Turquie: Attention, une flottille de la paix peut en cacher une autre (Operation Attila: Looking back at Turkey’s other historic peace flotilla)

5 juin, 2010
Turkish occupation of Cyprus stampCyprus was an anomaly, Christianity’s forward position in a Muslim sea, isolated, fertile, hundreds of sea miles from Venice, both a provocation and a temptation to the sultans in Istanbul – ‘an island thrust into the mouth of the wolf’, one Venitian called it. Roger Crowley
Malta had escaped; five years later, Cyprus — scene four — was not so lucky. The island had been a Venetian colony since 1488, but after the fall of Rhodes, as Mr. Crowley notes, « Cyprus was an anomaly, Christianity’s forward position in a Muslim sea. » In 1570, the Turks attacked. There were two sieges, but the stories of these are overshadowed by a third tale, about the victors’ infamous treatment of the Venetian commander, Marcantonio Bragadin. After surrendering on honorable terms, he was dragged around the walls of the city of Famagusta, hauled to the yardarm of the Turkish flagship, and then tied naked to a column and flayed alive. His skin is still preserved in Venice, above his tomb in the church of Santi Giovanni e Paolo. The WSJ
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Cet acte, totalement contraire aux principes du droit international, est un acte inhumain de terrorisme d’Etat. Erdogan
Il n’est plus possible de cacher ou d’ignorer l’illégalité d’Israël. (…) La communauté internationale doit désormais dire ’ça suffit’(…) Les déclarations de condamnation, sans autre contenu, ne suffisent pas … il doit y avoir des résultats. Erdogan
C’est donc en connaisseur du racisme d’Etat et du scandale des bantoustans qu’il témoigne son soutien au peuple palestinien, qui connaît une situation comparable à celle des noirs dans l’ancien régime de Prétoria. Politis (évoquant le témoignage du romancier suédois Henning Mankell, présent sur l’un des bateaux de Gaza)
Il serait singulier que la Turquie, elle aussi candidate à l’Union [mais à l’horizon 2008], continue d’occuper militairement une portion de l’organisation qu’elle souhaite précisément intégrer. Si tout se passe comme nous l’entendons, les Quinze auront mis fin à un conflit sans mobiliser le moindre soldat. Du jamais-vu! Fonctionnaire européen (2002)
La Turquie a envahi de façon barbare 37 % de notre patrie et a pris le pouvoir par les armes. Patriarche Chrysostomos II (chef de l’Église orthodoxe chypriote)
L’opération Attila, laquelle mérite bien son nom, vu les atrocités qui l’accompagnèrent, c’est-à-dire le débarquement d’une forte armée qui occupa rapidement tout le Nord de Chypre – près de 40 % de sa superficie totale. Les habitants grecs de cette région s’enfuirent en masse – au nombre de cent quatre-vingt mille –, mais il y eut plus d’un millier de ‘disparus’ parmi les civils, certainement tués par les Turcs. François Crouzet
La politique de colonisation menée par Ankara grâce à l’afflux de 90 000 villageois d’Anatolie cause un déséquilibre, au point que nous, les 75 000 Chypriotes turcs, sommes désormais minoritaires dans notre pays. Alpay Durduran (opposant nord-chypriote)
A quoi attribuer cette haine préexistante qui assure la dénonciation d’Israël dans les termes les plus féroces – ou, pour employer le langage politiquement correct, ‘disproportionnés’? Il ne peut s’agir de ‘terre occupée’, étant donné les millions de km2 mondiaux actuellement occupés, de la Géorgie à Chypre et au Tibet. Ni de capitale divisée – Nicosie est partitionnée par un mur. Ce n’est pas une réaction exagérée à l’usage de la force en soi – les Russes ont rasé Grozny et abattu des dizaines de milliers d’habitants sans déranger un monde largement assoupi. Et cela ne peut pas être l’échelle de la violence, étant donné ce que nous voyons d’heure en heure au Pakistan, au Darfour et au Congo. Et, étant donné les histoires arménienne, grecque et kurde (et les réactions qu’elles ont tour à tour soulevées), le gouvernement turc actuellement outragé n’est sûrement pas un référent crédible en matière de violence disproportionnée. Victor Davis Hanson

Attention: une flottille de la paix peut en cacher une autre!

Mur de la honte, ligne verte, barbelés, miradors, chars, hommes de troupe, check points, couvre-feu, paupérisation, spoliations et expropriations, trafics illicites, partition ethnique, casques bleus, subventions européennes massives …

Alors que cinq jours après la violente tentative de forçage du blocus militaire de Gaza par des groupes pro-palestiniens, les donneurs de leçons, Turquie en tête, se déchainent contre le seul gouvernement israélien (même la Chine, en ce 21e anniversaire de Tienanmen, se dira choquée!) …

Et qu’au moment où arrive à nouveau de Chypre un 7e bateau forceur de blocus …

Où, hasard du calendrier au lendemain d’un énième assassinat d’un religieux chrétien en Turquie (le chef de l’Eglise catholique, cette fois, sauvagement égorgé par son chauffeur), le Pape entame un voyage de trois jours …

Petit retour sur une autre opération et flottille de la paix étrangement oubliée, 36 ans après par nos medias et la diplomatie internationale, certes fort occupés par les exactions quotidiennes de l’entité sioniste ….

A savoir l’Opération pour la paix de Chypre (dite aussi Opération Attila) par laquelle, une Turquie qui venait de régler, comme on le sait, la question chrétienne (dans ses versions grecque, assyrienne ou arménienne) au sein de son propre pays, avait sauvé la paix sur l’ile qui sert aujourd’hui de base de départ aux actuelles flottilles de la paix …

Apportant, entre ligne verte, mur, miradors et checkpoints, tous les symboles d’une pacification réussie à une Chypre et à un monde éternellement reconnaissants

Chypre : le dernier mur d’Europe?
Luce Ricard
Nouvelle Europe
03-11-2009

20 ans après le 9 novembre 1989, c’est une Europe persuadée d’en avoir fini avec les murs qui fête l’Allemagne réunifiée. Cependant, les yeux rivés sur son côté est, elle omet de regarder au sud, vers Chypre, île coupée en deux, seulement de jure dans l’Union européenne et où la notion de mur de séparation n’appartient toujours pas au passé.

Une île et une capitale divisées

Chypre est aujourd’hui une île au profil pour le moins atypique : il n’existe officiellement que la République de Chypre, membre de l’ONU et de l’UE. En effet, la moitié nord de l’île n’est reconnue que par la Turquie en tant que République turque de Chypre Nord. La « ligne verte », dite « ligne Attila » sépare les deux entités et les 200 000 Chypriotes turcs, au nord, des 700 000 Chypriotes grecs, au sud. L’adhésion de Chypre à l’Union européenne en 2004 n’a pas clarifié la situation puisque l’île est de jure membre de l’UE mais de facto seule la partie sud fait partie de l’UE.

À Chypre, les violences ont débuté en 1963 avec la chute du gouvernement bicommunautaire suivie en 1974 par l’opération « Aphrodite » lancée par le régime des Colonels en Grèce (opération ayant pour objectif le rattachement de Chypre à la Grèce) ayant eu pour réponse l’intervention puis l’occupation turque de la partie nord de l’île. Dès lors, l’île, dont la capitale, est coupée en deux. Premier effet de la ligne verte : séparer Chypriotes grecs et Chypriotes turcs mais aussi la population de ses biens. Illustration souvent reprise par les médias de cette situation d’expropriations : le cas de Mme Loizidès, en 1989 – année de la chute du mur de Berlin – Titina Loizidès a réussi à faire condamner Ankara par la Cour européenne des droits de l’homme car l’occupation militaire la prive de l’usufruit de sa maison et de son terrain.

Nicosie est la seule capitale au monde à être coupée en deux par une zone démilitarisée contrôlée par l’ONU. La comparaison avec le Mur de Berlin est tentante puisque la séparation de la « double capitale » se matérialise par un mur et des check points. Sur l’île, quelques minutes suffisent pour passer du check point chypriote grec au chypriote turc mais venant de la partie sud, il n’est pas autorisé de revenir d’une excursion au nord après 17h. Cependant, pour beaucoup, le mur chypriote est avant tout incarné par la présence militaire turque au nord de l’île, forte de 300 chars et 40.000 hommes.

Un mur qui marque mentalités et sociétés

Abattre le dernier mur d’Europe afin de ré-unifier Chypre est l’objectif que se donnent beaucoup. Or, ce n’est pas si simple. La ligne de séparation constitue un traumatisme pour nombre de Chypriotes. Certains continuent de mêler nostalgie, rancœur et revendication par le biais de symboles marquants comme c’est le cas depuis 27 ans à Famagouste, Kyrenia et Morphou, en plein territoire chypriote turc, où sont toujours organisées les élections municipales, pour désigner un maire chypriote grec en exil. Pour nombre de Chypriotes, un combat est à mener, celui de la mémoire pour transmettre le souvenir d’une île unifiée mais aussi d’un conflit aux nouvelles générations.

En outre, si la ligne verte venait à être détruite, on pourrait redouter qu’un « mur virtuel» ne subsiste. En effet un mur s’est également construit dans l’esprit des habitants qui vivent séparés depuis 1974 et pour qui les habitants du village de l’autre côté représentent l’ « Autre ». La « ligne verte » cristallise un ressentiment général et laisse à penser qu’une réunification de l’île ne signifiera pas une réconciliation immédiate.

Par ailleurs, en cas de réunification de l’île, une autre ligne de séparation virtuelle persistera : celle qui sépare deux moitiés d’île au développement hétérogène. Le sud a connu une certaine croissance et modernisation qu’il doit en partie au tourisme contrairement au nord qui se vide peu à peu de sa population. En effet, le nord est en crise depuis la dévaluation de la monnaie turque et les faillites en série des banques. La vie d’un Chypriote du nord ne ressemble pas à celle de son voisin du sud : son salaire est de quatre fois inférieur. La fameuse ligne verte ne fait pas qu’empêcher une réunification de l’île, elle condamne également les populations à une hétérogénéité qui compliquera tout rapprochement.

Implications internationales

Une des caractéristiques frappantes du conflit chypriote est son absence dans les médias européens et son quasi abandon par la diplomatie internationale. En effet, il semblerait que cette question pourtant épineuse ne soit abordée que lors d’échéances telles que l’adhésion de l’île à l’UE ou les négociations tournant autour de la candidature turque.

La dernière tentative visant à résoudre la question chypriote est celle du plan de réunification proposé par Kofi Annan en novembre 2002. Ce plan s’appuyait sur l’implication directe des dirigeants des deux communautés, turque et grecque et sur trois États que l’on pourrait qualifier de « parrains », la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni. Ce « plan Annan » proposait la création d’une confédération relativement lâche, inspirée du modèle suisse, réunissant les deux communautés. En avril 2004, le plan était proposé par référendum et rejeté par la communauté chypriote grecque, mettant un terme aux espoirs de ceux qui souhaitaient que l’adhésion de Chypre à l’Union européenne soit l’occasion d’une ré-unification de l’île. Pour certains, l’échec de ce plan a renforcé les espoirs des leaders séparatistes de parvenir à une quasi-indépendance internationalement reconnue. Enfin, si le plan Annan permettait l’adhésion d’une île unifiée, il ne remettait pas en cause de la logique de séparation ethnique et n’apportait que des réponses partielles aux spoliations des terres des Chypriotes grecs. Enfin, concernant cet échec, force est de constater le manque d’anticipation de l’UE qui voyait dans la perspective d’adhésion un catalyseur suffisant pour assurer une réconciliation chypriote.

Une situation de plus en plus intenable pour l’UE

L’adhésion à l’Union européenne de Chypre en 2004, avant même le règlement du conflit chypriote a donné lieu à une situation absurde puisque Chypre dans sa totalité est membre de l’UE et qu’en réalité seule la moitié sud bénéficie de l’adhésion. Des dizaines de milliers de Chypriotes turcs vivant dans la partie nord ou dans le reste du monde ont demandé et obtenu des passeports de la République de Chypre et ce, malgré les appels de certains de leurs leaders à ne pas le faire et à continuer d’utiliser les passeports turcs fournis par la Turquie. Ces initiatives ont non seulement rappelé que la République de Chypre inclut tous les Chypriotes mais également que des dizaines de milliers de citoyens européens ne jouissent pas des droits et prérogatives qui sont ceux des autres citoyens de l’UE.

Le rôle de l’Union européenne au nord de l’île est ambigu : un bureau européen chargé de superviser l’utilisation de fonds envoyés au nord perçu comme « le poste avancé de l’UE » dépend de la Direction générale de l’élargissement de l’UE et non pas de la représentation de la Commission européenne à Nicosie. La République de Chypre, voulant empêcher à tout prix une reconnaissance de la RTCN, a un droit de regard sur l’utilisation des fonds versés par l’UE au nord, ce qui ne va pas sans attiser la colère des Chypriotes turcs pour qui « la partie chypriote grecque essaye d’empêcher le développement de (nos) relations avec l’UE et de renforcer notre isolement économique », selon les accusations de Mehmet Ali Talat, Président de la RTCN.

Nouveau casse-tête européen annoncé, celui qu’incarne la volonté chypriote d’intégrer l’espace Schengen dans les années à venir alors que la ligne verte ne constitue pas une frontière perméable vers la RCTN, région connue pour ses nombreux trafics illicites. Une entrée de Chypre dans l’espace Schengen impliquerait un contrôle des passages des biens et personnes sur la ligne verte par les Chypriotes du sud et donc une reconnaissance implicite de la frontière, ce que Nicosie veut à tout prix éviter.

Enfin, la question mérite d’être posée : la situation est elle moralement tenable pour l’Union européenne ? Le flou que constitue l’île de Chypre et le conflit latent qui l’accompagne plongent l’UE dans l’embarras, qui gère aujourd’hui la situation à la manière d’une préparation à une intégration d’un espace du genre de la République démocratique allemande, en aidant la moitié nord dans une optique de remise à niveau économique de la RTCN aide qui doit transiter par la République de Chypre. Cependant, la question de l’adhésion de la Turquie impose à l’UE de se tourner vers la question chypriote, qui ne manque pas d’être intégrée et instrumentalisée dans le débat, ce que redoute Ankara.
L’exaspération de la population

La communauté internationale comme l’Union européenne semblent aujourd’hui impuissantes face à la situation chypriote. L’espoir d’une résolution du conflit et la fin de la partition serait dès lors à chercher du côté de la population elle-même qui est de plus en plus nombreuse à faire connaître son exaspération. Côté nord, les Chypriotes turcs sont de plus en plus critiques de la politique d’Ankara. « La politique de colonisation menée par Ankara grâce à l’afflux de 90 000 villageois d’Anatolie cause un déséquilibre, au point que nous, les 75 000 Chypriotes turcs, sommes désormais minoritaires dans notre pays » dénonçait récemment un leader du nord. Ces dernières années, se sont multipliées les manifestations dénonçant la présence militaire turque au cri de « Chypre est à nous ». Il se pourrait qu’un développement du sentiment d’identité chypriote et non plus turque ou Chypriote turque au nord doublé d’une volonté d’être des citoyens européens à part entière puisse constituer la meilleure promesse d’une réunification. En effet, l’appropriation de la question chypriote par les Chypriotes eux-mêmes en dehors du cadre gréco-turc.
Un espoir : les nouveaux dirigeants

Malgré l’accumulation d’échecs et de blocages connus par Chypre, il semblerait que l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants puisse constituer un espoir vers une « chute du mur chypriote ». A l’issue d’une première rencontre le 21 mars 2008 dans une zone « neutre » de la capitale et sous l’égide du représentant spécial des Nations unies pour Chypre, Michael Poller – M. Christofias, Président de Chypre et Mehmet Ali Talat, le leader de la République turque de Chypre Nord, ont annoncé qu’ils débuteraient des négociations en vue d’une réunification.

Ce réchauffement des relations entre le nord et le sud de l’île se traduit par la politique de « la porte ouverte ». Depuis 2003, plusieurs points de passage pour piétons ont été ouverts dans l’île et à Nicosie. Des contrôles d’immigration et de douanes sont aussi en place à ces points de passage, la Commission européenne accordant une aide de plus de 100 000 euros pour les travaux de sécurisation du nouveau passage.

Des côtés grec et turc, l’heure est aussi à l’apaisement : le gouvernement d’Ankara arrivé au pouvoir en 2002 a su résister aux pressions du lobby chypriote turc dirigé depuis trente ans par M. Denktash et le nouveau Premier ministre grec, dont le premier déplacement a eu lieu à Istanbul, est déterminé à faire avancer la relation gréco-turque. Par ailleurs, M. Papandréou (Grèce) et M. Christofas (Chypre) ont réaffirmé leur volonté de voir la question chypriote réglée en même temps que l’adhésion de la Turquie à l’UE via la mise en place du plan Annan et l’application uniforme de l’acquis communautaire sur l’île.
Rue de Ledra, symbole de la « porte ouverte »

Le cas du mur de la rue Ledra à Nicosie, abattu en mars 2007, est devenu le symbole de cette nouvelle politique de la « porte ouverte ». Si cette rue revêt une importance particulière, c’est parce qu’elle constitue un symbole historique puisqu’on y avait dressé les premières barricades au début des années 1960. À la fin des années 1950, cette artère commerciale gagna le surnom de « kilomètre du meurtre », en référence aux attaques de l’Eoka, milice chypriote grecque d’extrême droite, contre l’occupant britannique. Dès Noël 1963, les barricades apparurent et les heurts entre les deux communautés se multiplièrent, ce qui entraîna l’intervention de l’ONU. Après l’invasion de l’armée turque en juillet 1974, la rue fut définitivement coupée en deux. Lors de la réunification de la rue, la presse européenne titra alors sur la chute du « dernier mur d’Europe », soulignant la charge symbolique de l’événement. Cependant, pour beaucoup, l’ouverture de la rue est un non-événement puisque le libre passage entre les deux parties de la rue Ledra dépend encore, après la destruction du mur, du bon vouloir des troupes turques et la réalité de l’île est celle d’une division ethnique dans le cadre d’une présence militaire turque largement déployée.

Le mur chypriote constitue un véritable bourbier : la communauté internationale comme l’Union européenne peinent à s’impliquer concrètement dans la question puisque ce serait reconnaître qu’il existe une « question chypriote » et donc une partition de l’île. Cependant, en refusant de s’atteler à une situation certes au premier abord inextricable mais incontournable avant 2004, l’UE se retrouve aujourd’hui au pied du mur – le mur turc – et ne pourra plus se voiler longtemps la face.

Voir aussi:

The Turkish Government
Global Arbiter of Ethnic Violence?

Victor Davis Hanson
NRO’s The Corner
June 1, 2010

The virulent worldwide reaction to Israeli’s handling of the Gaza flotilla has been quite instructive. The bankrupt Greeks, for example, are taking a holiday from railing at the Germans to demonstrate in solidarity with the Turkish-organized Gaza effort, which puts them on the same side as those whose government supports the occupation of much of Greek-speaking Cyprus and its divided capital.

No one in Europe worried much about the constant shower of missiles from Gaza in the past. No one in Europe said a word when North Korea torpedoed and slaughtered South Koreans on the high seas. No one objected when the Iranians hijacked a British ship and humiliated the hostages.

We ourselves seem to be getting a sort of novel pass for executing scores of suspected terrorists — and anyone in their vicinity — in our new, stepped-up Predator drone assassinations.

But the Western and Islamic worlds have a preexisting furor at the Jewish state that can be tapped at will by almost any pro-radical-Palestinian group clever enough to do proper PR after a desired asymmetrical confrontation. The fallout from Sharon’s visit to the Temple Mount, the distortions around the 2002 terrorist storming of the Church of Nativity, the 2006 Lebanon war — over time, these incidents do their part, in weird fashion, to incur hatred for a liberal democracy while creating sympathy for a theocratic thugocracy like Hamas.

What explains this preexisting hatred, which ensures denunciation of Israel in the most rabid — or, to use the politically correct parlance, “disproportionate,” terms? It is not about “occupied land,” given the millions of square miles worldwide that are presently occupied, from Georgia to Cyprus to Tibet. It is not a divided capital — Nicosia is walled off. It is not an overreaction in the use of force per se — the Russians flattened Grozny and killed tens of thousands while the world snoozed. And it cannot be the scale of violence, given what we see hourly in Pakistan, Darfur, and the Congo. And, given the Armenian, Greek, and Kurdish histories (and reactions to them), the currently outraged Turkish government is surely not a credible referent on the topic of disproportionate violence.

Perhaps the outrage reflects simple realpolitik — 350 million Arab Muslims versus 7 million Israelis. Perhaps it is oil: half the world’s reserves versus Israel’s nada. Perhaps it is the fear of terror: draw a cartoon or write a novel offending Islam, and you must go into hiding; defame Jews and earn accolades. Perhaps it is anti-Semitism, which is as fashionable on the academic left as it used to be among the Neanderthal right.

Perhaps there is also a new sense that the United States at last has fallen into line with the Western consensus, and so is hardly likely to play the old lone-wolf supporter of Israel in the press or at the U.N.

At this point, it doesn’t much matter — as this latest hysterical reaction reminds us, much of the world not only sides with Israel’s enemies but sides with them to such a degree as to suggest that, in any existential moment to come, the world either will be indifferent or will be on the side of the side of Israeli’s enemies.

Quite frightening, when you think of it.

Voir également:

Full Text of Recep Tayyip Erdogan’s Speech on Israel’s Attack on Aid Flotilla
June 2nd, 2010

(extraits)

Today I do not only want to speak to my dear people but to all of humanity.

I want to call to the conscience and hearts and minds of the whole of humanity, I would like to share courageously my feelings.

Yesterday, in the darkest moment of the night two bloody attacks occurred.

The first of them was the terrorist attack against our military troop at the Iskenderun Naval Base. In this malicious, vicious attack six of our soldiers died, and they have become martyrs. Seven of our soldiers have been injured.

The second, at dawn in the waters of the Mediterranean Sea, the heart of humanity has taken one of her heaviest wounds in history. The aid ships, from the humanitarian heart, these flowing aid ships have been hindered with guns, by violence, despotism.

They, who with mercy, compassion and humaneness, loaded onto these ships, they could not reach their place of destination, they were wreaked in carnage.

Yesterday, beginning in the morning hours, armed elements of the Israeli Army stopped humanitarian aid being brought to the Gazan people, from more than 32 countries, with 600 people inside carried by the Free Gaza Flotilla, in international waters, in an absolutely illegal way did they attack, spilling the blood of innocent humans.

At this violent attack, resulting in casualties and persons being wounded, the humanitarian aid ships were seized and sequestered. This inhuman attack against those women, young people, religious functionaries that the ship was carrying, I do one more time strongly, severely condemn.

I have declared in Chile. Here I do stress it one more time. The bloody massacre of Israel, brought against the ships bringing humanitarian aid to Gaza is a massacre deserving of any kind of curse and condemnation. This is openly an attack against international law, against the heart of humanity, against world peace; I say against the heart of humanity, for, on those ships were people from all nations, all religions. People alone and they only were bringing humanitarian aid to those under blockade, embargo, to the people in Gaza. The ships, before they left openly declared to the entire world their cargo, their intention, their mission. As witness to this openly humanitarian aid from the world and our country 60 journalists have entered the ships as well. In international waters, in open sea, this armed attack against 600 people and 6 ships which were carrying aid to oppressed people, poor people, to starved people, to people whose homes were destroyed – this was openly an attack against the basic philosophy of the United Nations. Erdogan Regrettably I must say, the incidents which occurred yesterday, in terms of humanity’s collective civilisation and culture have been a black mark. In terms of history of humanity this has been recorded as a major shame. Attacking humanitarian aid ships with arms, to massacre innocent people, treating civilians as terrorists is in terms of humanity a great defeat. A despicably cowardly and vicious act of presumption that is recklessness and dauntless. [20 seconds applause].

We know, war as well as peace has its laws. In war you do not attack children, in war you do not attack women, old people, in war you do not attack civilians or religious functionaries, in war you do not attack those who are hoisting the white flag, health and rescue personnel; not in wartime, but in peace time, those who do these things not only violate the law, at the same time they trample humanity under their feet, they abandon humanity.

Despots, gangsters even pirates have specific sensitiveness, follow some specific morals. Those who do not follow any morality or ethics, those who do not act with any sensitivity, to call them such names would even be a compliment to them. Israel has, by attacking a ship with volunteers from 32 countries, in fact defied the world. World peace has been deeply wounded. This brazen, irresponsible, reckless government that recognises no law and tramples on any kind of humanitarian virtue, this attack of the Israeli government by all means – but by all means, must be punished.

