Guerre des Six-Jours/50e: Attention, une occupation peut en cacher une autre (Let’s stop the ahistoric occupation nonsense: it was annihilation, stupid !)

10 juin, 2017
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https://i0.wp.com/www.mrdrybones.com/blog/D17605_1.gifSouviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. Exode 20: 8-11
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer. (…) En quoi, pourquoi Israël est-il l’Europe ? Certes par l’origine de ceux qui ont bâti son État, imposé les conditions du rassemblement de son peuple. Mais cela ne suffirait pas, si l’Europe historique, d’où étaient revenus ces revenants, n’avait été elle-même modelée sur l’histoire du peuple hébreu, n’avait repris la mission du peuple de Dieu dans une « chrétienté ». La couronne du Saint Empire portait l’effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France – avant Bossuet, de l’aveu même de Machiavel – était « tirée de l’écriture sainte », et les nations, jusque dans l’hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l’obéissance au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. L’échec final de la Chrétienté en Europe, et de sa « mission » sur les autres continents, rendant apparemment vaine la diaspora, la dispersion du peuple juif, permettant à de modernes empires de prétendre que la croix elle-même avait été vaine, restituait nécessairement aux Juifs leur charge originelle, l’idée de cette charge, transformée par l’aventure de vingt siècles. Échec déjà évident autour de la première guerre mondiale qui justifia la première entreprise sioniste, mais combien plus éclatant et terrible avec la seconde et l’entreprise démoniaque du germanisme hitlérien. Toute l’Europe en fut victime, mais nul peuple, nulle communauté comme les Juifs ; s’ils avaient espéré que l’échec du Christ et de la Chrétienté les libérerait, les assimilerait, si les « libéraux » ou « révolutionnaires », parmi eux avaient contribué puissamment à cet échec selon le monde, bref s’ils étaient souvent restés « Juifs charnels » selon Saint Paul, à mesure que les chrétiens le devenaient, l’atroce massacre désabusait à jamais les survivants, autant que les chrétiens antisémites : la croix gammée avait bien élevé sa prétention abominable contre la croix du Christ, et c’est d’un même Dieu, le Dieu judéo-chrétien qu’elle avait proclamé la mort, avec un sérieux pratique supérieur à toutes les mythologies du marxisme ou de l’existentialisme athées. La création de l’État d’Israël fut la seule rançon, la seule création positive répondant à l’horreur infinie de la seconde guerre mondiale. Cette guerre finalement « victorieuse », libérant quelques-unes des nations opprimées, consacrant ou renouvelant la servitude de beaucoup d’autres, n’a symboliquement et directement produit que cette liberté-là. Elle a donné aux « Européens » qui avaient le plus souffert de l’entreprise contre ce qui restait de la Chrétienté (paradoxalement aux Juifs qui, dispersés, étaient, dans la vraie conception du monde ancien, une part significative de cette Chrétienté, même quand ils étaient persécutés par elle), le droit à exister comme État et dans l’histoire.  Oui l’Europe qui avait, par la première guerre mondiale, perdu sa primauté réelle, devait, par la seconde, en perdre jusqu’aux restes et aux apparences. Et les perdre au profit de deux images d’elle-même accomplies en cauchemar, des deux puissances issues de deux « diasporaï » de l’ancienne Chrétienté, celle des « pères fondateurs » de l’Amérique, pèlerins du Mayflower, et celle des prophètes de la révolution accomplissant, ou abolissant, leur rêve dans la nouvelle Russie. Quelque puissance limitée, au niveau des nations, et quelque ferment de son ancienne grandeur selon l’esprit, lui restaient ; mais non comme Europe, et nullement comme effet de la « victoire ». L’unique nouveauté qui eût son visage, qui ressemblât à ses douleurs, qui réunît ses espérances, ce fut Israël. L’extraordinaire (hors d’un ordre chrétien qui n’avait pas réussi à modeler l’histoire, mais fidèle à l’origine même de cet ordre) n’était pas demeuré impossible. Et les chrétiens de nos antiques nations ne pouvaient voir en ce retour une contradiction à leur espérance en la conversion finale du dernier Juif, qui doit précéder la « parousie » : d’abord parce que l’État d’Israël ne rassemblerait jamais tous les Juifs ; ensuite parce que la nature fondamentalement théocratique de cet État, son enracinement dans le sacré, en dépit de toutes les grimaces laïques et démocratiques, constituaient par eux-mêmes une sorte de « conversion », et une promesse de retour à la source première, où la naissance et le Christ ne s’opposent pas, mais fondent ensemble la « nation », pour les autres peuples enracinés dans l’histoire chrétienne. Pierre Boutang (1er juin 1967)
Israël n’est pas incompatible avec l’existence des peuples arabes, en leur diversité, et qui auraient oublié le principe conquérant de l’islam si quelques démagogues (d’ailleurs inspirés d’un autre islam, celui du germanisme nazi) ne l’avaient réveillé, et réveillé contre les seuls juifs. Pierre Boutang
Comme à l’origine, Israël est signe de contradictions, pierre de touche pour les nations et les empires dont il fait apparaître les contradictions, lui même restant, d’une manière inconnue, le lieu toujours privilégié de la contradiction utile, entre l’homme et son Dieu. (…)  Jérusalem pour des raisons bibliques, mais aussi de très concrètes et proche histoire ne peut qu’être confiée à la garde de l’État et du soldat juifs. La décadence et les crimes de notre Europe, anciennement chrétienne ont conduit à ce châtiment mystérieux, ce signe de contradiction ineffable comme tout ce qui tient à Israël. Pierre Boutang
On est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. Mais je n’ai pas vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois, faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la Seconde guerre mondiale. La colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans: c’est le cas de l’Algérie, de 1830 à 1962. Mais ces mêmes Arabes ont été réduits à l’esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles. La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVe siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans – donc les Arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêté vers le XIe, au plus le XIIe siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’Arabes – pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIe siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIe siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Castorius Castoriadis
Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci: que la spécificité de la civilisation occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’autocritiquer. Il y a dans l’histoire occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a créé cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre êtres humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime. (…) L’écrasante majorité de la planète ne vit pas l' »égalisation des conditions », mais la misère et la tyrannie. Et, contrairement à ce que croyaient aussi bien les libéraux que les marxistes, elle n’est nullement en train de se préparer pour accueillir le modèle occidental de la république capitaliste libérale. Tout ce qu’elle cherche dans le modèle occidental, ce sont des armes et des objets de consommation – ni le habeas corpus, ni la séparation des pouvoirs. C’est éclatant pour les pays musulmans – un milliard d’habitants -, pour l’Inde – presque un autre milliard -, dans la plupart des pays du Sud-Est asiatique et d’Amérique latine. La situation mondiale, extrêmement grave, rend ridicules aussi bien l’idée d’une « fin de l’histoire » que d’un triomphe universel du « modèle démocratique » à l’occidentale. Et ce « modèle » se vide de sa substance-même dans ses pays d’origine. Castorius Castoriadis
Égorge, égorge, égorge et sois sans pitié,  Égorge, égorge, égorge, et lance leurs têtes Dans le désert,  Égorge, égorge, égorge Tout ce que tu voudras,  Égorge tous les Juifs et tu vaincras. Oum Kalsoum (1967)
L’existence d’Israël est une erreur qu’il faut rectifier ; Voici enfin l’occasion d’effacer la honte qui s’est abattue sur nous depuis 1948 : notre objectif est clair :rayer Israël de la carte. Radio Damas (28 mai 1967)
Notre objectif sera la destruction d’Israël. Le peuple arabe veut se battre. Nasser
Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création. Rabin
En reconnaissance pour sa contribution, Rabin reçut l’honneur de nommer la guerre pour les Israéliens. Des suggestions proposées, dont  « La Guerre de l’audace », « La Guerre du salut » et « La Guerre des fils de la lumière », il choisit la formule la moins ostentatoire, la Guerre des Six Jours, évoquant les jours de la création. Michael Oren
L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme (…) Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Charles De Gaulle (nov. 67)
Définir un ‘peuple’ par deux adjectifs… expliquer l’impérialisme israélien par la nature éternelle, l’instinct dominateur du peuple juif… Les Juifs de France ou, pour mieux dire, du monde entier, ont immédiatement saisi la portée historique des quelques mots prononcés le 28 novembre 1967 par le président de la République… Aucun homme d’État occidental n’avait parlé des Juifs dans ce style, ne les avait caractérisés comme ‘peuple’ par deux adjectifs. (…) Le général de Gaulle a, sciemment, volontairement, ouvert une nouvelle période de l’histoire juive et peut-être de l’antisémitisme. Tout redevient possible. Tout recommence. Pas question, certes, de persécution : seulement de ‘malveillance’. Pas le temps du mépris : le temps du soupçon.  (…) Pourquoi le général de Gaulle a-t-il solennellement réhabilité l’antisémitisme ? Afin de se donner le plaisir du scandale ? Pour punir les Israéliens de leur désobéissance et les juifs de leur anti-gaullisme occasionnel ? Pour interdire solennellement toute velléité de double allégeance ? Pour vendre quelques Mirage de plus aux pays arabes ? Visait-il les États-Unis en frappant les juifs ? Voulait-il soumettre à une nouvelle épreuve l’inconditionnalité de certains de ses fidèles qui ont souffert sous Charles de Gaulle ? Je l’ignore. Raymond Aron (1968)
Une troisième guerre mondiale a-t-elle commencé le matin du 5 juin 1967 ? La Croix (6 juin 1967)
Ceux qui ont montré tant de passion pour soutenir Israël dans la guerre devraient s’employer à convaincre les Israéliens que rendre justice aux Arabes est le meilleur moyen de construire la paix. (…) si Israël ne sait pas dominer sa victoire, il lui faudra recommencer dans dix ans, dans vingt ans. La Croix (7 juin 1967)
Les Israéliens ont eu la vitesse et la force. Les Arabes songent aujourd’hui que, pour leur part, ils auront le temps et l’espace : après avoir perdu la guerre de cent heures, ne pourraient-ils pas gagner la guerre de cent ans ? La Croix (8 juin 1967)
J’ai demandé à des familles aux Etats-Unis de me montrer les lettres que leur envoyaient à l’époque leurs proches vivant en Israël. J’en ai lu près de 500. Presque toutes, en 1966 et 1967, mentionnent la crainte d’un nouvel holocauste. C’est la grande peur, une panique sincère de la destruction imminente, qui s’infiltre dans tous les recoins de la société.  (…) Le conflit était en fait inévitable, car Israël était trop faible pour ne pas attaquer. J’ai établi une chronique de la montée de l’irrationnel. Lors des discussions de janvier 1967 entre le gouvernement et les services secrets du Mossad, on spécule sur les options de Hussein de Jordanie. Mais une conclusion s’impose clairement: en cas de conflit, l’annexion de la rive occidentale du Jourdain et de Jérusalem-Est ne serait pas dans l’intérêt national d’Israël. Le 5 juin 1967, quand les troupes de Hussein attaquent, la raison succombe aux pulsions viscérales. Certes, la guerre est gagnée. Le danger principal, l’Egypte, a été écarté après la destruction de 400 de ses avions. Mais on opte, néanmoins, pour l’offensive contre la Jordanie, pour l’occupation de la rive ouest et surtout celle de Jérusalem- Est. Israël va s’emparer de lieux saints musulmans et chrétiens, un geste aux conséquences internationales immenses. Pourtant, lors de la réunion avec Eshkol, l’état-major et le Mossad, il n’y a même pas eu un juriste pour évaluer les risques. On y va, c’est tout. On ne réfléchit pas. On reste au niveau du fantasme et du rêve. (…) Mais ne soyez pas tenté de voir dans cette décision un calcul politique, une manoeuvre cynique pour résoudre la crise intérieure de l’époque. Nous sommes dans le champ de l’irréfléchi. Je me souviens, d’ailleurs, m’être précipité, à l’époque, pour aller voir Jérusalem-Est, car j’étais persuadé que, dans les jours qui suivraient, nos troupes devraient partir. Tout le monde partageait l’opinion que le cours des événements nous forcerait à revenir au statu quo ante. En fait, Israël venait de passer le point de non-retour. D’après les documents que j’ai obtenus, Hussein était pourtant prêt à une paix durable si on lui rendait Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Mais, politiquement et psychologiquement, il nous était devenu impossible de le faire de notre plein gré. A posteriori, se forgeait le mythe qu’il relevait de la mission, de l’essence d’Israël de détenir tout Jérusalem. C’est étrange car, en fait, hormis le mur des Lamentations, il n’y a pas grand-chose de juif là-bas. Et, d’une manière ou d’une autre, les lieux de prière auraient pu être rendus accessibles sans recourir à l’annexion. (…) Un souvenir personnel de juin 1967: en passant en voiture en Cisjordanie, j’ai voulu prendre une photo d’une colonne de réfugiés sur le bord de la route. Mes camarades ont tenté de m’en empêcher, comme s’ils refusaient de matérialiser leur existence. Tout le monde savait qu’il fallait trouver immédiatement une solution pour les Palestiniens, profiter au mieux du choc initial pour assurer les déplacements de population. L’idée la plus simple consistait à les installer en Cisjordanie. Le plan n’aurait coûté que 40 millions de dollars en dix ans – une misère! – et tous les grands philanthropes juifs, à commencer par les Rothschild français, étaient partants pour financer l’opération. Mais non… Notre gouvernement semble alors incapable de prendre une décision et s’enfonce dans le déni. Il s’en tient à une ligne: c’est à l’ONU de s’occuper des Palestiniens. Et Israël ne peut être tenu responsable de leur sort. Les projets les plus loufoques sont alors débattus, visant à les reloger dans le Sinaï, mais surtout à l’étranger: au Canada. Ou en Irak! En lisant cette dernière proposition, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague, avant de me rendre compte que Eshkol en avait expressément discuté avec le président américain Lyndon Johnson! (…) Johnson était opposé à la guerre, essentiellement parce qu’il craignait qu’elle ne tourne mal pour les Israéliens, qui se seraient alors trouvés contraints de lui demander son aide militaire, alors qu’il est lui-même en plein marasme vietnamien. Mais la CIA, enragée contre Nasser, l’assure que Tsahal remportera une victoire en six à dix jours… L’Amérique donne son feu vert. (…) La victoire de 1967 offre un second souffle au sionisme. Un sentiment de toute-puissance enivre le pays. Longtemps, jusqu’à la grande claque de la guerre du Kippour (octobre 1973), les Israéliens se répétaient cette boutade: «Qu’est-ce qu’on fait à midi? – On envahit Le Caire! – D’accord. Mais qu’est-ce qu’on fait dans l’après-midi?» 1967 a aussi contribué à l’isolement d’Israël, à substituer aux racines européennes et à l’ouverture antérieure au monde un lien exclusif avec les Etats-Unis. (…) Notre jeunesse ne croit plus à la paix. Pragmatique et désabusée, elle se satisferait d’une bonne gestion des hostilités. Et ce qui m’a frappé dans le dernier épisode, l’offensive au Liban de l’été 2006, c’est, plus que l’inanité d’Ehud Olmert – certainement le pire Premier ministre de notre histoire – le fait que notre armée ne sait plus faire la guerre. Tout un symbole. Tsahal est devenue, au fil des décennies, une gendarmerie conçue pour être un outil d’oppression. Tom Segev
Depuis le 15 mai 1967 les menaces de Nasser n’étaient plus verbales, mais s’accompagnaient de déploiement de forces. Les armées de Nasser s’apprêtaient à fondre sur les nôtres, pour nous exterminer. A nouveau la chape de plomb, l’esseulement abyssal. Les radios arabes nous apportaient les hurlements déments des dictateurs arabes ou de leurs porte-parole. C’était en arabe le même déploiement de menaces mortelles que celles qui nous poursuivaient en Europe hitlérienne. Il ne s’agissait pas de nous présenter tels que nous sommes, mais tels que nous devrions être pour justifier les grands massacres que l’on nous promettait au Caire, à Damas, à Amman. « Egorge, égorge, égorge et sois sans pitié, Egorge, égorge, égorge, et lance leur tête Dans le désert, Egorge, égorge, égorge Tout ce que tu voudras,  Egorge tous les sionistes et tu vaincras » chantait, au Caire et à Damas, Oum Kalsoum. Pour que nous soyons égorgeables, sans trop de remords, il fallait que dans l’esprit de nos égorgeurs éventuels nous cessions d’avoir figure d’hommes. Ainsi les colonialistes et les racistes avaient-ils mis au point une technique de propagande très efficace destinée à déshumaniser l’ennemi – celui qu’il faut continuer à exploiter ou qu’il faut assassiner -, au point de le réduire à l’état d’objet, non de personne. Le meurtre alors n’est plus gêné par la mauvaise conscience. Ces recettes avaient fait leurs preuves dans les différents pays d’Asie et d’Afrique où des Occidentaux s’opposaient à des peuples colonisés. Mais, en l’espèce, elles furent utilisées par les dictateurs arabes contre Israël. Pour nous, le blocus du détroit de Tiran décrété par Nasser le 22 mai, les incessantes attaques de notre territoire par les Syriens, le dur bombardement de Jérusalem par les Jordaniens au matin du 5 juin 1967 constituaient des manœuvres agressives caractérisées. Or les chefs arabes continuent de parler de l’agression israélienne. A vrai dire, ils ont raison à leur manière puisqu’ils dénie notre droit de vivre. Le seul fait de notre existence, en tant qu’Etat, introduit un trouble dans l’ordre du monde, constitue une agression permanente contre « leur » paix. Même si nous passions notre temps à chanter, jour et nuit, des psaumes et des cantiques, nous n’en continuerions pas moins notre diabolique agression qui ne pourrait prendre fin qu’avec le terme de notre existence. Nous étions donc persuadés qu’un triomphe arabe réaliserait les prophéties et les ambitions de Choukeïri : l’extermination des survivants des massacres hitlériens. Au terme de la guerre des Six jours, les hommes menacés que nous étions se retrouvaient soudain en position de force : nous étions à la tête d’un Empire plus vaste que nos ancêtres ne l’avaient jamais rêvé ; nous étions des occupants et, par la force des choses, nous devenions aussi des policiers. Etrange destin que celui qui vouait les exterminateurs au rôle de victimes et les candidats au martyre, aux fonctions de bourreau. Soulagement de la victoire : il s’est exprimé chez nous avec beaucoup de pondération. Nous savions que nous n’avions pas fini de gravir notre calvaire. C’était plutôt pour nous le franchissement d’une étape et non le havre souhaité. Israël était devenu l’occupant malgré lui, vainqueur grâce à l’obstination aveugle de ses ennemis. Soudain le problème se compliquait redoutablement ; jadis, la situation était pour nous relativement simple ; il s’agissait d’être ou de ne pas être : les choses étaient claires. Nous remplissions notre rôle vis-à-vis de nous-mêmes et nous correspondions à l’idée que le monde depuis quatre mille ans se faisait de nous : des sursitaires. Au suspense de notre destin, il était possible de prévoir et d’attendre une fin tragique, la continuation de l’œuvre de mort. Après tout, tant qu’il y avait un Juif vivant, il y aurait suffisamment de place pour lui dans les grands cimetières de l’histoire ou la fumée des crématoires. La victoire pipait tous les dés, faussait tous les calculs : le petit Juif du ghetto trichait aux yeux du monde en devenant d’indésirable vainqueur d’une guerre qui constituait sans doute l’insurpassable chef-d’œuvre de la stratégie conventionnelle. Le monde entier pouvait s’attendre avec nous à une fin convenable du trouble qu’Israël n’a cessé d’apporter dans l’histoire depuis la folle aventure d’Abraham : l’effondrement militaire de l’armée juive, les hordes arabes se ruant sur nos femmes, nos enfants, nos foyers, pour parachever splendidement l’œuvre que Hitler n’avait pas su mener à son terme logique. Aux yeux du monde, la victime est devenue bourreau et nous sommes à la tête d’un Empire qui va des pentes de l’Hermon au canal de Suez, du golfe d’Akaba aux rives du Jourdain. Sûrs de nous-mêmes et dominateurs, par cela même faussaires, trublions renversant l’échelle des valeurs. Nietzsche lui-même ne reconnaîtrait plus ses Juifs : d’esclaves, les voici soudain promus au rang de seigneurs. Mais cela même nous a surpris et blessés : nous étions moins en quête de domination que de liberté et de vie. L’image nouvelle de nous-mêmes qui étonnait le monde ne cesse de nous troubler : les uns, d’ivresse, les autres, de nostalgie. La situation nouvelle provoque un universel scandale, le bouleversement de toutes les valeurs, des stéréotypes les plus invétérés. (…) A mesure que la tragédie s’approfondit, que les attentats font davantage de victimes et que la répression sème la peur, les extrémistes se renforcent : Nasser, le grand vaincu de juin 1967, continue de prêcher l’extermination d’Israël. Quelques propagandistes arabes, plus nuancés, essaient de distinguer entre le génocide et ce qu’ils appellent le politicide : il ne s’agissait plus de tuer les Juifs d’Israël mais leur Etat ; comme si ceux-ci pouvaient survivre à celui-là. En face de ces menaces qui nous rappellent certaines voix arabes de 1967 et celles qui, en allemand, annonçaient, aux années 40, de définitifs massacres, nous entendons s’élever quelques voix juives tremblantes d’angoisse qui exigent de l’Etat d’Israël une défense radicale de nos vies par une élimination violente des dangers du terrorisme. D’un côté, on souhaite que la Palestine soit tout entière arabe, tandis que de l’autre on n’attribue de chances de survie à Israël que dans le cadre d’un Etat juif allant des flancs de l’Hermon aux rives du Jourdain et du canal de Suez. André Chouraqui
Cinquante ans après, les poisons que recélait cette victoire inattendue se sont répandus et dans le pays et dans la région. Amos Oz et Avraham Shapira avaient alors effectué une campagne d’enregistrements des soldats vainqueurs. Un film vient de sortir, on les voit aujourd’hui, devenus de vieux messieurs : assis devant des magnétophones qu’on a heureusement conservé de cette haute époque, ils écoutent leurs propres voix d’autrefois. S’ils se déclarent souvent encore heureux d’avoir contribué à sauver Israël de l’anéantissement, certains expriment leur malaise devant les opérations d’occupation et d’évacuation qu’ils ont dû mener. « J’ai vieilli d’un seul coup », dit l’un. Et l’autre ajoute : nous avons cru assurer l’avenir de nos enfants. Mais, avec l’occupation, quel sort avons-nous préparé à nos petits enfants ? France inter
Le 15 mai 1967, c’est le 19 ème anniversaire d’Israël. (…) La capitale d’Israël est coupée en deux par un mur depuis le 29 mai 1948. La légion arabe du roi Abdallah a en effet conquis la vieille ville pendant la guerre d’indépendance et massacré les juifs qui s’y trouvaient. Elle a également pris d’assaut l’hôpital Hadassah et l’université hébraïque sur le mont Scopus, mais aussi profané les cimetières et transformé les synagogues en écuries et urinoirs.
Le Kotel, le mur occidental du Temple, est bien sur interdit d’accès depuis 1948. (…) [Les] Israéliens (…) vivent dans la menace de la destruction de leur pays qui n’a même pas 20 ans d’existence. Israël est un pays minuscule, aussi grand que trois départements français dans lequel vivent à peine 2,7 millions d’habitants. Au niveau de Natanya, le pays est moins large que la ligne de métro 1 à Paris entre le château de Vincennes et alors le pont de Neuilly. Le 1 er juin, Ahmed Choukeiri, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, auquel Yasser Arafat va succéder, ne laisse pas de place au moindre doute. Il hurle : « Il n’y aura pas de moyen terme. Il ne restera pas de survivants juifs ! » Au Caire, à Damas, à Bagdad et dans l’ensemble du monde arabe, les déclarations, les manifestations, les chants, les slogans sont les mêmes : « Avec l’aide de Dieu, nous allons nous retrouver à Tel-Aviv et on les égorgera tous ! » Israël sait qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air. Le colonel Gamal Abdel Nasser amasse les troupes égyptiennes à la frontière. Il a exigé le départ des Casques bleus de l’ONU qui faisaient tampon depuis la guerre du Sinaï depuis 1956. Les troupes jordaniennes sont placées sous le commandement de l’Egypte, le roi Hussein espérant agrandir son royaume à peu de frais. La Syrie, qui depuis les hauteurs du Golan, tire régulièrement sur les agriculteurs israéliens aux abords du Kineret, le lac de Tibériade, est prête à prendre elle aussi sa part au massacre promis. Gamal Abdel Nasser franchit un pas supplémentaire en fermant le détroit de Tiran L’accès à Eilat est désormais bloqué. Israël se sent abandonné par le monde entier. L’Union soviétique soutient et envoie des armes aux Arabes. Les Etats-Unis, empêtrés dans la guerre au Vietnam, ne veulent rien faire. Le général De Gaulle vient de planter un poignard dans le dos, lui qui, il ya quelques années avait affirmé à David Ben-Gourion qu’Israël était l’ami et l’allié de la France. Les Israéliens pressentent que la menace d’anéantissement se rapproche. Le 1er juin, le Premier ministre Israélien Levi Eshkol met en place un gouvernement d’union nationale. Il appelle à ses cotés Menahem Begin, le chef de l’opposition et surtout Moshé Dayan, qui devient ministre de la défense. Israël doit absolument agir pour repousser la tentative d’étranglement. Le 5 juin au matin pendant que les pilotes égyptiens prennent leur petit-déjeuner, l’armée de l’air cloue au sol la presque totalité des avions. Les forces terrestres complètent l’opération .En quatre jours, elles font reculer l’armée égyptienne de Gaza, Sharm-el –Sheik et atteignent le canal de Suez. La Jordanie attaque le 5 juin. Elle n’a pas voulu écouter le message qui lui avait été transmis par Israël : « Ne bougez pas !» Le lendemain, les parachutistes israéliens encerclent le vieille ville de Jérusalem, et le 7 au matin, ils arrivent au Kotel. Tsahal va poursuivre son action de riposte, et va repousser les Jordaniens et dans ce but s’emparer de la Judée et de la Samarie. Le 6 juin, les Syriens lancent des attaques contre Israël, mais Tsahal réagit et s’empare du Golan. Le samedi 10 juin, la guerre est finie. Israël est venu à bout des armées égyptienne , jordanienne et syrienne. Les troupes que devaient envoyer d’autres pays arabes, n’ont pas eu le temps d’arriver. Tsahal a gagné, mais 800 Israéliens sont morts et 4500 sont blessés. Le gouvernement confie à Itzhak Rabin, le chef de l’état-major de choisir un nom pour qualifier la troisième guerre d’Israël depuis sa fondation. « Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création », propose Rabin. Haim Musicant
Le 5 juin d’il y a 40 ans, jour pour jour, j’entendis avec stupeur à la radio que l’aviation israélienne était au-dessus du Caire, ayant cloué au sol son homologue égyptienne… J’étais soulagé et inquiet. Depuis près d’un mois, depuis que Nasser avait bloqué le Détroit de Tiran pour étouffer le port juif  d’Eilat et empêcher Israël de recevoir le pétrole, on assistait à un véritable ameutement des foules arabes, orchestré par les chefs d’Etat et par le chef palestinien de l’époque autour du mot d’ordre: les Juifs à la mer. Même la suave chanteuse égyptienne Oum Kalsoum chauffait les masses du Caire par un hymne dont le refrain était adbah! (égorge!). A l’époque, je faisais une thèse de math et de la philo, cela faisait un an que j’étais au Parti communiste pour combattre l’impérialisme et le capitalisme. J’étais plutôt méfiant envers les chefs israéliens, qui étaient du reste plutôt distants envers « les Juifs », comme s’ils croyaient à leur mythe de créer l’homme nouveau. Mais le spectre de l’Extermination, 22 ans à peine après Auschwitz, était présent dans certaines têtes, dont la mienne. Je quittai donc le PC car son discours sur « Israël tête-de-pont-de-l’impérialisme-américain » ne collait pas avec les faits. Bien sûr, je me raisonnais: « les Etats arabes ne pourront pas comme ça effacer Israël », mais je m’objectais: « Et pourquoi pas? Pourquoi les mépriser d’avance? Ils sont armés et nombreux… » Même les Marocains envoyaient des blindés; il n’y avait pas que la Syrie , l’Egypte, la Jordanie qui ameutaient. L’Irak aussi… (…) Plus tard, on s’est dit qu’Israël n’aurait pas dû être l’agresseur. Mais  la Guerre du Kippour en  73 a confirmé que s’il n’attaque pas le premier, vu sa petite taille, c’est le massacre, et il est vite menacé dans son existence. Des historiens nous disent que cette Guerre des Six jours (dont nos manuels scolaires ne parlent pas) éclata par inadvertance. Un acte manqué, en somme; mais alors, qui révèle le fond des choses: l’humiliation subie par le monde arabe, dans cette guerre, renouvela celle qu’il a subie en 48 à la naissance de l’Etat juif. Un véritable traumatisme, car en principe, dans l’identité islamique instaurée par le Coran, la question juive était réglée: les vrais bons juifs sont musulmans, comme ceux de la Bible , les autres sont des pervers dans l’ensemble, parfois des braves gens isolément; mais l’idée qu’ils aient un jour une souveraineté est exclue. Dès lors, dans la mentalité officielle arabo-musulmane, Israël était à effacer. Même si des Arabes lucides lui vouent une certaine admiration. Mais avec  la Guerre des Six jours, on ne l’effaçait pas, il était victorieux. A partir de là, on observa de curieux phénomènes. D’abord une sorte de greffe: du fait qu’Israël devenait ponctuellement occupant colonisant les territoires conquis, on greffa sur lui ces deux traits et cela le rend globalement occupant et colonialiste; on pouvait donc ameuter contre lui toutes les forces anti-coloniales. Il y eut aussi des surenchères morales chez les Juifs; certains, comme Y. Leibovitch fustigeant Israël comme nouvel Etat nazi, pas moins. Ce qui permit à des cohortes d’humanistes en manque d’indignation d’emboîter le pas: Oui, Ramallah c’est Auschwitz, déclara un prix Nobel de littérature. Autre fait, plus positif: il fallait rendre les territoires. Avant 67, on ne parlait pas de les rendre puisqu’on allait, un jour, libérer toute la Palestine. Mais depuis 67, Gaza, que l’Egypte occupait et n’a jamais pensé à rendre, devint une terre à restituer de même que la Cisjordanie occupée par  la Jordanie qui ne pensait pas davantage à la restituer. Ce fut une sorte de transmutation: ces terres devenaient palestiniennes du fait d’être passées entre des mains israéliennes. Il faut dire qu’avant, même les Palestiniens n’exigeaient pas des Etats arabes d’avoir d’abord Gaza et  la Cisjordanie comme base de départ dans leur lutte contre Israël. Etonnant. (…)  C’est donc curieusement après  la Guerre des Six jours que cette idée a pu devenir assez concrète. Ce qui ne veut pas dire praticable. A preuve, depuis que Gaza a été « restitué », les Palestiniens s’y battent entre eux, les plus fanatiques envoient des fusées sur Israël, retardant la restitution – pourtant prévue – d’une partie de la Cisjordanie : en effet, si celle-ci était rendue, on pourrait envoyer de là des fusées sur Tel Aviv, vu les distances; alors c’est l’existence quotidienne d’Israël qui serait mise en question. Donc, nouveau paradoxe, grâce à la libération de Gaza, et à ce qu’elle a révélé, celle de la Cisjordanie paraît peu probable, pour l’instant. De sorte que même ceux qui réécrivent l’histoire après-coup – et il y en a – n’ont pas la tâche facile. Quand ils disent qu’Israël aurait dû rendre très vite les Territoires, ils oublient qu’un groupe armé quelconque à Ramallah ou à Gaza, s’il veut se réchauffer l’âme et se sentir plus près d’Allah, peut envoyer des bombes (ou des hommes-bombes) sur Israël et redéclencher la guerre. Donc, il faut être bien prétentieux pour s’installer sur un promontoire élevé et juger que, de ci de là, il y a eu « de grosses erreurs ». Ces deux peuples là-bas, quand ils se battent (car il faut reconnaître qu’il y a de longues périodes de paix, et que la seconde Intifada, longue et meurtrière, a fait en tout 3 000 morts des deux côtés, ce qui est tragique mais peu comparable aux 250 000 morts des guerres ethniques dans l’ex-Yougoslavie), quand il se battent donc, c’est pour des raisons qui leur échappent, des raisons inconscientes qu’on hésite à élucider, mais d’où émerge cette question simple: une terre devenue islamique (par conquête) peut-elle supporter de retrouver (par conquête) sa souveraineté juive antérieure? Ou encore: l’islam ayant pris le relais du message hébreu, peut-il honorer sa dette symbolique envers ses sources juives en laissant une part infime de son immense territoire redevenir un Etat juif? (…) Ces problèmes de cohabitation entre islam et monde judéo-chrétien vont peu à peu s’observer bien ailleurs, en Europe, et un jour proche on pourra en parler plus franchement. Autre remarque: c’est la Guerre des Six jours qui instaura la « ligne verte », frontière apparente et improbable entre deux Etats. Elle a eu dans certains discours un aspect intangible, rigide, absolu, comme si elle existait de tout temps. C’est qu’elle incarne une revendication toute autre: effacer l’humiliation de 67. Or celle-ci est captée par une autre humiliation, plus profonde, celle de l’islam conquérant arrêté par l’Occident sur une frontière instable qui va bientôt faire parler d’elle. Daniel Sibony
Pourquoi la guerre a-t-elle eu lieu ? La question se pose parce que, comme la Première Guerre mondiale, personne n’avait prévu ni ne voulait cette guerre. La recherche d’Oren offre un aperçu de son caractère tout à fait accidentel. En novembre 1966, par exemple, après le meurtre de trois policiers israéliens aux mains de terroristes, basés en Jordanie, l’ambassadeur généralement efficace des États-Unis en Israël a attendu quelques jours pour transmettre un message de condoléances du roi Hussein de Jordanie au Premier ministre israélien. Son retard a poussé les Israéliens à se venger, et les représailles à leur tour sont devenues un épisode majeur dans l’escalade de la guerre. Le rôle des évènements fortuits doit être gardé à l’esprit ces jours-ci, alors qu’il y a de la guerre dans l’air à nouveau au Moyen-Orient: Le moindre faux pas pourrait provoquer un éclatement. Comment les Forces de défense israéliennes ont-elles pu gagner de façon si écrasante ? par une pratique méticuleuse et un réalisme absolu, contrairement aux militaires arabes, qui vivaient dans un monde fantastique. Si les Israéliens étaient tous nerveux à l’approche de la guerre – Le chef d’état-major Yitzhak Rabin souffrait d’une dépression – les dirigeants arabes étaient extrêmement confiants. Un général syrien prédisait une victoire sur Israël en quatre jours « au maximum. » Le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne montrait aucun signe d’inquiétude, insistant sur le fait que les Israéliens étaient incapables de monter précisément l’attaque aérienne surprise qu’ils ont en fait réussie. Plus largement, un haut fonctionnaire égyptien a déclaré au sujet du leadership de son équipe qu’il croyait que «la destruction d’Israël était un jeu d’enfant qui ne nécessitait que l’accrochage d’une ligne téléphonique chez le commandant et l’écriture de slogans de victoire. » (Washington, comble d’ironie, a été plus confiant que Tel-Aviv sur une victoire israélienne ; deux semaines avant que la guerre n’ait éclaté, déclare Oren, le secrétaire américain à la Défense avait prédit que si Israël devançait, il battrait ses trois ennemis dans la semaine – précisément ce qui s’est passé.) Comment la guerre a-t-elle affecté la diplomatie israélo-arabe ? – Elle en a fondamentalement changé les termes. Déjà à la mi-mai, quelques semaines avant que les hostilités n’aient commencé, l’influence du Moyen-Orient à la Maison Blanche, Harold Saunders, a suggéré qu’Israël devrait être toléré le temps d’écraser ses ennemis, voyant en ceci « un moyen de régler les frontières et, peut-être même les réfugiés ». Dès le deuxième jour de la guerre, le président Lyndon Johnson avait formulé les grandes lignes de la politique la terre- en échange- de la paix que 35 ans plus tard, la diplomatie américaine conduit encore à l’égard du conflit israélo-arabe: Israël doit restituer la terre conquise en 1967 en échange de sa reconnaissance par les Arabes. Les Américains attendaient l’ampleur du triomphe militaire d’Israël pour montrer aux Arabes l’inutilité de leurs espoirs de détruire l’Etat juif, une analyse qui rencontra l’approbation immédiate chez certains Israéliens (y compris Yitzhak Rabin, plus tard le premier ministre qui a initié les négociations d’Oslo, qui ont été fondées précisément sur cette hypothèse). Mais, comme les événements récents l’ont prouvé de façon si frappante, la prémisse terre contre paix était fausse. A quelques exceptions près (comme le président égyptien Anouar El-Sadate), la bonne volonté d’Israël de faire cet échange a hâté la violence des Arabes contre elle, non pas leur acceptation. Oren montre comment la terre contre la paix est fondée sur des espoirs américains, et non pas sur les réalités du Moyen-Orient ; sa recherche montre que cette politique n’a pas besoin finalement d’être remplacée par une approche plus réaliste. Daniel Pipes
Those who say that we should have evacuated the territories at once need to be reminded what it was like here before the Six-Day War: a country whose border was near the outskirts of greater Tel Aviv, and which was only 15-kilometers wide. Does anyone want to go back to that? With all the problems, our situation today is a thousand times better. Gilad Sharon
I am embarrassed that we started the war in the first place. An unnecessary war that followed 19 years after another unnecessary war that we also lost. I am embarrassed that we let hatred drive our decision to go to war. I am embarrassed that we did not take Israel’s offer right after the war to make peace in exchange for land. I am embarrassed that since then, Egypt’s and Jordan’s realization of the foolishness of war was not matched by the rest of the Arab world, particularly my own country of Lebanon. I am embarrassed that we never made a single credible comprehensive offer of peace to Israel. I am embarrassed that still today, 69 years after our first war against Israel, we still use the Palestinians as pawns in our war of hatred. I am embarrassed that instead of denouncing the hatred, much of the world has joined with us in attacking the Jews’ right to self-determination. I am embarrassed that I, and the few other Arabs who stand up to hatred, cannot do much more than speak up, and that we have not moved to action even our fellow Arabs who live comfortably in the West. I am embarrassed as a citizen of the West because we pay lip service to Israel but we cannot provide substantial support to Israel, for example against the Arab attempts to rewrite the past and erase the Jewish history of Jerusalem. I am embarrassed that we in the West are too beholden to Arab dictators to even take the symbolic step of recognizing that Jerusalem is an indivisible part of Israel. I am embarrassed to ethnically belong to a group that thrives on hatred and to geographically belong to a group that appeases haters. I am embarrassed to belong to a human race that has learned nothing from the lessons of the past and that continues to let antisemitism fester and grow. I am embarrassed that I cannot write these words in an Arab publication or even in a mainstream Western publication because hatred and appeasement are too strong. Fred Maroun
Dès le lendemain de la Guerre des Six Jours, la gauche israélienne a créé son propre “narratif” au sujet de la guerre, dans un livre fameux, Sia’h Lohamim (“Paroles de combattants”) qui s’est imposé dans une certaine mesure comme un discours officiel israélien concernant les événements de mai-juin 1967. Dans ce livre, des soldats issus pour la plupart des kibboutzim des mouvements de la gauche et de l’extrême-gauche (Hashomer Hatzaïr), expriment leurs doutes et leur désarroi après la victoire et relatent les dilemmes moraux auxquels ils ont été confrontés pendant la guerre. Ce document avait été distribué à l’époque par le ministère des Affaires étrangères aux représentations diplomatiques israéliennes à l’étranger, dans le but de montrer le “visage humain” de l’armée israélienne. Mais ce narratif humaniste, souvent émouvant mais pétri de culpabilité, reposait sur un mensonge par omission, qui a été depuis lors exposé au grand jour. Une partie significative des témoignages des soldats recueillis lors de la réalisation de ce document ont en effet été écartés et censurés, car ils ne correspondaient pas aux opinions politiques mises en avant par les auteurs de “Voix de combattants”. Les voix censurées étaient notamment celles de soldats issus de la Yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem, institution phare du sionisme religieux, qui exprimaient leur joie après la victoire miraculeuse, la réunification de Jérusalem et le retour du peuple d’Israël dans le coeur de sa patrie ancestrale. L’occultation délibérée de ces témoignages, non conformes au narratif de la gauche kibboutzique, s’inscrivait dans une tentative d’écriture d’une “histoire officielle” de la Guerre des Six Jours, dans un sens idéologique bien particulier. Comme le rapporte Gilad Zweik, les auteurs de “Voix de combattants”, parmi lesquels l’écrivain Amos Oz, éprouvaient un mépris non dissimulé pour les sentiments de joie exprimés par la majorité des Israéliens au lendemain de la victoire de juin 1967. Evoquant son camarade Micha Heyman, tué pendant les durs combats de la “Colline des munitions” à Jerusalem, Amos Oz déclare ainsi que “de son point de vue, on aurait pu dynamiter le Kotel pour sauver Michi”. Un autre soldat interrogé dans le livre déclare que les “sonneries de Choffar [du rav Goren devant le Kottel libéré] lui faisaient mal à la tête…” On comprend, en lisant ces lignes, que la question de la souveraineté juive à Jérusalem (sans même parler de la Judée et de la Samarie) est tout autant, voire plus, une question intérieure israélienne et juive, qu’une question de droit et de politique internationale. Dans ce contexte, il convient d’observer que la récente condamnation internationale de la “colonisation” par le Conseil de Sécurité des Nations unies dans la résolution 2334 s’est produite quelques semaines après l’intervention devant ce même Conseil de sécurité de deux représentants israéliens des organisations d’extrême-gauche Betselem et La Paix Maintenant, qui ont apporté leur justification morale et politique à la condamnation d’Israël par la communauté internationale. Plus généralement, une large partie de la gauche israélienne a adopté aujourd’hui le narratif jadis minoritaire, défaitiste et auto-accusateur, des combattants de l’Hashomer Hatzaïr. Mais alors que ces derniers, en tant que soldats et patriotes israéliens, exprimaient leurs critiques et leurs doutes à destination du public israélien en priorité, leurs héritiers actuels adressent leurs attaques contre le gouvernement et l’armée d’Israël au public international, se transformant en dénonciateurs de leur propre peuple devant le tribunal des nations. Pierre Lurçat
In June 1967 Arab leaders declared their intention to annihilate the Jewish state, and the Jews decided they wouldn’t sit still for it. For the crime of self-preservation, Israel remains a nation unforgiven. Unforgiven, Israel’s milder critics say, because the Six-Day War, even if justified at the time, does not justify 50 years of occupation. They argue, also, that Israel can rely on its own strength as well as international guarantees to take risks for peace. This is ahistoric nonsense. On June 4, 1967, the day before the war, Israel faced the fact that United Nations peacekeepers in Sinai, intended as a buffer with Egypt, had been withdrawn at Cairo’s insistence; that France, hitherto Israel’s ally, had imposed an arms embargo on it; and that Lyndon Johnson had failed to deliver on previous American assurances to break any Egyptian blockade of the Israeli port of Eilat (…) before we fall prey to the lazy trope of “50 years of occupation,” inevitably used to indict Israel, let’s note the following: There would have been no occupation, and no settlements, if Egypt and its allies hadn’t recklessly provoked a war. Or if the “international community” hadn’t fecklessly abandoned Israel in its desperate hours. Or if Jordan hadn’t foolishly ignored Israel’s warnings to stay out of it. Or if the Arab League hadn’t arrogantly rejected the possibility of peace. A Palestinian state would most likely exist if Arafat hadn’t adopted terrorism as the calling card of Palestinian aspirations. Or if he hadn’t rejected the offer of a state 17 years ago. Or if he hadn’t renounced his renunciation of terror. A Palestinian state would also most likely exist if Arafat’s successor, Mahmoud Abbas — now in the 13th year of his elected four-year term — hadn’t rejected it again nine years ago, and if Gazans hadn’t turned their territory into a terrifying model of Palestinian statehood, and if the United Nations didn’t treat Hamas’s attacks on Israel as a nuisance but Israel’s self-defense as a crime against humanity. (…) The Middle East doesn’t need another failed state in its midst. Israel doesn’t need another Hamastan on its border. Palestinians in the West Bank don’t need it over their heads. In 1967 Israel was forced into a war against enemies who then begrudged it the peace. Egypt, at least, found its Sadat. The drama of the Six-Day War will close when Palestinians find theirs. Bret Stephens

