès». Mais il y a plusieurs niveaux de conscience. Ce qu’on appelle le «mythe» du procès peut être abordé sous des angles radicalement différents. Dans L’Etranger, la seule question est de savoir si les personnages sont innocents ou coupables. Le criminel est innocent et les juges coupables. Dans la littérature traditionnelle, le criminel est généralement coupable et les juges innocents. La différence n’est pas aussi importante qu’il le semble. Dans les deux cas, le Bien et le Mal sont des concepts figés, immuables : on conteste le verdict des juges, mais pas les valeurs sur lesquelles il repose. La Chute va plus loin. Clamence s’efforce de démontrer qu’il est du côté du bien et les autres du côté du mal, mais les échelles de valeurs auxquelles il se réfère s’effondrent une à une. Le vrai problème n’est plus de savoir «qui est innocent et qui est coupable?», mais «pourquoi faut-il continuer à juger et à être jugé?». C’est là une question plus intéressante, celle-là même qui préoccupait Dostoïevski. Avec La Chute, Camus élève la littérature du procès au niveau de son génial prédécesseur. Le Camus des premières oeuvres ne savait pas à quel point le jugement est un mal insidieux et difficile à éviter. Il se croyait en-dehors du jugement parce qu’il condamnait ceux qui condamnent. En utilisant la terminologie de Gabriel Marcel, on pourrait dire que Camus considérait le Mal comme quelque chose d’extérieur à lui, comme un «problème» qui ne concernait que les juges, alors que Clamence sait bien qu’il est lui aussi concerné. Le Mal, c’est le «mystère» d’une passion qui en condamnant les autres se condamne elle-même sans le savoir. C’est la passion d’Oedipe, autre héros de la littérature du procès, qui profère les malédictions qui le mènent à sa propre perte. […] L’étranger n’est pas en dehors de la société mais en dedans, bien qu’il l’ignore. C’est cette ignorance qui limite la portée de L’Etranger tant au point de vue esthétique qu’au point de vue de la pensée. L’homme qui ressent le besoin d’écrire un roman-procès n’appartient pas à la Méditerranée, mais aux brumes d’Amsterdam. Le monde dans lequel nous vivons est un monde de jugement perpétuel. C’est sans doute le vestige de notre tradition judéo-chrétienne. Nous ne sommes pas de robustes païens, ni des juifs, puisque nous n’avons pas de Loi. Mais nous ne sommes pas non plus de vrais chrétiens puisque nous continuons à juger. Qui sommes-nous? Un chrétien ne peut s’empêcher de penser que la réponse est là, à portée de la main : «Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges». Camus s’était-il aperçu que tous les thèmes de La Chute sont contenus dans les Epîtres de saint Paul ? […] Meursault était coupable d’avoir jugé, mais il ne le sut jamais. Seul Clamence s’en rendit compte. On peut voir dans ces deux héros deux aspects d’un même personnage dont le destin décrit une ligne qui n’est pas sans rappeler celle des grands personnages de Dostoïevski. » René Girard – Critique dans un souterrain, Pour un nouveau procès de l’Etranger, p.140-142)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement esayé d’arrêter les progrès de la science. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Pierre  Bourdieu
Manet a deux propriétés uniques […] : premièrement, il a rassemblé des choses qui avaient été séparées, et […] c’est une des propriétés universelles des grands fondateurs. […] Et, deuxième propriété, il pousse à la limite les propriétés de chacun de ces éléments constitutifs de l’assemblage qu’il fabrique. Donc, il y a systématicité et passage à la limite. Pierre Bourdieu
Dans la grande maison du symbolique, l´I.T. occupe le palier supérieur parce qu´il a reçu de l´histoire et de l´inconscient collectif le supérieur en charge : la lyre, plus la morale. Position princière. Comme le roi Charles X disait au dauphin, de Chateaubriand venu le visiter en exil à Prague, avec un respect mêlé d´effroi : attention, mon fils, voici « une des puissances de la Terre » . Un magistrat de l´essentiel, qui a « le secret des mots puissants. (…) La capitale, qui excite l´intellectuel, gâte l´artiste. L´iode et la chlorophylle entretiennent les vertus d´enfance ; poètes et enchanteurs, enfants prolongés (c´est un labeur), vieillissent prématurément dans nos bousculades. Calme et silence. Avec son optimisme végétal, Rilke a dit l´essentiel. S´en remettre au lent travail des profondeurs intimes, « laisser mûrir comme l´arbre qui ne précipite pas le cours de sa sève. (…) Quiconque veut se mettre en mesure d´écouter sa musique d´enfance aura tout à gagner à se montrer dur d´oreille aux trompettes et violons qui font frémir les cœurs dans le voisinage. Car il en va des inspirations comme des civilisations : si elles s´ouvrent trop aux autres, elles perdent leur sève et le fil. C´est en quoi l´artiste, au contraire de l´intellectuel, cet être de débat, d´échange ou de collectif, a intérêt, s´il ne veut pas diminuer ses chances, à ne pas trop communiquer avec son époque, le public et les autres artistes. Régis Debray (I.F. suite et fin, 2000)
Il importe de rapporter l’état ultime d’une figure à son état princeps pour déceler ce qui unit et distingue l’I.O. et l’I.T. D’embrasser d’un même trait l’élan, l’inflexion et la chute ; reconnaître la continuité depuis le point de lancement sans déguiser la déconvenue de l’arrivée. L’héritier du nom est à la fois le continuateur du dreyfusard et son contraire. L’I.F. fut un éclaireur, c’est devenu un exorciste. Il accroissait l’intelligibilité, il renchérit sur l’opacité des temps. Il favorisa la prise de distance, il s’applique à resserrer les rangs. Ce fut un futuriste, c’est, tout accrocheur qu’il soit, et volumineux, un déphasé, qui n’aide plus personne à devenir contemporain. Et c’est de lui qu’il faudrait maintenant s’émanciper. Régis Debray (I.F. suite et fin, 2000)
Certes, les attaques faciles où Bourdieu traite Reagan et Bush de « bellâtres de série B », n’étaient pas indispensables… En revanche, quiconque a ressenti la contrainte des rues à angle droit, funestes à toute improvisation, ce commandement totalitaire de sympathie, de familiarité, de véridicité qui rend normal de promettre sur une fiche de douane qu’on ne vient aux Etats-unis ni pour tuer ni pour répandre une infection mortelle, ne peut qu’approuver le diagnostic bourdieusien devant une société déterminée par des principes d’inexorable bienveillance et la conviction de la dichotomie entre logique et éthique. Marie-Anne Lescourret
The idea that art, ethics, and matters of the spirit, including religious faith, come from the same place is central to Leys’s concerns. All his essays, about André Gide or Evelyn Waugh no less than the art of Chinese calligraphy, revolve around this. Leys once described in these pages the destruction of the old walls and gates of Beijing in the 1950s and 1960s as a “sacrilege.” The thick walls surrounding the ancient capital were “not so much a medieval defense apparatus as a depiction of a cosmic geometry, a graphic of the universal order.” Pre-modern Chinese politics were intimately linked with religious beliefs: the ruler was the intermediary between heaven and earth, his empire, if ruled wisely, a reflection of the cosmic order. Classical Beijing, much of it built in the fourteenth and fifteenth centuries, was deliberately planned to reflect this order. It survived almost intact until the 1950s. Apart from a few pockets, such as the Forbidden City, nothing of this old city remains. Critics over the years have attacked Leys for being an elitist, a Western mimic of Chinese literati, an aesthete who cares more about high culture than people, more about walls and temples than the poor Beijingers who had to live in dark and primitive alleys, oppressed by absolute rulers and feudal superstition. But this misses the point. It was not Leys’s intention to defend the Chinese imperial or feudal system. On the contrary, he lamented the fact that Maoists decided to smash the extraordinary artifacts of the past instead of the attitudes that made feudalism so oppressive in the first place. The stones were destroyed; many of the attitudes, alas, remained, albeit under different rulers. Iconoclasts, not only in China, are as enthralled by the sacred properties of the objects they destroy as those who venerate them. This much we know. But Leys goes further. In his view, Maoists didn’t just reduce the walls of Beijing, and much else besides, to rubble because they believed such acts would liberate the Chinese people; they smashed Yuan and Ming and Qing Dynasty treasures because they were beautiful. Yet beauty, as Leys himself insists, is rarely neutral. His use of the term “sacrilege” suggests that there was more to Maoist iconoclasm than a philistine resentment of architectural magnificence. Leys quotes Guo Moruo, one of the most famous mandarins of the Chinese Communist revolution, on the city walls in Sichuan where the scholar and poet grew up. People approaching a town near Guo’s native village felt a “sense of religious awe when confronted with the severe majestic splendor” of the city gate. Guo notes the rarity of such superb walls outside Sichuan—“except in Peking, of course, where the walls are truly majestic.” Guo was a Communist, but not a vandal. He paid a common price for his love of the wrong kind of beauty. Persecuted during the Cultural Revolution, he was forced to declare that his books were worthless and should be burned. Two of his children were driven to suicide, and Guo had to write odes in praise of Chairman Mao for the rest of the Great Helmsman’s life. The point about the walls is, of course, not merely aesthetic, nostalgic, or even to do with awe. Heinrich Heine’s famous dictum—“Where they burn books, they will ultimately also burn people”—applies to China too. It wasn’t just buildings that were shattered under Chairman Mao, but tens of millions of human lives. In one of his essays, Leys refers to the first Communist decades in China as “thirty years of illiterates’ rule,” which might be construed as snobbish; but the relative lack of education among the top Communist cadres is not actually the main issue for Leys. His targets are never uneducated barbarians, people too ignorant or stupid to know what they are doing. The objects of his devastating and bitterly funny barbs are fellow intellectuals, often fellow academics, most often fellow experts on China, people who faithfully followed every twist and turn of the Chinese Communist Party line, even though they knew better. Such people as the writer Han Suyin, for example, who declared that the Cultural Revolution was a Great Leap Forward for mankind until she observed, once the line had changed, that it had been a terrible disaster. (…) Still, the reasons why Leys finds Orwell attractive might be applied in equal measure to Leys himself: “[Orwell’s] intuitive grasp of concrete realities, his non-doctrinaire approach to politics (accompanied with a deep distrust of left-wing intellectuals) and his sense of the absolute primacy of the human dimension.” Both Orwell and Chesterton were good at demolishing cant. Leys is right about that: “[Chesterton’s] striking images could, in turn, deflate fallacies or vividly bring home complex principles. His jokes were irrefutable; he could invent at