Religion de paix et d’amour: La diffamation continue ! (Land of smiles no more: will islamist violence finally turn the dream to nightmare?)

20 mai, 2013
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/05/b66e8-aonterror.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/05/901bb-thai-smiles.jpgOh I come from a land, from a faraway place where the caravan camels roam where they cut off your ear. If they don’t like your face, it’s barbaric, but, hey, it’s home! Paroles d’Aladdin (Disney)
These great tragedies and collective punishments that are wiping out villages, towns, cities and even entire countries, are Allah’s punishments of the people of these countries, even if they are Muslims. We know that at these resorts, which unfortunately exist in Islamic and other countries in South Asia, and especially at Christmas, fornication and sexual perversion of all kinds are rampant. The fact that it happened at this particular time is a sign from Allah. It happened at Christmas, when fornicators and corrupt people from all over the world come to commit fornication and sexual perversion. That’s when this tragedy took place, striking them all and destroyed everything. It turned the land into wasteland, where only the cries of the ravens are heard. I say this is a great sign and punishment on which Muslims should reflect. All that’s left for us to do is to ask for forgiveness We must atone for our sins, and for the acts of the stupid people among us and improve our condition. We must fight fornication, homosexuality, usury, fight the corruption on the face of the earth, and the disregard of the lives of protected people. Sheik Fawzan Al-Fawzan (member of the Senior Council of Clerics, Saudi Arabia’s highest religious body and professor at the Al-Imam University)
En lisant le Coran et les paroles du Prophète Mahomet, on peut facilement voir que l’Islam est une religion de paix et d’amour, mais il semble qu’Hollywood n’a ni accès facile aux ressources de base sur l’Islam ni n’est capable de les interpréter correctement. Ekrem Dumanli
Les Arabes sont le groupe le plus dénigré de l’histoire d’Hollywood. Ils sont dépeints, fondamentalement, comme des untermenschen moins qu’humains, un terme employé par les Nazis pour discréditer les bohémiens et les juifs. Ces images sont avec nous depuis plus d’un siècle. Jack Shaheen
Dans tous les films qu’ils font, chaque fois qu’un Arabe prononce le mot Allah? Quelque chose explose. Eyad Zahra (jeune réalisateur)
Selon la firme britannique « Aon » spécialisée dans la gestion des risques et de l’assurance contre le terrorisme, le top 10 des pays à risque de terrorisme (comprenez islamiste) sont, dans l’ordre, l’Afghanistan, l’Inde, l’Irak, le Nigeria, le Pakistan, la Russie, la Somalie, la Syrie, la Thaïlande et Yémen. Tous ces pays sont musulmans ou ont une forte population islamique (donc potentiellement islamiste) à l’exception de la Thaïlande. Diable, mais que vient faire dans cette liste lugubre le pays de Siam, réputé pour être le pays du sourire? La Thaïlande est même classée avant le Yémen, l’un des pays les plus instables et, islamiquement parlant, l’un des plus agités au monde. Riposte laïque

Après Hollywood, la diffamation continue avec l’industrie du tourisme !

Pourquoi, après des siècles de pillages, guerres et esclavage (et sans compter plus récemment trafic de petites filles, crimes d’honneur et attaques à l’acide), l’islam garde-t-il une si mauvaise image? nous demandions-nous dans un précédent billet

A l’heure où, remplissage de nappes phréatiques oblige, nombres d’Occidentaux comencent à rêver de rivages plus souriants …

Voilà qu’en remet une couche la firme britannique Aon spécialisée dans la gestion des risques et de l’assurance contre le terrorisme …

Accusant à présent sans parler des heures de queue et de contrôle nécessitées par ses dévots les plus zélés …

La religion de paix et d’amour de nous rendre bientôt inacessible la moitié des pays du monde …

Y compris, après semble-t-il le Déluge d’Allah de Noël 2005 contre la nouvelle Sodome, le Pays du sourire lui-même …

Classé dorénavant, pour le risque terroriste grâce aux correligionnaires de feus Mahomet et Ben Laden, juste entre la Syrie et le Yemen …

Thaïlande : les barbus à l’assaut du pays du sourire

Messin Issa

Riposte laïque

19 mai 2013

Selon la firme britannique « Aon » spécialisée dans la gestion des risques et de l’assurance contre le terrorisme, le top 10 des pays à risque de terrorisme (comprenez islamiste) sont, dans l’ordre, l’Afghanistan, l’Inde, l’Irak, le Nigeria, le Pakistan, la Russie, la Somalie, la Syrie, la Thaïlande et Yémen.

Tous ces pays sont musulmans ou ont une forte population islamique (donc potentiellement islamiste) à l’exception de la Thaïlande. Diable, mais que vient faire dans cette liste lugubre le pays de Siam, réputé pour être le pays du sourire? La Thaïlande est même classée avant le Yémen, l’un des pays les plus instables et, islamiquement parlant, l’un des plus agités au monde.

La Thaïlande, qui a une communauté musulmane d’à peine 5% de la population totale, soit quelques 3,5 millions d’âmes, se retrouve ainsi dans un groupe de pays où les musulmans sont de 3 à 60 fois plus nombreux (10 millions de musulmans en Somalie et près de 180 millions en Inde et au Pakistan).

En fait, le problème n’est pas dans le nombre. Un proverbe marocain dit : « Un poisson pourri suffit à empester tout un panier ».

Aucun pays au monde ne peut se prévaloir d’être à l’abri du terrorisme islamique. La menace vient de l’existence même de l’islam. Au lieu de le mettre en quarantaine, beaucoup de pays lui ont ouvert les portes.

La Norvège, la Suède, le Danemark, l’Allemagne, l’Angleterre et bien d’autres pays qui ont voulu se montrer hospitaliers et généreux en accueillant de malheureux musulmans accablés par la misère et la guerre, s’en mordent aujourd’hui les doigts. Ces musulmans sont devenus, en de nombreux endroits, dans les cités et les villes, les maîtres des lieux et dictent leurs lois aux autorités et aux populations autochtones. Les attentats islamistes sont devenus tellement récurrents de par le monde qu’on ne dit même plus attentat islamiste, on dit juste « attentat ». L’épithète « islamiste », qui s’impose de lui-même, est éludé pour des raisons d’accommodement électoral…

Dans ce classement mondial du risque terroriste 2013, la firme britannique, qui ne cite pourtant pas les USA où les attentats et les tentatives d’attentat sont fort courants, attribue à la Thaïlande un risque de 4 sur une échelle de 5, ce qui correspond à un niveau « élevé ».

La Thaïlande fait face à des attaques quotidiennes menées par des islamistes dans le Sud du pays. Cantonnés tout particulièrement dans 3 provinces (Pattani, Narathiwat et Yala qui faisaient partie d’un sultanat malais jusqu’au début du XXe siècle, avant d’être rattachées à la Thaïlande dans le cadre d’un traité avec les Anglais en 1909), les musulmans, sunnites dans leur grande majorité, se sont lancés début 2004 dans une violente confrontation avec le pouvoir en place en s’en prenant à tout ce qui en est représentatif, y compris les enseignants et les moines bouddhistes.

Ce qu’il est convenu d’appeler « l’insurrection islamique » avait débuté le 4 janvier par des attaques contre 19 écoles et un dépôt militaire où plusieurs soldats avaient été tués. Depuis, on recense plus de 5.500 morts, dont 500 l’an dernier.

Comme partout ailleurs, les musulmans opèrent par bombes, voitures piégées et embuscades. Comme en Algérie dans les années 90, comme en France avec Merah tout récemment, ils n’épargnent ni les femmes, ni les enfants.

Ainsi, le 1er mai dernier, quatre hommes en uniforme des forces de sécurité thaïlandaises ont ouvert le feu sur un groupe de villageois devant une épicerie dans la province de Pattani faisant six morts. Deux des assaillants se sont ensuite dirigés vers les victimes et ont tiré sur chacun d’eux à bout portant dans la tête. L’une des victimes à être exécutée de cette façon était un enfant de deux ans. Plus de 100 douilles de fusils M16, HK33 et AK-47 ont été trouvées sur les lieux.

L’association Human Right Watch a d’ailleurs fermement dénoncé « la brutalité monstrueuse des insurgés quand ils ont tiré sur un jeune enfant de deux ans à bout portant avec des fusils d’assaut ».

Le lendemain de cette tuerie, des tracts islamistes, distribués dans les mosquées, les marchés et les salons de thé locaux, revendiquaient fièrement ce massacre. « Les six cadavres dans Pattani sont une leçon pour les Siamois [Thaïs] pour leur rappeler que nous allons tous les tuer, clame le texte. Les enfants et les femmes ne seront pas épargnés. Nous allons tout faire pour que les Siamois acceptent nos revendications. »

Mais la Thaïlande n’est pas menacée par ses seuls musulmans locaux. Elle semble être aussi dans le collimateur d’Al Qaeda.

En février dernier, les services de sécurité thaïlandais avaient fait avorter une opération terroriste contre le consulat américain à Chiang Mai, dans le nord du pays. La police avait alors fait circuler une liste de 15 personnes suspectées de séjourner à Chiang Mai pour mener cette opération. Parmi les 15, trois étaient des Algériens. Il y avait également deux Afghans, deux Syriens et deux Yéménites. Les six autres provenaient de l’Erythrée, de l’Ethiopie, de la Jordanie de la Palestine, de la Somalie et du Soudan.

Pauvre Thaïlande ! Les islamistes lui en veulent. Parce que c’est le pays du sourire et que le rire et le sourire ne sont très appréciés dans l’islam…

Le pays du sourire, du sexe et du soleil pourrait n’être bientôt que le pays d’un seul « S » : la Sunna !

Et que vive le tourisme dans le royaume de Siam !

Messin Issa

Ancien journaliste marocain

Voir aussi:

New terrorism, risk assessment released

UPI

May 15, 2013

LONDON, May 15 (UPI) — Forty-four percent of 200 countries and territories evaluated in a new assessment face the risk of terrorism and political violence this year, a study said.

The study conducted by Britain’s Aon Risk Solutions, the risk management business of Aon Plc., and The Risk Advisory Group Plc. The findings of the assessment are highlighted on its 10th annual Terrorism and Political Violence Map, with an online and interactive version providing a global and country level view on the ratings.

« The global economic crisis, shifting geopolitical balances and two years of unusually high levels of civil upheaval present challenges and opportunities for businesses looking to expand, » said Henry Wilkinson, head of the Intelligence and Analysis practice at Risk Advisory.

« North and West Africa and the Middle East stand out as regions of increasing risk. Civil wars in Libya and Syria in particular have contributed to violent risks in nearby countries. Egypt returns to the highest risk rating this year due to persistent civil tumult, political instability and terrorism.

« While Northern Europe has seen some improvements, evident in the U.K.’s improved rating, fiscal and economic pressures mean businesses in Southern European countries still face a higher level of risk associated with civil disruption, » he said.

A total of 11 countries — including Argentina, Egypt and Jordan — have increased risk ratings this year, while 19 countries were downgraded in risk, including Germany, Italy and Britain.

Countries with the highest risk of terrorism and political violence are Afghanistan, India, Iraq, Nigeria, Pakistan, Russia, Somalia, Syria, Thailand and Yemen, the study said.

The Middle East is the most unstable region, with 64 percent of its countries attaining high or severe risk ratings.

Voir enfin:

Thailand: Land Of Smiles Or Total Tourist Trap?

Reuters

07/22/2012

BANGKOK, July 22 (Reuters) – Two Canadian sisters die mysteriously in their rented bungalow on an idyllic Thai island, believed poisoned. Less than a week later, a 60-year-old Australian woman is stabbed to death in a botched robbery outside a luxury resort in Phuket.

Their deaths are the latest in a tumult of violence and intrigue to shake tourism in postcard-perfect Thailand, raising questions over whether it is squandering a prized asset by failing to protect travellers arriving in record numbers.

Other headlines are less dramatic but equally troubling: taxi driver mafias, transvestite thieves, pollution, tourist brawls, traffic accidents, and at airports, radar glitches, flight delays and long immigration queues.

« The Tourism Authority of Thailand (TAT) think numbers are going up so people must like it here, but the problem is the quality of their visit has gone down, » said Larry Cunningham, Australia’s Honorary Consul to Phuket, an island described by travel guide Lonely Planet as « one of the world’s most famous dream destinations ».

The government has vowed to tackle « mafias » in tourist areas, while in February, Cunningham appealed to Phuket’s government to stop jet-ski operators who hire thugs and demand compensation for equipment damage renters did not cause.

Last year, a German television show broadcast footage of sewage pumped into the sea at popular Kata and Karon beaches.

The problems have so far failed to dull Thailand’s centuries-old exotic allure. Its palm-fringed islands, gilded temples, spicy cuisine and racy nightlife helped draw 19 million visitors in 2011, generating 776 billion baht ($24.5 billion) in revenue, up 31 percent from 2010, ministry data shows.

Even so, tourism’s contribution to GDP has barely increased since 2003 and now hovers at 6 percent. And with unspoiled destinations in neighbouring Myanmar opening up, Thailand is under pressure to decide what type of tourism it wants.

Phuket, for example, is at risk of sharing the same fate as another beach destination: Pattaya.

« SIN CITY »

A two-hour drive from Bangkok, Pattaya struggles to shake off a seedy reputation as Thailand’s « Sin City » and with red-light entertainment, crime and unchecked development, it is synonymous with sleaze and spoiled beaches.

« We still think of tourism too much in a opportunistic, money-making way, » said opposition lawmaker and former finance minister Korn Chatikavanij. « We are putting the future of the industry at risk. »

Tourist safety is another pressing issue.

The Fédération Internationale de l’Automobile (FIA)- a motor sport governing body – shows Thailand has the highest U.S. tourist road fatality rate in the developing world, after Honduras. Britain’s foreign office warns of robberies and « vicious unprovoked attacks by gangs » on the party island, Koh Phangan.

Some tourists say standards fell short of expectations.

« In general Thailand feels safe but tour guides and drivers are more aggressive, » says Mattias Ljungqvist, 31, a Swede who first visited the country a decade ago.

The TAT says it does not have regulations to tackle crime head on and safety and environmental preservation issues are encumbered by local bureaucracy.

But with plans to promote Thailand to new markets in South America and Central Asia, there is little evidence of its tourism ambitions slowing down.

Thai Prime Minister Yingluck Shinawatra last month said the government’s tourism policy would focus on generating 2 trillion baht in revenue within five years. The Ministry of Tourism and Sports plans to spend 2.6 billion baht on developing and promoting tourist attractions in 2013.

It hopes to attract 21 million visitors this year, among them big spenders.

« People who enjoy eco-tourism tend to spend a lot of money and we are definitely targeting that type of tourist, » said Chattan Khunjara Na Ayudhya, a public relations director at TAT. (Editing by Jason Szep, Andrew R.C. Marshall and Ed Lane)

Voir enfin:

Réseau musulman d’Oxford responsable de viol, esclavage, prostitution et traffic de petites filles

Albert Bertold

17 mai 2013

Réseau de trafic sexuel de jeunes filles blanches

The Independant a demandé à une journaliste musulmane, Binah Shah, d’exposer le réseau de musulmans pakistanais pédophiles spécialisé dans un commerce sexuel de jeunes filles à Oxford qui dura 8 ans.

Akhtar Dogar, 32 ans, Anjum Dogar, 31 ans, Mohammed Karrar, 38 ans, Bassam Karrar, 33 ans, Kamar Jamil, 27 ans, Assad Hussain, 32 ans, et Zeeshan Ahmed, 27 ans ont été condamnés pour crimes sexuels dans une affaire qui a impliqué des jeunes filles à partir de 11 ans, qui ont été droguées et violées par le plus grand réseau de prostitution d’enfants jamais découvert en Grande Bretagne.

Les circonstances sont les mêmes qu’à Rochdale : un groupe d’individus pakistanais et musulmans avait été arrêté alors qu’ils avaient organisé la prostitution de jeunes filles blanches vulnerables, confiées à des orphelinats, et les traitaient comme des esclaves sexuelles pendant que les autorités faisaient mine de regarder ailleurs.

Une journaliste, Allison Pearson, avait écrit un article violent dans The Telegraph où elle condamnait la police, les services sociaux, et la justice, qui craignaient d’être vus comme racistes, ce qui eu pour conséquence que des centaines de jeunes filles furent trahies par le système qui était supposé les protéger. Elle dénonça la culture des musulmans pakistanais où les hommes apprennent que les femmes n’ont aucune valeur, et qu’elles peuvent être utilisées comme objets pour le sexe, particulièrement les femmes blanches, parce qu’elles sont plus libres que les musulmanes pakistanaises.

En tant que musulmane pakistanaise, conclut Binah Shah, je suis très heureuse que ces hommes soient sous les verrous, et je suis désolée que cela ne soit pas arrivé plus tôt. J’applaudis le système judiciaire anglais qui ne leur a fait aucun cadeau. Ils le méritaient. Au Pakistan, nous devrions appliquer nos lois contre les crimes sexuels, et nous devons changer les attitudes sociales sur le statut de la femme. Nous avons maintenant des lois contre le harcèlement sexuel et contre les crimes « d’honneur », les attaques à l’acide et la violence domestique, et ces distorsions médiévales de la loi islamique qui terrorisent les femmes pakistanaises ont été interdites.