Attention: une occupation peut en cacher une autre !

« Guerre qui n’a rien réglé« , « victoire qui n’en est pas une », « guerre empoisonnée » …

En ce 7e jour où, fidèles à l’injonction du  4e commandement, nos amis juifs se rappellent la création du monde …

Qui se trouve être aussi le 50e anniversaire, jour pour jour, de la fin de la Guerre dite précisément des Six-jours …

Et de la libération de leur capitale et de leurs lieux les plus saints …

Pendant que de Manchester à Londres ou Paris …

Après Jérusalem ou Tel Aviv et en fait un ensemble du Moyen-Orient pratiquement juden ou christianrein …

La religion de paix rappelle à coup de voiture-bélier ou de couteau de boucher  …

Le sort qui attend ceux qui ne s’y soumettent pas

Qui rappelle …

A l’heure où rivalisant de révisonnisme articles après articles …

Nos médias n’ont que le mot « occupation » à la bouche …

Non seulement l’hommage discret à la création du monde qu’y avait alors inscrit le général Rabin …

Mais aussi entre les appels de Nasser à la destruction d’Israël …

Et les refrains de la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum à « égorger les juifs »

La véritable guerre d’annihilation que, 22 ans après Auschwitz, ladite guerre avait alors empêchée …

Comme après la confirmation de la Guerre du Kippour et la série ininterrompue d’ attentats qui a suivi …

La même poursuite de la Solution finale que l’actuelle « occupation » continue de prévenir ?

Six Days and 50 Years of War

Bret Stephens

The New York Times

June 2, 2017

In June 1967 Arab leaders declared their intention to annihilate the Jewish state, and the Jews decided they wouldn’t sit still for it. For the crime of self-preservation, Israel remains a nation unforgiven.

Unforgiven, Israel’s milder critics say, because the Six-Day War, even if justified at the time, does not justify 50 years of occupation. They argue, also, that Israel can rely on its own strength as well as international guarantees to take risks for peace.

This is ahistoric nonsense.

On June 4, 1967, the day before the war, Israel faced the fact that United Nations peacekeepers in Sinai, intended as a buffer with Egypt, had been withdrawn at Cairo’s insistence; that France, hitherto Israel’s ally, had imposed an arms embargo on it; and that Lyndon Johnson had failed to deliver on previous American assurances to break any Egyptian blockade of the Israeli port of Eilat.

On June 5, the first day of the war, the Israeli government used three separate diplomatic channels to warn Jordan — then occupying the West Bank — not to initiate hostilities. The Jordanians ignored the warning and opened fire with planes and artillery. Some 6,000 shells landed on the western side of Jerusalem alone.

On June 19, 1967 — nine days after the end of the war — the Israeli cabinet decided it would offer the return of territories conquered from Egypt and Syria in exchange for peace, security and recognition. The Arab League categorically rejected peace with Israel at its summit in Khartoum later that year.

In 1973 Egypt and Syria unleashed a devastating surprise attack on Israel, puncturing the myth of Israeli invulnerability.

It took a decade after 1967 for the Egyptian government of Anwar Sadat finally to accept Israel’s legitimacy. When he did he recovered every inch of Sinai — from Menachem Begin, Israel’s right-wing prime minister. Syria remains unreconciled.

It took another decade for Yasir Arafat’s Palestine Liberation Organization to recognize Israel and formally forswear terrorism. But its pledges were insincere. Only after the Soviet Union’s collapse and Arafat’s disastrous support for Saddam Hussein in the gulf war did the P.L.O. finally seem to get serious. It led to the Oslo Accords of 1993 and further Israeli withdrawals.

In 2000, at Camp David, Israel offered Arafat a state. He rejected it. “I regret that in 2000 he missed the opportunity to bring that nation” — Palestine — “into being,” was Bill Clinton’s bitter verdict on the summit’s outcome. Within two years Arafat was calling on a million “martyrs” to march on Jerusalem.

In 2005, another right-wing Israeli government removed its soldiers, settlers and settlements from the Gaza Strip. Two years later Hamas seized control of the territory and used it to start three wars in seven years.

In 2008, Prime Minister Ehud Olmert offered a Palestinian state in Gaza and 93 percent of the West Bank. The Palestinians rejected the proposal out of hand.

This is a truncated history. Israel is not a nation of saints and has made its mistakes. The most serious of those is proliferation of West Bank settlements beyond those in historically recognized blocs.

But before we fall prey to the lazy trope of “50 years of occupation,” inevitably used to indict Israel, let’s note the following:

There would have been no occupation, and no settlements, if Egypt and its allies hadn’t recklessly provoked a war. Or if the “international community” hadn’t fecklessly abandoned Israel in its desperate hours. Or if Jordan hadn’t foolishly ignored Israel’s warnings to stay out of it. Or if the Arab League hadn’t arrogantly rejected the possibility of peace.

A Palestinian state would most likely exist if Arafat hadn’t adopted terrorism as the calling card of Palestinian aspirations. Or if he hadn’t rejected the offer of a state 17 years ago. Or if he hadn’t renounced his renunciation of terror.

A Palestinian state would also most likely exist if Arafat’s successor, Mahmoud Abbas — now in the 13th year of his elected four-year term — hadn’t rejected it again nine years ago, and if Gazans hadn’t turned their territory into a terrifying model of Palestinian statehood, and if the United Nations didn’t treat Hamas’s attacks on Israel as a nuisance but Israel’s self-defense as a crime against humanity.

The cover of a recent issue of The Economist purports to answer the question “Why Israel Needs a Palestinian State.” The argument isn’t wrong. It just isn’t wise.

Israel needs a Palestinian state to safeguard its democratic future — in the long term. But the character of such a state matters at least as much as its mere existence. The Middle East doesn’t need another failed state in its midst. Israel doesn’t need another Hamastan on its border. Palestinians in the West Bank don’t need it over their heads.

In 1967 Israel was forced into a war against enemies who then begrudged it the peace. Egypt, at least, found its Sadat. The drama of the Six-Day War will close when Palestinians find theirs.

Voir aussi:

Half a century after the euphoria of the Six-Day War, some Israelis are wondering if it was a victory

Hundreds of guests and dignitaries gathered at the Knesset, the Israeli parliament, for a special session Tuesday marking the 1967 Six-Day War. It was a celebration of Israel’s lightning military victory over Arab armies in the Sinai Peninsula, Golan Heights, West Bank and East Jerusalem that forever changed the landscape of the Middle East.

In an address that waxed nostalgic for the euphoria that swept Israel in the war’s aftermath, Prime Minister Benjamin Netanyahu invoked the biblical history of the Jewish people in Hebron and Nablus, the West Bank cities that were captured during the conflict. “The Six-Day War returned us to the country from where we had been cut off for generations,” he said. “This is our land.’’

Absent from the parliamentary party, however, were legislators from Israel’s pro-peace Meretz party. Not enough attention, they said, was being paid to the consequences of Israel’s unending control over millions of Palestinians who live in the lands occupied 50 years ago this week.

Tamar Zandberg, one of the party’s parliament members, complained that the celebrations ignored the fact that the West Bank has lived under military rule for 50 years.

“This casts the biggest shadow over Israel’s democracy in its history — and for its continued existence,” she said on the parliament television channel. “This reality is really abnormal — it’s distorted, and we need as quickly as possible to reach a solution to this in the form of an agreement.”

The dissonance between the prime minister and the opposition politician highlights the extent to which the anniversary of the war is stirring a debate in Israel over whether one of the country’s most storied military victories planted the seeds of a modern political disaster.

Israel scored a total defeat against Egyptian, Jordanian and Syrian forces, perhaps one of the last moments in the Middle East that a military conflict has been decided so decisively. The victory transformed Israel from a small, vulnerable outpost teetering on the eastern shelf of the Mediterranean into a regional power player with ample territorial buffers against any potential new attacks.

After surviving a traumatic surprise attack in 1973 by Egypt and Syria in an attempt to recover their territories, Israel eventually traded Sinai for a peace accord with Cairo in 1979 and established full diplomatic ties with Jordan in 1994.

But the 1967 war also began Israel’s self-declared military occupation of the West Bank and the Gaza Strip, along with its controversial annexation of East Jerusalem, which formerly belonged to Jordan.

Described as temporary, the occupation gave Israel control over the lives of a Palestinian population that today numbers 4.9 million.

It also opened the door to establishing hundreds of Jewish settlements and outposts in those territories — neighborhoods that many right-wing Israelis, including Netanyahu, now consider an inseparable part of the country.

At official ceremonies and academic symposiums and on the opinion pages of newspapers, the anniversary has become an occasion among Israelis for taking stock of what was gained, and the continuing costs of the country’s failure to turn those 50-year-old military gains into lasting security.

“It’s a moment of clarification that is forcing Israelis to be more honest about where we are heading,” said Ehud Eiran, a professor of political science at Haifa University. “There’s a growing belief that this reflects a permanent reality, rather than the stories we told ourselves that it’s a temporary occupation.”

In a late May survey by the Israel Democracy Institute released this week, about 62% of Jewish Israelis disagreed with the idea that control over the West Bank constituted a military occupation.

Although a two-thirds majority considered control of the West Bank to be a boost for Israel’s security, the survey also found that the public was evenly split over calls by right-wing politicians to annex the territory.

For the religious nationalist leaders who lead the settlement movement, the jubilee anniversary is being hailed as a sign of the settlements’ permanence. Tens of thousands of religious nationalist supporters gathered at the Western Wall plaza on the Hebrew calendar anniversary of the capture of East Jerusalem in late May to celebrate.

“When I am asked about what is the full vision, what is the future of Judea and Samaria in our eyes, I answer that I want to see, with the help of God, one million Israelis living in Judea and Samaria,” Avi Roeh, who heads the Yesha settlers council, wrote on Facebook, referring to the biblical names for the West Bank.

“It used to seem like a far off, impossible dream…. But today, it’s possible to believe that we’re on the right track.”

In an effort to push back against public perception that the Jewish settlements in the West Bank are an asset to security, the Molad center, a left-wing research institute, released a paper based on interviews with former Israel Defense Forces generals arguing that large amounts of resources are being diverted to the protection of settlements.

Israel’s left wing, which has seen its influence and power diminish over the last two decades, has also been focusing this week on the moral implications of continued control over Palestinians in the West Bank and what it means for the country’s democratic values.

“The settlers have succeeded in creating, on the ground, exactly what they wanted. A reality in which it will be very difficult to draw a border line, which will prevent a separation between us and the Palestinians,” David Grossman, a prominent Israeli author, told the daily newspaper Yediot Aharonot.

“This forces us into making a choice between a few tragic options for those who want a democratic state and a Jewish home. In this sense, the settlers create a danger for the future of the state of Israel, they are dragging us into an abyss.”

Writing in the same newspaper, the son of former Israeli Prime Minister Ariel Sharon dismissed such concerns.

“Those who say that we should have evacuated the territories at once need to be reminded what it was like here before the Six-Day War: a country whose border was near the outskirts of greater Tel Aviv, and which was only 15-kilometers wide,” wrote Gilad Sharon. “Does anyone want to go back to that? With all the problems, our situation today is a thousand times better.”

Gerald Steinberg, a political science professor at Bar Ilan University, argued that Israelis on both sides of the political spectrum do agree that the government needs to come up with a definitive policy to end the state of political limbo started in June 1967.
“Whether you’re on the right or left, the continuing uncertainty for 10 or 20 more years is untenable,” he said. The longer the temporary aspect of the situation lasts, the more unhealthy it is for Israel.”

Voir également:

J’ai lu Israël dans la presse bretonne
9 juin 2017

En France, la presse quotidienne régionale – la PQR – est puissante. En Bretagne par exemple, ces quotidiens structurent l’information.

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Leur influence vient de la verticalité des informations qu’ils traitent : infos locales, régionales, nationales, internationales. De ce fait, ils sont naturellement considérés par la population comme neutres, peu politisés et objectifs. Ils participent fortement au bruit de fond collectif.

Ouest France, 1er quotidien français, couvre le Nord Ouest français, a le 9e site d’info le plus lu en France. Né de Ouest Eclair après la guerre, il est le quotidien historique de la démocratie chrétienne et le soutien des industries agroalimentaires, traditionnellement puissantes.

Le Télégramme devance OF en pointe bretonne, il a été élu meilleur quotidien de France deux fois dans les six dernières années : il est reconnu pour son sérieux.

Publi-Hebdo est le troisième grand acteur de l’info avec une panoplie d’hebdomadaires, et des sites actifs chaque jour, très influents localement, ces derniers se consacrant à l’actualité d’une seule ville.

La place d’Israël

Ici, de Quimper, j’ai compté les occurrences apparues entre le 1er janvier et le 1er juillet 2016 dans la PQR. J’ai noté 14 articles dont 13 que j’ai jugés négatifs à très négatifs, 1 neutre : le 7 mai, une page intitulée Repères dans Le Télégramme.

Les pages analysées sont les pages internationales, mais aussi locales – où apparaissent les communiqués locaux d’associations antisionistes haineuses. *

La PQR n’est pas à négliger

Vous en conviendrez aisément, il ne faut pas mépriser la PQR, c’est là où l’on s’informe des résultats de l’équipe de foot de son quartier, de sa commune, où on recherche des visages connus tout en lisant les fraîches nouvelles du monde.

Cependant, défiance et hostilité y ont remplacé sympathie et empathie à l’adresse d’Israël.

Quelles conséquences l’ image d’un pays présenté comme dissident et sulfureux aura t-elle pour l’avenir ?
Le bruit de fond local ose associer désormais aux mots « apartheid, colonies, guerre » un pays démocratique, protecteur de toutes les minorités qui ont exactement et strictement les mêmes droits que la majorité – comme 1,5 millions d’Arabes musulmans israéliens – au milieu d’une région ayant liquidé toutes ses communautés juives et actuellement plusieurs minorités arabes ou chrétiennes.

Faut-il laisser la PQR aux seuls suppôts de thèses antisionistes ?

Dans l’image, dans l’esprit, dans le cœur, le planteur d’arbre, le philosophe humaniste, l’ingénieur, l’architecte inspiré, sont remplacés par le seul uniforme de Tsahal. Israël n’est vu qu’à travers le prisme très biaisé du conflit territorial.

Il faut regagner les cœurs de ceux qui perdent la Raison. En relayant localement le vrai visage d’Israël.
Ceci passera par l’échange physique, par internet mais également par la presse locale. Car nous le savons : la « vérité » de tous est dessinée chaque jour par le consensus, et ne se superpose pas nécessairement à la réalité des faits.

La liberté de la presse est un droit des citoyens, montrer le vrai visage d’Israël est également un droit, et un devoir.
* valeur indicative et non statistique, n’ayant pas pu quotidiennement lire chaque édition locale

** Pour ce qui est de la Bretagne, sa tradition philosémite séculaire est historiquement remise en cause à chaque fois que nous oublions qu’un Breton judéophobe est un Breton qui se trahit ou trahit son histoire.

Voir de plus:

Juin 67 : la guerre des Six jours et la réécriture de l’histoire israélienne
Pierre Lurçat

The Times of israel

25 mai 2017

Dès le lendemain de la Guerre des Six Jours, la gauche israélienne a créé son propre “narratif” au sujet de la guerre, dans un livre fameux, Sia’h Lohamim (“Paroles de combattants”) qui s’est imposé dans une certaine mesure comme un discours officiel israélien concernant les événements de mai-juin 1967.

Dans ce livre, des soldats issus pour la plupart des kibboutzim des mouvements de la gauche et de l’extrême-gauche (Hashomer Hatzaïr), expriment leurs doutes et leur désarroi après la victoire et relatent les dilemmes moraux auxquels ils ont été confrontés pendant la guerre.

Ce document avait été distribué à l’époque par le ministère des Affaires étrangères aux représentations diplomatiques israéliennes à l’étranger, dans le but de montrer le “visage humain” de l’armée israélienne.

Mais ce narratif humaniste, souvent émouvant mais pétri de culpabilité, reposait sur un mensonge par omission, qui a été depuis lors exposé au grand jour.

Une partie significative des témoignages des soldats recueillis lors de la réalisation de ce document ont en effet été écartés et censurés, car ils ne correspondaient pas aux opinions politiques mises en avant par les auteurs de “Voix de combattants”.

Les voix censurées étaient notamment celles de soldats issus de la Yeshiva Mercaz Harav à Jérusalem, institution phare du sionisme religieux, qui exprimaient leur joie après la victoire miraculeuse, la réunification de Jérusalem et le retour du peuple d’Israël dans le coeur de sa patrie ancestrale.

L’occultation délibérée de ces témoignages, non conformes au narratif de la gauche kibboutzique, s’inscrivait dans une tentative d’écriture d’une “histoire officielle” de la Guerre des Six Jours, dans un sens idéologique bien particulier.

Comme le rapporte Gilad Zweik (1), les auteurs de “Voix de combattants”, parmi lesquels l’écrivain Amos Oz, éprouvaient un mépris non dissimulé pour les sentiments de joie exprimés par la majorité des Israéliens au lendemain de la victoire de juin 1967.

Evoquant son camarade Micha Heyman, tué pendant les durs combats de la “Colline des munitions” à Jerusalem, Amos Oz déclare ainsi que “de son point de vue, on aurait pu dynamiter le Kotel pour sauver Michi”. Un autre soldat interrogé dans le livre déclare que les “sonneries de Choffar [du rav Goren devant le Kottel libéré] lui faisaient mal à la tête…”

On comprend, en lisant ces lignes, que la question de la souveraineté juive à Jérusalem (sans même parler de la Judée et de la Samarie) est tout autant, voire plus, une question intérieure israélienne et juive, qu’une question de droit et de politique internationale.
Dans ce contexte, il convient d’observer que la récente condamnation internationale de la “colonisation” par le Conseil de Sécurité des Nations unies dans la résolution 2334 s’est produite quelques semaines après l’intervention devant ce même Conseil de sécurité de deux représentants israéliens des organisations d’extrême-gauche Betselem et La Paix Maintenant, qui ont apporté leur justification morale et politique à la condamnation d’Israël par la communauté internationale.

Plus généralement, une large partie de la gauche israélienne a adopté aujourd’hui le narratif jadis minoritaire, défaitiste et auto-accusateur, des combattants de l’Hashomer Hatzaïr (2).

Mais alors que ces derniers, en tant que soldats et patriotes israéliens, exprimaient leurs critiques et leurs doutes à destination du public israélien en priorité, leurs héritiers actuels adressent leurs attaques contre le gouvernement et l’armée d’Israël au public international, se transformant en dénonciateurs de leur propre peuple devant le tribunal des nations (*).

(1) Dans son article “Voix de combattants, les bobines oubliées, une manipulation transparente”, Mida 8.7.2015, http://mida.org.il/)

(2) Un recueil de témoignages d’habitants des kibboutz de l’Hashomer Hatzaïr récemment publié en Israël montre comment les jeunes de ce mouvement sioniste-socialiste d’orientation pro-soviétique parvenaient à concilier, non sans difficultés et au prix de contradictions parfois insurmontables, leur admiration pour la “patrie du socialisme” et son dirigeant Joseph Staline, et leur engagement sioniste.

* Sur ce sujet, je renvoie à mon dernier livre, “La trahison des clercs d’Israël”, La Maison d’édition

Voir de même:

Ayelet Shaked contre Breaking the Silence : mettre fin à l’hypocrisie et à la duplicité
Pierre Lurçat

The Times of Israel

9 juin 2017

En demandant au procureur d’ouvrir une enquête contre le porte-parole de Breaking The Silence, Din Issacharoff, qui a déclaré publiquement avoir frappé violemment un Palestinien alors qu’il était soldat dans l’unité du Nahal à Hébron, la ministre de la Justice Ayelet Shaked a exposé au grand jour l’hypocrisie et la duplicité de l’association d’extrême-gauche, qui lutte ouvertement pour ternir l’image de Tsahal aux yeux de l’opinion internationale.

Comme le rapportent les médias israéliens , Issacharoff a été filmé il y a deux mois, pendant un rassemblement de Breaking the Silence, en train de confesser publiquement avoir frappé un Palestinien.

« Le porte-parole de Breaking the Silence se lève et dit qu’il a lui-même commis un crime contre un Palestinien et l’a roué de coups, a dit Shaked. Si c’est vraiment ce qu’il s’est passé, il devrait faire l’objet d’une enquête et être puni. Si cela n’est pas arrivé, l’Etat doit déclarer officiellement que cela n’est pas arrivé. »

La réaction d’Ayelet Shaked est salutaire et bienvenue, n’en déplaise aux éditorialistes du journal Ha’aretz, qui dénoncent une « instrumentalisation politique » de la justice. En réalité, la ministre de la Justice est tout à fait dans son rôle en appelant le procureur de l’Etat à ouvrir une enquête.

De deux choses l’une en effet : soit le porte-parole de BTS dit la vérité, et alors il doit être jugé, selon les normes appliquées par l’armée israélienne et selon les critères moraux que son association elle-même revendique et accuse Tsahal de ne pas appliquer en cas d’atteinte aux droits de l’homme de la part de Tsahal.

Soit il ment, comme l’affirment plusieurs soldats de son unité, et dans ce cas, Ayelet Shaked a raison d’appeler le gouvernement à exposer publiquement la calomnie que constituent ses accusations. Au-delà même du cas spécifique d’Issacharoff, c’est toute la duplicité de son association qui est ainsi exposée au grand jour.

Voilà des années que Breaking the silence, Yesh Din, La Paix maintenant et les autres associations d’extrême-gauche, financées par l’Union européenne et par des fondations étrangères antisionistes, sapent les fondements de la démocratie israélienne et calomnient les institutions de l’Etat, menant ouvertement et sans encombre leur action subversive.

La réaction salutaire d’Ayelet Shaked est l’occasion de rouvrir le dossier de ces associations financées par des pays et entités étrangères pour lutter contre Israël de l’intérieur. L’Etat juif, en guerre permanente contre les ennemis extérieurs aux frontières Nord (le Hezbollah, bras armé de l’Iran) et Sud (le Hamas et l’Etat islamique) ne peut se permettre le luxe de laisser des ennemis de l’intérieur attaquer Tsahal et exposer ses soldats et officiers à des actions judiciaires malveillantes devant les tribunaux internationaux ou étrangers. Il en va de la sécurité de l’Etat et de ses institutions.

* Mon dernier livre, La trahison des clercs d’Israël, est en vente sur le site de l’éditeur, La Maison d’édition et dans les bonnes librairies.

Jacques Benhamou m’a récemment invité à ce sujet dans son émission Côté Cour sur RCJ.

Voir encore:

Juin 1967 : Six jours pour sauver Israël

Haim Musicant
Cool Israel
9 June 2017
Le 15 mai 1967, c’est le 19 ème anniversaire d’Israël.

Le matin, Tsahal défile à Jérusalem.

Le soir a lieu le festival de la chanson au Palais de la Nation.
Une jeune inconnue de 20 ans s’avance avec sa guitare sur la scène.
Elle s’appelle Shuly Natan.
Naomi Shemer lui a offert d’interpréter une nouvelle chanson.
C’est le maire, Teddy Kollek, qui a demandé à la célèbre compositrice d’écrire une ballade consacrée à Jérusalem.

La capitale d’Israël est coupée en deux par un mur depuis le 29 mai 1948.
La légion arabe du roi Abdallah a en effet conquis la vieille ville pendant la guerre d’indépendance et massacré les juifs qui s’y trouvaient. Elle a également pris d’assaut l’hôpital Hadassah et l’université hébraïque sur le mont Scopus, mais aussi profané les cimetières et transformé les synagogues en écuries et urinoirs.
Le Kotel, le mur occidental du Temple, est bien sur interdit d’accès depuis 1948.

Shuli Natan interprète ce 15 mai, une chanson émouvante et triste.
Elle chante Jérusalem, cette ville qui est « prisonnière du rêve, solitaire, avec le Mur enfermé dans son cœur ».
Cette chanson, c’est « Yérushalayim shel zaav », « Jérusalem d’or ».

Quand elle interprète cette mélodie, Shuli Nathan rêve-t-elle un seul instant que quelques semaines plus tard, le 7 juin, Tsahal va libérer Jérusalem ?
S’imagine-t-elle que le grand rabbin de l’armée, Shlomo Goren, va prendre une Thorah à la main, et faire sonner avec l’autre le shofar devant le Kotel, et dire tout simplement « Réjouissons-nous ! »

Mais le retour à Jérusalem, en ce mois de juin 1967, n’est pas dans la tête des Israéliens.
Au contraire, ils vivent dans la menace de la destruction de leur pays qui n’a même pas 20 ans d’existence.
Israël est un pays minuscule, aussi grand que trois départements français dans lequel vivent à peine 2,7 millions d’habitants.
Au niveau de Natanya, le pays est moins large que la ligne de métro 1 à Paris entre le château de Vincennes et alors le pont de Neuilly.

Le 1 er juin, Ahmed Choukeiri, le président de l’Organisation de libération de la Palestine, auquel Yasser Arafat va succéder, ne laisse pas de place au moindre doute. Il hurle : « Il n’y aura pas de moyen terme. Il ne restera pas de survivants juifs ! »

Au Caire, à Damas, à Bagdad et dans l’ensemble du monde arabe, les déclarations, les manifestations, les chants, les slogans sont les mêmes : « Avec l’aide de Dieu, nous allons nous retrouver à Tel-Aviv et on les égorgera tous ! »

Israël sait qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air.

Le colonel Gamal Abdel Nasser amasse les troupes égyptiennes à la frontière. Il a exigé le départ des Casques bleus de l’ONU qui faisaient tampon depuis la guerre du Sinaï depuis 1956.
Les troupes jordaniennes sont placées sous le commandement de l’Egypte, le roi Hussein espérant agrandir son royaume à peu de frais.
La Syrie, qui depuis les hauteurs du Golan, tire régulièrement sur les agriculteurs israéliens aux abords du Kineret, le lac de Tibériade, est prête à prendre elle aussi sa part au massacre promis.
Gamal Abdel Nasser franchit un pas supplémentaire en fermant le détroit de Tiran L’accès à Eilat est désormais bloqué.

Israël se sent abandonné par le monde entier.