lightning speed surprising short-cuts to reach the truth.” When Confucius was asked by one of his disciples what he would do if he were given his own territory to govern, the Master replied that he would “rectify the names,” that is, make words correspond to reality. He explained (in Leys’s translation): If the names are not correct, if they do not match realities, language has no object. If language is without an object, action becomes impossible—and therefore, all human affairs disintegrate and their management becomes pointless. Leys comments that Orwell and Chesterton “would have immediately understood and approved of the idea.” If this reading is right, Confucius wanted to strip the language of cant, and reach the truth through plain speaking, expressing clear thoughts. But Leys believes that he also did more than that: “Under the guise of restoring their full meaning, Confucius actually injected a new content into the old ‘names.’” One example is the interpretation of the word for gentleman, junzi. The old feudal meaning was “aristocrat.” But for Confucius a gentleman’s status could be earned only through education and superior virtue. This was a revolutionary idea; the right to rule would no longer be a matter of birth, but of intellectual and moral accomplishment, tested in an examination system theoretically open to all. (…) To be sure, words are used to obfuscate and lie, as well as to tell the truth. Leys believes that grasping the truth is largely a matter of imagination, poetic imagination. Hence his remark that the “Western incapacity to grasp the Soviet reality and all its Asian variants” was a “failure of imagination” (his italics). Fiction often expresses truth more clearly than mere factual information. Truth, Leys writes, referring to science and philosophy, as well as poetry, “is grasped by an imaginative leap.” The question is how we contrive such leaps. Ian Buruma
Le renard sait beaucoup de choses mais le hérisson une seule grande. Archiloque
Mieux vaut les critiques d’un seul que l’assentiment de mille. Sima Qian
People all know the usefulness of what is useful, but they do not know the usefulness of what is useless. Zhuang Zi
Hamlet was my favourite Shakespearean play. Read in a Chinese labour camp, however, the tragedy of the Danish prince took on unexpected dimensions. All the academic analyses and critiques that had engrossed me over the years now seemed remote and irrelevant. The outcry ‘Denmark is a prison’ echoed with a poignant immediacy and Elsinore loomed like a haunting metaphor of a treacherous repressive state. The Ghost thundered with a terrible chorus of a million victims of proletarian dictatorship. Rozencrantz and Guildenstern would have felt like fish in the water had they found their way into a modern nation of hypocrites and informers. As to Hamlet himself, his great capacity for suffering gave the noble Dane his unique stature as a tragic hero pre-eminently worthy of his suffering. I would say to myself ‘I am not Prince Hamlet, nor was meant to be’, echoing Eliot’s Prufrock. Rather I often felt like one of those fellows ‘crawling between earth and Heaven’ scorned by Hamlet himself. But the real question I came to see was neither ‘to be, or not to be’ nor whether ‘in the mind to suffer the slings and arrows of outrageous fortune’, but how to be worthy of one’s suffering. Wu Ningkun
As if I also was hearing it for the first time: like the blast of a trumpet, like the voice of God. For a moment I forget who I am and where I am. The companion begs me to repeat it. How good he is, he is aware that it is doing me good. Or perhaps it is something more – perhaps he has received the message, he has felt that it had to do with him, that it has to do with all men who suffer, and with us in particular; and that it has to do with us two, who dare to reason of these things with the poles for the soup on our shoulders. (…) I have forgotten at least twelve lines; I would give today’s soup to know how to connect the last fragment to the end of the Canto. I try to reconstruct it through the rhymes, I close my eyes, I bite my fingers, but it is no use, the rest is silence. Primo Levi
Let each one examine what he has most desired. If he is happy, it is because his wishes have not been granted.  Prince de Ligne
The madness of tomorrow is not in Moscow, much more in Manhattan. It has been left to the very latest Modernists to proclaim an erotic religion which at once exalts lust and forbids fertility. The next great heresy is going to be simply an attack on morality, and especially on sexual morality. G.K. Chesterton (1926)
I do not believe for instance that it is a mere coincidence that we are witnessing simultaneously the development of a movement supporting euthanasia and the development of a movement in favour of homosexual marriage. Simon Leys
S’il est une chose dont le Belge est pénétré, c’est de son insignifiance. Cela, en revanche, lui donne une incomparable liberté – un salubre irrespect, une tranquille impertinence, frisant l’insouciance. Simon Leys
La pire manière d’avoir tort c’est d’avoir eu raison trop tôt ! Simon Leys
Dans une controverse, on reconnait le vainqueur à ce que ses adversaires finissent par s’approprier ses arguments en s’imaginant les avoir inventés.  Simon Leys
Whenever a minute of silence is being observed in a ceremony, don’t we all soon begin to throw discreet glances at our watches? Exactly how long should a ‘decent interval’ last before we can resume business-as-usual with the butchers of Peking? (…) they may even have a point when they insist, in agreeing once more to sit at the banquet of the murderers, they are actively strengthening the reformist trends in China. I only wish they had weaker stomachs. Simon Leys
The other day, I was reading the manuscript of a forthcoming book by a young journalist – a series of profiles of women living in the Outback – farmer wives battling solitude and natural disasters on remote stations in the bush. One woman was expressing concern for the education and future of her son, and commented on the boy’s choice of exclusively practical subjects for his courses at boarding school. « And I can’t say I blame his choice, as I too, would prefer to be out in the bush driving a tractor of building cattleyards rather than sitting in a classroom learning about Shakespeare, which is something he will never need… » (…) Oddly enough, this disarming remark on the uselessness of literature unwittingly reduplicates, in one sense, a provocative statement by Nabokov. In fact the brave woman from the outback here seems to echo a sardonic paradox of the supreme literate aesthete of our age. Nabokov wrote this (which I shall never tire of quoting, perhaps because I myself taught literature for some time): ‘Let us not kid ourselves; let us remember that literature is of no use whatever, except in the very special case of somebody’s wishing to become, of all things, a Professor of Literature.’ And yet even Professors of Literature, when they are made of the right mettle, but find themselves in extreme situations – divested of their titles, deprived of their books, reduced to their barest humanity, equipped only with their tears and their memory – can reach the heart of the matter and experience in their flesh what literature is really about: our very survival as human beings. Simon Leys
The need to bring down to our own wretched level, to deface, to deride and debunk any splendour that is towering above us, is probably the saddest urge of human nature. Simon Leys
L’intuition de Chesterton est que le christianisme a renversé la vieille croyance platonicienne que la matière est mauvaise et que le spirituel est bon. Simon Leys
Comme Chesterton et comme Bernanos (autres écrivains de génie qui ont montré quel art le journalisme peut et doit être), Orwell a semé des perles un peu partout ; là, il faut donc tout lire, ce n’est pas une obligation, c’est un régal. (…) Chez Orwell, la qualité qui frappe le plus, c’est l’originalité. La vraie originalité, c’est le fait d’un homme qui, ayant d’abord réussi à devenir lui-même, n’a plus qu’à écrire naturellement. L’originalité échappe invinciblement à qui la poursuit pour elle-même, ne trouvant que la fausse originalité – cette lèpre qui ronge les lettres… Or un homme vrai ne saurait se réduire à des simplifications abstraites, à des définitions à sens unique (gauche, droite, progressiste, réactionnaire) ; c’est un noeud naturel de contradictions, un vivant paradoxe, comme Orwell l’a bien suggéré en se décrivant lui-même comme un « anarchiste conservateur ». (…) Orwell a explicitement récusé une façon de lire 1984 comme une description d’événements à venir. Il a lui-même défini son livre comme une « satire », développant les implications logiques de la prémisse totalitaire. Il serait donc vain d’essayer de mettre 1984 à jour. Anthony Burgess a jadis commis un 1985 qui montrait seulement sa profonde incompréhension du livre. Le vrai maître d’Orwell, c’est Swift, qu’il lisait et relisait sans se lasser. Comment concevoir une révision des Voyages de Gulliver ? À la lecture d’une intéressante interview que le professeur Jacques Le Goff vient de donner au Point (n° 1777, 5 octobre), je suis frappé par cette remarque qu’exprime le grand historien en passant : « Je déteste un livre comme 1984 d’Orwell à cause de sa non-insertion dans l’histoire. » Mais, précisément, c’est là le sujet même dont traite Orwell. Car le totalitarisme en action, c’est la négation de l’histoire – à tout le moins, sa suspension effective et délibérée. Orwell en eut la première intuition lors de la guerre d’Espagne ; et l’on peut voir dans la révélation qu’il eut alors comme le premier germe de1984. Il en fit la réflexion à Arthur Koestler, qui avait partagé cette même expérience : « L’Histoire s’est arrêtée en 1936. » Ainsi, la propagande stalinienne effaça toutes traces de batailles gagnées par les républicains lorsqu’il s’agissait de milices anarchistes et inventa de grandes victoires communistes là où nul combat n’avait été livré. Dans la presse communiste, l’expérience du front qu’avaient vécue Orwell et ses camarades se trouva frappée de totale irréalité. L’exercice du pouvoir totalitaire ne peut tolérer l’existence d’une réalité historique. Simon Leys
Le divorce de la littérature et du savoir est une plaie de notre époque et un des aspects caractéristiques de la barbarie moderne où, la plupart du temps, on voit des écrivains incultes tourner le dos à des savants qui écrivent en charabia. Simon Leys
Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais je ne peux pas accepter, moi qui ai vu le fleuve Jaune charrier des cadavres chaque jour depuis mes fenêtres, cette vision idyllique de la Révolution culturelle. Simon Leys
Je pense… que les idiots disent des idioties, c’est comme les pommiers produisent des pommes, c’est dans la nature, c’est normal. Le problème c’est qu’il y ait des lecteurs pour les prendre au sérieux et là évidemment se trouve le problème qui mériterait d’être analysé. Prenons le cas de Madame Macciocchi par exemple — je n’ai rien contre Madame Macciocchi personnellement, je n’ai jamais eu le plaisir de faire sa connaissance — quand je parle de Madame Macciocchi, je parle d’une certaine idée de la Chine, je parle de son œuvre, pas de sa personne. Son ouvrage De la Chine, c’est … ce qu’on peut dire de plus charitable, c’est que c’est d’une stupidité totale, parce que si on ne l’accusait pas d’être stupide, il faudrait dire que c’est une escroquerie. Simon Leys