Métro de Londres/150e: Le premier métro du monde fête 150 ans d’affiches (On its 150th birthday, the Tube presents its greatest posters)

11 avril, 2013

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londres london metro undergroud affiche poster 05 499x700 150 ans daffiches du métro de Londres  histoire design bonus art Pour les amoureux du métro de Londres (et de ses célèbres affiches) …

Qui fête cette année son 150e anniversaire (9 janvier 1863 pour les premières stations) …

Quelques unes des véritables oeuvres d’art qu’expose actuellement le London Transport Museum (merci la boite verte) …

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https://i1.wp.com/singletrackworld.com/blogs/files/2009/11/mg-tim-jones-planner.jpghttps://i1.wp.com/a1.img.mobypicture.com/0d14c273f20c30218b1236a0a94cc1dc_view.jpg animal-plan-metro-londres-1.gifVIDEO. À Londres, le premier métro du monde fête son 150e anniversaire

Stanislas Kraland

Le HuffPost

09/01/2013

Underground

HISTOIRE – Trop étroit, trop profond, trop peu régulier, pas assez ventilé, et pourtant… Si vous posez la question aux Londoniens ils défendront becs et ongles leur métro, cet « Underground » qui fête aujourd’hui son cent-cinquantième anniversaire.

Au même titre que la « Beeb » (la BBC), les bus à impériales, les cabines téléphoniques rouges ou la famille royale, le métro londonien fait partie des meubles. Les Anglais aiment bien les surnoms et de même qu’il y a Big Ben, dans la capitale britannique on ne prend pas le « métro » mais bien le « Tube », avec l’accent s’il-vous-plaît.

270 stations, plus de 400 kilomètres de voies, 11 lignes et 3,66 millions de trajets par jour en semaine, en dépit de ce pédigrée le « Tube » n’est peut-être plus aujourd’hui le premier métro du monde, mais il fut, et les britanniques en font leur fierté, le premier métro au monde.

Du témoignage du progrès scientifique et de la puissance de l’Empire, l’Underground s’est imposé comme un symbole de la Grande-Bretagne, une marque universellement reconnue et reconnaissable. Plus qu’un système de transport en commun, pour la ville de Londres, le « Tube », c’est presque un compagnon avec lequel la capitale a traversé l’histoire, main dans la main.

9 janvier 1863

Nous sommes le 9 janvier 1863 et Londres, la victorienne, grelotte. Il fait froid et en ce début d’année, les nouvelles ne sont d’ailleurs pas très bonnes.

De l’autre côté de l’Atlantique, dans les anciennes colonies, les Américains entrent dans la troisième année d’un conflit fratricide. Huit jours plus tôt, Abraham Lincoln a fait de l’abolition de l’esclavage dans les états du sud un but de guerre.

Les londoniens ont pourtant déjà l’esprit ailleurs, plus proche des rives de la Tamise. La veille, ils ont eu vent du terrible drame qui vient de frapper le village suisse de Bedretto où 29 personnes ont péri dans une avalanche deux jours plus tôt.

(suite de l’article après le diaporama)

Vidéos et photos : l’histoire de l’Underground en images:

« Mind the Gap » : le Tube a 150 ans

Locomotive à vapeur

Mais Londres vit déjà au rythme de la presse de sorte qu’une bonne nouvelle en chasse très rapidement une autre. C’est ainsi qu’en cette matinée de janvier, un train tracté par une locomotive à vapeur quitte la gare de Paddington en direction de la station de Farringdon. Pour la première fois de l’histoire, des passagers voyagent sous terre.

Alors que le physicien Anglais John Tyndall s’apprête à publier une théorie révolutionnaire sur l’effet de serre, l’ouverture dès le lendemain du premier métro du monde, fait figure de nouvelle victoire pour la science.

Dickens a cinquante ans, Jules Verne trente-cinq, et déjà 40.000 passagers s’engouffrent dans les rames pour traverser la ville en un temps qu’on dit record. Arriveront-ils sains et sauf à destination? On imagine qu’une légère appréhension les guette. C’est que, malgré l’éclairage au gaz, il fait tout de même sombre à plusieurs mètres sous terre.

Une marque

Peu à peu l’Underground se développe. Aux huit lignes originelles s’en ajoutent trois autres, mais aussi des trams. En 1890, exit la vapeur, l’Underground se modernise et passe à l’électricité. Mais il y a encore du progrès à faire, un obstacle à contourner.

Plusieurs entreprises se partagent la gestion des lignes, et cela n’est pas sans poser certains problèmes logistiques. Du reste, des économies importantes pourraient être réalisées. Les patrons du rail sous-terrain en sont bien conscients.

Nous sommes en 1900, la Grande-Bretagne s’engage dans un nouveau siècle, les transports londoniens voient le jour. L’Underground devient une marque.

Typo, logo et plan

Point de marque sans logo. Sa première mouture, adoptée en 1908 ne comporte d’ailleurs pas le cercle rouge qui le distingue aujourd’hui.

london underground logo

Il faudra attendre 1925 avant qu’il adopte la forme qui a survécu jusqu’à aujourd’hui affublant cartes postales, t-shirts, mugs et autres souvenirs que les touristes ramènent chez eux.

london underground logoMais d’où vient la force de ce logo? Pour certains ils seraient inspiré d’une cible sur laquelle tirait à l’arme à feu l’un des patrons de l’Underground. Pour d’autres, s’il ressemble aux panneaux de signalisation, c’est tout simplement pour répondre à la nécessité d’être vu.

Il en va de même du plan, qui a subi quelques atermoiements avant d’adopter la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Nous sommes en 1931, les transports londoniens font face à de graves difficultés financière et Henry C. Beck, ingénieur de son état, vient de se faire licencier.

Mais l’homme connaît bien le fonctionnement et les réseaux électriques de l’Underground. Il a alors une idée, remplacer le plan du métro fondée sur la géographie, par un plan dessiné d’après le schéma électrique du métro. Deux ans plus tard, 750.000 copies du plan seront imprimées et distribuées. Le plan Beck est encore en usage aujourd’hui.

Toute une histoire

Un logo, une typo, un plan, bref une identité visuelle très forte achèvent de faire du « Tube » un symbole. Et s’il est aussi indissociable de la Grande-Bretagne et de la ville de Londres, c’est aussi parce que le « Tube » a traversé 150 ans d’histoire avec les londoniens.

En 1941, alors que les bombardiers allemands lâchent leur bombe sur la capitale, c’est dans le métro que viennent se réfugier les londoniens par familles entières. Plus proche de nous, en 2005, le « Tube » fut à nouveau le témoin malheureux d’un nouveau drame, alors que plusieurs bombes explosent dans la capitale.

« Le Tube », c’est aussi un formidable monument que cet anniversaire est l’occasion de redécouvrir. En témoigne le blog 150 Great Things About The Underground (150 trucs chouettes dans le métro) où le blogueur Ian Jones recense photo à l’appui, tous les détails architecturaux du métro londonien. Un patrimoine que la régie des transports londoniens a, elle aussi, l’intention de valoriser à l’occasion de plusieurs événements qui s’étaleront jusqu’à la fin de l’année.

L’événement le plus marquant, ce sera sans doute la remise en service d’une vieille locomotive à vapeur sur la ligne historique du premier trajet du métro. Mind the gap!

 Voir aussi:

Londres : le plus vieux métro du monde a 150 ans

Guerric Poncet

Le Point

10/01/2013

EN IMAGES. Les Londoniens s’apprêtent à fêter l’anniversaire du premier métro. Retour sur son histoire et le lien privilégié de la ville à son « tube ».

Le 10 janvier 1863, une foule se masse devant la station de Paddington. Londres dévoile sa nouvelle invention, un train à vapeur qui circule dans les entrailles de la ville. Depuis les années 1830, le projet de construire un métro dans la capitale anglaise était fréquemment évoqué pour accompagner l’extension de la ville. Depuis la révolution industrielle, Londres ne cesse en effet de s’agrandir. Avec plus de 2,8 millions d’habitants en 1861, elle devient la ville la plus peuplée au monde. Une croissance qui se fait particulièrement ressentir sur la circulation dans le centre. Face à l’immensité du projet, le premier contrat n’est signé que tardivement. C’est la compagnie privée The Metropolitan Railways qui décroche l’accord en 1855.

Les constructions débutent en février 1860. Le travail est dantesque, il faut creuser dans les sous-sols de la ville pour permettre aux trains de circuler. De plus, les ingénieurs n’ont pas de carte précise des lieux, ce qui complique la tâche des employés qui mettent véritablement leur vie en jeu. Pourtant, les nouvelles technologies et les techniques en construction ferroviaire – le Royaume-Uni est la nation la plus pourvue en ligne de chemin de fer au XIXe siècle – permettent aux travaux de se finir en un temps record en mai 1862, tout en évitant les accidents catastrophiques.

Cher ticket

Si un convoi spécial a été mis en place le 9 janvier 1863 pour les directeurs et les actionnaires du projet, c’est le lendemain que la Metropolitan Railways ouvre officiellement ses portes. Alors que de nombreux hommes politiques doutent de l’intérêt d’un tel projet, les Londoniens donnent raison à la société de transport. Les places sont chères, les gens se bousculent dans les queues interminables de la toute flambant neuve station de métro de Bishop’s Road, nommée par la suite Paddington, pour circuler dans les profondeurs de Londres.

Seuls quelques voyageurs réussiront pourtant à décrocher le fameux ticket. Le voyage n’est pas bien long. La Metropolitan Line, qui dessert les deux seules stations de Bishop’s Road à Farringdon, ne couvre qu’à peine 3,5 miles pour une durée de 18 minutes. Ce n’est qu’un début. À long terme, l’objectif de la Metropolitan Railways est en effet de desservir les trois plus grandes gares de l’époque, King’s Cross, Euston et Paddington, vers la City, le quartier financier, au centre de Londres. Il s’agit d’amener des milliers de voyageurs britanniques ou étrangers dans la plus puissante place financière au monde. Le métro se révèle alors une invention décisive au développement de la ville.

Célébration

Le succès du « tube » montre au monde entier la suprématie du Royaume-Uni dans le domaine financier, industriel et surtout technologique. Les autres villes vont par la suite copier le moyen de transport londonien. Athènes en 1869, Istanbul en 1875 et Budapest en 1896. Paris n’entreprendra la construction de sa première ligne de métro qu’en 1900. Le succès est immense : 26 000 passagers effectuent alors le voyage quotidiennement entre les deux seules stations de Londres. Un chiffre qui motive d’autant plus la compagnie à ouvrir de nouvelles lignes, comme la District Line en 1868, puis la Circle Line en 1884.

Le métro londonien profite alors de l’essor technologique pour développer les premières lignes électriques au monde en 1890. Les romantiques trains à vapeur seront alors remplacés définitivement au début des années 1960 par le système électrique bien moins polluant. Tout au long du XXe siècle, le métro londonien ne cesse d’évoluer. Les lignes de métro se profilent, les stations se multiplient, les zones s’étendent à vue d’oeil jusqu’à titiller la banlieue londonienne.

Abri

Utilisé par plus de 3,5 millions de passagers en moyenne par jour, le métro de Londres compte aujourd’hui 408 km de ligne et 275 stations, ce qui en fait l’un des plus longs au monde avec celui de New York et de Shanghai. Plus qu’un simple moyen de transport, le « tube » représente une partie de la culture londonienne. Chaque station est décorée et agencée de façon singulière. Et il est aussi entré dans l’histoire et le coeur des Londoniens en servant d’abris pendant les bombardements allemands de la Seconde Guerre mondiale.

« Le métro londonien a joué un grand rôle dans le succès de notre ville, des premières lignes jusqu’au système d’aujourd’hui qui a permis une circulation fluide à des millions de personnes durant le jubilé de la reine et les Jeux olympiques de cet été, par exemple », se félicite le directeur de London Underground, Mike Brown.

Pour cette occasion, le musée du transport de Londres et l’organisme public local responsable des transports en commun de la ville, Transport for London, ont donc décidé de célébrer en grande pompe le 150e anniversaire du tube. Tout au long de l’année, le musée du transport de Londres propose de nombreuses expositions qui retraceront son évolution. Mais l’attraction principale se situe surtout autour de la remise en marche du dernier train à vapeur encore existant, le Metropolitan Railways Jubilee Carriage n° 353, qui date de 1898. Les 13 et 20 janvier prochains, les Londoniens pourront donc refaire le premier trajet du 10 janvier 1863 entre Paddington et Farrington, voyage légendaire dans l’histoire des transports.

Voir également:

Sept citations pour ne pas craquer dans le métro

Madeleine

16/07/2009

« L’enfer, c’est les autres », « Un trône n’est qu’un banc recouvert de velours » : les usagers du métro londonien peuvent désormais méditer sur quelques phrases qui leur sont soumises, entassés dans une rame ou sommeillant sur leur siège.

L’idée est née dans l’esprit de l’artiste Jeremy Deller, déprimé par les messages habituels du genre « Attention à la marche en descendant du train ». En mars dernier, le personnel du Tube a donc reçu des recueils de citations conçus par l’artiste, dont ils peuvent lire des extraits aux passagers de la Picadilly Line, une des lignes les plus fréquentées du réseau. Histoire de calmer les nerfs, et de briser la monotonie souterraine.

En ces temps de chaleur et de haute fréquentation touristique, et si la RATP suivait le mouvement ? Quelques suggestions :

A minuit et demi, l’attente du métro est estimée à 12 minutes sur le panneau lumineux. Oui, mais « Les temps sont courts à celui qui pense, et interminables à celui qui désire. » (Alain).

Le métro s’arrête en plein élan, l’arrêt se prolonge, puis les lumières s’éteignent dans la rame. Heureusement, « Il ne faut cesser de s’enfoncer dans sa nuit : c’est alors que brusquement la lumière se fait. » (Francis Ponge)

Un accordéoniste entre dans le wagon, entonne La Foule d’Edith Piaf, alors qu’on venait de choisir sa chanson préférée sur son mp3. Ne pas oublier que « Pour celui qui est très seul, le bruit est déjà une consolation. » (Nietzsche)

Escaliers, couloirs et affiches publicitaires se succèdent. Finalement, le changement se révèle deux fois plus long l’on qu’on l’avait calculé. Pas grave, puisque « En vérité, je ne voyage pas, moi, pour atteindre un endroit précis, mais pour marcher, par simple plaisir de voyager. » (R.L. Stevenson)

A 8h30 du matin un 12 août, la température atteint tranquillement les 32 degrés. La douche matinale semble déjà remonter à la semaine précédente. Mais comme selon Jean Cocteau, « l’oeuvre est une sueur », chaque goutte qui coule sous le T-shirt devient précieuse.

Lorsqu’à 10h07 vous appelez votre rendez-vous de 10 heures pour le prévenir que vous aurez du retard, car le métro n’avance plus: la phrase de Pascal, « On ne peut être en retard si on est dans l’infini » lui donnera de quoi patienter encore un bon quart d’heure.

Enfin, lors de la prochaine grève, coincé entre une femme qui râle et renifle, et un homme qui mâche son chewing-gum dans votre oreille, rappelez vous qu’ « Il n’y a, au fond, de réel que l’humanité. » (Auguste Comte)

D’autres idées ? Qu’aimeriez-vous qu’on vous murmure dans le métro?


Délinquance étrangère: Le PS, quant à lui, s’est aussitôt élevé contre cette « politique du bouc émissaire » (Grateful Champs Elysees tourists to finally get their Romanian beggars back)

26 juin, 2012
Avant, on était dans une situation de liberté totale. Maintenant, quand on entre dans un magasin, si les employés se rendent compte qu’on est des Roms, on est suivi partout dans les rayons où l’on va, jusqu’à la sortie du magasin. On ne peut plus rien voler. Elena B. (Rom de Rouen, 13.08.10)
Xénophobie: La France épinglée par la presse internationale. En multipliant les déclarations discriminatoires à l’encontre des “Français d’origine étrangère” puis des Roms, Nicolas Sarkozy et ses proches cherchent avant tout à reconquérir une partie de leurs électeurs déçus en tablant sur leurs préjugés racistes, constatent les commentateurs étrangers qui s’inquiètent de ces dérives. Courrier international
Le maire PS de Paris avait dénoncé une mesure stigmatisante. Le Figaro
Le PS, quant à lui, s’est aussitôt élevé contre cette «politique du bouc émissaire». Le Figaro
Les chefs de réseau n’hésitaient pas à se battre, parfois au couteau, pour récupérer des mendiants handicapés car ces derniers pouvaient gagner quotidiennement trois fois plus qu’un valide, soit 150 euros. Direction départementale de la sécurité publique de Haute-Savoie. Direction départementale de la sécurité publique de Haute-Savoie
On a fait des études qui montrent que le taux de paiement des amendes est proche de 0, la sanction est très peu incitative et il y a eu des évolutions juridiques qui nous poussent à repenser nos reconduites à la frontières. Par exemple un Roumain -citoyen de l’Union européenne- reconduit dans son pays « se retrouve à nouveau trois jours après sur les Champs Elysées.  M. Lerner (directeur-adjoint de cabinet du préfet de police de Paris)

A l’heure où après avoir été délivrée du néo-pétainisme sarkozyen, une France  reconnaissante s’impatiente comme ses voisins de recevoir la suite des nombreux cadeaux promis …

Et en ce jour où le préfet de Paris nouvellement nommé vient d’abroger l’une des mesures les plus « stigmatisantes » d’une véritable « politique de bouc émissaire » …

Pendant que dans nos lointaines provinces la machine stigmatisante continue à marcher à plein régime …

Retour justement sur cette ignominieuse tentative de l’ancien et néo-fasciste ministre de l’Intérieur Claude Guéant de priver nos Champs Elysées mêmes des joyeuses bandes de chérubins roumains qui égayaient  si délicieusement jusqu’alors le séjour de nos chers touristes …

Claude Guéant s’attaque à la délinquance roumaine

Jean-Marc Leclerc

Le Figaro

12/09/2011

INFOGRAPHIE – L’Intérieur annonce des mesures radicales pour éloigner les mineurs pris en flagrant délit. La mendicité est interdite sur les Champs-Élysées à compter de mardi.

Une mesure «exceptionnelle mais proportionnée». C’est en ces termes que le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, qualifie l’arrêté antimendicité qu’il édicte à compter de ce jour sur les Champs-Élysées. Depuis lundi soir à minuit, sur «la plus belle avenue du monde», il est donc devenu interdit de se livrer tant à la mendicité qu’à ses «formes assimilées», comme la présentation aux passants de fausses pétitions en vue de récolter de l’argent.