L’Union soviétique soutient et envoie des armes aux Arabes. Les Etats-Unis, empêtrés dans la guerre au Vietnam, ne veulent rien faire. Le général De Gaulle vient de planter un poignard dans le dos, lui qui, il ya quelques années avait affirmé à David Ben-Gourion qu’Israël était l’ami et l’allié de la France.

Les Israéliens pressentent que la menace d’anéantissement se rapproche.

Le 1er juin, le Premier ministre Israélien Levi Eshkol met en place un gouvernement d’union nationale. Il appelle à ses cotés Menahem Begin, le chef de l’opposition et surtout Moshé Dayan, qui devient ministre de la défense.
Israël doit absolument agir pour repousser la tentative d’étranglement.

Le 5 juin au matin pendant que les pilotes égyptiens prennent leur petit-déjeuner, l’armée de l’air cloue au sol la presque totalité des avions .Les forces terrestres complètent l’opération .En quatre jours, elles font reculer l’armée égyptienne de Gaza, Sharm-el –Sheik et atteignent le canal de Suez.

La Jordanie attaque le 5 juin. Elle n’a pas voulu écouter le message qui lui avait été transmis par Israël : « Ne bougez pas !» Le lendemain, les parachutistes israéliens encerclent le vieille ville de Jérusalem, et le 7 au matin, ils arrivent au Kotel.
Tsahal va poursuivre son action de riposte, et va repousser les Jordaniens et dans ce but s’emparer de la Judée et de la Samarie.

Le 6 juin, les Syriens lancent des attaques contre Israël, mais Tsahal réagit et s’empare du Golan.

Le samedi 10 juin, la guerre est finie. Israël est venu à bout des armées égyptienne , jordanienne et syrienne. Les troupes que devaient envoyer d’autres pays arabes, n’ont pas eu le temps d’arriver.

Tsahal a gagné, mais 800 Israéliens sont morts et 4500 sont blessés.

Le gouvernement confie à Itzhak Rabin, le chef de l’état-major de choisir un nom pour qualifier la troisième guerre d’Israël depuis sa fondation.
« Appelons-la tout simplement la Guerre des six jours, comme pour évoquer les six jours de la création », propose Rabin.

Naomi Shemer, elle, change les paroles de « Yérushalayim shel zaav ».Elle ajoute : « Nous sommes de retour…et un shofar retentit sur le mont du Temple dans la vieille ville ».

Voir aussi:

07 juin 2007

2/6/07 – Guerre des Six jours – ou: Les bluffs dangereux

Dans cet article paru dans Libé, Rebonds, du 7/6/2007, vous trouverez en caractères gras les passages qui ont été coupés.

Le 5 juin d’il y a 40 ans, jour pour jour, j’entendis avec stupeur à la radio que l’aviation israélienne était au-dessus du Caire, ayant cloué au sol son homologue égyptienne… J’étais soulagé et inquiet. Depuis près d’un mois, depuis que Nasser avait bloqué le Détroit de Tiran pour étouffer le port juif d’Eilat et empêcher Israël de recevoir le pétrole, on assistait à un véritable ameutement des foules arabes, orchestré par les chefs d’Etat et par le chef palestinien de l’époque autour du mot d’ordre: les Juifs à la mer. Même la suave chanteuse égyptienne Oum Kalsoum chauffait les masses du Caire par un hymne dont le refrain était adbah! (égorge!). A l’époque, je faisais une thèse de math et de la philo, cela faisait un an que j’étais au Parti communiste pour combattre l’impérialisme et le capitalisme. J’étais plutôt méfiant envers les chefs israéliens, qui étaient du reste plutôt distants envers « les Juifs », comme s’ils croyaient à leur mythe de créer l’homme nouveau. Mais le spectre de l’Extermination, 22 ans à peine après Auschwitz, était présent dans certaines têtes, dont la mienne. Je quittai donc le PC car son discours sur « Israël tête-de-pont-de-l’impérialisme-américain » ne collait pas avec les faits. Bien sûr, je me raisonnais: « les Etats arabes ne pourront pas comme ça effacer Israël », mais je m’objectais: « Et pourquoi pas? Pourquoi les mépriser d’avance? Ils sont armés et nombreux… » Même les Marocains envoyaient des blindés; il n’y avait pas que la Syrie , l’Egypte, la Jordanie qui ameutaient. L’Irak aussi…

Israël a donc attaqué le premier, a vaincu les armées arabes en 6 jours et ses soldats ont pu toucher l’élément originaire, le symbole fort: la vieille ville de Jérusalem, le Mont du Temple – sur lequel les troupes islamiques, treize siècles avant, avaient mis leurs emblèmes victorieux, le Dôme et la Mosquée.

Plus tard, on s’est dit qu’Israël n’aurait pas dû être l’agresseur. Mais  la Guerre du Kippour en  73 a confirmé que s’il n’attaque pas le premier, vu sa petite taille, c’est le massacre, et il est vite menacé dans son existence. Des historiens nous disent que cette Guerre des Six jours (dont nos manuels scolaires ne parlent pas) éclata par inadvertance. Un acte manqué, en somme; mais alors, qui révèle le fond des choses: l’humiliation subie par le monde arabe, dans cette guerre, renouvela celle qu’il a subie en 48 à la naissance de l’Etat juif. Un véritable traumatisme, car en principe, dans l’identité islamique instaurée par le Coran, la question juive était réglée: les vrais bons juifs sont musulmans, comme ceux de la Bible , les autres sont des pervers dans l’ensemble, parfois des braves gens isolément; mais l’idée qu’ils aient un jour une souveraineté est exclue. Dès lors, dans la mentalité officielle arabo-musulmane, Israël était à effacer. Même si des Arabes lucides lui vouent une certaine admiration. Mais avec  la Guerre des Six jours, on ne l’effaçait pas, il était victorieux.

A partir de là, on observa de curieux phénomènes. D’abord une sorte de greffe: du fait qu’Israël devenait ponctuellement occupant colonisant les territoires conquis, on greffa sur lui ces deux traits et cela le rend globalement occupant et colonialiste; on pouvait donc ameuter contre lui toutes les forces anti-coloniales. Il y eut aussi des surenchères morales chez les Juifs; certains, comme Y. Leibovitch fustigeant Israël comme nouvel Etat nazi, pas moins. Ce qui permit à des cohortes d’humanistes en manque d’indignation d’emboîter le pas: Oui, Ramallah c’est Auschwitz, déclara un prix Nobel de littérature.

Autre fait, plus positif: il fallait rendre les territoires. Avant 67, on ne parlait pas de les rendre puisqu’on allait, un jour, libérer toute la Palestine. Mais depuis 67, Gaza, que l’Egypte occupait et n’a jamais pensé à rendre, devint une terre à restituer de même que la Cisjordanie occupée par  la Jordanie qui ne pensait pas davantage à la restituer. Ce fut une sorte de transmutation: ces terres devenaient palestiniennes du fait d’être passées entre des mains israéliennes. Il faut dire qu’avant, même les Palestiniens n’exigeaient pas des Etats arabes d’avoir d’abord Gaza et  la Cisjordanie comme base de départ dans leur lutte contre Israël. Etonnant.

[1] . Proche-Orient. Psychanalyse d’un conflit, (Seuil, 2003).

Mon hypothèse, que j’étaie dans un livre[1], est que de façon très spontanée, le monde arabo-musulman avait fait des Palestiniens le fer de lance ou l’emblème de son refus d’Israël, en tant que souveraineté juive; et quand on est un fer de lance ou un emblème, on n’a pas l’idée d’exister pour son propre compte. C’est donc curieusement après  la Guerre des Six jours que cette idée a pu devenir assez concrète. Ce qui ne veut pas dire praticable. A preuve, depuis que Gaza a été « restitué », les Palestiniens s’y battent entre eux, les plus fanatiques envoient des fusées sur Israël, retardant la restitution – pourtant prévue – d’une partie de la Cisjordanie : en effet, si celle-ci était rendue, on pourrait envoyer de là des fusées sur Tel Aviv, vu les distances; alors c’est l’existence quotidienne d’Israël qui serait mise en question. Donc, nouveau paradoxe, grâce à la libération de Gaza, et à ce qu’elle a révélé, celle de la Cisjordanie paraît peu probable, pour l’instant.

De sorte que même ceux qui réécrivent l’histoire après-coup – et il y en a – n’ont pas la tâche facile. Quand ils disent qu’Israël aurait dû rendre très vite les Territoires, ils oublient qu’un groupe armé quelconque à Ramallah ou à Gaza, s’il veut se réchauffer l’âme et se sentir plus près d’Allah, peut envoyer des bombes (ou des hommes-bombes) sur Israël et redéclencher la guerre. Donc, il faut être bien prétentieux pour s’installer sur un promontoire élevé et juger que, de ci de là, il y a eu « de grosses erreurs ». Ces deux peuples là-bas, quand ils se battent (car il faut reconnaître qu’il y a de longues périodes de paix, et que la seconde Intifada, longue et meurtrière, a fait en tout 3000 morts des deux côtés, ce qui est tragique mais peu comparable aux 250000 morts des guerres ethniques dans l’ex-Yougoslavie), quand il se battent donc, c’est pour des raisons qui leur échappent, des raisons inconscientes qu’on hésite à élucider, mais d’où émerge cette question simple: une terre devenue islamique (par conquête) peut-elle supporter de retrouver (par conquête) sa souveraineté juive antérieure? Ou encore: l’islam ayant pris le relais du message hébreu, peut-il honorer sa dette symbolique envers ses sources juives en laissant une part infime de son immense territoire redevenir un Etat juif?

Le peuple juif, lui, se serait bien contenté de l’émancipation, des Droits de l’homme que la Révolution

française a mis deux ans à lui reconnaître; il se serait même bien passé d’un Etat. Mais des forces inconscientes et historiques ayant fait resurgir cet Etat, c’est de façon très aiguë que la question se pose: projet d’anéantissement, ou cohabitation mouvementée?

Ces problèmes de cohabitation entre islam et monde judéo-chrétien vont peu à peu s’observer bien ailleurs, en Europe, et un jour proche on pourra en parler plus franchement.

Autre remarque: c’est la Guerre des Six jours qui instaura la « ligne verte », frontière apparente et improbable entre deux Etats. Elle a eu dans certains discours un aspect intangible, rigide, absolu, comme si elle existait de tout temps. C’est qu’elle incarne une revendication toute autre: effacer l’humiliation de 67. Or celle-ci est captée par une autre humiliation, plus profonde, celle de l’islam conquérant arrêté par l’Occident sur une frontière instable qui va bientôt faire parler d’elle.

En tout cas, là-bas, la paix « définitive » a peu de chance, car pour régler une dette, il faut se reconnaître endetté, et rien ne peut vous y forcer quand la dette est symbolique. Mais il y aura souvent la paix. Et il y aura aussi bientôt une ambiance analogue à celle qui précéda juin 67, si la bombe iranienne est au point, et si les chefs islamiques (non arabes cette fois) orchestrent à nouveau le « haro ».

Car il faut pointer ici un curieux fait psychologique: des chefs tels que Nasser, Saddam Hussein, Ahmadinejad, se lancent chacun dans un grand bluff, mais ils font en sorte qu’on les croie vraiment. Nasser, s’il ne voulait pas attaquer a quand même fait acte de guerre (bloquer Eilat); S. Hussein a fait croire qu’il avait des armes de destruction massive, il ne les avait pas, mais il a massivement massacré les Kurdes. Reste le chef iranien: il menace et prépare l’instrument. L’ironie de l’histoire va-t-elle faire que c’est lui, justement, qu’on choisira de ne pas croire?

Voir également:

Les plaies d’Israël

Par propos recueillis par Philippe Coste

L’Express

05/06/2007

Chef de file des «nouveaux historiens» de l’Etat hébreu, Tom Segev, réfractaire aux épopées officielles, poursuit la chronique incisive, implacable mais profondément humaine, de son pays. Avec son dernier ouvrage, 1967, Six jours qui ont changé le monde*, il décrypte sans concessions les errements et les choix d’une guerre qui – il s’en explique pour L’Express – hante toujours l’Israël d’aujourd’hui.

Ce livre semble être le tournant de votre carrière d’historien. Comment en avez-vous eu l’idée?

C’est le résultat de cinq ans de recherches, en Europe, aux Etats-Unis et bien sûr en Israël. Chez nous, les archives sont plus accessibles qu’en France et, surtout, nos dirigeants ont cette habitude louable d’emporter à leur domicile des dossiers confidentiels, sans jamais les rapporter au bureau.

Aussi le talent de nos historiens se mesure-t-il souvent à leur capacité à approcher les veuves dépositaires de ces écrits et à gagner leur sympathie. C’est ainsi que j’ai déniché des trésors: des comptes rendus entiers de Conseils de ministres ou les rapports détaillés sur les pourparlers avec les Palestiniens après la guerre des Six-Jours.

Venons-en au fond. Votre livre décrit les événements de 1967 moins comme un épisode glorieux que comme l’origine des maux actuels d’Israël…

Les débats d’aujourd’hui, aussi virulents soient-ils, sont la reproduction exacte, au mot près, de ceux de 1967. Comme si aucune nouvelle idée n’avait pu émerger. Comme si, quarante ans plus tard, nous restions figés dans les choix et les erreurs de l’époque, qui conditionnent toujours nos rapports avec les Palestiniens.

Vous consacrez une place énorme à l’avant-guerre, ce moment d’intense désarroi national. Pourquoi?

C’est essentiel pour entrevoir les racines du conflit. Au milieu des années 1960, Israël incarnait une success story unique au monde. Un Etat – une nation – s’était construit, qui avait remporté deux guerres [en 1948 et en 1956] et accueilli 2 millions d’immigrants supplémentaires depuis sa fondation. Tout cela sans freiner un boom sidérant. En 1965, les enfants israéliens avaient remporté les championnats mondiaux de mathématique, battant les petits Américains à plate couture.

On parlait d’un programme spatial israélien. L’écrivain Shmuel Yosef Agnon allait remporter le prix Nobel de littérature [1966]. D’Alfred Hitchcock à Jean-Paul Sartre, les stars venaient du monde entier observer le prodige. Et puis, début 1966, tout s’arrête, tout s’effondre. Commencent à cette période une récession brutale et un chômage désespérant. Les Israéliens quittent alors le pays. A la fin de l’année 1966, le nombre des partants dépasse celui des arrivants. Nul ne peut imaginer pire affront à l’ego sioniste. On se met à débattre du post-sionisme, comme on le ferait aujourd’hui… La cause semble perdue pour les générations futures.

C’est le temps des incertitudes politiques…

L’ère du père fondateur, l’héroïque David Ben Gourion, s’est achevée. Lui a succédé le prosaïque Premier ministre Levi Eshkol, cruellement raillé pour son apparente indécision. L’ambiance est délétère. Pour apprécier l’intensité du malaise, il faut se souvenir de la capacité des Israéliens, tout au long de leur histoire, à passer en un instant de l’extase à la déprime la plus complète.

Pour aggraver la situation, les attentats commencent…

Progressivement, à partir de 1965. Une bombe ici. Un soldat tué là. Un civil blessé ailleurs. Certes, le terrorisme est sans commune mesure avec celui qui frappera dans les années 1970. Mais la tension monte et Eshkol se tourne vers l’armée, qui lui répond qu’elle n’a aucune solution à sa disposition. Afin de régler le problème naissant du Fatah, les militaires n’ont qu’une idée: s’en prendre à la Syrie, accusée de faciliter le passage des poseurs de bombes. Au même moment, la situation se dégrade à la frontière sud avec l’Egypte. A mon sens, l’état de déliquescence du pays et la faiblesse de ses dirigeants rendent les Israéliens psychologiquement incapables de mesurer rationnellement la réalité du danger.

C’est alors qu’apparaissent les premières références à l’Holocauste…

J’ai demandé à des familles aux Etats-Unis de me montrer les lettres que leur envoyaient à l’époque leurs proches vivant en Israël. J’en ai lu près de 500. Presque toutes, en 1966 et 1967, mentionnent la crainte d’un nouvel holocauste. C’est la grande peur, une panique sincère de la destruction imminente, qui s’infiltre dans tous les recoins de la société.

Cette paranoïa est-elle la cause de la guerre?

Le conflit était en fait inévitable, car Israël était trop faible pour ne pas attaquer. J’ai établi une chronique de la montée de l’irrationnel. Lors des discussions de janvier 1967 entre le gouvernement et les services secrets du Mossad, on spécule sur les options de Hussein de Jordanie. Mais une conclusion s’impose clairement: en cas de conflit, l’annexion de la rive occidentale du Jourdain et de Jérusalem-Est ne serait pas dans l’intérêt national d’Israël. Le 5 juin 1967, quand les troupes de Hussein attaquent, la raison succombe aux pulsions viscérales. Certes, la guerre est gagnée. Le danger principal, l’Egypte, a été écarté après la destruction de 400 de ses avions. Mais on opte, néanmoins, pour l’offensive contre la Jordanie, pour l’occupation de la rive ouest et surtout celle de Jérusalem- Est. Israël va s’emparer de lieux saints musulmans et chrétiens, un geste aux conséquences internationales immenses. Pourtant, lors de la réunion avec Eshkol, l’état-major et le Mossad, il n’y a même pas eu un juriste pour évaluer les risques. On y va, c’est tout. On ne réfléchit pas. On reste au niveau du fantasme et du rêve.

Pour vous, il s’agit du moment clef. Peut-on parler d’une erreur fondamentale?

Certainement. Mais ne soyez pas tenté de voir dans cette décision un calcul politique, une manoeuvre cynique pour résoudre la crise intérieure de l’époque. Nous sommes dans le champ de l’irréfléchi. Je me souviens, d’ailleurs, m’être précipité, à l’époque, pour aller voir Jérusalem-Est, car j’étais persuadé que, dans les jours qui suivraient, nos troupes devraient partir. Tout le monde partageait l’opinion que le cours des événements nous forcerait à revenir au statu quo ante. En fait, Israël venait de passer le point de non-retour. D’après les documents que j’ai obtenus, Hussein était pourtant prêt à une paix durable si on lui rendait Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Mais, politiquement et psychologiquement, il nous était devenu impossible de le faire de notre plein gré. A posteriori, se forgeait le mythe qu’il relevait de la mission, de l’essence d’Israël de détenir tout Jérusalem. C’est étrange car, en fait, hormis le mur des Lamentations, il n’y a pas grand-chose de juif là-bas. Et, d’une manière ou d’une autre, les lieux de prière auraient pu être rendus accessibles sans recourir à l’annexion.

C’est aussi le moment où Israël découvre les Palestiniens…

Après avoir trop longtemps nié leur existence! Un souvenir personnel de juin 1967: en passant en voiture en Cisjordanie, j’ai voulu prendre une photo d’une colonne de réfugiés sur le bord de la route. Mes camarades ont tenté de m’en empêcher, comme s’ils refusaient de matérialiser leur existence. Tout le monde savait qu’il fallait trouver immédiatement une solution pour les Palestiniens, profiter au mieux du choc initial pour assurer les déplacements de population. L’idée la plus simple consistait à les installer en Cisjordanie. Le plan n’aurait coûté que 40 millions de dollars en dix ans – une misère! – et tous les grands philanthropes juifs, à commencer par les Rothschild français, étaient partants pour financer l’opération. Mais non… Notre gouvernement semble alors incapable de prendre une décision et s’enfonce dans le déni. Il s’en tient à une ligne: c’est à l’ONU de s’occuper des Palestiniens. Et Israël ne peut être tenu responsable de leur sort. Les projets les plus loufoques sont alors débattus, visant à les reloger dans le Sinaï, mais surtout à l’étranger: au Canada. Ou en Irak! En lisant cette dernière proposition, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague, avant de me rendre compte que Eshkol en avait expressément discuté avec le président américain Lyndon Johnson!

Justement, quelle est la position des Etats-Unis?

Johnson était opposé à la guerre, essentiellement parce qu’il craignait qu’elle ne tourne mal pour les Israéliens, qui se seraient alors trouvés contraints de lui demander son aide militaire, alors qu’il est lui-même en plein marasme vietnamien. Mais la CIA, enragée contre Nasser, l’assure que Tsahal remportera une victoire en six à dix jours… L’Amérique donne son feu vert.

Aujourd’hui, Israël ne vit-il pas toujours dans le contexte de cet après-guerre?

Oui. La victoire de 1967 offre un second souffle au sionisme. Un sentiment de toute-puissance enivre le pays. Longtemps, jusqu’à la grande claque de la guerre du Kippour (octobre 1973), les Israéliens se répétaient cette boutade: «Qu’est-ce qu’on fait à midi? – On envahit Le Caire! – D’accord. Mais qu’est-ce qu’on fait dans l’après-midi?» 1967 a aussi contribué à l’isolement d’Israël, à substituer aux racines européennes et à l’ouverture antérieure au monde un lien exclusif avec les Etats-Unis.

A ce jour, après la terrible déception qui a suivi les accords d’Oslo, quel est le bilan?

Notre jeunesse ne croit plus à la paix. Pragmatique et désabusée, elle se satisferait d’une bonne gestion des hostilités. Et ce qui m’a frappé dans le dernier épisode, l’offensive au Liban de l’été 2006, c’est, plus que l’inanité d’Ehud Olmert – certainement le pire Premier ministre de notre histoire – le fait que notre armée ne sait plus faire la guerre. Tout un symbole. Tsahal est devenue, au fil des décennies, une gendarmerie conçue pour être un outil d’oppression.

Votre père a été tué lors de la guerre de 1948. Vous n’aviez que 3 ans. Cette disparition tragique a-t-elle contribué à faire germer votre vocation d’historien?

Sa mort n’a rien eu d’héroïque. Il est tombé du toit où il montait la garde, lors d’un échange de tirs. Mais je me souviens des lettres officielles que nous recevions à chaque commémoration. Elles étaient signées par une machine. Surtout, en déplorant le sacrifice des soldats, elles assuraient que nos dirigeants ?uvraient inlassablement pour la paix. Ces mots ont fini par m’intriguer. Que faisaient-ils vraiment pour la paix?

Tom Segev

1935
Ses parents fuient l’Allemagne nazie et s’installent en Palestine.
1945
Naissance à Jérusalem.
1948
Son père est tué pendant la première guerre israélo-arabe.Service militaire au collège de la Défense nationale.Etudes d’histoire et de sciences politiques à la Hebrew University.Doctorat d’histoire sur les commandants de camps de concentration nazis, de la Boston University.
Auteur de:
Les Premiers Israéliens,Calmann-Lévy (1998).
C’était en Palestine au temps des coquelicots, Liana Levi (2000).
Le Septième Million,Liana Levi (2003).

Voir de plus:

« Six jours de guerre »
Daniel Pipes
The New York Post
4 juin 2002

Version originale anglaise: [Michael Oren’s] « Six Days of War »
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

La victoire la plus écrasante dans les annales de la guerre a eu lieu en Juin, il y a 35 ans, lorsque les forces israéliennes ont défait les forces armées égyptiennes, jordaniennes et syriennes en seulement six jours. Et ce [mois de ] Juin là est marqué par la publication de Six Days of War : June 1967 and the Making of the Modern Middle East (Six jours de guerre : juin 1967 et la genèse de l’Orient moderne) (Oxford University Press) de Michael Oren, le plus beau livre jamais paru sur ce sujet.

Oren, un chercheur israélien d’origine américaine, raconte son histoire, de manière sobre, directe et palpitante, pleine de citations percutantes.

Six Days of War (Six jours de guerre) bénéficie de sources en six langues et c’ est le premier compte-rendu à s’appuyer sur les archives d’Etat récemment ouvertes, qui permettent au compte-rendu de fournir ce qui jusque-là était inconnu [et qui touche]au coeur de l’histoire, y compris un certain nombre de mesures publiées en exclusivité (telles que les plans pour la conquête arabe en Israël, ou la manière dont les ordres du ministre de la Défense Moshe Dayan pour s’emparer des hauteurs du Golan ont violé son mandat). Pas étonnant qu’il soit un best-seller américain avant même sa sortie officielle.

Plusieurs questions perdurent encore sur la guerre 67, et Oren fournit des informations utiles pour y répondre. Voici trois explications clés:

Pourquoi la guerre a-t-elle eu lieu ? La question se pose parce que, comme la Première Guerre mondiale, personne n’avait prévu ni ne voulait cette guerre. La recherche d’Oren offre un aperçu de son caractère tout à fait accidentel. En novembre 1966, par exemple, après le meurtre de trois policiers israéliens aux mains de terroristes, basée en Jordanie, l’ambassadeur généralement efficace des États-Unis en Israël a attendu quelques jours pour transmettre un message de condoléances du roi Hussein de Jordanie au Premier ministre israélien. Son retard a poussé les Israéliens à se venger, et les représailles à leur tour sont devenues un épisode majeur dans l’escalade de la guerre.

Le rôle des évènements fortuits doit être gardé à l’esprit ces jours-ci, alors qu’il y a de la guerre dans l’air à nouveau au Moyen-Orient: Le moindre faux pas pourrait provoquer un éclatement.

Comment les Forces de défense israéliennes ont-elles pu gagner de façon si écrasante ? par une pratique méticuleuse et un réalisme absolu, contrairement aux militaires arabes, qui vivaient dans un monde fantastique.

Si les Israéliens étaient tous nerveux à l’approche de la guerre – Le chef d’état-major Yitzhak Rabin souffrait d’une dépression – les dirigeants arabes étaient extrêmement confiants. Un général syrien prédisait une victoire sur Israël en quatre jours « au maximum. » Le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne montrait aucun signe d’inquiétude, insistant sur le fait que les Israéliens étaient incapables de monter précisément l’attaque aérienne surprise qu’ils ont en fait réussie..

Plus largement, un haut fonctionnaire égyptien a déclaré au sujet du leadership de son équipe qu’il croyait que «la destruction d’Israël était un jeu d’enfant qui ne nécessitait que l’accrochage d’une ligne téléphonique chez le commandant et l’écriture de slogans de victoire. »

(Washington, comble d’ironie, a été plus confiant que Tel-Aviv sur une victoire israélienne ; deux semaines avant que la guerre n’ait éclaté, déclare Oren, le secrétaire américain à la Défense avait prédit que si Israël devançait, il battrait ses trois ennemis dans la semaine – précisément ce qui s’est passé.)

Comment la guerre a-t-elle affecté la diplomatie israélo-arabe ? – Elle en a fondamentalement changé les termes. Déjà à la mi-mai, quelques semaines avant que les hostilités n’aient commencé, l’influence du Moyen-Orient à la Maison Blanche, Harold Saunders, a suggéré qu’Israël devrait être tolérée le temps d’écraser ses ennemis, voyant en ceci « un moyen de régler les frontières et, peut-être même les réfugiés ».

Dès le deuxième jour de la guerre, le président Lyndon Johnson avait formulé les grandes lignes de la politique la terre- en échange- de la paix que 35 ans plus tard, la diplomatie américaine conduit encore à l’égard du conflit israélo-arabe: Israël doit restituer la terre conquise en 1967 en échange de sa reconnaissance par les Arabes.

Les Américains attendaient l’ampleur du triomphe militaire d’Israël pour montrer aux Arabes l’inutilité de leurs espoirs de détruire l’Etat juif, une analyse qui rencontra l’approbation immédiate chez certains Israéliens (y compris Yitzhak Rabin, plus tard le premier ministre qui a initié les négociations d’Oslo, qui ont été fondées précisément sur cette hypothèse).

Mais, comme les événements récents l’ont prouvé de façon si frappante, la prémisse terre contre paix était fausse. A quelques exceptions près (comme le président égyptien Anouar El-Sadate), la bonne volonté d’Israël de faire cet échange a hâté la violence des Arabes contre elle, non pas leur acceptation.
Oren montre comment la terre contre la paix est fondée sur des espoirs américains, et non pas sur les réalités du Moyen-Orient ; sa recherche montre que cette politique n’a pas besoin finalement d’être remplacée par une approche plus réaliste.

Comme le sous-titre d’Oren le suggère, ces six jours de la guerre ont eu des conséquences vraiment profondes.

Voir enfin:

Lettre à un Ami arabe

Convergences – pages 242 à 253
Lettre à un Ami arabe – Prix Sévigné, 5ème édition, Mame, 1969, réédition J. C. Lattès 1994
ISBN : 2709613808 – 317 pages.

Depuis cinquante ans, Juifs et Arabes se disputent en brandissant les titres qu’ils prétendent avoir à la possession de la Terre sainte. « Terre arabe »; dites-vous, « Terre hébraïque » répondons-nous. Les Juifs se fondent sur la Bible et sur leurs aspirations millénaires à obtenir la réparation du tort que l’impérialisme romain leur avait causé au 1er siècle de notre ère. Aux racines, chez les Musulmans, la conscience aiguë qu’une terre qui a appartenu à l’Islam, à quelque moment que ce soit, reste à jamais terre d’Islam : « D’ailleurs, nous sommes les héritiers des Anglais et des Turcs !  » ; « S’il y a prescription en matière de souveraineté, vous êtes forclos comme vous prétendez que nous le sommes !… » Les thèses s’imbriquent et s’opposent si étroitement qu’on pourrait en discuter jusqu’à la fin du monde : les neuf cent quatre-vingt onze pages du dossier israélo-arabe publié par les Temps Modernes, en juin 1967, ne constituent, malgré son épaisseur, qu’une minuscule partie des millions de pages, des milliards de mots publiés en cette affaire. trois cent soixante pages d’accusations arabes, répondent trois cent vingt pages de justification d’Israël. A chaque argument arabe, la pensée juive oppose dix réponses. A chacune d’entre elles, un esprit délié pourrait trouver cent répliques définitives, auxquelles pourraient s’opposer mille raisons, et ainsi de suite…

Pendant toutes ces années, j’ai suivi pas à pas l’évolution de ta pensée dans les articles que tu publiais dans les revues et les journaux arabes, dans ce que la presse rapportait de tes discours.

Je connaissais la clarté de ton intelligence, la vigueur de ton style, le courage qui te portait toujours au-delà de ce que la prudence, et parfois la raison, pouvaient conseiller. Je savais aussi les liens qui t’unissaient à Israël : ta famille venait d’un de ces villages des monts de Judée où, comme en Galilée, la population n’a jamais été renouvelée. Tu aimais à te proclamer, et avec toutes les évidences de ton côté, un vrai descendant du peuple de la Bible. Comme beaucoup de Palestiniens, tu parlais l’hébreu avec un accent oriental qui me ravissait : tu réhabilitais notre langue déformée par un grand nombre d’Israéliens originaires d’Europe qui renoncent à prononcer les gutturales, comme elles doivent l’être. Tu étais nourri de culture hébraïque, imprégné des idéaux du libéralisme français, ivre aussi de sentir au fond de ton être une puissance qui aspirait à se manifester par la pensée, par l’écrit, par la parole, par l’action enfin. Sans parler des liens affectifs qui t’unissaient à tant de Juifs. Je recherchais dans ton oeuvre une trace de ce qui était pour moi ton vrai visage : il ne restait rien de cette partie de toi qui t’unissait si profondément à moi, à Israël. Tu avais effacé tout le passé judéo-arabe, tu voulais ignorer les réalisations du sionisme israélien, il n’existait pour toi aucune possibilité d’une nouvelle symbiose israélo-arabe mise au service des peuples du Moyen-Orient et de la paix mondiale. Tu étais épris d’idéaux démocratiques : la dictature nassérienne te paraissait cadrer avec la conception nouvelle que tu te faisais du socialisme. Enfin, je voyais naître sous ta plume le Monstre que les propagandes arabes s’efforçaient d’interposer entre nous, un Juif hideux, synthèse repoussante des caricatures proposées par la haine antisémite du Moyen Age et du parti national-socialiste allemand. A te lire, je sentais rnon nez devenir crochu, mes yeux s’exorbiter, mes oreilles se décoller, mes doigts se pourvoir de griffes, mes pieds devenir semblables à ceux du diable. Je me sentais prêt à boire le sang des enfants chrétiens… Rappelle-toi ce dessin qui représente un Juif horrible, au nez aussi crochu que possible, le cou pris dans l’hexagone central du sceau de Salomon, tandis qu’un Arabe chevaleresque et justicier tire très fort la pointe des deux triangles entrelacés. La haine a de ces inventions… Les thèmes de la propagande arabe concernant Israël sont peu nombreux mais constamment ressassés et avec tant de conviction qu’ils finissent par troubler même la bonne conscience de l’honnête homme. Par violence, Sarah obtint d’Abraham qu’il chasse Agar, la servante, et son fils, Ismaël dans les déserts dont il devint le fils. Par ruse, Jacob usurpa d’Isaac la bénédiction qui revenait à Ésaü. Les propagandistes arabes avec fureur disent au monde : « L’histoire biblique continue: par violence et par ruse, les juifs nous ont dépossédés de nos terres, de nos biens, de notre honneur, de notre liberté. Nous n’aurons de cesse que lorsque nous nous serons vengés. » Et de fait la blessure faite à l’âme arabe est profonde. La critique arabe dénie toute ombre de valeur aux thèses sionistes : elle s’évertue avec beaucoup d’ingéniosité, et depuis peu de temps, avec un certain succès, à donner du Juif une image peut-être ressemblante mais dans laquelle nous avons du mal à nous reconnaître. Faut-il revenir sur les thèmes de cette propagande ? Nous sommes des impérialistes, des colonialistes, des voleurs de terre, des usurpateurs qui ont trompé non seulement les nations arabes mais les Nations unies. Nous sommes des étrangers sur notre propre terre à laquelle ni la Bible, ni l’histoire, ni les décisions des Nations unies, n’ont jamais donné aucun droit, des agresseurs assoiffés de sang, des brigands que le Conseil de sécurité n’a jamais cessé de condamner, des racistes qui vouent des minorités au désespoir et à la honte, au déshonneur et à la misère. Nous sommes les metteurs en scène et les profiteurs de la tragédie des réfugiés.

Ces griefs anciens sont considérablement amplifiés depuis la guerre de juin 1967, dont les résultats confirment aux yeux de nos censeurs toutes les accusations dont ils nous abreuvent depuis vingt ans. Après avoir fait à peu près tout ce qu’il fallait pour nous entraîner dans ce beau gâchis, ils se tournent à nouveau vers le monde en criant : « Nous vous l’avions bien dit ! » Un pamphlet, publié par l’ambassade d’Irak à Paris au lendemain de la guerre des Six Jours, résume bien ce point de vue : Israël ne se compose que d’un groupe d’hommes de nationalités diverses venues des quatre coins du monde pour s’emparer des terres et des biens de tout un peuple, le chasser de son foyer, poussés par un mobile fondé exclusivement sur le racisme et faisant table rase du principe du règne de la majorité et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette campagne a un but très évident : effrayer le monde : « Le sionisme est parvenu en utilisant toutes sortes de pressions à dominer la plupart des moyens d’information pour dénaturer à son profit des faits incontestables, ayant pour objectif d’étendre d’une manière définitive sa domination sur le monde. » Les écrivains, arabes ou pro-arabes qui ont versé leur témoignage au dossier israélo-arabe des Temps modernes déploient leur science et leur talent pour analyser ces grands thèmes, les approfondir, les étayer d’arguments fondés en théologie, en en droit, en fait, au regard de la morale, de la justice, de l’humanité. Leur plaidoyer prend même la défense des intérêts du judaïsme et des Juifs qui devraient comprendre d’eux-mêmes l’étendue de leurs torts, demander pardon, plier bagage, et laisser enfin la place aux Arabes, avant que ceux-ci ne les exterminent. C’est ce que me disait une bonne Chrétienne arabe de ce pays, le 3 juin 1967 !… C’est ce qu’écrivaient les meilleurs parmi les penseurs, les philosophes, les juristes, les sociologues arabes ou pro-arabes tel Maxime Rodinson pour qui Israël n’est qu’un « fait colonial ». Mounthir Anabtawi dépasse cette prudence en accusant Israël d’être un « mouvement colonialiste, chauvin et militariste », représentant un danger permanent pour la liberté des peuples et la paix mondiale. Abdul Wahhab Kayyali, que tu connais bien pour son action au Centre des Recherches de l’Organisation de Libération de la Palestine, insiste surtout sur « le caractère expansionniste agressif de l’Etat d’Israël ».