Une nouvelle interprétation de la Chine par un “China watcher” français de Hongkong travaillant à la mode américaine. Beaucoup de faits, rapportés avec exactitude, auxquels se mêlent des erreurs et des informations incontrôlables en provenance de la colonie britannique. Les sources ne sont d’ordinaire pas citées, et l’auteur n’a manifestement pas l’expérience de ce dont il parle. La Révolution culturelle est ramenée à des querelles de cliques. Alain Bouc (Le Monde)
Une sinologue, Michelle Loi, publie en 1975 un court livre intitulé Pour Luxun. Réponse à Pierre Ryckmans (Simon Leys) (Lausanne, Alfred Eibel éditeur), dont le titre dévoile le nom réel de Simon Leys, au risque de lui interdire de pouvoir retourner en Chine. Wikipedia
« La “Révolution culturelle‘ qui n’eut de révolutionnaire que le nom et de culturel que le prétexte tactique initial, fut une lutte pour le pouvoir, menée au sommet entre une poignée d’individus, derrière le rideau de fumée d’un fictif mouvement de masses […] En Occident, certains commentateurs persistent à s’attacher littéralement à l’étiquette officielle et veulent prendre pour point de départ de leur glose le concept de révolution de la culture, voire même de révolution de la civilisation (le terme chinois wenhua’ laisse en effet place à cette double interprétation). En regard d’un thème aussi exaltant pour la réflexion, toute tentative pour réduire le phénomène à cette dimension sordide et triviale d’une ‘lutte pour le pouvoir sonne de façon blessante, voire diffamatoire aux oreilles des maoïstes européens.  Simon Leys
Le spectacle de cet immense pays terrorisé et crétinisé par la rhinocérite maoïste a-t-il entièrement anesthésié sa capacité d’indignation ? Non, mais il réserve celle-ci à la dénonciation de la détestable cuisine qu’Air France lui sert dans l’avion du retour : «Le déjeuner Air France est si infect (petits pains comme des poires, poulet avachi en sauce graillon, salade colorée, chou à la fécule chocolatée – et plus de champagne !) que je suis sur le point d’écrire une lettre de réclamation ». […] Devant les écrits ‘ chinois ’ de Barthes (et de ses amis de Tel Quel), une seule citation d’Orwell saute spontanément à l’esprit : ‘ Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles ; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide.‘  Simon Leys
Nos admirations nous définissent, mais parfois elles peuvent aussi cerner nos manques (par exemple, un bègue qui admire un éloquent causeur, un écrivain crispé et taciturne comme Jules Renard qui vénère la tonitruante prolixité de Victor Hugo, ou un romancier concis et pur comme Chardonne qui célèbre le formidable flot deTolstoï…). Quand on rend visite à quelqu’un que l’on souhaiterait mieux connaître, on est naturellement tenté de regarder les livres de sa bibliothèque: ce n’est pas plus indiscret que de regarder son visage -c’est tout aussi révélateur (bien que parfois trompeur). Simon Leys
Je crois à l’universalité et à la permanence de la nature humaine; elle transcende l’espace et le temps. Comment expliquer sinon pourquoi les peintures de Lascaux ou la lecture de Zhuang Zi (Tchouang-tseu) ou de Montaigne peuvent nous toucher de façon plus immédiate que les informations du journal de ce matin? Pour le meilleur et pour le pire, je ne vois donc pas comment les intellectuels du XXIe siècle pourraient fort différer de ceux du siècle précédent. Malraux disait que l’intellectuel français est un homme qui ne sait pas comment on ouvre un parapluie (je soupçonne d’ailleurs qu’il parlait d’expérience; et personnellement je ne me flatte pas d’une bien grande dextérité). Du fait de leur maladresse et de leur faiblesse, certains intellectuels seraient-ils plus vulnérables devant les séductions du pouvoir, et de son incarnation dans des chefs totalitaires? Je me contente de constater mélancoliquement la récurrence du phénomène -je ne suis pas psychologue. Simon Leys
Comme je l’évoque dans le post-scriptum de mon essai sur Liu Xiaobo, par la faute d’un agent consulaire belge, mes fils (jumeaux) se sont trouvés réduits à l’état d’apatrides. La faute aurait pu être rectifiée; malheureusement, elle était tellement grotesque que les autorités responsables n’auraient pu le reconnaître sans se rendre ridicules – aussi fallait-il la cacher. Comme toujours dans ce genre de mésaventure administrative, la tentative de camouflage est cent fois pire que ce qu’elle tente de dissimuler. Le problème devient monumental et rigide, il s’enfle et gonfle comme un monstrueux champignon vénéneux qui, en fin de compte, ne contient RIEN: un vide nauséabond. Ayant jadis passé pas mal de temps à analyser et à décrire divers aspects du phénomène bureaucratique au sein du totalitarisme marxiste, j’ai découvert avec stupeur qu’il avait son pendant naturel dans un ministère bruxellois: des bureaucrates belges placés dans le plus toxique des environnements pékinois se seraient aussitôt sentis comme des poissons dans l’eau. Je voudrais tâcher de dépasser l’anecdote personnelle pour cerner une leçon universelle. De nombreux lecteurs, victimes d’expériences semblables, m’ont d’ailleurs offert des rapports d’une hallucinante absurdité. J’envisage donc de faire une petite physiologie du bureaucrate. Cela pourrait s’intituler Le Rêve de Zazie -par référence à l’héroïne de Queneau: comme on demande à Zazie ce qu’elle voudrait devenir quand elle sera grande, elle répond: « Institutrice! -Ah, fort bien et pourquoi? -Pour faire chier les mômes! » Simon Leys
 No tyrant can forsake humanity and persecute intelligence with impunity: in the end, he reaps imbecility and madness. When he visited Moscow in 1957, Mao declared that an atomic war was not to be feared since, in such an eventuality, only half of the human race would perish. This remarkable statement provided a good sample of the mind that was to conceive the “Great Leap Forward” and the “Cultural Revolution.” The human cost of these ventures was staggering: the famines that resulted from the “Great Leap” produced a demographic black hole into which it now appears that as many as fifty million victims may have been sucked. The violence of the “Cultural Revolution” affected a hundred million people. If, on the whole, the Maoist horrors are well known, what has not been sufficiently underlined is their asinine lunacy. In a recent issue of The New York Review, Jonathan Mirsky quoted an anecdote (from Liu Binyan, Ruan Ming, and Xu Gang’s Tell the World) that is so exemplary and apposite here that it bears telling once more: one day, Bo Yibo was swimming with Mao. Mao asked him what the production of iron and steel would be for the next year. Instead of replying, Bo Yibo told Mao that he was going to effect a turn in the water; Mao misunderstood him and thought that he had said “double.” A little later, at a Party meeting, Bo Yibo heard Mao announce that the national production of iron and steel would double the next year.3 The anecdote is perfectly credible in the light of all the documentary evidence we have concerning Mao’s attitude at the time of the “Great Leap”: we know that he swallowed the gigantic and grotesque deceptions fabricated by his own propaganda, and accepted without discussion the pleasing suggestion that miracles were taking place in the Chinese countryside; he genuinely believed that the yield of cotton and grain could be increased by 300 to 500 percent. And Liu Shaoqi himself was no wiser: inspecting Shandong in 1958, and having been told that miraculous increases had been effected in agricultural output, he said: “This is because the scientists have been kicked out, and people now dare to do things!” The output of steel, which was 5.3 million tons in 1957, allegedly reached 11 million tons in 1958, and it was planned that it would reach 18 million in 1959. The grain output which was 175 million tons in 1957, allegedly reached 375 million tons in 1958, and was planned to reach 500 million in 1959. The Central Committee solemnly endorsed this farce (Wuchang, Sixth Plenum, December 1958)—and planned for more. Zhou Enlai—who never passed for a fool—repeated and supported these fantastic figures and announced that the targets laid in the Second Five Year Plan (1958–1962) had all been reached in the plan’s first year! All the top leaders applauded this nonsense. Li Fuchun and Li Xiannian poured out “Great Leap” statistics that were simply lies. What happened to their common sense? Only Chen Yun had the courage to remain silent. Graphic details of the subsequent famine were provided in the official press only a few years ago, confirming what was already known through the testimonies of countless eyewitnesses. As early as 1961, Ladany published in China News Analysis some of these reports by Chinese travelers from all parts of China. All spoke of food shortage and hunger; swollen bellies, lack of protein and liver diseases were common. Many babies were stillborn because of their mothers’ deficient nutrition. Few babies were being born. As some workers put it, their food barely sufficed to keep them standing on their feet, let alone allowing them to have thoughts of sex. Peasants lacked the strength to work, and some collapsed in the fields and died. City government organisations and schools sent people to the villages by night to buy food, bartering clothes and furniture for it. In Shenyang the newspaper reported cannibalism. Desperate mothers strangled children who cried for food. Many reported that villagers were flocking into the cities in search of food; many villages were left empty…. It was also said that peasants were digging underground pits to hide their food. Others spoke of places where the population had been decimated by starvation. According to the Guang Ming Daily (April 27, 1980), in the North-West, the famine generated an ecological disaster: in their struggle to grow some food, the peasants destroyed grasslands and forests. Half of the grasslands and one third of the forests vanished between 1959 and 1962: the region was damaged permanently. The People’s Daily (May 14, 1980) said that the disaster of the “Great Leap” had affected the lives of a hundred million people who were physically devastated by the prolonged shortage of food. (Note that, at the time, China experts throughout the world refused to believe that there was famine in China. A BBC commentator, for instance, declared typically that a widespread famine in such a well-organized country was unthinkable.) Today, in order to stem the tide of popular discontent which threatens to engulf his rule, Deng Xiaoping is invoking again the authority of Mao. That he should be willing to call that ghost to the rescue provides a measure of his desperation. Considering the history of the last sixty years, one can easily imagine what sort of response the Chinese are now giving to such an appeal. Deng’s attempts to revive and promote Marxist studies are no less unpopular. Marxism has acquired a very bad name in China—which is quite understandable, though somewhat unfair: after all, it was never really tried. Simon Leys
