Affaire Averroès: La race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent (Cursed race: teacher spills the beans on France’s first Muslim school)

8 février, 2015
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Combattez ceux qui ne croient pas en Allah, qui ne considèrent pas comme illicite ce qu’Allah et son prophète ont déclaré illicite (…) jusqu’à ce qu’ils paient, humiliés et de leurs propres mains le tribut. Sourate 9 v 29
Le combat vous est prescrit et pourtant vous l’avez en aversion. Peut-être avez-vous de l’aversion pour ce qui est un bien et de l’attirance pour ce qui est un mal. Allah sait et vous ne savez pas. Sourate 2 v 216
Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. Sourate 9 v 5
Vous ne les avez pas tué (vos ennemis). C’est Allah qui les a tués. Lorsque tu portes un coup, ce n’est pas toi qui le porte mais Allah qui éprouve ainsi les croyants par une belle épreuve. Sourate 8 v 17
Ne faiblissez pas et ne demandez pas la paix quand vous êtes les plus forts et qu’Allah est avec vous !  Sourate 47 v 35
La récompense de ceux qui font la guerre à Allah (…) c’est qu’ils soient tués ou crucifiés, ou que soient coupés leurs mains ou leurs pieds …Sourate 47 v 35
Les infidèles ne sont que souillure ... Sourate 9 verset 28
 (les juifs et les chrétiens) « Qu’Allah les maudissent … Sourate 9 verset 30
(ceux qui quittent l’Islam) saisissez-les alors, et tuez-les où que vous vous trouviez. Sourate 4 verset 89
C’est pourquoi le Prophète –sur lui soit la paix- a dit : « Il m’a été ordonné de combattre les hommes jusqu’à ce qu’ils disent ‘Il n’y a de divinité qu’Allah’ et qu’ils croient en moi. Ibn Rushd (alias Averroès)
Les savants s’accordent à dire que le djihad est un devoir collectif et non personnel. (…) De l’avis de la majorité des savants, la nature obligatoire du djihad est fondée sur: «Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable.» (…) L’obligation de participer au djihad s’applique aux hommes adultes libres qui disposent des moyens de partir en guerre et qui sont en bonne santé. (…) Les savants s’accordent sur le fait que tous les polythéistes doivent être combattus. Cela est fondé sur: «Et combattez-les jusqu‘à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. Ibn Rush dit Averroès
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Pierre Bourdieu
 Lorsque Mahomet se mit à prêcher son dieu unique, prétendit en être le messager et se mit à légiférer en Son nom, déclarant ceci « permis » ou cela « interdit », certains de ces poètes se moquèrent de lui. Mahomet savait pardonner à ceux qui l’avaient combattu, mais ne tolérait pas qu’on mette en doute sa mission prophétique. Il demanda donc qui allait le débarrasser de ces poètes. Des volontaires se présentèrent et les assassinèrent. Ils tuèrent d’abord Ka’b ibn Achraf, un juif, puis Abou Afak, un vieillard, enfin Asma bint Marwan, une femme qui allaitait. (…) Mahomet assura les assassins qu’ils n’avaient commis aucune faute, un peu dans l’esprit du verset du Coran : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués » (sourate VIII, verset 17 a). On comprend l’embarras des musulmans d’aujourd’hui. (…) au-delà du refus constamment réitéré, et d’ailleurs légitime, de l’« amalgame » et de la « stigmatisation », comment dire que ces agissements n’ont rien à voir avec l’islam ? Le Coran appelle Mahomet « le bel exemple » (sourate XXXIII, verset 21), qu’il est loisible, voire louable, d’imiter. Comment ne pas comprendre que certains se croient autorisés à commettre en son nom et pour le venger ce genre de crimes ? Rémi Brague
Le mot de «religion» est déjà trompeur en soi. Notre idée d’une religion est calquée, même chez le bouffeur de curés le plus recuit, sur celle que nous nous faisons du christianisme. Nous allons donc dire: dans l’islam, il y a du religieux (les prières, le jeûne, le pèlerinage, etc.) et du non-religieux, la charia, dont les règles vestimentaires, alimentaires, etc. Et nous avons le culot de dire aux musulmans: renoncez à la charia et nous acceptons votre religion! Mais ils ne voient pas les choses comme nous; pour eux, la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion. La mystique, elle, est certes permise, mais facultative. Tout le système de l’islam, si l’on peut dire, repose sur la révélation faite à Mahomet. Attaquer le Prophète, c’est mettre en danger tout l’édifice. Allah est de toute façon bien au-dessus de tous les blasphèmes, c’est pourquoi le nier est presque moins grave… La violence, inhérente à une religion? Il faut distinguer les adhérents à une religion qui ont pu se laisser aller à des violences. Ils ont même pu les justifier au nom de leur religion. Ainsi Charlemagne convertissant de force les Saxons ou, bien sûr, ceux dont on parle toujours, les croisés et les inquisiteurs. Mais aussi les généraux japonais de la Seconde Guerre, bouddhistes zen. Ou Tamerlan, qui s’appuya au début sur les soufis de la confrérie des naqchbandis, dont les massacres, au XIVe siècle, surpassèrent ceux de Gengis Khan. Et rappelons que le plus grand pogrom antichrétien de notre siècle, en 2008, à Kandhamal (Odisha), a été le fait d’hindouistes, qui ne sont pas tendres envers les musulmans non plus. Ceci dit, reste à se demander si l’on peut attribuer des actes de violence au fondateur d’une religion, à celui qui en reste le modèle et à son enseignement. Pour Jésus et Bouddha, on a du mal. Or, malheureusement, nous avons les recueils de déclarations attribuées à Mahomet (le hadith) et ses biographies anciennes, et avant tout celle d’Ibn Ishaq-Ibn Hicham (vers 830). Il faut la lire et se méfier des adaptations romancées et édulcorées. Or, ce qu’on y raconte comme hauts faits du Prophète et de ses compagnons ressemble beaucoup à ce que l’on a vu chez nous et à ce qui se passe à une bien plus grande échelle au Nigeria, sur le territoire de l’État islamique, ou ailleurs. Mahomet a en effet fait décapiter quelques centaines de prisonniers, torturer le trésorier d’une tribu juive vaincue pour lui faire avouer où est caché le magot (on pense au sort d’Ilan Halimi) et, ce qui ressemble fort à notre affaire, commandité les assassinats de trois chansonniers qui s’étaient moqués de lui. Il ne sert de rien de répéter «contextualiser! contextualiser!» Un crime reste un crime.
La figuration de Dieu dans le christianisme repose elle-même sur l’idée d’incarnation. Le Dieu chrétien n’est pas enfermé dans sa transcendance. On ne peut monter vers lui, mais il a voulu descendre vers nous. Il est d’une liberté tellement absolue qu’il peut, pour ainsi dire, transcender sa propre transcendance et se donner lui-même une figure visible en Jésus-Christ. Les icônes, tableaux, fresques, statues, etc., bref les neuf dixièmes de l’art plastique européen, sont, en divers styles, la petite monnaie de cette première entrée dans la visibilité. Quant à se moquer de lui une fois qu’il a pris le risque de prendre une figure humaine, cela a été fait depuis longtemps, et en abondance. Les caricatures de Charlie, et les autres, ne sont rien à côté de ce qu’a dû subir, en vrai, le Crucifié. Leurs tentatives pour blasphémer sont donc moins du scandaleux que du réchauffé. Il est en tout cas intéressant que l’on se moque dans ce cas, non des tortionnaires, mais de leur victime…
[«l’esprit Charlie» … héritier de Voltaire?] «Esprit» me semble un bien grand mot pour qualifier ce genre de ricanement et cette manie systématique, un peu obsessionnelle, de représenter, dans les dessins, des gens qui s’enculent… Voltaire savait au moins être léger quand il voulait être drôle. Ceci dit, Voltaire est pour moi, outre l’un des plus enragés antisémites qui fut, celui qui a fait deux fois embastiller La Beaumelle, qui avait osé critiquer son Siècle de Louis XIV. Plus que ses tragédies, c’est l’affaire Calas qui lui a permis de devenir un de nos totems. Elle n’était pas la seule erreur judiciaire de l’époque. Pourquoi Voltaire a-t-il choisi de s’y consacrer? Ses premières lettres, au moment où il apprend l’histoire, fin mars 1762, le montrent à l’évidence: parce qu’il voulait avant tout attaquer le christianisme. On se souvient du cas: un père protestant soupçonné d’avoir tué son fils qui aurait voulu se faire catholique. On pouvait donc gagner à coup sûr. Si le père Calas était coupable, honte au fanatisme protestant; s’il était innocent, haro sur le fanatisme catholique… Mais attaquer les vrais puissants, les riches fermiers généraux ou les souverains, comme le régent ou le roi, pas question. (…)  n’avons-nous rien d’autre à offrir à nos concitoyens, et en particulier aux musulmans, qu’«être Charlie»? Leur proposer, que dis-je, les sommer de s’identifier à cet irrespect crasseux comme résumant la France, n’est-ce pas les encourager dans le mépris de notre pays et dans le repli identitaire? J’aurais préféré qu’on défilât en scandant: «Je suis Descartes», «Je suis Cézanne», «Je suis Proust»,  Je suis Ravel»…
On a effectivement le droit de tout dire, sauf ce qui fâche… Appeler un chat un chat est devenu difficile. On préfère des euphémismes, au moyen de divers procédés, les sigles par exemple. On dira IVG pour ne pas dire «avortement», et GPA pour ne pas dire «location d’utérus», etc. Ou alors, on dilue en passant au pluriel: on dira «les religions» alors que tout le monde pense «l’islam». Ce n’est pas d’hier: on disait naguère «les idéologies» pour ne pas dire «le marxisme-léninisme». Rémi Brague
Faut-il oublier Averroès sous prétexte qu’il y a eu Ben Laden? À suivre un tel amalgame, il faudrait oublier le Christ sous prétexte qu’il y a eu Torquemada. Henri Pena Ruiz
À partir de 1195, Averroès, déjà suspect comme philosophe, est victime d’une campagne d’opinion qui vise à anéantir son prestige de cadi. Al-Mansûr sacrifie alors ses intellectuels à la pression des oulémas. Averroès est exilé en 1197 à Lucena, petite ville andalouse peuplée surtout de Juifs, en déclin depuis que les Almohades ont interdit toute religion autre que l’islam. Après un court exil d’un an et demi, il est rappelé au Maroc où il reçoit le pardon du sultan, mais n’est pas rétabli dans ses fonctions. Il meurt à Marrakech le 10 ou 11 décembre 1198 sans avoir revu l’Andalousie. La mort d’Al-Mansûr peu de temps après marque le début de la décadence de l’empire almohade. Suspecté d’hérésie, il n’aura pas de postérité en terre d’islam. Une part de son œuvre sera sauvée par des traducteurs juifs. Elle passera par les Juifs de Catalogne et d’Occitanie dans la scolastique latine. Wikipedia
Le sinistre Mostafa Pour-Mohammadi qui ne voulait pas rester dans l’ombre d’Ahmadienjad a rappelé à son public les noms que le saint Coran a employé pour qualifier les juifs : « des menteurs, des falsificateurs de Coran, des racistes, des déviants mentaux, des meurtriers, des bouchers, des corrompus, des fous à lier et des cupides… Iran-Resist
Juifs et musulmans pour moi, ça n’existe pas. Donc, antisémite n’existe pas, parce que juif n’existe pas. Ce sont deux notions aussi stupides l’une que l’autre. Personne n’est juif ou alors tout le monde … pour moi, les juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. Certains musulmans prennent la même voie en ranimant des concepts comme « la guerre sainte » … Dieudonné (Lyon Capitale, 23 janvier 2002)

En dépit de l’emploi des termes « secte et escroquerie », le contexte de l’entretien en cause laisse apparaître qu’en critiquant d’autres religions en des propos également vifs, le prévenu a seulement manifesté son hostilité au principe même du fait religieux et qu’ainsi, les invectives proférées ne s’adressent pas à la communauté juive en tant que telle.
Tribunal correctionnel de Paris (30 juin 2004)
Replacés dans leur contexte, les termes « les juifs, c’est une secte, c’est une escroquerie » relèvent d’un débat théorique sur l’influence des religions et ne constituent pas une attaque dirigée contre la communauté juive en tant que communauté humaine ». Cour d’appel de Paris (9 février 2006)
Cohen , il a dit que j’avais un cerveau malade , alors tu vois , quand j’entends parler Patrick Cohen, je me dis les chambres à gaz… Dommage ! Dieudonné
Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! Siné
Les propos de Siné sur Jean Sarkozy et sa fiancée, outre qu’ils touchaient la vie privée, colportaient la fausse rumeur de sa conversion au judaïsme. Mais surtout ils pouvaient être interprétés comme faisant le lien entre la conversion au judaïsme et la réussite sociale et ce n’était ni acceptable ni défendable devant un tribunal. Philippe Val
Le département le plus pauvre et le plus jeune de France est confronté à une crise de vocation des enseignants. A la rentrée de septembre, quatre cent cinquante postes en école primaire étaient vacants. « Avant, on se bagarrait pour les créations de postes. Maintenant, on a les postes, mais ils sont vides », a expliqué Isabelle Guigon, de l’UNSA Education, lors d’une conférence de presse. A ce jour, trois cent vingt-deux contractuels ont été nommés et, face au mécontentement qui monte, notamment à Saint-Denis, la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé jeudi soir plusieurs mesures pour améliorer leur formation et les aider à remplir leur mission. Le Monde (07.11.2014)
Plus l’année avance, plus les exigences semblent baisser pour assurer la présence d’un adulte devant les classes et calmer les parents d’élèves.(…) Comme avec les autres remplaçants recalés au concours.(…) Le ministère reconnaît que la situation en Seine-Saint-Denis est tendue : 250 contractuels y ont été recrutés au mois de septembre. Il en manque encore. « Comme tous les services publics, nous avons un problème d’attractivité en Seine-Saint-Denis. Mais il faut relativiser, car 97 % de notre personnel est stable », explique Béatrice Gilles, la rectrice. Sur ce département, la hausse démographique cumulée au manque de postes et de candidats a créé une véritable thrombose. L’académie recrute mais sans vivier de professeurs formés, les remplaçants habituels étant déjà tous en poste. Pour faire face à cette pénurie, elle fait appel à des adultes sélectionnés par Pôle emploi, pour des contrats à l’année à 1 699,31 euros brut par mois ou des vacations à 20,64 euros de l’heure. Pour la première fois, l’académie a tenu un stand au dernier Forum pour l’emploi des jeunes le 7 octobre au Stade de France. « Depuis trois ans, les dotations augmentent mais on ne fait que courir après la hausse du nombre d’enfants et les créations de classes. On a installé une situation de crise permanente », dénonce Rachel Schneider, responsable départementale du SNUipp-FSU. La crise est encore plus aiguë à Saint-Denis, banlieue qui pâtirait d’une « mauvaise réputation ». Le Monde
La race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent. Elève de terminale Lettres (Lycée Averroès)
Oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message. Soufiane Zitouni
Ces jeunes étaient avant tout Français et ont grandi sur le territoire de la République. En déplaçant le débat sur le terrain religieux, certains ne font que servir la soupe aux populistes et aux islamophobes de tout bord. D’autant que notre démocratie est en train de payer le prix de cette liberté d’expression à géométrie variable qui s’applique au gré des intérêts économiques et politiques de nos oligarques. Je m’étonne, par ailleurs, qu’on n’ait dit mot sur cette recrudescence tangible, au lendemain de l’affaire « Charlie Hebdo », des actes islamophobes et, plus largement, sur cette islamophobie galopante et banalisée dans le discours médiatique, qui se répand dans la société au rythme des images défilant sur nos écrans et qui contribue chaque jour à alimenter les peurs et le rejet de l’autre. Ces partis populistes qui dénigrent en permanence les musulmans sous couvert d’une laïcité dénaturée et bien loin des idéaux défendus par Aristide Briand et Jean Jaurès, n’ont-ils pas aussi une part de responsabilité dans cet attentat ? Ne sommes-nous pas aussi en train de payer le prix de la politique étrangère de la France qui s’ingère avec toute l’arrogance et la cupidité qui l’animent en Afrique et au Proche-Orient ? Sans parler de la question du chômage et du problème de l’éducation. Ne faudrait-il pas construire un nouveau Nous et faire cause commune pour relever les défis de notre époque plutôt que de fabriquer un bouc-émissaire sur lequel chacun va fixer ses peurs et ses angoisses ? Émile Zola affirmait avec éloquence : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Ces trois jeunes ne sont-ils pas, au fond, le produit de notre société ? Réduire donc cette affaire à une question religieuse ou un problème d’humour en tranchant à coup d’aphorismes prophétiques mal compris est simpliste, voire fallacieux. (…) Pour terminer, les musulmans n’ont bien entendu aucun problème avec l’humour, ni ne sont paranoïaques ; il s’agit plus d’un mépris de la bassesse. Et le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de « Charlie Hebdo » qui concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes. Il cueillait la beauté là où elle reflétait le Juste. « Charlie » cultive l’abject ; le prophète, lui, célébrait le beau. Il aurait sans doute honoré la beauté qui émane de la musique de Schubert, de la peinture hollandaise ou de la poésie baudelairienne. Mais à « Charlie », il aurait tourné le dos. Car la liberté n’a de sens que dans un cadre. C’est un sujet classique en philo, pourtant. Si l’humour de « Charlie Hebdo » ne me fait pas rire, il ne faut pas m’en tenir rigueur, car je ne souris qu’à la beauté… et chaque sourire qui se dessine sur mon visage n’aspire qu’à être le reflet du beau. Je ne partage pas les idées de mon cher collègue mais, qu’il s’en assure, je me battrais pour qu’il puisse les exprimer. En salle des profs, notamment !  Sofiane Meziani
Le 20 janvier, un professeur du lycée, proche des frères Tariq et Hani Ramadan, publia une sorte de «réplique» sur le site «L’Obs Le plus». Dans cette tribune, il incrimina mon manque de raison, et tira à boulets rouges sur Charlie Hebdo en affirmant que ce journal «cultive l’abject» et qu’il «concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes» (sic). Voilà donc ce que pensait un «représentant» du lycée Averroès d’un journal qui venait d’être attaqué tragiquement par des terroristes au nom d’Al Qaeda ! Pas étonnant alors que certains de mes élèves m’aient affirmé en cours que les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés l’avaient bien cherché, voire mérité… Et évidemment, nombre d’élèves me tiendront exactement le même discours que mon «contradicteur» : «vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «c’est un blasphème !», «vous léchez les pieds des ennemis de l’islam !», etc. (…) Pendant mes cours de philosophie avec mes quatre classes de terminale, les désillusions ont continué. Tout d’abord, le thème récurrent et obsessionnel des Juifs… En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j’ai rétorqué à l’adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. Dans une classe de terminale ES, un élève au profil de leader, m’a soutenu un jour en arborant un large sourire de connivence avec un certain nombre de ses camarades, que les Juifs dominent tous les médias français et que la cabale contre l’islam en France est orchestrée par ce lobby juif très puissant. Et j’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les Juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout ! Cet antisémitisme quasi «culturel» de nombre d’élèves du lycée Averroès s’est même manifesté un jour que je commençais un cours sur le philosophe Spinoza : l’un d’entre eux m’a carrément demandé pourquoi j’avais précisé dans mon introduction que ce philosophe était juif ! En sous-entendant, vous l’aurez compris, que le signifiant «juif» lui-même lui posait problème ! Autre cause de grosses tensions avec mes élèves : ma prétendue non-orthodoxie islamique ! Car évidemment, en tant que professeur de philosophie de culture islamique travaillant dans un lycée musulman, il m’arrivait régulièrement d’établir des passerelles entre mon cours et certains passages du Coran ou de la Sunna (un ensemble d’histoires relatant des propos et des actes du Prophète). Mais j’ai été agressé verbalement par des élèves qui considéraient que je n’avais aucune légitimité pour leur parler de la religion islamique, et de surcroît dans un cours de philosophie ! J’avais beau leur dire que c’était précisément la grande idée du philosophe Averroès que de considérer qu’il ne pouvait y avoir de contradiction entre la vérité philosophique et la vérité coranique, rien n’y faisait. Et puis il y avait les thèmes et les mots tabous… La théorie darwinienne de l’évolution ? Le Coran ne dit pas cela, donc cette théorie est fausse ! J’avais beau me référer au livre de l’astrophysicien Nidhal Guessoum, Réconcilier l’islam et la science moderne dont le sous-titre est justement l’Esprit d’Averroès ! [Aux Presses de la Renaissance, ndlr], qui affirme avec de très solides arguments scientifiques et théologiques que la théorie de l’évolution est non seulement compatible avec le Coran, mais que plusieurs versets coraniques vont dans son sens, rien n’y faisait non plus. Le mot «sexe» lui-même pouvait être tabou. Un jour, une élève (voilée) qui s’était proposée pour lire un texte de Freud, refusa de prononcer le mot «sexe» à chacune de ses occurrences dans l’extrait concerné, et c’est la même élève qui refusa lors d’un autre cours de s’asseoir à côté d’un garçon alors qu’il n’y avait pas d’autre place possible pour elle dans la salle où nous nous trouvions ! J’ai dû alors lui rappeler fermement que la mixité dans l’enseignement français était un principe intangible et non négociable. Enfin, combien d’élèves du lycée n’ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d’insulter notre Prophète alors qu’on interdit à Dieudonné de faire de l’humour sur les Juifs ? Je peux vous parler aussi de la salle des professeurs du lycée Averroès, où des collègues musulmans pratiquants font leurs ablutions dans les toilettes communes, donc en lavant leurs pieds dans les lavabos communs, et où la prière peut être pratiquée à côté de la machine à café… Quid des collègues non musulmans (il y en a quelques-uns) qui aimeraient peut-être disposer d’un espace neutre, d’un espace non religieux, le temps de leur pause ? En réalité, le lycée Averroès est un territoire «musulman» sous contrat avec L’Etat… D’ailleurs, certains collègues musulmans masculins se sont permis de faire des remarques sur des tenues vestimentaires de collègues féminines non musulmanes, sous prétexte qu’elles n’étaient pas conformes à l’éthique du lycée ! Et l’une de ces collègues féminines non musulmane m’a dit un jour également qu’elle ne se sentait pas «légitime» (sic) dans le regard de ses élèves, parce qu’elle n’était pas musulmane précisément… Je ne pouvais donc plus cautionner ce qui se passe réellement dans les murs de ce lycée, hors caméras des médias et derrière la vitrine officielle, même si je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j’ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d’un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’Etat, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique. Enfin, last but not least, il y a ce propos entendu de la bouche même d’un responsable du lycée, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une remise des diplômes à l’américaine aux bacheliers du lycée de la session 2014, en présence de deux «mécènes» du Qatar : «Un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises !» Un programme politique ? Soufiane Zitouni

Attention: un double langage peut en cacher un autre !

Discours d’excuse de la violence, accusations de blasphème, thème récurrent et obsessionnel des Juifs, propos antisémites, théories du complot sioniste, refus de travailler sur des textes d’auteurs juifs, rejet de tout discours sur l’islam autre que de la part d’autorités légitimes, thèmes et mots tabous (théorie darwinienne de l’évolution, « sexe »), refus de la mixité hommes-femmes,  soutien de Dieudonné au nom même des lois  liberticides qui le condamnent, accaparement religieux et rituel de l’espace,  pressions vestimentaires, double langage, financements qataris …

Alors qu’un mois après les attentats de Charlie hebdo et de l’Hypercacher comme du « sursaut républicain » nous sommant de nous identifier à notre tour, derrière la nécessaire critique, à la déconstruction nihiliste et pipi caca de tout ce qui nous reste de valeurs ...

Et six mois après le prétendu rétablissement du califat par l’Etat islamique en Irak et la barbarie que l’on sait …

L’on attend toujours la protestation massive de musulmans occidentaux pourtant si rapides à dénoncer drapeau noir à l’appui la violence d’un Israël exerçant, face aux bombardements incessants du Hamas, son simple droit à l’autodéfense …

Pendant que, ne s’étant toujours pas résolu à prononcer le nom de l’ennemi, le prétendu chef du Monde libre n’a même pas pris la peine de se joindre ni à la Marche de Paris contre le terrorisme ni au 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz

Et que dans les zones dites sensibles, on n’arrive plus à trouver de professeurs …

Comment au lendemain de la polémique suscitée par la tribune puis la démission d’un professeur de philosophie du seul lycée musulman de France …

Et ses révélations sur le climat réel dudit lycée et ses financements

Ne pas reconnaitre nombre de choses et attitudes depuis longtemps entendues ou vécues …

Mais, politiquement correct oblige, le plus souvent atténuées ou tues autour de nous ?

Mais comment aussi hélas contre l’affirmation bien intentionnée du professeur assurant tout anachronisme mis à part …

Que « le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvent clairement » …

Ne pas accorder à l’une de ses élèves le mérite au moins de la franchise lorsqu’elle soutient au contraire …

Que « beaucoup de savants de l’islam disent que la race juive est une race maudite par Allah » ?

Et surtout ne pas voir derrière la vulgarité hélas obscurcissante de Charlie hebdo

Le vrai problème, à l’instar de ce qui a été fait par les traditions tant juive que chrétienne, de la critique nécessaire …

De textes appelant explicitement – pourquoi continuer à le cacher ? – à la violence et au rejet de l’infidèle ?

TRIBUNE
Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès
Soufiane Zitouni raconte ses difficultés suite à la publication de sa tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie», ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée.
Soufiane ZITOUNI (Ancien professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille)
Libération
5 février 2015

Depuis la rentrée 2014, Soufiane Zitouni enseigne au lycée Averroès, établissement privé musulman, sous contrat avec l’Etat, situé à Lille. Le 15 janvier, il publiait dans Libération une tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie» dans laquelle il concluait «le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.»

Il raconte ici ses difficultés suite à la publication de ce texte, ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée. Depuis deux semaines, démissionnaire de son poste, Soufiane Zitouni est en arrêt maladie. D’origine algérienne, il se réclame du soufisme, un courant ésotérique de l’islam moins attaché au caractère prescriptif de la religion, privilégiant une voie intérieure. Pendant une vingtaine d’années, il a enseigné dans des établissements catholiques et souhaite favoriser le dialogue interreligieux, tout en prônant un Islam plus ouvert et fraternel.

Depuis la publication de mon texte intitulé «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie» dans Libération le 15 janvier, il y a eu quelques «rebonds» dans ma vie, et certains d’entre eux, très négatifs, m’ont mené à démissionner du lycée musulman Averroès de Lille, lycée sous contrat avec l’Etat où j’ai tenté d’exercer durant cinq mois éprouvants mon métier de professeur de philosophie.

J’ai reçu de nombreux soutiens et remerciements après la publication de ce texte, certains m’ont même parlé de «courage». Mais pour moi, prendre la plume pour faire entendre ma voix en tant que citoyen français de culture islamique après les horribles attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher était surtout de l’ordre du devoir. Or, le jour même de la publication de ce texte, un proche de la direction de mon lycée vint m’interrompre en plein cours pour me dire en catimini dans le couloir attenant à ma classe : «Il est très bien ton texte, je suis d’accord avec toi sur le problème des musulmans qui manquent d’humour et de recul par rapport à leur religion, mais tu dois savoir que tu vas te faire beaucoup d’ennemis ici, et je te conseille de regarder derrière toi quand tu marcheras dans la rue…».

Par la suite, un enseignant décida d’afficher une photocopie de mon texte en salle des professeurs. Bien mal lui en prit ! Ma pauvre tribune libre sera retirée plusieurs fois du tableau d’affichage «Vie de l’établissement» par des collègues musulmans furieux qui crieront au sacrilège ! Puis le 20 janvier, un professeur du lycée, proche des frères Tariq et Hani Ramadan, publia une sorte de «réplique» sur le site «L’Obs Le plus». Dans cette tribune, il incrimina mon manque de raison, et tira à boulets rouges sur Charlie Hebdo en affirmant que ce journal «cultive l’abject» et qu’il «concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes» (sic). Voilà donc ce que pensait un «représentant» du lycée Averroès d’un journal qui venait d’être attaqué tragiquement par des terroristes au nom d’Al Qaeda ! Pas étonnant alors que certains de mes élèves m’aient affirmé en cours que les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés l’avaient bien cherché, voire mérité… Et évidemment, nombre d’élèves me tiendront exactement le même discours que mon «contradicteur» : «vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «c’est un blasphème !», «vous léchez les pieds des ennemis de l’islam !», etc. Ce texte sera ensuite affiché à côté du mien en salle des professeurs, par souci du «débat démocratique», a-t-on essayé de me faire croire…

J’ai commencé à enseigner la philosophie au lycée Averroès en septembre 2014. Bien qu’on m’ait prévenu que cet établissement était lié à l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), réputée proche de l’idéologie de Frères Musulmans, j’ai tout de même voulu tenter cette expérience en espérant pouvoir travailler dans l’esprit du grand philosophe Averroès, et donc contribuer, à ma mesure, au développement sur notre territoire national d’un islam éclairé par la raison, comme le philosophe andalou du XIIe siècle a tenté de le faire lui-même de son vivant. Mais en cinq mois de travail dans ce lycée, mon inquiétude et ma perplexité n’ont fait que s’accroître jusqu’à l’épilogue que fut cette réaction incroyable à un texte dont le tort principal aux yeux de mes détracteurs était sans doute d’être intitulé : «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie»…

Pour vous donner une première idée de l’illusion qui fait office d’image positive dans la vitrine publique de ce lycée, je vais vous relater ma première mauvaise surprise : la direction m’a confié des élèves de seconde pour deux heures hebdomadaires d’enseignement d’exploration en «Littérature et Société», alors en tant que professeur de philosophie, j’ai décidé de travailler avec eux sur un projet que j’ai nommé «L’esprit d’Averroès» afin de leur faire découvrir celui qui a donné son nom à leur lycée. Mais quelle n’a pas été ma surprise de constater que sur les rayons du CDI de cet établissement, il n’y avait ni livres du philosophe andalou, ni livres sur lui ! En revanche, j’y ai trouvé des ouvrages des frères Ramadan, très prisés dans ce lycée… J’ai dû alors me rabattre sur des bibliothèques municipales de Lille pour pouvoir commencer mon travail.

Pendant mes cours de philosophie avec mes quatre classes de terminale, les désillusions ont continué. Tout d’abord, le thème récurrent et obsessionnel des Juifs… En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j’ai rétorqué à l’adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. Dans une classe de terminale ES, un élève au profil de leader, m’a soutenu un jour en arborant un large sourire de connivence avec un certain nombre de ses camarades, que les Juifs dominent tous les médias français et que la cabale contre l’islam en France est orchestrée par ce lobby juif très puissant. Et j’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les Juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout ! Cet antisémitisme quasi «culturel» de nombre d’élèves du lycée Averroès s’est même manifesté un jour que je commençais un cours sur le philosophe Spinoza : l’un d’entre eux m’a carrément demandé pourquoi j’avais précisé dans mon introduction que ce philosophe était juif ! En sous-entendant, vous l’aurez compris, que le signifiant «juif» lui-même lui posait problème !

Autre cause de grosses tensions avec mes élèves : ma prétendue non-orthodoxie islamique ! Car évidemment, en tant que professeur de philosophie de culture islamique travaillant dans un lycée musulman, il m’arrivait régulièrement d’établir des passerelles entre mon cours et certains passages du Coran ou de la Sunna (un ensemble d’histoires relatant des propos et des actes du Prophète). Mais j’ai été agressé verbalement par des élèves qui considéraient que je n’avais aucune légitimité pour leur parler de la religion islamique, et de surcroît dans un cours de philosophie ! J’avais beau leur dire que c’était précisément la grande idée du philosophe Averroès que de considérer qu’il ne pouvait y avoir de contradiction entre la vérité philosophique et la vérité coranique, rien n’y faisait.

Et puis il y avait les thèmes et les mots tabous… La théorie darwinienne de l’évolution ? Le Coran ne dit pas cela, donc cette théorie est fausse ! J’avais beau me référer au livre de l’astrophysicien Nidhal Guessoum, Réconcilier l’islam et la science moderne dont le sous-titre est justement l’Esprit d’Averroès ! [Aux Presses de la Renaissance, ndlr], qui affirme avec de très solides arguments scientifiques et théologiques que la théorie de l’évolution est non seulement compatible avec le Coran, mais que plusieurs versets coraniques vont dans son sens, rien n’y faisait non plus.

Le mot «sexe» lui-même pouvait être tabou. Un jour, une élève (voilée) qui s’était proposée pour lire un texte de Freud, refusa de prononcer le mot «sexe» à chacune de ses occurrences dans l’extrait concerné, et c’est la même élève qui refusa lors d’un autre cours de s’asseoir à côté d’un garçon alors qu’il n’y avait pas d’autre place possible pour elle dans la salle où nous nous trouvions ! J’ai dû alors lui rappeler fermement que la mixité dans l’enseignement français était un principe intangible et non négociable. Enfin, combien d’élèves du lycée n’ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d’insulter notre Prophète alors qu’on interdit à Dieudonné de faire de l’humour sur les Juifs ?

Je peux vous parler aussi de la salle des professeurs du lycée Averroès, où des collègues musulmans pratiquants font leurs ablutions dans les toilettes communes, donc en lavant leurs pieds dans les lavabos communs, et où la prière peut être pratiquée à côté de la machine à café… Quid des collègues non musulmans (il y en a quelques-uns) qui aimeraient peut-être disposer d’un espace neutre, d’un espace non religieux, le temps de leur pause ?

En réalité, le lycée Averroès est un territoire «musulman» sous contrat avec L’Etat… D’ailleurs, certains collègues musulmans masculins se sont permis de faire des remarques sur des tenues vestimentaires de collègues féminines non musulmanes, sous prétexte qu’elles n’étaient pas conformes à l’éthique du lycée ! Et l’une de ces collègues féminines non musulmane m’a dit un jour également qu’elle ne se sentait pas «légitime» (sic) dans le regard de ses élèves, parce qu’elle n’était pas musulmane précisément…

Je ne pouvais donc plus cautionner ce qui se passe réellement dans les murs de ce lycée, hors caméras des médias et derrière la vitrine officielle, même si je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j’ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d’un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’Etat, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique.

Enfin, last but not least, il y a ce propos entendu de la bouche même d’un responsable du lycée, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une remise des diplômes à l’américaine aux bacheliers du lycée de la session 2014, en présence de deux «mécènes» du Qatar : «Un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises !» Un programme politique ?
Soufiane ZITOUNI (Ancien professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille)

Voir aussi:

TRIBUNE
Aujourd’hui, le Prophète est aussi «Charlie»
Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille
Libération
14 janvier 2015

Voici une tradition prophétique islamique (hadith) que j’aime raconter à mes élèves de terminale : un jour, un compagnon du prophète Mohamed surprend celui-ci en train de pleurer, et lui demande la raison de ces larmes qui lui fendent le cœur. Le Prophète lui répond alors entre deux sanglots : «J’ai vu que dans le futur j’allais devoir témoigner contre ma propre communauté.» Et je pose ensuite cette question à mes élèves : «Ce futur sur lequel pleurait le Prophète de l’islam, n’est-ce pas notre propre époque ?»

Je veux témoigner dans Libération (journal pour lequel j’ai travaillé dans les années 80 à Lyon au côté de Philippe Lançon que je salue affectueusement et auquel je souhaite un prompt rétablissement), de mon vécu propre des événements tragiques de ces derniers jours, en tant que citoyen français d’abord, et de culture musulmane ensuite. Oui, c’est bel et bien en tant que citoyen français qu’il me faut réagir aujourd’hui, et non pas en tant que membre d’une communauté religieuse (nécessairement hétérogène d’ailleurs, donc imaginaire, irréelle…), d’un mouvement politique, d’un courant d’idée, etc.

J’ai raconté ce hadith mardi à une classe de terminale dans laquelle les élèves sont majoritairement musulmans, et où il y a des filles voilées et d’autres non voilées. Je leur ai raconté cette histoire en ayant à l’esprit la une du Charlie Hebdo, renaissant de ses cendres, révélée par les médias la veille de sa sortie, mais aussi un dessin de Cabu tellement juste et si peu compris par beaucoup de musulmans, malheureusement, montrant un prophète de l’islam en colère s’exclamant : «C’est dur d’être aimé par des cons !» J’atteste ici en tant que citoyen français de culture musulmane de l’authenticité de ce hadith relayé par Cabu, paix à son âme ! Et je brandis en même temps une pancarte avec écrit dessus en lettres capitales : «Humour !»

Depuis quelque temps, et surtout depuis ces horribles meurtres d’innocents commis par des fous furieux criant «Allah est le plus grand !» ou «Le prophète Mohamed a été vengé !», je me demande si beaucoup de musulmans n’ont pas un énorme problème avec l’humour. Et j’ai repensé à un livre du psychanalyste François Roustang, qui m’avait beaucoup intéressé lors de sa sortie, intitulé Comment faire rire un paranoïaque ? François Roustang y explique que nous avons tous en nous un paranoïaque qui a besoin d’ennemis identifiés pour se rassurer quant à son identité propre, parce que ses ennemis lui servent de «limites» ou de «bornes» (qu’il n’a pas pu se constituer lui-même) lui permettant imaginairement de ne pas se diluer en un chaos angoissant. Et François Roustang ajoute que ce paranoïaque en nous, manque cruellement d’humour. Parce que ne plus prendre au sérieux sa propre paranoïa, ses «ennemis certains», ce serait renoncer à son identité imaginaire aussi consistante qu’un ectoplasme. Pourtant, commencer à rire de sa propre folie est le début de la guérison nous révèle aussi Roustang dans son très bon livre tragiquement d’actualité.

Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité dès que l’on touche à un tabou, un dogme, un interdit auquel ils sont jalousement attachés ? Prenons l’exemple de l’interdiction de la représentation du Prophète. Un sacré tabou au sein de l’islam ! Mais un tabou indéboulonnable vraiment ? J’ai été très proche un temps d’une confrérie soufie, la Tariqa Alawiya, dont le guide spirituel vivant en France est le cheikh Khaled Bentounès. En 2009, à l’occasion du centenaire de cette confrérie, le cheikh Bentounès a édité un bel album, d’une grande richesse iconographique, dans lequel il a osé publier des miniatures persanes représentant le prophète Mohamed, en considérant sereinement que ces représentations faisaient partie du patrimoine de l’islam, et qu’il n’y avait pas toujours eu, dans l’histoire de cette religion, un consensus des savants musulmans quant à l’interdiction de ce type de représentation. Comme il fallait s’y attendre, une polémique violente a immédiatement éclaté dans la presse algérienne, provoquée par deux institutions islamiques de poids, le Haut Conseil islamique et l’Association des oulémas, celle-là même qui combattit avec acharnement les confréries soufies du temps de la colonisation française en les accusant de superstitions non conformes à la charia et d’accointances coupables avec l’envahisseur. Ces mêmes institutions islamiques ont aussi accusé le cheikh Bentounès d’avoir associé dans son album commémoratif le sceau de l’émir Abdelkader à l’étoile de David, symbole du sionisme selon eux, alors qu’il ne faisait que reprendre le symbolisme profond et commun à l’islam et au judaïsme du sceau de Salomon. Mais l’ignorance de ces prétendus «savants» de l’islam (ouléma veut dire «savant» en arabe) nous aura permis au moins de découvrir avec enchantement dans la même presse algérienne, et cela grâce à la pugnacité du cheikh Bentounès, que nombre d’édifices musulmans en Algérie recèlent dans leur architecture ou leur mobilier ce «symbole du sionisme».

Est-ce à dire, alors, que la connaissance serait sœur de l’humour ? A cette question, je réponds sans hésitation, oui ! Ils sont risibles ces pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur religion et son patrimoine universel ! Mais ils sont risibles tant qu’ils ne passent pas au stade de la kalachnikov ou de l’attentat dit «kamikaze» pour répondre à ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis de l’islam. Rappelons-nous que le prophète Mohamed lui-même disait que «l’encre du savant est plus précieuse que le sang du martyr».

Alors oui, ce prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie aujourd’hui, n’en déplaise à un grand nombre de musulmans qui trouveront peut-être ce propos déplacé ou naïf, voire insultant, surtout de la part de quelqu’un qui se réclame comme eux de la culture islamique. Oui, j’ose le dire, comme le très beau dessin de Luz le suggère avec tendresse et intelligence : le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.

Soufiane ZITOUNI Professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille

Voir encore:

« Charlie Hebdo »: le problème n’est pas religieux. Stigmatiser les musulmans est une erreur
Après l’attentat de « Charlie Hebdo » et la prise d’otages de la Porte de Vincennes, des voix se sont élevées contre les musulmans, allant parfois même absurdement les sommer de se désolidariser de ces actes. Pour Sofiane Meziani, professeur et membre du Collectif des musulmans de France, à culturaliser le problème, on a évité de regarder la réalité en face.
Édité par Henri Rouillier
Sofiane Meziani
Professeur d’éthique
LE PLUS/Le Nouvel Obs
20-01-2015

Mon cher collègue, professeur de philosophie, a récemment publié sur « Libération » une tribune intitulée « Aujourd’hui, le prophète est aussi ‘Charlie' », dans laquelle il exprime avec une émotion échappant parfois à sa plume son indignation à l’encontre de cette « majorité de musulmans » – à l’intérieur de laquelle je m’inscris – qui, à ses yeux, manque d’humour et, plus encore, de connaissance.

Quand l’émotion parle, la raison se tait

J’ai d’abord été surpris car je n’ai repéré à aucun moment la marque, l’empreinte du philosophe. Il a parlé de ses élèves en évoquant un hadith qui n’existe pas dans les termes cités, de cheikh Bentounès, de Roustang, de son contentieux avec certaines institutions islamiques sans compter cette longue parenthèse qu’il consacre à son ancien collègue de « Libération », mais mon très cher collègue n’a pas, à mon grand étonnement, abordé le fond du problème. Quand l’émotion parle, la raison se tait.

Je m’étonne de voir mon collègue qui enseigne Kant et Hegel emprunter un tel raccourci en réduisant la « majorité des musulmans » à des paranoïaques et surtout en qualifiant certaines autorités religieuses de pseudo-savants risibles.

Qui ne le connaît pas dirait qu’il prétend détenir le monopole de la compréhension de l’islam. Qui ne le connaît pas dirait que ce professeur de philo a peut-être vécu l’expérience de l’ascension ; qu’il est parvenu à contempler le monde des idées et à s’imprégner de la Lumière véritable, cette Lumière si douce, si éclatante, si pénétrante qu’il tente de répandre dans l’obscurité de la caverne où de nombreux musulmans grincheux, installés confortablement dans leur ignorance, prennent leurs illusions pour des réalités.

Qui ne le connaît pas dirait qu’il est sans doute un poète incompris, cet Albatros, géant maître des cieux, qui une fois au sol parmi les « brebis égarées » s’attire la foudre d’un public peinant à s’affranchir de sa piteuse condition : « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! / Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! »

Qui ne le connaît pas dirait, tout simplement, qu’il prend la communauté musulmane de haut. Mais moi je le connais et ne doute point de son humilité. Je le salue au passage.

La communauté musulmane est la principale victime de ces attentats

Cela dit, ce que je regrette, c’est le manque de nuance dans certains discours qui, très vite, trop vite, tendent à culturaliser le problème. Bien entendu, je me suis profondément indigné devant le crime porté contre « Charlie Hebdo ». Non pas en tant que musulman ou citoyen français, mais, tout simplement, en tant que membre du corps de l’humanité. L’indignation, néanmoins, est la seule chose que je partage dans certains discours. Et ce, pour plusieurs raisons.

Sans violence, certes, mais avec non moins d’incompréhension que celle qui guidait les trois individus à l’origine des attentats contre « Charlie Hebdo », les discours en question nous prennent intellectuellement en otages, nous les musulmans, en nous réduisant à la folie de ces « fous furieux », parce que nous n’aurions pas d’humour ou, plutôt, parce que nous ne partageons pas leurs humours.

Je regrette parfois le ton dogmatique de certains propos. Je ne crois pas qu’on résoudra le problème en l’essentialisant et, surtout, en stigmatisant systématiquement la communauté musulmane qui, au fond, est la principale victime de ces crimes. Évitons les raccourcis et empruntons, plutôt, les chemins longs de l’analyse, et partant, renouons avec la culture de la complexification.

Il ne faut pas déplacer le débat sur le terrain religieux

On ne bâtit pas une société à coups d’humeur volatile ou de slogans, « Charlie ou pas Charlie », dénués de sens. Je refuse cette lecture simpliste et binaire du problème et me défends de me positionner selon le ton et les termes du débat qui nous ont été imposés.

Je crois qu’il faut dans un premier temps s’affranchir du type de discours qu’on veut nous définir. Comme s’il n’y avait qu’une seule façon de condamner et de se positionner. Il ne faut donc pas tomber dans le piège de la simplification. Gardons la nuance car il ne s’agit pas seulement d’être pour ou contre. Et plutôt que de coller trop facilement une étiquette culturelle sur le crime, il serait plus pertinent de risquer une réflexion en amont pour tenter de comprendre les causes qui conduisent certains jeunes citoyens français à trouver leurs repères dans la violence.

Ces jeunes étaient avant tout Français et ont grandi sur le territoire de la République. En déplaçant le débat sur le terrain religieux, certains ne font que servir la soupe aux populistes et aux islamophobes de tout bord. D’autant que notre démocratie est en train de payer le prix de cette liberté d’expression à géométrie variable qui s’applique au gré des intérêts économiques et politiques de nos oligarques.

Éviter de fixer la peur et l’angoisse sur un bouc émissaire

Je m’étonne, par ailleurs, qu’on n’ait dit mot sur cette recrudescence tangible, au lendemain de l’affaire « Charlie Hebdo », des actes islamophobes et, plus largement, sur cette islamophobie galopante et banalisée dans le discours médiatique, qui se répand dans la société au rythme des images défilant sur nos écrans et qui contribue chaque jour à alimenter les peurs et le rejet de l’autre.

Ces partis populistes qui dénigrent en permanence les musulmans sous couvert d’une laïcité dénaturée et bien loin des idéaux défendus par Aristide Briand et Jean Jaurès, n’ont-ils pas aussi une part de responsabilité dans cet attentat ? Ne sommes-nous pas aussi en train de payer le prix de la politique étrangère de la France qui s’ingère avec toute l’arrogance et la cupidité qui l’animent en Afrique et au Proche-Orient ?

Sans parler de la question du chômage et du problème de l’éducation. Ne faudrait-il pas construire un nouveau Nous et faire cause commune pour relever les défis de notre époque plutôt que de fabriquer un bouc-émissaire sur lequel chacun va fixer ses peurs et ses angoisses ? Émile Zola affirmait avec éloquence : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. » Ces trois jeunes ne sont-ils pas, au fond, le produit de notre société ?

Réduire donc cette affaire à une question religieuse ou un problème d’humour en tranchant à coup d’aphorismes prophétiques mal compris est simpliste, voire fallacieux. Certains discours, d’ailleurs, devraient s’inspirer de la méthode résolutive-compositive de Thomas Hobbes, laquelle permet de comprendre rationnellement le mode de fonctionnement d’une société, comme une horloge dont les ressorts sont un peu difficiles à discerner si on ne la démonte pas pièce à pièce et si l’on ne considère pas chaque composant de façon isolée.

Aussi, éviteraient-ils de passer par ces obscurs raccourcis où la menace de l’ignorance est sans cesse aux aguets.

« Charlie » cultive l’abject

Pour terminer, les musulmans n’ont bien entendu aucun problème avec l’humour, ni ne sont paranoïaques ; il s’agit plus d’un mépris de la bassesse. Et le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de « Charlie Hebdo » qui concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes.

Il cueillait la beauté là où elle reflétait le Juste. « Charlie » cultive l’abject ; le prophète, lui, célébrait le beau. Il aurait sans doute honoré la beauté qui émane de la musique de Schubert, de la peinture hollandaise ou de la poésie baudelairienne. Mais à « Charlie », il aurait tourné le dos. Car la liberté n’a de sens que dans un cadre. C’est un sujet classique en philo, pourtant.

Si l’humour de « Charlie Hebdo » ne me fait pas rire, il ne faut pas m’en tenir rigueur, car je ne souris qu’à la beauté… et chaque sourire qui se dessine sur mon visage n’aspire qu’à être le reflet du beau.

Je ne partage pas les idées de mon cher collègue mais, qu’il s’en assure, je me battrais pour qu’il puisse les exprimer. En salle des profs, notamment !

Voir encore:

« Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »
Rémi Brague
Le Point
13/01/2015

Rémi Brague est philosophe et historien de la pensée médiévale arabe et juive. Il est l’auteur, entre autres, de « Europe, la voie romaine » (1999), « La loi de Dieu. Histoire philosophique d’une alliance » (Gallimard, 2005), et de « Modérément moderne » (Flammarion, 2014). Il s’exprime au sujet des assassinats de Charlie Hebdo :

« L’attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo rappelle de vieilles histoires qu’il me faut malheureusement rappeler ici.

À l’époque de Mahomet, dans l’Arabie du début du VIIe siècle, il n’y avait évidemment pas de journalistes, faute de journaux, d’imprimerie, etc. Mais il y avait des poètes. Leurs vers, transmis d’abord de bouche à oreille, pouvaient être louangeurs ou satiriques. Ils influençaient l’opinion, comme le font de nos jours les organes de presse. Lorsque Mahomet se mit à prêcher son dieu unique, prétendit en être le messager et se mit à légiférer en Son nom, déclarant ceci « permis » ou cela « interdit », certains de ces poètes se moquèrent de lui. Mahomet savait pardonner à ceux qui l’avaient combattu, mais ne tolérait pas qu’on mette en doute sa mission prophétique. Il demanda donc qui allait le débarrasser de ces poètes. Des volontaires se présentèrent et les assassinèrent. Ils tuèrent d’abord Ka’b ibn Achraf, un juif, puis Abou Afak, un vieillard, enfin Asma bint Marwan, une femme qui allaitait. Leurs meurtres sont racontés dans la plus ancienne biographie de Mahomet, « La vie de l’envoyé d’Allah » (Sirâ) d’Ibn Ichak, éditée par Ibn Hicham vers 830. Abdourrahman Badawi en a donné une traduction rocailleuse, mais intégrale (Beyrouth, Albouraq, 2001, 2 vol.), qu’on préférera aux nombreuses adaptations de ce texte, qui sont toutes plus ou moins romancées. Mahomet assura les assassins qu’ils n’avaient commis aucune faute, un peu dans l’esprit du verset du Coran : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués » (sourate VIII, verset 17 a).

On comprend l’embarras des musulmans d’aujourd’hui. Je ne possède pas de statistiques fondées sur des sondages d’opinion parmi eux, mais tout nous invite à croire que leur grande majorité désapprouve ces crimes. Et, en tout cas, ceux qui s’expriment les condamnent sans nuances. Ce qui est à leur honneur. Mais, au-delà du refus constamment réitéré, et d’ailleurs légitime, de l’« amalgame » et de la « stigmatisation », comment dire que ces agissements n’ont rien à voir avec l’islam ? Le Coran appelle Mahomet « le bel exemple » (sourate XXXIII, verset 21), qu’il est loisible, voire louable, d’imiter. Comment ne pas comprendre que certains se croient autorisés à commettre en son nom et pour le venger ce genre de crimes ? »

«En France, on a le droit de tout dire, sauf ce qui fâche»
Le Figaro
Marie-Laetitia Bonavita
16/01/2015

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Rémi Brague analyse les questions philosophiques soulevées par l’attentat de Charlie Hebdo et le sursaut national qui a suivi: la notion de blasphème, la laïcité et la liberté d’expression.

Rémi Brague est philosophe. Son dernier ouvrage «Modérément moderne. Les temps modernes ou l’invention d’une supercherie» est paru en mars 2014 aux éditions Flammarion.

L’attentat contre Charlie Hebdo prétend prendre appui sur des motifs religieux. Y a-t-il une violence inhérente à la religion en général?

Le mot de «religion» est déjà trompeur en soi. Notre idée d’une religion est calquée, même chez le bouffeur de curés le plus recuit, sur celle que nous nous faisons du christianisme. Nous allons donc dire: dans l’islam, il y a du religieux (les prières, le jeûne, le pèlerinage, etc.) et du non-religieux, la charia, dont les règles vestimentaires, alimentaires, etc. Et nous avons le culot de dire aux musulmans: renoncez à la charia et nous acceptons votre religion! Mais ils ne voient pas les choses comme nous; pour eux, la charia sous ses différentes formes, et avec toutes ses règles, fait partie intégrante de la religion. La mystique, elle, est certes permise, mais facultative. Tout le système de l’islam, si l’on peut dire, repose sur la révélation faite à Mahomet. Attaquer le Prophète, c’est mettre en danger tout l’édifice. Allah est de toute façon bien au-dessus de tous les blasphèmes, c’est pourquoi le nier est presque moins grave…

La violence, inhérente à une religion? Il faut distinguer les adhérents à une religion qui ont pu se laisser aller à des violences. Ils ont même pu les justifier au nom de leur religion. Ainsi Charlemagne convertissant de force les Saxons ou, bien sûr, ceux dont on parle toujours, les croisés et les inquisiteurs. Mais aussi les généraux japonais de la Seconde Guerre, bouddhistes zen. Ou Tamerlan, qui s’appuya au début sur les soufis de la confrérie des naqchbandis, dont les massacres, au XIVe siècle, surpassèrent ceux de Gengis Khan. Et rappelons que le plus grand pogrom antichrétien de notre siècle, en 2008, à Kandhamal (Odisha), a été le fait d’hindouistes, qui ne sont pas tendres envers les musulmans non plus.

Ceci dit, reste à se demander si l’on peut attribuer des actes de violence au fondateur d’une religion, à celui qui en reste le modèle et à son enseignement. Pour Jésus et Bouddha, on a du mal. Or, malheureusement, nous avons les recueils de déclarations attribuées à Mahomet (le hadith) et ses biographies anciennes, et avant tout celle d’Ibn Ishaq-Ibn Hicham (vers 830). Il faut la lire et se méfier des adaptations romancées et édulcorées. Or, ce qu’on y raconte comme hauts faits du Prophète et de ses compagnons ressemble beaucoup à ce que l’on a vu chez nous et à ce qui se passe à une bien plus grande échelle au Nigeria, sur le territoire de l’État islamique, ou ailleurs. Mahomet a en effet fait décapiter quelques centaines de prisonniers, torturer le trésorier d’une tribu juive vaincue pour lui faire avouer où est caché le magot (on pense au sort d’Ilan Halimi) et, ce qui ressemble fort à notre affaire, commandité les assassinats de trois chansonniers qui s’étaient moqués de lui. Il ne sert de rien de répéter «contextualiser! contextualiser!» Un crime reste un crime.

Comment a évolué la notion de blasphème en France?

La dernière condamnation pour sacrilège, chez nous, a été celle du chevalier de La Barre, en 1766. Je rappelle d’ailleurs qu’il avait été condamné par des tribunaux civils, les parlements d’Abbeville, puis de Paris, alors que les gens d’Église avaient essayé de le sauver… Nul doute que c’est en reconnaissance de ces efforts que l’on a donné son nom à la rue qui longe la basilique de Montmartre!

Une loi sur le sacrilège, votée en 1825 au début du règne de Charles X, a été abrogée dès 1830, au début de la monarchie de Juillet. Depuis lors, on pense davantage à des délits verbaux ou picturaux qu’à des profanations d’objets considérés comme sacrés. Ce qui n’empêche pas des crétins de combiner le verbal et le matériel en taguant des insultes sur des églises ou des synagogues et aujourd’hui sur des mosquées.

La représentation de Dieu n’est pas autorisée par toutes les religions. La figuration de Dieu permet-elle plus facilement sa caricature?

La figuration de Dieu dans le christianisme repose elle-même sur l’idée d’incarnation. Le Dieu chrétien n’est pas enfermé dans sa transcendance. On ne peut monter vers lui, mais il a voulu descendre vers nous. Il est d’une liberté tellement absolue qu’il peut, pour ainsi dire, transcender sa propre transcendance et se donner lui-même une figure visible en Jésus-Christ. Les icônes, tableaux, fresques, statues, etc., bref les neuf dixièmes de l’art plastique européen, sont, en divers styles, la petite monnaie de cette première entrée dans la visibilité.

Quant à se moquer de lui une fois qu’il a pris le risque de prendre une figure humaine, cela a été fait depuis longtemps, et en abondance. Les caricatures de Charlie, et les autres, ne sont rien à côté de ce qu’a dû subir, en vrai, le Crucifié. Leurs tentatives pour blasphémer sont donc moins du scandaleux que du réchauffé. Il est en tout cas intéressant que l’on se moque dans ce cas, non des tortionnaires, mais de leur victime…

Peut-on dire que «l’esprit Charlie» est héritier de Voltaire?

«Esprit» me semble un bien grand mot pour qualifier ce genre de ricanement et cette manie systématique, un peu obsessionnelle, de représenter, dans les dessins, des gens qui s’enculent… Voltaire savait au moins être léger quand il voulait être drôle.

Ceci dit, Voltaire est pour moi, outre l’un des plus enragés antisémites qui fut, celui qui a fait deux fois embastiller La Beaumelle, qui avait osé critiquer son Siècle de Louis XIV. Plus que ses tragédies, c’est l’affaire Calas qui lui a permis de devenir un de nos totems. Elle n’était pas la seule erreur judiciaire de l’époque. Pourquoi Voltaire a-t-il choisi de s’y consacrer? Ses premières lettres, au moment où il apprend l’histoire, fin mars 1762, le montrent à l’évidence: parce qu’il voulait avant tout attaquer le christianisme. On se souvient du cas: un père protestant soupçonné d’avoir tué son fils qui aurait voulu se faire catholique. On pouvait donc gagner à coup sûr. Si le père Calas était coupable, honte au fanatisme protestant; s’il était innocent, haro sur le fanatisme catholique… Mais attaquer les vrais puissants, les riches fermiers généraux ou les souverains, comme le régent ou le roi, pas question.

Donc, en ce sens, oui, il y a bien une filiation. Et n’avons-nous rien d’autre à offrir à nos concitoyens, et en particulier aux musulmans, qu’«être Charlie»? Leur proposer, que dis-je, les sommer de s’identifier à cet irrespect crasseux comme résumant la France, n’est-ce pas les encourager dans le mépris de notre pays et dans le repli identitaire? J’aurais préféré qu’on défilât en scandant: «Je suis Descartes», «Je suis Cézanne», «Je suis Proust»,  Je suis Ravel»…

La liberté d’expression étant inhérente à la démocratie, peut-on imaginer un islam modéré qui en accepte la règle, au point d’accepter la représentation de Mahomet?

Je préférerais parler des musulmans de chair et d’os, non de l’«islam», mot ambigu qui désigne à la fois une religion, une civilisation millénaire et des hommes. Il est clair que bon nombre d’entre eux s’accommodent très bien de la démocratie et de la liberté d’expression qu’elle permet en France, liberté qui est plus limitée dans leurs pays d’origine. D’ailleurs, même les extrémistes en profitent, à leur façon, pour répandre leur propagande.

Parler d’islam «modéré» me semble de toute façon insultant pour les musulmans. Car enfin, si l’islam est une bonne chose, alors aucune dose ne sera trop forte. Il y a des musulmans que je ne dirais pas «modérés», mais tout simplement, pour employer un mot qui fera sourire, «vertueux»…

N’y a-t-il pas, en France, une contradiction entre les usages du politiquement correct, la novlangue qui l’accompagne et l’affirmation que l’on a le droit de tout dire?

Elle est manifeste, et pas seulement en France. On a effectivement le droit de tout dire, sauf ce qui fâche… Appeler un chat un chat est devenu difficile. On préfère des euphémismes, au moyen de divers procédés, les sigles par exemple. On dira IVG pour ne pas dire «avortement», et GPA pour ne pas dire «location d’utérus», etc. Ou alors, on dilue en passant au pluriel: on dira «les religions» alors que tout le monde pense «l’islam». Ce n’est pas d’hier: on disait naguère «les idéologies» pour ne pas dire «le marxisme-léninisme».

En Allemagne, en Autriche, en Irlande, les lois proscrivent les atteintes au sacré. En France, le principe de laïcité, âprement défendu, les autorise. Comment concilier l’irrespect, le droit de ridiculiser, avec le respect des croyances?

Les lois dont vous parlez sont très variées selon les pays. Et elles visent avant tout à protéger non les croyances, mais les personnes concrètes qui les professent. Elles ne se distinguent guère de lois contre la diffamation en général. En tout cas, les règles qui régissent notre chère laïcité n’autorisent pas les atteintes au sacré, au sens où elles les recommanderaient; je préférerais dire qu’elles les tolèrent.

Le christianisme n’est pas une religion du sacré, mais de la sainteté. Un objet peut être sacré: un «lieu où souffle l’esprit», un monument, un arbre vert, une source, un animal -une vache par exemple-, mais il ne peut en aucun cas être saint. Seule une personne peut être sainte et, en elle, ce qu’elle a de plus personnel, sa volonté libre. Pour le christianisme, Dieu seul est saint. Ceux que nous appelons des saints ne le sont que par participation, par reflet.

Aucune croyance ne mérite le respect, même pas les miennes. C’est que les croyances sont des choses, alors que le respect ne peut avoir pour objet que des personnes. Et ce dernier respect, le seul qui mérite ce nom, est sans limite. Souhaitons qu’il soit réciproque…

«Nous vivons un temps de profanation généralisée», disait Alain Finkielkraut au mois de janvier 2013, au moment de l’affaire Dieudonné. Que reste-t-il de sacré dans nos sociétés modernes?

Nous payons le prix d’une vision des choses selon laquelle «ce qui est juste, c’est ce que dit la loi, voilà, c’est tout», comme l’a rappelé le 14 février 2013 le sénateur Jean-Pierre Michel, faisant d’ailleurs écho, sans le savoir, au système de défense des accusés du procès de Nuremberg. La conséquence de cette façon de voir est que ce que les hommes font, ils peuvent le défaire. En conséquence, ce qui sera solennellement décrété «inviolable et sacré» à un moment donné pourra très bien devenir par la suite un «tabou» qu’il faudra «dépasser». Rien n’est donc à l’abri de la profanation.

Bon nombre de gens font de la profanation leur fonds de commerce. Je ne les envie pas, car leur tâche devient de plus en plus difficile. Sans parler du «politiquement correct» déjà mentionné, ils ont à affronter une baisse tendancielle du taux du profit, car il ne reste plus beaucoup de choses à profaner, faute de sacré encore capable de servir de cible. On a déjà dégommé tant de baudruches… Et à la longue, on s’ennuie à tirer sur des ambulances. On ne peut plus, par exemple, se moquer des gens qui se croient distingués, collet monté, comme on le faisait encore dans les films d’avant-guerre, car tout le monde, et surtout les grands bourgeois, a adopté des mœurs cool, décontract, etc.

Bien des symboles n’ayant pas ou plus de divisions blindées pour les défendre, on pourra donc cracher dessus sans danger. Mais alors, «on triomphe sans gloire». Quand on persiste à s’en prendre à eux, il faudra constamment renchérir sur le blasphème précédent, aller de plus en loin, par exemple dans le scatologique.

En revanche, on voit apparaître de nouvelles idoles, que l’on reconnaît à une sorte d’interdiction d’en rire.

Voir par ailleurs:

Un lycée musulman accusé de dérives islamistes
Caroline Beyer
Le Figaro
06/02/2015

Un enseignant de l’établissement modèle lillois Averroès, sous contrat avec l’État, dénonce une laïcité flouée, un antisémitisme ambiant et une proximité avec l’idéologie des Frères musulmans..

Un pavé dans la «vitrine» Averroés? La démission de Soufiane Zitouni, 47 ans, professeur de philosophie au lycée Averroès, annoncée au grand public par le biais d’une tribune de l’intéressé dans le journal Libération du 6 février porte un coup à l’établissement lillois modèle.

Car ce lycée, portant le nom du philosophe musulman andalou du XIIe siècle, est le symbole de la synthèse réussie entre Islam et la République laïque. Il est le premier établissement musulman privé à avoir passé, en 2008, un contrat avec l’État (au même titre que les établissements catholiques, juifs et laïques privés).

«Une façade», selon Soufiane Zitouni, qui dénonceune laïcité flouée, un antisémitisme ambiant, une élève évoquant même «la race juive maudite par Allah», et une proximité avec l’idéologie des Frères musulmans. Il explique ainsi n’avoir pu trouver un seul livre d’Averroès dans le centre de documentation de l’établissement, quand on y trouve en revanche des ouvrages des frères Ramadan. «Les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque: d’un côté montrer patte blanche dans les médias (…) et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’État, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique», assène-t-il.

«Les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque.»

Soufiane Zitouni
Le 15 janvier, au lendemain des attentats, l’enseignant avait publié une première tribune dans Libération. «Ce Prophète caricaturé, insulté, moqué, mais surtout ignoré, est aussi Charlie, expliquait-il. Pourquoi tant de musulmans manquent aussi cruellement d’humour, de recul, de sérénité?»

Aucune remarque alors du côté de la direction du lycée, qui opte pour la libre expression. Mais certains parmi les professeurs et élèves y voient un «blasphème». Jusqu’à cet échange avec «une élève récidiviste, raconte Soufiane Zitouni. Elle a expliqué en substance que les gens de Charlie n’étaient pas si innocents et les frères Kouachi pas si fous». Propos qu’il rapporte à la direction. «Ils m’ont expliqué que certains sujets étaient sensibles et m’ont invité à mettre de l’eau dans mon thé à la menthe…» sourit-il.

«Accusations sans fondement»

Du côté d’Averroès, c’est l’indignation. D’une même voix, les enseignants sous le choc se disent «salis». La direction a tenu hier une conférence de presse et annoncé son intention de porter plainte pour diffamation contre l’enseignant démissionnaire. «Nous sommes profondément choqués. Il s’agit d’accusations sans fondement. Du bavardage», s’insurge Makhlouf Mamèche, directeur adjoint du lycée, en charge de l’enseignement privé à l’Union des organisations islamistes de France (UOIF). Ce dernier est par ailleurs président de la toute jeune Fédération nationale de l’enseignement musulman (Fnem), qui recense deux établissements sous contrat (Averroès et le groupe scolaire al-Kindi à Lyon) et une trentaine d’autres hors contrat (3 000 élèves au total). La Fnem a été créée en mars 2014, en partenariat avec l’UOIF, laquelle est présidée par Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud. «L’enseignement musulman en France va prouver qu’il peut former dans l’espace public des citoyens éclairés et responsables, des femmes et des hommes qui ont réussi leurs vies sociales et professionnelles et, dans la sphère privée, de bons musulmans», expliquait à l’époque Makhlouf Mamèche. L’affaire Averroès ne risque-t-elle pas d’éclabousser la fédération? Dans le cadre de la grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République, celle-ci était reçue pour la première fois rue de Grenelle par Najat Vallaud-Belkacem, au lendemain des attentats. Pour l’heure, le rectorat a annoncé qu’il avait demandé, «en accord avec le directeur de l’établissement», la mise en place d’une «mission d’inspection afin de vérifier le respect des termes du contrat d’association signé avec l’État». Dans le cadre de ce contrat, conformément à la loi Debré, le lycée est déjà régulièrement visité. Il se doit de suivre les programmes scolaires, en échange de quoi les salaires des enseignants sont financés. Et son «caractère propre» – tout ce qui relève de la «vie scolaire» – respecté.

C’est en dehors des cours qu’un des responsables du lycée, lors d’un discours de remise des diplômes 2014, aurait expliqué «en présence de mécènes du Qatar» qu’«un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises», raconte encore Soufiane Zitouni. L’enseignant d’origine algérienne, né à Roanne, a passé une vingtaine d’années dans des établissements catholiques sous contrat, avant de rejoindre Averroès en septembre dernier. En prélude à toute discussion, il explique qu’il se réclame du soufisme, ce courant mystique de l’islam qui met l’accent sur l’expérience intérieure. Il estime que les professeurs d’éthique ou de culture islamique du lycée enseignent un dogme.

Par le biais d’une autre tribune publiée sur le site L’Obs Le plus, le 20 janvier», Sofiane Meziani, l’un de ces professeurs d’éthique, a répondu à Soufiane Zitouni. «Le prophète, contrairement aux justifications de mon collègue, n’aurait accordé aucun crédit, ni aucune attention à l’humour de «Charlie Hebdo. (…) Charlie cultive l’abject ; le prophète, lui célébrait le beau»

En arrêt-maladie depuis 15 jours, le professeur de philosophie a écrit à Najat Vallaud-Belkacem le 30 janvier. Il espère une nouvelle affectation. Sereinement. «Les soufis ne craignent que Dieu».

Voir par ailleurs:

Teacher quits French school over ‘insidious Islamism’
France 24

2015-02-07
A teacher at France’s only state-funded Muslim faith school has quit his job, writing in a leading newspaper that the establishment was riddled with anti-Semitism and was “promoting Islamism” to pupils.
Philosophy teacher Sofiane Zitouni wrote in left-leaning daily Libération on February 5 that the Averroès Lycée (high school) in the northern French city of Lille was a hotbed of “anti-Semitism, sectarianism and insidious Islamism”.

Zitouni, who is of Algerian descent and began teaching philosophy (which is compulsory for all high-school students in France) at Averroès in September, wrote that he could no longer tolerate the school’s alleged contradictions with France’s strictly secular “Republican values”.

“The reality is that Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” he wrote. “It promotes a vision of Islam that is nothing other than Islamism. And it is doing it in an underhand and hidden way in order to maintain its [80 percent] state funding.”

Zitouni’s view of the school could not be further from how the establishment, which has been judged an “excellent” lycée by school inspectors, and achieves a 100 percent pass rate in the baccalaureate exams taken by all French high school students, sees itself.

The school’s director, El Hassane Oufker, told FRANCE 24 the school’s staff and student body were “hugely shocked and upset” by Zitouni’s comments and said that he would be suing him for defamation.

“We are in a state of shock,” he said. “The teachers are depressed and the students are very upset. We never got the chance to discuss [the allegations of Islamism]. We feel betrayed.”

‘Keep an eye over your shoulder’

A week after the terror attacks on satirical magazine Charlie Hebdo, Zitouni wrote his first opinion piece in Libération titled “Today, the Prophet (Mohammed) is also Charlie”, a reference to the popular slogan “Je suis Charlie” (I am Charlie).

In his article, the teacher criticised “pseudo-experts on Islam who don’t understand their own religion”. He also blasted Muslims for failing to have a sense of humour about their own faith.

Zitouni wrote in his second article that after publication of the first, colleagues whispered to him threateningly that he would be wise to “keep an eye over your shoulder when you walk down the street”.

One of his colleagues, ethics teacher Sofiane Meziani, went on to pen a counter article, published in the French weekly L’Obs, where he argued that Charlie Hebdo, which had published cartoons depicting the Prophet Mohammed, was a publication that “contributed to the trivialisation of racist acts”.

‘I have never heard so many anti-Semitic remarks’

Students also voiced their anger, Zitouni wrote, telling him he “licked the shoes of the enemies of Islam” and that his words were “blasphemy”.

His colleagues and pupils’ were even more angered by his statement that in his “20 years as a teacher I have never heard so many anti-Semitic remarks coming from the mouths of students”.

“I would hear that ’Jews dominate in the media’ and that ‘Jews are a cursed race’,” he wrote. “Even the Dutch philosopher Baruch Spinoza is viewed with scepticism purely because he was a Jew.”

“I did all I could to rationally dispel these conspiracy theories but to no avail,” he added. “I hit a brick wall. The Jews [his pupils told him] are the enemies of Islam. Full stop.”

But the school’s principal, El Hassane Oufker, insisted that nothing could be further from the truth.

“He worked here for three months and he saw and heard things that no one else has,” he told FRANCE 24. “The only thing that rings true about what he says is that he has spent a large amount of time talking about Islam in his philosophy lessons.”

‘Professional error’

“He tried to convert the pupils to his Sufi interpretation of Islam, particularly in terms of the veil and the role of women in society,” he added, referring to the more “spiritual” branch of Islam that places less emphasis on the literal interpretation of the Koran.

“It was a professional error on his part. He should have concentrated on the syllabus that is laid out quite clearly in the French state curriculum, something that he did not do.”

The entire teaching staff at the school have subsequently signed a joint communiqué in which they “strongly condemn the slanderous lies” of their former colleague Zitouni.

“This lycée was founded on the principles of openness and tolerance, in keeping with an understanding of Islam that is perfectly in tune with the values of the French Republic”.

Teacher quits French Muslim school accusing it of ‘promoting Islamism’
A teacher in France’s first Muslim faith school quits after accusing it of promoting Islamism to its pupils and alleging that it was was riddled with anti-Semitism
Rory Mulholland, Paris
The Telegraph
08 Feb 2015

France’s first state-funded Muslim faith school says it will sue for defamation one of its teachers who resigned after writing in a national newspaper that the establishment was a hotbed of anti-Semitism and was “promoting Islamism” to pupils.

A week after the terror attacks on Charlie Hebdo magazine in Paris, Sofiane Zitouni wrote a first opinion piece in the daily Libération titled “Today, the Prophet is also Charlie”.

He wrote in a second article in the same paper this week that he had decided to resign from the school in Lille where he had been teaching philosophy since last September because of the negative reaction to the publication of the first piece.

He said that a colleague at the school told him that he “should know that you are going to make yourself a lot of enemies here, and I advise you to keep an eye over your shoulder when you walk down the street.”

“In reality the Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” Mr Zitouni wrote. “(It) promotes in a sneaky and pernicious way a vision of Islam that is nothing other than Islamism, which is to say an unhealthy mix of religion and politics.”

He also said that “in twenty years of teaching I have never heard so many anti-Semitic remarks from the mouths of pupils.”

The school in a poor neighbourhood of Lille was the first Muslim faith school to be opened in France and has since its launch in 2004 been judged an “excellent” lycée by school inspectors and scores a 100 percent pass rate in the baccalaureate school-leaving exams.

Its principal, El Hassane Oufker, rejected Mr Zitouni’s allegations and said that he planned to sue him for defamation.

“This lycée was founded on the principles of openness and tolerance and teaches an understanding of Islam that is perfectly in tune with the values of the French Republic,” the school said in a statement.

The local education authority said that, in agreement with the principal, it would carry out an inspection to ”verify that the school was adhering to the terms of the contract that it had signed with the state.”

Teacher quits Muslim school he claimed was riddled with Islamism and anti-Semitism
The Averroès Lycée is suing the former staff member and denies all his claims
Lizzie Dearden
The Independent
07 February 2015

A French philosophy teacher has resigned from one of the country’s only state-funded Muslim schools, claiming it promoted “Islamism” and was riddled with anti-Semitism.

The head of the Averroès Lycée strongly denied Sofiane Zitouni’s claims and threatened to sue him for defamation.

The teacher, who describes himself as a “French citizen of Muslim culture” had been at the private school in Lille for only five months but recorded his alleged experiences in French newspaper Libération.

A week after the Charlie Hebdo attacks, Mr Zitouni wrote a piece entitled “today, the Prophet is also Charlie”, expanding on the “je suis Charlie” slogan that became a rallying call for the satirical newspaper’s supporters around the world.

People take part in a vigil in Trafalgar Square, London, following the deadly terror attack on French satirical magazine Charlie Hebdo in Paris People take part in a vigil in Trafalgar Square, London, following the deadly terror attack on French satirical magazine Charlie Hebdo in Paris He claimed that many Muslims failed to have a sense of humour with their faith, claiming the controversial Charlie Hebdo cover depicting a weeping Mohamed was hated only by those who “still have not understood the essence of his message”.

Mr Zitouni alleged that his article was badly received back at school, with pupils saying his stance was “blasphemy”, that he was grovelling at the feet of the “enemies of Islam” and that the murdered cartoonists “had it coming”.

A colleague warned him that he had made “enemies” with the piece, he claimed, whispering that he should “look behind him” as he walked in the street.

Another teacher from Averroès Lycée wrote an article in response in weekly French newspaper L’Obs. Sofiane Meziani, who is also a member of the French Association of Muslims, wrote that Charlie Hebdo “trivialised racist acts” and that characterising the attacks as a religious issue was reductive.

He concluded: “I do not share the ideas of my dear colleague, but he can be assured that I would fight for his right to express them. Especially in the staff room!”

On the day of the Charlie Hebdo attack, the school’s head teacher issued a statement expressing his condolences to the victims and saying the gunmen had “betrayed and defiled” the values of Islam.

Students held a minute’s silence and a protest holding signs reading “not in my name” and “the Prophet never asked to be avenged”.

People take part in the Unity rally People take part in the Unity rally « Marche Republicaine » in Paris in tribute to the 17 victims of a three-day killing spree by homegrown Islamists But Mr Zitouni, writing yesterday, claimed he resigned from Averroès Lycée because it was playing a “double game” with the secular French republic – presenting a positive image and good exam results to secure public funding while “disseminating stealthily and perniciously a conception of Islam that is nothing other than Islamism – an unhealthy and dangerous mix of religion and politics”.

“The reality is that Averroès Lycée is a Muslim territory that is being funded by the state,” he wrote.

The school has been rated “excellent” by the French schools inspectorate and reportedly achieves an 100 per cent page rate in high school exams.

Protesters in Marawi, Philippines, burn a poster with the face of Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu The first edition of Charlie Hebdo after the attack sparked angry protests because of its cover featuring the Prophet Mr Zitouni claimed to have been told by students that he was not orthodox enough in his own belief in Islam, that Darwin’s theory of evolution was wrong and that a veiled female student refused to say the word “sex” or sit next to a boy.

“In more than 20 years of my teaching career, I have never heard so many anti-Semitic remarks from the mouths of students,” he wrote.

The teacher said he failed to dissuade a student from the theory that “Jews dominate French media” and that a “powerful Jewish lobby” was trying to crush Islam in France, being told that “Jews are the enemies of Muslims”.

Said and Cherif Kouachi, aged 34 and 32 The head teacher said Said and Cherif Kouachi ‘defiled Islam’ with their crimes The school’s head teacher, El Hassane Oufker, told France 24 staff and students were “hugely shocked and upset” by Mr Zitouni’s claims and that he would be sued for defamation.

“We are in a state of shock,” he added. “The teachers are depressed and the students are very upset. We never got the chance to discuss [the allegations of Islamism].

“We feel betrayed…he worked here for three months and he saw and heard things that no one else has.”

The school’s entire teaching body have reportedly signed a joint letter condemning that “slanderous lies” of their former colleague, France 24 reported.


Etat islamique: Hitler a envahi l’enfer (Sympathy for the devil: isn’t it time to get our supposed Muslim allies to put boots on the ground ?)