A government, having made lying its state policy and does not blush on account of the crime it commits, instead of expecting them to open an investigation, the international community must investigate this incident in all its dimensions and must give the legal response.

The State of Turkey won’t be satisfied only by watching this. Turkey is not an adolescent, rootless state. It is in no way a tribal State! No one should attempt to play around with this nation, to test the patience of Turkey. As precious as Turkey’s partnership is, so harsh will be her hostility.

(…)

The issue is Israel’s present lawlessness, and recognising the present government’s inhuman practices, using violence, spilling blood, showing approaches that threaten peace.

Turkey has always been, in the Middle East, on the side of peace. She has contributed to regional stability and security. In the recent past, for Israel’s relations with Palestine, Syria and Lebanon to be normalized, the country contributing was also Turkey. Israel now is showing attitudes, taking the most important peace defender in the region, and opposing her. Israel from now on, must give up the carelessness it shows in explaining the injustice being practised with their justifications about security, criticism that they call anti-Semitism.

There is an understanding where violence is its policy, Israel sees that it is licit for itself to oppress, tyrannize, maltreat and she does not hesitate to shed blood. There is no longer any way for the illegal actions of Israel to be covered, to be misinterpreted intentionally, to be ignored. The time has come for the International community to say: STOP!

It is Israel who does not recognise over 100 UN Security Council resolutions against her. So, the United Nations cannot be content with the condemnation decision it has taken last night.

(…)

We cannot leave Israel with what they have done, alone. We cannot say to the Israeli government, all you do will go to your advantage. Everything has a price. And this government will have to pay for this.

For this kind of comprehension that does not show respect for human life, that they find it impossible to esteem any right and law, we cannot have a peaceful attitude, my comrades.

It is impossible to support a comprehension that does not esteem and respect the human and human rights.

A State considering the security of its own people cannot achieve this by obtaining the hate and hostility of the whole world with their actions.

An administration that does not esteem others as humans except its own people cannot have a concern called peace.

(…)

72 miles far from their own waters, entirely in open sea and international waters, Israel carried out an operation on a ship, a civil ship, not a military ship, one is not allowed even do this at all. To make an operation on a civil ship, even the capture of the passengers is itself a crime. Attacking innocent people with arms, to shed blood, and to massacre is clearly state terrorism. They deny, they say that they were shot at. We are sick of your lies, we are sick. Be honest, honest, be honest.

(…)

I have said it once before. The Israeli administrators, whom we told into their face how well they know how to murder, have one more time shown the world how good they indeed are at massacres. To comprehend, handcuffing even heavily wounded innocent people they have shot at. Hey! Can there be an explanation for his? Lying on the stretcher, wounded, you even handcuff him! Can that be explained with human rights, with universal values? It is no longer possible to tell the world how much those were shown humanity.

All people of the earth condemn this clear cruelty, I know this. But it is not enough anymore to only condemn, we have to obtain results.

All people on earth who want justice on earth, one day not power but justice will dominate, you should know that, I want this.

Turkey will use all opportunities that international law allows. At this course we will move together with the international community. I want all humanity to attract attention to this issue. With her blood-shedding policy Israel cannot legitimate this illegal, this bloody murder with any excuse, she cannot explain it.

Israel, with no excuse, no reason can wash the blood on her hands. The issue, case created by the bloody attack in the Mediterranean Sea, is not the problem between two countries but the problem of the entire world. I believe that no country considering humane values and virtues, no international institution will just watch a murder of these dimensions.

From now on, whoever shuts their eyes to the bloody attacks of Israel, whoever ignores them, should know, they are accomplices of these murders. It has been understood that the matter is not a matter of defending against terrorism, that the matter is not struggle against terrorism, but that the matter is an effort of a massacre towards a city, towards all people of a city, in order to completely exterminate them, has one more time been proven with this last incident that occurred.

You throw bombs on these people, you try phosphorous bombs on these people, you bomb hospitals, you bomb mosques, you attack schools, you bomb playgrounds, you even aim at the UN Office, as if this illegality was not enough, you also cut off all kinds of needs of those people.

And after all of this, you won’t withhold the aid volunteers who try to deliver to these people medicine, food, construction materials, to feel your inhuman savagery.

(…)

Israel, who shot a bullet on innocence and mercy, has chosen with this murder in the open sea, solitariness against the whole world. Has chosen to be isolated.

I say it one more time. If everyone keeps silent, if all shut their eyes, if all turn their backs; we, as Turkey, we won’t turn our back to Palestine, to the Palestinian people, to Gaza. We won’t shut our eyes! We won’t cease crying for Palestine!!!

My dear brothers and sisters, our nation has to be firm. Our people must have dignity worthy of Turkey. We will take it into our hearts. The wounds of our wounded we will all together heal.

We are aware with satisfaction that all around in Turkey our people with a great sensitiveness are watching the issue closely, they are showing their democratic reactions lawfully.

To say it, this is appropriate for our people. I believe that all our citizens will keep their steadfastness, and move in dignity and common sense. Everyone should know and be sure, the love and friendship ships flowing down from the heart of humanity will pass one day all hindrance, barricades and reach their destination.To those who stand behind this inhuman, this inhuman and illegal operation;

As much as you stand behind illegality, we stand behind laws.

As much as you stand behind the bloody operation, aggressiveness, behind terror, as much do we stand behind justice.

As much as you stand against civilians, against the oppressed in Gaza, Palestine as much stand we next to, behind civilians, innocent people, the Palestinian people, the people in Gaza.

We have been honoured having this status through history, we are proud of it, and also from now on we will continue to act and move with the mission our history, civilisation and State tradition has given us.

Voir enfin:

Chypre : une histoire conflictuelle
François Crouzet
Professeur émérite à l’université Paris IV-Sorbonne
Clio
Septembre 2002

La partition de Chypre que nous connaissons encore aujourd’hui est le résultat d’une histoire mouvementée et complexe due à sa position géostratégique en Méditerranée. D’un peuplement grec originel, la conquête ottomane introduisit un peuplement turc, ce qui a contribué à dresser la Grèce et la Turquie l’une contre l’autre. François Crouzet nous relate l’histoire de cette île dont le destin pourrait encore une fois basculer si était acceptée sa candidature de membre de l’Union européenne.

Les origines helléniques de Chypre

Troisième par la superficie des îles de la Méditerranée, Chypre est proche des côtes de l’Asie occidentale, mais le fait fondamental de son histoire est son caractère hellénique. Des Grecs s’y installèrent au XIIe siècle avant Jésus-Christ et à l’époque classique (V-IVe siècles), l’île était complètement hellénisée. Elle l’est restée : les quatre-cinquièmes de la population, sept cent cinquante mille habitants, parlent grec, ont une culture et un genre vie grecs et pour religion, l’Église grecque orthodoxe, qui est autocéphale, ayant été fondée par l’apôtre Barnabé. Cette hellénicité de Chypre s’est maintenue au cours des siècles, bien que l’île ait été soumise en leurs temps aux divers empires qui ont dominé la Méditerranée orientale, des Assyriens aux Ottomans et plus récemment aux Britanniques.

L’époque « franque »

Du VIIe au XIe siècle de notre ère, Chypre fut l’objet de disputes entre les Arabes et les Byzantins, puis en 1191, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, en route pour la troisième croisade, s’en empara ; mais il la céda en 1192 au roi de Jérusalem, dépossédé par Saladin, Guy de Lusignan. Ainsi, une dynastie d’origine poitevine régna près de deux siècles sur Chypre. De cette époque « franque », datent les cathédrales gothiques de Nicosie et de Famagouste, transformées en mosquées depuis, et l’abbaye de Bellapaix. En 1489, la reine de Chypre qui était vénitienne, veuve de l’avant-dernier roi, céda l’île à la République de Venise.

La conquête ottomane

Mais la période vénitienne de Chypre ne dura pas un siècle : en 1570-1571, l’île fut conquise par les Turcs ottomans, qui la gouvernèrent trois siècles, avec le mélange de négligence et de brutalité qui caractérisa partout leur domination. L’installation d’une partie de l’armée qui avait fait la conquête et l’immigration venue d’Anatolie créèrent une communauté turque, de langue turque et de religion musulmane, qui forme aujourd’hui environ 18 % de la population.

Chypre, colonie britannique

Nouveau changement en 1878 : à la suite de la guerre d’Orient entre Russie et Turquie, la Grande-Bretagne se fit céder l’administration de Chypre par l’empire ottoman ; elle voulait en faire une « place d’armes », à partir de laquelle les forces britanniques pourraient secourir les Turcs en cas d’agression russe. En fait, en 1915, l’Angleterre se trouva en guerre contre la Turquie et annexa l’île, qui devint colonie britannique. Le régime anglais fut bénéfique, assurant l’ordre, une administration et une justice honnêtes, des progrès économiques et sanitaires dont l’éradication de la malaria. Un conseil législatif fut créé et les Cypriotes jouirent d’une certaine autonomie.

Mais les Britanniques se heurtèrent aux revendications de la population grecque, non qu’elle ait réclamé l’indépendance – comme dans bien d’autres colonies – mais parce qu’elle souhaitait l’Enosis, ou union, avec la Grèce, aspiration qui s’était éveillée depuis que cette dernière était devenue un État indépendant en 1830. C’est ce qui fait la spécificité du mouvement « national » à Chypre ; une autre particularité fut que ce mouvement fut dirigé par l’Église orthodoxe. Les étrangers en furent surpris, mais c’était conforme à la tradition ottomane, qui faisait des chefs des communautés religieuses les interlocuteurs du pouvoir turc ; l’archevêque de Chypre était l’ethnarque, c’est-à-dire le chef de la nation grecque ; l’Église était la plus puissante des forces politiques de l’île. L’enseignement renforça ces tendances : il était donné aux enfants grecs en grec, selon des modèles venus de Grèce et il enseignait que les Cypriotes étaient grecs.

Le mouvement national à Chypre

Le mouvement national des Grecs de Chypre a donc des racines profondes, mais il resta longtemps pacifique, mis à part de sérieuses émeutes en 1931. En revanche, il reprit vigoureusement après la seconde guerre mondiale, stimulé par les promesses de liberté pour les peuples colonisés que contenaient la Charte de l’Atlantique et celle des Nations unies, puis par la décolonisation dans l’Empire Britannique. Mais le gouvernement de Londres n’était nullement disposé à céder Chypre à la Grèce et il devait même déclarer maladroitement que l’île ne pourrait jamais exercer le droit d’autodétermination. Cette attitude intransigeante contraste avec la politique libérale de décolonisation que suivit en général l’Angleterre ; elle s’explique par des raisons stratégiques liées à la guerre froide. Avec le retrait de Palestine, puis d’Égypte, des troupes britanniques, Chypre était devenue le seul territoire britannique proche du Moyen-Orient, une sorte d’immense porte-avions, qui permettait de lancer des opérations dans cette région, en cas d’attaque soviétique ou de menaces contre les intérêts pétroliers de l’Angleterre. On considérait à Londres que le maintien de la souveraineté britannique sur l’ensemble de l’île était nécessaire pour la sécurité et l’efficacité des bases militaires qui y furent établies. L’existence à Chypre d’un fort parti communiste, la méfiance envers la Grèce, pays instable, l’idée que la Turquie, pilier de l’aide droite de l’OTAN, s’opposerait à l’Enosis, tout cela ne pouvait que renforcer l’intransigeance britannique devant les revendications enosistes. Cependant, afin de désarmer les nationalistes, le gouvernement anglais offrit aux Cypriotes, en 1948, et à nouveau en 1954, une constitution, qui aurait accordé à l’île une large autonomie. Mais l’Église et les nationalistes refusèrent d’emblée, en proclamant : « l’Enosis » et rien que « l’Enosis ».

Le conflit de Chypre – ou plutôt le « premier » conflit – fut donc au départ un conflit « colonial », avec la spécificité que l’on a indiquée. Mais il allait s’internationaliser d’une part, devenir violent de l’autre.

Vaine demande d’autodétermination de l’île

En janvier 1950, l’Église avait organisé un « plébiscite » officieux, par lequel 96 % de la communauté grecque avait réclamé l’Enosis. Mais les Britanniques refusèrent de le prendre au sérieux. Le nouvel archevêque, Mgr Makarios III – une forte personnalité, d’une intelligence et d’une habileté remarquables – résolut alors de rechercher l’appui du gouvernement grec, en lui demandant d’agir auprès des Britanniques en faveur de l’Enosis et en cas d’échec de porter le problème de Chypre devant les Nations unies. Le gouvernement d’Athènes hésista à s’allier avec l’Angleterre, l’un des principaux membres de l’Alliance atlantique, dont dépendait la sécurité de la Grèce. Il se serait contenté d’une vague promesse d’autodétermination pour Chypre dans l’avenir, mais les dirigeants Britanniques repoussèrent toute discussion. Pressé par son opinion publique, le gouvernement grec céda finalement en 1954 et demanda aux Nations unies que Chypre puisse exercer son droit d’autodétermination ; mais l’Assemblée générale refusa de discuter du problème de Chypre ; une raison de cet échec était que les États-Unis, soucieux de ménager la Grande-Bretagne et la Turquie, n’avaient pas appuyé la demande grecque. Cette dernière fut répétée les trois années suivantes, mais sans plus de résultats.

Attentats nationalistes et répression britannique

À la suite de cette déception, les nationalistes les plus ardents recoururent à la lutte armée. Soudainement, le 1er avril 1955, une série d’attentats à la bombe marqua l’entrée en scène de l’EOKA, l’Organisation nationale des combattants cypriotes, mouvement clandestin dirigé par un officier grec d’origine cypriote, le colonel Georges Grivas, un fanatique, qui se révéla un maître de l’action terroriste. La « guerre de Chypre », qui dura jusqu’à la fin de 1958, n’a rien de comparable à la plupart des guerres « coloniales ». L’EOKA était une petite organisation, qui n’avait pas plus de deux à trois cents combattants à plein temps, dont quelques groupes implantés dans les montagnes de Chypre et les autres dans les villes. Ils agissaient par embuscades et surtout par attentats individuels – principalement contre des civils grecs soupçonnés d’être des « traîtres », mais aussi contre les policiers et contre les militaires britanniques. Quelques civils anglais et quelques Turcs furent également tués. Au total, l’EOKA tua environ cinq cents personnes et elle perdit soixante hommes. Elle bénéficia d’un large soutien parmi la communauté grecque.

Le gouvernement britannique répliqua en nommant comme gouverneur un militaire de haut rang, le maréchal Harding et en portant les forces de sécurité à quarante mille hommes. Une politique de répression fut appliquée : quadrillages, ratissages, couvre-feux, lois sévères contre les « terroristes », dont neuf furent pendus. En même temps, il est vrai, le gouverneur entreprit des négociations avec Mgr Makarios afin de trouver une solution pacifique, mais elles n’aboutirent pas et finalement le gouvernement de Londres, qui soupçonnait l’archevêque de complicité avec l’EOKA, le fit arrêter et déporter aux Seychelles (9 mars 1956). La « guerre » continua, sans que les forces britanniques, malgré des succès, parviennent à extirper l’EOKA ou à prendre son chef mort ou vif.

Hostilité croissante entre Cypriotes grecs et turcs

Entre temps, un autre facteur était venu compliquer le conflit : le « facteur turc », qui devait être le roc sur lequel les aspirations enosistes se brisèrent. La communauté turque de Chypre était plus pauvre et moins évoluée que la grecque ; après 1945, ses dirigeants s’inquiétèrent de l’ampleur croissante de la campagne pour l’Enosis et craignirent d’être persécutés si celle-ci était réalisée. Ils demandèrent donc l’appui du gouvernement turc. Ce dernier ne s’émut pas d’abord, car il pensait que la Grande-Bretagne se maintiendrait à Chypre. Mais l’appel de la Grèce aux Nations unies en 1954 et la décision britannique de se retirer de la base de Suez le firent changer d’avis. Il s’inquiéta à la perspective que Chypre, proche de la seule partie de ses côtes qui s’ouvre sur une mer libre, tombât aux mains de la Grèce, son alliée en principe, mais dont il se méfiait. Il déclara donc que la Turquie n’accepterait jamais l’Enosis, en laissant entendre qu’il était prêt à s’y opposer par la force. En 1957, il devait réclamer le partage de l’île, bien que les deux communautés fussent fortement imbriquées et que les Turcs n’aient été en majorité dans aucune partie de l’île. Par ailleurs, une hostilité croissante opposait Grecs et Turcs, à Chypre et dans les deux pays. En 1955, de véritables pogroms frappèrent les Grecs d’Istanbul et d’Izmir. En 1958, des émeutes inter-communautaires éclatèrent à Chypre, faisant de nombreuses victimes et créant une menace d’hostilités entre la Grèce et la Turquie.

Proposition d’indépendance de Chypre

Pourtant, une solution allait être trouvée peu de temps après. Le gouvernement britannique se rendait compte que la « guerre de Chypre » nuisait, dans l’opinion internationale, à l’image de l’Angleterre ; il savait qu’il pourrait éventuellement se trouver en difficulté aux Nations unies ; il s’inquiétait des sentiments hostiles aux Occidentaux que les événements de Chypre suscitaient en Grèce, et de la menace que le conflit gréco-turc ferait peser sur l’OTAN. De plus, après le fiasco de l’expédition de Suez (1956), l’importance militaire de Chypre pour la Grande-Bretagne diminua, car il était clair qu’elle ne pouvait plus agir seule, c’est-à-dire sans les États-Unis, au Moyen-Orient. En 1957, les dirigeants britanniques devinrent anxieux de régler le conflit. En mars, Mgr Makarios fut libéré, mais ne fut pas autorisé à revenir à Chypre. En 1958, un nouveau gouverneur, de tendance libérale, sir Hugh Foot, élabora un plan de règlement, mais il fut repoussé par les Turcs ; le plan Macmillan, un peu différent, lui succéda, mais les Grecs le rejetèrent.

En fait, ce fut un changement de position de Mgr Makarios qui permit de sortir de l’impasse. Jusqu’alors, l’archevêque et ses partisans n’avaient pas pris au sérieux l’opposition à l’Enosis de la Turquie, dont ils pensaient qu’elle résultait de machinations britanniques. Les troubles inter-communautaires de l’été 1958 montrèrent qu’il fallait tenir compte des Turcs de Chypre et de la Turquie, cependant que les dirigeants grecs s’inquiétaient de l’hostilité croissante de leur opinion publique envers l’Angleterre et les États-Unis. En septembre 1958, Mgr Makarios déclara qu’il ne réclamerait plus l’Enosis et qu’il était prêt à accepter un statut d’indépendance pour Chypre, ce qui était acceptable pour la Turquie.

La république de Chypre est née

Après des contacts préliminaires, les premiers ministres et les ministres des affaires étrangères de Grèce et de Turquie se rencontrèrent à Zürich en février 1959 et aboutirent à un accord. Puis ils se rendirent à Londres et ils obtinrent l’approbation du gouvernement britannique et de Mgr Makarios. D’après les traités signés le 19 février 1959, Chypre deviendrait d’ici un an une république indépendante, dont l’indépendance et l’intégrité seraient garanties conjointement par la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie – chacune de ces puissances ayant un droit d’intervention en cas de violation des traités. L’annexion de Chypre à un autre État, c’est-à-dire l’Enosis, et le partage étaient prohibés. Par ailleurs, la Grande-Bretagne conserverait deux grandes bases militaires, en pleine souveraineté, ce qu’elle a encore aujourd’hui.

Les accords de Zürich et de Londres ramenèrent la paix à Chypre et mirent fin au « premier » conflit, mais leur application ne fut pas facile et la rédaction de la constitution, dont ces accords avaient tracé les grandes lignes, donna lieu à de longues discussions. Malgré tout, la nouvelle république fut officiellement instituée en août 1960 et admise aux Nations unies. Elle avait un régime présidentiel, avec un président grec, Mgr Makarios bien entendu, et un vice-président turc, disposant d’un droit de veto, tous deux élus par leurs communautés respectives. Dans tous les domaines publics, de la Chambre des députés à la police, une structure communautaire fut établie, avec 70 % des postes allant aux Grecs, 30 % aux Turcs, alors qu’ils n’étaient que 18 % de la population de l’île. Les Cypriotes grecs avaient obtenu la fin de la domination britannique, mais ils n’avaient pas réalisé leur rêve d’union avec la Grèce.

Le « second » conflit de Chypre : intervention des Nations unies

Le règlement de 1959-1960 ne fut pas durable et son effondrement entraîna un « second » conflit de Chypre, qui n’est pas encore terminé. En effet, le système imaginé en 1959 ne fonctionna pas de façon satisfaisante, car il exigeait de la confiance entre les deux communautés, alors qu’une profonde méfiance les séparait. Les Turcs soupçonnaient les Grecs de toujours souhaiter l’Enosis et ne montrèrent aucun esprit de coopération. Le veto du vice-président paralysa à plusieurs reprises le gouvernement ; le système de municipalités séparées dans les villes, que les Turcs avaient exigé, en rendit l’administration quasi-impossible.

Mgr Makarios se résolut donc, en 1963, à rechercher une révision de la constitution, afin notamment de réduire les privilèges exorbitants dont jouissait la minorité turque. Mais les Turcs préparèrent leur riposte et des troubles sanglants éclatèrent à Noël 1963 et au début de 1964, cependant que la Turquie menaçait d’intervenir militairement. Ce furent les troupes britanniques qui, à la demande de l’archevêque, séparèrent les combattants, jusqu’à l’arrivée d’une force de maintien de la paix envoyée par les Nations unies (UNFICYP), laquelle, trente-huit ans plus tard, reste stationnée dans l’île. Les Nations unies dépêchèrent aussi un médiateur, mais le rapport de ce dernier, qui se prononçait en faveur de l’indépendance et de l’unité de Chypre, fut rejeté par le gouvernement turc.

Les années suivantes furent marquées par de nombreux heurts entre Grecs et Turcs, en 1967 notamment, et surtout par une opposition croissante contre Mgr Makarios, de la part des nationalistes grecs les plus extrêmes, lesquels étaient encouragés par le « régime des colonels » qui régnait en Grèce depuis 1967. En 1971, Grivas revint à Chypre et son EOKA B, c’est-à-dire la seconde EOKA, entreprit une nouvelle campagne pour l’Enosis. Il devait mourir d’un malaise cardiaque en janvier 1974, mais peu après une crise extrêmement grave éclata, laquelle créa à Chypre une situation nouvelle, qui dure encore.

Débarquement turc dans le nord de l’île

Le 15 juillet 1974, les partisans de l‘Enosis lancèrent un putsch contre Mgr Makarios et s’emparèrent du pouvoir, mais l’archevêque échappa à la mort et put quitter Chypre. La Turquie réagit immédiatement par l’opération Attila, laquelle mérite bien son nom, vu les atrocités qui l’accompagnèrent, c’est-à-dire le débarquement d’une forte armée qui occupa rapidement tout le Nord de Chypre – près de 40 % de sa superficie totale. Les habitants grecs de cette région s’enfuirent en masse – au nombre de cent quatre-vingt mille –, mais il y eut plus d’un millier de « disparus » parmi les civils, certainement tués par les Turcs. Quant aux Turcs de Chypre, ils se regroupèrent dans la zone nord. Un effet collatéral important fut la chute des colonels et le rétablissement de la démocratie en Grèce.

Mais à Chypre, c’était la catastrophe, bien que la république ait survécu dans la partie grecque ; Mgr Makarios reprit la présidence jusqu’à sa mort en 1977 et ses successeurs ont été des « civils ». Mais l’île se trouvait partagée en deux secteurs, séparés par un « mur », que garde la force des Nations unies et que seuls les étrangers peuvent en fait franchir. Avec ses barbelés et miradors, la « ligne verte » passe en plein cœur de la capitale, Nicosie. Dans la zone turque, en plus d’une forte garnison, trente mille « colons » venus d’Anatolie, ont été installés. Le patrimoine culturel et religieux grec a été l’objet de vandalisme et de profanation, icônes et fresques étant vendues à l’étranger. En 1983, la République turque du Nord de Chypre a été proclamée, mais elle n’est reconnue par aucun État, à l’exception de la Turquie.