In any debate, you really know that you have won when you find your opponents beginning to appropriate your ideas, in the sincere belief that they themselves just invented them. This situation can afford a subtle satisfaction; I think the feeling must be quite familiar to Father Ladany, the Jesuit priest and scholar based in Hong Kong who for many years published the weekly China News Analysis. Far away from the crude limelights of the media circus, he has enjoyed three decades of illustrious anonymity: all “China watchers” used to read his newsletter with avidity; many stole from it—but generally they took great pains never to acknowledge their indebtedness or to mention his name. Father Ladany watched this charade with sardonic detachment: he would probably agree that what Ezra Pound said regarding the writing of poetry should also apply to the recording of history—it is extremely important that it be written, but it is a matter of indifference who writes it. China News Analysis was compulsory reading for all those who wished to be informed of Chinese political developments—scholars, journalists, diplomats. In academe, however, its perusal among many political scientists was akin to what a drinking habit might be for an ayatollah, or an addiction to pornography for a bishop: it was a compulsive need that had to be indulged in secrecy. China experts gnashed their teeth as they read Ladany’s incisive comments; they hated his clearsightedness and cynicism; still, they could not afford to miss one single issue of his newsletter, for, however disturbing and scandalous his conclusions, the factual information which he supplied was invaluable and irreplaceable. What made China News Analysis so infuriatingly indispensable was the very simple and original principle on which it was run (true originality is usually simple): all the information selected and examined in China News Analysis was drawn exclusively from official Chinese sources (press and radio).  (…) What inspired his method was the observation that even the most mendacious propaganda must necessarily entertain some sort of relation with the truth; even as it manipulates and distorts the truth, it still needs originally to feed on it. Therefore, the untwisting of official lies, if skillfully effected, should yield a certain amount of straight facts. Needless to say, such an operation requires a doigté hardly less sophisticated than the chemistry which, in Gulliver’s Travels, enabled the Grand Academicians of Lagado to extract sunbeams from cucumbers and food from excreta.  (…) Without an ability to decipher non-existent inscriptions written in invisible ink on blank pages, no one should ever dream of analyzing the nature and reality of Chinese communism. Very few people have mastered this demanding discipline, and, with good reason, they generally acknowledge Father Ladany as their doyen. Simon Leys
 G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture – literary, political, poetical, historical and philosophical – once received the naive praise of a lady: “Oh, Mr Chesterton, you know so many things!” He suavely replied: “Madam, I know nothing: I am a journalist.” The many enemies of French philosopher Jean-François Revel (1924-2006) often attempted to dismiss him as a mere journalist which, of course, he was among many other things, and very much in the Chestertonian fashion. At first he may seem odd to associate these two names: what could there be in common between the great Christian apologist and the staunch atheist, between the mystical poet and the strict rationalist, between the huge, benevolent man mountain and the short, fiery, nimble and pugnacious intellectual athlete (and, should we also add, between the devoted husband and the irrepressible ladies’ man)? One could multiply the contrasts, yet, on a deeper level, the essence of their genius was very much alike. Revel was an extrovert who took daily delight in the company of his friends (…) Always sparring with his interlocutors, he was passionately commited to is ideas, but if he took his own beliefs with utter seriousness, he did not take his own person seriously. Again, one could apply to him what Chesterton’s brother said of his famous sibling: “He had a passionate need to express his opinions, but he would express them as readily and well to a man he met on a bus.” Revel’s capacity for self-irony is the crowning grace of his memoirs, The Thief in an Empty House. Personal records can be a dangerous exercice, but in his case it eventuated in a triumphant masterpiece. His humour enchanted his readers, but kept disconcerting the more pompous pundits. The French greatly value wit, which they display in profusion, but humour often makes them uneasy, especially when it is applied to important subjects; they do not have a word for it, they do not know the thing. Whereas wit is a form of duelling – it aims to wound or to kill – the essence of humour is self-deprecatory. Once again, a Chestertonian saying could be apposite: “My critics think that I am not serious, but only funny, because they think that ‘funny’ is the opposite of ‘serious’. But ‘funny’ is the opposite of ‘not funny’ and nothing else. Whether a man chooses to tell the truth in long sentences or in short jokes is analogous to whether he chooses to tell the truth in French or German.” What compounded the dismay of Revel’s pretentious critics was his implacable clarity. One of his close friends and collaborators said he doubted if Revel, in his entire career, had written a single sentence that was obscure. In the Parisian intellectual world such a habit can easily ruin a writer’s credit, for simple souls and solemn mediocrities are impressed only by what is couched in opaque jargon. And, in their eyes, how could one possibly say something important if one is not self-important? With the accuracy of his information and the sharpness of his irony, Revel deflated the huge balloons of cant that elevate the chattering classes. They felt utterly threatened, for he was exposing the puffery of the latest intellectual fashions upon which their livehood depended. At times they could not hide their panic; for instance, the great guru of the intelligentsia, Jacques Lacan, during one of his psychoanalytical seminars at the Sorbonne, performed in front of his devotees a voodoo-like exorcism. He frantically trampled underfoot and destroyed a copy of Revel’s book Why Philosophers?, in which Lacan’s charlatanism was analysed. Yet such outbursts weere mere circus acts; far more vicious was the invisible conspiracy that surrounded Revel with a wall of silence, well documented in Pierre Boncenne’s Pour Jean-François Revel: Un esprit libre (Plon, Paris, 2006), a timely and perceptive book that takes the full measure of Revel’s intellectual, literary and human stature. A paradoxical situation developed: Revel’s weekly newspaper columns were avidly read, nearly every one of his 30-odd books was an instant bestseller, and yet the most influential “progressive” critics studiously ignored his existence. His books were not reviewed, his ideas were not discussed, if his name was mentioned at all it was with a patronising sneer, if not downright slander. Revel was quintessentially French in his literary tastes and sensitivity (his pages on Michel de Montaigne, Francois Rabelais and Marcel Proust marry intelligence with love; his anthology of French poetry mirrors his original appreciation of the poetic language), in his art of living (his great book on gastronomy is truly a “feast in words”) and in his conviviality (he truly cared for his friends). And yet what strikingly set him apart from most other intellectuals of his generation was his genuinely cosmopolitan outlook. He had spent abroad the best part of his formative and early creative years, mostly in Mexico and Italy. In addition to English (spoken by few educated French of his time) he was fluent in Italian, Spanish and German; until the end of his life he retained the healthy habit to start every day (he rose at 5am) by listening to he BBC news and reading six foreign newspapers. On international affairs, on literature, art and ideas, he had universal perspectives that broke completely from the suffocating provincialism of the contemporary Parisian elites. In the 18th century, French was the common language of the leading minds of continental Europe; 20th-century French intellectuals hardly noticed that times had changed in this respect; they retained the dangerous belief that whatever was not expressed in French could hardly matter. Revel never had enough sarcasm to denounce this sort of self-indulgence; on the bogus notion of le rayonnement français, he was scathing: “French culture has radiated for so long, it’s a wonder mankind has not died from sunstroke.” He fiercely fought against chauvinist cultural blindness, and especially against its most cretinous expression: irrational anti-Americanism. At the root of this attitude he detected a subconscious resentment: the French feel that when Americans are playing a leading role in the political-cultural world they are usurping what is by birthright a French prerogative. By vocation and academic training Revel was originally a philosopher (he entered at an exceptionally early age the Ecole Normale Superieure, the apex of the French higher education system). He taught philosophy and eventually wrote a history of Western philosophy (eschewing all technical jargon, it is a model of lucid synthesis). However, he became disenchanted with the contemporary philosophers who, he flet, had betrayed their calling by turning philosophy into a professional career and a mere literary genre. “Philosophy,” he wrote “ought to return to its original and fundamental question: How should I live?” he preferred simply to call himslef “a man of letters”. Ancient Greek poet Archilochus famously said: “The fox knows many things but the hedgehog knows one big thing.” Revel was the archetypical fox, but at the same time he held with all the determination of a hedgehog to one central idea that inspires, pervades and motivates all his endeavours: The belief that each individual destiny, as well as the destiny of mankind, depends upon the accuracy – or the falsity – of the information at their disposal, and upon the way in which they put this information to use. He devoted one of his books specifically to this issue, La Connaissance Inutile (Useless Knowledge), but this theme runs through nearly all his writings. Politics naturally absorbed a great amount of his attention. From the outset he showed his willingness to commit himself personally, and at great risk: as a young man in occupied France he joined the Resistance against the Nazis. After the war, his basic political allegiance was, and always remainded, to the Left and the principles of liberal democracy. He was sharply critical of Charles de Gaulle and of all saviours and providential leaders in military uniforms. Yet, like George Orwell before him, he always believed that only an uncompromising denunciation of all forms of Stalinist totalitarianism can ensure the ultimate victory of socialism. Thus – again, like Orwell – he earned for himself the hostility of his starry-eyed comrades. Simon Leys