7 février, 2015
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Pleased to meet you Hope you guess my name But what’s puzzling you is the nature of my game … The Rolling Stones
Si Hitler envahissait l’enfer, je ferais au moins une allusion favorable au diable à la Chambre des communes. Churchill
Je vais vous parler ce soir, parce que nous venons d’arriver à l’un des tournants importants de la guerre. Le premier de ces brusques tournants critiques a été atteint il y a un an, lorsque la France est tombée, abattue, sous le coup de massue allemand, et que tout seuls nous avons dû faire face à l’ouragan. Le second, lorsque la Royal Air force a vaincu les assaillants barbares, et les a chassés de notre ciel, écartant ainsi l’invasion nazie de notre île, à une époque où nous étions encore mal préparés. Le troisième tournant critique fut le vote, par le président et le Congrès des Etats-Unis, de la loi prêt et bail (…). Voilà les trois premiers tournants. Nous arrivons au quatrième. Aujourd’hui, à quatre heures du matin, Hitler a attaqué et envahi la Russie (…). Les Allemands répètent ainsi, en beaucoup plus grand, le crime que nous leur avons déjà vu commettre, au mépris des engagements internationaux de tout ordre signés par eux et de la parole donnée, contre la Norvège, le Danemark, la Hollande et la Belgique, et que le complice d’Hitler, le chacal Mussol ini, a si fidèlement imité à l’égard de la Grèce. (…) Hitler est un monstre de méchanceté, dont la soif de sang et de rapine est insatiable. Non content d’avoir toute l’Europe sous sa botte, soit terrorisée soit réduite, sous des formes diverses, à une soumission abjecte, il lui faut maintenant poursuivre son oeuvre de boucher et ses ravages parmi les vastes multitudes de la Russie et de l’Asie. La terrible machine de guerre ne peut pas demeurer un instant inactive, sans quoi elle se rouillerait, ou tombe rait en morceaux (…) Il faut la nourrir, non seulement de sang mais d’essence. Voilà donc que ce petit voyou sanguinaire se trouve obligé de lancer ses armées mécanisées sur de nouveaux champs de tuerie, de pillage et de dévastation. Nul n’a été adversaire plus constant du communisme que je ne le suis moi-même depuis vingt-cinq ans. Je ne retire pas une seule des paroles que j’ai dites à ce sujet. Mais tout s’évanouit maintenant devant le spectacle qui s’offre à nos yeux. (…) Tout homme, tout Etat qui se bat contre la puissance nazie peut compter sur notre aide. Tout homme ou tout Etat qui marche avec Hitler est notre ennemi. Et cela s’applique non seulement aux Etats organisés, mais à tous les représentants de cette race abjecte des “collaborateurs” qui se font les instruments et les agents du régime nazi contre leurs propres citoyens et contre leur propre patrie. (…) Par conséquent, nous entendons donner à la Russie et au peuple russe toute l’aide que nous pourrons. Nous ferons appel à tous nos amis et à tous nos alliés du monde entier, en les invitant à faire de même, et à persévérer dans cette voie, comme nous le ferons aussi, fidèlement et sans défaillance, jusqu’au bout. Churchill (22 juin 1941)
Le comité dénonce plusieurs cas d’exécutions de masse de garçons, ainsi que des décapitations, des crucifixions et des ensevelissements d’enfants vivants. (…) les enfants de minorités ont été capturés dans nombre d’endroits, vendus sur des marchés avec sur eux des étiquettes portant des prix, ils ont été vendus comme esclaves. Rapport du Comité des droits de l’enfant aux Nations Unies
Contrary to much of the literature that depicts him first and foremost as a lifelong foe of communism, Winston Churchill was actually quite pragmatic regarding his opposition to various forms of totalitarianism, a worldview which explains his near-rabid anti-communism following the First World War and also his gradually softening change as he began to see fascist Nazi Germany as the greatest threat to a stable world order in the years before the Second World War. It is this pragmatism and a basic hostility to tyranny, then, that best explains Churchill’s approach to all forms of totalitarianism. Antoine Capet
La Jordanie pourchassera avec toutes ses forces l’organisation (EI) n’importe où. Tout membre de Daech (acronyme en arabe de l’EI) est une cible pour nous. Nous les pourchasserons et nous les éradiquerons (…) Nous sommes en première ligne, c’est notre bataille. (…) Toutes les cibles ont été détruites. Des camps d’entraînement et des dépôts d’armes et de munitions ont été touchés. Ces frappes ne sont que le début de notre vengeance pour le meurtre du pilote. (…) Il faut tenir compte de plusieurs facteurs, les opérations militaires en cours, garantir la sécurité dans la région en plus d’objectifs sur le long terme incluant la lutte contre l’idéologie de ce groupe. Nasser Joudeh 
If there’s one thing top Republicans know, it’s that America can’t defeat terrorism unless we call it by its real name. (…)There are several problems here. Even if one believed that calling the enemy “radical Islam” were a good idea, it would hardly explain how to defeat it. Yet the Republicans slamming Obama for his linguistic failures mostly stop there. After he chastised the President in Iowa for not saying “radical Islam,” Ted Cruz’s only policy suggestions were that Obama should have attended the anti-terror rally in Paris and that Americans who join ISIS should lose their citizenship. On Fox, Giuliani mentioned the Paris rally too, and then fell back on platitudes like “you know what you do with bullies? You go right in their face!” In reality, denouncing “radical Islam” offers little guidance for America’s actual policy dilemmas. In reality, denouncing “radical Islam” offers little guidance for America’s actual policy dilemmas. How does calling the enemy by its “real name” help determine whether the United States should take a harder or softer line toward the government in Baghdad? We need its help to retake central Iraq from ISIS, but its Shia sectarianism drives Sunnis into ISIS’ arms. Or how would this linguistic pivot help determine whether the best way to weaken ISIS in Syria is by backing Bashar Assad or seeking his ouster? After 9/11, hawks backed up their aggressive rhetoric with aggressive policies. At their behest, America invaded and occupied two Muslim countries. Today, by contrast, with land invasions effectively off the table, the rhetoric has become largely an end in itself. What Republicans are really declaring war on is “political correctness.” They’re sure that liberal sensitivities about Islam are hindering the moral clarity America needs to win. Just don’t ask them how. But it’s worse than that. Because far from providing the moral clarity Republicans demand, saying America is at war with « radical Islam » actually undermines it. How can a term provide clarity when it’s never clearly defined? If America is at war with « radical Islam, » does that include Saudi Arabia, a key US ally that for decades has both practiced and exported a radically illiberal Wahhabi creed? Does it include Iran, a semi-theocracy that has sponsored « radical Islamic » terror against the US but is our de facto ally against ISIS? Does it include Muslim Brotherhood parties like the one that briefly held power in Egypt, which run in democratic elections but want a government based on Islamic law? Listening to some GOP rhetoric, you might think the answer is yes. But to suggest the US is at « war » with key allies like Saudi Arabia and Egypt strips the term of any real meaning. ISIS and Al Qaeda in the Arabian Peninsula are actual organizations. Reasonable people can delineate where they begin and end, and thus craft specific strategies for fighting them. Good luck doing that with “radical Islam.” As so often happens in today’s GOP, the Republicans demanding a war against “radical Islam” are working off a false analogy with the Cold War. Since Ronald Reagan’s “moral clarity” against communism supposedly toppled the Soviet Union, America must now do the same with “radical Islam.” But, in fact, the United States was most successful when it did not see its enemy as “communism.” It was the belief that America must battle communism itself that led the Kennedy and Johnson administrations into a war against a communist regime in North Vietnam that posed no real threat to American security. The US fared far better when it limited its focus to one specific regime, the Soviet Union, and made alliances with other communist governments in order to weaken it. In the late 1940s, the Truman administration worked with communist Yugoslavia to undermine Soviet control of Eastern Europe. And under Richard Nixon, Washington cozied up to Beijing, which despite being even more ideologically zealous than Moscow, helped the US contain Soviet power. Reagan, for all his anti-communist rhetoric, maintained America’s de facto partnership with China because his real target was the USSR. Obviously, the United States need not be ideologically agnostic. American presidents should say they believe liberal democracy is morally superior to Islamic theocracy, just as it was preferable to fascism and communism. But that’s a far cry from declaring war on every regime based upon an -ism we don’t like. For much of the cold war, the United States battled the Soviet Union but not communist China. In the 1940s, the United States went to war against Germany, Italy and Japan but not fascist Spain. And today, the United States is at war with those “radical Muslim” organizations that actively seek to kill Americans while allying ourselves with other “radical Muslim” regimes that don’t. Why is that so hard for Ted Cruz to understand? Peter Beinart
The president has the right goal to degrade and destroy ISIL, but he doesn’t have the right strategy. An aerial campaign will not destroy them. You’re going to need boots on the ground not only in Iraq, but Syria. And there’s got to be some regional force formed with an American component, somewhere around 10,000, I think, American soldiers to align with the Arab armies in the region and go in to Syria and take back territory from ISIL. That is what will make it stop. (…) They won’t destroy ISIL. They do help in some regard. How do you dislodge ISIL from Syria? Iraq, you hope you can get the Kurds and the Iraqi security forces and the Anbar Sunni tribes to work together to defeat them in Western Anbar take back Mosul. But Syria is very complicated. You are going to need a regional force, Saudi, Turkey, the entire region, putting together an army with American people embedded, special forces, intel folks, forward air controllers to go in on the ground and not only dislodge them from Syria, but hold the territory. And you can’t do that until you deal with Assad. () Quite frankly, Syria and Iraq combined are the best platforms to launch an attack on United States I have seen since 9/11. So, every day that goes by, we have got more terrorist organizations with more capability to strike the homeland than any time since 9/11. You have got AQAP in Yemen. But ISIL’s presence in Syria and Iraq, they’re very rich. Foreign fighters flow with passports that can penetrate the United States and our Western allies. So, you will see a Paris on steroids here pretty soon if you don’t disrupt this organization and take the fight to them on the ground. And, again, you cannot successfully defeat ISIL on the ground in Syria with the Free Syrian Army and regional coalition of Arab nations until you deal with Assad, because he will kill anybody that comes in there that tries to defeat ISIL. Senator Lindsay Graham
No American boots on the ground, in my view. Now, that doesn’t mean you can’t have special ops forces and air controllers and that sort of thing to help with the air war. But we are going to have to find a way to put some boots on the ground. We might be able to find that in Iraq with the Iraqi army if we get them trained up. So far, it doesn’t look very promising. But (…) Syria is an entirely different matter. You can’t win this war just from the air. You can’t eject ISIS, you can’t destroy ISIS, eject them from territory just from the air. My idea would be to go to the Turks, 60-year allies of the United States, members of the North Atlantic Treaty Organization. They have a good army. It’s an army that will fight. They want to take down Assad. President Obama has said Assad must go. They want to destroy ISIS. We want to destroy ISIS. There’s a conversion of interests here. Why don’t we get together and we say, look, we will supply the air, the logistics and the intelligence, you put the boots on the ground, and go in there and do the job? And, in addition, get some of our Arab allies in the region to put boots on the ground as well, Saudi Arabia, UAE, Jordan and the others. James Baker
On “Face the Nation” Sunday, Mr. Baker said ground troops are necessary but must come from Arab and Muslim allies, including Saudi Arabia, the United Arab Emirates and Jordan. (…) I spoke to Mr. Baker at CBS before his appearance. He said the world is “coalescing,” and this is the time to move, with diplomacy and leadership. So, a multinational Arab and Muslim military force to fight ISIS on the ground. Is this the right way to go? Peggy Noonan
Le débat sur la terminologie à employer semble oiseux. Il s’agit bien d’une guerre et c’est d’ailleurs le terme utilisé par les djihadistes. Le problème est de savoir quelle sera la durée du conflit. En effet, la situation est peu banale : l’assise territoriale de Daesh semble se renforcer constamment. État atypique, le Califat s’enracine chaque jour davantage du simple fait que personne ne se trouve actuellement en mesure de le déloger. L’asymétrie favorise la sanctuarisation. Parallèlement, la mouvance terroriste que le Califat inspire à l’échelle mondiale persiste et s’amplifie, sans se structurer en réseau, ce qui complique considérablement le renseignement, la parade et l’éventuelle riposte. Territorialisation et déterritorialisation se combinent donc pour former un gigantesque casse-tête stratégique. La question de la violence djihadiste ne saurait être résolue par une réponse strictement militaire. D’ailleurs, si les frappes aériennes semblent avoir enrayé la progression de Daesh, elles ne paraissent pas avoir empêché sa consolidation dans les zones de peuplement arabe sunnite. Les sociétés arabo-musulmanes connaissent une crise profonde affectant toutes leurs dimensions. Leur stabilisation ne peut donc résulter que d’un processus politique, au sens noble du terme. C’est-à-dire le traitement de l’ensemble des maux qui affectent les habitants. Pour réussir, ce processus doit être le fait des populations elles-mêmes, mené à leur rythme et bénéficier, le cas échéant, de l’aide de la communauté internationale. Cela devrait être la leçon des échecs occidentaux en Afghanistan, en Irak et en Libye. Encore faut-il que les sociétés arabo-musulmanes forgent le contexte favorable pour que la frange de leurs élites disposée à conduire ces changements puisse agir efficacement. Patrice Gourdin

Attention: un diable peut en cacher un autre !

A l’heure où, devant la pusallinimité du Monde libre et d’abord de son prétendu chef à la Maison blanche …

Un Etat Islamique (pardon: Daech !) dont personne n’ose même évoquer le nom …

Pourrait avec quelque 40 000 fanatiques dont plus de 4 000 étrangers

Mais aussi d’anciens cadres de l’armée de Saddam et surtout la complicité de nos prétendus amis turcs, saoudiens ou qataris comme d’une rue arabe assoiffée de revanche …

Contrôler un territoire grand comme moitié de la France et quelque 15% du PIB irakien soit l’équivalent du budget militaire français …

Tenant sous sa coupe une population de quelque 10 millions d’habitants dont une ville dépassant le million de résidents …

Ne sait plus quoi inventer, entre décapitations publiques, bûchers humains et massacres d’enfants sur place et appels au meurtre chez nous, pour démontrer sa barbarie …

Et où aux Etats-Unis mêmes, l’on commence à se rendre compte de l’inefficacité du seul bombardement aérien …

Pendant que piquée au vif par l’incinération vive d’un de ses pilote, la Jordanie se voit contrainte d’annoncer sa volonté d’éradiquer les djihadistes …

Comment ne pas voir avec l’excellente analyse de Patrice Gourdin sur le site Diploweb …

Que rien ne pourra se faire sans le fait, élites comme populations, des sociétés arabo-musulmanes elles-mêmes ?

Mais aussi, comme le rappellent le sénateur américain Lindsay Graham ou l’ancien secrétaire d’Etat James Baker …

Qu’il serait peut-être temps de demander aux premiers intéressés de joindre leurs actes à la parole …

Et de mettre enfin vraiment au sol ces fameuses troupes dont tout le monde n’arrête pas de parler ?

Daesh restaure le Califat
Patrice Gourdin*
Diploweb
1er février 2015

Géopolitique de Daesh. La situation est peu banale : l’assise territoriale de Daesh semble se renforcer constamment. État atypique, le Califat s’enracine chaque jour davantage du simple fait que personne ne se trouve actuellement en mesure de le déloger. L’asymétrie favorise la sanctuarisation. Parallèlement, la mouvance terroriste que le Califat inspire à l’échelle mondiale persiste et s’amplifie, sans se structurer en réseau, ce qui complique considérablement le renseignement, la parade et l’éventuelle riposte. Territorialisation et déterritorialisation se combinent donc pour former un gigantesque casse-tête stratégique.

Solidement documenté, rédigé de façon maîtrisée, ce texte est appelé à faire référence.

TRÉS affaibli entre 2006 et 2010 par les forces américaines épaulées par les milices arabes sunnites antidjihadistes, l’État islamique en Irak, antenne locale d’Al Qaida, se revivifia à partir de 2011 dans la guerre civile syrienne. Engageant sur le champ de bataille ses combattants aguerris survivants, il remporta des succès qui lui procurèrent peu à peu les moyens de sa conquête : nouvelles recrues, armement et ressources financières. Cela sans attirer suffisamment l’attention de la communauté internationale qui fut donc prise au dépourvu par l’offensive lancée début 2014 dans le nord de l’Irak. En dépit de quelques revers, les forces de ce qui s’appelait depuis 2013 l’État islamique en Irak et au Levant opérèrent une progression foudroyante. Disposant d’un excellent réseau de renseignement, dotées de nombreux véhicules, appuyées par de l’artillerie et des chars sans pour autant perdre en souplesse, elles menèrent des offensives conventionnelles victorieuses, tout en poursuivant leurs actions de guérilla et leurs attentats terroristes [1]. Leur avancée leur permit de renforcer leurs effectifs par la libération de centaines de combattants emprisonnés en Irak et par le ralliement d’anciens cadres et soldats de l’armée de Saddam Hussein.

Forts de ces résultats, les djihadistes de l’organisation rebaptisée, en juin 2014, État islamique (Daesh) [2] ont entrepris de fonder un État territorial de part et d’autre de la frontière internationale séparant l’Irak et la Syrie. Prise de court, la communauté internationale a réagi de manière brouillonne et, pour le moment du moins, inefficace. Dénier à cette entité la qualité d’État ainsi que son appartenance à l’islam ne résout rien. Il semble paradoxal que les États en lutte contre le terrorisme islamiste soient surpris par cette entreprise. Agissant à l’échelle mondiale, comme Al Qaida et Daesh, ou localement, comme les taliban afghans et pakistanais, le Groupe islamique armé algérien des années 1990 ou Al Qaida au Maghreb islamique, son avatar contemporain, les shabab somaliens ou les Nigérians de Boko Haram, les radicaux de l’islam ambitionnent tous de conquérir un territoire sur lequel exercer le pouvoir. Les événements en cours en Irak et en Syrie offrent l’occasion d’examiner le projet et la stratégie des refondateurs du califat.

L’espace, les ressources et la population de plus de 200 000 km² (approximativement 170 000 km2 en Irak et 60 000 km2 en Syrie, soit environ un tiers de chacun de ces pays) se trouveraient sous l’influence ou le contrôle effectif sinon efficace de l’organisation. Celle-ci tente d’instaurer une variante d’État totalitaire se réclamant d’une conception religieuse et politique qui s’estime légitime parce qu’elle plonge ses racines dans l’islam des origines. Désireux d’échapper au cordon sanitaire qui pourrait l’asphyxier, le Califat reste relié au monde extérieur et cherche à étendre le combat au territoire de ses ennemis.

Patrice Gourdin, Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université
I. Conquérir le territoire d’un État viable

L’examen des cartes localisant les zones contrôlées ou influencées [3] par l’État islamique et leur juxtaposition avec les cartes physiques et économiques révèlent un projet rationnel [4]. Il s’agit d’un phénomène récurrent : depuis le début de l’Histoire, les hommes ou les groupes porteurs d’un projet politique ou politico-religieux cherchent à le réaliser sur un territoire. Autant que faire se peut, ce territoire doit leur conférer ressources et sécurité. Peut-être s’est-on trop focalisé, depuis la fin de la Guerre froide, sur la déterritorialisation prophétisée des rapports de force et sur la montée en puissance des organisations réticulaires. Al Qaida et Daesh poursuivent le même objectif : instaurer un État, c’est-à-dire une autorité régissant la population d’un territoire donné. Ce qui les oppose, hormis de possibles rivalités de personnes, c’est l’ordre des opérations. La première pose la défaite du monde occidental en préalable à la restauration de l’État islamique, le second – influencé par les thèses d’Abou Moussab al-Souri [5], l’auteur de l’Appel à la résistance islamique mondiale, paru en 2004 – fait de la refondation de ce dernier un prérequis à la domination mondiale de l’islam. Gilles Kepel a résumé la stratégie préconisée par al-Souri : « [les] attentats à caractère dispersé appartiennent à une première phase, qu’il nomme “guerre d’usure“, et dont le but est de déstabiliser l’ennemi. Une deuxième, celle de “l’équilibre“, voit les cellules attaquer systématiquement l’armée ou la police, en pourchasser et exécuter les chefs, s’emparer des zones qu’il est possible de libérer. Pendant la troisième, la “guerre de libération“, les cellules se basent sur les zones libérées pour conquérir le reste du territoire, tandis que, derrière les lignes ennemies, continuent assassinats et attentats qui achèvent de détruire le monde de l’impiété [6] ». La feuille de route suivie par l’État islamique depuis 2011 correspond à ce schéma.

L’espace contrôlé ou sous influence occupe une partie du Croissant fertile : des abords de l’axe vital Alep-Damas (Syrie) à l’ouest, aux environs de Bagdad (Irak) à l’est. Il recouvre environ deux tiers de la Mésopotamie antique, celle unifiée et organisée dans le premier empire babylonien (2000-1500 av. J.-C.). Ce qui compte parmi les premières constructions étatiques n’avait pu être édifié que grâce à la présence combinée de l’eau (fleuves Tigre et Euphrate avec leurs affluents) et de terres cultivables (irriguées ou non). Les cartes montrent l’emprise de Daesh sur une partie de ces espaces nourriciers : vallée de l’Euphrate de Jarabulus à Anah, puis (de façon discontinue) de Haditah à Falloudja ; vallée de la Khabour (affluent de l’Euphrate) et vallée du Tigre entre Rabia et l’amont de Samara. Bénéficiaires d’aménagements hydrauliques plus ou moins récents (Daesh exerce son emprise sur la plus grande partie des 56 000 km2 de terres irriguées en Syrie pour bonifier la Djézireh), ces régions produisent notamment du coton, de l’orge et du blé. Selon le ministère irakien de l’agriculture, Daesh aurait la mainmise sur 40% de la production agricole irakienne [7]. La Syrie assurait son autosuffisance alimentaire avant la guerre civile, mais il est difficile de savoir quelles sont aujourd’hui les disponibilités en nourriture dans les zones insurgées. La construction de barrages équipés assure une importante production d’électricité (Tichrin et Tabqa, en Syrie, Haditha en Irak). Les assauts répétés pour contrôler le barrage de Mossoul semblent liés à la nécessité d’assurer l’approvisionnement électrique de la population de cette très grande ville (entre 1 500 000 et 2 000 000 d’habitants avant les combats). Des stations d’épuration permettent aux habitants des villes de consommer une eau potable. Bref, Daesh tente de disposer des ressources et des équipements indispensables à la vie quotidienne des populations. Son emprise sur ces dernières en dépend partiellement. Un économiste a même comparé l’État islamique à un système de Ponzi : il ne tiendrait qu’au prix d’une extension territoriale continue [8]. Ceci explique en partie la poussée enregistrée récemment en direction de la Syrie “utile“ (axe Damas-Alep). Encore faut-il que les équipements demeurent en état de fonctionner et que les travaux agricoles se déroulent normalement, ce que l’état de guerre ne garantit pas. L’influence dans la partie désertique de la Syrie et du centre de l’Irak, milieu particulièrement difficile à contrôler, contribue à occulter une part des activités de Daesh. Mais les conditions de vie n’y favorisent pas la présence humaine et, dans cet espace, l’État islamique règne sur du vide.

Le Califat contrôle des gisements d’hydrocarbures : dans les provinces de Hassaké et surtout de Deir ez-Zor (avec deux raffineries de pétrole et une usine de liquéfaction de gaz) au nord-est de la Syrie (60% de la production syrienne [9]) ; les sites de Akkas, Husaybah (province d’Al-Anbar), Ajeel, Hamrin et Baiji, ainsi que les raffineries de pétrole de Baiji et de Tikrit (province de Salah Ad-Din) au nord-ouest de l’Irak (entre 10 et 20% de la production irakienne, selon les sources). La zone de peuplement arabe sunnite en Irak est pratiquement dépourvue de pétrole et la prise de contrôle de gisements en zone de peuplement kurde sonne aussi comme une revanche sur la géologie. Mais les Kurdes sont tenaces et n’abandonneront pas facilement les hydrocarbures, qui sont la principale source de financement de leur autonomie et de leur éventuelle indépendance. Grâce à des circuits de contrebande vers la Turquie cela assure des revenus substantiels : potentiellement de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars par an, mais les chiffres les plus divers circulent, sans aucun fondement sérieux. Élément tout aussi important, ces ressources couvriraient les besoins énergétiques locaux et opérationnels de Daesh. Voici une des spécificités du Califat : pour la première fois, une organisation djihadiste contrôle un territoire à haute valeur économique. Mais soulignons le caractère potentiel de celle-ci. Les sites pétroliers et gaziers font l’objet de bombardements incessants de la part de la coalition internationale depuis l’automne 2014, précisément pour annihiler cette source de revenus. Aucun bilan de ces opérations n’est disponible, mais il semble que le flux acheminé ait diminué. Les installations ne peuvent être entretenues et réparées faute de pièces de rechange et les hydrocarbures sont écoulés à des prix très inférieurs aux cours officiels (réduits eux-mêmes de moitié depuis la fin de l’été 2014).

Daesh maîtrise le réseau des communications terrestres entre Alep et Ramadi ainsi qu’entre Falloudja et Mossoul. À quoi il faut ajouter le contrôle de Rutba, au cœur du désert, carrefour des pistes reliant la vallée de l’Euphrate à Amman ou à Damas. Voies de transport de marchandises licites, chemins de toutes les contrebandes, support de longs tronçons des oléoducs (en service ou non) reliant le Golfe Arabo-Persique et la mer Méditerranée, ces axes de communications représentent un atout considérable en temps de guerre et pourraient contribuer à la relance économique d’un Proche-Orient en paix. Là réside une autre particularité du Califat : il s’agit de la première entreprise djihadiste assurant son emprise durable sur un territoire à très haute valeur stratégique : au centre du plus important carrefour terrestre mondial (charnière Afrique-Asie-Europe). Les taliban n’ont jamais régné que sur l’aire pashtoune, zone isolée du monde depuis l’abandon des routes de la soie. Les shabab ne dominent qu’une frange d’un État failli et qui a perdu sa valeur stratégique, même s’il exerce une nuisance non négligeable comme havre de la piraterie (activité dont les djihadistes ne détiennent pas le monopole). Al Qaida dans la Péninsule Arabique demeure cantonné aux montagnes du sud du Yémen, en dépit d’opérations ponctuelles à l’extérieur. Al Qaida au Maghreb islamique est aux abois dans les rudes Aurès et n’a pu faire mieux que coloniser des zones de la bande saharo-sahélienne désertique ou semi-désertique, enclavée et réduite au transit des trafics divers. Boko Haram sévit dans la partie sahélienne, isolée, enclavée et la plus déshéritée du Nigéria.

Daesh possède une portion de la frontière commune (longue au total de 822 kilomètres) entre la Syrie et la Turquie, bénéficiant de plusieurs points de passage sur la section d’environ 200 kilomètres située entre Jarabulus (sur l’Euphrate) et Ras Al-Aïn (sur le Khabour). Cela présente deux avantages : d’une part, la garantie de la liberté de circulation pour assurer les trafics qui abondent les caisses du Califat (hydrocarbures, antiquités) et pourvoient en partie à l’approvisionnement des miliciens et des populations civiles. D’autre part, sont facilités l’arrivée de cadres civils indispensables au bon fonctionnement du Califat et le maintien du flux de combattants étrangers volontaires pour le djihad dont Daesh a besoin pour mener ses opérations – défensives ou offensives – sur les divers fronts ouverts. Le segment de frontière à sécuriser pour gêner les réseaux Daesh est nettement moins long que ce que prétend Ankara, ce qui alimente la suspicion de complicité avec les djihadistes.

Le territoire du Califat est un territoire en guerre, aux limites mouvantes, vidé de toute autorité légale, ravagé et extrêmement dangereux. Depuis l’invasion américaine de 2003, la partie arabe du nord-ouest de l’Irak n’a pas cessé de connaître des affrontements de plus ou moins grande ampleur. Au printemps 2011, le nord-est de la Syrie a basculé à son tour dans la violence armée (rebelles contre loyalistes, factions rebelles entre elles, djihadistes contre Kurdes, une partie de la coalition internationale contre les djihadistes). Cela relativise la normalité du fonctionnement de l’État fondé par al-Baghdadi et ses partisans.

II. Contrôler la population d’un État viable

L’assise territoriale d’un État n’a de valeur que si elle porte une population. Les stratèges de l’État islamique ont pris soin de conserver sous leur contrôle ou leur influence une part non négligeable des habitants, probablement entre huit et dix millions [10]. Main-d’œuvre, contribuables, bouclier humain, esclaves, cobayes pour une forme ressuscitée de gouvernance, adeptes, recrues, autant d’utilisations possibles de cet ensemble humain.

États de création récente, la Syrie et l’Irak englobent des populations hétérogènes, dont les composantes se trouvent le plus souvent réparties sur plusieurs pays. Les Arabes (89% de la population en Syrie, 75% en Irak) sont les plus nombreux. La région héberge depuis des siècles des populations non-arabes : Kurdes (8% de la population en Syrie, 20% en Irak) et Turcs (0,5% de la population en Syrie, 3% en Irak). Ces minorités ethniques sont en butte à de mauvais traitements. Mais ces pratiques, en particulier vis-à-vis des Kurdes, sont antérieures à l’emprise de Daesh.

La population est très largement de confession musulmane, mais partagée entre sunnites (70% de la population en Syrie, 35% en Irak) et chiites ou assimilés (19% de la population en Syrie en comptant les alaouites, 60% en Irak). Le Califat aspire à éliminer de sa population tous les éléments “impurs“. Il œuvre donc à l’éradication des tenants du chiisme sous toutes ses formes ainsi que des nombreuses minorités religieuses présentes depuis l’Antiquité : chrétiens (10% de la population en Syrie, 5% en Irak), yézidis et zoroastriens, notamment. Promis au massacre, au viol ou à l’esclavage, les membres de ces communautés ont fui en masse, ajoutant bien contre leur gré aux difficultés de la région.

Daesh s’intéresse avant tout aux Arabes de confession sunnite (majoritaires en Syrie, minoritaires en Irak). Parmi ceux-ci, un nombre non négligeable – mais impossible à évaluer avec précision – ont appelé de leurs vœux l’avènement de l’État islamique ou, du moins, ont observé une neutralité bienveillante à son égard. À l’origine, dans les cas irakien comme syrien, leurs motivations semblent avoir été plus politiques (lutte contre l’oppression, du clan al-Assad en Syrie et rejet de la politique sectaire pro-chiite de Nouri al-Maliki en Irak) que religieuses. D’autres Arabes sunnites, en revanche, ont fui et certains sont demeurés contre leur gré. Ces derniers subissent la radicalisation religieuse dans toute sa rigueur, mais restent pris au piège et ne semblent pas en mesure de s’opposer à la terreur djihadiste. D’autant que, selon une pratique totalitaire bien rôdée, Daesh infiltre l’ensemble de la société afin de la surveiller au plus près et de la réprimer, souvent de manière préventive. Il aurait identifié et recensé les avocats, les professeurs, les médecins et les ingénieurs, les contrôlerait étroitement et exercerait des pressions sur eux. Les juristes seraient même contraints à quitter le Califat car ils connaissent trop bien le droit et pourraient dénoncer les abus commis au nom de la charia ou du fait de son ignorance. L’organisation aurait également utilisé des cinquièmes colonnes pour préparer certaines de ses opérations militaires les plus audacieuses, comme la prise de Mossoul. Ces agents clandestins seraient également à l’œuvre dans les régions loyalistes pour détruire de l’intérieur la société, par exemple en contraignant ses cadres qualifiés à ne plus exercer leurs activités.

Ces populations comptent un grand nombre de jeunes (49% des Irakiens et 45% des Syriens sont âgés de 20 ans ou moins), inégalement éduqués (taux d’analphabétisme de 20 à plus de 30% de la population jeune dans la zone contrôlée en Syrie alors que la moyenne nationale est de 6%, entre 5% et 20% dans la zone contrôlée en Irak alors que la moyenne nationale est de 11%), mais victimes dans une proportion significative des défaillances de leurs dirigeants. Ces derniers n’ont ni su ni voulu consentir les efforts nécessaires pour assurer un emploi et, plus largement, une insertion sociale à l’ensemble de ces jeunes. Une partie d’entre eux, désœuvrés, sans perspectives, se trouvent disponibles pour les aventures les plus hasardeuses. D’autant plus que le niveau de vie de ces populations est des plus modestes : l’indice de développement humain-IDH classe la Syrie 120e (équivalent à celui de l’Afrique du Sud) et l’Irak 121e (proche de celui du Guyana ou du Viêt Nam) sur 187 pays évalués. Les zones contrôlées ou influencées par Daesh figurent parmi les plus déshéritées. Les plaines alluviales et les plateaux steppiques de la Djézireh, en dépit de l’irrigation et des hydrocarbures, constituent une région périphérique, en Syrie comme en Irak. Dans chaque camp en présence, l’engagement dans les forces armées, les unités paramilitaires ou les milices constitue un (le seul) moyen d’exister et/ou de nourrir les siens.

Faute d’États garantissant à l’ensemble des habitants le statut de citoyennes ou de citoyens libres et égaux en droits et en devoirs, la Syrie et l’Irak demeurent marqués par l’emprise des structures tribales sur la population. Loin d’être le symptôme d’un attachement archaïque à la tradition, il s’agit de pragmatisme. Les hommes se tournent vers les liens de solidarité traditionnels, les seuls qui leur assurent la sécurité, les moyens de vivre et d’avoir une existence sociale. Cette survivance sanctionne l’échec de l’instauration (en admettant qu’elle ait été tentée ou… que les tribus ne s’y soient pas opposées victorieusement) d’un État de droit. Parce qu’il s’agit d’intermédiaires indispensables, l’État islamique noue, avec des fortunes diverses, des relations avec les notables des principales tribus de sa zone d’opérations. En Irak, dans la province d’Al Anbar, il s’appuie sur un partie de la puissante confédération Dulaymi (très présente dans l’armée de Saddam Hussein avant 2003) et autour de Mossoul, il compte des partisans au sein de la branche al Djarba, sunnite, des Shammar. En Syrie, il est lié à une partie des Shammar al-Kursah et des Charabya. Mais la logique tribale est dominée par l’impératif de survie du groupe, ce qui rend les allégeances aléatoires car elles fluctuent au gré des intérêts et des rapports de force. La résistance de la tribu al-Sheitaat (provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor) à l’État islamique tenait au moins en partie à la concurrence pour l’exploitation des champs de pétrole. Conjuguée à la règle fondamentale de la vengeance (intiqâm) contre tout outrage, la segmentation propre à ce type de société pose le problème des luttes intertribales. Celles-ci contribuent à empêcher toute unification durable des populations de la zone contrôlée et facilitent les manœuvres, comme l’utilisation des certaines tribus contre les djihadistes. Les massacres spectaculaire de plusieurs centaines de membres (parmi lesquels de nombreux civils) de la tribu al-Sheitaat (provinces de Raqqa et de Deir ez-Zor), en août 2014, et de la tribu Albou Nimr (province d’Al-Anbar), en novembre 2014, visaient, notamment, à imposer par la terreur une neutralité sinon une loyauté durables. Le cheik de la tribu al-Sheitaat, Rafaa Aakla al-Raju, avait appelé (en particulier sur une vidéo diffusée par YouTube) les tribus bédouines à se soulever contre l’État islamique. Cela révèle les limites de l’efficacité tant des liens personnels tissés par Daesh que du réseau de renseignement extrêmement dense que l’État islamique a organisé dans les zones arabes sunnites d’Irak et de Syrie. Ce dernier lui permet d’empêcher, y compris par des assassinats préventifs, la constitution d’une vaste coalition semblable au Réveil (Sahwa). Organisée par les Américains, à l’instigation du général David L. Petraeus, entre 2006 et 2010, elle avait pratiquement anéanti Al Qaida en Mésopotamie, la matrice de Daesh. Mais rien ne garantit à Daesh un soutien sincère et durable. En outre, la terreur ne dissuade que jusqu’à ce que le seuil de l’insupportable soit atteint. Et les pratiques extrêmement violentes et cruelles du Califat risquent de provoquer rapidement cette saturation. Encore faudra-t-il que les adversaires de Daesh soient capables de le savoir et d’en tirer parti.

L’État islamique se trouve confronté à un défi majeur où il joue en grande partie sa crédibilité et donc son avenir vis-à-vis des populations locales : sa capacité à assurer le fonctionnement normal d’une société. La logique d’un conflit asymétrique répond habituellement à la démarche inverse : paralyser ou bloquer tous les services qu’une population attend de ses dirigeants afin qu’elle se tourne vers les insurgés. Quelques témoignages récents [11] rapportent que le Califat, s’il fait régner la sécurité, s’avèrerait incapable de fournir en suffisance l’électricité, l’eau potable, l’alimentation de base, les médicaments et les soins médicaux dont ont besoin les hommes et les femmes qui se trouvent dans ses zones de domination ou d’influence. Cela s’expliquerait d’une part, par les dégâts résultant des combats, d’autre part, par le manque de main-d’œuvre qualifiée, en particulier des spécialistes de haut niveau (ingénieurs et médecins, notamment).

Daesh s’est emparé de plusieurs villes – notamment Raqqa, Falloudja et Tikrit -, de taille variable, toutes en zone de peuplement arabe sunnite, dont la plus grande est Mossoul. Compte tenu des difficultés d’administration et d’approvisionnement que semble rencontrer l’organisation, la raison de ces conquêtes serait d’abord stratégique. Les djihadistes se fondent dans la population qui se retrouve ainsi servir involontairement de bouclier humain contre les bombardements aériens. En outre, la reconquête de ces périmètres urbains nécessitera des effectifs et du matériel en quantité considérable et sera tout à la fois extrêmement meurtrière et destructrice. Les forces loyalistes de Syrie et d’Irak ne paraissent pas en état de mener de telles opérations, encore moins de vaincre. Quant à la coalition internationale, elle n’entend pas s’engager au sol. Par conséquent, le Califat peut, jusqu’à nouvel ordre, conforter ses positions urbaines. Nul doute que ses stratèges ont étudié avec soin les combats auxquels ils ont pris part dans les villes d’Irak depuis 2003 et de Syrie depuis 2011, ainsi que les pratiques du Hezbollah au Sud Liban et du Hamas à Gaza. Ces précédents n’augurent pas d’une déterritorialisation rapide de Daesh. La reconquête de Kobane par des Kurdes appuyés par l’aviation de la coalition internationale, le 26 janvier 2015, ne semble pas significative. L’État islamique, peut-être pris d’hybris à cause de ses victoires antérieures et certainement aveuglé par son idéologie, était tombé dans le piège de la bataille symbolique. Il usa ses forces pour un enjeu insignifiant sur le plan stratégique, mais transformé en enjeu politique majeur par la médiatisation de la résistance héroïque des milicien(ne)s kurdes. Daesh s’est révélé vulnérable et a sorti les marrons du feu au profit des nationalistes kurdes. Gageons que les leçons de cet échec seront tirées et que les stratèges du Califat ne reproduiront pas cette erreur-là.

III. S’appuyer sur une représentation géopolitique cohérente

Loin d’être une entreprise aberrante, la restauration du califat dans la région conquise ou sous influence, résulte d’un projet idéologique rigoureux et élaboré. En effet, tout s’inscrit dans la mémoire arabe, musulmane et sunnite, dans le but de susciter l’adhésion du plus grand nombre possible d’Arabes musulmans sunnites. À commencer par ceux dont le désir de revanche semble le plus intense : ceux d’Irak, dépossédés du pouvoir et humiliés par les chiites depuis 2003, et ceux de Syrie, chassés du pouvoir, discriminés et impitoyablement réprimés par certains clans alaouites depuis 1970.

Le chef suprême cultive la ressemblance avec le prophète Mahomet. Outre qu’il arbore une barbe fournie, il se couvre d’un turban et revêt un manteau réputés pareils à ceux que portait le fondateur de l’islam. Ces effets sont de couleur noire, celle du prophète, reprise par ceux qui se présentaient comme ses descendants légitimes : les souverains abbassides. Il s’attribue une filiation avec la tribu de la Mecque à laquelle appartenait Mahomet : les Quraysh. Les généalogies ne présentent pas toujours d’incontestables garanties d’authenticité, mais cette ascendance est indispensable car, selon la tradition musulmane [12], le califat ne peut être détenu que par l’un d’entre eux.

La proclamation du Califat, le 29 juin 2014, vise à réactiver la mémoire glorieuse de l’empire au temps de la dynastie abbasside. Dans la civilisation arabo-musulmane, ce geste revêt une importance en général mal comprise et/ou sous estimée en Occident. La définition d’Ibn Khaldûn (1332-1406), référence essentielle à ce sujet, permet de comprendre : le calife, écrit-il, est « le substitut du Législateur pour la garde de la religion et le gouvernement des affaires d’ici-bas sur un fondement religieux [13] ». Le calife ( khalifa ) est, littéralement, le “successeur“ du prophète Mahomet. Ce fut le titre adopté par celui qui, à sa suite, prit la tête de la communauté des croyants (oumma), son beau-père Abu Bakr (632-634). Il fut pérennisé par ‘Umar (634-644), autre beau-père de Mahomet, véritable bâtisseur du califat en tant que forme particulière d’autorité, à la fois politique et religieuse. Héritée des pratiques tribales de la péninsule arabique, la conception califale du pouvoir est, dans le meilleur des cas du moins, arbitrale et non despotique. Toutefois, elle peut déroger à cet idéal pour accomplir sa tâche prioritaire, qui est de garantir l’unité de l’oumma, d’en éviter la division (fitna). Afin d’écarter l’anarchie, chacun des membres de l’oumma doit, lors d’une cérémonie collective, prêter un serment d’allégeance personnelle (bay’a) au calife. Toute contestation est impitoyablement châtiée car considérée comme une rébellion contre l’État voulu par Dieu, une innovation (bid’a) déviante par rapport à un ordre qui doit demeurer immuable. La doctrine du pouvoir fixée sous les Abbassides rend obligatoire l’obéissance à l’égard de toute personne qui gouverne, sauf si celle-ci ordonne la désobéissance (ma’siya) à Dieu. Cette obligation équivaut à un devoir religieux. Calife, prétendant renouer le fil de l’histoire interrompue en 1258, Ibrahim ne pouvait donc que réclamer la bay’a dans les zones qu’il contrôle et c’est en toute “légitimité“ qu’il pratique une politique de terreur à l’encontre des tribus rebelles.

Abou Bakr al-Baghdadi veut signer la revanche de la communauté des Arabes sunnites sur une humiliation pluriséculaire. Il traduit la volonté de renouer avec la grandeur perdue.

Durant la période abbasside (750-1258), la réflexion politique fixa la doctrine du pouvoir califal et définit les fonctions principales du détenteur de celui-ci : préserver la religion telle que fixée par Mahomet et les premiers musulmans (salaf) ; protéger les territoires musulmans ; combattre pour la conversion des non-musulmans. Le supplice du dernier souverain abbasside, Al-Muta’sim, par les Mongols lors de la prise de Bagdad, en 1258, marqua la fin à la fois de la lignée califale et de la prépondérance politique et économique des Arabes sunnites dans l’empire. Le geste d’Abou Bakr al-Baghdadi veut signer la revanche de la communauté des Arabes sunnites sur une humiliation pluriséculaire. Il traduit la volonté de renouer avec la grandeur perdue. Il entend aussi et surtout marquer la renaissance de l’islam que ses adeptes considèrent comme le seul véritable : celui “restauré“ par les Abbassides après le dévoiement dont ceux-ci accusaient les Omeyyades de s’être rendus coupables. Cela le place, enfin, en position de force, au moins symbolique, face au chef d’Al Qaida, Ayman al-Zaouahiri : le calife impose sa primauté. Selon la pratique instaurée par les Abbassides, les décisions du calife ne peuvent être ni contredites, ni ignorées ni enfreintes sans que ses adversaires ne soient considérés comme des traîtres à l’islam. Encore faut-il que le calife dispose des moyens de faire respecter son autorité. Ce qui suppose préalablement la reconnaissance de sa légitimité, ce que, dans le cas d’Abou Bakr al-Baghdadi, n’ont fait ni Ayman al-Zaouahiri, ni aucune des autorités religieuses respectées par l’immense majorité des musulmans sunnites.

Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, dit Abou Bakr al-Baghdadi se fait désormais appeler calife Ibrahim. Certes, il s’agit de son vrai prénom et cela pourrait être une raison suffisante pour expliquer ce choix. Toutefois, ce prénom revêt également une très forte valeur symbolique dans la religion musulmane. Correspondant à l’Abraham des juifs et des chrétiens, Ibrahim compte parmi les prophètes reconnus par les musulmans. Ceux-ci le considèrent comme le père du monothéisme et comme le modèle du croyant, absolument soumis à Allah, comme en témoigne son acceptation du sacrifice d’Ismaël. La tradition musulmane lui attribue la construction du temple de la Ka’ba, à La Mecque. Certaines tribus arabes, parmi lesquelles les Quraysh, se proclament descendantes de son fils Ismaël. En effet, ce dernier vécut : alors qu’Ibrahim s’apprêtait à le sacrifier comme Allah le lui avait demandé pour éprouver sa foi, sur l’ordre de ce dernier, l’ange Jibril arrêta sa main et substitua un mouton à Ismaël. C’est ce que commémore l’Aïd el-Kebir.

Les djihadistes entendent également manifester leur rejet de la conception occidentale de l’État, celle de l’État-nation (construction d’un vouloir-vivre en commun forgé par une population hétérogène), devenue la norme internationale par le biais de l’expansion impériale des nations européennes au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle.

La destruction spectaculaire d’un poste frontière entre la Syrie et l’Irak, le 26 juin 2014, affirme la volonté de rompre avec un ordre territorial imposé de l’extérieur. Le découpage du Proche-Orient résulte des accords Sykes-Picot, conclus secrètement par la France et la Grande-Bretagne en 1916, révisés à la fin de la Première Guerre mondiale, puis entérinés par la Société des Nations-SDN à San Remo en 1920. Ils consacraient le démantèlement de l’Empire ottoman et la domination de la région par les deux principales puissances occidentales d’alors [14]. Dans la mémoire collective arabe, donc bien au-delà des rangs de Daesh, ces frontières constituent la marque tangible de la trahison des promesses faites en 1916 (correspondance Hussein-McMahon reconnaissant l’existence de la nation arabe et acceptant le principe de la création d’un État arabe), du dépècement des territoires arabes et de la privation d’indépendance de leur population. Les djihadistes entendent également manifester leur rejet de la conception occidentale de l’État, celle de l’État-nation (construction d’un vouloir-vivre en commun forgé par une population hétérogène), devenue la norme internationale par le biais de l’expansion impériale des nations européennes au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle. L’État islamique (dawla al-islâmiya) forgé sous les Abbassides dont se réclame le calife Ibrahim, regroupe une communauté homogène : les croyants d’une seule religion, l’islam, dans une seule composante, le salafisme djihadiste, et régie par une loi divine, la charia. Il récuse tout ordre politique, intérieur ou international, qui ne procède ni ne se fonde sur le divin. D’où l’inutilité des ergotages sur l’appellation de l’entité créée le 29 juin 2014. Daesh n’est pas un mouvement indépendantiste combattant en vue de sa reconnaissance juridique en tant qu’État-nation, il a instauré un Salafistan , un territoire où règnent de nouveau la Vérité révélée par Mahomet et la Loi qui en découle. Le calife Ibrahim entend en faire le noyau auquel s’agglomèreront toutes les terres d’islam, un ensemble transcendant les frontières et les appartenances tribales ou nationales, et une base à partir de laquelle la conversion du monde entier à l’islam sera menée à bien.

Prétendant à la qualité d’État, le Califat ajouta aux prérogatives régaliennes qu’il exerce de fait (sécurité, justice, défense) celle de battre monnaie. Le 13 novembre 2014, il présenta les pièces de monnaie qui auraient désormais seules cours sur son territoire : 1 et 5 dinars d’or, 1, 5 et 10 dirhams d’argent, 10 et 20 fills de cuivre. De la sorte, il renouait avec un autre héritage de l’islam originel. Les monnaies iraniennes et byzantines circulèrent jusqu’au règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705). Celui-ci fit frapper les premières monnaies musulmanes : le dinar (or) et le dirham (argent). Le calife abbasside Al-Ma’mun (813-833) mit en circulation de nouvelles pièces qui fournirent le standard en usage durant plusieurs siècles. Outil économique et fiscal autant que vecteur idéologique (elle porte le nom du souverain et des citations du Coran qui expriment la politique menée par le calife), la monnaie est un instrument essentiel du pouvoir califal que Daesh a restauré. Le retour à un système monétaire métallique, outre la volonté d’affirmer l’existence d’un État et de renouer avec la grandeur des Abbassides, traduit un projet politique émancipateur vis-à-vis de l’ordre économique mondial. Daesh veut briser la domination des institutions financières internationales et américaines. Contrôlées, selon lui, par les chrétiens et les juifs, ce sont, à ses yeux, des instruments voués au pillage des ressources du monde arabe. Battre dinar et dirham est donc sensé libérer l’oumma et montrer aux peuples opprimés la voie à suivre pour se défaire de l’hégémonie occidentale.

S’inscrivant dans la durée, le Califat réorganise la société selon son projet totalitaire. Surveillés de près, les individus doivent tous œuvrer à la réalisation de l’utopie salafiste, faute de quoi ils sont éliminés sans état d’âme. L’administration est maintenue ou rétablie, non seulement pour assurer le fonctionnement normal des services publics, mais aussi pour instaurer et pérenniser l’ordre islamique. Certains auteurs évoquent une “djihadisation“ des esprits. L’action sociale fait l’objet d’une attention particulière, dans une évidente stratégie de séduction. La charia est appliquée dans toute sa rigueur. L’éducation est très étroitement contrôlée, les salafistes désirant endoctriner la jeune génération. Outre la séparation stricte des sexes, le nouveau pouvoir impose une modification complète des programmes. Trois séries de matières sont bannies : d’abord, celles contribuant à l’épanouissement personnel (arts plastiques, musique, sport), ensuite celles développant la réflexion personnelle et l’esprit critique (histoire, philosophie, sciences sociales), enfin celles délivrant une connaissance jugée non conforme au Coran (psychologie, théorie de l’évolution). La lutte contre les Kurdes contient une forte dose idéologique : ceux-ci militent (ou prétendent militer, afin de s’attirer les bonnes grâces de l ’Occident ?) pour un État laïque, “socialiste“ et respectueux des droits de la femme. Ils incarnent donc, aux yeux des salafistes djihadistes, un contre-modèle à détruire.

Bref, Daesh tente de matérialiser le rêve de résurrection de la grandeur perdue en 1258, lorsque les conquérants mongols mirent fin au dernier empire musulman dominé par les Arabes. Rien ne serait plus erroné que de sous-estimer la portée de cette entreprise. Cette nostalgie dépasse très largement les rangs des seuls adeptes de Daesh. Cela ne provoquera probablement pas la levée en masse attendue par ces derniers, mais à tout le moins une sympathie plus ou moins marquée d’une partie des populations arabes sunnites, pouvant évoluer dans certains cas vers un soutien plus ou moins actif.

Ceux qui rejoignent les terres du Califat affichent une détermination sans faille, celle des fanatiques. Au IXe siècle, une tradition apocalyptique naquit dans les rangs chiites : un Mahdi (un être “bien guidé“) accompagné d’une armée invincible viendrait préparer le Jugement Dernier. Au XIe siècle, les savants sunnites reprirent ces croyances afin d’entretenir la ferveur religieuse et de stimuler la fidélité politique des populations de l’empire abbasside. Daesh se réclame de cette eschatologie sunnite et enflamme ses partisans en les persuadant qu’ils sont les annonciateurs du Jugement d’Allah. Les djihadistes pensent que la fin du monde approche et qu’il faut séparer le camp du Bien de celui du Mal, celui de la religion révélée par Mahomet de toutes les autres. Cela impose une purification par la violence et une annihilation des impies, qui passe, en particulier, par la décapitation des ennemis (musulmans et non-musulmans) de l’islam qu’ils défendent, le seul véritable à leurs yeux. Cette pratique, couramment utilisée à l’encontre des animaux, participe de la déshumanisation de l’autre, commune à tous les totalitarismes. En outre, dans la tradition musulmane médiévale, la tête est le siège de l’âme. La victime voit donc son humanité niée dans ses dimensions tant physique que spirituelle. Une prophétie (hadith de Amaq [15]) assure que la bataille finale entre le Bien et le Mal, qui doit assurer la victoire des croyants sur les infidèles, se déroulera au nord du pays de Sham (la Syrie) en un lieu appelé tantôt Amaq, tantôt Dabiq, d’où le choix de ce nom pour le titre de la revue de propagande de Daesh [16]. Ces deux villages se situent entre Alep et la frontière turque [17].

Daesh développe une vision manichéenne du monde : il incarne le camp du Bien – réduit aux salafistes djihadistes qui se rallient à lui. Il se déclare en lutte contre le camp du Mal. Ce dernier regroupe le reste de l’humanité. D’abord, les “mécréants“ (kouffar), au premier rang desquels les athées, les juifs, les chrétiens et les musulmans chiites, mais auxquels s’ajoutent les adeptes de toutes les religions, y compris les musulmans sunnites ne partageant pas leur vision de l’islam. Ensuite, les “hypocrites“, soit tous les dirigeants arabes, corrompus par l’Occident. Enfin, les États-Unis et la Russie sont les ennemis étatiques principaux. La vision salafiste djihadiste du monde s’inscrit dans le droit fil de celle du nazisme – qui sédui(si)t une partie de l’opinion et des dirigeants arabes [18]-, puisqu’il y aurait un complot mondial antimusulman, ourdi par les Juifs, réels détenteurs du pouvoir à Washington et à Moscou.

IV. Provoquer une résonance mondiale

Comme les bolcheviks après la révolution d’octobre 1917, les chefs de l’État islamique redoutent par-dessus tout l’isolement. Le changement radical qu’ils veulent instaurer n’a de chance de survivre que s’il trouve des soutiens extérieurs. Par surcroît, le groupe poursuit des objectifs expansionnistes : contrôler le Moyen Orient, puis tous les pays musulmans et enfin imposer un califat mondial. Pour ces deux motifs, Daesh recrute activement des jeunes djihadistes sur l’ensemble de la planète. De plus, le Califat est un projet politique particulier : la réalisation d’une utopie susceptible de séduire des musulmans du monde entier puisqu’il s’agit d’édifier ici-bas une société régie par la Loi divine. Comme il y eut (a) un “rêve américain“, se dessine un “rêve islamique“, celui de la cité de Dieu sur la Terre. Ainsi pensent les familles qui, depuis les pays les plus divers, rejoignent le Califat : elles sont persuadées d’agir au mieux et, notamment, d’assurer le salut de leurs enfants [19]. Un État animé d’une idéologie universaliste a certes besoin de guerriers pour le défendre et l’étendre, mais son bon fonctionnement suppose qu’il dispose de cadres qualifiés dans tous les domaines. Daesh tente d’en recruter dans le monde entier. Toutefois, ce qui transpire des difficultés d’existence dans le Califat semble limiter les capacités de séduction.

L’une des spécificités de Daesh réside dans sa communication [20]. Très élaborée et très maîtrisée, elle vise tout à la fois à séduire de nouveaux adeptes, à entretenir l’ardeur des combattants, à drainer des financements, à démoraliser les adversaires et à défier le droit international qu’elle récuse. Elle se montre particulièrement prolixe : présente sur internet et les réseaux sociaux, elle diffuse des messages, une revue de propagande (Dabiq), des vidéos d’exécutions sanglantes et des films de propagande (comme Le Choc des épées) qu’elle réalise grâce à son propre organe de production audiovisuelle (Al-Furqân Media Production). Daesh exploite sans vergogne l’obscénité de la violence sanglante et fournit sans se soucier des conséquences les preuves tangibles de sa pratique du crime de guerre et du crime contre l’humanité. Ce que l’on a nommé un “djihad médiatique“ semble séduire puisqu’il contribuerait largement à alimenter le flux de combattants et de résidents qui rejoignent le territoire du Califat. Cette communication est de bien meilleure qualité technique et beaucoup plus manipulatrice que celle d’Al Qaida. Cette dernière occupe d’ailleurs une large place dans les polémiques diffusées par le forum qui relaie le discours de l’État islamique, Al-Minbar. Toutefois, le Califat ne dispose pas (encore ?) des moyens de mener une cyberguerre, notamment contre les États de la coalition qui le combat. La vague d’attaques de janvier 2015, pour médiatisée qu’elle ait été, ne reflétait pas une capacité de nuisance considérable : selon les spécialistes, tous les sites piratés présentaient la caractéristique d’être mal ou peu protégés.

Depuis la fin 2014, Daesh enregistre des ralliements hors de sa zone et a validé l’allégeance (bay’a) de plusieurs groupes : Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï, Ansar Dawlat al-Islammiyya au Yémen, Majlis Shura Shabab al-Islam en Libye, Jund al- Khilafah fi Ard al-Jazaïr en Algérie, Ansar al-Tawheed en Inde, Jundallah au Pakistan, la Brigade de l’Islam dans le Khorosan en Afghanistan, Abou Sayyaf et les Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro aux Philippines, une partie du Jamaah Ansharut Tauhid en Indonésie. On ignore le nombre de combattants de ces groupes, mais cela traduit à tout le moins un rayonnement de l’idéologie propre à l’État islamique dans l’ensemble de l’aire musulmane sunnite.

Or, les équilibres régionaux se trouvent menacés. Le destin de la Syrie revêt une importance particulière car le pays est un État-tampon essentiel, ce que révèle la complexité de la guerre civile devenue conflit régional indirect et lieu des rivalités pour l’influence mondiale. Il se trouve à l’intersection des poussées expansionnistes contradictoires des États sunnites (Égypte, Arabie Saoudite, Turquie) et chiites (Iran, Irak), au centre de la lutte entre Israël et les organisations musulmanes extrémistes, au cœur de la rivalité américano-russe. En outre, Daesh a identifié des points faibles dont la prise de contrôle fait ouvertement partie de ses plans : Liban, Jordanie, Sinaï et Arabie Saoudite.

L’Iran, aspirant à la puissance régionale, se trouve largement impliqué aux côtés des forces pro-gouvernementales en Syrie comme en Irak. Au-delà de la solidarité religieuse avec les chiites au pouvoir à Bagdad et avec les alaouites qui tentent de garder le contrôle de la Syrie, l’Iran est engagé dans un bras de fer avec l’Arabie Saoudite. Or, l’Irak et la Syrie sont ses deux principaux appuis. Ajoutons que Téhéran aurait tout à craindre d’un éclatement de l’Irak : l’affirmation d’une entité sunnite extrémiste à ses frontières pourrait déstabiliser sa propre minorité arabe sunnite (province frontalière du Khouzistan) et l’indépendance du Kurdistan réveiller l’irrédentisme de ses propres Kurdes.

Outre les financements privés qu’elle a autorisés par le passé (et dont rien ne garantit qu’ils ont réellement pris fin), l’Arabie Saoudite partage beaucoup avec Daesh : vision salafiste de l’islam, glorification du djihad et mêmes adversaires (les musulmans chiites, le clan al-Assad, le gouvernement chiite d’Irak, l’Iran et le Hezbollah libanais). L’inconvénient pour la dynastie des Saoud résulte du fait que la défense de l’islamisme, fut instrumentalisée par le fondateur du royaume (puis par ses successeurs), d’abord pour imposer son pouvoir à l’intérieur, ensuite pour contrer le nationalisme arabe à l’extérieur. À la suite de Ben Laden, les salafistes djihadistes dénoncent l’hypocrisie de la monarchie, coupable de ne pas respecter les principes salafistes, et proclament leur volonté de chasser ceux qu‘ils qualifient d’“usurpateurs“ pour prendre le contrôle des lieux saints de Médine et de La Mecque. C’est ce qu’a annoncé le calife Ibrahim durant l’été 2014. Or, le projet n’est pas aussi irréaliste qu’il y paraît. D’une part, le programme de Daesh ressemble beaucoup à celui affiché par les Saoud : un régime régi par la Loi divine et fondant sa légitimité sur la défense de la Foi. D’autre part, outre le mécontentement d’une partie de la population, les Saoud redoutent la mécanique des solidarités tribales : certaines tribus arabes de Jordanie, de Syrie et d’Irak proches de Daesh sont originaires de la péninsule arabique et entretiennent des liens avec les tribus peuplant encore aujourd’hui l’Arabie Saoudite. En dépit des frontières tracées à San Remo (1920), les solidarités et les complicités ont persisté, pour le meilleur et pour le pire. La rivalité de puissance avec l’Iran pousse Ryad à manipuler les appartenances communautaires, tout comme Téhéran, au Liban, en Syrie, en Irak, au Bahreïn et au Yémen. Elle n’intervient contre les forces du Califat qu’en Syrie, parce que c’est l’épicentre de Daesh, mais aussi parce qu’elle ne veut pas renforcer le régime chiite de Bagdad, allié de l’Iran.

La Turquie se préoccupe d’abord de sa stabilité intérieure, laquelle dépend en partie de la question kurde. Sa priorité est donc d’empêcher l’émergence d’une entité kurde indépendante, sur son sol comme chez ses voisins. Pareille au Pakistan prêt à tout pour neutraliser l’irrédentisme pashtoun, elle s’appuie sur n’importe quelle force pour briser les aspirations kurdes. Sa surveillance de la frontière avec la Syrie ne semble pas à la hauteur de la situation et, malgré ses dénégations, il paraît plus que probable qu’elle joue la carte des djihadistes contre les Kurdes [21]. Cette alliance objective sinon formelle (dénoncée par le vice-président américain, Joseph Biden, devant des étudiants de Harvard le 2 octobre 2014) explique en partie que le gouvernement turc n’autorise pas les avions de combat de la coalition internationale formée par les États-Unis à utiliser sa base d’Incirlik. Il est vrai que les actuels dirigeants élus du peuple turc puisent eux aussi aux sources du fondamentalisme musulman, même s’ils affirment en rejeter la variante extrémiste. Ankara aspire également à la puissance régionale. Elle estime, à tort ou à raison, que cela passe par le renversement de Bachar al-Assad en Syrie. Elle tente en vain d’en faire la priorité des États-Unis et de leurs alliés, ce qui contribue aussi à expliquer son refus de prêter la base d’Incirlik. Certains évoquent, enfin, un sentiment anti-Arabe assez répandu : pourquoi venir en aide à des gens qui se sont faits les complices des Occidentaux pour trahir l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale ? Singulière conception pour un État membre de l’Alliance atlantique !

La Russie, bien que directement menacée par Daesh dans une vidéo en russe diffusée le 2 novembre 2014, minimise le danger, du moins dans l’immédiat. Obsédée par sa détestation de l’Occident et accaparée par les conséquences de son aventure ukrainienne, Moscou se borne à défendre ce qu’elle considère comme ses intérêts au Proche-Orient : l’alliance avec Bachar al-Assad en Syrie, avec l’Iran et avec le gouvernement irakien. Cela ne contribue en rien à la solution du conflit.

Une vaste coalition internationale tente d’épauler les forces irakiennes légalistes et les éléments de la résistance syrienne non contaminés par le salafisme djihadiste. Les États-Unis ont pris l’initiative de l’opération Inherent Resolve en septembre 2014. Plusieurs mois après le début des opérations, il semble bien que l’aveu de Barack Obama au début de l’été 2014 demeure d’actualité : Washington n’a pas vraiment de stratégie. Comment en irait-il autrement ? L’équipe dirigeante américaine elle-même est divisée, au point que le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a été limogé sèchement en novembre 2014. Selon la presse américaine, il préconisait une action militaire aussi intense en Syrie qu’en Irak alors que les partisans d’une intervention essentiellement centrée sur l’Irak, bastion de Daesh, ont emporté l’adhésion du président. Outre un sentiment de culpabilité poussant à tenter de réparer la faute commise en Irak par son prédécesseur, qui fut incapable de réparer le chaos qu’il y avait semé, il semble que Barack Obama ait donné la priorité à deux impératifs : ne pas ajouter encore aux contentieux avec la Russie et ne pas mécontenter l’Iran, avec qui des négociations cruciales sur la prolifération nucléaire militaire sont en cours et dont l’intervention militaire au côté des forces irakiennes est indispensable. En effet, la coalition tire à hue et à dia car les pays qui la composent divergent sur les priorités et le rythme, mais tous se retrouvent sur un plus petit dénominateur commun : aucun ne veut engager de troupes au sol. Donc les Gardiens de la Révolution et autres combattants iraniens sont irremplaçables. L’issue de cette entreprise, fondée essentiellement sur l’emploi des forces aériennes, est incertaine. Tout repose, aujourd’hui, en dernière analyse, sur la réussite de l’attrition du territoire influencé ou contrôlé par Daesh.

Or, le Califat, parfaitement conscient de ce risque mortel, fait tout pour contrer la stratégie de la coalition internationale. Par le biais d’une communication agressive et racoleuse, il cherche à attirer le plus grand nombre possible de djihadistes (environ 20 000 fin janvier 2015 [22]) et de spécialistes civils venus de l’étranger. Le bon fonctionnement de ces flux suppose le contrôle d’une partie de la frontière turque (ce qui pose la question de la complicité objective de la Turquie avec Daesh, comme il a toujours existé une complicité objective entre le Pakistan et les talibans) et la persistance de facilités de déplacement sur l’ensemble de la planète (fruit de l’accélération et de l’amplification de la mondialisation intervenue après la fin de la Guerre froide), notamment dans l’espace de l’Union européenne. Démarche originale, Daesh diffuse de nombreuses vidéos montrant des militants de nationalités diverses afin de prouver qu’il n’y a pas d’exclusion vis-à-vis des musulmans non-Arabes, notamment ceux venus de l’Occident. Citadelle assiégée, Daesh tente également de porter le feu sur le territoire de l’ennemi. Ainsi a-t-il appelé à des actions de guerre sur le territoire de l’ensemble des États qui prennent part à la coalition qui le combat. Cela correspond à la stratégie préconisée par al-Souri, celle des petites cellules disséminées en territoire adverse, partageant la même idéologie, ayant reçu une formation pratique, agissant de manière autonome et au gré des opportunités. Selon lui, les actions spectaculaires type 11 septembre 2001 sont vouées à l’échec car elles requièrent une structure et une logistique importantes donc vulnérables, surtout depuis que l’adversaire est averti.

Une guerre de longue haleine ?

Le débat sur la terminologie à employer semble oiseux. Il s’agit bien d’une guerre et c’est d’ailleurs le terme utilisé par les djihadistes. Le problème est de savoir quelle sera la durée du conflit. En effet, la situation est peu banale : l’assise territoriale de Daesh semble se renforcer constamment. État atypique, le Califat s’enracine chaque jour davantage du simple fait que personne ne se trouve actuellement en mesure de le déloger. L’asymétrie favorise la sanctuarisation. Parallèlement, la mouvance terroriste que le Califat inspire à l’échelle mondiale persiste et s’amplifie, sans se structurer en réseau, ce qui complique considérablement le renseignement, la parade et l’éventuelle riposte. Territorialisation et déterritorialisation se combinent donc pour former un gigantesque casse-tête stratégique.

La question de la violence djihadiste ne saurait être résolue par une réponse strictement militaire. D’ailleurs, si les frappes aériennes semblent avoir enrayé la progression de Daesh, elles ne paraissent pas avoir empêché sa consolidation dans les zones de peuplement arabe sunnite. Les sociétés arabo-musulmanes connaissent une crise profonde affectant toutes leurs dimensions. Leur stabilisation ne peut donc résulter que d’un processus politique, au sens noble du terme. C’est-à-dire le traitement de l’ensemble des maux qui affectent les habitants. Pour réussir, ce processus doit être le fait des populations elles-mêmes, mené à leur rythme et bénéficier, le cas échéant, de l’aide de la communauté internationale. Cela devrait être la leçon des échecs occidentaux en Afghanistan, en Irak et en Libye. Encore faut-il que les sociétés arabo-musulmanes forgent le contexte favorable pour que la frange de leurs élites disposée à conduire ces changements puisse agir efficacement.

Références bibliographiques : Pierre Verluise (sous la direction de) Géopolitiques des terrorismes Diploweb.com, 24 janvier 2015 ISBN : 979-10-92676-01-3
*

Docteur en histoire, professeur agrégé de l’Université, Patrice Gourdin enseigne les relations internationales et la géopolitique auprès des élèves-officiers de l’Ecole de l’Air. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com.

[1] . Laurent Touchard, « État islamique : naissance d’un monstre de guerre (#1) & (#2), Jeune Afrique, 24 et 26 septembre 2014.

[2] . Deux ouvrages utiles : . Patrick Cockburn, Le retour des djihadistes. Aux racines de l’État islamique, Paris, 2014, Équateurs ; . Thomas Flichy de la Neuville et Olivier Hanne, L’État islamique. Anatomie du nouveau Califat, Paris, 2014, Bernard Giovanangeli éditeur.

[3] . En particulier celles publiées par l’Institute for the Study of War (www.understandingwar.org), notamment : ISIS Sanctuary, January 15, 2015, iswiraq.blogspot.fr/2015/01/isis-sanctuary-map-january-15-2015.html, consultée le 16 janvier 2015.

[4] . Voir une synthèse d’octobre 2014 sur http://accelus.thomsonreuters.com/fr/ infographic/islamic-state-how-worlds-richest-terrorist-organization-funds-its-operations#, consultée le 13 janvier 2015.

[5] . Brynjar Lia, Architect of Global Jihad : The Life of Al Qaeda Strategist Abu Mus’ab Al-Suri, Columbia University Press, 2008.

[6] . Gilles Kepel, Terreur et martyre. Relever le défi de civilisation, Paris, 2008, Flammarion, pp. 190-191.

[7] . « Iraqi agriculture drops 40% under IS control », Al Monitor, January 20, 2015.

[8] . « Business of the Caliph », Zeit online, December 4, 2014.

[9] . Barthélémy Gaillard, « Pourquoi il est compliqué de combattre l’État islamique », europe1.fr, 8 septembre 2014.

[10] . Ces chiffres et ceux cités ci-après résultent d’estimations qui nous donnent un ordre de grandeur, en aucun cas une mesure exacte de la réalité.

[11] . Liz Sly, « The Islamic State is failing at being a state », The Washington Post, December 26 2014 ; Susannah George, « The Islamic State is waging war on technocrats », The Guardian, December 26 2014.

[12] . Dans le Sahîh de Muslim, un des deux recueils de hadith considérés comme les plus fiables : « L’autorité restera toujours dans la tribu de Quraysh ». Cité par Ibn Khaldûn, Muqaddima, III-24, traduction d’Abdesselam Cheddadi, Paris, 2002, Gallimard, p. 476.

[13] . Ibn Khaldûn, op. cit., p. 470. Il explique : « En effet, les hommes n’ont pas été créés uniquement en vue du monde d’ici-bas, qui n’est que jeu et vanité, puisque destiné à la mort et à l’anéantissement. […] Le but pour lequel ils ont été créés est leur religion, qui doit les conduire au bonheur dans l’autre monde. […] Aussi les lois religieuses sont-elles venues pour exhorter les hommes à suivre ce chemin dans tout ce qu’ils font, aussi bien en matière de culte que dans leurs relations avec leurs semblables. […] Le califat consiste à […] faire agir [les hommes] suivant une vision religieuse des intérêts de l’autre monde et des affaires de ce monde qui en dépendent. » (ibidem, pp. 469-470)

[14] . James Barr, A Line in the Sand. Britain, France and the Struggle for the Mastery of the Middle East, London, 2011, Simon & Schuster.

[15] . Dans le Sahîh de Muslim.

[16] . Michael W. S. Ryan , « Dabiq : What Islamic State’s New Magazine Tells Us about Their Strategic Direction, Recruitment Patterns and Guerrilla Doctrine », Terrorism Monitor, The Jamestown Foundation, August 1, 2014.

[17] . William McCants ; « ISIS Fantasies of an Apocalyptic Showdown in Northern Syria », blog Markaz, Brookings Institution, October 3, 2014.

[18] . Roger Faligot et Rémi Kauffer, Le Croissant et la croix gammée : Les Secrets de l’alliance entre l’Islam et le nazisme d’Hitler à nos jours, Paris, 1990, Albin Michel Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, Croissant fertile et croix gammée : Le Troisième Reich, les Arabes et la Palestine, Paris, 2009, Verdier.

[19] . Kevin Sullivan and Karla Adam, « Hoping to create a new society, the Islamic State recruits entire families », The Washington Post, December 24, 2014.

[20] . Thomas Flichy de la Neuville et Olivier Hanne, « État islamique, un cyber-terrorisme médiatique ? », École de Guerre, décembre 2014, http://www.chaire-cyber.fr/IMG/pdf/… _chaire_cyberdefense.pdf

[21] . Fehim Taştekin, « Turkish military says MIT shipped weapons to al-Qaeda », Al Monitor, January 15, 2015.

[22] . Chiffres de l’International Centre for the Study of Radicalisation and Political Violence : http://icsr.info/2015/01/foreign-fi…, consulté le 27 janvier 2015.
Citation / Quotation

Voir aussi:

Declarations
Recrimination Is Not a Plan
Islamic State has Washington paralyzed. Here’s a way forward.
Peggy Noonan
WSJ
Feb. 5, 2015

Everything’s frozen. When you ask, “What is the appropriate U.S. response to ISIS?” half the people in Washington answer: “ George W. Bush broke Iraq and ISIS was born in the rubble. There would be no ISIS if it weren’t for him.” The other half answer: “When Barack Obama withdrew from Iraq, ISIS was born in the vacuum. There would be no ISIS without him.”

These are charges, not answers, and they are getting us nowhere. Bitterness and begging the question are keeping us from focusing on what is. We’re frozen in what was.

There’s plenty to learn and conclude from the past. Great books have been and will be written about the mistakes, poor thinking and dishonesty that accompanied the 2003 invasion and the 2011 withdrawal. But at a certain point you have to unhitch yourself from your predispositions and resentments and face what is happening now.

The White House is paralyzed, the president among the coldest of the frozen. He erects straw men, focuses on what he will not do, refuses to “play Whac A Mole,” waxes on about reading a book about the pains of the deployed. He’s showing how sensitive, layered and alive to moral complexity he is instead of, you know, leading. At the National Prayer Breakfast Thursday, he airily and from a great height explained to the audience that ISIS exists within a historical context that includes the Inquisition, slavery and Jim Crow. “People committed terrible deeds in the name of Christ.” Oh West, you big hypocrite. This is just the moment to dilate on Christendom’s sins, isn’t it? While Christians are being driven from the Mideast? He always says these things as if he’s the enlightened one facing the facts of the buried past instead of the cornered one defeated by complexity, hard calls and ambivalence.

He is lost. His policy is listlessness punctuated by occasional booms.

The public is agitated by the latest killing, of the Jordanian pilot burned alive. That murder may have changed some calculations. Jordan’s King Abdullah is said to have quoted Clint Eastwood during his recent Washington trip: “He mentioned ‘Unforgiven,’ ” a congressman said, without specifying which scene. Well, good.

Which returns us to the question of a plan, a way forward.

We know ISIS is increasingly hated by the civilized world, and by many nations in the Mideast. Each day that brings new word of their atrocities, not only to prisoners but to local, subjugated populations, adds to the anti-ISIS coalition. But we also know they will not be defeated or decisively set back from the air. They have to be removed from the areas they hold. They need to be fought with boots on the ground.

Whose boots?

Some wisdom on that from two veteran players in U.S. foreign policy, former Secretary of State James Baker and the president of the Council on Foreign Relations, Richard Haass.

On “Face the Nation” Sunday, Mr. Baker said ground troops are necessary but must come from Arab and Muslim allies, including Saudi Arabia, the United Arab Emirates and Jordan. “My idea would be to go to the Turks, 60-year allies of the United States, members of the North Atlantic Treaty Organization. They have a good army. It’s an army that will fight. . . . They want to destroy ISIS. We want to destroy ISIS. There’s a convergence of interests here. Why don’t we get together and we say, look, we will supply the air, the logistics and the intelligence, you put the boots on the ground and go in there and do the job?”

I spoke to Mr. Baker at CBS before his appearance. He said the world is “coalescing,” and this is the time to move, with diplomacy and leadership.

So, a multinational Arab and Muslim military force to fight ISIS on the ground. Is this the right way to go?

Very much so, said Mr. Haass of the Council on Foreign Relations. ISIS, he told me this week, is “a network, a movement and an organization.” It poses a geopolitical, economic, and humanitarian threat to the world. It threatens Sunni regimes in the region—if it wins over their populations, “it turns every country into a potential failed state.”

ISIS “can disrupt oil-producing areas like Saudi Arabia. . . . It is inevitable that they will one day challenge the House of Saud” through terrorism or by attempting to rouse the population against it. “If you’re the Islamic State, you have to control the country that controls the two holiest sites in Islam,” Mecca and Medina, Mr. Haass added. America doesn’t worry about the threat to the oil supply because we are close to energy self-sufficiency, but “we are economically linked to the world, and much of the world is linked to Mideastern oil.”

Most famously, “any area controlled by ISIS is a humanitarian nightmare to Muslims not devout enough, to Shia, to Christians.”

There is the threat to American and Western security of returnees. “ISIS has the potential to produce graduates who come home, and to radicalize those who’ve never set foot in Syria. There is the returnee danger and the self-radicalization danger, as we saw recently in France.”

Right now what is important, Mr. Haass says, “is to break their momentum. The region and the world see them as gaining ground both literally and figuratively. This draws support from those around them. It’s important to break that, to allow those who are wavering to see that ISIS is not inevitable. If they are seen as inevitable it is self-fulfilling.”

What to do? Mr. Haass echoes Mr. Baker. “Attacking ISIS from the air is necessary but not sufficient. You need ground forces to seize areas ISIS holds. You need a ground partner.”

That partner should be “a multinational Arab-led expeditionary force—a force on the ground to take territory. It needs to be Arab and it needs to be Sunni, because you need to fight fire with fire.” It is crucial, he says, that Sunni Arab leaders demonstrate it is legitimate to stand up to ISIS.

Haass includes in a hypothetical force Jordan, the Saudis, the UAE, and “others—Egypt too. Even Turkey. . . . That’s what you need, politically as much as militarily. Unless that happens we don’t have a viable strategy.”

He agrees the U.S. should help with intelligence, training and special forces as well as air power. Also needed: “a digital strategy that stresses that ISIS’ behavior contravenes tenets of Islam and means misery for those they dominate.”

So—move to kill the Islamic State’s mystique. Give them a fight, make them the weak horse, and do everything to bring together the Sunni Arab world to do it.

Is this possible? Can it be done? Mr. Haass said it is “a long shot” but “not inconceivable.” Moreover, “it’s the conversation we should be having. We should make answering this question the priority.”

The U.S. would have to lead, push, press, promise and cajole. It would have to use diplomatic and financial muscle. But it would be doing so with allies increasingly alive to the threat ISIS constitutes not only to the world, but to them.

And it is a plan. Who has a better one?

Face the Nation Transcripts February 1, 2015: Graham, Durbin, Baker
(CBS News) — Below is a transcript from the February 1, 2015 edition of Face the Nation. Guests included: Sen. Lindsey Graham, Sen. Dick Durbin, former Secretary of State James Baker, Holly Williams, Jordanian Foreign Minister Nasser Judeh, James Brown, Peggy Noonan, Phil Musser, Stephanie Cutter, John Dickerson, Mark Leibovich and Joseph Califano.

NORAH O’DONNELL, HOST: I’m Norah O’Donnell.

And today on FACE THE NATION: The terror group ISIS strikes again, and a big development in campaign 2016 leaves Republicans dialing for dollars.

Japanese captive Kenji Goto appears to be the latest victim of ISIS. We will have a report from Northern Iraq.

And as Mitt Romney bows out of a third presidential run, South Carolina Republican Senator Lindsey Graham says he may be in. We will talk to him about that and the war on terror.

Then we will hear from the number two Democrat in the Senate, Richard Durbin and former Secretary of State James Baker.

(…)

Good morning. Bob Schieffer is off today.

We begin this morning with the grim news of another execution from the terror group ISIS.

CBS News correspondent Holly Williams is in Kirkuk, Iraq, this morning.

HOLLY WILLIAMS, CBS NEWS CORRESPONDENT: The video released by ISIS does appear to show the beheading of Kenji Goto, a Japanese journalist captured by the extremists late last year. That’s the assessment of the Japanese government.

ISIS had offered to release Goto in return for a failed female suicide bomber, who is on death row in Jordan. Now, the Jordanian government said it would release the woman, Sajida al-Rishawi, but only in exchange for one of its own citizens, a pilot who crashed in ISIS territory during a bombing raid back in December.

In the end, however, there was no prisoner swap, Kenji Goto is dead, and the fate of the Jordanian pilot is unknown. In the Syrian city of Kobani, though, ISIS was finally forced to retreat last week after more than 700 U.S.-led airstrikes and four months of brutal street fighting against Kurdish forces.

The battle for Kobani was a very public test of whether airstrikes would be effective against the militants. But here in the oil-rich Iraqi city of Kirkuk on Friday, ISIS launched a surprise offensive, killing a local commander and four of his men. The extremists were later beaten back, but their confidence in attacking a well-defended place like Kirkuk suggest ISIS still a very long way from defeat.

O’DONNELL: Joining me now by telephone from outside Amman, Jordan, is the foreign minister, Nasser Judeh.

Mr. Foreign Minister, thank you for joining us.

NASSER JUDEH, JORDANIAN FOREIGN MINISTER: Thank you, Norah. O’DONNELL: Let me ask you, do you know if your pilot that is being held by ISIS is still alive?

JUDEH: Well, actually we don’t.

We have been asking publicly for proof of life and so far we have received none.

O’DONNELL: Are the Jordanians still willing to swap Sajida al- Rishawi — this is the failed female suicide bomber — even though ISIS has now executed this other Japanese journalist?

JUDEH: Well, there have been demands, certainly demands by our side as well, as you mentioned before and as I mentioned, for proof of life. We have said publicly that, if we do get proof of life — and this is before the tragic murder, cold-blooded murder of the Japanese journalist, Kenji, we have said that if there is proof of life and if our pilot is released, we are willing to release this woman.

But, like I said, so far, we have seen no proof of life which we have been asking for.

O’DONNELL: The foreign minister also told us that King Abdullah of Jordan will be traveling to Washington to meet with President Obama.

For more now on ISIS and a look at the 2016 presidential politics, we’re joined by Republican Senator Lindsey Graham from Clemson, South Carolina.

Senator, thank you for joining us. SEN. LINDSEY GRAHAM (R), SOUTH CAROLINA: Thank you.

O’DONNELL: This is now the seventh public beheading of either a journalist or aide worker by ISIS. When is this going to stop?

GRAHAM: When they’re degraded and destroyed.

And the president has the right goal to degrade and destroy ISIL, he but doesn’t have the right strategy. An aerial campaign will not destroy them. You’re going to need boots on the ground not only in Iraq, but Syria. And there’s got to be some regional force formed with an American component, somewhere around 10,000, I think, American soldiers to align with the Arab armies in the region and go in to Syria and take back territory from ISIL. That is what will make it stop.

O’DONNELL: The Pentagon admitted just last week that ISIS still holds about 20,000 square miles in Syria and Iraq.