La situation créée par l’invasion turque de 1974 perdure encore en 2002. Ce n’est pas faute, il est vrai, de tentatives multiples pour résoudre le conflit et de multiples négociations, qu’il serait fastidieux d’énumérer. Négociations entre les dirigeants des deux entités qui se partagent Chypre ou bien entre les gouvernements grec et turc, tantôt directes, tantôt sous les auspices des Nations unies, lesquelles ont adopté maintes résolutions condamnant la situation actuelle. Les États-Unis ont également tenté de rapprocher les antagonistes, mais sans exercer une forte pression sur la Turquie. Mais toutes ces tentatives ont échoué. Les Turcs acceptent une réunification de l’île, mais seulement sous forme d’une confédération très lâche entre la partie grecque et la partie turque, ce qui est en fait, la reconnaissance du statu quo ; les Cypriotes grecs demandent une véritable fédération. L’intransigeance du leader des Cypriotes turcs, R. Denktash, est notoire.

Un espoir avec la candidature de Chypre à l’Union européenne ?

Les choses seraient donc totalement bloquées, s’il n’y avait pas un facteur nouveau : la république de Chypre est l’un des treize pays candidats à l’entrée dans l’Union européenne, et elle est même la plus qualifiée sur le plan économique. En effet, malgré les pertes de territoires, le partage, le fardeau des réfugiés, la zone grecque a connu depuis un quart de siècle une croissance économique rapide ; l’essor du tourisme y a contribué et Chypre est aussi devenue une grande place financière grâce, notamment, à la guerre civile au Liban. En conséquence, le produit intérieur brut, par tête d‘habitant, à parité de pouvoir d’achat, a été en 2001 de 20 400 dollars, contre 23 200 en moyenne pour l’Union européenne ; il est très supérieur à celui des autres pays candidats. Normalement, la république de Chypre devrait être l’un des premiers nouveaux membres de l’Union.

Les optimistes pensent que des dirigeants du nord de Chypre, qui reste très pauvre, devraient être séduits par cette perspective « européenne ». D’autre part, la Turquie est, elle aussi, candidate à l’admission dans l’Union européenne et la Grèce, qui en est membre, pourrait exercer un veto contre cette admission. Néanmoins, en cas d’adhésion de la république de Chypre à l’Union européenne, on ne peut exclure une réaction violente de la part de la Turquie, dont la situation économique et politique est actuellement fort instable, dont les chefs militaires surveillent de près le gouvernement, où l’islamisme a progressé. N’oublions pas non plus que Chypre est toute proche du Moyen-Orient et de ses points chauds. En tout cas, le « second conflit » de Chypre, qui oppose Cypriotes grecs et Cypriotes turcs, et dernièrement Grèce et Turquie, aura duré beaucoup plus longtemps que le premier conflit, qui était « colonial », et il n’est pas résolu.


Flottille de Gaza: Forcer un blocus est en soi un acte militaire (Breaking a military siege is itself a military act)

3 juin, 2010
Break the siege posterLe but de cette mission n’est pas de livrer des biens humanitaires, c’est de forcer le blocus Israélien sur 1.5 million de Palestiniens. (AFP 27 Mai 2010).
Notre initiative vise à briser le blocus israélien imposé aux 1,5 million de Gazaouis. Notre mission n’a pas changé et ce ne sera pas la dernière flottille. Greta Berlin (membre du mouvement Gaza libre, basé à Chypre, 03.06.10)
Depuis le début de notre coalition, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour éviter la confrontation avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empêcher de partir, de regrouper nos forces et de prendre le large tous ensemble vers Gaza. Ils ont essayé de nous briser. Leur scénario idéal était de nous diviser, les Irlandais d’un côté, les Grecs et Suédois d’un autre, les Américains d’un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pourraient pas mettre la pression sur la Turquie, ni agir directement là-bas. Alors ils ont concentré leurs attaques sur les parties irlandaises et grecques de notre coalition. Le premier set a commencé il y a deux semaines quand ils ont saboté le cargo irlandais, l’obligeant à retarder son départ pour près d’une semaine. Mais, les Irlandais ont réparé aussi vite qu’ils le pouvaient et maintenant ils sont à un ou deux jours derrière nous. Puis ils ont mis une pression énorme sur le gouvernement grec, affaibli par la crise économique, pour l’obliger à ne pas laisser partir le cargo grec et le bateau de passagers greco-suédois. A cause de ces pressions, nous avons dû retarder notre voyage deux fois et demander aux Turcs, à leurs 500 passagers et aux amis américains qui étaient prêts à partir de nous attendre. »[…] . Bien sûr, matériellement, il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu’ils auront à payer sera énorme. (…) Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza. Thomas Sommer-Houdeville (membre français d’une association propalestinienne, à bord d’un des 5 bateaux arraisonnés sans violence)
Si les bateaux atteignent Gaza, ce sera une victoire pour Gaza. S’ils sont interceptés et terrorisés par les sionistes, ce sera aussi une victoire pour Gaza et ils reviendront avec de nouveaux bateaux pour briser le siège de Gaza. Ismaïl Haniyeh (leader du Hamas à Gaza, 29.05.10)
Cet acte, totalement contraire aux principes du droit international, est un acte inhumain de terrorisme d’Etat. Erdogan
S’il est établi que les navires ciblés ont déclaré leur intention de forcer le blocus, alors il est permis d’intervenir avant que les navires « forceurs de blocus » franchissent la limite des eaux territoriales. Tant les États-Unis que d’autres pays occidentaux ont fréquemment abordé des navires en haute mer pour garantir leur propre sécurité. (…) Or l’action qui consiste à forcer un siège militaire est en elle-même un acte militaire, et les civils qui s’y livrent, remettent sans aucun doute en question leur éventuel statut de non-combattants. Alan Dershowitz
Une flottille de la paix ne vient pas équipée de pistolets, de couteaux, de barres de fer et de battes de base-ball. C’est ce qu’il y avait sur le bateaux, c’est ce qui a accueilli les soldats israéliens. Il ne s’agissait pas d’une opération humanitaire, mais d’une provocation et d’une opération de communication. Daniel Shek (ambassadeur israélien en France)
Quelle serait la position de la France si des pays étrangers envoyaient des flottilles destinées aux Corses ou à l’ETA, en exigeant de les acheminer eux-mêmes et sans aucun droit de regard des autorités françaises. Pourtant, les Corses ni l’ETA n’ont jamais eu l’intention de détruire la nation française, et n’ont jamais dit que les Français étaient des porcs, et que celui qui tue un Français accède directement au Paradis Céleste. Que ferait l’armée française si un tel bateau approchait des côtes françaises, en ignorant les sommations faites par l’armée. L’armée française utiliserait-elle seulement des lances à eau, ainsi que l’a fait au début l’armée israélienne, avant d’être attaquée de façon barbare par les djihadistes de la « flottille ». Dans quel pays au monde a-t-on vu des humanitaires tirer sur l’armée ? Sauf s’ils cherchaient un incident! Ainsi que l’ont déclaré les Turcs, ils étaient venus mourir en shahids. Jacob Ouanounou
Il est très clair pour nous que les agresseurs avaient préparé leur action brutale, à l’avance. Ils appartenaient à un groupe extrémiste qui a soutenu des organisations terroristes internationales et qui soutient aujourd’hui l’organisation terroriste appelée Hamas. D’avance, ils avaient apporté avec eux des couteaux, des barres de fer, ainsi que d’autres armes. Ils ont scandé des cris de guerre contre les Juifs. Ceci, vous pouvez l’entendre sur les bandes sonores qui ont été enregistrées. (…) Ce n’étaient pas des pacifistes. Ce n’étaient pas des militants de la paix. C’était des personnes violentes soutenant le terrorisme. (…) J’ai parlé aux principaux dirigeants du monde, et je dis la même chose aujourd’hui à la communauté internationale: qu’auriez-vous fait? Comment auriez-vous arrêter des milliers de roquettes destinées à attaquer vos villes, vos civils, vos enfants? Comment devraient se comporter vos soldats en de pareilles circonstances? (…) Israël ne doit pas être mis dans une catégorie à part. L’Etat juif a le droit de se défendre comme n’importe quel autre Etat. Benjamin Netanyahu
67. Les navires marchands battant pavillon des Etats neutres ne peuvent être attaqués que s’ils: (A) transportent de la contrebande ; violent un blocus. Ils ne peuvent être attaqués qu’après avertissement préalable, s’ils refusent clairement et intentionnellement d’obtempérer. Ou bien s’ils refusent d’être visités, s’ils résistent, ou répondent délibérément de manière négative aux offres proposées.
111. La perfidie est interdite. Les actes perfides sont ceux faisant appel, avec l’intention de la tromper, à la bonne foi d’un adversaire pour lui faire croire qu’il a le droit de recevoir ou l’obligation d’accorder la protection prévue par les règles du droit international applicable dans les conflits armés. Les actes perfides comprennent le fait de lancer une attaque tout en feignant:
a) d’avoir un statut civil, neutre ou d’être exempté d’attaque ou de capture, ou d’être placé sous la protection des Nations Unies;
114. Si le commandant d’un navire de guerre soupçonne qu’un navire de commerce arborant un pavillon neutre présente en fait un caractère ennemi, il est habilité à exercer son droit de visite et de perquisition, y compris le droit de déroulement pour perquisition conformément au paragraphe 121.
115. Si le commandant d’un aéronef militaire soupçonne qu’un aéronef civil portant les marques d’un Etat neutre présente en réalité un caractère ennemi, il est habilité à exercer son droit d’interception et, lorsque les circonstances l’exigent, à dérouter l’aéronef pour une visite et une perquisition.
116. Si, après une visite et une perquisition, il y a raisonnablement lieu de supposer que le navire de commerce arborant un pavillon neutre ou que l’aéronef civil portant les marques d’un Etat neutre présente un caractère ennemi, le navire ou l’aéronef peut être capturé comme prise mais doit ultérieurement faire l’objet d’un jugement.
146. Les navires de commerce neutres peuvent être capturés hors des eaux neutres s’ils se livrent à l’une des activités mentionnées au paragraphe 67 ou s’il est établi par une visite et une perquisition ou par tout autre moyen qu’ils:
a) transportent de la contrebande;
b) font route à seule fin de transporter des passagers individuels appartenant aux forces armées ennemies;
c) agissent directement sous contrôle, ordres, affrètement, emploi ou direction ennemie;
d) présentent des documents irréguliers ou frauduleux, ne disposent pas des pièces requises, ou détruisent, rendent illisibles ou dissimulent des documents;
e) violent les règles établies par un belligérant dans la zone immédiate des opérations navales; ou
f) violent ou tentent de violer un blocus.
Manuel de San Remo (sur le droit international applicable aux conflits armés en mer, 1994)

Alors que nos médias et responsables politiques se déchainent contre Israël, accusé, au nom du prétendu droit international (les fameuses eaux internationales), d’assaut meurtrier, voire de piraterie et de terrorisme d’état …

Pendant que le nouveau Mehmet n’en peut plus de son nouveau rôle de défenseur de la foi et de la cause palestinienne et qu’approche le navire irlandais retardé il y a une semaine par un apparent sabotage à quai …

Le professeur de droit de Harvard Alan Dershowitz remet quelques pendules juridiques à l’heure.

Rappelant notamment que le blocus est une forme tout à fait légale d’action contre un bélligérant et qu’un navire ayant déclaré son intention de forcer ledit blocus peut être intercepté (et, ajouterions-nous, a fortiori s’ils sont plusieurs) avant qu’il ne soit trop tard et qu’il ait franchi la limite des eaux territoriales.

Mais surtout que l’action qui consiste à forcer un siège militaire (ce que confirme par ailleurs le refus, alors comme maintenant, du passage de l’aide humanitaire par Ashod) est en elle-même un acte militaire, faisant perdre à son instigateur son statut de civil non-combattant

Sans compter le fait de s’attaquer à main armée aux forces de sécurité assurant le blocus qui autorise alors, au nom de la simple légitime défense, les membres desdites forces à se protéger et protéger leurs camarades …

L’intervention israélienne: entièrement légale (Israel’s Actions: Entirely Lawful )
Alan M Dershowitz
Front Page Magazine
2.6.2010

Tandis qu’une fois de plus la communauté internationale s’unit contre Israël, une chose est certaine, la légalité de l’intervention israélienne contre la flottille pour Gaza, ne saurait être remise en question.

L’action israélienne est totalement cohérente avec le droit international. Afin de comprendre pourquoi Israël est dans son droit, il faut d’abord déconstruire l’enchaînement des évènements complexes qui se sont produits en mer.

D’abord, il y a le blocus israélien sur Gaza qui comprend un blocus maritime.

Souvenons-nous que lorsqu’Israël a mis fin à son occupation de la bande de Gaza, il n’a pas imposé de blocus. Mieux Israël a laissé ses installations agricoles dans l’espoir que le territoire de Gaza deviendrait pacifique et se tournerait vers des activités productives. Au lieu de quoi le Hamas a pris le contrôle du territoire et s’est engagé dans des activités belligérantes contre Israël. Ces actes de guerres ont consisté dans l’envoi de plus de 10 000 roquettes contre des cibles civiles israéliennes. Ce n’était pas seulement un acte de guerre, c’était donc un crime de guerre.

Israël a réagi en déclarant un blocus, dont l’objectif était de s’assurer qu’aucune roquette, aucun matériel pouvant être utilisé à des fins guerrières contre sa population civile ne puisse pénétrer Gaza. Israël a permis à l’aide humanitaire de franchir ses postes frontières, tandis que l’Égypte aussi a participé à ce blocus. De telle sorte qu’il n’y a jamais eu de crise humanitaire à Gaza, seulement une pénurie de certains biens, qui aurait cessé si les attaques à la roquette avaient cessé.

La légalité des blocus en réponse à des actes de guerre ne saurait être sérieusement mise en doute.

Ainsi quand les États-Unis ont imposé un blocus à Cuba, lors de la célèbre crise des missiles (au début des années 60), le Département d’État a produit un document montrant que le blocus était légal. Ce, malgré que Cuba ne s’était engagé dans aucun acte de belligérance contre les États-Unis. D’autres nations aussi ont institué des blocus maritimes afin de garantir leur sécurité.

Le deuxième point consiste à savoir s’il est légal de faire respecter un blocus dans les eaux internationales. A nouveau tant la loi que la jurisprudence sont sans appel. S’il est établi que les navires ciblés ont déclaré leur intention de forcer le blocus, alors il est permis d’intervenir avant que les navires « forceurs de blocus » franchissent la limite des eaux territoriales. Tant les États-Unis que d’autres pays occidentaux ont fréquemment abordé des navires en haute mer pour garantir leur propre sécurité.

Troisièmement, les passagers de la flottille étaient-ils d’innocents civils non-combattants ou ont-ils perdu ce statut dès lors qu’ils se sont engagés dans l’acte militaire qui consiste à vouloir forcer le blocus? Il n’y a pas d’erreur possible quant à l’objectif de cette flottille. Il ne s’agissait pas avant tout de porter de l’aide humanitaire à Gaza, mais de démanteler le blocus israélien qui est pourtant légal.

Preuve en est que tant Israël que l’Égypte ont offert que tous les biens alimentaires médicaux, ou humanitaires soient envoyés à Gaza, si les navires acceptaient d’accoster dans un port Israélien ou Égyptien.
Cette offre humanitaire a été totalement rejetée par les organisateurs de la flottille, qui ont déclaré publiquement:

« Le but de cette mission n’est pas de livrer des biens humanitaires, c’est de forcer le blocus Israélien sur 1.5 million de Palestiniens. » (AFP 27 Mai 2010).

Or l’action qui consiste à forcer un siège militaire est en elle-même un acte militaire, et les civils qui s’y livrent, remettent sans aucun doute en question leur éventuel statut de non-combattants.
Deviennent-ils des combattants? En tout cas ils ne sont plus de simples civils innocents et peut-être sont-ils aussi différents de combattants armés traditionnels.
Ils se situent parfaitement dans le continuum de civilités qui est celui des guerres asymétriques.

D’autre part, qu’en est-il du droit à l’autodéfense des soldats Israéliens qui ont été attaqués par les militants sur le bateau turque?
Il n’y a pas de doute que dés lors que n’importe quel passager du bateau se saisissant de n’importe quel arme se met à attaquer des soldats Israéliens qui ont abordé un navire, il perd son statut de civil non-combattant.

Et si cela n’était pas le cas, selon n’importe quelle loi civile d’auto-défense, chaque soldat Israélien à le droit de se protéger et de protéger ses camarades d’une attaque au couteau ou à la barre de fer.

Il suffit de voir les vidéos, où ces soi-disant pacifistes humanitaires s’acharnent à frapper des soldats avec des barres de fer, pour le comprendre.

Tout individu a le droit de repousser de telles attaques, y compris en utilisant des armes létales, particulièrement si les soldats étaient en train de succomber sous le nombre, sur le pont du bateau.
Les règles d’engagement militaires Israéliennes obligent ses soldats à n’utiliser que des paint balls, sauf si leurs vies sont en danger.
quel pays au monde refuserait à ses soldats le droit de faire usage de leurs armes à feu dans des circonstances comparables?

Sans tenir compte de la légalité des actions Israéliennes, la communauté internationale a comme d’habitude, dénoncé l’état Hébreu.

Mais ces critiques évitent de dire précisément qu’est-ce qu’Israël a fait qui viole les lois internationales.

Certains pointent de façon erroné le blocus en lui-même. D’autres insistent sur la localisation, les eaux internationales où a eu lieu l’abordage. La plupart soulignent la mort des soi-disant pacifistes, même s’il est clair que leur mort est le résultat d’une auto-défense légale.

Aucun de ces facteurs n’emporte une condamnation du point de vue légal, mais le résultat impose une enquête du gouvernement Israélien.

Il n’y a pas de doute que la mission a été un échec, à en juger par ses résultats. Il est cependant important de distinguer entre des erreurs politiques ou opérationnelles et de soi-disant violations du droits international.

Seules celles-ci imposeraient une intervention internationale et ces violations n’ont pas été établies. »

Voir aussi:

Déclaration du Premier Ministre Benjamin Netanyahu
“No Love Boat”

Adaptation française Hanna sur sionisme.xooit.com

« Ce n’était pas un Bateau d’Amour »

Encore une fois, Israël fait face à l’hypocrisie et à une précipitation erronée de jugement. Je suis désolé, ce n’est pas la première fois. L’année dernière, Israël a agi pour empêcher les tirs de roquettes du Hamas sur les villes d’Israël. Le Hamas a tiré sur nos civils en se cachant derrière les civils. Israël, a agit de façon exemplaire, pour éviter de blesser des civils palestiniens. Pourtant c’est Israël et non le Hamas, qui a été accusé par l’ONU de crimes de guerre.

Aujourd’hui, malheureusement, la même chose semble se reproduire.

Mais voici les faits. Le Hamas fait passer, clandestinement, des milliers de fusées iraniennes, des missiles et autres armes – la contrebande vers Gaza à pour but de tirer sur les villes d’Israël. Ces missiles peuvent atteindre Ashdod et Beer Sheva – ce sont des grandes villes israéliennes. Et j’ai le regret de dire que certains d’entre eux peuvent atteindre désormais, Tel Aviv, et très bientôt la banlieue de Jérusalem. D’après les informations dont nous disposons, les livraisons prévues, incluent des armes qui peuvent aller plus loin, encore plus loin et plus profondément dans Israël.

En vertu du droit international, et sous le bon sens et la décence commune, Israël a parfaitement le droit d’interdire ces armes et d’inspecter les navires qui pourraient les transporter.

Ce n’est pas un défi théorique ou une menace théorique. Nous avons déjà interdit les navires à destination du Hezbollah et du Hamas en provenance d’Iran, contenant des centaines de tonnes d’armes. Dans un navire, le Francop, nous avons trouvé des centaines de tonnes de matériel de guerre et des armes destinées au Hezbollah. Concernant un autre cas célèbre, le Karine A, des dizaines de tonnes d’armes étaient destinées au Hamas par l’Iran via un transfert à Gaza. Israël ne peut tout simplement pas permettre la libre circulation, par mer, d’armes et de matériel de guerre destinés au Hamas.

Je vais aller plus loin encore. Israël ne peut pas permettre à l’Iran de créer un port en méditerranée à quelques dizaines de kilomètres de Tel Aviv et de Jérusalem. Et je voudrais aller encore plus loin. Je dis aux dirigeants responsables de toutes les nations. La communauté internationale ne peut se permettre d’avoir un port iranien en Méditerranée. Il y a quinze ans, je mis en garde contre un développement iranien, c’est ce qui a fini par se passer – les gens reconnaissent maintenant le danger. Aujourd’hui je préviens de cette volonté imminente de permettre à l’Iran d’établir un port naval directement à côté d’Israël, directement à côté de l’Europe. Les mêmes pays qui nous critiquent aujourd’hui doivent savoir qu’ils seront ciblés demain.

Pour cela et pour d’autres raisons, nous avons le droit d’inspecter le fret destiné à la bande de Gaza.

Et voici notre politique. C’est très simple : Les biens humanitaires et autres peuvent entrer, les armes et le matériel de guerre ne le peuvent pas.

Et nous laissons vraiment des marchandises entrer dans la bande de Gaza. Il n’y a pas de crise humanitaire à Gaza. Chaque semaine, une moyenne de dix mille tonnes de marchandises entre dans la bande de Gaza. Il n’y a pas de pénurie alimentaire. Il n’y a pas de pénurie de médicaments. Il n’y a aucun manque de marchandises.

Pour cette occasion, nous avons fait plusieurs offres – offre de livrer les marchandises étant à bord de la flottille pour Gaza après une inspection de sécurité. L’Egypte a fait des offres similaires. Et ces offres ont été rejetées à maintes reprises.

Ainsi, notre personnel de la marine n’avait aucun autre choix, que de monter à bord de ces navires. Maintenant, sur cinq des navires, nos marins n’ont rencontré aucune violence sérieuse par conséquent, il n’y a eu aucune blessure grave à bord de ces navires. Mais sur le grand navire, quelque chose de très différent est arrivé.

Notre personnel naval, alors qu’il mettait pied à bord du navire – vous pouvez le voir dans les vidéos – le premier soldat – a été accueilli par une foule violente. Ils ont été poignardés, ils ont été matraqués, ils ont essuyé des tirs. J’ai parlé à certains de ces soldats. L’un d’entre eux a été poignardé dans l’estomac, un autre a reçu une balle dans le genou. Ils allaient être tués et ils devaient agir en légitime défense.

Il est très clair pour nous que les agresseurs avaient préparé leur action brutale, à l’avance. Ils appartenaient à un groupe extrémiste qui a soutenu des organisations terroristes internationales et qui soutient aujourd’hui l’organisation terroriste appelée Hamas. D’avance, ils avaient apporté avec eux des couteaux, des barres de fer, ainsi que d’autres armes. Ils ont scandé des cris de guerre contre les Juifs. Ceci, vous pouvez l’entendre sur les bandes sonores qui ont été enregistrées. Ce n’était pas un bateau d’amour. C’était un bateau de haine. Ce n’étaient pas des pacifistes. Ce n’étaient pas des militants de la paix. C’était des personnes violentes soutenant le terrorisme.

Je pense qu’en toute évidence les vies des marins israéliens étaient en danger. Si vous êtes un observateur impartial, en regardant ces vidéos, vous comprendrez cette vérité élémentaire. Mais j’ai le regret de dire que pour beaucoup, dans la communauté internationale, aucune preuve ne prévaut. Israël est coupable jusqu’à preuve du contraire.

Une fois encore, nous disons, Israël a le droit de se défendre, mais Israel est condamné toutes les fois qu’il exerce ce droit. Aujourd’hui, vous le savez, un droit que vous ne pouvez pas appliquer n’a aucune signification. Et vous connaissez de quelle façon nous appliquons ce droit – dans des conditions de contrainte, quand nos villes sont ciblées par les roquettes, quand nos soldats sont en danger de mort – vous savez que nous l’appliquons d’une manière conforme à toute norme internationale. J’ai parlé aux principaux dirigeants du monde, et je dis la même chose aujourd’hui à la communauté internationale: qu’auriez-vous fait ? Comment auriez-vous arrêter des milliers de roquettes destinées à attaquer vos villes, vos civils, vos enfants? Comment devraient se comporter vos soldats en de pareilles circonstances ? Je pense que dans votre cœur, vous connaissez tous la vérité.

Israël regrette les pertes de vie. Mais nous ne nous excuserons jamais de nous défendre. Israël est en droit d’empêcher la pénétration d’armes meurtrières en territoire ennemi. Et les soldats israéliens sont en droit de défendre et leur vie et leur pays.

Cela peut paraître comme un appel inconcevable, ou une demande irréalisable , ou une revendication impossible, mais je le fais quand même: Israël ne doit pas être mis dans une catégorie à part. L’Etat juif a le droit de se défendre comme n’importe quel autre Etat.

Merci.