La mesure est valable six mois, jusqu’au 6 février, pour inclure la période des fêtes de fin d’année. Et elle vise bien en priorité les groupes de Roumains, souvent mineurs, pris en charge par des réseaux mafieux qui ont mis en coupe réglée certains secteurs de la capitale, mais aussi ses transports. Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, qui présentait lundi à Paris, son plan contre cette forme de délinquance, s’est voulu parfaitement clair: «Cela suffit, ce n’est plus possible pour nos concitoyens, il faut y mettre fin», a-t-il martelé.

D’emblée, le premier flic de France a situé les enjeux. Selon lui, 10% des personnes passant devant les tribunaux parisiens sont aujourd’hui de nationalité roumaine. La moitié de ces interpellés sont mineurs. Ces mêmes Roumains pèseraient, à eux seuls, 2% de la délinquance générale en France, s’illustrant dans le vol à la tire ou à la sortie des distributeurs de billets, dans les cambriolages ou les ventes à la sauvette.

Amende de 38 euros

Sur les sept premiers mois de l’année, la Préfecture de police a mis en cause 4.800 Roumains contre 2.500 pour la même période en 2010, soit une augmentation «de plus de 90%», s’est exclamé le ministre. Des augmentations importantes de l’activité policière ont également été constatées à Marseille et à Lyon. «Je ne stigmatise rien, ni personne, a assuré Claude Guéant. C’est une réalité judiciaire. Il y a une montée très importante de cette délinquance.» Qui appelle donc, dans son esprit, une réponse ferme et rapide. «Il faut passer à la vitesse supérieure en ce qui concerne le retour des présumés délinquants roumains dans leur pays d’origine», soit «volontaires, soit forcés», a-t-il d’abord ordonné. L’arrêté antimendicité parisien prend dès lors tout son sens, puisque son non-respect, sanctionné d’une amende de 38 euros, permet surtout un contrôle d’identité et donc des mesures d’éloignement en cas d’infraction aux règles de séjour.

Pourquoi alors ne pas l’avoir étendu à d’autres secteurs? La «P.P.» a préféré opter pour une démarche «expérimentale sur un lieu symbolique», quitte à prendre d’autres arrêtés plus tard, dans d’autres quartiers, comme autour du Sacré-Cœur, par exemple.

Lundi, Claude Guéant arguait du caractère national de son plan contre cette forme de délinquance. Il s’est félicité de la prochaine nomination d’un juge roumain à Paris pour suivre les dossiers et de la coopération des services d’aide à l’enfance roumains pour prendre en charge les mineurs renvoyés dans leurs familles. Il a aussi promis une surveillance des points d’entrée des Roumains sur le territoire français. Le PS, quant à lui, s’est aussitôt élevé contre cette «politique du bouc émissaire».

Voir aussi:

Les arrêtés anti-mendicité pas reconduits à Paris

Nouvel Observateur

 20-06-2012

Le nouveau préfet de police de Paris ne reconduira pas les arrêtés anti-mendicité pris il y a un an dans certains quartiers du centre de la capitale, estimant notamment que « la sanction associée » s’est révélée « peu dissuasive »

Le nouveau préfet de police de Paris Bernard Boucault s’est démarqué de son prédécesseur Michel Gaudin en ne reconduisant pas les arrêtés anti-mendicité, les jugeant pas assez efficaces, tout en annonçant son projet d’accélérer la lutte contre les réseaux mafieux.

Trois arrêtés anti-mendicité avaient été pris il y a un an tout juste sur les secteurs des Champs-Elysées, des Grands magasins et du Louvre.

Interrogé mercredi par des élus UMP qui ont demandé leur prolongation, Nicolas Lerner, directeur-adjoint de cabinet du préfet de police, a annoncé au Conseil de Paris qu’ils ne seraient « pas reconduits dans l’immédiat » mais que « cette décision pourra être reconsidérée en fonction de l’évolution du cadre juridique et de la situation sur le terrain ».

La préfecture de police a admis que ces arrêtés avaient –sur le moment– fait diminuer les « nuisances » et les « délits » associés à « certaines formes de mendicité » (comprendre la mendicité Rom essentiellement, ndlr), mais ils ont très vite trouvé leur limite.

Par exemple la mendicité est actuellement verbalisée 38 euros, et si le contrevenant « récidive », il peut être amené à être reconduit dans son pays pour motif de « trouble à l’ordre public ».

« On a fait des études qui montrent que le taux de paiement des amendes est proche de 0, la sanction est très peu incitative et il y a eu des évolutions juridiques qui nous poussent à repenser nos reconduites à la frontières », a ensuite expliqué à la presse M. Lerner. Par exemple un Roumain -citoyen de l’Union européenne- reconduit dans son pays « se retrouve à nouveau trois jours après sur le Champs Elysées ».

Le préfet bientôt en Roumanie Pour l’année 2011, la préfecture de police a ainsi reconduit 250 Roumains pour toute la capitale mais sur les zones des arrêtés cela n’a concerné qu’une trentaine de personnes.

Quant à celles placées en rétention avant leur expulsion, a ajouté M. Lerner, « lorsqu’elles contestent les décisions devant le tribunal administratif, celui-ci leur donne quasi-systématiquement raison ».

Le ministre de l’Intérieur de l’époque Claude Guéant avait jugé ces arrêtés « utiles » tandis que le maire PS de Paris avait dénoncé une mesure stigmatisante.

L’adjointe PS chargée de la sécurité Myriam El Khomri a ainsi demandé au préfet mercredi de ne pas renouveler ces arrêtés « non pas par dogmatisme stérile ni pas angélisme mal placé », mais « par souci constant d’efficacité ».

Elle a demandé « un bilan quantitatif et qualitatif de l’impact de ces arrêtés anti-mendicité » et reste « convaincue que la conséquences de ces arrêtés est le déplacement de la misère d’une rue à une autre », ce qu’a constaté la préfecture de police.

Le maire UMP du Ier arrondissement que couvrait partiellement un des arrêtés a souhaité que « la fin des arrêtés ne coïncide pas avec une recrudescence brutale » de la mendicité.

Le patron de la fédération UMP de Paris et maire du XVe Philippe Goujon, qui en avait réclamé un dans son arrondissement, a regretté que « le préfet de police, pour des raisons sans doute idéologiques, cédant à la pression du maire de Paris, prive la police et la justice d’un outil qui pouvait permettre de s’opposer à la mendicité agressive et contribuer au démantèlement des réseaux mafieux ».

M. Lerner a justement rappelé que « l’objectif prioritaire » est « l’accélération des affaires de démantèlement des réseaux et la mise hors d’état de nuire des bénéficiaires de ces trafics ».

M. Boucault va organiser une réunion au parquet « pour faire le point des affaires en cours », et il se rendra en Roumanie « dès la rentrée prochaine » pour y rencontrer les autorités policières.

Voir également:

Une filière de mendiants esclaves à la frontière suisse

Christophe Cornevin

Le Figaro

25/06/2012

Une cinquantaine de personnes originaires d’un même village de Roumanie ont été interpellées pour mendicité massive. Le responsable de l’organisation a été mis sous écrou.

Six mois d’investigations serrées et la collaboration policière de trois pays ont été nécessaires pour mener à bien le démantèlement d’une filière de traite des êtres humains. Elle réduisait des compatriotes à l’esclavage, les obligeant à mendier à la frontière franco-suisse. Au total, 54 Roms ont été interpellés, parmi lesquels figurent les lieutenants de l’organisation et le chef du réseau, qui a été incarcéré.

L’affaire, particulièrement sordide, a démarré dans le cadre d’une enquête préliminaire déclenchée en Haute-Savoie en décembre dernier. Les policiers de la Sécurité publique sont alertés par le déferlement de dizaines de mendiants aux pratiques agressives, installés sur la commune de Gaillard, entre Annemasse et Genève. Tous exilés de la ville de Barbulesti, village isolé des Carpates où règne la misère, ils y ont contracté contre leur gré des «dettes», des caïds locaux les forçant notamment à jouer – et bien sûr perdre – aux dés. «Ces pauvres gueux, qui devaient ensuite rembourser leurs créanciers à des taux usuraires, tombaient sous le joug absolu de l’organisation», précise une source proche du dossier.

Ils vivaient dans des épaves de voitures

En guenilles, ils vivaient dans des garages désaffectés, sur des matelas découpés posés à même la rue, dans des caves ou encore dans des épaves de voitures, moyennant une «taxe de séjour» de 150 euros par semaine exigée par une poignée de nervis les tenant sans cesse sous leur férule. « Âgés de 18 à 60 ans, ces forçats de la main tendue, dont un bon tiers de femmes, ont été envoyés à la frontière sans jamais pouvoir se rebeller, par peur des représailles», observe le commissaire principal Philippe Guffon, qui a supervisé l’enquête. Au gré des surveillances et des filatures, les policiers ont démonté un système bien huilé. Sous l’œil de cerbères qui les surveillaient, les mendiants quittaient au petit matin leurs caches sordides pour franchir la frontière en bus, en tramway, voire à pied, et rejoindre les rues de Genève pour accoster avec insistance les passants.

Chacun devait rapporter au minimum 50 euros

La ville suisse «est réputée comme l’une des plus riches d’Europe et la mendicité est devenue un tel problème que les habitants n’hésitent plus à s’organiser entre eux pour évacuer cette présence indésirable», assure un enquêteur français. Selon certaines estimations, chaque mendiant devait rapporter chaque soir au minimum 50 euros en revenant en France. «Les chefs de réseau n’hésitaient pas à se battre, parfois au couteau, pour récupérer des mendiants handicapés car ces derniers pouvaient gagner quotidiennement trois fois plus qu’un valide, soit 150 euros», précise-t-on à la Direction départementale de la sécurité publique de Haute-Savoie.


Religion/France: Attention, un indigène peut en cacher un autre (Reverse Fidei Donum : After the Polish plumber, will the African priest save France from impending doom ?)

22 juin, 2011
Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus
Cette affaire est très grave, car la directive Bolkestein permet à un plombier polonais ou à un architecte estonien de proposer ses services en France, au salaire et avec les règles de protection sociale de leur pays d’origine. Sur les 11 millions de personnes actives dans les services, un million d’emplois sont menacés par cette directive. Il s’agit d’un démantèlement de notre modèle économique et social. Philippe De Villiers
Ces dernières années, la reproduction de villes européennes est devenue un sport national en Chine, avec l’inauguration, entre autres en 2005, de Chengdu British Town, calquée sur la ville anglaise de Dorchester. Direct matin
Pour des touristes, ce sont peut-être des œuvres d’art. Pour nous, ce sont des monuments à la gloire de Dieu, et ils doivent le rester. Richard Czurylo (prêtre d’un petit village autrichien)
Si dans les enquêtes PISA, dans tous les pays concernés, on enlève finalement les enfants issus de l’immigration, on n’a pas du tout les mêmes résultats. Marie Reynier (rectrice de l’académie d’Orléans-Tours)
Certains ont raconté à la police qu’ils sont pourchassés dans leur pays. Ils ont si bien préparé leur histoire qu’elle est entrée dans leur ventre – même un détecteur de mensonges ne peut découvrir la vérité. Amidou (patron de cybercafé camerounais, Hong Kong)
Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Le Monde magazine
En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes. (…) Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde. (…) C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot. Barthélemy Binia (prêtre centrafricain)
Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine. Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échanges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998. (…) Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !». Le Monde magazine

Après le plombier polonais … le curé congolais ? Et après la cuisine et la tauromachie, va-t-il falloir, pour la sauver, inscrire la religion chrétienne en France au Patrimoine de l’UNESCO?

A l’heure où certaines de nos chères têtes blondes accourent de la planète entière pour accéder au rare privilège de passer leur bac en voile

Et où une rectrice d’Académie se voit contrainte d’abjurer pour avoir dit la vérité sur le lien évident entre la part d’enfants issus de l’immigration et la baisse du système éducatif français dans les enquêtes internationales …

Pendant que, dépopulation oblige, nos amis et maitres es contrefaçons chinois se démènent pour sauver de l’extinction nos villages pittoresques   …

Retour, avec Le Monde magazine, sur, déchristinaisation oblige, ces Africains qui après le bâtiment, l’enlèvement des ordures et le gardiennage, tentent de ressusciter un nouveau secteur en perdition de l’économie de la Fille ainée de l’Eglise … les paroisses de nos villes et villages !

Clocher. Dans le coeur rural de la France, des prêtres congolais, sénégalais ou burkinabés assurent les offices des paroisses désertées par leurs pairs français et souvent par leurs ouailles. Rencontre avec ces nouveaux propagateurs de la foi.

Missionnaires africains chez les indigènes limousins

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le père Barthélemy Binia, curé à Pierre- Buffière (87), s’amuse en relisant Tintin au Congo. «C’est avec les aventures de Tintin que j’ai appris le français. C’est vrai que nous autres, Congolais, n’y sommes pas gâtés, mais il n’y a pas de quoi en faire un plat. C’était le regard de l’Europe coloniale, l’histoire est comme ça.» Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Ils sont des personnages familiers de la vie sociale rurale et villageoise. «Il m’arrive même d’être invité aux repas de chasse», confesse Barthélemy Binia.

«Je suis arrivé en septembre 1997, raconte Auguste Coly. Je m’étais rendu en France dans le cadre d’échanges intercatholiques et j’avais appris que l’épiscopat français peinait à trouver des renforts saisonniers pendant les vacances. Je suis venu pour un ou deux mois, et puis, vous voyez, je suis toujours là.» Il a commencé dans une commune rurale du Quercy avant d’être nommé à Limoges en 2007. Barthélemy Binia, ordonné prêtre en 1971, a lui d’abord été secrétaire de l’évêque de Kinshasa, avant de choisir la vie missionnaire en 1989. D’abord au Cameroun. Puis «en 2005, j’ai pris une année sabbatique en France. J’étais en contact avec l’évêque de Limoges, très en prise avec l’Eglise africaine. J’ai effectué plusieurs remplacements et j’ai décidé de rester. C’est comme ça qu’en 2006 je suis devenu limousin». Barthélémy Binia ne se souvient que d’un jeune couple qui a refusé d’être marié par un Noir. «Il n’était pas question de les forcer, mais pas question non plus de céder devant ce genre de refus. Ils n’ont donc pas été mariés par un prêtre, mais par un diacre », explique-t-il. Les souvenirs d’Auguste Coly sont plus sympathiques : «Pour ma première célébration, l’église était pleine. Plusieurs villageois m’avaient apporté des champignons et des fromages, deux produits inconnus et plutôt repoussants pour un Sénégalais. Et puis cela s’est renouvelé, et je ne pouvais pas refuser des dons aussi gentiment offerts. Alors j’ai appris à aimer les champignons et le fromage.» L’effet de surprise, aux dires de Barthélemy Binia, a plutôt concerné les arrivants : «En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes.» Alors, il a décidé d’inoculer à ses célébrations un peu de l’esprit des pratiques de chez lui qui bouscule l’ordonnance et la componction de la messe. «Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde.» Musicien, il chante, fait chanter et met dans ses offices une verve qui a d’abord surpris, puis séduit. A Limoges, Auguste Coly a lui aussi donné une coloration nouvelle à ses célébrations: «Je l’ai fait naturellement, sans bien m’en rendre compte. En Afrique, nous aimons animer la messe.»

N’y a-t-il pas pour autant des coups de nostalgie et des envies de retour au pays ? «C’est la famille qui manque, bien sûr, répond Auguste Coly. Je téléphone tous les dimanches.» Mais il aimerait rester encore au moins trois ou quatre ans, pour terminer, parallèlement à son ministère, un doctorat sur «le rôle des associations de parents dans la politique éducative». Barthélemy Binia, lui, est partagé : «C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot.»

Voir aussi:

«Fidei Donum», la carrière des prêtres en CDD

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine.

Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échan ges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998.

Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !».

Les candidates voilées peuvent passer le bac

Pierre Teiller

Le Figaro

18/06/2010

Une enseignante agacée par une consigne qui rappelle que des candidates voilées ont le droit de passer l’examen.

Coup de colère d’une professeure de lettres dans un établissement public. Elle s’apprêtait comme chaque année à faire passer les épreuves de français du bac dans un lycée de l’Oise.

En milieu de semaine, elle assiste à une réunion technique préalable aux examens du baccalauréat. Comme elle, les examinateurs sont convoqués pour connaître les modalités, s’accorder sur des barèmes de notation. Du classique. Mais, lors de cette rencontre, le représentant de l’académie d’Amiens croit bon cette année de préciser le comportement à adopter si une candidate arrive voilée. «Elle sera acceptée, dit-il, mais devra soulever son voile pour que vous puissiez vérifier son identité. Ensuite, elle sera autorisée à remettre son voile pour toute la durée de l’examen.»

De quoi agacer l’enseignante qui estime que «cette directive de l’académie d’Amiens va à l’encontre de l’oral de français pour lequel l’expression et l’engagement physique du candidat sont très importants». Si le cas se présentait, l’enseignante l’assure, elle refuserait d’entendre le candidat : «On ne peut pas refuser le voile dans le cadre de l’enseignement tout au long de l’année scolaire et l’autoriser lors du passage du baccalauréat. Pour moi, c’est hypocrite», s’insurge-t-elle.

Pourtant, si la loi interdit bel et bien le voile dans les établissements scolaires, c’est uniquement durant le temps scolaire, dans le cadre strict de l’école. Pas durant les examens.