GRAHAM: Right.

O’DONNELL: That’s roughly twice the size of Massachusetts. There have been 2,000 airstrikes by American and coalition forces. There were just 34 this weekend. Are these airstrikes effective at all?

GRAHAM: They won’t destroy ISIL. They do help in some regard.

How do you dislodge ISIL from Syria? Iraq, you hope you can get the Kurds and the Iraqi security forces and the Anbar Sunni tribes to work together to defeat them in Western Anbar take back Mosul.

But Syria is very complicated. You are going to need a regional force, Saudi, Turkey, the entire region, putting together an army with American people embedded, special forces, intel folks, forward air controllers to go in on the ground and not only dislodge them from Syria, but hold the territory. And you can’t do that until you deal with Assad.

O’DONNELL: I think one of the most alarming things that I have read is that of these foreign fighters involved in Syria and Iraq, that some 4,000 of them have Western passports, which means they could travel to the United States without a visa.

GRAHAM: Right.

O’DONNELL: Are we watching them?

GRAHAM: We are.

But we’re being overwhelmed. Quite frankly, Syria and Iraq combined are the best platforms to launch an attack on United States I have seen since 9/11. So, every day that goes by, we have got more terrorist organizations with more capability to strike the homeland than any time since 9/11. You have got AQAP in Yemen. But ISIL’s presence in Syria and Iraq, they’re very rich. Foreign fighters flow with passports that can penetrate the United States and our Western allies. So, you will see a Paris on steroids here pretty soon if you don’t disrupt this organization and take the fight to them on the ground.

And, again, you cannot successfully defeat ISIL on the ground in Syria with the Free Syrian Army and regional coalition of Arab nations until you deal with Assad, because he will kill anybody that comes in there that tries to defeat ISIL.

(…)

O’DONNELL: Joining us now is James Baker. He was chief of staff to President Reagan and President George H.W. Bush. He also served as Bush’s secretary of state.

(…)

O’DONNELL: I want to get your take on some foreign policy matters that are out that — first ISIS, because now we have seen this seventh public beheading on television, these videos

BAKER: Right.

O’DONNELL: You heard what I said to Senator Graham. We’re doing these airstrikes and yet ISIS appears to grow in strength.

BAKER: Yes.

Let me tell you, I agree with practically everything that Senator Graham said, in fact, I think probably everything he said.

O’DONNELL: But you don’t think Americans boots?

BAKER: No American boots on the ground, in my view.

Now, that doesn’t mean you can’t have special ops forces and air controllers and that sort of thing to help with the air war. But we are going to have to find a way to put some boots on the ground. We might be able to find that in Iraq with the Iraqi army if we get them trained up. So far, it doesn’t look very promising.

But, as the senator pointed out, Syria is an entirely different matter. You can’t win this war just from the air. You can’t eject ISIS, you can’t destroy ISIS, eject them from territory just from the air.

My idea would be to go to the Turks, 60-year allies of the United States, members of the North Atlantic Treaty Organization. They have a good army. It’s an army that will fight. They want to take down Assad. President Obama has said Assad must go. They want to destroy ISIS. We want to destroy ISIS.

There’s a conversion of interests here. Why don’t we get together and we say, look, we will supply the air, the logistics and the intelligence, you put the boots on the ground, and go in there and do the job? And, in addition, get some of our Arab allies in the region to put boots on the ground as well, Saudi Arabia, UAE, Jordan and the others.

O’DONNELL: Want to get your take also on Israel, the news that the Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and his ambassador arranged for Netanyahu to address the U.S. Congress to Speaker Boehner and went around the White House. Is that a significant breach of protocol?

BAKER: Right.

Yes, it is.

O’DONNELL: How significant is it?

BAKER: Well, I don’t — I can’t remember an incident in which it’s been done.

Now, let me say this. The speaker of the House has every right in the world to invite whoever he wants to speak to the House. It’s a co-equal branch of government. But it’s best done, our foreign policy is best conducted when there’s at least cooperation between the legislative and the executive branches.

The executive — I’m a creature of the executive branch. The executive branch of government really has the primary power and responsibility and authority to conduct the nation’s foreign policy. It’s not in the Congress. It’s in the executive branch. So, our foreign policy benefits when there’s cooperation, and so does our — the problem — the issue of U.S.-Israeli relations.

O’DONNELL: Should they cancel the speech? Do you think it will backfire on Netanyahu?

BAKER: I think it might very well.

And I would point you to what happened back there when we were in office 25 years ago, when Prime Minister Shamir was having trouble managing the U.S. relationship — U.S.-Israel relationship.

Nothing is more important to the citizens of Israel than to know that their leadership is properly managing the relationship with their most important ally.

O’DONNELL: You think this may damage Netanyahu’s chances of reelection?

BAKER: Well, I don’t know whether it will or not. But I think it has the potential to backfire, just as it backfired on Prime Minister Yitzhak Shamir back there in 1990 or 1991, when he was challenged by Yitzhak Rabin, and Rabin won, but primarily because Shamir was not seen to be able to manage the relationship with the United States properly.

O’DONNELL: There’s so much to talk to you about and so little time. But I do want to get your take on Saudi Arabia, because you were part of this historic delegation that went to the kingdom to meet the new king, King Salman.

So many secretaries of state, former national security advisers there. We now have one-quarter of the planet is Muslim.

BAKER: Right.

O’DONNELL: Sixty-two percent of them are under the age of 30.

BAKER: Right.

O’DONNELL: What role must Saudi Arabia and this new king play?

BAKER: Well, Saudi Arabia — the king of Saudi Arabia is the custodian of the two holy mosques. They occupy a special role in Islam.

Saudi Arabia today happens to be an island of stability. If you looked at that part of the world, countries on all sides of them are failed states now, Iraq, Syria, Yemen. Bahrain has got problems. Look at Libya. What we did in Libya was a terrible mistake. And it’s now totally — so, we’re going to be — we need the Saudis.

They have been historically a very fine ally of the United States. Are there things that they do that we disagree with? You bet your life. But they’re a very good ally. And they’re going to be critical in dealing with the problem you just pointed out.
Is America at War With Radical Islam?
Peter Beinart
The Atlantic

If there’s one thing top Republicans know, it’s that America can’t defeat terrorism unless we call it by its real name. “We are in a religious war with radical Islamists, » Lindsey Graham recently told Fox News. “When I hear the President of the United States and his chief spokesperson failing to admit that we’re in a religious war, it really bothers me.” Rudy Giuliani agrees: “If we can’t use the words ‘radical Islamic terrorism,’ we can’t get rid of them.” So does Ted Cruz. At the Iowa Freedom Summit in January he declared that, “You cannot fight and win a war on radical Islamic terrorism if you’re unwilling to utter the words ‘radical Islamic terrorism.’”

There are several problems here. Even if one believed that calling the enemy “radical Islam” were a good idea, it would hardly explain how to defeat it. Yet the Republicans slamming Obama for his linguistic failures mostly stop there. After he chastised the President in Iowa for not saying “radical Islam,” Ted Cruz’s only policy suggestions were that Obama should have attended the anti-terror rally in Paris and that Americans who join ISIS should lose their citizenship. On Fox, Giuliani mentioned the Paris rally too, and then fell back on platitudes like “you know what you do with bullies? You go right in their face!”
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In reality, denouncing “radical Islam” offers little guidance for America’s actual policy dilemmas. How does calling the enemy by its “real name” help determine whether the United States should take a harder or softer line toward the government in Baghdad? We need its help to retake central Iraq from ISIS, but its Shia sectarianism drives Sunnis into ISIS’ arms. Or how would this linguistic pivot help determine whether the best way to weaken ISIS in Syria is by backing Bashar Assad or seeking his ouster?

After 9/11, hawks backed up their aggressive rhetoric with aggressive policies. At their behest, America invaded and occupied two Muslim countries. Today, by contrast, with land invasions effectively off the table, the rhetoric has become largely an end in itself. What Republicans are really declaring war on is “political correctness.” They’re sure that liberal sensitivities about Islam are hindering the moral clarity America needs to win. Just don’t ask them how.

But it’s worse than that. Because far from providing the moral clarity Republicans demand, saying America is at war with « radical Islam » actually undermines it. How can a term provide clarity when it’s never clearly defined? If America is at war with « radical Islam, » does that include Saudi Arabia, a key US ally that for decades has both practiced and exported a radically illiberal Wahhabi creed? Does it include Iran, a semi-theocracy that has sponsored « radical Islamic » terror against the US but is our de facto ally against ISIS? Does it include Muslim Brotherhood parties like the one that briefly held power in Egypt, which run in democratic elections but want a government based on Islamic law? Listening to some GOP rhetoric, you might think the answer is yes. But to suggest the US is at « war » with key allies like Saudi Arabia and Egypt strips the term of any real meaning.

ISIS and Al Qaeda in the Arabian Peninsula are actual organizations. Reasonable people can delineate where they begin and end, and thus craft specific strategies for fighting them. Good luck doing that with “radical Islam.”

As so often happens in today’s GOP, the Republicans demanding a war against “radical Islam” are working off a false analogy with the Cold War. Since Ronald Reagan’s “moral clarity” against communism supposedly toppled the Soviet Union, America must now do the same with “radical Islam.”

But, in fact, the United States was most successful when it did not see its enemy as “communism.” It was the belief that America must battle communism itself that led the Kennedy and Johnson administrations into a war against a communist regime in North Vietnam that posed no real threat to American security. The US fared far better when it limited its focus to one specific regime, the Soviet Union, and made alliances with other communist governments in order to weaken it. In the late 1940s, the Truman administration worked with communist Yugoslavia to undermine Soviet control of Eastern Europe. And under Richard Nixon, Washington cozied up to Beijing, which despite being even more ideologically zealous than Moscow, helped the US contain Soviet power. Reagan, for all his anti-communist rhetoric, maintained America’s de facto partnership with China because his real target was the USSR.

Obviously, the United States need not be ideologically agnostic. American presidents should say they believe liberal democracy is morally superior to Islamic theocracy, just as it was preferable to fascism and communism. But that’s a far cry from declaring war on every regime based upon an -ism we don’t like. For much of the cold war, the United States battled the Soviet Union but not communist China. In the 1940s, the United States went to war against Germany, Italy and Japan but not fascist Spain. And today, the United States is at war with those “radical Muslim” organizations that actively seek to kill Americans while allying ourselves with other “radical Muslim” regimes that don’t. Why is that so hard for Ted Cruz to understand?

Voir encore:

La Jordanie veut « éradiquer » les djihadistes après le meurtre de son pilote
L’Express/AFP

06/02/2015

Le chef de la diplomatie jordanienne affirme à CNN que les frappes aériennes ne sont que le début des représailles contre le groupe Etat islamique après l’assassinat de Maaz al-Kassasbeh.

La Jordanie veut frapper fort contre le groupe Etat islamique. Le chef de la diplomatie du pays, Nasser Joudeh, a affirmé à CNN que les frappes aériennes ne sont que le début de sa « vengeance » pour l’exécution de son pilote. Il promet « d’éradiquer » les djihadistes.

« La Jordanie pourchassera avec toutes ses forces l’organisation (EI) n’importe où », a déclaré Nasser Joudeh . « Tout membre de Daech (acronyme en arabe de l’EI) est une cible pour nous. Nous les pourchasserons et nous les éradiquerons (…) Nous sommes en première ligne, c’est notre bataille », a ajouté le ministre dont le pays participe aux frappes en Syrie contre l’EI dans le cadre de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Il a affirmé que son pays avait tenté de sauver le pilote Maaz al-Kassasbeh, capturé en décembre par l’EI en Syrie après le crash de son avion, mais sans fournir d’autres détails.

Opération « Martyr Maaz »
L’armée jordanienne a annoncé que des dizaines d’avions de chasse avaient mené jeudi des frappes contre des bastions de l’EI, dans le cadre de l’opération « Martyr Maaz », du nom du pilote brûlé vif par l’EI. « Toutes les cibles ont été détruites. Des camps d’entraînement et des dépôts d’armes et de munitions ont été touchés ». Ces frappes « ne sont que le début de notre vengeance pour le meurtre du pilote », a encore assuré le ministre jordanien.

L’armée n’a pas précisé le lieu des frappes, mais elles ont habituellement lieu en Syrie voisine, pays en guerre depuis près de quatre ans où la montée en puissance de l’EI a éclipsé la rébellion syrienne contre le régime de Bachar al-Assad.

Alors qu’on lui demandait si la Jordanie était disposée à lancer une opération terrestre contre l’EI, Nasser Joudeh est resté évasif: « Il faut tenir compte de plusieurs facteurs, les opérations militaires en cours, garantir la sécurité dans la région en plus d’objectifs sur le long terme incluant la lutte contre l’idéologie de ce groupe ».

Des manifestations de solidarité avec la famille du pilote sont prévues vendredi en début d’après-midi à travers la Jordanie après la prière hebdomadaire.

 Voir enfin:

“The Creeds of the Devil”: Churchill between the Two Totalitarianisms, 1917-1945

Antoine Capet

Winston Churchill.org.
Abstract: Contrary to much of the literature that depicts him first and foremost as a lifelong foe of communism, Winston Churchill was actually quite pragmatic regarding his opposition to various forms of totalitarianism, a worldview which explains his near-rabid anti-communism following the First World War and also his gradually softening change as he began to see fascist Nazi Germany as the greatest threat to a stable world order in the years before the Second World War.  It is this pragmatism and a basic hostility to tyranny, then, that best explains Churchill’s approach to all forms of totalitarianism.

Antoine Capet, FRHistS, is Professor of British Studies at the University of Rouen (France).  He has edited a number of collections on Britain’s diplomatic and military policy in the 20th century, the latest being Britain, France and the Entente Cordiale since 1904 (Palgrave Macmillan, 2006). He has been Editor of the “Britain since 1914” section of the Royal Historical Society Bibliography since 2001 and he sits on the International Board of Twentieth Century British History.
Last March, I was invited to deliver a keynote lecture on “Churchill, Fascism and the Fascists” at the University of Lille (France),1 and when Dr Michael Kandiah2 asked if I were interested in giving a paper at the Cold War Conference which he was organizing,3 I immediately thought of “Churchill and Bolshevism”4 as the obverse of the same coin.5

The prevailing image of Churchill is that of the “bulldog,” relentlessly resisting and finally defeating the fascist dictators, including of course by their archetype Hitler.6 But David Carlton, who has devoted a monograph to the study of Churchill’s attitude to Soviet Communism7—or “Bolshevism” as it was better known before the Second World War—argues that Churchill’s real relentless struggle was against the Bolsheviks and Soviet Communists: a protracted one, in fact almost a lifelong task from the 1917 Revolution until his retirement from active politics, with the period from 1941 to 1945 not even constituting the lull which mainstream historians and biographers like to emphasise.

Carlton summed up the gist of his book in a paper which he gave at the Institute of Historical Research in January 2001 and published in the Transactions of the Royal Historical Society. Concluding the paper on a minute sent to Eden on 6 December 1953, in which Churchill addressed the Soviet threat in no uncertain terms, Carlton concludes:

These are not the words of a serious pioneer of détente. For with great certitude they depict the Soviets as unreformable creatures of tireless aggression. In fact they represent the convictions of the visceral anti-Soviet that Churchill had never ceased to be since the first days of the Bolshevik Revolution. In short, his anti-Nazi phase, for which ironically he will always be principally remembered, was for him something of a digression, however necessary, in his extraordinarily long career. Thus, once the Battle of Britain had been won and the Americans had entered the war, the struggle to defeat Germany became for him no more than a second-order crusade. For in his own eyes at least the contest with Soviet Bolshevism was what gave his political life the greatest continuity and meaning.8

In this, Carlton more or less follows the “revisionist” theories put forward by Clive Ponting in his highly critical—and highly controversial—1994 biography of Churchill.9 Carlton quotes at length from the animal and medical imagery used by Churchill against the Bolsheviks after 1917, as documented by Ponting. The revision in question bears on the conventional picture of Churchill given by “traditionalist historian[s].”10 Kinvig also indirectly indicts them when he writes in his Introduction: “Churchill’s Russian policy during the twenty-five months he spent at the War Office has received little attention from most of his biographers.” A note indeed gives full statistical details:

Roy Jenkins gave but seven paragraphs to [Russian policy] in the 900-odd pages of his major biography Churchill (2001); Geoffrey Best gave it five paragraphs in his 300-page reflective work A Study in Greatness (2001). John Keegan’s 170-page introductory biography Churchill (2002) and Richard Holmes’s 300-page work, In the Footsteps of Churchill (2005),11 each allot it a single paragraph.12

One favourite target is Roland Quinault, who suggested in 1991 that Churchill was not the hot-headed interventionist in post-revolutionary Russia which his critics denounced, since he considerably reduced the British military presence there when he was Secretary of State for War and Air in 1919.13 For his part, Kinvig refutes this thesis by emphasizing Churchill’s equivocation during his term of office:

Churchill claimed correctly that the key intervention decisions had been taken by the Cabinet and Supreme War Council before he came into office. There is no doubt, however, that he strove, and managed at times, to extend, revise or circumvent them.14

Sir Martin Gilbert and William Manchester are also specifically named among those who perpetuate the Churchill “mythology,” notably the argument that his increasing denunciations of Chamberlain’s refusal to initiate a rapprochement with the Soviet Union from 1938 showed a toning down of his former uncompromising anti-Bolshevik stance.15

Anyone who has read Churchill’s abundant pronouncements on Soviet Communism and relations with the USSR in the inter-war years knows that things are not as simple as that. Surely, an author like Geoffrey Best would be seen as a “traditionalist historian” by Carlton—yet Best adheres to the conception of Churchill as anti-Bolshevik hothead in the years following the First World War, pointing out that “no other person of highest political stature publicised and went on about his dislike of it [Bolshevism] as much as he did.” For Geoffrey Best, Churchill “became worked up and histrionic in much the same way as Edmund Burke had become worked up about the French Revolution.”

As evidence of these histrionics, Geoffrey Best adduces what Churchill wrote in The Aftermath, the fourth volume16 of The World Crisis, looking back in 1929 on the situation in Eastern Europe after the Russian Revolution:

[To the East of Poland] lay the huge mass of Russia—not a wounded Russia only, but a poisoned Russia, an infected Russia, a plague-bearing Russia, a Russia of armed hordes not only smiting with bayonet and with cannon, but accompanied and preceded by swarms of typhus-bearing vermin which slew the bodies of men, and political doctrines which destroyed the health and even the souls of nations.17

In fact, Churchill was only “recycling” almost verbatim an article which contained the stark sub-headings “Shall the Red Flood of Bolshevism Swamp all Europe?” and “The Poison Peril from the East,” which he had published in The Evening News on 28 July 1920.18 Interestingly, this offensive language did not pass unnoticed, even in the Conservative press. Ronald Cohen, who also reproduces the text, notes that it “led to a critical article in The Times of the following day.”19 And this was not the end of the story: Churchill wrote to Lord Northcliffe to complain:

[I]n undertaking to do this, I did not expect to encounter the hostile criticism of the Times. I can quite understand that the Times might not agree with any particular phrase or argument….Criticism of policy is one thing. Criticism on the propriety of my writing an article for the Evening News is another. I confess I feel myself unfairly treated in this respect. No other morning paper that I have read has found it necessary to make any adverse comment, yet the leading paper in your group of papers goes out of its way to attack the propriety of my writing an article which I was strongly pressed to write by another paper in the same group.20

This exchange with Lord Northcliffe shows, if need be, that Churchill’s anti-Bolshevik “histrionics” did not necessarily ingratiate him with senior representatives of the British Right—and that Churchill took no notice of their reservations. It is probably impossible to say when the image of the “maverick” was born, but Churchill’s lone unrelenting anti-Bolshevik campaign in 1918-1919-1920 must have played a significant part in its creation.

*****

For a possible explanation, one should perhaps start with the trauma of the Bolshevik Revolution. “Bolshevism is not a policy; it is a disease,” Churchill said in the House of Commons on 29 May 1919, adding, “it is not a creed; it is a pestilence,”21 thus starting a long series of highly offensive medical metaphors in his attacks on the Bolsheviks. In June, he described them with the suggestion of mental illness as a “league of failures, the criminals, the morbid, the deranged and the distraught.”22 A variant was “the vampire which sucks the blood from his victims,” used in the House of Commons on 26 March.23 Later in the year, on 6 November, he took up again his extreme vocabulary of insidious epidemics in his description of Lenin’s journey back from Switzerland in the House of Commons:

Lenin was sent into Russia by the Germans in the same way that you might send a phial containing a culture of typhoid or cholera to be poured into the water supply of a great city, and it worked with amazing accuracy.24

Slightly modifying his choice of words, he took up the same idea in The Aftermath ten years later, remarking that the Germans “transported Lenin in a sealed truck like a plague bacillus from Switzerland into Russia.”25 Paul Addison also notes after Norman Rose26 that Churchill spoke of Bolshevism as a “cancer,” and a “horrible form of mental and moral disease.”27 With another version of what must have been his favourite description of Bolshevism in the 1920s, Churchill applied the phrase once again to Trotsky, baptised “The Ogre of Europe” in Nash’s Pall Mall Magazine (December 1929): “Like the cancer bacillus, he grew, he fed, he tortured, he slew in fulfilment of his nature.”28

Churchill was Minister of Munitions from 18 July 1917 to 9 January 1919. His perception of the “stab in the back” syndrome was not that of the German Left forcing defeat on an unvanquished army; it was that of the Bolsheviks betraying their Western allies by accepting a separate peace with the Central Powers (Treaty of Brest-Litovsk, 3 March 1918).

In a speech given at the Connaught Rooms on 11 April 1919, he arraigned them as traitors:

Every British and French soldier killed last year was really done to death by Lenin and Trotsky, not in fair war, but by the treacherous desertion of an ally without parallel in the history of the world.29

This was taking up in much stronger terms the regrets expressed when he spoke of the Russian withdrawal from the war in a speech at Bedford on 11 December 1917:

It is this melancholy event which has prolonged the war, that has robbed the French, the British and the Italian armies of the prize that was perhaps almost within their reach this summer; it is this event, and this event alone, that has exposed us to perils and sorrows and sufferings which we have not deserved, which we cannot avoid, but under which we shall not bend.30

Two of the things Churchill most hated were at work in this troubled period: betrayal and the break-up of the social order. Lloyd George, the Prime Minister, famously added a more personal consideration: “His ducal blood revolted against the wholesale elimination of Grand Dukes in Russia.”31 In his diary, Sir George Riddell noted that Lloyd George had commented upon Churchill’s Connaught Rooms speech in no uncertain terms: “He has Bolshevism on the brain…he is mad for operations in Russia.”32 A few weeks earlier, on 17 February, using the same word “mad,” Lloyd George had personally wired Churchill to warn him against a “purely mad enterprise out of hatred of Bolshevik principles.”33

Still, as Secretary of State for War until 14 February 1921, Churchill embarked on a policy of eradication of what he called “the foul baboonery of Bolshevism” during an official luncheon at the Mansion House on 19 February 1919,34 a policy soon dubbed “Mr. Churchill’s Private War” by the press,35 though with some exaggeration, since Kinvig’s examination of the Parliamentary debates following Churchill’s presentation of the Army Estimates on 3 March show that some Members were equally ready to use abusive language against the Bolsheviks and enthusiastically supported him.36

The fact remains that Churchill’s assimilation of the Bolsheviks to animals became a constant in the inter-war years. Of the Russian revolutionaries a few months earlier, at his Dundee seat on 26 November 1918, during the General Election campaign, Churchill said:

Russia is being rapidly reduced by the Bolsheviks to an animal form of Barbarism….Civilization is being completely extinguished over gigantic areas, while the Bolsheviks hop and caper like troops of ferocious baboons amid the ruins of cities and the corpses of their victims.37

“Baboons” reappeared in a conversation with H.A.L. Fisher on 8 April 191938 and three days later, in the Connaught Rooms speech, he denounced “that foul combination of criminality and animalism which constitutes the Bolshevik regime.”39 The criminal/animal analogy was again used in “Trotsky: The Ogre of Europe”:

He had raised the poor against the rich. He had raised the penniless against the poor. He had raised the criminal against the penniless….Nothing lower than the Communist criminal class could be found. In vain he turned his gaze upon the wild beasts. The apes could not appreciate his eloquence. He could not mobilize the wolves, whose numbers had so notably increased during his administration. So the criminals he had installed stood together, and put him outside.40

Churchill did not only use the imagery of wolves and baboons. In “Mass Effects in Modern Life” (1931), he rhetorically considered what other animal metaphors would be appropriate:

Sub-human goals and ideals are set before these Asiatic millions. The Beehive? No, for there must be no queen and honey, or at least no honey for others. In Soviet Russia we have a society which seeks to model itself upon the Ant. There is not one single social or economic principle or concept in the philosophy of the Russian Bolshevik which has not been realized, carried into action, and enshrined in immutable laws a million years ago by the White Ant.41

The allusion to “sub-human goals” and “these Asiatic millions”—also found in the Trotsky article, in which Churchill speaks of “a vast process of Asiatic liquefaction”42—naturally remind us of the worst excesses of Hitler’s “Aryan” vocabulary.

Indeed, at some stage, Churchill was very near to speaking, like the German Nazis a few years later, of Judaeo-Bolshevism. Not that Churchill was a rabid antisemite—on the contrary, it can be argued that he was a philosemite all his life43—but in a remarkable article entitled “Zionism versus Bolshevism,” published in 1920, he distinguished between the good Jews, the “National Jews” like those of Britain who were perfectly assimilated, or the Zionist Jews prepared to re-people their “home” in Palestine, and the evil “International Jews”:

Most, if not all, of them have forsaken the faith of their forefathers, and divorced from their minds all spiritual hopes of the next world. This movement among the Jews is not new. From the days of Spartacus-Weishaupt to those of Karl Marx, and down to Trotsky (Russia), Bela Kun (Hungary), Rosa Luxembourg (Germany), and Emma Goldman (United States), this world-wide conspiracy for the overthrow of civilization and for the reconstitution of society on the basis of arrested development, of envious malevolence, and impossible equality, has been steadily growing.

The link between Jewry and Bolshevism—the Judaeo-Bolshevism of Hitler—is provided by the leadership of the Russian Revolution:

With the notable exception of Lenin, the majority of the leading figures are Jews. Moreover, the principal inspira­tion and driving power comes from the Jewish leaders. Thus Tchitcherin, a pure Russian, is eclipsed by his nominal subordinate Litvinoff, and the influence of Russians like Bukharin or Lunacharski cannot be compared with the power of Trotsky, or of Zinovieff, the Dictator of the Red Citadel (Petrograd), or of Krassin or Radek—all Jews. In the Soviet institutions the predominance of Jews is even more astonishing. And the prominent, if not indeed the principal, part in the system of terrorism applied by the Extra­ordinary Commissions for Combating Counter-Revolution has been taken by Jews, and in some notable cases by Jewesses.

Even worse, the leadership of World Revolution as fomented by the Bolsheviks is also provided by these “International Jews”:

The same evil prominence was obtained by Jews in the brief period of terror during which Bela Kun ruled in Hungary. The same phenomenon has been presented in Germany (especially in Bavaria), so far as this madness has been allowed to prey upon the temporary prostration of the German people. Although in all these coun­tries there are many non-Jews every whit as bad as the worst of the Jewish revolutionaries, the part played by the latter in proportion to their numbers in the population is astonishing.44

But Kinvig fails to notice the ambiguities in Churchill’s vocabulary when he wrote about the “International Jews”: when Kinvig argues that “there was no trace of anti-Semitism in Churchill’s make-up,” rightly adducing the example of his opposition to the pogroms and wholesale executions on the part of the White45 Russians,46 he seems to neglect Churchill’s notorious “Zionism versus Bolshevism” 1920 article. Conversely, Carlton has a case when he writes that the “extent to which Churchill “lost his balance” on the subject of the early Soviet Union is, then, too little recognised.”47

Churchill also seems to have “lost his balance” in his evaluation of the comparative demerits of Germany (from which it was widely considered that Prussian militarism had not been eradicated by the defeat of 1918) and Russia (now in the hands of the Bolsheviks). In a remarkable letter to Lloyd George, written on 24 March 1920, he notably wrote: “Since the armistice my policy w[oul]d have been ‘Peace with the German people, war on the Bolshevik tyranny.’ Willingly or unavoidably, you have followed something vy near the reverse.”48

This hypothetical policy may have been derived from his assessment of the two dangers—a sort of “first things first” line of conduct which we will have occasion to discuss later. Already, in the Connaught Rooms speech of 11 April 1919, Churchill compared the two threats—to the Soviets’ disadvantage:

Of all the tyrannies in history, the Bolshevist tyranny is the worst, the most destructive, and the most degrading. It is sheer humbug to pretend that it is not far worse than German militarism. [Its atrocities are] incomparably more hideous, on a larger scale, and more numerous than any for which the Kaiser is responsible.49

Considering the list of atrocities then attributed to the Germans during the Great War (the rape of Belgian nuns, etc.), this was no small accusation at the time. In fact, in the secrecy of the War Cabinet, he had adumbrated a reversal, if not of alliances, at least of the policy followed since the conclusion of the Entente Cordiale in the 1900s, on the eve of the 1918 Armistice, declaring that “[W]e might have to build up the German army, as it was important to get Germany on its legs again for fear of the spread of Bolshevism.”50

Whatever the scepticism which may be attached to the reliabilty of reminiscences published fifty years after the event, Lady Violet Bonham Carter, in conversation with Sir Martin Gilbert, said that Churchill had explained his policy to her in terms of “Kill the Bolshie, Kiss the Hun.”51 Coming as it did after the Armistice, this has the ring of truth. This is borne out by WSC’s slightly more careful words to Lloyd George in April 1919: “Feed Germany; fight Bolshevism; make Germany fight Bolshevism.”52

*****

It is only with the utmost reluctance that Churchill bowed to reality and accepted the Bolshevik take-over of Russia as accomplished fact in 1920. Kinvig also argues, with some plausibility, that “Churchill’s attention became increasingly diverted to Ireland, where the first IRA campaign was gathering intensity.”53 Initially, of course, the war against Bolshevism had not been a “cold” one but a “hot” one, with British troops aiding the White Russians to fight the Reds.54

Sir Martin Gilbert has given us a superbly documented account of “Mr. Churchill’s Private War” against Bolshevism—a war which he lost in the Cabinet as much as in Eastern Europe.55 But as Quinault pointedly reminds us, “Churchill was not personally responsible for the British military intervention in Russia, which was part of a collective Allied military strategy.”56 The fact remains that the British intervention gave rise to at least two unfortunate episodes in Churchill’s long career: his dubious phraseology over the “International Jews” and his imprudent prescription of gas as “the right medicine for the Bolshevist.” Kinvig in fact explains that the gas in question was not of a lethal nature, only temporarily incapacitating the enemy57—but of course the harm was done, and the phrase has stuck,58 much to Churchill’s disrepute.59

By the early 1920s it was clear that “there was something almost visceral about Churchill’s hatred,”60 and his reputation as the arch-enemy of “the enemies of the human race,” who “must be put down at any cost,”61 was therefore well established, and Ramsay MacDonald, the Leader, declared in connection with Churchill’s anti-Bolshevik campaigns, “If the Labour Party can’t fight this, it can fight nothing.”62

Technically, however, Churchill was still a Liberal. He only crossed the Floor of the House again in 1924, standing as an Independent Anti-Socialist candidate at a by-election in March, in which he was narrowly defeated by the official Conservative candidate, and as a Constitutionalist candidate at the October General Election, with official Conservative backing. He won the seat of Epping, which he kept until 1964. In November 1924, he became Chancellor of the Exchequer in the Conservative Government led by Baldwin. The following year he officially rejoined the Conservative Party.

In May 1926 he was at the forefront of the Government’s efforts to defeat the General Strike, notably editing the British Gazette, the official Government newspaper in the absence of the usual commercial newspapers. Churchill emerged from the episode with a reinforced reputation as the enemy of the working man, the more so as he initially opposed the distribution of welfare payments to the coalminers who continued with the strike until the autumn. He was presented as the extremist of the General Strike, not without justification.63

His image as a man of the authoritarian Right was made even worse by his disastrous public pronouncements following his trip to Rome in January 1927, when he met the Pope and Mussolini. In fact he had already expressed his admiration for Mussolini in January 1926, in a speech before Treasury officials :

Italy is a country which is prepared to face the realities of post-war reconstruction. It possesses a Government under the commanding leadership of Signor Mussolini which does not shrink from the logical consequences of economic facts and which has the courage to impose the financial remedies required to secure and to stabilise the national recovery.64

This is what we could call the “classic” defence of Fascism—its economic efficiency at a time when the democracies were at a loss to find a coherent economic policy. Oswald Mosley was to put it more concisely later when he repeated that he and his fellow British Fascists wanted to turn Parliament “from a talk-shop to a work-shop.” When Churchill praised Mussolini’s Italy for its economic realism, it was of course the British Chancellor of the Exchequer envying the Fascist dictator for the room for manoeuvre which the absence of an effective opposition gave him.

The offensive declarations of January 1927 were of a different nature, in that they clearly justified the introduction of Fascism as a bulwark against Bolshevism: “If I had been an Italian, I am sure I should have been whole-heartedly with you from the start to finish in your triumphant struggle against the bestial appetites and passions of Leninism.”65

This argument was to be repeated ten years later, at the time of the Spanish Civil War, in a slightly different form—though the old assimilation with animals was not taken up: I will not pretend that, if I had to choose between Communism and Nazi-ism, I would choose Communism.66

But then one must introduce a capital factor into the equation. In all these cases, Churchill was talking from the point of view of the Italians, the Spanish and the Germans. Thanks to Britain’s superior institutions and traditions, summed up by the well-known popular phrase, “it could not happen here,” the British were fortunately protected from these impossible choices.

In his approval of the Italian Fascists” in January 1927, Churchill was careful to distance himself from any advocacy of replication in Britain, immediately adding: But in Great Britain we have not yet had to face this danger in the same form. We have our own particular method of doing things.67 Ten years later, in “The Ebbing Tide of Socialism,” published in July 1937, Churchill continued to argue that Britain was above these Continental errors:

So also have been reduced to impotence and ridicule the Nazi conceptions of Sir Oswald Mosley.68 He had built his hopes upon the Socialist or Communist menace, and in all probability he would have risen in opposition to it. But at the present time it does not exist. The failure of the red-hot men of the Left has involved a simultaneous failure of the white-hot men of the Right.69

This is of course an extremely interesting argument coming from a man of the Right, as Churchill then undoubtedly was. If we follow WSC, it is precisely because “the Socialist or Communist menace” was warded off in Britain that Fascism was unable to take root in the country. Closely following French affairs as he always did, he perfectly knew of the cries from the Fascist or crypto-Fascist ligues heard all over France at the time: “Plutôt Hitler que Blum” or the “clever” rhyming phrase (in French) “Plutôt Hitler que le Front populaire.”

The easy point which Churchill would then have been able to make was that it was thanks to men of the “moderate” Right, like him, that the “menace” had not materialised into anything serious. But Churchill being Churchill, he chose instead to attribute the merit to the democratic maturity of the British people:

The massive common sense of the only long-trained democracy—apart from the United States—has established a spacious and predominant middle zone within which the class adjustments of the nation can be fought out, and from which the extremists at both ends are excluded.70

More than that, in his Commons speech of 14 April 1937 he suggested that a self-respecting Briton would face death rather than accept “to choose between Communism and Nazism: I hope not to be called upon to survive in a world under a government of either of these dispensations.”

A third reason may perhaps be adduced for Churchill’s praise of Mussolini in the 1920s: it appeared that at a time when the affairs of Continental Europe continued to preoccupy Churchill, he was reassured that Britain could count on Italy as a reliable partner under his rule, contrary to what he had initially feared. “What a swine this Mussolini is,” he wrote to his wife on 5 September 1923 after Mussolini decided to occupy Fiume.71

Thus three elements were clear in Churchill’s attitude to the Fascists and Communists—the two faces of the same coin in his eyes—around 1931-32. He feared the Bolshevik threat far more than the Fascist threat. Founding his reasoning on Churchill’s speeches in Parliament, Quinault argues that “As late as 1931, Churchill still considered Soviet Russia the main threat to peace in Europe and the principal obstacle to disarmament.”72

If Fascism did not encroach upon British interests there was no reason in his eyes not to praise its perceived economic efficiency. Fascism was all very well for the Continentals, with their shaky and often recent adoption of democratic institutions; but Britain did not need it to ward off the Communist danger. Although there is evidence that the early British Fascists, Rotha Lintorn-Orman’s British Fascisti (founded in 1923) and the splinter-group created in 1924, the National Fascisti (later the British National Fascisti), had occasionally given a hand in breaking the General Strike, for instance in Liverpool, it was obvious that the strike would have failed even without their intervention.73

In the 1930s, there was a complex evolution of Churchill’s attitude on the first two points, even though he never varied in his absolute disdain for the home-made version of Fascism. This did not mean that he did not share the Fascists’ extreme views on the intellectual Left. As Paul Addison puts it, “in the early 1930s Churchill sounded reactionary about England,”74 and he quotes from a speech delivered on 24 April 1933 before the staunchly patriotic Royal Society of St. George. A more extensive excerpt makes the point even clearer:

The worst difficulties from which we suffer do not come from without. They come from within. They do not come from the cottages of the wage-earners. They come from a peculiar type of brainy people always found in our country, who, if they add something to its culture, take much from its strength.

Our difficulties come from the mood of unwarrantable self-abasement into which we have been cast by a powerful section of our own intellectuals. They come from the acceptance of defeatist doctrines by a large proportion of our politicians. But what have they to offer but a vague internationalism, a squalid materialism, and the promise of impossible Utopias?75

What made him change his approach—pace Carlton—was clearly the emergence of the radical National-Socialist movement in Germany.76 Even before he acceeded to the Chancellorship of Germany on 30 January 1933, Churchill “viewed the rise of Hitler with disquiet,” as Wrigley mildly puts it.77

In Rome in January 1927, Churchill had met Mussolini twice, in informal or semi-formal circumstances, at a ball and after a dinner at the British Embassy. The same scenario of informality almost repeated itself for the only occasion which he ever had of meeting Hitler, in September 1932. Churchill had been traveling to Germany, notably to Blenheim78 where his famous ancestor the Duke of Marlborough had defeated the French-led coalition in 1704. He was staying in Munich before going back to England, in a hotel which Hitler also frequently patronised, and he was approached by a very cheerful Herr Hanfstaengl who befriended him, saying that he could easily arrange a meeting with Hitler, whom he knew well and who he felt sure would be very glad to see him. We know this because Churchill recounted the episode in the first volume of his War Memoirs, The Gathering Storm, and Hanfstaengl confirmed it to the letter in his own memoirs. Writing immediately after the Second World War, this is how Churchill describes his state of mind in the late summer of 1932 :

I had no national prejudices against Hitler at this time. I knew little of his doctrine or record and nothing of his character. I admire men who stand up for their country in defeat, even though I am on the other side. He had a perfect right to be a patriotic German if he chose. I always wanted England, Germany and France to be friends.79

This is all the more plausible as Churchill had not lost his crusading spirit against Bolshevism. In November 1931, when the fifth and final volume of his narrative of the First World War, The World Crisis, was published, he dedicated it to “Our Faithful Allies and Comrades in the Russian Imperial Armies” because it dealt with The Eastern Front.80 We can agree in retrospect with John Young’s opinion:

Where the USSR was concerned Churchill’s realism led him to accept, by the 1930s, that it would exist for some time and was an essential component in any anti-German balance of power.81

But the real question is when exactly “by the 1930s” Churchill came to realise that—to invert Carlton’s phrase—the Bolshevik peril was now of “second order” compared with the Nazi menace? There is probably no answer, if only because there was a long period of uncertainty over Hitler’s capacity for starting another war. Churchill never doubted Hitler’s evil nature, just as he never doubted Stalin’s—but it took some time before it became certain that the Nazi danger was the worser of the two.

In a speech before the House of Commons on 11 July 1932, Churchill had described Hitler as “the moving impulse behind the German Government.” He “may be more than that very soon,”82 he percipiently added—it must be remembered that Hitler’s party, the NSDAP, received just over 37 percent of the popular vote in the Reichstag elections of 31 July 1932. So a meeting would have made sense.

But then Churchill mentioned to Hanfstaengl Hitler’s attitude to the Jews. It is not clear whether this was a deliberate provocation or an incidental remark in their conversation. According to Hanfstaengl,83 Churchill’s exact words were “Tell your boss from me that anti-Semitism may be a good starter, but it is a bad sticker.”84

The result was decisive: the proposed meeting was called off. “Thus Hitler lost his only chance of meeting me,” Churchill concludes in his memoirs. “Later on, when he was all-powerful, I was to receive several invitations from him. But by that time a lot had happened, and I excused myself.”85

Hanfstaengl makes it clear that there was in fact mutual suspicion, a distrust on both sides which gradually turned into absolute hatred and it is impossible to know whether Hitler was later shown the secret memorandum which one of the Counsellors at the German Embassy in London had sent to his Foreign Ministry, reporting a conversation with Churchill on 18 October 1930, over a year therefore before Hitler became Chancellor:

Hitler had admittedly declared that he had no intention of waging a war of aggression; he, Churchill, however, was convinced that Hitler or his followers would seize the first available opportunity to resort to armed force.86

This secret memorandum also contains evidence that Churchill had read at least passages from Mein Kampf, published in Germany in 1925-1926, privately translated for his own edification, because in the conversation he alluded to a cynical remark by Hitler, “the great masses of the people … will more easily fall victims to a great lie than to a small one,” which did not even figure in the official English translation published in 1933.87

The private Foreign Office translation88 of the expurgated passage, later forwarded to Churchill, read: “if one tells big lies, people will always believe a part” and “something always remains of the most impudent lies.”89

There is also indirect evidence that Churchill immediately understood the significance of Hitler’s incitements to racial and national hatred long before their aborted meeting. In an article entitled “Shall We All commit Suicide?” published in September 1924 in Pall Mall Magazine and reprinted in Thoughts and Adventures in 1932, Churchill assumed the role of the prophet of doom which was to gradually estrange him from his fellow-citizens, who did not want to hear his apocalyptic predictions. It was not a welcome warning when he wrote, “Let it not be thought for a moment that the danger of another explosion in Europe is passed.” There were two reasons for that. For one, Russia bemoaned the loss of “her Baltic Provinces.” But there was worse:

From one end of Germany to the other an intense hatred of France unites the whole population. The enormous contingents of German youth growing to military manhood year by year are inspired by the fiercest sentiments, and the soul of Germany smoulders with dreams of a War of Liberation or Revenge. These ideas are restrained at the present moment only by physical impotence.

Now, even though Hitler as such is not named as such, it is permissible to see him as the archetype of aggressive man in the most blood-curdling passage in Churchill’s article—and if the readers of Pall Mall did not all perceive the allusion in 1924, it is most likely that those of 1932 did, when they read the reprinted piece in Thoughts and Adventures:

Death stands at attention, obedient, expectant, ready to serve, ready to shear away the peoples en masse; ready, if called on, to pulverise, without hope of repair, what is left of civilisation. He awaits only the word of command, He awaits it from a frail, bewildered being, long his victim, now—for one occasion only—his Master.90

Considering all this, why Churchill wrote a long portrait, “The Truth about Hitler” (published in November 1935 in The Strand Magazine, and reprinted in 1937 in Great Contemporaries as “Hitler and his Choice”) remains one of the more puzzling aspects of this complex relationship-by- proxy. In any case it is a typical exercise in damning with faint praise. The German Foreign Ministry lodged an official complaint, and the magazine was banned in Germany.91

The gist of the article is that the “former Austrian house-painter,” the “Austrian-born corporal,” had by 1935 “succeeded in restoring Germany to the most powerful position in Europe.” Before Hitler, “Germany lay prostrate at the feet of the Allies,” Churchill argued. “He may yet see the day when what is left of Europe will be prostrate at the feet of Germany.”

The great question was whether what Churchill called “the mellowing influences of success” would eventually make Hitler “a gentler figure in a happier age.” The article was not well balanced, because Churchill obviously devoted far more space to the discussion of the negative and pessimistic arguments, notably the idea that if past behaviour was anything to go by, there was serious cause for worry.

Churchill bore down on Hitler’s relentless persecution of the German Jews, “a community numbered by hundred of thousands” and on the arrest of all opponents, including “Trade Unionists and the liberal intelligentsia,” with “an attack upon the historical basis of Christianity.” In a forceful image, he linked this repression to the military effort: ‘side by side with the training grounds of the new armies and the great aerodromes, the concentration camps pock-mark the German soil.”

One remarkable aspect of his argument is that Churchill indicts Hitler for proscribing “socialists and communists of every hue.”92 Carlton curiously glosses over this imbalance and interprets the language of the text as showing a partiality towards Hitler which Churchill had never shown towards the Bolsheviks.93 But overall Churchill’s article makes it clear that by 1935 his visceral anti-Communism was relegated to the background in the face of the mounting danger from Nazi Germany. Given the choice between Godless Communism and Godless Nazism,94 he found the latter the most obnoxious.

This does not mean that he now rejected Fascist Italy. On the contrary, by a curious twist in the reasoning, largely founded on considerations of British defence priorities, Churchill courted Mussolini more assiduously than ever after Hitler’s accession to the Chancellorship.

One of the most important sources for our subject is the impassioned speech which Churchill delivered at the 25th anniversary meeting of the Anti-Socialist and Anti-Communist Union, on 17 February 1933, less than three weeks after Hitler came to power—the context is obviously of capital importance. There is of course a great deal of irony in Churchill addressing this organisation, because it had been founded as the Anti-Socialist Union in 1908 precisely to fight the welfare measures which Lloyd George was drafting with the help of Churchill, then at the height of his anti-Conservative “progressive” phase.95 Though adopting a militant Anti-Communist position, as the postwar addition to its name indicated, it clearly distanced itself from British Fascist groups—indeed these Fascist groups were now much more attractive for people with far-right inclinations. But it is a measure of Churchill’s evolution that he was now its guest speaker.

The speech contains the first public allusions to another perceived menace: militarist Japan. Context is again all-important: Japan had attacked Manchuria on 18 September 1931 and proclaimed the “independence” of the puppet state of Manchukuo on 15 September 1932. When the League of Nations expressed a protest, Japan withdrew from it immediately, on 24 February 1933. Also, only a week before Churchill’s speech, on 9 February, the Oxford Union had passed the extraordinary resolution that “This House refuses in any circumstances to fight for King and Country.”

Starting with a denunciation of the “abject, squalid, shameless avowal” of the Oxford students, Churchill offered a bleak panorama of the world situation, which dictated British rearmament, not pacifism. The first passage of that vast survey must have displeased his audience, since many members probably shared the common belief among the Right that Nazi Germany was the best bulwark against Soviet contagion. When thinking of the Oxford Union resolution, he argued,

I think of Germany, with its splendid clear-eyed youth marching forward on all the roads of the Reich singing their ancient songs, demanding to be conscripted into the army; eagerly seeking the most terrible weapons of war; burning to suffer and die for their fatherland.

It was obvious here that Churchill did not primarily have the Soviet Union in mind as the potential target of Germany’s “splendid clear-eyed youth.” This is what made him differ so sharply with the Appeasers and the activists of the British Right and extreme Right: he never believed that the supporters of German Nazism could be the objective allies of British Conservatives against Bolshevism. This is all the more remarkable as he shared their belief—at least in 1933, at the time of his speech—in the Far East:

I must say something to you which is very unfashionable. I am going to say one word of sympathy for Japan… I hope we should try in England to understand a little the position of Japan, an ancient state with the highest sense of national honour, and patriotism and with a teeming population and a remarkable energy. On the one side they see the dark menace of Soviet Russia. On the other the chaos of China, four or five provinces of which are actually now being tortured under Communist rule.

As if this did not make it sufficiently evident that he judged the militarist and Fascist Right on the merits of the case, he had most surprising words of praise to pour on Italy “with her ardent Fascisti, her renowned Chief, and stern sense of national duty,” and even more so on Mussolini, whom he saw as “the Roman genius…the greatest lawgiver among living men.”96

In his biography of Churchill, Roy Jenkins calls this “an altogether unfortunate speech”97: admittedly, with the benefit of hindsight, knowing that Japan was to associate with Germany in the Anti-Comintern Pact three years later, with Italy soon joining them—eventually forming the so-called “Axis.” Churchill’s partiality towards Japan and Italy now seems little founded, and cannot be explained by his desire to please his audience, since he knew that he was probably affronting most of them with his uncompromising rejection of Nazism; but that did not stop him.

So we have to go back to psychological explanations founded on the complexity of Churchill’s personality. No doubt he was a man of principle—but like all virtuous men, only up to a point. He was an opportunist in the sense that he always chose what was the lesser of two evils in his eyes. Here his guiding principle seems to have been no less than the preservation of civilisation. For him, this meant first and foremost the liberal values of Western culture—as most cherished in England. Churchill was “Liberal” in the economic sense—he wrote in a letter sent shortly before he became Chancellor of the Exchequer that “the existing capitalist system is the foundation of civilisation”98—but perhaps even more so in the democratic sense.

The lesser of the two evils approach is illustrated by his speech to the Commons on 7 February 1934 :

We…are left exposed to a mortal thrust, and are deprived of that old sense of security and independence upon which the civilization99 of our island has been built.100

It was clear to him that with Hitler now the unchallenged Leader of Germany, the foundations of British and Western civilisation—and therefore of all civilisation in his eyes, as he was to say four years later in so many words101—were mortally threatened.

The lesser evil was therefore to accept to have some truck with those whom he then perceived as lesser Fascists and Militarists—the Italians and Japanese—the better to ward off the only truly dangerous menace, Nazi Germany, intent on enslaving the “rotten plutocracies.” There was nothing new in this priority. As early as February 1919, Churchill had expressed before the Cabinet his fear of “a great combination from Yokohama to Cologne in hostility to France, Britain and America.”102 He had expressed this fear with special reference to the possible spreading of Bolshevism; but he reactivated it in the 1930s with the spectre of a Nazified Europe.

It is not easy to determine when Churchill lost his illusions about continued Japanese goodwill or at least neutrality. In a speech to the House of Commons on 31 May 1935, he laconically alluded to the potential danger of a rapprochement between Germany and Japan:

There is the question of the relations between Germany and Japan. It seems to me that that is a matter which must be in the thoughts of everyone who attempts to make an appreciation of the foreign situation.103

Extant published sources, however, include a disabused letter to his wife dated 17 January 1936, in which he wrote that “One must consider these two predatory military dictatorship nations, Germany and Japan, as working in accord,”104 and an important article, “Germany and Japan,” following their signing of the Anti-Comintern Pact, published in November 1936 and reprinted in Step by Step (1939).

This article is important because in it Churchill stresses (pace Carlton again) that all forms of anti-Communism are not virtuous—something of course which he would never have admitted fifteen years before:

Communism in Japan as in Germany is held fast in the grip of a highly efficient, all-pervading police force, eagerly waiting to smite the smallest manifestation. Yet these two great powers in opposite quarters of the globe use the pretext of their fears of Communism to proclaim an association the purpose of which, and the consequences of which, can only be the furtherance of their national designs.105

But unfortunately, one has to take the complexity of Churchill’s character into account. His position of advocating a strict neutrality during the Spanish Civil War—a neutrality which in fact favoured the Fascist camp—showed that he still believed that the Right, even the extreme Right, had a duty to fight what he saw as Communist infiltration:

[I]t seems certain that a majority of Spaniards are on the rebel side.106 Four and a half millions of them voted only last spring107 for the various Conservative parties of the Right and Centre against four and a quarter millions who voted for the parties of the Left. One must suppose that those people who were then opposed to constitutional Socialism, are to-day all the more hostile to the Communist, Anarchist and Syndicalist forces which are now openly warring for absolute dominance in Spain.108

Not disguising his continued anti-Communism, Churchill had written a fortnight before:

All the national and martial forces in Spain have been profoundly stirred by the rise of Italy under Mussolini to Imperial power in the Mediterranean. Italian methods are a guide. Italian achievements are a spur. Shall Spain, the greatest empire in the world when Italy was a mere bunch of disunited petty princedoms, now sink into the equalitarian squalor of a Communist State, or shall it resume its place among the great Powers of the world?109

Likewise, Churchill adopted a benevolent attitude towards the Fascist dictatorship in Portugal established by Salazar in 1932, probably this time for strategic considerations, since, contrary to Spain, the threat of a Communist takeover seemed remote.110 Salazar had two invaluable assets: his lack of aggressiveness111 and the possession of the Azores, a capital position to hold in any battle for the Atlantic. Churchill had remained obsessed by the devastation wreaked by the U-boat war in 1914-18, and there is little doubt that strategic considerations entered into his complacent treatment of Salazar, who indeed delivered his side of the bargain by allowing Britain to occupy the Azores for the duration of the war—somewhat belatedly in October 1943—after the Germans had been driven from North Africa and decisively beaten by the Soviets in the gigantic tank battle at Kursk.

There is no reason to believe that Churchill entertained any illusions towards Salazar, and even less that he had any empathy for him and his régime. Simply, Churchill evidently believed that he had played a good trick on Hitler by turning the tables on him, with a Fascist dictator indirectly participating in the British struggle against the U-boats. Churchill never let slip a chance to outwit his opponents, but in his speech to the House of Commons announcing this splendid diplomatic victory on 12 October 1943, Churchill had another reason to rejoice: the deal with Salazar was naturally presented as a deal with “Britain’s oldest ally,” as Portugal was always presented.

Churchill could not resist to enter into the historical minutiae which he enjoyed so much, starting his speech with a carefully-crafted theatrical effect:

I have an announcement to make to the House arising out of the Treaty signed between this country and Portugal in the year 1373 between His Majesty King Edward III and King Ferdinand and Queen Eleanor of Portugal….This engagement has lasted now for over [sic] 600 years, and is without parallel in world history. I have now to announce its latest application.112

Historical considerations also probably dictated Churchill’s attitude to Franco, though in an indirect way, once the rebellious general had become the Caudillo of Spain—the continued existence of the historical anomaly of Gibraltar was now entirely dependent on his goodwill, or rather on his avoidance of a formal military alliance with Germany and Italy. It was clear that the Rock could not be long defended against a combined attack of German, Italian and Spanish forces.

It is now known that the British secret services, with Churchill’s approval, “bought” a number of Spanish generals and high officials. In exchange for British gold, they were expected to use their influence to persuade Franco and his associates to remain neutral.113 Churchill also encouraged the Spanish authorities in the belief that if they remained neutral towards Britain—that is, of course, if they left Gibraltar alone—the British Government would find no objection to their acquisition of territory in Morocco to the detriment of the French. He had no qualms explaining his position to Lord Halifax in September 1940:

I do not mind if the Spaniards go into French Morocco. The letters exchanged with de Gaulle do not commit us to any exact restoration of the territories of France, and the attitude of the Vichy Government towards us and towards him has undoubtedly justified a harder feeling towards France than existed at the time of her collapse.114

We have discussed elsewhere115 the highly complicated relations between the British Government and the Vichy régime after June 1940. It is clear that Churchill never saw in Pétain the bulwark against Bolshevism which he pretended to be—but he hoped that he could somehow be useful against the Germans. In his memoirs, Churchill published a passage of a remarkable memorandum sent to his Cabinet colleagues on 14 November 1940, in which it is clear that he distinguishes between his contempt of Pétain and Vichy, and the British Government’s interest in refusing to break with them:

Pétain has always been an anti-British defeatist, and is now a dotard. The idea that we can build on such men is vain. They may, however, be forced by rising opinion in France and by German severities to change their line in our favour. Certainly we should have contacts with them.116

As we now know, these hopes were unfounded. Just as the gamble that Mussolini would remain neutral if carefully nursed by British diplomacy proved wrong in the event, Pétain did not hesitate to order French troops in North Africa to shoot at the Anglo-American “invaders” in November 1942.

But in 1936, in the first months of the Spanish Civil War, he continued to make scathing comments upon “the evangelists of the Third International”—in an article published on the occasion of the Moscow Trials, in which by the way he made the point that the victims “were nearly all Jews,”117 as if he now saw those “International Jews” whom he formally denounced in a favourable light—and in one devoted to “The Communist Schism” between Stalinists and Trostkyists, in which he took up the religious metaphor:

What Rome is to Catholics, Moscow is to the Communists of every country: with the important difference that whereas devout Catholics contribute to the centre of their faith, it is Moscow which distributes money to its adherents in foreign lands….On the other hand, the Trostkyites, now almost entirely cut off from the Moscow finance, are emerging as a separate force. Even in the Spanish welter we discern their appearance as the P.O.U.M., a sect achieving the quintessence of fœtidity, and surpassing all others in hate.118

Sometimes, silence speaks volumes : In Arms and the Covenant, a selection of speeches published in June 1938,119 Churchill denounces German rearmament and British appeasement in every page—but there is not a single word on the Soviet Union. In the summer of 1938, when the book appeared, it would have been impolitic to remind the reading public of Churchill’s pronouncements on “the evangelists of the Third International” at the time of the Spanish Civil War.

By contrast, Step by Step , whose Preface was written almost exactly one year later120, contains both anti-Soviet writings (like “The Communist Schism” quoted above) and his most recent advocacy of at least a tacit alliance with the USSR, “The Russian Counterpoise,” published in May 1939, in which he openly said that “a definite association between Poland and Russia becomes indispensable.” One can of course notice that he speaks of Russia, not the Soviet Union—but for the Poles, “eternal Russia” was of course no more reassuring than the Soviet Union. That this policy should be considered as the lesser of the two evils is made quite explicit:

These are days when acts of faith must be performed by Governments and peoples who are striving to resist the spread of Nazidom….This is no time to dawdle. Peace may yet be saved by the assembly of superior forces against aggression. Grave risks have to be run by all the anti-Nazi countries if war is to be prevented.121

By including both his more reticent and his (reluctantly) “realistic” writings, did Churchill not want to show his public, notably on the Right, that in the spring of 1939, even an arch-enemy of Communism like himself had to come round to the idea of an alliance with the Soviet Union? By suggesting that he did not pursue this evolution wholeheartedly, he increased its exemplary value for those who continued to nurture violently anti-Communist sentiments.122

Thus in 1945-46, when he resumed his anti-Communist crusade in the context of the “Cold War,” he was able to claim that he had always remained consistent at least deep in his heart, even if reason pleaded in favour of an alliance with the Soviets in the months preceding the outbreak of war in 1939—and even more so after Germany’s attack on Russia in June 1941.

Indeed, even Churchill’s magnificently combative speech on the BBC on the day of that surprise attack was balanced in such a way that he did not appear as an enthusiastic convert of Communism. He was careful not to use the word “Bolshevik” and its derivatives, now only part of the vocabulary of Hitler and the various quisling régimes in Occupied Europe, but to speak of Russia: “At four o”clock this morning Hitler attacked and invaded Russia… [at a pinch “Soviet Russia”]: We have offered the Government of Soviet Russia any technical or economic assistance which is in our power” [avoiding “the Soviet Union” or “USSR].” And there were of course the carefully-chosen sentences which justified his past and present conduct—but also preserved the future, though it is impossible to know whether, as Carlton suggests, he was already thinking about it:

No one has been a more consistent opponent of Communism than I have for the last twenty-five years. I will unsay no word that I have spoken about it. But all this fades away before the spectacle which is now unfolding. The past with its crimes, its follies and its tragedies, flashes away.123

*****

What are we to conclude from all this? The first reflection that springs to mind is the diversity of the situations. Ironically, the first Fascist dictator, whose rise to power Churchill largely approved in the name of the containment of Bolshevism in the 1920s, was the first to fall. “The keystone of the Fascist arch has crumbled,” Churchill declared in the House of Commons, after the Fascist Grand Council repudiated Mussolini on 25 July 1943.124

But things were not as simple as that. Admittedly, the Vichy puppets also crumbled when their German masters were no longer in a position to impose their presence. But Churchill’s attitude in the spring of 1945, when it was the turn of the German version of Fascism to crumble, has always remained veiled in ambiguity. His constant belief in “the lesser of two evils” led him to toy with the idea of using at least some of the German armed forces as a countervailing power against the irresistible Red Army. In his superbly researched book on The Second World War, David Reynolds demonstrates how Churchill kept silent in his memoirs about the secret plans which he ordered for “Operation Unthinkable”—a surprise Anglo-American attack on the Soviet Union with the help of ten German divisions to be launched on 1 July 1945. The existence of these plans at the former Public Record Office, now called British National Archives, was only made official in 1998.125

Although the report mentioned that it would take some time before German troops could be used, it did not say whether the delay was due to the necessary phase of “denazification”: It is estimated that 10 German divisions might be reformed and re-equipped in the early stages. These could not, however, in any event be available by 1st July.126

As it turned out, nazified or de-nazified German forces were not used—but it is significant that Churchill did not baulk at the thought of employing them in yet another anti-Soviet campaign.

On the other hand, since it did not mean confronting the Soviets militarily, he allowed the Portuguese and Spanish dictators to die a natural death—which took some time, since Salazar only died in 1970 and Franco in 1975, respectively five and ten years after Churchill’s own death.

The reason is not far to see. David Reynolds once more points out how Churchill left out from The Second World War a minute to the Cabinet dated 10 November 1944 in which he wrote, taking up once again his medical vocabulary of 1918-20: “should the communists become masters of Spain we must expect the infection to spread very fast both through Italy and France.”127

In 1945 Churchill had evidently not forgotten his earlier fear of “the foul baboonery of Bolshevism.” Given the choice between the authoritarian extreme Left and the authoritarian extreme Right, it was clear that he remained faithful to his phrase of 1937, “I hope not to be called upon to survive in a world under a government of either of these dispensations,” and that he believed that the dictatorships of Portugal and Spain, contrary to the totalitarian régimes of Nazi Germany and Soviet Russia, were no threat to British freedom.

Still, there is no substantial evidence to contradict Quinault’s view that Churchill “initially opposed the Bolsheviks, but once they had won the civil war Churchill sought a settlement with them in the interests of international stability.”128 Broadly speaking, if we take his anti-Bolshevik language between the wars as a discourse for internal consumption, his “Cold War rhetoric” was precisely that—behind the offensive language,129 behind the “war of words,” Churchill had become reconciled to the continued existence of Soviet Russia—as opposed to that of Nazi Germany. For Churchill, Hitler not Stalin was the real “warmonger” in the late 1930s. Nevertheless, Kinvig is right when he says:

The language in which he chose publicly to denounce the Russian regime was eloquent of the depth of his detestation and more than rivalled that which he directed at his adversaries in the Second World War.130

One may approve or denounce Churchill’s eminently pragmatic position towards the various forms of the extreme Right and extreme Left. But one cannot deny his remarkable consistency if one accepts that his constant overriding aim was the preservation of “bourgeois” liberties—the key, in his eyes, to the survival of civilisation.

BIBLIOGRAPHY (Sources quoted)
Books by Winston S. Churchill

The World Crisis, 6 vols., (London: Thornton Butterworth, 1923-31. Abridged Edition, London : Penguin, 2007). Volumes quoted here: vol. IV, The Aftermath (1929); vol. V, The Eastern Front (1931).

Thoughts and Adventures (London: Thornton Butterworth, 1932; revised edition (London: Odhams, 1947); new annotated edition, James W. Muller, editor, with contributions by Paul H. Courtenay & Alana L. Barton (Wilmington, Delaware: ISI Books, 2009).

Great Contemporaries (London: Thornton Butterworth, 1937; revised and extended edition,1938: subsequent revised editions (London: Macmillan, 1942, London: Odhams, 1947).

Arms and the Covenant: Speeches by the Right Hon. Winston S. Churchill, compiled by Randolph S. Churchill (London: G.G. Harrap & Co., 1938).

Step By Step: Speeches 1936-1939 (London: Thornton Butterworth, 1939; new edition (London: Odhams, 1947).

Into Battle: War Speeches by the Right Hon. Winston S. Churchill [1938-1940], compiled by Charles Eade (London: Cassell, 1941).

The Unrelenting Struggle: War Speeches by the Right Hon. Winston S. Churchill [1940-1941], compiled by Charles Eade (London: Cassell, 1942).

Onwards to Victory: War Speeches by the Right Hon. Winston S. Churchill, 1943, compiled by Charles Eade (London: Cassell, 1944).

The Second World War, 6 vols. (Boston: Houghton Mifflin, 1948-1954). Vol. 1, The Gathering Storm (1948); vol. 2, Their Finest Hour (1949).

The Collected Essays of Sir Winston Churchill, edited by Michael Wolff, 4 vols. (London: Library of Imperial History, 1975). Vol. 1, Churchill and War; vol.2: Churchill and Politics; vol.4: Churchill at Large.

Winston S. Churchill: His Complete Speeches, 1897-1963, edited by Robert Rhodes James, 8 vols. (New York: Bowker, 1974). Vol. IV, 1922-1928; vol.V, 1928-1935.

Articles by Winston S. Churchill

“Zionism versus Bolshevism.” Illustrated Sunday Herald, 8 February 1920. Reprinted in The Collected Essays of Sir Winston Churchill (see below), IV: 26-31.

“Shall we All commit Suicide?” Pall Mall Magazine, 24 September 1924. Reprinted in Thoughts and Adventures.

“Trotsky: The Ogre of Europe.” Nash’s Pall Mall Magazine, December 1929; Reprinted in Cosmopolitan, March 1930 and Great Contemporaries.

“Mass Effects in Modern Life.” The Strand Magazine, May 1931. Reprinted in Thoughts and Adventures.

“The Spanish Tragedy.” Evening Standard, 10 August 1936. Reprinted in Step By Step.

“Keep out of Spain.” Evening Standard, 21 August 1936. Reprinted in Step By Step.

“Enemies to the Left.” Evening Standard, 4 September 1936. Reprinted in Step By Step.

“The Communist Schism.” Evening Standard, 16 October 1936. Reprinted in Step By Step.

“Germany and Japan.” Evening Standard, 27 November 1936. Reprinted in Step by Step.

“The Creeds of the Devil.” The Sunday Chronicle, 27 June 1937. Reproduced in The Collected Essays of Sir Winston Churchill, vol.2: Churchill and Politics.

“The Russian Counterpoise.” Daily Telegraph (4 May 1939). Reprinted in Step by Step.

Works by Other Authors

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Paul Addison. Churchill : The Unexpected Hero (Oxford: Oxford University Press, 2005).

Geoffrey Best. Churchill: A Study in Greatness (London: Hambledon, 2001; London: Penguin, 2002). See my review on http://www.cercles.com/review/r8/best.html

David Carlton. Churchill and the Soviet Union (Manchester: Manchester University Press, 2000).

David Carlton. “Churchill and the Two ‘Evil Empires.’” Churchill in the Twenty-first Century: A Conference held at the Institute of Historical Research, University of London, 11-13 January 2001. Transactions of the Royal Historical Society 6th Series 11 (2001): 331-352.

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Martin Gilbert. Winston S. Churchill (London: Heinemann, 1976-88); Vol. 4, 1917-1922; vol. 5, Prophet of Truth, 1922-1939; vol. 6: Finest Hour, 1939-1941; Companion to vol. 4, Part 1.

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William Manchester. The Last Lion: Winston Spencer Churchill, 2 vols. (London: Michael Joseph, 1983, 1988). Vol. 1, Visions of Glory 1874-1932; vol. 2, The Caged Lion 1932-1940.

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1 “The radical rights in France and Britain in the 20th century: comparisons, transfers, crossed perspectives / Les droites radicales en France et en Grande-Bretagne au XXe siècle : comparaisons, transferts, regards croisés.” Université Charles-de-Gaulle Lille III, 20-21 March 2009.
2 The author also wants to express his gratitude to Simon Baker, Assistant Project Editor, Royal Historical Society British and Irish History Bibliographies, Institute of Historical Research, London, and two mainstays of the Churchill Centre, James R. Lancaster and Richard M. Langworth, for their invaluable help in locating and checking the original sources and supplying other essential material for many points in the following discussion.
3 “Britain and the Cold War.” 23rd CCBH Annual Conference, Institute of Historical Research, Senate House, University of London, 22-25 June 2009.
4 The actual title of the short paper given at the CCBH Conference was “Revisiting the archaeology of the Cold War: “The foul baboonery of Bolshevism” as fought by Churchill, 1917-1941.” The present article merges and expands the arguments put forward at Lille and London.
5 As suggested for instance by Churchill’s own phrase, “The Creeds of the Devil” (see below, note 72) and such titles as David Carlton’s “Churchill and the two “Evil Empires” .” Referring to an even earlier period, Roland Quinault speaks of Churchill’s “joint opposition to “Kaiserism” and “Bolshevism” .” (“Churchill and Russia”: 102-103).
6 Many people tend to make a distinction between the Fascists and the Nazis, but most of our German colleagues generally prefer to speak of “the Fascists” as a blanket term and we will follow their practice here.
7 Carlton, David. Churchill and the Soviet Union. Manchester: University Press, 2000.
8 Carlton. “Churchill and the two “Evil Empires” “: 351.
9 Ponting, Clive. Winston Churchill. London: Sinclair-Stevenson, 1994.
10 Carlton. “Churchill and the two “Evil Empires” “: 333.
11 See my review on http://www.cercles.com/review/r23/holmes.htm
12 Kinvig. Churchill’s Crusade: xiv and Note 1, p. 335
13 Quinault argued that Churchill had a “persistent belief that Russia was a major and essential element in the international community” (“Churchill and Russia”: 99).
14 Kinvig. Churchill’s Crusade: 322.
15 Carlton. “Churchill and the two “Evil Empires” “: 333, 336.
16 Volume Three: 1916-1918 was in fact in two parts—hence the common confusion, since The Aftermath is sometimes described as the fifth volume of The World Crisis. To make the confusion even worse, Best calls The Aftermath the “conclusion” of The World Crisis, possibly because of Churchill’s indication in the Preface, “This volume completes the task I undertook nearly ten years ago of making a contemporary contribution to the history of the Great War.” In fact, he was to publish a final volume in 1931, The Eastern Front (The Unknown War in the United States).
17 Best. A Study in Greatness: 96. Churchill’s text is in The Aftermath, Chapter XIII, “The Miracle of the Vistula,” pp. 262-263.
18 “POLAND: / The Choice that Germany May Have to Face / Shall the Red Flood of Bolshevism Swamp All Europe? / Poland—Lynch-pin of Peace / The Poison Peril from the East.” The (very minor) differences seem to consist in a different location of the second “only,” in the plural for ‘souls” and in the use of tenses: “[To the East of Poland] lay the huge mass of Russia—not a wounded Russia only, but a poisoned Russia, an infected Russia, a plague-bearing Russia; a Russia of armed hordes smiting not only with bayonet and with cannon, but accompanied and preceded by the swarms of typhus-bearing vermin which slay the bodies of men, and political doc­trines which destroy the health and even the soul of nations.” The Evening News, 28 July 1920. Reprinted in The Collected Essays of Sir Winston Churchill, vol. I: 235.
19 Cohen. Bibliography of the Works by Sir Winston Churchill, vol. II: 1328-1329.
20 Ibid.
21 “Army Estimates (Russia).” A speech in the House of Commons on 29 May 1919. Complete Speeches, vol.3: 2798. Thirty years later, in the House of Commons on 3 September 1939, Churchill took up the word pestilence and declared: “We are fighting to save the whole world from the pestilence of Nazi tyranny and in defence of all that is most sacred to man.” Churchill. Into Battle : 128a.
22 Weekly Dispatch (22 June 1919). In Ponting. Winston Churchill, p. 229.
23 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 270. Kinvig notes that “Churchill was denouncing the Bolsheviks in the most dehumanising language.” Churchill’s Crusade: 321.
24 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 355.
25 Churchill. The Aftermath: 76.
26 Rose. Churchill: An Unruly Life: 146.
27 Addison. Churchill: The unexpected Hero: 93.
28 Churchill. “Trotsky: The Ogre of Europe.” (Great Contemporaries, 1947 ed.: 154).
29 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 278.
30 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 219.
31 Different sources and variants are given in the Churchill literature. Pelling has established that it comes from The Truth about the Peace Treaties, p. 325. (Pelling. Winston Churchill. [1999]: 258). For a discussion of his “ducal blood” as a source for his anti-Bolshevism, see Best, A Study in Greatness: 97.
32 Kinvig. Churchill’s Crusade: 164.
33 Kinvig. Churchill’s Crusade: 104. Further extracts from the telegram are given in Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 251-252.
34 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 257.
35 See cartoon on the remarkable British Cartoon Archive, University of Kent:

http://opal.kent.ac.uk/cartoonx-cgi/ccc.py?mode=single&start=61&search=secretaries
36 Kinvig. Churchill’s Crusade: 153.
37 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 227.
38 Sir Martin Gilbert gives two versions (which are not contradictory). In the Official Biography, he writes that Fisher noted the phrase in his diary: “After conquering all the huns—tigers of the world—I will not submit to be beaten by the baboons!” (Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 275-276). In the Companion, he reproduces slightly different words, from a letter by Fisher to his wife on the same day: “I had a long talk with Winston to-day. He is very anti-Bolshevik: “After having defeated all the tigers & lions I don”t like to be beaten by baboons” .” Companion to Vol. 4, Part 1: 609.
39 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. IV: 1917-1922: 278.
40 Churchill. “Trotsky: The Ogre of Europe.” (Great Contemporaries, 1947 ed.: 152).
41 Churchill. “Mass Effects in Modern Life.” (Thoughts and Adventures, 1947 ed.: 195).
42 Churchill. “Trotsky: The Ogre of Europe.” (Great Contemporaries, 1947 ed.: 157).
43 See my review of Michael Makovsky. Churchill’s Promised Land: Zionism And Statecraft (Yale University Press, 2007) on the Cercles site: http://www.cercles.com/review/r35/makovsky.html
44 Churchill. “Zionism versus Bolshevism.” Reprinted in The Collected Essays of Sir Winston Churchill. Vol.4: Churchill at Large: 26-31, passim.
45 The official language seems to have been “the National Russians.” See Kinvig. Churchill’s Crusade: 250.
46 Kinvig. Churchill’s Crusade: 321.
47 Carlton. “Churchill and the two “Evil Empires” “: 334.
48 Gilbert. Winston S. Churchill. IV: 1917-1922: 384.
49 Gilbert. Winston S. Churchill. IV: 1917-1922: 278. Also Carlton. “Churchill and the two “Evil Empires” ”: 333, quoting The Times, 12 April 1919.
50 10 november 1918. Carlton. Churchill and the Soviet Union: 5.
51 Gilbert. Winston S. Churchill. IV: 1917-1922: 277-278.
52 Letter to Lloyd George, 9 April 1919. Gilbert. Companion to Vol. IV, Part 1: 613.
53 Kinvig. Churchill’s Crusade: 325.
54 For a full account of the military operations, see Ullman, Richard H. Anglo-Soviet Relations, 1917-1921. 3 vol. Princeton: University Press, 1961-72.
55 Gilbert. Winston S. Churchill. IV: 1917-1922: 219-442.
56 Quinault. “Churchill and Russia”: 103.
57 Kinvig. Churchill’s Crusade: 128-129 and 183.
58 Eighty years later, the Imperial War Museum Review (now defunct) contained an article with that very same title: Jones, Simon. “ “The right medicine for the Bolshevist”: British air-dropped chemical weapons in north Russia, 1919.” Imperial War Museum Review 12 (1999): 78-88.
59 One could draw an analogy with the contemporary “Iraq accusation” or “uncivilised tribes accusation,” which is discussed on the Churchill Centre site. See 4) on

http://www.winstonchurchill.org/images/pdfs/spectator_article.pdf
60 Kinvig. Churchill’s Crusade: 85.
61 In a letter dated 15 February 1919, Philip Kerr wrote to Lloyd George after meeting Churchill, notably telling him: “He is perfectly logical in his policy, because he declares that the Bolsheviks are the enemies of the human race and must be put down at any cost.” Gilbert. Winston S. Churchill. IV: 1917-1922: 246.
62 Pelling, Winston Churchill (1999): 257.
63 Addison. Churchill on the Home Front, 1900-1955: 264.
64 “Italian Debt Settlement (Signing).” A speech at the Treasury, London, on 27 January 1926. Reprinted in Winston S. Churchill : His Complete Speeches, 1897-1963. Vol.IV: 1922-1928: 3824.
65 Gilbert. Winston S. Churchill. V: Prophet of Truth, 1922-1939: 226.
66 Speech in the House of Commons, 14 April 1937. Reprinted in Arms and the Covenant: 409.
67 “Anglo-Italian Relations.” A press statement in Rome on 20 January 1927. Reprinted in Winston S. Churchill : His Complete Speeches, 1897-1963. Vol.IV: 1922-1928: 4126.
68 In Langworth’s substantial volume of Churchill quotations, Churchill by Himself, Mosley is mentioned only once, in 1920: “I can well understand the Hon. Member speaking for practice, which he badly needs.. This would tend to suggest that Churchill saw Mosley as a negligible opponent, not worth attacking in his speeches and writings.
69 Churchill and the British authorities were no longer sure of the lasting character of that failure in the panic atmosphere of May-June 1940, when Mosley was seen as a high security risk.

Churchill of course never believed in the principle “no freedom for the enemies of freedom,” adopted by the Bolsheviks among others. The memo which he sent to the Home Secretary on 22 December 1940 over Mosley’s internment shows his embarrassment at having had to follow that policy: “Naturally I feel distressed at having to be responsible for action so utterly at variance with all the fundamental principles of British liberty, habeas corpus, and the like. The public danger justifies the action taken, but that danger is now receding.” Mosley was interned under Regulation 18B from 23 May 1940 until November 1943—by then the danger of German invasion had become nil.

In the light of the Guantanamo controversy, Churchill’s preoccupation in the same memo over Mosley’s conditions of detention makes fascinating reading—and reflects on his innate sense of what concurs to the dignity of man (e.g. “Does a bath every week mean a hot bath, and would it be very wrong to allow a bath every day?”). See Their Finest Hour: Appendix A, p. 703.