Flottille de Gaza: Un acte inhumain de terrorisme d’Etat (Erdogan unleashes his attack dogs on Israel’s security forces)

31 mai, 2010
Gaza flotilla trapCet acte, totalement contraire aux principes du droit international, est un acte inhumain de terrorisme d’Etat. Erdogan
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
Une flottille de la paix ne vient pas équipée de pistolets, de couteaux, de barres de fer et de battes de base-ball. C’est ce qu’il y avait sur le bateaux, c’est ce qui a accueilli les soldats israéliens. Il ne s’agissait pas d’une opération humanitaire, mais d’une provocation et d’une opération de communication. Daniel Shek (ambassadeur israélien en France)
Les navires marchands battant pavillon des Etats neutres ne peuvent être attaqués que s’ils: (A) transportent de la contrebande ; violent un blocus. Ils ne peuvent être attaqués qu’après avertissement préalable, s’ils refusent clairement et intentionnellement d’obtempérer. Ou bien s’ils refusent d’être visités, s’ils résistent, ou répondent délibérément de manière négative aux offres proposées. Manuel de San Remo (sur le droit international applicable aux conflits armés en mer, paragraphe 67, 1994)
La France a parlé de réaction israélienne disproportionnée, bien sur : toute réaction israélienne, pour la France est disproportionnée. Le rôle des israéliens et des juifs, pour les autorités françaises, est de se faire tuer sans même crier, car un cri lui même serait disproportionné. Guy Mellière
Aucun gouvernement ne laisse des personnes et des marchandises non identifiées violer leurs règlements de frontière et entrer dans leurs pays librement. Si ces activistes se comportaient pareillement aux contrôles de passeport et de sécurité des côtes des États-Unis ou de n’importe quelle autre nation, ignorant leur protocole officiel et attaquant violemment le personnel de sécurité, ils auraient été également arrêtés et détenus. Nul ne devrait trouver surprenant que la marine de n’importe quel pays trouve nécessaire d’arraisonner et de fouiller un navire essayant illégalement d’entrer sur leurs côtes. Ce qui est étonnant, c’est que le personnel de sécurité israélien a été brutalement attaqué avec des couteaux, barres de fer et d’autres armes alors qu’ils suivaient des procédures de sécurité prévisibles et courantes. Standwithus
« L’erreur dans la planification de l’opération a été d’estimer que les passagers [du cargo Marmara] étaient vraiment des militants politiques et des membres de groupes humanitaires qui cherchaient une provocation politique, mais n’utiliseraient pas la violence brutale. Les militaires pensaient qu’ils auraient à faire face à une violence dans le style de Bilin [un village palestinien qui proteste pacifiquement contre la construction du mur de séparation]. A la place, ils ont eu Bangkok [référence aux récents évènements violents dans la capitale thaïlandaise]. Les forces qui ont débarquées des hélicoptères étaient peu nombreuses, à peine quelques douzaines, pas assez pour contenir un groupe important qui les attendait. » Selon le journaliste, les commandos étaient équipés d’armes non-léthales lorsqu’ils sont arrivés sur le pont du bateau, par corde lisse. Devant la dégradation de la situation (deux blessés graves dans leur rang), ils ont obtenus l’autorisation d’ouvrir le feu avec leurs armes de poing.
« La seconde erreur provient du fait que les commandeurs n’ont pas pris assez au sérieux le fait qu’un groupe d’hommes attendaient les soldats sur le pont supérieur. L’auraient-ils pris au sérieux, ils auraient tiré des grenades lacrymogènes et fumigènes depuis l’hélicoptère pour créer un écran de fumée qui leur aurait permis de remplir leur mission, sans que les combattants tombent juste entre les mains des émeutiers, qui les attaquaient sévèrement. » Jean-Dominique Merchet

Après son triomphe de Davos et sa récente mise au pas de l’Armée, le nouveau Poutine d’Ankara tente une Géorgie sur mer!

Barres de fer,  manches de pioche, lance-pierres, billes de verre, couteaux, tentatives d’abattre l’hélicoptère et de lynchage des soldats, usage des armes à feu arrachées aux forces de sécurité …

Alors que, derrière l’habituelle désinformation de nos médias et les non moins habituelles gesticulations de notre Sarko national …

Le monde découvre, grâce aux images diffusées par Israël , la nouvelle panoplie et les nouvelles tactiques des « militants de la paix » du nouveau « Mehmet le conquérant”?

Confirmation, et avec le récit du généralement très bien informé journaliste israélien Ron Ben Yishai du quoditien Yedioth Aharonoth (repris – en ne retenant bien sûr que les « erreurs » israéliennes – par le correspondant militaire de Libération) …

Du véritable piège, sous couvert de convoi humanitaire et du lot habituel d’idiots utiles et de boucliers humains plus ou moins volontaires, qui avait été tendu aux forces de sécurité isréliennes par l’un des bateaux de la prétendue flotille de la paixce matin au large de Gaza …

Comme, derrière l’apparent lourd bilan (9 morts et nombre de blessés), du caractère résolument non-pacifique de l’opération turque.

Mais aussi peut-être des erreurs de l’armée israélienne, ayant apparemment sous-estimé tant la volonté de violence que l’armement des prétendus pacifistes et en fait émeutiers entrainés.

D’où leur manque d’effectifs et d’équipement (pistolets à peinture au lieu de grenades lacrymogènes et fumigènes), les contraignant ainsi à tirer à balles réelles pour se dégager et éviter d’être lynché sur place …

A brutal ambush at sea
Ron Ben-Yishai
Yedioth Aharonoth
05.31.10

Ron Ben Yishai recounts bloody clash aboard Gaza-bound vessel: The lacking crowd-dispersal means, the brutal violence of ‘peace activists,’ and the attempt to bring down an IDF helicopter

Our Navy commandoes fell right into the hands of the Gaza mission members. A few minutes before the takeover attempt aboard the Marmara got underway, the operation commander was told that 20 people were waiting on the deck where a helicopter was to deploy the first team of the elite Flotilla 13 unit. The original plan was to disembark on the top deck, and from there rush to the vessel’s bridge and order the Marmara’s captain to stop.

Officials estimated that passengers will show slight resistance, and possibly minor violence; for that reason, the operation’s commander decided to bring the helicopter directly above the top deck. The first rope that soldiers used in order to descend down to the ship was wrested away by activists, most of them Turks, and tied to an antenna with the hopes of bringing the chopper down. However, Flotilla 13 fighters decided to carry on.

Navy commandoes slid down to the vessel one by one, yet then the unexpected occurred: The passengers that awaited them on the deck pulled out bats, clubs, and slingshots with glass marbles, assaulting each soldier as he disembarked. The fighters were nabbed one by one and were beaten up badly, yet they attempted to fight back.

However, to their misfortune, they were only equipped with paintball rifles used to disperse minor protests, such as the ones held in Bilin. The paintballs obviously made no impression on the activists, who kept on beating the troops up and even attempted to wrest away their weapons.

One soldier who came to the aid of a comrade was captured by the rioters and sustained severe blows. The commandoes were equipped with handguns but were told they should only use them in the face of life-threatening situations. When they came down from the chopper, they kept on shouting to each other “don’t shoot, don’t shoot,” even though they sustained numerous blows.

‘I saw the tip of a rifle’

The Navy commandoes were prepared to mostly encounter political activists seeking to hold a protest, rather than trained street fighters. The soldiers were told they were to verbally convince activists who offer resistance to give up, and only then use paintballs. They were permitted to use their handguns only under extreme circumstances.

The planned rush towards the vessel’s bridge became impossible, even when a second chopper was brought in with another crew of soldiers. “Throw stun grenades,” shouted Flotilla 13’s commander who monitored the operation. The Navy chief was not too far, on board a speedboat belonging to Flotilla 13, along with forces who attempted to climb into the back of the ship.

The forces hurled stun grenades, yet the rioters on the top deck, whose number swelled up to 30 by that time, kept on beating up about 30 commandoes who kept gliding their way one by one from the helicopter. At one point, the attackers nabbed one commando, wrested away his handgun, and threw him down from the top deck to the lower deck, 30 feet below. The soldier sustained a serious head wound and lost his consciousness.

Only after this injury did Flotilla 13 troops ask for permission to use live fire. The commander approved it: You can go ahead and fire. The soldiers pulled out their handguns and started shooting at the rioters’ legs, a move that ultimately neutralized them. Meanwhile, the rioters started to fire back at the commandoes.

“I saw the tip of a rifle sticking out of the stairwell,” one commando said. “He fired at us and we fired back. We didn’t see if we hit him. We looked for him later but couldn’t find him.” Two soldiers sustained gunshot wounds to their knee and stomach after rioters apparently fired at them using guns wrested away from troops.

2 errors

During the commotion, another commando was stabbed with a knife. In a later search aboard the Marmara, soldiers found caches of bats, clubs, knives, and slingshots used by the rioters ahead of the IDF takeover. It appeared the activists were well prepared for a fight.

Some passengers on the ship stood at the back and pounded the soldiers’ hands as they attempted to climb on board. Only after a 30-minute shootout and brutal assaults using clubs and knifes did commandoes manage to reach the bridge and take over the Marmara.

It appears that the error in planning the operation was the estimate that passengers were indeed political activists and members of humanitarian groups who seek a political provocation, but would not resort to brutal violence. The soldiers thought they will encounter Bilin-style violence; instead, they got Bangkok. The forces that disembarked from the helicopters were few; just dozens of troops – not enough to contend with the large group awaiting them.

The second error was that commanders did not address seriously enough the fact that a group of men were expecting the soldiers on the top deck. Had they addressed this more seriously, they may have hurled tear-gas grenades and smoke grenades from the helicopter to create a screen that would have enabled them to carry out their mission, without the fighters falling right into the hands of the rioters, who severely assaulted them.

Voir aussi:

Manuel de San Remo (sur le droit international applicable aux conflits armés en mer, 1994)

67. Les navires marchands battant pavillon des Etats neutres ne peuvent être attaqués que s’ils: (A) transportent de la contrebande ; violent un blocus. Ils ne peuvent être attaqués qu’après avertissement préalable, s’ils refusent clairement et intentionnellement d’obtempérer. Ou bien s’ils refusent d’être visités, s’ils résistent, ou répondent délibérément de manière négative aux offres proposées.

111. La perfidie est interdite. Les actes perfides sont ceux faisant appel, avec l’intention de la tromper, à la bonne foi d’un adversaire pour lui faire croire qu’il a le droit de recevoir ou l’obligation d’accorder la protection prévue par les règles du droit international applicable dans les conflits armés. Les actes perfides comprennent le fait de lancer une attaque tout en feignant:

a) d’avoir un statut civil, neutre ou d’être exempté d’attaque ou de capture, ou d’être placé sous la protection des Nations Unies;

114. Si le commandant d’un navire de guerre soupçonne qu’un navire de commerce arborant un pavillon neutre présente en fait un caractère ennemi, il est habilité à exercer son droit de visite et de perquisition, y compris le droit de déroulement pour perquisition conformément au paragraphe 121.

115. Si le commandant d’un aéronef militaire soupçonne qu’un aéronef civil portant les marques d’un Etat neutre présente en réalité un caractère ennemi, il est habilité à exercer son droit d’interception et, lorsque les circonstances l’exigent, à dérouter l’aéronef pour une visite et une perquisition.

116. Si, après une visite et une perquisition, il y a raisonnablement lieu de supposer que le navire de commerce arborant un pavillon neutre ou que l’aéronef civil portant les marques d’un Etat neutre présente un caractère ennemi, le navire ou l’aéronef peut être capturé comme prise mais doit ultérieurement faire l’objet d’un jugement.

146. Les navires de commerce neutres peuvent être capturés hors des eaux neutres s’ils se livrent à l’une des activités mentionnées au paragraphe 67 ou s’il est établi par une visite et une perquisition ou par tout autre moyen qu’ils:

a) transportent de la contrebande;

b) font route à seule fin de transporter des passagers individuels appartenant aux forces armées ennemies;

c) agissent directement sous contrôle, ordres, affrètement, emploi ou direction ennemie;

d) présentent des documents irréguliers ou frauduleux, ne disposent pas des pièces requises, ou détruisent, rendent illisibles ou dissimulent des documents;

e) violent les règles établies par un belligérant dans la zone immédiate des opérations navales; ou

f) violent ou tentent de violer un blocus.

Voir enfin:

MFA Legal expert Sarah Weiss Maudi on the legal aspect of Gaza aid

Israel ministry of Foreign Affairs

26 May 2010

Transcript:

Interviewer: Today we are with Sarah Weiss Maudi, the Israel Foreign Ministry’s expert on m May aritime and humanitarian law. Sarah, can you explain to us please why Israel may stop ships from entering Gaza?

Ms. Weiss Maudi: Sure. The reason why ships cannot enter Gaza currently is because a maritime blockade is in effect off the coast of Gaza. When a maritime blockade is in effect no ships can enter the blockaded area. This includes both enemy vessels and civilian vessels. The reason why there is a naval blockade in effect off the coast of Gaza is because Israel is currently in a state of armed conflict with the Hamas regime that controls Gaza. The Hamas regime has bombarded Israeli communities in Israel, Israeli civilians in Israel, with weapons that are smuggled to Gaza by various routes, and one of these routes is the sea. Under international law a maritime blockade is a recognized and legitimate tool that can be used during an armed conflict. Various naval handbooks of western states, including the naval handbook of the United States and of the UK, recognize the blockade as a legitimate tool during maritime armed conflict.

Interviewer: So this is a regular maritime procedure?

Ms. Weiss Maudi: This is a regular, recognized maritime procedure. Under international law there are various criteria that need to be in place in order for the blockade to be valid. One of these, for example, is the grant of due notice. Israel has granted due notice and has publicized via the international professional maritime channels the exact coordinates of the maritime blockade.

Interviewer: So this blockade shouldn’t surprise anyone.

Ms. Weiss Maudi: Exactly. Due notice has already been granted.

Interviewer: Okay. Now what about Israel controlling overland supplies in and out of Gaza?

Ms. Weiss Maudi: I think to answer that question we have to look back at the recent history in the Gaza Strip.

In 2005, Israel implemented what is called its disengagement plan and under this disengagement plan Israel withdrew completely from the Gaza Strip – meaning that there is no longer any Israeli military or civilian presence in the Gaza Strip. This ended Israel’s effective control of the area after about 40 years of effective control.

Interviewer: Does this mean that Israel no longer occupies Gaza?

Ms. Weiss Maudi: Correct. Gaza is no longer under Israel’s effective control. What exists today is a state of armed conflict, as I said. Basically, what happened was that Israel had hoped that the disengagement plan would serve as a springboard towards more positive relations with its neighbors in Gaza. Unfortunately, the opposite happened and the Hamas regime, a terrorist regime, seized control of Gaza and stepped up its attacks on civilian targets in Israel proper, in communities and towns adjacent to the Gaza Strip.

So Israel, in response to these attacks on its civilians, undertook a number of measures. And one of these measures was the imposition of economic sanctions against the Hamas regime in Gaza.

Interviewer: Is this a common practice, economic sanctions?

Ms. Weiss Maudi: The imposition of economic sanctions on a terrorist or other regime is a very common practice that has been used many times in modern history. Some examples are the US implementation of economic sanctions on Syria or on Libya. Basically this is a tool to exert economic pressure on a problematic regime. This is not an act of collective punishment. Rather, again, this is a legitimate tool that is used under international law to exert pressure on a regime such as the Hamas regime, which is a terrorist regime.

Interviewer: So how does Israel make sure that while it is pressuring the regime, the citizens don’t get hurt?

Ms. Weiss Maudi: There are certain obligations under international humanitarian law that apply to armed conflict. Basically, Israel must ensure that vital humanitarian goods are supplied to the citizens of the Gaza Strip. Israel supplies vital humanitarian goods on a daily basis – these include baby formula, meat, dairy products etc. and in the last year and a half for example, over a million tons of goods have been transferred to the Gaza Strip.

Interviewer: So everything is transferred?

Ms. Weiss Maudi: No, not everything is transferred. Under international law, a state that is imposing economic sanctions does not need to transfer non-vital goods. This means that goods that would give Hamas a military or economic advantage are not transferred. This is why, for example, Israel limits the transfer of concrete to Hamas. Concrete could be used to cast rockets or it can be used to build reinforced bunkers, and certainly those things would give Hamas a military advantage.

Interviewer: So how are we sure that Israel is implementing these economic sanctions in a way that doesn’t hurt the civilians.

Mr. Weiss Maudi: The Israel Supreme Court constantly reviews the transfer of humanitarian goods to Gaza and makes sure that Israel is meeting its obligations under international law. There have been several Supreme Court cases where they have checked and made sure that Israel meets its obligations both under Israeli domestic law and under international law.Interviewer: Okay. Thank you very much.

Ms. Weiss Maudi: You’re welcome.


Turquie: L’aveuglement de l’Occident face à la poutinisation rampante du pouvoir turc (Is the West falling again for Islamists’ latest ploy to rein in Turkey’s secularist forces?)

10 mars, 2010
Putin cueing in ErdoganPutin-AhmajinedadErdogan-Ahmadinejad
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
La Turquie est en Europe (…) Les opposants à l’adhésion avancent de faux prétextes. En réalité, ils veulent maintenir une Europe conçue comme un club chrétien, réservé aux pays de tradition chrétienne. De même qu’on a souhaité l’adhésion de pays de l’Est parce qu’ils sortaient du communisme, il convient de tendre la main à la Turquie, le seul pays musulman à avoir su organiser la séparation entre la religion et l’Etat. Bernard Kouchner (le 11 décembre 2002)
Medvedev est un type bien. Jamais, depuis Pierre le Grand, la Russie n’a été aussi apaisée et pacifiée qu’aujourd’hui. (…) Ce que je rêve de faire, c’est de favoriser la constitution d’un grand ensemble entre l’Union européenne, la Russie, l’Ukraine et la Turquie. J’en ai parlé avec Medvedev et ça l’intéresse. Sarkozy (Conseil des ministres du 03.03.10, rapporté par le Canard enchainé du 10.03.10)
Ce qui est train de se passer aujourd’hui, c’est la normalisation. (…) Il s’agit des progrès que nous faisons en tant que démocratie avancée (…) La direction prise par la Turquie est évidente. (…) La Turquie est en train de progresser sur le chemin de l’accession à l’Union européenne. Erdogan
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon. Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
Nous condamnons cette résolution qui accuse la nation turque d’un crime qu’elle n’a pas commis. Le gouvernement turc (05.02.10)
Les premiers trains de sanctions n’ont produit aucun résultat et d’autres sanctions ne produiront aucun résultat. Ceux qui veulent empêcher l’Iran d’acquérir l’arme atomique devraient s’assurer qu’aucun (autre) pays de la région ne dispose d’armes nucléaires. Erdogan
Si les militaires vraiment avaient prévu de renverser le gouvernement, ils n’auraient quand même pas détaillé leur plan dans un document de 5 000 pages. Sner Cagaptay

Mêmes impunité et impénitence par rapport à ses crimes de guerre, mêmes revanchisme et positionnement anti-occidental, même soutien de régimes voyous, mêmes autoritarisme et non-respect des droits fondamentaux de sa propre population, mêmes manœuvres d’intimidation de ses médias et de ses juges, même aveuglement de l’Occident sous prétexte de soutien en vue de toujours plus improbables sanctions contre les mollahs iraniens …

Comment ne pas voir, comme le rappelle l’auteur turc Soner Cagaptay dans le WSJ, la rapide poutinisation du pouvoir turc par le « nouveau Mehmet le conquérant »?

Et, avec la toute récente arrestation de dizaines d’officiers de l’Armée pour cause d’un très improbable complot contre l’Etat et sous prétexte d’une prétendue normalisation et démocratisation de la société et même de sa préparation à l’entrée dans l’Union européenne, le renforcement d’année en année de sa lutte contre la déjà très problématique laïcité du pays?

Ainsi, comme en témoigne l’indifférence qui a accueilli lesdites arrestations du côté occidental, qu’un aveuglement de plus en plus patent?

Turkey’s Republic of Fear
The Islamist government continues its assault on the military and the press.
Sner Cagaptay
The WSJ
MARCH 4, 2010

Last week’s arrests in Turkey of dozens of high-ranking military officers mark the country’s latest step toward authoritarianism. Neither Europe nor the United States can afford to ignore Turkey’s transformation.

Since coming to power in 2002, the ruling Islamist Justice and Development Party (AKP) and ultra-conservative Fethullah Gulen Movement have gained significant leverage over the police and media. Emulating Russian Prime Minister Vladimir Putin, the AKP has made selective use of the legal code to effectively silence the country’s two largest independent media groups.

Dogan, which owns about half of the media outlets in the country, faces a record $3.5 billion fine on delayed tax payments. Liberal media mogul Mehmet Emin Karamehmet has been sentenced to 12 years in jail on charges related to dealings at his bank for which he was earlier acquitted. Editors now think twice before running stories critical of the government.

Until recently, the judiciary and the military were able to keep government excesses in check. That apparent equilibrium between Islamists and secularists was shattered a few weeks ago, when Gulenist papers published a 5,000-page memo allegedly written by military officers planning a coup.

U.S. diplomats I have talked to and Turkish analysts say that if the military really had planned to overthrow the government, it would have hardly written it down in a detailed 5,000 page document. The idea that the military would bomb Istanbul’s historic mosques and shoot down its own planes to precipitate such a coup—as the alleged memo describes—is simply outlandish. The military denies any plans for toppling the government and says much of the document is actually taken from a 2003 war game exercise. It says that the incriminating elements detailing the alleged coup were added to the document.

For the past two years, the Turkish military has been the target of illegal wiretaps and accusations that it is plotting against the government. The question is whether the military will tolerate the assault or strike back, as it has done in the past when it thought the secular nature of the state was threatened.

The Islamist government has also targeted Turkey’s other secular bastion—the judiciary. Last month, a Gulenist prosecutor arrested a secular prosecutor in Erzincan. He was officially charged with belonging to an ultranationalist gang known as Ergenekon, which the Gulenists and AKP claim is trying to overthrow the government. Whether that’s true or not, there is no doubt the arrest solved a lot of problems for the government. Before his arrest, the Erzincan prosecutor was investigating alleged connections between Gulenist fund raising and Chechen and Hamas terrorists. He was also looking into the armed activities of Ismailaga, a radical Islamist movement.

The Gulenists and the AKP are further targeting the courts by appointing a disproportionate number of Gulenist jurists, thus eroding the secular nature of the judiciary. And the courts seem to have been wiretapped as well. According to media reports, the police have bugged over 130 top judges and prosecutors, as well as the high court of appeals. This is not that hard to believe, given that the justice minister admitted in 2009 that the police have wiretapped 70,000 people.

What is the way forward for Turkey? A military coup isn’t the answer and a court ban against the AKP would likely backfire, boosting the party’s popularity. The next general elections are scheduled for 2011, but by that time the cards might be stacked too much in favor of the governing parties. That’s why the West should press for elections that are free and democratic. The next elections won’t be fair if the Turkish media are not independent and if Turks fear that they live in a police state that wiretaps its judiciary and citizens.

Hoping to win Ankara’s support for tougher Iran sanctions and more troops in Afghanistan, the U.S. and Europe have so far been hesitant to criticize the AKP-led government. The « pragmatists » fail to realize that an illiberal and Islamist Turkey will be increasingly opposed to Western policies.

Mr. Cagaptay is a senior fellow at the Washington Institute for Near East Policy and the author of « Islam, Secularism and Nationalism in Modern Turkey: Who is a Turk? » (Routledge, 2006).

Voir aussi:

Turquie: nouvelle vague d’arrestations dans l’armée
Le Monde avec AFP et Reuters
26.02.10

Dix-huit militaires ont été interpellés en Turquie, vendredi 26 octobre, portant à quarante-neuf le nombre de personnes arrêtées en une semaine dans le cadre de l’enquête sur un complot présumé contre le gouvernement en 2003. Onze des trente et un militaires à la retraite ou en activité arrêtés en début de semaine ont déjà été mis en détention préventive par un tribunal d’Istanbul.

Cette offensive judiciaire d’une ampleur inédite contre l’armée a attisé les tensions entre partisans du gouvernement de l’AKP et l’opposition : l’armée se considère en Turquie comme la garante du régime laïque tandis que l’AKP, issu de la mouvance islamiste, est accusé par ses opposants de vouloir islamiser la Turquie.