Un porte-parole de l’académie d’Amiens justifie les conseils donnés aux correcteurs. «Nous adoptons les consignes aux populations qui sont susceptibles de se présenter. Par ailleurs, il faut faire la différence, souligne-t-elle, entre une candidate libre et une candidate scolarisée de façon classique durant l’année. Ces dernières connaissent les règles et ne décident pas de revêtir leur voile le jour de l’examen. En revanche, le cas peut se produire avec une jeune fille suivant les cours à distance du Cned.» Même son de cloche dans les Vosges où quelques cas ont été recensés sans qu’ils ne posent problème. Comme ailleurs dans l’Hexagone, les candidates qui se sont présentées voilées aux épreuves du baccalauréat suivaient généralement leur scolarité par correspondance.

Une façon pour elles d’étudier tout en restant chez elles et de ne pas avoir à retirer leur voile comme elles y seraient contraintes durant des cours dispensés dans les établissements scolaires.

Au ministère de l’Éducation nationale, on affirme d’ailleurs ne pas avoir connaissance de l’ampleur du phénomène et de conflits qui seraient nés à ce sujet. «Nous ne comptabilisons pas les cas qui, de toute façon, sont rares et conformes à la loi.»


Voyage et littérature: L’Amérique peut-elle vivre sans frontière? (They did find Everett’s body after all!)

1 mai, 2009
Pilgrims to the wild
Inside the museums, Infinity goes up on trial Voices echo this is what salvation must be like after a while But Mona Lisa musta had the highway blues You can tell by the way she smiles Bob Dylan (Visions of Johanna, 1966)
In the desert you can remember your name ‘Cause there ain’t no one for to give you no pain. America (1971)
I broke broncos with the cowboys
I sang healing songs with the Navajo I did the snake dance with the Hopi And I drew pictures everywhere I go.
(…) Well I hate your crowded cities With your sad and hopeless mobs And I hate your grand cathedrals Where you try to trap God. (…) You give your dreams away as you get older Oh, but I never gave up mine And they’ll never find my body, boys Or understand my mind. Alvin Dave (« Everett Ruess », 2004)
J’étais incapable de voir ce dont le désir n’avait pas été éveillé en moi par quelque lecture. Proust
Le christianisme, c’est le mensonge dangereux d’un univers sans victime. Nietzsche
Aujourd’hui, au fond, tous les problèmes de l’Amérique pourraient se discuter à partir de la nostalgie de la frontière. (…) On pourrait dire que tous les problèmes des Etats-Unis consistent à arriver à s’adapter à une situation où l’être américain est en quelque sorte situé à l’intérieur de limites auxquelles ce peuple n’était pas habitué (…) et qu’il ressent comme une espèce de gêne et de malaise considérable, parce que la frontière c’était en quelque sorte une ouverture sur l’infini. Tandis que maintenant c’est en train d’acquérir son sens de fermeture sur un espace clos. René Girard

Rousseau, Rimbaud, Tolstoï, Thoreau, London, Kerouac, Ruess, McCandless …

Alors qu’après le terrorisme, c’est aux épidémies de s’attaquer à nos rêves de voyage …

A l’heure où se confirme l’aussi prosaïque que sordide réalité de la disparition jusque-là mythique du légendaire artiste-voyageur Everett Ruess dans le désert de l’Utah il y a 75 ans (assassiné – pour lui voler ses mules! – par ces mêmes bons sauvages dont il avait tant vanté les vertus) …

Au moment même où celui-ci est redécouvert par une nouvelle génération grâce notamment au film de Sean Penn (« Into the wild » adapté il y a deux ans du livre du même nom de John Krakauer) sur l’un de ses plus récents émules, le jeune Christopher McCandless, lui aussi disparu (probablement mort de faim) mais cette fois dans les immensités glacées de l’Alaska …

Sans parler des disparitions « ethniques » comme celles de l’Anglais Archibald Belaney (1888 –1938) et auteur de « Pilgrims of the wild » qui prendra le nom indien de Grey Owl (« Chouette grise ») ou de l’acteur italo-américain Espero di Corti qui sous le nom de Iron Eyes Cody se fit toute sa vie passer pour un Indien …

Retour via un éclairant entretien de René Girard de mai 1994 au CIEP de Sèvres …

Sur cette nouvelle illustration, vérifiée dans la vie de tant de nos écrivains, du formidable pouvoir de transfiguration et de suggestion magique du texte imprimé (il n’y a de désir qu’emprunté et désigné par un tiers et c’est sur les traces de la mythique voyageuse suisse d’avant guerre Ella Maillart que partiront, 20 ans plus tard et avec sa bénédiction, le jeune fils d’intellectuels genevois Nicolas Bouvier et son ami peintre Thierry Vernet et auteurs du livre-culte « L’Usage du Monde »).

Et de cette « nostalgie de la frontière » (au sens américain d’ « ouverture sur l’infini »), d’autant plus forte chez nos artistes ou écrivains-voyageurs (ou, pour le reste d’entre nous, sous cette forme dégradée de pèlerinage qu’est le tourisme) qu’elle est toujours plus menacée par l’inexorable uniformisation de la mondialisation …

Extraits:

Aujourd’hui, au fond, tous les problèmes de l’Amérique pourraient se discuter à partir de la nostalgie de la frontière. Les Américains ont parfaitement conscience que leur pays est en train de se peupler à toute vitesse même s’il est moins peuplé et s’il n’y a plus de frontière aujourd’hui dans ce sens-là, donc on pourrait dire que les Américains sont toujours à la recherche de ce qu’ils appellent une nouvelle frontière, l’expression « nouvelle frontière » s’employait beaucoup à l’époque de Kennedy et on l’a énormément employée pour l’espace, pour l’aventure spatiale, on disait « space is the new frontier » autrement dit l’espace va fournir un domaine d’activités fécond, un domaine d’expansion toujours lié un peu à la violence, toujours un sens sacrificiel que l’espace américain proprement dit ne peut plus fournir, ou alors on parle des sciences nouvelles, on a beaucoup parlé du développement des ordinateurs, de Sillicon Valley en Californie en particulier, en terme aussi de nouvelle frontière, mais en ce moment j’ai l’impression que l’expression est en train de se démoder parce qu’au fond, en réalité, il n’y a plus de nouvelle frontière.

On pourrait dire que tous les problèmes des Etats-Unis consistent à arriver à s’adapter à une situation où l’être américain est en quelque sorte situé à l’intérieur de limites auxquelles ce peuple n’était pas habitué, voyez, et qu’il ressent comme une espèce de gêne et de malaise considérable, parce que la frontière c’était en quelque sorte une ouverture sur l’infini. Tandis que maintenant c’est en train d’acquérir son sens de fermeture sur un espace clos.

On pourrait dire que les Etats-Unis font tout pour éviter cela, ils conçoivent leur originalité en tant qu’Etat (en tant qu’entité spirituelle plutôt que peuple) comme la possibilité d’un développement infini qui aujourd’hui est en question, et qui est en question particulièrement dans les problèmes d’écologie. Or comment réconcilier un développement qui n’a pas de règles, qui est sans limite, qui permet toutes les initiatives individuelles avec la protection nécessaire d’un espace fini, d’une présence d’autrui qui est là constamment, qui est ressentie comme une gêne, dans le fond, n’est-ce pas? Il y a une prise de conscience du fait que l’Amérique a joui pendant deux siècles d’une situation tout à fait privilégiée et l’Amérique se demande si ses qualités propres pourront résister à cet enfermement qui la menace. Par conséquent c’est un problème très actuel et qui d’ailleurs oblige les gens à un type de réflexion très particulière. Précisément cela implique le renoncement et la notion de limite, de bordure qui sépare les choses devient un problème réel, un problème vécu dans la sensibilité populaire elle-même.

Le Canada excite l’imagination américaine dans le mesure où le Canada a encore une frontière au sens américain. Le Canada c’est le second pays du monde au point de vue de l’espace après la Russie et c’est un pays qui est peuplé, au fond, seulement sur la bordure Nord des Etats-Unis. Par conséquent on a tendance à voir la possibilité d’expansion de ce côté-là, mais je ne sais pas quelle forme elle va prendre parce qu’en même temps nous sommes dans un monde où on prend conscience de la limitation du matérialisme, du développement purement physique, matériel, la société de consommation qui s’essouffle. Et vous avez raison, parce que la société de consommation, au fond, c’était une sorte de désir. Après la deuxième guerre mondiale, certains grands objets de la société de consommation, lorsqu’on y on songe aujourd’hui on reste conscient du fait qu’ils étaient vraiment l’objet d’un désir: les machines à laver c’était quelque chose d’important, un lave-vaisselle, ce n’est plus rien, n’est-ce pas…? donc il y a bien une perte du désir. Je crois que le malaise actuel qui ne fait qu’un avec la globalisation aussi, d’une certaine façon, ne fait qu’un aussi avec le fait qu’à partir du moment où certains besoins quotidiens sont satisfaits et où on ne voit pas comment en créer de nouveaux, l’homme se trouve en disponibilité pour des activités dont il ne sait pas quelles formes elles vont prendre, en quelles directions elles vont s’orienter.

(…)

Et au fond, ce qu’on ne dit pas aujourd’hui, parce qu’on essaye de réinterpréter ça en termes politiques (et à partir de la guerre froide, de la grande opposition entre l’univers communiste et les démocraties occidentales) c’est qu’un vide s’est fait et que nous sommes dans ce vide, nous essayons de l’occuper par toutes sortes de moyens, nous ne savons pas du tout vers quoi nous allons. L’humanité manque de buts, c’est pourquoi l’humanisme, je veux revenir à ce thème, l’humanisme occidental sur lequel nous avons vécu, qui cherchait la sécurité, et le bien-être individuel, l’éducation etc.., on se demande s’il va réussir à occuper les esprits et les corps d’une population toujours plus à la recherche de ce qui pourrait l’intéresser..

(…)

Je me demande si certaines choses ne sont pas déjà jouées, mais en fait je n’en sais rien. Quel est l’avenir de l’Europe ? Je pense que pour l’Europe ce qui est grave c’est qu’il y a eu, du moins on a l’impression, qu’il y a eu, l’interruption de l’effort européen. Moi je crois que les gens qui se méfient des tendances bureaucratiques, administratives, ce côté monstre froid qu’aurait l’Europe, ont de très bonnes raisons de se soucier, mais en même temps le ralentissement du progrès de la démarche européenne aussi est une perte de but qui est très frappante dans ce monde, ce qui fait que les gens s’interrogent. Il n’y a plus de projet commun, n’est-ce pas et on est à la recherche d’un projet.

Le tourisme est un phénomène extraordinaire parce que d’une certaine façon il abolit les frontières, ce qu’on cherche dans le tourisme c’est une altérité qui ne nous ressemblerait pas et cette altérité là n’existe plus que dans les agences, dans les affiches des agences touristiques. En réalité les hommes retrouvent partout la même chose exactement et ils ne voyagent que pour capitaliser les kilomètres et montrer à leurs rivaux qu’ils ont plus voyagé qu’eux mais en même temps, si vous voulez, les résultats sont nuls.

De toute façon les hommes voyagent toujours vers les hauts lieux. Je dirais que le tourisme est une dégénérescence du pélerinage ancien, parce que c’est toujours vers des lieux religieux, de grandes réalisations religieuses ou de grandes réalisations humanistes, mais d’un humanisme qui reste lié au religieux (la Tour Eiffel c’est encore ça !). A partir du moment où il n’y a plus de religieux du tout et où les hommes ont tous la même chose, où leurs désirs sont satisfaits de la même manière, (et c’est le rôle de l’industrie que de dire aux hommes vous désirez tous la même chose, eh bien on va vous le donner) mais une fois qu’on nous l’a donné, nous ne savons plus que faire alors nous visitons les monuments du passé. C’est-à-dire que nous recherchons à nous ressourcer, d’une certaine manière, nous recherchons l’origine, l’origine du désir à une époque où il existait encore et nous ne le trouvons pas.

(…)

L’unification du monde est une bonne chose mais ce qui me frappe c’est que les intellectuels modernes, d’une certaine manière, ne veulent pas voir ce qui se passe. Je pense, par exemple, à l’expression multiculturalisme qui s’emploie beaucoup aux Etats-Unis, elle est souvent liée à la crainte de la disparition de toute culture indépendante. Or je crois que cette analyse est fausse, si ce qui nous investit en ce moment en Europe est perçu comme une américanisation, c’est parce que les phénomènes qu’on vit, ici, négativement on peut les rejeter sur l’Amérique, mais ils existent aussi en Amérique, et ils sont vécus de la même manière, mais là on ne peut les rejeter sur aucun autre pays, vous voyez ce que je veux dire ? On a donc davantage conscience du fait que c’est lié à des formes de vie moderne que nous ne parvenons pas à maîtriser en ce moment parce qu’on n’a pas de bouc émissaire de rechange.


Vers une anthropologie de la frontière
Entretien avec René Girard
Propos recueillis par Marie-Louise Martinez
CIEP de Sèvres
le 31 Mai 1994

L’échange c’est toujours une offre au dieu pour l’apaiser, au dieu de l’extérieur, vous voyez, par conséquent l’échange se fait par-dessus une espèce de frontière

M.L.M. : Votre dernier livre, Monsieur René Girard, Quand ces choses commenceront est une série d’entretiens avec Michel Treguer admirateur de votre oeuvre mais aussi contradicteur quelquefois virulent qui ne partage pas toutes vos convictions. Cet ouvrage est publié dans une petite maison d’édition Arlea et pourtant je crois qu’il n’a pas fini de faire du bruit. Vous y radicalisez votre propos, mais toujours dans la fidélité à votre intuition première, dans l’approfondissement, dans l’élargissement, dans les réseaux de plus en plus finement tissés entre les différents aspects que vous évoquez.
Pourriez-vous, aujourd’hui, s’il vous-plaît, au Centre International d’Etudes Pédagogiques où vous nous faites l’honneur de venir, vous qui êtes un des penseurs les plus importants de notre siècle, retracer pour nous et pour nos spectateurs ou lecteurs les éléments principaux de votre théorie, de votre hypothèse, retracer aussi le mouvement selon lequel elles se sont développées, élargies, approfondies à travers les différents territoires frontaliers que vous avez explorés.

R.G. : Je suis parti aux Etats-Unis en 1947, après avoir fait l’Ecole des Chartes à Paris. J’avais un poste d’assistant de français et je travaillais à un doctorat d’histoire, rapidement on m’a confié des cours de littérature et je me suis trouvé confronté à des oeuvres que j’avais lues, certaines d’entre elles une seule fois, certaines pas du tout. Par conséquent mon problème était: que dire aux étudiants? J’ai l’impression qu’à cette époque-là mes classes m’apparaissaient très longues, elles devaient paraître plus longues encore à mes étudiants. Ne connaissant pas la mode littéraire de l’époque qui était la recherche de la singularité absolue de l’oeuvre (on ne s’intéressait déjà qu’à ce qui distingue les oeuvres les unes des autres), je suis parti d’un principe différent.
Ce qui me frappait dès le départ c’est ce qui fait que dans des langues différentes certaines oeuvres se ressemblent et en particulier que ces contacts avaient trait au désir. Ce qui me frappait c’était le rapport entre ce que Proust appelle snobisme, ce que nous appelons tous snobisme et ce que Stendhal appelle vanité. Et je me souviens: ce qui a déclenché mon idée du désir mimétique, (ce désir imité qui n’est jamais vraiment spontané) c’est lorsque j’ai compris que chez Cervantès et chez Dostoievski, au fond, il y avait la même chose que chez Proust et Stendhal, et parfois sous des formes plus outrées, sous des formes qui avaient un caractère psycho-pathologique.
Par exemple, dans Don Quichotte il y a l’histoire intercalaire du Curieux Impertinent, cet homme qui a épousé une jeune femme à cause de son ami. C’est son ami qui lui a présenté sa femme, qui a joué un rôle d’intermédiaire et très vite, par la suite, il demande à son ami de faire la cour à sa femme pour démontrer, dit-il, la fidélité de sa femme. Bien entendu, au bout de quelques temps après avoir longtemps refusé, l’ami finit par accepter et réussit à séduire l’épouse et le mari se tue… C’est donc une histoire assez sinistre, une histoire triste et qu’on retrouve chez Dostoïevski dans des textes tels que l’Eternel mari.. C’est le mari qui est fasciné par l’amant de sa femme et, une fois la femme morte, lorsqu’il veut en épouser une autre, il demande à l’amant de venir faire la connaissance de la nouvelle jeune fille qu’il désire épouser.
Il a besoin en quelque sorte d’une sanction de l’amant de sa femme pour être sûr de bien désirer la femme qu’il doit désirer, et qu’elle est la femme vraiment désirable.
C’est-à-dire qu’il est fasciné par le succès de son rival. Chez Cervantès c’est la même chose.
Alors pourquoi une histoire de ce genre se retrouverait-elle dans une oeuvre comme Don Quichotte ? Eh bien le lien, c’est que le désir de Don Quichotte n’est jamais vraiment spontané, Don Quichotte se précipite sur les moulins à vent parce qu’il pense qu’Amadis de Gaule à sa place aurait fait la même chose, donc il imite le désir d’un autre qui, dans ce cas-là, n’est pas un rival puisqu’il n’existe pas, mais un modèle de désir .
J’ai distingué à ce moment-là deux types de désirs mimétiques : le désir sans rival parce qu’il n’y a pas de contact entre le modèle et l’imitateur, et le désir qui suscite la rivalité parce qu’il est directement empreint de l’objet du rival, désir de l’objet du rival, désir de la même femme, désir du même territoire, désir de la même nourriture, désir des mêmes objets, n’est-ce pas ?

MLM : Donc, là où d’autres étudient la différence, vous, vous avez trouvé un schème commun, vous avez trouvé la similitude, le désir.

R.G. : Ce qui m’a frappé aussi tout de suite c’est le fait que chez Julien Sorel, dans Stendhal, Napoléon joue un rôle très semblable à celui d’Amadis de Gaule, le modèle de chevalerie pour Don Quichotte.