Le problème des réfugiés constitue la source des arguments les plus difficilement réfutables de la thèse arabe, fortifiée encore par la grande pitié des victimes de la dernière guerre. Loufti El Kholi dénonce en Israël un ghetto et un bastion de l’impérialisme. Pour renforcer cette thèse, on a recours à un Marocain généralement mieux inspiré, Abdallah Laroui qui nie le caractère socialiste – au sens scientifique du terme – de l’État d’Israël. Si l’Égypte de Nasser est à ses yeux l’exemple parfait du socialisme appliqué, je me crois prêt, ma foi, à souscrire à son jugement. Un autre Marocain, Tahar Benziane, conclut une longue analyse d’une manière drastique : « Si les Juifs, au contraire, refusent de s’intégrer, la Palestine n’aura d’autre solution que de rejeter ce corps étranger et agressif qui ne veut pas obéir aux lois élémentaires de l’humanité. » Par bonheur, il m’excepte de l’anathème : « Les Juifs originaires de Palestine, eux, en tout état de cause, sont sur leur propre terre qui est celle de leurs ancêtres palestiniens de confession juive. » Si j’avais la moindre envie de polémiquer, je demanderais à Benziane ce qu’il fait des quatre ou cinq cent mille Juifs d’Afrique du Nord qui, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, étaient, en tout état de cause sur leur propre terre qui est celle de leurs ancêtres maghrébins de confession juive et, qui néanmoins, durent partir, dépossédés de tous leurs biens.

Un admirable cri du coeur d’un Égyptien, Ali Alsamman, que tu as dû rencontrer à Paris où il est le correspondant de dant de AI Abram clôture l’exposé des thèses arabes réunies par les Temps modernes : « Je hais ce sionisme qui sépare l’Arabe du Juif. » Cri d’amour et de haine à la fois, peut-on mieux avouer l’impasse où aboutit l’actuel point de vue arabe sur Israël ?

Il y a le sang versé, il y a les souffrances inimaginables des survivants : les veuves, les orphelins, les parents des sol dats tués au front. Il y a aussi les indicibles malheurs des réfugiés.

As-tu lu cet affreux récit publié par le Monde où l’un d’eux raconte comment, mû par le désespoir, il a noyé dans le Jourdain sa fille, un bébé ?

Il y a les dangers de guerre mondiale que le conflit proche-oriental porte en lui. Il y a la flambée des milliards de dollars jetés dans les caisses étrangères des marchands de canon et de… Mirages. Il y a la perte d’indépendance que ce conflit absurde provoque en nous jetant dans la dépendance des grandes puissances qui se servent des Juifs et des Arabes pour leur propre politique à l’échelle de la planète : dans cette perspective, notre conflit fait de nous des pions sur un échiquier.

Mais plus gravement encore, peut-être, à mes yeux, vingt ans de guerre ont fait de nous, qui vivions comme des frères, des étrangers. Je recherche, dans ton visage marqué par la tragédie de ta guerre et de ta défaite, tes expressions d’enfant et d’adolescent, celui que j’ai connu et aimé à Jérusalem, à Paris. Où est la fraîcheur de ton rire, le pli rieur de tes yeux, la confiance détendue de notre étroite amitié : nous n’avions pas de secret l’un pour l’autre, David et Jonathan ressuscités sur les collines de Judée au grand vent de nos promenades ? Je te vois ravagé, intérieurement miné par ta déception personnelle liée au grand drame, aux souffrances inouïes de ton peuple. Au bout de vingt ans, nous sommes devenus des étrangers l’un pour l’autre et pourtant notre ascendance, nos études, les projets que nous faisions, nous préparaient à un même avenir.

Je suis maintenant attelé aux affaires d’un Etat qui n’est pas tien et ta défaite explique ma survie. J’avais grandi en milieu arabe; mon fils, à Jérusalem, n’avait jamais vu d’Arabe avant notre rencontre, et la seule expression de l’arabisme qui soit jamais parvenue à ses oreilles était l’explosion des balles que la Légion arabe tirait parfois sur nos fenêtres.

En Israël, la minorité arabe, victime du conflit qui nous déchirait, vivait repliée sur elle-même et n’avait à peu près aucun contact avec les Juifs. En pays arabes, l’idéal était de faire comme si Israël n’existait pas : on supprimait son nom sur les cartes, sur les placards publicitaires des journaux et même, dans certaines églises du Liban, des Psaumes que les fidèles récitaient. Les surfaces de contact entre Arabes et Juifs qui, voici vingt ans, couvraient toute l’étendue du monde arabe avaient subi le sort de la peau de chagrin ; les ponts sautaient partout : nous ne touchions qu’aux points les plus douloureux et les plus critiques.

En pays arabes, les communautés juives avaient été liquidées sans phrase, en créant des centaines de milliers de réfugiés dont personne ne parle et qu’aucun organisme international n’a songé à prendre en charge: des Juifs tout juste bons à être abandonnés à la charge de la juiverie. Dans toute l’étendue des terres d’Islam, à chaque secousse provoquée par le conflit israélo-arabe, les Juifs abandonnaient les pays dans lesquels ils étaient établis depuis des millénaires, et où ils étaient arrivés souvent avant la conquête musulmane. En Asie, en Afrique du Nord, le triomphe du nationalisme s’est partout accompagné de la liquidation totale ou partielle des communautés juives. La totalité des Juifs du Yemen, quatre-vingt-dix-huit pour cent des Juifs irakiens, d’Aden, tous les Juifs de Jordanie, quatre-vingt-quinze pour cent des Juifs syriens, quatre-vingt-seize pour cent des Juifs égyptiens, quatre-vingt-quinze pour cent Juifs libyens, la plupart des Juifs afghans, kurdes, indiens, une importante partie des Juifs iraniens, turcs, libanais, quatre-vingt-dix pour cent des Juifs tunisiens, quatre-vingt-dix-neuf pour cent des Juifs algériens, près de quatre-vingt-dix pour cent des Juifs marocains ont quitté leur pays natal depuis la création de l’État d’Israël. Leur exode souvent a été dramatique, dans la nuit de la clandestinité où la police les reléguait. Le plus souvent, ils partaient en laissant tous leurs biens, aussitôt confisqués par les gouvernements arabes. Des sommes considérables, représentant des générations de travail et d’économie ont été ainsi perdues pour ces réfugiés dont la plupart refirent leur vie en Israël en partant de zéro. Je préfère passer sur la manière dont les Juifs habitant les pays musulmans ont appris à connaître les bienfaits de la police syrienne, égyptienne ou marocaine ; oui, passons…

La guerre de 1948, les accords d’armistice avaient transformé l’Etat d’Israël en une forteresse fermée hermétiquement du côté des Arabes. Pendant vingt ans, l’abîme s’était creusé si profondément entre Arabes et Juifs qu’il semblait que nous habitions non pas les parties différentes d’un même pays, mais deux planètes. les contacts étaient devenus à peu près impossibles ou inefficaces : en Israël, une frontière sanglante nous séparait. Ailleurs, en Afrique du Nord, en Libye, en Egypte, au Liban, en Syrie, en Irak, en Jordanie, au Yémen, les Juifs qui survivaient au grand exode n’avaient plus la possibilité d’un échange libre.

Le conflit empoisonnait les relations entre Arabes et Juifs partout où ils cohabitaient et ruinait toute chance de dialogue. j’eus souvent pendant cette période l’occasion de parler avec des Arabes. En Israël, leur situation portait à faux : quels que fussent leurs opinions et l’avantage ou le désavantage qu’ils retiraient de notre présence, ils ne pouvaient s’exprimer sans complexe. La frontière qui séparait les pays arabes d’Israël passait à vrai dire par leur cœur, les déchirait, et souvent les torturait. Nous le sentions si bien que nous avions fini par n’en plus parler. Nos problèmes quotidiens étaient suffisants pour nous occuper les uns et les autres. Nous étions voués à la construction du pays. Pendant vingt ans, malgré les incitations venues de l’étranger, la coexistence fut paisible encore que dépourvue de véritables échanges. Chacun couvait sa peine : l’Arabe, sa guerre, le Juif, sa quête du repos ; comme dans les vieux ménages aux disputes sclérosées, on vivait ensemble sans se parler.

La solitude arabe, au fond, était pire que la nôtre, à bien des égards. En Israël, ils étaient les citoyens d’un Etat, dont, pour la plupart, ils n’avaient pas voulu la naissance, et qui était contraint de prendre à leur encontre des mesures de sécurité difficilement supportées. L’Etat d’Israël devait d’abord penser à sa survie : quelle qu’ait pu être sa volonté en ce qui concerne l’intégration des Arabes, il était soumis à des impératifs politiques qui aboutissaient à des mesures, ressenties de la part de la population arabe, comme injurieuses et discriminatoires. L’effort fait par le Gouvernement d’Israël dans le domaine de l’habitant, de l’instruction, de l’hygiène, ne changeait rien au drame vécu par les Arabes d’Israël. Ils pouvaient jouir du plus haut niveau de vie connu dans toute l’étendue du monde arabe, ils pouvaient avoir atteint le plus haut degré de scolarisation pour leur jeunesse, ils pouvaient même voir combien vaine et folle était la querelle de l’Egypte contre Israël : cela ne changeait rien à leur déchirement, intérieur, bruyamment entretenu par les radios du Caire, d’Amman, de Damas, de Bagdad. Je comprenais bien leur drame aggravé par les conséquences du partage, la séparation des familles, le départ des réfugiés, la confiscation ou l’expropriation de certaines terres. L’hébraïsation de l’Etat rendait plus difficile leur intégration : d’ailleurs le principe d’égalité ne pouvait plus jouer dans l’économie de la guerre qui nous déchirait.

Aussi, certains Arabes d’Israël avaient-ils beau jeu de se plaindre de leur sort dans un rapport adressé en 1964 au secrétaire général des Nations unies. Ils se déclaraient les victimes d’une politique d’oppression de discrimination raciale, et en butte à la persécution du gouvernement israélien. Pour eux, celui-ci poursuivait une politique de haine contre les Arabes, et stimulait des sentiments hostiles parmi le peuple juif, les écoliers, les étudiants. Davantage que dans le domaine des sentiments et de la propagande, les Arabes dénonçaient les violations réelles de leurs droits : ils se référaient aux conséquences e la guerre de 1948, à certaines expropriations de terres (Loi sur la propriété des personnes absentes de 1950, critiquée dans son principe même), de certaines destructions de villages, Ikret par exemple, ou d’expropriations légales, mais faites à des prix peu satisfaisants. Toute la législation israélienne promulguée pour faciliter l’hébraïsation de l’Etat, la judaïsation de la Galilée, était âprement dénoncée comme contraire à l’ordre et aux engagements internationaux de l’Etat. Le problème posé par les biens des fondations religieuses (Waqfs), pris en charge par l’administration israélienne, en l’absence de leurs bénéficiaires, était soulevé : les mesures prises par les Juifs étaient dénoncées avec passion.

L’autorité militaire, chargée de sauvegarder l’ordre et la sécurité dans les parties arabes du territoire, était dénoncée comme l’œuvre du diable ; d’après ce rapport, elle ne faisait que « propager la dissension, la peur, la terreur » ; elle ne servait qu’à aggraver la politique de discrimination menée contre les Arabes d’Israël dans tous les aspects de la vie publique et privée.

Ce rapport s’inspirait des revendications du groupe « Al Ard » qui souhaitait pour tous kes Arabes d’Israël la fin de la discrimination et de l’oppression ; l’adoption du plan de partage de la Palestine de 1947, qui à l’époque avait été accepté par les Juifs et refusé par les Arabes ; la reconnaissance du nationalisme arabe, socialiste et neutraliste. Al Ard était persuadé, surtout après qu’il eut été interdit par décision judiciaire, que le Gouvernement d’Israël avait pour but de « créer un état de peur, de désespoir, de soumission (1) ». Les lois d’urgence : toute cette écume que les vagues de la guerre ont fait déferler sur notre pays étaient dénoncées avec violence.

Bien entendu, le point de vue d’Al Ard était partagé par un grand nombre d’Arabes. Pour eux, les promesses du Caire et des autres capitales arabes étaient réelles. Leur situation de minoritaires – même privilégiés par rapport à la situation de leurs frères des autres pays arabes – sur le plan économique notamment, était transitoire. Viendrait le jour de la vengeance et du salut. 1948, 1956 avaient déçu les espérances du nationalisme arabe, mais si deux batailles avaient été perdues, la guerre continuait. Ainsi quand la crise de mai 1967 commença, les nationalistes arabes, d’inspiration nassérienne, crurent arrivé le jour de gloire. « Pourquoi ne quittez-vous pas le pays avant que les Egyptiens ne vous exterminent, me dit l’un d’eux ; vous auriez du moins la vie sauve. » D’autres cherchaient à repérer les maisons qu’ils occuperaient après leur victoire. Certains étudiants arabes conseillaient à leurs camarades israéliens d’acheter des maillots de bain qui, après tout, pourraient ne pas être inutiles lorsque les Egyptiens, les Syriens et les Jordaniens les auraient rejetés à la mer.

Rancœur et esprit de revanche qui n’étaient pas partagés par une grande partie de la population arabe, soucieuse avant tout de paix, ni par les Druzes, profondément intégrés en Israël et conscients d’y jouir d’une pleine égalité des droits et des devoirs.

Depuis le 15 mai 1967 les menaces de Nasser n’étaient plus verbales, mais s’accompagnaient de déploiement de forces. les armées de Nasser s’apprêtaient à fondre sur les nôtres, pour nous exterminer. A nouveau la chape de plomb, l’esseulement abyssal. Les radios arabes nous apportaient les hurlements déments des dictateurs arabes ou de leurs porte-parole. C’était en arabe le même déploiement de menaces mortelles que celles qui nous poursuivaient en Europe hitlérienne. Il ne s’agissait pas de nous présenter tels que nous sommes, mais tels que nous devrions être pour justifier les grands massacres que l’on nous promettait au Caire, à Damas, à Amman.

« Egorge, égorge, égorge et sois sans pitié,
Egorge, égorge, égorge, et lance leur tête
Dans le désert,
Egorge, égorge, égorge
Tout ce que tu voudras,
Egorge tous les sionistes et tu vaincras »
chantait, au Caire et à Damas, Oum Kalsoum. Pour que nous soyons égorgeables, sans trop de remords, il fallait que dans l’esprit de nos égorgeurs éventuels nous cessions d’avoir figure d’hommes. Ainsi les colonialistes et les racistes avaient-ils mis au point une technique de propagande très efficace destinée à déshumaniser l’ennemi – celui qu’il faut continuer à exploiter ou qu’il faut assassiner -, au point de le réduire à l’état d’objet, non de personne. Le meurtre alors n’est plus gêné par la mauvaise conscience. Ces recettes avaient fait leurs preuves dans les différents pays d’Asie et d’Afrique où des Occidentaux s’opposaient à des peuples colonisés. Mais, en l’espèce, elles furent utilisées par les dictateurs arabes contre Israël.

Pour nous, le blocus du détroit de Tiran décrété par Nasser le 22 mai, les incessantes attaques de notre territoire par les Syriens, le dur bombardement de Jérusalem par les Jordaniens au matin du 5 juin 1967 constituaient des manœuvres agressives caractérisées. Or les chefs arabes continuent de parler de l’agression israélienne. A vrai dire, ils ont raison à leur manière puisqu’ils dénie notre droit de vivre. Le seul fait de notre existence, en tant qu’Etat, introduit un trouble dans l’ordre du monde, constitue une agression permanente contre « leur » paix. Même si nous passions notre temps à chanter, jour et nuit, des psaumes et des cantiques, nous n’en continuerions pas moins notre diabolique agression qui ne pourrait prendre fin qu’avec le terme de notre existence.

Nous étions donc persuadés qu’un triomphe arabe réaliserait les prophéties et les ambitions de Choukeïri : l’extermination des survivants des massacres hitlériens. Au terme de la guerre des Six jours, les hommes menacés que nous étions se retrouvaient soudain en position de force : nous étions à la tête d’un Empire plus vaste que nos ancêtres ne l’avaient jamais rêvé ; nous étions des occupants et, par la force des choses, nous devenions aussi des policiers. Etrange destin que celui qui vouait les exterminateurs au rôle de victimes et les candidats au martyre, aux fonctions de bourreau. Soulagement de la victoire : il s’est exprimé chez nous avec beaucoup de pondération. Nous savions que nous n’avions pas fini de gravir notre calvaire. C’était plutôt pour nous le franchissement d’une étape et non le havre souhaité. Israël était devenu l’occupant malgré lui, vainqueur grâce à l’obstination aveugle de ses ennemis. Soudain le problème se compliquait redoutablement ; jadis, la situation était pour nous relativement simple ; il s’agissait d’être ou de ne pas être : les choses étaient claires. Nous remplissions notre rôle vis-à-vis de nous-mêmes et nous correspondions à l’idée que le monde depuis quatre mille ans se faisait de nous : des sursitaires. Au suspense de notre destin, il était possible de prévoir et d’attendre une fin tragique, la continuation de l’œuvre de mort. Après tout, tant qu’il y avait un Juif vivant, il y aurait suffisamment de place pour lui dans les grands cimetières de l’histoire ou la fumée des crématoires.

La victoire pipait tous les dés, faussait tous les calculs : le petit Juif du ghetto trichait aux yeux du monde en devenant d’indésirable vainqueur d’une guerre qui constituait sans doute l’insurpassable chef-d’œuvre de la stratégie conventionnelle. Le monde entier pouvait s’attendre avec nous à une fin convenable du trouble qu’Israël n’a cessé d’apporter dans l’histoire depuis la folle aventure d’Abraham : l’effondrement militaire de l’armée juive, les hordes arabes se ruant sur nos femmes, nos enfants, nos foyers, pour parachever splendidement l’œuvre que Hitler n’avait pas su mener à son terme logique.

Aux yeux du monde, la victime est devenue bourreau et nous sommes à la tête d’un Empire qui va des pentes de l’Hermon au canal de Suez, du golfe d’Akaba aux rives du Jourdain. Sûrs de nous-mêmes et dominateurs, par cela même faussaires, trublions renversant l’échelle des valeurs. Nietzsche lui-même ne reconnaîtrait plus ses Juifs : d’esclaves, les voici soudain promus au rang de seigneurs. Mais cela même nous a surpris et blessés : nous étions moins en quête de domination que de liberté et de vie. L’image nouvelle de nous-mêmes qui étonnait le monde ne cesse de nous troubler : les uns, d’ivresse, les autres, de nostalgie. La situation nouvelle provoque un universel scandale, le bouleversement de toutes les valeurs, des stéréotypes les plus invétérés.

Les plus faibles, sans doute, se réfugient derrière cette victoire pour rêver une solution qui délivrerait à jamais Israël des ses ennemis : garder tous les territoires conquis, se situer en position de force jusqu’à l’effondrement total de la résistance arabe et sa reddition. les autres rêvent de paix, de délivrance messianique : ils ont physiquement besoin de voir le lion brouter en paix aux côtés de l’agneau et gémissent après les visions de chars convertis en charrues. Débats tragiques et dérisoires, débats de Juifs.

A l’intérieur des frontières, nous, Israéliens, nous nous déchirons dans nos contradictions et nos luttes intérieurs, stérilement, comme nos ancêtres épilaient leur barbe aux arguties du Talmud. Notre déchirement aboutit à un débat académique tandis qu’en face de nous, ceux qui devraient être nos interlocuteurs sont bloqués par la peur et par la honte de leur défaite.

A mesure que la tragédie s’approfondit, que les attentats font davantage de victimes et que la répression sème la peur, les extrémistes se renforcent : Nasser, le grand vaincu de juin 1967, continue de prêcher l’extermination d’Israël. Quelques propagandistes arabes, plus nuancés, essaient de distinguer entre le génocide et qu’ils appellent le politicide : il ne s’agissait plus de tuer les Juifs d’Israël mais leur Etat ; comme si ceux-ci pouvaient survivre à celui-là. En face de ces menaces qui nous rappellent certaines voix arabes de 1967 et celles qui, en allemand, annonçaient, aux années 40, de définitifs massacres, nous entendons s’élever quelques voix juives tremblantes d’angoisse qui exigent de l’Etat d’Israël une défense radicale de nos vies par une élimination violente des dangers du terrorisme. D’un côté, on souhaite que la Palestine soit tout entière arabe, tandis que de l’autre on n’attribue de chances de survie à Israël que dans le cadre d’un Etat juif allant des flancs de l’Hermon aux rives du Jourdain et du canal de Suez.

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Note : (1) Le conflit israélo-arabe, Les Temps Modernes, Paris 1967, p. 792


Discours de Riyad: Jetez les dehors ! (In far more politically correct answer to Obama’s Cairo speech, coward and hypocrite Trump calls Muslims to drive out the terrorists and extremists out of their midst)