Sir Oswald Mosley makes no mention of Churchill’s personal role in detaining or releasing him in his memoirs (My Life. London: Nelson, 1968). He only quotes the passage in the memo where Churchill says “In the case of Mosley and his wife there is much pressure from the Left, in the case of Pandit Nehru from the Right.”
70 “The Ebbing Tide of Socialism.” Evening Standard (9 July 1937). Reprinted in Step by Step (1947 ed.: 135).
71 Soames. Speaking for Themselves: 275.
72 Quinault. “Churchill and Russia”: 106.
73 Mowat. Britain Between the Wars 1918-1940. (1968): 294.
74 Addison. Churchill on the Home Front: 315
75 Winston S. Churchill : His Complete Speeches, 1897-1963. Vol.V: 1928-1935: 5268.
76 In common with most of his contemporaries, Churchill variously said and wrote Nazism or Nazi-ism when using the abbreviation. The spelling found in the sources and records will be kept here.
77 Wrigley. Winston Churchill: A Biographical Companion: 218.
78 Blindheim in German, in Bavaria.
79 Churchill. The Gathering Storm: 83.
80 Churchill. The World Crisis—The Eastern Front: Dedication.
81 Young. “Churchill and the East-West détente”: 374.
82 Speech in the House of Commons, 11 July 1932. Reprinted in Arms and the Covenant: 29.
83 Hanfstaengl, Ernst. Hitler: The Missing Years. In collaboration with Brian Connell. London: Eyre & Spottiswoode, 1957.
84 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. V: Prophet of Truth, 1922-1939: 448.
85 Churchill. The Gathering Storm: 84.
86 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. V: Prophet of Truth, 1922-1939: 407.
87 Manchester. Visions of Glory: 874-875.
88 For a full discussion of the National Government members” supposed reluctance to see the publication of a full and faithful version of Hitler’s book, see Stone, Dan. “ “The Mein Kampf Ramp”: Emily Overend Lorimer and Hitler Translations in Britain.” German History 26:4 (2008): 504-519.
89 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. V: Prophet of Truth, 1922-1939: 738.
90 Churchill. ‘shall we All commit Suicide?” Thoughts and Adventures (1947 ed.): 187, 188.
91 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. V: Prophet of Truth, 1922-1939: 680.
92 Churchill. “Hitler and his Choice.” Reprinted in Great Contemporaries (1937): 261-269 passim. (Odhams, 1947: 203-210 passim). Whatever conclusions may be drawn from this, the photograph of Hitler is curiously different in the two editions. In 1937 he is smiling.
93 Carlton. “Churchill and the two “Evil Empires” ”: 336
94 See his very seductive comparison between the two in “The Creeds of the Devil” (The Sunday Chronicle, 27 June, 1937), notably: “There are two strange facts about these non-God religions. The first is their extraordinary resemblance to one another. Nazism and Communism imagine themselves as exact opposites. They are at each other’s throats wherever they exist all over the world. They actually breed each other; for the reaction against Communism is Nazism, and beneath Nazism or Fascism Communism stirs convulsively. Yet they are similar in all essentials. First of all, their simplicity is remarkable. You leave out God and put in the Devil; you leave out love and put in hate; and everything thereafter works quite straightforwardly and logically. They are, in fact, as alike as two peas. Tweedledum and Tweedledee are two quite distinctive personalities compared to these two rival religions.”
95 Cf. The People’s Rights. By the Right Hon. W.S. Churchill, President of the Board of Trade. London: Hodder & Stoughton, 1909.
96 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. V: Prophet of Truth, 1922-1939: 456-457.
97 Jenkins. Churchill (2002): 469.
98 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol V: Prophet of Truth, 1922-1939: 73.
99 The sources sometimes have “civilisation,” sometimes “civilization.” The original spelling is kept here in the quotations.
100 Reprinted in Arms and the Covenant: 112
101 “We should lay aside every hindrance and endeavour by uniting the whole force and spirit of our people to raise again a great British nation standing up before all the world; for such a nation, rising in its ancient vigour, can even at this hour save civilization.” Speech in the House of Commons, 24 March 1938. Reprinted in Arms and the Covenant: 466.
102 Cabinet Papers. 13 February 1919. In Pelling. Winston Churchill (1999): 258.
103 Reprinted in Arms and the Covenant: 236.
104 Soames. Speaking for Themselves: 411.
105 Churchill. “Germany and Japan.” Reprinted in Step By Step (1947 ed.): 71-72.
106 I.e. the Francoist side.
107 The article was published on 21 August 1936.
108 Churchill. “Keep out of Spain.” Evening Standard (21 August 1936). Reprinted in Step By Step (1947): 42-43.
109 Churchill. “The Spanish Tragedy.” Evening Standard (10 August 1936). Reprinted in Step By Step (1947): 40.
110 This may explain why Franco features repeatedly in Churchill’s published speeches and writings of the 1930s, as opposed to Salazar, who is never mentioned.
111 “Well-informed at all points that were of concern to him, Stalin was prudent but not slow. Seldom raising his voice, a good listener, prone to doodling, he was the quietest dictator I have ever known, with the exception of Dr. Salazar.” Eden. The Eden Memoirs. Vol. I : Facing the Dictators: 153.
112 Churchill. Onwards to Victory: 235.
113 The story is notably recounted in Smyth. “ « Les chevaliers de Saint-George » : la Grande-Bretagne et la corruption des généraux espagnols (1940-1942).”
114 Gilbert. Winston S. Churchill. Vol. VI: Finest Hour, 1939-1941: 816
115 During the Lille Conference of March 2009, whose Proceedings are under way.
116 Churchill. Their Finest Hour: 527
117 “Enemies to the Left.” Evening Standard (4 September 1936). Reprinted in Step By Step (1947): 49, 48.
118 “The Communist Schism.” Evening Standard (16 October 1936). Reprinted in Step By Step (1947): 58, 60.
119 The Preface is dated 28 May 1938.
120 21 May 1939. The book was published on 27 June 1939.
121 “The Russian Counterpoise.” Daily Telegraph (4 May 1939). Reprinted in Step By Step (1947): 344.
122 In Winston S. Churchill. Vol.V: Prophet of Truth, 1922-1939, Sir Martin Gilbert gives a revealing list, drawn by Lord Halifax following Churchill’s article, of the obstacles to an alliance with Russia (p. 1068). He also neatly documents Churchill’s private and public pleas in favour of a revival of the pre-1914 alliance between Britain, France and Russia (e.g. pp. 1073 & 1088).
123 “The Fourth Climacteric: A Broadcast Address on the German Invasion of Russia, June 22, 1941.” Churchill. The Unrelenting Struggle: 178, 179.
124 Churchill. “Mussolini’s Downfall.” A speech to the House of Commons, July 27, 1943. Onwards to Victory: 142.
125 A scan is available on http://www.history.neu.edu/PRO2/

It was left to a Russian historian to provide the first scholarly article on this “revelation.” Rzeševskij, Oleg. ‘sekretnye voennye plany U. Xercillja protiv SSSR v mae 1945 g.” [W. Churchill’s secret war plans against the USSR in May 1945] Novaja i novejšaja storia 3 (1999): 98-123. « Operation Unthinkable: “Russia: Threat to Western Civilization,” » British War Cabinet, Joint Planning Staff [Draft and Final Reports: 22 May, 8 June, and 11 July 1945], Public Record Office, CAB 120/691/109040 / 001: p.10.
127 Reynolds. In Command of History: 463.
128 Quinault. “Churchill and Russia”: 115.
129 Kinvig speaks of his “extravagant language” and of his “extreme language.” Churchill’s Crusade: xiii and 85.
130 Kinvig. Churchill’s Crusade: 85.

Voir enfin:

« The Fourth Climacteric »

Germany’s Invasion of Russia: Broadcast, London, 22 June 1941

« The Fourth Climacteric »

I have taken occasion to speak to you to-night because we have reached one of the climacterics of the war. The first of these intense turning-points was a year ago when France fell prostrate under the German hammer, and when we had to face the storm alone. The second was when the Royal Air Force beat the Hun raiders out of the daylight air, and thus warded off the Nazi invasion of our island while we were still ill-armed and ill-prepared. The third turning-point was when the President and Congress of the United States passed the Lease-and-Lend enactment, devoting nearly 2,000 millions sterling of the wealth of the New World to help us to defend our liberties and their own. Those were the three climacterics.

The fourth is now upon us.

At four o’clock this morning Hitler attacked and invaded Russia. All his usual formalities of perfidy were observed with scrupulous technique. A non-aggression treaty had been solemnly signed and was in force between the two countries. No complaint had been made by Germany of its non-fulfilment. Under its cloak of false confidence, the German armies drew up in immense strength along a line which stretches from the White Sea to the Black Sea; and their air fleets and armoured divisions slowly and methodically took their stations. Then, suddenly without declaration of war, without even an ultimatum, German bombs rained down from the air upon the Russian cities, the German troops violated the frontiers; and an hour later the German Ambassador, who till the night before was lavishing his assurances of friendship, almost of alliance, upon the Russians, called upon the Russian Foreign Minister to tell him that a state of war existed between Germany and Russia.

Thus was repeated on a far larger scale the same kind of outrage against every form of signed compact and international faith which we have witnessed in Norway, Denmark, Holland and Belgium, and which Hitler’s accomplice and jackal Mussolini so faithfully imitated in the case of Greece.

All this was no surprise to me. In fact I gave clear and precise warnings to Stalin of what was coming. I gave him warning as I have given warning to others before. I can only hope that this warning did not fall unheeded. All we know at present is that the Russian people are defending their native soil and that their leaders have called upon them to resist to the utmost.

Hitler is a monster of wickedness, insatiable in his lust for blood and plunder. Not content with having all Europe under his heel, or else terrorized into various forms of abject submission, he must now carry his work of butchery and desolation among the vast multitudes of Russia and of Asia. The terrible military machine, which we and the rest of the civilized world so foolishly, so supinely, so insensately allowed the Nazi gangsters to build up year by year from almost nothing, cannot stand idle lest it rust or fall to pieces. It must be in continual motion, grinding up human lives and trampling down the homes and the rights of hundreds of millions of men. Moreover it must be fed, not only with flesh but with oil.

So now this bloodthirsty guttersnipe must launch his mechanized armies upon new fields of slaughter, pillage and devastation. Poor as are the Russian peasants, workmen and soldiers, he must steal from them their daily bread; he must devour their harvests; he must rob them of the oil which drives their ploughs; and thus produce a famine without example in human history. And even the carnage and ruin which his victory, should he gain it – he has not gained it yet – will bring upon the Russian people, will itself be only a stepping-stone to the attempt to plunge the four or five hundred millions who live in China, and the three hundred and fifty millions who live in India, into that bottomless pit of human degradation over which the diabolic emblem of the Swastika flaunts itself. It is not too much to say here this summer evening that the lives and happiness of a thousand million additional people are now menaced with brutal Nazi violence. That is enough to make us hold our breath. But presently I shall show you something else that lies behind, and something that touches very nearly the life of Britain and of the United States.

The Nazi régime is indistinguishable from the worst features of Communism. It is devoid of all theme and principle except appetite and racial domination. It excels all forms of human wickedness in the efficiency of its cruelty and ferocious aggression. No one has been a more consistent opponent of Communism than I have for the last twenty-five years. I will unsay no word that I have spoken about it. But all this fades away before the spectacle which is now unfolding. The past with its crimes, its follies and its tragedies, flashes away. I see the Russian soldiers standing on the threshold of their native land, guarding the fields which their fathers have tilled from time immemorial. I see them guarding their homes where mothers and wives pray – ah yes, for there are times when all pray – for the safety of their loved ones, the return of the breadwinner, of their champion, of their protector. I see the ten thousand villages of Russia, where the means of existence was wrung so hardly from the soil, but where there are still primordial human joys, where maidens laugh and children play. I see advancing upon all this in hideous onslaught the Nazi war machine, with its clanking, heel-clicking, dandified Prussian officers, its crafty expert agents fresh from the cowing and tying-down of a dozen countries. I see also the dull, drilled, docile, brutish masses of the Hun soldiery plodding on like a swarm of crawling locusts. I see the German bombers and fighters in the sky, still smarting from many a British whipping, delighted to find what they believe is an easier and a safer prey.

Behind all this glare, behind all this storm, I see that small group of villainous men who plan, organize and launch this cataract of horrors upon mankind. And then my mind goes back across the years to the days when the Russian armies were our allies against the same deadly foe; when they fought with so much valour and constancy, and helped to gain a victory from all share in which, alas, they were – through no fault of ours – utterly cut off. I have lived through all this, and you will pardon me if I express my feelings and the stir of old memories. But now I have to declare the decision of His Majesty’s Government – and I feel sure it is a decision in which the great Dominions will, in due course, concur – for we must speak out now at once, without a day’s delay. I have to make the declaration, but can you doubt what our policy will be? We have but one aim and one single, irrevocable purpose. We are resolved to destroy Hitler and every vestige of the Nazi r?gime. From this nothing will turn us – nothing. We will never parley, we will never negotiate with Hitler or any of his gang. We shall fight him by land, we shall fight him by sea, we shall fight him in the air, until with God’s help we have rid the earth of his shadow and liberated its peoples from his yoke. Any man or state who fights on against Nazidom will have our aid. Any man or state who marches with Hitler is our foe. This applies not only to organized states but to all representatives of that vile race of quislings who make themselves the tools and agents of the Nazi régime against their fellow-countrymen and the lands of their birth. They – these quislings – like the Nazi leaders themselves, if not disposed of by their fellow-countrymen, which would save trouble, will be delivered by us on the morrow of victory to the justice of the Allied tribunals. That is our policy and that is our declaration. It follows, therefore, that we shall give whatever help we can to Russia and the Russian people. We shall appeal to all our friends and allies in every part of the world to take the same course and pursue it, as we shall, faithfully and steadfastly to the end.

We have offered the Government of Soviet Russia any technical or economic assistance which is in our power, and which is likely to be of service to them. We shall bomb Germany by day as well as by night in ever-increasing measure, casting upon them month by month a heavier discharge of bombs, and making the German people taste and gulp each month a sharper dose of the miseries they have showered upon mankind. It is noteworthy that only yesterday the Royal Air Force, fighting inland over French territory, cut down with very small loss to themselves 28 of the Hun fighting machines in the air above the French soil they have invaded, defiled and profess to hold. But this is only a beginning. From now forward the main expansion of our Air Force proceeds with gathering speed. In another six months the weight of the help we are receiving from the United States in war materials of all kinds, and especially in heavy bombers, will begin to tell.

This is no class war, but a war in which the whole British Empire and Commonwealth of Nations is engaged without distinction of race, creed or party. It is not for me to speak of the action of the United States, but this I will say: if Hitler imagines that his attack on Soviet Russia will cause the slightest division of aims or slackening of effort in the great Democracies who are resolved upon his doom, he is woefully mistaken. On the contrary, we shall be fortified and encouraged in our efforts to rescue mankind from his tyranny. We shall be strengthened and not weakened in determination and in resources.

This is no time to moralize on the follies of countries and governments which have allowed themselves to be struck down one by one, when by united action they could have saved themselves and saved the world from this catastrophe. But when I spoke a few minutes ago of Hitler’s blood-lust and the hateful appetites which have impelled or lured him on his Russian adventure, I said there was one deeper motive behind his outrage. He wishes to destroy the Russian power because he hopes that if he succeeds in this, he will be able to bring back the main strength of his army and air force from the East and hurl it upon this Island, which he knows he must conquer or suffer the penalty of his crimes. His invasion of Russia is no more than a prelude to an attempted invasion of the British Isles. He hopes, no doubt, that all this may be accomplished before the winter comes, and that he can overwhelm Great Britain before the fleet and air power of the United States may intervene. He hopes that he may once again repeat, upon a greater scale than ever before, that process of destroying his enemies one by one, by which he has so long thrived and prospered, and that then the scene will be clear for the final act, without which all his conquests would be in vain – namely, the subjugation of the Western Hemisphere to his will and to his system.

The Russian danger is therefore our danger, and the danger of the United States, just as the cause of any Russian fighting for his hearth and home is the cause of free men and free peoples in every quarter of the globe. Let us learn the lessons already taught by such cruel experience. Let us redouble our exertions, and strike with united strength while life and power remain.


Djihadisme: La Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique (War of the flea: It’s the little red book, stupid !)

31 janvier, 2015
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/c/c6/Cultural_Revolution_poster.jpghttps://i1.wp.com/ecx.images-amazon.com/images/I/41QHUh3REfL.jpghttps://i0.wp.com/www.washingtonpost.com/rw/2010-2019/WashingtonPost/2015/01/27/Foreign/Graphics/foreignFighters-Jan14-GS.jpgJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
J’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. Leur façon de dire – vous ne voulez pas de moi, vous ne voulez pas me voir, vous pensez que je vais vivre ma vie accroupi dans un ghetto en supportant votre hostilité sans venir gêner votre semaine de shopping soldes ou votre partie de golf – je vais faire irruption dans vos putains de réalités que je hais parce que non seulement elles m’excluent mais en plus elles me mettent en taule et condamnent tous les miens au déshonneur d’une précarité de plomb. Virginie Despentes
Ce qu’on essaye de dire c’est que deux hommes ont tué 12 personnes dans une attaque contre les bureaux d’un magazine satirique. C’est assez, on sait ce que ça veut dire et ce que c’est. (…) Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont des meurtres, des attentats et des fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, que d’utiliser le mot ‘terroriste. (…) Les Nations Unies ont bataillé pendant plus d’une décennie pour tenter de définir le mot et ils ont échoué. C’est très difficile de le faire. Tarik Kafala (BBC en arabe)
Le problème des fondamentalistes (…) n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. (…) Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier. Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied. Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants. La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux. Slavoj Zizek
Why has transnational war volunteering increased so dramatically in the Muslim world since 1980? Standard explanations, which emphasize U.S.-Saudi support for the 1980s Afghan mujahideen, the growth of Islamism, or the spread of Wahhabism are insufficient. The increase in transnational war volunteering is better explained as the product of a pan-Islamic identity movement that grew strong in the 1970s Arab world from elite competition among exiled Islamists in international Islamic organizations and Muslim regimes. Seeking political relevance and increased budgets, Hijaz-based international activists propagated an alarmist discourse about external threats to the Muslim nation and established a global network of Islamic charities. This « soft » pan-Islamic discourse and network enabled Arabs invested in the 1980s Afghanistan war to recruit fighters in the name of inter-Muslim solidarity. The Arab-Afghan mobilization in turn produced a foreign fighter movement that still exists today, as a phenomenon partly distinct from al-Qaida. The analysis relies on a new data set on foreign fighter mobilizations, rare sources in Arabic, and interviews with former activists. Thomas Hegghammer
Les musulmans (…) savent que leur civilisation a été plus forte que la nôtre dans le passé, au Moyen Âge, et on ne manque pas de le leur rappeler d’ailleurs. Par la suite, c’est notre civilisation, avec ses avancées extraordinaires aux plans scientifique et technique qui a pris le dessus. Ils nous rappellent que nous sommes allés les dominer pendant plusieurs siècles avec nos techniques et nos armes. Mais tout récemment ils sont parvenus à nous chasser des territoires que nous leur avions pris, et avec le pétrole ils disposent à présent d’une arme redoutable contre nous. Ces peuples qui considèrent que nous les avons soumis, humiliés, pillés en exploitant à notre compte leurs richesses, ont le sentiment que nous les méprisons: ils ont commencé dans la seconde moitié du XXe siècle à prendre leur revanche, et leur ressentiment à l’égard de l’Occident est très fort. Comment veut-on donc que ces musulmans qui viennent s’installer en Europe pour des raisons de commodité et de confort aient envie de quitter sentimentalement leur monde, c’est-à-dire leur civilisation, à un moment où celle-ci prend précisément sa revanche sur la civilisation occidentale, pour devenir «traîtreusement» des «Occidentaux»?  Claude Sicard
Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis (…)  On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R ». Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise. (…) la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant (…) Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant. C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même. Olivier Roy
Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes. Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »). Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue. (…) On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression. Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia. Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.  La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux. Olivier Roy
Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites. Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples. Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales. (…) D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite? (…) La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. Mathieu Bock-Côté
On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. (…) Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom (2003)
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le « bazar » qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent. (…) Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Al-Qaida est devenue une sorte d’agrégat dans lequel les relations personnelles avec les cadres ne sont plus nécessaires: il s’agit d’une pure idéologie, une idée selon laquelle le monde doit être « nettoyé » des infidèles et qu’il est en guerre, même dans des régions comme Casablanca, Madrid, Paris ou Londres où les gens n’ont pas le sentiment de vivre dans une situation de conflit. Si l’on considère Mohammed Siddique Khan et son message vidéo, on n’a l’impression qu’il se trouvait dans un autre pays qui s’appellerait par hasard « Angleterre ». Le monde est en guerre, et il s’agit de continuer la lutte. Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. (…) Les kamikazes de Casablanca, par exemple, sont allés à pied pour rejoindre le lieu de leur attentat: ils n’avaient pas les moyens de payer un taxi. Comment s’imaginer alors qu’ils aient eu suffisamment d’argent pour entreprendre un voyage en Irak? Je crois qu’il s’agit d’une erreur d’affirmer que les attentats d’Al-Qaida soient liés à une notion de territoire. Même en Irak, on observe depuis environ une année des combats massifs entre la résistance sunnite et des militants qui se sont établis comme Al-Qaida, du fait que sur place, Al-Qaida a assassiné tellement de sheiks, de personnalités locales dans les cercles radicaux que même leurs alliés se sont retournés contre eux plutôt que de perpétrer des attentats sur les Américains.(…) L’attentat-suicide constitue l’ultima ratio de la lutte, mais peut perdre sa valeur s’il est utilisé de manière indiscriminée, comme ce fut le cas durant la guerre Iran-Irak où des centaines de milliers d’enfants ont été envoyés à la mort. Dans ce dernier cas, presque la moitié des familles des quartiers pauvres de Téhéran pourraient prétendre au titre de familles de martyrs. Mais cela crée des conflits puisqu’il n’y pas assez d’argent et qu’il est difficile d’honorer la mémoire de 50.000 personnes chaque année, alors que dans le cas du LTTE et du Hezbollah, il existe des reliquaires pour les martyrs dont on fête l’anniversaire et dont on se souvient. Mais cela ne peut fonctionner que si l’on sacrifie une trentaine de personnes en l’espace de 25 ans, comme dans le cas du Hezbollah. Ce qui se passe en Irak est lié à la désintégration générale d’Al-Qaida. (…) Dans le cas d’Al-Qaida et de sa façon arbitraire et indiscriminée de frapper, ceci aura probablement pour conséquence que l’attrait de l’attentat-suicide va diminuer. On a assisté à un phénomène similaire en Iran après les vagues de kamikazes durant le conflit avec l’Irak: il n’y a plus jamais eu de kamikazes iraniens du fait que la valeur du phénomène a été complètement dévaluée. On peut observer une baisse de l’attrait, mais dans une proportion moindre, dans la société palestienne, où l’on a assisté à d’énormes fluctuations que ce soit au niveau de l’approbation des attentats ou de leur nombre. Par exemple, après le début de la seconde Intifada, les attaques étaient presque quotidiennes, alors que maintenant où l’on assiste à une certaine lassitude, leur nombre a baissé de manière drastique. Dans le cas d’Al-Qaida, cette « réaction à retardement » fonctionne de manière ralentie puisqu’il ne s’agit pas d’un groupe militants limité, mais de ce qu’on pourrait qualifier de « crème de la crème » des ultra-radicaux de toutes les sociétés musulmanes.(…) Il y aura peut-être un problème avec ce qu’on appelle « Al-Qaida », du fait qu’elle opère comme une secte isolée et que malgré son manque de succès, elle trouvera toujours des gens pour se faire sauter, peut-être moins en Irak, mais en Allemagne ou dans des endroits où les mesures de sécurité sont beaucoup plus faibles et que l’on peut facilement se mélanger à des foules nombreuses. En principe, rien ne serait plus facile que de perpétrer un attentat-suicide en Allemagne où dans tous les endroits où il est possible de s’approcher d’une foule avec une camionnette remplie d’explosifs, ce qui est devenu impossible en Irak puisqu’il y a partout ces barrières de béton. (…) La fierté – qui est en fait également très ambivalente puisqu’il s’agit d’une fierté officielle, mais qu’au niveau privé les familles sont souvent accablées – que l’on retrouve dans les familles palestiniennes n’a pas été observé dans les familles irakiennes du fait que les familles ne sont souvent pas au courant et qu’une telle approbation publique n’existe pas en Irak. (…) C’est difficile à dire étant donné que la situation ressemble au jet d’un cocktail Molotov dans une mer de flammes, c’est-à-dire que les attentats-suicides ne constituent qu’une partie de la situation qui perturbe beaucoup la population. A cela s’ajoutent les nettoyages ethniques, c’est-à-dire qu’on assiste à de véritables chasses contre les sunnites, les chiites, les chrétiens. Les escadrons de la mort des groupes de confession sunnite et chiite font la chasse aux membres des autres confessions. Les enlèvements ont atteint un niveau tel que même de pauvres chauffeurs de taxi sont kidnappés, étant donné que tous les gens riches ont déjà été enlevés. Christoph Reuter (2007)
Dans les pays occidentaux, nous avons partout ce système d’allocations sociales qui est à peine utilisé par la population locale. D’un autre côté, il y a cette population immigrante dont les femmes ne peuvent être compétitives sur le marché du travail local. Pour les Danoises et les Allemandes, les allocations sont trop faibles pour être attractives. Pas pour les immigrants. Ce que l’on voit donc en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, ce sont des femmes issues de l’immigration qui complètent leur éventuel petit salaire par les deniers publics. Ce n’est pas un revenu extraordinaire, mais ça leur suffit. Et cela crée un genre de « carrière » réservé aux femmes, un modèle que leurs filles suivront. Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
C’est sous la tutelle de Yasser Arafat, le véritable père du terrorisme du Moyen-Orient moderne, les Palestiniens ont appris l’éthique flexible qui permet à des hommes de massacrer des femmes et des enfants et d’appeler cela de la « résistance. » Avec ce type de morale, le respect islamique traditionnel pour le martyre istishhad converti en cri de guerre moderne, l’évolution d’un combattant palestinien armé d’une mitraillette et de grenades en terroriste-suicide homme puis femme semble, rétrospectivement, inévitable. Entendre des mères musulmanes palestiniennes raconter fièrement comment elles avaient envoyé des fils mourir comme terroristes-suicide et se réjouir à présent à l’idée d’envoyer plus de fils ou de filles mourir pour la cause, on réalise la véritable horreur de ce que peut produire l’effacement des cultures traditionnelles par la face cachée de la modernité occidentale. Reuel Marc Gerecht
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Notre lutte est une lutte à mort. Ernesto Guevara (décembre 1964)
Il faut mener la guerre jusqu’où l’ennemi la mène: chez lui, dans ses lieux d’amusement; il faut la faire totalement. Ernesto Guevara (avril 1967)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse. (…) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (Minimanuel de guerilla urbaine, 1969)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
Le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans. (…) Quel intérêt y a-t-il à détruire un des édifices de votre ennemi si celui-ci anéantit ensuite un de vos pays ? A quoi sert de tuer l’un des siens si, en retour, il élimine un millier des vôtres ? Saïd Imam Al-Sharif alias Dr. Fadl (ex-idéologue d’Al Qaeda)
Il a attiré des convertis plus nombreux, plus jeunes, souvent issus des milieux populaires, qui voyaient en l’islam non plus une réalité extérieure, étrangère, voire exotique, mais au contraire un phénomène local et même souvent, de manière paradoxale, un facteur d’intégration! Paul Landau
Si les convertis jouent un rôle fondamental dans la stratégie islamiste, c’est parce qu’ils se trouvent justement à l’intersection de ces deux versants complémentaires de la stratégie de lutte contre l’Occident : certains deviennent des soldats du djihad, d’autres sont employés à des fonctions de da’wa. » (propagation de la foi) Paul Landau
Il y a, dans nos sociétés occidentales, un désaveu de la parole officielle et une suspicion généralisée de l’expertise et de l’innovation scientifique. (…) Il est de plus en plus difficile de cacher les choses et les complots. Mais paradoxalement, comme tout finit par se savoir, y compris les mensonges, le sentiment que l’on nous ment se développe. Gérald Bronner
Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel
The guerrilla fights the war of the flea, and his military enemy suffers the dog’s disadvantages: too much to defend; too small, ubiquitous, and agile an enemy to come to grips with. Robert Taber
Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman. Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997. Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. (…) Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste. La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés. Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques. Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre. (…) Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan. Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam. (…) Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante. Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme. En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens. Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite. (…) En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique. (…) Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril. (…) Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain. De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années. (…) Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations. (…) Sageman (…) a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne. En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale. Brynjar Lia (2008)
When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action. To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence. (…) The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies. Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.(…) Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.(…)  It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means. (…) During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam. Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda. What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words. Michael W. S. Ryan

Attention: un livre peut en cacher un autre !

A l’heure où la menace terroriste se rapprochant, ce n’est pas tant charlie qu’israéliens que nous nous découvrons …

Et où pour ménager tant la rue arabe que nos riches amis saoudiens et qataris, nombre de nos dirigeants comme de nos médias se refusent toujours et même explicitement à appeler la menace islamiste par son nom …

Pendant que, devant la trahison à présent patente de leurs nouveaux damnés de la terre, nos néo-staliniens en France tentent de se raccrocher aux bonnes vieilles branches de l’anticapitalisme …

Et que la victimisation continue à faire recette tant en Grèce qu’en Espagne

Comment ne pas voir, comme le rappelait René Girard au lendemain des attentats du 11 septembre, qu’entre effacement des cultures traditionnelles et rivalité mimétique à l’échelle planétaire, que l’islam ne fait que « fournir aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme » ?

Et donc qu’à l’instar de leurs manuels stratégiques comme le confirme le chercheur américain Michael Ryan, les djihadistes ne sont pas autre chose que des occidentaux honteux ?

What Al Qaeda learned from Mao
The surprisingly secular guerrilla strategy behind the would-be Islamist revolution

Michael W.S. Ryan

Globe Correspondent

September 22, 2013

Twelve years after its horrifying attack on the United States and two years after Osama bin Laden’s death, Al Qaeda is still very much alive—dispersed, but with a critical role in the violence in Syria, Iraq, Yemen, and elsewhere. Its leaders and locations have changed, but its ideology has proved tenacious and adaptable.

We often misunderstand what that ideology is. Americans generally discuss Al Qaeda chiefly as an Islamist group, one fanatically dedicated to imposing its harsh version of Islamic law on the Middle East and to extinguishing all American presence there.

But there are many active Islamist organizations, and among them Al Qaeda is distinct—unique both in its single-minded focus on the United States and in its approach to violence. To fight its influence requires more than just tracking its personnel or analyzing its tactics: It requires grasping the deeper strategies and long-range thinking that set it apart and help create its mystique.

Al Qaeda’s strategic foundations are laid out in a variety of documents written by its ideologues and trainers. Originally produced secretly for training recruits and as a legacy for future generations of jihadi guerrillas, the documents began to emerge in the early 2000s—published on jihadist forums, stored on commercial websites, or confiscated from terrorist safe houses and training camps by local police or military.

What this body of work reveals might strike even informed readers as surprising. When it comes to strategy, close readings of the documents suggest that Al Qaeda draws its ideas less from classical Islam than from a broad array of sources in 20th-century guerrilla warfare, as well as older European and Chinese military strategists. Its books and articles refer to the ideas of Mao, Che Guevara, Regis Debray, the Vietnamese strategist General Giap, Fidel Castro, and even the somewhat obscure Brazilian urban guerrilla Carlos Marighella. They are secular and analytic, and do not rely on religious arguments as a detailed guide to action.

To study Al Qaeda’s strategic literature is to realize that we should understand it primarily as a new type of revolutionary group—one that is, in fact, less classically “Islamic” than Maoist. It is a modern ideology built on Al Qaeda’s distorted version of Islam, one that is rejected by mainstream Islamic scholars. And this deeper understanding may give us new tools in what is shaping up to be a long fight against Al Qaeda’s influence.

***

The first unclassified evidence of Al Qaeda’s thinking about guerrilla warfare surfaced in December 2001 after the American journalist Alan Cullison, assigned to cover events in Kabul, had an accident in the wilds of the Hindu Kush that destroyed his laptop. When he bought a used computer in Kabul, he came into possession of a hard drive previously owned by Ayman al-Zawahiri, then bin Laden’s deputy. Cullison bought it from a man who claimed he had stolen it the day before Al Qaeda’s leadership fled Kabul after the collapse of the Taliban government.

This hard drive contained a book written by al-Zawahiri about jihadist insurgencies in Egypt, titled “Knights Under the Prophet’s Banner.” It also included many other professional-grade documents about espionage and security. A section titled “The Future of the Jihadist Movement” outlined some of Al Qaeda’s long-range strategies and would later be the basis for further writings by the leadership’s advisers and lieutenants.

Thousands of pages of documents have emerged since then, laying out Al Qaeda’s ideology, military doctrine, and tactics. In 2004, the Norwegian scholars Brynjar Lia and Thomas Hegghammer coined the term now used to describe this body of writings: “jihadi strategic studies,” the collective efforts of a radical group to adapt the lessons of the past into a modern guide to action. Since 2008, I have been among the growing number of scholars and experts trying to unlock what they tell us about Al Qaeda.

The most influential strategic documents appear to be anything but religious in origin. For example, Al Qaeda strategist and trainer Abu Mus‘ab al-Suri wrote in his voluminous “The Call to Global Islamic Resistance” that one of the most important books on guerrilla warfare has been written by an American. That book, published in 1965, is “War of the Flea,” by Robert Taber, an investigative journalist who covered Castro’s operations in the late 1950s. The title refers to Mao’s often-cited analogy that guerrilla warfare is like the attack of a weak flea against a powerful dog. The flea first agitates the dog with a few bites, and then the dog attacks itself in a frenzy but is unable to kill the flea; as the bites multiply and other fleas join, the dog is weakened and eventually dies.

Taber’s book, a classic popular study of insurgencies, examines how guerrillas end up succeeding or failing in wars against overwhelmingly powerful enemies. The book’s title was translated into Arabic as, approximately, “The War of the Oppressed”; a more literal translation would be “the war of those thought to be weak.” The message is clear: If you feel weak, this book shows you how to be strong.

Except for history and military buffs, few Americans today read Taber’s book in English; similarly, few Al Qaeda terrorists would have read it in Arabic. But its lessons ended up embedded in Al Qaeda’s philosophy and insurgency campaigns. Al-Suri even recorded a lecture course on the book, and both the failed mid-2000s terrorist campaign in Saudi Arabia and the current war in Yemen bear its imprint.

Other Al Qaeda authors have drawn on guerrilla thinkers from very different parts of the globe. Abu Ubayd al-Qurashi (a pseudonym for a bin Laden adviser), in his article “Revolutionary Wars,” translates the Vietnamese General Giap’s characterization of guerrilla warfare in his book “People’s War People’s Army” into Arabic: “a type of war in which the weak side, with poor equipment, takes refuge among the masses to fight a powerful enemy, which possesses superior equipment and technology.” To al-Qurashi, the ultimate American withdrawal from Vietnam offers a lesson in how the psychological costs of guerrilla warfare can break a powerful nation’s will to keep fighting.

Al Qaeda’s fundamental approach, as multiple authors explain in various texts, mirrors classic Maoist three-stage strategy. First, small groups weaken a government’s hold on a remote area; then they establish themselves in villages or communities to consolidate their power and expand. Finally, they join with similar groups until a large area is under their control, as the government withdraws and ultimately falls. Such an effort is underway in North Africa, the Sinai, Syria, Iraq, and South Asia. The goal may be couched in Islamic terms, but the methods are profoundly secular. Violence for Al Qaeda, as in classic guerrilla strategy, always has a political objective.

Al Qaeda’s books and articles on strategy in Arabic and occasionally in translation can now be easily found on the Internet, if one knows where to look. Besides al-Suri’s “The Call to Global Islamic Resistance” and al-Qurashi’s articles “Revolutionary Wars” and “Fourth Generation Warfare,” they include Abu Bakr Naji’s “The Administration of Savagery,” Abdul Aziz al-Muqrin’s “A Practical Course for Guerrilla War,” and many more. All the authors mentioned here were active jihadists and close to Al Qaeda’s leadership; all were killed in insurgency operations or captured by local forces by 2006.

But their work survives. Though Al Qaeda is increasingly fragmented, and some observers see it less as a single organization than a banner for various insurgents to fight under, these strategies and Al Qaeda’s ideology do appear to bind them together. The current leader of Al Qaeda in Yemen, for example, has credited Naji’s book for the group’s strategy today while expounding Al Qaeda’s ideology in his propaganda.

The principles of warfare these writers espouse are by no means mainstream in the countries where they lived. It is evident from their writings that, like Osama bin Laden in his last days, these authors know that ordinary Muslims find their violent tactics to be morally offensive. To this they have no real answer except that they are following the universal laws of war, which are the same to establish a religious state or a secular state. In other words, if you agree with their goal of establishing a strict Islamic state, then the ends justify the means.

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In the fight against Al Qaeda thus far, this strategic literature has taken a back seat to tracking its propaganda, tactics, and actual activities. This is understandable: Military and police operations against terrorist cells and groups depend on actionable information, and strategic writings don’t tell us where the group’s terrorists might strike next.

But in the long term, understanding its strategy is crucial. Perhaps Al Qaeda’s greatest strength has been its ability to rise out of the ashes of miserable defeat, recruit more young men, and continue its long war against the established order. Understanding the strategy, ideology, and “heroic” history its strategists write about is key to winning the deeper battle to prevent Al Qaeda from refilling its ranks when our operations decimate them.

This kind of analysis has helped the United States before. During the Cold War, the country invested a great deal of effort in understanding the enemy’s ideology. But that battle of ideas was perhaps simpler. Our communist adversaries had a worldview that we understood and that had its origins in Western thinking; we were confident that our own system offered a more attractive model to the world. In the fight against Al Qaeda, the United States has largely stayed away from the ideological battle because of concerns that any information campaign would involve counterproductive arguments about Islam.

Focusing on the secular origins of Al Qaeda’s violent strategies, however, gives the United States a new kind of leverage—an opening to publicize the worst aspects of Al Qaeda’s ideology, which are just as alien to our Muslim allies and American Muslims as they are to other Americans. Al Qaeda’s military doctrines have resulted in the deaths of many more Muslims than non-Muslims; their call for eternal jihadism is a recipe for endless urban and rural warfare. They have no theory of stable government beyond the clichés in their propaganda.

What is clear, based on the intolerance and dedication to violence enshrined in its strategic literature, is that the communities most immediately at threat are the surrounding Muslim ones. That is not a sentiment likely to show up in the group’s public propaganda. But it’s a fact that the United States has a very good incentive to recognize and to communicate to the passive and sometimes sympathetic public that Al Qaeda depends on for its very existence. Once we have fully absorbed Al Qaeda’s strategic literature, it will give us ample material to use against them, in their own words.

Michael W. S. Ryan is a senior fellow at the Jamestown Foundation and a Middle East Institute scholar. He studied Arabic for his PhD at Harvard and at the American University in Cairo, and is author of “Decoding Al Qaeda’s Strategy: The Deep Battle Against America,” published last month.

Voir aussi:

Abu Musab Al-Suri, architecte du jihad global – Entretien avec Brynjar Lia
Jean-Marc Flükigel
Terrorisme.net
25 juillet 2008

Arrêté en 2005, Mustafa Sethmariam Nasar, mieux connu sous le nom d’Abu Musab Al-Suri, est considéré comme le principal idéologue de la troisième génération du jihad salafiste. Moins connu en Occident que le numéro deux d’Al-Qa’ida Ayman Al-Zawahiri ou le Palestinien Abdullah Azzam, Abu Musab-Al-Suri n’en est pas moins extrêmement influent dans les sphères de la militance islamiste armée et a inspiré, par ses écrits, de nombreux jihadistes.

Dans la perspective d’une meilleure connaissance de cette figure centrale, Terrorisme.net propose à ses lecteurs une interview de Brynjar Lia, Professeur de recherches à l’Etablissement norvégien de recherches sur la défense. Brynjar Lia est l’auteur de l’ouvrage Architect of Global Jihad: The Life of Al Qaeda Strategist Abu Mus’ab Al-Suri (Columbia University Press, 2008), une biographie essentielle pour qui veut comprendre Abu-Musab Al-Suri.

Dans cet ouvrage original, Brynjar Lia propose également une traduction unique du chapitre principal de l’opus magnum d’Al-Suri, L’Appel à la Résistance Islamique Globale.

Abu Musab Al-Suri : éléments biographiques
Terrorisme.net – En guise d’introduction, pourriez-vous esquisser un portrait intellectuel d’Abu Musab Al-Suri?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri est arrivé sur la voie du jihad et de l’idéologie jihadiste en tant qu’expert militaire. Il s’est intéressé à la lutte très tôt, dès ses études au département d’ingénierie de l’université d’Aleppo, en Syrie. C’est à ce moment-là qu’il a rejoint l’organisation syrienne de l’Avant-Garde Combattante. Après quelques mois, la cellule à laquelle il appartenait a été découverte et il s’est enfui en Jordanie avec un grand nombre de Syriens. En Jordanie, puis plus tard en Irak, il a bénéficié d’un entraînement en techniques de guérilla urbaine.

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il a commencé à écrire sur le jihad dans une perspective plus intellectuelle. Al-Suri n’avait pas bénéficié d’une éducation religieuse et l’on observe dans ses écrits que ce qui l’intéresse le plus est de rendre le plus efficace possible le combat, la lutte, de renforcer au maximum l’impact de l’usage de la violence politique. Même s’il bénéficie de connaissances dans le domaine religieux, il n’est pas un théologien. Particulièrement intéressant est le fait qu’il adapte les théories des guérilla «de gauche» à un cadre islamiste, et c’est justement cette adaptation qui est particulièrement fructueuse.

Il faut également mentionner le fait qu’Al-Suri a bénéficié d’une formation universitaire en histoire et il manifeste, lorsqu’on lit ses écrits, qu’il veut tirer les leçons de l’histoire. Si l’on veut, il s’agit d’une historiographie fortement tournée vers la réflexion politique et qui veut en tirer des conclusions pour la lutte. C’est cette combinaison d’une connaissance intime du combat, de la manière de fabriquer des explosifs et des expériences passées d’autres organisations de guérilla qui fait l’intérêt des réflexions d’Al-Suri.

Personnellement, je pense que c’est cette expérience qui rend les écrits d’Al-Suri beaucoup plus accessibles à un esprit occidental que les écrits théologiques d’un Abu Muhammad Al-Maqdisi, d’Abu Qatada et de beaucoup d’autres idéologues islamistes.

Terrorisme.net – D’un point de vue religieux, on constate qu’il s’agit d’une personnalité extrêmement complexe: il souscrit certes à l’idéologie salafiste mais il a cependant attaqué en justice le journal «Al-Hayat» pour diffamation. Comment Al-Suri réconcilie-t-il une idéologie qui ne reconnaît que les tribunaux appliquant la sharia avec son recours à un tribunal appliquant une législation «occidentale»?

Brynjar Lia – C’est une question intéressante, et je crois que le fait d’avoir saisi un tribunal «occidental» montre le pragmatisme du personnage qui veut faire usage et exploiter toutes les possibilités pour faire avancer les jihadistes et leur cause, même si cela doit contredire des principes islamistes d’un point de vue religieux strict. Selon lui, il est possible de justifier le recours à des tribunaux occidentaux pour faire progresser la cause jihadiste.

Lorsqu’il en parle dans un entretien avec un journal arabe en 1999, il se réfère à Abdullah Azzam qui en avait parlé et considérait ceci comme légitime. Azzam était très pragmatique dans les questions pécuniaires et pensait qu’il était important de réunir tout le soutien possible pour les moujhahidines en Afghanistan, même si cela devait exiger des voyages aux Etats-Unis, dans les pays occidentaux afin de récolter de l’argent qui devait servir à un combattre un mal encore plus important, l’Union soviétique. Tous ses écrits font preuve de ce pragmatisme; Abdullah Azzam n’était pas nécessairement rigide dans l’interprétation de questions mineures qui pouvaient mettre un frein à la progression de la lutte. Al-Suri fait preuve du même pragmatisme lorsqu’il s’oppose aux courants salafistes plus rigoristes: il ne veut pas qu’une interprétation littérale du Coran ne devienne un obstacle à la cause.

Terrorisme.net – Généralement, on considère le mouvement jihadiste comme une sorte de «monolithe» avec une unité de doctrine. Pourtant, Abu Musab Al-Suri semble être beaucoup plus indépendant. Dans cette perspective, pourriez-vous esquisser les accords et désaccords d’Al-Suri avec Ben Laden sur les attaques du 11 septembre 2001?

Brynjar Lia – Abu Musab Al-Suri croyait profondément au régime des Talibans pour différentes raisons. C’est ce qui l’a également incité à collaborer avec eux lorsqu’il était en Afghanistan. Concernant les relations avec Ben Laden, Al-Suri était en conflit avec lui. En lisant plusieurs lettres adressées au Saoudien, on constate qu’Al-Suri avait de fortes réticences sur son style de direction (leadership). Ces réticences ont émergé très tôt, pour des raisons diverses: la grande expérience d’Al-Suri dans la lutte (c’est un vétéran) et son intelligence jouent un rôle. Il pensait que Ben Laden ne gérait pas bien Al-Qa’ida, qu’il ne consultait pas ses pairs de manière adéquate. Dans les lettres adressées à ce dernier en 1998, celui-ci critique la relation des «Arabes afghans» avec le régime des Talibans. Pour Al-Suri, le cœur du problème se situe dans la Déclaration du jihad contre les Croisés et les Juifs et le fait que Mollah Omar n’en avait pas été informé.

Dans ses lettres, il reproche à Ben Laden de mettre en danger la présence de ses co-religionaires arabes en Afghanistan qui pourraient être livrés aux Talibans, alors que Ben Laden, en tant que Saoudien, avait la possibilité de se repentir et de rentrer en Arabie Saoudite ou au Soudan.

De plus Al-Suri pensait également que l’Afghanistan des Talibans était une sorte de véritable Etat islamique et que ce dernier devait constituer la base pour étendre la lutte. C’était une sorte «d’espace libéré», le premier dont les jihadistes bénéficiaient dans l’ère moderne après la chute de l’Empire ottoman.

Zawahiri en parle également dans son livre Les Chevaliers sous la bannière du Prophète: l’objectif est de créer des zones libérées comme bases pour l’extension de la lutte. Ces «zones libérées» jouent donc un rôle fondamental dans la pensée de Suri et de Zawahiri ainsi que des idéologues plus récents comme Abu Bakr Nadji. C’était également une doctrine centrale de la pensée de gauche sur la guérilla. Al-Suri pensait que l’insistance de Ben Laden sur sa stratégie médias et son absence de consultation des Talibans ne constituait pas une stratégie intelligente. Al-Suri ne pensait pas qu’il était problématique de parler aux médias occidentaux. En fait c’est même lui qui avait organisé une rencontre de Ben Laden avec CNN et il a joué le rôle de conseiller médias de Ben Laden durant la période 1996-1997.

Il semblerait donc qu’Al-Suri (et beaucoup d’autres) n’étaient pas très à l’aise avec les attaques du 11 septembre: le mouvement jihadiste n’y était pas préparé, le régime des Talibans n’y était pas préparé. Ces attaques ont ainsi été interprétées comme une «trahison» de l’hospitalité offerte par le régime des Talibans. Pourtant, même s’il est critique, Al-Suri est ambivalent sur ces attaques: d’un côté, ces attaques ont eu un impact phénoménal sur la situation mondiale et les Etats-Unis. Comme Al-Suri pensait que tôt ou tard une confrontation aurait été nécessaire avec les Etats-Unis, ces attaques allaient dans la bonne direction. Dans cette perspective, Ben Laden a tourné les yeux de tous les jihadistes vers un seul ennemi au lieu de se focaliser sur une multiplicité de problèmes et d’ennemis plus locaux. A cet égard, il s’agissait pour Al-Suri d’une attaque intelligente, même s’il ne la soutient pas totalement du fait du manque de préparation des jihadistes et de la perte de nombreux cadres et soutien. C’est une attitude typique pour Al-Suri: il ne prend pas une position claire, il reste ambivalent et discute les avantages et désavantages de l’attaque, un peu à la manière d’un historien. Comme je l’ai déjà dit, c’est là que se trouve l’intérêt de la manière d’écrire d’Al-Suri, cette possibilité de discussion et de réflexion offerte au lecteur.

Abu Musab Al-Suri : perspectives stratégiques

Terrorisme.net – L’un des éléments centraux de la doctrine d’Al-Suri est ce concept ou slogan «nizam, la tanzim» («système, pas d’organisation»), c’est-à-dire cette volonté d’Al-Suri d’abandonner les organisations traditionnelles au profit d’une nouvelle forme de lutte moins hiérarchique. Quel est l’impact des attaques du 11 septembre sur la formulation et l’élaboration de ce concept?

Brynjar Lia – Al-Suri a commencé à parler de cette nécessité d’une décentralisation du jihad au moins une décennie avant les attaques du 11 septembre. La première fois qu’il aborde ce besoin d’abandonner des organisations hiérarchiques régionales pour une approche plus globale, basée sur des réseaux plus ou moins sans leader, décentralisés, est en 1991 déjà dans le cadre de différents séminaires tenus à Peshawar. On peut également affirmer qu’à cette époque ses auditeurs n’avaient pas véritablement saisi cette idée. A l’époque où il commence à rédiger les premières ébauches de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale, Al-Suri n’était pas considéré comme assez important dans la hiérarchie pour être pris suffisamment au sérieux. Il s’est fait mieux connaître dans les cercles jihadistes au milieu des années 1990, notamment en tant qu’auteur de l’ouvrage Al-Tajruba (ou Révolution Islamique Jihadiste en Syrie). Ce livre d’environ 900 pages sur l’expérience jihadiste syrienne, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1991 à Peshawar représente son premier succès comme auteur jihadiste.

La première esquisse de ce qui allait devenir L’Appel à la Résistance islamique globale a été élaborée dans un petit article d’une trentaine de pages, imprimé à 1.000 exemplaires à Peshawar en 1991 et diffusé à cette époque. Suri dit lui-même qu’en plus de cette publication, il a également discuté ses idées avec d’autres jihadistes à Londres au milieu des années 1990. A l’époque, Londres était la «capitale européenne» des jihadistes et des organisations comme le Jihad Islamique égyptien, des groupes jihadistes libyens, le Groupe Islamique Armé (GIA) algérien et d’autres y étaient représentés.

Après la chute du Mur, le renforcement de la coopération anti-terroriste internationale a joué le rôle d’un détonateur et Al-Suri a commencé à répandre sa doctrine en argumentant que, du fait de cette coopération renforcée et de la fin de la Guerre Froide, il n’était plus possible de maintenir le modèle des tanzim, c’est-à-dire des organisations hiérarchiques régionales traditionnelles. De plus, les zones de repli et l’hospitalité de certains Etats qui avaient accueilli le leadership de certaines organisations étaient portées à disparaître du fait de la nouvelle situation internationale. Dans cette perspective, Suri parle beaucoup du «Nouvel Ordre Mondial» et de ses conséquences. C’est l’un des auteurs jihadistes qui se focalisent le plus sur la nouvelle donne géopolitique et ses implications. Et petit à petit, au fil des années 1990, un nombre croissant de gens ont commencé à considérer les idées d’Al-Suri comme correctes et surtout utiles. Outre le nouvel ordre mondial, un autre facteur qui a influencé la transformation et la décentralisation des organisations jihadistes a été l’émergence d’Internet. Dans ces années-là, Al-Suri a souligné l’importance de cet instrument. Il avait même mis en ligne son propre site avant 2001. Même si Internet n’était pas aussi développé dans les années 1990, celui-ci a tout de même influencé les jihadistes dans la mesure où ils ont adopté une approche plus orientée vers les réseaux que vers les organisations hiérarchiques.

Quant aux références à Internet dans ses écrits, il cite «la toile» dans un entretien avec un journal arabe en 1999 et en 1996-1997 et il parle également de la nécessité de créer un site pour son bureau des médias de Londres. Il ne s’intéresse ici pas à la réalisation concrète, mais plutôt à Internet en tant qu’idée. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Architect of Global Jihad, dans la mesure où Al-Suri est plutôt un stratège qui pose un cadre mais ne s’intéresse pas aux détails de la mise en œuvre.

Terrorisme.net – Vous mentionnez le fait que cette idée de «nizam, la tanzim» émerge au début des années 1990. Il est intéressant de constater que c’est plus ou moins à la même époque – en 1992 – que Louis Beam publie son fameux article sur la résistance sans leader («Leaderless Resistance»). Sachant qu’Al-Suri avait énormément lu, également des textes «occidentaux», est-il possible qu’il connaissait le texte de Beam et qu’il ait été influencé?

Brynjar Lia – C’est difficile à dire. Il est probable qu’Al-Suri ait lu les Turner Diaries de William Pierce. Dans tous les cas, il écrit qu’il aurait lu entre 50 et 60 livres sur la théorie de la guérilla lorsqu’il vivait en Espagne et en France au milieu des années 1980. Un livre qu’il utilise beaucoup est celui de Robert Taber, The War of the Flea traduit en arabe comme la «Guerre des opprimés» (harb al mustad’afin). Al-Suri a utilisé ce livre dans les camps d’entraînement en Afghanistan. Dans certains de ses cours, celui-ci va même jusqu’à lire cet ouvrage, à s’arrêter, à faire des commentaires et à continuer à lire. Al-Suri pensait donc qu’il s’agissait d’un livre très important. Il est intéressant de constater qu’il s’agit d’un livre écrit par un auteur américain et qu’Al-Suri a été critiqué par les franges salafistes les plus radicales et conservatrices pour avoir utilisé et parlé des expériences des guérillas d’extrême gauche. Ces franges n’étaient pas à l’aise avec le fait qu’Al-Suri parle des expériences de guérilla communistes, combattues pendant la guerre d’Afghanistan.

Je n’ai cependant pas trouvé dans les écrits d’Al-Suri une référence explicite au concept de résistance sans leader de Beam. Al-Suri utilise le terme de «décentralisation» de manière répétée et consciente. On peut cependant dire qu’Al-Suri n’aurait probablement aucun problème idéologique à citer Beam.

Terrorisme.net – Selon vous, le concept même de «nizam, la tanzim» proposé par Al-Suri a-t-il été appliqué et à quel moment a-t-il commencé à devenir influent?

Brynjar Lia – Je pense que l’environnement qui prévaut depuis le 11 septembre – la surveillance accrue, le renforcement des mesures de lutte anti-terroriste, les nouvelles législations contre le financement du terrorisme, les nouvelles conditions de détention, la destruction des camps d’entraînement, la disparition des zones de repli à l’exception des zones tribales entre le Pakistan et l’Afghanistan – ont fortement restreint l’activité terroriste et les possibilités d’actions terroristes jihadistes. Pour le dire autrement, le monde tel qu’on le connaît depuis le 11 septembre a «imposé sa présence» au mouvement jihadiste et de ce fait la doctrine du nizam, la tanzim a commencé à être appliquée, souvent de manière inconsciente. Cette évolution a été également été dictée par la nécessité pour chaque organisation secrète d’une certaine «compartimentalisation» de ces activités afin d’en minimiser le degré de vulnérabilité. En d’autres termes, par sa conceptualisation du nizam, la tanzim, Al-Suri ne fait qu’expliciter, verbaliser une évolution qu’on retrouve sur le terrain, dictée par un nouvel environnement. Dans cette perspective, l’approche «historique» d’Al-Suri et sa volonté de tirer des leçons des erreurs passées est importante.

Il ne faut cependant pas se focaliser uniquement sur le nizam, la tanzim et considérer qu’Al-Suri ne défend que le terrorisme du jihad individuel, la résistance jihadiste sans leader. En fait, il défend ce slogan et cette forme d’action individuelle uniquement lorsque les circonstances l’exigent et ne permettent aucune autre alternative, comme par exemple la mise sur pied de camps d’entraînements dans des zones «libérées» comme ce fut le cas en Afghanistan. Al-Suri insiste beaucoup sur la nécessité de créer une entité comparable à un Etat lorsque les conditions sont réunies, mais après la chute du régime taliban, il n’était pas très optimiste quant à cette possibilité. Il aurait très intéressant de savoir ce qu’auraient été ces commentaires, s’il avait écrit en 2008, à l’heure où il y aurait de nouveaux camps d’entraînement du côté pakistanais de la frontière. Il est également intéressant d’observer qu’il a changé sa perspective après le 11 septembre et qu’il est devenu plus pessimiste sur le futur et la possibilité de créer des territoires libérés. A l’heure actuelle, il aurait probablement retrouvé un peu d’optimisme.

En fait, l’idée de résistance sans leader est considérée par Al-Suri comme l’option de dernier recours à utiliser lorsque toutes les autres formes de guerre échouent – ou ont échoué. Il ne dit en aucun cas qu’il s’agit de la meilleure option, mais il est très explicite sur le fait qu’il s’agit de l’option de dernier recours. En plus de la résistance sans leader, il parle également de la lutte sur des «fronts ouverts» (comme en Irak ou en Tchétchénie). Il argumente également en faveur d’attaques avec des armes de destruction massive ou du moins qu’il s’agit d’une option à explorer. En se focalisant sur la résistance sans leader, sur les actions par des individus au niveau local, Al-Suri étend la portée du jihad. Ce qui est fondamental ici, c’est que la lutte ne soit pas restreinte à une élite: Suri veut «démocratiser» le jihad, l’amener aux gens.

Mais sa théorie ne s’intéresse pas uniquement à la lutte armée, mais également à d’autres activités comme le soutien politique, médiatique au mouvement jihadiste. Pour revenir à cette idée de démocratisation du jihad, Al-Suri pense qu’il doit être un mouvement de masse et non la lutte d’une petite élite – comme ce fut par exemple le cas du Jihad Islamique égyptien – du fait que cette élitisme est la cause de la défaite.

Terrorisme.netAl-Suri parle des avantages de «nizam, la tanzim», de ce terrorisme du jihad individuel, mais est-il également conscient de ses faiblesses?

Brynjar Lia – Je pense qu’il l’est, même s’il aurait pu en parler un peu plus. En fait, la faiblesse principale d’un terrorisme du jihad individuel est la difficulté d’organisation et d’action pour des individus qui agissent d’eux-mêmes sans avoir été entraînés. Cependant, les actions d’individus au niveau local, même s’ils ne font pas beaucoup de dégâts ou de victimes, le simple fait que des actions soient organisées de manière spontanée est une victoire en soi. Pour lui, l’objectif de ces actions spontanées est leur propagation d’un individu à un autre et l’inspiration fournie par l’exemple individuel. En considérant que la communauté musulmane, l’oumma, comprend 1,5 milliard d’individus, il n’est pas nécessaire qu’un fort pourcentage de la population agisse pour créer une vague de violence contre l’Occident. Du fait de l’attention médiatique suscitée par des événements terroristes, Al-Suri a, dans un certain sens, raison: une action violente n’a pas besoin d’être très importante pour susciter un large impact médiatique.

L’avenir du mouvement jihadiste
Terrorisme.netIl semble que l’une des clés du succès d’un mouvement décentralisé de résistance sans leader doive être sa capacité à rendre publique et maintenir un flot continu d’actions. Pourtant si l’on considère le mouvement jihadiste, un très grand nombre d’actions ont échoué ces dernières années soit pour des raisons techniques, soit parce qu’elles ont été découvertes par les autorités. D’un point de vue stratégique, cette incapacité à alimenter les actions réussies par les jihadistes peut-il être considéré comme un échec ou une sorte de «crépuscule» du mouvement?

Brynjar Lia – Cela dépend du «front» dont vous êtes en train de parler. Si l’on parle par exemple de l’Afrique du Nord, Al-Qa’ida a fait d’énormes progrès. Par contre, si vous parlez du front irakien, Al-Qa’ida devrait probablement concéder que la lutte n’est à l’heure actuelle pas un succès. Si, en revanche, vous prenez l’Afghanistan, le mouvement jihadiste s’y porte plutôt bien, à condition évidemment que l’alliance entre les Talibans et Al-Qa’ida se maintienne, ce que je ne pense pas. Dans le cas contraire, Al-Qa’ida sera en grand péril.

Terrorisme.netQu’en est-il des Etats-Unis?

Brynjar Lia – Si l’on considère que l’une des priorités d’Al-Qai’da était de frapper à nouveau aux Etats-Unis, on peut dire que le mouvement a lamentablement échoué, même s’il y a eu des tentatives mineures d’attentats. Une des différences avec la situation en Europe est la difficulté d’Al-Qa’ida de s’implanter aux Etats-Unis, et donc que leurs capacités dans ce pays sont réduites. Mais il est également possible qu’Al-Qa’ida ne veuille pas aider l’Administration américaine et offrir un soutien populaire à la guerre contre le terrorisme du président Bush en perpétrant un attentat sur sol américain.
De plus, le document stratégique qui a été publié avant les attaques de Madrid fait clairement référence et insiste sur la nécessité d’attaquer les alliés américains plutôt que les Américains eux-mêmes pour les isoler et les priver de leurs alliés. Selon ce document, en cas d’isolement américain, la guerre en Irak et en Afghanistan deviendra tellement onéreuse qu’ils seront défaits économiquement. La stratégie économique d’Al-Qa’ida ne devrait pas être sous-estimée: le réseau de Ben Laden veut rendre cette campagne la plus coûteuse possible du fait que le pilier de la puissance militaire américaine est son économie. De ce fait, je pense que la question du succès d’Al-Qa’ida dépend de la manière d’interpréter sa stratégie: du point de vue de sa capacité à repousser les Etats-Unis hors du monde musulman, je pense qu’Al-Qa’ida a obtenu des succès raisonnables ces dernières années. Cependant, d’un point de vue idéologique, Al-Qa’ida est beaucoup plus faible actuellement qu’il y a quelques années.

Terrorisme.netDu point de vue européen, peut-on dire que l’incapacité à perpétrer des actions réussies depuis les attentats de Londres et les attaques déjouées depuis tendraient à montrer qu’Al-Qa’ida aurait échoué sur le Vieux Continent?

Brynjar Lia – Selon moi, Al-Qa’ida est toujours en mesure d’exercer une certaine pression sur les Etats européens. J’en veux pour preuve le retrait de troupes en Irak par certains alliés des Etats-Unis et les débats autour du maintien de la présence en Afghanistan. Ces derniers ont pris de l’ampleur dans de nombreux pays, y compris la Norvège. Après les attentats de Londres, on a assisté à un certain nombre de tentatives. Pourtant même si ces actions n’ont causé aucun mort, des pays comme la Grande-Bretagne ont continué à renforcer leur législation anti-terroriste et cette législation est en train d’aliéner les musulmans britanniques et crée une forme d’animosité au sein de la société britannique. De plus, les Etats européens continuent à engager des moyens considérables pour lutter contre l’extrémisme musulman et ceci montre que malgré l’absence d’attaques réussies, Al-Qa’ida est capable de créer une pression sur les Etats européens et, à long terme, peut affaiblir la volonté de ces Etats à s’engager dans la lutte contre le terrorisme en Irak ou en Afghanistan. Ce n’est donc pas un succès total, mais pas non plus un échec retentissant. Il est toujours difficile de dire pour les organisations de guérilla ou terroristes si elles ont échoué ou pas, cependant leur simple survie, malgré les moyens engagés pour mettre un terme à leurs activités est déjà en soi une victoire. Je crois qu’il y a une autre logique qui permette de mesurer la victoire ou la défaite de telles organisations.

Terrorisme.netEn fait, vous ne partagez pas les conclusions de Marc Sageman dans son dernier ouvrage qui affirme qu’en maintenant simplement la pression sur le réseau Al-Qa’ida, celui-ci va finir par disparaître de lui-même?

Brynjar Lia – J’ai lu quelques réponses et les critiques adressées par Bruce Hoffman dans le dernier numéro de Foreign Affairs. Sageman dans sa réponse a beaucoup insisté sur le fait que son analyse n’était pas exclusive, c’est-à-dire que d’une part l’organisation centrale d’Al-Qa’ida est toujours en place et qu’il faut tout faire pour mettre un terme à cette organisation, mais il existe un autre jihad, le jihad sans leader qui est tout aussi important. Et je pense qu’il a raison. Son analyse ne prend cependant pas en considération le fait que l’organisation centrale d’Al-Qa’ida s’est renforcée ces dernières années par sa présence dans les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan. Il s’agit là d’un développement majeur. Du fait de ce renforcement, il a été possible de recommencer à envoyer des gens dans des camps d’entraînement dans ces zones. Cela a par exemple été le cas pour les militants de l’Union du Jihad Islamique arrêtés l’an dernier en Allemagne.

En conclusion, on a observé que toute organisation terroriste meurt à un moment ou à un autre. Je me souviens d’une discussion récente avec un membre d’un service de sécurité européen sur Al-Qa’ida et la culture des jeunes (youth culture). Selon lui, certains de ces militants veulent être cool et, dès le moment où être un jihadiste cessera d’être cool, le mouvement du jihad s’arrêtera. Ceci n’explique évidemment pas tout, mais je pense que c’est l’un des éléments de la problématique. Si l’on lit et écoute les discours de Ben Laden, on constate que ceux-ci sont principalement dirigés vers des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. Je pense que la culture des jeunes joue un certain rôle dans le phénomène jihadiste en Europe occidentale.

Questions et traduction (de l’anglais): Jean-Marc Flükiger

Voir également:

RADICALISATION Un spécialiste de l’Islam met sur le même plan l’ultra-gauche des années 1960 et les jeunes djihadistes français…

VIDEO. Maoïstes, Che Guevara, djihadistes de Daesh… Mêmes combats?
Un djihadiste de Daesh dans la vidéo montrant l’exécution de Peter Kassig et de pilotes de l’armée syrienne. Vidéo de propagande. – anonyme
William Molinié
20 minutes
27.11.2014

Il y a 40 ans, la jeunesse radicale était fascinée par Che Guevara et Castro. Aujourd’hui, c’est l’organisation de l’Etat islamique (EI) -également appelé Daesh- qui attire. Faut-il y voir des similitudes? Olivier Roy, politologue, spécialiste de l’islam et auteur de En quête de l’Orient perdu (Seuil), met sur un même plan les jeunes djihadistes français qui rejoignent Daesh et la mouvance ultragauche des années 1960. Le chercheur, qui était ce jeudi matin l’invité du 7-9 de Patrick Cohen sur France Inter, est revenu sur les motivations qui poussent de jeunes français en rupture à la radicalisation islamique.

«Ce sont des jeunes en quête d’aventure, en quête d’une contestation radicale de l’ordre établi. On le voit statistiquement par le nombre de convertis», a-t-il expliqué. Selon lui, entre 20 et 25% des jeunes volontaires français partent rejoindre Daesh non pas parce qu’ils recherchent «une expérience mystique religieuse ou qu’ils ont fréquenté des mosquées» mais parce qu’ils sont en pleine rupture avec le «système».

«Fascination romantique»
«On a oublié notre passé. En Europe, depuis les années 1960, on a un espace de radicalisation de la jeunesse. C’était le maoïsme, c’était le trotskisme, c’était Che Guevara. Et les jeunes allaient dans les guérillas. Le grand mot, c’était la révolution avec un grand « R », poursuit Olivier Roy. Tantôt c’était le Vietnam, tantôt c’était Castro, tantôt c’était la révolution culturelle chinoise.»

Aujourd’hui, fait remarquer le spécialiste, «la révolution avec un grand « R » a été remplacée par le djihad avec un grand « Dj »». C’est la même «fascination de type romantique, même si c’est violent et sanglant», qui attire désormais une partie de la jeunesse française.

«La révolution pour soi-même»
Le journaliste, Patrick Cohen, lui fait cependant remarquer que derrière l’ultragauche française des années 1960, «il y avait un idéal humaniste qu’on a du mal à retrouver chez ceux qui s’engagent pour Daesh».

Réponse d’Olivier Roy: «Les Khmers rouges et la révolution culturelle n’étaient pas très humanistes. Et on a certainement « romantisé » des figures comme Che Guevara qui était dans ses pratiques militaires plus brutales que ce qu’on en dit maintenant». Et de conclure: «C’était la violence qui fascinait. C’était la révolution pour soi-même»

Voir encore:

Both Forgotten and Misread: Robert Taber’s The War of the Flea by Daniel N. White
October 5, 2009
Daniel N. White
Dandelion Salad
Oct. 5, 2009

Just finished re-reading the ’60’s counterinsurgency classic, War of the Flea, by Robert Taber. I think I read it back in high school, as it has that real familiar feel to it of a book you’d read years ago. The details were gone from my memory; if you’d asked me about it last week or earlier I couldn’t have told you jack about it. Right now it is being bruited about as a necessary and essential read in military/diplomatic circles. I’m tending to agree; the author aint dumb and aint blind neither. Most all the US written stuff in that time frame–the ’60’s–dealing with counterinsurgency and wars of national liberation and third world security issues was all puerile garbage. This aint. There’s more than a touch of wisdom to it.

Taber seems to have been forgotten almost like his books have. There aren’t any more details readily available on his life than the liner notes on his books, which state that he was an investigative journalist for CBS in the ’50’s, and was among the first journalists who searched out and interviewed Fidel Castro in the Sierra Maestra mountains in 1958. He wrote a book on that, M-26–Portrait of a Revolution, in 1960, and this book, in 1965. This book came to me courtesy of Trinity University via ILL, and it apparently has been checked out exactly once in its lifetime, in 1995.

The book is a quite well-written survey of all the major guerrilla movements in the 20th Century, up to 1965. Taber manages to keep the material lively, which isn’t generally the case for military writings, and also manages to keep it short, which is rare most everywhere. See for yourself–here’s some of Taber’s writings:

Taber, quoting our old friend Vo Nguyen Giap, the Vietnamese commanding general from 1944-1978, on guerillas fighting a conventional Western army:

“The enemy will pass slowly from the offensive to the defensive. The blitzkrieg will transform itself into a war of duration. Thus, the enemy will be caught in a dilemma: He has to drag out the war in order to win it, and does not possess, on the other hand, the psychological and political means to fight a long, drawn-out war.”
Couldn’t have said it better myself about our two wars ongoing. Giap’s apt turn of phrase–“the psychological and political means to fight a long, drawn-out war”–is something we overlook completely, both in our foes and in ourselves. We look to the power of our weapons and the prowess of our troops in using them. Giap looked to the soldier’s and citizen’s hearts, where individual will and patriotism reside, and he defeated us and the French both.

Taber quotes a news article dated 4-21-64, which pointed out that the number of ARVN (our South Vietnamese ally’s army) small-unit operations in the preceding week totaled 5190. Only 70 of them made contact with the enemy, and contact meant as little as a single bullet fired at them from a hedgerow. Shows that even back then, the truth was out in the open, if anyone had their eyes open to see it. Can’t say as anyone has produced similar statistics from Afghanistan or Iraq–haven’t heard of any, and the fact that nobody in the reportorial corps has tried to turn them up, as the percentage of contacts per operation, and the percentage of contacts you, and not the enemy, initiate, are probably THE key statistics in explaining how the war is going–shows what a bunch of military illiterates the fourth estate are, and how they haven’t learned anything from Vietnam, either.

Another one from Giap, this the classic dilemma of an invading foreign army:

“The nature and the very aim of the campaign the (colonialist) enemy is conducting oblige the enemy to split up his forces so as to be able to occupy the invaded territory…the enemy was thus faced with a contradiction: It was impossible for him to occupy the invaded territory without dividing his forces. By their dispersal, he created difficulties for himself. His scattered units thus became an easy prey for our troops and mobile forces.”
And one from Bernard B. Fall, from his The Two Vietnams:

“For the French, the Indochina War was lost then (after the RC-4 defeats in 1950) and there. That it was allowed to drag on inconclusively for another four years is a testimony to the shortsightedness of the civilian authorities who were charged with drawing the political conclusions from the hopeless military situation.”
So there it is. The United States, and our good friends the Limeys, have a political system more broken than the French Fourth Republic’s. We’ve been fighting more obviously lost wars for longer, and apparently are doubling down on one of them as we speak. Maybe starting a third one, too.

For all the talk of this book being greatly read in military circles, well, hell, it’s time to test the officer corps on their reading comprehension and see if it is up to a sixth-grader’s level. Maybe the State Department’s, too. Stuff like this not jumping off the page and hitting you square between the eyes–and making you wince at how little we learned from Vietnam then, or since, and how shamefully we are repeating ourselves in self-delusion and contempt for our foes’ intelligence, motivation, and bravery–well, hell, whatever happens to us bad we’ve got coming to us. The almighty might smile on fools and children, but to the best of my knowledge his mercy doesn’t extend to the stupid.

Part 2

Taber, in his War of the Flea, shows himself a first-rate analyst of political situations, both past historical ones and (then current) ones. Back when Flea was written, the United States, and other countries, Mao’s China foremost, were infatuated with the notion of guerrilla wars and wars of national liberation, wherein nationalist (per Mao) or Communist (per the US) guerilla forces would form up and attack and defeat the established post-colonial governments in the Third World, and establish some new (nationalist/communist) order. In the United States, theories of counterinsurgency, how to fight and win these wars of national liberation, were all in vogue throughout the 1960’s, and a great deal of forest products were wasted on books and articles on the subject. Most all stank. They were uncritically read then, and are completely unread today. It should be a permanently disqualifying embarrassment to cite Taber, harsh critic of US policies then, as an inspiration for US policy in our current wars, as the pundits are doing, but nobody has called them on it, alas.

At the time it was thought that quite potentially these wars would spread to older, more established countries with similar sets of problems of social inequality, such as the Latin American and Central American republics, and spread even to industrialized Western countries, like the US. As it was, nationalism proved the driving force in most of these wars, not the US feared desire for a communistic social order. Once the postwar questions of nationalism were sorted out, finally, in Africa (Insofar as they have been–the LRA {Lord’s Resistance Army} in Uganda, which is generally portrayed by the newsmedia as a lunatic band of child-soldier zombies led by Joseph Kony the African Manson, is fundamentally a guerrilla movement by the Acholi in northern Uganda against the central government.) the topic of guerrilla wars faded out from military and political discourse and fashion both.

Since our wars in Iraq and Afghanistan, counterinsurgency theory has come back into fashion, again. Most all the comments by military and pundits are a dreadful rehashing of the ’60’s American writers and theorists, without, as pointed out earlier, their having read them. A significant part of Flea is Taber’s discussion of these writers’ failings, and his writing on them is spot-on. From p. 173, Taber discusses the rationales for the guerrilla wars professed by counterinsurgency experts:

“Whether the primary cause of revolution is nationalism, or social justice, or the anticipation of material progress, the decision to fight and to sacrifice is a social and a moral decision. Insurgency is thus a matter not of manipulation but of inspiration.

I am aware that such conclusions are not compatible with the pictures of guerrilla operations and guerrilla motivations drawn by the counterinsurgency theorists who are so much in vogue today. But the counterinsurgency experts have yet to win a war. At this writing, they are certainly losing one.

Their picture is distorted because their premises are false and their observation faulty. They assume–perhaps their commitments require them to assume–that politics is mainly a manipulative science and insurgency mainly a politico-military technique to be countered by some other technique; whereas both are forms of social behavior, the latter being the mode of popular resistance to unpopular governments.”
Things haven’t changed any since 1965. Insurgency remains a matter of inspiration. No counterinsurgency expert has ever won a war. And dang but Taber cuts to the bone when he remarks then how US politicians regard politics as a manipulative science. We certainly haven’t changed there.

Taber’s analysis of the simple possibility of suppressing a war of national liberation, and more important, its desirability, from p 177:

“Conditions have changed in the world. What is wanted today is manpower and its products. The raw materials of the undeveloped areas are of no use to the industrial powers…without the human effort that makes them available; strategic bases require the services and the good will of large populations; industry requires both large labor pools and ever-expanding consumer markets.

Under such conditions, to try to suppress popular resistance movements by force is futile. If inadequate force is applied, the resistance grows. If the overwhelming force necessary to accomplish the task is applied, its object is destroyed. It is a case of shooting the horse because he refuses to pull the cart.”
Taber’s analysis of the US’ position in Viet Nam in 1965 is the best analysis I’ve ever read, and events proved him prophetic. From p. 177-8:

“The choices open to Washington in Viet Nam appear obvious. Unless the dissident Vietnamese population can be persuaded to embrace a solution acceptable to the United States (certainly a forlorn hope), the alternatives are: (1) to wage a relentless, full-scale war of subjugation against the Vietnamese people, with the aid of such Vietnamese allies as remain available; (2) seek a solution acceptable to the Vietnamese people, a step that would clearly entail negotiating with the Viet Cong; (3) quit the field and let the Vietnamese work out their own solution.

A fourth possibility does exist. Essentially it is a monstrous variation of the first. The United States can change the character of the war, or its apparent character, by expanding it; that is, by taking arms against Hanoi and, inevitably, against China. To do so, with the right kind of window dressing, could conceivably be justified in the minds of the American people and perhaps of their allies despite the tremendous expense and risk involved, where a losing war in the limited theater of South Viet Nam cannot be justified. Under cover of a general war, the two Viet Nams could, perhaps, be occupied and put under martial law, and the communist movement suppressed by overwhelmingly superior military force.

But then what? A southeast Asia held by American troops in the overwhelming numbers that would be required (and it would have to be all of Southeast Asia, not merely Viet Nam) would be a burden almost beyond endurance for the American economy and the American electorate, and would be of no conceivable use under such conditions except as a base for the ensuing war against China. War to what end? It staggers the imagination to think of the vast, interminable, and profitless conflict that would ensue, even assuming that it were confined to Asia–and we have no such assurance. The bloody, costly Korean war would appear as a child’s game by comparison.”

Our situation in Afghanistan and Iraq is a repeat of the above, except we don’t have to fear a bigger war from big-power China or Russia. Just a bigger war from smaller players Iran (pop. 70 million) or Pakistan, (pop. 180 million) {South Vietnam’s population in 1965 was all of 14 million}, that’s all. Change some of the nouns, and all the rest of Taber’s words read as well now as then. Nobody now in American politics sees things this clearly or talks this frankly about them. We have to ask again Taber’s question above about Vietnam–“War to what end?” about our two ongoing wars. “But then what”–suppose that we did in fact achieve our military objectives, then what? Iraq a basketcase military dictatorship that conveniently allows us to station, at great expense, a large number of soldiers, for some uncertain purpose. The idea of any military success in Afghanistan is just to ridiculous to contemplate, and the idea that that country is usefully a ward of the US, as it would have to be, for any good purpose is insanity. There’s no good end for our wars, and it is only a question of how long it takes us to pack up and leave, and whether or not we bother to negotiate some settlement with the locals before we do. That, and whether or not this time we have sense and are honest enough with ourselves to figure out why we did something so wrong and stupid twice in my lifetime.

Taber, alone of all the American writers on counterinsurgency from the 1960’s, is worth reading. It is sad that current events grant him the utmost relevance and may yet rescue him from obscurity, but we should all be thankful for his perceptive and accurate writings that are still of such great utility.

 Voir encore:

APRES CHARLIE

Slavoj Zizek : pourquoi les islamistes se sentent-ils menacés par les non-croyants ?
La foi des islamistes doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique, estime le célèbre philosophe slovène.

Slavoj Zizek

Publié dans le New Stateman

traduit par Courrier international

13 janvier 2015

C’est aujourd’hui, alors que nous sommes tous en état de choc après le massacre perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, qu’il faut rassembler le courage de réfléchir.

Naturellement, nous devons condamner pleinement ces meurtres, qui sont une atteinte à l’essence même de nos libertés, et nous devons les condamner sans la moindre réserve (sous forme de variantes comme “Charlie Hebdo provoquait et humiliait tout de même trop les musulmans”). Le pathos de la solidarité universelle n’est toutefois pas suffisant et nous devons pousser le raisonnement plus loin.

Cette réflexion n’a absolument rien à voir avec la relativisation bas de gamme du crime (le mantra selon lequel “qui sommes-nous en Occident, auteurs de terribles massacres dans les pays en développement, pour condamner de tels actes ?”).

Cette réflexion est encore plus éloignée de la peur pathologique de nombreux Occidentaux de la gauche libérale, qui craignent d’être coupables d’islamophobie. Pour ces faux partisans de la gauche, toute critique de l’islam est dénoncée comme étant une expression de l’islamophobie occidentale.

Le paradoxe du surmoi

On a reproché à Salman Rushdie d’avoir inutilement provoqué les musulmans et ainsi d’être responsable (du moins partiellement) de la fatwa le condamnant à mort. Le résultat de cette position est prévisible : plus les Occidentaux de la gauche libérale s’interrogent sur leur culpabilité, plus ils sont accusés par les fondamentalistes musulmans d’être des hypocrites qui cherchent à cacher leur haine de l’islam.

Cette constellation reproduit parfaitement le paradoxe du surmoi : plus on obéit à ce que l’autre exige de nous, plus on se sent coupable. Plus on tolère l’islam, plus il exerce une forte pression sur nous, semble-t-il…

C’est pour cette raison que les appels à la modération me semblent insuffisants. Simon Jenkins (dans le Guardian du 7 janvier) a fait valoir que notre rôle est “de ne pas réagir de façon excessive, de ne pas trop médiatiser les suites de l’attentat. Notre rôle est de traiter chaque événement comme un effroyable accident passager”.

L’attaque contre Charlie Hebdo n’est pas un simple “effroyable accident passager”. Elle est le résultat d’un programme religieux et politique précis et, en tant que tel, elle s’inscrit clairement dans le cadre d’un contexte bien plus global.

Evidemment qu’il ne faut pas réagir de façon excessive, si le journaliste veut dire par là qu’il ne faut pas succomber à une islamophobie aveugle. En revanche, il est nécessaire d’analyser rigoureusement le contexte global dont il est question.

La fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents

Au lieu de diaboliser les terroristes pour en faire d’héroïques fanatiques suicidaires, il est plus urgent de briser ce mythe diabolique. Il y a longtemps, Friedrich Nietzsche a compris que la civilisation occidentale allait engendrer le “dernier homme”, une créature apathique sans aucune passion et sans le moindre engagement.

Incapable de rêver, fatigué de vivre, il ne prend aucun risque, il est uniquement à la recherche du confort et de la sécurité, il est une expression de tolérance envers autrui : “Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. […] On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé. ‘Nous avons inventé le bonheur’, disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.”

En effet, il semble que la fracture entre le monde industrialisé laxiste et la réaction fondamentaliste corresponde de plus en plus à l’opposition entre une longue vie satisfaisante, riche des points de vue matériel et culturel, et une vie consacrée à une cause transcendantale. N’est-ce pas là l’antagonisme que Nietzsche appelait le nihilisme “passif” et “actif” ?

Nous, les Occidentaux, sommes les derniers hommes de Nietzsche, immergés dans de stupides plaisirs quotidiens, pendant que les musulmans radicaux sont prêts à tout risquer, investis dans une lutte au point de s’autodétruire. Le poème intitulé La Seconde Venue, du poète irlandais William Butler Yeats, semble illustrer parfaitement notre problème actuel : « Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

« C’est une excellente description de la fracture actuelle entre libéraux anémiques et fondamentalistes fervents. “Les meilleurs” ne sont plus réellement capables de s’engager, pendant que “les pires” participent à un fanatisme raciste, religieux et sexiste.

Les fondamentalistes terroristes remplis de jalousie

Toutefois, les fondamentalistes terroristes correspondent-ils réellement à cette description ? Il leur manque manifestement une caractéristique que l’on retrouve facilement chez tous les authentiques fondamentalistes, des bouddhistes tibétains aux amish des Etats-Unis : l’absence de ressentiment et de jalousie, une profonde indifférence pour le mode de vie des non-croyants.