Attention: un intellectuel peut ne pas en cacher un autre !

Belge de naissance, chinois de coeur, australien de résidence, chrétien revendiqué, admirateur de Chesterton, Bernanos, Orwell,  ami de Revel et Mario Vargas Llosa, intellectuel ayant fait de la nécessité de l’ « insignifiance » supposée de sa nationalité vertu, vendeur de mèche des secrets de sa tribu maolâtre et antichrétienne ayant osé dénoncer les habits neufs de l’empereur et défendre Mère Teresa, intellectuel n’hésitant pas à critiquer l’anti-intellectualisme tout en se méfiant de l’intelligence, à appeler un imbécile un imbécile,  à pratiquer tout en restant vigilant le meilleur des journalismes, à  mettre en doute  des conquêtes de l’humanité aussi grandes que l’euthanasie et le mariage homosexuel et même à révéler et remercier ses propres sources …

En ces temps étranges où, sur fond de purification ethnique et de génocide revendiqué des derniers chrétiens et juifs du Moyen-Orient …

Et où, après la tentation du fascisme, du nazisme, du communisme, du stalinisme, du maoïsme et de l’antiaméricanisme primaire, ceux qui ont toujours préféré avoir tort avec Sartre semblent repartis à la case départ de l‘antisémitisme qui avait justement, avec le fameux « J’accuse » de Zola, marqué leur acte de naissance …

Comment ne pas repenser à l’occasion de la récente disparition du sinologue Pierre Ryckmans (dit Simon Leys) dont la vigilance, pour reprendre le mot de Sartre à la mort d’un Gide dont ladite vertu lui sera hélas de peu d’utilité,  nous manque déjà …

A tous ces véritables intellectuels que nos médiacrates actuels ont indûment éclipsés quand, à la manière de l’ancien compagnon de route de Che Guevara et ex-conseiller spécial de François Mitterrand Régis Debray, ils ne les ont pas confondus avec leur version française et n’en ont pas fait l’acte de décès ?

Comment ne pas voir protégés peut-être par leur nationalité ou résidence étrangères à l’instar du sinologue belgo-australien qui fut aussi critique littéraire et écrivain …

Que ce sont aussi ceux qui correspondent le plus à la définition canonique que fit de cette version moderne des prophètes juifs d’antan après Benda et avant Bourdieu, le petit camarade d’Aron et de Camus si fier en son temps  de sa « stricte obédience stalinienne » ?

A savoir non d « ‘abuser » mais d’utiliser la notoriété acquise par leurs travaux pour défendre les « valeurs éternelles et désintéressées » de la justice et de la raison …

Mais aussi, refusant le compartimentage et l’amputation de  l’une ou l’autre des grandes voies d’accès à la vérité telles que la religion, l’art, la philosophie et la science et à l’image de Proust,  se  méfiant sans la rejeter de l’intelligence, de résister aux dérives du temps qui virent la plus grande indulgence aux plus grands crimes et de ne pas hésiter, au prix fort, à vendre la mèche sur sa propre tribu ?

Et quel meilleur hommage leur faire que ces deux textes et sortes d’autoportrait en creux dans lesquels Leys fit l’éloge de deux des intellectuels dont ils partageaient la volonté farouche d’allier la connaissance et le goût de la théorie du renard à la détermination et à l’intérêt pour le  travail de terrain du hérisson mais surtout  l’amour par dessus tout de la précision et de la vérité …

A savoir le père et sinologue polonais, Laszlo Ladany dont il ne taira jamais l’inspiration et l’essayiste qui fut l’un des rares intellectuels français à le soutenir Jean-Francois Revel ?

The Art of Interpreting Nonexistent Inscriptions Written in Invisible Ink on a Blank Page
Simon Leys

The New York Review of Books

OCTOBER 11, 1990 ISSUE
The Communist Party of China and Marxism, 1921––1985: A Self Portrait
by Laszlo Ladany, foreword by Robert Elegant
Hoover Institution Press, 588 pp., $44.95
1.

In any debate, you really know that you have won when you find your opponents beginning to appropriate your ideas, in the sincere belief that they themselves just invented them. This situation can afford a subtle satisfaction; I think the feeling must be quite familiar to Father Ladany, the Jesuit priest and scholar based in Hong Kong who for many years published the weekly China News Analysis. Far away from the crude limelights of the media circus, he has enjoyed three decades of illustrious anonymity: all “China watchers” used to read his newsletter with avidity; many stole from it—but generally they took great pains never to acknowledge their indebtedness or to mention his name. Father Ladany watched this charade with sardonic detachment: he would probably agree that what Ezra Pound said regarding the writing of poetry should also apply to the recording of history—it is extremely important that it be written, but it is a matter of indifference who writes it.