26 mai, 2017
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Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. Ce, parce qu’ils ont désobéi à Allah et à Son messager. Le Coran (8: 12-13)
Le nom Ramadan a été le nom du neuvième mois dans le monde arabe bien avant l’arrivée de l’islam ; le mot lui-même est dérivé de la racine rmḍ, comme dans les mots ramiḍa ou ar-ramâḍ, dénotant une chaleur intense, un sol brûlant, le manque de rations. Dans le Coran, Dieu proclame que le jeûne a été prescrit aux musulmans, comme il le fut auparavant aux Juifs, se référant ainsi à la pratique du jeûne durant Yom Kippour. Wikipedia
L’opération Badr (عملية بدر ; Amaliyat Badr), ou le plan Badr (خطة بدر ; Khitat Badr), est une opération militaire lancée par l’Égypte le 6 octobre 1973 avec pour objectif la reconquête d’une partie du désert du Sinaï grâce à une traversée du canal de Suez et la prise des fortifications israéliennes de la ligne Bar-Lev. Elle est lancée en parallèle avec une offensive syrienne sur le plateau du Golan, et marque ainsi le début de la guerre israélo-arabe de 1973. (…) La date coïncide avec le Yom kippour, le jour du Grand Pardon pour les Juifs. C’est un des facteurs importants dans le choix de la date car les Juifs jeûnent durant la journée et s’abstiennent d’utiliser le feu ou l’électricité (ce qui veut dire que les transports sont à l’arrêt). De plus, une grande partie de l’armée israélienne est démobilisée. Octobre coïncide aussi avec le mois du Ramadan dans le calendrier musulman, ce qui signifie que les soldats musulmans engagés dans l’armée israélienne jeûnent aussi — c’est en effet pendant le Ramadan que les musulmans ont gagné leur première victoire à la bataille de Badr en l’an 634. Optant pour quelque chose de plus significatif que le mot « Minarets », les commandants égyptiens choisissent le nom d’« opération Badr » (pleine lune en arabe) pour nommer l’assaut sur le canal de Suez et le Sinaï. Wikipedia
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud
Je ne pense pas que c’est la « jeunesse » qui était particulièrement visée. Le terroriste a surtout choisi une « cible molle », un spectacle à Manchester moins protégé que Londres. Son but était de faire un maximum de victimes. Il a décidé de se faire exploser lors de la sortie du public au moment où la surveillance est plus relâchée. La charge contenait des shrapnels (des bouts de métal tels que des boulons et des clous) pour causer le plus de dégâts humains possibles. L’objectif final consistait à frapper l’opinion. Que le public soit constitué des « jeunes » est un hasard. Le terroriste aurait très bien pu s’en prendre à un match de football et les observateurs n’auraient pas dit que c’étaient les hooligans qui étaient ciblés. (…) Depuis des semaines, Daech et Al-Qaida « canal historique » rivalisent à qui lancera le plus d’appels au meurtre sur les réseaux sociaux. Par exemple, le 17 mai, Daech publiait une vidéo où des volontaires américain, canadien, britannique, russe et belge appelaient leurs concitoyens à passer à l’action là où ils se trouvaient. Hamza Ben Laden, un des fils préféré de l’émir d’Al-Qaida « canal historique » aujourd’hui décédé, publiait presque au même moment deux messages appelant à faire de même. Une petite différence entre les objectifs des deux mouvements : Al-Qaida « canal historique » fait une fixation sur les Etats-Unis alors que Daech vise l’ensemble de l’Occident et la Russie. Il convient de rappeler que pour ces deux mouvements salafistes-djihadistes, leurs premiers ennemis à abattre sont les dirigeants des pays musulmans considérés comme des « corrompus ». Pour la petite histoire, les deux formations se livrent une guerre d’influence qui s’étend aujourd’hui jusqu’en Extrême-Orient où ils s’arrachent les partisans du groupe Abou Sayyaf (Philippines) et du Jihad Islamiyah (Indonésie). L’Occident et la Russie ne sont que des « ennemis lointains » à atteindre quand cela est possible. La période extrêmement pénible que nous vivons va durer car les dirigeants des mouvements salafistes-djihadistes conçoivent leur combat dans la durée. Ils savent très bien qu’ils ne connaîtront pas le « califat mondial » qu’ils appellent de leurs voeux mais ils préparent les nouvelles générations à prendre leur relève pour atteindre un jour le but qu’ils se sont fixé. Alain Rodier (Centre français de recherche sur le renseignement)
Ce que les Rosenberg avaient fait pour Staline, Obama le fait aujourd’hui pour l’ayatollah Khamenei. Le méprisable accord nucléaire d’Obama avec l’Iran a déjà précipité l’agression iranienne dans la région. En réponse aux concessions faites par Obama, Hillary Clinton et John Kerry, l’Iran raidissait son attitude et devenait plus agressif. À l’heure actuelle, l’Iran est impliqué dans des guerres dans la région, entrainant déjà les États-Unis dans leur sillage. Si l’Iran se dote de l’arme nucléaire, ces guerres s’aggraveront et deviendront beaucoup plus dévastatrices. Ce n’est pas seulement Chamberlain. C’est Quisling et Philippe Pétain. Il ne s’agit nullement d’un mauvais jugement. Il s’agit d’une trahison. (…) En ouvrant à l’Iran la voie vers la bombe nucléaire, Obama a transformé les conflits lents du terrorisme classique en crise de civilisations catastrophique. Une bombe nucléaire iranienne ne se faufilera pas discrètement comme le fait la crise démographique de la migration musulmane avec son complément de terrorisme. Ce ne sera pas un problème progressif. Une course aux armes nucléaires entre sunnites et chiites impliquant des terroristes des deux côtés qui emploient des armes nucléaires rendra insoutenable toute la structure de la civilisation occidentale. L’attaque du 11/9 a vu l’usage de quelques jets pour dévaster une ville. La prochaine vague d’armes pourrait tuer des millions, pas des milliers. Les traîtres qui ont fait de l’URSS une puissance capable de détruire le monde étaient motivés par le même agenda caché des partisans à l’accord nucléaire iranien. Ils croyaient que le monopole nucléaire américain conduirait à l’arrogance et au bellicisme. Ils étaient convaincus que la puissance américaine devrait être surveillée en s’assurant que l’union soviétique puisse égaler l’oncle Sam, nucléaire pour nucléaire. Ceux qui ont ouvert les portes du nucléaire à Téhéran aujourd’hui croient qu’un Iran nucléaire aura un effet dissuasif contre l’impérialisme américain dans la région. Leur nombre inclut Barack Obama.(…) Obama a trahi l’Amérique. Il a trahi les victimes américaines du terrorisme iranien. Il a trahi les soldats américains qui ont été assassinés, mutilés et torturés par les armées terroristes iraniennes. Il a trahi des centaines de millions d’Américains dans leur patrie, et qui seront contraints d’élever leurs enfants sous l’égide de la terreur nucléaire iranienne. Sa trahison nucléaire est non seulement une trahison de l’Amérique. Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, elle ouvre les portes de l’assassinat en masse de millions d’américains par un ennemi vicieux. Obama a appauvri des millions d’Américains, il a le sang des soldats et des policiers sur ses mains, mais son héritage final peut être la collaboration dans un acte d’assassinat en masse qui pourrait rivaliser avec Adolf Hitler. Daniel Greenfield
Les Saoudiens, ce n’est que de l’esbroufe, ce sont des tyrans, des lâches. Ils ont l’argent, mais pas le courage. Donald Trump (11 septembre 2014)
De nombreuses personnes disent que c’était merveilleux que Mme Obama refuse de porter un foulard en Arabie, mais (les Saoudiens) ont été insultés. Nous avons déjà assez d’ennemis. Donald Trump (janvier 2015)
Il y a un choix à faire entre deux futurs – et c’est un choix que les États-Unis ne peuvent pas faire à votre place. Un avenir meilleur n’est possible que si vos nations traquent les terroristes et les extrémistes et les chassent. Les chassent de vos lieux de culte. Les chassent de vos communautés. Les chassent de votre terre sainte et les chassent de la surface de la Terre. Donald Trump
Cette année, la fête débute alors que nous pleurons les victimes innocentes d’attaques terroristes barbares au Royaume-Uni et en Egypte, des actes de dépravation qui sont directement contraires à l’esprit du ramadan. De tels actes ne font que renforcer notre volonté de défaire les terroristes et leur idéologie pervertie. Donald Trump
Les présidents américains passent, les Saoud restent : c’est ce qu’ont dû penser avec un sourire goguenard les princes de Ryad en écoutant le discours du président Trump. Ils ont pourtant eu chaud, avec Obama d’abord, qui leur préférait ostensiblement les Iraniens. Obama avait engagé un très audacieux renversement géostratégique pour substituer à la traditionnelle alliance avec les Saoud, qui date du président Roosevelt à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un rapprochement avec l’autre grand pôle du monde musulman : celui des chiites iraniens. Les puits de pétrole saoudiens en ont tremblé de peur. Cette audace de son prédécesseur aurait pu – aurait dû – plaire à Donald Trump. Après tout, derrière l’Iran, il y a la Russie et Trump voulait justement se rapprocher de la Russie. Un Trump qui pendant sa campagne avait multiplié les tweets ravageurs contre le pays, je cite, “qui veut asservir les femmes et tuer les homosexuels“. Trump qui se mettait alors dans les chaussons idéologiques de Samuel Huntington et assumait la guerre de civilisation entre un bloc musulman et un bloc judéo-chrétien. Mais souvent Trump varie, fol qui s’y fie… L’Arabie saoudite est redevenue un merveilleux royaume et l’islam une religion de paix. Pourtant, depuis des années, on sait à quoi s’en tenir. C’est l’Arabie saoudite qui a au départ financé Al Qaida et Ben Laden. C’est l’Arabie saoudite qui a au départ financé le califat islamique et on passe sur l’actuelle guerre au Yémen, où l’aviation saoudienne fait des ravages. Daesh n’est qu’une Arabie saoudite qui a réussi. Ryad est la matrice de la salafisation du monde, en terre d’islam mais aussi en Europe comme en Afrique, à grands coups de mosquées et d’écoles coraniques. Refuser l’entrée de ressortissants venus de pays musulmans pour protéger l’Amérique contre le terrorisme pour chanter les louanges de l’Arabie saoudite, c’est comme si le président Roosevelt avait, dans les années 1930, interdit l’entrée de son pays aux nazis tout en se rendant à Berlin pour glorifier ce grand démocrate que fut le chancelier Hitler. Mais voilà, « l’Arabie saoudite a de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent. L’accueil de Trump fut fastueux. Le président américain a pu annoncer, triomphant, 380 milliards de dollars d’investissement et de contrats. Ce n’est plus un voyage présidentiel, c’est la hotte du Père Noël. Et les princes en ont profité pour glisser un chèque de 100 millions de dollars dans les souliers de la fille de Trump, Ivanka, et son fonds de femmes entrepreneuses. Plus de guerre de civilisation, plus de problème avec l’islam, c’est seulement l’éternelle lutte entre le Bien et le Mal : Trump parle désormais comme un banal Bush junior.Avec les mêmes contradictions.  Comment combattre à la fois l’Iran et l’Etat islamique, alors que ces deux-là sont d’inexpiables adversaires ? Comment régler les questions syrienne, irakienne, afghane sans traiter avec l’Iran ? Pourquoi flatter les potentats saoudiens et dénigrer une république islamique d’Iran qui organise, elle, des élections à peu près démocratiques ? Éric Zemmour
So after inventing “fake news”, America’s crazed President on Sunday gave the world’s Muslims a fake speech. Donald Trump said he was not in Saudi Arabia to “lecture” – but then told the world’s Islamic preachers what to say, condemned “Islamist terrorism” as if violence was a solely Muslim phenomenon and then announced like an Old Testament prophet that he was in “a battle between good and evil”. There were no words of compassion, none of mercy, absolutely not a word of apology for his racist, anti-Muslim speeches of last year. Even more incredibly, he blamed Iran – rather than Isis – for “fuelling sectarian violence”, pitied the Iranian people for their “despair” a day after they had freely elected a liberal reformer as their president, and demanded the further isolation of the largest Shiite country in the Middle East. The regime responsible for “so much instability” is Iran. The Shiite Hezbollah were condemned. So were the Shiite Yemenis. Trump’s Sunni Saudi hosts glowed with warmth at such wisdom. And this was billed by CNN as a “reset” speech with the Muslim world. For “reset”, read “repair”, but Trump’s Sunday diatribe in Riyadh was in fact neither a “reset” nor a “repair”. It was the lecture he claimed he would not give.  “Every time a terrorist murders an innocent person, and falsely invokes the name of God, it should be an insult to every person of faith,” he announced, utterly ignoring – as he had to – the fact that Saudi Arabia, not Iran, is the fountainhead of the very Wahhabi Salafist extremism whose “terrorists” murder “innocent people”.  He tried to avoid his old racist “radical Islamic extremist” mantra and tried to replace it with “Islamist extremism” but he apparently fluffed his words and said “Islamic” as well. The subtle difference he was trying to make in English was thus for Muslims no more than a variation on a theme: terrorists are Muslims. All this, let us remember, came after Trump had sewn up yet another outrageous arms deal with the Saudis ($110bn or £84.4bn) and the proposed purchase by Qatar of what Trump obscenely referred to as “a lot of beautiful military equipment”. It seems almost fantastical that he should make such a remark only two days before meeting the Pope who in Cairo two weeks ago railed along with the Muslim Sheikh of Al Azhar against the evil of arms dealers.  “We are adopting a principled realism, rooted in common values and shared interests,” Trump told the Saudis and the leaders of another fifty Muslim nations on Sunday. But what on earth are those values? What values do the Americans share with the head-chopping, misogynist, undemocratic, dictatorial Saudis other than arms sales and oil? And when Trump said that “our friends will never question our support, and our enemies will never doubt our determination,” were his friends supposed to be the Saudis? Or the “Islamic world” – which should surely include Iran and Syria and Yemen – and the warring militias of Libya? As for “enemies”, was he talking about Isis? Or Russia? Or Syria? Or Iran, whose newly elected president surely wants peace with America? Or was he – as part of the Muslim world will conclude with good reason – declaring his friendship with the Sunni Muslims of the world and his enmity towards the Shia Muslims? For that, ultimately, was what the Riyadh speech-fest was all about. Take this little quotation: “We will make decisions based on real-world outcomes – not inflexible ideology. We will be guided by the lessons of experience, not the confines of rigid thinking. And, wherever possible, we will seek gradual reforms – not sudden intervention.” Now let’s parse this little horror. “Decisions based on real-world outcomes” means brutal pragmatism. “Gradual reforms” indicates that the US will do nothing for human rights and take no steps to prevent crimes against humanity – unless they are committed by Iran, Syria, Iraqi Shiites, the Lebanese Shiite Hezbollah or Yemeni Shiite Houthis. It was all about “partnership”, we were supposed to believe. It was about a “coalition”. You bet it would be. For America is not going to bleed as it did in Iraq and Afghanistan. It is the Arabs who must bleed as they fight each other, encouraged by the biggest arms supplier of them all. Thus Trump lectured them on their need to share “their part of the burden”. The Arabs will be “united and strong” as “the forces of good”. If the battle is between “decent people of all religions” and “barbaric criminals” – “between good and evil” – as Trump inferred, it was significant, was it not, that this battle was to start in the “sacred land” of Sunni Saudi Arabia? By the time Trump reached the bit in which he threatened the bad guys – “if you choose the path of terror, your life will be empty, your life will be brief, and your soul will be condemned” – he sounded like a speech-writer for Isis. Apparently – and unsurprisingly, perhaps – Trump’s actual speech was partly the work of the very man who wrote out his much ridiculed (and failed) legal attempt to ban Muslims of seven nations from the United States. All in all, quite a “reset”. Trump talked of peace but was preparing the Arabs for a Sunni-Shia war. The fawning leaders of the Muslim world, needless to say, clapped away when the mad president of America had finished speaking. But did they understand what his words really portended? Robert Fisk
Donald Trump appears to have envisioned his speech on Sunday in Riyadh as an answer to Barack Obama’s 2009 address in Cairo. And reading the two side by side is illuminating. The speeches differ in many ways, but none more striking than this: Trump’s speech was far more politically correct. (…) for all the pillorying Obama received for supposedly whitewashing the problems of the Islamic world, his Cairo speech actually addressed them quite bluntly. Speaking at Egypt’s prestigious Cairo University, Obama condemned Holocaust denial in Muslim countries, calling it “baseless, ignorant, and hateful.” He denounced people who “threaten Israel with destruction” and “repeat vile stereotypes about Jews.” He highlighted the oppression of women in Muslim lands, declaring that “a woman who is denied an education is denied equality. And it is no coincidence that countries where women are well-educated are far more likely to be prosperous.” He referenced the Middle East’s economic failures, arguing that “no development strategy can be based only upon what comes out of the ground, nor can it be sustained while young people are out of work.” And in a clear challenge to his host, Egyptian dictator Hosni Mubarak, he insisted that “all people yearn for certain things: the ability to speak your mind and have a say in how you are governed; confidence in the rule of law and the equal administration of justice; government that is transparent and doesn’t steal from the people; the freedom to live as you choose. Those are not just American ideas, they are human rights, and that is why we will support them everywhere.” Compare that to Trump, who said virtually nothing that caused his hosts any discomfort. Trump criticized terrorist groups like ISIS for their “persecution of Jews,” and he condemned Iran for pledging “the destruction of Israel.” But since ISIS and Iran are Riyadh’s most bitter foes, those condemnations won’t have bothered the Saudi monarchs at all. Unlike Obama, Trump avoided the broader problem of anti-Semitism and Holocaust denial in Islamic countries, a problem in which his Saudi hosts are deeply complicit. Nor did he even hint at the fact that Saudi Arabia still does not recognize Israel.On the question of women’s rights, it was much the same. Trump attacked jihadist terrorists for “the oppression of women.” But he described King Salman’s government as a virtual beacon of women’s rights. “Saudi Arabia’s Vision for 2030 is an important and encouraging statement of tolerance, respect, empowering women, and economic development,” Trump declared. You would never have known that women in the Kingdom still can’t drive.  Trump didn’t even mention the words “democracy,” “liberty,” or “freedom.” To the contrary, in a sentence that will bring grins to autocrats across the region, he declared that, “We are not here to lecture—we are not here to tell other people how to live, what to do, who to be.” Trump did condemn “extremism.” But speaking in the country he has accused of complicity in 9/11, he did not once pointedly suggest that any Middle East regime except Iran’s might bear any responsibility for that extremism. Rather than suggesting, as both Obama and George W. Bush did, that the authoritarianism and corruption of Arab governments might have helped spawn groups like al-Qaeda and ISIS, Trump reversed the causality. The Middle East’s “untapped potential” he declared, “is held at bay by bloodshed and terror.” And in so doing, he endorsed the agenda that Saudi Arabia and other Sunni Arab dictatorships have been urging for years: Help us confront Iran and kill “terrorists” (which includes anyone who opposes our hold on power) and all will be well. In his speech in Riyadh, Trump didn’t even use the phrase that he endlessly excoriated Clinton and Obama for avoiding: “radical Islamic terrorism.” He talked about “extremism.” But never used it as an adjective to modify the noun “Islam.” None of this should be a surprise. Trump is a coward. He says wildly offensive things when the objects of his derision aren’t around, but crumples when he actually meets them. The Atlantic monthly
C’est très intéressant que notre réunion se passe juste après l’horrible soirée de mort pour de jeunes innocents. La paix ne peut pas prendre racine dans un environnement où la violence est tolérée, financée et récompensée. Donald Trump (s’adressant à Mahmoud Abbas)
Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vile croyance. Les leaders religieux doivent être très clairs là-dessus: la barbarie n’apportera aucune gloire, l’adoration du mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera courte et votre âme sera condamnée à l’enfer. Chaque pays de cette région a un devoir absolu de s’assurer que les terroristes ne trouvent aucun abri sur leur sol. Cela veut dire affronter honnêtement la crise de l’extrémisme islamique et les groupes terroristes islamiques qu’il inspire. Et cela veut dire aussi se dresser ensemble contre le meurtre d’innocents musulmans, l’oppression des femmes, la persécution des juifs, et le massacre des chrétiens. Un meilleur futur n’est possible que si vos nations se débarrassent du terrorisme et des extrémistes. Jetez les dehors. Jetez-les hors de vos lieux de culte. Jetez-les hors de vos communautés. Jetez-les hors de vos terres saintes, et jetez-les hors de cette terre. Donald Trump
This is certainly a much more honest speech about the jihad threat than any speech Barack Obama ever delivered, and Trump delivered it well to a tough audience. How he follows up on it is all-important: will he actually scrap Obama’s fantasy-based counterterror program and allow for study of the motivating ideology of jihad terrorists, without which there can be no effective response to the global jihad threat? We shall see.
À Riyad, lors de la première étape de sa tournée des trois monothéismes qui l’emmène à Jérusalem et à Rome (mais désolé, pas à La Mecque qui est inaccessible), Donald Trump a prononcé un discours important sur une série de sujets – le Moyen-Orient, la violence djihadiste, l’Iran, un « OTAN arabe » et l’Islam. Une prestation mitigée mais globalement positive. D’une durée de 34 minutes, ce discours compte plusieurs points négatifs : incohérent, passant d’un sujet à l’autre et parsemé de retours en arrière, le propos n’est ni éloquent ni pénétrant (comme par exemple : « Les terroristes n’adorent pas Dieu, ils adorent la mort. ») Par endroits, il contient des euphémismes du style d’Obama, tels que cette déclaration indiquant que les grands défis de l’histoire sont devant nous, un objectif qui transcende toute autre considération : « pour surmonter l’extrémisme et vaincre les forces du terrorisme. » Et ne parlons pas du côté grotesque avec l’annonce de l’ouverture à Riyad, quartier général du wahhabisme, d’un « Centre mondial pour la lutte contre l’idéologie extrémiste ». J’ai frémi quand j’ai entendu Trump qualifier l’Arabie saoudite de « terre sacrée ». J’ai eu un haut-le-cœur en l’entendant faire un éloge appuyé du roi Salmane, dont on sait qu’il a, pendant les années 1990, contribué pour des dizaines de millions de dollars au financement de la violence djihadiste en Bosnie et au Pakistan. Le contexte du discours est extrêmement préoccupant : les accords américano-saoudiens d’un montant total de 380 milliards de dollars confèrent à un régime tyrannique un supplément d’influence sur les Américains. L’acquisition d’armements américains par les Saoudiens pour une valeur de 110 milliards de dollars met un vaste arsenal à la disposition d’un gouvernement dont les objectifs diffèrent radicalement de ceux des Américains. Mises à part ces réserves qui sont loin d’être insignifiantes, il s’agissait d’un bon discours annonçant un changement majeur dans la bonne direction par rapport aux années Obama, particulièrement en ce qui concerne l’Iran et l’Islam. L’élément le plus remarquable est la volonté de Trump de désigner l’idéologie de l’islamisme comme l’ennemi. Ceci est d’une importance capitale : à l’instar du médecin qui doit d’abord identifier le problème médical avant de le traiter, le stratège doit identifier l’ennemi avant de pouvoir le vaincre. En parlant d’« agents du mal », de « terroristes » et d’« extrémistes violents », on ignore le caractère islamique de l’ennemi. À cet égard, le passage clé du discours (à 22’25 ») est le suivant : « Il y a encore beaucoup à faire à savoir, affronter en toute franchise la crise de l’extrémisme islamique, des islamistes et du terrorisme islamique de toutes sortes. » (La version écrite du texte était la suivante : « l’extrémisme islamiste et les groupes terroristes islamistes » mais au moment de parler, Trump a fait des changements. Alors qu’islamiste est plus précis qu’islamique, sur le plan politique, les deux ont la même teneur.) Il s’agit d’un événement remarquable et sans précédent pour un dirigeant américain s’exprimant de la sorte dans la capitale du Royaume d’Arabie saoudite et qui plus est, lors du « Sommet arabe islamo-américain » organisé par les Saoudiens et en présence des dirigeants de quelque 50 pays à majorité musulmane. « J’ai vos numéros », a dit en substance Donald Trump. « Donc, ne jouez pas avec moi. Il a confirmé ce point à plusieurs reprises dans son discours : « Les pays à majorité musulmane doivent prendre la tête de la lutte contre la radicalisation » ; « Les nations musulmanes doivent être prêtes à prendre sur elles-mêmes si nous voulons vaincre le terrorisme et envoyer son idéologie épouvantable aux oubliettes » ; une mention du tribut humain qu’ont coûté « l’EI, Al-Qaïda, le Hezbollah, le Hamas et tant d’autres. » Et son appel à faire front « contre le meurtre de musulmans innocents, l’oppression des femmes, la persécution des juifs et le massacre des chrétiens. » Sur la nature du problème, il n’y a donc aucune ambiguïté. Toutefois, un discours ne fait pas une politique. Il est arrivé naguère à George W. Bush et Barack Obama de parler respectivement d’« islamofascisme » et d’« islamistes ». Obama a même évoqué les « djihadistes ». Cependant ces termes explicites n’ont eu aucun poids réel sur leur politique. De la même manière, les Premiers ministres britanniques Tony Blair et David Cameron ont prononcé de magnifiques discours sur l’islamisme mais ces derniers ont eu tout aussi peu d’impact sur les actions de leurs gouvernements.Pour que le discours de Trump fasse la différence, il faut que cela marque le début d’une approche cohérente destinée à reconnaître que l’idéologie islamiste est au cœur du conflit – et que la violence n’est que l’une de ses manifestations et peut-être pas la plus dangereuse. Daniel Pipes
Now it becomes clear why President Trump selected as the destinations of his current tour Riyadh, Jerusalem and Rome. He is re-setting the foreign policy debate around the factor which is both fundamental and at the same time systematically ignored. He is reframing it as a conflict over religion. Not that he is describing it in Samuel Huntington’s terms as a war between civilisations. He reportedly told his son-in-law and key strategist Jared Kushner to construct a tour around the theme of reconciliation and world peace. Nevertheless, he’s doing something which no previous president has done: making religion the central issue in promoting that goal of reconciliation and peace. And that means he sees the conflicts roiling the world as being over precisely that issue of religion; and more specifically, the clash between Islam and the rest. That’s why in his Riyadh speech he invoked the name of God on multiple occasions. That’s why he made a visit today to the Church of the Holy Sepulchre and the western wall of the ancient Jewish Temple in Jerusalem – where he was unaccompanied by Israeli dignitaries, presumably to emphasise he was making no political point but rather performing an act of piety and respect and thus pointing out the centrality of these sites to Christianity and Judaism. And that’s why he is to visit the Pope in the Vatican. He’s saying that in order to end the political conflict between east and west, the three faiths of Islam, Judaism and Christianity must first broker peace between themselves. And that means he’s doing something no US president has yet dared to do: naming the Islamic jihad for what it is – a war of religion. And he went into the very belly of the beast, Saudi Arabia, to say it. For he not only excoriated the Saudis’ arch-enemy Iran, but put the Kingdom on notice that it needs to reject the violent extremism it itself has spawned. “Drive. Them. Out”, he said. “DRIVE THEM OUT of your places of worship. DRIVE THEM OUT of your communities. DRIVE THEM OUT of your holy land, and DRIVE THEM OUT OF THIS EARTH.” Well, that could hardly have been a clearer demand of his hosts. He used language that is correct but virtually no western leader will use, calling on the Kingdom to confront “the crisis of Islamist extremism and the Islamist terror groups it inspires. And it means standing together against the murder of innocent Muslims, the oppression of women, the persecution of Jews, and the slaughter of Christians.” (…) On Israel and the Arabs, it’s a pity he has not said what needs to be said: that the idea of a Palestine state is a red herring to mask the real goal of exterminating Israel. But at the same time, he hasn’t said there needs to be a Palestine state; so far he has stuck instead to platitudes about children living free from violence and so forth. (…) There were several other signals on this visit of a more pragmatic approach. The president’s wife and daughter wore no head coverings, and neither did women who attended the various functions; the King nevertheless even shook Melania’s hand. And Trump made the first direct flight from Riyadh to Israel’s Ben Gurion airport. These things may sound small beer but their symbolism is important. (…)  True, Trump hasn’t called out the Palestinians on their big lie that they have legal and historical rights to the land. As of yesterday, however, the so-called Israel-Palestine conflict has been reframed in the context of the need to achieve peace between religions. In other words, the conflict has been tacitly reframed as fundamentally an Islamic religious war. As such, it follows that a) it cannot be a dispute over land boundaries and b) it puts Israel on the same side as the west. (…) His Riyadh speech wasn’t perfect: several things he said grated. The King may have been speaking in turn with forked tongue. And there are great dangers in this huge US arms deal with the Kingdom: those weapons weaken Israel’s defences; and if the fragile Saudi monarchy should fall to Isis, al Qaeda or Iranian proxies, this US-manufactured armoury might be turned against America itself. For the moment, though, President Trump has joined up the dots in the Middle East to create a picture which has never been drawn before but is long overdue. Melanie Phillips
Une fois de plus j’ai été surpris de constater l’écart entre les discours du président Donald Trump en visite officielle au Moyen Orient et ce que la plupart des médias, y compris américains, ont bien voulu rapporter. L’un des points culminants de cette erreur de lecture, volontaire ou non, a été à mon sens la rubrique d’Éric Zemmour au micro d’«On n’est pas forcément d’accord» sur RTL. D’après le polémiste, Trump aurait redonné aux Saoud leurs lettres de noblesse, en chantant les louanges d’un merveilleux pays et en s’extasiant devant l’accueil fastueux que les rois du pétrole lui avaient réservé. À croire qu’en visite officielle à Riyad, le président des États Unis avait d’autre choix que de jeter le chaud et froid sur son auditoire, s’il voulait faire passer son message d’union renforcée contre l’hégémonisme iranien et le radicalisme salafiste. Il est vrai que la première partie de son intervention n’a fait qu’encenser le royaume et son leader dont «les mots ne rendent pas justice de la grandeur de ce remarquable lieu et l’incroyable hospitalité qui lui a été offerte». S’il en était resté là, Éric Zemmour aurait eu, comme souvent d’ailleurs, raison dans son analyse. Mais c’était sans écouter la suite du discours, écrit dans un langage qui tranche, ô combien, avec les atermoiements de Barack Obama, tout en courbettes devant le précédent monarque et qui, de toute sa carrière, n’a jamais été capable d’associer les termes «terrorisme» et «islamiste». (…) Plus tard, devant le même roi et 50 dirigeants de pays islamiques, le Président américain s’est livré à ce discours historique, sans compromis, et d’un réalisme étonnant. (…) À qui s’adressait-il? Aux leaders de Daesh, d’Al Qaida ou du Hamas? Non, aux dirigeants des pays du golfe qui l’écoutaient sans en croire leurs oreilles. (…) «Chaque pays de cette région a un devoir absolu de s’assurer que les terroristes ne trouvent aucun abri sur leur sol. Cela veut dire affronter honnêtement la crise de l’extrémisme islamique et les groupes terroristes islamiques qu’il inspire. Et cela veut dire aussi se dresser ensemble contre le meurtre d’innocents musulmans, l’oppression des femmes, la persécution des juifs, et le massacre des chrétiens». (…) «Un meilleur futur n’est possible que si vos nations se débarrassent du terrorisme et des extrémistes. Jetez les dehors. Jetez-les hors de vos lieux de culte. Jetez-les hors de vos communautés. Jetez-les hors de vos terres saintes, et jetez-les hors de cette terre». Pierre Rehov

Attention: une lâcheté peut cacher une autre !

Au terme d’une semaine qui a vu comme il se doit en début de ramadan
Pas moins, entre les Philippines, l’Indonésie, la Grande-Bretagne et l’Egypte et sans compter les attaques déjouées, de quatre attentats islamistes majeurs …
Et au lendemain d’un discours de Riyad d’un président américain censé prendre le revers de celui de son prédécesseur au Caire
Comment ne pas partager l’étonnement de nos médias
Devant l’incroyable correction politique d’un discours …
Où face à un Iran aux élections démocratiques et à bientôt la bombe que l’on sait …
Trump le lâche et l’hypocrite appelait ses hôtes …
A tout simplement « jeter dehors » terroristes et extrémistes  …
De leurs lieux de culte, communautés et terre sainte ?

Trump Turns Politically Correct in Saudi Arabia The president says wildly offensive things when the objects of his derision aren’t around, but crumples when he actually meets them.
Peter Beinart
The Atlantic monthly
May 21, 2017

Donald Trump appears to have envisioned his speech on Sunday in Riyadh as an answer to Barack Obama’s 2009 address in Cairo. And reading the two side by side is illuminating. The speeches differ in many ways, but none more striking than this: Trump’s speech was far more politically correct.“Political correctness,” as it is used in common parlance, means avoiding hard truths so as not to offend the people around you. And Trump made his hostility to political correctness a centerpiece of his campaign. Nowhere was this more evident than in his discussion of “radical Islam.” Again and again, Trump blamed America’s vulnerability to jihadist terrorism on President Obama and Hillary Clinton’s refusal to speak honestly about the pathologies of Muslims and Islam. At a Wisconsin town hall in March of last year, CNN’s Anderson Cooper asked, “Do you trust Muslims in America?” Trump responded, “We have a problem, and we can try and be very politically correct and pretend we don’t have a problem, but, Anderson, we have a major, major problem.” In June, in defending his proposed ban on Muslim immigration to the United States, Trump declared that, “The current politically correct response cripples our ability to talk and to think and act clearly” to keep America safe from terrorism.But for all the pillorying Obama received for supposedly whitewashing the problems of the Islamic world, his Cairo speech actually addressed them quite bluntly. Speaking at Egypt’s prestigious Cairo University, Obama condemned Holocaust denial in Muslim countries, calling it “baseless, ignorant, and hateful.” He denounced people who “threaten Israel with destruction” and “repeat vile stereotypes about Jews.” He highlighted the oppression of women in Muslim lands, declaring that “a woman who is denied an education is denied equality. And it is no coincidence that countries where women are well-educated are far more likely to be prosperous.” He referenced the Middle East’s economic failures, arguing that “no development strategy can be based only upon what comes out of the ground, nor can it be sustained while young people are out of work.” And in a clear challenge to his host, Egyptian dictator Hosni Mubarak, he insisted that “all people yearn for certain things: the ability to speak your mind and have a say in how you are governed; confidence in the rule of law and the equal administration of justice; government that is transparent and doesn’t steal from the people; the freedom to live as you choose. Those are not just American ideas, they are human rights, and that is why we will support them everywhere.”Compare that to Trump, who said virtually nothing that caused his hosts any discomfort. Trump criticized terrorist groups like ISIS for their “persecution of Jews,” and he condemned Iran for pledging “the destruction of Israel.” But since ISIS and Iran are Riyadh’s most bitter foes, those condemnations won’t have bothered the Saudi monarchs at all. Unlike Obama, Trump avoided the broader problem of anti-Semitism and Holocaust denial in Islamic countries, a problem in which his Saudi hosts are deeply complicit. Nor did he even hint at the fact that Saudi Arabia still does not recognize Israel.
On the question of women’s rights, it was much the same. Trump attacked jihadist terrorists for “the oppression of women.” But he described King Salman’s government as a virtual beacon of women’s rights. “Saudi Arabia’s Vision for 2030 is an important and encouraging statement of tolerance, respect, empowering women, and economic development,” Trump declared. You would never have known that women in the Kingdom still can’t drive.Trump didn’t even mention the words “democracy,” “liberty,” or “freedom.” To the contrary, in a sentence that will bring grins to autocrats across the region, he declared that, “We are not here to lecture—we are not here to tell other people how to live, what to do, who to be.”Trump did condemn “extremism.” But speaking in the country he has accused of complicity in 9/11, he did not once pointedly suggest that any Middle East regime except Iran’s might bear any responsibility for that extremism. Rather than suggesting, as both Obama and George W. Bush did, that the authoritarianism and corruption of Arab governments might have helped spawn groups like al-Qaeda and ISIS, Trump reversed the causality. The Middle East’s “untapped potential” he declared, “is held at bay by bloodshed and terror.” And in so doing, he endorsed the agenda that Saudi Arabia and other Sunni Arab dictatorships have been urging for years: Help us confront Iran and kill “terrorists” (which includes anyone who opposes our hold on power) and all will be well. In his speech in Riyadh, Trump didn’t even use the phrase that he endlessly excoriated Clinton and Obama for avoiding: “radical Islamic terrorism.” He talked about “extremism.” But never used it as an adjective to modify the noun “Islam.”
None of this should be a surprise. Trump is a coward. He says wildly offensive things when the objects of his derision aren’t around, but crumples when he actually meets them. In his presidential announcement speech, Trump called Mexican immigrants “rapists.” But when he sat down with his Hispanic Advisory Council, he proved “humble” and “conciliatory” and called mass deportations “neither possible nor humane.” During the campaign, he endlessly trashed Mexico’s government. But when he actually arrived in Mexico City last August, he declared the trip a “great, great, honor” and when President Enrique Peña Nieto asked him about his famous pledge to make Mexico pay for a wall between the two countries, Trump refused to discuss the subject. During the campaign, Trump accused Black Lives Matter of being responsible for the murder of police, and described African American living conditions as hellish. But when he actually showed up at a black church in Detroit last September, he spent most of his time flattering his hosts. Trump’s speech, noted The Washington Post, constituted a “jarring shift in tone and message.” During the campaign, Trump repeatedly claimed that China was manipulating its currency. But after meeting with China’s president, he acknowledged that was not true.The Saudis appear thrilled that Trump was so conciliatory on his visit. They should enjoy themselves while they can. Americans have learned this about Trump: What he says to your face often bears no relationship to what he says behind your back.

Voir aussi:

Trump en Arabie Saoudite : « Les princes de Ryad ont eu chaud », lance Éric Zemmour

RTL

24 mai 2017

« Les présidents américains passent, les Saoud restent : c’est ce qu’ont dû penser avec un sourire goguenard les princes de Ryad en écoutant le discours du président Trump. Ils ont pourtant eu chaud, avec Obama d’abord, qui leur préférait ostensiblement les Iraniens. Obama avait engagé un très audacieux renversement géostratégique pour substituer à la traditionnelle alliance avec les Saoud, qui date du président Roosevelt à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un rapprochement avec l’autre grand pôle du monde musulman : celui des chiites iraniens. Les puits de pétrole saoudiens en ont tremblé de peur.

« Cette audace de son prédécesseur aurait pu – aurait dû – plaire à Donald Trump. Après tout, derrière l’Iran, il y a la Russie et Trump voulait justement se rapprocher de la Russie. Un Trump qui pendant sa campagne avait multiplié les tweets ravageurs contre le pays, je cite, “qui veut asservir les femmes et tuer les homosexuels“. Trump qui se mettait alors dans les chaussons idéologiques de Samuel Huntington et assumait la guerre de civilisation entre un bloc musulman et un bloc judéo-chrétien. Mais souvent Trump varie, fol qui s’y fie… »

« L’Arabie saoudite est redevenue un merveilleux royaume et l’islam une religion de paix. Pourtant, depuis des années, on sait à quoi s’en tenir. C’est l’Arabie saoudite qui a au départ financé Al Qaida et Ben Laden. C’est l’Arabie saoudite qui a au départ financé le califat islamique et on passe sur l’actuelle guerre au Yémen, où l’aviation saoudienne fait des ravages. »

« Daesh n’est qu’une Arabie saoudite qui a réussi. Ryad est la matrice de la salafisation du monde, en terre d’islam mais aussi en Europe comme en Afrique, à grands coups de mosquées et d’écoles coraniques »

« Refuser l’entrée de ressortissants venus de pays musulmans pour protéger l’Amérique contre le terrorisme pour chanter les louanges de l’Arabie saoudite, c’est comme si le président Roosevelt avait, dans les années 1930, interdit l’entrée de son pays aux nazis tout en se rendant à Berlin pour glorifier ce grand démocrate que fut le chancelier Hitler. »

Mais voilà, « l’Arabie saoudite a de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent. L’accueil de Trump fut fastueux. Le président américain a pu annoncer, triomphant, 380 milliards de dollars d’investissement et de contrats. Ce n’est plus un voyage présidentiel, c’est la hotte du Père Noël. Et les princes en ont profité pour glisser un chèque de 100 millions de dollars dans les souliers de la fille de Trump, Ivanka, et son fonds de femmes entrepreneuses. »

« Plus de guerre de civilisation, plus de problème avec l’islam, c’est seulement l’éternelle lutte entre le Bien et le Mal : Trump parle désormais comme un banal Bush junior.Avec les mêmes contradictions. »

« Comment combattre à la fois l’Iran et l’Etat islamique, alors que ces deux-là sont d’inexpiables adversaires ? Comment régler les questions syrienne, irakienne, afghane sans traiter avec l’Iran ? Pourquoi flatter les potentats saoudiens et dénigrer une république islamique d’Iran qui organise, elle, des élections à peu près démocratiques ? »

« Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons, disait Lénine. Il y a belle lurette que les Saoud ont compris qu’il suffisait de remplacer capitaliste par mécréant. »

Voir également:

Donald Trump’s speech to the Muslim world was filled with hypocrisy and condescension

Despite claiming he wouldn’t give a lecture, the President did just that, displaying a blatant anti-Iran bias intended to appease the nation with whom he’d just signed a multi-billion dollar arms deal at the expense of the truth

  • Robert Fisk
The Independent Online
21 may 2017

So after inventing “fake news”, America’s crazed President on Sunday gave the world’s Muslims a fake speech. Donald Trump said he was not in Saudi Arabia to “lecture” – but then told the world’s Islamic preachers what to say, condemned “Islamist terrorism” as if violence was a solely Muslim phenomenon and then announced like an Old Testament prophet that he was in “a battle between good and evil”. There were no words of compassion, none of mercy, absolutely not a word of apology for his racist, anti-Muslim speeches of last year.

Even more incredibly, he blamed Iran – rather than Isis – for “fuelling sectarian violence”, pitied the Iranian people for their “despair” a day after they had freely elected a liberal reformer as their president, and demanded the further isolation of the largest Shiite country in the Middle East. The regime responsible for “so much instability” is Iran. The Shiite Hezbollah were condemned. So were the Shiite Yemenis. Trump’s Sunni Saudi hosts glowed with warmth at such wisdom.

And this was billed by CNN as a “reset” speech with the Muslim world. For “reset”, read “repair”, but Trump’s Sunday diatribe in Riyadh was in fact neither a “reset” nor a “repair”. It was the lecture he claimed he would not give.

“Every time a terrorist murders an innocent person, and falsely invokes the name of God, it should be an insult to every person of faith,” he announced, utterly ignoring – as he had to – the fact that Saudi Arabia, not Iran, is the fountainhead of the very Wahhabi Salafist extremism whose “terrorists” murder “innocent people”.

He tried to avoid his old racist “radical Islamic extremist” mantra and tried to replace it with “Islamist extremism” but he apparently fluffed his words and said “Islamic” as well. The subtle difference he was trying to make in English was thus for Muslims no more than a variation on a theme: terrorists are Muslims.

All this, let us remember, came after Trump had sewn up yet another outrageous arms deal with the Saudis ($110bn or £84.4bn) and the proposed purchase by Qatar of what Trump obscenely referred to as “a lot of beautiful military equipment”. It seems almost fantastical that he should make such a remark only two days before meeting the Pope who in Cairo two weeks ago railed along with the Muslim Sheikh of Al Azhar against the evil of arms dealers.

“We are adopting a principled realism, rooted in common values and shared interests,” Trump told the Saudis and the leaders of another fifty Muslim nations on Sunday. But what on earth are those values? What values do the Americans share with the head-chopping, misogynist, undemocratic, dictatorial Saudis other than arms sales and oil?

And when Trump said that “our friends will never question our support, and our enemies will never doubt our determination,” were his friends supposed to be the Saudis? Or the “Islamic world” – which should surely include Iran and Syria and Yemen – and the warring militias of Libya? As for “enemies”, was he talking about Isis? Or Russia? Or Syria? Or Iran, whose newly elected president surely wants peace with America? Or was he – as part of the Muslim world will conclude with good reason – declaring his friendship with the Sunni Muslims of the world and his enmity towards the Shia Muslims?

For that, ultimately, was what the Riyadh speech-fest was all about. Take this little quotation: “We will make decisions based on real-world outcomes – not inflexible ideology. We will be guided by the lessons of experience, not the confines of rigid thinking. And, wherever possible, we will seek gradual reforms – not sudden intervention.” Now let’s parse this little horror. “Decisions based on real-world outcomes” means brutal pragmatism. “Gradual reforms” indicates that the US will do nothing for human rights and take no steps to prevent crimes against humanity – unless they are committed by Iran, Syria, Iraqi Shiites, the Lebanese Shiite Hezbollah or Yemeni Shiite Houthis.

It was all about “partnership”, we were supposed to believe. It was about a “coalition”. You bet it would be. For America is not going to bleed as it did in Iraq and Afghanistan. It is the Arabs who must bleed as they fight each other, encouraged by the biggest arms supplier of them all. Thus Trump lectured them on their need to share “their part of the burden”. The Arabs will be “united and strong” as “the forces of good”. If the battle is between “decent people of all religions” and “barbaric criminals” – “between good and evil” – as Trump inferred, it was significant, was it not, that this battle was to start in the “sacred land” of Sunni Saudi Arabia?

By the time Trump reached the bit in which he threatened the bad guys – “if you choose the path of terror, your life will be empty, your life will be brief, and your soul will be condemned” – he sounded like a speech-writer for Isis. Apparently – and unsurprisingly, perhaps – Trump’s actual speech was partly the work of the very man who wrote out his much ridiculed (and failed) legal attempt to ban Muslims of seven nations from the United States. All in all, quite a “reset”. Trump talked of peace but was preparing the Arabs for a Sunni-Shia war. The fawning leaders of the Muslim world, needless to say, clapped away when the mad president of America had finished speaking. But did they understand what his words really portended?

Voir de même:

Discours de D. Trump en Arabie saoudite : plutôt bien

Daniel Pipes
National Review Online
21 mai 2017

http://fr.danielpipes.org/17607/discours-trump-arabie-saoudite

Version originale anglaise: Trump’s Saudi Speech: Pretty Good
Adaptation française: Johan Bourlard

À Riyad, lors de la première étape de sa tournée des trois monothéismes qui l’emmène à Jérusalem et à Rome (mais désolé, pas à La Mecque qui est inaccessible), Donald Trump a prononcé un discours important sur une série de sujets – le Moyen-Orient, la violence djihadiste, l’Iran, un « OTAN arabe » et l’Islam. Une prestation mitigée mais globalement positive.

D’une durée de 34 minutes, ce discours compte plusieurs points négatifs : incohérent, passant d’un sujet à l’autre et parsemé de retours en arrière, le propos n’est ni éloquent ni pénétrant (comme par exemple : « Les terroristes n’adorent pas Dieu, ils adorent la mort. ») Par endroits, il contient des euphémismes du style d’Obama, tels que cette déclaration indiquant que les grands défis de l’histoire sont devant nous, un objectif qui transcende toute autre considération : « pour surmonter l’extrémisme et vaincre les forces du terrorisme. »

Et ne parlons pas du côté grotesque avec l’annonce de l’ouverture à Riyad, quartier général du wahhabisme, d’un « Centre mondial pour la lutte contre l’idéologie extrémiste ». J’ai frémi quand j’ai entendu Trump qualifier l’Arabie saoudite de « terre sacrée ». J’ai eu un haut-le-cœur en l’entendant faire un éloge appuyé du roi Salmane, dont on sait qu’il a, pendant les années 1990, contribué pour des dizaines de millions de dollars au financement de la violence djihadiste en Bosnie et au Pakistan.

Le contexte du discours est extrêmement préoccupant : les accords américano-saoudiens d’un montant total de 380 milliards de dollars confèrent à un régime tyrannique un supplément d’influence sur les Américains. L’acquisition d’armements américains par les Saoudiens pour une valeur de 110 milliards de dollars met un vaste arsenal à la disposition d’un gouvernement dont les objectifs diffèrent radicalement de ceux des Américains.

Mises à part ces réserves qui sont loin d’être insignifiantes, il s’agissait d’un bon discours annonçant un changement majeur dans la bonne direction par rapport aux années Obama, particulièrement en ce qui concerne l’Iran et l’Islam. L’élément le plus remarquable est la volonté de Trump de désigner l’idéologie de l’islamisme comme l’ennemi. Ceci est d’une importance capitale : à l’instar du médecin qui doit d’abord identifier le problème médical avant de le traiter, le stratège doit identifier l’ennemi avant de pouvoir le vaincre. En parlant d’« agents du mal », de « terroristes » et d’« extrémistes violents », on ignore le caractère islamique de l’ennemi.

À cet égard, le passage clé du discours (à 22’25 ») est le suivant : « Il y a encore beaucoup à faire à savoir, affronter en toute franchise la crise de l’extrémisme islamique, des islamistes et du terrorisme islamique de toutes sortes. » (La version écrite du texte était la suivante : « l’extrémisme islamiste et les groupes terroristes islamistes » mais au moment de parler, Trump a fait des changements. Alors qu’islamiste est plus précis qu’islamique, sur le plan politique, les deux ont la même teneur.)