MLM : Vous retrouvez justement dans les différentes oeuvres littéraires que vous avez étudiées le schème du désir mimétique, de l’objet de désir qui est pris et qui est déchiré entre les deux rivaux. Ils s’opposent, pourtant ils sont les mêmes. Le désir mimétique transgresse les différences et les frontières trop strictes entre les individus, vous découvrez alors que la frontière entre le moi et l’autre n’est pas très nette.

R.G. : Elle n’est pas très nette dans la mesure où le désir mimétique, c’est un schème dynamique c’est ça qui est très important. Autrement dit, lorsqu’on désire l’objet de son modèle peut-être le modèle ne désirait-il pas lui-même cet objet de façon très intense mais lorsqu’il voit qu’il est imité, il a tendance à devenir l’imitateur de son imitateur, par conséquent les rôles d’imitateur et de modèle tendent à se redoubler et on a une forme symétrique, on a la création d’une espèce de machine infernale qui est une escalade du désir qui fait que plus l’un désire, plus l’autre l’empêchera de s’emparer de l’objet que lui-même désire en même temps et vice versa. Des deux côtés le désir grandira à cause du désir de l’autre. C’est-à-dire que la valeur de l’objet va augmenter sans cesse . Et des deux côtés on cherchera à interpréter ce conflit en termes de différences : je diffère de l’autre, je n’ai pas les mêmes idées, nous ne sommes pas d’accord, etc…Alors qu’au contraire nous sommes trop d’accord. Et le désir mimétique est toujours ressemblance, identité, perte de différences. Et c’est un principe de conflit qui a quelque chose d’irréductible précisément parce qu’il ne peut pas s’interprêter en termes intellectuels..
Je pense que le premier Shakespeare aussi nous dit cela _dans Mensonge romantique et vérité romanesque il s’agissait surtout de roman, mais ce n’est pas vraiment une théorie du roman, c’est plus une théorie du désir mimétique_ Le premier Shakespeare, en effet, à mon avis, est encore plus explicite parce qu’il est hanté par le thème des deux amis qui s’adorent qui s’imitent en tout, qui ont été élevés ensemble, qui aiment les mêmes livres, les mêmes paysages et qui se fâchent l’un contre l’autre s’ils découvrent que l’autre a un désir qu’ils ne partagent pas, jusqu’au moment, bien sûr, où ils aiment la même femme et l’amitié la plus étroite, la plus intime, se transforme en haine farouche d’un seul coup, sans raison aucune, chacun des deux accusant l’autre d’être responsable.
Et si vous regardez ce thème, vous verrez qu’il reparaît : il est là dans les comédies de Shakespeare au début et on le retrouve dans ses grandes tragédies. Par exemple dans Antoine et Cléopâtre il y a deux vers qui disent que ce qui est la raison de leur amitié devient celle de leur discorde (C’est Enobarbus qui dit à Ménas, » vous verrez que le lien même qui semble resserrer leur amitié l’étranglera, » Acte II scène VII). Il y a toujours dans Shakespeare des formules inouïes pour dire que le conflit n’a rien à voir avec les différences, avec les idées, mais que c’est toujours ce mouvement d’identification réciproque par rapport à un objet.
Et l’objet lui-même, pourtant, tend à disparaître lorsque ce conflit s’exaspère.
L’objet tend à disparaître, soit parce que les antagonistes se l’arrachent, le réduisent en miettes, soit parce qu’ils l’oublient. D’ailleurs c’est un thème comique aussi au cinéma, par exemple, celui des « duellistes »: il y a en un qui attaque une femme, l’autre qui la défend mais rapidement ils inversent leur position, sans s’en rendre compte et celui qui attaque défend et cela n’a plus d’importance et cela peut faire rire les gens …mais c’est aussi la tragédie dans la mesure où cet antagonisme là n’a pas de solution : il n’y a pas de compromis possible.
Et je pense que la culture consiste essentiellement à ne pas comprendre ce type de conflit, à l’éviter, à le transformer et parfois, à juste titre, dans la mesure où si l’on voit vraiment la raison de ce type de conflit, il est très difficile de trouver le terrain d’entente, il n’y a pas de domaine intermédiaire entre les antagonistes. La recherche, l’effort pour résoudre les conflits consiste généralement à trouver un territoire intermédiaire et dans ce cas-là il n’y en a guère, donc la question de la rivalité du désir mimétique engendre peut-être plus une théorie du conflit encore qu’une théorie du désir.

MLM. Donc, vous découvrez dans la littérature ce qui est trait commun justement, cette révélation du désir mimétique et du conflit.

R.G. : Je crois qu’elle n’est présente que chez les grands auteurs parce qu’être un auteur médiocre, (moi je n’hésite pas à universaliser certains principes) c’est chercher à se justifier et chercher à justifier ses propres situations de conflit, c’est-à-dire essayer de penser le conflit avec le rival en termes d’idées, de différences véritables. Et il y a certains écrivains comme Dostoïevski ou Proust où les oeuvres du début, à mon avis, sont une présentation mensongère, fausse et qui est, en quelque sorte, une défense de soi-même, un plaidoyer en faveur de son moi et de la façon dont on le définit alors que les oeuvres deviennent une autocritique radicale du moi comme de l’autre. Oeuvres géniales, où toute distance entre l’observation et l’introspection disparaît.

MLM : Mais le voilà finalement le vrai principe de différenciation que vous trouvez dans Mensonge romantique et vérité romanesque ! Vous montrez la similitude: la différence fait problème et là où les rivaux sont antagonistes en fait ils sont les mêmes; mais par contre vous trouvez un principe de différenciation qui est celui-là : mensonge romantique ou vérité romanesque. Et pourtant ce principe de différenciation lui-même fait problème, puisqu’il peut paraître manichéen. Vous l’avez dit explicitement dès le premier ouvrage, et dans vos ouvrages ultérieurs vous le redites de plus en plus clairement. Ce manichéisme donc peut faire problème, c’est un principe de distinction mais à peine avons-nous posé cette distinction qu’il faut peut-être déjà s’en démarquer.

R.G. : C’est à dire qu’Il faut comprendre qu’elle n’est jamais à notre disposition cette distinction, comme si elle était quelque chose de tangible, une espèce de possession définitive. Chaque nouvelle situation humaine nous replace, si vous voulez, devant les mêmes possibilités d’illusion au sujet de nous-même, alors si vous pensez que vous avez un acquis, une expérience qui fait que la prochaine fois vous ne partagerez pas la différence illusoire, la différence vraie dont vous parlez devient une différence illusoire, elle devient une manière de se démarquer, et au fond une façon de faire violence à autrui.

MLM : Rien de moins systématique, en fait, que votre pensée, contrairement à ce que certains disent !.Mais n’allons pas trop vite, d’abord il y a cette découverte du désir mimétique grâce au texte littéraire, de la différence ou du différend illusoire puisqu’ ils sont les mêmes là où ils croient davantage s’opposer. Ultérieurement, vous allez découvrir une autre hypothèse celle du dépassement de cette violence du même, du moins de sa résolution. Comment vous apparaîtra dans son évidence cette autre hypothèse audacieuse : celle du sacrifice fondateur ?

RG : Mon premier livre était littéraire (bien que je n’étais pas un littéraire à l’origine) et mon second reste littéraire parce que la tragédie grecque y joue un rôle un peu analogue à celui des romans dans le premier. Il est surtout, en fait, une confrontation entre la tragédie grecque et les institutions religieuses archaïques. Le désir mimétique est toujours là … un ami à moi, enfin, un ancien étudiant, qui connaissait bien mon premier livre et qui s’intéressait à mes « mixités » m’a dit « tu devrais faire de l’anthropologie, tu devrais te tourner vers les grandes monographies d’ethnologie, anglaises en particulier, parce que c’est l’ethnologie anglaise qui est la plus riche et tu verras à quel point le désir mimétique est présent »… et c’est effectivement ce que j’ai fait.
Pour moi, le grand révélateur ça a été, à ce moment-là, le rôle des jumeaux dans de nombreuses sociétés. Vous savez, les jumeaux terrifient un grand nombre de sociétés, c’est vrai en Afrique, mais il y a des sociétés à l’autre bout du monde qui sont aussi terrifiées par les jumeaux. Et puis il y a des sociétés qui ne font aucune attention aux jumeaux, même des plus archaïques. Mais si on regarde ce qu’il en est des jumeaux, on s’aperçoit que les jumeaux font peur parce qu’ils symbolisent la violence extrême.
Le structuralisme a une théorie des jumeaux mais qui, à mon avis, n’est pas suffisante. Cette théorie des jumeaux c’est qu’il y a deux individus là où il ne devrait y en avoir qu’un, où il n’y a qu’une seule différence disponible, qu’une position au sein d’une culture, c’est-à-dire d’un système de classification. Mais je pense que les peuples archaïques ne se débarasseraient pas des jumeaux, d’un ou de deux jumeaux, ou ne feraient pas d’eux des personnages sacrés s’il s’agissait seulement d’une histoire de classification. Les jumeaux font peur, ils incarnent la violence et on s’en rend compte par le fait que dans pas mal de sociétés ce sont les parents des jumeaux qui sont soupçonnés d’avoir commis une violence, la mère surtout, qui est soupçonnée d’adultère mais aussi parfois le quartier entier où les jumeaux sont nés est considéré comme plus ou moins touché par la violence. Alors je pense que ce qui se passe c’est qu’il y a confusion entre ce que j’appelais les doubles tout à l’heure, c’est-à-dire l’exaspération de la rivalité mimétique, et les jumeaux biologiques qui se ressemblent.
De toute façon nous savons qu’il y a là quelque chose de réel puisque Malinowski, le premier ethnologue qui ait inventé ce qu’on appelle le « field work », le travail de terrain, Malinowski a découvert que les Trobriandais n’avaient pas peur seulement des jumeaux mais avaient peur des ressemblances familiales. Par exemple, lui, Malinowski, lorsqu’il voyait ces gens-là, il disait parfois « oh, ce que votre fils ressemble à son père! » ou « oh ce que ces deux enfants se ressemblent! » et c’était vraiment quelque chose de très gênant pour les parents, quelque chose de très mal vu, de très impoli .
A mon avis, c’est parce que toute ressemblance évoque le conflit.

MLM : Toute ressemblance est menaçante.

RG : Toute ressemblance est menaçante de contagion, de répétition infinie des mêmes antagonistes dans une société qui risque d’être vouée à l’antagonisme.

MLM : Mais lorsque vous avez désenfoui cette ressemblance … lorsque vous découvrez justement ce principe de ressemblance permanente qui est vraiment occulté par notre société et dont on a peur (il est quelquefois exhibé mais surtout dans la comédie, par exemple chez Molière, dans Amphytrion ou ailleurs..) est-ce que vous n’avez pas eu vous-même un peu peur de désenfouir quelque chose qu’il serait difficile de maîtriser ?

RG : Oh, chez moi c’était surtout un plaisir… En effet, Amphytrion, ou les Ménechmes, c’est tout à fait admirable parce que c’est la reprise du thème des jumeaux archaïques, mais saisis au niveau comique. Il y a aussi cette pièce de Shakespeare qui s’appelle la Comédie des erreurs. Dans l’Amphitryon Molière, en fait, se précipite sur les mêmes scènes que les Ménechmes de Plaute : des scènes très symboliques pour la dépossession du sujet dans cette situation de double. C’est toujours la situation du jumeaux dont l’épouse de l’autre jumeau s’imagine qu’il est le bon jumeau, c’est-à-dire le mari, et il est à l’intérieur de la place, à manger avec la femme ou chez Amphitryon, il va lui faire un enfant, et l’autre jumeau est à l’extérieur, à frapper à la porte et sans arriver à pénétrer chez lui, en lui-même, il est complètement dépossédé et c’est peut-être la plus grande image de l’aliénation qui existe au monde.
Et je suis sûr que Shakespeare était conscient de cela et Molière aussi. Si on compare les textes, on s’aperçoit que c’est le même génie, en ce sens qu’il y a le même développement logique à partir de la perte du moi, le même type de formule, le même type de comique. Je pense que c’est beaucoup plus profond chez les écrivains de cette dimension que dans tout ce qu’on a pu dire depuis, au fond. Ce sont les meilleurs exemples pour définir certains problèmes qui sont très présents chez nous, les problèmes de ce qu’on appelle identité.. Ce mot identité qui est tellement amusant parce qu’il dit déjà les jumeaux, puisqu’il veut dire à la fois l’absolue non différence et aujourd’hui on l’emploie pour dire la différence introuvable. J »ai perdu mon identité c’est-à-dire que j’ai trouvé mon identité avec tout le monde.

MLM : Le texte littéraire dit quelque chose qu’il peut dire et que la culture, notamment, les théories intellectuelles occultent : justement ce mimétisme. Ces théories peut-être se donnent-elles pour fonction, au contraire, d’instaurer de la différence, elles instituent de la différence. Mais vous, vous sentez qu’il y a quelque chose qu’il ne faut pas laisser dans le texte littéraire, mais qu’il faut faire éclater au grand jour et introduire dans le texte théorique. D’où vous vient cette audace et comment ?

RG : Ah je ne sais pas mais pour résoudre son problème d’identité il est bien évident qu’au lieu d’essayer de la nier et de chercher à tout prix des différences ridicules et qui n’ont aucun intérêt et qui finalement sont toujours des vogues, des engouements de mode il faut assumer cette identité et s’apercevoir qu’elle est très amusante, qu’elle n’est pas gênante du tout. C’est à partir du moment où on l’assume, évidemment, qu’une autre forme de différence apparaît. Mais voilà, le problème qui se pose c’est comment ces choses peuvent se passer et c’est là, à mon avis, où le religieux intervient….

MLM : Tout d’abord vous avez découvert dans la littérature à la fois la ressemblance et le mimétisme et en même temps le conflit qu’il engendre, et vous avez développé cette découverte dans vos études ethnologiques.

RG : Dans les études ethnologiques on pouvait montrer que la question des jumeaux c’est la question de ce qu’un penseur comme Hobbes en science politique appelle finalement la guerre de tous contre tous, c’est-à-dire que le mimétisme est contagieux, la rivalité mimétique est contagieuse et la plupart des sociétés craignent une espèce de diffusion de ce type de conflit. Lorsque le mythe parle de peste ou de sécheresse ou de fléau naturel, à mon avis il y a toujours un élément qui est lié à ce type de conflit et bien souvent, bien sûr, les jumeaux sont mêlés à l’affaire, dès qu’on pense aux jumeaux en fonction de la peste on se trouve dans un domaine proprement mythique. J’essaie alors d’interpréter ceci en disant que les sociétés archaïques sont réellemement menacées par ce type de conflit car rien n’est plus naturel que le conflit mimétique chez les hommes. Autrement dit : il y a un obstacle permanent et, en quelque sorte, irréductible à la bonne entente entre les hommes, qui n’est pas seulement la rareté, le conflit au sujet de la rareté, mais qui est cette convergence des désirs sur le même objet, par conséquent il faut essayer de penser comment cet obstacle peut être surmonté, comment les sociétés humaines ont résolu ce problème ou comment plutôt ce problème s’est résolu lui-même.
Je pense que toutes les théories du contrat social sont déjà très puissantes (Hobbes, en effet, voit le conflit au départ mais malgré tout c’est un penseur du contrat social comme Rousseau qui dit « les hommes s’aperçoivent qu’il y a conflit donc ils y renoncent parce qu’ils voient qu’ils ont tout à perdre « ) mais elles restent des théories rationnelles de la fondation de la société, et Hobbes n’y échappe pas. Je pense quant à moi que les mythes et les rituels nous donnent la réponse.
Les rituels, en effet, s’efforcent de refaire une crise de désordre mimétique (pas tous les rituels bien entendu mais les rituels dont nous avons de bonnes raisons de penser qu’ils sont très archaïques). Ils commencent par une mise en désordre délibérée de la communauté et cette mise en désordre va toujours vers de plus en plus de violence (dont on nous dit qu’elle est feinte mais dans certains rituels elle n’est pas si feinte que cela) et cela se termine toujours par le sacrifice. C’est-à-dire par une immolation qui est la réunion de toute la communauté contre une victime. Dans le sacrifice rituel celle-ci est désignée à l’avance (que ce soit un animal ou un homme ) mais je pense que si on étudie la forme de ces rituels et leur contenu, on est obligé d’aboutir à une idée qu’il y a une version spontanée de ce même phénomène auparavant.
Le déchaînement mimétique des rivalités tend de lui-même, au moment où les objets disparaissent, au moment où les antagonismes s’exaspèrent et se généralisent, à se déplacer latéralement vers les antagonistes eux-mêmes. C’est-à-dire que plusieurs antagonistes vont se réunir contre un antagoniste unique et, bien entendu, cela ne fera qu’accroître le désordre jusqu’au moment où le processus deviendra si fort que la communauté entière s’unira contre l’unique antagoniste. Toutes les étapes, d’ailleurs, de ce trajet m’apparaissent reproduites dans cette tragédie extraordinaire qu’est le Jules César de Shakespeare, parce que Shakespeare nous montre qu’il y a une séduction par le personnage de Cassius, une séduction qui permet de réunir les conjurés contre César, mais c’est une petite conjuration mimétique et après la mort de César il y a d’autres rassemblements mimétiques partiels, il y a une guerre civile et puis finalement à la fin de cette guerre civile César devient une espèce de dieu. César et Brutus ensemble, c’est-à-dire les deux adversaires, deviennent une espèce de dieu à deux têtes qui est la naissance de l’empire romain. Je pense que Shakespeare nous dit là que les sociétés sont fondées sur des victimes qui après avoir été honnies, détestées, assassinées, ont refait l’unité de la communauté.
La communauté modeste ne s’attribue pas le mérite de cette pacification et finalement l’attribue à la victime elle-même. C’est-à-dire que la victime incarne, à la fois, le désordre extrême et le retour à l’ordre, l’ordre et le désordre en même temps et cela c’est très important parce qu’elle devient un signe unificateur : un modèle et un contre-modèle pour les institutions sociales. On imite ce qu’elle a fait pour sauver les hommes dans leur rite, c’est-à-dire on tue de nouvelles victimes et on prend garde de ne pas imiter ce qu’elle a fait pour semer le désordre dans la communauté, c’est-à-dire que les hommes, les rivaux potentiels s’écartent les uns des autres et c’est ce qu’on appelle les interdits et le souvenir de l’épisode lui-même à mon avis c’est ce qu’on appelle le mythe. Etant donné que le mythe est remémoré dans la perspective de l’illusion que représente ce phénomène, il est bien évident que la victime est présentée non pas comme une victime arbitraire, ce que nous appelons un bouc émissaire, mais est présentée comme une victime coupable d’abord, et comme une victime qui réconcilie ensuite. Et ce schème, vous le voyez très bien dans les deux tragédies oedipiennes de Sophocle, la première c’est Oedipe coupable, Oedipe qui a vraiment tué son père et épousé sa mère et donc qui est responsable de la peste et la seconde c’est l’Oedipe réconciliateur, unificateur de la communauté qui est tout différent parce qu’il est devenu personnage sacré. C’est un délinquant dans la première pièce et un personnage sacré dans la suivante. Mais ce n’est pas du tout parce que Sophocle est plus vieux ou s’est transformé psychologiquement dans la vie que la seconde pièce est différente! Si vous regardez tous les mythes fondateurs, ils ont cette même structure double, ils sont comme cassés au milieu et le rôle du héros est d’abord celui d’une espèce de délinquant méprisé, rejeté, qui à la fin se transforme en dieu dans une communauté pacifiée par sa mort.