China News Analysis was compulsory reading for all those who wished to be informed of Chinese political developments—scholars, journalists, diplomats. In academe, however, its perusal among many political scientists was akin to what a drinking habit might be for an ayatollah, or an addiction to pornography for a bishop: it was a compulsive need that had to be indulged in secrecy. China experts gnashed their teeth as they read Ladany’s incisive comments; they hated his clearsightedness and cynicism; still, they could not afford to miss one single issue of his newsletter, for, however disturbing and scandalous his conclusions, the factual information which he supplied was invaluable and irreplaceable. What made China News Analysis so infuriatingly indispensable was the very simple and original principle on which it was run (true originality is usually simple): all the information selected and examined in China News Analysis was drawn exclusively from official Chinese sources (press and radio). This austere rule sometimes deprived Ladany’s newsletter of the life and color that could have been provided by less orthodox sources, but it enabled him to build his devastating conclusions on unimpeachable grounds.

What inspired his method was the observation that even the most mendacious propaganda must necessarily entertain some sort of relation with the truth; even as it manipulates and distorts the truth, it still needs originally to feed on it. Therefore, the untwisting of official lies, if skillfully effected, should yield a certain amount of straight facts. Needless to say, such an operation requires a doigté hardly less sophisticated than the chemistry which, in Gulliver’s Travels, enabled the Grand Academicians of Lagado to extract sunbeams from cucumbers and food from excreta. The analyst who wishes to gather information through such a process must negotiate three hurdles of thickening thorniness. First, he needs to have a fluent command of the Chinese language. To the man-in-the-street, such a prerequisite may appear like elementary common sense, but once you leave the street level, and enter the loftier spheres of academe, common sense is not so common any longer, and it remains an interesting fact that, during the Maoist era, a majority of leading “China Experts” hardly knew any Chinese. (I hasten to add that this is largely a phenomenon of the past; nowadays, fortunately, young scholars are much better educated.)

Secondly, in the course of his exhaustive surveys of Chinese official documentation, the analyst must absorb industrial quantities of the most indigestible stuff; reading Communist literature is akin to munching rhinoceros sausage, or to swallowing sawdust by the bucketful. Furthermore, while subjecting himself to this punishment, the analyst cannot allow his attention to wander, or his mind to become numb; he must keep his wits sharp and keen; with the eye of an eagle that can spot a lone rabbit in the middle of a desert, he must scan the arid wastes of the small print in the pages of the People’s Daily, and pounce upon those rare items of significance that lie buried under mountains of clichés. He must know how to milk substance and meaning out of flaccid speeches, hollow slogans, and fanciful statistics; he must scavenge for needles in Himalayan-size haystacks; he must combine the nose of a hunting hound, the concentration and patience of an angler, and the intuition and encyclopedic knowledge of a Sherlock Holmes.

Thirdly—and this is his greatest challenge—he must crack the code of the Communist political jargon and translate into ordinary speech this secret language full of symbols, riddles, cryptograms, hints, traps, dark allusions, and red herrings. Like wise old peasants who can forecast tomorrow’s weather by noting how deep the moles dig and how high the swallows fly, he must be able to decipher the premonitory signs of political storms and thaws, and know how to interpret a wide range of quaint warnings—sometimes the Supreme Leader takes a swim in the Yangtze River, or suddenly writes a new poem, or sponsors a ping-pong game: such events all have momentous implications. He must carefully watch the celebration of anniversaries, the noncelebration of anniversaries, and the celebration of nonanniversaries; he must check the lists of guests at official functions, and note the order in which their names appear. In the press, the size, type, and color of headlines, as well as the position and composition of photos and illustrations are all matters of considerable import; actually they obey complex laws, as precise and strict as the iconographic rules that govern the location, garb, color, and symbolic attributes of the figures of angels, archangels, saints, and patriarchs in the decoration of a Byzantine basilica.

To find one’s way in this maze, ingenuity and astuteness are not enough; one also needs a vast amount of experience. Communist Chinese politics are a lugubrious merry-go-round (as I have pointed out many times already), and in order to appreciate fully the déjà-vu quality of its latest convolutions, you would need to have watched it revolve for half a century. The main problem with many of our politicians and pundits is that their memories are too short, thus forever preventing them from putting events and personalities in a true historical perspective. For instance, when, in 1979, the “People’s Republic” began to revise its criminal law, there were good souls in the West who applauded this initiative, as they thought that it heralded China’s move toward a genuine rule of law. What they failed to note, however—and which should have provided a crucial hint regarding the actual nature and meaning of the move in question—was that the new law was being introduced by Peng Zhen, one of the most notorious butchers of the regime, a man who, thirty years earlier, had organized the ferocious mass accusations, lynchings, and public executions of the land reform programs.

Or again, after the death of Mao, Western politicians and commentators were prompt to hail Deng Xiaoping as a sort of champion of liberalization. The Selected Works of Deng published at that time should have enlightened them—not so much by what it included, as by what it excluded; had they been able to read it as any Communist document should be read, i.e., by concentrating first on its gaps, they would have rediscovered Deng’s Stalinist-Maoist statements, and then, perhaps, they might have been less surprised by the massacres of June 4.

More than half a century ago, the writer Lu Xun (1889–1936), whose prophetic genius never ceases to amaze, described accurately the conundrum of China watching:

Once upon a time, there was a country whose rulers completely succeeded in crushing the people; and yet they still believed that the people were their most dangerous enemy. The rulers issued huge collections of statutes, but none of these volumes could actually be used, because in order to interpret them, one had to refer to a set of instructions that had never been made public. These instructions contained many original definitions. Thus, for instance, “liberation” meant in fact “capital execution”; “government official” meant “friend, relative or servant of an influential politician,” and so on. The rulers also issued codes of laws that were marvellously modern, complex and complete; however, at the beginning of the first volume, there was one blank page; this blank page could be deciphered only by those who knew the instructions—which did not exist. The first three invisible articles of these non-existent instructions read as follows: “Art. 1: some cases must be treated with special leniency. Art. 2: some cases must be treated with special severity. Art. 3: this does not apply in all cases.”

Without an ability to decipher non-existent inscriptions written in invisible ink on blank pages, no one should ever dream of analyzing the nature and reality of Chinese communism. Very few people have mastered this demanding discipline, and, with good reason, they generally acknowledge Father Ladany as their doyen.

2.

After thirty-six years of China watching, Father Ladany finally retired and summed up his exceptional experience in The Communist Party of China and Marxism, 1921–1985: A Self Portrait. In the scope of this article it would naturally not be possible to do full justice to a volume which analyzes in painstaking detail sixty-five years of turbulent history; still, it may be useful to outline here some of Ladany’s main conclusions.

The Communist party is in essence a secret society. In its methods and mentality it presents a striking resemblance to an underworld mob.1 It fears daylight, feeds on deception and conspiracy, and rules by intimidation and terror. “Communist legality” is a contradiction in terms, since the Party is above the law—for example, Party members are immune from legal prosecution; they must be divested of their Party membership before they can be indicted by a criminal court (that a judge may acquit an accused person is inconceivable: since the accused was sent to court, it means that he is guilty). Whereas even Mussolini and Hitler orginally reached power through elections, no Communist party ever received an electorate’s mandate to govern.

In China, the path that led the Communists to victory still remains partly shrouded in mystery. Even today, for Party historians, many archives remain closed, and there are entire chapters that continue to present insoluble riddles; minutes of decisive meetings are nowhere to be found, important dates remain uncertain; for some momentous episodes it is still impossible to identify the participants and to reconstruct accurately the sequence of events; for some periods one cannot even determine who were the Party leaders!

As Ladany points out, a Communist regime is built on a triple foundation: dialectics, the power of the Party, and a secret police—but, as to its ideological equipment, Marxism is merely an optional feature; the regime can do without it most of the time. Dialectics is the jolly art that enables the Supreme Leader never to make mistakes—for even if he did the wrong thing, he did it at the right time, which makes it right for him to have been wrong, whereas the Enemy, even if he did the right thing, did it at the wrong time, which makes it wrong for him to have been right.

Before securing power, the Party thrives on political chaos. If confronted with a deliquescent government, it can succeed through organization and propaganda, even when it operates from a minuscule base: in 1945, the Communists controlled only one town, Yan’an, and some remote tracts of countryside; four years later, the whole of China was theirs. At the time of the Communist takeover, the Party members in Peking numbered a mere three thousand, and Shanghai, a city of nine million people, had only eight thousand Party members. In a time of social and economic collapse, it takes very few people—less than 0.01 percent of the population in the Chinese case—to launch emotional appeals, to stir the indignation of the populace against corrupt and brutal authorities, to mobilize the generosity and idealism of the young, to enlist the support of thousands of students, and eventually to present their tiny Communist movement as the incarnation of the entire nation’s will.