Il s’agit d’un événement remarquable et sans précédent pour un dirigeant américain s’exprimant de la sorte dans la capitale du Royaume d’Arabie saoudite et qui plus est, lors du « Sommet arabe islamo-américain » organisé par les Saoudiens et en présence des dirigeants de quelque 50 pays à majorité musulmane. « J’ai vos numéros », a dit en substance Donald Trump. « Donc, ne jouez pas avec moi. »

Il a confirmé ce point à plusieurs reprises dans son discours : « Les pays à majorité musulmane doivent prendre la tête de la lutte contre la radicalisation » ; « Les nations musulmanes doivent être prêtes à prendre sur elles-mêmes si nous voulons vaincre le terrorisme et envoyer son idéologie épouvantable aux oubliettes » ; une mention du tribut humain qu’ont coûté « l’EI, Al-Qaïda, le Hezbollah, le Hamas et tant d’autres. » Et son appel à faire front « contre le meurtre de musulmans innocents, l’oppression des femmes, la persécution des juifs et le massacre des chrétiens. » Sur la nature du problème, il n’y a donc aucune ambiguïté

Toutefois, un discours ne fait pas une politique. Il est arrivé naguère à George W. Bush et Barack Obama de parler respectivement d’« islamofascisme » et d’« islamistes ». Obama a même évoqué les « djihadistes ». Cependant ces termes explicites n’ont eu aucun poids réel sur leur politique. De la même manière, les Premiers ministres britanniques Tony Blair et David Cameron ont prononcé de magnifiques discours sur l’islamisme mais ces derniers ont eu tout aussi peu d’impact sur les actions de leurs gouvernements.Pour que le discours de Trump fasse la différence, il faut que cela marque le début d’une approche cohérente destinée à reconnaître que l’idéologie islamiste est au cœur du conflit – et que la violence n’est que l’une de ses manifestations et peut-être pas la plus dangereuse.

Pour commencer il serait bon de rappeler le discours prononcé en août de l’année dernière par le candidat Trump qui déclarait que « l’un de mes premiers actes en tant que président sera de créer une commission sur l’islam radical… pour identifier et expliquer à la population américaine les convictions et croyances profondes de l’islam radical et mettre au jour les réseaux, présents dans nos sociétés, qui soutiennent la radicalisation. » La commission « mettra au point de nouveaux protocoles pour les officiers de police locaux, les enquêteurs fédéraux et les inspecteurs de l’immigration. »

Eh bien, allons-y, Monsieur le Président ! Le moment est venu de mettre sur pied une Commission de la Maison Blanche sur l’islam radical.

Voir encore:

Pourquoi la politique arabe de Donald Trump est plus subtile qu’il n’y paraît
Pierre Rehov
Le Figaro
25/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Pour Pierre Rehov, Donald Trump n’a pas été complaisant envers l’allié saoudien des États-Unis. Le décryptage de son discours dans son intégralité prouve au contraire qu’il a fait souffler le chaud et le froid.


Pierre Rehov est reporter de guerre, réalisateur de documentaires et romancier.


Une fois de plus j’ai été surpris de constater l’écart entre les discours du président Donald Trump en visite officielle au Moyen Orient et ce que la plupart des médias, y compris américains, ont bien voulu rapporter. L’un des points culminants de cette erreur de lecture, volontaire ou non, a été à mon sens la rubrique d’Éric Zemmour au micro d’«On n’est pas forcément d’accord» sur RTL.

D’après le polémiste, Trump aurait redonné aux Saoud leurs lettres de noblesse, en chantant les louanges d’un merveilleux pays et en s’extasiant devant l’accueil fastueux que les rois du pétrole lui avaient réservé. À croire qu’en visite officielle à Riyad, le président des États Unis avait d’autre choix que de jeter le chaud et froid sur son auditoire, s’il voulait faire passer son message d’union renforcée contre l’hégémonisme iranien et le radicalisme salafiste.

Il est vrai que la première partie de son intervention n’a fait qu’encenser le royaume et son leader dont «les mots ne rendent pas justice de la grandeur de ce remarquable lieu et l’incroyable hospitalité qui lui a été offerte».

S’il en était resté là, Éric Zemmour aurait eu, comme souvent d’ailleurs, raison dans son analyse.

Mais c’était sans écouter la suite du discours, écrit dans un langage qui tranche, ô combien, avec les atermoiements de Barack Obama, tout en courbettes devant le précédent monarque et qui, de toute sa carrière, n’a jamais été capable d’associer les termes «terrorisme» et «islamiste».

Tout d’abord, notons un point intéressant, presque jamais relevé. Le royaume d’Arabie Saoudite est interdit aux Juifs. Ce qui n’a pas empêché Donald Trump de se faire accompagner par sa fille, Ivanka, convertie au judaïsme orthodoxe depuis son union avec Jared Kuchner.

L’on pourra donc trouver jubilatoire l’image du roi Salman serrant la main, en son royaume, à une jeune femme cheveux au vent, représentant ce que l’Islam radical abhorre depuis que Mahomet – après avoir massacré la tribu des Koraichi qui refusaient la conversion forcée – jeta un anathème sur les Juifs. Un anathème sans doute à la source du conflit Israélo-Arabe d’aujourd’hui.

Une première, donc, dès l’arrivée de Trump sur le sol saoudien, à laquelle il faut ajouter un petit détail de protocole. Le roi Salman – fait unique – plutôt que de circuler dans son carrosse royal a rejoint son palais dans la voiture présidentielle.

Le ton, quelque part, était donné. Loin d’accueillir un vassal, soumis à la toute-puissance du pétrodollar, le Saoud, toute honte bue, faisait, par ce geste, la démonstration d’un renversement d’allégeance. Chacun sa place et les moutons seront bien gardés.

Plus tard, devant le même roi et 50 dirigeants de pays islamiques, le Président américain s’est livré à ce discours historique, sans compromis, et d’un réalisme étonnant.

«Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vile croyance»

Cette phrase ne fut que l’amorce de ce qui allait suivre car, devant une audience subjuguée, pour ne pas dire tétanisée, le président Trump ne s’est pas gêné pour ajouter: «Les leaders religieux doivent être très clairs là-dessus: la barbarie n’apportera aucune gloire, l’adoration du mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera courte et votre âme sera condamnée à l’enfer.»

À qui s’adressait-il? Aux leaders de Daesh, d’Al Qaida ou du Hamas? Non, aux dirigeants des pays du golfe qui l’écoutaient sans en croire leurs oreilles.

Il est utile de noter que, contrairement aux Occidentaux, les musulmans ne craignent pas la mort, mais sont terrifiés par l’enfer, auquel ils croient sans la moindre nuance. Et comme si cette menace ne suffisait pas, Trump d’ajouter:

«Chaque pays de cette région a un devoir absolu de s’assurer que les terroristes ne trouvent aucun abri sur leur sol. Cela veut dire affronter honnêtement la crise de l’extrémisme islamique et les groupes terroristes islamiques qu’il inspire. Et cela veut dire aussi se dresser ensemble contre le meurtre d’innocents musulmans, l’oppression des femmes, la persécution des juifs, et le massacre des chrétiens».

Un grand discours, telle une belle symphonie, ne peut se concevoir sans un crescendo conduisant à une apothéose. Je relèverai donc ce passage, prononcé avec force et conviction: «Un meilleur futur n’est possible que si vos nations se débarrassent du terrorisme et des extrémistes. Jetez les dehors. Jetez-les hors de vos lieux de culte. Jetez-les hors de vos communautés. Jetez-les hors de vos terres saintes, et jetez-les hors de cette terre».

Cette emphase n’est pas innocente, car pour que les dirigeants musulmans présents soient ainsi conviés à s’attaquer au terrorisme, encore fallait-il qu’ils commencent par reconnaître leur responsabilité dans la naissance d’organisations extrémistes parmi les pires.

De la même manière, souligner que les Juifs ont longtemps été persécutés et les chrétiens massacrés dans les pays musulmans n’a pas dû passer sans quelques grincements de dents au sein de l’auditoire. L’Émir du Qatar, quant à lui, n’a pas dû non plus apprécier que le président américain cite le Hamas parmi les organisations terroristes à combattre.

Mais, de toute évidence, contrairement à Barack Hussein Obama qui voulait bouleverser la donne géopolitique régionale par un renversement d’alliances incluant un rapprochement avec l’Iran et les frères musulmans, Donald Trump avait pour but principal un retour à la norme établie par Roosevelt à la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est-à-dire le renforcement du traité liant l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe à l’Amérique.

Soit dit en passant, alors que le très controversé accord signé par les pays occidentaux avec l’Iran a permis à ce dernier de recevoir des milliards de dollars, en échange d’une promesse – encore à tenir – de renoncer à l’armement nucléaire, Trump est reparti d’Arabie Saoudite avec, en poche, plusieurs contrats d’une valeur globale de 410 milliards de dollars, dont l’emploi américain sera le premier bénéficiaire.

Mais Trump n’était pas à un renversement des tabous prêt. N’a-t-il pas, en effet, insisté sur le fait qu’il quitterait l’Arabie Saoudite pour se rendre en Israël (pays dont l’existence n’est toujours pas reconnue par la quasi-totalité du monde musulman) et plus précisément à Jérusalem, pour y rencontrer le premier ministre Benjamin Netanyahou? Le simple fait d’avoir prononcé par trois fois, à Riyad, le mot «Israël» serait déjà en soi une petite révolution des esprits. Mais cela n’est rien comparé à l’autorisation que l’avion présidentiel, Air Force One, reçut de déposer un plan de vol reliant Riyad directement à l’aéroport Ben Gourion. Pour la première fois, depuis la naissance d’Israël, un avion décolla d’Arabie Saoudite pour atterrir, sans détour, en terre promise.

Ce ne sont peut-être que des détails, mais d’une importance majeure quand l’on connaît la portée des symboles au Moyen Orient. Contrairement à son prédécesseur, pour qui la «volonté expansionniste» d’Israël était la cause de tous les maux de la région, et son «occupation» de territoires disputés – que les Arabes revendiquent pour y établir une vingt cinquième dictature – responsable d’un extrémisme étranger par essence à une religion qualifiée «de paix et d’amour».

La vision de Donald Trump en la matière, est claire. Le terrorisme et la radicalisation sont la source du problème et non leur conséquence et la paix entre Israéliens et Palestiniens ne peut se faire sans un accord global, incluant l’intégralité des pays de la région.

Hasard tragique de l’histoire, il a fallu qu’un énième attentat ensanglante le monde occidental, cette fois à Liverpool, la veille de la rencontre entre Trump et le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmud Abbas. Le président américain ne put s’empêcher de souligner la coïncidence: «C’est très intéressant, dit-il, que notre réunion se passe juste après l’horrible soirée de mort pour de jeunes innocents. La paix ne peut pas prendre racine dans un environnement où la violence est tolérée, financée et récompensée.»

Une fois de plus, le message ne pouvait être plus clair. Alors que le congrès américain s’apprête à voter le «Taylor Force Act» dont le but est de couper les vivres à l’Autorité Palestinienne tant que celle-ci continuera de salarier les djihadistes et leurs familles et que ses médias inciteront quotidiennement au meurtre des Juifs, Trump ne s’est pas privé de rappeler à Abbas les risques qu’il encourrait.

De même qu’en mêlant chaud et froid dans son discours de Riyad il a souligné qu’il était temps pour les gouvernements arabes, s’ils voulaient compter sur le soutien des Américains, de cesser leur soutien au terrorisme.

Aussi bien sunnite que chiite.

Voir de plus:

Trump joins up the dots

May 22, 2017

Now it becomes clear why President Trump selected as the destinations of his current tour Riyadh, Jerusalem and Rome. He is re-setting the foreign policy debate around the factor which is both fundamental and at the same time systematically ignored. He is reframing it as a conflict over religion.

Not that he is describing it in Samuel Huntington’s terms as a war between civilisations. He reportedly told his son-in-law and key strategist Jared Kushner to construct a tour around the theme of reconciliation and world peace.

Nevertheless, he’s doing something which no previous president has done: making religion the central issue in promoting that goal of reconciliation and peace. And that means he sees the conflicts roiling the world as being over precisely that issue of religion; and more specifically, the clash between Islam and the rest.

That’s why in his Riyadh speech he invoked the name of God on multiple occasions. That’s why he made a visit today to the Church of the Holy Sepulchre and the western wall of the ancient Jewish Temple in Jerusalem – where he was unaccompanied by Israeli dignitaries, presumably to emphasise he was making no political point but rather performing an act of piety and respect and thus pointing out the centrality of these sites to Christianity and Judaism. And that’s why he is to visit the Pope in the Vatican.

He’s saying that in order to end the political conflict between east and west, the three faiths of Islam, Judaism and Christianity must first broker peace between themselves.

And that means he’s doing something no US president has yet dared to do: naming the Islamic jihad for what it is – a war of religion. And he went into the very belly of the beast, Saudi Arabia, to say it.

For he not only excoriated the Saudis’ arch-enemy Iran, but put the Kingdom on notice that it needs to reject the violent extremism it itself has spawned.

“Drive. Them. Out”, he said. “DRIVE THEM OUT of your places of worship. DRIVE THEM OUT of your communities. DRIVE THEM OUT of your holy land, and DRIVE THEM OUT OF THIS EARTH.”

Well, that could hardly have been a clearer demand of his hosts.

He used language that is correct but virtually no western leader will use, calling on the Kingdom to confront “the crisis of Islamist extremism and the Islamist terror groups it inspires. And it means standing together against the murder of innocent Muslims, the oppression of women, the persecution of Jews, and the slaughter of Christians.”

Even more strikingly, he couched the failure to abandon religious violence in terms of eternal damnation:

“Religious leaders must make this absolutely clear: Barbarism will deliver you no glory – piety to evil will bring you no dignity. If you choose the path of terror, your life will be empty, your life will be brief, and YOUR SOUL WILL BE CONDEMNED.”

On Israel and the Arabs, it’s a pity he has not said what needs to be said: that the idea of a Palestine state is a red herring to mask the real goal of exterminating Israel. But at the same time, he hasn’t said there needs to be a Palestine state; so far he has stuck instead to platitudes about children living free from violence and so forth.

Moreover, he observed that Saudi Arabia was the “custodian of the two holiest sites in the Islamic Faith.” That’s Mecca and Medina. Not, of course, Jerusalem. The claim that Jerusalem is Islam’s sacred site, made repeatedly by proponents of Palestinian mythology, is a lie. Trump’s pointed omission will have been noted by those who need to note it.

What Saudi King Salman did and said on this visit was itself highly significant. Yes, he claimed in Orwellian fashion that Islam was a religion of “mercy, tolerance and co-existence”. But he also said that achieving peace between the Palestinians and the Israelis was “a just and necessary quest that requires joint sacrifices” [my emphasis], and he also spoke of the Kingdom’s keenness to invest in the “empowering of women”.

There were several other signals on this visit of a more pragmatic approach. The president’s wife and daughter wore no head coverings, and neither did women who attended the various functions; the King nevertheless even shook Melania’s hand. And Trump made the first direct flight from Riyadh to Israel’s Ben Gurion airport.

These things may sound small beer but their symbolism is important. It’s also unlikely that the King would have been unaware in advance of the more sensitive parts of Trump’s speech; the King’s response endorsing this call to arms against his own co-religionists was remarkable.

True, Trump hasn’t called out the Palestinians on their big lie that they have legal and historical rights to the land.

As of yesterday, however, the so-called Israel-Palestine conflict has been reframed in the context of the need to achieve peace between religions. In other words, the conflict has been tacitly reframed as fundamentally an Islamic religious war. As such, it follows that a) it cannot be a dispute over land boundaries and b) it puts Israel on the same side as the west.

Trump’s tour is not yet over and his position may change. Maybe he will come out with some pro-Palestinian statement. His Riyadh speech wasn’t perfect: several things he said grated. The King may have been speaking in turn with forked tongue. And there are great dangers in this huge US arms deal with the Kingdom: those weapons weaken Israel’s defences; and if the fragile Saudi monarchy should fall to Isis, al Qaeda or Iranian proxies, this US-manufactured armoury might be turned against America itself.

For the moment, though, President Trump has joined up the dots in the Middle East to create a picture which has never been drawn before but is long overdue.

UPDATE: Israelly Cool points out that, when he delivered his Riyadh speech, President Trump deviated from the printed text in the following way:

“That means honestly confronting the crisis of Islamist Islamic extremism and the Islamists and the Islamist groups it inspires Islamic terror of all kinds. We must stop what they’re doing to inspire because they do nothing to inspire but kill and we are having a very profound effect if you look at what’s happened recently. And it means standing together against the murder of innocent Muslims, the oppression of women, the persecution of Jews, and the slaughter of Christians.”

Some Hidden Messages In Trump’s Speech To Leaders Of Numerous Islamic States

Dave’s written up his thoughts on Trump’s big speech in the Kingdom of Saudi Arabia and made some excellent points. I’ve made one specific observation in a video about Trump deviating significantly from the script prepared for him. I think the script was written by the State Department at Foggy Bottom, modified by Bannon and possibly Sebastian Gorka and re-interpreted on the fly by Trump himself.

I can’t begin to tell you how much respect I have for him for going off script:

That means honestly confronting the crisis of Islamist Islamic extremism and the Islamists and the Islamist Islamic terror of all kinds. We must stop what they’re doing to inspire because they do nothing to inspire but kill and we are having a very profound effect if you look at what’s happened recently groups it inspires. And it means standing together against the murder of innocent Muslims, the oppression of women, the persecution of Jews, and the slaughter of Christians.

Here are some of the other points I thought:

He spoke about and mentioned terror extensively. He said “Islamic terror” and “Islamic extremism” only once each. But when you’re standing in front of the Islamic world’s leaders, it’s pretty clear nobody is discussing Basque separatist terror or Irish nationalist terror.

There was a theme of good vs evil and it is clear which side is which.

This paragraph which followed the one above contains a very interesting word:

Religious leaders must make this absolutely clear: Barbarism will deliver you no glory – piety to evil will bring you no dignity. If you choose the path of terror, your life will be empty, your life will be brief, and YOUR SOUL WILL BE FULLY CONDEMNED.

“Piety” is the word the Islamic world uses to signify increased observance of Islamic laws. They don’t say “conservative” and indeed, the western media’s use of the word conservative to denote Muslims following the life of Mohammed closely is devious and deceitful and I believe intended to cast a slur on both political and religious conservatives in the US and the west.

This is Article 1(b) of the Cairo Declaration of Human Rights in Islam (which the UN shamefully allows Islamic nations to use instead of the UNIVERSAL Declaration of Human Rights).

(b) All human beings are God’s subjects, and the most loved by him are those who are most useful to the rest of His subjects, and no one has superiority over another except on the basis of piety and good deeds.

Notice how (via the trick of a double negative) it specifically grants “superiority” to those based on their “piety and good deeds”. The entire document is subject to interpretation through Islamic Sharia law which makes clear that “piety and good deeds” are those the Quran says are pious and good.

He did refer to Islam as one of the world’s great faiths early on in the speech: that was in contrast to one reference later to Abrahamic faiths. I have long since pointed out that Abrahamic faiths is a deceptive designation because stark contrasts between Islam on one side and Judaism and Christianity.

I also want to emphasize a point Dave picked up on but I’ll say it was deliberate. Trump deliberately pointed out that Islam has its two holiest places: Medina and Mecca fully in control of Saudi Arabia. A Muslim nation without any pretence at being a modern, multicultural state. Judaism and Christianity both share Jerusalem and I think Trump was communicating a message: two holy places are sufficient for Islam, leave Jerusalem for the Jews and Christians.

Update: In this act of seemingly incomprehensible inability to listen, Fox News and guest Quanta Ahmed discuss how Trump said Islamist after playing the clip where he clearly says Islamic twice. Bizarre.

Voir encore:

Transcript of Trump’s speech in Saudi Arabia
CNN

May 21, 2017
Riyadh, Saudi Arabia (CNN)US President Donald Trump on Sunday delivered a speech to the leaders of more than 50 Muslim countries to outline his vision for US-Muslim relations

Here is a complete transcript of his remarks.

« I want to thank King Salman for his extraordinary words, and the magnificent Kingdom of Saudi Arabia for hosting today’s summit. I am honored to be received by such gracious hosts. I have always heard about the splendor of your country and the kindness of your citizens, but words do not do justice to the grandeur of this remarkable place and the incredible hospitality you have shown us from the moment we arrived.
You also hosted me in the treasured home of King Abdulaziz, the founder of the Kingdom who united your great people. Working alongside another beloved leader — American President Franklin Roosevelt — King Abdulaziz began the enduring partnership between our two countries. King Salman: your father would be so proud to see that you are continuing his legacy — and just as he opened the first chapter in our partnership, today we begin a new chapter that will bring lasting benefits to our citizens.
Let me now also extend my deep and heartfelt gratitude to each and every one of the distinguished heads of state who made this journey here today. You greatly honor us with your presence, and I send the warmest regards from my country to yours. I know that our time together will bring many blessings to both your people and mine.
I stand before you as a representative of the American People, to deliver a message of friendship and hope. That is why I chose to make my first foreign visit a trip to the heart of the Muslim world, to the nation that serves as custodian of the two holiest sites in the Islamic Faith.
In my inaugural address to the American People, I pledged to strengthen America’s oldest friendships, and to build new partnerships in pursuit of peace. I also promised that America will not seek to impose our way of life on others, but to outstretch our hands in the spirit of cooperation and trust.
Our vision is one of peace, security, and prosperity—in this region, and in the world.
Our goal is a coalition of nations who share the aim of stamping out extremism and providing our children a hopeful future that does honor to God.
And so this historic and unprecedented gathering of leaders—unique in the history of nations—is a symbol to the world of our shared resolve and our mutual respect. To the leaders and citizens of every country assembled here today, I want you to know that the United States is eager to form closer bonds of friendship, security, culture and commerce.
For Americans, this is an exciting time. A new spirit of optimism is sweeping our country: in just a few months, we have created almost a million new jobs, added over 3 trillion dollars of new value, lifted the burdens on American industry, and made record investments in our military that will protect the safety of our people and enhance the security of our wonderful friends and allies — many of whom are here today.
Now, there is even more blessed news I am pleased to share with you. My meetings with King Salman, the Crown Prince, and the Deputy Crown Prince, have been filled with great warmth, good will, and tremendous cooperation. Yesterday, we signed historic agreements with the Kingdom that will invest almost $400 billion in our two countries and create many thousands of jobs in America and Saudi Arabia.
This landmark agreement includes the announcement of a $110 billion Saudi-funded defense purchase — and we will be sure to help our Saudi friends to get a good deal from our great American defense companies. This agreement will help the Saudi military to take a greater role in security operations.
We have also started discussions with many of the countries present today on strengthening partnerships, and forming new ones, to advance security and stability across the Middle East and beyond.
Later today, we will make history again with the opening of a new Global Center for Combating Extremist Ideology — located right here, in this central part of the Islamic World.
This groundbreaking new center represents a clear declaration that Muslim-majority countries must take the lead in combating radicalization, and I want to express our gratitude to King Salman for this strong demonstration of leadership.
I have had the pleasure of welcoming several of the leaders present today to the White House, and I look forward to working with all of you.
America is a sovereign nation and our first priority is always the safety and security of our citizens. We are not here to lecture—we are not here to tell other people how to live, what to do, who to be, or how to worship. Instead, we are here to offer partnership — based on shared interests and values — to pursue a better future for us all.
Here at this summit we will discuss many interests we share together. But above all we must be united in pursuing the one goal that transcends every other consideration. That goal is to meet history’s great test—to conquer extremism and vanquish the forces of terrorism.
Young Muslim boys and girls should be able to grow up free from fear, safe from violence, and innocent of hatred. And young Muslim men and women should have the chance to build a new era of prosperity for themselves and their peoples.
With God’s help, this summit will mark the beginning of the end for those who practice terror and spread its vile creed. At the same time, we pray this special gathering may someday be remembered as the beginning of peace in the Middle East — and maybe, even all over the world.
But this future can only be achieved through defeating terrorism and the ideology that drives it.
Few nations have been spared its violent reach.
America has suffered repeated barbaric attacks — from the atrocities of September 11th to the devastation of the Boston Bombing, to the horrible killings in San Bernardino and Orlando.
The nations of Europe have also endured unspeakable horror. So too have the nations of Africa and even South America. India, Russia, China and Australia have been victims.
But, in sheer numbers, the deadliest toll has been exacted on the innocent people of Arab, Muslim and Middle Eastern nations. They have borne the brunt of the killings and the worst of the destruction in this wave of fanatical violence.
Some estimates hold that more than 95 percent of the victims of terrorism are themselves Muslim.
We now face a humanitarian and security disaster in this region that is spreading across the planet. It is a tragedy of epic proportions. No description of the suffering and depravity can begin to capture its full measure.
The true toll of ISIS, al Qaeda, Hezbollah, Hamas, and so many others, must be counted not only in the number of dead. It must also be counted in generations of vanished dreams.
The Middle East is rich with natural beauty, vibrant cultures, and massive amounts of historic treasures. It should increasingly become one of the great global centers of commerce and opportunity.
This region should not be a place from which refugees flee, but to which newcomers flock.
Saudi Arabia is home to the holiest sites in one of the world’s great faiths. Each year millions of Muslims come from around the world to Saudi Arabia to take part in the Hajj. In addition to ancient wonders, this country is also home to modern ones—including soaring achievements in architecture.
Egypt was a thriving center of learning and achievement thousands of years before other parts of the world. The wonders of Giza, Luxor and Alexandria are proud monuments to that ancient heritage.
All over the world, people dream of walking through the ruins of Petra in Jordan. Iraq was the cradle of civilization and is a land of natural beauty. And the United Arab Emirates has reached incredible heights with glass and steel, and turned earth and water into spectacular works of art.
The entire region is at the center of the key shipping lanes of the Suez Canal, the Red Sea, and the Straits of Hormuz. The potential of this region has never been greater. 65 percent of its population is under the age of 30. Like all young men and women, they seek great futures to build, great national projects to join, and a place for their families to call home.
But this untapped potential, this tremendous cause for optimism, is held at bay by bloodshed and terror. There can be no coexistence with this violence. There can be no tolerating it, no accepting it, no excusing it, and no ignoring it.
Every time a terrorist murders an innocent person, and falsely invokes the name of God, it should be an insult to every person of faith.
Terrorists do not worship God, they worship death.
If we do not act against this organized terror, then we know what will happen. Terrorism’s devastation of life will continue to spread. Peaceful societies will become engulfed by violence. And the futures of many generations will be sadly squandered.
If we do not stand in uniform condemnation of this killing—then not only will we be judged by our people, not only will we be judged by history, but we will be judged by God.
This is not a battle between different faiths, different sects, or different civilizations.
This is a battle between barbaric criminals who seek to obliterate human life, and decent people of all religions who seek to protect it.
This is a battle between Good and Evil.
When we see the scenes of destruction in the wake of terror, we see no signs that those murdered were Jewish or Christian, Shia or Sunni. When we look upon the streams of innocent blood soaked into the ancient ground, we cannot see the faith or sect or tribe of the victims — we see only that they were Children of God whose deaths are an insult to all that is holy.
But we can only overcome this evil if the forces of good are united and strong — and if everyone in this room does their fair share and fulfills their part of the burden.
Terrorism has spread across the world. But the path to peace begins right here, on this ancient soil, in this sacred land.
America is prepared to stand with you — in pursuit of shared interests and common security.
But the nations of the Middle East cannot wait for American power to crush this enemy for them. The nations of the Middle East will have to decide what kind of future they want for themselves, for their countries, and for their children.
It is a choice between two futures — and it is a choice America CANNOT make for you.
A better future is only possible if your nations drive out the terrorists and extremists. Drive. Them. Out.
DRIVE THEM OUT of your places of worship.
DRIVE THEM OUT of your communities.
DRIVE THEM OUT of your holy land, and
DRIVE THEM OUT OF THIS EARTH.
For our part, America is committed to adjusting our strategies to meet evolving threats and new facts. We will discard those strategies that have not worked—and will apply new approaches informed by experience and judgment. We are adopting a Principled Realism, rooted in common values and shared interests.
Our friends will never question our support, and our enemies will never doubt our determination. Our partnerships will advance security through stability, not through radical disruption. We will make decisions based on real-world outcomes — not inflexible ideology. We will be guided by the lessons of experience, not the confines of rigid thinking. And, wherever possible, we will seek gradual reforms — not sudden intervention.
We must seek partners, not perfection—and to make allies of all who share our goals.
Above all, America seeks peace — not war.
Muslim nations must be willing to take on the burden, if we are going to defeat terrorism and send its wicked ideology into oblivion.
The first task in this joint effort is for your nations to deny all territory to the foot soldiers of evil. Every country in the region has an absolute duty to ensure that terrorists find no sanctuary on their soil.
Many are already making significant contributions to regional security: Jordanian pilots are crucial partners against ISIS in Syria and Iraq. Saudi Arabia and a regional coalition have taken strong action against Houthi militants in Yemen. The Lebanese Army is hunting ISIS operatives who try to infiltrate their territory. Emirati troops are supporting our Afghan partners. In Mosul, American troops are supporting Kurds, Sunnis and Shias fighting together for their homeland. Qatar, which hosts the U.S. Central Command, is a crucial strategic partner. Our longstanding partnership with Kuwait and Bahrain continue to enhance security in the region. And courageous Afghan soldiers are making tremendous sacrifices in the fight against the Taliban, and others, in the fight for their country.
As we deny terrorist organizations control of territory and populations, we must also strip them of their access to funds. We must cut off the financial channels that let ISIS sell oil, let extremists pay their fighters, and help terrorists smuggle their reinforcements.
I am proud to announce that the nations here today will be signing an agreement to prevent the financing of terrorism, called the Terrorist Financing Targeting Center — co-chaired by the United States and Saudi Arabia, and joined by every member of the Gulf Cooperation Council. It is another historic step in a day that will be long remembered.
I also applaud the Gulf Cooperation Council for blocking funders from using their countries as a financial base for terror, and designating Hezbollah as a terrorist organization last year. Saudi Arabia also joined us this week in placing sanctions on one of the most senior leaders of Hezbollah.
Of course, there is still much work to do.
That means honestly confronting the crisis of Islamist extremism and the Islamist terror groups it inspires. And it means standing together against the murder of innocent Muslims, the oppression of women, the persecution of Jews, and the slaughter of Christians.
Religious leaders must make this absolutely clear: Barbarism will deliver you no glory — piety to evil will bring you no dignity. If you choose the path of terror, your life will be empty, your life will be brief, and YOUR SOUL WILL BE CONDEMNED.
And political leaders must speak out to affirm the same idea: heroes don’t kill innocents; they save them. Many nations here today have taken important steps to raise up that message. Saudi Arabia’s Vision for 2030 is an important and encouraging statement of tolerance, respect, empowering women, and economic development.
The United Arab Emirates has also engaged in the battle for hearts and souls—and with the U.S., launched a center to counter the online spread of hate. Bahrain too is working to undermine recruitment and radicalism.
I also applaud Jordan, Turkey and Lebanon for their role in hosting refugees. The surge of migrants and refugees leaving the Middle East depletes the human capital needed to build stable societies and economies. Instead of depriving this region of so much human potential, Middle Eastern countries can give young people hope for a brighter future in their home nations and regions.
That means promoting the aspirations and dreams of all citizens who seek a better life — including women, children, and followers of all faiths. Numerous Arab and Islamic scholars have eloquently argued that protecting equality strengthens Arab and Muslim communities.
For many centuries the Middle East has been home to Christians, Muslims and Jews living side-by-side. We must practice tolerance and respect for each other once again—and make this region a place where every man and woman, no matter their faith or ethnicity, can enjoy a life of dignity and hope.
In that spirit, after concluding my visit in Riyadh, I will travel to Jerusalem and Bethlehem, and then to the Vatican — visiting many of the holiest places in the three Abrahamic Faiths. If these three faiths can join together in cooperation, then peace in this world is possible — including peace between Israelis and Palestinians. I will be meeting with both Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and Palestinian President Mahmoud Abbas.
Starving terrorists of their territory, their funding, and the false allure of their craven ideology, will be the basis for defeating them.
But no discussion of stamping out this threat would be complete without mentioning the government that gives terrorists all three—safe harbor, financial backing, and the social standing needed for recruitment. It is a regime that is responsible for so much instability in the region. I am speaking of course of Iran.
From Lebanon to Iraq to Yemen, Iran funds, arms, and trains terrorists, militias, and other extremist groups that spread destruction and chaos across the region. For decades, Iran has fueled the fires of sectarian conflict and terror.
It is a government that speaks openly of mass murder, vowing the destruction of Israel, death to America, and ruin for many leaders and nations in this room.
Among Iran’s most tragic and destabilizing interventions have been in Syria. Bolstered by Iran, Assad has committed unspeakable crimes, and the United States has taken firm action in response to the use of banned chemical weapons by the Assad Regime — launching 59 tomahawk missiles at the Syrian air base from where that murderous attack originated.
Responsible nations must work together to end the humanitarian crisis in Syria, eradicate ISIS, and restore stability to the region. The Iranian regime’s longest-suffering victims are its own people. Iran has a rich history and culture, but the people of Iran have endured hardship and despair under their leaders’ reckless pursuit of conflict and terror.
Until the Iranian regime is willing to be a partner for peace, all nations of conscience must work together to isolate Iran, deny it funding for terrorism, and pray for the day when the Iranian people have the just and righteous government they deserve.
The decisions we make will affect countless lives.
King Salman, I thank you for the creation of this great moment in history, and for your massive investment in America, its industry and its jobs. I also thank you for investing in the future of this part of the world.
This fertile region has all the ingredients for extraordinary success — a rich history and culture, a young and vibrant people, a thriving spirit of enterprise. But you can only unlock this future if the citizens of the Middle East are freed from extremism, terror and violence.
We in this room are the leaders of our peoples. They look to us for answers, and for action. And when we look back at their faces, behind every pair of eyes is a soul that yearns for justice.
Today, billions of faces are now looking at us, waiting for us to act on the great question of our time.
Will we be indifferent in the presence of evil? Will we protect our citizens from its violent ideology? Will we let its venom spread through our societies? Will we let it destroy the most holy sites on earth? If we do not confront this deadly terror, we know what the future will bring—more suffering and despair. But if we act—if we leave this magnificent room unified and determined to do what it takes to destroy the terror that threatens the world—then there is no limit to the great future our citizens will have.
The birthplace of civilization is waiting to begin a new renaissance. Just imagine what tomorrow could bring.
Glorious wonders of science, art, medicine and commerce to inspire humankind. Great cities built on the ruins of shattered towns. New jobs and industries that will lift up millions of people. Parents who no longer worry for their children, families who no longer mourn for their loved ones, and the faithful who finally worship without fear.
These are the blessings of prosperity and peace. These are the desires that burn with a righteous flame in every human heart. And these are the just demands of our beloved peoples.
I ask you to join me, to join together, to work together, and to FIGHT together— BECAUSE UNITED, WE WILL NOT FAIL.
Thank you. God Bless You. God Bless Your Countries. And God Bless the United States of America. »

Voir également:

Discours du Président Donald Trump à l’occasion du sommet arabe islamo-américain – Riyad, 21 mai 2017

(Tel que préparé) 

Merci.