Alors que la vague d’arrestations était en cours, vendredi matin, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a balayé les critiques de l’opposition selon lesquelles son parti, l’AKP, devenait de plus en plus autoritaire et tentait de discréditer l’armée. « Ceux qui préparent des plans en secret pour écraser la volonté du peuple doivent se rendre compte qu’à partir de maintenant ils devront affronter la justice. (…) Personne n’est au-dessus des lois. Personne ne peut jouir de l’impunité », a lancé le premier ministre lors d’un rassemblement de l’AKP sans toutefois mentionner directement l’affaire. « Ce qui est train de se passer aujourd’hui, c’est la normalisation. (…) Il s’agit des progrès que nous faisons en tant que démocratie avancée (…) La direction prise par la Turquie est évidente. (…) La Turquie est en train de progresser sur le chemin de l’accession à l’Union européenne. »

« PROBABLEMENT UN PROCESSUS DE REVANCHE POLITIQUE »

Les commandants de l’armée ont, eux, fait état d’une « situation grave » à l’issue d’une réunion extraordinaire qu’ils ont tenue pour discuter de l’enquête. Selon la presse turque, le complot auquel les gradés interpellés sont accusés d’avoir participé, aurait été planifié en 2003. Il aurait notamment consisté à semer le chaos dans les rues d’Istanbul en posant des bombes dans des mosquées et des musées, le but étant de démontrer l’incapacité de l’AKP au pouvoir à protéger la population turque, afin de justifier un éventuel coup d’État. Ils sont également soupçonnés d’avoir voulu abattre un avion de chasse turc pour provoquer un conflit armé avec la Grèce afin, là encore, de déstabiliser le gouvernement.

PLUSIEURS COMPLOTS PRÉSUMÉS CONTRE LE GOUVERNEMENT

L’armée a toujours assuré que les documents qui servent à l’accuser faisaient partie d’une procédure d’entraînement et n’étaient en aucun cas destinés à déstabiliser le gouvernement. Parmi les militaires arrêtés, l’ex-général Cetin Dogan est désigné comme l’instigateur supposé du plan. Il a nié toute implication, indiquant qu’il s’agissait d’un « jeu de stratégie » militaire conçu à l’époque où il portait l’uniforme. L’état-major, qui a rejeté les accusations et dénoncé une campagne de dénigrement, a bien reconnu l’existence d’un plan, mais a également évoqué un « scénario » de « wargame » imaginé en 2003 comme simple procédure d’entraînement.

Les deux grands partis d’opposition, victimes de putschs militaires dans le passé, ont pointé du doigt le gouvernement. Le chef de l’opposition laïque, Deniz Baykal, s’est interrogé sur le moment choisi pour la rafle menée à partir d’allégations remontant à sept ans et qui ne se sont jamais concrétisées. « C’est visiblement un processus de revanche politique », a-t-il estimé. Une allusion au fait que la plupart des cadres de l’AKP étaient membres d’un parti pro-islamiste interdit par la justice en 2008 après avoir été chassé du pouvoir par l’armée l’année précédente.

Plusieurs complots présumés contre le gouvernement ont été mis au jour, provoquant une succession de procédures judiciaires qui ont attisé les tensions entre les partisans du gouvernement, accusé d’avoir un plan caché d’islamisation du pays, et ses opposants. Mais l’armée, qui a déposé quatre gouvernements depuis 1960, avait récemment déclaré par la voix de son chef, le général Basbug, que le temps des coups d’Etat était révolu.


Polémique Haenel: Attention, une extermination peut en cacher une autre! (Holocaust: The ignored reality)

5 mars, 2010
Nazi & Soviet killing sites
L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
[Hitler parle] de race juive par commodité de langage, car il n’y a pas, à proprement parler et du point de vue génétique, une race juive (…) La race juive est avant tout une race mentale. Martin Borman (Le Testament politique d’Hitler)
Le peuple juif serait à la base des trois doctrines postulant l’absurde et dangereuse idée de l’égalité fondamentale du genre humain. : le christianisme – avec le juif Saül transmuté en Paul -, la révolution française – avec le complot judéo-masonique -, le bolchévisme – avec le juif Karl Marx. Joël Kotek et Maxime Stinberg (Une si longue nuit, p. 284)
Cette approche bactériologique ne doit pas être confondue avec l’approche purement raciale. Saül Friedlander
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (le 25 avril 2005)
Nous avons besoin de nouveaux manuels qui rendent les jeunes fiers de leur pays. Poutine
Nous n’allons pas demander pardon… il n’y a aucune raison de demander pardon.Viktor Tchernomyrdine (ambassadeur de Russie en Ukraine, août 2003)
Nous condamnons cette résolution qui accuse la nation turque d’un crime qu’elle n’a pas commis. Le gouvernement turc (05.02.10)
Quand nous pensons à Auschwitz et au goulag, nous avons tendance à envisager les États qui les ont construits comme des systèmes, des tyrannies modernes, ou des États totalitaires. Or cette prise en compte de ce qui se pensait et décidait à Berlin et à Moscou a tendance à faire oublier que les tueries de masse se sont produites majoritairement dans des parties de l’Europe situées entre l’Allemagne et la Russie, non pas en Allemagne et en Russie mêmes.
L’Holocauste excepté, les famines de la collectivisation furent la plus grande catastrophe politique du xxe siècle européen. La collectivisation n’en demeura pas moins l’élément central du modèle de développement soviétique, avant d’être copié par le régime communiste chinois, avec des conséquences prévisibles: les dizaines de millions de morts de faim du « grand bond en avant » de Mao. Timothy Snyder
Attention: une extermination peut en cacher une autre!A l’heure où la Turquie s’enfonce à nouveau dans le déni …

Et où les dirigeants d’une Russie toujours impunie et impénitente sont tentés eux aussi de réécrire l’histoire …

Pendant qu’en Occident on ne se contente non seulement de la réécrire comme nos révisionnistes (pour au contraire condamner l’Occident), mais de l’oublier (ah, les bons vieux gros contrats !) comme nos Remetteurs à zéro en chef

Il faut lire, traduite dans la dernière livraison du Débat ou sur le site Eurozine, la conférence qu’a donnée l’été dernier à un colloque de Vilnius l’historien de Yale Timothy Snyder.

Qui, contre la polarisation sur le seul camp d’Auschwitz mais sans relativiser l’unicité absolue du génocide des juifs, rappelle qu’« en l’espace de douze ans, entre 1933 et 1944, environ douze millions de victimes des massacres nazis et soviétiques ont péri dans une région particulière de l’Europe, qui correspond plus ou moins au territoire actuel du Belarus, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie ».

Comme le fait que, réalisée à 80% hors d’Auschwitz, l’extermination des Juifs d’Europe (au sens bien plus large que strictement racial, Hitler parlant du judaïsme comme d’une « tuberculose raciale des peuples ») n’était qu’un des plans d’Hitler qui a contribué à la famine planifiée de régions entières de l’Europe orientale comme l’Ukraine et le Bélarus et « prévoyait, dans son plan de colonisation de la partie occidentale de l’Union soviétique, l’élimination de 50 millions d’habitants ».

Mais aussi l’instrumentalisation toujours actuelle qui est fait de ces évènements avec notamment cette forme particulière d’impérialisme russe qui consiste à « gonfler les chiffres de ses morts (en considérant le Belarus et l’Ukraine comme la Russie, et les juifs, les Bélarusses et les Ukrainiens comme des Russes) » comme « une manière de revendiquer implicitement le territoire en revendiquant explicitement les victimes » …

Extraits:

En affamant les prisonniers de guerre soviétiques, en exécutant et en gazant les juifs, en abattant des civils dans le cadre d’actions contre les partisans, les forces allemandes firent du Belarus le pays le plus meurtrier du monde entre 1941 et 1944. La moitié de la population du Belarus soviétique fut tuée ou déplacée de force au cours de la Seconde Guerre mondiale: on ne saurait en dire autant d’aucun autre pays européen.

Les souvenirs bélarusses de cette expérience, cultivés par l’actuelle dictature, expliquent pour une part la méfiance que suscitent les initiatives occidentales. Mais les Européens de l’Ouest seraient généralement surpris d’apprendre que le Belarus fut à la fois l’épicentre du carnage européen et la base des opérations menées par les partisans antinazis qui ont concouru à la victoire des Alliés

Tout aussi dérangeante est l’absence de l’économie. Bien que l’histoire des massacres soit amplement liée à des calculs économiques, la mémoire évite tout ce qui pourrait faire paraître un meurtre rationnel. L’Allemagne nazie et l’Union soviétique suivirent toutes deux la voie de l’autosuffisance économique, l’Allemagne voulant équilibrer l’industrie par une utopie agraire à l’Est quand l’URSS cherchait à rattraper son arriération agraire par une industrialisation et une urbanisation rapides. Les deux régimes aspiraient à l’autarcie économique dans un vaste empire, ce qui les amena l’un et l’autre à vouloir contrôler l’Europe orientale. Tous deux voyaient dans l’État polonais une aberration historique, tandis que l’Ukraine et la richesse de ses terres leur étaient indispensables. Chaque régime cibla des groupes différents traités en ennemis de leurs desseins, mais le projet allemand d’exterminer tous les juifs n’a pas d’équivalent dans la politique soviétique, tous objectifs confondus. Ce qui est crucial, c’est que l’idéologie qui légitima les massacres était aussi une vision du développement économique. Dans un monde de rareté, notamment de denrées alimentaires, les deux régimes intégrèrent les massacres à leur planification économique.

La réalité ignorée de l’extermination des juifs
Timothy Snyder
Le Débat/Eurozine
2010-02-18

À nous focaliser sur Auschwitz et le goulag – généralement considérés comme les symboles adéquats, voire ultimes, du fléau des massacres collectifs –, nous perdons de vue qu’en l’espace de douze ans, entre 1933 et 1944, quelque douze millions de victimes des massacres nazis et soviétiques ont péri dans une région particulière de l’Europe, qui correspond plus ou moins au territoire actuel du Belarus, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie.

L’Europe prospère, mais c’est la mort qui occupe la pensée de ses écrivains et responsables politiques. Les massacres de civils européens dans les années 1930 et 1940 sont la référence obligée des actuelles discussions confuses autour de la mémoire, et la pierre de touche de toute éthique commune que les Européens sont susceptibles de partager. Les bureaucraties de l’Allemagne nazie et de l’Union soviétique ont voué des vies au massacre et transformé des êtres humains en quotas d’individus à tuer. Les Soviétiques cachèrent leurs tueries au coeur des forêts et falsifièrent les archives des régions dont ils condamnèrent la population à mourir de faim. Quant aux Allemands, ils chargèrent des travailleurs civils d’exhumer les corps de leurs victimes juives pour les brûler dans des charniers géants. Les historiens doivent faire de leur mieux pour éclairer ces ombres et rendre justice à ces hommes. Ce qu’ils n’ont pas fait. Auschwitz, généralement considéré comme le symbole adéquat, voire ultime, du fléau des massacres collectifs, n’est en vérité que le point de départ de la connaissance, un aperçu de la vraie confrontation avec le passé qui reste à faire.

Le fait même que nous sachions quelque chose d’Auschwitz fausse notre compréhension de l’Holocauste: nous connaissons Auschwitz parce qu’il y eut des survivants, et s’il y eut des survivants, c’est qu’Auschwitz était un camp de travail aussi bien qu’une usine de mort. Les survivants étaient largement des juifs d’Europe occidentale, parce que c’est là que ceux-ci étaient généralement envoyés. Après la Seconde Guerre mondiale, les survivants juifs d’Europe occidentale se retrouvèrent libres d’écrire et de publier à leur guise, alors que, pris derrière le rideau de fer, ceux d’Europe orientale ne le pouvaient pas. À l’Ouest, les souvenirs de l’Holocauste ont pu, quoique très lentement, faire leur chemin dans l’écriture de l’histoire et dans la conscience publique.

Cette forme d’histoire des survivants, dont les oeuvres de Primo Levi sont l’exemple le plus célèbre, rend mal la réalité du massacre. Le Journal d’Anne Frank concerne les communautés juives assimilées de l’Europe, les juifs hollandais et allemands, dont la tragédie, si horrible fût-elle, n’est qu’une toute petite partie de l’Holocauste. En 1943-1944, où fut exterminé le gros des juifs d’Europe occidentale, l’Holocauste était largement achevé. Les deux tiers des juifs qui devaient être tués au cours de la guerre étaient déjà morts à la fin de 1942. Les principales victimes, les juifs polonais et soviétiques, avaient été tués par balles au bord de fosses de la mort ou gazés au monoxyde de carbone produit par des moteurs à combustion interne et insufflé dans les chambres à gaz de Treblinka, Belzec et Sobibor, en Pologne occupée.

En tant que symbole de l’Holocauste, Auschwitz exclut ceux qui se trouvèrent au coeur de l’événement historique. Le plus fort contingent de victimes – les juifs polonais orthodoxes et yiddishophones, les Ostjuden, pour employer l’appellation allemande un tantinet méprisante – était culturellement étranger aux Européens de l’Ouest, y compris aux juifs d’Europe occidentale. Dans une certaine mesure, ils demeurent en marge de la mémoire de l’Holocauste. Les usines de la mort d’Auschwitz-Birkenau furent construites sur des territoires qui appartiennent aujourd’hui à la Pologne, mais qui faisaient à l’époque partie du Reich allemand. Les visiteurs associent donc Auschwitz à la Pologne actuelle alors qu’assez peu de juifs polonais y sont morts, et presque aucun juif soviétique. Les deux principaux groupes de victimes sont quasiment absents du symbole mémorial.

Une vision adéquate de l’Holocauste placerait l’opération Reinhardt, le massacre des juifs polonais en 1942, au centre de son histoire. Les juifs polonais étaient la plus forte communauté juive du monde, et Varsovie la première ville juive. Cette communauté fut exterminée à Treblinka, Belzec et Sobibor. Environ 1,5 million de juifs furent exterminés dans ces trois camps, dont près de 780 863 au seul camp de Treblinka. Quelques douzaines de détenus seulement survécurent à ces trois camps de la mort. Troisième site d’extermination de l’Holocauste, après Auschwitz et Treblinka, Belzec est pourtant très mal connu. On compte 434 508 juifs qui périrent dans cette usine de la mort; deux ou trois seulement survécurent. Près d’un million d’autres juifs polonais furent tués par d’autres moyens: certains à Chelmno, Majdanek ou Auschwitz, mais beaucoup plus abattus dans le cadre d’actions menées dans la moitié orientale du pays.

Au total, autant de juifs, sinon davantage, furent tués par balles que par le gaz, mais ils furent exécutés dans des régions de l’Est devenues floues dans la douleur du souvenir. Le second aspect le plus important de l’Holocauste est le massacre par balles en Pologne orientale et en Union soviétique. Il commença en juin 1941 avec la tuerie des hommes par les SS Einsatzgruppen, puis celle des femmes et des enfants en juillet, avant de se transformer en août-septembre en extermination de communautés juives entières. À la fin de 1941, les Allemands, avec des auxiliaires locaux et des troupes roumaines, avaient tué un million de juifs en Union soviétique et dans la Baltique, soit un nombre égal à celui des juifs tués à Auschwitz durant toute la guerre. À la fin de 1942, les Allemands, là encore avec un large concours de la population locale, avaient exécuté 700 000 autres juifs, et les populations juives soviétiques placées sous leur coupe avaient cessé d’exister.

Les victimes des totalitarismes

Il y eut d’excellents témoins et chroniqueurs juifs soviétiques comme Vassili Grossman. Mais à lui comme aux autres, interdiction fut faite de présenter l’Holocauste comme un événement proprement juif. C’est en septembre 1944 que Grossman, en qualité de journaliste, découvrit Treblinka avec l’Armée rouge. Peut-être parce qu’il savait ce que les Allemands avaient fait subir aux juifs dans son Ukraine natale, il put deviner ce qui s’y était passé, et consacra un petit livre au camp, L’Enfer de Treblinka, qu’il plaça au coeur de la guerre et du siècle. Aux yeux de Staline, pourtant, le massacre des juifs se réduisait à la souffrance de « citoyens ». Grossman participa à la compilation d’un Livre noir des crimes allemands contre les juifs soviétiques, que les autorités de l’urss décidèrent plus tard d’étouffer. Si un groupe avait plus particulièrement souffert des Allemands, assurait à tort Staline, c’étaient les Russes. En ce sens, le stalinisme nous aura empêchés de voir les massacres de Hitler dans une bonne perspective.

Pour nous résumer, l’ordre de l’Holocauste fut le suivant: opération Reinhardt, Shoah par balles, Auschwitz; ou bien Pologne, Union soviétique et les autres. Sur les quelque 5,7 millions de juifs exterminés, en gros trois millions étaient citoyens polonais avant la guerre, et un autre million citoyens soviétiques, soit 70 % du total. (Après les juifs polonais et soviétiques, les principaux groupes de juifs ciblés furent les Roumains, les Hongrois et les Tchécoslovaques. Si l’on prend ces populations en considération, le caractère est-européen de l’Holocauste devient encore plus clair.)

Reste que même cette image corrigée de l’Holocauste donne une idée inacceptable, tant elle est incomplète, de l’ampleur de la politique allemande de massacres en Europe. La « solution finale », comme l’appelaient les nazis, ne fut initialement qu’un des projets d’extermination à mettre en oeuvre une fois acquise la victoire contre l’Union soviétique. Les choses eussent-elles tourné comme Hitler, Himmler et Göring le prévoyaient que les forces allemandes eussent appliqué un Plan pour affamer l’Union soviétique dans l’hiver 1941-1942. Les produits agricoles de l’Ukraine et de la Russie méridionale étant détournés vers l’Allemagne, environ 30 millions d’habitants du Belarus, de la Russie du Nord et des villes soviétiques étaient promis à la mort. Ce Plan de la faim n’était qu’un prélude au Generalplan Ost, le plan de colonisation de la partie occidentale de l’Union soviétique, qui prévoyait l’élimination de 50 millions d’habitants.

Les Allemands réussirent à mener des politiques qui n’étaient pas sans ressemblance avec ces plans. Ils chassèrent un demi-million de Polonais non juifs des territoires annexés au Reich. Un Himmler impatient ordonna la mise en oeuvre d’une première étape du Generalplan Ost en Pologne orientale: dix mille enfants polonais furent tués, et cent mille adultes expulsés. La Wehrmacht affama délibérément près d’un million de gens lors du siège de Leningrad, et une centaine de milliers d’autres en organisant la famine dans les villes ukrainiennes. Autour de trois millions de soldats soviétiques capturés devaient mourir de faim ou de maladie dans les camps allemands de prisonniers de guerre. Tous furent sciemment tués: comme pour le siège de Leningrad, l’intention de tuer par la faim était présente et notoire. Si l’Holocauste n’avait pas eu lieu, on s’en souviendrait comme du pire crime de guerre de l’histoire moderne.

Sous couvert d’actions contre les partisans, les Allemands tuèrent peut-être 750 000 personnes: près de 350 000 au seul Belarus, et des effectifs plus faibles mais comparables en Pologne et en Yougoslavie. Les Allemands tuèrent encore plus de 100 000 Polonais en écrasant l’insurrection de Varsovie en 1944. Sans l’Holocauste, on se rappellerait de ces « représailles » comme de l’un des plus grands crimes de guerre de l’histoire. En fait, en dehors des pays directement concernés, c’est à peine si l’on s’en souvient, tout comme des prisonniers de guerre soviétiques condamnés à mourir de faim. La politique d’occupation allemande trouva aussi d’autres façons de tuer des civils non juifs, notamment par les travaux forcés dans les camps de prisonniers. Là encore, les victimes étaient essentiellement originaires de Pologne ou d’Union soviétique.

Les Allemands tuèrent un peu plus de dix millions de civils dans leurs grandes opérations de tuerie: pour moitié des juifs, pour moitié des non-juifs. Juifs ou non, la plupart venaient de la même partie de l’Europe. Le projet de tuer tous les juifs fut largement réalisé; celui de détruire les populations slaves ne fut que très partiellement mis en oeuvre.

Auschwitz n’est qu’une introduction à l’Holocauste, et l’Holocauste qu’un aperçu des objectifs ultimes de Hitler. Les romans de Grossman, Tout passe et Vie et destin, relatent avec audace la terreur tant nazie que soviétique, et nous rappellent que même une caractérisation exhaustive de la politique allemande de tuerie collective n’épuise pas l’histoire des atrocités en Europe au milieu du siècle. Elle omet l’État que Hitler avait juré de détruire, l’autre État qui tua massivement des Européens au milieu du siècle: l’Union soviétique. Au cours de la période stalinienne, entre 1928 et 1953, le régime soviétique, suivant les estimations les plus prudentes, tua plus de cinq millions d’Européens. Quand on songe au nombre total de civils européens tués par les puissances totalitaires au milieu du XXe siècle, il ne faut pas perdre de vue trois groupes de taille à peu près égale: les juifs tués par les Allemands, les non-juifs tués par les Allemands, et les citoyens soviétiques tués par l’État soviétique. Dans l’ensemble, le régime allemand tua des civils qui n’étaient pas citoyens allemands, tandis que le régime soviétique tua surtout des civils qui étaient des citoyens soviétiques.

Au-delà du goulag et d’Auschwitz

On identifie les répressions soviétiques au goulag, comme les répressions nazies à Auschwitz. Le goulag, malgré les horreurs du travail servile, n’était pas un système d’extermination massive. Si nous admettons que le massacre de civils est au centre des préoccupations politiques, éthiques et juridiques, la même observation historique vaut pour Auschwitz et le goulag. Nous connaissons le goulag parce que ce fut un système de camps de travail, non pas un ensemble d’usines à tuer. Le goulag devait détenir autour de trente millions de prisonniers et abrégea la vie de quelque trois millions d’entre eux. Mais l’immense majorité de ceux qui furent envoyés dans les camps en sortirent vivants. Précisément parce que nous disposons d’une littérature sur le goulag, à commencer par L’Archipel du goulag d’Alexandre Soljenitsyne, nous pouvons essayer d’en imaginer les horreurs, autant que nous pouvons essayer d’imaginer celles d’Auschwitz.

Pourtant, de même qu’Auschwitz détourne l’attention des horreurs plus grandes encore de Treblinka, le goulag nous détourne des politiques soviétiques qui tuèrent directement et à dessein, par la famine ou par balles. Les deux formes de tuerie staliniennes les plus importantes furent les famines liées à la collectivisation des années 1930-1933 et la Grande Terreur de 1937-1938. On ne sait pas très bien si la famine kazakhe de 1930-1932 fut intentionnelle, mais il est clair que plus d’un million de Kazakhs moururent de faim. Il n’est plus raisonnablement permis de douter que Staline ait à dessein condamné les Ukrainiens à mourir de faim dans l’hiver 1932-1933. Les archives soviétiques révèlent toute une série d’ordres donnés d’octobre à décembre 1932 dont l’intention est clairement de tuer. Au total, plus de trois millions d’Ukrainiens soviétiques devaient trouver la mort.

Ce que nous lisons sur la Grande Terreur nous détourne de sa véritable nature. Le grand roman et le grand livre de Mémoires sont Le Zéro et l’Infini d’Arthur Koestler et L’Accusé d’Alexandre Weissberg. Tous deux attirent l’attention sur un petit groupe de victimes de Staline: les chefs communistes des villes, des gens cultivés, parfois connus en Occident. Cette image domine ce que nous comprenons de la Grande Terreur, mais elle est fausse. Au total, les purges des élites du parti communiste, de la police de sécurité et des officiers n’ont pas fait plus de 47 737 morts.

La plus grosse action de la Grande Terreur, l’opération 00447, visait essentiellement les « koulaks », c’est-à-dire les paysans déjà opprimés au cours de la collectivisation. Elle fit 386 798 morts. Quelques minorités nationales, au total moins de 2 % de la population soviétique, représentent plus du tiers des victimes de la Grande Terreur. Par exemple, une opération visant les citoyens soviétiques de souche polonaise se solda par 111 091 morts. Sur les 681 692 exécutions pour crimes politiques en 1937-1938, l’opération contre les koulaks et les opérations nationales en expliquent 633 955, soit plus de 90 % du total. Toutes les victimes furent exécutées en secret, inhumées dans des fosses et oubliées.

À mettre l’accent sur Auschwitz et le goulag, on sous-estime le nombre d’Européens tués, et l’on déplace le centre géographique de la tuerie vers le Reich allemand et l’est de la Russie. Comme Auschwitz, qui attire notre attention sur les victimes ouest-européennes de l’Empire nazi, le goulag, avec ses tristement célèbres camps de Sibérie, nous détourne aussi du coeur géographique des politiques meurtrières des Soviétiques. Si nous nous concentrons sur Auschwitz et le goulag, nous perdons de vue qu’en l’espace de douze ans, entre 1933 et 1944, environ douze millions de victimes des massacres nazis et soviétiques ont péri dans une région particulière de l’Europe, qui correspond plus ou moins au territoire actuel du Belarus, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie. Plus généralement, quand nous pensons à Auschwitz et au goulag, nous avons tendance à envisager les États qui les ont construits comme des systèmes, des tyrannies modernes, ou des États totalitaires. Or cette prise en compte de ce qui se pensait et décidait à Berlin et à Moscou a tendance à faire oublier que les tueries de masse se sont produites majoritairement dans des parties de l’Europe situées entre l’Allemagne et la Russie, non pas en Allemagne et en Russie mêmes.