MLM : Et à partir de cette découverte vous poursuivez votre différenciation structurante, entre les oeuvres qui cachent et les oeuvres qui montrent ; et vous distinguez, en fait, deux types de discours, un discours qui va être du côté du mythe, qui va finalement être celui du point de vue du bourreau, du point de vue, en tout cas, de la communauté qui sacrifie, et un discours qui est du côté de la victime.
Alors quels sont exactement ces deux types de discours et vers quelle recherche cela vous conduit-il, à ce moment là de votre heuristique?

RG : Vous avez raison, cette différence entre les oeuvres qui reflètent un certain processus mimétique, qui peut se situer entre deux individus ou toute une collectivité et une victime et les oeuvres qui révèlent ce même processus, cette différence est tout à fait fondamentale chez moi.
Pour moi c’est la différence entre le mythique et un second point de vue :
-Le mythique c’est la victime coupable, c’est la victime qui n’apparaît pas comme arbitraire du tout, mais qui apparaît comme responsable de tout, comme Oedipe. Et le mythique c’est la communauté entièrement unifiée qui n’a aucun doute que cette victime est coupable, et n’ayant aucun doute, par conséquent, elle finit par la diviniser – Le second point de vue c’est le point de vue du judéo-chrétien. Dans le judéo-chrétien vous retrouvez le point de vue du mythe, c’est le point de vue de la foule qui persiste à considérer que la victime a été condamnée à juste titre mais ce point de vue de la foule ne triomphe pas. Ce qui détermine la perspective évangélique c’est le point de vue d’un tout petit groupe de dissidents qui disent ce n’est pas vrai, la victime est innocente, il y a maldonne, c’est d’un processus mimétique qu’il s’agit, pas du tout d’un processus de justice …et vous voyez ceci à tous les niveaux dans les Evangiles. La structure de la foule unifiée d’un côté, la structure de la foule divisée de l’autre.
Et l’insistance que met Jean, par exemple, à dire qu’après que Jésus ait parlé ou agi, ou qu’après que Jésus soit mort, il y a division, m’apparaît absolument essentiel. Autrement dit le mythe est unificateur, contre et pour la victime, alors que d’une certaine manière le chrétien est anti-culturel et dénonce le mensonge du mythe. Pour bien comprendre, je pense qu’il faut partir de la Bible hébraïque et regarder de très grands textes, même des plus anciens comme l’histoire de Joseph.
L’histoire de Joseph est vraiment bâtie comme le mythe d’Oedipe. Je ne dis pas qu’il y a le mythe d’Oedipe derrière mais il doit y avoir un mythe très semblable. Pourquoi ? Il y a période de l’enfance de Joseph qui correspond à l’enfance d’Oedipe et Joseph est une menace pour sa famille parce qu’il a des rêves de grandeur extraordinaire, de la même manière qu’Oedipe est une menace pour sa famille puisque l’oracle est déjà là, qui annonce qu’il va tuer son père et épouser sa mère. Et ensuite évidemment la famille réagit, la famille vend Joseph à une caravane et on le met dans une citerne, le texte est un peu embrouillé à ce moment-là, il y a plusieurs versions. Dans le cas d’Oedipe, Oedipe bien sûr est expulsé par ses parents et en principe tué, ensuite il y a arrivée dans une ville, dans un pays nouveau et dans les deux cas, de la même manière qu’Oedipe épouse réellement sa mère et tue son père, Joseph devient le protégé de Putiphar qui lui donne tout, qui lui confie tout comme à son intendant , un peu l’équivalent d’un Oedipe lorsqu’il est roi de Thèbes.
Dans la seconde partie Joseph est en Egypte, de la même manière qu’Oedipe après avoir passé sa jeunesse à Corinthe, se trouve à Thèbes, et il a beaucoup de succès tout comme Oedipe. Alors son maître (parce qu’il est esclave au départ) Putiphar fait de lui l’intendant de tous ses biens. Bien entendu, il ne lui donne pas sa femme mais Madame Putiphar cherche à séduire Joseph et ne réussit pas. Elle accuse Joseph. La femme de Putiphar a tort, bien sûr, mais les Egyptiens la croient et, sur sa dénonciation, ils s’imaginent que Joseph est coupable et le mettent en prison.
Ensuite Joseph est associé à une grande crise sociale, analogue à la peste du mythe oedipien qui sont les sept années de famine en Egypte. Mais, à la différence d’Oedipe qui est considéré comme responsable de la peste, Joseph est celui qui sauve les Egyptiens des conséquences de la famine, en inventant l’économie moderne si on peut dire, c’est-à-dire la mise en réserve de quantités énormes de grains, et par conséquent il sauve les Egyptiens mais aussi toutes sortes de gens, parmi lesquels se trouvent ses frères.
Alors si vous voulez on peut dire que dans les deux textes, mythe d’Oedipe, histoire de Joseph, la question est toujours la même, c’est : le héros est-il coupable ?

MLM : Ou bien encore, on peut faire une comparaison entre le mythe d’Oedipe et le Livre de Job , vous avez l’avez développée dans votre ouvrage La route antique des hommes pervers.

RG : C’est exactement la même chose, en ceci que Job est accusé par tout le monde et à la différence d’Oedipe, il se défend comme un beau diable comme dans le cas de Joseph!
Alors que le mythe répond toujours oui, oui il menace ses parents, oui il a épousé sa mère et tué son père, oui il est coupable de la peste, l’histoire de Joseph raconte toujours non, non, il est innocent, ce sont ses frères qui sont jaloux, ce sont ses frères qui l’ont expulsé et ils ont eu tort, c’est Madame Putiphar qui l’a dénoncé, ce sont les gentils et les païens qui croient ce genre de choses, ces histoires de bouc émissaire, nous les justes nous ne voulons pas croire que Joseph est responsable de la famine, mais tout au contraire… Donc, vous avez un récit qui est toujours orienté vers la réhabilitation de la victime, on peut donc penser que derrière l’Histoire de Joseph, comme le pensent d’ailleurs les érudits, il y a des mythes qui ont été transformés mais ils ont été transformés d’une manière très particulière, qui va toujours dans le même sens, celui de tenir pour innocente une victime qui, dans les mythes, est toujours coupable.

MLM : Voilà donc l’irruption d’une vraie différence, voilà un discours qui n’est plus de l’ordre du mythe, qui va effectivement dévoiler, dénoncer le mécanisme du bouc émissaire.

RG : C’est ça oui.. Et quelqu’un qui a vu cette différence mais qui l’a mal interprétée c’est Nietzsche. Nietzsche a dit que les juifs étaient toujours du côté de la victime mais il n’a attaché aucune importance à la chose : il n’a pas vu que c’était ça la vérité sur le mythe (et Max Weber qui a écrit un livre sur le judaïsme antique a repris tout ça ). Il n’a pas vu que le principe du bouc émissaire c’était d’attribuer une culpabilité à un innocent, donc il n’a pas vu la puissance épistémologique prodigieuse, la puissance de vérité du biblique qui ne sauve pas la victime seulement pour des raisons humanitaires mais surtout qui dit la vérité. C’est d’ailleurs pourquoi, à mon avis, ce que nous disent les Evangiles au fond, c’est qu’il est impossible pour les hommes de voir cette vérité de la victime parce que les hommes sont horriblement mimétiques et lorsqu’ils se mettent tous à penser pareil, il n’y a pas de puissance humaine qui puisse les en empêcher, autrement dit, il n’y a jamais de vrais témoins des phénomènes de bouc émissaire ou lorsqu’il y a de vrais témoins nous disent les Evangiles, c’est que le Saint-Esprit est à l’oeuvre, c’est-à-dire le Paraclet .
Vous savez, le Paraclet c’est ce mot grec que Jérôme n’a pas osé traduire parce que ça lui paraissait trop bizarre peut-être, qui veut dire l’avocat de la défense ; alors je pense que ce qui est essentiel c’est de voir que le mythe est placé sous le signe de l’accusateur et le mot accusateur c’est le sens originel du mot satan, chez les Perses sans doute déjà, mais aussi les Hébreux.
Au contraire les Evangiles sont placés sous le signe du Saint-Esprit, du Paraclet qui dit la vérité de la victime, mais le Saint-Esprit c’est la vérité tout court. Autrement dit, bien comprendre cela c’est, non pas le comprendre comme Nietzsche, mais c’est comprendre que le Saint-Esprit nous apprend la vérité des hommes, la vérité de la culture humaine, une vérité que Nietzsche lui-même se refuse à voir.

MLM : Donc voilà les pièces maîtresses de votre découverte, de votre inspiration. Vous découvrez le désir mimétique, vous découvrez, à travers la littérature, qu’il occasionne la violence, puis le mécanisme sacrificiel qui finalement est une invention pour limiter cette violence et vous découvrez enfin qu’il y a certains types de textes qui révèlent ce mécanisme et qui le dénoncent. Et il me semble qu’à ce moment là, vos ouvrages dérangent beaucoup. Vous avez déjà écrit la violence et le sacré et le bouc émissaire votre oeuvre dérange, elle est difficilement comprise peut-être, ou alors elle est comprise par peu de gens.

RG : C’est-à-dire qu’elle choque à la fois les non-chrétiens et les chrétiens. Les chrétiens, ce qu’ils ne voient pas c’est que je dis au fond que la Passion est révélatrice, sur le plan anthropologique autant que religieux et ce qu’elle révèle c’est un certain type de meurtre qui joue un rôle fondamental dans la culture. Alors les chrétiens ont peur de cela, à mon avis parce qu’ils veulent singulariser la Passion (et en cela ils ont parfaitement raison), mais la Passion est singulière à cause de la victime, pas à cause du type de meurtre. Si vous prenez la Parabole des vignerons homicides, vous avez tous les messagers du maître de la vigne qui sont expulsés avant le fils et qui sont expulsés exactement de la même manière. Vous avez aussi des paroles comme celle-ci : « je vais mourir comme les Prophètes avant moi « …
A mon avis ce comme a un contenu concret, ce contenu concret c’est ce type de meurtre mimétique qui joue un rôle capital dans la société. Et la preuve agréée que ce type de meurtre intéresse les Evangiles, même au sens anthropologique, ce sont des phrases dans l’Evangile de Jean qui sont parmi les plus mystérieuses des Evangiles et dont on pense qu’elles sont irrationnelles comme « le Diable est meurtrier depuis l’origine ». Ce « depuis l’origine » les synoptiques l’expliquent par le sang versé depuis Abel, « depuis la fondation du monde « et ce sang versé, il y a une chaîne de meurtres qui aboutit au Christ, donc c’est toujours le même mécanisme, ce mécanisme fonctionne dans la fabrication des cultures. Partout où il y a mythe, rituel, il marche admirablement pourrait-on dire.
Mais dans la Passion il cesse de fonctionner et il est révélé. Il est révélé non pas parce que les disciples sont plus intelligents ou parce qu’ils ont gagné leur ancienneté au service de Jésus ou parce qu’ils sont plus malins, mais parce que le Saint-Esprit les instruit, c’est très important pour montrer qu’il ne s’agit pas d’une supériorité, justement, dont l’individu pourrait se flatter d’y arriver par lui-même. En fait, le mérite ne revient pas aux disciples eux-mêmes, puisque parmi les disciples il y a Judas qui est un traître définitif. Parmi ceux qui participent à la Résurrection il y a Paul qui est un persécuteur et il est très important de comprendre que les deux premiers chrétiens fondamentaux, les deux piliers de l’Eglise, Pierre et Paul, deviennent chrétiens en découvrant qu’ils sont eux-mêmes persécuteurs, (Pierre c’est au moment du reniement et Paul, bien entendu, c’est le chemin de Damas avec la question du Christ « pourquoi me persécutes-tu ? « ).
La rédemption et la conscience de la persécution ici ne font qu’un. Donc il n’y a aucune arrogance chez celui qui se découvre persécuteur parce que d’une certaine façon il sait que ce n’est pas lui qui se découvre persécuteur mais qu’il est éclairé par une lumière qui n’est pas humaine.

MLM : Donc l’altérité que vous percevez semble radicale là. Enfin, pourtant cette différence elle-même n’est peut-être pas absolument radicale non plus puisque c’est à travers des types de textes particuliers, donc toujours humains, évidemment que ce que vous appelez la Révélation va s’opérer. Ces textes quels sont-ils ?

RG : Ils sont peut-être commandés par la Révélation. Alors ici encore, les textes sur Satan à mon avis sont fondamentaux et un de mes projets (que je ne terminerai peut-être pas) c’est d’écrire un livre sur Satan.
Ce mystère de Satan m’échappe, bien sûr, pourtant on peut en dire certaines choses…Le mystère de Satan dans le christiannisme correspond toujours au désordre. Et comment fonctionne ce désordre? Eh bien Satan vous séduit, c’est le médiateur, il vous tente, il vous fait désirer quelque chose. Et dès que vous êtes séduit, Satan reparaît en face de vous, il reparaît en face de vous mais ce n’est plus le même Satan, c’est l’adversaire, le Diabolos, celui qui se met en travers, c’est -à-dire l’obstacle. C’est-à-dire la rivalité mimétique. Et les Evangiles ont un autre mot pour dire cela c’est le mot skandalon, qui veut dire obstacle, pierre d’achoppement. Ce mot pierre d’achoppement qui est admirable parce que ça veut dire l’obstacle qui séduit d’autant plus qu’il repousse;
Aujourd’hui, sans doute parce qu’ils ont peur de certains commentaires psychanalytiques, les traducteurs modernes de la Bible n’osent pas traduire par scandale alors on cherche des formules comme occasion de pécher qui sont très plates et qui enlèvent ce paradoxe du modèle qui se transforme en rival. Je pense qu’il n’y a que le mot skandalon et le jeu de Satan comme modèle et obstacle qui soient vraiment des révélations de la rivalité mimétique dans la culture. Les Grecs n’ont pas ça, les Grecs ont des textes sur les jumeaux, ils font des effets comiques, c’est tout, tandis que les mots skandalon et Satan sont en eux-mêmes des espèces de théorisation Satan ça va très loin, puisque Satan c’est d’abord le désordre et ensuite c’est l’ordre.
Et comment est-ce que s’opère ce renversement vers l’ordre? Eh bien, c’est la question de Jésus qui est essentielle ici: « comment Satan pourrait-il expulser Satan ? »
Et la réponse c’est l’heure de Satan, c’est-à-dire la passion. Satan expulsera Satan justement, par ce mécanisme du bouc émissaire. Donc Satan, au terme, si vous voulez : plus c’est le désordre, plus le moment est proche où il ramassera toutes les cartes et rétablira un ordre culturel.

MLM : Ce que vous dites est d’une profondeur bouleversante et nous conduit finalement jusqu’au secret de votre théorie qui est peut-être qu’il y a renversement permanent de tout, quand on croit avoir saisi une vérité elle risque de se figer et ne l’est plus. Et ce que vous voyez dans Satan, en fait, c’est ce mouvement même qui va de l’envie au modèle obstacle qui provoque la crise mimétique jusqu’au sacrifice qui rétablit l’ordre sur la victime sacralisée. Le processus même que toute votre oeuvre contribue à révéler. Je voudrais peut-être avant qu’on ne développe plus loin encore ces réflexions aborder un autre thème, peut-être plus simple, mais ce n’est pas sûr : celui de la frontière, dont peut-être d’une certaine manière on ne cesse de parler depuis tout à l’heure. La frontière qui est le degré zéro de la différence, la frontière entre les hommes, la frontière historique, la frontière culturelle, la frontière linguistique. Cette séparation que les hommes ont toujours besoin d’instaurer au niveau de la différence et qui sur le plan spatial se traduit justement par une séparation entre les rivaux, entre les riverains sur cet objet du désir mimétique très valorisé qu’est le territoire. Que pourrait-on dire dans une perspective girardienne sur la frontière ?