Je souhaite remercier le roi Salmane pour ses paroles exceptionnelles ainsi que le magnifique Royaume d’Arabie saoudite qui accueille le Sommet d’aujourd’hui. C’est un honneur pour moi d’être reçu par des hôtes aussi aimables. J’ai toujours entendu parler de la splendeur de votre pays et de la gentillesse de ses habitants mais les mots ne sauraient rendre justice à la grandeur de cet endroit remarquable et à l’extraordinaire accueil que vous nous avez réservé dès l’instant que nous sommes arrivés.

Vous m’avez aussi reçu dans la précieuse demeure du roi Abdulaziz, fondateur du Royaume qui a permis d’unir votre grand peuple. Œuvrant de concert avec un autre dirigeant très apprécié, le président des États-Unis Franklin Roosevelt, le roi Abdulaziz a entamé le partenariat durable qui existe toujours entre nos deux pays.

Votre majesté, votre père serait extrêmement fier de voir que vous perpétuez son héritage, et tout comme il a ouvert le premier chapitre de notre partenariat, aujourd’hui nous entamons un nouveau chapitre qui produira des retombées durables pour tous nos citoyens.

Permettez-moi également d’adresser ma gratitude la plus sincère à chacun des éminents chefs d’États qui se sont déplacés pour être présents aujourd’hui. Votre présence est un grand honneur pour nous et je souhaite transmettre les plus cordiales salutations de mon pays aux vôtres. Merci. Je sais que les moments que nous allons passer ensemble apporteront de nombreux bienfaits à vos peuples ainsi qu’au mien.

Je me présente aujourd’hui devant vous en tant que représentant du peuple américain, pour vous apporter un message d’amitié, d’espoir et d’affection. C’est pour cette raison que j’ai choisi d’effectuer mon premier voyage à l’étranger au cœur du monde musulman, dans la nation qui abrite et protège les deux sites les plus sacrés de l’Islam.

Dans le discours d’investiture que j’ai prononcé devant le peuple américain, je me suis engagé à renforcer les amitiés les plus anciennes des États-Unis et à édifier de nouveaux partenariats en faveur de la paix. J’ai également promis que les États-Unis ne chercheraient pas à imposer aux autres leur mode de vie, mais à leur tendre la main dans un esprit de coopération et de confiance. Nous avons une vision de paix, de sécurité et de prospérité, pour cette région et pour le monde entier.  Notre objectif est de rassembler en une coalition les nations qui partagent la même volonté que nous : celle d’éradiquer l’extrémisme afin de procurer à nos enfants un avenir prometteur qui honore Dieu. Ce rassemblement historique et sans précédent de dirigeants, unique dans l’histoire des nations, témoigne symboliquement au monde de notre volonté commune et de notre respect mutuel. Aux dirigeants et aux citoyens de chaque pays ici rassemblés aujourd’hui, je voudrais que vous sachiez que les États-Unis sont désireux de tisser des liens plus étroits en matière d’amitié, de sécurité, de culture et d’échanges commerciaux.

Pour le peuple des États-Unis, ce sont des temps profondément exaltants. Un nouvel esprit d’optimisme balaye notre pays. En quelques mois à peine, nous avons créé presque un million de nouveaux emplois, ajouté plus de trois mille milliards de dollars de nouvelle valeur, allégé les fardeaux qui pesaient sur le secteur industriel des États-Unis, et réalisé des investissements sans précédent dans nos forces armées qui permettront de préserver la sécurité de notre peuple et de renforcer celle de nos formidables amis et alliés, parmi lesquels nombreux sont ceux qui sont ici aujourd’hui.

Mais je suis aussi porteur de nouvelles encore meilleures dont je suis heureux de vous faire part. Mes rencontres avec le roi Salmane, le Prince héritier et le Vice-prince héritier ont été très chaleureuses et marquées d’une bonne volonté et d’une coopération formidable. Hier, nous avons conclu des accords historiques avec le Royaume qui permettra de réaliser dans nos deux pays des investissements à hauteur de presque 400 milliards de dollars et de créer plusieurs centaines de milliers d’emplois aux États-Unis et en Arabie saoudite.

Cet accord majeur comprend l’annonce de l’acquisition d’armements financés par les Saoudiens d’une valeur de 110 milliards de dollars ; et nous veillerons à aider nos amis saoudiens à négocier des contrats avantageux auprès de nos excellentes entreprises de défense américaines, les meilleures qui soient au monde. Cet accord aidera l’armée saoudienne à assumer un rôle beaucoup plus important en matière de sécurité et dans les opérations liées à la sécurité.

Nous avons également entamé des discussions avec les dirigeants de nombreux pays parmi ceux présents aujourd’hui concernant le renforcement des partenariats et la création de nouveaux, aux fins d’accroître la sécurité et la stabilité dans l’ensemble du Moyen-Orient et bien au-delà.

Tout à l’heure, nous allons à nouveau marquer l’histoire avec l’ouverture du nouveau Centre mondial de lutte contre les idéologies extrémistes, situé ici même, au cœur du monde islamique. Ce nouveau centre totalement novateur constitue une déclaration nette que les pays à majorité musulmane doivent prendre l’initiative en matière de lutte contre la radicalisation. Et je souhaite exprimer notre gratitude au roi Salmane de cette forte démonstration et de son leadership absolument incroyable et puissant. J’ai eu le plaisir de recevoir à la Maison-Blanche plusieurs des dirigeants présents aujourd’hui et je me réjouis par avance de travailler avec vous tous.

Les États-Unis d’Amérique sont un pays souverain et nous avons pour priorité absolue et constante de protéger la sécurité et la sûreté de nos citoyens. Nous ne venons pas ici en donneurs de leçons. Nous ne sommes pas là pour dire à d’autres peuples comment vivre, quoi faire, qui être ou comment pratiquer leur religion. Au contraire, nous venons ici pour vous proposer de nouer des partenariats, fondés sur des intérêts partagés et des valeurs communes, dans le but d’instaurer un avenir meilleur pour chacun d’entre nous.

À l’occasion du présent sommet, nous allons évoquer les nombreux intérêts que nous partageons. Cependant, par-dessus tout, nous devons être unis dans la poursuite du seul objectif qui transcende toute autre considération. Cet objectif consiste à relever le plus grand défi de l’Histoire : conquérir l’extrémisme et vaincre les forces que ce terrorisme amène avec lui à chaque fois.

Les jeunes garçons et filles musulmans devraient être en mesure de grandir à l’abri de la violence, sans ressentir de peur ni de haine. Et les jeunes hommes et femmes musulmans devraient avoir la possibilité de construire une nouvelle ère de prospérité pour eux-mêmes. Il faut que cela soit fait et nous devons les laisser le faire.

Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et en propagent les vils principes. Dans le même temps, nous prions pour qu’un jour, on se souvienne de ce rassemblement exceptionnel comme ayant marqué le début de la paix au Moyen-Orient, peut-être même dans le monde entier. Mais cet avenir ne peut être possible que par la défaite du terrorisme et des idéologies qui l’alimentent.

Peu de nations ont été épargnées par la violence du terrorisme. Les États-Unis ont subi des attentats barbares répétés, des atrocités du 11 septembre à la destruction causée par les attentats à la bombe de Boston et à l’horreur des massacres à San Bernardino et à Orlando. Les nations de l’Europe ont également été frappées par une horreur indicible, tout comme les nations de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. L’Inde, la Russie, la Chine et l’Australie ont toutes été des victimes. Toutefois, en chiffres absolus, le bilan le plus meurtrier a été enregistré par les peuples innocents des nations arabes, musulmanes et du Moyen-Orient. Ils ont subi la grande majorité de ces morts et les pires destructions de cette vague de violence fanatique. Selon certaines estimations, plus de 95 % des victimes du terrorisme sont elles-mêmes musulmanes.

Nous sommes à présent confrontés à une catastrophe humanitaire et sécuritaire dans cette région du monde, qui est en train de se propager sur toute la planète. C’est une tragédie aux proportions épiques. Nulle description de la souffrance et de la perversité ne saurait en saisir la pleine mesure. Si l’on regarde ce qui se passe, le véritable prix des actions de Daech, d’Al-Qaïda, du Hezbollah, du Hamas et de nombreux autres groupes ne doit pas seulement s’évaluer en termes de nombre de morts. Il faut l’estimer en termes d’espoirs envolés pour des générations entières.

Le Moyen-Orient regorge de beauté naturelle, de cultures pleines de vie et de trésors historiques innombrables. Cette région devrait devenir de plus en plus l’un des grands centres mondiaux en matière d’échanges commerciaux et d’opportunités. Cette région ne devrait pas être un lieu d’où fuient les réfugiés mais où arrivent de nouveaux venus en grands nombres.

L’Arabie saoudite abrite les sites les plus sacrés de l’une des plus grandes religions du monde. Chaque année, des millions de musulmans venus du monde entier se retrouvent en Arabie saoudite pour prendre part au Hadj. Hormis ses merveilles antiques, ce pays possède aussi des merveilles modernes, parmi lesquelles des réalisations architecturales vertigineuses.

L’Égypte était un centre de connaissances et de réussite florissant des milliers d’années avant d’autres régions du monde. Les merveilles de Gizeh, de Louxor et d’Alexandrie témoignent par leurs monuments de cet héritage historique. Dans le monde entier, les gens rêvent tous de parcourir les ruines de la cité jordanienne de Pétra. L’Irak, berceau de la civilisation, est une terre d’une grande beauté naturelle. Quant aux Émirats arabes unis, ils ont atteint des hauteurs extraordinaires de verre et d’acier et transformé la terre et l’eau en œuvres d’art spectaculaires. Cette région tout entière se trouve au cœur des voies maritimes majeures que sont le canal de Suez, la mer Rouge, et le détroit d’Hormuz.

Jamais le potentiel de cette région n’a été aussi considérable. Soixante-cinq pour cent de sa population est âgée de moins de 30 ans. Comme tous les autres jeunes hommes et femmes, ces peuples aspirent à construire un grand avenir, à participer à de grands projets nationaux et à vivre avec leur famille dans un endroit où ils se sentent chez eux. Cependant, ce potentiel inexploité, toutes ces raisons d’être optimiste, sont tenus en échec par les bains de sang et la terreur.

Il ne peut y avoir de coexistence avec une telle violence. Elle ne peut être tolérée, acceptée, excusée ni ignorée. Chaque fois qu’un terroriste assassine un innocent en invoquant faussement le nom de Dieu, chaque croyant devrait se sentir insultée. Les terroristes ne vénèrent pas Dieu, ils vénèrent la mort.

Si nous n’agissons pas pour contrer cette terreur organisée, nous savons ce qui se produira, et nous savons quel sera le résultat final. La destruction de la vie perpétrée par le terrorisme continuera de se propager, des sociétés pacifiques seront plongées dans la violence, et, tristement, l’avenir de nombreuses générations futures sera gâché. Si nous ne condamnons pas unanimement ces tueries, alors nous subirons non seulement le jugement de nos peuples, non seulement le jugement de l’Histoire, mais nous subirons aussi le jugement de Dieu.

Il ne s’agit pas là d’un combat entre différentes religions, différentes sectes ou différentes civilisations. C’est un combat opposant des criminels barbares qui veulent anéantir la vie humaine et les honnêtes gens, tout cela au nom de la religion. Des gens qui cherchent à préserver la vie et à protéger leur religion. C’est un combat entre le bien et le mal. Lorsque nous voyons les scènes de destruction à la suite d’actes de terreur, rien ne permet de savoir si les victimes assassinées étaient des Juifs, des chrétiens, des chiites ou des sunnites. Quand on voit les flots de sang des innocents qui imprègnent les terres ancestrales, on ne voit ni la religion, ni la secte, ni le groupe ethnique des victimes ; on voit seulement qu’il s’agissait d’enfants de Dieu dont la mort est insultante envers tout ce qui est saint. Mais nous pouvons uniquement vaincre ce mal si les forces du bien sont unies et fortes, et si chacun ici présent fait sa juste part et assume sa part du fardeau.

Le terrorisme s’est répandu dans le monde entier. Mais c’est ici même que commence le chemin vers la paix, sur ces terres ancestrales, sur cette terre sacrée. Les États-Unis sont prêts à se tenir à vos côtés, dans la poursuite d’intérêts partagés et d’une sécurité commune. Toutefois, les nations du Moyen-Orient ne peuvent pas attendre que la puissance américaine écrase cet ennemi à leur place. Les nations du Moyen-Orient devront décider de l’avenir qu’elles veulent pour elles-mêmes, pour leur pays, et franchement pour leurs familles et pour leurs enfants.

Il y a un choix à faire entre deux futurs – et c’est un choix que les États-Unis ne peuvent pas faire à votre place. Un avenir meilleur n’est possible que si vos nations traquent les terroristes et les extrémistes et les chassent. Les chassent de vos lieux de culte. Les chassent de vos communautés. Les chassent de votre terre sainte et les chassent de la surface de la Terre.

De leur côté, les États-Unis s’engagent à adapter leurs stratégies afin de répondre à l’évolution des menaces et aux nouvelles situations. Nous écarterons les stratégies qui n’ont pas marché, et nous mettrons en application de nouvelles approches éclairées par l’expérience, le talent et le jugement. Nous adoptons un pragmatisme fondé sur des principes et enraciné dans des valeurs communes, des intérêts partagés et le bon sens. Nos amis ne s’interrogeront jamais sur notre soutien et nos ennemis ne pourront jamais douter de notre détermination.

Nos partenariats feront progresser la sécurité par l’intermédiaire de la stabilité et non des perturbations extrémistes. Nous prendrons des décisions fondées sur des résultats concrets et non sur une idéologie inflexible. Ce sont les enseignements de l’expérience qui nous guideront et non des schémas de pensée étroits et rigides. Et, chaque fois que ce sera possible, nous chercherons à introduire des réformes progressives, non des interventions soudaines. Nous devons rechercher des partenaires et non la perfection, et faire de tous ceux qui partagent nos objectifs nos alliés.

Par-dessus tout, les États-Unis aspirent à la paix, non à la guerre. Les nations musulmanes doivent être disposées à assumer cette tâche si nous voulons vaincre le terrorisme et précipiter dans l’oubli ses idéologies malfaisantes. Dans cet effort conjoint, la première tâche qui incombe à vos nations consiste à refuser de concéder tout territoire aux fantassins du mal. Chaque pays de la région a le devoir absolu de veiller à ce que les terroristes ne puissent trouver aucun refuge sur ses terres.

Bon nombre de pays contribuent déjà de façon significative à la sécurité régionale : Les pilotes jordaniens sont des partenaires cruciaux contre Daech en Syrie et en Irak. L’Arabie saoudite et une coalition régionale ont pris des mesures énergiques à l’encontre de militants houtis au Yémen. L’armée libanaise traque les agents de Daech qui tentent de s’infiltrer sur son territoire. Des troupes émiraties fournissent à nos partenaires afghans un soutien énergique. À Mossoul, les troupes américaines soutiennent les Kurdes, les sunnites et les chiites qui défendent ensemble leur patrie. Le Qatar, qui accueille le Commandement central des États-Unis, est un partenaire stratégique essentiel. Notre partenariat de longue date avec le Koweït et Bahreïn continue de renforcer la sécurité dans la région. Nos courageux soldats afghans font d’énormes sacrifices dans la lutte contre les talibans, et d’autres, pour défendre leur pays.

À mesure que nous empêchons les organisations terroristes de prendre le contrôle de territoires et de populations, nous devons aussi leur retirer l’accès aux sources de financement. Nous devons couper tous les circuits financiers qui permettent à Daech de vendre du pétrole, aux extrémistes de payer leurs combattants, et aux terroristes de réussir à faire passer illégalement leurs renforts.

Je suis fier d’annoncer que les nations ici présentes aujourd’hui vont signer un accord visant à prévenir le financement du terrorisme, appelé le Centre de ciblage du financement du terrorisme, co-présidé par les États-Unis et l’Arabie saoudite, auquel s’associera chaque membre du Conseil de coopération du Golfe. C’est là une autre étape historique que nous franchissons en une journée qui restera longtemps gravée dans les mémoires.

Je souhaite aussi féliciter le Conseil de coopération du Golfe pour avoir empêché les financiers du terrorisme d’utiliser leurs pays comme base financière de la terreur et pour avoir désigné l’année dernière le Hezbollah comme étant une organisation terroriste, ce qu’il est incontestablement. L’Arabie saoudite s’est associée à nous cette semaine pour prendre des sanctions contre l’un des plus hauts responsables du Hezbollah.

Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire. Ceci exige de faire face honnêtement à la crise engendrée par l’extrémisme islamiste, les islamistes radicaux et la terreur islamiste sous toutes ses formes. Nous devons mettre un terme à ce qu’ils font pour inspirer car ils ne font qu’inspirer à tuer. Et nous avons un impact extrêmement profond si vous regardez ce qui s’est passé récemment. Et ceci suppose de faire front commun contre les meurtres de musulmans innocents, l’oppression des femmes, la persécution des Juifs et le massacre des chrétiens.

Les dirigeants religieux doivent être parfaitement clairs : la barbarie ne vous apportera aucune gloire – la dévotion au mal ne vous confèrera aucune dignité. Si vous choisissez d’emprunter le chemin du terrorisme, votre vie sera vidée de toute substance, votre vie sera brève et votre âme sera damnée à tout jamais. Et les dirigeants politiques doivent clamer haut et fort ce même message : un héros ne tue pas les innocents, il les sauve.

De nombreuses nations représentées ici aujourd’hui ont pris d’importantes dispositions pour faire passer ce message au premier plan. La Vision de l’Arabie saoudite pour 2030 est une déclaration importante et encourageante de tolérance et de respect, favorable à l’émancipation des femmes et au développement économique. Les Émirats arabes unis se sont aussi mobilisés dans le combat pour gagner les cœurs et les âmes et, avec les États-Unis, ils ont créé un centre de lutte contre la propagation de la haine sur Internet. Bahreïn œuvre également pour ébranler les capacités de recrutement de terroristes et saper l’extrémisme.

Je souhaite aussi féliciter la Jordanie, la Turquie et le Liban pour le rôle que ces pays jouent dans l’accueil des réfugiés. L’afflux de migrants et de réfugiés qui survivent dans une telle misère qu’ils sont forcés de quitter le Moyen-Orient appauvrit le capital humain qui est nécessaire pour édifier des sociétés et des économies stables. Plutôt que de priver cette région d’un potentiel humain si considérable, les pays du Moyen-Orient peuvent donner aux jeunes l’espoir qu’un avenir prometteur les attend dans leur patrie et leur région.

Il faut pour cela encourager les aspirations et les rêves de tous les citoyens qui sont en quête d’une vie meilleure, notamment les femmes, les enfants et les adeptes de toutes les confessions. De nombreux spécialistes des civilisations arabes et islamiques ont fait valoir avec éloquence que la protection de l’égalité renforce les communautés arabes et musulmanes.

Pendant de nombreux siècles, le Moyen-Orient a été la patrie de chrétiens, de musulmans et de Juifs qui vivaient côte à côte. Nous devons pratiquer la tolérance et le respect mutuels une fois de plus, afin de faire de cette région un lieu où chaque homme, chaque femme, quelle que soit son appartenance religieuse ou ethnique, peut mener une vie digne et emplie d’espoir.

Dans cet esprit, après avoir terminé ma visite dans cet endroit extraordinaire où nous trouvons aujourd’hui, Riyad, et que j’ai appris à si bien connaître en si peu de temps, je me rendrai à Jérusalem et à Bethléem, puis au Vatican, où je visiterai bon nombre des lieux saints les plus importants des trois religions abrahamiques. Si ces trois religions peuvent se rassembler pour coopérer, alors la paix sera possible dans le monde – y compris la paix entre les Israéliens et les Palestiniens. Je vais rencontrer le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le président palestinien Mahmoud Abbas.

Priver les terroristes de leurs territoires, de leurs sources de financement et des fausses séductions de leur veule idéologie sera la base de leur défaite facile. Cependant, toute discussion en vue d’anéantir cette menace serait vaine faute de mentionner le gouvernement qui procure aux terroristes les trois soutiens dont ils ont besoin : un refuge sûr, un appui financier et le statut social nécessaire au recrutement. Il s’agit d’un régime qui est responsable de tant d’instabilité dans cette région. Bien sûr, c’est de l’Iran que je parle.

Du Liban au Yémen, en passant par l’Irak, l’Iran finance, arme et entraîne des terroristes, des milices et d’autres groupes extrémistes qui répandent la destruction et sèment le chaos dans toute la région. Depuis des décennies, l’Iran alimente les flammes du conflit et de la terreur sectaires. C’est un gouvernement qui parle ouvertement de meurtres de masse, en promettant de la destruction d’Israël, la mort de l’Amérique ainsi que la ruine des nombreux dirigeants et nations représentées ici.

Vous avez vu l’une des interventions les plus tragiques et déstabilisatrices de l’Iran en Syrie. Avec le soutien de l’Iran, Assad a commis des crimes innommables et les États-Unis ont pris des mesures énergiques en réaction à l’emploi par le régime Assad d’armes chimiques interdites, en tirant 59 missiles sur la base aérienne syrienne d’où était venue cette agression meurtrière. Des nations responsables doivent œuvrer ensemble pour mettre un terme à la crise humanitaire en Syrie, éradiquer Daech et rétablir la stabilité dans la région, et ce le plus rapidement possible.

Les victimes du régime iranien qui souffrent depuis le plus longtemps sont les Iraniens eux-mêmes. L’Iran possède une histoire et une culture riches, mais les citoyens de l’Iran sont soumis à des souffrances et connaissent le désespoir sous le joug de leurs dirigeants lancés dans une poursuite effrénée du conflit et de la terreur. Jusqu’à ce que le régime iranien soit disposé à être un partenaire pour la paix, toutes les nations ayant une conscience doivent ensemble œuvrer dans le but d’isoler l’Iran, de priver ce pays des fonds qu’il consacre au financement du terrorisme –on ne peut le permettre– et de prier qu’advienne le jour où le peuple iranien aura le gouvernement juste et droit qu’il mérite tant. Les décisions que nous prenons auront un impact sur d’innombrables vies.

Votre Majesté, je vous remercie de l’organisation de ce moment historique, et je vous remercie de vos investissements massifs aux États-Unis, dans leurs industries, et leurs emplois. Je vous remercie de votre investissement dans l’avenir de cette région du monde.

Cette région fertile — et elle est vraiment fertile– possède tous les ingrédients pour une réussite extraordinaire – une histoire et une culture riches, un peuple jeune et dynamique, un excellent esprit d’entreprise. Mais cet avenir peut uniquement exister si les citoyens du Moyen-Orient parviennent à s’affranchir de l’extrémisme, de la terreur et de la violence.

Nous tous ici présents sommes les dirigeants de nos peuples. Ceux-ci se tournent vers nous pour obtenir des réponses et des actes. Et lorsque nous les regardons, nous voyons dans leurs yeux une âme qui aspire à la justice et à la paix. Aujourd’hui, ils sont des milliards à nous regarder, qui attendent que nous agissions sur la grande question de notre temps. Resterons-nous indifférents en présence du mal ? Allons-nous protéger nos populations de ses idéologies violentes ? Allons-nous laisser son venin se propager dans nos sociétés ? Allons-nous le laisser détruire les sites les plus sacrés de la Terre ?

Si nous n’affrontons pas cette terreur mortelle, nous savons ce que l’avenir nous réservera : davantage de souffrances, de morts et de désespoir. Mais si nous agissons, si nous quittons cette magnifique salle unis et déterminés à tout faire pour anéantir le terrorisme qui menace le monde, alors nos populations pourront bénéficier d’un avenir formidable qui ne connaîtra aucune limite.

Le berceau de la civilisation est prêt pour une nouvelle renaissance. Imaginez simplement de quoi demain pourrait être fait.

De magnifiques merveilles de la science, des arts, de la médecine et du commerce pour inspirer l’humanité. De grandes villes construites sur les ruines de bourgades anéanties. De nouveaux emplois et industries qui permettront à des millions de personnes de mieux vivre. Des parents qui ne s’inquièteront plus pour leurs enfants, leurs familles, et qui ne pleureront plus leurs êtres chers et les fidèles qui pourront enfin pratiquer leur religion sans crainte. Ce sont là les bienfaits de la prospérité et de la paix. Ce sont là les désirs qui brûlent d’une flamme vertueuse dans le cœur de chaque être humain. Et ce sont aussi les exigences légitimes des populations que nous chérissons.

Je vous demande de vous joindre à moi, de nous rassembler, d’œuvrer de concert et de combattre ensemble, parce que tous unis, nous ne pourrons pas échouer. Personne, absolument personne ne peut nous vaincre.

Merci. Que Dieu vous bénisse. Que Dieu bénisse vos pays. Et que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique. Je vous remercie.

 Ce que l’attentat de Manchester nous apprend de l’évolution de la stratégie de l’Etat islamique

L’attaque terroriste qui a frappé un concert d’Ariana Grande à Manchester a fait 22 morts et 59 blessés. Une attaque « révoltante » qui a touché « de jeunes personnes sans défense » selon les mots de la première ministre Theresa May. L’attentat a depuis été revendiqué par le groupe Etat Islamique mais beaucoup de questions restent encore sans réponse.

Atlantico

24 Mai 2017

Atlantico : Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de l’attaque terroriste qui a touché Manchester ? Peut-on imaginer que cette attaque soit le fruit d’une cellule de l’Etat Islamique sur place ?

Alain Rodier : Il convient de rester prudent. L’enquête en cours nous apprendra beaucoup de choses dans les jours à venir.

Il n’est même pas exclu que nous soyons confrontés à de fausses pistes. Selon les déclarations des autorités britanniques, le kamikaze (Salman Ramadan Abedi né en 1994 en Grande Bretagne) serait d’origine libyenne issu d’une famille très pieuse.  Il aurait séjourné en Libye – pour le moment sans autres de précisions -.

La revendication de Daech pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Elle ne mentionne pas de « martyr » et parle de plusieurs explosions alors qu’il n’y en aurait eu qu’une. Cela entendu, l’organisation Daech n’a jamais revendiqué une action terroriste qui n’avait pas de lien (même ténu) avec elle.

Etant donnée la relative sophistication de l’attaque (confection de l’explosif – vraisemblablement du TATP -, choix de la cible et du moment auquel il convenait d’agir), il est probable que nous ayons affaire à une cellule clandestine qui comportait au moins un « professionnel » du terrorisme qui a été formé sur un théâtre de guerre extérieur. Soit c’est le kamikaze, soit c’est une tierce personne et là, c’est très inquiétant pour l’avenir. La suite de l’enquête nous apportera vraisemblablement des précisions à ce sujet.

Est-ce qu’il y avait là une volonté spécifique de cibler à a fois la jeunesse et le Royaume-Uni selon vous ?

Je ne pense pas que c’est la « jeunesse » qui était particulièrement visée. Le terroriste a surtout choisi une « cible molle », un spectacle à Manchester moins protégé que Londres. Son but était de faire un maximum de victimes. Il a décidé de se faire exploser lors de la sortie du public au moment où la surveillance est plus relâchée. La charge contenait des shrapnels (des bouts de métal tels que des boulons et des clous) pour causer le plus de dégâts humains possibles. L’objectif final consistait à frapper l’opinion. Que le public soit constitué des « jeunes » est un hasard. Le terroriste aurait très bien pu s’en prendre à un match de football et les observateurs n’auraient pas dit que c’étaient les hooligans qui étaient ciblés.

Si c’est bien l’Etat islamique qui a frappé Manchester hier soir, Al-Qaïda a renouvelé il y a peu ses intentions de frapper l’Occident. Qu’est-ce que cela peut laisser présager pour l’avenir ? 

Depuis des semaines, Daech et Al-Qaida « canal historique » rivalisent à qui lancera le plus d’appels au meurtre sur les réseaux sociaux. Par exemple, le 17 mai, Daech publiait une vidéo où des volontaires américain, canadien, britannique, russe et belge appelaient leurs concitoyens à passer à l’action là où ils se trouvaient. Hamza Ben Laden, un des fils préféré de l’émir d’Al-Qaida « canal historique » aujourd’hui décédé, publiait presque au même moment deux messages appelant à faire de même. Une petite différence entre les objectifs des deux mouvements : Al-Qaida « canal historique » fait une fixation sur les Etats-Unis alors que Daech vise l’ensemble de l’Occident et la Russie. Il convient de rappeler que pour ces deux mouvements salafistes-djihadistes, leurs premiers ennemis à abattre sont les dirigeants des pays musulmans considérés comme des « corrompus ». Pour la petite histoire, les deux formations se livrent une guerre d’influence qui s’étend aujourd’hui jusqu’en Extrême-Orient où ils s’arrachent les partisans du groupe Abou Sayyaf (Philippines) et du Jihad Islamiyah (Indonésie). L’Occident et la Russie ne sont que des « ennemis lointains » à atteindre quand cela est possible.

La période extrêmement pénible que nous vivons va durer car les dirigeants des mouvements salafistes-djihadistes conçoivent leur combat dans la durée. Ils savent très bien qu’ils ne connaîtront pas le « califat mondial » qu’ils appellent de leurs voeux mais ils préparent les nouvelles générations à prendre leur relève pour atteindre un jour le but qu’ils se sont fixé.

Voir encore:

Goodbye ISIS, Hello Losers

President Trump just gave ISIS its new name: Losers. (Short for Evil Losers).

If you think that’s no big deal, you’re wrong. It’s a big deal. This is – literally – weapons-grade persuasion from the most powerful Master Persuader of our time.

As I have taught you in this blog, President Trump’s clever nicknames for people are not random. They are deeply engineered for visual impact and future confirmation bias.

In this case, the visuals will be provided by future terror attacks. That reinforces the “evil” part, obviously. But more importantly, the Losers will be doing nothing but losing on the battlefield from now until “annihilation.” They are surrounded, and the clock is ticking. Oh, and the press isn’t allowed to watch the final battles. In other words, we won’t need to build new holding cells on Guantanamo Bay this time. No press means no prisoners, if you know what I mean. (American soldiers won’t be shooting the prisoners. We have allies for that sort of thing.)

As you know, “annihilation” of the Losers in Loserdom won’t stop the loser’s ideas from spreading. You still have to kill the ideas. And that takes persuasion, not bullets. President Trump just mapped out the persuasion solution: Evil Losers.

Quickly, name one other way you could label/insult the Losers that would be as powerful as the word Loser. You can’t do it with any other name or insult that is also repeatable in polite company.

What kinds of people join the Losers? Mostly young males. And you know what brand young males do not want on them? Right: Losers.

If you call them monsters, they like it. If you call them ISIS or ISIL they put it on a flag and wave it around. If you call them non-Muslim, it just rolls off their backs because they have Korans and stuff. Almost any other “brand” you can imagine is either inert or beneficial to Loser recruitment.

Loser is different. No one joins the Loser movement. Try at home, with your family or friends, to concoct a more effective brand poisoning than Loser. You probably can’t. Remember, your brand has to fit with future confirmation evidence. The Losers on the battlefield will continue to be losing, so the brand is engineered to get stickier over time. Your alternative idea for a brand solution has to have that quality of future confirmation too. Good luck finding a better persuasion brand.

This is not accidental. President Trump does (laugh if you will) have the best words, at least for this sort of thing. He’s proven it over and over. Just ask Jeb, Ted, and HIllary.

As a mental experiment, imagine the CEOs of the major browser companies, including Google, Apple, Microsoft, and the open source products getting together to stop the spread of Loser propaganda. They could collectively decide to program their browsers to auto-convert ISIS or Al-Quaeda or other cool terror names to Evil Losers. If all the browser products agree, that’s all your teenager in Europe will see as he tries to self-radicalize. That would, in time, end recruitment for Losers.

An hour ago you believed there was no way to stop the spread of the ideas behind terrorism. I just told you how to do it by the end of the week. While I don’t expect the browser companies to take my suggestion, I do expect some of you will realize for the first time how winnable the war of ideas is.

So long as your Commander in Chief is also a Master Persuader.

Otherwise you’re out of luck.

America, as it turns out, has lots of luck left in it.

You haven’t seen anything yet. We’re just getting started.

Voir enfin:

Cet ancien tweet assassin de Trump sur l’Arabie Saoudite lui revient en pleine figure

« Les Saoudiens, ce n’est que de l’esbroufe, ce sont des tyrans, des lâches »…

21/05/2017

Claire Tervé

AFP

ÉTATS-UNIS- Le temps passe mais les tweets restent, encore et toujours. Donald Trump est en voyage en Arabie Saoudite où il a signé pour plus de 380 milliards de dollars d’accords, samedi 20 mai. Accompagné de son épouse Melania et de sa fille Ivanka, le président des États-Unis a été reçu par le roi Salmane en personne sur un tapis rouge avant de s’entretenir longuement avec lui. Le but: resserrer les liens entre les deux pays.

Une décision de Donald Trump qui peut faire sourire lorsque l’on jette un œil sur son compte twitter et que l’on remonte quelques années en arrière. Le 11 septembre 2014, il tweetait ainsi:

« Les Saoudiens, ce n’est que de l’esbroufe, ce sont des tyrans, des lâches. Ils ont l’argent, mais pas le courage ».

Un souvenir qui n’a visiblement pas été oublié, alors que le président s’inclinait face au roi Salmane le 20 mai pour recevoir une distinction.

« Et vous vous inclinez devant l’Arabie Saoudite, lâche, vous lui léchez les bottes ».

Et ce n’est pas la première fois que Donald Trump se prends en pleine face ses anciennes critiques virulentes sur twitter alors qu’elles ne correspondent plus du tout à ses actes.

Pour exemple cette série de tweets qui dénonçaient à l’été 2016 la mise en danger des Etats-Unis par Hillary Clinton pour sa mauvaise gestion d’informations classifiées alors qu’il est aujourd’hui lui-même mis en cause pour avoir révélé des informations sensibles à la Russie.

De même pour sa critique à l’encontre de Michelle Obama en janvier 2015 lors du voyage présidentiel en Arabie Saoudite. La First Lady s’était présentée les cheveux lâchés, à l’instar de Laura Bush à son époque.

Si l’épouse de l’ex-président des Etats-Unis, avait été applaudie pour sa décision, Donald Trump avait, lui, écrit: « De nombreuses personnes disent que c’était merveilleux que Mme Obama refuse de porter un foulard en Arabie, mais (les Saoudiens) ont été insultés. Nous avons déjà assez d’ennemis ».

Une fois encore, un petit souvenir du président américain qui fait aujourd’hui sourire alors que Melania Trump et Ivanka se sont présentées, cheveux aux vent, au roi Salmane le 20 mai.