Si les fondamentalistes présumés d’aujourd’hui croyaient vraiment avoir trouvé leur chemin vers la vérité, pourquoi se sentiraient-ils menacés par les non-croyants, pourquoi les envieraient-ils ?

Lorsqu’un bouddhiste rencontre un hédoniste occidental, il ne le condamne aucunement. Il note avec bienveillance que la recherche du bonheur de l’hédoniste est une entreprise vouée à l’échec.

Contrairement aux véritables fondamentalistes, les terroristes pseudo-fondamentalistes sont profondément préoccupés, intrigués, fascinés par la vie immorale des non-croyants. On sent qu’en luttant contre les pécheurs ils luttent aussi contre leur propre tentation.

C’est à cet égard que le diagnostic de Yeats s’éloigne de notre embarras actuel : l’ardeur des passions des terroristes trahit un manque d’authentiques convictions. La foi des musulmans doit être bien fragile pour qu’ils se sentent menacés par une stupide caricature dans un hebdomadaire satirique.

La terreur du fondamentalisme islamique n’est pas ancrée dans la certitude des terroristes d’être supérieurs ou dans leur désir de protéger leur identité culturelle et religieuse contre l’assaut de la civilisation consumériste mondiale.

Le problème des fondamentalistes n’est pas que nous les jugeons inférieurs à nous, mais plutôt qu’ils se sentent secrètement inférieurs. C’est pourquoi nos assurances condescendantes politiquement correctes, selon lesquelles nous ne nous sentons pas supérieurs, ne parviennent qu’à les rendre plus furieux et à nourrir leur ressentiment.

Le problème n’est pas la différence culturelle (c’est-à-dire les efforts pour préserver leur identité). Au contraire, c’est que les fondamentalistes sont déjà comme nous, secrètement, ils ont déjà assimilé nos normes et s’y mesurent. Paradoxalement, il manque aux fondamentalistes une dose de la véritable conviction “raciste” de leur propre supériorité.

Le libéralisme a besoin de l’aide de la gauche radicale

Les vicissitudes récentes du fondamentalisme musulman confirment l’analyse ancienne de Walter Benjamin, selon lequel « chaque fascisme est l’envers d’une révolution ratée » : la recrudescence du fascisme est un échec de la gauche, mais c’est aussi la preuve d’un potentiel révolutionnaire, d’une insatisfaction que la gauche n’a pas su mobiliser.

N’en est-il pas de même pour le prétendu « islamo-fascisme » d’aujourd’hui ? La montée de l’islamisme radical n’est-elle pas l’exact corrélé de la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans ?

Au printemps 2009, lorsque les talibans ont conquis la vallée de Swat au Pakistan, le New York Times a expliqué qu’ils avaient fomenté “une révolte des classes exploitant de profondes fissures entre un petit groupe de riches propriétaires terriens et leurs locataires sans terre”.

Toutefois, si en “profitant” de la détresse des paysans, les talibans “donnent l’alarme sur les risques encourus par le Pakistan, notamment régi par un système féodal”, qu’est-ce qui empêche les démocrates libéraux du Pakistan et des Etats-Unis de « profiter » eux aussi de cette détresse pour essayer d’aider les paysans sans terre ? La triste implication de cette situation vient du fait que les forces féodales au Pakistan sont « l’allié naturel » de la démocratie libérale.

Il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste

Qu’en est-il des valeurs essentielles du libéralisme : liberté, égalité, etc. ? Le paradoxe, c’est que le libéralisme n’est lui-même pas assez fort pour les sauver de l’assaut fondamentaliste. Le fondamentalisme est une réaction – une réaction fausse et déconcertante, évidemment – à un véritable défaut du libéralisme, c’est pourquoi il est constamment engendré par ce dernier.

Laissé à lui-même, le libéralisme s’anéantira à petit feu – la seule chose qui peut sauver ses valeurs essentielles est un renouveau de la gauche. Pour la survie de son héritage clé, le libéralisme a besoin de l’aide amicale de la gauche radicale. C’est la seule façon de vaincre le fondamentalisme et de lui couper l’herbe sous le pied.

Pour mener une réflexion après les assassinats de Paris, il faut abandonner l’autosatisfaction suffisante du libéral laxiste et accepter que le conflit entre le laxisme libéral et le fondamentalisme est en réalité un faux conflit – un cercle vicieux entre deux pôles interdépendants.

La déclaration de Max Horkheimer dans les années 1930 sur le fascisme et le capitalisme – ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique du capitalisme doivent s’abstenir de débattre sur le fascisme – devrait être appliquée au fondamentalisme d’aujourd’hui : ceux qui ne veulent pas s’engager dans la critique de la démocratie libérale doivent aussi s’abstenir de débattre sur le fondamentalisme religieux.

 Voir encore:

Un islam sans racines ni culture

Olivier Roy, politologue

Le 1 hebdo

19 janvier 2015

Il s’agit d’abord d’une dérive. Dérive de jeunes souvent venus, mais pas toujours, des zones grises et fragiles de la société – seconde génération d’immigrés, en précarité sociale, ayant tâté de la petite délinquance. Mais la dérive peut être plus personnelle, plus psychologique et moins liée à l’environnement social, comme on le voit chez les convertis (qui représentent 22 % des jeunes Français qui rejoignent le djihad en Syrie). Ce n’est pas une partie de la population française musulmane qui se tourne vers le djihad et le terrorisme, c’est une collection d’individus, de solitaires, qui se resocialisent dans le cadre d’une petite bande ou d’un petit groupe qui se vit comme l’avant-garde d’une communauté musulmane, laquelle n’a pour eux aucune réalité sociale concrète, mais relève de l’imaginaire : aucun n’était inséré dans une sociabilité de masse, qu’elle soit religieuse, politique ou associative. Ils étaient polis mais invisibles : « avec eux, c’était juste bonjour-bonsoir » est un leitmotiv des voisins effarés. Ils parlent pêle-mêle de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Tchétchénie, des musulmans massacrés dans le monde, mais aucun n’évoque le racisme, l’exclusion sociale ou le chômage, et ils ne citent la Palestine que parmi la litanie des contentieux. Bref, il faut se méfier d’une explication, populaire à « gauche », selon laquelle l’exclusion sociale et le conflit israélo-palestinien radicaliseraient les jeunes.

Terroristes ou djihadistes, ils se construisent un statut de héros, de guerriers qui vengent le Prophète, l’oumma, la femme musulmane ; ils se mettent en scène (vidéos, caméras GoPro), ne préparent ni leur fuite ni de lendemains qui chantent, et meurent en direct à la une des journaux télévisés, dans un bref spasme de toute-puissance. Leur nom est sur toutes les lèvres : héros ou barbares, ils s’en fichent, l’effet de terreur et de renommée est atteint. En ce sens, ils sont bien le produit d’une culture nihiliste et individualiste de la violence que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la jeunesse (chez les jeunes qui attaquent leur propre école, le « syndrome de Columbine »).

Il y a beaucoup de rebelles en quête d’une cause, mais la cause qu’ils peuvent choisir n’est évidemment pas neutre. Un meurtre au nom de l’islam a un autre impact qu’un mitraillage dans une école commis par un élève, ou qu’une séance de torture ordonnée par un petit trafiquant de drogue.

Merah, les frères Kouachi ou le « djihadiste normand », Maxime Hauchard, se sont radicalisés selon une référence religieuse, celle de l’islam. Et dans cette mouvance ils ne sont pas les seuls. C’est cette radicalisation qu’on désigne sous le nom de « communautarisation ». On fait de la communautarisation une dérive collective et non plus individuelle, et qui serait dans le fond le terreau qui conduirait à « ça ». En somme, une partie de la population musulmane ferait sécession pour se replier sur une identité culturelle et religieuse qui en ferait désormais la cinquième colonne d’une civilisation musulmane en crise.

Le « retour du religieux » casserait ainsi le consensus national sur les valeurs de la République. La réponse spontanée de l’opinion publique et le discours explicite des dirigeants politiques ont consisté à mettre en avant un consensus national (tolérance, laïcité, citoyenneté) dont la manifestation du 11 janvier a été une remarquable « mise en scène » spontanée et populaire.

On pourrait s’interroger sur ce consensus national, dont on exclut le Front national. On pourrait se demander si les participants à la « Manif pour tous » en font partie, eux qui croient qu’il y a un sacré que la liberté des hommes ne saurait remettre en cause. On pourrait enfin se demander si la « laïcité » ne fabrique pas à son tour un sacré qui échapperait à la liberté d’expression.

Mais revenons au « retour du religieux » et au communautarisme. Tout montre que ce religieux n’est pas importé d’une culture étrangère, mais est reconstruit à partir d’une déculturation profonde des nouvelles générations. Le salafisme, qui en est l’expression la plus pure, rejette toutes les cultures à commencer par la culture musulmane et sa propre histoire. L’Arabie saoudite vient de détruire tout ce qui reste des sites historiques et archéologiques de La Mecque pour y construire des centres commerciaux à l’américaine consacrés au consumérisme contemporain. La Mecque aujourd’hui, c’est Las Vegas plus la charia.

Déculturation et absence de transmission conduisent toute une génération à se construire un islam réduit à des normes explicites (charia) et à des slogans détachés de tout contexte social (djihad) ; la « communauté » n’a aucune base sociologique réelle (institutions représentatives, réseaux scolaires ou associatifs) : elle est la mise en scène d’elle-même et rentre en ce sens dans la société du spectacle. Le fanatisme, c’est la religion qui n’a pas, pas encore ou plus de culture. Historiquement, l’islam comme le christianisme se sont « enculturés », aujourd’hui religion et culture se séparent.

La question est donc non pas de « réformer » l’islam, mais de « culturer » l’islam en l’insérant dans la société française. En mettant en avant une conception de la laïcité qui exclurait le religieux de l’espace public, on contribue à « fanatiser » le religieux.

Voir enfin:

Foreign fighter total in Syria/Iraq now exceeds 20,000; surpasses Afghanistan conflict in the 1980s

Peter R. Neumann, ICSR Director

The number of foreigners that have joined Sunni militant organizations in the Syria/Iraq conflict continues to rise. According to ICSR’s latest estimate, the total now exceeds 20,000 – of which nearly a fifth were residents or nationals of Western European countries.

The figures were produced in collaboration with the Munich Security Conference and will be included in the Munich Security Report – a new, annual digest on key developments in security and foreign policy.

They include estimates for 50 countries for which sufficient data and/or reliable government estimates were available. Southeast Asia remains a blind spot. Countries with 5 or less confirmed cases were omitted. With the exception of some Middle Eastern countries, all figures are based on data from the second half of 2014 and refer to the total number of travelers over the course of the entire conflict.

WESTERN EUROPE

Based on the 14 countries for which reliable data is available, we estimate that the number of foreigners from Western European countries has risen to almost 4,000. This is nearly double the figure we presented in December 2013, and exceeds the latest estimates by European Union officials.

The largest European countries – France, the UK, and Germany – also produce the largest numbers of fighters. Relative to population size, the most heavily affected countries are Belgium, Denmark, and Sweden.

Table 1: Western Europe

Country Estimate Per capita*
Austria 100-150 17
Belgium 440 40
Denmark 100-150 27
Finland 50-70 13
France 1,200 18
Germany 500-600 7.5
Ireland 30 7
Italy 80 1.5
Netherlands 200-250 14.5
Norway 60 12
Spain 50-100 2
Sweden 150-180 19
Switzerland 40 5
United Kingdom 500-600 9.5

*Up to; per million population.

REST OF THE WORLD

The estimated worldwide total is 20,730. This makes the conflict in Syria and Iraq the largest mobilization of foreigner fighters in Muslim majority countries since 1945. It now surpasses the Afghanistan conflict in the 1980s, which is thought to have attracted up to 20,000 foreigners.

With up to 11,000, the Middle East remains the dominant source of foreigners in the conflict. Another 3,000 were from countries of the former Soviet Union.

Table 2: Rest of the World

Country Estimate
Afghanistan 50
Albania 90
Algeria 200
Australia 100-250
Bahrain 12
Bosnia 330
Canada 100
China 300
Egypt 360
Israel/Palest. Territories 120
Jordan 1,500
Kazakhstan 250
Kosovo 100-150
Kuwait 70
Kyrgyzstan 100
Lebanon 900
Libya 600
Macedonia 12
Morocco 1,500
New Zealand 6
Pakistan 500
Qatar 15
Russia 800-1,500
Saudi-Arabia 1,500-2,500
Serbia 50-70
Somalia 70
Sudan 100
Tajikistan 190
Turkey 600
Turkmenistan 360
Tunisia 1,500-3,000
Ukraine 50
United Arab Emirates 15
United States of America 100
Uzbekistan 500
Yemen 110

RETURNEES

All figures are ‘conflict totals’. We estimate that between 5-10 per cent of the foreigners have died, and that a further 10-30 per cent have left the conflict zone, returning home or being stuck in transit countries. As a consequence, the number of foreigners that are currently on the ground in Syria and Iraq is likely to be significantly less than the figures provided.

BACKGROUND

ICSR has kept track of the number of foreign jihadist fighters in the Syrian/Iraqi conflict since 2012. We have published estimates in April and December 2013, and updated our figures in the run-up to UN Security Council Resolution 2178 in September 2014, for which ICSR served as external advisors.

As with previous estimates, it should be stressed that counting foreign fighters is no exact science. Our methodology has, in essence, remained the same (see here), except that we now have more experience in dealing with external sources and a greater number of credible government estimates. Other governmental and non-governmental organizations – working independently of us and using different sources and methods – have arrived at similar results.

 Voir par ailleurs:

Syriza vu du Québec
le Figaro
Mathieu Bock-Côté
30/01/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Chaque semaine, Mathieu Bock-Côté analyse, pour FigaroVox, l’actualité vue du Québec. Selon lui, la victoire de Syriza signifie un retour du politique qui passera par une remise à plat de la construction européenne.

Mathieu Bock-Côté est sociologue (Ph.D). Il est chargé de cours à HEC Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal ainsi qu’à la radio de Radio-Canada. Il est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels Exercices politiques (VLB, 2013), Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007).

Les commentateurs ont vu dans le vote pour Syriza un référendum contre l’austérité et, partout dans le monde, la gauche «radicale» veut y voir un soulèvement populaire contre les banquiers et la finance. Il y a du vrai dans cette analyse, bien qu’il faille rappeler que l’austérité n’est pas infligée aux peuples de manière absolument arbitraire. Si la Grèce a subi encore plus durement que les autres pays la crise des dernières années, c’est qu’elle avait grossièrement truqué ses comptes publics. Il arrive que la réalité reprenne ses droits. Les Grecs peuvent peut-être se poser comme victimes du système européen. Ils devraient aussi se reconnaître victimes de l’incurie de leurs élites.

Mais la dérive de la Grèce allait au-delà des tricheries que nous connaissons. Elle symbolise, à bien des égards, la crise de l’État social à la grandeur de l’Occident. Dans la plupart des pays, la dette publique est devenue terriblement préoccupante. La gauche radicale n’y voit pourtant qu’un fantasme idéologique entretenu par des ultralibéraux pour justifier la déconstruction des services sociaux. Elle est le résultat d’un dérèglement de l’État social, qui laisse croire qu’une société peut vivre durablement au-dessus de ses moyens, sans que le système n’éclate un jour, tôt ou tard. Il y a probablement un mauvais usage de l’austérité: on ne saurait pourtant contester le nécessaire désendettement public. Il y a des limites à la déresponsabilisation des peuples.

Et pourtant, il faut aller au-delà de la seule protestation contre l’austérité pour comprendre l’excitation autour de Syriza, d’autant qu’elle va bien au-delà des alliés naturels de ce mouvement. Les élections européennes de mai 2014 ne mentaient pas: la tentation de la révolte couve sur le vieux continent et le vote grec vient le confirmer. Le système médiatique avait accueilli les résultats en associant le vote populaire à une nouvelle maladie politique, l’europhobie, manière comme une autre de pathologiser l’attachement à la souveraineté et à l’identité nationales.

Le cercle de la raison se rétrécissait encore un peu: un jour, tous ceux qui ne communieront pas à l’orthodoxie officielle seront phobes d’une manière ou d’une autre. N’assiste-t-on pas à la multiplication des phobies depuis une quinzaine d’années? Le désaccord idéologique est de moins en moins admis, ce qui entretient la colère des peuples, à qui on explique qu’ils doivent seulement s’adapter, le mieux possible, à un monde qu’ils ne peuvent plus construire de quelque manière que ce soit. Les élites politiques, dès lors, ne sont plus choisies selon leurs visions, mais selon leurs compétences, puisqu’elles auront à se plier à la seule politique possible.

La démocratie ne peut supporter durablement un tel assèchement de son imaginaire. À l’origine de cette révolte, il y a le sentiment d’une dépossession démocratique majeure, qui donne aux élites des partis consacrés l’allure d’équipes interchangeables, appliquant un même programme, qui est celui d’une mondialisation libérale qui pousse à la dissolution de la souveraineté nationale. Elle pousse aussi à la dissolution des identités nationales, même si ce thème n’était pas au cœur du discours de Syriza, qui en la matière, se campe indiscutablement à gauche. Mais faut-il parler de l’impuissance d’une classe politique particulière ou d’une impuissance du politique en général?

Avant d’opter une politique de gauche ou de droite, encore faut-il être capable de mener une politique. C’est probablement le sens de l’alliance circonstancielle entre la gauche radicale et la droite souverainiste, pour reconstituer une souveraineté grecque. On peut bien parler d’une révolte populiste, à condition de détacher ce terme de toute connotation négative. D’ailleurs, on sent l’intelligentsia soulagée de constater que le soulèvement populaire peut se mener à gauche. On le croit alors authentique. Aurait-elle applaudi avec autant d’énergie un parti en protestation contre l’Europe «austéritaire» qui se camperait à droite?

On connaît la prophétie souvent démentie de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire. L’histoire philosophique du monde se serait achevée avec la chute du communisme. La vieille question du régime qui alimentait la philosophie politique depuis l’Antiquité, aurait trouvé sa réponse définitive dans la démocratie de marché, et les peuples, désormais, pourraient simplement vaquer aux plaisirs rendus possibles par la prospérité mondialisée. Non seulement l’histoire se poursuit, avec sa fureur et ses violences, mais la question du régime s’est rouverte comme jamais.

On se fait croire, aujourd’hui, que nous vivons encore en démocratie. C’est naturellement faux. La souveraineté populaire a été vidée de son contenu partout en Occident, et particulièrement en Europe, par les cours de justice et la technostructure supranationale. On pourrait ajouter à ce portrait les médias dominants, qui délimitent l’espace du pensable et les marchés, qui misent sur leur prétendue infaillibilité pour rétrécir les choix économiques. On ne sera pas surpris de constater que l’appel à une renaissance démocratique passe en partie par un procès de la construction européenne. Sur quel principe fonder le pouvoir? Cette question s’impose à nouveau en remaniant les clivages idéologiques auxquels nous étions habitués.

Voir par ailleurs:

Sylvain Tesson : « Au nom de l’antiracisme, il n’est pas permis de critiquer l’islam »

« Berezina » est le récit de son voyage dans les pas de la Grande Armée. Sur l’islam, l’héroïsme, la démission des politiques, il parle sans langue de bois.

Propos recueillis par

Modifié le – Publié le | Le Point
"Je ne veux plus risquer gratuitement ma vie. Pour defendre la liberte contre le moralisme, par exemple, je veux bien mourir."
« Je ne veux plus risquer gratuitement ma vie. Pour défendre la liberté contre le moralisme, par exemple, je veux bien mourir. » © Khanh Renaud/Square

American sniper: Attention, un tueur peut en cacher un autre (If killing 160 with a sniper rifle is murder, what do you call killing more people with drones than died on 9/11 ?)

28 janvier, 2015
https://i0.wp.com/i1.mirror.co.uk/incoming/article5016926.ece/alternates/s615/American-sniper-murder-poster.jpg
https://i1.wp.com/www.outsidethebeltway.com/wp-content/uploads/2014/11/500-drone-strikes-detailed-estimates-us-targeted-killings-and-fatalities.jpghttps://i2.wp.com/www.bokbluster.com/wp-content/uploads/2012/06/120601obama-kill-cards.jpghttps://i0.wp.com/www.bollyn.com/public/Obama_as_Judge_Jury_Executioner.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2012/06/dr-strange-drone-cartoonkhalilbendib-creativecommons.jpg?w=450&h=335O-Roosevelt-Drone
Les frères Jonas sont ici ; ils sont là quelque part. Sasha et Malia sont de grandes fans. Mais les gars, allez pas vous faire des idées. J’ai deux mots pour vous: « predator drones ». Vous les verrez même pas venir. Vous croyez que je plaisante, hein ? Barack Obama
C’est comme si on avait créé un énorme marteau qui cherche frénétiquement des clous à enfoncer. Membre du JSOC
The ideal thing would be if I knew the number of lives I saved, because that’s something I’d love to be known for. But you can’t calculate that. Chris Kyle
Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu’ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. Et les envahisseurs sont pires. Michael Moore
Ce qu’on essaye de dire c’est que deux hommes ont tué 12 personnes dans une attaque contre les bureaux d’un magazine satirique. C’est assez, on sait ce que ça veut dire et ce que c’est. (…) Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont des meurtres, des attentats et des fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, que d’utiliser le mot ‘terroriste. (…) Les Nations Unies ont bataillé pendant plus d’une décennie pour tenter de définir le mot et ils ont échoué. C’est très difficile de le faire. Tarik Kafala (BBC en arabe)
Selon Tarik Kafala, on peut très bien rendre compte de « l’horreur » et « des conséquences humaines » d’un « acte de terreur » sans employer le fameux mot. Le patron de la version arabophone est ainsi assez proche des règles strictes d’emploi de ce mot définies par la BBC. La charte utilisée par le groupe de télévision britannique, si elle ne bannit pas le terme, invite ainsi ses journalistes à « bien réfléchir » avant de l’utiliser à l’antenne. The Independent
« Il n’y a pas d’interdiction du mot ‘terroriste à la BBC’. Nous préférons cependant une description la plus précise possible », a précisé un porte-parole du groupe audiovisuel au Daily Mail. Et d’ajouter : « Le patron de la version arabophone ne faisait que rappeler les directives éditoriales de la charte de la BBC ». Daily Mail
Aux Etats-Unis, un vaste mouvement pour obtenir la déclassification de documents secrets concernant les attentats du 11 septembre 2001 prend une ampleur sans précédent. L’objet de la polémique tient en 28 pages dans le rapport du Congrès de 585 pages sur la tragédie qui ont été censurées avant sa parution en décembre 2002. Ce court passage pointerait les responsabilités directes ou indirectes de l’Arabie Saoudite, allié traditionnel des Etats-Unis au Moyen-Orient, dans ces attentats. (…) D’après le sénateur Bob Graham, les 28 pages censurées à la demande de l’administration Bush, démontreraient que l’Arabie Saoudite aurait participé au financement des attaques terroristes de 2001. Toujours selon Bob Graham, les documents mettraient en cause le consulat saoudien à Los Angeles, l’ambassade d’Arabie Saoudite à Washington ainsi que de riches Saoudiens installés à Sarasota en Floride. Paris Match
Qu’est donc devenu cet artisan de paix récompensé par un prix Nobel, ce président favorable au désarmement nucléaire, cet homme qui s’était excusé aux yeux du monde des agissements honteux de ces Etats-Unis qui infligeaient des interrogatoires musclés à ces mêmes personnes qu’il n’hésite pas aujourd’hui à liquider ? Il ne s’agit pas de condamner les attaques de drones. Sur le principe, elles sont complètement justifiées. Il n’y a aucune pitié à avoir à l’égard de terroristes qui s’habillent en civils, se cachent parmi les civils et n’hésitent pas à entraîner la mort de civils. Non, le plus répugnant, c’est sans doute cette amnésie morale qui frappe tous ceux dont la délicate sensibilité était mise à mal par les méthodes de Bush et qui aujourd’hui se montrent des plus compréhensifs à l’égard de la campagne d’assassinats téléguidés d’Obama. Charles Krauthammer
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants. (…) But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued. NYT
NATO didn’t just target the Taliban leadership, but also eliminated mid- and lower-level members of the group on a large scale. Some Afghans were only on the list because, as drug dealers, they were allegedly supporting the insurgents. (…) The operations were based on the lists maintained by the CIA and NATO — Obama’s lists. The White House dubbed the strategy “escalate and exit.” McChrystal’s successor, General David Petraeus, documented the strategy in “Field Manual 3-24″ on fighting insurgencies, which remains a standard work today. Petraeus outlined three stages in fighting guerilla organizations like the Taliban. The first was a cleansing phase …. Behind closed doors, Petraeus and his staff explained exactly what was meant by “cleansing.” German politicians recall something that Michael T. Flynn, the head of ISAF intelligence in Afghanistan, once said during a briefing: “The only good Talib is a dead Talib.” Under Petraeus, a merciless campaign began to hunt down the so-called shadow governors and local supporters aligned with the Islamists.(…) According to the NSA document, in October 2008 the NATO defense ministers made the momentous decision that drug networks would now be “legitimate targets” for ISAF troops. “Narcotics traffickers were added to the Joint Prioritized Effects List (JPEL) list for the first time,” the report reads. In the opinion of American commanders like Bantz John Craddock, there was no need to prove that drug money was being funneled to the Taliban to declare farmers, couriers and dealers as legitimate targets of NATO strikes. In early 2009, Craddock, NATO’s Supreme Allied Commander for Europe at the time, issued an order to expand the targeted killings of Taliban officials to drug producers.(…) The documents, [attorney Jennifer Gibson] notes, also show that the “war on terror” was virtually conflated with the “war on drugs.” Der Spiegel
The problem I have with drone strikes using metadata only is that they are not making sure of their targets this way. You need to have content not just metadata to know that it is your target. Humint could point you to a bad guy; but, even then, you still need to have content to insure that is the same guy using the phone or originating the e-mail. This is why I call the strikes by metadata alone an “undisciplined slaughter.” Bill Binney
Using media reporting and anonymous leaks by US, Pakistani, and Yemeni officials, Reprieve identified 41 men who have been targeted for death as part of President Obama’s personally supervised Kill List. Reprieve found that each of these men “was targeted and/or reported killed more than three times on average before they were actually killed.” But while these individuals survived several attempts on their lives, others were reported dead. This led Reprieve to ask, “With each failed attempt to assassinate a man on the Kill List, who filled the body bag in his place?” Reprieve thoroughly answers that question. In attempting to kill 41 identified men, as many as 1,147 people may have been killed or – according to Bureau of Investigative Journalism research – one quarter of the total 4,400 people killed in drone strikes in Pakistan and Yemen. A further calculation tells us that strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.” Reprieve concludes that seven of the 41 men are likely still alive, and one other died of natural causes. If this is true, it would mean that 1,147 people have been killed in order to kill 33 individuals on President Obama’s Kill List – or 35 « other people” for each of the 33. Twenty-four of the 41 men targeted were in Pakistan. In the numerous attempts on their lives, 874 others were killed of whom 142 were children. This bears repeating. In an effort to assassinate 24 men, 142 children were killed. There are four individual Pakistani cases in Reprieve’s report that stand out as particularly disturbing. The attempts to target these four resulted in 213 others killed, including 103 children. Three of the four men are likely still alive, and the fourth is the man who died of natural causes previously mentioned. What does all this mean? Whether we apply international humanitarian law (also known as the laws of war) or international human rights law, it seems clear that the Obama administration has egregiously violated international law. The Obama administration insists that international humanitarian law (IHL) is the applicable law because it claims the US is involved in an armed conflict. IHL has weaker restraints on the use of lethal force than does international human rights law, but it does require that lethal force be discriminate and proportionate. The principles of distinction and proportionality are recognized as customary law and are codified by the Geneva Conventions. The principle of distinction requires that when determining whether to launch an attack against a perceived threat, civilians must be distinguished from combatants. The principle of proportionality prohibits “an attack which may be expected to cause incidental loss of civilian life, injury to civilians, damage to civilian objects, or a combination thereof, which would be excessive in relation to the concrete and direct military advantage anticipated.” (…) I would argue that the repeated attempts to kill each of these 41 men, despite the large number of innocent people being killed, demonstrate that these were not isolated incidents carried out by rogue drone pilots. Based on IHL’s requirements and the severity of the violations, these could be classified as war crimes. While the Obama administration claims that IHL is the only law that applies to drone strikes in Pakistan and Yemen, Christof Heyns, UN Special Rapporteur on Extrajudicial, Summary or Arbitrary Executions, has made it clear that “international human rights law continues to apply during armed conflict, as a complement to international humanitarian law.” This does not mean that human rights law restricts the use of lethal force against known participants in hostilities. What it does mean, however, is that the most fundamental of human rights -— the right to life —- is not discarded when waging war. Yet, the Obama administration has arbitrarily deprived hundreds of children of their lives in attempts to kill 41 men. Following the shocking murder of more than 130 children by the Taliban in Pakistan, Secretary of State John Kerry said: “[T]his morning, wherever you live, wherever you are, those are our children, and this is the world’s loss. This act of terror angers and shakes all people of conscience, and we condemn it in the strongest terms possible. The perpetrators must be brought to justice.” Secretary Kerry and the Obama administration seem incapable of recognizing their own hypocrisy. Apparently, empathy for the loss of innocent lives is reserved for those killed by “the enemy.” Of course, the response to such criticism is easily anticipated: “They [the Taliban] intend to kill innocent people; we only kill innocent people by accident.” Years from now, will the Senate issue a “targeted drone attack” report? Even if there is a “drone report,” how will our public debate be framed? Will the debate be framed as one over the effectiveness of drone strikes? Or, rather, over the immorality and illegality of treating innocent civilians – including children – as expendable objects? Jeff Bachman
Obama vastly expanded the use of targeted killing – with drones, manned bombers and military raids [and] has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders. Obama’s targeted killings off the battlefield are not only illegal and immoral; they also make us less safe due to the blowback from those who have lost family and friends. There was not much opposition to these killings among the American people. But when a Department of Justice white paper was leaked and Americans learned that US citizens could also be targeted, people were outraged. That selective outrage motivated Archbishop Desmond Tutu to write a letter to The New York Times pointing out the hypocrisy. I thus invited him to write the foreword to the book, and he graciously agreed. I thought a collection with contributions on different aspects of this policy would be useful. The book explores legal, moral and geopolitical issues raised by the US policy of targeted killing. (…) Like torture, the use of targeted killing off the battlefield is illegal. Both practices are immoral as well. We have seen the atrocious program of torture conducted during the Bush administration. Drones flying overhead terrorize entire communities. They kill thousands of people. The US government engages in « double taps, » in which those rescuing the wounded from the first strike are targeted. This practice should be called the « triple tap, » as mourners at funerals for those fallen by the drone bombs are also targeted. Neither torture nor targeted killings make us safer; in fact, they increase hatred against the United States. Professor Richard Falk discusses in his chapter why drones are more dangerous than nuclear weapons. Nuclear weapons have not been used since 1945 except for deterrence and coercive diplomacy. But drones are unconstrained by any system of regulation. (…) The United Nations special rapporteurs on extrajudicial killing have written extensively about the dangers and illegality of targeted killing off the battlefield, especially the new technology of lethal automated robots, where there is no operator directing the drones; the computer itself decides who, when and where to target. Although most countries use surveillance drones (the United States and Israel use armed drones), the proliferation of armed drones will inevitably spread to other countries. (…) The US government learned from the Vietnam War that Americans were disturbed by the graphic images of the carnage the US government wrought against the Vietnamese, and that outrage fueled the antiwar movement. The images and stories of drone victims are not part of our national discourse. Medea Benjamin personalizes the victims in her chapter. (…) Americans are justifiably outraged about the beheading of US journalists (although gays in Saudi Arabia, a close US ally, are also beheaded). But if Americans were to see photographs of the body parts of children blown to bits by US drone bombs, it would not sit well. It is incumbent on us to pressure our elected officials to rein in this deadly policy – by letters, emails, phone calls, sit-ins, op-eds and letters to the editor. Now that we have seen how the CIA lied about the necessity for and results of the Bush torture program, we should demand that the CIA get out of the killer drone business. And just as those responsible for the torture must be prosecuted, Obama must be brought to justice for his illegal targeted killing program. Accountability requires information, so we should educate ourselves about what our government is doing in our name. Marjorie Cohn
The Council on Foreign Relations estimates that U.S. drone strikes outside of Iraq and Afghanistan have killed 3,674 people. The Bureau of Investigative Journalism reports that up to 4,404 people have been killed – just in Pakistan and Yemen alone – between 2004 and 2014. While it’s hard to estimate how many additional people have been killed by drone in Iraq and Afghanistan, a December 2012 report by the Bureau of Investigative Journalism found that US and UK forces had carried out over 1,000 drone strikes in Afghanistan over the previous five years.  Given that numerous people are often killed by  each drone strike, it is reasonable to assume that several thousand people have been killed by drone in that country. And many Iraqis have also been killed by drones … long before ISIS even appeared on the scene.    So – altogether – the number of people killed by drone is probably well above five thousand. In contrast,  under 3,000 people were killed on 9/11. But aren’t drone strikes targeted attacks on terrorists … unlike 9/11, which was an attack on civilians? Unfortunately, no … The West is intentionally targeting farmers, small-time drug dealers and very low-level Taliban members with drone assassination. And the process for deciding who to put on the “kill list” is flawed.     People are often targeted by the metadata on their phones, a process which a former top NSA official called the drone assassination program “undisciplined slaughter.” And people are targeted for insanely loose reasons.  As the New York Times reported in 2012: Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants. But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued. And then there are “double taps” … where the family members, friends or neighbors who try to rescue someone hit by a drone missile are themselves targeted for assassination. And – even when the West is actually targeting high-level terrorists – there is massive slaughter of innocent civilians as “collateral damage”.  Washington blogs
De même que George W. Bush restera dans l’histoire comme le  » président des guerres  » de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak, Barack Obama pourrait passer à la postérité comme le  » président des drones « , autrement dit le chef d’une guerre secrète, menée avec des armes que les Etats-Unis sont, parmi les grandes puissances, les seuls à posséder. Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones. L’utilisation militaire d’engins volants téléguidés par les Américains n’est pas nouvelle : pendant la guerre du Vietnam, des drones de reconnaissance avaient patrouillé. Mais l’armement de ces avions sans pilote à partir de 2001 en Afghanistan marque un changement d’époque. Au point que le tout premier Predator armé à avoir frappé des cibles après les attaques du 11-Septembre, immatriculé 3034, a aujourd’hui les honneurs du Musée de l’air et de l’espace, à Washington. Leur montée en puissance aura été fulgurante : alors que le Pentagone ne disposait que de 50 drones au début des années 2000, il en possède aujourd’hui près de 7 500. Dans l’US Air Force, un aéronef sur trois est sans pilote. George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu. Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence. Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan. Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones. La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. Une orientation pourfendue, presque treize heures durant, le 6 mars, par le spectaculaire discours du sénateur libertarien Rand Paul. Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés. Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. Le président a annoncé que les militaires, plutôt que la CIA, auraient désormais la main. Il a aussi repris l’idée de créer une instance judiciaire ou administrative de contrôle des frappes. Mais il a renvoyé au Congrès la mission, incertaine, de créer cette institution. Le président, tout en reconnaissant que l’usage des drones pose de « profondes questions » – de « légalité », de « morale », de « responsabilité « , sans compter « le risque de créer de nouveaux ennemis » -, l’a justifié par son efficacité : « Ces frappes ont sauvé des vies. » Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies. Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans. Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain. Le Monde
Mon livre traite des drones « chasseurs-tueurs », justifiés par une logique très retorse : leurs partisans voient en eux un progrès majeur dans la technologie humanitaire, puisqu’ils permettent de sauver des vies. Personne ne meurt, si ce n’est l’ennemi… Mais comment qualifier d’humanitaire une machine à tuer ? Emblème de la « guerre sans risque », le drone fait éclater toute réciprocité : avec lui, on peut voir sans être vu, et surtout tuer sans être tué. Il modifie ainsi en profondeur la structure traditionnelle du rapport d’hostilité (tuer en pouvant soi-même être tué). L’écusson du drone MQ-9 Reaper, qui figure la faucheuse, rictus inquiétant et gouttes de sang sur sa lame, le dit clairement avec sa terrifiante devise : « Que les autres meurent »… (…) Un Etat ne peut pas tuer qui bon lui semble n’importe où dans le monde. Or, en utilisant leurs drones hors zone de conflit armé, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis s’arrogent pourtant ce droit : faire du corps de l’ennemi un champ de bataille mobile, et du monde un terrain de chasse – la guerre dégénère en abattage, en mise à mort. Autre principe du droit : on ne peut cibler directement que des combattants. Mais lorsqu’on remplace les troupes au sol par des drones, il n’y a plus de combat. A quoi peut-on reconnaître, depuis le ciel, la silhouette d’un combattant sans combat ? De fait, la plupart des frappes de drones visent des individus inconnus, que leur « forme de vie » signale comme des « militants » potentiels, soupçonnés d’appartenir à une organisation hostile. On ne combat plus l’ennemi, on le tire comme un lapin. Sur le plan du droit, on glisse de la catégorie de combattants à celle, très élastique, de militants présumés. Cela revient à légaliser les exécutions extrajudiciaires.(…) On assiste au passage d’une éthique officielle à une autre, de celle du courage et du sacrifice à celle de l’autopréservation et de la lâcheté plus ou moins assumée. Le drone, c’est l’antikamikaze : arme sans corps et mort impossible, d’un ­côté ; arme-corps et mort certaine, de l’autre. Au sein de l’armée américaine, le drone a été très critiqué, tant il incarne la fin de l’héroïsme guerrier, viril. Alors que l’éthique s’est classiquement définie comme une doctrine du bien-vivre et du bien-mourir, la « nécroéthique » du drone se présente comme une doctrine du bien-tuer. On disserte sur les procédés « humains » d’homicide. Cela donne des discours abjects, qui moralisent le meurtre, et qu’il est urgent de critiquer. (…) Un drone, ça ne fait pas de prisonniers. C’est l’instrument de la doctrine antiterroriste officieuse du Président : « Tuer plutôt que capturer. » Predator plutôt que Guantá­namo. Le ministère français de la Défense est aujourd’hui en pourparlers avec les Etats-Unis pour l’achat de drones Reaper. Si l’entourage du ministre Jean-Yves Le Drian avait annoncé qu’il envisageait d’importer en France les méthodes de torture de la CIA, il aurait sans doute déclenché un tollé. Mais la nouvelle est parue dans un silence assourdissant. L’opinion publique française est mal informée sur la question des drones. Grégoire Chamayou

Attention: un tueur peut en cacher un autre !

A l’heure où l‘hommage de Clint Eastwood au tireur d’élite le plus décoré de toute l’histoire militaire des États-Unis (160 ennemis tués) se voit accusé de propagande et d’apologie du meurtre …

Que dire d’un prix Nobel de la paix et objet de toutes les attentions de nos médias …

Qui ne pouvant toujours pas se résoudre, comme la BBC elle-même, à prononcer le nom de ses ennemis

Brille par son absence à Paris contre le terrorisme et se précipite à Ryadh pleurer la perte d’un parrain notoire du djihad

Mais qui de son bureau et entre ses drones automatisés et sa « kill list » personnelle …

S’est fait un tableau de chasse qui, dans l’indifférence générale, ferait pâlir d’envie (même ses propres pilotes n’arrivent pas à suivre !) les terroristes mêmes du 11 septembre ?

Documentaire
“Dirty Wars”, la sale guerre d’Obama
Marc Belpois
Télérama

15/03/2014

En Irak, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis ont recours aux assassinats ciblés au nom de la lutte contre le terrorisme. Enquête en première ligne d’un journaliste qui frappe fort, Jeremy Scahill.
Voilà un film qui porte des accusations extrêmement graves : l’Amérique d’Obama a enfanté une machine folle, meurtrière. Chaque jour, au nom de la lutte contre le terrorisme, des commandos des forces spéciales US et des drones armés de missiles traquent leurs « cibles ». En Irak, en Afghanistan, en Somalie, mais aussi hors les zones de guerre, comme au Pakistan ou au Yémen, ils tuent des cadres d’al-Qaida… mais aussi des militants présumés, voire en devenir. Ils donnent la mort de façon préventive, donc. Et ils tirent parfois « dans le tas », massacrant l’entourage de la cible, femmes, enfants, bétail, voisins, vieillards…

D’accord, ce n’est pas tout à fait un scoop. Le programme d’assassinats ciblés de la Maison-Blanche a fait l’objet d’enquêtes et d’articles – y compris dans Télérama. Les fameuses kill lists, et l’implication personnelle de Barack Obama dans l’établissement de ces « listes des hommes à abattre », ont été révélées par le New York Times en mai 2012. Les « domma­ges collatéraux » de ces missions secrètes sont régulièrement dénoncés par Amnesty International et par Human Rights Watch.

N’empêche, Dirty Wars (1) fait l’effet d’un électrochoc. Ce n’est pas un rapport distancié, froid et détaché, mais une plongée dans le vif du sujet, auprès de familles anéanties, qui hésitent entre le deuil passif et le djihad contre l’Amérique sanguinaire. Et c’est un coup de projecteur sur les activités effrayantes du Joint Special Operations Command (JSOC), ce corps d’armée aux ordres directs de la Maison-Blanche, détenteur du permis de tuer en toute impunité et pour qui le monde entier est un champ de bataille.

Le réquisitoire est d’autant plus saisissant qu’il prend la forme d’un thriller. Une investigation fiévreuse menée tambour battant par Jeremy Scahill, journaliste d’investigation américain que la caméra du réalisateur Rick Rowley suit à la trace, risquant sa vie dans des régions hostiles d’Asie centrale ou obtenant les confidences d’agents de la CIA et de membres du JSOC. Jeremy Scahill surjoue le reporter de guerre qui, enquêtant sur les circonstances d’un bain de sang dans un coin d’Afghanistan (plusieurs villageois abattus, dont deux femmes enceintes), découvre peu à peu le pot aux roses, un programme d’assassinats à grande échelle et en roue libre.

Il « surjoue » car cette histoire de journaliste démasquant sous nos yeux une vérité qui l’horrifie, c’est du flan. En réalité, Jeremy Scahill, 39 ans, connaît le sujet par cœur. Longtemps spécialiste du contre-terrorisme américain (notamment pour l’hebdomadaire The Nation et l’émission Democracy now !), auteur en 2008 d’un livre-enquête retentissant sur la société militaire privée Blackwater (2), Scahill s’est illustré le 10 février dernier en lançant The In­tercept – avec les journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras. Un magazine en ligne qui ambitionne de mener un journalisme de combat, en particulier dans les domaines de la corruption et des dérives sécuritaires, et entend publier les fameux documents ultra secrets sur les programmes de surveillance de la NSA (le renseignement américain) fournis par Edward Snowden.

Jeremy Scahill se complaît-il dans la posture du journaliste seul contre tous, ultime rempart contre la barbarie ? Peu importe. Dirty Wars est un pavé jeté dans la mare, façon drone Predator. Ce film est taillé pour faire du bruit – en sus du prix du documentaire au Festival du film de Sundance, il a été nominé aux Oscars. Et même si on ne se fait guère d’illusions sur son impact réel auprès d’une opinion politique, médiatique et publique étonnamment amorphe, c’est un gros caillou dans l’engrenage de cette machine folle, qui nourrit le terrorisme plus qu’elle ne le combat. Comme le dit un membre masqué du JSOC, « c’est comme si on avait créé un énorme marteau qui cherche frénétiquement des clous à enfoncer ». Gare à l’effet boomerang.

(1) En marge du film, Jeremy Scahill publie fin avril Dirty Wars, le nouvel art de la guerre (éd. Lux).
(2) Blackwater, éd. Actes Sud.
A voir

Dirty Wars, mardi 18 mars 2014, à 22h45 sur Canal+

Voir aussi:

Entretien
“Un drone, ça ne fait pas de prisonniers”, Grégoire Chamayou, chercheur au CNRS
Propos recueillis par Juliette Cerf
Télérama

18/05/2013

Avec les drones, on peut tuer sans être tué. Ces engins bouleversent les règles de la guerre, nous explique le philosophe Grégoire Chamayou.
Les travaux de Grégoire Chamayou, chercheur au CNRS, croisent histoire des techniques et histoire des rationalités politiques. Il vient de publier Théorie du drone (éd. La Fabrique), un essai passionnant qui interroge les implications éthiques, juridiques et politiques de cette technologie militaire.

A quel type de drones vous êtes-vous intéressé ?
Mon livre traite des drones « chasseurs-tueurs », justifiés par une logique très retorse : leurs partisans voient en eux un progrès majeur dans la technologie humanitaire, puisqu’ils permettent de sauver des vies. Personne ne meurt, si ce n’est l’ennemi… Mais comment qualifier d’humanitaire une machine à tuer ?

Emblème de la « guerre sans risque », le drone fait éclater toute réciprocité : avec lui, on peut voir sans être vu, et surtout tuer sans être tué. Il modifie ainsi en profondeur la structure traditionnelle du rapport d’hostilité (tuer en pouvant soi-même être tué). L’écusson du drone MQ-9 Reaper, qui figure la faucheuse, rictus inquiétant et gouttes de sang sur sa lame, le dit clairement avec sa terrifiante devise : « Que les autres meurent »…

“On ne combat plus l’ennemi,  on le tire comme un lapin.”

Le drone redéfinit-il le droit de la guerre ?
C’est, en tout cas, ce à quoi s’activent des armadas de juristes liés aux intérêts militaires. Un Etat ne peut pas tuer qui bon lui semble n’importe où dans le monde. Or, en utilisant leurs drones hors zone de conflit armé, au Yémen ou au Pakistan, les Etats-Unis s’arrogent pourtant ce droit : faire du corps de l’ennemi un champ de bataille mobile, et du monde un terrain de chasse – la guerre dégénère en abattage, en mise à mort.

Autre principe du droit : on ne peut cibler directement que des combattants. Mais lorsqu’on remplace les troupes au sol par des drones, il n’y a plus de combat. A quoi peut-on reconnaître, depuis le ciel, la silhouette d’un combattant sans combat ? De fait, la plupart des frappes de drones visent des individus inconnus, que leur « forme de vie » signale comme des « militants » potentiels, soupçonnés d’appartenir à une organisation hostile.

On ne combat plus l’ennemi, on le tire comme un lapin. Sur le plan du droit, on glisse de la catégorie de combattants à celle, très élastique, de militants présumés. Cela revient à légaliser les exécutions extrajudiciaires.

Quelle vision de la morale et de la vie les drones reflètent-ils ?
On assiste au passage d’une éthique officielle à une autre, de celle du courage et du sacrifice à celle de l’autopréservation et de la lâcheté plus ou moins assumée. Le drone, c’est l’antikamikaze : arme sans corps et mort impossible, d’un ­côté ; arme-corps et mort certaine, de l’autre. Au sein de l’armée américaine, le drone a été très critiqué, tant il incarne la fin de l’héroïsme guerrier, viril. Alors que l’éthique s’est classiquement définie comme une doctrine du bien-vivre et du bien-mourir, la « nécroéthique » du drone se présente comme une doctrine du bien-tuer. On disserte sur les procédés « humains » d’homicide. Cela donne des discours abjects, qui moralisent le meurtre, et qu’il est urgent de critiquer.

“L’opinion publique française  est mal informée sur  la question des drones.”

Le drone, c’est l’arme d’Obama. Comment comprendre cela ?
Un drone, ça ne fait pas de prisonniers. C’est l’instrument de la doctrine antiterroriste officieuse du Président : « Tuer plutôt que capturer. » Predator plutôt que Guantá­namo. Le ministère français de la Défense est aujourd’hui en pourparlers avec les Etats-Unis pour l’achat de drones Reaper. Si l’entourage du ministre Jean-Yves Le Drian avait annoncé qu’il envisageait d’importer en France les méthodes de torture de la CIA, il aurait sans doute déclenché un tollé. Mais la nouvelle est parue dans un silence assourdissant. L’opinion publique française est mal informée sur la question des drones.
A lire

Théorie du drone, de Grégoire Chamayou, éd. La Fabrique, 368 p., 14 €.

Voir également:

Barack Obama, président des drones
Philippe Bernard

Le Monde

8.06.2013

De même que George W. Bush restera dans l’histoire comme le  » président des guerres  » de l’après-11-Septembre en Afghanistan et en Irak, Barack Obama pourrait passer à la postérité comme le  » président des drones « , autrement dit le chef d’une guerre secrète, menée avec des armes que les Etats-Unis sont, parmi les grandes puissances, les seuls à posséder.

Rarement moment politique et innovation technologique auront si parfaitement correspondu : lorsque le président démocrate est élu en 2008 par des Américains las des conflits, il dispose d’un moyen tout neuf pour poursuivre, dans la plus grande discrétion, la lutte contre les « ennemis de l’Amérique » sans risquer la vie de citoyens de son pays : les drones.

L’utilisation militaire d’engins volants téléguidés par les Américains n’est pas nouvelle : pendant la guerre du Vietnam, des drones de reconnaissance avaient patrouillé. Mais l’armement de ces avions sans pilote à partir de 2001 en Afghanistan marque un changement d’époque. Au point que le tout premier Predator armé à avoir frappé des cibles après les attaques du 11-Septembre, immatriculé 3034, a aujourd’hui les honneurs du Musée de l’air et de l’espace, à Washington. Leur montée en puissance aura été fulgurante : alors que le Pentagone ne disposait que de 50 drones au début des années 2000, il en possède aujourd’hui près de 7 500. Dans l’US Air Force, un aéronef sur trois est sans pilote.

George W. Bush, artisan d’un large déploiement sur le terrain, utilisera modérément ces nouveaux engins létaux. Barack Obama y recourra six fois plus souvent pendant son seul premier mandat que son prédécesseur pendant les deux siens. M. Obama, qui, en recevant le prix Nobel de la paix en décembre 2009, revendiquait une Amérique au « comportement exemplaire dans la conduite de la guerre », banalisera la pratique des « assassinats ciblés », parfois fondés sur de simples présomptions et décidés par lui-même dans un secret absolu.

LES FRAPPES OPÉRÉES PAR LA CIA SONT « COVERT »

Tandis que les militaires guident les drones dans l’Afghanistan en guerre, c’est jusqu’à présent la très opaque CIA qui opère partout ailleurs (au Yémen, au Pakistan, en Somalie, en Libye). C’est au Yémen en 2002 que la campagne d' »assassinats ciblés » a débuté. Le Pakistan suit dès 2004. Barack Obama y multiplie les frappes. Certaines missions, menées à l’insu des autorités pakistanaises, soulèvent de lourdes questions de souveraineté. D’autres, les goodwill kills (« homicides de bonne volonté »), le sont avec l’accord du gouvernement local. Tandis que les frappes de drones militaires sont simplement « secrètes », celles opérées par la CIA sont « covert », ce qui signifie que les Etats-Unis n’en reconnaissent même pas l’existence.

Dans ce contexte, établir des statistiques est difficile. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG britannique, les attaques au Pakistan ont fait entre 2 548 et 3 549 victimes, dont 411 à 884 sont des civils, et 168 à 197 des enfants. En termes statistiques, la campagne de drones est un succès : les Etats-Unis revendiquent l’élimination de plus d’une cinquantaine de hauts responsables d’Al-Qaida et de talibans. D’où la nette diminution du nombre de cibles potentielles et du rythme des frappes, passées de 128 en 2010 (une tous les trois jours) à 48 en 2012 au Pakistan.

Car le secret total et son cortège de dénégations ne pouvaient durer éternellement. En mai 2012, le New York Times a révélé l’implication personnelle de M. Obama dans la confection des kill lists. Après une décennie de silence et de mensonges officiels, la réalité a dû être admise. En particulier au début de l’année, lorsque le débat public s’est focalisé sur l’autorisation, donnée par le ministre de la justice, Eric Holder, d’éliminer un citoyen américain responsable de la branche yéménite d’Al-Qaida. L’imam Anouar Al-Aulaqi avait été abattu le 30 septembre 2011 au Yémen par un drone de la CIA lancé depuis l’Arabie saoudite. Le droit de tuer un concitoyen a nourri une intense controverse. D’autant que la même opération avait causé des « dégâts collatéraux » : Samir Khan, responsable du magazine jihadiste Inspire, et Abdulrahman, 16 ans, fils d’Al-Aulaqui, tous deux américains et ne figurant ni l’un ni l’autre sur la kill list, ont trouvé la mort. Aux yeux des opposants, l’adolescent personnifie désormais l’arbitraire de la guerre des drones.

La révélation par la presse des contorsions juridiques imaginées par les conseillers du président pour justifier a posteriori l’assassinat d’un Américain n’a fait qu’alimenter les revendications de transparence. La fronde s’est concrétisée par le blocage au Sénat, plusieurs semaines durant, de la nomination à la tête de la CIA de John Brennan, auparavant grand ordonnateur à la Maison Blanche de la politique d’assassinats ciblés. Une orientation pourfendue, presque treize heures durant, le 6 mars, par le spectaculaire discours du sénateur libertarien Rand Paul.

UN IMPORTANT DISCOURS SUR LA « GUERRE JUSTE »

Très attendu, le grand exercice de clarification a eu lieu le 23 mai devant la National Defense University de Washington. Barack Obama y a prononcé un important discours sur la « guerre juste », affichant enfin une doctrine en matière d’usage des drones. Il était temps : plusieurs organisations de défense des libertés publiques avaient réclamé en justice la communication des documents justifiant les assassinats ciblés.

Une directive présidentielle, signée la veille, précise les critères de recours aux frappes à visée mortelle : une « menace continue et imminente contre la population des Etats-Unis », le fait qu' »aucun autre gouvernement ne soit en mesure d'[y] répondre ou ne la prenne en compte effectivement » et une « quasi-certitude » qu’il n’y aura pas de victimes civiles. Pour la première fois, Barack Obama a reconnu l’existence des assassinats ciblés, y compris ceux ayant visé des Américains, assurant que ces morts le « hanteraient » toute sa vie. Le président a annoncé que les militaires, plutôt que la CIA, auraient désormais la main. Il a aussi repris l’idée de créer une instance judiciaire ou administrative de contrôle des frappes. Mais il a renvoyé au Congrès la mission, incertaine, de créer cette institution. Le président, tout en reconnaissant que l’usage des drones pose de « profondes questions » – de « légalité », de « morale », de « responsabilité « , sans compter « le risque de créer de nouveaux ennemis » -, l’a justifié par son efficacité : « Ces frappes ont sauvé des vies. »

Six jours après ce discours, l’assassinat par un drone de Wali ur-Rehman, le numéro deux des talibans pakistanais, en a montré les limites. Ce leader visait plutôt le Pakistan que « la population des Etats-Unis ». Tout porte donc à croire que les critères limitatifs énoncés par Barack Obama ne s’appliquent pas au Pakistan, du moins aussi longtemps qu’il restera des troupes américaines dans l’Afghanistan voisin. Et que les « Signature strikes », ces frappes visant des groupes d’hommes armés non identifiés mais présumés extrémistes, seront poursuivies.

Les drones n’ont donc pas fini de mettre en lumière les contradictions de Barack Obama : président antiguerre, champion de la transparence, de la légalité et de la main tendue à l’islam, il a multiplié dans l’ombre les assassinats ciblés, provoquant la colère de musulmans.

Or les drones armés, s’ils s’avèrent terriblement efficaces pour éliminer de véritables fauteurs de terreur et, parfois, pour tuer des innocents, le sont nettement moins pour traiter les racines des violences antiaméricaines. Leur usage opaque apparaît comme un précédent encourageant pour les Etats (tels la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan ou l’Iran) qui vont acquérir ces matériels dans l’avenir. En paraissant considérer les aéronefs pilotés à distance comme l’arme fatale indispensable, le « président des drones » aura enclenché l’engrenage de ce futur incertain.

Voir encore:

Marjorie Cohn on Drone Warfare: Illegal, Immoral and Ineffective

Leslie Thatcher

Truthout | Interview

23 December 2014

In this anthology edited by Marjorie Cohn – law professor, Truthout contributor and human rights authority – the clarity of the case against drones used for assassinations is persuasively made. Get this book now, with an introduction by Archbishop Desmond Tutu.

Law professor, writer and social critic Marjorie Cohn explores human rights and US foreign policy, and the frequent contradiction between the two in her monthly Truthout column, « Human Rights and Global Wrongs. » She agreed to an interview with Leslie Thatcher recently about her new book, Drones and Targeted Killing: Legal, Moral, and Geopolitical Issues.

Leslie Thatcher: Marjorie, could you describe the genesis of this project?

Marjorie Cohn: George W. Bush prosecuted two illegal wars in which thousands of Americans, Iraqis and Afghans were killed. Although Barack Obama continued those wars, eventually he reduced the numbers of US troops in Iraq and Afghanistan. But Obama vastly expanded the use of targeted killing – with drones, manned bombers and military raids.

Obama has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders. Obama’s targeted killings off the battlefield are not only illegal and immoral; they also make us less safe due to the blowback from those who have lost family and friends. There was not much opposition to these killings among the American people.

But when a Department of Justice white paper was leaked and Americans learned that US citizens could also be targeted, people were outraged. That selective outrage motivated Archbishop Desmond Tutu to write a letter to The New York Times pointing out the hypocrisy. I thus invited him to write the foreword to the book, and he graciously agreed. I thought a collection with contributions on different aspects of this policy would be useful. The book explores legal, moral and geopolitical issues raised by the US policy of targeted killing.

In this interdisciplinary collection, human rights and political activists, policy analysts, lawyers and legal scholars, a philosopher, a journalist and a sociologist examine different aspects of the US policy of targeted killing with drones and other methods. Contributors include Phyllis Bennis of the Institute for Policy Studies, Code Pink co-founder Medea Benjamin, former UN Special Rapporteur on Palestine Richard Falk, political activist Tom Hayden, Pardiss Kebriaei of the Center for Constitutional Rights, Jane Mayer of The New Yorker, Israeli human rights activist Ishai Menuchin, New York human rights lawyer Jeanne Mirer, sociology professor Tom Reifer, Alice Ross of the Bureau of Investigative Journalism, the ACLU’s Jay Stanley, philosophy professor Harry van der Linden, and myself.

Many of your contributors compare drone strikes to torture and one to nuclear weapons? Can you explain why?

Like torture, the use of targeted killing off the battlefield is illegal. Both practices are immoral as well. We have seen the atrocious program of torture conducted during the Bush administration. Drones flying overhead terrorize entire communities. They kill thousands of people. The US government engages in « double taps, » in which those rescuing the wounded from the first strike are targeted. This practice should be called the « triple tap, » as mourners at funerals for those fallen by the drone bombs are also targeted.

Neither torture nor targeted killings make us safer; in fact, they increase hatred against the United States. Professor Richard Falk discusses in his chapter why drones are more dangerous than nuclear weapons. Nuclear weapons have not been used since 1945 except for deterrence and coercive diplomacy. But drones are unconstrained by any system of regulation.

When even the CIA reports that drone strikes are counterproductive and legal experts seem to agree their use for assassination is illegal, how is it that a distinguished contributor to your book like Richard Falk remains so pessimistic about banning or even limiting their use?

The United Nations special rapporteurs on extrajudicial killing have written extensively about the dangers and illegality of targeted killing off the battlefield, especially the new technology of lethal automated robots, where there is no operator directing the drones; the computer itself decides who, when and where to target. Although most countries use surveillance drones (the United States and Israel use armed drones), the proliferation of armed drones will inevitably spread to other countries.

The Federal Aviation Administration is tasked with developing regulations for commercial drones within the United States. That is a tall order and it will be difficult to enforce. Unless the international community agrees on regulations for killer drones – which is highly unlikely – their use will continue unregulated. Even with regulation, enforcement would be very difficult.

What are your hopes for the future of drones and targeted killing? What will it take to realize them?

The US government learned from the Vietnam War that Americans were disturbed by the graphic images of the carnage the US government wrought against the Vietnamese, and that outrage fueled the antiwar movement. The images and stories of drone victims are not part of our national discourse. Medea Benjamin personalizes the victims in her chapter.

Americans are justifiably outraged about the beheading of US journalists (although gays in Saudi Arabia, a close US ally, are also beheaded). But if Americans were to see photographs of the body parts of children blown to bits by US drone bombs, it would not sit well. It is incumbent on us to pressure our elected officials to rein in this deadly policy – by letters, emails, phone calls, sit-ins, op-eds and letters to the editor.

Now that we have seen how the CIA lied about the necessity for and results of the Bush torture program, we should demand that the CIA get out of the killer drone business. And just as those responsible for the torture must be prosecuted, Obama must be brought to justice for his illegal targeted killing program. Accountability requires information, so we should educate ourselves about what our government is doing in our name. It is my hope this book will assist in that endeavor.

Voir aussi:

Obama Has Killed More People with Drones than Died On 9/11
Many Civilians Are Being Killed By Drones

WashingtonsBlog

January 6, 2015
Law school teacher Marjorie Cohn – president of the National Lawyers Guild – writes:

Obama has killed more people with drones than died on 9/11. Many of those killed were civilians, and only a tiny percentage of the dead were al-Qaeda or Taliban leaders.
She may be right …

The Council on Foreign Relations estimates that U.S. drone strikes outside of Iraq and Afghanistan have killed 3,674 people.

The Bureau of Investigative Journalism reports that up to 4,404 people have been killed – just in Pakistan and Yemen alone – between 2004 and 2014.

While it’s hard to estimate how many additional people have been killed by drone in Iraq and Afghanistan, a December 2012 report by the Bureau of Investigative Journalism found that US and UK forces had carried out over 1,000 drone strikes in Afghanistan over the previous five years.  Given that numerous people are often killed by  each drone strike, it is reasonable to assume that several thousand people have been killed by drone in that country.

And many Iraqis have also been killed by drones … long before ISIS even appeared on the scene.    So – altogether – the number of people killed by drone is probably well above five thousand.

In contrast,  under 3,000 people were killed on 9/11.

But aren’t drone strikes targeted attacks on terrorists … unlike 9/11, which was an attack on civilians?

Unfortunately, no …

The West is intentionally targeting farmers, small-time drug dealers and very low-level Taliban members with drone assassination.

And the process for deciding who to put on the “kill list” is flawed.     People are often targeted by the metadata on their phones, a process which a former top NSA official called the drone assassination program “undisciplined slaughter.”

And people are targeted for insanely loose reasons.  As the New York Times reported in 2012:

Mr. Obama had approved not only “personality” strikes aimed at named, high-value terrorists, but “signature” strikes that targeted training camps and suspicious compounds in areas controlled by militants.

But some State Department officials have complained to the White House that the criteria used by the C.I.A. for identifying a terrorist “signature” were too lax. The joke was that when the C.I.A. sees “three guys doing jumping jacks,” the agency thinks it is a terrorist training camp, said one senior official. Men loading a truck with fertilizer could be bombmakers — but they might also be farmers, skeptics argued.
And then there are “double taps” … where the family members, friends or neighbors who try to rescue someone hit by a drone missile are themselves targeted for assassination.

And – even when the West is actually targeting high-level terrorists – there is massive slaughter of innocent civilians as “collateral damage”.  For example, American University Professor Jeff Bachman reports:

Strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.”
The Brookings Institution also noted the high proportion of civilian deaths in 2009:

Critics correctly find many problems with this program, most of all the number of civilian casualties the strikes have incurred. Sourcing on civilian deaths is weak and the numbers are often exaggerated, but more than 600 civilians are likely to have died from the attacks. That number suggests that for every militant killed, 10 or so civilians also died.
The Costs of War Project – a nonpartisan, nonprofit, scholarly initiative based at Brown University’s Watson Institute for International Studies – notes:

In Iraq, over 70 percent of those who died of direct war violence have been civilians.
(Civilians usually suffer the most casualties.)

No wonder people all over the world are overwhelmingly opposed to drone strikes.

Indeed, even the CIA admits that the drone program might be counter-productive in fighting terrorism.

And the architect of America’s drone assassination program says it’s gone too far … creating terrorists rather than eliminating them.

Notes:  Obama has used drone strikes much more than Bush:

Obama has increased the number of drone attacks in Afghanistan, Pakistan, Yemen and elsewhere. Indeed, most people who have looked at the numbers believe that Obama has killed many more civilians with drone attacks than Bush did using the same method.
The former constitutional law teacher may or may not know that drone attacks are a war crime (more here and here).

Voir encore:

Obama’s Lists: A Dubious History of Targeted Killings in Afghanistan
SPIEGEL Staff

12/28/2014

Combat operations in Afghanistan may be coming to an end, but a look at secret NATO documents reveals that the US and the UK were far less scrupulous in choosing targets for killing than previously believed. Drug dealers were also on the lists.

Death is circling above Helmand Province on the morning of Feb. 7, 2011, in the form of a British Apache combat helicopter named « Ugly 50. » Its crew is searching for an Afghan named Mullah Niaz Mohammed. The pilot has orders to kill him.

The Afghan, who has been given the code name « Doody, » is a « mid-level commander » in the Taliban, according to a secret NATO list. The document lists enemy combatants the alliance has approved for targeted killings. « Doody » is number 3,673 on the list and NATO has assigned him a priority level of three on a scale of one to four. In other words, he isn’t particularly important within the Taliban leadership structure.

The operations center identified « Doody » at 10:17 a.m. But visibility is poor and the helicopter is forced to circle another time. Then the gunner fires a « Hellfire » missile. But he has lost sight of the mullah during the maneuver, and the missile strikes a man and his child instead. The boy is killed instantly and the father is severely wounded. When the pilot realizes that the wrong man has been targeted, he fires 100 rounds at « Doody » with his 30-mm gun, critically injuring the mullah.

The child and his father are two of the many victims of the dirty secret operations that NATO conducted for years in Afghanistan. Their fate is described in secret documents to which SPIEGEL was given access. Some of the documents concerning the International Security Assistance Force (ISAF) and the NSA and GCHQ intelligence services are from the archive of whistleblower Edward Snowden. Included is the first known complete list of the Western alliance’s « targeted killings » in Afghanistan. The documents show that the deadly missions were not just viewed as a last resort to prevent attacks, but were in fact part of everyday life in the guerilla war in Afghanistan.

The list, which included up to 750 people at times, proves for the first time that NATO didn’t just target the Taliban leadership, but also eliminated mid- and lower-level members of the group on a large scale. Some Afghans were only on the list because, as drug dealers, they were allegedly supporting the insurgents.

Rules of War

The 13-year combat mission in Afghanistan comes to an official end this week, but the kill lists raise legal and moral questions that extend far beyond Afghanistan. Can a democracy be allowed to kill its enemies in a targeted manner when the objective is not to prevent an imminent attack? And does the goal of eliminating as many Taliban as possible justify killing innocent bystanders?

Different rules apply in war than in fighting crime in times of peace. But for years the West tied its campaign in Afghanistan to the promise that it was fighting for different values there. A democracy that kills its enemies on the basis of nothing but suspicion squanders its claim to moral superiority, making itself complicit instead. This lesson from Afghanistan also applies to the conflicts in Syria, Iraq, Pakistan and Yemen.

The material SPIEGEL was able to review is from 2009 to 2011, and falls within the term of US President Barack Obama, who was inaugurated in January 2009. For Obama, Afghanistan was the « good » war and therefore legitimate — in contrast to the Iraq war. The president wanted to end the engagement in Iraq as quickly as possible, but in Afghanistan his aim was to win.

After Obama assumed office, the US government opted for a new strategy. In June 2009, then Defense Secretary Robert Gates installed Stanley McChrystal, a four-star general who had served in Iraq, as commander of US forces in Afghanistan. McChrystal promoted the aggressive pursuit of the Taliban.

Obama sent 33,000 additional troops to Afghanistan, but their deployment was tied to a demand that military officials provide a binding date for the withdrawal of US forces. At the same time, the president distanced himself from the grand objectives the West had proclaimed when it first marched into Kabul. The United States would not try to make Afghanistan « a perfect place, » said Obama. Its new main objective was to fight the insurgency.

‘Escalate and Exit’

This marked the beginning of one of the bloodiest phases of the war. Some 2,412 civilians died in Afghanistan in 2009. Two-thirds of them were killed by insurgents and 25 percent by NATO troops and Afghan security forces. The number of operations against the Taliban rose sharply, to between 10 and 15 a night. The operations were based on the lists maintained by the CIA and NATO — Obama’s lists. The White House dubbed the strategy « escalate and exit. »

McChrystal’s successor, General David Petraeus, documented the strategy in « Field Manual 3-24 » on fighting insurgencies, which remains a standard work today. Petraeus outlined three stages in fighting guerilla organizations like the Taliban. The first was a cleansing phase, in which the enemy leadership is weakened. After that, local forces were to regain control of the captured areas. The third phase was focused on reconstruction. Behind closed doors, Petraeus and his staff explained exactly what was meant by « cleansing. » German politicians recall something that Michael T. Flynn, the head of ISAF intelligence in Afghanistan, once said during a briefing: « The only good Talib is a dead Talib. »

Under Petraeus, a merciless campaign began to hunt down the so-called shadow governors and local supporters aligned with the Islamists. For the Americans, the fact that the operations often ended in killings was seen as a success. In August 2010, Petraeus proudly told diplomats in Kabul that he had noticed a shifting trend. The figures he presented as evidence made some of the ambassadors feel uneasy. At least 365 insurgent commanders, Petraeus explained, had been neutralized in the last three months, for an average of about four killings a day.

The existence of documents relating to the so-called Joint Prioritized Effects List (JPEL) has only been described in vague terms until now. The missions by US special units are mentioned but not discussed in detail in the US Army Afghanistan war logs published by WikiLeaks in 2010, together with the New York Times, the Guardian and SPIEGEL. The documents that have now become accessible provide, for the first time, a systematic view of the targeted killings. They outline the criteria used to determine who was placed on the list and why.

The case of an Afghan soldier named Hussein, number 3,341 on the list, shows how coldly NATO sometimes treated the lives of suspects. According to the documents, Hussein was suspected of involvement in an attack on ISAF forces in Helmand. A corporal in the Afghan army, he had allegedly deserted and was now on the run, presumably to join the Taliban.

NATO officials placed him on the list in the summer of 2010, as one of 669 individuals at the time. He was given the code name « Rumble » and assigned to priority level 2.

Adding a Name

The NATO soldiers discussed the pros and cons of his killing. « The removal of Hussein will eradicate a rogue ANA SNCO from the ranks and prevent his recruitment into the (insurgency), » the assessment reads. « It will also send a clear message to any other potential ‘sleepers’. » The killing of Hussein was intended primarily as a symbol of deterrence.

But, the internal assessment continues, a disadvantage of killing the deserter was that any information Hussein might have would be lost.

Adding a name to the list was preceded by a month’s-long process, in which evidence was gathered, including bugged phone conversations, reports by informants and photos. In the end, the respective ISAF regional commander decided whether a suspect should be added to the list.

Some of the JPEL candidates were only listed as being under observation or to be taken into custody. According to the current documents, in 2010 NATO even added Atta Mohammed Noor, a governor in northern Afghanistan, to the list. Noor, an ethnic Tajik and former warlord, had become wealthy through smuggling in the turmoil of war, and he was seen as someone who ruthlessly eliminated his enemies. He was listed as number 1,722 on the NATO list and given a priority level of three, but NATO merely collected information about Noor, rather than placing him on the kill list.

When an operation could potentially result in civilian casualties, ISAF headquarters in Kabul had to be involved. « The rule of thumb was that when there was estimated collateral damage of up to 10 civilians, the ISAF commander in Kabul was to decide whether the risk was justifiable, » says an ISAF officer who worked with the lists for years. If more potential civilian casualties were anticipated, the decision was left up to the relevant NATO headquarters office. Bodyguards, drivers and male attendants were viewed as enemy combatants, whether or not they actually were. Only women, children and the elderly were treated as civilians.

Even officers who were involved in the program admit that these guidelines were cynical. If a Taliban fighter was repeatedly involved in deadly attacks, a « weighing of interests » was performed. The military officials would then calculate how many human lives could be saved by the « kill, » and how many civilians would potentially be killed in an airstrike.

Switching on the Phones

The documents suggest that sometimes locating a mobile phone was all it took to set the military machinery in motion. The search for the Taliban phone signals was « central to the success of operations, » states a secret British report from October 2010.

As one document states, Predator drones and Eurofighter jets equipped with sensors were constantly searching for the radio signals from known telephone numbers tied to the Taliban. The hunt began as soon as the mobile phones were switched on.

Britain’s GCHQ and the US National Security Agency (NSA) maintained long lists of Afghan and Pakistani mobile phone numbers belonging to Taliban officials. A sophisticated mechanism was activated whenever a number was detected. If there was already a recording of the enemy combatant’s voice in the archives, it was used for identification purposes. If the pattern matched, preparations for an operation could begin. The attacks were so devastating for the Taliban that they instructed their fighters to stop using mobile phones.

The document also reveals how vague the basis for deadly operations apparently was. In the voice recognition procedure, it was sufficient if a suspect identified himself by name once during the monitored conversation. Within the next 24 hours, this voice recognition was treated as « positive target identification » and, therefore, as legitimate grounds for an airstrike. This greatly increased the risk of civilian casualties.

Probably one of the most controversial decisions by NATO in Afghanistan is the expansion of these operations to include drug dealers. According to an NSA document, the United Nations estimated that the Taliban was earning $300 million a year through the drug trade. The insurgents, the document continues, « could not be defeated without disrupting the drug trade. »

According to the NSA document, in October 2008 the NATO defense ministers made the momentous decision that drug networks would now be « legitimate targets » for ISAF troops. « Narcotics traffickers were added to the Joint Prioritized Effects List (JPEL) list for the first time, » the report reads.

In the opinion of American commanders like Bantz John Craddock, there was no need to prove that drug money was being funneled to the Taliban to declare farmers, couriers and dealers as legitimate targets of NATO strikes.

Targeting the Drug Trade

In early 2009, Craddock, NATO’s Supreme Allied Commander for Europe at the time, issued an order to expand the targeted killings of Taliban officials to drug producers. This led to heated discussions within NATO. German NATO General Egon Ramms declared the order « illegal » and a violation of international law. The power struggle within NATO finally led to a modification of Craddock’s directive: Targets related to the drug production at least had to be investigated as individual cases.

The top-secret dossier could be highly damaging to the German government. For years, German authorities have turned over the mobile phone numbers of German extremists in Afghanistan to the United States. At the same time, the German officials claimed that homing in on mobile phone signals was far too imprecise for targeted killings.

This is apparently an untenable argument. According to the 2010 document, both Eurofighters and drones had « the ability to geolocate a known GSM handset. » In other words, active mobile phones could serve as tracking devices for the special units.

In Afghanistan, Germany is a member of the « 14 Eyes » intelligence-sharing group. In addition to the Anglo-Saxon countries, the group includes Italy, Spain, Belgium, the Netherlands, Denmark, France, Sweden and Norway.

These countries operate their own technical platform in Afghanistan code-named « Center Ice, » which is used to monitor and exchange data. According to a 2009 NSA presentation, Center Ice was not just used to share intelligence about mobile phone conversations, but also information about targets.

When contacted, the BND, Germany’s foreign intelligence agency, admitted that Center Ice had been used to share mobile phone numbers, but it denied that they were suitable for use in drone target acquisition. Moreover, data was not shared if a given « individual’s interests worthy of protection outweighed the general interest in sharing intelligence. » In addition, the Germans say they have not supplied any information that could be used to develop profiles for targeted killings since 2005.

Legal Repercussions

This restrictive approach has led to numerous disagreements with the Americans. When Regional Command North, which was run by the German military, wanted to nominate a suspect for the JPEL, a detailed file containing evidence first had to be sent to the Joint Operations Command in Potsdam, outside Berlin, and then to the German Defense Ministry. For the Germans, a target could only be added to the list if the individual had ordered, prepared or participated in attacks. The Germans repeatedly urged their allies to remove suspects from the list. In September 2010, only 11 of the 744 targets were associated with northern Afghanistan, which the Germans controlled. « We Germans ran a stabilization mission, while the Americans conducted a war, » says retired General Ramms.

The classified documents could now have legal repercussions. The human rights organization Reprieve is weighing legal action against the British government. Reprieve believes it is especially relevant that the lists include Pakistanis who were located in Pakistan. « The British government has repeatedly stated that it is not pursuing targets in Pakistan and not doing air strikes on Pakistani territory, » says Reprieve attorney Jennifer Gibson. The documents, she notes, also show that the « war on terror » was virtually conflated with the « war on drugs. » « This is both new and extremely legally troubling, » says Gibson.

ISAF, which SPIEGEL presented with a list of the classified documents and asked for comment, does not wish to answer any questions on the subject, for « operational security considerations, » says a spokesman, who notes that ISAF missions are conducted in accordance with international law. The US Defense Department defers to ISAF when questioned.

A new chapter begins in Afghanistan next week. A new government has been elected, and the majority of NATO troops have been withdrawn. It is now up to the Afghans to decide what their future will look like. The West has achieved some of its goals. Al-Qaida has been defeated, at least in Afghanistan, and its former leader, Osama bin Laden, is dead. But the Taliban remains undefeated, as it demonstrated with the recent attack on a Pakistani school. It will be impossible to bring peace to Afghanistan without involving the Taliban.

A 2009 CIA study that addresses targeted killings of senior enemy officials worldwide reaches a bitter conclusion. Because of the Taliban’s centralized but flexible leadership, as well as its egalitarian tribal structures, the targeted killings were only moderately successful in Afghanistan. « Morover, the Taliban has a high overall ability to replace lost leaders, » the study finds.

By Jacob Appelbaum, Matthias Gebauer, Susanne Koelbl, Laura Poitras, Gordon Repinski, Marcel Rosenbach and Holger Stark

Translated from the German by Christopher Sultan

Voir de plus:

Drone strikes: are they Obama’s enhanced interrogation techniques?
Jeff Bachman

The Conversation

23 December 2014

On November 24, two weeks before the Senate Intelligence Committee released its “torture report,” Reprieve, a UK-based human rights NGO, published the results of its latest investigation into President Obama’s drone strike program. While Obama was preparing for the inevitable release of the Senate’s report which provided the most extensive insight yet into the CIA’s use of torture during the Bush administration, Reprieve provided insights of its own into the Obama administration’s equally disturbing targeted drone assassination program.

Using media reporting and anonymous leaks by US, Pakistani, and Yemeni officials, Reprieve identified 41 men who have been targeted for death as part of President Obama’s personally supervised Kill List.

Reprieve found that each of these men “was targeted and/or reported killed more than three times on average before they were actually killed.” But while these individuals survived several attempts on their lives, others were reported dead. This led Reprieve to ask, “With each failed attempt to assassinate a man on the Kill List, who filled the body bag in his place?”

Reprieve thoroughly answers that question. In attempting to kill 41 identified men, as many as 1,147 people may have been killed or – according to Bureau of Investigative Journalism research – one quarter of the total 4,400 people killed in drone strikes in Pakistan and Yemen.

A further calculation tells us that strikes focused on the Kill List “killed on average 28 other people before they actually succeeded in killing their target.” Reprieve concludes that seven of the 41 men are likely still alive, and one other died of natural causes. If this is true, it would mean that 1,147 people have been killed in order to kill 33 individuals on President Obama’s Kill List – or 35 « other people” for each of the 33.

Twenty-four of the 41 men targeted were in Pakistan. In the numerous attempts on their lives, 874 others were killed of whom 142 were children. This bears repeating. In an effort to assassinate 24 men, 142 children were killed.

There are four individual Pakistani cases in Reprieve’s report that stand out as particularly disturbing. The attempts to target these four resulted in 213 others killed, including 103 children. Three of the four men are likely still alive, and the fourth is the man who died of natural causes previously mentioned.

Questionable legality
What does all this mean? Whether we apply international humanitarian law (also known as the laws of war) or international human rights law, it seems clear that the Obama administration has egregiously violated international law.

The Obama administration insists that international humanitarian law (IHL) is the applicable law because it claims the US is involved in an armed conflict. IHL has weaker restraints on the use of lethal force than does international human rights law, but it does require that lethal force be discriminate and proportionate.

The principles of distinction and proportionality are recognized as customary law and are codified by the Geneva Conventions. The principle of distinction requires that when determining whether to launch an attack against a perceived threat, civilians must be distinguished from combatants. The principle of proportionality prohibits “an attack which may be expected to cause incidental loss of civilian life, injury to civilians, damage to civilian objects, or a combination thereof, which would be excessive in relation to the concrete and direct military advantage anticipated.”

According to Jeh Johnson, formerly General Counsel of the Department of Defense, the Obama administration has met its legal obligations: “We must apply, and we have applied, the law of armed conflict, including applicable provisions of the Geneva Conventions and customary international law, core principles of distinction and proportionality….”

However, I would argue that the repeated attempts to kill each of these 41 men, despite the large number of innocent people being killed, demonstrate that these were not isolated incidents carried out by rogue drone pilots. Based on IHL’s requirements and the severity of the violations, these could be classified as war crimes.