Le centre géographique, moral et politique de l’Europe du carnage est l’Europe de l’Est, avant tout le Belarus, l’Ukraine, la Pologne et les États baltes, durablement soumis aux atrocités perpétrées par les deux régimes. Si les populations ukrainiennes et bélarusses, avant tout les juifs mais pas uniquement, sont celles qui ont le plus souffert, ces deux pays faisaient partie de l’Union soviétique dans les terribles années 1930 et ont subi les pires répressions allemandes au cours des années 1940. Si l’Europe, suivant le mot de Mark Mazower, fut un continent de ténèbres, l’Ukraine et le Belarus furent le coeur des ténèbres.

Les calculs historiques que l’on peut considérer comme objectifs, le dénombrement des victimes des tueries de masse, pourraient aider à rétablir un certain équilibre historique perdu. Si terribles qu’elles aient été par leur ampleur, les souffrances allemandes sous Hitler et au cours de la guerre ne figurent pas au coeur de l’histoire du carnage. Même si l’on tient compte des Alle¬mands de souche tués alors qu’ils fuyaient l’Armée rouge, au moment de leur expulsion de Pologne et de Tchécoslovaquie en 1945-1947 et dans les bombardements en Allemagne, le nombre total de civils allemands tués par l’État demeure relativement faible. L’expulsion des Allemands d’Europe orientale [1]

Les principales victimes des politiques d’extermination directe parmi les citoyens allemands furent les 70 000 patients « euthanasiés » et les 165 000 juifs allemands. Les principales victimes allemandes de Staline demeurent les femmes violées par l’Armée rouge et les prisonniers de guerre détenus en Union soviétique. Quelque 363 000 prisonniers allemands devaient mourir de faim et de maladie au cours de leur captivité en URSS; tel fut aussi le sort de 200 000 Hongrois, peut-être. À une époque où la résistance allemande à Hitler retient l’attention des médias, il est bon de rappeler que quelques-uns des participants à l’attentat de juillet 1944 contre Hitler étaient au coeur de la politique de massacre: Arthur Nebe, par exemple, qui commanda l’Einsatzgruppe B dans les champs de tuerie du Belarus en 1941, lors de la première vague de l’Holocauste; ou Eduard Wagner, l’intendant général de la Wehrmacht, qui dans une lettre joyeuse à son épouse évoquait la nécessité d’affamer les millions d’habitants de Leningrad.

Belarus, Ukraine, Pologne

Il est difficile d’oublier Anna Akhmatova: « Elle aime le sang, la terre russe. » Mais le martyre et l’héroïsme russes, aujourd’hui bruyamment proclamés dans la Russie de Poutine, doivent être replacés dans un contexte historique plus large. Les Russes soviétiques, comme les autres citoyens soviétiques, ont bel et bien été victimes de la politique stalinienne; mais ils risquaient beaucoup moins de se faire tuer que les Ukrainiens ou les Polonais soviétiques, ou les membres d’autres minorités nationales. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, diverses actions de terreur furent étendues à la Pologne orientale et aux États baltes, dans des territoires absorbés par l’Union soviétique. Le cas le plus connu est celui des 22 000 Polonais exécutés en 1940 à Katyn et sur quatre autres sites; dix mille autres Polonais et Baltes trouvèrent la mort pendant ou peu après les déportations vers le Kazakhstan et la Sibérie. Les Allemands tuèrent quantité de Russes soviétiques au cours de la guerre, mais proportionnellement bien moins que de Bélarusses et d’Ukrainiens, pour ne rien dire des juifs. On estime à près de 15 millions le nombre de morts parmi les civils soviétiques. Autour d’un civil sur vingt-cinq fut victime des Allemands au cours de la guerre en Russie, contre près d’un sur dix en Ukraine (ou en Pologne), et d’un sur cinq au Belarus.

Le Belarus et l’Ukraine furent occupés pendant une bonne partie de la guerre, les armées allemandes aussi bien que soviétiques traversant à deux reprises leur territoire, dans l’attaque et dans la retraite. Les armées allemandes n’occupèrent jamais qu’une petite portion de la Russie proprement dite, et pour des périodes plus courtes. Même en tenant compte du siège de Leningrad et de la destruction de Stalingrad, le bilan prélevé parmi les civils russes fut beaucoup moins lourd que parmi les Bélarusses, les Ukrainiens et les juifs. Les Russes gonflent les chiffres de leurs morts en considérant le Belarus et l’Ukraine comme la Russie, et les juifs, les Bélarusses et les Ukrainiens comme des Russes: c’est là une forme d’impérialisme du martyre, une manière de revendiquer implicitement le territoire en revendiquant explicitement les victimes. Telle sera probablement la ligne adoptée par la nouvelle commission historique nommée par le président Dmitri Medvedev pour empêcher les « falsifications » du passé russe. En vertu d’un projet de loi actuellement débattu en Russie, des propos comme ceux de ce paragraphe constitueraient un délit.

Les responsables politiques ukrainiens contrecarrent cette monopolisation russe des souffrances communes et réagissent aux stéréotypes ouest-européens qui font des Ukrainiens des collaborateurs de l’Holocauste, en mettant en avant leur propre récit de souffrance, à savoir que Staline a fait délibérément mourir de faim des millions d’entre eux. Le président Viktor Iouchtchenko a rendu un très mauvais service à son pays en revendiquant dix millions de morts, exagérant ainsi d’un facteur trois le nombre d’Ukrainiens tués; mais il est vrai que la famine des années 1932-1933 a été le fruit de décisions politiques mûrement réfléchies, et a fait près de trois millions de morts. L’Holocauste excepté, les famines de la collectivisation furent la plus grande catastrophe politique du xxe siècle européen. La collectivisation n’en demeura pas moins l’élément central du modèle de développement soviétique, avant d’être copié par le régime communiste chinois, avec des conséquences prévisibles: les dizaines de millions de morts de faim du « grand bond en avant » de Mao.

L’intérêt pour l’Ukraine comme source de vivres était commun à Hitler et à Staline. Tous deux désiraient contrôler et exploiter le grenier ukrainien, et tous deux provoquèrent des famines politiques: Staline dans l’ensemble du pays; Hitler dans les villes et les camps de prisonniers de guerre. Quelques-uns des prisonniers ukrainiens qui souffrirent de la faim dans ces camps avaient survécu à la famine de 1933. Entre parenthèses, la politique allemande de famine est partiellement responsable de l’idée que les Ukrainiens furent des collaborateurs empressés de l’Holocauste. Les collaborateurs ukrainiens les plus connus sont les gardiens des camps de la mort à Treblinka, Belzec et Sobibor. Ce dont on se souvient rarement, c’est que les Allemands recrutèrent le premier encadrement de ces hommes, des soldats soviétiques capturés, dans leurs propres camps de prisonniers de guerre. Ils en sauvèrent quelques-uns de la famine de masse, grand crime de l’Est, pour les amener à collaborer à un autre, l’Holocauste.

L’histoire de la Pologne est la source d’une confusion sans fin. Elle fut attaquée et occupée non pas par un, mais par les deux États totalitaires entre 1939 et 1941, tandis que l’Alle¬magne nazie et l’Union soviétique, alors alliées, exploitèrent ses territoires et exterminèrent une bonne partie de son intelligentsia. La capitale polonaise fut le lieu non pas d’un, mais de deux grands soulèvements contre la puissance allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale: le soulèvement du ghetto juif de Varsovie en 1943, après quoi le ghetto fut rasé; et l’insurrection de Varsovie, déclenchée par l’armée intérieure polonaise en 1944, et après laquelle le reste de la ville fut détruit. En août 1994 comme en 1999 et en 2004, lors de tous les récents anniversaires quinquennaux de l’insurrection de 1944, les médias allemands ont confondu ces deux exemples centraux de résistance et de massacres. Le même scénario se reproduira en août 2009.

L’épicentre du carnage

Si un pays européen paraît déplacé dans l’Europe actuelle, échoué dans une autre période historique, c’est bien le Belarus sous la dictature d’Alexandre Loukachenko. Ce dernier préfère ignorer les champs de tuerie soviétiques de son pays, au point de vouloir faire passer une route sur les charniers de Kurapaty, mais par certains côtés il se souvient mieux de l’histoire européenne que ses détracteurs. En affamant les prisonniers de guerre soviétiques, en exécutant et en gazant les juifs, en abattant des civils dans le cadre d’actions contre les partisans, les forces allemandes firent du Belarus le pays le plus meurtrier du monde entre 1941 et 1944. La moitié de la population du Belarus soviétique fut tuée ou déplacée de force au cours de la Seconde Guerre mondiale: on ne saurait en dire autant d’aucun autre pays européen.

Les souvenirs bélarusses de cette expérience, cultivés par l’actuelle dictature, expliquent pour une part la méfiance que suscitent les initiatives occidentales. Mais les Européens de l’Ouest seraient généralement surpris d’apprendre que le Belarus fut à la fois l’épicentre du carnage européen et la base des opérations menées par les partisans antinazis qui ont concouru à la victoire des Alliés. Qu’un tel pays puisse être entièrement chassé de la mémoire européenne ne laisse pas d’étonner. Son absence des discussions du passé est le signe le plus clair de la différence entre mémoire et histoire.

Tout aussi dérangeante est l’absence de l’économie. Bien que l’histoire des massacres soit amplement liée à des calculs économiques, la mémoire évite tout ce qui pourrait faire paraître un meurtre rationnel. L’Allemagne nazie et l’Union soviétique suivirent toutes deux la voie de l’autosuffisance économique, l’Allemagne voulant équilibrer l’industrie par une utopie agraire à l’Est quand l’URSS cherchait à rattraper son arriération agraire par une industrialisation et une urbanisation rapides. Les deux régimes aspiraient à l’autarcie économique dans un vaste empire, ce qui les amena l’un et l’autre à vouloir contrôler l’Europe orientale. Tous deux voyaient dans l’État polonais une aberration historique, tandis que l’Ukraine et la richesse de ses terres leur étaient indispensables. Chaque régime cibla des groupes différents traités en ennemis de leurs desseins, mais le projet allemand d’exterminer tous les juifs n’a pas d’équivalent dans la politique soviétique, tous objectifs confondus. Ce qui est crucial, c’est que l’idéologie qui légitima les massacres était aussi une vision du développement économique. Dans un monde de rareté, notamment de denrées alimentaires, les deux régimes intégrèrent les massacres à leur planification économique.

Ils le firent de façons qui nous paraissent effarantes et obscènes aujourd’hui, mais qui étaient suffisamment plausibles pour motiver des foules de croyants à l’époque. La nourriture a cessé d’être rare, tout au moins à l’Ouest; mais d’autres ressources le sont, ou le seront bientôt. Le xxie siècle connaîtra des pénuries d’eau potable, d’air pur et d’énergie abordable. Les changements climatiques pourraient réveiller le spectre de la faim.

***

S’il est une leçon politique générale à tirer de l’histoire des massacres, c’est qu’il faut se méfier de ce que l’on pourrait appeler le « développement privilégié »: les efforts des États pour accomplir une forme d’expansion économique qui désigne les victimes et justifie la prospérité par la mortalité. On ne saurait exclure la possibilité que le meurtre d’un groupe puisse bénéficier à un autre, ou tout au moins soit ainsi perçu. L’Europe a été témoin de cette forme de politique et pourrait bien l’être à nouveau. La seule réponse appropriée est un engagement éthique pour l’individu, en sorte qu’il compte dans la vie plutôt que dans la mort, et que des entreprises de ce genre deviennent impensables.

L’Europe actuelle est précisément remarquable dans sa façon d’unir la prospérité à la justice sociale et aux droits de l’homme. Probablement plus qu’aucune autre partie du monde, elle est immunisée, du moins pour l’heure, contre cette forme de poursuite instrumentale implacable de la croissance économique. Mais la mémoire a pris d’étranges libertés avec l’histoire, à une époque où l’histoire est plus nécessaire que jamais. Le proche avenir du reste du monde pourrait bien ressembler au passé récent de l’Europe. Une raison de plus de veiller à ce que les comptes soient justes.

Cet article est la reprise d©ˆun discours prononcé à la conférence Eurozine, « Histoires européennes », qui s©ˆest tenue à Vilnius du 8 au 11 mai 2009 . Il a d©ˆabord été publié en anglais dans The New York Review of Books du 16 juillet 2009.

* [1] L’immense majorité des quelque 12 millions d’Allemands qui fuirent ou furent chassés d’Europe orientale à la fin de la guerre venait de Tchécoslovaquie (3,5 millions) ou de Pologne (7,8 millions). Dans ce second groupe, la plupart venaient de terres prises au Reich vaincu et attribuées à la Pologne par les Alliés. Une moitié environ de ces 12 millions fuit; l’autre moitié fut déportée, même si une division tranchée est impossible, puisqu’une partie des fugitifs devaient revenir plus tard et être à leur tour déportés.Fin 1944-début 1945, quelque six millions d’Allemands fuirent devant l’Armée rouge: 600 000 y perdirent la vie, pour la plupart à cette époque. Beaucoup se trouvèrent simplement pris entre les deux armées; d’autres furent délibérément massacrés par les troupes soviétiques ou moururent dans des camps soviétiques. Certains meurtres sont aussi imputables à des Tchèques ou à des Polonais. Hitler partage la responsabilité de ces morts puisque les autorités allemandes négligèrent d’organiser les évacuations quand il en était encore temps. La déportation d’Allemands après la guerre, conséquence directe de la guerre de Hitler, était un projet commun des Tchèques, des Polonais, des Soviétiques, des Britanniques et des Américains. Au cours de la guerre, les dirigeants en exil de la Pologne et de la Tchécoslovaquie occupées exprimèrent le désir de limiter leur population allemande, et les Alliés acceptèrent le principe d’un déplacement des Allemands après la victoire. Winston Churchill recommanda un « bon coup de balai », et le plan officiel du Conseil de contrôle allié prévoyait le transfert de six millions d’Allemands. Staline, mais aussi Churchill et Roosevelt donnèrent leur feu vert au gouvernement tchécoslovaque (non communiste) pour expulser ses Allemands. La Pologne était sous contrôle soviétique, mais n’importe quel gouvernement polonais aurait chassé les Allemands. Les communistes polonais acceptèrent la proposition stalinienne d’un déplacement à l’ouest de la Pologne, amenant ainsi à chasser plus d’Allemands que les responsables démocrates polonais ne l’auraient voulu. (Cela impliqua aussi la déportation de Polonais de la moitié orientale de la Pologne d’avant guerre, annexée par les Soviétiques. Près d’un million de ces Polonais évacués colonisèrent les terres dont les Allemands furent chassés.) De mai à décembre 1945, les autorités polonaises et tchécoslovaques refoulèrent de leur territoire près de deux millions d’Allemands. À compter de janvier 1946, elles continuèrent de contraindre les Allemands au départ, tandis que les forces britanniques, soviétiques et américaines organisaient leur accueil dans leurs zones d’occupation en Allemagne. En 1946-1947, les Soviétiques en reçurent un peu plus de deux millions, les Britanniques 1,2 et les Américains 1,4. Les déportations se poursuivirent à un rythme plus lent par la suite. La responsabilité des expulsions est collective. Elles furent l’occasion de traitements abominables, mais la mortalité des civils allemands – 600 000 morts sur 12 millions – est relativement faible en comparaison des autres épisodes évoqués ici. Pris à la fin d’une terrible guerre livrée en leur nom, alors que les Alliés étaient d’accord pour changer les frontières et les déporter, ces Allemands ne furent pas victimes d’une politique stalinienne meurtrière comparable à la Terreur ou à la famine.

Original in English
Translation by Pierre-Emmanuel Dauzat
First published in The New York Review of Books, July 16, 2009 (English version); Le Débat 158 (2010) (French version)

© Timothy Snyder / Le Débat
© Eurozine


Génocide arménien/94e: Vers une nouvelle promesse non-tenue du président Obama ? (Let’s recognize the genocide – but just not this year)

24 avril, 2009
Break the silence of 93 years!Il y a deux ans, j’ai critiqué la secrétaire d’état pour le renvoi de l’ambassadeur des États-Unis en Arménie John Evans, après qu’il a correctement employé le terme de  » genocide » pour décrire le massacre par la Turquie  de milliers d’Arméniens à partir de 1915. Je partageais avec la secrétaire d’Etat Rice ma conviction fermement tenue que le génocide arménien n’est pas une allégation, une opinion personnelle, ou un point de vue, mais un fait largement documenté et appuyé par un irréfutable faisceau de preuves historiques. Les faits sont indéniables. Une politique officielle qui contraint les diplomates à tordre les faits historiques n’est pas une politique viable. En tant que sénateur, je soutiens fortement le passage de la résolution du génocide arménien et en tant que président je reconnaitrai le génocide arménien. (…) L’Amérique mérite un dirigeant qui parle avec véracité du génocide arménien et qui condamne fermement tous les génocides. J’ai l’intention d’être ce président. Candidat Obama (janvier 2008)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Le souvenir de ces événements renforce notre engagement à agir lorsque nous sommes confrontés au génocide et à travailler avec des partenaires à travers le monde pour éviter de telles atrocités à l’avenir. (…) cette sombre occasion nous fait réfléchir sur la mort de plus de 800.000 hommes, femmes et enfants tués simplement à cause de leur appartenance ethnique ou de leurs opinions politiques (…) si énorme, si effrayant qu’il risque de devenir une statistique. Barack Obama (Communiqué pour le 15e anniversaire du génocide rwandais, le 7 avril 2009)
Oublions l’Arménie, les Turcs devraient condamner le génocide américain des Indiens. Cem Ryan
Obama reconnaît le Génocide des Arméniens. Anakara organise d’immenses manifestations nationalistes qu’il déclare ne pas contrôler et fait valoir les risques de déstabilisation nationale ainsi que de basculement anti-occidental. Erdogan devient parrain du fils du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad ; lesquels inaugurent ensemble un musée du Génocide des Indiens d’Amérique et un centre de recherche nucléaire turco-iranien. Jean Stépanian

Vers une énième promesse non tenue du président Obama?

« Tragédie », « massacre de grande ampleur », « Grande Catastrophe », « événements reconnus comme un Génocide par les historiens » …?

En ce 94e jour-anniversaire du génocide arménien de 1915 perpétré par le gouvernement Jeune-Turc (l’équivalent largement du génocide rwandais dont le président américain rappelait récemment le souvenir) et toujours nié par l’actuelle Turquie …

Et après l’étape turque il y a trois semaines de la plus grande tournée d’auto- dénigrement de l’histoire américaine où le maitre de l’esquive de Chicago avait largement botté en touche, allant jusqu’à vanter, tout en évoquant un soi-disant génocide indien, les prétendus apports de l’islam à l’humanité …

Le monde, et notamment les Arméniens et leurs amis, se demandent quelle astuce le premier président multiculturel et munichois notoire va-t-il bien pouvoir trouver pour (comme ses prédecesseurs, il est vrai) revenir sur sa promesse électorale de parler explicitement du génocide arménien et prendre le risque, au moment où les Etats-Unis sont impliqués dans deux guerres simultanées dans la région, de s’aliéner un vital allié stratégique

Obama: 10 scénarios pour un 24 avril
Politique-Fiction
Jean Stépanian
France-Arménie
le 17 avril 2009Obama va-t-il reconnaître le génocide arménien ? Et pour quelles conséquences ?Jamais un Président américain n’a été aussi loin dans ses promesses sur la reconnaissance. Jamais il n’a exprimé autant d’intérêt envers la question arménienne. Jamais les Arméniens ne se sont autant mobilisés aux côtés d’un candidat lors de sa campagne électorale. Tout cela suffira-t-il à changer la position de la 1ère puissance du monde ? Quelles en seront les conséquences ? Passage en revu des meilleures comme des pires scénarios.2 questions, 10 possibilités. Faites votre choix.

1 – Obama recule, la Question arménienne est enterrée

24 avril 2009 : Obama se rabat sur les euphémismes traditionnels tels que « tragédie » ou « massacre de grande ampleur ». La consternation est telle que les institutions arméniennes, cherchant un responsable à l’échec, se lancent dans une guerre fratricide. Entraînée dans une série d’implosions et de scissions en cascade, déjà fragilisée, la diaspora cesse pour toujours d’être un acteur politique. L’Ararat disparaît des bouteilles de Cognac arménien sur décret gouvernemental, à l’instigation du nouvel axe Moscou-Ankara.

2 – Obama recule et la Question arménienne est redéfinie

Obama n’a pas un mot sur Génocide des Arméniens. Prenant acte de l’énormité de l’obstacle politique, les institutions arméniennes de diaspora décident d’ouvrir une nouvelle ère pour la question arménienne. Un grand débat international panarménien est organisé sur les objectifs et les stratégies de la Cause arménienne, en réactualisant sa définition, qu’ils élargissent à la Culture et au Djavakhk

3 – Obama esquive, les Arméniens persistent

Obama ménage la chèvre et le chou. Il n’emploie pas le mot ’Génocide’ mais ‘Medz Yerghern’ (‘Grande Catastrophe’), selon une stratégie pondue voici trois ans par les think tank américano-turcs. Les organisations arméniennes assurent officiellement que c’est un premier pas pour ne pas déprimer les troupes. Elle déclarent leur stratégie inchangée, sur l’air connu « tous les espoirs sont permis au premier faux pas qu’Ankara commettra en politique internationale ».

4 – Obama entérine une reconnaissance au rabais

Obama ménage la chèvre et le chou. Il parle d’événements « reconnus comme un Génocide par les historiens ». Sur les conseils d’un Etat-major autant préoccupé par la stabilité de l’Etat turc que par les velléités russes vers les mers chaudes, le Président rassure Ankara en déclarant « irréalistes » les demandes de réparations arméniennes. En contrepartie, le parlement turc vote un texte flou où sont formulés de vagues « regrets ». Bruxelles et Washington applaudissent. Ils déclarent le geste turc suffisant et enterrent la question arménienne.

5 – Obama reconnaît et la Turquie joue la rupture

Obama reconnaît le Génocide des Arméniens. Anakara organise d’immenses manifestations nationalistes qu’il déclare ne pas contrôler et fait valoir les risques de déstabilisation nationale ainsi que de basculement anti-occidental. Erdogan devient parrain du fils du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad ; lesquels inaugurent ensemble un musée du Génocide des Indiens d’Amérique et un centre de recherche nucléaire turco-iranien. Après avoir chuté dans les sondages suite à un scandale Monica Levinsky fort opportun, Obama est balayé aux élections de 2012. Son successeur – pas plus que les 17 suivants – n’évoquent plus la Question arménienne.

6 – Obama reconnaît et la Turquie noie le poisson

Obama reconnaît le Génocide des Arméniens. Le gouvernement Erdogan inaugure une rue ’Hrant Dink’ pour noyer le poisson ; les « progressistes » arméniens se constituent en parti politique et acceptent officiellement le « pardon » des « progressistes » turcs ; la question politique est enterrée définitivement au nom de la « fraternité » et de « la stabilité régionale ».

7 – Obama reconnaît et Ankara fait le dos rond

Obama reconnaît le Génocide des Arméniens. C’est la liesse chez tous les Arméniens du monde, avec le sentiment du devoir accompli. Pourtant, cela ne change rien et Ankara fait encore le dos rond pendant un siècle encore sur le thème ‘nous ne nous ne laisserons pas dicter notre politique par l’impérialisme occidental’, non sans succès en Turquie.

8 – Obama reconnaît et rencontre les Iraniens en Arménie

Obama reconnaît le Génocide des Arméniens lors d’une visite surprise à Dzidzernagapert. Toujours à Erevan, il rencontre le Président iranien au Poplavok sur invitation de son homologue arménien en peaufinant ensemble les détails du « Nouvel ordre mondial » et « multilatéral » proclamé début avril.

9 – Obama reconnaît et insuffle un élan en Turquie

Obama reconnaît le Génocide des Arméniens. Les « progressistes turcs » se sentent pousser des ailes et s’autorisent à parler explicitement de Génocide. Cinq ans plus tard, le premier candidat non-négationniste se présente aux élections présidentielles en Turquie.