RG : Là, évidemment, c’est le lieu sensible par excellence puisque la multiplicité des cultures est liée à des fondations, qui, à mon avis, sont toujours victimaires et qui sont toujours spatiales couvrant un certain territoire. La fondation mythique c’est la victime collective qui est partagée qui est dépecée et dont des morceaux sont déposés dans des lieux différents, chez les Australiens c’est très net mais on trouve ça dans le monde entier. Et si vous regardez les Lois de Platon, par exemple, vous verrez que les condamnés à mort, on les met à la frontière aussi. D’une certaine manière il y a là un symbolisme assez extraordinaire. Par conséquent le lieu de l’humain dans les sociétés archaïques c’est à l’intérieur de ces frontières. Dès qu’on échappe à ceci, on est dans une altérité qui relève du sacré, parce que contrairement à ce qu’on peut croire la culture n’est pas sacrée, la culture c’est une plage qui est délivrée du sacré par la mort de la victime. Et si la transcendance fausse dont je parle est bien Satan, ce que nous disons là n’est pas une mise en accusation de la religion archaïque parce que les religions archaïques ne cherchent pas à s’identifier à cette transcendance, ne cherchent pas à l’emprisonner, à s’associer avec elle, mais cherchent à l’écarter, à la repousser aussi loin que possible parce qu’elle est bonne dans l’éloignement, elle est très mauvaise dans la présence. On s’en rend très bien compte dans des pièces comme les Bacchantes où l’arrivée du dieu c’est toujours l’arrivée du désastre et son départ c’est le retour à la paix. Par conséquent ce que les Evangiles appellent les puissances de ce monde sont placées, d’une certaine manière, sous la domination de Satan mais cherchent, malgré tout, à l’écarter, à écarter cette fausse transcendance et à la repousser au-delà, justement, des frontières. Mais cela implique qu’au-delà des frontières rien n’est humain, c’est-à-dire que tout est permis et qu’on se trouve dans un domaine de l’incompréhensible, du danger absolument permanent qui est aussi un domaine tout à fait fascinant. Et ce domaine, dans la mesure où il commence à s’apprivoiser un peu, devient le domaine de l’échange avec l’autre.
Et à mon avis, l’échange c’est toujours une offre au dieu pour l’apaiser, au dieu de l’extérieur, vous voyez, par conséquent l’échange se fait par-dessus une espèce de frontière.
Il y a toujours des frontières intérieures aux communautés duelles, par exemple, qui échangent tout, de part et d’autre. Pourquoi? Eh bien, parce que l’impératif premier de la culture c’est l’évitement de ce type de conflit dont j’ai parlé. Par conséquent à l’intérieur d’une même communauté on ne peut plus rien faire, on ne peut plus se nourrir sans risquer la rivalité mimétique, on ne peut plus se marier, on ne peut plus posséder, penser, …etc… Par conséquent c’est à partir d’échanges avec l’extérieur qu’on va prospérer.
Donc cette question de la frontière est extrêmement complexe. Parce que nous ne savons pas au fond, jusqu’où cela va ; par exemple, il n’y a pas de société qui soit vraiment une, la plupart des sociétés sont divisées en groupes et ces sous-groupes sont déjà des espèces de frontières qui en quelque sorte s’humanisent, qui deviennent moins impénétrables, qui offrent des possibilités d’échanges.

MLM : Vous faites mention d’une sorte de continuum, d’une sorte de réseau plus que frontière.

RG : A mon avis, on ne peut pas parler de frontière absolue. Il y en a bien une quelque part, mais une société humaine c’est toujours un certain nombre de frontières qui sont rituellement et légalement transgressées de temps à autre, sans ça on ne pourrait rien faire parce qu’à l’intérieur d’un groupe vraiment autonome, c’est-à-dire un groupe de proches, la famille directe, tout serait interdit, n’est-ce pas, par conséquent on échange avec l’autre. Mais alors ce groupe de subdivisions pour l’échange est opposé à un autre plus absolu, au-delà, avec lequel il n’y a plus d’échange.

MLM : Donc le problème pour vous n’est pas tellement d’abolir les frontières mais au contraire de les démultiplier pour qu’elles permettent finalement cet échange et cette fécondation ?

RG : Pas vraiment, parce que les frontières sont toujours sacrificielles, elles sont toujours liées aux interdits et aux rites. On peut dire que les interdits empêchent qu’on les traverse et les rites permettent de les traverser dans des circonstances exceptionnelles grâce à des victimes.
Mais il est bien évident que ces systèmes sacrificiels s’opposent tous, si vous voulez, à l’idéal judaïque et surtout chrétien, qui serait celui d’un univers sans frontière, où les hommes ne seraient plus menacés par la rivalité mimétique.
Cet idéal là est en nous et on peut dire, malgré tout, que nos sociétés l’ont très mal réalisé puisqu’elles sont pleines de conflits, mais aujourd’hui nous sommes quand même dans un univers où les frontières sont de plus en plus faibles, de plus en plus abolies dans des quantités de domaines, le domaine des communications, le domaine de toutes les formes de transports, jusqu’à un certain point le domaine linguistique puisqu’on est en route vers une langue internationale pour la première fois dans l’histoire humaine.

MLM : Et cela vous paraît un acquis positif ?

RG : C’est un acquis positif. C’est ambigu bien sûr, comme le sont toujours toutes ces choses. C’est un acquis positif dans la mesure où les hommes sont capables de le vivre, où ils sont capables de vivre ces rapports sans rivalité, mais l’absence de frontière peut être aussi la guerre de tous contre tous dans la mesure où elle ne permet plus, si vous voulez, cette distinction qui séparait les hommes quand ils avaient envie de se battre et les unissait pour leur permettre d’échanger des choses. Tout le système rituel de l’existence, toute la culture traditionnelle est en question. Donc, je pense que nous vivons dans un univers à la fois meilleur et pire que tous les autres, qui est toujours en danger, qui est toujours au bord de formes de globalisation qu’il ne peut pas tolérer, parce qu’elles vont trop loin, mais qui, en même temps fonctionne, un peu comme ces systèmes de communication très compliqués qui fonctionnent parfaitement alors même qu’ils sont au bord extrême de l’anarchie la plus totale.
Mais on ne peut pas faire de prédictions, parce qu’ il y a une interpénétration d’une influence chrétienne avec des survivances mythiques extrêmement fortes qui font que l’analyse même des phénomènes de notre monde est toujours très délicate à mon avis, qu’on risque facilement d’interpréter dans un sens ce qui devrait l’être dans l’autre et vice versa.

MLM : Est-ce que, en fait, la frontière pourrait être comparée à un système sacrificiel ? Et pourriez-vous dire, finalement, de la frontière ce que vous dites du système sacrificiel, c’est-à-dire qu’il serait bien temps de nous en débarrasser mais que pourtant nous ne pouvons peut-être pas encore nous priver de toutes ces béquilles sacrificielles.

RG : La frontière fait partie du système sacrificiel. Le logos d’une culture déterminée, le logos grec, par exemple, est toujours situé quelque part, il est enraciné dans un lieu religieux, à partir d’un centre sacrificiel mais le logos chrétien lui, puisqu’il est expulsé par les hommes est à la fois partout et nulle part. Alors est-ce qu’on est obligé de garder cette frontière, oui et non, on ne peut peut-être pas donner de réponse catégorique. Il y a des frontières qui s’abolissent tout le temps sans problème, sans qu’on s’en aperçoive, il y en a d’autres qui suscitent des conflits terribles lorsqu’elles se détruisent. On pourrait dire que la Yougoslavie actuelle est un phénomène de ce type, n’est-ce pas ?

MLM : Ce sont des frontières sanglantes là.

RG : Ce sont des frontières sanglantes, oui. Mais il y a beaucoup d’autres types de frontières. Moi qui vis aux Etats-Unis, je pense par exemple que la constitution américaine prévoyait un fédéralisme extrêmement faible avec des états extrêmement forts, parce qu’ils avaient parfaitement conscience du besoin qu’un pays aussi grand avait de centres vraiment locaux. Il y avait un sens à ces frontières-là et en fait, aujourd’hui, les états perdent de plus en plus d’importance, les Etats-Unis se globalisent de plus en plus vite. Cela présente des problèmes mais aussi des avantages. Il est très difficile d’avoir à ce propos un jugement catégorique.

MLM : Un autre problème que nous rencontrons, justement est celui de l’avenir de la culture. Allons-nous vers une globalisation de la culture ou vers une universalisation de la culture ?

RG : Je pense que lorsque vous dites globalisation, ça a un sens un peu négatif pour vous et qu’universalisation a un bon sens ?

MLM : Il me semble, oui, c’est du moins ce qui m’est apparu à la lecture de votre dernier ouvrage.

RG : La globalisation, en fait, elle est déjà là… Vous savez je pense que les cultures locales, les cultures nationales même ont perdu une bonne partie de leur fécondité. Alors évidemment on parle de l’industrialisation comme cause, etc., et c’est peut-être vrai. Certainement ce qui se passe aujourd’hui dans le domaine de la culture a quelque chose d’inquiétant, dans la mesure où certaines formes de cultures que nous sommes habitués à considérer comme la haute culture, certaines formes littéraires par exemple, donnent l’impression de disparaître. Mais aussi, peut-être sont-elles usées ces formes?…
Je crois que nous avons vécu sur un certain humanisme qui héritait de valeurs religieuses qui restaient vivantes et en même temps de valeurs anti-religieuses, et il y avait un certain équilibre entre les deux, ou plutôt une espèce de trêve, de moratoire. Mais, en ce moment, la culture traditionnelle, l’humanisme qui domine l’Occident depuis le 18ème siècle est en train de s’effriter vraiment, n’est-ce pas, et par conséquent, désormais, des problèmes considérables vont se poser à nous.
Moi, personnellement, je suis religieux, je pense que nous allons voir apparaître des formes renouvelées de christianisme qui resteront traditionnelles, beaucoup plus traditionnelles que les gens ne le pensent aujourd’hui, n’est-ce pas, mais qui aborderont les problèmes anthropologiques. Elles incarneront cette dimension anthropologique dont je parle, c’est-à-dire que nous en deviendrons de plus en plus conscients. Nous sommes de plus en plus conscients de certaines formes de violences culturelles, que nous refusons.


Mai 68/40e: Le grand malentendu de la révolution sexuelle (Looking back on the great free love swindle)

27 février, 2008

Parau na te Varua ino (Words of the Devil, Paul Gauguin, 1892)

Tahiti travel poster
Mutiny on the Bounty (1962)
Woodstock skinny-dipping (1969)
Les habitants de Taïti ont conservé dans sa pureté la plus ancienne religion de la terre. Voltaire (Correspondance, le 11 juin 1774)
We are stardust We are golden And we’ve got to get ourselves Back to the garden Joni Mitchell (Woodstock, 1970)

Tahiti, vahinés, tamouré …

Amour libre, nudité, bronzage …

Et si ces images de base de la révolution sexuelle et de l’hédonisme des années 60 étaient parties d’un vaste malentendu, voire d’une mystification?

Du moins si l’on en croit, à l’approche du 40e anniversaire de mai 68, cet intrigant ouvrage de 2004 de l’anthropologue Serge Tcherkézoff sur les premiers contacts entre les Polynésiens et les Occidentaux (« Tahiti – 1768. Jeunes filles en pleurs. La face cachée des premiers contacts et la naissance du mythe occidental: 1595-1928 »).

Tout part ainsi de la méprise et de la surinterprétation érotique, par un Bougainville ébahi, d’une stratégie défensive des Tahitiens, échaudés par un premier contact musclé quelques mois plus tôt avec l’Anglais Samuel Wallis.

Vite amplifiées par son traducteur anglais puis par notre Voltaire national, les offrandes de jeunes filles à tous les Cook et La Pérouse qui suivent (en réalité des stratégies, préexistantes dans les guerres locales ou avec les chefs sacrés, d’alliances avec des êtres puissants supposés envoyés des dieux) finissent par apparaitre comme une permissivité particulière accordée aux jeunes filles non mariées, voire les rituels d’une sorte de religion d’amour d’un nouvel Eden ou d’une « Nouvelle Cythère ».

Avant leur extension à l’ensemble de la Polynésie et leur reprise par nos Loti et Gauguin, et enfin, beaucoup plus près de nous, Hollywood.

Sans oublier, via les ouvrages de certains anthropologues engagés comme la mère du culturalisme Margaret Mead (« Adolescence à Samoa et Mœurs et sexualité en Océanie », 1928), leur consécration universitaire avec le mythe d’une sexualité libre et heureuse à la Wilhelm Reich de l’avant-garde libertaire des années 1920-1930.

Pour finir, avec les surfeurs et hippies des années 60 et 70, à la démocratisation actuelle du bronzage (plus ou moins intégral) et des vacances balnéaires dans les « paradis tropicaux »…

Histoire d’une mystification

Le mythe occidental de la Polynésie, si prégnant encore dans l’imaginaire touristique actuel, doit beaucoup à Bougainville et au récit de sa brève escale à Tahiti (du 4 au 15 avril 1768), dans le Voyage autour du monde, par la frégate du roi La Boudeuse et la flûte L’Étoile, publié en 1771. Serge Tcherkézoff (1), anthropologue et directeur d’études à l’EHESS, a mené une véritable enquête policière à partir des divers journaux de bord britanniques et français pour comprendre ce qui s’est réellement passé lors des premiers contacts entre Tahitiens et Européens. Son texte, très clair, tient en haleine le lecteur de bout en bout. L’ouvrage bénéficie d’une présentation très soignée et il faut féliciter l’éditeur tahitien pour son travail.

La thèse de l’auteur est claire: Bougainville n’a pas compris les mœurs tahitiennes et s’est livré à une surinterprétation érotique des offrandes sexuelles présentées par les Tahitiens aux Français. Si, à l’évidence, des jeunes filles sont livrées en public à l’appétit sexuel des officiers et marins, il ne s’agit en aucun cas d’un rite local révélant une liberté totale vis-à-vis de l’amour physique. Cette méprise explique que les Français se croient arrivés au Jardin d’Éden. En fait, La Boudeuse et l’Étoile arrivent dix mois après l’escale de Samuel Wallis. Lors de ce premier contact entre l’Europe et Tahiti, les choses se passent mal et les Tahitiens, se rappelant des canonnades meurtrières, savent les pouvoirs extraordinaires de ces étrangers. Les accoupler avec de jeunes Tahitiennes est la première stratégie élaborée par les autochtones pour leur prendre une partie de leur pouvoir, et cela n’a rien à voir avec un quelconque culte local de l’amour et du plaisir. Le sous-titre proustien du livre «Jeunes filles en pleurs» évoque les larmes versées par ces vierges livrées aux Français. Le passage de Bougainville se situe alors dans un entre-deux: après les premiers contacts violents et avant le commerce sexuel, systématisé par la suite.

La méprise de Bougainville va être amplifiée à Londres dans les années 1771-1773 par John Hawkesworth, écrivain de métier, qui publie le récit de Bougainville en anglais en amplifiant l’indécence des mœurs tahitiennes. Par ailleurs, dans une sorte de surenchère littéraire, il récupère les notes de Cook et de Banks — un jeune aristocrate membre de l’expédition de Cook —, que lui confie l’Amirauté, et rédige le «récit de Cook», en forçant le trait sur la sexualité et en s’éloignant notablement des idées de Cook. Au final, on se retrouve avec un texte qui reprend les idées de Bougainville en les grossissant. Voltaire, en 1775, popularise le thème de l’amour libre. Le mythe prend alors son essor, jusqu’à nos jours, par l’intermédiaire du cinéma hollywoodien notamment.

Mais là ne s’arrête pas la mystification et les bornes chronologiques de son ouvrage nous le démontrent: 1595, la rencontre de Mendana avec les habitants des îles Marquises, c’est-à-dire la première fois que des Polynésiens et des Européens sont en contact; 1928, la sortie de l’ouvrage de Margaret Mead, Coming of Age in Samoa (Adolescence à Samoa et Mœurs et sexualité en Océanie), qui redonne de la vigueur au mythe polynésien en expliquant que les adolescent(e)s à Samoa ont une sexualité libre et heureuse. Serge Tcherkézoff montre comment ce livre va servir l’avant-garde libertaire des années 1920-1930. Ainsi, face au puritanisme ambiant, les peuples qui, croit-on, ont une approche «naturelle» de la sexualité deviennent des sortes de modèles pour certains anthropologues engagés. Citons Edward Handy, Bronislaw Malinowski, Bengt Danielson et surtout Margaret Mead, que Serge Tcherkézoff accable en pointant ses faiblesses méthodologiques et sa méconnaissance profonde de la Polynésie. Son fameux ouvrage est sévèrement critiqué, alors qu’il fut abondamment utilisé par Wilhelm Reich et devint emblématique de l’école américaine d’anthropologie culturelle. Il faut attendre les années 1970 pour que les premières interrogations sur la mystification polynésienne apparaissent dans le champ intellectuel.

L’exemple de cette mystification polynésienne nous révèle de la sorte le poids des modèles interprétatifs dans l’observation des faits culturels. Elle nous montre aussi comment, dans l’horreur raciste des siècles antérieurs, un peuple a pu partiellement échapper à la stigmatisation et servir au découpage de l’espace Pacifique, élaboré par Dumont d’Urville en 1832, qui invente la Mélanésie, peuplée de Nègres s’opposant aux Polynésiens, race valorisée. Et c’est probablement par les Polynésiens d’Hawaii, avec le personnage du nageur-surfer incarné par Duke Kahanamoku, que le bronzage devient une marque positive chez les Blancs à partir des années 1920 et un élément fondamental des vacances balnéaires.

Jean-Christophe GAY

TCHERKÉZOFF S., 2004, Tahiti – 1768. Jeunes filles en pleurs. La face cachée des premiers contacts et la naissance du mythe occidental (1595-1928). Pirae: Au vent des Iles, 532 p., ISBN: 2-909790-29-0.