While the Obama administration claims that IHL is the only law that applies to drone strikes in Pakistan and Yemen, Christof Heyns, UN Special Rapporteur on Extrajudicial, Summary or Arbitrary Executions, has made it clear that “international human rights law continues to apply during armed conflict, as a complement to international humanitarian law.”

This does not mean that human rights law restricts the use of lethal force against known participants in hostilities. What it does mean, however, is that the most fundamental of human rights -— the right to life —- is not discarded when waging war. Yet, the Obama administration has arbitrarily deprived hundreds of children of their lives in attempts to kill 41 men.

Hypocrisy
Following the shocking murder of more than 130 children by the Taliban in Pakistan, Secretary of State John Kerry said:

“[T]his morning, wherever you live, wherever you are, those are our children, and this is the world’s loss. This act of terror angers and shakes all people of conscience, and we condemn it in the strongest terms possible. The perpetrators must be brought to justice.”
Secretary Kerry and the Obama administration seem incapable of recognizing their own hypocrisy. Apparently, empathy for the loss of innocent lives is reserved for those killed by “the enemy.” Of course, the response to such criticism is easily anticipated: “They [the Taliban] intend to kill innocent people; we only kill innocent people by accident.”

Years from now, will the Senate issue a “targeted drone attack” report? Even if there is a “drone report,” how will our public debate be framed? Will the debate be framed as one over the effectiveness of drone strikes? Or, rather, over the immorality and illegality of treating innocent civilians – including children – as expendable objects?

Unfortunately, I think we already know the answer.

Voir encore:

Obama à Riyad mais pas à Paris ? « C’est différent » répond la Maison Blanche
AFP
L’Orient le jour

26/01/2015

« C’est différent »: la Maison Blanche a rejeté lundi les critiques de ceux qui s’interrogent sur le déplacement annoncé du président Barack Obama à Riyad alors qu’il ne s’était pas déplacé à Paris lors de la manifestation contre le terrorisme.

« Les circonstances sont différentes », a souligné Ben Rhodes, conseiller de M. Obama, lors d’un point de presse à New Delhi où le président américain effectue une visite de trois jours.
« Il y a une période durant laquelle différents dirigeants peuvent se rendre en Arabie saoudite pour exprimer leurs condoléances (après le décès du roi Abdallah) et rencontrer le nouveau roi », a-t-il expliqué.
« Il y a donc une différence même si cela ne change rien au fait que nous avons clairement indiqué que nous aurions dû envoyer quelqu’un de plus haut niveau », à la marche de Paris, a-t-il poursuivi.

L’absence de M. Obama, ou de son vice-président ou de l’un de ses ministres lors de la marche contre le terrorisme qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes et une cinquantaine de dirigeants du monde entier le 11 janvier à Paris a provoqué une avalanche de critiques aux Etats-Unis. Fait rare, la Maison Blanche a fait son mea culpa le lendemain.

Certains médias américains ont ironisé ces derniers jours sur le fait que M. Obama ait décidé de se rendre à Riyad mais n’ait pas envisagé, à l’inverse, le déplacement à Paris dans la foulée des attentats meurtriers qui ont frappé la capitale française.

Interrogé sur l’objectif de cette visite à Riyad, M. Rhodes a indiqué que M. Obama entendait d’abord « présenter ses condoléances (…) et rencontrer le nouveau roi Salmane ».
« Ils évoqueront les principaux sujets sur lesquels nous collaborons très étroitement avec l’Arabie Saoudite », a-t-il ajouté, citant en particulier la campagne contre l’organisation Etat islamique « dans laquelle les Saoudiens ont participé aux opérations militaires » et la situation au Yémen.
« Il est très probable que l’Iran soit également évoqué », a-t-il ajouté.

M. Obama a décidé d’écourter sa visite en Inde et d’annuler la visite qu’il devait effectuer mardi avec sa femme Michelle mardi au Taj Mahal, haut-lieu touristique indien, pour se rendre en Arabie saoudite.

Voir de même:

ROYAUME-UNI

Pour la BBC, il ne faut pas qualifier de « terroristes » les tueurs de « Charlie Hebdo »
Le responsable du service arabophone de la BBC refuse que les journalistes de la radio utilisent le terme de « terrorisme » pour parler des tueurs de Charlie Hebdo. C’est un terme trop connoté politiquement, a-t-il expliqué hier à The Independent.

Courrier international

27 janvier 2015

Non, les frères Kouachi ne sont pas des terroristes. Du moins pas aux yeux des journalistes du service arabophone de la BBC, le plus important service hors langue anglaise de la radio publique britannique, suivi chaque semaine par près de 36 millions d’auditeurs. Son responsable, Tarik Kafala, s’en est expliqué le 26 janvier dans une interview au quotidien The Independent : « Nous tentons d’éviter de décrire quelqu’un comme un terroriste, ou un geste comme étant terroriste. »

La raison ? La notion de « terrorisme » est politiquement trop connotée, note Tarik Kafala, qui explique que sa chaîne évite d’employer le terme « terroriste ». Dans le cas des attentats de Paris, on a immédiatement entendu parler d' »attaques terroristes » et du déploiement de la « police anti-terroriste » dans les rues de la capitale française. « Clairement, tous les officiels et les commentateurs utilisent ce mot pour qu’il soit repris par tous les médias », ajoute le journaliste.

Aucune définition internationale claire

D’une manière générale, la BBC a des règles éditoriales spécifiques concernant le terme « terrorisme », rappelle The Independent. Sans interdire l’utilisation de ce terme, la chaîne demande à ses journalistes d’être « très attentifs » lorsqu’ils évoquent des actes considérés comme des actes de terreur, expliquant qu’il y a des termes plus précis pour les expliquer que le mot « terrorisme ». En anglais, le mot « terroriste » n’a pas non plus été utilisé par la BBC pour désigner les frères Kouachi.

Même s’il est sans doute l’un des plus utilisés aujourd’hui dans le monde, le terme « terrorisme » ne fait l’objet d’aucune définition internationale claire, rappelle enfin Tarik Kafala : « Les Nations unies ont tenté pendant une décennie de définir ce mot, sans y parvenir. C’est très délicat. Nous savons ce qu’est la violence politique, nous savons ce que sont les meurtres, les attentats et les fusillades et nous pouvons les décrire. Et cela explique bien plus de choses, à nos yeux, qu’utiliser le mot ‘terrorisme’. »

Voir enfin:

USA: pas assez de pilotes de drones
Le Figaro avec AFP
20/08/2013

Les besoins en pilotes de drones augmentent plus rapidement que ce que l’armée de l’Air américaine est capable de former, un problème dû notamment au manque de volontaires pour cette spécialité, constate un colonel de l’Air Force dans une étude. Dans ce rapport rédigé pour le compte de la Brookings Institution, un centre de réflexion de Washington, le colonel Bradley Hoagland explique le problème par des perspectives de promotion moindres pour les pilotes de drones par rapport aux autres pilotes « traditionnels » et des « exigences opérationnelles » éprouvantes depuis une dizaine d’années.

En 2012, l’Air Force était censée entraîner 1.129 nouveaux pilotes « traditionnels » et 150 pilotes amenés à diriger depuis le sol les Predators, Reapers et autres Global Hawk. Le quota a été rempli pour les premiers mais seuls 82% des postes ont été pourvus pour les seconds « par manque de volontaires », déplore l’auteur.

L’armée de l’Air comptait fin 2012 1.300 pilotes de drones, comptant pour 8,5% de l’ensemble du corps des pilotes, contre 3,3% quatre ans plus tôt. Elle disposait alors de 152 Predators, 96 Reapers et 23 Global Hawk, pour un total de 61 « patrouilles de combat » (CAPs), selon un rapport du Pentagone.

La « patrouille de combat » constitue l’unité de mesure pour s’assurer d’une couverture 24 heures sur 24, sept jours sur sept d’une zone donnée par un drone. Il faut en général 3 ou 4 drones pour cela. « Le rythme de croissance des patrouilles de combat est plus rapide que la capacité de l’Air Force à former les personnels », dénonce le colonel Hoagland. Un des facteurs est un taux d’échec lors de la formation initiale « trois fois supérieur » à celui d’un pilote classique, un tiers des apprentis pilotes de drones abandonnant ou étant rejetés. Un autre est le rythme des opérations depuis plus d’une décennie. Il ne laisse pas de temps aux pilotes de drones pour se former à d’autres spécialités ou pour pouvoir monter en grade, ce qui donne le sentiment que piloter les drones mène sur une voie de garage, ajoute l’auteur.

Ces derniers ont ainsi un taux de promotion au rang de major (commandant) de 13% inférieur à celui des autres officiers. La plus faible progression dans la hiérarchie s’explique également selon lui par un « manque de reconnaissance » pour des pilotes qui « sont perçus comme ne risquant pas leur vie en pilotant leur appareil depuis le Nevada à 11.000 kilomètres » du terrain.

La tentative du Pentagone en février de créer une médaille saluant les « réalisations extraordinaires » des pilotes de drones était un « pas dans la bonne direction » vers davantage de reconnaissance, juge le colonel Hoagland. Mais deux mois plus tard, face à l’irritation provoquée chez les associations de vétérans qui dénonçaient une décoration pour des militaires ne mettant pas leur vie en jeu, le Pentagone a fait machine arrière.

COMPLEMENT:

Middle East
‘American Sniper’ misfires in Iraq
Liz Sly

The Washington Post

February 2, 2015

BAGHDAD — It is not only in America that Clint Eastwood’s Iraq war blockbuster “American Sniper” is proving controversial.

After just a handful of sometimes rowdy screenings, the film has been pulled from Baghdad’s only movie theater amid complaints from the Iraqi government — as well as viewers — that it “insults” Iraqis.

Similar allegations have clouded the film’s release in the United States, though not its box office success. Critics have hailed its gripping portrayal of real-life Navy SEAL sniper Chris Kyle and his exploits in Iraq as a cinematic triumph. Commentators have denounced it as being simplistic and giving a one-sided portrayal of the conflict.

In Iraq, the movie has come as a reminder of the vast gulf that divides Iraqi and U.S. perceptions of the bloody, complicated war, which left more than 4,000 Americans and well over 100,000 Iraqis dead — and is now drawing U.S. troops back.

“It glorifies Americans and makes Iraqis out to be nothing but terrorists,” said Ahmed Kamal, 27, a teacher, who downloaded the film for free on a pirate Web site because he didn’t want to pay to see a movie in which the hero refers to Iraqis as “savages.”

“I wasn’t prepared to spend money to see it,” he said. “It portrays Americans as strong and noble, and Iraqis as ignorant and violent.”

The movie also omitted to note that some Iraqis worked with the Americans, said Sarmad Moazzem, 32, who was one of them. He served alongside U.S. troops for five years in an Interior Ministry logistics division and now works as a security adviser at the theater that pulled the film.

“The film makes out that all Iraqis are terrorists — men, women and children,” he said, “whereas, actually, there are some people who loved the Americans and wanted them to stay to help rebuild our country. The movie didn’t show any of them.”

He listed numerous inaccuracies, such as the identification of Sadr City, the Baghdad neighborhood where Shiite militias battled U.S. troops on numerous occasions, as a stronghold of al-Qaeda — which is a Sunni group.

Moreover, a scene in which Iraqis, including a child, attempted to take out the sniper didn’t ring true, according to his experiences.

“No one would stick around if there was an American sniper in the area,” he said. “As soon as anyone knew there was a sniper, everyone would run and hide.”

That scene, in which a child picks up a rocket-propelled-grenade launcher, provoked a furious outburst at one of the screenings of the film. Three spectators sitting in the front row jumped up from their seats and started cursing, said Mohammed Laith, 27, who was sitting a few rows behind.

“They were shouting, ‘It’s all a lie,’ and ‘You are demeaning our culture,’ ” he recalled. After the three refused to sit down, security guards ejected them from the theater, he said.

The manager of the theater, located in Baghdad’s fancy new Mansour Mall, said he withdrew “American Sniper” last week after receiving a telephone call from a senior official at the Ministry of Culture warning him that he would face fines and possible closure if he continued to show it.

“He told me the film insults Iraqis,” said Fares Hilal, whose six-screen cinema opened last year and is the first to offer Iraqis an American-style moviegoing experience, including tubs of popcorn and the latest releases.

He immediately complied with the order, but with some regret.

“If we show it, we will be criticized. But if we don’t, we lose money,” he sighed. “A lot of people wanted to see this film.”

Nonetheless, many Iraqis seem to have seen it, mostly on Internet downloads.

And not all found it objectionable. Yasser Bakr, 17, who operates one of the mall’s carousels, was still a child when the events portrayed took place and only dimly recalls them. He said there was nothing in the film that gave him offense.

“It’s just a movie,” he shrugged. “About something that happened in the past.”

Mustafa Salim contributed to this report.

Liz Sly is the Post’s Beirut bureau chief. She has spent more than 15 years covering the Middle East, including the Iraq war. Other postings include Africa, China and Afghanistan.


Auschwitz/70e: Après Auschwitz plus résolument que jamais (The responsibility rests also indirectly upon the whole of humanity: Member of exiled Polish government revealed to an indifferent world « greatest crime in human history » three years before Auschwitz’s liberation)

27 janvier, 2015
News of the world (Queen, 1977)https://i1.wp.com/i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/03177/DT1942_3177339a.jpg
https://i1.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2015/01/27/0136D7B300000578-0-image-a-31_1422372985804.jpg

Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. Esaïe 45: 6-7
Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. Jean 9: 2-3
Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Jésus (Luc 3: 1-5)
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif … Martin Niemöller
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
Auschwitz is (…) misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves. Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust. Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death. The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims. Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs. Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means. (…) Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right. This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity. Daniel Jonah Goldhagen
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. (…) Depuis quelques temps, je m’intéresse au doigt de Dieu, au hasard. Sous la nef s’élèvera une montagne de vêtements, haute d’environ dix mètres. Une grande pince au bout d’une grue prendra ces vêtements, les amènera jusqu’au ciel et les relâcher. Quand je marche dans une forêt, j’écrase sans le vouloir des fourmis à l’égard desquelles je ne nourris aucune animosité. Aujourd’hui je pense que Dieu, de la même manière, est indifférent. De temps en temps il écrase des choses en dessous de lui, mais sans désir de méchanceté. (…) Vous savez ce qu’on dit : le Russe bat le Polonais, le Polonais bat le Juif, le Juif bat son chien. On bat toujours plus bas que soi. Cet homme pourrait être nous, ou ne pas l’être. Ou pas encore. C’est le pouvoir sur l’homme qui est terrible. La loi française avait interdit aux Juifs d’avoir un chat. Notre voisin, un homme extrêmement sympathique, est venu un jour : si votre chat continue à m’embêter, je vous dénonce. Il n’était pas mauvais, mais on lui avait donné ce pouvoir. (…) Je ne cesse de penser au hasard, avec cette question, absurde, inexpliquée : pourquoi, moi, je suis encore vivant ? Et pourquoi mon voisin est-il mort ? Il n’y a aucune règle à tout ça, et cette chose m’obsède. Ma vie et mon oeuvre ont été très marqués par la Shoah – à ma naissance, en 1944, mes parents ont volontairement effacé leurs traces, et nous avons vécu dans un appartement parisien dissimulés sous le plancher de la maison -, et je crois que tous les survivants de la Shoah n’ont cessé de se poser la question: pourquoi j’ai survécu? Christian Boltanski
Elle est bien là, la mort estampillée XXe siècle, la mort hitlérienne, celle des industriels et des scientifiques qui se regroupaient autour d’une table pour discuter des moyens de rendre leur industrie rentable : comment tuer, à moindre coût et sans trop salir, le plus de monde possible, prisonniers des camps amenés par trains entiers. Une première dans l’histoire de la guerre ; ici l’horreur n’est plus barbarie, mais annihile l’émotion pour laisser place à un esprit logique, au sens de l’organisation. Lorraine Alexandre
Né dans une famille juive originaire de Russie, le père, médecin, s’est converti au christianisme. La mère, née dans une famille bourgeoise désargentée, atteinte de la polio à 22 ans, a abandonné ses études. La guerre survient et ses lois antijuives. Dans l’appartement du 7e arrondissement, une dispute éclate. Hurlements, claquements de porte. A la concierge, on explique que le père a abandonné le domicile familial. A Luc, 2 ans, que papa est parti. Le divorce est prononcé. A la Libération, l’enfant assiste « avec effroi » au retour du père. L’homme était caché dans un réduit, aménagé sous le plancher. « Il sortait la nuit, c’est même comme ça que j’ai été conçu », raconte Christian, né en 1944. Le Monde
J’aimerais profiter de ce jour, qui n’est pas seulement remarquable pour nous, Allemands : dans ma vie, j’ai souvent été prophète et, la plupart du temps, on ne m’a pas pris au sérieux (…) lorsque j’annonçais que (…) je résoudrais  (…) le problème juif (…) Je vais à nouveau être prophète, aujourd’hui : si la juiverie financière internationale, hors d’Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n’en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe. Adolf Hitler (Discours au Reichstag, 30 janvier 1939)
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement. (…) Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler. (…) On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ? (…) Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner. (…) J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.(…) De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés. [l’anéantissement des Juifs] n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…(…) Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.(…) Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature. (…) J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich (…) Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… Rudolph Höss (1947)
Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie. (…) Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Olivier Ypsilantis
A la fin de 1943, alors que, en règle générale, les ghettos avaient été nettoyés, que les déportations avaient été menées à bien dans la plupart des pays sous contrôle allemand et que les camps d’extermination de l’action Reinhardt avaient été démantelés et détruits – et les restes des victimes méticuleusement éliminés -, un bref communiqué parut dans le Völkischer Beobachter, indiquant au lecteur moyen toute l’étendue de l’application de la « solution » de la question juive : « Selon les estimations de la presse juive de Palestine, le nombre total des Juifs est de 13,5 millions. Dont 4,6 millions aux Etats-Unis, 425 000 en Angleterre, 200 000 au Canada, 100 000 en Afrique du Sud, 350 000 en Australie, 300 000 en Argentine et 300 000 dans tous les autres Etats des deux Amériques. D’après les Etats-Unis, la Palestine abriterait 550 000 Juifs, hébreux pour la plupart. Ces estimations ne tiennent évidemment pas compte des Juifs religieux. La moitié des Juifs soviétiques se trouveraient désormais à l’est de l’Oural. » Il suffisait alors de consulter le Grand Brockhaus pour constater que le nombre des Juifs à la fin des années 20 (…) oscillait entre 15 et 16 millions. La différence sautait donc immédiatement aux yeux, d’autant que le Brockhaus ne comptabilisait que 3,6 millions de Juifs pour les Etats-Unis (et non 4,8 millions). Mais un lecteur consciencieux aurait dû être frappé par le fait que dans ce bref communiqué, la Palestine était indiquée comme la deuxième région comptant le plus grand nombre de Juifs. Cela signifiait que les communautés présentes dans le Brockhaus, les 3,5 millions de Juifs polonais, les 2,75 millions de Juifs soviétiques, les 834 000 Juifs roumains, ainsi que les 564 000 Juifs allemands (auxquels il fallait ajouter théoriquement les 300 000 Juifs autrichiens depuis l’Anschluss) n’existaient plus, du moins dans cet ordre de grandeur. Peter Longerich (« Nous ne savions pas. » Les Allemands et la Solution finale. 1933 – 1945,  2008)
Les hommes âgés de 14 à 80 ans sont conduits dans un même endroit, souvent un square ou un cimetière, et sont tués avec un couteau, une arme à feu ou des grenades. Ils ont dû creuser leur propre tombe en amont. The Telegraph (juin 1942)
This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. » Leon Feiner (to Jan Karski)
The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out. But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility. Szmul Zygielbojm
It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history. Szmul Zygielbojm
Par ma mort, je voudrais, pour la dernière fois, protester contre la passivité d’un monde qui assiste à l’extermination du peuple juif et l’admet. Szmul Zygielbojm

Quand le « Telegraph » révélait dès 1942 le « plus grand massacre de l’Histoire » …

En ce 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz …

Où, après la Marche républicaine de Paris, le prétendu chef du Monde libre a à nouveau brillé par son absence

Pendant qu’au Moyen-Orient et en Afrique ou même en Occident et après les ottomans en Turquie, les derniers djihadistes en date s’acharnent à appliquer, dans la plus grande indifférence, leur promesse de solution finale à la question juive et chrétienne

Ou, à l’instar de l’Iran, s’en fourbissent les armes …

Et avec cet article d’avant-dernière page du Telegraph (« Les Allemands tuent 700 000 Juifs en Pologne : chambres à gaz mobiles ») qui révélait, trois ans avant sa libération, l’existence de chambres à gaz et le massacre perpétré contre les Juifs par les nazis.

Comment oublier …

Le mur d’ « indifférence, de doutes et même de suspicions » auxquels se heurta …

Szmul Zygielbojm, le membre du gouvernement polonais en exil à Londres …

Qui, via un réseau de contacts clandestins en Pologne occupée, avait fourni les informations …

Et, en une ultime forme de protestation avec la mort de sa femme et de son fils lors de la révolte du Ghetto de Varsovie, s’en tua un an après ?

Mais aussi, avec Hans Jonas …

Et contre la logique dévoyée tant des génocideurs eux-mêmes que de nombre de lecteurs de la Bible encore aujourd’hui …

L’affirmation qu’ « après Auschwitz » …

Et malgré même ce que dans sa quête du Dieu unique, la Bible du Déluge avait pu en dire …

« Plus résolument que jamais auparavant, Dieu est bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde » ?

Holocaust Memorial Day: Telegraph revealed Nazi gas chambers three years before liberation of Auschwitz
The Telegraph disclosed the existence of Nazi gas chambers and the “mass killing” of Jews almost three years before the liberation of Auschwitz on Jan 27, 1945
David Blair
The Telegraph

26 Jan 2015
It was under the headline “Germans murder 700,000 Jews in Poland”, that this newspaper reported the “greatest massacre in the world’s history” on June 25, 1942.

The story was remarkably detailed and accurate, yet the credit belongs neither to this newspaper nor the anonymous “Daily Telegraph reporter” who was the author. All the facts were supplied by Szmul Zygielbojm, a member of the Polish government in exile who made it his mission to inform the world about the Holocaust.

After arriving in London in 1942, Zygielbojm used a clandestine network of contacts across occupied Poland to gather eyewitness accounts of the fate of Jews. The particular information in The Daily Telegraph’s story was smuggled to London on microfilm hidden inside a key.

The newspaper was able to report that gas chambers were being used for industrialised murder from November 1941 onwards – and “an average 1,000 Jews were gassed daily”. The story methodically lists the death toll from massacres in seven different towns and cities.

“In many places Jews were deported to ‘unknown destinations’ and killed in neighbouring woods,” reads the story. “In Vilna 50,000 Jews were murdered in November. The total number slaughtered in this district and around Lithuanian Kovno is 300,000.”

Post-war investigation established that hundreds of thousands of Jews were killed in mass shootings in Nazi-occupied areas of the former Soviet Union – just as this story made clear. “In Rovne the murders began early in November. In three days and nights nearly 15,000 men, women and children were shot,” reads the report.

In the pages of The Daily Telegraph, Zygielbojm succeeded in revealing the mass murder of Jews. But he was dismayed by the lack of public reaction.

As early as August 1941, Winston Churchill had denounced the atrocities against the Jews as a “crime without a name”. Yet Zygielbojm detected no wave of revulsion sufficient for the Allies to take special steps to obstruct the Holocaust.

The Telegraph chose to report the “greatest massacre in the world’s history” on page five of a six-page newspaper.

Zygielbojm’s informants were taking immense risks and their reports were meticulously accurate, yet he often encountered indifference, disbelief or even suspicion.

When The Telegraph’s story appeared, Zygielbojm’s wife, Manya, and their son, Tuvia, were still living in occupied Poland as prisoners in the Warsaw Ghetto. Both died during the razing of the Ghetto in 1943.

Crushed by this tragedy – and by the weight of indifference towards the fate of the Jews – Zygielbojm took his own life on May 11, 1943.

“The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out,” he wrote. “But indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime. By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.”

 Voir aussi:

Tragic story of heroic Jew who exposed the holocaust to the world… then killed himself after his wife and son were murdered in Warsaw Ghetto uprising
Szmul Zygielbojm was the first to reveal full horror of the Holocaust in 1942
Adam Luck

MailOnline

27 January 2015

When Szmul Zygielbojm stood up and denounced ‘the greatest crime in history’ in 1942 the Polish politician was revealing to the world for the first time the full horror of the unfolding Holocaust.

Three years before the liberation of the death camps, Zygielbojm issued his clarion call but also sowed the seeds of his own destruction warning it would ‘be a shame to go on living’ if nothing were done.

Just a year later, the Jewish activist took his own life in his London apartment when he realised that Allied leaders and world opinion could not or would not do anything to stop the horror.

To compound his despair Zygielbojm had learnt that his own wife and child had perished at the hand of the Nazis during the uprising in the Warsaw Ghetto in the early part of 1943.

Until now, however, the extraordinary story of this left-wing activist and politician has remained cloaked in obscurity despite the fact that Zygielbojm’s secret network help expose the Final Solution.

Born in eastern Poland, Zygielbojm became heavily active within Jewish trade unions and when Germany invaded Poland in 1939 he took part in organising the Warsaw defence committee.

When the Nazis ordered Jewish leaders to help with the creation of a ghetto in the Polish capital, Zygielbojm publicly opposed the command – and was subsequently smuggled out of the city.

After travelling to Belgium, France and the US, where he spoke at a series of meetings to raise awareness about the plight of Jews, he eventually found himself in London in March 1942.

Realising that he was dealing with a sceptical non-Jewish public, Zygielbojm used British newspapers and the BBC to pass on detailed information he was being supplied with from occupied Europe.

In June 1942, The Daily Telegraph headline read ‘Germans murder 700,000 Jews in Poland’ and readers were told it was ‘the greatest massacre in the world’s history.’

The source for this story was Zygielbojm, by now a member of the Polish government in exile, who provided information that ‘an average of 1,000 Jews were being gassed daily’.

Zygielbojm’s network of informants had gathered eye-witness accounts from across Europe, not least the industrial scale of the mass murder with gas chambers being used.

Although Winston Churchill had denounced the Nazi crimes against the Jews as a ‘crime without a name’ as early as 1941, credible and detailed evidence was supplied by Zygielbojm and his network for the first time.

Speaking to the BBC, he said: ‘It will actually be a shame to go on living, to belong to the human race, if steps are not taken to halt the greatest crime in human history.

‘In the name of millions of helpless, innocent, doomed people in the ghettos, whose unseen hands are stretched out to the world, I beseech you, you whose conscience is still alive: Expunge the raging shame which is being perpetrated against the human race.’

One of the key pieces in this jigsaw was the Christian Jan Karski, who was the link between the Polish underground resistance and the Polish government in exile in London.

When he was in the Warsaw Ghetto, Karski relied on a guide called Leon Feiner, who also belonged to the Bund, the same Jewish left-wing organisation that Zygielbojm was a member of.

But when Karski relayed the situation to the British and American governments, as well as Zygielbojm, in late 1942 it became clear that the Allies were unable or unwilling to act.

When Zygielbojm asked Karski what message, if any, he had from the Jews trapped in the Warsaw Ghetto, Karski relayed a message from Zygielbojm’s comrade Leon Feiner.

Karski later revealed the message from Feiner: ‘This is what they want from their leaders in the free countries of the world, this is what they told me to say: « Let them go to all the important English and American offices and agencies. Tell them not to leave until they obtain guarantees that a way has been decided upon to save the Jews. Let them accept no food or drink, let them die a slow death while the world is looking on. Let them die. This may shake the conscience of the world. »‘

In April 1943, the US and UK governments met in Bermuda, supposedly to come up with answers to the unfolding plight of Jews in occupied Europe.

Ironically this happened just as the Jewish resistance rose up the Warsaw Ghetto despite facing overwhelming numbers of well armed Nazi troops.

An estimated 13,000 Jews died during the uprising and the 50,000 or so survivors were immediately shipped to extermination camps.

In May, Zygielbojm realised that the Allies were not going to act and then, to compound his despair, he learnt that his wife Manya and son Tuvla had died in Warsaw.

That month he took an overdose of sodium amytal at his home in west London and left a long and detailed suicide note, explaining his decision to take his own life.

He wrote: ‘I cannot continue to live and to be silent while the remnants of Polish Jewry, whose representative I am, are being murdered.

‘My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave.

‘By my death, I wish to give expression to my most profound protest against the inaction in which the world watches and permits the destruction of the Jewish people.’

But he also issued a parting shot in the direction of world opinion and the Allied leaders who had singularly failed to act in any shape or form to try and bring a halt to the slaughter.

My comrades in the Warsaw ghetto fell with arms in their hands in the last heroic battle. I was not permitted to fall like them, together with them, but I belong with them, to their mass grave
Szmul Zygielbojm
He wrote: ‘The responsibility for the crime of the murder of the whole Jewish nationality in Poland rests first of all on those who are carrying it out, but indirectly it falls also upon the whole of humanity, on the peoples of the Allied nations and on their governments, who up to this day have not taken any real steps to halt this crime.

‘By looking on passively upon this murder of defenceless millions tortured children, women and men they have become partners to the responsibility.’

After the war Karski, who died in 2000, expressed his regret that he had ‘stupidly repeated the message which Feiner gave me’ and that Zygielbojm had then ‘lost control’.

When Karski heard of the death, he said: ‘I was crushed. I realised at that time at that time that everything is lost for the Jews. He was a soldier to the end. Yes, he was a genuine martyr.’

But the story doesn’t end on an entirely sad note because one of Zygielbojm’s children did survive.

Joseph became a leading light in the Polish resistance during the war and eventually made his way to the US where he became a scientist in the US space programme before he died in 1995.

Joseph’s sons Arthur and Paul both live in the US.

Voir également:

How Auschwitz Is Misunderstood
Daniel Jonah Goldhagen

The New York Times

Jan. 24, 2015

AUSCHWITZ was liberated 70 years ago, on Jan. 27, 1945, and news of its existence shocked the world. With its principal killing center at one of its main camps, Auschwitz-Birkenau, becoming fully operational in 1942, it was Germany’s largest and the most notorious extermination site. There the Germans slaughtered approximately 1.1 million people, a million of whom were Jews. Its mention evokes notions of evil and instant horror. Auschwitz was a death factory, an oxymoron that would have made no sense before the Holocaust, but that now is effortlessly comprehensible.

But Auschwitz is also misunderstood — and that misunderstanding distorts what we think about the Holocaust, and about the Nazis themselves.

Historical and popular accounts of the Holocaust tend to emphasize its brutal, bureaucratic efficiency, with Auschwitz as its technological pinnacle, whose industrial scale was not only emblematic of, but also necessary for, its success. But as existentially troubling as Auschwitz was and is, and as lethally portentous as it would have been had Nazi Germany won World War II, it was technically unnecessary for the commission of the Holocaust.

Had the Nazis never created gassing installations at Auschwitz, Treblinka, Sobibor and elsewhere, they would still have killed around the same number of Jews and non-Jews. About half of the roughly six million Jews whom the Germans and their European collaborators slaughtered, and virtually all the millions of non-Jews the Germans murdered, they killed by nonindustrial means, mainly by shooting or starving them to death.

The cliché “assembly line killing” belies the fact that rounding up Jews and shipping them, sometimes for many hundreds of miles, to a death factory was far less efficient than merely killing them where the Germans found them. The Nazi leadership created death factories not for expeditious reasons, but to distance the killers from their victims.

Previous and subsequent genocidal assaults also belie the once reflexively intoned notion that modern technology made the Holocaust possible. Regimes and their executioners around the globe have conducted broad eliminationist assaults against targeted peoples, with the perpetrators’ using a variety of means, including mass murder, expulsion, forced conversion and the prevention of reproduction to rid themselves of hated or unwanted groups. In Rwanda in 1994, the Hutu perpetrators killed 800,000 Tutsi at a more intensive daily rate than the Germans did the Jews, using only the most primitive technological means, mainly machetes, knives and clubs.

Focusing on Auschwitz’s mechanistic qualities as a precondition for the Holocaust’s vast destructiveness allows people to see the Nazis’ eliminationism as something uniquely modern — to believe that it takes a technically proficient, bureaucratically expert state to carry out such violence. And even though we all recognize that genocides can be unleashed without such advanced systems, people still too often assume that true eliminationism, with the intention of completely destroying another group, takes a relatively rare constellation of a state apparatus and technological means.

But that’s not true. To understand the politics of mass murder and eliminationism, the technical means of carrying out the deed are almost never the central issue. Rather, the crucial elements are the political leaders’ decision to commit genocide, the willing participation of a large population of perpetrators, the sympathy of an even broader civilian population — in the case of the Holocaust, principally ordinary Germans, but also many other Europeans — and, above all, the ideology that motivates them all to believe that annihilating the targeted people is necessary and right.

This, rather than its technical specifications, is why Auschwitz is so important. Auschwitz is a symbol of the broader, and little understood, racist revolution that the Germans were bringing about in Europe that sought to overturn the fundamentals of Western civilization, including its core notion of a common humanity.

The gassing installations that became Auschwitz’s emblem were but one part of Auschwitz’s system of more than 40 camps and sub-camps. These were run by thousands of German overlords who drove and brutalized hundreds of thousands of Jews, Russians and other “subhumans,” whom they used as slaves to work under horrifying conditions in the camps’ extensive and varied production facilities, making everything from agricultural products to chemicals to armaments.

Auschwitz was thus much more than just the gas chambers and crematories — taken as a whole, it was a microcosm, not so much of the specific mechanisms of the Holocaust, but of the Nazis’ ideological vision of a world to be ruled by a master race, resting on the collective graves of the Jewish people and of tens of millions of additional victims the Germans deemed demographically expendable, and served by an enormous population of slaves. It reveals that during the Holocaust, mass annihilation, as genocide always is, was part of a larger eliminationist agenda and, at its core, a mechanism for social and political transformation.

This commonality notwithstanding, Auschwitz still had its singular quality: It expressed the Nazis’ unparalleled vision that denied a common humanity everywhere, and global intent to eliminate or subjugate all nonmembers of the “master race.” Heinrich Himmler, the head of the SS and the man most responsible for putting the Germans’ plans in action, proudly announced in an address in 1943: “Whether nations live in prosperity or starve to death interests me only insofar as we need them as slaves for our culture.”

Such was the Nazis’ moral and mental mutation, the most profound in the history of Europe, that Auschwitz was built upon, and that, better than any other place, it symbolizes. When Europe’s leaders assemble at Auschwitz on Tuesday for the 70th anniversary commemoration, they should of course remember and mourn the Jewish and non-Jewish victims. They should also realize that they are gazing into the abyss that would have consumed their Continent and the world.

Daniel Jonah Goldhagen is the author of “Hitler’s Willing Executioners: Ordinary Germans and the Holocaust” and, most recently, “The Devil That Never Dies: The Rise and Threat of Global Anti-Semitism.”

Voir par ailleurs:

En lisant la confession de Rudolf Höss, commandant du KZ Auschwitz – 4/4

Maison de Rudolf Höss et sa famille à AuschwitzLa maison de Rudolf Höss et sa famille à Auschwitz

La logique de Rudolf Höss s’exprime clairement dans les lignes qui suivent : ‟A Auschwitz, par exemple, l’exécution du nouveau plan d’armement entraîna le départ de dizaines de milliers de Juifs, qui malheureusement ne gagnèrent guère au change. On les avait réunis dans la plus grande hâte, avec une précipitation vraiment incroyable, selon les instructions du préposé aux construction du Reich, et ils offraient un aspect vraiment lamentable. Arrivés au lieu de leur destination, ils se trouvaient astreints à un travail pénible et inaccoutumé, tandis que leur nourriture devenait totalement inexistante. Si on les avait expédiés directement dans les chambres à gaz, on leur aurait épargné beaucoup de souffrances. Ils mouraient au bout de très peu de temps sans avoir été de la moindre utilité pour l’industrie de réarmement.” Toute la logique nazie s’inscrit dans cette déclaration. Rudolf Höss ajoute avec son implacable logique : ‟Si on avait suivi mes conseils constamment répétés et si on avait sélectionné à Auschwitz les Juifs les plus forts et les mieux portants, les rapports auraient probablement indiqué un nombre inférieur de travailleurs disponibles ; mais dans ce cas, on aurait obtenu pour longtemps une main-d’œuvre vraiment utilisable. Tandis que maintenant les gros chiffres de ‟disponibles” s’étalaient uniquement sur le papier, en réalité on aurait pu, dès le début, en soustraire un pourcentage considérable. Ces hommes représentaient une charge pour les camps, prenaient la place et la nourriture de ceux qui étaient capables de travailler et ne servaient strictement à rien. Et à cause de leur présence d’autres affamés perdaient la capacité de travailler.” Implacable logique de gestionnaire. Froideur comptable. Aucune haine. Rien que l’efficacité et la soumission à des ordres… qui contredisent l’efficacité parce que contradictoires…

Les bombardement aériens.

Rudolf Höss prend note du grand nombre de victimes parmi les déportés travaillant dans les usines suite aux bombardements alliés. Le commandant du camp d’Auschwitz qui a sa logique (le nazi est quelqu’un de très logique à sa manière) écrit : ‟On m’a toujours accusé de ne pas avoir refusé d’exécuter les ordres d’extermination et d’avoir participé à ces horribles massacres de femmes et d’enfants. Ma réponse, je l’ai déjà donnée devant le tribunal de Nuremberg : que serait-il arrivé à un chef d’escadrille qui aurait refusé de diriger l’attaque sur une ville parce qu’il savait pertinemment qu’aucune entreprise d’armement, aucune installation militaire importante ne s’y trouvait et que ces bombes frapperaient avant tout des femmes et des enfants ?” Cette argumentation est encore mise en avant sur un mode tantôt explicite tantôt implicite par des individus qui s’efforcent de rééquilibrer des sommes de souffrances en partant de prémisses taillées à leur mesure…

L’évacuation des camps de concentration.

C’est probablement la période la plus pénible pour ce haut fonctionnaire du système concentrationnaire qui se veut aussi homme de terrain, homme des tournées d’inspection. Ce bureaucrate assiste à l’effondrement du système concentrationnaire nazi, principalement sous la poussée soviétique. Il a participé à son édification et il en est fier. Il regrette simplement que des directives contradictoires, et au plus haut niveau, aient limité son efficacité, principalement dans la production d’armement.

Où diriger ces colonnes de détenus sans approvisionnement, dans le froid et la neige ? Le chaos est total. ‟Dans les camions découverts, des soldats SS morts reposaient paisiblement entre les corps des détenus. Les survivants étaient assis sur les cadavres et mâchaient leur morceau de pain. C’était un spectacle horrible qu’on aurait pu nous épargner.” Cette dernière phrase provoque chez le lecteur une sorte d’hallucination. Les maîtres-d’œuvre de l’industrie de la mort auraient aimé que le spectacle de la mort leur soit épargné. Ils tiennent à faire savoir qu’eux aussi ont un coeur et qu’il leur arrive d’être perturbés par certaines scènes. Mais dans leur logique, la question de la responsabilité et de la culpabilité ne se pose jamais, ce qui leur permet de poursuivre leur œuvre de mort. Rudolf Höss est un homme d’ordre. Exterminer, oui, si l’ordre lui en est donné, mais en lui épargnant tout désordre — cris et larmes.

Au cours de l’évacuation des camps, il avait donné l’ordre de ne pas abattre les détenus inaptes à poursuivre la marche et de les remettre au Volkssturm, sûrement pas par humanité mais pour ne pas ajouter du désordre au désordre. Il se montre intransigeant et rapporte ce qui suit : ‟J’arrivai juste à temps pour voir un soldat arrêter sa moto et tirer sur un détenu appuyé à un arbre. Je l’interpellai violemment en lui demandant pourquoi il avait abattu ce malheureux dont il n’avait pas la responsabilité. Il me répondit par un rire insolent et me déclara que cela ne me regardait pas. Je tenais mon revolver et je l’abattis à mon tour : c’était un Feldwebel des forces aériennes.” Ce passage mérite que l’on s’y attarde. Rudolf Höss aurait-il agi par pitié envers ‟ce malheureux” ? Rudolf Höss qui a un vieux fond d’honnêteté et d’ingénuité ajoute aussitôt : ‟dont il n’avait pas la responsabilité.” Ce Feldwebel est coupable de s’occuper d’un ‟malheureux” dont il n’a pas la responsabilité, c’est-à-dire d’ajouter du désordre au désordre et, pire, de faire preuve d’arrogance envers un supérieur… Car enfin, que pèse un Feldwebel (adjudant) face à un Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) ?

Le rêve d’extermination nazi était un rêve froid, un rêve d’efficacité maximale. Les cris, l’affolement, le sang et j’en passe étaient une atteinte à l’efficacité des abattoirs. Ne pas perdre de temps, tayloriser la chaîne de mort… Par ailleurs, ainsi que nous l’avons vu, il s’agissait d’épargner les nerfs des tueurs, de leur éviter une dépression qui les faisait sombrer dans l’alcoolisme ou qui les poussait au suicide. Les nazis auraient aimé que l’extermination soit aussi rapide et aussi propre que dans nos plus modernes abattoirs…

Bergen-Belsen épouvante Rudolf Höss parce que le désordre y est à son comble. A ce propos, permettez-moi une remarque. Afin de dénoncer l’horreur nazie, on montre volontiers les images des bulldozers poussant des monceaux de corps nus et décharnés vers des fosses, sans toujours préciser en légende que ces images ont été prises à Bergen-Belsen, surpeuplé suite à l’évacuation d’autres camps. Les conducteurs de ces engins de travaux publics sont des soldats britanniques luttant contre une épidémie de typhus. Les poux étaient la terreur des SS. Les témoignages des survivants sont unanimes à ce sujet : ‟Eine Laus – Dein Tod !” (‟Un poux signifie ta mort !”) pouvait-on lire sur les murs de certains camps. Pour tenter d’enrayer l’épidémie, les Britanniques allèrent jusqu’à brûler les baraquements aux lance-flammes. Paradoxalement, cette horreur est le résultat de la désorganisation du système concentrationnaire nazi. Je signale par ailleurs que Bergen-Belsen était un camp très particulier au sein de ce système : il servit notamment au plus fort de la guerre de camp d’échange pour les Juifs des pays neutres. Dans l’enceinte même d’un camp nazi, l’extermination se voulait aussi discrète que possible. Ces images de Bergen-Belsen devenues emblématiques s’inscrivent donc en périphérie de l’entreprise génocidaire nazie.

Mon arrestation.

Rudolf Höss parvient à passer entre les mailles du filet et travaille comme ouvrier agricole dans une ferme des environs de Flensburg, tout près de la frontière danoise. ‟Le 11 mars 1946, à vingt-trois heures, on vint m’arrêter.” Interrogatoires musclés à Heide puis à Minden, centre des interrogatoires de la zone anglaise. Transféré par avion à Varsovie, il arrive à Cracovie le 30 juillet.

Conclusion.

Rudolf Höss se déclare fidèle au Parti mais il se demande si l’extension de l’Espace vital n’aurait pas pu se faire par des voies pacifiques. Il s’empresse toutefois d’ajouter que les guerres sont inévitables et que les camps de concentration sont nécessaires aussi longtemps qu’ils sont destinés à surveiller les ennemis de l’État et qu’ils restent ‟des lieux d’éducation pour les asociaux.” Il déplore que les camps soient devenus des lieux d’extermination directe ou indirecte. Dans une allusion aux prisonniers de guerre soviétiques, il écrit : ‟De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés.” Quant à l’anéantissement des Juifs, il reconnaît que ce fut une erreur totale. Pourquoi ? Rudolf Höss reste égal à lui-même avec sa petite logique implacable qui laisse le lecteur abasourdi : parce que cela a attiré sur l’Allemagne la haine du monde mais, surtout, parce que cet anéantissement ‟n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final…” On suffoque à la lecture de telles déclarations, récurrentes dans cette autobiographie. On pourrait croire à de la provocation ; mais non, le commandant d’Auschwitz est un homme honnête et sérieux à sa manière. Si on développait sa dernière considération, on arriverait tout naturellement à la conclusion suivante : ce sont les Juifs eux-mêmes qui ont pensé la Solution finale puisqu’elle les rapprochait de leur but final (!?) On sent une fois encore l’influence des Protocoles (des Sages de Sion) : les Juifs sont tellement puissants que les nazis eux-mêmes n’ont été que leurs instruments. Logique dévoyée, logique infernale… Le nazi est un homme terriblement logique (à commencer par Rudolf Höss).

Rudolf Höss termine son autobiographie en insistant sur le fait qu’il n’a jamais brutalisé personnellement un détenu. De plus hautes instances de la Solution finale comme Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich ou Adolf Eichmann auraient pu dire la même chose. Ces hommes ne se sentaient en rien responsables, ils ne faisaient qu’obéir aux ordres, c’est une litanie nazie. Rudolf Höss précise : ‟Je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices. Bien des choses se sont produites à Auschwitz — soit disant en mon nom et sur mes ordres — dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.” Il n’est pas nécessaire qu’il insiste, nous le croyons. La cruauté et les sévices sont des marques de désordre, or, redisons-le, Rudolf Höss est un homme d’ordre, un nazi fidèle : ‟Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les SS étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.” Qu’ajouter à de tels propos ? Comment attaquer une pensée aussi fermée, animée par une logique interne simple, dévoyée et efficace dans ses limites ? Que répondre à un homme qui déclare : ‟J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich” ? Que répondre à un homme qui termine sa confession sur ces mots : ‟Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire d’une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un coeur… ” ?

A ces confessions fait suite une annexe, ‟La «solution finale» du problème juif dans le camp de concentration d’Auschwitz”, rédigée en novembre 1946, des pages riches en détails techniques sur les procédures de mise à mort et d’équarrissage. J’y ai appris qu’après une liquidation massive de Juifs, les montres ordinaires étaient envoyées à Sachsenhausen où des centaines de détenus les triaient et les réparaient et qu’elles étaient envoyées au front pour les besoins de la SS et de la Wehrmacht.

________________

Ci-joint, quelques liens :

– Le journal d’un SS tenu à Auschwitz, du 30 août au 18 novembre 1942 : Johann Paul Kremer. Le ton est identique à celui de Rudolf Höss. Johann Paul Kremer arrive à Auschwitz le 30 août 1942 pour remplacer un docteur tombé malade. Il se dit bouleversé par les ‟actions spéciales” et tient lui aussi à faire savoir qu’il n’est pas un sadique et qu’il n’éprouve aucune haine envers quiconque, à commencer par les Juifs, qu’il est un nazi korrekt. Ce choc ne l’empêche pas de nous détailler ses menus et de nous décrire son bien-être entre deux exécutions :

http://www.phdn.org/negation/steinberg/journal.html

– Une notice biographique sur Rudolf Höss (en anglais) éditée par ‟Jewish Virtual Library” :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/biography/Hoess.html

– Un court extrait du procès de Nuremberg où Rudolf Höss témoigne (durée 1 mn 42) : ‟On m’avait fait venir à Nuremberg comme témoin à décharge de Kaltenbrunner, sur demande de son défenseur” :

http://www.youtube.com/watch?v=ANEYUQ22VSE

– J’ai hésité à faire figurer le lien suivant dans mon article, avant de m’y résoudre. Les confessions du commandant d’Auschwitz ont apporté de l’eau au moulin des révisionnistes et des négationnistes. Ci-joint, un article trouvé sur le blog de Robert Faurisson intitulé ‟Comment les Britanniques ont obtenu les aveux de Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz” :

http://robertfaurisson.blogspot.com.es/1987/05/comment-les-britanniques-ont-obtenu-les.html

– Robert Faurisson s’exprime dans un documentaire intitulé ‟Les aveux de Rudolf Höss” (durée 12 mn 14). Je précise en passant que l’individu Robert Faurisson prend ses présupposés pour des vérités et commet plusieurs erreurs assez grossières par rapport au texte même rédigé par le commandant d’Auschwitz. Lisez le livre en question et comparez avec ce que dit le monsieur :

http://www.youtube.com/watch?v=uFhN6IZRqD4

La stratégie de Robert Faurisson est propre aux révisionnistes et plus encore aux négationnistes : il s’agit d’agir plus ou moins subtilement par rééquilibrage, en montrant que les responsables nazis ont eux aussi souffert. Observez Robert Faurisson, il cherche à nous faire larmoyer sur le sort de Rudolf Höss en commentant des photographies avant de nous les montrer. On retient son souffle, on s’attend à voir un visage tuméfié et  ensanglanté, on ne voit qu’un homme au visage un peu fatigué et mal rasé.

– See more at: http://zakhor-online.com/?p=6848#sthash.ZYQDchvC.dpuf

Voir enfin:

Rudolf HOESS, le commandant d’Auschwitz, parle.
AVERTISSEMENT

Rudolf Hoess a été pendu à Auschwitz en exécution du jugement du 4 avril 1947. C’est au cours de sa détention à la prison de Cracovie, et dans l’attente du procès, que l’ancien commandant du camp d’Auschwitz a rédigé cette autobiographie sur le conseil de ses avocats et des personnalités polonaises chargés de l’enquête sur les crimes de guerre nazis en Pologne. On peut en voir l’original au crayon dans les archives du Musée d’Auschwitz. Conçu dans un but de justification personnelle, mais avec le souci d’atténuer la responsabilité de son auteur en colorant le mieux possible son comportement, celui de ses égaux et des grands chefs S.S., ce document projette une lumière accablante sur la genèse et l’évolution de la «Solution finale » et du système concentrationnaire. Ce « compte rendu sincère » représente l’un des actes d’accusation les plus écrasants qu’il nous ait été donné de connaître contre le régime dont se réclame l’accusé, et au nom duquel il a sacrifié, comme ses pairs et ses supérieurs, des millions d’êtres humains en abdiquant sa propre humanité.

LE COMITÉ INTERNATIONAL D’AUSCHWITZ.

« (…)

Aux yeux d’Himmler, l’Allemagne était le seul État qui avait le droit d’exercer sa domination sur l’Europe. Tous les autres peuples étaient relégués au deuxième plan. Les nations au sang nordique prédominant devaient jouir d’un traitement privilégié afin qu’on puisse les englober, par la suite dans le corps de l’Allemagne. Les peuples de sang oriental, par contre, devaient être morcelés et réduits à néant, à l’état d’ilotes.

En s’inspirant de ces idées, on avait organisé, dès avant la guerre, des camps de concentration destinés à l’internement des ennemis de l’État. Grâce au procédé de la sélection, ils devinrent, par là même, des lieux d’éducation pour les asociaux et rendirent dans ce domaine des services précieux à la nation tout entière. Ils devinrent aussi un instrument utile pour la « lutte préventive » (1) contre la criminalité.

Mais, à partir de la déclaration de guerre, ces camps se transformèrent en lieux d’extermination directe et indirecte où allait être anéantie cette partie de la population des territoires conquis qui se rebellait contre ses conquérants et ses oppresseurs.

J’ai déjà longuement expliqué mon attitude personnelle à l’égard de ces « ennemis de l’État ».

De toute façon, c’était une erreur de procéder à l’extermination de grandes parties des nations ennemies. On aurait pu réduire les mouvements de résistance par un traitement bienveillant et raisonnable de la population des territoires occupés en fin de compte, le nombre des adversaires vraiment sérieux serait devenu insignifiant.

Aujourd’hui, je reconnais aussi que l’extermination des Juifs constituait une erreur, une erreur totale. C’est cet anéantissement en masse qui a attiré sur l’Allemagne la haine du monde entier. Il n’a été d’aucune utilité pour la cause antisémite, bien au contraire, il a permis à la juiverie de se rapprocher de son but final.

Quant à la direction de la Sécurité du Reich, ce n’était que l’organe d’exécution, le bras policier prolongé d’Himmler. Cette direction et les camps de concentration eux-mêmes n’étaient destinés qu’à servir la volonté d’Himmler et les intentions d’Adolf Hitler.

J’ai déjà amplement expliqué dans les pages précédentes l’origine des horreurs qui se sont produites dans les camps de concentration. Pour ma part, je ne les ai jamais approuvées. Je n’ai jamais maltraité un détenu ; je n’en ai jamais tué un seul de mes propres mains. Je n’ai jamais toléré les abus de mes subordonnés.

(…)

On voit donc que même dans une petite prison le directeur ne saurait empêcher les abus de ses subordonnés. Dans un camp de la dimension d’Auschwitz, c’était chose absolument impossible.

Certes, j’étais dur et sévère, souvent même trop dur et trop sévère comme je m’en aperçois aujourd’hui.

Dépité par les désordres ou les négligences, je me suis permis parfois des paroles méchantes dont j’aurais mieux fait de m’abstenir.

Mais je n’ai jamais été cruel et je ne me suis jamais laissé entraîner à des sévices.

Bien des choses se sont produites à Auschwitz – soi-disant en mon nom et sur mes ordres – dont je n’ai jamais rien su : je ne les aurais ni tolérées ni approuvées.

Mais puisque c’était à Auschwitz j’en suis responsable. Le règlement du camp le dit expressément : « Le commandant est entièrement responsable pour toute l’étendue de son camp. »

Je me trouve maintenant à la fin de ma vie.

J’ai exposé dans ces pages tout ce qui m’est arrivé d’essentiel, tout ce qui m’a influencé et impressionné. Je me suis exprimé en conformité avec la vérité et la réalité ; j’ai raconté ce que j’ai vu de mes yeux. J’ai laissé de côté les détails qui me paraissent secondaires ; il y a aussi beaucoup de choses que j’ai oubliées ou dont je ne me souviens que fort mal.

Je ne suis pas un écrivain et je n’ai pas beaucoup manié la plume. J’ai dû me répéter très certainement ; il est également probable que je me suis souvent mal exprimé.

Le calme et la sérénité qui m’auraient permis de me concentrer pour ce travail m’ont également manqué.

J’ai écrit au fil de la plume mais je n’ai pas eu recours à des artifices. Je me suis dépeint tel que j’étais, tel que je suis.

Mon existence a été colorée et variée. Mon destin m’a conduit sur les hauteurs et au fond des abîmes. La vie m’a souvent durement secoué, mais, partout, j’ai tenu bon et je n’ai jamais perdu courage.

Deux étoiles m’ont servi de guides à partir du moment où je suis rentré, adulte, d’une guerre dans laquelle je m’étais engagé gamin : ma patrie et ma famille.

Mon amour passionné de la patrie et ma conscience nationale m’ont conduit vers le parti national-socialiste et vers les S.S.

Je considère la doctrine philosophique, la Weltanschauung du national-socialisme, comme la seule appropriée à la nature du peuple allemand. Les S.S. étaient, à mon avis, les défenseurs actifs de cette philosophie et cela les rendait capables de ramener graduellement le peuple allemand tout entier à une vie conforme à sa nature.

Ma famille était pour moi une chose tout aussi sacrée ; j’y suis attaché par des liens indissolubles.

Je me suis toujours préoccupé de son avenir : la ferme devait devenir notre vraie maison. Pour ma femme et pour moi, nos enfants représentaient le but de notre existence. Nous voulions leur donner une bonne éducation et leur léguer une patrie puissante.

Aujourd’hui encore, toutes mes pensées tendent vers ma famille. Que vont-ils devenir ? L’incertitude que je ressens à ce propos rend ma détention particulièrement pénible.

J’ai fait le sacrifice de ma personne une fois pour toutes. La question est réglée, je ne m’en occupe plus. Mais que feront ma femme et mes enfants ?

Mon destin a été bizarre. Ma vie a souvent tenu à un fil, pendant la première guerre, pendant les combats des corps francs, au cours d’accidents du travail. Ma voiture a été tamponnée par un camion et j’ai failli être tué. Montant à cheval, je suis tombé sur une pierre et j’ai manqué être écrasé par ma monture : je m’en suis tiré avec quelques côtes fracturées. Pendant les bombardements aériens, j’ai souvent cru mon dernier moment venu et il ne m’est rien arrivé. Peu de temps avant l’évacuation de Ravensbrück, j’ai été victime d’un accident d’auto et tout le monde me tenait déjà pour mort ; une fois encore, je m’en suis bien sorti.

Ma fiole de poison s’est brisée juste avant mon arrestation.

Chaque fois le destin m’a épargné la mort pour me faire subir maintenant une fin dégradante. Combien j’envie mes camarades tombés en soldats au champ d’honneur !

J’étais un rouage inconscient de l’immense machine d’extermination du Troisième Reich. La machine est brisée, le moteur a disparu et je dois en faire autant.

Le monde l’exige.

Je n’aurais jamais consenti à dévoiler mes pensées les plus intimes, les plus secrètes, à exhiber ainsi mon « moi » si on ne m’avait pas traité ici avec tant de compréhension, tant d’humanité.

C’est pour répondre à cette attitude que je me devais de contribuer, dans la mesure où cela m’était possible, à éclaircir des points obscurs.

Mais, lorsqu’on utilisera cet exposé, je voudrais qu’on ne livrât pas à la publicité tous les passages qui concernent ma femme, ma famille, mes mouvements d’attendrissement et mes doutes secrets (2).

Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi, aussi, j’avais un coeur…

Cracovie, février 1947.

Rudolf Hoess. »

Rudolf HOESS, « Le commandant d’Auschwitz parle », PCM petite collection maspero, 1979 (Julliard, 1959), pp. 5, 250-251, 253-257


Djihad sans frontières: Attention, une bible du djihad peut en cacher une autre (Who needs a terror magazine when you’ve got Al Jazeera ?)