10 – Obama reconnaît et Gül s’incline à Dzidzernagapert

Obama reconnaît le Génocide et Gül s’incline à Dzidzernagapert. La presse national-kémaliste leur découvre une grand-mère arménienne commune – la même que Fetiye Çetin – pour expliquer leur geste, avant de se résoudre finalement à une hypothèse plus crédible : il y a peut-être bien eu Génocide.

Voir aussi:

Obama sera-t-il le président que l’Amérique mérite?
Info Collectif VAN – http://www.collectifvan.org

Washington envisagerait de reporter la déclaration présidentielle visant à reconnaître officiellement le génocide arménien: le président américain Barack Obama reviendrait donc sur sa promesse électorale, officiellement pour ne pas entraver le processus de réchauffement entre la Turquie et l’Arménie, officieusement par crainte des dangers qu’une telle déclaration ferait courir aux troupes US, si l’aide de la Turquie en Irak venait à faire défaut. La Turquie et l’Arménie peuvent avoir les relations qu’il leur plait d’avoir : un génocide concerne les valeurs de l’humanité et sa reconnaissance n’a pas à être rattachée à des accords politiques, économiques, diplomatiques ou autres. Quant aux alliances stratégiques avec la Turquie, et particulièrement dans le cadre de la guerre en Irak, elles existaient déjà pendant la campagne électorale américaine. Elles n’avaient pourtant pas empêché Barack Obama de déclarer : « Le génocide arménien n’est pas une allégation, une opinion personnelle, ou un point de vue, mais un fait largement documenté et appuyé par un nombre important de preuves historiques. (…) L’Amérique mérite un dirigeant qui parle avec véracité du génocide arménien et qui condamne fermement tous les génocides. J’ai l’intention d’être ce président. ». Visiblement, « avoir l’intention » ne suffit pas… Le Collectif Van vous propose la traduction d’extraits de l’article du Los Angeles Times, publié le 17 mars 2009.

Obama hésite sur l’engagement à reconnaître le génocide arménien

L’administration envisage de reporter une déclaration présidentielle sur le génocide arménien, du fait des problèmes qu’elle ferait risquer à l’aide de la Turquie au Moyen-Orient.
Paul Richter
LA Times
17 Mars 2009

Extraits

En direct de Washington – L’administration Obama hésite sur une déclaration présidentielle promise, reconnaissant que les Arméniens ont été victimes d’un génocide au début du 20ème siècle, car elle craint de s’aliéner la Turquie au moment où les dirigeants américains ont besoin de son aide.

Le président Obama et d’autres hauts représentants de l’administration ont promis pendant la campagne présidentielle de qualifier officiellement de génocide les massacres d’Arméniens perpétrés par les Turcs ottomans en 1915. (…)

Cependant l’administration a également sollicité l’aide d’Ankara sur l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran, et d’autres questions de sécurité comprenant les avertissements turcs faisant état qu’une déclaration officielle américaine menacerait l’assistance de la Turquie.

Les représentants de l’administration envisagent de reporter une déclaration présidentielle, en citant le progrès vers un dégel des relations entre la Turquie et le pays voisin, l’Arménie. Les nouveaux signes de réchauffement – comme les discussions pour la réouverture de la frontière – renforceraient les arguments que la déclaration américaine pourrait menacer le progrès.

« Pour le moment, notre préoccupation est de savoir comment avancer pour que les États-Unis puissent aider l’Arménie et la Turquie à collaborer pour arriver à une réconciliation avec le passé »,- a dit Michael Hammer, un porte-parole du Conseil de la Sécurité nationale. Il a dit que l’administration était « encouragée » par l’amélioration des relations et pensait qu’il était « important que les deux pays entament un dialogue ouvert et honnête à propos du passé. »

(…)

Pour Obama, la controverse arrive à un moment particulièrement sensible. Il se rend en Turquie le 5 avril et ses positions sur la question attireront l’attention mondiale. En attendant, les Arméno-américains insistent sur une déclaration de la Maison Blanche le 24 avril, journée annuelle du souvenir. Des partisans du Congrès projetent également de représenter bientôt la résolution sur le génocide.

La visite d’Obama en Turquie est devenue risquée pour l’administration, a dit Mark Parris, un ancien ambassadeur américain en Turquie. « Faire plonger le président là-bas, fait vraiment monter les enchères, » a dit Parris, actuellement coprésident du programme sur la Turquie de l’Institut Brookings. « Maintenant, ça ne peut pas être passé sous silence…. Cela nuirait à sa crédibilité ».

(…)

Les représentants du Congrès qui soutiennent la résolution sur le génocide ont exprimé leur frustration pour cette dernière résistance.

« L’argument que certains présentent maintenant est seulement l’ultime incarnation de l’ancien refrain usé : ‘que nous devrions reconnaître le génocide – mais juste pas cette année’, » a dit le Républicain Adam B. Schiff (D-Burbank), un des sponsors de la résolution.

Un autre avocat, le Républicain Brad Sherman (D-Sherman Oaks) a dit que quoique la force des avertissements de la Turquie soit en baisse, les Turcs sont restés influents auprès des Congressistes qui croient que l’arrêt de l’aide d’Ankara pourrait nuire aux troupes américaines. Sherman a désigné cela comme étant « leur dernière carte à abattre. »

(…)

« Les Turcs comprennent très bien que le danger de la résolution (du génocide) ne s’éloigne pas, » a dit Bulent Aliriza, directeur du Projet de la Turquie au Centre pour les Études Stratégiques et Internationales.

Traduction Collectif VAN – 20 mars 2009 – 14:45 – http://www.collectifvan.org

Obama wavers on pledge to declare Armenian genocide
The administration is considering postponing a presidential statement amid worries that it would risk Turkey’s help in the Mideast.
Paul Richter
The Los Angeles Times
March 17, 2009

Reporting from Washington — The Obama administration is hesitating on a promised presidential declaration that Armenians were the victims of genocide in the early 20th century, fearful of alienating Turkey when U.S. officials badly want its help.

President Obama and other top administration officials pledged during the presidential campaign to officially designate the 1915 killings of Armenians by the Ottoman Turks as genocide. Many Armenian Americans, who are descendants of the victims and survivors, have long sought such a declaration.

But the administration also has been soliciting Ankara’s help on Afghanistan, Iraq, Iran and other security issues amid Turkish warnings that an official U.S. statement would imperil Turkey’s assistance.

Administration officials are considering postponing a presidential statement, citing progress toward a thaw in relations between Turkey and neighboring Armenia. Further signs of warming — such as talk of reopening border crossings — would strengthen arguments that a U.S. statement could imperil the progress.

« At this moment, our focus is on how, moving forward, the United States can help Armenia and Turkey work together to come to terms with the past, » said Michael Hammer, a spokesman for the National Security Council. He said the administration was « encouraged » by improvements in relations and believed it was « important that the countries have an open and honest dialogue about the past. »

Armenian Americans and their supporters, however, say policies that avoid offending Turkey merely advance Ankara’s denial of brutal periods in its history.

An estimated 1.5 million Armenians were victims of planned killings by the Ottoman Turks as the empire was dissolving during World War I, an episode historians have concluded was a genocide. But Turkey and some of its supporters contend that the deaths resulted from civil war and unrest and that their numbers were exaggerated.

American presidents have long sought to avoid calling the killings a genocide, fearing repercussions from a NATO ally that is acutely sensitive to the charge. In 2007, the Bush administration argued for a delay in a congressional genocide resolution, saying that Turkish assistance was needed for the safety of U.S. troops in Iraq.

For Obama, the controversy comes at an especially sensitive time. He is visiting Turkey on April 5, and his views on the issue will command worldwide attention. Armenian Americans, meanwhile, have been pushing for a White House declaration on April 24, the annual remembrance day. Congressional supporters are also planning to reintroduce the genocide resolution soon.

Obama’s visit to Turkey has become risky for the administration, said Mark Parris, a former U.S. ambassador to Turkey. « Plopping the president down over there really does raise the stakes, » said Parris, now co-director of the Brookings Institution’s program on Turkey. « Now it can’t be overlooked. . . . It could carry costs to his credibility. »

Obama declared repeatedly during his campaign that the killings were genocide. Vice President Joe Biden and Secretary of State Hillary Rodham Clinton are on record with similar positions.

But the Obama administration would like to use Turkey as part of the military supply line for Afghanistan. It also would like more help regarding Iraq, Iran’s nuclear program, Russia and Mideast peace.

Relations between Turkey and Armenia began warming noticeably in September, when Turkish President Abdullah Gul became the first Turkish leader to visit Armenia. The countries are considering opening borders and embassies, initiating economic cooperation and establishing a historical commission.

But Parris said further openings to Armenia would carry domestic risks for Turkish leaders, who could be reluctant to do so if they thought Obama would declare a genocide on April 24.

Congressional supporters of the genocide resolution expressed frustration about the latest resistance.

« The argument that some are making now is only the latest incarnation of the same old tired refrain: that we should recognize the genocide — just not this year, » said Rep. Adam B. Schiff (D-Burbank), one of the sponsors of the resolution.

Another advocate, Rep. Brad Sherman (D-Sherman Oaks), said that though the strength of Turkey’s cautions was declining, Turks remained influential with lawmakers who believed a halt in Ankara’s aid could hurt U.S. troops. Sherman called it « their ugly ace in the hole. »

Aram Hamparian, executive director of the Armenian National Committee of America, remained optimistic. Obama « is a man of his word and has been crystal clear on the issue, » he said.

But Turks remain uneasy. Ali Babacan, the Turkish foreign minister, warned in a TV interview last week that Obama’s visit didn’t preclude a genocide declaration.

« The Turks fully understand that the danger of the [genocide] resolution is not going away, » said Bulent Aliriza, director of the Turkey Project at the Center for Strategic and International Studies.

Voir enfin:FORGET ARMENIA, TURKS SHOULD CONDEMN AMERICAN INDIAN GENOCIDE

Cem Ryan, Ph.D.
Turkish forum
Istanbul
21 December 2008Massacre, Wounded Knee, South Dakota, December 1890
Turkey is today beset on all sides by the shock doctrine strategy of the west, and from within by its US-backed marionette government. Now the Armenian Genocide issue has once again bubbled to the surface. Apologize! Apologize! yell the so-called Turkish liberals, egos stroked and, no doubt, palms greased by their western puppeteers. It’s the same old drama with the same stodgy cast burbling the same trite lines. As usual, the Turkish government does nothing, thus contributing to the confusion, apathy, and fear that stalk the land. But that’s the whole idea isn’t it?Turkish people! Instead of handwringing and moaning, ACT! Turkish people, you heirs of the Atatürk Revolution, Mustafa Kemal Atatürk gave you the right (and responsibility) to save your country. (http://yunus.hacettepe.edu.tr/~sadi/dizeler/hitabe2.html ) Fight the rush-to-judgment efforts of the Armenian Genocide lobby. Every “Turkish child of future generations” should demand that their parliament immediately enact a resolution that condemns the American Indian Genocide. Turkish people…ACT! Defend your country against the dark powers that Mustafa Kemal Atatürk foresaw over eighty years ago. The facts of the catastrophe done to the American Indians are in plain sight and beyond dispute. Spain, Portugal, England, and, most importantly, the United States of America should stand condemned in the eyes of the world for the crimes committed against the aboriginal population in the Americas.More than 200 million Indians lost their lives on the combined North, Central, and South American continents after Columbus landed in 1492. The Indians in South and Central America were mostly enslaved to extract precious metals. The Indians in North America were displaced, starved, and slaughtered to make way for the enormous flow of European immigrants. Vast numbers died from European diseases, perhaps the first weapon of mass destruction, in this case, biological warfare. Surely Turkey has the right to defend itself from the Western claims of genocide, given the historically bloody hand of the West.

From approximately 15-18 million North American Indians present in the days of Columbus, only 190,000 were left in the territorial United States in 1890. The destruction of the Southern Indians (the Cherokee, Choctaw, Chickasaw, and Creek tribes) resulted in the seizure and clearance of their enormously fertile forest lands (the Southern black belt) in order to expand both slavery and cotton production in Arkansas, Alabama, and Mississippi. In this manner, the red and black races were displaced, enslaved, and murdered in order for white America to prosper. The proof of this assertion is fully documented and unassailable.

On the other hand, Turkey has welcomed the persecuted minorities of many nations. The same year that the destruction of the American Indians began, 1492, Turkey’s Sultan Bayezit II accepted with kindness and consideration the Jews expelled from Spain and Portugal. Similar compassion was rendered to Jews centuries later who fled Hitler’s genocide. Surely Turkey has the right, the responsibility, and moral authority to counter the orchestrated, poorly documented, rush-to-judgment of the Armenian Lobby and its collaborators, both western and Turkish.

The horrific destruction of the sophisticated Native American cultural system was encouraged by the government of the United States, particularly under the administration of that so-called champion of so-called democracy, Andrew Jackson. By 1890, the American Indians were finished. Their numbers had been reduced by 98 percent over the 400 years since Columbus landed. By 1890 the United States government had seized 98 percent of their land. No greater genocide or land grab has existed in the history of the world. Surely Turkey has the right to challenge the unproven claim of so-called genocide by affirming through parliamentary resolution the well-documented genocide of an entire race of people by an act of policy by the government of the United States of America.

It is high time that Turkey takes the offensive on the matter of genocide. In this day of widespread destruction, it is high time to remind America, Americans, and their government, that they are up to their ancestral elbows in the blood of the American Indians. The Turkish government must condemn the American Indian Genocide, or itself be condemned. And if you, the Turkish people, think that makes you a traitor, then read again Nazım Hikmet’s magnificent poem, Vatan Haini (“Traitor”) below, along with Atatürk’s statement of your “primary duty.”


Turquie: Combien de massacres faut-il pour faire un génocide? (How many genocidal crimes does it take to make a genocide?)

14 avril, 2009
Armenian death marches
Comme je continuais à l’importuner avec la Question arménienne, il [Talaat] me dit un jour en souriant: « Que diable voulez-vous de moi? La question est réglée. Il n’y a plus d’Arméniens. Comte Johann Heinrich von Bernstorff (vice-consul puis dernier ambassadeur allemand pendant la guerre, 1936)
En novembre 1914 nous savions qu’un massacre aurait lieu. Le Mutessarif de Mouch, qui était un ami intime d’Enver Pacha, déclara tout à fait ouvertement qu’au premier moment opportun, on massacrerait les Arméniens et exterminerait toute la race. Ils avaient l’intention de massacrer les Arméniens avant l’arrivée des Russes, puis de battre les Russes . Vers le commencement d’avril, en présence du Major Lange et de plusieurs autres hauts fonctionnaires, y compris les Consuls américain et allemand, Ekran Bey exprima tout à fait ouvertement l’intention du Gouvernement d’exterminer la race arménienne. Tous ces détails montrent pleinement que les massacres procédaient d’un plan délibéré et bien arrêté. Alma Johansson (Missionnaire suédoise en charge de l’orphelinat allemand de Mouch, 1915)
Cette décision, et les conditions dans lesquelles s’effectue la déportation, montrent bien que le gouvernement poursuit très réellement le but d’exterminer la race arménienne dans l’Empire ottoman. (…) Indépendamment du préjudice auquel s’expose l’état turc -en dépossédant et en exterminant une fraction laborieuse et intelligente de la population (les Kurdes et les Turcs qui succèdent aux Arméniens sont bien loin, pour l’instant, de pouvoir les remplacer), cette situation lèse très sensiblement nos intérêts commerciaux et les intérêts des organismes de bienfaisance allemands établis dans ces régions. En outre, la Porte méconnaît l’effet que toutes ces mesures arbitraires, comme, par exemple, les exécutions en masse qui ont lieu ici même et à l’intérieur du pays, produisent sur l’opinion publique étrangère et les conséquences que tout cela aura par la suite sur la façon dont sera traitée la question arménienne au moment des négociations de paix. C’est pourquoi j’ai cru bon de faire remarquer à la Porte que nous n’approuvons les déportations de population que dans la mesure où elles s’imposent pour des raisons d’ordre militaire et où elles mettent le pays à l’abri des insurrections … Wangenheim (courrier au Chancelier allemand von Bethmann Hollweg, juillet 1915)
Vous voulez dire reconnaître la version arménienne de cette histoire ? Il y avait un problème arménien pour les Turcs, à cause de l’avance des Russes et d’une population anti-ottomane en Turquie, qui cherchait l’indépendance et qui sympathisait ouvertement avec les Russes venus du Caucase. Il y avait aussi des bandes arméniennes – les Arméniens se vantent des exploits héroïques de la résistance -, et les Turcs avaient certainement des problèmes de maintien de l’ordre en état de guerre. Pour les Turcs, il s’agissait de prendre des mesures punitives et préventives contre une population peu sûre dans une région menacée par une invasion étrangère. Pour les Arméniens, il s’agissait de libérer leur pays. Mais les deux camps s’accordent à reconnaître que la répression fut limitée géographiquement. Par exemple, elle n’affecta guère les Arméniens vivant ailleurs dans l’Empire ottoman.  » Nul doute que des choses terribles ont eu lieu, que de nombreux Arméniens – et aussi des Turcs – ont péri. Mais on ne connaîtra sans doute jamais les circonstances précises et les bilans des victimes. Songez à la difficulté que l’on a de rétablir les faits et les responsabilités à propos de la guerre du Liban, qui s’est pourtant déroulée il y a peu de temps et sous les yeux du monde ! Pendant leur déportation vers la Syrie, des centaines de milliers d’Arméniens sont morts de faim, de froid… Mais si l’on parle de génocide, cela implique qu’il y ait eu politique délibérée, une décision d’anéantir systématiquement la nation arménienne. Cela est fort douteux. Des documents turcs prouvent une volonté de déportation, pas d’extermination. Bernard Lewis
Nous avons été consternés de découvrir, au milieu de l’entretien érudit et pertinent sur le fondamentalisme islamique que Bernard Lewis a accordé au Monde du 16 novembre, des jugements d’une teneur bien différente au sujet du génocide arménien de 1915. Qualifier ces massacres de génocide, c’est-à-dire de politique délibérée de destruction d’une population, c’est, dit-il, la  » version arménienne de l’Histoire « . Bernard Lewis ne peut ignorer que, dès le 24 mai 1915, les gouvernements alliés, russe mais aussi français et britannique, ont fait savoir publiquement à la Sublime Porte qu’ils tiendraient pour personnellement responsables tous les membres du gouvernement ottoman et leurs agents impliqués dans ce  » crime de lèse-humanité « . Que les diplomates allemands et autrichiens, alliés de la Turquie et présents sur les lieux, ainsi que les diplomates américains neutres, ont envoyé des dizaines de télégrammes dénonçant la  » campagne d’extermination  » menée par le gouvernement jeune-turc pour  » liquider définitivement  » la question arménienne, en se servant, déjà, de la guerre comme prétexte. Ceux-là mêmes qui ne veulent tenir compte que des documents turcs ne peuvent passer sous silence le procès mené en 1919 par le gouvernement libéral de Constantinople, qui a établi les responsabilités des ministres, du parti au pouvoir et des bandes d’assassins qu’ils avaient spécialement recrutés dans les prisons. L’historien ne peut récuser les témoignages convergents des survivants, à qui on ne saurait dénier le droit de dire leur souffrance. Les preuves abondent aussi bien du massacre sur place d’une partie de la population que des multiples formes de tueries qui ont accompagné la déportation des autres. Les victimes ont été livrées à toutes les morts, sauf celle, que cite Bernard Lewis, par le froid puisque la déportation a eu lieu à la saison chaude. Loin d’être limitée géographiquement, l’éradication de la présence arménienne s’est étendue à l’ouest jusqu’à Bursa, au sud jusqu’à Alep, à 800 kilomètres du front russe. Elle a été conduite par un gouvernement contre une partie de ses sujets, un groupe défini religieusement et ethniquement, et détruit comme tel. Ces actes caractérisent un génocide. Et c’est précisément parce qu’il est dangereux d’abuser du terme qu’il est important de reconnaître le génocide quand il ne fait pas de doute. C’est d’ailleurs l’entreprise de destruction des Arméniens de l’Empire ottoman qui a servi de référence aux juristes des années 30 alarmés par la montée du nazisme, comme le Polonais Lemkin, pour fixer le concept de génocide. Toute tentative de comparaison entre cette extermination planifiée et la guerre civile libanaise, où tout Etat avait disparu, est dénuée de fondement. Nier les faits, effacer le crime, c’est à quoi s’emploient les gouvernements turcs depuis Mustafa Kemal. Qu’un savant de l’autorité de Bernard Lewis accrédite cette thèse officielle, qui réitère elle-même le mensonge des criminels d’hier, rien ne le justifie. Autant il est légitime de soutenir la laïcité contre l’intégrisme, autant il importe de ne pas dissimuler des responsabilités connues de tous. Déclaration collective de trente universitaires et intellectuels (dont André Chouraqui, Jacques Ellul, Alain Finkielkraut, André Kaspi, Yves Ternon et Jean-Pierre Vernant, Le Monde, 27 novembre 1993)

A partir de combien de massacres délibérés d’une même population peut-on parler de génocide?

Déportations étendues au-delà des « raisons d’ordre militaire » aux régions non menacées par l’invasion ennemie et aux non combattants (femmes, vieillards et enfants), déplacement de foules sur des centaines de kilomètres dans des conditions notoirement insuffisantes (« transports, gîte, maladies épidémiques, pillages et massacres des Kurdes et autres bandits de grand chemin »), conversions forcées en masse, préjudice pour l’état turc (se privant d’une « fraction laborieuse et intelligente de la population ») et leurs alliés allemands (« intérêts commerciaux et des organismes de bienfaisance »), effacement des traces de présence culturelle avec la destruction ou saisie des établissement scolaires, religieux ou de sociaux, exécutions en masse susceptibles d’aliéner « l’opinion publique étrangère » et de porter préjudice aux « futures négociations de paix » …

Au lendemain de la première visite officielle en Europe et en pays musulman du premier président multiculturel américain et de sa litanie d’excuses pour l’arrogance, l’esclavagisme, le « génocide indien », l’oppression des noirs, l’utilisation de la bombe nucléaire, la torture, l’inimitié du monde entier sous ses prédécesseurs et notamment Bush …

Couplée au plus vibrant hommage pour « cette foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour le monde » …

Retour sur l’un des épisodes les plus tragiques dudit apport, à savoir la liquidation ou l’expulsion, par les prédécesseurs ottomans et turcs des hôtes du président américain à Ankara, d’une large part de leur population chrétienne (de quelque 30% à 0,1% en moins d’un siècle) …

Et ce, via l’un des nombreux cables d’un vice-consul allemand à ses supérieurs qui a le mérite de confirmer, comme le soulignent actuellement les autorités turques et nombre de chercheurs, tant la part de danger que pouvaient présenter une partie des populations en question pour l’effort de guerre turc que la différence de motivation des dirigeants turcs de l’époque par rapport à la radicalité nazie (qui, contrairement à ces derniers, laissaient ouverte à leurs victimes la possibilité de l’assimilation via la conversion forcée des femmes et enfants).

Mais aussi, contre les dénégations des mêmes autorités turques et les doutes des mêmes chercheurs, la conscience que ne pouvaient pas ne pas avoir les autorités turques d’alors des conséquences (y compris, caractéristique typique d’un génocide, celles qui allaient à l’encontre de la rationalité militaire comme le fait par exemple que la plupart des artisans et transporteurs travaillant pour l’armée étaient arméniens) des opérations (déportations et massacres) dont elles étaient les maitres d’œuvre …

Ambassade impériale d’Allemagne

Péra, le 7 juillet 1915

Jusqu’à il y a environ deux semaines, l’expulsion et la déportation de la population arménienne se cantonnaient aux provinces proches de la zone est des opérations et à quelques secteurs de la province d’Adana. Depuis lors, la Porte a décidé d’étendre cette mesure aux provinces de Trébizonde, Mamouret-ul-Aziz et Sivas, et en a commencé l’application bien que, pour l’instant, ces régions ne soient pas menacées par l’invasion ennemie.

Cette décision, et les conditions dans lesquelles s’effectue la déportation, montrent bien que le gouvernement poursuit très réellement le but d’exterminer la race arménienne dans l’Empire ottoman.