Histoire: Thomas Platter ou l’invention du tourisme culturel (Travel writing: The other Platters)

24 juillet, 2007
Thomas PlatterLes pèlerins avaient des guides, des agences de logement et de voyage, toute une gamme de petits souvenirs bon marché et presque toute la panoplie du tourisme actuel. Feifer (1985)
A cette cause, le commerce des hommes y est merveilleusement propre et la visite des pays estrangers, non pour en rappeler seulement, à la mode de nostre noblesse Françoise, combien de pas a Sanata Rotonda, ou la richesse des calessons de la Signora Livia, comme d’autres, combien le visage de Néron, de quelque vieille ruyne de là, est plus long ou plus large que celuy de quelque pareille medaille, mais pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autruy. Je voudrois qu’on commençast à le promener dès sa plus tendre enfance, et premierement, pour faire d’une pierre deux coups, par les nations voisines où le langage est le plus esloigné du nostre, et auquel, si vous ne la formez pas de bon’heure, la langue ne peut se plier. Montaigne (Essais I, XXV, 1580)
Il ne manque pas de signaler l’épitaphe d’un personnage mort ‘en prenant ses ébats sur le corps d’une demoiselle’, ajoutant ‘qu’on ne va pas en paradis par ce trou-là’. Jacques Duquesne

Pour ceux qui, comme moi, en étaient restés à « Only you » …

En cette saison privilégiée du voyage et pour ceux qui ne connaitraient que le célèbre groupe de pré-rock américain des années 50 et leur inoubliable slow …

Ou se demanderaient comment un aussi petit pays que la Suisse peut avoir autant de voyageurs partout …

Retour, avant même le Grand Tour anglais dont nous avons tout récemment parlé, sur l’un des grands ancêtres du voyage éducatif et véritable inventeur du tourisme culturel (cette forme sécularisée du pèlerinage traditionnel): le Suisse Thomas Platter.

Moins connu (du moins, manque de traductions oblige, en France – au point que le Figaro lui attribue la nationalité… anglaise!) que son illustre humaniste de père du même nom (l’ancien berger devenu, via son amitié avec le grand Réformateur et humaniste Zwingli, imprimeur puis professeur et notable) ou que son frère anatomiste et botaniste Félix (dont Montaigne lui-même vint voir les fameuses collections), le médecin bâlois (1574–1628) fait pourtant partie, comme le rappelle le grand historien du Collège de France Emmanuel Le Roy Ladurie qui a consacré toute une série d’ouvrages à la célèbre dynastie bâloise, (Le Siècle des Platter, 1599-1628, t. I, Le Mendiant et le Professeur, 1995), et t. II, Le Voyage de Thomas Platter, 1595-1599, 2000), des monuments de la culture française comme européenne, à l’époque de la Renaissance et du baroque.

Tout simplement parce que c’est en France qu’il commença ses pérégrinations à l’occasion de ses études de médecine (avec son frère) à Montpellier.

Et qu’il parcourut une bonne partie de l’Europe, des Pays-Bas (l’actuelle Belgique en fait) à l’Angleterre, où il assista notamment à l’une des premières représentations d’une pièce de Shakespeare dans son nouveau théâtre du Globe.

Mais aussi pour son précieux regard sur la société européenne de l’époque et notamment sur les mystères, pour le protestant éclairé qu’il était, de cette Europe encore sous le joug du papisme et de la Contre-Réforme (avec ses reliquats païens comme le si exotique culte des reliques ou les combats de coqs ou, comme Montaigne plus tard,… les circoncisions juives!) ou de la monarchie et sa terrifiante panoplie de châtiments mais aussi ses premières grandes entreprises industrielles (salines, moulins, arsenaux des galères, gigantesques ardoisières).

Thomas Platter (…) voyage pour achever sa formation intellectuelle, conformément au modèle du voyage éducatif théorisé par l’humanisme, notamment dans les régions réformées d’Allemagne et de Suisse.

Le journal de voyage de Thomas Platter marque un moment capital de l’histoire de la civilisation occidentale, celui de l’invention du tourisme culturel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : apprendre sur le mode empirique le monde, sa diversité et son histoire, grâce au vécu quotidien du voyage, à l’observation des individus, des moeurs, de la civilisation, et à la visite systématique des monuments et des oeuvres d’art. Tel est l’objectif proposé par l’humanisme à tout jeune homme soucieux de parfaire son instruction et son éducation.

Platter est le parfait touriste du voyage culturel. (…) Dans sa version humaniste, la civilisation chrétienne a inventé dans la seconde moitié du XVIe siècle le voyage instructif comme élément indispensable d’une éducation accomplie.

Mémoires d’un touriste
Jean-Louis HAROUEL
Le Figaro Littéraire
Le 22 juin 2006,
Au temps où les voyages culturels formaient la jeunesse, l’humaniste anglais [???] fit le tour de l’Europe. Un tableau incomparable de la civilisation au début du XVIIe siècle.

Heureux pays, l’Angleterre de 1599 n’avait pas de loups, tandis qu’en France ils décimaient les troupeaux et dévoraient fréquemment les gens. Le confort des coches assurant chaque jour un service régulier au départ de Paris vers de nombreuses grandes villes françaises faisait l’admiration des étrangers. Le trajet de Bruxelles à Anvers s’effectuait grâce à un canal où circulaient de jour comme de nuit des bateaux pouvant accueillir 400 passagers confortablement assis dans une salle vaste comme une église, et qu’un seul cheval suffisait à tirer. La grande route de Paris à Orléans était, par sa largeur, la qualité de son pavement et l’intensité de sa fréquentation, un axe routier sans rival en France. Telles sont quelques-unes des innombrables notations concrètes d’un jeune voyageur suisse qui a parcouru entre 1595 et 1600 divers pays de l’Europe occidentale.

Fils d’un humaniste bâlois réputé, Thomas Platter commence son tour d’Europe à 21 ans, après des études de médecine à Montpellier, haut lieu de la modernité médicale. Il voyage pour achever sa formation intellectuelle, conformément au modèle du voyage éducatif théorisé par l’humanisme, notamment dans les régions réformées d’Allemagne et de Suisse. Et, comme le prescrivent les doctrinaires humanistes, il va rédiger un récit méthodique et précis de ses pérégrinations, illustré de remarquables croquis. La traduction de ce document d’un intérêt historique exceptionnel le rend enfin accessible au public français. Constituant le troisième élément d’un ensemble, le présent ouvrage se lit de manière indépendante des deux volumes précédents, tout en donnant à ceux qui ne les connaissent pas encore le désir de s’y plonger.

Le journal de voyage de Thomas Platter marque un moment capital de l’histoire de la civilisation occidentale, celui de l’invention du tourisme culturel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : apprendre sur le mode empirique le monde, sa diversité et son histoire, grâce au vécu quotidien du voyage, à l’observation des individus, des moeurs, de la civilisation, et à la visite systématique des monuments et des oeuvres d’art. Tel est l’objectif proposé par l’humanisme à tout jeune homme soucieux de parfaire son instruction et son éducation.

Regard bienveillant d’un protestant

Certes, les musées n’existaient pas encore, mais les trésors des collections royales et princières, qu’on pouvait visiter moyennant autorisation et distribution de pourboires, en étaient la préfiguration, et en furent d’ailleurs historiquement l’amorce. Et puis il y avait les richesses des églises. Le protestant Thomas Platter n’en manque pas une seule. Bien que ne croyant aucunement en leur pouvoir miraculeux, il visite systématiquement les reliques, collationne les récits mythiques de fondation des sanctuaires et des villes, note les récits pieux des actions fabuleuses des saints locaux, décrit les tableaux et les statues, retranscrit scrupuleusement les inscriptions funéraires. Le zwinglien Platter consacre une grande partie de son temps à l’étude ethnographique et artistique des monuments et du culte catholiques.

Il porte sur eux un regard objectif et même a priori bienveillant, correspondant à une curiosité sécularisée, mue par une ambition scientifique, et étayée sur des lectures documentées. Il veut voir, savoir, comprendre. Son attitude n’est jamais critique : il observe, visite, décrit, accumule les informations. Et sa curiosité s’étend à tous les aspects des lieux visités : habitat, architecture, urbanisme, costume, mode de vie, cérémonies officielles, commerce, agriculture, industrie, formes de sociabilité, etc. Bref, Platter est le parfait touriste du voyage culturel. Et, là où le touriste actuel multiplie les photographies, il fait des croquis très évocateurs de personnages, de décors, de costumes, qui sont pour nous de précieux témoignages.

Dans sa version humaniste, la civilisation chrétienne a inventé dans la seconde moitié du XVI e siècle le voyage instructif comme élément indispensable d’une éducation accomplie. Le récit de Thomas Platter en est un magnifique exemple. Et il nous offre du même coup un matériau historique extraordinaire, un tableau incomparable de l’Europe vers 1600, une description précise, concrète et vivante, dont certains passages se lisent comme un roman.

L’Europe de Thomas Platter France, Angleterre, Pays-Bas : 1599-1600 (Le siècle des Platter III) présenté par Emmanuel Le Roy Ladurie (texte traduit par E. Le Roy Ladurie et F.-D. Liechtenhan) Fayard, 637 p., 28 €.

Voir aussi:

Tel Platter, tel fils
Michel Crépu
L’Express du 06/07/2000
Emmanuel Le Roy Ladurie suit une famille de protestants suisses sur plusieurs générations. Comme son père, Thomas II visite la France. Mais celle d’Henri IV

Tel fut le père, tel sera le fils. Thomas Ier, Thomas II, depuis Bâle la paisible vers le Sud français, Montpellier, Uzès, Avignon, Marseille, et même une petite pointe espagnole… Nous connaissions Platter dit le Vieux, narrateur du premier volume de cette «série» qui pourrait – idéalement… – en compter cinq. Nous avions assisté à l’irrésistible ascension de cet ancien berger devenu imprimeur, professeur, notable en vue dans sa propre cité. Un demi-siècle plus tard, son fils entreprend lui aussi un voyage à l’identique.

Etudiant en médecine à Montpellier, Thomas II n’a pas les yeux dans sa poche, il est le pur produit d’une culture protestante éclairée, «érasmienne», éprise de tolérance, d’intelligence des formes diverses de ce que l’on appellerait aujourd’hui le «social». C’est un plaisir d’observer ce huguenot pudique «mater» à son tour les jolies Marseillaises, «joyeuses et pétulantes» quoique souvent privées de leur époux. Bon marcheur, ne craignant pas d’embarquer sur les eaux parfois mouvementées du Rhône, Thomas fréquente les bonnes auberges, quand il ne se livre pas au descriptif minutieux des installations militaires, des mœurs commerciales d’une société française goûtant le repos à la mode d’Henri IV.

Pour le lecteur du XXIe siècle, ces pages saisissantes de réalisme montrent un homme posé, curieux, ouvert. Si les papistes lui font l’effet d’une tribu exotique au tralala sophistiqué, il ne témoigne d’aucune hostilité à leur égard. Il n’en est pas, voilà tout. Le choc est plus vif dans l’Espagne à fraise où veille l’œil de la Sainte Inquisition: on ne peut pas demander l’impossible à un fils d’Erasme. Mais même là, sur la route de Barcelone propre comme «un jeu de paume», notre homme est heureux de goûter à l’inconnu. Et l’on se prend d’amitié pour cet homme mort il y a quatre siècles, aux étonnements ingénus, d’une troublante fraternité.

Voir également:

Souvenirs d’un Européen
Jacques Duquesne
L’Express du 16/02/2006

C’est à la fin du XVIe siècle que l’on retrouve le benjamin des Platter. Du Val de Loire aux Pays-Bas, en passant par l’Angleterre, le voyage se poursuit

Les Platter reviennent tous les cinq ans. Voilà une bonne dizaine d’années, Emmanuel Le Roy Ladurie avait conté l’ascension sociale prodigieuse de l’humaniste bâlois Thomas, au XVIe siècle, et en 2000 il publia le journal de son fils, qui voyagea surtout en France du Sud et en Savoie. Voici aujourd’hui la France du Nord, mais aussi l’Angleterre et les Pays-Bas, visités par cet autre Thomas, le plus jeune, un étonnant garçon, auteur d’un récit passionnant qui est aussi un document d’histoire.

Un encyclopédiste qui écrit bien…
Car rien n’échappe à ce troisième Platter, apprenti médecin, protestant qui se passionne pour les catholiques (à Paris, il visite des dizaines d’églises, mais pas un seul temple), géographe qui mesure les distances entre chaque ville, économiste qui décrit les premières aventures industrielles et juriste avisé qui s’intéresse au fonctionnement des monarchies. Bref, c’est un encyclopédiste. Mais qui écrit bien. Et qui a beaucoup d’humour: il ne manque pas de signaler l’épitaphe d’un personnage mort «en prenant ses ébats sur le corps d’une demoiselle», ajoutant «qu’on ne va pas en paradis par ce trou-là».

C’est un monde rude qu’il décrit. A Paris, à Londres, dans les petites bourgades également, mendiants et prostituées abondent; le spectacle est presque quotidien, dans les capitales, de malfaiteurs décapités ou pendus. Reste que le vin est bon, que, même à Louvain, les raisins sont excellents, que les femmes sont belles (surtout à Valenciennes, «parmi toutes celles des Pays-Bas» …) et les paysages joliment décrits, sans que l’on puisse mesurer la part prise par les traducteurs à cette qualité littéraire.

Ceux-ci ont ajouté au texte un utile appareil de notes et Emmanuel Le Roy Ladurie aide à situer ce récit dans son contexte historique. Chaque lecteur dont la région a été traversée par Thomas Platter (du Val de Loire à l’actuelle Belgique, l’Angleterre, avec retour vers Bâle) aura plaisir – et parfois surprise – à découvrir ce qu’elle fut alors.

Voir enfin:

Excerpt from the Diary of Thomas Platter

Platter was a Swiss traveller who came to London in 1599:

This city of London is not only brimful of curiosities but so populous also that one simply cannot walk along the streets for the crowd.

Especially every quarter when the law courts sit in London and they throng from all parts of England for the terms to litigate in numerous matters which have occurred in the interim, for everything is saved up till that time; then there is a slaughtering and a hanging, and from all the prisons (of which there are several scattered about the town where they ask alms of the passers by, and sometimes they collect so much by their begging that they can purchase their freedom) people are taken and tried; when the trial is over, those condemned to the rope are placed on a cart, each one with a rope about his neck, and the hangman drives with them out of the town to the gallows, called Tyburn, almost an hour away from the city; there he fastens them up one after another by the rope and drives the cart off under the gallows, which is not very high off the ground; then the criminals’ friends come and draw them down by their feet, that they may die all the sooner. They are then taken down from the gallows and buried in the neighboring cemetery, where stands a house haunted by such monsters that no one can live in it, and I myself saw it. Rarely does a law day in London in all the four sessions pass without some twenty to thirty persons — both men and women — being gibbeted.

And since the city is very large, open, and populous, watch is kept every night in all the streets, so that misdemeanor shall be punished. Good order is also kept in the city in the matter of prostitution, for which special commissions are set up, and when they meet with a case, they punish the man with imprisonment and fine. The woman is taken to Bridewell, the King’s palace, situated near the river, where the executioner scourges her naked before the populace. And although close watch is kept on them, great swarms of these women haunt the town in the taverns and playhouses.

Ou:

THOMAS PLATTER VISITS LONDON THEATRES, 1599

Thomas Platter was a young Swiss from Basle, who visited London from 18 September to 20 October, 1599. This is fortunate dating, since the Globe was first erected in 1599, and Platter visited it to see Shakespeare’s Julius Caesar. Unfortunately he gives us only a glimpse of the performance, but he does provide some interesting details of the Globe and two other theatres, one of which seems to have been the Curtain. Platter’s discussion of performance practices, the collection of entrance money and the costuming of the actors is of great interest, even though, as with most documentary evidence of the period, it has to be treated with caution.

The transcription of the original German given here is taken from E.K. Chambers, The Elizabethan Stage, II, PP. 364-5. A less literal translation than the one offered here may be found in Peter Razzell, The Journals of Two Travellers in Elizabethan and Early Stuart England: Thomas Platter and Horatio Busino (London, 1995), PP. 166-7.

[On the 21St of September, after the mid-day meal, about two o’clock, I and my company went over the water [i.e. across the Thames] and saw in the house with the thatched roof [in dem streuwinen Dachhaus] the tragedy of the first Emperor Julius Caesar quite aptly performed. At the end of the play according to their custom they danced quite exceedingly finely, two got up in men’s clothing and two in women’s [dancing] wonderfully together.

At another time, not far from our inn in the suburbs, at Bishopsgate according to my memory, again after lunch, I saw a play where they presented different nations with which each time an Englishman struggled over a young woman, and overcame them all, with the exception of the German who won the girl in a struggle, sat down beside her, and drank himself tipsy with his servant, so that the two were both drunk, and the servant threw a shoe at his master’s head, and both fell asleep. In the meantime the Englishman crept into the tent, and carried off the German’s prize, and thus outwitted the German in turn. In conclusion they danced in English and Irish fashion quite skilfully. And so every day at two o’clock in the afternoon in the city of London sometimes two sometimes three plays are given in different places, which compete with each other and those which perform best have the largest number of listeners. The [playing places are so constructed that [the actors] play on a raised scaffold, and everyone can see everything. However there are different areas and galleries where one can sit more comfortably and better, and where one accordingly pays more. Thus whoever wants to stand below pays only one English penny, but if he wishes to sit, he enters through another door where he gives a further penny, but if he wants to sit in the most comfortable place on a cushion, where he will not only see everything but also be seen, he gives at another door a further English penny. And during each play things to eat and drink are brought round among the people, of which one may partake for whatever one cares to pay.

The actors are dressed in a very expensive and splendid fashion, since it is the custom in England when notable lords or knights die they bequeath and leave their servants almost the finest of their clothes which, because it is not fitting for them to wear such clothes, they offer [them] for purchase to the actors for a small sum of money.

How much time they can happily spend each day at the play, everyone knows who has seen them act or perform.]


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