What is even more remarkable is that, before 1949, wherever the population had been directly exposed to their rule the Communists were utterly unpopular. They had introduced radical land reform in parts of North China during the civil war, and, as Ladany recalls,

Not only landowners but all suspected enemies were treated brutally; one could walk about in the North Chinese plains and see hands sticking out from the ground, the hands of people buried alive…. Luckily for the Communists, government propaganda was so poorly organised that people living in regions not occupied by the Communists knew nothing of such atrocities.

Once the whole country fell under their control, it did not take long for the Communists to extend to the rest of the nation the sort of treatment which, until then, had been reserved for inner use—purging the Party and disciplining the population of the so-called liberated areas. Systematic terror was applied on a national scale as early as 1950, to match first the land reform and then the campaign to suppress “counterrevolutionaries.” By the fall of 1951, 80 percent of all Chinese had had to take part in mass accusation meetings, or to watch organized lynchings and public executions. These grim liturgies followed set patterns that once more were reminiscent of gangland practices: during these proceedings, rhetorical questions were addressed to the crowd, which, in turn, had to roar its approval in unison—the purpose of the exercise being to ensure collective participation in the murder of innocent victims; the latter were selected not on the basis of what they had done, but of who they were, or sometimes for no better reason than the need to meet the quota of capital executions which had been arbitrarily set beforehand by the Party authorities.

From that time on, every two or three years, a new “campaign” would be launched, with its usual accompaniment of mass accusations, “struggle meetings,” self-accusations, and public executions. At the beginning of each “campaign,” there were waves of suicides: many of the people who, during a previous “campaign,” had suffered public humiliation, psychological and physical torture at the hands of their own relatives, colleagues, and neighbors, found it easier to jump from a window or under a train than to face a repeat of the same ordeal.

What is puzzling is that in organizing these recurrent waves of terror the Communists betrayed a strange incapacity to understand their own people. As history has amply demonstrated, the Chinese possess extraordinary patience; they can stoically endure the rule of a ruthless and rapacious government, provided that it does not interfere too much with their family affairs and private pursuits, and as long as it can provide basic stability. On both accounts, the Communists broke this tacit covenant between ruler and ruled. They invaded the lives of the people in a way that was far more radical and devastating than in the Soviet Union. Remolding the minds, “brainwashing” as it is usually called, is a chief instrument of Chinese communism, and the technique goes as far back as the early consolidation of Mao’s rule in Yan’an.

To appreciate the characteristics of the Maoist approach one need simply compare the Chinese “labor rectification” camps with the Soviet Gulag. Life in the concentration camps in Siberia was physically more terrifying than life in many Chinese camps, but the mental pressure was less severe on the Soviet side. In the Siberian camps the inmates could still, in a way, feel spiritually free and retain some sort of inner life, whereas the daily control of words and thoughts, the actual transformation and conditioning of individual consciousness, made the Maoist camps much more inhuman.

Besides its cruelty, the Maoist practice of launching political “campaigns” in relentless succession generated a permanent instability, which eventually ruined the moral credit of the Party, destroyed much of society, paralyzed the economy, provoked large-scale famines, and nearly developed into civil war. In 1949, most of the population had been merely hoping for a modicum of order and peace, which the Communists could easily have granted. Had they governed with some moderation and abstained from the needless upheavals of the campaigns, they could have won long-lasting popular support, and ensured steady economic development—but Mao had a groundless fear of inner opposition and revolt; this psychological flaw led him to adopt methods that proved fatally self-destructive.

History might have been very different if the original leaders of the Chinese Communist party had not been decimated by Chiang Kai-shek’s White Terror of 1927, or expelled by their own comrades in subsequent Party purges. They were civilized and sophisticated urban intellectuals, upholding humanistic values, with cosmopolitan and open minds, attuned to the modern world. While their sun was still high in the political firmament, Mao’s star never had a chance to shine; however bright and ambitious, the young self-taught peasant was unable to compete with these charismatic figures. Their sudden elimination marked an abrupt turn in the Chinese revolution—one may say that it actually put an end to it—but it also presented Mao with an unexpected opening. At first, his ascent was not exactly smooth; yet, by 1940 in Yan’an, he was finally able to neutralize all his rivals and to remold the entire Party according to his own conception. It is this Maoist brigade of country bumpkins and uneducated soldiers, trained and drilled in a remote corner of one of China’s poorest and most backward provinces, that was finally to impose its rule over the entire nation—and, as Ladany adds, “This is why there are spittoons everywhere in the People’s Republic.”

Mao’s anti-intellectualism was deeply rooted in his personal experiences. He never forgot how, as a young man, intellectuals had made him feel insignificant and inadequate. Later on, he came to despise them for their perpetual doubts and waverings; the competence and expertise of scholarly authorities irritated him; he distrusted the independence of their judgments and resented their critical ability. In the barracks-like atmosphere of Yan’an, a small town without culture, far removed from intellectual centers, with no easy access to books, amid illiterate peasants and brutish soldiers, intellectuals were easily singled out for humiliating sessions of self-criticism and were turned into exemplary targets during the terrifying purges of 1942–1944. Thus the pattern was set for what was to remain the most characteristic feature of Chinese communism: the persecution and ostracisim of intellectuals. The Yan’an brigade had an innate dislike of people who thought too much; this moronic tradition received a powerful boost in 1957, when, in the aftermath of the Hundred Flowers campaign, China’s cultural elite was pilloried; nine years later, finally, the “Cultural Revolution” marked the climax of Mao’s war against intelligence: savage blows were dealt to all intellectuals inside and outside the Party; all education was virtually suspended for ten years, producing an entire generation of illiterates.

Educated persons were considered unfit by nature to join the Party; especially at the local level resistance to accepting them was always greatest, as the old leadership felt threatened by all expressions of intellectual superiority. Official figures released in 1985 provide a telling picture of the level of education within the Communist party—which makes up the privileged elite of the nation: 4 percent of Party members had received some university education—they did not necessarily graduate—(against 30 percent in the Soviet Union); 42 percent of Party members only attended primary school; 10 percent are illiterate….

The first casualty of Mao’s anti-intellectualism was to be found, interestingly enough, in the field of Marxist studies. When, after fifteen years of revolutionary activity, the Party finally felt the need to acquire some rudiments of Marxist knowledge (at that time virtually no work of Marx had yet been translated into Chinese!), Mao, who himself was still a beginner in this discipline, undertook to keep all doctrinal developments under his personal control. In Yan’an, like an inexperienced teacher who has gotten hold of the only available textbook and struggles to keep one lesson ahead of his pupils, he simply plagiarized a couple of Soviet booklets and gave a folksy Chinese version of some elementary Stalinist-Zhdanovian notions. How these crude, banal, and derivative works ever came to acquire in the eyes of the entire world the prestige and authority of an original philosophy remains a mystery; it must be one of the most remarkable instances of mass autosuggestion in the twentieth century.

In one respect, however, the Thoughts of Mao Zedong did present genuine originality and dared to tread a ground where Stalin himself had not ventured: Mao explicitly denounced the concept of a universal humanity; whereas the Soviet tyrant merely practiced inhumanity, Mao gave it a theoretical foundation, expounding the notion—without parallel in the other Communist countries of the world—that the proletariat alone is fully endowed with human nature. To deny the humanity of other people is the very essence of terrorism; millions of Chinese were soon to measure the actual implications of this philosophy.

At first, after the establishment of the People’s Republic the regime was simply content to translate and reproduce elementary Soviet introductions to Marxism. The Chinese Academy of Sciences had a department of philosophy and social sciences but produced nothing during the Fifties, not even textbooks on Marxism. Only one university in the entire country—Peking University—had a department of philosophy; only Mao’s works were studied there.

When the Soviet Union denounced Stalin and rejected his History of the Communist Party—Short Course, the Chinese were stunned: this little book contained virtually all they knew about Marxism. Then, the Sino-Soviet split ended the intellectual importations from the USSR, and it was conveniently decided that the Thoughts of Mao Zedong represented the highest development of Marxist-Leninist philosophy; therefore, in order to fill the ideological vacuum, Mao’s Thoughts suddenly expanded and acquired polyvalent functions; its study became a reward for the meritorious, a punishment for the criminal, a medicine for the sick; it could answer all questions and solve all problems; it even performed miracles that were duly recorded; its presence was felt everywhere: it was broadcast in the streets and in the fields, it was put to music, it was turned into song and dance; it was inscribed everywhere—on mountain cliffs and on chopsticks, on badges, on bridges, on ashtrays, on dams, on teapots, on locomotives; it was printed on every page of all newspapers. (This, in turn, created some practical problems: in a poor country, where all paper is recycled for a variety of purposes, one had always to be very careful when wrapping groceries or when wiping one’s bottom, not to do it with Mao’s ubiquitous Thoughts—which would have been a capital offence.) In a way, Mao is to Marx what Voodoo is to Christianity; therefore, it is not surprising that the inflation of Mao’s Thoughts precluded the growth of serious Marxist studies in China.2