21 janvier, 2015
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https://i2.wp.com/www.ffi.no/no/PublishingImages/osama2-680.jpgLes Arabes vivent chez nous, mais le soir ils rentrent chez eux. Les paraboles les relient à Dieu, les pays frères ou la voix de leurs maîtres. Plus la parabole absorbe de signaux lointains venus d’Orient, plus la France devient inutile. Jean de Boishue (ancien secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, 1995)
Il faut ajouter (…) un apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays (…) Auquel s’additionnent les discriminations quotidiennes parce qu’on n’a pas le bon nom de famille, la bonne couleur de peau, ou bien parce qu’on est une femme. Manuel Vals
Par deux fois, les projections de son film L’Apôtre, qui raconte la conversion d’un musulman au christianisme, ont été annulées. À Nantes donc, mais aussi à Neuilly (Hauts-de-Seine) (…) Des mesures de précaution compréhensibles dans le contexte qui est le nôtre, mais qui entrent en contradiction avec le discours sur la liberté d’expression entendu ces jours-ci. Pourquoi, en effet, interdire à une salle de cinéma ce qu’on autorise à un journal ? (…) Timbuktu, le film d’Abderrahmane Sissako, sélectionné au Festival de Cannes et en lice pour les Oscars, a vu ses projections suspendues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne). (…) Timbuktu est pourtant justement un vibrant plaidoyer contre l’islamisme des djihadistes, dont il montre l’horreur. (…) Qu’Allah bénisse la France (également très bon), qui raconte la conversion d’un jeune de banlieue à l’islam (…) lui, n’a pas souffert d’annulation. Le Point
Les attentats de Paris ont eu des conséquences dans le monde de la musique et du cinéma mais également dans celui du théâtre. Suite aux attaques du début du mois de janvier, la pièce Lapidée ne sera finalement jouée que trois fois sur les trente séances prévues a révélé mercredi l’AFP. (…) « La préfecture de police, contactée par un membre de la production, nous a dit que dans les circonstances, l’affichage pourrait être considéré comme une provocation ». (…) Il n’était pas possible pour la troupe d’être protégée plus longtemps. «Comme il ne s’agit pas d’un lieu public, nous ne pouvions pas être protégés dans le cadre de vigipirate, et nous devions recourir à une société de sécurité privée: c’est possible pour trois représentations mais pas pour trente» explique Claude Telliez. Le prix de chaque soirée surveillée est estimé à 360 euros par soir. La pièce sera tout de même rejouée en 2016 à Paris selon la presse suisse. «Il ne s’agit pas d’autocensure, il s’agit de responsabilité», affirme Claude Telliez. La pièce raconte l’histoire d’une jeune femme hollandaise, accusée d’adultère par son époux yéménite qui finit par être lapidée au Yémen. Elle a été écrite par le pasteur suisse Jean Chollet-Naguel et crée en 2013 lors du festival d’Avignon. A sa création, elle avait déjà sucité des réactions virulentes de groupes islamistes. Le Figaro
Le Coran, qui est véritablement «la parole de Dieu» pour les musulmans, délivre aux croyants de cette religion des messages que, nous, citoyens de pays démocratiques, considérons être indubitablement des incitations à la haine. En sorte que normalement la diffusion de ces messages devrait tomber sous le coup de la loi. Citons quelques sourates pour illustrer notre propos: L’attitude vis-à-vis des incroyants: «Ô vous qui croyez, combattez ceux de vos voisins qui sont infidèles» (9,123) ; ou encore: «Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez» (9,25) ; et aussi: «Ô Prophète, incite les croyants à combattre: vingt braves d’entre eux terrasseront 200 infidèles» (8,65), etc. Avec, pour déculpabiliser les croyants qui en viendraient à tuer des infidèles et qui s’en émouvraient, cette sourate qui leur dit: «Ce n’est pas vous qui les avez tués, c’est Dieu» (8,17). L’attitude vis-à-vis des juifs: «Ô croyants, ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens» (5,51). D’une façon générale, il faut avoir en mémoire cette sourate où il est dit: «Mahomet est l’envoyé de Dieu. Ses compagnons sont durs envers les infidèles, et miséricordieux entre eux». Dans une société telle que la conçoit l’islam, il faut savoir qu’il n’y a de place que pour des croyants. Les uns sont dans la bonne voie (les musulmans), les autres, «les gens du Livre» qui tiennent à rester dans l’erreur, sont admis: ils ont le mérite de croire en Dieu, et on les tolérera donc, mais en en faisant des citoyens de second rang, dits des «dhimmis». Ces citoyens de second rang se trouveront en permanence brimés dans leur vie de tous les jours, et la situation leur deviendra finalement insupportable. Les incroyants, quant à eux, seront persécutés: ils devront soit se convertir à l’islam soit être éliminés. (…) Certes, on trouve dans la Bible des passages violents. Mais la distinction fondamentale qui est à faire entre la Bible et le Coran se trouve dans le fait que la Bible a été rédigée par des hommes, alors que le Coran est par nature la parole de Dieu. Il faut rappeler que les musulmans nous disent que le message de Dieu délivré aux hommes a depuis la nuit des temps toujours été le même: les prophètes qui ont précédé Mahomet ont été des hommes «inspirés par Dieu» (Moise et Jésus étant les deux principaux d’entre eux). Du fait qu’ils étaient des hommes, le message qu’ils ont délivré était imparfait, mal compris, tronqué… Le message de Dieu a finalement été recueilli dans son intégralité par Mahomet a qui Dieu a dicté son message: c’est donc le message auquel on doit se conformer, car c’est le message parfait, et il n’y en aura plus d’autre. Quand on lit dans le Coran des passages qui prônent la violence, il s’agit donc bien d’injonctions délivrées par le Tout-Puissant, des messages que l’on ne peut donc qu’exécuter si l’on est un croyant sincère et soucieux de son devenir après la mort. (…) la distinction entre «islam radical» et «islam soft» est sans fondement. Elle est l’effet des arrangements que nos sociétés occidentales tentent de trouver pour ne pas condamner les musulmans dans leur refus d’adopter nos valeurs et de se conformer à la manière que nous avons, nous Occidentaux, de concevoir l’organisation de nos sociétés. La démocratie, et les valeurs sur lesquelles elle est fondée, est le système politique inventé par les «chrétiens», un système que les Occidentaux se croient fondés à imposer aujourd’hui aux autres civilisations. (…) Avec la diffusion d’ouvrages qui prônent le djihad et la mort des hérétiques on banalise donc l’islam radical et on barre la voie aux musulmans réformateurs que l’Occident aurait le plus grand intérêt à soutenir dans leur combat. (…) Les musulmans appartiennent à une autre civilisation que la civilisation occidentale. Ils savent que leur civilisation a été plus forte que la nôtre dans le passé, au Moyen Âge, et on ne manque pas de le leur rappeler d’ailleurs. Par la suite, c’est notre civilisation, avec ses avancées extraordinaires aux plans scientifique et technique qui a pris le dessus. Ils nous rappellent que nous sommes allés les dominer pendant plusieurs siècles avec nos techniques et nos armes. Mais tout récemment ils sont parvenus à nous chasser des territoires que nous leur avions pris, et avec le pétrole ils disposent à présent d’une arme redoutable contre nous. Ces peuples qui considèrent que nous les avons soumis, humiliés, pillés en exploitant à notre compte leurs richesses, ont le sentiment que nous les méprisons: ils ont commencé dans la seconde moitié du XXe siècle à prendre leur revanche, et leur ressentiment à l’égard de l’Occident est très fort. Comment veut-on donc que ces musulmans qui viennent s’installer en Europe pour des raisons de commodité et de confort aient envie de quitter sentimentalement leur monde, c’est-à-dire leur civilisation, à un moment où celle-ci prend précisément sa revanche sur la civilisation occidentale, pour devenir «traîtreusement» des «Occidentaux»? (…) On pourrait dire de façon provocatrice que pour qu’un musulman devienne un vrai Occidental, il faut en fait qu’il se convertisse au christianisme. Certes, les Européens sont en majorité agnostiques, mais même cet agnosticisme s’est construit avec une culture et une tradition judéo-chrétienne. Il faut appréhender les problèmes d’intégration avec les approches des anthropologues, et ne pas rester sur des idées simplistes. Le Coran dit aux chrétiens qu’ils sont dans l’erreur: comment donc des musulmans adopteraient-ils les thèses de ces gens que le Prophète a ordonné de combattre? Le message antichrétien est dans le livre saint de l’islam: il ne facilite pas l’intégration des musulmans dans nos sociétés occidentales, des sociétés fondées, il ne faut pas le négliger, sur les valeurs et les traditions chrétiennes. Claude Sicard
La meilleure chose que vous puissiez faire est de vous efforcer de tuer tout infidèle, qu’il soit Français, Américain ou d’un de leurs pays alliés. Si vous ne pouvez pas trouver d’engin explosif ou de munition, alors isolez l’Américain infidèle, le Français infidèle, ou n’importe lequel de ses alliés. Ecrasez-lui la tête à coup de pierre, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le.  Abou Mohamed al Adnani (porte-parole du groupe de l’Etat islamique)
It appears that all the labors that had been made by the Taliban government prior to the outbreak of the war to repair the roads have scattered to the wind. Tayseer Allouni (Al-Jazeera)
C’est donc de cette boîte d’allumettes que vient tout ce vacarme. Hosni Moubarak (Octobre 2001)
Al-Jazira a mis le feu en Tunisie, au Liban et dans divers pays arabes. Saëb Erakat (principal négociateur palestinien, 2011)
Without TV coverage, the revolutions would never have assumed such proportions. When people followed the revolutions, to what extent did they use the Internet, versus the extent to which they watched them on the TV channels, which gave them continuous coverage? Clearly, there is no comparison…The best proof [of the impact of] the TV channels is that any popular activity that they do not cover, in any country, will die before it can get off the ground. Some Arab countries are currently seeing… protests and the beginnings of a revolution, but these [events] are not getting the necessary TV coverage, because of the focus on the escalating revolution in Libya. As a result, [these protests] will not gain much momentum… but will fade away and be forgotten. Some might argue that the images broadcast on the satellite channels were often taken from the Internet. That is true, but had the [channels] not repeatedly aired these images, their impact would have remained limited. I have yet to hear any [protesters]… complain of insufficient coverage of their activity on the Internet or on Facebook. But [some protesters are] very angry at the satellite channels, which, they claim, are not giving their activity the necessary media coverage… It is [the satellite channels] that truly fuel the revolutions – with image and sound, which remain more powerful than any other weapon… It is no exaggeration to say that one TV report on a certain country has an impact equal to that of all the websites visited by all the Arabs put together – so much so that [activists] have sometimes said, ‘Let’s postpone our protest, because some satellite channel is busy covering another revolution’… Al-Sharq (Qatar,  March 13, 2011)
J’ai été très impressionnée par l’ouverture de ce pays. Par l’accueil, aussi, sans a priori. J’ai été frappée par l’ouverture, encore une fois, j’insiste, du Qatar. Ségolène Royal
Al Jazeera fait kiffer les cités populaires de la région. Et les cités le lui rendent bien : son audience ne cesse de croître alors même que la version francophone de la chaîne du Qatar reste encore un projet. Elle catalyse les émotions et les frustrations. Est-elle un danger ? Quel point commun entre ces jeunes d’un quartier populaire d’Avignon, les chibanis d’une résidence sociale de Toulon ou les militantes d’une association de femmes de Marseille ? Ils sont férus d’Al Jazeera. Quatorze ans après son lancement, la chaîne arabe a réussi à se faire un nom. Créée au Qatar, elle est née aux yeux du monde avec un scoop : la première vidéo de Ben Laden. Fondée en 1996, elle a, depuis 2006, une petite sœur en langue anglaise. Pour l’heure, en France, la chaîne se regarde un peu du coin de l’œil. Et pour cause ! Très peu de gens la comprennent. Les programmes sur Al Jazeera, sont diffusés en arabe littéraire. Les populations issues de l’immigration maghrébine parlent l’arabe dialectal. Mais son audience, déjà significative, devrait augmenter. Les autorités du Qatar ont l’ambition de lancer, à l’horizon 2011, Al Jazeera en français. Même si rien n’est encore acté, Doha veut récupérer ainsi le marché de la population française d’origine maghrébine et, en Afrique, pénétrer les pays francophones. Sans attendre, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, les toits et les balcons des banlieues fleurissent de paraboles. Al Jazeera, après avoir été la chaîne des parents, est-elle en voie de devenir la chaîne des enfants du bitume, ceux des grandes barres de Marseille, Nice, Avignon et Toulon ? Le sociologue Saïd Bouamama, spécialiste de l’immigration, initiateur de l’appel des Indigènes de la République, a son idée sur la question. « Il y a un réel divorce avec les chaînes nationales qui passent les mêmes images stigmatisantes et dégradantes des banlieues, souligne-t-il. En 2005 lors des émeutes, elles n’ont quasiment pas donné la parole aux jeunes. Les gens de ces quartiers ont soif d’une autre information, plus objective moins réductrice. » (…)  « Pour des gens qui ont le sentiment de vivre dans une société où ils ne sont ni valorisés ni reconnus, Al Jazeera est en quelque sorte un catalyseur, précise Mohamed Adraoui, enseignant à Sciences-Po Paris. Les quartiers ont le sentiment de ne pas être acteurs de leur propre discours, mais d’être des éternels sujets. Le fait que la chaîne existe est important, en terme de symbole et de fierté. » Une sorte de « Renaissance mémorielle » selon la formule de l’intellectuel suisse Jean Ziegler… Ne court-on pas, à terme, le risque de voir une partie de la communauté nationale s’enfermer dans un ghetto cathodique ? C’est la question que s’est posé, à sa manière, Jean de Boishue, conseiller de François Fillon, ancien secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, qui, dans un livre brûlot intitulé « Banlieue, mon amour » (1) paru en 1995, s’interroge ouvertement : « Les Arabes vivent chez nous, mais le soir ils rentrent chez eux. Les paraboles les relient à Dieu, les pays frères ou la voix de leurs maîtres. Plus la parabole absorbe de signaux lointains venus d’Orient, plus la France devient inutile. » Faut-il sonner le tocsin ? « Pas du tout ! », rassure Claire Talon, doctorante à Sciences-Po Paris, auteure de nombreux travaux sur les médias arabes. Elle publiera en mars un livre sur la chaîne du Qatar. « Al-Jazeera n’a, pour l’heure, pas de programme adapté, pas de discours spécifique à l’attention des Français issus de l’immigration, explique-t-elle. L’impact immédiat est très limité, à cause de la barrière de la langue. Les gens sont comblés, pas forcément par l’offre informative, mais de manière symbolique par les images. » Sauf que les écrans de la chaîne, sont justement ripolinés à coup d’images chocs qui impriment la rétine. En janvier 2009, l’armée israélienne refait la géographie de Gaza à coup de bombes et de missiles. Les reportages sur les réfugiés palestiniens, hagards dans une ville muée en décor sépulcral ont déclenché un immense choc émotionnel dans l’opinion et, accessoirement, converti de nouveaux téléspectateurs. « Avant 2009, les seuls qui choisissaient de regarder les chaînes arabes, c’étaient les parents, constate Fouzia professeur à Toulon. Aujourd’hui, même les « beurs » de la deuxième ou troisième génération regardent Al Jazeera. A la longue, cette chaîne vous fout des cailloux dans la tête. Il n’y a que stigmatisation et violence. Après une journée de problème, si vous regardez ça, ça vous bouffe littéralement. » Elle, résiste encore. Pas Farid, qui vient de fêter ses 30 printemps : « La journée, la société me fait comprendre que je suis différent, pourquoi voulez-vous que le soir je me reconnaisse dans ces chaînes de télé trop blanches où des politiques blancs s’adressent à des blancs ? Et puis faut se rendre compte du traitement de l‘actualité. Quand je voyais, pendant la guerre de Gaza, ce que montrait TF1 ou France 2 et ce que montrait Al Jazeera ! Les chaînes nationales ont présenté une guerre sans victime, avec Al Jazeera, on a vu ce que faisait réellement l’armée israélienne. » ‘Al Jazeera a indiscutablement gagné en notoriété après le conflit de Gaza en 2009, confirme Alain Gresh, directeur adjoint du Monde Diplomatique. La question palestinienne mobilise énormément dans les quartiers. Et la chaîne a su donner un autre récit, en se montrant sur le terrain et en accordant une place centrale aux victimes. L’histoire du monde, depuis des siècles est montrée par des occidentaux, là ce n’est plus le cas. » Tout oppose partisans et détracteurs d’Al Jazeera. Tout, sauf un point essentiel, sur lequel ils s’accordent : l’importance de son auditoire futur si elle devient francophone. Pour la sénatrice, d’Europe-Ecologie, Alima Boumediene-Thiery, cela ne fait aucun doute : « ce sera assurément la chaîne des banlieues ! » Pour d’autres, sans aller jusqu’à « l’odieux visuel » on en est pas loin. « J’ai une certaine inquiétude de voir le conflit israélo-palestinien importé ici, même si Al Jazeera n‘est pas Al Manar je reste vigilant », avoue Clément Yana, ancien président du CRIF Paca, le Conseil représentatif des institutions juives de France. « Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, tranche Alain Gresh. Les pressions du gouvernement sont très fortes pour que cette chaîne francophone ne voit jamais le jour. Le gouvernement français a une vision sécuritaire de l’offre télévisuelle arabe, et il et il a peur qu’en cas de nouvelle Intifada, le conflit soit amplifié et importé. » Rafi Hamal
Après l’arabe et l’anglais, les autorités du Qatar ont l’ambition de lancer Al Jazeera en français. Grâce à cette chaîne d’informations en continu, Doha veut récupérer le marché de la francophonie en Afrique, où le minuscule, mais richissime émirat gazier, investit déjà massivement. Le Qatar, et son dynamique ambassadeur en France, Mohammed al-Qouwari, s’intéresse également de près à la population française d’origine maghrébine. Al Jazeera est l’outil de la très active diplomatie du Qatar, qui se veut « ami avec tout le monde », c’est-à-dire des Américains et des Iraniens, des Israéliens et du Hamas, de l’Occident et des islamistes. Une politique qui confine cependant parfois au grand écart. Par ailleurs, selon nos informations, une radio émettant en langue française devrait également voir le jour bientôt à Doha. Partenaire privilégié de la France, le Qatar entretient de bonnes relations avec la Paris. Nicolas Sarkozy y a fait un saut de puce en novembre à son retour d’Arabie, afin d’y récupérer Carla, qui était allée s’entretenir avec la cheikha Moza, la très dynamique deuxième épouse de l’émir. Une visite éclair qui n’a pas fait que des heureux ! Georges Malbrunot (Bientôt Al Jazeera en français, 24 mars 2010)
The remarkable truth is that few in the Middle East would be shocked. From Hamas in the Gaza Strip to radical armed movements in Syria, Qatar’s status as a prime sponsor of violent Islamists, including groups linked to al-Qaeda, is clear to diplomats and experts. Qatar’s promotion of extremism has so infuriated its neighbours that Saudi Arabia, Bahrain and the United Arab Emirates all chose to withdraw their ambassadors from the country in March. Take Syria, where Qatar has been sponsoring the rebellion against Bashar al-Assad’s regime. In itself, that policy places Qatar alongside the leading Western powers and much of the Arab world. But Qatar has deliberately channelled guns and cash towards Islamist rebels, notably a group styling itself Ahrar al-Sham, or « Free Men of Syria ». Only last week, Khalid al-Attiyah, the Qatari foreign minister, praised this movement as « purely » Syrian. He added that its fighters had suffered heavy losses while combating the Islamic State of Iraq and the Levant (Isil), the group behind the murder of David Haines, the British aid worker, and which is holding John Cantlie and Alan Henning hostage. Far from being a force for moderation, Ahrar al-Sham played a key role in transforming the anti-Assad revolt into an Islamist uprising. Its men fought alongside Jabhat al-Nusra, an al-Qaeda affiliate, during the battle for Aleppo and they were accused of at least one sectarian massacre. Instead of fighting Isil, Ahrar al-Sham helped the jihadists to run Raqqa, the town in eastern Syria that is now the capital of the self-proclaimed « Caliphate ». This cooperation with Isil happened for some months until the two groups fell out last year. Last December, the US Treasury designated a Qatari academic and businessman, Abdul Rahman al-Nuaimi, as a « global terrorist ». The US accused him of sending nearly £366,000 to « al-Qaeda’s representative in Syria », named as Abu Khalid al-Suri. Suri has also been a senior commander of Ahrar al-Sham. If America was right to describe him as « al-Qaeda’s representative », then there was an overlap between the leadership of the two groups. Mr Nuaimi is also accused by the US treasury of transferring as much as $2 million per month to « al-Qaeda in Iraq » and $250,000 to al-Shabaab, the movement’s affiliate in Somalia. Mr Nuaimi denies the allegations, saying they are motivated by his own criticism of US policy. But critics question why Qatar has failed to act against him. « It’s deeply concerning that these individuals, where sufficient evidence is in place to justify their inclusion on the US sanctions list, continue to be free to undertake their business dealings, » said Stephen Barclay, the Conservative MP for North East Cambridgeshire. Qatar’s investment in Britain is so extensive, and the Foreign Office is so anxious to win its favour, that some question whether UK diplomats will have the resolve to ask robust questions. « If diplomats are focused on winning commercial contracts, there is a danger they will be reluctant to ask tough questions on the funding of unsavoury groups, » said Mr Barclay.(…) Four branches of the Qatari government handle relations with armed groups in Syria and Libya: the foreign ministry, the defence ministry, the country’s intelligence agency, and the personal office of the ruler, Emir Tamim bin Hamad al-Thani. In the case of Syria, Qatar’s chosen method for supporting its favoured insurgents is to pass large sums to middlemen in Turkey. These figures then use the money to buy weapons from third countries, notably Croatia, and arrange for their onward transfer to rebels in Syria. (…) Last month, Gerd Müller, the German international development minister, implicated Qatar in the rise of Isil. « You have to ask who is arming, who is financing Isil troops. The keyword there is Qatar, » he said. Yet a state endowed with large reserves of gas and oil and one of the world’s biggest sovereign wealth funds can wield immense influence, even over Berlin. Qatar was duly able to secure a formal withdrawal of this charge from the German government. On Wednesday, the 34-year-old Emir of Qatar, who was educated at Harrow and Sandhurst, took pains to deny the accusation while standing alongside Angela Merkel, the German Chancellor. « What is happening in Iraq and Syria is extremism and such organisations are partly financed from abroad, but Qatar has never supported and will never support terrorist organisations, » he said. The credibility of that denial depends partly on how you define a « terrorist organisation ». Qatar has let Hamas, the armed Palestinian movement, base its political leadership in Doha since 2012. Qatar’s government has funded Hamas and the previous Emir paid an official visit to the Hamas-ruled Gaza Strip in 2012. As a small country with relatively weak armed forces and 250,000 citizens, Qatar is trying to guarantee its security by reaching in every direction. As well as providing an office for Hamas, Qatar also hosts the forward headquarters of US Central Command and the al-Udeid military airbase, serving as the hub for all American air operations in the region. Qatar has not completely ignored the concerns of its Western allies. When it transferred surplus arms from Libya to rebels in Syria, Qatari officials weeded out any surface-to-air missiles, in obedience to America’s demand to prevent the supply of this particular category of weapon. But Qatar’s willingness to support extremists has caused private dismay. « It’s a puzzle and, to be honest, it’s a distasteful one, » said a former Western official who has dealt with Qatar.  The Telegraph
Le Qatar constitue un environnement permissif pour le financement du terrorisme  [et refuse d’agir contre] plus de vingt individus sanctionnés par Washington pour financement du terrorisme. Rapport de la Fondation pour la Défense de la Démocratie (Washington)
It was a scoop of truly global proportions. Just a few weeks after al-Qaida redefined the world news agenda for a generation of journalists by attacking New York and Washington on September 11 2001, television reporter Taysir Alouni interviewed the planet’s most wanted man, Osama bin Laden. (…) Alouni’s relationship with al-Qaida, however, started well before he began working with al-Jazeera, according to the judgment. A trained economist, he moved to Spain in the 80s, teaching Arabic and doing various other jobs before ending up as a translator for Spain’s EFE news agency. While there he met some of the people who, many years later in Madrid, would be his co-defendants in Europe’s biggest-ever al-Qaida trial. He also met the senior al-Qaida figures who would not just influence his future career as a journalist, but also be his eventual nemesis. In 2000 his career leapt forward when he was appointed to open and then run a Kabul bureau for al-Jazeera, while Afghanistan was governed by the Taliban regime.(…) In Kabul, apart from interviewing Bin Laden, he was the first to show damage caused to civilian targets by American bombs. « He was able to capture images of civilian victims in the destitute villages of Afghanistan and the miserable streets of Kabul, » the al-Jazeera website that campaigns for his release says. « His coverage triggered international outrage over the US action in Afghanistan. » Shortly after he fled the city, as the Northern Alliance entered Kabul, a US bomb destroyed his bureau. He himself was set upon by unknown attackers as he witnessed things he refuses to talk about. « Scenes that, I’m sorry, I could not describe to anybody, » he once said. Al-Jazeera was impressed. When war broke out in Iraq, he was sent to cover it. Authorities on both sides disliked him.(…) A vast network of al-Jazeera helpers around the country allowed him to stay ahead of others in reporting the war. (…) Crucial to Alouni’s early successes, however, were the names he already had in his contact book when he arrived in Kabul. While living in Spain, he had befriended fellow Syrian Imad Eddin Barakat Yarkas. Barakat was last week sentenced to 27 years after being found guilty of holding a command role in al-Qaida and collaborating with the September 11 plotters. Alouni claimed he had cultivated Barakat for professional reasons. (…) In Spain he had also got to know Mustapha Setmarian and Mohammed Bahaiah, two al-Qaida leaders who would be his key Kabul contacts. Alouni helped Bahaiah obtain Spanish residency papers by allowing him to say he was living at his Granada home – when he was actually in Turkey. When he went to Kabul, Alouni also took $4,000 to Bahaiah. This, he told the court, was done as a favour to a friend who owed Bahaiah money. Alouni said his regular Kabul encounters with Bahaiah and Setmarian had a single aim – to gain intimate knowledge of one of the most secretive and unstructured organisations in the world, al-Qaida, and to make contacts within the Taliban regime. Guardian
The head of the Al Nusrah Front, Abu Muhammad al Julani, finally granted a television interview earlier this month. (…) Al Jazeera’s Tayseer Allouni conducted the interview from inside Syria with the reclusive Julani. It was the latest exclusive for Allouni, who has garnered high-profile interviews with senior al Qaeda leaders before. Allouni was the first to air an interview with Osama bin Laden after the Sept. 11, 2001 terrorist attacks. In the years that followed his interview with bin Laden, Allouni was at the center of a high-profile trial. Spanish authorities accused Allouni of being more than just an enterprising journalist. In 2005, a Spanish court convicted Allouni of supporting al Qaeda and sentenced him to seven years in prison. Allouni spent time in prison and then house arrest. Allouni was released in 2012 and resumed his work for Al Jazeera. After his return to Doha, Allouni denounced his conviction as « political. (…) Among Allouni’s contacts was Imad Yarkas, the accused head of al Qaeda’s network in Spain. (…) The Spanish court focused, in particular, on Allouni’s relationship with two of Yarkas’ associates: Mohammed Bahaiah (a.k.a. Abu Khalid al Suri) and Mustafa Setmariam Nasar (a.k.a. Abu Musab al Suri). (…) Today, Bahaiah is Ayman al Zawahiri’s representative in Syria and throughout the Levant. He is also a founding leader of Ahrar al Sham, a Syrian extremist group that fights alongside al Qaeda’s branches in Syria. (…) Years ago, Allouni « helped Bahaiah obtain Spanish residency papers by allowing him to say he was living at his Granada home – when he was actually in Turkey, » the Guardian reported. And when Allouni traveled to Kabul in March 2000, Allouni « took $4,000 to Bahaiah, » which Allouni claimed he did as a favor « to a friend who owed Bahaiah money. » (…) The Spanish government also claimed that Allouni received assistance from Nasar in setting up Al Jazeera’s presence in Kabul. (…) Allouni « admitted meeting » both Bahaiah and Nasar in Kabul, describing the pair as a « source of information about al Qaeda’s activities, its followers, and the world of radical Islam. » (…) Spanish court records indicate that while Nasar was living in London prior to 2001, Allouni made « frequent phone contacts » with Nasar. And when the media reported in 2000 that Nasar was part of a schism within al Qaeda, Nasar turned to Allouni to publicly deny the charge, via Al Jazeera. After the 9/11 attacks, according to the US government, Nasar swore bayat (an oath of allegiance) to bin Laden. (…) Allouni’s interview with Julani is just the latest example of his work reporting from the post-9/11 battlefields. Allouni has previously reported from both Afghanistan and Iraq. On Oct. 10, 2001, The Washington Post described some of Al Jazeera’s reporters as having « links with the Muslim Brotherhood, a radical Islamic organization with ties to a member of the al-Jazeera board. » Allouni, according to the Post, was the « most prominent such reporter » and « was known in the past for his pro-Taliban views. » In the weeks following the Sept. 11, 2001 terrorist attacks, Allouni became « one of the primary outlets for Taliban statements and denunciations of the United States. » The following day, on Oct. 11, 2001, The New York Times noted that Allouni was « the only reporter » in Taliban-controlled Kandahar. Allouni, the Times reported, had provided a « major exclusive » for Al Jazeera’s coverage – a video of American warplanes bombing Taliban positions that was also aired on CNN. Thomas Joscelyn
Théoricien du jihadisme global, il s’est distingué par sa critique argumentée de la stratégie de l’ex-chef d’Al-Qaïda. Et il passe même, aux yeux des Américains, pour être son possible successeur. (…) Né en 1958 dans une famille de la petite bourgeoisie alépine, Souri, de son vrai nom Mustafa Setmariam Nasar, est un routard du jihadisme global. Étudiant ingénieur en mécanique de l’université d’Alep, il rejoint en 1980 un groupe militant émanant des Frères musulmans. Avec ses camarades, il assiste, impuissant, à la répression féroce du soulèvement armé de Hama, en 1982. Souri rumine depuis les leçons de cette défaite infligée par les troupes de Rifaat al-Assad, le frère du président syrien de l’époque. Dans ses écrits, le militant sans frontières naît à ce moment-là. Il part s’entraîner dans des camps secrets en Jordanie puis en Égypte. Ceinture noire de judo, cet homme charpenté détonne avec sa barbe et ses cheveux roux, ses yeux verts. Pratique pour se fondre dans la foule à Londres, où il a vécu au mitan des années 1990. Auparavant, Souri était en Andalousie, terre mythique des conquérants musulmans, où il est arrivé en 1985. Il épouse Elena Moreno, une ancienne gauchiste qui se convertit à l’islam et avec qui il a quatre enfants. Dans un milieu plutôt macho, Souri cultive les attentions galantes. Un ami barbu s’en étonne. Il répond : « Nous, les Syriens, savons y faire. » Sur place, il entre en contact avec d’autres jeunes islamistes. Il rencontre le « chef d’Al-Qaïda en Espagne », Abou Dahdah, et un certain Tayssir Allouni, futur journaliste à Al-Jazira. Naturalisé espagnol, Souri est désormais libre de ses mouvements. En 1994, il s’installe à Londres, s’impose comme l’un des leaders de la diaspora islamiste et devient l’un des responsables de la revue Al-Ansar, dirigée par le Jordanien Abou Qatada. Mais déjà, Souri lorgne l’Asie centrale. Il a déjà voyagé au Pakistan et en Afghanistan dès 1987. Il aide à organiser des camps d’entraînement pour les moudjahidine lancés contre l’occupation soviétique, notamment ceux du Palestinien Abdallah Azzam, l’un des idéologues qui influencèrent Ben Laden. Véritable « architecte du jihad global », selon l’ouvrage de référence que lui a consacré le chercheur norvégien Brynjar Lia, il est un « dissident, un esprit critique, un intellectuel au sein d’un courant idéologique où l’on s’attendrait à trouver plutôt de l’obéissance ». Le livre où il expose sa doctrine, Appel à la résistance islamique mondiale, publié sur internet en décembre 2004, peut être lu comme une critique argumentée de la stratégie de Ben Laden. Cette bible du jihadiste (1 600 pages) peut sembler répétitive. C’est en réalité un redoutable manuel d’endoctrinement dont se seraient inspirés des personnages aussi divers que le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, le Français Mohamed Merah ou les frères Tsarnaev, Américains d’origine tchétchène auteurs présumés de l’attentat de Boston en avril 2013, et même le Norvégien Anders Behring Breivik. Souri expose une théorie à rebours de celle d’Al-Qaïda, dont il prédisait la logique suicidaire. Dès son retour en Afghanistan en 1998, il s’était opposé à la stratégie du terrorisme spectaculaire. Dans un courriel au chef d’Al-Qaïda en 1999, retrouvé à Kaboul fin 2001 par des journalistes américains, il moque le goût affiché par Ben Laden pour les médias : « Notre frère a été contaminé par la maladie des écrans, des flashs, des fans et des applaudissements. » Piquant, quand on sait que Souri a monté plusieurs interviews du Saoudien, dont celle avec Peter Bergen, de CNN, en 1997. Instruite par la débâcle en Afghanistan, la stratégie de Souri s’appuie, elle, sur des individus ou de petites cellules qui pourraient se former et s’armer tout en restant indépendants. Seul moyen d’échapper à la surveillance et à la lutte antiterroriste. Pas d’organisation, pas de filière, pas de capture. Jeune Afrique
Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel
En décembre dernier, deux Somaliens ont été arrêtés à Bonn par les Allemands. Ils préparaient un attentat avec une bombe qui était parfaitement comparable à celles décrites dans Inspire. Inspire est la bible en matière de propagande djihadiste. Surtout, elle est conçue comme une vraie revue et on y trouve absolument tout: des conseils opérationnels, de la réflexion idéologique, des témoignages, des reportages… Inspire diffuse du savoir-faire à grande échelle, comme autant de bouteilles lancées à la mer. (…) Dans les années 1990, le GIA a revendiqué des “incivilités”, jusque dans l’est de la France. Yves Trotignon (Risk&Co)
Il y a plusieurs profils. Certains lecteurs s’intéressent surtout à l’aspect technique. Ils commentent les innovations et les astuces qui sont proposées dans la revue. D’autres se penchent plutôt sur l’aspect politique, idéologique. Les derniers enfin, les “théologistes”, étudient comment Inspire justifie par la religion l’action terroriste. Tout cela donne lieu, sur les forums, à de longs débats et les francophones suivent tout cela de près, malgré leur déception de ne pas voir développer une version dans leur langue, qui serait moins concentrée sur les Etats-Unis et plus sur la France. Mathieu Guidère
Interprétation religieuse, témoignages de djihadistes, conseils opérationnels et recettes de bombes faites maison, Inspire vous donne toutes les astuces pour devenir un bon terroriste. La revue, éditée par Aqpa, est téléchargeable tranquillement sur Internet… désignant désormais la France pour cible. Fabriquer une bombe dans la cuisine de maman, incendier une voiture sur un parking en dix étapes, accéder à des forums djihadistes en toute sécurité ou encore «tondre» les «mécréants» avec un pick-up Ford en guise d’engin de mort… ce sont quelques-unes des idées proposées par la revue Inspire pour semer la terreur en toute autonomie. Inspire est un magazine distribué sur Internet, éditée par al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa) depuis l’été 2010. La revue, dont la maquette ferait pâlir certains canards français, est alors accueillie de manière partagée par la communauté djihadiste comme sécuritaire. Les uns et les autres accusent diverses organisations d’Etat d’avoir organisé un «hoax», une arnaque, pour repérer les internautes soutenant le djihad ou pour décrédibiliser la cause. Rapidement pourtant, l’authenticité de ce document sera admise par tous. Derrière, l’élite d’Aqpa est aux commandes d’un bel outil de propagande dont l’objectif principal est la radicalisation de potentiels terroristes occidentaux, qui pourraient organiser seuls leur propre projet d’attentat. Inspire a été lancé par Anwar al-Awlaki, surnommé le «Ben Laden d’Internet». L’homme est impliqué dans plusieurs grosses affaires d’attentats en Occident, de la radicalisation du major Nidal Malik Hasan, l’auteur de la tuerie sur la base militaire américaine de Fort Hood en novembre 2009; à celle d’Umar Farouk Abdulmutallab, l’auteur d’une tentative échouée d’attentat à coups de slip piégé sur le vol Amsterdam Detroit de Noël 2009. A ses côtés et à la plume dans Inspire, on trouve Adam Yahiye Gadahn, dit Adam l’Américain; Yahya Ibrahim, un prédicateur ayant séjourné au Canada; ou encore Samir Khan, un Américain qui a longtemps entretenu un blog appelant au djihad, depuis sa banlieue new-yorkaise. Beaucoup de ces propagandistes, dont al-Awlaki lui-même, ont été capturés ou tués par des tirs de drones ces dernières années. De plus jeunes, à la tête desquels Adam l’Américain, ont depuis pris le relais. Dans un anglais parfait, ils continuent d’offrir à un public anglophone toutes les cartes pour devenir un djihadiste convaincu et déterminé. Des conseils de fabrication de bombes, dans la rubrique «open source djihad», mais aussi toute l’interprétation idéologique et religieuse nécessaire à la justification des actes les plus graves, nourrissant une auto-radicalisation indispensable au passage à l’acte. Ce qui faisait rire dans un premier temps, n’amuse plus personne au sein de la communauté du renseignement. (…) Pour Aqpa, Inspire est en effet un modeste investissement. Si de telles revues existaient déjà en langue arabe, c’est la première fois qu’un magazine est intégralement écrit en anglais. Entre les différents articles, des affiches sur le modèle des publicités que l’on trouve dans nos revues appellent les musulmans vivant en Occident à soutenir et participer au djihad. Avec Inspire, kalachnikov et autres images épiques parlent à l’imaginaire d’un jeune qui aurait grandi dans un pays riche: le djihad est «cool». Sur Internet, chaque publication de la revue est largement commentée par les scientifiques et les analystes. Les candidats au djihad lisent-ils Inspire et y trouvent-ils des idées? Des exemplaires ont été retrouvés chez des suspects aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suède ou encore au Pakistan. En France (…) c’est sur les forums djihadistes que l’on trouve des éléments sur la place que peut jouer Inspire dans la radicalisation de certains Français. Lors de la sortie de chaque numéro, les contenus d’Inspire y sont largement débattus. Les internautes les plus motivés s’appliquent même à traduire certains articles en français pour faciliter la lecture à ceux qui auraient été moins attentifs aux cours d’anglais au collège. (…) Inspire est téléchargé principalement en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis, suivis ensuite par les pays nordiques (Suède, Danemark, Finlande) et l’Australie. Le contenu lui-même fait très largement référence à l’Amérique et à Obama, systématiquement désignés comme l’ennemi à abattre. Une ligne éditoriale qui pourrait cependant évoluer: dans le dernier numéro, paru fin février, la France devient une cible (…) menacée en vertu de son intervention au Mali (…) En conclusion de son article, il appelle «des dizaines de Mohammed Merah» à attaquer Paris. (dans)  la dernière livrée d’Inspire, il (…) est question de faire le djihad en s’attaquant aux voitures. Les auteurs proposent de repérer des parkings discrets pour y brûler des voitures. Ils suggèrent encore de poser des pièges sur les routes pour causer des accidents. L’objectif: semer la terreur… chez les compagnies d’assurance occidentales. Là aussi, la démarche peut paraître invraisemblable. Elle n’est pourtant pas nouvelle, nous explique Yves Trotignon:«Dans les années 1990, le GIA a revendiqué des “incivilités”, jusque dans l’est de la France. » (…) En octobre 2010, Aqpa va envoyer plusieurs imprimantes piégées via de simples colis UPS et FeDex, à destination des Etats-Unis. L’information arrive jusqu’aux services de renseignements qui vont fouiller tous les appareils passant par Dubaï, où un premier engin explosif est neutralisé. Le second sera retrouvé en Grande-Bretagne. Aqpa se fera un malin plaisir de présenter la facture détaillée de ce qu’ont coûté ces bombes dans un numéro spécial de sa revue qui titre en gros caractères, avec un avion UPS en fond: 4.200$. Le document explique intégralement la méthode et incite à la reproduire, causant pour cette modique somme des dépenses de sécurité modérées dans les pays visés. Cette recette aurait même inspiré d’autres apprentis terroristes… chez les anarchistes grecs. Alors que les fidèles d’al-Qaida testaient grandeur nature leurs imprimantes explosives, les Grecs de «Conspiration des cellules de feu» recyclaient la recette avec quelques paquets similaires, envoyés à Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Silvio Berluscioni à la fin 2010. Faut-il y voir un lien? Pour Mathieu Guidère, pas d’hésitation, «les djihadistes et les anarchistes sont les deux publics qui lisent Inspire pour y trouver des idées». Quant à empêcher la lecture d’Inspire, il semble difficile d’enrayer le mal. Après chaque publication, elle circule sur Internet très rapidement et reste facile à télécharger. Les services britanniques seraient à l’origine d’un bug qui avait empêché la lecture du tout premier numéro… mais celui-ci avait été immédiatement rediffusé par les auteurs. Des exemplaires d’Inspire ont même été retrouvés dans la prison de haute sécurité de Guantanamo. Les autorités américaines ont toujours refusé de dire dans quelle cellule. Mais l’information n’est pas rassurante, d’autant plus que l’un des chroniqueurs du magazine revendique d’écrire depuis ces geôles, symbole de la guerre de l’Amérique contre le terrorisme. Romain Mielcarek
A fiercely opinionated group, most are either pan-Arabists — nationalists of a leftist bent committed to the idea of a single nation across the many frontiers of the Arab world — or Islamists who draw their inspiration from the primacy of the Muslim faith in political life. Since their primary allegiance is to fellow Muslims, not Muslim states, Al Jazeera’s reporters and editors have no qualms about challenging the wisdom of today’s Arab rulers. Indeed, Al Jazeera has been rebuked by the governments of Libya and Tunisia for giving opposition leaders from those countries significant air time. Kuwait and Saudi Arabia, for their part, have complained about Al Jazeera’s extensive reporting on the misery of Iraqis living under sanctions. But the five-year-old station has refused to be reined in. The channel openly scorns the sycophantic tone of the state-run Arab media and the quiescence of the mainstream Arab press, both of which play down controversy and dissent. Compared with other Arab media outlets, Al Jazeera may be more independent — but it is also more inflammatory. For the dark side of the pan-Arab worldview is an aggressive mix of anti-Americanism and anti-Zionism, and these hostilities drive the station’s coverage, whether it is reporting on the upheaval in the West Bank or on the American raids on Kandahar. Although Al Jazeera has sometimes been hailed in the West for being an autonomous Arabic news outlet, it would be a mistake to call it a fair or responsible one. Day in and day out, Al Jazeera deliberately fans the flames of Muslim outrage. (…) What’s more, Al Jazeera is a crafty operation. In covering the intifada, its broadcasters perfected a sly game — namely, mimicking Western norms of journalistic fairness while pandering to pan-Arab sentiments. In a seemingly open-minded act, Al Jazeera broke with a widespread taboo of the Arab news media and interviewed Israeli journalists and officials, including Ehud Barak and Shimon Peres. Yet at the same time, it pressed on with unrelenting anti-Zionist reportage that contributed to further alienation between Israelis and Palestinians. What this means is that no matter how many Americans show up on Al Jazeera, the station will pursue its own oppositional agenda. Al Jazeera’s reporters see themselves as « anti-imperialists. » These men and women are convinced that the rulers of the Arab world have given in to American might; these are broadcasters who play to an Arab gallery whose political bitterness they share — and feed. In their eyes, it is an unjust, aggressive war they are covering in Afghanistan. Watching Al Jazeera makes all of this distressingly clear. Al Jazeera is on the ground in Afghanistan and reports the news up close. It is the only television news outlet with a bureau in Kabul. Alas, there is no skyline in the Afghan capital, no bright city lights that can illuminate America’s nighttime raids. What worked so well for CNN in Baghdad has been impossible for Al Jazeera in Kabul and Kandahar. Instead, Al Jazeera’s Afghanistan coverage supplies a pointed contrast between the high-tech foreign power, with its stealth planes and Tomahawk missiles, and the Taliban warriors, with their pickup trucks racing through stark, rubble-strewn landscapes. In its rough outlines, the message of Al Jazeera is similar to that of the Taliban: there is a huge technological imbalance between the antagonists, but the foreign power will nonetheless come to grief. (The channel’s slant is also apparent in tiny modulations of language. Its reporters in Kabul always note that they are reporting from the Islamic Emirate of Afghanistan — the Taliban’s official name for the country. Conversely, Washington’s campaign is being waged not against terror, but against « what it calls terror. » (…) Al Jazeera began broadcasting in October 1996. The preceding year, Sheik Hamad bin Khalifa al-Thani, the crown prince of Qatar, did a most un-Arab thing: he pulled off a palace coup, taking over the government from his father (who was vacationing in Europe at the time). The young ruler promptly announced a new order of things and set out to challenge Saudi primacy in the Gulf region. He hoped to underline his independence and give his small principality a voice in the world. The young emir had good timing. Soon after he ascended the throne, an Arabic television joint venture between the BBC and a Saudi concern, Orbit Communications, foundered over the BBC’s insistence on editorial independence. The Arab reporters and editors who worked on this failed venture were eager for a new opportunity. Qatar’s new emir gave them a new lease on life. With his fortune footing the bill, Al Jazeera was born. The emir’s child has grown quickly. Although it is by no means the biggest Arabic television channel, its reach is expanding. Al Jazeera now reaches viewers in more than 20 Arab countries, mostly through private satellite dishes, which have become tremendously popular in the Middle East. Dishes can be purchased there for less than $100, and tens of millions of Arab families now own them. They are as common in Cairo slums as they are in Dubai mansions. Al Jazeera beams its signal free of charge to most countries. Outside the Arab world, in countries like Great Britain, it is offered as part of a subscription service. In the United States, around 150,000 subscribers pay the Dish Network between $22.99 and $29.99 a month to receive Al Jazeera as part of a multichannel Arabic « package. » (…) Al Jazeera is the only Arab television station to have achieved global fame, but its status is inflated. The truth is, other Arab channels reach much wider audiences. The oldest, most successful of the pan-Arab satellite stations is the London-based Middle East Broadcasting Centre. The station is controlled by an in-law of King Fahd of Saudi Arabia. In addition to broadcasting the region’s most popular program, « Who Wants to Be a Millionaire » MBC has five news broadcasts of its own. MBC’s news programs come across as blandly professional. Compared to Al Jazeera, its reporters are staid, careful not to incur the wrath of Arab rulers or to challenge the established order. There is also the hugely popular Lebanese Broadcasting Corporation International. LBCI is loaded with entertainment programming, but it also regularly presents news. The news on LBCI, a privately owned station, also has a tepid feel. Syria dominates the Lebanese world, and its news broadcasts avoid broadcasting anything that would offend. Despite its comparatively small audience, Al Jazeera has received almost all of the Bush administration’s attention so far. The doors in official Washington have now opened before Al Jazeera’s reporters. Since Sept. 11, there have been interviews with Secretary of State Colin L. Powell, Secretary of Defense Donald Rumsfeld and National Security Adviser Condoleezza Rice. Surely, the emir of Qatar never imagined that the bet he took five years ago would be so amply rewarded. Al Jazeera still requires the emir’s subsidies, but the station’s heightened profile has brought it closer to solvency. Al Jazeera’s footage from Afghanistan, for example, has been sold to news outlets around the world, with individual clips selling for as much as $250,000. And earlier this fall, CNN and ABC made arrangements with Al Jazeera to broadcast the Arabic station’s exclusive video from Afghanistan. Al Jazeera’s defenders tend to applaud its independence from the censors who control state-sponsored outlets in the Arab world. For the Egyptian novelist Ahdaf Soueif, there is the pleasure of channel-hopping at 2 in the morning and hearing a television station breaking with the widespread censorship and silence of the Arab news media. « It provides the one window through which we breathe, » Soueif recently wrote of Al Jazeera. In one sense, Soueif is right: the Arab world needed to be challenged. This was a region where the official media, in August 1990, withheld news of Iraq’s conquest of Kuwait for three days. The pompous, sycophantic press in Arab countries — whose main function has been to report the comings and goings and utterances of the ruler of the land — has been dealt a major blow. For the first time, Arabs with a satellite dish now have access to uncensored news. Al Jazeera’s viewers see things that people of the region are clearly not meant to see. On Oct. 21, Al Jazeera offered silent footage of Bright Star, a joint Egyptian-American military exercise, off the coast of Egypt. It was a potent commentary on the stealth cooperation of the Egyptian military with the Pentagon. And despite the fact that its coverage of the intifada was horribly slanted, Al Jazeera should get some credit for being one of the few Arab TV stations to interview Israelis. That said, Al Jazeera’s virulent anti-American bias undercuts all of its virtues. It is, in the final analysis, a dangerous force. And it should treated as such by Washington. (…) Americans must accept that they are strangers in the Arab world. We can barely understand, let alone control, what Al Jazeera’s flak-jacketed reporters in Kabul and smooth anchorwomen in Doha are saying about us. An American leader being interviewed on Al Jazeera will hardly be able to grasp the insinuations, the hidden meanings, suggested by its hostile reporters. No matter how hard we try, we cannot beat Al Jazeera at its own game. But one thing is sure: there is no need to reward a channel that has made a name for itself through stridency and anti-Americanism. There is a war on the battlefield, and that is America’s to win. But the repair of the Arab political condition — and the weaning of the Arab world away from radicalism — is a burden, and a task, for the Arabs themselves. The only thing America can do is make sure that it never gives this radicalism — and its satellite channel — a helping hand. Fouad Ajami

Devinez qui avait aidé le théoricien du djihad à s’installer en Espagne ?

Après le dernier cas en date (attaque au couteau, travailleur clandestin de Transjordanie, dans un bus de Tel Aviv ce matin, avec les félicitations d’usage du régime terroriste du Hamas) de la stratégie djiahdiste de multiplication des attaques individuelles …

Et, suite aux massacres de Paris il y a deux semaines et aux révélations, dans le Canard enchainé de ce matin du contrôle routier raté de Coulibaly (voiture de location, permis non définitif, inscription au fichier terrorisme islamiste, quartier des Buttes Chaumont) …

Pendant qu’entre le véto annoncé d’un président américain pour toute sanction contre un pays ayant appelé explicitement au rayage de la carte d’un de ses voisins et l’auto-flagellation d’un premier ministre français accusant son propre pays d’apartheid contre les nouveaux damnés de la terre ou l’hallalisation, après les manuels de nos enfants, de nos cinémas et théâtres

Et qu’un magazine djiahdiste en ligne et en anglais, au titre on ne peut plus explicite (Inspire) mais pourtant pris à l’origine comme une parodie ou une manipulation de la CIA, appelle « des dizaines de Mohammed Merah » à attaquer Paris ….

Comment ne pas voir la véritable stratégie, fondée sur la simple émulation et le modèle gauchiste « provocation-répression-solidarité qu’évoquait récemment Gilles Kepel dans Libération, de « multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations » pour « affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir » ?

Mais aussi, bien plus subtilement et subversivement (y compris bientôt en français, s’il vous plait !) comme le rappelait dès le lendemain des attentats du 11 septembre l’islamologue libano-américain Fouad Ajami et sans parler de nos Charles Enderlin à nous, la véritable bible du djihad mondial …

A savoir, des financiers avérés même du PSG et du terrorisme qui continuent à avoir leurs entrées tant à Washington qu’à Londres ou Paris, la chaine satellitaire qatarie Al-Jazeera ?

What the Muslim World Is Watching

Fouad Ajami

The New York Times

November 18, 2001

Al Jazeera is not subtle television. Recently, during a lull in its nonstop coverage of the raids on Kabul and the street battles of Bethlehem, the Arabic-language satellite news station showed an odd but telling episode of its documentary program « Biography and Secrets. » The show’s subject was Ernesto (Che) Guevara. Presenting Che as a romantic, doomed hero, the documentary recounted the Marxist rebel’s last stand in the remote mountains of Bolivia, lingering mournfully over the details of his capture and execution. Even Che’s corpse received a lot of airtime; Al Jazeera loves grisly footage and is never shy about presenting graphic imagery.

The episode’s subject matter was, of course, allegorical. Before bin Laden, there was Guevara. Before Afghanistan, there was Bolivia. As for the show’s focus on C.I.A. operatives chasing Guevara into the mountains, this, too, was clearly meant to evoke the contemporary hunt for Osama, the Islamic rebel.

Al Jazeera, which claims a global audience of 35 million Arabic-speaking viewers, may not officially be the Osama bin Laden Channel — but he is clearly its star, as I learned during an extended viewing of the station’s programming in October. The channel’s graphics assign him a lead role: there is bin Laden seated on a mat, his submachine gun on his lap; there is bin Laden on horseback in Afghanistan, the brave knight of the Arab world. A huge, glamorous poster of bin Laden’s silhouette hangs in the background of the main studio set at Al Jazeera’s headquarters in Doha, the capital city of Qatar.

On Al Jazeera (which means « the Peninsula »), the Hollywoodization of news is indulged with an abandon that would make the Fox News Channel blush. The channel’s promos are particularly shameless. One clip juxtaposes a scowling George Bush with a poised, almost dreamy bin Laden; between them is an image of the World Trade Center engulfed in flames. Another promo opens with a glittering shot of the Dome of the Rock. What follows is a feverish montage: a crowd of Israeli settlers dance with unfurled flags; an Israeli soldier fires his rifle; a group of Palestinians display Israeli bullet shells; a Palestinian woman wails; a wounded Arab child lies on a bed. In the climactic image, Palestinian boys carry a banner decrying the shame of the Arab world’s silence.

Al Jazeera’s reporters are similarly adept at riling up the viewer. A fiercely opinionated group, most are either pan-Arabists — nationalists of a leftist bent committed to the idea of a single nation across the many frontiers of the Arab world — or Islamists who draw their inspiration from the primacy of the Muslim faith in political life. Since their primary allegiance is to fellow Muslims, not Muslim states, Al Jazeera’s reporters and editors have no qualms about challenging the wisdom of today’s Arab rulers. Indeed, Al Jazeera has been rebuked by the governments of Libya and Tunisia for giving opposition leaders from those countries significant air time. Kuwait and Saudi Arabia, for their part, have complained about Al Jazeera’s extensive reporting on the misery of Iraqis living under sanctions. But the five-year-old station has refused to be reined in. The channel openly scorns the sycophantic tone of the state-run Arab media and the quiescence of the mainstream Arab press, both of which play down controversy and dissent.

Compared with other Arab media outlets, Al Jazeera may be more independent — but it is also more inflammatory. For the dark side of the pan-Arab worldview is an aggressive mix of anti-Americanism and anti-Zionism, and these hostilities drive the station’s coverage, whether it is reporting on the upheaval in the West Bank or on the American raids on Kandahar. Although Al Jazeera has sometimes been hailed in the West for being an autonomous Arabic news outlet, it would be a mistake to call it a fair or responsible one. Day in and day out, Al Jazeera deliberately fans the flames of Muslim outrage.

Consider how Al Jazeera covered the second intifada, which erupted in September 2000. The story was a godsend for the station; masked Palestinian boys aiming slingshots and stones at Israeli soldiers made for constantly compelling television. The station’s coverage of the crisis barely feigned neutrality. The men and women who reported from Israel and Gaza kept careful count of the « martyrs. » The channel’s policy was firm: Palestinians who fell to Israeli gunfire were martyrs; Israelis killed by Palestinians were Israelis killed by Palestinians. Al Jazeera’s reporters exalted the « children of the stones, » giving them the same amount of coverage that MSNBC gave to Monica Lewinsky. The station played and replayed the heart-rending footage of 12-year-old Muhammed al-Durra, who was shot in Gaza and died in his father’s arms. The images’ ceaseless repetition signaled the arrival of a new, sensational breed of Arab journalism. Even some Palestinians questioned the opportunistic way Al Jazeera handled the tragic incident. But the channel savored the publicity and the controversy all the same.

Since Sept. 11, I discovered, Al Jazeera has become only more incendiary. The channel’s seething dispatches from the « streets of Kabul » or the « streets of Baghdad » emphasize anti-American feeling. The channel’s numerous call-in shows welcome viewers to express opinions that in the United States would be considered hate speech. And, of course, there is the matter of Al Jazeera’s « exclusive » bin Laden videotapes. On Oct. 7, Al Jazeera broadcast a chilling message from bin Laden that Al Qaeda had delivered to its Kabul bureau. Dressed in a camouflage jacket over a traditional thoub, bin Laden spoke in ornate Arabic, claiming that the terror attacks of Sept. 11 should be applauded by Muslims. It was a riveting performance — one that was repeated on Nov. 3, when another bin Laden speech aired in full on the station. And just over a week ago, Al Jazeera broadcast a third Al Qaeda tape, this one showcasing the military skills of four young men who were said to be bin Laden’s own sons.

The problem of Al Jazeera’s role in the current crisis is one that the White House has been trying to solve. Indeed, the Bush administration has lately been expressing its desire to win the « war of ideas, » to capture the Muslim world’s intellectual sympathy and make it see the war against bin Laden as a just cause. There has been talk of showing American-government-sponsored commercials on Al Jazeera. And top American officials have begun appearing on the station’s talk shows. But my viewing suggests that it won’t be easy to dampen the fiery tone of Al Jazeera. The enmity runs too deep.

Indeed, the truth is that a foreign power can’t easily win a « war of ideas » in the Muslim world. Sure, we can establish « coalition information centers » — as the administration has in Washington, London and Islamabad — and dispatch our diplomats on « listening tours. » We can give Al Jazeera extended access to the highest American officials and hope that these leaders will make an impression on Arab viewers. But anti-Americanism is a potent force that cannot be readily dissolved.

What’s more, Al Jazeera is a crafty operation. In covering the intifada, its broadcasters perfected a sly game — namely, mimicking Western norms of journalistic fairness while pandering to pan-Arab sentiments. In a seemingly open-minded act, Al Jazeera broke with a widespread taboo of the Arab news media and interviewed Israeli journalists and officials, including Ehud Barak and Shimon Peres. Yet at the same time, it pressed on with unrelenting anti-Zionist reportage that contributed to further alienation between Israelis and Palestinians.

What this means is that no matter how many Americans show up on Al Jazeera, the station will pursue its own oppositional agenda. Al Jazeera’s reporters see themselves as « anti-imperialists. » These men and women are convinced that the rulers of the Arab world have given in to American might; these are broadcasters who play to an Arab gallery whose political bitterness they share — and feed. In their eyes, it is an unjust, aggressive war they are covering in Afghanistan. Watching Al Jazeera makes all of this distressingly clear.

l Jazeera is on the ground in Afghanistan and reports the news up close. It is the only television news outlet with a bureau in Kabul. Alas, there is no skyline in the Afghan capital, no bright city lights that can illuminate America’s nighttime raids. What worked so well for CNN in Baghdad has been impossible for Al Jazeera in Kabul and Kandahar. Instead, Al Jazeera’s Afghanistan coverage supplies a pointed contrast between the high-tech foreign power, with its stealth planes and Tomahawk missiles, and the Taliban warriors, with their pickup trucks racing through stark, rubble-strewn landscapes.

In its rough outlines, the message of Al Jazeera is similar to that of the Taliban: there is a huge technological imbalance between the antagonists, but the foreign power will nonetheless come to grief.

In some videotape shown on Oct. 22, a band of Taliban warriors displayed what they claimed to be the wreckage of the second American helicopter they said they had downed. There was twisted steel with American markings shown in close-up. In an interview, a Taliban soldier said triumphantly that after the first helicopter had been hit, the second came in for support and rescue, and the Taliban soldiers downed it as well. There was blood, he said, at the scene of the wreckage — and added that a search was under way for the « remains » of the American crews. A stylish warrior of the Taliban with a bright blue turban, the soldier spoke to the camera with great confidence and defiance. America’s cruise missiles and bombs would not defeat the Taliban, he promised: « If these Americans were men, they would come here and fight on the ground. We would do to them what we did to the British and the Russians. » Another warrior spoke with similar certainty. « God Almighty will grant us victory, » he promised.

Al Jazeera’s report was presented entirely from the Taliban’s point of view. No doubts were expressed about the validity of the Taliban’s military boasts — including one soldier’s claim that the steel from the American helicopters would immediately be sold off as scrap metal. The Western news media presented the same story rather differently. In addition to presenting the Taliban’s claims, CNN noted a strong American denial. In the case of one helicopter, the Pentagon claimed that only the landing gear of a CH-47 had been sheared off, after its pilot flew too close to a ground barrier. And a helicopter that did crash, the Pentagon claimed, did so because of a mechanical malfunction — not Taliban gunfire.

A report on Oct. 30 by Al Jazeera’s main man in Kabul, Tayseer Allouni, similarly underscored the ideological preference of the station’s reporters. « The American planes have resumed their heavy bombing of Kabul, causing massive destruction of the infrastructure of the country, » Allouni reported as his camera surveyed unrelieved scenes of wreckage and waste. Although Al Jazeera’s images revealed a few craters in the street, much of the devastation appeared to be unrelated to American bombs — potholes, a junkyard with discarded shells of cars. Noting that Kabul’s notoriously decayed « roads had not been spared, » Allouni then offered a wistful tribute to the Taliban’s public-works efforts. « It appears that all the labors that had been made by the Taliban government prior to the outbreak of the war to repair the roads, » he said sadly, « have scattered to the wind. »

As Allouni presented it, there appeared to be nobody in Kabul who supported America’s campaign to unseat the Taliban. A man in a telephone booth, wearing a traditional white cap, offered a scripted-sounding lament that even Kabul’s telephone lines had been destroyed. « We have lost so much, » he said, « because of the American bombing. » Allouni then closed his survey with gruesome images of wounded Afghans. The camera zoomed in on an old man lying on his back, his beard crusted with blood; this was followed by the image of a heavily bandaged child who looked propped up, as if to face the camera. The parting shot was an awful close-up of a wounded child’s face.

The channel’s slant is also apparent in tiny modulations of language. Its reporters in Kabul always note that they are reporting from the Islamic Emirate of Afghanistan — the Taliban’s official name for the country. Conversely, Washington’s campaign is being waged not against terror, but against « what it calls terror. »

Al Jazeera has a regular feature in which it briefly replays historical scenes and events that took place on that calendar day. On Oct. 23, the choice was an event that had taken place 18 years earlier. On that very day in 1983, a young man in a Mercedes truck loaded with TNT struck the Marine barracks in Beirut, killing 241 Americans. The segment revisited the horror of that day — the wailing of the wounded, the soot and ruin everywhere. The images were far more horrible than any I had ever seen of the tragedy. There was no sympathy in the narration, and a feeling of indifference, even menace, hung over this dark moment of remembrance. The message was clear: the Middle East was, and is, a region of heartbreak for the foreign power.

Al Jazeera loves the « Pakistani street » as much as it loves the « Afghan street. » In its telling, the Pakistani street is forever on the boil, with « huge throngs » in Rawalpindi and Peshawar and Islamabad. One crowd in Rawalpindi was said to be particularly frenzied. Protesters angrily waved signs, some of them in English: « Afghanistan is in need of reconstruction not destruction. » Anti-American demonstrations are, of course, eagerly covered by the Western news media as well. But by television standards, the Al Jazeera video was notably extended — close to a minute long. In the clip, Islamist leaders prophesied calamity for the military ruler Pervez Musharraf. The crowd was dressed in South Asian white against the glare of the sun, and its rage seemed overwhelming. Looking at all those angry faces, it was easy to forget that General Musharraf, the ruler of Pakistan, was holding back the tide of anger in his country. The clip reached its maximum intensity when the crowd displayed an effigy of George Bush with a cardboard photo of his face. The protesters spat at the cutout, went at it with shoes. They pounded the American president to a pulp. It was a spectacle tailor-made for Al Jazeera.

l Jazeera began broadcasting in October 1996. The preceding year, Sheik Hamad bin Khalifa al-Thani, the crown prince of Qatar, did a most un-Arab thing: he pulled off a palace coup, taking over the government from his father (who was vacationing in Europe at the time). The young ruler promptly announced a new order of things and set out to challenge Saudi primacy in the Gulf region. He hoped to underline his independence and give his small principality a voice in the world.

The young emir had good timing. Soon after he ascended the throne, an Arabic television joint venture between the BBC and a Saudi concern, Orbit Communications, foundered over the BBC’s insistence on editorial independence. The Arab reporters and editors who worked on this failed venture were eager for a new opportunity. Qatar’s new emir gave them a new lease on life. With his fortune footing the bill, Al Jazeera was born.

The emir’s child has grown quickly. Although it is by no means the biggest Arabic television channel, its reach is expanding. Al Jazeera now reaches viewers in more than 20 Arab countries, mostly through private satellite dishes, which have become tremendously popular in the Middle East. Dishes can be purchased there for less than $100, and tens of millions of Arab families now own them. They are as common in Cairo slums as they are in Dubai mansions. Al Jazeera beams its signal free of charge to most countries. Outside the Arab world, in countries like Great Britain, it is offered as part of a subscription service. In the United States, around 150,000 subscribers pay the Dish Network between $22.99 and $29.99 a month to receive Al Jazeera as part of a multichannel Arabic « package. »

Like America’s own 24-hour news outlets, Al Jazeera is a repetitive affair. As with CNN, it is easy to see its luster withering away in a time of peace and normalcy. There are steady news updates throughout the day. (It is always daytime on Al Jazeera, which announces its coming schedule in Mecca time, Greenwich Mean Time and New York time.) There is a financial broadcast of the standard variety — filmed out of London, with a source checking in from the floor of the New York Stock Exchange. Sports (soccer for the most part) gets its own regular report. There is a survey of the world press and a show dedicated to the secrets of the cinema. Oddly for a passionately pan-Arab channel, the station broadcasts dubbed programs bought from old American libraries: a wildlife documentary, a history of French art.

There is little coherence to Al Jazeera’s scheduling — segments about the American bombs in Kabul and the Israeli tanks in the streets of the West Bank alternate with quaint reports on life in Silicon Valley and the patterns of energy consumption in American cities. The end result has a hectic yet anonymous feel. Al Jazeera is not a star-driven channel; no particular anchor dominates it. It’s the BBC pattern, reporter driven, with a succession of reporters and anchors drawn from different Arab lands.

The pride of Al Jazeera lies, without a doubt, in its heavily promoted talk shows, like « Without Borders, » « Opinion and the Other Opinion » and « The Opposite Direction. » One enormously popular program in this genre is « Al-Sharia wa al-Hayat, » or « Islamic Law and Life. » The program, which is full of belligerent piety and religious zeal, appears every Sunday evening at 9:05, Mecca time. It is structured somewhat like « Larry King Live »; an interview with a guest is followed by questions and comments from viewers.

One recent evening, the guest of the program was Sheik Muhammad Ibrahim Hassan, a young Islamic preacher. A large man with a bushy jet-black beard, he was dressed in a white thoub and a loose white kaffiyeh without a headband — an exaggerated Islamist fantasy of what Muslims in seventh-century Arabia looked like. Hassan was interviewed by Hasib Maher, a young, polite Al Jazeera anchorman in suit and tie.

Hassan was fierce; it was easy to imagine him inciting a crowd. He had the verbal skills and eloquence of his homeland. (Egyptians are the people of the spoken and written word in the Arab world; the Gulfies are its silent types.) Hassan knew the sacred scripture by heart: he knew the Sira — the life and the example — of the Prophet Muhammad; he knew the Hadith, the sayings attributed to the Prophet. He tackled the questions thrown at him with gusto.

Al Jazeera’s anchorman asked Hassan about a fatwa issued by a number of religious scholars that ruled that American Muslims were bound to fight under the flag of their country, even if this meant going to war against fellow Muslims. Hassan would have none of this fatwa. « This puzzles the believer, » he said. « I say that the Prophet, peace be upon him, said that the Muslim is the brother of every other Muslim. He can’t oppress his brother Muslim or bring about his surrender or abandon him to non-Muslims. Come to your brother’s aid whether he be oppressor or oppressed, the Prophet taught us. No one can deny that our brothers in Afghanistan are among the oppressed. »

Hassan really knew how to milk the medium. In an extended monologue, he declared that the Islamic community, the pan-national umma, was threatened everywhere — in Palestine, Iraq, Chechnya, Kashmir, Afghanistan, the Philippines. The umma, he said forcefully, should know its pain and heal its wounds. Then he did something you never see on « Hardball »: he broke into free-flowing verse. There was no shred of paper in front of him; this was rote learning and memorization:
Oh Muslims, we have been dying for centuries
What are we in this world? . . .
We are bloodied corpses,
And our blood is being shed.
Oh the honor of Islam,
How that honor is being violated. . . .
We strayed from the faith,
And the world darkened for us.
If the root dies,
The branches and the leaves will die.

Hassan now owned his airwave pulpit. He was in full flight. A look of awe stole upon the anchorman’s face. The anchorman queried Hassan about the attacks of Sept. 11: Did they implicate Islam and Muslims in any way? The preacher answered in his own way. « Oppression always leads to an explosion! » he said angrily. « Under the cover of the new world order, Muslims in Chechnya and Iraq have been brutalized. . . . Any Muslim on the face of the earth who bears faith in God and his Prophet feels oppression today. If a believer feels oppression and thinks that no one listens to him and that power respects only the mighty, that believer could be provoked to violent deeds. We saw things — horrors — in Bosnia that would make young people turn old. . . . Where were the big powers and the coalitions and the international organizations then? Where are they now, given what is going on in Palestine? The satellite channels have spread everywhere a knowledge of this oppression. »

Hassan then answered an e-mail message from a viewer. « Should we turn the other cheek, as Christ advised? » the viewer asked. « No, I say, » Hassan replied. « The Islamic umma must come to the rescue of the oppressed! »

This was soon followed by a call from a Palestinian viewer, Shaker Abdulaziz. He greeted Hassan and the host, wished them God’s peace and mercy, then delivered an angry prose poem. « The wolf, » he said, « should not be blamed if the shepherd is an enemy of his own flock! I saw the people, evildoers living next to evildoers, befriending the wolf and weeping with the shepherd. » Abdulaziz was speaking in code, but Al Jazeera’s viewers would understand his message: the false, treacherous shepherds were, of course, those Arab rulers who had betrayed their peoples and befriended the wolves of the West.

« I greet you from the Dome of the Rock, » Abdulaziz said. « A people are being slaughtered, liquidated and trampled upon. Where are the Arab rulers and armies? They do nothing! » Abdulaziz’s wrath grew stronger. He challenged the show’s guest preacher directly. « Is it not time for Sheik Hassan to call from this pulpit upon the Arab peoples to rebel, trample their rulers and replace them with a just ruler and the rule of the Islamic state? »

Maher, the smooth anchorman, did not challenge his guest’s assertions. He did not mention, for instance, that the West had come to the defense of Muslims in Kosovo. He simply moved on.

Next, a viewer named Hazem Shami — from Denmark, of all places — came on the line. « Peace be upon you, » he began. « The insistence of the colonizing nations, with America as their leader, on tying Islam to terrorism is merely due to the fact that America considers Islam as the sole obstacle to its hegemony over the Islamic world. Even though Islam is a message of peace and mercy, it still refuses the hegemony of the kuffar (infidels) over the Muslims in all matters — cultural, economic, military. Muslims should unite their countries in one Islamic state. Islam is the only challenge to world capitalism, the only hope after a black capitalist century. »

The man in Denmark had posed no question, but Hassan nonetheless took his bait. « The Jews are the ones responsible for spreading this hostile view of Islam, » the preacher explained. « The Jews dominate the Western media, and they feed the decision-makers this distorted view of Islam. No sooner did the attacks in America take place, the Jews came forth accusing the Muslims, without evidence, without proof. »

It was strange hearing this unyielding view of the faith and this talk of « infidels » coming from a man in Denmark. Islam, once a religion of Africa and Asia, had migrated across the globe; it had become part of Western European and North American life. But in bilad al-Kufr (« the lands of unbelief »), it had grown anxious. The caller lived in Western Europe, but the tranquil Danish world had not seeped into him. He had come to this satellite program, to this preacher, like some emissary of war. In close proximity to modern liberties, he had drawn back and, through Al Jazeera, sought the simplifications and certainties of extreme faith.

ne of Al Jazeera’s most heavily promoted talk shows right now is called « The First of the Century’s Wars, » in homage to the battle in Afghanistan. A recent episode featured three guests — one in Washington, one in London and one in the Doha studio. Demure at first glance, Montaha al Ramhi, the anchorwoman who led the discussion, is a woman of will and political preference. She was dressed on this day in the Hillary Clinton style: an orange blouse under a black suit-jacket. I could not make out her exact nationality in the Arab world; her accent didn’t give her away.

Ramhi’s subject for the evening was Osama bin Laden, and the responses of the Arab world to his message. Does bin Laden represent the sentiments of the Arabs, she asked, or is he a « legend » that the West has exaggerated? There would be her guest panelists, she announced, and there would be reports from the field, from the « streets » of the Arab world. The guest in Doha was a Palestinian writer and analyst by the name of Fayez Rashid; the guest in London was Hafez Karmi, director of the Mayfair Islamic Center; the third pundit was Shafeeq Ghabra, a liberal Kuwaiti political scientist who currently lives in Washington.

Karmi, a large man with a close-cropped beard, was dressed in a shiny silk suit, matched by a shiny tie. He had the exile’s emphatic politics, and he had the faith. Ghabra had his work cut out for him. Indeed, as soon as Rashid launched his first salvo, it became clear that Ghabra was to be a mere foil for an evening of boisterous anti-Americanism.

« He is a celebrated resister, » Rashid said of bin Laden. « The U.S. was looking for an enemy, and bin Laden had supplied it with the enemy it needed. He is an Arab symbol of the fight against American oppression, against Israeli oppression. . . . The U.S. had exaggerated Osama bin Laden’s threat. This is the American way: it was done earlier in the case of Iraq when the power of the Iraqi Army was exaggerated before it was destroyed. . . . Now the Americans want to kill bin Laden to defeat this newest Arab symbol. »

When Ghabra spoke, he offered a cautionary refrain. A new international order, he said, was emerging out of the wreckage of Sept. 11. « The world is being reshaped, » he said. He warned against allowing the « Arab street » to dictate policy. Surely, he said, one wanted leadership and judgment from the Arab world, lest it be further marginalized and left out of the order of nations.

For Karmi, however, Osama bin Laden was a « struggler in the path of God. » There was no proof, he added, that Osama bin Laden was responsible for the events of Sept. 11; he was merely a man who cared about the rights of Muslims. He asked and answered his own question: Why did the « Arab Afghans » — by which he meant the Arab volunteers who had gone to Afghanistan in the 1980’s to fight the Soviet Union — turn their wrath against the United States? « They have been made angry that the enemies are inside the Arab world, » he said, echoing bin Laden’s Oct. 7 videotape. « By its presence in the Arabian Peninsula, or in Palestine through its unlimited support for the killing of Palestinians, America has brought this anger on itself! »

Rashid, the guest in Doha, offered further absolution for bin Laden. The man, he argued, was just « part of the Arab anger in the face of American arrogance. »

The show paused for a commercial break. One ad offered a striking counterpoint to the furious anti-Westernism of the call-in program. It was for Hugo Boss « Deep Red » perfume. A willowy Western woman in leather pants strode toward a half-naked young man sprawled on a bed. « Your fragrance, your rules, Hugo Deep Red, » the Arabic voiceover intoned. I imagined the young men in Arab-Muslim cities watching this. In the culture where the commercial was made, it was nothing unusual. But on those other shores, this ad threw into the air insinuations about the liberties of the West — the kind of liberties that can never be had by the thwarted youths of the Islamic world.

Back on the air, Shafeeq Ghabra made his sharpest intervention of the program: There was a « democratic deficit » in the Arab world, he argued. « But if a Saudi citizen had to choose between bin Laden and King Fahd, he should choose King Fahd. Bin Laden has not come forth bearing a democratic project, or a new project to improve the condition of women, or to repair our educational system. What he proposes is a Talibanist project, which would be a calamity for the Arab people. »

Ramhi, the anchorwoman, interrupted him, talking over his voice. « Someone has to say to the United States, this is a red line! » she shouted. « Here and no more, in Palestine and Iraq, in other Arab realms! »

Ramhi soon cut off the discussion and segued to a taped segment from Egypt. The report, a Cairo street scene, was full of anti-Americanism. « Any young Muslim would be proud to be Osama bin Laden, » one young man said. « America is the maker of terrorism, » another asserted, « and it is now tasting its own medicine. » There was authenticity in this rage; it was unrehearsed and unprompted. The segment went on at some length.

Afterward, Ramhi admitted that there was a « minority opinion » to be found in Egypt. She cut to the brief comments of a quiet man, in a white shirt and tie, in the midst of a crowd. He was eager to exonerate his faith. « I am a good Muslim, » he said, « and Islam does not permit the killing of noncombatants. Islam could never countenance the killing of civilians. »

This dissent was immediately followed, however, by more belligerence. Men clamored for the « evidence, » insisting there was no proof of bin Laden’s guilt. And there was the unsettling verdict of the sole « woman on the street » interviewed. The young woman had a certain fundamentalist chic — a colored head scarf arranged with flair and a confident way about her. She spoke of bin Laden with unadorned admiration. « Bin Laden is the only personality who is doing the right thing at this time, » she said. « He is trying to awaken them from their slumber! »

Al Jazeera is the only Arab television station to have achieved global fame, but its status is inflated. The truth is, other Arab channels reach much wider audiences. The oldest, most successful of the pan-Arab satellite stations is the London-based Middle East Broadcasting Centre. The station is controlled by an in-law of King Fahd of Saudi Arabia. In addition to broadcasting the region’s most popular program, « Who Wants to Be a Millionaire » MBC has five news broadcasts of its own. MBC’s news programs come across as blandly professional. Compared to Al Jazeera, its reporters are staid, careful not to incur the wrath of Arab rulers or to challenge the established order. There is also the hugely popular Lebanese Broadcasting Corporation International. LBCI is loaded with entertainment programming, but it also regularly presents news. The news on LBCI, a privately owned station, also has a tepid feel. Syria dominates the Lebanese world, and its news broadcasts avoid broadcasting anything that would offend.

Despite its comparatively small audience, Al Jazeera has received almost all of the Bush administration’s attention so far. The doors in official Washington have now opened before Al Jazeera’s reporters. Since Sept. 11, there have been interviews with Secretary of State Colin L. Powell, Secretary of Defense Donald Rumsfeld and National Security Adviser Condoleezza Rice.

Surely, the emir of Qatar never imagined that the bet he took five years ago would be so amply rewarded. Al Jazeera still requires the emir’s subsidies, but the station’s heightened profile has brought it closer to solvency. Al Jazeera’s footage from Afghanistan, for example, has been sold to news outlets around the world, with individual clips selling for as much as $250,000. And earlier this fall, CNN and ABC made arrangements with Al Jazeera to broadcast the Arabic station’s exclusive video from Afghanistan.

Al Jazeera’s defenders tend to applaud its independence from the censors who control state-sponsored outlets in the Arab world. For the Egyptian novelist Ahdaf Soueif, there is the pleasure of channel-hopping at 2 in the morning and hearing a television station breaking with the widespread censorship and silence of the Arab news media. « It provides the one window through which we breathe, » Soueif recently wrote of Al Jazeera.

In one sense, Soueif is right: the Arab world needed to be challenged. This was a region where the official media, in August 1990, withheld news of Iraq’s conquest of Kuwait for three days. The pompous, sycophantic press in Arab countries — whose main function has been to report the comings and goings and utterances of the ruler of the land — has been dealt a major blow. For the first time, Arabs with a satellite dish now have access to uncensored news.

Al Jazeera’s viewers see things that people of the region are clearly not meant to see. On Oct. 21, Al Jazeera offered silent footage of Bright Star, a joint Egyptian-American military exercise, off the coast of Egypt. It was a potent commentary on the stealth cooperation of the Egyptian military with the Pentagon. And despite the fact that its coverage of the intifada was horribly slanted, Al Jazeera should get some credit for being one of the few Arab TV stations to interview Israelis.

That said, Al Jazeera’s virulent anti-American bias undercuts all of its virtues. It is, in the final analysis, a dangerous force. And it should treated as such by Washington.

A Madison Avenue advertising executive, Charlotte Beers, has been newly designated the under secretary of state for public diplomacy and public affairs. The aim is to win the propaganda war, or the battle of public diplomacy in the Muslim world. She has her work cut out for her. The Bush administration is eager to explain America’s war, eager for the Arabs and the Pakistanis to accept the justness of its military actions. But how can it possibly expect to persuade the reporters at Al Jazeera to change their deep-seated view of this conflict? It would therefore be folly for America’s leaders to spend too much energy trying to moderate Al Jazeera. It would be counterproductive to give Al Jazeera’s editors and reporters a special claim on the time of senior American officials.

There is a better strategy available to Washington. Instead of focusing on Al Jazeera, the White House could grant « pool interviews » to a large number of Arab stations. It could give the less inflammatory satellite stations, like MBC and LBCI, as much attention as Al Jazeera. Or, indeed, it could give them more. After all, MBC has a bigger audience; shouldn’t it have a bigger influence, too? Why not give MBC the scoop of an interview with President Bush? Why not give LBCI some exclusive access to White House officials?

Americans must accept that they are strangers in the Arab world. We can barely understand, let alone control, what Al Jazeera’s flak-jacketed reporters in Kabul and smooth anchorwomen in Doha are saying about us. An American leader being interviewed on Al Jazeera will hardly be able to grasp the insinuations, the hidden meanings, suggested by its hostile reporters. No matter how hard we try, we cannot beat Al Jazeera at its own game. But one thing is sure: there is no need to reward a channel that has made a name for itself through stridency and anti-Americanism.

There is a war on the battlefield, and that is America’s to win. But the repair of the Arab political condition — and the weaning of the Arab world away from radicalism — is a burden, and a task, for the Arabs themselves. The only thing America can do is make sure that it never gives this radicalism — and its satellite channel — a helping hand.

Fouad Ajami, professor of Middle Eastern studies at the School of Advanced International Studies at Johns Hopkins University, is the author most recently of  »The Dream Palace of the Arabs. »

Voir aussi:

When a reporter got too close to the story
Al-Jazeera journalist Taysir Alouni was jailed by a Spanish court last week after being found guilty of collaborating with al-Qaida. Is he a terrorist sympathiser or just very good at his job?

Giles Tremlett in Madrid

The Guardian

3 October 2005

It was a scoop of truly global proportions. Just a few weeks after al-Qaida redefined the world news agenda for a generation of journalists by attacking New York and Washington on September 11 2001, television reporter Taysir Alouni interviewed the planet’s most wanted man, Osama bin Laden.

« The battle has moved to inside America. We will continue this battle, God permitting, until victory or until we meet God, » Bin Laden warned him during an hour-long, recorded chat inside a tent.

Last week, however, it was looking like a scoop too far. Former al-Jazeera television correspondent Alouni was sent to jail for seven years by a Spanish court that deemed he had not just cultivated al-Qaida contacts as he pursued Bin Laden, but had actively collaborated with them.

His meteoric career as a star war correspondent for what has fast become one of the world’s most famous television news stations has been cut short.

« He was found guilty of doing his job. It was because of that Bin Laden interview, » his wife Fatima al-Zahra said after the verdict. She will now appeal on behalf of the 50-year-old Syrian-born reporter, while facing several years looking after their five children on her own.

The Bin Laden interview was not, in fact, the direct reason for the court’s verdict. But it was mentioned in a judgment that contained what was, according to whom you speak, either a frontal assault on journalism or a warning that not everything goes when it comes to chasing a world exclusive.

« Journalistic truth, like all other truths, cannot be obtained at any price, » the 450-page judgment read. « Taysir Alouni committed the wrongdoing of collaborating with a terrorist group and, for that, he must now pay. »

« This whole trial was, from the very beginning, politically motivated, » al-Jazeera chief editor Ahmed Sheikh says. « It is a precedent that is very negative for all of us in the media. It makes our lives much more difficult. If these charges had been brought in an English court, the judge would have surely thrown them in the dustbin. The court violated a legal principle in interpreting the principle of doubt not as in favour of the defendant but against him. »

Alouni’s relationship with al-Qaida, however, started well before he began working with al-Jazeera, according to the judgment. A trained economist, he moved to Spain in the 80s, teaching Arabic and doing various other jobs before ending up as a translator for Spain’s EFE news agency.

While there he met some of the people who, many years later in Madrid, would be his co-defendants in Europe’s biggest-ever al-Qaida trial. He also met the senior al-Qaida figures who would not just influence his future career as a journalist, but also be his eventual nemesis.

In 2000 his career leapt forward when he was appointed to open and then run a Kabul bureau for al-Jazeera, while Afghanistan was governed by the Taliban regime. It was a big step for Alouni.

« I still remember when I went with him to Kabul to open the bureau. It was his first appearance in television journalism. I was there helping show him how to do it in front of a camera, how to edit a story, to cut it and deliver it, » Sheikh says. « He just mastered the whole thing very quickly. He was a very good journalist – dedicated, balanced, with integrity and honour. »

In Kabul, apart from interviewing Bin Laden, he was the first to show damage caused to civilian targets by American bombs. « He was able to capture images of civilian victims in the destitute villages of Afghanistan and the miserable streets of Kabul, » the al-Jazeera website that campaigns for his release says. « His coverage triggered international outrage over the US action in Afghanistan. »

Shortly after he fled the city, as the Northern Alliance entered Kabul, a US bomb destroyed his bureau. He himself was set upon by unknown attackers as he witnessed things he refuses to talk about. « Scenes that, I’m sorry, I could not describe to anybody, » he once said.

Al-Jazeera was impressed. When war broke out in Iraq, he was sent to cover it. Authorities on both sides disliked him. Saddam Hussein ordered his expulsion. Then the Americans again attacked the al-Jazeera bureau, killing a staffer. A vast network of al-Jazeera helpers around the country allowed him to stay ahead of others in reporting the war. « The American troops didn’t like us because we contradicted through images and words what the Americans said, » he explained afterwards.

Crucial to Alouni’s early successes, however, were the names he already had in his contact book when he arrived in Kabul. While living in Spain, he had befriended fellow Syrian Imad Eddin Barakat Yarkas. Barakat was last week sentenced to 27 years after being found guilty of holding a command role in al-Qaida and collaborating with the September 11 plotters. Alouni claimed he had cultivated Barakat for professional reasons. « I was hoovering up professional information, » he said.

The court disagreed, saying things went much further. « Taysir Alouni did not belong to the group led by Barakat. He possibly felt superior to it … but he collaborated with it, » the judgment reads.

In Spain he had also got to know Mustapha Setmarian and Mohammed Bahaiah, two al-Qaida leaders who would be his key Kabul contacts. Alouni helped Bahaiah obtain Spanish residency papers by allowing him to say he was living at his Granada home – when he was actually in Turkey. When he went to Kabul, Alouni also took $4,000 to Bahaiah. This, he told the court, was done as a favour to a friend who owed Bahaiah money.

Alouni said his regular Kabul encounters with Bahaiah and Setmarian had a single aim – to gain intimate knowledge of one of the most secretive and unstructured organisations in the world, al-Qaida, and to make contacts within the Taliban regime. « I took advantage of the situation to extract information from them on what the Taliban were, on what al-Qaida was and on other organisations, » he explained.

The court, once again, disagreed. The reporter, they claimed, traded ethics for access. « Taysir helped them, not out of that sense of helping which forms part of the favours that all good Muslims should do for their fellows, but in order to obtain … exclusive information on al-Qaida and the Taliban regime, » the judges said.

Alouni denied knowing that Setmarian and Bahaiah were al-Qaida members. The court, yet again, did not believe him. He argued that carrying money was an act of Muslim good manners. « I took it, and that is not a bad thing … If you refuse you are looked upon badly. What is more, I was interested in these people because of the information that I needed, » Alouni said.

His boss at al-Jazeera agrees. « This is part of our culture. Taysir did it on a personal, individual basis, » says Sheikh. The broadcaster is backing Alouni’s appeal. In the meantime, it wants him bailed because of a heart condition.

The channel is not the only organisation worried by the sentence. « It sets a dangerous precedent, particularly for anyone who seeks to interview Bin Laden in the future, » says Jean-Francois Julliard of the watchdog Reporters Without Borders. « Journalists have always investigated terrorist groups. It’s part of our job. »

Alouni may now be wondering whether that first major scoop was worth it. Al-Jazeera – already facing US criticism – did not even screen it. Some of it was eventually shown, however, by CNN.

The court insists that too high a price was paid for the scoop. « Supposing that what he did in Afghanistan was done in order to get an interview with Bin Laden (which the defendant claims). If that aim had been achieved using methods that did not require punishment, it would merit recognition as a sign of his great worth; but when this achievement is the result of previous wrongdoings, the professional (journalist) must face up to the consequences of the law, » the judges said.

« We are convinced that he is innocent, » says Sheikh. « He will never lose his job. »

Voir également:

QATAR Le Club Med des terroristes
Alors que le Qatar affirme combattre l’extrémisme et a rejoint la coalition contre l’Etat islamique, différents rapports sur le terrorisme du département d’Etat américain montrent que des Qataris financent, avec l’aval de l’émirat, le mouvement djihadiste en Irak et en Syrie.
The Daily Telegraph/traduction Courrier international
Andrew Gilligan
30 Septembre 2014

Alors que le Royaume-Uni va intervenir en Irak, Alastair Campbell, le grand manitou de la communication de la précédente guerre en Irak [et ancien directeur de la communication de Tony Blair], s’est trouvé un nouveau boulot. Lui et son fils Rory écrivent désormais pour un blog sur le football, The Pressing Game, qui se targue d’être « vraiment indépendant » mais qui passe la majeure partie de son temps à réfuter les critiques concernant l’organisation par le Qatar de la prochaine Coupe du monde.

Malheureusement, comme Channel 4 l’a révélé le 26 septembre, The Pressing Game est un fait financé en secret par des lobbys qui travaillent pour le gouvernement qatari. Ce n’est pas la première fois que le minuscule royaume du Golf fait preuve d’un tel manque de transparence.

La semaine dernière par exemple, le cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, émir du Qatar, a donné sa première interview depuis son accession au trône en 2013. « Nous ne finançons pas les extrémistes, a-t-il déclaré sur CNN. « Si vous voulez parler de certains mouvements, notamment en Syrie et en Irak, sachez que nous les considérons tous comme des mouvements terroristes. » Le Qatar, qui accueille une importante base aérienne américaine, a d’ailleurs rejoint la coalition internationale contre l’Etat islamique (EI).

Les preuves de l’action du Qatar

La vérité est que, sans les financements importants que l’EI a reçus de certains individus au Qatar, il n’y aurait pas eu de guerre au départ. Au Royaume-Uni, Djihad John, l’homme avec un fort accent britannique présent sur les trois vidéos où sont assassinés les otages, incarne désormais aux yeux de l’opinion publique britannique la menace de l’EI.

La semaine dernière, alors même que l’émir du Qatar jurait ses grands dieux que le pays n’avait jamais financé l’EI, le Trésor américain a apporté la première preuve que l’argent du Qatar avait bien permis à Djihad John et à d’autres Britanniques de rejoindre la Syrie.

Dans ce document est ainsi révélé l’identité d’un terroriste du nom de Tariq Al-Harzi, se décrivant comme « l’émir pour la région frontalière entre la Syrie et la Turquie, chargé par l’EI d’accueillir les nouveaux combattants étrangers et de les équiper d’armes légères avant de les envoyer en Syrie ».
Il était d’ailleurs « responsable des combattants étrangers venus du Royaume-Uni ».

La vigilance du Qatar est « inexistante »

En septembre, selon le Trésor américain, Tariq  Al-Harzi « a permis à l’EI de recevoir 2 millions de dollars d’un intermédiaire financier de l’EI basé au Qatar, à condition que cet argent soit affecté uniquement à des opérations militaires. L’intermédiaire financier basé au Qatar avait également recruté Al-Harzi pour lever des fonds au Qatar. »

Doha rétorquera qu’il s’agit d’individus privés et non du gouvernement. Mais tout Etat, et encore plus une autocratie du Golfe, a les moyens d’empêcher ce genre de chose, à condition de le vouloir.

Or, à en croire les derniers rapports sur le terrorisme du département d’Etat américain, la vigilance du Qatar à ce sujet est « inexistante ». Certes, il existe des lois réprimant le blanchiment d’argent et le financement des organisations terroristes mais leur mise en application est « aléatoire » et marquée par de « graves carences ».

Par ailleurs, les preuves des liens du gouvernement qatari avec les extrémistes (dont certains ont réussi à lever des fonds alloués par la suite à l’EI) sont irréfutables. « Entre huit et douze personnalités éminentes au Qatar ont récolté des millions de dollars pour les djihadistes, a déclaré un diplomate occidental local. Et ils ne s’en cachaient guère. »

Des juteuses fusions

La plupart de ces personnalités récoltaient au départ de l’argent pour le Front Al-Nosra, une filiale d’Al-Qaida en Syrie. L’argent a coulé à flots l’année dernière quand Al-Nosra et l’EI ont officiellement fusionné et mis en commun leurs combattants et leur matériel. Mais ce partenariat fut de courte durée et a pris fin en début d’année. Une partie du financement et des armes envoyés par le Qatar à Al-Nosra entre avril 2013 et févier 2014 a alors échu à l’EI.

Le Qatar : « valet des Américains » ou « club Med des terroristes » ?
Arnaud Caldichoury

Challenges
15-01-2015

INTERVIEW Après les attentats djihadistes de Paris, une question revient souvent: Le Qatar finance-t-il l’Etat Islamique? Fabrice Balanche, spécialiste du Moyen-Orient, y répond.

« Le Club Med des terroristes ». Cette périphrase, employée par le journal Courrier International pour désigner le Qatar, en dit long sur les doutes qui pèsent sur ce pays au sujet du financement du terrorisme.

Ce sentiment de défiance envers Doha s’est d’ailleurs accentué depuis la divulgation de rapports du département d’Etat américain, qui s’interroge sur le financement de l’Etat islamique (EI) et d’Al-Qaïda par des fortunes du Qatar. Et les récents attentats qui ont frappé de plein fouet Charlie Hebdo et plus généralement la France, ne font qu’enflammer le débat. Le Qatar serait-il le bailleur de fonds des organisations djihadistes ?

Dans le même temps, le Qatar est en plein essor économique et plusieurs partenaires commerciaux (les Etats-Unis et la France au premier chef) cherchent à profiter de ce marché florissant. Alors qu’Airbus a d’ores et déjà réalisé sa première livraison de l’A350 à la compagnie aérienne Qatar Airways, la France cherche à vendre son Rafale et se veut la plus attractive possible afin d’attirer les investissements qataris, au risque d’enfreindre la loi à travers l’octroi aux Qataris d’avantages fiscaux trop juteux.

Les puissances occidentales fermeraient-elles les yeux sur certains agissements du Qatar, afin de ne pas se mettre à dos un partenaire économique primordial ?

Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon 2 et directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient  à la Maison de l’Orient, revient sur la question des financements et analyse la situation géopolitique du Qatar au Moyen-Orient.

1) Selon vous, le Qatar finance-t-il l’Etat Islamique ?

Avant toute chose, il faut remettre la question du financement de ces organisations terroristes dans un contexte de rivalité entre l’Arabie Saoudite et le Qatar. En effet, depuis longtemps, l’Arabie Saoudite veut mettre le Qatar et le Koweït sous sa domination. Mais le Qatar ne se laisse pas faire. La compétition entre les deux chaînes télévisées Al-Jazeera (qatarienne) et Al-Arabiya (saoudienne) symbolise cette confrontation âpre entre les deux pays du Golfe.

Au-delà de la sphère médiatique, le Qatar prend très fréquemment le contre-pied de la politique saoudienne. Alors que l’Arabie Saoudite se méfie des Frères musulmans, le Qatar se montre très accueillant à leur égard. Et depuis que l’Arabie Saoudite soutient les groupes salafistes de l’opposition syrienne, le Qatar cherche à faire de même pour limiter l’influence saoudienne dans la région. On a affaire à une véritable lutte d’influence entre le Qatar et l’Arabie Saoudite pour dominer l’opposition syrienne.

Ainsi, le Qatar a financé le Front Al-Nosra (ou Nosra) jusqu’à la scission intervenue en avril 2013. L’organisation, rattachée à Al-Qaïda, est pourtant inscrite sur la liste terroriste des Etats-Unis depuis le 20 novembre 2012 et la déclaration d’Hillary Clinton.

Après la scission en avril 2013 – autrement dit la séparation entre Nosra dirigé par le syrien Al-Joulani et l’Etat islamique (EI) conduit par l’irakien al-Baghdadi – le Qatar a choisi de soutenir l’EI contrairement à l’Arabie Saoudite qui continue de financer Nosra.

Néanmoins, la réalité est bien plus complexe encore. Si l’EI est une organisation soudée et structurée, les groupes de Nosra, bien qu’ils prêtent tous allégeance, semblent bien plus autonomes. Ainsi, le Qatar peut être également amené à financer un groupe de combattants se revendiquant de Nosra pour un intérêt particulier. De même, il existe différents clans en Arabie Saoudite, qui est loin d’être un royaume monolithique. Ces familles soutiennent aussi bien Nosra que l’EI.

Plus largement encore, ce qu’il faut comprendre, c’est que les véritables rivaux de l’Arabie Saoudite et du Qatar, ce sont toutes les entités qui constituent le « croissant chiite » (l’Iran, la Syrie des Alaouites, l’Irak chiite pro-irannienne et le Hezbollah). Dans cette optique, l’EI et Nosra sont en fait des alliés stratégiques, dans le sens où ces organisations peuvent briser cet axe pro-iranien !

Il n’y aura jamais de preuve papier sur ce financement qatari et saoudien des organisations terroristes, mais celui-ci est tout de même probable.

2) Pourtant, le Qatar est également considéré comme un « sous-fifre » des Etats-Unis. Pour preuve, la plus grande base militaire américaine se situe au Qatar, et le Qatar sous-traite la gestion de sa défense nationale aux Etats-Unis. Comment se fait-il que les Etats-Unis cautionne ce genre de financements ?

Les Etats-Unis ont probablement dû taper sur les doigts du Qatar à ce sujet. Mais ils ne contrôlent pas tout ce qui se passe dans la région. Ils ferment parfois les yeux (ou participent même) aux financements de groupes terroristes.

Il est utile de rappeler qu’il y a deux axes principaux dans la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient :

Tout d’abord, il faut savoir que les Etats-Unis sont les principaux bénéficiaires de l’essor économique du Qatar. Ils se taillent la part du lion sur le marché qatari et leur objectif principal consiste donc à préserver leur position.
La deuxième priorité des Américains concerne la sécurité d’Israël. Le lobbying israélien aux Etats-Unis est puissant, et cet enjeu sécuritaire est souvent à l’ordre du jour en période électorale.
Afin de remplir ces obligations, les Etats-Unis se doivent de trouver des points d’ancrage dans la région. A cet égard, leur  influence sur l’Arabie Saoudite et le Qatar est considérable. Les Américains jouent d’ailleurs sur la rivalité entre les deux pays en misant sur une stratégie bien connue : « Diviser pour mieux régner ».

Néanmoins, les Etats-Unis ne contrôlent pas tout, et ils se sont même laissés entrainer par le Qatar lors du Printemps arabe. A ce moment-là, le Qatar défendait les mouvements révolutionnaires, et soutenait plus particulièrement la prise de pouvoir des Frères musulmans. Le Qatar se servait du modèle de la Turquie islamo-démocrate d’Erdogan (dont le Parti de la justice et du développement est très proche des Frères musulmans)  pour défendre les Frères musulmans et gagner la confiance de l’administration d’Obama.

 La carte des révoltes du Printemps arabe – Crédit : Le Monde

Les Etats-Unis ont donc laissé faire, en pensant que tout cela allait aboutir à une démocratisation du monde arabe. Il ne fallait, selon eux, pas s’opposer au sens de l’histoire. Ainsi, le Qatar a pu acheter les élections, notamment en Tunisie et en Egypte, qui ont abouti respectivement à la prise de pouvoir du parti Ennahdha et de Mohamed Morsi.

Cependant, les masques sont rapidement tombés : Morsi, surnommé très tôt « le pharaon », s’accordait les pleins pouvoirs en novembre 2012 après cinq mois à la tête de l’Egypte. Et la Turquie d’Erdogan, première prison au monde pour les journalistes, n’est pas exempt de tout reproche non plus.

Les Etats-Unis se sont faits berner en laissant les Frères musulmans prendre le pouvoir. Présentés comme l’alternative idéale, ceux-ci font preuve d’autoritarisme, et c’est le moins que l’on puisse dire!  En 1981, Sadate est assassiné par d’ex-membres de la confrérie des Frères musulmans passés à l’extrémisme. Al-Zawahiri lui-même, le chef du réseau terroriste Al-Qaida, était un frère musulman.

Les Frères musulmans sont-ils des terroristes ? La question se pose. Ils sont en tout cas considérés comme tels par le gouvernement égyptien, la Russie et l’Arabie saoudite. Si on part de cette hypothèse, les Etats-Unis auraient donc comme le Qatar financé des terroristes.

Par ailleurs, les Etats-Unis financent parfois involontairement des djihadistes. Lorsque Al-Nosra a été considéré par les Etats-Unis comme une organisation terroriste, le front a crée de nouveaux groupuscules avec des fausses dénominations afin de capter les financements américains. Le groupe Jaysh al-Islam (Armée de l’Islam) a par exemple été financé par les Etats-Unis avant que son affiliation avec Al-Qaïda ne soit démontrée.

Enfin, lors de la libération d’otages, les pays occidentaux demandent souvent au Qatar de faire la médiation et de payer une rançon aux organisations terroristes.  Cela peut être également considéré comme du financement aux djihadistes.

3) Au-délà de ses investissements dans le sport et les médias, quelle est la stratégie diplomatique du Qatar depuis l’échec des Frères musulmans ?

Les échecs d’Ennahdha en Tunisie et des Frères musulmans en Syrie (le nouveau chef à la tête de la CNS est pro-saoudien), ainsi que le coup d’Etat en Egypte ont considérablement affaibli le Qatar.

Le Qatar utilise dorénavant la cause palestinienne afin de défendre ces intérêts dans la région et de revenir dans le jeu diplomatique international. Doha s’est servi de la guerre de Gaza à l’été 2014  pour s’affirmer comme le médiateur incontournable dans la péninsule arabique. Le pays met en avant son influence considérable sur le Hamas (qu’il finance) et prétend pouvoir négocier un cessez-le-feu ou même résoudre le conflit israélo-palestinien.

4) Al-Qaïda affirme avoir financé l’opération de Charlie Hebdo et recruté les frères Kouachi qui ont assassiné douze personnes. Amedy Coulibaly prétend, lui, avoir été envoyé par l’EI. Comment ces organisations djihadistes manipulent-ils ces jeunes terroristes ?

En France, la situation s’est dégradée de façon continue dans les banlieues, comme à Roubaix ou au nord de Marseille. Les imams radicaux ont prospéré dans ces zones et manipulent des jeunes faibles psychologiquement et complètement perdus socialement.

La mystique djihadiste est simple : le but final est de ré-islamiser la société dans le monde arabe. Selon le Hamas, Dieu les a punis avec la création d’Israël, parce qu’ils n’étaient pas de bons musulmans. Il faut donc s’unir afin de reprendre Jérusalem.

Grâce au développement d’Internet et des chaînes satellitaires, les idéologues montrent à ces populations musulmanes les bombardements incessants d’Israël, soutenu par l’Occident, sur les Palestiniens. Ils les manipulent et les dressent contre l’Occident.  La prise d’otages dans l’hyper casher n’est que la résultante de cet endoctrinement.

La situation en Syrie est également exploitée par les idéologues islamistes. Ils accusent l’Occident de laisser les musulmans rebelles en Syrie se faire tuer. Ils veulent convaincre les jeunes djihadistes que Bachar el-Assad soutient en fait Israël et l’Occident, et que ceux-ci cherchent à affaiblir les musulmans à travers la guerre civile syrienne.

Les récents bombardements de la coalition internationale sur l’EI font d’ailleurs  le jeu des prédicateurs islamistes, qui crient au complot : les Etats-Unis et Bachar el-Assad se seraient alliés pour défendre Israël.

Mohamed Merah, les frères Kouachi, Amedy Coulibaly … ils sont tous manipulés par ces théories djihadistes.