A ce sujet, je me permets de compléter mes précédents rapports par les informations suivantes :

Le 26 juin, ainsi que le rapporte le consul impérial de Trébizonde, les Arméniens de cette ville ont reçu l’ordre de quitter les lieux dans un délai de cinq jours, tous leurs biens devant rester sous la garde des autorités. Une seule exception a été faite, pour les malades. Puis d’autres autorisations ont été accordées, aux veuves, aux orphelins, aux vieillards et aux enfants de moins de cinq ans, puis aux malades et aux Arméniens catholiques. Mais, aux dernières nouvelles, les autorités sont revenues sur la plupart des exceptions, et seuls ont le droit de rester les enfants et les personnes qui ne peuvent être transportées, ces dernières étant placées dans des hôpitaux. Dans le seul vilayet de Trébizonde, cette mesure touche au total 30 000 personnes environ, qui vont être expédiées en Mésopotamie, via Erzindjan. Il y a tout lieu de craindre qu’un tel déplacement de foule vers une destination éloignée de plusieurs centaines de kilomètres, avec des moyens de transport très insuffisants, et à travers des contrées où l’on ne peut trouver ni gîte ni nourriture et qui sont contaminées par des maladies épidémiques, comme le typhus exanthématique, par exemple, fasse de nombreuses victimes, surtout chez les femmes et les enfants. En outre, la route que suivent les déportés traverse les districts kurdes de Dersim, et le vali de Trébizonde a déclaré tout net au consul qui, sur nos instructions, lui faisait des observations à ce sujet, qu’il ne pouvait garantir la sécurité du convoi que jusqu’à Erzindjan. A partir de là, on les laisse en proie à la sauvagerie des Kurdes et autres bandits de grand chemin. Par exemple, les Arméniens chassés de la plaine d’Erzeroum ont été attaqués sur la route de Kharpout ; les hommes et les enfants ont été massacrés, les femmes enlevées. Le consul impérial d’Erzeroum estime à 3 000 les Arméniens qui ont péri à cette occasion.

A Trébizonde, les Arméniens se sont convertis en masse à l’islam pour se soustraire à la menace de la déportation et sauver leur vie et leurs biens.

Indépendamment du préjudice auquel s’expose l’état turc -en dépossédant et en exterminant une fraction laborieuse et intelligente de la population (les Kurdes et les Turcs qui succèdent aux Arméniens sont bien loin, pour l’instant, de pouvoir les remplacer), cette situation lèse très sensiblement nos intérêts commerciaux et les intérêts des organismes de bienfaisance allemands établis dans ces régions.

En outre, la Porte méconnaît l’effet que toutes ces mesures arbitraires, comme, par exemple, les exécutions en masse qui ont lieu ici même et à l’intérieur du pays, produisent sur l’opinion publique étrangère et les conséquences que tout cela aura par la suite sur la façon dont sera traitée la question arménienne au moment des négociations de paix.

C’est pourquoi j’ai cru bon de faire remarquer à la Porte que nous n’approuvons les déportations de population que dans la mesure où elles s’imposent pour des raisons d’ordre militaire et où elles mettent le pays à l’abri des insurrections, et que, quoi qu’il en soit, l’application de ces mesures ne doit en aucun cas exposer les déportés à des pillages ou à des massacres. Pour donner à ces remarques le poids nécessaire, je les ai résumées par écrit sous forme d’un mémorandum que j’ai remis personnellement au grand vizir le 4 juillet. J’ai également fait transmettre des copies de ce mémorandum aux ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur.

Wangenheim

à Son Excellence le Chancelier impérial Monsieur von Bethmann Hollweg

Voir aussi:

AU COURRIER DU MONDE
Cela s’appelle un génocide
Le Monde
27.11.93
Nous avons été consternés de découvrir, au milieu de l’entretien érudit et pertinent sur le fondamentalisme islamique que Bernard Lewis a accordé au Monde du 16 novembre, des jugements d’une teneur bien différente au sujet du génocide arménien de 1915.

Qualifier ces massacres de génocide, c’est-à-dire de politique délibérée de destruction d’une population, c’est, dit-il, la  » version arménienne de l’Histoire « .

Bernard Lewis ne peut ignorer que, dès le 24 mai 1915, les gouvernements alliés, russe mais aussi français et britannique, ont fait savoir publiquement à la Sublime Porte qu’ils tiendraient pour personnellement responsables tous les membres du gouvernement ottoman et leurs agents impliqués dans ce  » crime de lèse-humanité « . Que les diplomates allemands et autrichiens, alliés de la Turquie et présents sur les lieux, ainsi que les diplomates américains neutres, ont envoyé des dizaines de télégrammes dénonçant la  » campagne d’extermination  » menée par le gouvernement jeune-turc pour  » liquider définitivement  » la question arménienne, en se servant, déjà, de la guerre comme prétexte. Ceux-là mêmes qui ne veulent tenir compte que des documents turcs ne peuvent passer sous silence le procès mené en 1919 par le gouvernement libéral de Constantinople, qui a établi les responsabilités des ministres, du parti au pouvoir et des bandes d’assassins qu’ils avaient spécialement recrutés dans les prisons.

L’historien ne peut récuser les témoignages convergents des survivants, à qui on ne saurait dénier le droit de dire leur souffrance. Les preuves abondent aussi bien du massacre sur place d’une partie de la population que des multiples formes de tueries qui ont accompagné la déportation des autres. Les victimes ont été livrées à toutes les morts, sauf celle, que cite Bernard Lewis, par le froid puisque la déportation a eu lieu à la saison chaude.

Loin d’être limitée géographiquement, l’éradication de la présence arménienne s’est étendue à l’ouest jusqu’à Bursa, au sud jusqu’à Alep, à 800 kilomètres du front russe. Elle a été conduite par un gouvernement contre une partie de ses sujets, un groupe défini religieusement et ethniquement, et détruit comme tel. Ces actes caractérisent un génocide. Et c’est précisément parce qu’il est dangereux d’abuser du terme qu’il est important de reconnaître le génocide quand il ne fait pas de doute. C’est d’ailleurs l’entreprise de destruction des Arméniens de l’Empire ottoman qui a servi de référence aux juristes des années 30 alarmés par la montée du nazisme, comme le Polonais Lemkin, pour fixer le concept de génocide. Toute tentative de comparaison entre cette extermination planifiée et la guerre civile libanaise, où tout Etat avait disparu, est dénuée de fondement.

Nier les faits, effacer le crime, c’est à quoi s’emploient les gouvernements turcs depuis Mustafa Kemal. Qu’un savant de l’autorité de Bernard Lewis accrédite cette thèse officielle, qui réitère elle-même le mensonge des criminels d’hier, rien ne le justifie. Autant il est légitime de soutenir la laïcité contre l’intégrisme, autant il importe de ne pas dissimuler des responsabilités connues de tous. Le souhait de Bernard Lewis de voir la Turquie faire bientôt partie de l’Europe ne saurait en aucun cas justifier la trahison de la vérité et l’offense aux victimes. Au contraire.

Déclaration collective de trente universitaires et intellectuels, parmi lesquels André Chouraqui, Jacques Ellul, Alain Finkielkraut, André Kaspi, Yves Ternon et Jean-Pierre Vernant, parue dans l’édition du 27 novembre 1993 du journal Le Monde, en réaction aux propos négationnistes de Bernard Lewis

Voir enfin:

DEBATS

Un entretien avec Bernard Lewis  » Au cours de l’Histoire, les mouvements fondamentalistes islamiques ont tous échoué « 
Le Monde

16.11.1993

 » Deux livres de vous sortent ces jours-ci à Paris, les Arabes dans l’Histoire et Race et esclavage au Proche-Orient. Peut-on rattacher ces ouvrages à l’actualité en disant que l’islamisme est finalement un moyen pour les Arabes de redevenir acteurs de l’Histoire ?

_ Un livre historique qu’on ne peut pas relier à l’actualité n’a pas une très grande valeur. Les Arabes dans l’Histoire, c’est une vue générale de l’Arabie depuis la période pré-islamique jusqu’à nos jours. Cela aurait été difficile de la présenter sans parler de l’actualité. Ce livre a été publié pour la première fois en 1950. Maintenant, c’est une nouvelle édition remaniée, parce que la façon de voir le passé a changé à la lumière des documents trouvés, des nouvelles méthodes de recherche, de l’évolution des idées et de ma propre évolution. Celle-ci a, d’un côté, augmenté nos connaissances et, d’un autre, les a diminuées. Très souvent, la recherche scientifique ébranle les certitudes. Exemples : la vie du Prophète ou les prémices de l’islam. J’ai fait mes recherches sur d’autres questions, mais j’ai été aussi obligé de passer de l’indicatif au conditionnel et d’ajouter des expressions comme  » suivant la tradition « , etc.

_ Sur quels sujets êtes-vous passé du conditionnel à l’indicatif ?

_ Par exemple, j’avais parlé dans la première édition de l’importance de l’acceptation par les Arabes du papier, qui venait de Chine, et du rejet par les mêmes de l’imprimerie, qui est arrivée en Europe en venant aussi de la Chine. L’impact des moyens électroniques, de l’informatique, de la communication, m’a permis de comprendre beaucoup mieux l’impact de l’acceptation du papier. Les conséquences de l’introduction du papier ne se sont pas limitées à la vie intellectuelle. Il ne s’agissait pas seulement de lire, mais aussi de permettre au gouvernement de développer la bureaucratie, et aussi le commerce.

_ Pour revenir à aujourd’hui, quel est le terme le moins impropre pour rendre compte des remous du monde musulman : islamisme, radicalisme, fondamentalisme, intégrisme ?

_ Le mot  » fondamentalisme  » est chrétien, c’est un mot américain protestant qui date de 1910 environ. A l’époque, des Eglises voulaient se différencier et ont publié une série de pamphlets qui s’appelaient The Fundamentals. Cela n’a rien à voir avec l’islam ! Pourtant, on peut aujourd’hui le retenir, car il est maintenant d’usage courant et moins trompeur que les autres mots. Ainsi le mot  » intégrisme « , qui correspond un peu au  » fondamentalisme  » dans l’Eglise catholique. Ou le mot  » islamisme « , apparu plus tard. Ce dernier est le pire parce qu’il donne l’idée que ces mouvements sont quelque chose de typique, de normal, de central ; que c’est cela l’islam, la religion musulmane, la civilisation musulmane. Ce qui n’est pas le cas.

_ Cela n’en fait-il pas néanmoins partie ?

_ Oui, mais j’hésiterais à dire que cela en fait partie  » intégrante  » … C’est un phénomène qui n’est pas nouveau, qui est engendré par l’islam lui-même, qui a existé de façon discontinue, qui revient de temps en temps. Mais ce n’est pas central. Ces mouvements de crise ne sont pas universels, mais presque toujours limités à une région, à une période, suivant les circonstances. Ils ont une chose en commun : ils ont tous échoué. Il y a deux façons d’échouer : d’abord, la façon facile, c’est-à-dire être supprimé, ne pas réussir à saisir le pouvoir. C’est la faillite la plus commode, on a même l’avantage de devenir martyr. L’autre façon d’échouer est plus pénible et prend plus de temps : ces mouvements échouent après avoir conquis le pouvoir, parce qu’ils n’ont pas de réponses aux questions posées par les sociétés.  » Les Assassins, à l’époque médiévale, appartenaient à la première catégorie. Ils ont été supprimés ; les révolutionnaires en Iran, à la seconde : ils ont pris le pouvoir il y a quatorze ans, mais n’ont pas su résoudre les problèmes qui se posaient à eux et sont devenus, à leur tour, des oppresseurs.

_ Que penser du régime saoudien _ islamique, intégriste, traditionaliste _, qui n’a pas échoué ?

_ Il n’est pas fondamentaliste dans le sens donné maintenant à ce mot.

_ Alors quel régime  » islamiste  » a échoué dans l’Histoire ?

_ Les Fatimides (1) en Egypte, les Almohades (2) au Maghreb, même s’ils n’ont pas échoué immédiatement.  » Les révolutionnaires iraniens n’ont pas su résoudre les problèmes de leur pays

_ La plupart des régimes musulmans dans l’Histoire n’étaient-ils pas peu ou prou islamistes, puisqu’ils appliquaient la loi islamique ?

_ Non, je parle ici de régimes révolutionnaires, issus d’un mouvement radical qui présentaient une critique de ce qui se passait et qui prétendaient renouveler la foi et les institutions, retourner aux sources authentiques de la religion. Le chiisme a commencé comme cela. Quand je dis que ces mouvements ont échoué, je veux dire qu’ils n’ont pas réussi à créer quelque chose qui différait de ce qui était là avant. Ils ont échoué en ressemblant aux régimes qu’ils ont détruits, en ce sens qu’ils n’ont pas rempli leurs promesses et sont devenus aussi tyranniques, corrompus, et parfois pires que ceux qui les précédaient.

_ Y a-t-il des régimes qui sont immunisés, qui peuvent se protéger contre l’islamisme ?

_ Il y a des régimes qui peuvent résister, qui ont une constitution (au sens médical) assez forte pour survivre à ces infections, mais pas sans difficultés. Selon les régions, il y a différentes explications. En Egypte, le régime a des chances de survie, parce que l’Egypte est un pays très centralisé, qui a déjà une longue tradition d’autogestion, ce n’est pas une création artificielle ; il y a un système de loyauté, une véritable nation. Au Maroc aussi, il y a de bonnes possibilités de survie. Tahsin Béchir (3) a dit :  » Au Proche-Orient, il n’existe qu’une seule nation, c’est l’Egypte ; toutes les autres sont des tribus avec des drapeaux. « .

_ Il y a pourtant des petites nations, le Yémen, Oman…

_ Mais que veut-on dire par  » nation  » ? C’est une notion européenne. Le mot  » patrie  » existe en arabe depuis l’époque pré-islamique, c’est un mot qui comporte beaucoup d’émotion, mais qui n’a aucun sens politique. On peut trouver des centaines de vers arabes qui parlent de watan (patrie), mais c’est toujours pour évoquer la nostalgie du passé individuel : on parle de watan en même temps qu’on parle de sa jeunesse disparue. La première mention que j’ai trouvée de watan avec le sens politique de  » patrie « , c’est dans un rapport de l’ambassadeur turc à Paris sous le Directoire… Il décrit ce que fait la République française pour les soldats qui ont été blessés au service de la patrie…

_ Puis la oumma (la communauté) l’a emporté sur le watan.

_ La oumma évidemment, c’est religieux. Et maintenant, si vous regardez le vocabulaire politique, on distingue très mal entre la nation et la communauté religieuse. Les fondamentalistes le font exprès, mais d’autres aussi ne distinguent pas très bien. A une certaine époque, je lisais la presse ottomane du XIX siècle. Dans les faits divers, à propos d’un accident dans la rue, on disait  » Un musulman est mort « . Ici, on dirait un homme. Pour le lecteur, c’était important de savoir si c’était un musulman, ou un Grec, ou un Arménien.

_ Il y a deux schémas  » islamistes « , celui, apparemment pro-occidental de l’Arabie et celui apparemment anti-occidental de l’Iran. Lequel progresse le plus à l’heure actuelle ? Certains orientalistes français prédisent une généralisation du système saoudien.

_ Si nous considérons la question en fonction d’une orientation pro-occidentale ou anti-occidentale, cela fausse le problème. Pour les fondamentalistes, la question essentielle n’est pas le rapport avec l’étranger ou avec les étrangers. C’est une question interne : le musulman a été détourné de la voie historique et authentique, de la voie de Dieu, depuis un siècle dans certaines régions, deux siècles dans d’autres, à cause de la domination ou de l’influence occidentales, et surtout à cause des traîtres prétendument musulmans, des gens qui portent des noms musulmans, mais qui sont des renégats, des apostats, et c’est contre eux que le djihad essentiel doit être mené. Le djihad c’est la guerre contre l’Infidèle, contre l’incroyant, mais aussi la guerre contre l’apostat.

_ Comment l’Algérie peut-elle échapper à ce piège ?

_ Là comme ailleurs, la répression peut continuer un certain temps, mais il faut aussi faire quelque chose pour améliorer la situation réelle des gens, parce que tout cela n’est pas exclusivement un mouvement culturel ou religieux. Cela vient également de mécontentements sociaux et économiques très profonds, et surtout de la croissance de la population sans aucun développement économique correspondant.

_ N’est-il pas trop tard pour ce genre de réponse ?

_ J’ai un collègue arabe qui dit que la seule solution pour ces pays, c’est le contrôle des naissances rétroactif…

_ Certains cyniques disent qu’après tout il faut que ces peuples aient leur expérience islamiste et qu’ils voient qu’elle n’a pas de réponse en termes de programme.

_ C’est vrai qu’ils n’ont pas de réponse, pas de solution pour ces problèmes. Un ami algérien m’a dit que le FIS (Front islamique du salut) est très populaire parce qu’il n’est pas au pouvoir. S’il vient au pouvoir, il perdra rapidement sa popularité. Mais s’ils arrivent au gouvernement, ils n’auront plus besoin de popularité. Leur présence au pouvoir risque de durer longtemps, et je ne vois pas comment l’Occident pourrait l’empêcher. Parce que la situation a changé de façon très profonde. Après l’écroulement de l’URSS et la guerre du Golfe, les deux superpuissances ont disparu : l’une ne peut plus et l’autre ne veut plus jouer un rôle impérial. Le temps où l’on se demandait ce que nous pouvons faire pour résoudre ces problèmes est passé. Ce sont leurs problèmes, c’est aux Arabes et aux autres musulmans de trouver une solution.

_ Croyez-vous à l’existence de liens plus ou moins secrets entre les Américains et certains pouvoirs ou mouvements islamistes ?

_ C’était vrai pendant la guerre froide, où certains ont trouvé que le fondamentalisme musulman était un allié contre le communisme, surtout en Afghanistan, mais aussi ailleurs. Maintenant c’est fini.

_ Comment voyez-vous l’évolution du régime en Iran ? A-t-il échoué, est-il en passe d’échouer, par rapport à ses propres objectifs ?

_ Ils ont conquis le pouvoir et ont réussi à s’y maintenir. Ils ont restauré certaines lois musulmanes, pas toutes. Par exemple, la polygamie _ qui avait été abolie par le chah _ mais pas le concubinage. D’un point de vue économique, la situation a nettement empiré. Le sort des gens est pire qu’avant. On m’a dit que l’on a vu ce graffiti en Iran :  » Pourquoi n’aviez-vous pas dit que vous vouliez la guerre, la famine, le sang ? Signé : Mohamed Reza-Chah « . Il est vrai aussi que le régime est bien en place, mais tôt ou tard il risque d’être remplacé par un nouveau Reza Khan (4). Des centres régionaux devenus plus forts pourraient apparaître, et la puissance de Téhéran en être diminuée. Un général quelconque pourrait venir avec son armée dans la capitale pour rétablir l’unité de la nation. C’est peut-être comme cela que finira la révolution islamique en Iran ; cela peut arriver demain ou dans cinquante ans.

_ En Turquie, on est frappé par le discrédit, en dehors de la bourgeoisie et de l’armée, qui frappe la laïcité kémalienne. La Turquie peut-elle être un point fort de la résistance à l’islamisme, ou évoluer vers un régime religieux ?

_ Les deux sont possibles. C’est un domaine où l’Europe peut avoir une parole décisive. La Turquie a fait une demande pour entrer dans l’Union européenne. La décision de l’Union aura des conséquences énormes. Si les Turcs se sentent rejetés par l’Europe, qu’ils essaient de rejoindre depuis plus d’un siècle, il y aura une forte possibilité que, par déception, ils se tournent vers l’autre côté.  » Si les Turcs se sentent rejetés de l’Europe, ils se tourneront de l’autre côté « 

_ Si la Turquie est dans l’Europe, cela veut dire que tous les Turcs peuvent y venir, s’ils le veulent…

_ Je ne nie pas que c’est un problème très sérieux pour l’Europe… mais aussi une question fondamentale pour la Turquie. Dans la Conférence des Etats islamiques, il y a 51 membres et pratiquement un seul y est doté d’un système démocratique : la Turquie…

_ Pourquoi les Turcs refusent-ils toujours de reconnaître le génocide arménien ?

_ Vous voulez dire reconnaître la version arménienne de cette histoire ? Il y avait un problème arménien pour les Turcs, à cause de l’avance des Russes et d’une population anti-ottomane en Turquie, qui cherchait l’indépendance et qui sympathisait ouvertement avec les Russes venus du Caucase. Il y avait aussi des bandes arméniennes _ les Arméniens se vantent des exploits héroïques de la résistance _, et les Turcs avaient certainement des problèmes de maintien de l’ordre en état de guerre. Pour les Turcs, il s’agissait de prendre des mesures punitives et préventives contre une population peu sûre dans une région menacée par une invasion étrangère. Pour les Arméniens, il s’agissait de libérer leur pays. Mais les deux camps s’accordent à reconnaître que la répression fut limitée géographiquement. Par exemple, elle n’affecta guère les Arméniens vivant ailleurs dans l’Empire ottoman.  » Nul doute que des choses terribles ont eu lieu, que de nombreux Arméniens _ et aussi des Turcs _ ont péri. Mais on ne connaîtra sans doute jamais les circonstances précises et les bilans des victimes. Songez à la difficulté que l’on a de rétablir les faits et les responsabilités à propos de la guerre du Liban, qui s’est pourtant déroulée il y a peu de temps et sous les yeux du monde ! Pendant leur déportation vers la Syrie, des centaines de milliers d’Arméniens sont morts de faim, de froid… Mais si l’on parle de génocide, cela implique qu’il y ait eu politique délibérée, une décision d’anéantir systématiquement la nation arménienne. Cela est fort douteux. Des documents turcs prouvent une volonté de déportation, pas d’extermination.

_ Les Turcs reconnaissent-ils même ce que vous dites là ?

_ Cela dépend de quels Turcs. Les autorités officielles ne reconnaissent rien. Certains historiens turcs vous donneraient des réponses plus nuancées.

_ En France, pays de tradition laïque et chrétienne, une minorité musulmane peut-elle s’intégrer vraiment à la société sans se renier, et sans pratiquer la double allégeance ?

_ En France, vous avez une longue expérience de l’immigration, mais pas musulmane. En Amérique aussi, il y a une longue expérience des immigrants, mais presque tous chrétiens ou juifs, et plus récemment des bouddhistes. L’Amérique est une nation politique, on est américain par choix, celui qu’on a fait soi-même ou le choix fait par les ancêtres. Dans un pays comme la France, la question se pose d’une autre façon. Théoriquement, je ne vois pas de raisons pour que des musulmans ne deviennent pas des Français de religion musulmane, comme il y a des Français de religion protestante ou autre. La difficulté est dans la nature de l’identité religieuse musulmane. Cette question a été longtemps discutée parmi les musulmans eux-mêmes. Quand la Reconquête a commencé en Espagne, les juristes musulmans ont considéré la question :  » Est-ce qu’un musulman peut vivre sous un gouvernement chrétien ?  » En général, ils ont répondu  » non « . Mais très tôt, les juristes ont atténué cette réponse : ils ont dit qu’on peut rester si l’on a la possibilité de pratiquer l’islam.  » Mais que signifie exactement,  » pratiquer l’islam  » ? Dans nos civilisations occidentales, la tolérance religieuse veut dire que les minorités ont le droit d’avoir leur lieu de culte et c’est tout, peut-être une certaine autonomie dans les affaires de la communauté. Tandis que pratiquer l’islam signifie vivre selon la loi sainte musulmane, ce qui, selon l’interprétation de certains de ses chefs de file, n’est pas compatible avec un Etat moderne. Voilà la difficulté, et cela se voit à de nombreux égards, comme le sort de la femme, du mariage, de l’héritage. C’est une véritable difficulté qui ne peut être résolue que par les musulmans eux-mêmes. Le problème se complique du fait que nombre d’immigrants musulmans viennent de régions rurales et traditionnelles et sont d’un coup transplantés dans des sociétés occidentales, laïques et modernes. Ils y découvrent des libertés inhabituelles, qu’ils peuvent même trouver suspectes, et en même temps se voient nier ce qu’ils tiennent pour une liberté fondamentale, celle de pratiquer leur religion à leur manière.  » Dans les Etats musulmans traditionnels, les chrétiens, quoique privés de certains droits en matière fiscale et politique, jouissaient d’une grande autonomie dans leurs affaires internes, y compris en matière de mariage, de divorce, d’éducation et d’héritage. Or un musulman qui vient de l’Algérie ou du Pakistan a une mémoire historique. Arrivant en Europe occidentale, il a beaucoup plus de liberté que ce qu’il attendait et beaucoup moins de liberté, parce qu’il n’a pas d’autonomie communautaire. D’où l’histoire du musulman qui rappelle qu’ayant permis aux chrétiens, chez lui, de pratiquer la monogamie, il ne comprend pas pourquoi on ne le laisse pas, chez nous, pratiquer la polygamie… « 


%d blogueurs aiment cette page :