No tyrant can forsake humanity and persecute intelligence with impunity: in the end, he reaps imbecility and madness. When he visited Moscow in 1957, Mao declared that an atomic war was not to be feared since, in such an eventuality, only half of the human race would perish. This remarkable statement provided a good sample of the mind that was to conceive the “Great Leap Forward” and the “Cultural Revolution.” The human cost of these ventures was staggering: the famines that resulted from the “Great Leap” produced a demographic black hole into which it now appears that as many as fifty million victims may have been sucked. The violence of the “Cultural Revolution” affected a hundred million people. If, on the whole, the Maoist horrors are well known, what has not been sufficiently underlined is their asinine lunacy. In a recent issue of The New York Review, Jonathan Mirsky quoted an anecdote (from Liu Binyan, Ruan Ming, and Xu Gang’s Tell the World) that is so exemplary and apposite here that it bears telling once more: one day, Bo Yibo was swimming with Mao. Mao asked him what the production of iron and steel would be for the next year. Instead of replying, Bo Yibo told Mao that he was going to effect a turn in the water; Mao misunderstood him and thought that he had said “double.” A little later, at a Party meeting, Bo Yibo heard Mao announce that the national production of iron and steel would double the next year.3

The anecdote is perfectly credible in the light of all the documentary evidence we have concerning Mao’s attitude at the time of the “Great Leap”: we know that he swallowed the gigantic and grotesque deceptions fabricated by his own propaganda, and accepted without discussion the pleasing suggestion that miracles were taking place in the Chinese countryside; he genuinely believed that the yield of cotton and grain could be increased by 300 to 500 percent. And Liu Shaoqi himself was no wiser: inspecting Shandong in 1958, and having been told that miraculous increases had been effected in agricultural output, he said: “This is because the scientists have been kicked out, and people now dare to do things!” The output of steel, which was 5.3 million tons in 1957, allegedly reached 11 million tons in 1958, and it was planned that it would reach 18 million in 1959. The grain output which was 175 million tons in 1957, allegedly reached 375 million tons in 1958, and was planned to reach 500 million in 1959. The Central Committee solemnly endorsed this farce (Wuchang, Sixth Plenum, December 1958)—and planned for more. Zhou Enlai—who never passed for a fool—repeated and supported these fantastic figures and announced that the targets laid in the Second Five Year Plan (1958–1962) had all been reached in the plan’s first year! All the top leaders applauded this nonsense. Li Fuchun and Li Xiannian poured out “Great Leap” statistics that were simply lies. What happened to their common sense? Only Chen Yun had the courage to remain silent.

Graphic details of the subsequent famine were provided in the official press only a few years ago, confirming what was already known through the testimonies of countless eyewitnesses.

As early as 1961, Ladany published in China News Analysis some of these reports by Chinese travelers from all parts of China.

All spoke of food shortage and hunger; swollen bellies, lack of protein and liver diseases were common. Many babies were stillborn because of their mothers’ deficient nutrition. Few babies were being born. As some workers put it, their food barely sufficed to keep them standing on their feet, let alone allowing them to have thoughts of sex. Peasants lacked the strength to work, and some collapsed in the fields and died. City government organisations and schools sent people to the villages by night to buy food, bartering clothes and furniture for it. In Shenyang the newspaper reported cannibalism. Desperate mothers strangled children who cried for food. Many reported that villagers were flocking into the cities in search of food; many villages were left empty…. It was also said that peasants were digging underground pits to hide their food. Others spoke of places where the population had been decimated by starvation.

According to the Guang Ming Daily (April 27, 1980), in the North-West, the famine generated an ecological disaster: in their struggle to grow some food, the peasants destroyed grasslands and forests. Half of the grasslands and one third of the forests vanished between 1959 and 1962: the region was damaged permanently. The People’s Daily (May 14, 1980) said that the disaster of the “Great Leap” had affected the lives of a hundred million people who were physically devastated by the prolonged shortage of food. (Note that, at the time, China experts throughout the world refused to believe that there was famine in China. A BBC commentator, for instance, declared typically that a widespread famine in such a well-organized country was unthinkable.)

Today, in order to stem the tide of popular discontent which threatens to engulf his rule, Deng Xiaoping is invoking again the authority of Mao. That he should be willing to call that ghost to the rescue provides a measure of his desperation. Considering the history of the last sixty years, one can easily imagine what sort of response the Chinese are now giving to such an appeal.

Deng’s attempts to revive and promote Marxist studies are no less unpopular. Marxism has acquired a very bad name in China—which is quite understandable, though somewhat unfair: after all, it was never really tried.

1
Looking at this phenomenon from an East European angle, Kazimierz Brandys made similar observations in his admirable Warsaw Diary (Random House, 1983).↩

2
Epilogue: in 1982, a People’s Daily survey revealed that over 90 percent of Chinese youth do not have an inkling of what Marxism is.↩

3
The New York Review, April 26, 1990.↩

Voir aussi:

Cunning like a hedgehog

Cunning like a heldgehog. In memory of Jean-François Revel, man of letters, man of integrity, friend

Simon Leys

The Australian Literary Review, 1 August 2007

G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture – literary, political, poetical, historical and philosophical – once received the naive praise of a lady: “Oh, Mr Chesterton, you know so many things!” He suavely replied: “Madam, I know nothing: I am a journalist.”

The many enemies of French philosopher Jean-François Revel (1924-2006) often attempted to dismiss him as a mere journalist which, of course, he was among many other things, and very much in the Chestertonian fashion.

At first he may seem odd to associate these two names: what could there be in common between the great Christian apologist and the staunch atheist, between the mystical poet and the strict rationalist, between the huge, benevolent man mountain and the short, fiery, nimble and pugnacious intellectual athlete (and, should we also add, between the devoted husband and the irrepressible ladies’ man)? One could multiply the contrasts, yet, on a deeper level, the essence of their genius was very much alike.

Revel was an extrovert who took daily delight in the company of his friends:

I am the most sociable creature; other people’s society is my joy. Though, for me, a happy day should have a part of solitude, it must also afford a few hours of the most intense of all the pleasures of the mind: conversation. Friendship has always occupied a central place in my life, as well as the keen desire to make new acquaintances, to hear them, to question them, to test their reactions to my own views.

Always sparring with his interlocutors, he was passionately commited to is ideas, but if he took his own beliefs with utter seriousness, he did not take his own person seriously. Again, one could apply to him what Chesterton’s brother said of his famous sibling: “He had a passionate need to express his opinions, but he would express them as readily and well to a man he met on a bus.”

Revel’s capacity for self-irony is the crowning grace of his memoirs, The Thief in an Empty House. Personal records can be a dangerous exercice, but in his case it eventuated in a triumphant masterpiece.

His humour enchanted his readers, but kept disconcerting the more pompous pundits. The French greatly value wit, which they display in profusion, but humour often makes them uneasy, especially when it is applied to important subjects; they do not have a word for it, they do not know the thing.

Whereas wit is a form of duelling – it aims to wound or to kill – the essence of humour is self-deprecatory. Once again, a Chestertonian saying could be apposite: “My critics think that I am not serious, but only funny, because they think that ‘funny’ is the opposite of ‘serious’. But ‘funny’ is the opposite of ‘not funny’ and nothing else. Whether a man chooses to tell the truth in long sentences or in short jokes is analogous to whether he chooses to tell the truth in French or German.”

What compounded the dismay of Revel’s pretentious critics was his implacable clarity. One of his close friends and collaborators said he doubted if Revel, in his entire career, had written a single sentence that was obscure. In the Parisian intellectual world such a habit can easily ruin a writer’s credit, for simple souls and solemn mediocrities are impressed only by what is couched in opaque jargon. And, in their eyes, how could one possibly say something important if one is not self-important?

With the accuracy of his information and the sharpness of his irony, Revel deflated the huge balloons of cant that elevate the chattering classes. They felt utterly threatened, for he was exposing the puffery of the latest intellectual fashions upon which their livehood depended. At times they could not hide their panic; for instance, the great guru of the intelligentsia, Jacques Lacan, during one of his psychoanalytical seminars at the Sorbonne, performed in front of his devotees a voodoo-like exorcism.

He frantically trampled underfoot and destroyed a copy of Revel’s book Why Philosophers?, in which Lacan’s charlatanism was analysed.

Yet such outbursts weere mere circus acts; far more vicious was the invisible conspiracy that surrounded Revel with a wall of silence, well documented in Pierre Boncenne’s Pour Jean-François Revel: Un esprit libre (Plon, Paris, 2006), a timely and perceptive book that takes the full measure of Revel’s intellectual, literary and human stature.

A paradoxical situation developed: Revel’s weekly newspaper columns were avidly read, nearly every one of his 30-odd books was an instant bestseller, and yet the most influential “progressive” critics studiously ignored his existence. His books were not reviewed, his ideas were not discussed, if his name was mentioned at all it was with a patronising sneer, if not downright slander.

Revel was quintessentially French in his literary tastes and sensitivity (his pages on Michel de Mont