How Qatar is funding the rise of Islamist extremists
The fabulously wealthy Gulf state, which owns an array of London landmarks and claims to be one of our best friends in the Middle East, is a prime sponsor of violent Islamists
David Blair and Richard Spencer
20 Sep 2014

Few outsiders have noticed, but radical Islamists now control Libya’s capital. These militias stormed Tripoli last month, forcing the official government to flee and hastening the country’s collapse into a failed state.
Moreover, the new overlords of Tripoli are allies of Ansar al-Sharia, a brutal jihadist movement suspected of killing America’s then ambassador to Libya, Christopher Stevens, and of trying to murder his British counterpart, Sir Dominic Asquith.
Barely three years after Britain helped to free Libya from Col Gaddafi’s tyranny, anti-Western radicals hold sway. How could Britain’s goal of a stable and friendly Libya have been thwarted so completely?
Step forward a fabulously wealthy Gulf state that owns an array of London landmarks and claims to be one of our best friends in the Middle East.
Qatar, the owner of Harrods, has dispatched cargo planes laden with weapons to the victorious Islamist coalition, styling itself « Libya Dawn ».

Western officials have tracked the Qatari arms flights as they land in the city of Misrata, about 100 miles east of Tripoli, where the Islamist militias have their stronghold. Even after the fall of the capital and the removal of Libya’s government, Qatar is « still flying in weapons straight to Misrata airport », said a senior Western official.

So it is that Qatar buys London property while working against British interests in Libya and arming friends of the jihadists who tried to kill one of our ambassadors. A state that partly owns 1 Hyde Park, London’s most expensive apartment block, and the Shard, the city’s tallest building, is working with people who would gladly destroy Western society.

A view of the Shard and the city

The remarkable truth is that few in the Middle East would be shocked. From Hamas in the Gaza Strip to radical armed movements in Syria, Qatar’s status as a prime sponsor of violent Islamists, including groups linked to al-Qaeda, is clear to diplomats and experts.

Qatar’s promotion of extremism has so infuriated its neighbours that Saudi Arabia, Bahrain and the United Arab Emirates all chose to withdraw their ambassadors from the country in March.

Take Syria, where Qatar has been sponsoring the rebellion against Bashar al-Assad’s regime. In itself, that policy places Qatar alongside the leading Western powers and much of the Arab world.

But Qatar has deliberately channelled guns and cash towards Islamist rebels, notably a group styling itself Ahrar al-Sham, or « Free Men of Syria ». Only last week, Khalid al-Attiyah, the Qatari foreign minister, praised this movement as « purely » Syrian.

He added that its fighters had suffered heavy losses while combating the Islamic State of Iraq and the Levant (Isil), the group behind the murder of David Haines, the British aid worker, and which is holding John Cantlie and Alan Henning hostage.

Far from being a force for moderation, Ahrar al-Sham played a key role in transforming the anti-Assad revolt into an Islamist uprising. Its men fought alongside Jabhat al-Nusra, an al-Qaeda affiliate, during the battle for Aleppo and they were accused of at least one sectarian massacre.

Instead of fighting Isil, Ahrar al-Sham helped the jihadists to run Raqqa, the town in eastern Syria that is now the capital of the self-proclaimed « Caliphate ». This cooperation with Isil happened for some months until the two groups fell out last year.

Last December, the US Treasury designated a Qatari academic and businessman, Abdul Rahman al-Nuaimi, as a « global terrorist ». The US accused him of sending nearly £366,000 to « al-Qaeda’s representative in Syria », named as Abu Khalid al-Suri.

Suri has also been a senior commander of Ahrar al-Sham. If America was right to describe him as « al-Qaeda’s representative », then there was an overlap between the leadership of the two groups.

Mr Nuaimi is also accused by the US treasury of transferring as much as $2 million per month to « al-Qaeda in Iraq » and $250,000 to al-Shabaab, the movement’s affiliate in Somalia. Mr Nuaimi denies the allegations, saying they are motivated by his own criticism of US policy.

Abdul Rahman al-Nuaimi

But critics question why Qatar has failed to act against him. « It’s deeply concerning that these individuals, where sufficient evidence is in place to justify their inclusion on the US sanctions list, continue to be free to undertake their business dealings, » said Stephen Barclay, the Conservative MP for North East Cambridgeshire.

Qatar’s investment in Britain is so extensive, and the Foreign Office is so anxious to win its favour, that some question whether UK diplomats will have the resolve to ask robust questions. « If diplomats are focused on winning commercial contracts, there is a danger they will be reluctant to ask tough questions on the funding of unsavoury groups, » said Mr Barclay.

A Foreign Office spokesman insisted there was no such risk, saying: « We encourage further progress to prevent terrorist financing from individuals in the [Gulf] region. We have honest and robust conversations with all our Gulf partners on these issues, including Qatar. »

One diplomat from a country in the Middle East said Jabhat al-Nusra had been a beneficiary of Qatar’s help for a period last year. « They are partly responsible for Jabhat al-Nusra having money and weapons and everything they need, » said the diplomat.

There was no evidence of Qatar’s largesse going directly to Isil, he added, but this could have taken place by accident rather than design. « I don’t think they have any intention to support Isil, but it’s a fact they did support Jabhat al-Nusra. And some people moved from Jabhat al-Nusra and went over to Isil and they took their weaponry with them, » added the diplomat.

Four branches of the Qatari government handle relations with armed groups in Syria and Libya: the foreign ministry, the defence ministry, the country’s intelligence agency, and the personal office of the ruler, Emir Tamim bin Hamad al-Thani.

In the case of Syria, Qatar’s chosen method for supporting its favoured insurgents is to pass large sums to middlemen in Turkey. These figures then use the money to buy weapons from third countries, notably Croatia, and arrange for their onward transfer to rebels in Syria.

Experts question how much control Qatar has over this process and whether the middlemen might be pursuing their own aims and pocketing much of the money.

« Qatar was handling weapons and supplies for Syria, but they were never really keeping a full grip on the nature of the conflict, » said Michael Stephens, the deputy director of the Royal United Services Institute’s office in Qatar. Others believe that Qatar was acting very deliberately.

Last month, Gerd Müller, the German international development minister, implicated Qatar in the rise of Isil. « You have to ask who is arming, who is financing Isil troops. The keyword there is Qatar, » he said.

Yet a state endowed with large reserves of gas and oil and one of the world’s biggest sovereign wealth funds can wield immense influence, even over Berlin. Qatar was duly able to secure a formal withdrawal of this charge from the German government.

On Wednesday, the 34-year-old Emir of Qatar, who was educated at Harrow and Sandhurst, took pains to deny the accusation while standing alongside Angela Merkel, the German Chancellor. « What is happening in Iraq and Syria is extremism and such organisations are partly financed from abroad, but Qatar has never supported and will never support terrorist organisations, » he said.

The credibility of that denial depends partly on how you define a « terrorist organisation ». Qatar has let Hamas, the armed Palestinian movement, base its political leadership in Doha since 2012. Qatar’s government has funded Hamas and the previous Emir paid an official visit to the Hamas-ruled Gaza Strip in 2012.

As a small country with relatively weak armed forces and 250,000 citizens, Qatar is trying to guarantee its security by reaching in every direction. As well as providing an office for Hamas, Qatar also hosts the forward headquarters of US Central Command and the al-Udeid military airbase, serving as the hub for all American air operations in the region.

Qatar has not completely ignored the concerns of its Western allies. When it transferred surplus arms from Libya to rebels in Syria, Qatari officials weeded out any surface-to-air missiles, in obedience to America’s demand to prevent the supply of this particular category of weapon.

But Qatar’s willingness to support extremists has caused private dismay. « It’s a puzzle and, to be honest, it’s a distasteful one, » said a former Western official who has dealt with Qatar.

« There are people around the Gulf who are supporting people who are grotesque in their values and seem incapable of translating it into their minds how grotesque it is. »

Voir aussi:

Le Qatar pris pour cible
Yves Bourdillon

Les Echos

12/01/15

La France défend la réputation du Qatar. De riches qataris sont soupçonnés d’avoir financé des organisations terroristes.

« Le Qatar finance le PSG… et le terrorisme ». La bannière des supporters bastiais avant le match de football de samedi a choqué (elle a été rapidement retirée). Et poussé Nicolas Sarkozy comme Laurent Fabius à monter au créneau lundi pour défendre la réputation du petit émirat, aux considérables intérêts financiers en France et allié de Paris au Proche-Orient et en Libye. Le ministre français des Affaires étrangères a récusé cette accusation, soulignant qu’ont été « effectuées les vérifications nécessaires, par tous les services. »

Le Qatar, pays de seulement 280.000 citoyens (pour une population totale de 2 millions) mais disposant des troisièmes réserves mondiales de gaz n’est en effet pas seulement propriétaire du PSG. Via notamment son fonds d’investissement, le troisième le plus riche du monde, il est aussi un actionnaire minoritaire, de 1 à 5 %, d’EADS, Vinci, Veolia, Total, Vivendi et LVMH. Il est l’actionnaire principal de Lagardère et possède Le Printemps, l’hôtel Royal Monceau, la chaîne TV beIn Sports.

Sa chaîne à diffusion mondiale, Al Jazeera est aussi la source d’information de référence d’une large partie des musulmans en France. C’est là que le bat blesse car Al Jazeera suit une ligne éditoriale nettement anti-occidentale, relayant notamment les prêches haineux de Youssef Al Qaradawi. Sa direction, selon la fuite d’un mail interne, a critiqué la campagne mondiale de soutien à « Charlie Hebdo », dont les dessins étaient « offensants ».

Ambiguïté
Une ligne éditoriale qui ne suffit pas pour autant à faire du Qatar un sponsor du terrorisme. C’est plutôt sur le plan financier que Doha est critiqué. Le Qatar a joué la carte islamiste durant le printemps arabe, au risque de se fâcher avec ses voisins saoudiens ou du Koweït. Il clame qu’il n’a jamais eu aucun lien avec des terroristes. De fait, ce n’est pas l’Etat qatari qui aurait financé les djihadistes mais de riches qataris, au début de la guerre civile en Syrie.

David Cohen, le sous-secrétaire du Trésor américain, avait affirmé en novembre que deux hommes d’affaires, ayant pignon sur rue à Doha, Khalifa Muhammad Turki Al Subaiy et Abd Al Rahman bin Umayr Al Nuaymi, sont des financiers avérés de l’Etat islamique ou d’Al Qaida. Al Nuaymi, un ancien président de la Fédération qatari de football, fournirait 2 millions de dollars par mois aux djihadistes en Syrie.

« Le Qatar constitue un environnement permissif pour le financement du terrorisme  », résume un rapport de la Fondation pour la Défense de la Démocratie, une ONG à Washington. Qui ajoute que Doha refuse d’agir contre « plus de vingt individus sanctionnés par Washington pour financement du terrorisme ».

Voir également:

 Al Jazeera, le nouveau muezzin des quartiers
Rafi hamal

Le Ravi

le 26/09/2011

Al Jazeera fait kiffer les cités populaires de la région. Et les cités le lui rendent bien : son audience ne cesse de croître alors même que la version francophone de la chaîne du Qatar reste encore un projet. Elle catalyse les émotions et les frustrations. Est-elle un danger ?

Quel point commun entre ces jeunes d’un quartier populaire d’Avignon, les chibanis d’une résidence sociale de Toulon ou les militantes d’une association de femmes de Marseille ? Ils sont férus d’Al Jazeera. Quatorze ans après son lancement, la chaîne arabe a réussi à se faire un nom. Créée au Qatar, elle est née aux yeux du monde avec un scoop : la première vidéo de Ben Laden. Fondée en 1996, elle a, depuis 2006, une petite sœur en langue anglaise. Pour l’heure, en France, la chaîne se regarde un peu du coin de l’œil. Et pour cause ! Très peu de gens la comprennent. Les programmes sur Al Jazeera, sont diffusés en arabe littéraire. Les populations issues de l’immigration maghrébine parlent l’arabe dialectal. Mais son audience, déjà significative, devrait augmenter. Les autorités du Qatar ont l’ambition de lancer, à l’horizon 2011, Al Jazeera en français. Même si rien n’est encore acté, Doha veut récupérer ainsi le marché de la population française d’origine maghrébine et, en Afrique, pénétrer les pays francophones.

Renaissance mémorielle

Sans attendre, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, les toits et les balcons des banlieues fleurissent de paraboles. Al Jazeera, après avoir été la chaîne des parents, est-elle en voie de devenir la chaîne des enfants du bitume, ceux des grandes barres de Marseille, Nice, Avignon et Toulon ? Le sociologue Saïd Bouamama, spécialiste de l’immigration, initiateur de l’appel des Indigènes de la République, a son idée sur la question. « Il y a un réel divorce avec les chaînes nationales qui passent les mêmes images stigmatisantes et dégradantes des banlieues, souligne-t-il. En 2005 lors des émeutes, elles n’ont quasiment pas donné la parole aux jeunes. Les gens de ces quartiers ont soif d’une autre information, plus objective moins réductrice. »

Il est impossible de quantifier avec rigueur l’étendue de l’audimat. Mais incontestablement, la chaîne qatarie s’est ouverte sur ce terreau de nouveaux espaces. Des lieux géographiques, mais aussi des couches sociales, où l’on affirme ouvertement « son ras-le-bol et son mal-être ». Une phrase qui se répète dans toutes les cités de la région chez les chômeurs, les Rmistes comme chez les jeunes militants-intellos déclassés. « Pour des gens qui ont le sentiment de vivre dans une société où ils ne sont ni valorisés ni reconnus, Al Jazeera est en quelque sorte un catalyseur, précise Mohamed Adraoui, enseignant à Sciences-Po Paris. Les quartiers ont le sentiment de ne pas être acteurs de leur propre discours, mais d’être des éternels sujets. Le fait que la chaîne existe est important, en terme de symbole et de fierté. » Une sorte de « Renaissance mémorielle » selon la formule de l’intellectuel suisse Jean Ziegler…

Images chocs

Ne court-on pas, à terme, le risque de voir une partie de la communauté nationale s’enfermer dans un ghetto cathodique ? C’est la question que s’est posé, à sa manière, Jean de Boishue, conseiller de François Fillon, ancien secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, qui, dans un livre brûlot intitulé « Banlieue, mon amour » (1) paru en 1995, s’interroge ouvertement : « Les Arabes vivent chez nous, mais le soir ils rentrent chez eux. Les paraboles les relient à Dieu, les pays frères ou la voix de leurs maîtres. Plus la parabole absorbe de signaux lointains venus d’Orient, plus la France devient inutile. » Faut-il sonner le tocsin ?

« Pas du tout ! », rassure Claire Talon, doctorante à Sciences-Po Paris, auteure de nombreux travaux sur les médias arabes. Elle publiera en mars un livre sur la chaîne du Qatar. « Al-Jazeera n’a, pour l’heure, pas de programme adapté, pas de discours spécifique à l’attention des Français issus de l’immigration, explique-t-elle. L’impact immédiat est très limité, à cause de la barrière de la langue. Les gens sont comblés, pas forcément par l’offre informative, mais de manière symbolique par les images. » Sauf que les écrans de la chaîne, sont justement ripolinés à coup d’images chocs qui impriment la rétine. En janvier 2009, l’armée israélienne refait la géographie de Gaza à coup de bombes et de missiles. Les reportages sur les réfugiés palestiniens, hagards dans une ville muée en décor sépulcral ont déclenché un immense choc émotionnel dans l’opinion et, accessoirement, converti de nouveaux téléspectateurs.

La chaîne des banlieues ?

« Avant 2009, les seuls qui choisissaient de regarder les chaînes arabes, c’étaient les parents, constate Fouzia professeur à Toulon. Aujourd’hui, même les « beurs » de la deuxième ou troisième génération regardent Al Jazeera. A la longue, cette chaîne vous fout des cailloux dans la tête. Il n’y a que stigmatisation et violence. Après une journée de problème, si vous regardez ça, ça vous bouffe littéralement. » Elle, résiste encore. Pas Farid, qui vient de fêter ses 30 printemps : « La journée, la société me fait comprendre que je suis différent, pourquoi voulez-vous que le soir je me reconnaisse dans ces chaînes de télé trop blanches où des politiques blancs s’adressent à des blancs ? Et puis faut se rendre compte du traitement de l‘actualité. Quand je voyais, pendant la guerre de Gaza, ce que montrait TF1 ou France 2 et ce que montrait Al Jazeera ! Les chaînes nationales ont présenté une guerre sans victime, avec Al Jazeera, on a vu ce que faisait réellement l’armée israélienne. »

« Al Jazeera a indiscutablement gagné en notoriété après le conflit de Gaza en 2009, confirme Alain Gresh, directeur adjoint du Monde Diplomatique. La question palestinienne mobilise énormément dans les quartiers. Et la chaîne a su donner un autre récit, en se montrant sur le terrain et en accordant une place centrale aux victimes. L’histoire du monde, depuis des siècles est montrée par des occidentaux, là ce n’est plus le cas. » Tout oppose partisans et détracteurs d’Al Jazeera. Tout, sauf un point essentiel, sur lequel ils s’accordent : l’importance de son auditoire futur si elle devient francophone.

Pour la sénatrice, d’Europe-Ecologie, Alima Boumediene-Thiery, cela ne fait aucun doute : « ce sera assurément la chaîne des banlieues ! » Pour d’autres, sans aller jusqu’à « l’odieux visuel » on en est pas loin. « J’ai une certaine inquiétude de voir le conflit israélo-palestinien importé ici, même si Al Jazeera n‘est pas Al Manar (2) je reste vigilant », avoue Clément Yana, ancien président du CRIF Paca, le Conseil représentatif des institutions juives de France. « Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, tranche Alain Gresh. Les pressions du gouvernement sont très fortes pour que cette chaîne francophone ne voit jamais le jour. Le gouvernement français a une vision sécuritaire de l’offre télévisuelle arabe, et il a peur qu’en cas de nouvelle Intifada, le conflit soit amplifié et importé. » Mais déjà, dans nos villes, des jeunes en mal de repères, cohabitent dans un rapport de totale indifférence avec le reste de la population…

Voir de plus:

Attaques au Canada: le manuel du parfait petit djihadiste appliqué au pied de la lettre
L’Express avec AFP

24/10/2014

En moins d’une semaine, le Canada a été la cible de deux attaques terroristes, l’une dans la région de Montréal, l’autre à Ottawa. Deux soldats ont trouvé la mort. Dans les deux cas, les auteurs semblent avoir agi en dehors de tout réseau organisé.
Abattre un soldat en faction, s’attaquer aux symboles du pouvoir, renverser en voiture un militaire… Si les deux attaques terroristes commises cette semaine au Canada ne sont, selon les services de renseignements, pas liées, elles ont néanmoins un point commun. Michael Zehaf-Bibeau à Ottawa et Martin Rouleau-Couture dans la région de Montréal ont appliqué à la lettre les consignes des organisations terroristes.

Depuis plusieurs années Al-Qaïda exhorte, à longueur d’articles ou de vidéos sur Internet, ses recrues et ses volontaires à passer à l’action sans ordre précis, sans organisation pour les entraîner ou les soutenir, glorifiant à l’avance ces « héros du djihad individuel ». Un leitmotiv repris en septembre par l’organisation Etat islamique (EI). « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien (…) alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière », a déclaré Abou Mohammed al-Adnani, le porte-parole de l’EI.

« Comment faire une bombe dans la cuisine de votre mère »

Dès l’automne 2010, dans le magazine djihadiste en anglais « Inspire », le converti américain Adam Gadahn (dit « Azzam l’Américain ») évoquait « les devoirs du djihad individuel ». Un peu plus tard, dans une vidéo intitulée « Vous n’êtes responsables que de vous-mêmes », il lançait: « Les Musulmans en Occident doivent savoir qu’ils sont parfaitement positionnés pour jouer un rôle décisif dans le djihad contre les sionistes et les croisés. Alors, qu’attendez-vous? »

Les magazines djihadistes en ligne ont multiplié les recettes de fabrication artisanale de bombes (« Comment en faire une dans la cuisine de votre mère ») et les listes de cibles, au premier rang desquelles figurent systématiquement les militaires occidentaux, suivis des hommes politiques et des lieux de pouvoir symboliques aux Etats-Unis et chez leurs alliés. Contre elles, tout est bon: leur tirer dessus à l’arme de guerre ou de chasse, les poignarder, poser des bombes artisanales, répandre du poison, utiliser voiture ou camion comme arme. « Le moujhahid doit pratiquer le djihad individuel là où il vit et réside, sans avoir à affronter les épreuves du voyage vers les terres où le djihad est possible », expliquait en 2012 la revue. « L’ennemi est partout. »

Des loups solitaires difficiles à neutraliser

Les experts ont depuis longtemps mis en garde contre le danger que représentent des individus isolés qui, s’ils ne sont pas en mesure de monter des attaques de grande envergure, sont, en restant prudents et discrets avant de bouger, quasiment impossibles à repérer. « Comment les neutraliser? C’est très difficile. Il faut une législation adaptée, des moyens préventifs », explique Louis Caprioli, sous-directeur chargé de la lutte anti-terroriste de 1998 à 2004 à la Direction de la surveillance du territoire. « Les deux Canadiens avaient été repérés, les passeports avaient été confisqués, mais la législation canadienne ne permettait pas d’aller au-delà. Dans des cas comme ceux-ci, la seule solution est de les arrêter et de les emprisonner préventivement. C’est ce qui va être possible avec la nouvelle loi antiterroriste qui va être adoptée en France ».

Voir encore:

Inspire, la revue d’al-Qaida veut faire école en France
Romain Mielcarek

Slate

17.04.2013

Interprétation religieuse, témoignages de djihadistes, conseils opérationnels et recettes de bombes faites maison, Inspire vous donne toutes les astuces pour devenir un bon terroriste. La revue, éditée par Aqpa, est téléchargeable tranquillement sur Internet… désignant désormais la France pour cible.

Fabriquer une bombe dans la cuisine de maman, incendier une voiture sur un parking en dix étapes, accéder à des forums djihadistes en toute sécurité ou encore «tondre» les «mécréants» avec un pick-up Ford en guise d’engin de mort… ce sont quelques-unes des idées proposées par la revue Inspire pour semer la terreur en toute autonomie.

Inspire est un magazine distribué sur Internet, éditée par al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa) depuis l’été 2010. La revue, dont la maquette ferait pâlir certains canards français, est alors accueillie de manière partagée par la communauté djihadiste comme sécuritaire. Les uns et les autres accusent diverses organisations d’Etat d’avoir organisé un «hoax», une arnaque, pour repérer les internautes soutenant le djihad ou pour décrédibiliser la cause.

Rapidement pourtant, l’authenticité de ce document sera admise par tous. Derrière, l’élite d’Aqpa est aux commandes d’un bel outil de propagande dont l’objectif principal est la radicalisation de potentiels terroristes occidentaux, qui pourraient organiser seuls leur propre projet d’attentat.

Inspire a été lancé par Anwar al-Awlaki, surnommé le «Ben Laden d’Internet». L’homme est impliqué dans plusieurs grosses affaires d’attentats en Occident, de la radicalisation du major Nidal Malik Hasan, l’auteur de la tuerie sur la base militaire américaine de Fort Hood en novembre 2009; à celle d’Umar Farouk Abdulmutallab, l’auteur d’une tentative échouée d’attentat à coups de slip piégé sur le vol Amsterdam Detroit de Noël 2009.

A ses côtés et à la plume dans Inspire, on trouve Adam Yahiye Gadahn, dit Adam l’Américain; Yahya Ibrahim, un prédicateur ayant séjourné au Canada; ou encore Samir Khan, un Américain qui a longtemps entretenu un blog appelant au djihad, depuis sa banlieue new-yorkaise.

Beaucoup de ces propagandistes, dont al-Awlaki lui-même, ont été capturés ou tués par des tirs de drones ces dernières années. De plus jeunes, à la tête desquels Adam l’Américain, ont depuis pris le relais.

Dans un anglais parfait, ils continuent d’offrir à un public anglophone toutes les cartes pour devenir un djihadiste convaincu et déterminé. Des conseils de fabrication de bombes, dans la rubrique «open source djihad», mais aussi toute l’interprétation idéologique et religieuse nécessaire à la justification des actes les plus graves, nourrissant une auto-radicalisation indispensable au passage à l’acte.

Un djihad «cool»

Ce qui faisait rire dans un premier temps, n’amuse plus personne au sein de la communauté du renseignement. Yves Trotignon, analyste chargé des questions de terrorisme au sein du cabinet Risk&Co, nous confirme la réalité de cette menace:

«En décembre dernier, deux Somaliens ont été arrêtés à Bonn par les Allemands. Ils préparaient un attentat avec une bombe qui était parfaitement comparable à celles décrites dans Inspire. Inspire est la bible en matière de propagande djihadiste. Surtout, elle est conçue comme une vraie revue et on y trouve absolument tout: des conseils opérationnels, de la réflexion idéologique, des témoignages, des reportages… Inspire diffuse du savoir-faire à grande échelle, comme autant de bouteilles lancées à la mer.»

Pour Aqpa, Inspire est en effet un modeste investissement. Si de telles revues existaient déjà en langue arabe, c’est la première fois qu’un magazine est intégralement écrit en anglais. Entre les différents articles, des affiches sur le modèle des publicités que l’on trouve dans nos revues appellent les musulmans vivant en Occident à soutenir et participer au djihad. Avec Inspire, kalachnikov et autres images épiques parlent à l’imaginaire d’un jeune qui aurait grandi dans un pays riche: le djihad est «cool».

Sur Internet, chaque publication de la revue est largement commentée par les scientifiques et les analystes. Les candidats au djihad lisent-ils Inspire et y trouvent-ils des idées? Des exemplaires ont été retrouvés chez des suspects aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suède ou encore au Pakistan. «Cela devient malheureusement courant», remarque Yves Trotignon.

En France, les services de renseignement ne communiquent pas sur ce qu’ils trouvent dans les chambres des terroristes suspectés. Ils annoncent sobrement, en général, avoir retrouvé de la «propagande djihadiste», sans donner le détail. Il peut s’agir aussi bien de vidéos de décapitation que de la revue d’Aqpa.

C’est sur les forums djihadistes que l’on trouve des éléments sur la place que peut jouer Inspire dans la radicalisation de certains Français. Lors de la sortie de chaque numéro, les contenus d’Inspire y sont largement débattus. Les internautes les plus motivés s’appliquent même à traduire certains articles en français pour faciliter la lecture à ceux qui auraient été moins attentifs aux cours d’anglais au collège. Mathieu Guidère, spécialiste de la veille multilingue et de la menace djihadiste, a passé beaucoup de temps à analyser ces discussions:

«Il y a plusieurs profils. Certains lecteurs s’intéressent surtout à l’aspect technique. Ils commentent les innovations et les astuces qui sont proposées dans la revue. D’autres se penchent plutôt sur l’aspect politique, idéologique. Les derniers enfin, les “théologistes”, étudient comment Inspire justifie par la religion l’action terroriste. Tout cela donne lieu, sur les forums, à de longs débats et les francophones suivent tout cela de près, malgré leur déception de ne pas voir développer une version dans leur langue, qui serait moins concentrée sur les Etats-Unis et plus sur la France.»
Et effectivement, même en anglais, la barrière de la langue fait son travail. Inspire est téléchargé principalement en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis, suivis ensuite par les pays nordiques (Suède, Danemark, Finlande) et l’Australie. Le contenu lui-même fait très largement référence à l’Amérique et à Obama, systématiquement désignés comme l’ennemi à abattre. Une ligne éditoriale qui pourrait cependant évoluer: dans le dernier numéro, paru fin février, la France devient une cible. Menacée en vertu de son intervention au Mali, l’auteur s’inspire de la mythologie médiévale et s’amuse des difficultés économiques occidentales. En conclusion de son article, il appelle «des dizaines de Mohammed Merah» à attaquer Paris.

Le «petit chimiste» du terroriste en herbe
Reste à savoir si ces débats et cette propagande amènent à passer à l’acte. Pour reprendre l’exemple de la dernière livrée d’Inspire, il y est question de faire le djihad en s’attaquant aux voitures. Les auteurs proposent de repérer des parkings discrets pour y brûler des voitures. Ils suggèrent encore de poser des pièges sur les routes pour causer des accidents. L’objectif: semer la terreur… chez les compagnies d’assurance occidentales. Là aussi, la démarche peut paraître invraisemblable. Elle n’est pourtant pas nouvelle, nous explique Yves Trotignon:

«Dans les années 1990, le GIA a revendiqué des “incivilités”, jusque dans l’est de la France.»
Difficile dès lors d’évaluer lesquelles, parmi ces incivilités, sont le fait d’une forme de terrorisme ou non. Tout un casse-tête pour les agences de renseignement.

Un autre exemple est évoqué par ce spécialiste de la menace terroriste. En octobre 2010, Aqpa va envoyer plusieurs imprimantes piégées via de simples colis UPS et FeDex, à destination des Etats-Unis. L’information arrive jusqu’aux services de renseignements qui vont fouiller tous les appareils passant par Dubaï, où un premier engin explosif est neutralisé. Le second sera retrouvé en Grande-Bretagne. Aqpa se fera un malin plaisir de présenter la facture détaillée de ce qu’ont coûté ces bombes dans un numéro spécial de sa revue qui titre en gros caractères, avec un avion UPS en fond: 4.200$. Le document explique intégralement la méthode et incite à la reproduire, causant pour cette modique somme des dépenses de sécurité modérées dans les pays visés.

Cette recette aurait même inspiré d’autres apprentis terroristes… chez les anarchistes grecs. Alors que les fidèles d’al-Qaida testaient grandeur nature leurs imprimantes explosives, les Grecs de «Conspiration des cellules de feu» recyclaient la recette avec quelques paquets similaires, envoyés à Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Silvio Berluscioni à la fin 2010. Faut-il y voir un lien? Pour Mathieu Guidère, pas d’hésitation, «les djihadistes et les anarchistes sont les deux publics qui lisent Inspire pour y trouver des idées».

Quant à empêcher la lecture d’Inspire, il semble difficile d’enrayer le mal. Après chaque publication, elle circule sur Internet très rapidement et reste facile à télécharger. Les services britanniques seraient à l’origine d’un bug qui avait empêché la lecture du tout premier numéro… mais celui-ci avait été immédiatement rediffusé par les auteurs. Des exemplaires d’Inspire ont même été retrouvés dans la prison de haute sécurité de Guantanamo. Les autorités américaines ont toujours refusé de dire dans quelle cellule. Mais l’information n’est pas rassurante, d’autant plus que l’un des chroniqueurs du magazine revendique d’écrire depuis ces geôles, symbole de la guerre de l’Amérique contre le terrorisme.

Voir encore:

Al-Souri, le cerveau du djihad des pauvres
Gilles Kepel (Politologue et spécialiste de l’islam, professeur à Sciences Po)

Le Monde

28.04.2013

Moustapha Sitt Mariam Nassar, plus connu sous le pseudonyme d’Abou Moussab Al-Souri (le Syrien), né à Alep en 1958, a été de tous les combats du djihad depuis qu’il a rejoint en 1976 les rangs de l’Avant-Garde combattante, la branche paramilitaire des Frères musulmans syriens. Etudiant en ingénierie, il assiste au massacre des Frères musulmans par le régime lors du soulèvement de Hama en 1982.

Réfugié en France, il se familiarise avec la production tiers-mondiste. En 1985, il se fixe en Espagne, où il épouse une gauchiste athée qui se convertira à l’islam et lui donnera le précieux passeport européen facilitant ses déplacements. Rejoignant le front afghan sur fond de retraite de l’Armée rouge et proche de l’idéologue du djihad « du premier âge », le Palestinien Abdallah Azzam, assassiné en 1989 à Peshawar, il commence à coucher sur le papier ses réflexions en plein conflit civil afghan, puis revient dans son Andalousie en 1992 – où il soutient le djihad du Groupe islamique armé algérien, dont il se fera le relais depuis le « Londonistan » en Angleterre. Il y publie le journal ronéoté Al Ansar, qui exalte faits d’armes et autres massacres d' »impies ».

En 1996, après la victoire des talibans, il revient en Afghanistan, où il organise les rendez-vous de Ben Laden et des doctrinaires du « deuxième âge du djihad », dont Zawahiri, avec la presse internationale. Il est dubitatif envers les actions spectaculaires montées par Al-Qaida et commence à écrire un premier jet de son opus, Appel à la résistance islamique mondiale. Le déluge de feu qui s’abat sur Al-Qaida après le 11-Septembre, l’invasion de l’Afghanistan et la chute des talibans le renforcent dans ses convictions : errant au Pakistan, il achève son livre, rédigé au format d’un e-book, où les conseils de « manuel du djihad » sont téléchargés par les adeptes.

Capturé en octobre 2005 à Quetta, il est remis aux Américains et, selon ses avocats, livré par ceux-ci aux Syriens autour de 2007 – à une époque où Bachar Al-Assad est en cour en Occident. Selon des sites islamistes « fiables », il est remis en liberté fin 2011, alors que la révolution syrienne a débuté et que le régime s’emploie à inoculer à celle-ci le virus djihadiste pour lui aliéner le soutien occidental. Des rumeurs invérifiables font état de son retour dans sa ville natale d’Alep, place forte de l’insurrection, où les milices djihadistes du Jabhat Al-Nousra ont pignon sur rue – sans que l’on puisse mesurer son rôle exact.

Voir de même:

Terrorisme
Abou Moussab al-Souri, le nouveau Ben Laden ?
Youssef Aït Akdim

Jeune Afrique

09/12/2013

Théoricien du jihadisme global, il s’est distingué par sa critique argumentée de la stratégie de l’ex-chef d’Al-Qaïda. Et il passe même, aux yeux des Américains, pour être son possible successeur.

Personne ne sait où il se trouve. Mais deux ans et demi après la mort d’Oussama Ben Laden, il dispose de nombreux atouts pour devenir le vrai patron du terrorisme post-Al-Qaïda. Libéré, dit-on, en décembre 2011 par Bachar al-Assad, Abou Moussab al-Souri aurait quitté la Syrie. Mais pour quelle destination ? On évoque le Yémen, repaire d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (Aqpa). À moins qu’il ne soit resté dans son pays, nouveau ventre mou de la région. Incroyable cynisme du pouvoir de Damas qui aurait libéré à dessein un jihadiste confirmé en pleine guerre civile ? Voire.

Né en 1958 dans une famille de la petite bourgeoisie alépine, Souri, de son vrai nom Mustafa Setmariam Nasar, est un routard du jihadisme global. Étudiant ingénieur en mécanique de l’université d’Alep, il rejoint en 1980 un groupe militant émanant des Frères musulmans. Avec ses camarades, il assiste, impuissant, à la répression féroce du soulèvement armé de Hama, en 1982. Souri rumine depuis les leçons de cette défaite infligée par les troupes de Rifaat al-Assad, le frère du président syrien de l’époque. Dans ses écrits, le militant sans frontières naît à ce moment-là. Il part s’entraîner dans des camps secrets en Jordanie puis en Égypte. Ceinture noire de judo, cet homme charpenté détonne avec sa barbe et ses cheveux roux, ses yeux verts. Pratique pour se fondre dans la foule à Londres, où il a vécu au mitan des années 1990.

Auparavant, Souri était en Andalousie, terre mythique des conquérants musulmans, où il est arrivé en 1985. Il épouse Elena Moreno, une ancienne gauchiste qui se convertit à l’islam et avec qui il a quatre enfants. Dans un milieu plutôt macho, Souri cultive les attentions galantes. Un ami barbu s’en étonne. Il répond : « Nous, les Syriens, savons y faire. » Sur place, il entre en contact avec d’autres jeunes islamistes. Il rencontre le « chef d’Al-Qaïda en Espagne », Abou Dahdah, et un certain Tayssir Allouni, futur journaliste à Al-Jazira. Naturalisé espagnol, Souri est désormais libre de ses mouvements. En 1994, il s’installe à Londres, s’impose comme l’un des leaders de la diaspora islamiste et devient l’un des responsables de la revue Al-Ansar, dirigée par le Jordanien Abou Qatada.

Mais déjà, Souri lorgne l’Asie centrale. Il a déjà voyagé au Pakistan et en Afghanistan dès 1987. Il aide à organiser des camps d’entraînement pour les moudjahidine lancés contre l’occupation soviétique, notamment ceux du Palestinien Abdallah Azzam, l’un des idéologues qui influencèrent Ben Laden. Véritable « architecte du jihad global », selon l’ouvrage de référence que lui a consacré le chercheur norvégien Brynjar Lia, il est un « dissident, un esprit critique, un intellectuel au sein d’un courant idéologique où l’on s’attendrait à trouver plutôt de l’obéissance ». Le livre où il expose sa doctrine, Appel à la résistance islamique mondiale, publié sur internet en décembre 2004, peut être lu comme une critique argumentée de la stratégie de Ben Laden.

Une bible de jihadisme

Cette bible du jihadiste (1 600 pages) peut sembler répétitive. C’est en réalité un redoutable manuel d’endoctrinement dont se seraient inspirés des personnages aussi divers que le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, le Français Mohamed Merah ou les frères Tsarnaev, Américains d’origine tchétchène auteurs présumés de l’attentat de Boston en avril 2013, et même le Norvégien Anders Behring Breivik. Souri expose une théorie à rebours de celle d’Al-Qaïda, dont il prédisait la logique suicidaire. Dès son retour en Afghanistan en 1998, il s’était opposé à la stratégie du terrorisme spectaculaire. Dans un courriel au chef d’Al-Qaïda en 1999, retrouvé à Kaboul fin 2001 par des journalistes américains, il moque le goût affiché par Ben Laden pour les médias : « Notre frère a été contaminé par la maladie des écrans, des flashs, des fans et des applaudissements. » Piquant, quand on sait que Souri a monté plusieurs interviews du Saoudien, dont celle avec Peter Bergen, de CNN, en 1997.

Instruite par la débâcle en Afghanistan, la stratégie de Souri s’appuie, elle, sur des individus ou de petites cellules qui pourraient se former et s’armer tout en restant indépendants. Seul moyen d’échapper à la surveillance et à la lutte antiterroriste. Pas d’organisation, pas de filière, pas de capture. « L’ennemi est fort et puissant, nous sommes faibles et pauvres. La guerre sera longue. Notre seule voie est celle d’un jihad révolutionnaire au nom d’Allah », écrit-il. Cette lutte culminant, dans ses fantasmes les plus fous, avec une guerre chimique ou des bombes à composants radioactifs sur le sol américain. « Une bombe sale pour un pays sale », s’amusait-il.

Abou Moussab al-Souri disparaît des radars

Au même moment, les États-Unis en font l’un des terroristes les plus recherchés, offrant une récompense de 5 millions de dollars (3,7 millions d’euros) pour sa capture. Réponse de Souri : « Je prie Dieu pour que l’Amérique regrette amèrement de m’avoir provoqué et poussé à la combattre par la plume et par l’épée. » Mais c’est un homme aux abois qui écrit ces lignes. En novembre 2005, la sinistre ISI – l’agence pakistanaise de renseignements – le capture à Quetta, capitale du Baloutchistan. Emprisonné à Rawalpindi, il est rapidement livré aux Américains. Souri disparaît des radars. Son nom n’apparaît pas dans les listes des prisonniers de Guantánamo. Comme d’autres « détenus de haute valeur », il est trimbalé entre les prisons noires de la CIA, comme la base secrète de Diego Garcia, perdue au milieu de l’océan Indien, avant d’être remis aux Syriens.

Le retour en force de ses anciens enregistrements vidéo et audio sur les forums jihadistes laisse à penser, selon les spécialistes du terrorisme, qu’il ne va pas tarder à réapparaître. Mais d’autres pensent au contraire que, après avoir passé plus de six ans entre les mains des services secrets les plus brutaux de la planète, Souri a perdu toute crédibilité aux yeux de ses anciens compagnons.

Voir par ailleurs:

Head of Al Nusrah Front interviewed by journalist convicted in Spain on controversial terror charges
Thomas Joscelyn

The long War

December 27, 2013

The head of the Al Nusrah Front, Abu Muhammad al Julani, finally granted a television interview earlier this month. Al Nusrah has long had a prolific media shop. But in a world in which al Qaeda’s jihadists use and manipulate various media channels to get their message out, Julani has pursued a different course. The Al Nusrah head is so secretive that until recently little was known about the man, even as he oversaw one of al Qaeda’s fastest growing branches in Syria.

Al Jazeera’s Tayseer Allouni conducted the interview from inside Syria with the reclusive Julani. It was the latest exclusive for Allouni, who has garnered high-profile interviews with senior al Qaeda leaders before. Allouni was the first to air an interview with Osama bin Laden after the Sept. 11, 2001 terrorist attacks.

In the years that followed his interview with bin Laden, Allouni was at the center of a high-profile trial. Spanish authorities accused Allouni of being more than just an enterprising journalist. In 2005, a Spanish court convicted Allouni of supporting al Qaeda and sentenced him to seven years in prison. Allouni spent time in prison and then house arrest.

Allouni was released in 2012 and resumed his work for Al Jazeera. After his return to Doha, Allouni denounced his conviction as « political. »

Allouni’s conviction was controversial. For Allouni and his advocates, the Spanish courts had trampled on the rights of a proactive journalist who simply used his networking skills to get the story. « I was hoovering up professional information, » Allouni explained, according to an account in the Guardian.

Among Allouni’s contacts was Imad Yarkas, the accused head of al Qaeda’s network in Spain. Yarkas was also convicted on terrorism charges.

The court rejected Allouni’s explanation of his relationship with Yarkas. Tayseer Allouni « did not belong to the group led by [Imad Yarkas]. He possibly felt superior to it … but he collaborated with it, » the Spanish court’s judgment reads. « Journalistic truth, like all other truths, cannot be obtained at any price, » the judgment continued. « Taysir Alouni committed the wrongdoing of collaborating with a terrorist group and, for that, he must now pay. »

Allouni denied providing any real assistance to al Qaeda’s network in Europe or elsewhere.

The Spanish court focused, in particular, on Allouni’s relationship with two of Yarkas’ associates: Mohammed Bahaiah (a.k.a. Abu Khalid al Suri) and Mustafa Setmariam Nasar (a.k.a. Abu Musab al Suri).

Both Bahaiah and Nasar had been imprisoned by Bashar al Assad’s regime. Before joining al Qaeda’s ranks, they were members of the Syrian Muslim Brotherhood, which opposed Assad. Various accounts suggest that Allouni himself was a member of the Syrian Muslim Brotherhood, but he reportedly denied that allegation.

Today, Bahaiah is Ayman al Zawahiri’s representative in Syria and throughout the Levant. He is also a founding leader of Ahrar al Sham, a Syrian extremist group that fights alongside al Qaeda’s branches in Syria. [See LWJ report, Syrian rebel leader was bin Laden’s courier, now Zawahiri’s representative.]

Nasar was also reportedly freed in the wake of the Syrian uprising, but his current status is unknown.

Alleged ties to Bahaiah, Nasar

Spain’s allegations tying Allouni to Bahaiah and Nasar have been previously summarized by the Guardian and by Brynjar Lia in his biography of Nasar, Architect of Global Jihad: The Life of Al Qaeda Strategist Abu Musab al Suri.

Years ago, Allouni « helped Bahaiah obtain Spanish residency papers by allowing him to say he was living at his Granada home – when he was actually in Turkey, » the Guardian reported. And when Allouni traveled to Kabul in March 2000, Allouni « took $4,000 to Bahaiah, » which Allouni claimed he did as a favor « to a friend who owed Bahaiah money. »

According to Spanish court documents, cited by Lia, Allouni described his relationship with Nasar in the following terms:

We exchanged opinions. We are from the same community. I hope that you understand the peculiarity of relations within the Arab community. Thus, it is normal that an Arab and his family, who wishes to spend the night in my house, ask me. … So I invited him [Nasar] – it is not possible to deny that – and hence, relations developed.
The Spanish government also claimed that Allouni received assistance from Nasar in setting up Al Jazeera’s presence in Kabul. « [I]f you wish to come here, I can facilitate things for you and present you to some of the Taliban figures, » court documents quote Nasar as saying to Allouni.

Allouni did not deny knowing the two Syrian al Qaeda operatives, but claimed that his contacts with them were innocuous and that they were not really al Qaeda. During Allouni’s trial in 2005, Lia writes, Allouni « admitted meeting » both Bahaiah and Nasar in Kabul, describing the pair as a « source of information about al Qaeda’s activities, its followers, and the world of radical Islam. »

« I took advantage of the situation to extract information from them on what the Taliban were, on what al Qaeda was and on other organizations, » Allouni said, according to the Guardian.

Spanish court records indicate that while Nasar was living in London prior to 2001, Allouni made « frequent phone contacts » with Nasar. And when the media reported in 2000 that Nasar was part of a schism within al Qaeda, Nasar turned to Allouni to publicly deny the charge, via Al Jazeera. After the 9/11 attacks, according to the US government, Nasar swore bayat (an oath of allegiance) to bin Laden.

Reporting from the post-9/11 battlefields

Allouni’s interview with Julani is just the latest example of his work reporting from the post-9/11 battlefields. Allouni has previously reported from both Afghanistan and Iraq.

On Oct. 10, 2001, The Washington Post described some of Al Jazeera’s reporters as having « links with the Muslim Brotherhood, a radical Islamic organization with ties to a member of the al-Jazeera board. » Allouni, according to the Post, was the « most prominent such reporter » and « was known in the past for his pro-Taliban views. » In the weeks following the Sept. 11, 2001 terrorist attacks, Allouni became « one of the primary outlets for Taliban statements and denunciations of the United States. »

The following day, on Oct. 11, 2001, The New York Times noted that Allouni was « the only reporter » in Taliban-controlled Kandahar. Allouni, the Times reported, had provided a « major exclusive » for Al Jazeera’s coverage – a video of American warplanes bombing Taliban positions that was also aired on CNN.

Writing for the Times in November 2001, Fouad Ajami said Allouni’s coverage of the war in Afghanistan included a « wistful tribute to the Taliban’s public-works efforts. » Allouni portrayed the American bombing campaign as undoing the Taliban’s good work. « It appears that all the labors that had been made by the Taliban government prior to the outbreak of the war to repair the roads have scattered to the wind, » Allouni said during one video shown to Al Jazeera’s viewers.

It is no surprise that as the war in Syria rages on, Tayseer Allouni has received exclusive access once again.

Voir aussi:

5 Reasons to Doubt Al-Qaeda Magazine’s Authenticity
Max Fisher

The Atlantic

Jul 1 2010

Late Wednesday evening, The Atlantic’s Marc Ambinder reported that the first-ever English-language propaganda magazine purportedly written by al-Qaeda officials had surfaced on websites in the vibrant online jihadi community. The publication, « Inspire, » carries the emblem of al-Qaeda’s Yemen-based spin-off, al-Qaeda in the Arabian Peninsula (AQAP). The magazine, which was uploaded in PDF format, carries the bylines of such super-star jihadists as al-Qaeda founders Osama bin Laden and Ayman al-Zawahiri as well as U.S.-born radical cleric Anwar al-Awlaki, who now lives in Yemen. Ambinder’s report cited a U.S. official confirming that the PDF has appear on jihadi web forums, which independent analysts have confirmed to CNN. Still, wrote Ambinder, « It is possible, although not likely, that the magazine is a fabrication. » Indeed, here are some reasons to question the authenticity of this document:

(1) Bin Laden and Zawahiri are extremely secretive and issue statements rarely and directly to the media. It would be unusual for them to write for a third-party publication, especially one put out by the Yemen-based AQAP, with which they have little or no direct ties. However, it is possible that the magazine’s producers simply copied old statements they had made.

(2) The language of the magazine, such as « Make a bomb in the kitchen of your mom, » reflects either a poor command of English or a light-hearted sense of self-parody. AQAP is not known for either. Awlaki, whose location in Yemen makes his participation very plausible, is a native, fluent, and very articulate English speaker. His fiery English-language sermons are not funny.

(3) The magazine includes an essay by Abu Mu’sab al-Suri. But Suri, whose connection to al-Qaeda is uncertain, has been locked up in Guantanamo–and possibly a CIA black site–since 2005. However, as with bin Laden, it is possible the magazine simply copied old statements.

(4) Analysts tell me that the magazine PDF file either does not load properly or carries a trojan virus. This is unusual because al-Qaeda and AQAP have produced and disseminated such PDF publications many times without such problems. If the report was produced by U.S. counterintelligence, or if the U.S. operatives attached the virus to the original file, would the trojan really be so easily detectable by simple, consumer-grade virus scanners? Surely U.S. counterintelligence has less detectable viruses at their disposal.

(5) The web-based « jihadi » community itself seems suspicious. The report has received little attention on web forums, especially given its apparent importance. A publication including such high-profile figures would normally receive far more attention than it has so far.

There are also reasons to doubt that the report was produced by U.S. counterintelligence, as CI officials would likely know enough to edit out these red flags. It’s unclear who that leaves, but the most likely culprit could simply be mischievous, if knowledgeable, pranksters in the U.S. who wanted to disseminate a trojan virus among jihadi forum visitors. That would also explain why the document was written in English.

Of course, none of these doubts are definitive and it remains a significant possibility that the publication is authentic. Leah Farrall, an AQAP expert and former Australian counterterrorism official, expressed doubt about the publication but disputed some of the cases against its authenticity.

« The make a bomb in the kitchen of your mum is not by Awlaki. It may be an effort to play on an old series of manuals released a few years back on how to build IED’s from materials in your home. Many readers would be familiar with these manuals since some sections have been translated into English before. So that by itself is not really enough to bring into question the authenticity of the document, » she wrote in an email. « The addition of an al-Suri excerpt is curious, but not unexpected. AQAP ideologues have mentioned his book before. So, this is also not enough to bring into question the authenticity of the document. »

It’s not clear who produced this PDF and why. But there are some compelling reasons to doubt that it was produced by al-Qaeda in the Arabian Peninsula for the purpose of spreading the group’s message to English speakers.

Voir encore:

Al Qaeda’s chief representative in Syria killed in suicide attack
Thomas Joscelyn

The Long war

February 23, 2014

Abu Khalid al Suri, whose real name is Mohamed Bahaiah, has been reportedly killed in a suicide attack in Aleppo. Al Suri’s death has been confirmed on several Twitter feeds managed by Ahrar al Sham and the Islamic Front.

Al Suri, a longtime al Qaeda operative, was a founding member of Ahrar al Sham and a senior leader in the organization at the time of his death. Ahrar al Sham is arguably the most powerful rebel organization within the Islamic Front, a coalition of rebel groups that was formed late last year.

Hassan Abboud, a top official in Ahrar al Sham and the Islamic Front, confirmed al Suri’s « martyrdom » in a Tweet early this morning. The official Twitter feeds for the Islamic Front and Ahrar al Sham say that al Suri was killed along with his « comrades » in a suicide attack at one the Front’s headquarters in Aleppo. And a hashtag commemorating al Suri’s death is already being used on jihadist Twitter pages.

As of this writing, there has been no official claim of responsibility for al Suri’s death. Some reports on social media implicate the Islamic State of Iraq and the Sham (ISIS), which was recently disowned by al Qaeda’s general command, as the group responsible for the attack.

Al Suri was a key figure in the dispute between ISIS and other jihadist groups inside Syria, including Ahrar al Sham and the Al Nusrah Front, which is an official branch of al Qaeda.

In a May 2013 letter, al Qaeda emir Ayman al Zawahiri named al Suri as his intermediary in a leadership disagreement between ISIS and the Al Nusrah Front. The dispute became public the previous month when ISIS emir Abu Bakr al Baghdadi attempted to subsume control of the Al Nusrah Front. Abu Muhammad al Julani, the emir of Al Nusrah, rejected al Baghdadi’s order and directly reaffirmed his allegiance to Zawahiri instead.

Al Suri’s mediation efforts failed and the dispute between the groups grew more vehement in the months that followed as Ahrar al Sham, Al Nusrah, and other jihadists rejected ISIS’ power grab.

One last attempt at mediation in January, spearheaded by a popular pro-al Qaeda Saudi cleric named Abdallah Muhammad al Muhaysini, failed after ISIS rejected the initiative. All of the other major rebel groups, including Ahrar al Sham and the Al Nusrah Front, endorsed Muhaysini’s proposal, which was released just hours after a similar appeal by Zawahiri. [See LWJ report, Saudi cleric’s reconciliation initiative for jihadists draws wide support, then a rejection.]

Al Qaeda’s general command, or senior leadership, officially disowned ISIS after it rejected Muhaysini’s proposal. The decision was apparently prepared beforehand in the event that ISIS failed to accept the reconciliation initiative.

The Long War Journal reported on Dec. 17, 2013 that al Suri was a senior leader in Ahrar al Sham in addition to being Zawahiri’s main representative in Syria. US intelligence officials told The Long War Journal that al Suri’s placement within Ahrar al Sham, alongside other senior al Qaeda operatives in the group, revealed that al Qaeda has influence in organizations that are not officially recognized as affiliates or branches of the group.

Al Suri’s al Qaeda role was long known in counterterrorism circles. The Spanish government accused him of serving as Osama bin Laden’s chief courier in Europe prior to the Sept. 11, 2001 terrorist attacks. Spanish officials found that he carried surveillance tapes of the World Trade Center and other American landmarks from the operative who made the videos to al Qaeda’s senior leadership in Afghanistan. [See LWJ report, Syrian rebel leader was bin Laden’s courier, now Zawahiri’s representative.]

Shortly after The Long War Journal reported on al Suri’s dual-hatted role in Ahrar al Sham and al Qaeda in December 2013, the US Treasury Department described al Suri as « al Qaeda’s representative in Syria. » Treasury revealed that an al Qaeda supporter in Qatar had transferred nearly « $600,000 to al Qaeda via » al Suri in 2013 and was preparing to transfer an additional $50,000.

Abu Khaled al Suri’s death, therefore, is a major development in the history of the Syrian war and al Qaeda’s role in it. However, al Qaeda retains the loyalty of numerous other senior jihadists on the Syrian battlefield.

Voir de plus:

Le chef d’al-Qaïda perd son représentant en Syrie, tué à Alep
RFI

24-02-2014

Abou Khaled al-Souri, compagnon de route du chef d’al-Qaïda Ayman al-Zawahiri et d’Oussama ben Laden, a été tué dimanche dans un attentat-suicide à Alep, en Syrie. Il jouait le rôle de médiateur entre deux organisations de combattants se réclamant d’al-Qaïda dans le pays, le Front al-Nosra et l’Etat islamique en Irak et au Levant.
Avec notre correspondant à Beyrouth,  Paul Khalifeh

Abou Khaled al-Souri était le représentant personnel en Syrie du chef d’al-Qaïda. En juin dernier, Ayman al-Zawahiri l’avait chargé de trancher tout différend entre les deux branches se réclamant de l’organisation extrémiste : le Front al-Nosra et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ayman al-Zawahiri avait pris fait et cause pour al-Nosra, désigné comme le seul représentant légitime d’al-Qaïda en Syrie.

Présenté comme un compagnon de route d’Oussama ben Laden et de son successeur Ayman al-Zawahiri, le Syrien Abou Khaled n’était pas pour autant membre du Front al-Nosra. Il était l’un des chefs d’un troisième groupe, Ahrar al-Cham, également très proche d’al-Qaïda, bien qu’il n’affiche pas ouvertement ses affinités.

Sur ce dernier point, comment pourrait-il en être autrement puisque ce groupe est l’une des principales composantes du Front islamique, avec qui les Etats-Unis ont exprimé le souhait d’établir un dialogue ? Assumer publiquement ses sympathies pour al-Qaïda serait – c’est le moins que l’on puisse dire – embarrassant aussi bien pour Washington que pour Ahrar al-Cham.

La mort d’Abou Khaled al-Souri et de six autres combattants d’Ahrar al-Cham, dans un attentat-suicide attribué à l’Etat islamique, met fin à la trêve précaire entre les deux organisations dans le Nord syrien, après des semaines de combats qui ont fait plus de 2 000 morts. Les deux frères ennemis se livrent désormais une guerre sans merci.

Voir également:

Zawahiri eulogizes al Qaeda’s slain Syrian representative
Thomas Joscelyn

The Long War

April 4, 2014
The video accompanying Zawahiri’s message shows a clip of Abu Khalid al Suri walking alongside Osama bin Laden and Zawahiri at the Al Farouq camp in Afghanistan in 2000.
Ayman al Zawahiri, the head of al Qaeda, has released an audio message eulogizing Abu Khalid al Suri, who served as Zawahiri’s representative in Syria until he was killed by a suicide bomber on Feb. 23. Al Suri was also a founding member and senior leader in Ahrar al Sham, a powerful militant organization that helps lead the Islamic Front, which is a coalition of several rebel groups.

Al Qaeda has released a video accompanying Zawahiri’s verbal message. The video contains images of other al Qaeda actors, but Zawahiri himself is not shown. Zawahiri’s message and the accompanying video were translated by the SITE Intelligence Group.

Although the Islamic State of Iraq and the Sham (ISIS) is not mentioned in the production, the video and Zawahiri’s message are clearly aimed at the group, which was disowned by al Qaeda’s general command in early February.

Top jihadists have accused ISIS of killing al Suri, and the group remains the most likely culprit in the slaying.

The video opens with a clip of Atiyah Abd al Rahman, who served as al Qaeda’s general manager before he was killed in a US drone strike in August 2011. Rahman discusses the sanctity of Muslim blood and the importance of avoiding Muslim casualties while waging jihad.

Rahman’s message, recorded long before ISIS became a player in the Syrian war, reflects al Qaeda’s sensitivity to the criticisms the group has faced within the Islamic world. Al Qaeda has killed far more Muslims than non-Muslims in its campaign of terror. Here, however, Rahman’s words are intended as a rebuke of ISIS.

The video then cuts to footage of Abu Khalid al Suri walking alongside Osama bin Laden and Zawahiri at the Al Farouq training camp in Afghanistan in 2000. Al Qaeda’s propagandists zoom in on footage of al Suri at the camp.

A longtime al Qaeda operative

Zawahiri says he knew Abu Khalid al Suri « from the days of the jihad against the Russians » and he knew al Suri « until his capture in Pakistan » approximately a decade ago. Abu Khalid al Suri « was a colleague of the professor of the mujahideen, Sheikh Abu Musab al Suri, may Allah release him very soon, Allah willing. »

Abu Musab al Suri is a major jihadist ideologue whose teachings continue to influence al Qaeda’s thinking. The Al Nusrah Front, al Qaeda’s official branch in Syria, openly follows Abu Musab al Suri’s teachings. There are conflicting reports concerning his status in Syria, with some accounts saying he has been freed from Assad’s prisons.

However, Zawahiri’s message is the third instance in which senior al Qaeda leaders have used the phrase « may Allah release him » in reference to Abu Musab al Suri. This is a strong indication that he remains imprisoned.

Zawahiri re-established contact with Abu Khalid al Suri after the Syrian revolution. Zawahiri says the « last message » he received from Abu Khalid al Suri, prior to his capture in Pakistan, « was nearly ten years ago … stating that he supported a speech I gave, where I said that victory is but the patience of an hour. » After al Suri was captured « [c]ommunication was cut off between us, until the outbreak of the blessed Syrian revolution. »

According to Zawahiri, Allah then « facilitated the communication between us after Allah relieved him and spared him from being captured by » Assad’s forces. « He was to me and my brothers such a great advisor, » Zawahiri says.

Abu Khalid warned Zawahiri that he sees in Syria « the seeds of sedition, which he experienced in Peshawar » — a reference to jihadist infighting in the past, which al Qaeda ties to ISIS’ actions in the present. Indeed, al Suri was a strong critic of ISIS and did not hide his rejection of the group’s practices.

« This sedition that Abu Khalid saw and was warning about, Allah willed that it make him a martyr, » Zawahiri says.

Without naming ISIS, Zawahiri calls on Muslims to reject any group that behaves like the former al Qaeda affiliate. « Every Muslim and mujahid must disavow all those who refuse arbitration » by an « independent » sharia court, Zawahiri says. Al Qaeda and other jihadist groups have repeatedly called on ISIS to submit itself to arbitration in a common sharia court, but ISIS has refused to abide.

« Every Muslim and mujahid must not be involved in the blood of the mujahideen, » Zawahiri says, according to SITE’s translation. « And for this, he must refuse to blow up their headquarters or kill their sheikhs. » In addition, « [a]ll Muslims must not help whoever blows up the headquarters of the mujahideen and sends to them car bombs and human bombs, and stop supporting them in any form. »

This is precisely how al Suri was killed.

Jihadist infighting in Syria reminiscent of the past

Zawahiri says that the infighting inside Syria reminds him of Algeria in the 1990s. Veteran jihadists within the Armed Islamic Group (commonly known by its French acronym, GIA) turned on one another and also indiscriminately slaughtered Muslims. Zawahiri says the GIA’s infighting led first to the « spiritual death of that group, followed by [its] physical death. »

In an effort to rectify the GIA’s excess, in the late 1990s al Qaeda helped form the Salafist Group for Preaching and Combat (known as the GSPC) as an offshoot of the GIA. The GSPC then evolved into al Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM), a branch of al Qaeda. Zawahiri personally oversaw AQIM’s official merger with al Qaeda in 2006.

Zawahiri references a meeting he had years ago in Peshawar with Sheikh Abu Muhammad al Maqdisi, an influential jihadist ideologue now imprisoned in Jordan who has issued criticisms of ISIS’ actions from his prison cell. According to the story, which the al Qaeda emir calls « funny yet sad, » Zawahiri said that some had labeled him a disbeliever because he refused to « brand the Afghan mujahideen as disbelievers. » To this Maqdisi allegedly replied, « You do not know that they [this same group] branded me a disbeliever because I did not brand you a disbeliever. »

ISIS today labels everyone who does not agree with the group a disbeliever, including Abu Khalid al Suri.

Voir encore:

Islam : ce que révèlent les livres prônant le djihad en supermarché
Alexandre Devecchio
Le Figaro

29/07/2014 à 17:13

FIGAROVOX/ANALYSE – Pour son «Opération Ramadan», l’éditeur libanais Albouraq met en vente dans 1000 magasins de France des livres prônant le djihad et la mort des «hérétiques». Le décryptage de l’islamologue Claude Sicard.

Claude Sicard est agronome, docteur en économie, spécialiste du développement. Il est l’auteur de deux livres sur l’islam, L’Islam au risque de la démocratie et Le face-à-face islam chrétienté. Quel destin pour l’Europe?
«La Voie du musulman» ou «les jardins des Saints» qui prônent le djihad et la mort des «hérétiques» sont en vente libre dans les grandes surfaces. Ces livres sont-ils fidèles au Coran ou donnent-ils une interprétation dévoyée de l’islam? La violence et le djihad sont-ils intrinsèques à l’islam?

Claude SICARD. – Le Coran, qui est véritablement «la parole de Dieu» pour les musulmans, délivre aux croyants de cette religion des messages que, nous, citoyens de pays démocratiques, considérons être indubitablement des incitations à la haine. En sorte que normalement la diffusion de ces messages devrait tomber sous le coup de la loi. Citons quelques sourates pour illustrer notre propos:

L’attitude vis-à-vis des incroyants: «Ô vous qui croyez, combattez ceux de vos voisins qui sont infidèles» (9,123) ; ou encore: «Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez» (9,25) ; et aussi: «Ô Prophète, incite les croyants à combattre: vingt braves d’entre eux terrasseront 200 infidèles» (8,65), etc. Avec, pour déculpabiliser les croyants qui en viendraient à tuer des infidèles et qui s’en émouvraient, cette sourate qui leur dit: «Ce n’est pas vous qui les avez tués, c’est Dieu» (8,17).

L’attitude vis-à-vis des juifs: «Ô croyants, ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens» (5,51).

D’une façon générale, il faut avoir en mémoire cette sourate où il est dit: «Mahomet est l’envoyé de Dieu. Ses compagnons sont durs envers les infidèles, et miséricordieux entre eux». Dans une société telle que la conçoit l’islam, il faut savoir qu’il n’y a de place que pour des croyants. Les uns sont dans la bonne voie (les musulmans), les autres, «les gens du Livre» qui tiennent à rester dans l’erreur, sont admis: ils ont le mérite de croire en Dieu, et on les tolérera donc, mais en en faisant des citoyens de second rang, dits des «dhimmis». Ces citoyens de second rang se trouveront en permanence brimés dans leur vie de tous les jours, et la situation leur deviendra finalement insupportable. Les incroyants, quant à eux, seront persécutés: ils devront soit se convertir à l’islam soit être éliminés. Et il y aura effectivement beaucoup de fraternité entre les musulmans, mais seulement entre eux, une sourate disant: «Ô croyants, ne vous liez d’amitié qu’entre vous «(3,118). Rappelons aussi la sourate 3,28 qui précise: «Que les croyants ne prennent pas leurs amis parmi les infidèles, au lieu des croyants. Ceux qui feraient ainsi n’auraient rien à attendre de Dieu.»

L’éditeur se défend en arguant que le contenu de la Bible peut lui aussi être choquant. Lorsqu’ils sont lus de manière littérale, tous les livres sacrés ne sont-ils pas sujets à mauvaise interprétation?

Certes, on trouve dans la Bible des passages violents. Mais la distinction fondamentale qui est à faire entre la Bible et le Coran se trouve dans le fait que la Bible a été rédigée par des hommes, alors que le Coran est par nature la parole de Dieu. Il faut rappeler que les musulmans nous disent que le message de Dieu délivré aux hommes a depuis la nuit des temps toujours été le même: les prophètes qui ont précédé Mahomet ont été des hommes «inspirés par Dieu» (Moise et Jésus étant les deux principaux d’entre eux). Du fait qu’ils étaient des hommes, le message qu’ils ont délivré était imparfait, mal compris, tronqué… Le message de Dieu a finalement été recueilli dans son intégralité par Mahomet a qui Dieu a dicté son message: c’est donc le message auquel on doit se conformer, car c’est le message parfait, et il n’y en aura plus d’autre. Quand on lit dans le Coran des passages qui prônent la violence, il s’agit donc bien d’injonctions délivrées par le Tout-Puissant, des messages que l’on ne peut donc qu’exécuter si l’on est un croyant sincère et soucieux de son devenir après la mort.

La distinction entre « islam radical » et « islam soft » est sans fondement. Elle est l’effet des arrangements que nos sociétés occidentales tentent de trouver pour ne pas condamner les musulmans dans leur refus d’adopter nos valeurs et de se conformer à la manière que nous avons, nous Occidentaux, de concevoir l’organisation de nos sociétés.

Le succès de ce type de livre, notamment en période de ramadan, témoigne-t-il, malgré tout, d’une banalisation de l’islam radical? Faut-il s’en inquiéter?

La réponse à cette question est «oui». En effet, la distinction entre «islam radical» et «islam soft» est sans fondement. Elle est l’effet des arrangements que nos sociétés occidentales tentent de trouver pour ne pas condamner les musulmans dans leur refus d’adopter nos valeurs et de se conformer à la manière que nous avons, nous Occidentaux, de concevoir l’organisation de nos sociétés. La démocratie, et les valeurs sur lesquelles elle est fondée, est le système politique inventé par les «chrétiens», un système que les Occidentaux se croient fondés à imposer aujourd’hui aux autres civilisations.

L’islam orthodoxe est bien celui qui est conforme au Coran: mais les intellectuels musulmans modernes sont des réformateurs. Ils refusent de faire du Livre saint de l’islam une lecture «littérale», disant qu’il faut «contextualiser» le Coran» pour le dégager du contexte particulier dans lequel la parole de Dieu a été délivrée: il s’agissait d’une Arabie du septième siècle de notre ère, et le message qui a alors été délivré est à moderniser aujourd’hui en en gardant l’esprit. C’est la position par exemple d’un intellectuel comme Malek Chebel avec son ouvrage à grand succès: «Manifeste pour un islam des Lumières» où cet islamologue propose quelque vingt-sept réformes importantes. Et c’est aussi la position de Tariq Ramadan, ce brillant intellectuel si fortement médiatisé, et inutilement diabolisé, qui s’oppose à une lecture littérale du Coran. Ce prédicateur si écouté des jeunes musulmans européens écrit par exemple dans son ouvrage «L’Islam et le réveil arabe»: «l »islam est en passe à une mutation profonde imposée par l’évolution historique et le nouvel environnement politique, économique culturel et plus largement géopolitique» (page 165).

Tous les intellectuels musulmans vivant en Occident sont donc pour une réforme de l’islam tel qu’il ressort de la lecture du livre saint, mais malheureusement les foules sont et restent sous la tutelle des imams des mosquées qui s’en tiennent à cet islam rigoureux prôné par les wahhabites et les salafistes. Les réformateurs vivant en Occident sont des intellectuels et leur discours n’est pas écouté des religieux. Avec la diffusion d’ouvrages qui prônent le djihad et la mort des hérétiques on banalise donc l’islam radical et on barre la voie aux musulmans réformateurs que l’Occident aurait le plus grand intérêt à soutenir dans leur combat.

Intégrer des musulmans dans une société occidentale qui a pour fondement le christianisme est une utopie. Les musulmans tiennent à conserver leur identité, et on ne peut pas le leur reprocher.
S’agit-il d’un réflexe communautaire lié à l’échec de l’intégration ou d’un réel basculement dans l’intégrisme de toute une partie de la population?

Les musulmans appartiennent à une autre civilisation que la civilisation occidentale. Ils savent que leur civilisation a été plus forte que la nôtre dans le passé, au Moyen Âge, et on ne manque pas de le leur rappeler d’ailleurs. Par la suite, c’est notre civilisation, avec ses avancées extraordinaires aux plans scientifique et technique qui a pris le dessus. Ils nous rappellent que nous sommes allés les dominer pendant plusieurs siècles avec nos techniques et nos armes. Mais tout récemment ils sont parvenus à nous chasser des territoires que nous leur avions pris, et avec le pétrole ils disposent à présent d’une arme redoutable contre nous. Ces peuples qui considèrent que nous les avons soumis, humiliés, pillés en exploitant à notre compte leurs richesses, ont le sentiment que nous les méprisons: ils ont commencé dans la seconde moitié du XXe siècle à prendre leur revanche, et leur ressentiment à l’égard de l’Occident est très fort.

Comment veut-on donc que ces musulmans qui viennent s’installer en Europe pour des raisons de commodité et de confort aient envie de quitter sentimentalement leur monde, c’est-à-dire leur civilisation, à un moment où celle-ci prend précisément sa revanche sur la civilisation occidentale, pour devenir «traîtreusement» des «Occidentaux»? Les musulmans ont le sens de l’honneur et ils trahiraient les leurs s’ils devenaient de bons Occidentaux.

Intégrer des musulmans dans une société occidentale qui a pour fondement le christianisme est une utopie. Les musulmans tiennent à conserver leur identité, et on ne peut pas le leur reprocher. C’est bien ce que leur recommande de faire un prédicateur comme Tariq Ramadan, un prédicateur qui a le succès que l’on sait. Il ne s’agit pas tant d’une affaire de religion que d’une affaire d’identité, et tout individu est prêt à lutter très fort pour défendre son identité. Y compris en y laissant sa vie s’il le faut..

On pourrait dire de façon provocatrice que pour qu’un musulman devienne un vrai Occidental, il faut en fait qu’il se convertisse au christianisme. Certes, les Européens sont en majorité agnostiques, mais même cet agnosticisme s’est construit avec une culture et une tradition judéo-chrétienne. Il faut appréhender les problèmes d’intégration avec les approches des anthropologues, et ne pas rester sur des idées simplistes. Le Coran dit aux chrétiens qu’ils sont dans l’erreur: comment donc des musulmans adopteraient-ils les thèses de ces gens que le Prophète a ordonné de combattre? Le message antichrétien est dans le livre saint de l’islam: il ne facilite pas l’intégration des musulmans dans nos sociétés occidentales, des sociétés fondées, il ne faut pas le négliger, sur les valeurs et les traditions chrétiennes.

Voir par ailleurs:

« Timbuktu » et « L’Apôtre » plus dangereux que « Charlie » ?

VIDÉOS. L’un dénonce le djihadisme, le second décrit la conversion d’un musulman au christianisme. Certaines projections ont été annulées « par précaution ».
« L’Apôtre » raconte l’histoire d’un jeune musulman qui se convertit au christianisme. © Carron Distribution

Phalène de La Valette

Le Point

20/01/2015

« Bonsoir madame, la DGSI nous a vivement conseillé d’annuler notre soirée débat du 23 janvier autour de la projection du film L’Apôtre, devant les risques d’attentats, cette projection pouvant être vue comme une provocation pour la communauté musulmane. » Voilà le message envoyé par la salle municipale de Nantes à la réalisatrice française Cheyenne Carron, quatre jours après la marche républicaine qui avait vu des millions de Français affirmer leur attachement à la liberté d’expression au cri de « Je suis Charlie ».

Par deux fois, les projections de son film L’Apôtre, qui raconte la conversion d’un musulman au christianisme, ont été annulées. À Nantes donc, mais aussi à Neuilly (Hauts-de-Seine), où le cinéma Le Village s’est abstenu à la suite de la demande de la préfecture de police. Des mesures de précaution compréhensibles dans le contexte qui est le nôtre, mais qui entrent en contradiction avec le discours sur la liberté d’expression entendu ces jours-ci. Pourquoi, en effet, interdire à une salle de cinéma ce qu’on autorise à un journal ?

« Pour ouvrir le dialogue »

Cette différence de traitement est d’autant plus frappante que L’Apôtre est une oeuvre dont la diffusion est assez confidentielle (faute de moyens, il n’a pu être projeté que dans une poignée de salles) et beaucoup moins provocante que la plupart des dessins de Charlie Hebdo. En fait, excepté son sujet, susceptible en lui-même de faire frémir certains musulmans, le film est même foncièrement pacifiste. On y suit l’itinéraire d’Akim, jeune Français destiné à devenir imam mais interpellé un jour par le baptême du fils d’un ami chrétien. Sa conversion provoque à l’évidence des remous dans sa communauté et dans sa famille, en particulier chez son frère aîné qui ne s’explique pas ce choix vécu comme une trahison. Mais frères et soeur, père et mère, chacun chemine doucement vers une compréhension mutuelle. Tout cela est filmé tout en nuances et justesse par Cheyenne Carron, dont le travail a été salué par la presse (Le Monde, Le Figaro et même Le Canard enchaîné…).

« L’Apôtre est un film qui parle d’amour. Au lieu de l’interdire, on devrait le projeter à des chrétiens et à des musulmans », a regretté la réalisatrice, elle-même catholique. « J’ai essayé de faire un film qui permette une vraie ouverture vers l’autre et vers la différence. Il est interdit par peur, et je le comprends parfaitement parce que ce qui s’est produit chez Charlie Hebdo, c’est terrifiant. Mais on ne gagne pas des guerres par le silence et en se censurant. Même s’il y a une part de danger, il ne faut pas se priver des outils que nous avons pour ouvrir le dialogue. »

Regardez un extrait du film L’Apôtre

Nommé au césar du meilleur jeune espoir masculin, l’acteur principal, Fayçal Safi, confie quant à lui soutenir la démarche de Cheyenne Carron face à certaines critiques qui l’accusent de mettre de l’huile sur le feu : « Moi, en tant qu’acteur principal de ce film et de culture arabo-musulmane, je suis ouvert et heureux qu’on traite de sujets sensibles au cinéma. Et si cela peut faire progresser les choses, alors, tant mieux. »

Oscars

L’Apôtre n’est pas le seul film à avoir été déprogrammé à la suite des attentats. Timbuktu, le film d’Abderrahmane Sissako, sélectionné au Festival de Cannes et en lice pour les Oscars, a vu ses projections suspendues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne). « Je n’ai pas reçu de menace, mais j’ai peur que ce film ne fasse l’apologie du terrorisme », avait justifié le maire de la ville Jacques-Alain Bénisti (il est revenu depuis sur sa décision et annonce une reprogrammation dans une quinzaine de jours). Coup de coeur du Point, Timbuktu est pourtant justement un vibrant plaidoyer contre l’islamisme des djihadistes, dont il montre l’horreur.

Ces micro-polémiques peuvent paraître dérisoires au regard des enjeux sécuritaires et politiques actuels. Mais elles alimentent le sentiment d’un « deux poids deux mesures » et font le miel des réseaux sociaux qui font le parallèle avec un autre film, Qu’Allah bénisse la France (également très bon), qui raconte la conversion d’un jeune de banlieue à l’islam et qui, lui, n’a pas souffert d’annulation.

Voir enfin:

La pièce Lapidée reportée après les attentats djihadistes
Claire Courbet, AFP agence
Le Figaro
21/01/2015

THÉÂTRE – Aigle Noir Productions, la société de production du drame écrit par le pasteur suisse Jean Chollet-Naguel a dû annuler sa campagne d’affichage et supprimer 27 représentations.

Les attentats de Paris ont eu des conséquences dans le monde de la musique et du cinéma mais également dans celui du théâtre. Suite aux attaques du début du mois de janvier, la pièce Lapidée ne sera finalement jouée que trois fois sur les trente séances prévues a révélé mercredi l’AFP. La campagne d’affichage qui devait débuter le 12 janvier a elle-aussi été ajournée.

Ces choix ont été faits au moment des drames. «Nous avons pris unanimement cette décision le vendredi 9 janvier, au moment de l’assaut des forces de police dans l’Aisne et à Paris contre les preneurs d’otages», a expliqué à l’AFP Claude Telliez, de la société Aigle Noir Productions.

Il explique que sa société a préféré la prudence: «La préfecture de police, contactée par un membre de la production, nous a dit que dans les circonstances, l’affichage pourrait être considéré comme une provocation».

Réactions virulentes de groupes islamistes
Les trois représentations ont eu lieu du 14 au 16 janvier au théâtre parisien le Ciné XIII. Il n’était pas possible pour la troupe d’être protégée plus longtemps. «Comme il ne s’agit pas d’un lieu public, nous ne pouvions pas être protégés dans le cadre de vigipirate, et nous devions recourir à une société de sécurité privée: c’est possible pour trois représentations mais pas pour trente» explique Claude Telliez. Le prix de chaque soirée surveillée est estimé à 360 euros par soir.

La pièce sera tout de même rejouée en 2016 à Paris selon la presse suisse. «Il ne s’agit pas d’autocensure, il s’agit de responsabilité», affirme Claude Telliez.

La pièce raconte l’histoire d’une jeune femme hollandaise, accusée d’adultère par son époux yéménite qui finit par être lapidée au Yémen. Elle a été écrite par le pasteur suisse Jean Chollet-Naguel et crée en 2013 lors du festival d’Avignon. A sa création, elle avait déjà sucité des réactions virulentes de groupes islamistes.


Affaire Charlie hebdo: Les sionistes ont même inventé l’humour ! (The tradition that invented the jealous, wrathful God also produced Jewish humor)

19 janvier, 2015

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O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? (…) De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Psaumes 22: 2-13
Une femme oublie-t-elle son nourrisson? De montrer sa tendresse au fils de son ventre? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t’oublierai pas. Esaïe 49: 15
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Dieu l’a élevé vers Lui. Le Coran (4 : 157-158)
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Mahomet s’est établi en tuant ; Jésus-Christ en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire; Jésus-Christ en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine. Pascal
L’Europe (l’Occident) n’est qu’un ensemble de dictatures pleines d’injustices ; l’humanité entière doit frapper d’une poigne de fer ces fauteurs de troubles si elle veut retrouver sa tranquillité. Si la civilisation islamique avait dirigé l’Occident, on ne serait plus contraint d’assister à ces agissements sauvages indignes même des animaux féroces. (…) La foi et la justice islamique exigent de ne pas laisser survivre, dans le monde musulman, les gouvernements anti-islamiques ou ceux qui ne se conforment pas entièrement aux lois islamiques. L’instauration d’un ordre politique laïque revient à entraver la progression de l’ordre islamique. Tout pouvoir laïque, quelle que soit la forme sous laquelle il se manifeste, est forcément un pouvoir athée, oeuvre de Satan ; il est de notre devoir de l’enrayer et de combattre ses effets. Le pouvoir « satanique » ne peut engendrer que la « corruption sur la terre », le mal suprême qui doit être impitoyablement combattu et déraciné. Pour ce faire nous n’avons d’autre solution que de renverser tous les gouvernements qui ne reposent pas sur les purs principes islamiques, et sont donc corrompus et corrupteurs ; de démanteler les systèmes administratifs traîtres, pourris, tyranniques et injustes qui les servent. C’est non seulement notre devoir en Iran, mais c’est aussi le devoir de tous les musulmans du monde, dans tous les pays musulmans, de mener la Révolution Politique Islamique à la victoire finale. (…) La guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans. Il se peut qu’elle soit déclarée après la formation d’un gouvernement islamique digne de ce nom, sous la direction de l’Imam ou sur son ordre. Il sera alors du devoir de tout homme majeur et valide de se porter volontaire dans cette guerre de conquête dont le but final est de faire régner la loi coranique d’un bout à l’autre de la Terre. Mais que le monde entier sache bien que la supr