Cyberattaques: Le pire est devant nous (Behind the world’s largest state criminal organization, an open-air gulag and a largely indifferent free world)

22 mai, 2017
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le jour où la Corée du nord s’effondrera, on découvrira un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire, avec des survivants dont les récits feront honte au monde libre. Et l’on s’interrogera alors sur les raisons pour lesquelles les informations n’ont pas conduit à rompre les relations diplomatiques et à demander des comptes à Pyong Yang. Thérèse Delpech
En dépit de l’impitoyable dictature qui y règne, la Corée du Nord est souvent traitée dans les pages buzz des sites web, et non dans les pages International. Le pays rentre dans ce champ indifférenciant qu’est l’info buzz, où des lamas dans le tramway de Bordeaux ou dans les rues de Phoenix et des controverses sur des robes bleues ou blanches côtoient des exécutions sommaires d’opposants politiques, le tout dans un grand rire général. Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed et pas Le Monde Diplomatique. L’exemple le plus frappant se trouve sur le très respectable Monde.fr. Big Browser, le blog consacré aux contenus viraux, et seul lieu du site pouvant héberger une polémique sur la couleur d’une robe, s’est fait une spécialité des sujets sur la Corée du Nord. Big Browser a publié pas moins d’une cinquantaine d’articles sur la Corée du Nord, traité le plus souvent avec une légèreté inhabituelle pour le quotidien du soir: «Kim Jong-un vous manque, et tout est dépeuplé», «La guerre du sapin de Noël aura-t-elle lieu?», «Comment Björn Borg a fait bombarder Pyongyang de caleçons roses». Même les sujets sur la famine y sont traités sous un angle «insolite». Contacté par mail, Vincent Fagot, rédacteur en chef du Monde.fr, tient à rappeler que la Corée du Nord est davantage traitée par Le Monde en rubrique International. La particularité de l’info buzz — qui explique le traitement réservé à la Corée du Nord — est qu’elle circule le plus souvent sur le mode du bouche-à-oreille, avec des critères de vérification très limités et un contenu altéré au fil des reprises et des traductions. Ce type de format journalistique ne cherche pas à dire le vrai. La vérité de l’info buzz est celle qu’on veut bien entendre. C’est une info qui se conforme à nos attentes, qui confirme nos fantasmes et nos bonnes blagues. Les articles sur la Corée du Nord ne nous disent pas «Le monde est dangereux» comme souvent les articles des pages International, mais plutôt «Le monde est fou». La Corée du Nord est une dictature acidulée, où s’épanouissent un dictateur à la coupe de hipster et de charmantes licornes. Chaque nouvel article doit nous renforcer dans cette vision du «royaume de l’absurde». (…) L’info buzz jubile de ce moment où la réalité dépasse la fiction, où une news sur Kim Jong-un devient plus drôle que The Interview, le film de Seth Rogen sur la Corée du Nord, où LeMonde.fr peut rivaliser avec le Gorafi. La Corée du Nord est reléguée au rayon buzz car les images qui nous arrivent du pays, via la propagande nord-coréenne, sont celle d’un grand Disneyland, un décor de carton-pâte dans lequel évolue le poupin Kim Jong-un. C’est une leçon pour les communicants de toute la planète: pour que les médias reprennent un message, il suffit de les penser comme une scène de mauvais téléfilm, organisé autour d’une figure reconnue de la culture pop, comme l’est Kim-Jong-un. Il faut être le moins crédible, le plus proche de la fiction, pour que l’info buzz s’en empare. Vincent Glad
Located in a heavily guarded concrete building in downtown Pyongyang, Bureau No. 39 is the nerve center of North Korea’s state-run network of international crime. Its official name is Central Committee Bureau 39 of the Korean Workers’ Party. The authors refer to it by what Bechtol says is the more accurately nuanced translation of “Office No. 39.” The mission of Office No. 39 is to generate torrents of cash for North Korean ruler Kim Jong Il, by way of illicit activities abroad. Favorite rackets include international trafficking of drugs produced under state supervision in North Korea, and state production and laundering into world markets of counterfeit U.S. currency, and cigarettes. Such activities are tied directly to the survival of Kim’s regime. The authors report “the crimes organized by Office No. 39 are committed beyond the borders of North Korea by the regime itself, not solely for the personal enrichment of the leadership, but to prop up its armed forces and to fund its military programs.” What sets Office No. 39 apart from more pedestrian political corruption or organized crime is that this operation is not some wayward private gang or unauthorized appendage of government. It is an integral and institutionalized part of the North Korean regime. As such, it enjoys the perquisites and protective trappings of the modern nation-state, including the use of North Korean embassies and state-run businesses abroad, and the reluctance of other nations to intervene in the sovereign affairs of North Korea. Office No. 39 is directly tied to Kim himself, who set it up way back in 1974, when his father, Kim Il Sung, was still in power. The authors explain: “This office was established for the explicit purpose of running illegal activities to generate currency for the North Korean government.” Since the 1991 Soviet collapse, which ended subsidies from Moscow, Office No. 39 has become ever more important, and especially over the past 10 years, its activities have become more prolific. Office No. 39 continues to report directly to Kim, who took charge of the regime when his father died in 1994. According to a North Korean defector interviewed by the authors, Kim Kwang-Jin, who has firsthand knowledge of North Korean financial practices, Office No. 39 is also known to North Korean insiders as “the keeper of Kim’s cashbox.” Organized into 10 departments, specializing in various illicit activities, Office No. 39 serves as a slush fund through which billions of dollars have flowed over the years. In a bizarre personal touch, these funds are collected and presented periodically to Kim in aggregate amounts, labeled “revolutionary funds,” on such special occasions as his official birthday, Feb. 12, or the birthday of his late father, Kim Il Sung, April 15th. This money is not spent on easing the miseries of millions of repressed and famished North Koreans. That effort–from which Kim also has a record of appropriating resources to sustain his regime–is left to the likes of international donors, contributing via outfits such as the United Nations. The authors explain that the profits of Bureau 39 help swell the offshore bank accounts of Kim’s regime, used not only to pay for his luxurious lifestyle, but to buy the loyalties and materials that underpin his totalitarian, nuclear-entwined military state … Claudia Rosett
En dépit de leur rhétorique sur le besoin pressant de développer un arsenal nucléaire, la plus grande priorité des dirigeants nord-coréens est de faire entrer des devises étrangères. Sans elles, estiment les experts, le régime risquerait de s’effondrer sous le poids des sanctions internationales. Les courses de taxis ne peuvent bien entendu à elles seules combler cette lacune. Mais les taxis KKG ne sont que l’arbre qui cache la forêt. La flotte de taxis de KKG est l’un des produits issus d’un partenariat entre un groupe d’investisseurs basés à Hong Kong et une antenne occulte de l’Etat nord-coréen qui, comme le montre notre enquête, a pour vocation première de négocier des contrats à l’international. L’alliance de Pyongyang avec le groupe Queensway [basé à Hong Kong], un groupement d’hommes d’affaires connus pour avoir des liens avec des régimes parias, est opaque. Mais il semble évident que cette alliance permet au régime le plus isolé du monde de garder la tête hors de l’eau. (…) “La plupart des sociétés nord-coréennes sont sous le coup des sanctions des Etats-Unis, de l’UE ou des Nations unies. Elles changent régulièrement de raison sociale, tout comme leurs navires changent de pavillons. Mais la plupart appartiennent à des officiers supérieurs de l’armée ou au Parti du travail de Corée, au pouvoir. Comme elles sont inscrites sur la liste des sanctions, elles ont besoin d’une société étrangère susceptible de les aider à commercer avec des pays étrangers.” (…) Selon plusieurs hauts responsables asiatiques et américains, la branche nord-coréenne du réseau KKG conduit à une organisation clandestine nommée la Division 39 du Parti du travail. Les Etats-Unis qualifient la Division 39 de “branche clandestine du gouvernement (…) qui assure un soutien essentiel au pouvoir nord-coréen, en partie en menant des activités économiques illicites et en gérant des caisses noires, et en générant des revenus pour les instances dirigeantes.” Les dirigeants nord-coréens ont dû recourir à cette stratégie après des années de sanctions internationales. Imposées en réaction aux essais nucléaires de 2006, 2009 et 2013 ces dernières prévoient notamment un embargo sur les armes visant à empêcher la Corée du Nord de se livrer au commerce de matériel militaire et de se procurer des pièces pour son programme atomique ; un gel des avoirs destiné à exercer une pression financière sur le pouvoir ; et un embargo sur l’exportation de produits de luxe, conçu pour priver les hauts dirigeants des attributs du pouvoir – des homards jusqu’aux cigarillos, en passant par les fourrures et les yachts. Les Nations unies ont fixé le cadre général des sanctions, les Etats décidant par eux-mêmes ce qu’ils interdisent. Les rapports annuels d’une commission onusienne qui surveille les sanctions parlent cependant d’un jeu du chat et de la souris, car les dirigeants nord-coréens usent d’une panoplie de subterfuges en constante évolution pour déguiser leurs activités commerciales à l’étranger. Le dernier rapport en date de l’ONU, remis au Conseil de sécurité en février, fait ainsi état de ventes d’armes en Afrique et de l’utilisation de “pavillons de complaisance” pour échapper aux contrôles sur le transport maritime nord-coréen. Il indique également que “des structures commerciales légales ont été utilisées pour des activités illégales”. (…) Au cours des dix dernières années, le groupe Queensway a bâti un empire commercial contrôlant un portefeuille de plusieurs milliards de dollars, dont les tentacules s’étirent du Zimbabwe jusqu’à Manhattan. La nature précise de l’association avec KKG n’est pas très claire – on ignore s’il s’agit d’une joint-venture officielle ou d’un arrangement plus informel. Les liens entre les financiers de KKG se sont noués vers 2006. Selon le récit du haut fonctionnaire asiatique – dont des détails ont été corroborés par d’autres témoignage –, la percée de Queensway en Corée du Nord a été initiée par le représentant du groupe qui a promu ses intérêts en Afrique et ailleurs. Il utilise au moins sept identités différentes, la plus connue étant Sam Pa. L’année dernière, une enquête du Financial Times a établi que M. Pa et les autres fondateurs du groupe Queensway entretenaient des liens étroits avec de puissants intérêts à Pékin, y compris le service de renseignements chinois et plusieurs entreprises d’Etat. Ils ont également des relations avec de grands groupes occidentaux : des sociétés du groupe Queensway sont en affaires avec BP [compagnie pétrolière britannique] en Angola, Gl encore [entreprise anglo-suisse de négoce et d’extraction de matières premières] en Guinée, et d’autres. (…) “Les taxis KKG peuvent rapporter au régime quelques devises, grâce aux touristes de passage à Pyongyang, mais tout indique que les véritables cibles du groupe Queensway sont les secteurs minier et pétrolier”, souligne le chercheur américain J. R. Mailey, l’un des auteurs d’un rapport de 2009 du Congrès américain qui a récemment publié une deuxième étude détaillée sur le groupe. Le think tank britannique Chatham House signalait dans un rapport datant de 2009 qu’une filiale chinoise de Queensway, avait proposé en 2007 une entreprise publique chinoise pour réaliser des explorations sismiques sur deux sites de prospection pétrolière en Corée du Nord. Financial Times
From the final weeks of 2010 through the end of 2012, according to former American officials, the Chinese killed at least a dozen of the C.I.A.’s sources. According to three of the officials, one was shot in front of his colleagues in the courtyard of a government building — a message to others who might have been working for the C.I.A. Still others were put in jail. All told, the Chinese killed or imprisoned 18 to 20 of the C.I.A.’s sources in China, according to two former senior American officials, effectively unraveling a network that had taken years to build. Assessing the fallout from an exposed spy operation can be difficult, but the episode was considered particularly damaging. The number of American assets lost in China, officials said, rivaled those lost in the Soviet Union and Russia during the betrayals of both Aldrich Ames and Robert Hanssen, formerly of the C.I.A. and the F.B.I., who divulged intelligence operations to Moscow for years. The previously unreported episode shows how successful the Chinese were in disrupting American spying efforts and stealing secrets years before a well-publicized breach in 2015 gave Beijing access to thousands of government personnel records, including intelligence contractors. The C.I.A. considers spying in China one of its top priorities, but the country’s extensive security apparatus makes it exceptionally hard for Western spy services to develop sources there. At a time when the C.I.A. is trying to figure out how some of its most sensitive documents wereleaked onto the internet two months ago by WikiLeaks, and the F.B.I. investigates possible ties between President Trump’s campaign and Russia, the unsettled nature of the China investigation demonstrates the difficulty of conducting counterespionage investigations into sophisticated spy services like those in Russia and China. (…) Last year, an F.B.I. employee pleaded guilty to acting as a Chinese agent for years, passing sensitive technology information to Beijing in exchange for cash, lavish hotel rooms during foreign travel and prostitutes. In March, prosecutors announced the arrest of a longtime State Department employee, Candace Marie Claiborne, accused of lying to investigators about her contacts with Chinese officials. According to the criminal complaint against Ms. Claiborne, who pleaded not guilty, Chinese agents wired cash into her bank account and showered her with gifts that included an iPhone, a laptop and tuition at a Chinese fashion school. In addition, according to the complaint, she received a fully furnished apartment and a stipend. The NYT
« Désormais, je peux ajouter “a stoppé accidentellement une cyberattaque internationale » sur mon CV ». Dans un tweet humoristique publié samedi 13 mai, @malwaretechblog résume à merveille la situation. Cet Anglais de 22 ans a réussi, presque par hasard, à entraver la propagation du logiciel de racket qui s’est diffusé vendredi à grande vitesse, faisant plus de 200 000 victimes réparties dans 150 pays, selon les données d’Europol. Ce logiciel, appelé, WanaCrypt0r 2.0 chiffre les données présentes sur l’ordinateur infecté et exige, pour que le propriétaire puisse récupérer son contenu, une rançon d’un montant de 300 dollars. La rapidité inédite de sa diffusion, ainsi que l’importance de certaines organisations touchées – le système de santé britannique NHS, le constructeur automobile Renault ou encore l’opérateur espagnol Telefonica – ont généré une vive inquiétude vendredi. Jusqu’à ce que sa propagation soit brutalement freinée par @malwaretechblog, depuis hissé au rang de « héros accidentel » par la presse britannique. Le jeune homme, qui travaille pour l’entreprise de sécurité informatique Kryptos Logic, refuse de dévoiler son identité. « Ça n’a pas de sens de rendre publiques des informations personnelles sur moi », explique-t-il au Guardian. « Il est évident que nous luttons contre des types mal intentionnés, et qu’ils ne vont pas être contents. » S’il tient à protéger son identité, il a toutefois détaillé, sur son blog, la façon dont il avait vécu la folle journée de vendredi et découvert qu’il avait, avec un simple achat de nom de domaine, endigué la propagation du « ransomware » (rançongiciel). En fin de matinée, il se connecte machinalement à une plateforme d’information en temps réel sur les menaces informatiques. Il y est bien fait état de quelques victimes d’un rançongiciel, « mais rien de significatif », estime alors le chercheur en sécurité informatique, qui part déjeuner. A son retour, c’est l’affolement : en quelques heures, le logiciel s’est propagé à des milliers de machines, le fonctionnement des hôpitaux britanniques est perturbé et de nouvelles victimes se font connaître les unes après les autres. Rapidement, il réussit à obtenir une copie du ransomware, dont il examine le code source. Il y remarque la présence d’un nom de domaine en « .com » composé d’une quarantaine de caractères sans aucun sens. Celui-ci n’appartient à personne ; il décide de l’acheter pour 10,69 dollars (9,78 euros). Un réflexe, pour ce chercheur en sécurité informatique spécialisé dans les « malwares », les logiciels malveillants. « J’ai enregistré plusieurs milliers de noms de domaines de ce type l’an passé », explique-t-il. Il ne comprend pas immédiatement quel rôle joue ce nom de domaine dans le fonctionnement du logiciel, il remarque simplement que chaque machine infectée tente automatiquement de s’y connecter. Une aubaine pour @malwaretechblog : désormais propriétaire du nom de domaine, il reçoit ainsi des informations sur le nombre et la provenance géographique de ces connexions, ce qui lui permet de suivre en direct la propagation de ransomware. Des milliers de connexions sont effectuées chaque seconde, mais le rythme finit étrangement par ralentir. Parallèlement, un autre chercheur à qui il fournit une copie du ransomware s’étonne de ne pas réussir à le faire fonctionner. « A ce moment là, nous avions tué le malware sans le savoir, explique@malwaretechblog sur son blog. Nous ne comprenions donc pas pourquoi il n’arrivait pas à le faire fonctionner. » La confusion règne alors, et va être amplifiée par un employé de son entreprise, qui, après avoir examiné le code, croit comprendre, à tort, que l’achat du nom de domaine a en fait empiré la situation en déclenchant le chiffrement des fichiers à grande échelle. « Ça a causé une sacrée panique. » Heureusement, de l’autre côté de l’Atlantique, un autre spécialiste en sécurité informatique, Darien Huss, s’est entre-temps rendu compte que l’enregistrement du nom de domaine avait, bien au contraire, entravé la propagation du virus. Incrédule, @malwaretechblog lance quelques tests et parvient à confirmer les affirmations de Darien Huss : le logiciel ne fonctionne plus chez lui, mais se remet à marcher correctement quand il fait en sorte que la connexion au nom de domaine échoue. « Je pense que vous aurez du mal à visualiser un adulte sautillant d’excitation après avoir été victime d’un ransomware, mais c’était moi », écrit-il sur son blog. Le logiciel est en fait conçu de façon à se connecter automatiquement à ce nom de domaine. Si ce dernier ne répond pas, alors l’opération peut se dérouler comme prévu : bloquer la machine, chiffrer les données et exiger une rançon. En revanche, s’il répond, alors le logiciel devient inactif. C’est ce qui s’est passé quand le nom de domaine a été enregistré. Ce système est considéré par certains spécialistes comme une sorte de procédure d’urgence conçue par les créateurs du logiciel pour stopper sa propagation si besoin. @Malwaretechblog pense plutôt, de son côté, qu’il s’agit d’une maladresse dans la conception du programme. Sur le moment, « nous n’avons pas tellement pensé “oui, nous l’avons fait !” mais plutôt “oh mon dieu, on n’a pas foutu le monde en l’air, c’est super” », raconte-t-il au DailyMail. Le Monde
The United States may have escaped most digital damage from this month’s unleashing of a global “ransomware” virus, though cyber-experts fear more attacks. One possible explanation is that the malicious software (“malware”) harms older versions of Microsoft’s Windows operating system, which most Americans have replaced. Perhaps many users in other countries haven’t. Whatever the explanation, this is not the end of Internet threats. The unmistakable lesson of recent years is that the Internet is a double-edged sword. Despite enormous benefits — instant access to huge quantities of information, the proliferation of new forms of businesses, communications and entertainment — it also encourages crime, global conflict and economic disruption. The drift seems ominous. The Russians, it is widely agreed, hacked into the computers of the Democratic National Committee, raising fears that the U.S. presidential election was compromised. In Dallas, hackers turned on the city’s emergency sirens for more than an hour. Cyberthieves stole $81 million from Bangladesh’s central bank, though some of the money has apparently been recovered. We are dangerously dependent on Internet-based systems. All these incidents threatened the social fabric of the victimized societies. If the Russians hacked the Democrats, who might be next? Could whoever triggered Dallas’s sirens turn off the traffic lights or the local power grid? How safe are electronic financial transfers? Ransomware validates these fears. What was stunning is how quickly the recent outbreak spread. One estimate had it quickly migrating to 150 countries and affecting 200,000 computers. Despite the rapid response — the discovery of a so-called “kill switch” in the malware that deactivated the virus — the basic message remains: Much health care, transportation and ordinary business might close if deprived of Internet access, whether by hostile governments (North Korea?) or cybercriminals. This makes the Internet a weapon that can be used against us — or by us. (…) We are addicted to the Internet and refuse to recognize how our addiction subtracts from our security. The more we connect our devices and instruments to the Internet, the more we create paths for others to use against us, either by shutting down websites or by controlling what they do. Put differently, we are — incredibly — inviting trouble. Our commercial interests and our national security diverge. The latest example of this tension is the “Internet of things” or the “smart home.” It involves connecting various devices and gadgets (thermostats, lights, cameras, locks, ovens) to the Internet so they can be operated or monitored remotely. This would be a major Internet expansion and moneymaker. (…) we compartmentalize. We lavish praise on our cybercapitalists — Mark Zuckerberg, Jeff Bezos and others — for their accomplishments while conveniently forgetting that the same technologies also make us less safe. (…) we are in denial. Robert J. Samuelson
Ce n’est qu’une question de temps avant que les gens voient un message sur l’écran de leur voiture leur indiquant que le moteur a été désactivé et qu’il leur coûtera l’équivalent de 200 dollars, en bitcoins, pour le refaire fonctionner. Ou un message similaire sur leur téléphone pour déverrouiller la porte de leur maison contrôlée par Internet: payez 100 dollars si vous voulez rentrer chez vous ce soir. Ou beaucoup plus si vous voulez que votre défibrillateur cardiaque continue à fonctionner. Bruce Schneier
Bruce Schneier (…) rappelle que l’agence américaine de renseignement électronique NSA sait déjà comment infiltrer des téléviseurs Samsung et que le piratage de thermostats a déjà été prouvé. L’Internet des objets, ajoute le spécialiste, ce sont des appareils produits avec peu de soin par des sociétés qui n’ont souvent pas d’équipes d’ingénieurs en sécurité – au contraire de Microsoft, qui a pu réparer la faille au sein de Windows XP, exploitée par WannaCry. Mais même Microsoft est visé: selon le Financial Times de jeudi, la société a doublé en 2014 le prix de la mise à jour des anciennes versions de Windows, obligeant des institutions, dont le service de santé britannique NHS, à renoncer à des mises à jour faute d’argent. Et ainsi à se retrouver à la merci des pirates. Le Temps
[Cette cellule] est dédiée au piratage d’établissements financiers par l’intrusion et le retrait d’argent sur des comptes bancairesLes hackers se rendent à l’étranger pour trouver des lieux dotés d’une meilleure connectivité à Internet qu’en Corée du Nord et pour ne pas laisser de trace.  Kim Heung-kwang (transfuge nord-coréen)
 Depuis [le piratage de] Sony, ils se livrent à du hacking en soutien d’activités criminelles pour faire gagner de l’argent au régime. Jusqu’ici, ça fonctionne aussi bien — si ce n’est mieux — que la drogue, la contrefaçon ou la contrebande, leurs recettes habituelles. James Lewis (Centre des études internationales et stratégiques de Washington)
La Corée du Nord compte, au sein de son service de renseignement extérieur, une cellule dédiée aux cyberattaques. Connue sous le nom d’Unité 180, elle serait à l’origine des récentes demandes de rançon les plus remarquées, antérieures à WannaCry, dont le gouvernement nord-coréen a nié la responsabilité. Dès qu’une cyberattaque de grande portée frappe une entreprise ou une institution, la Corée du Nord compte parmi les premiers suspects. La propagation du ransomware WannaCry, qui a touché plus de 200 000 ordinateurs dans 150 pays, n’a pas échappé à la règle : une partie du code retrouvée dans une première version du logiciel était en effet semblable à celle d’un backdoor utilisé par les hackers nord-coréens du Lazarus Group en 2015. La Corée du Nord a depuis démenti ces accusations par l’intermédiaire de son représentant aux Nations unies (…) Pourtant, comme le révèle Reuters, le pays compte bien, au sein de son agence de renseignement extérieure, une cellule spéciale dédiée aux cyberattaques. Nommée Unité 180, elle serait à l’origine des récentes cyberattaques visant à récolter des fonds par le biais d’un chantage, selon les témoignages de plusieurs experts en cybersécurité comme d’anciens citoyens du régime de Pyongyang qui ont fui la dictature actuellement dirigée par Kim Jong-un. (…) Son analyse concorde avec celle que livrait la défense américaine dans un rapport rendu l’an dernier : « [Le gouvernement] considère [les cyberattaques] comme un outil rentable, asymétrique et réfutable auquel il peut recourir avec très peu de risques de représailles, notamment parce que […] [La Corée du Nord] recourt probablement à l’Internet des nations tierces ». Parmi les principales bases d’opération extérieure de l’Unité 180, on trouve ainsi la Malaisie et la Chine, deux pays d’Asie qui offrent une couverture idéale aux hackers gouvernementaux, intégrés dans des sociétés informatiques ou des filiales d’entreprises nord-coréennes. Selon James Lewis, spécialiste de la Corée du Nord au sein du Centre des études internationales et stratégiques de Washington, la stratégie du pays en matière de piratage a évolué au fil des années. D’abord destinée à l’espionnage et au harcèlement de cibles sud-coréennes et américaines, elle a selon lui connu un changement récent grâce à l’opération réussie contre le géant du cinéma (…) Les attaques menées contre son voisin sudiste sont aussi réalisées depuis l’étranger pour brouiller les pistes, à l’instar du piratage de 140 000 ordinateurs de Corée du Sud en juin 2016. Simon Choi, expert en sécurité au sein de l’entreprise d’antivirus Hauri, affirme ainsi : « Ils agissent de [Chine] de façon à ce qu'[…] on retrouve des adresses IP chinoises. » Selon Reuters, deux entreprises tech de Malaisie auraient ainsi un lien avec l’agence de renseignement extérieure (et l’Unité 180). La Corée du Nord, qui dément systématiquement les accusations dont elle fait l’objet, est toutefois loin de s’appuyer sur cette seule cellule, comme l’explique Michael Madden, un expert américain : « Ils recrutent leur personnel au collège. Celui-ci reçoit ensuite une formation avancée dans les meilleurs établissements [du pays]. » Si le flou persiste autour de l’identité des hackers de l’Unité 180, Dmtri Alperovitch, cofondateur de l’entreprise en sécurité informatique CrowdStrike, estime que l’essentiel réside plutôt dans leur potentiel de nuisance : « Leurs capacités se sont améliorées au fil du temps et nous les percevons comme une menace capable de causer des dommages importants sur les réseaux privés et gouvernementaux américains ». Numerama

Attention: une responsabilité peut en cacher une autre !

A l’heure où des médias qui n’ont pas de mots assez durs pour les prétendus manquements, dans le domaine du renseignement, de l’actuel président américain …

Se décident à ressortir l’un des plus grands fiascos, sous la précédente administration, de l’espionnage américain face aux services de renseignement chinois …

Et où derrière la récente et massive vague de cyberattaques certains spécialistes pointent la possible main de l’Etat-voyou nord-coréen

Alors que l’on découvre comment une Chine volontiers donneuse de leçons se trouverait abriter lesdits pirates nord-coréens …

Et que par l’augmentation massive des prix de leurs mises à jour, des entreprises américaines peuvent livrer à la merci des pirates des services de santé de pays entiers …

Comment ne pas voir …

Que le pire, arrêté cette fois presque accidentellement, est probablement devant nous …

Mais aussi ne pas repenser comme nous le rappelions il y a deux ans

A la tristement célèbre Division 39

Cette véritable organisation criminelle qui entre vente d’armes, contrefaçon monétaire et trafic de drogue permet au régime le plus isolé au monde de se raccorder à l’économie mondiale pour ses besoins en devises et marchandises …

Et fournit aussi à l’ensemble des autres régimes-voyous de la planète comme l’Iran les moyens de construire leurs armes de destruction massive et de déjouer tant les sanctions que les aides d’un système international bien peu regardant ?

Mais surtout ne pas se rappeler …

L’avertissement de la regrettée polémologue française Thérèse Delpech …

Sur la responsabilité non seulement d’une Chine sans laquelle il ne tiendrait pas une semaine …

Mais d’un monde libre indifférent qui, via ses satellites et les abondants témoignages des transfuges, en connait pourtant tous les détails …

Face à l’un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire »?

Vers des cyberattaques plus nocives encore
Anouch Seydtaghia
Le Temps
19 mai 2017

En parallèle à l’attaque par extorsion débutée vendredi passé, des millions d’internautes se sont fait voler leurs données ces derniers jours via plusieurs assauts menés au niveau mondial. Les spécialistes avertissent: des attaques de grande ampleur causeront des dégâts encore plus importants

WannaCry n’est pas mort. Une semaine après sa découverte et son expansion mondiale, le logiciel d’extorsion continue à faire des dégâts sur la planète. «Aujourd’hui, le rythme moyen est d’une tentative toutes les trois secondes, ce qui montre un léger recul depuis le rythme enregistré d’un essai par seconde il y a de cela deux jours», notait, vendredi après-midi, le spécialiste en sécurité informatique israélien Check Point. Mais WannyCry, qui a infecté plus de 300 000 ordinateurs sur la planète, n’est que la pointe de l’iceberg. En parallèle, deux attaques massives ont eu lieu, éclipsées par l’agitation mondiale autour du logiciel d’extorsion.

Dans l’ombre de WannaCry, les attaques ciblées se multiplient. Ainsi, cette semaine, zomato.com, site de conseil pour trouver des restaurants dans 24 pays, s’est fait voler les données de 17 millions de clients, dont 6,6 millions ont été mis en vente. Peu connue en Suisse, Zomato est une multinationale indienne, forte de 120 millions d’utilisateurs. Les pirates ont rapidement retiré leur offre de vente, relatait vendredi le site spécialisé TechCrunch, car ils ont réussi à faire plier la société. Zomato a accepté de lancer un programme pour récompenser financièrement les hackers qui détecteront de futures failles.

«Si vous ne coopérez pas…»

Zomato a beau avoir levé 420 millions de dollars (autant en francs) et valoir près d’un milliard de dollars, elle n’a pas pris de mesures efficaces pour protéger ses clients, selon TechCrunch. Pire: ses responsables affirmaient que les mots de passe, chiffrés, seraient illisibles. Or des experts ont pu facilement les décoder.

En parallèle, toujours cette semaine, 1,9 million de clients de l’opérateur de télécoms canadien Bell ont vu leurs données volées. «Nous publions une petite partie des données de Bell car ils n’ont pas voulu coopérer avec nous», écrivaient lundi les pirates, qui menaçaient: «Cela montre que cette société se fiche de la sécurité de ses clients. […] Bell, si vous ne coopérez pas, il y aura davantage de fuites.» L’opérateur n’a pas dit si une demande de rançon est en cours.

Voiture bloquée

Ces deux exemples montrent que les entreprises sont sans cesse sous la menace de tentatives d’extorsion ciblées, rendant par ricochet vulnérables leurs clients. Des internautes qui risquent, en parallèle, d’être confrontés à de plus en plus de tentatives de chantage. Cette semaine, le spécialiste indépendant en cybersécurité Bruce Schneier publiait une tribune éclairante dans le Washington Post.

«Ce n’est qu’une question de temps avant que les gens voient un message sur l’écran de leur voiture leur indiquant que le moteur a été désactivé et qu’il leur coûtera l’équivalent de 200 dollars, en bitcoins, pour le refaire fonctionner. Ou un message similaire sur leur téléphone pour déverrouiller la porte de leur maison contrôlée par Internet: payez 100 dollars si vous voulez rentrer chez vous ce soir. Ou beaucoup plus si vous voulez que votre défibrillateur cardiaque continue à fonctionner.»

Microsoft accusé

Simple fantasme de chercheur? Non, affirme Bruce Schneier, qui rappelle que l’agence américaine de renseignement électronique NSA sait déjà comment infiltrer des téléviseurs Samsung et que le piratage de thermostats a déjà été prouvé. L’Internet des objets, ajoute le spécialiste, ce sont des appareils produits avec peu de soin par des sociétés qui n’ont souvent pas d’équipes d’ingénieurs en sécurité – au contraire de Microsoft, qui a pu réparer la faille au sein de Windows XP, exploitée par WannaCry.

Mais même Microsoft est visé: selon le Financial Times de jeudi, la société a doublé en 2014 le prix de la mise à jour des anciennes versions de Windows, obligeant des institutions, dont le service de santé britannique NHS, à renoncer à des mises à jour faute d’argent. Et ainsi à se retrouver à la merci des pirates.

Voir aussi:

We’ll need new security standards when hackers go after the Internet of Things.

May 16

Bruce Schneier is a security technologist and a lecturer at the Kennedy School of Government at Harvard University. His latest book is « Data and Goliath: The Hidden Battles to Collect Your Data and Control Your World. »
Ransomware isn’t new, but it’s increasingly popular and profitable.The concept is simple: Your computer gets infected with a virus that encrypts your files until you pay a ransom. It’s extortion taken to its networked extreme. The criminals provide step-by-step instructions on how to pay, sometimes even offering a help line for victims unsure how to buy bitcoin. The price is designed to be cheap enough for people to pay instead of giving up: a few hundred dollars in many cases. Those who design these systems know their market, and it’s a profitable one.The ransomware that has affected systems in more than 150 countries recently, WannaCry, made press headlines last week, but it doesn’t seem to be more virulent or more expensive than other ransomware. This one has a particularly interesting pedigree: It’s based on a vulnerability developed by the National Security Agency that can be used against many versions of the Windows operating system. The NSA’s code was, in turn, stolen by an unknown hacker group called Shadow Brokers — widely believed by the security community to be the Russians — in 2014 and released to the public in April.Microsoft patched the vulnerability a month earlier, presumably after being alerted by the NSA that the leak was imminent. But the vulnerability affected older versions of Windows that Microsoft no longer supports, and there are still many people and organizations that don’t regularly patch their systems. This allowed whoever wrote WannaCry — it could be anyone from a lone individual to an organized crime syndicate — to use it to infect computers and extort users.The lessons for users are obvious: Keep your system patches up to date and regularly backup your data. This isn’t just good advice to defend against ransomware, but good advice in general. But it’s becoming obsolete.

Everything is becoming a computer. Your microwave is a computer that makes things hot. Your refrigerator is a computer that keeps things cold. Your car and television, the traffic lights and signals in your city and our national power grid are all computers. This is the much-hyped Internet of Things (IoT). It’s coming, and it’s coming faster than you might think. And as these devices connect to the Internet, they become vulnerable to ransomware and other computer threats.

It’s only a matter of time before people get messages on their car screens saying that the engine has been disabled and it will cost $200 in bitcoin to turn it back on. Or a similar message on their phones about their Internet-enabled door lock: Pay $100 if you want to get into your house tonight. Or pay far more if they want their embedded heart defibrillator to keep working.

This isn’t just theoretical. Researchers have already demonstrated a ransomware attack against smart thermostats, which may sound like a nuisance at first but can cause serious property damage if it’s cold enough outside. If the device under attack has no screen, you’ll get the message on the smartphone app you control it from.

Hackers don’t even have to come up with these ideas on their own; the government agencies whose code was stolen were already doing it. One of the leaked CIA attack tools targets Internet-enabled Samsung smart televisions.

Even worse, the usual solutions won’t work with these embedded systems. You have no way to back up your refrigerator’s software, and it’s unclear whether that solution would even work if an attack targets the functionality of the device rather than its stored data.

These devices will be around for a long time. Unlike our phones and computers, which we replace every few years, cars are expected to last at least a decade. We want our appliances to run for 20 years or more, our thermostats even longer.

What happens when the company that made our smart washing machine — or just the computer part — goes out of business, or otherwise decides that they can no longer support older models? WannaCry affected Windows versions as far back as XP, a version that Microsoft no longer supports. The company broke with policy and released a patch for those older systems, but it has both the engineering talent and the money to do so.

That won’t happen with low-cost IoT devices.

Those devices are built on the cheap, and the companies that make them don’t have the dedicated teams of security engineers ready to craft and distribute security patches. The economics of the IoT doesn’t allow for it. Even worse, many of these devices aren’t patchable. Remember last fall when the Murai botnet infected hundreds of thousands of Internet-enabled digital video recorders, webcams and other devices and launched a massive denial-of-service attack that resulted in a host of popular websites dropping off the Internet? Most of those devices couldn’t be fixed with new software once they were attacked. The way you update your DVR is to throw it away and buy a new one.

Solutions aren’t easy and they’re not pretty. The market is not going to fix this unaided. Security is a hard-to-evaluate feature against a possible future threat, and consumers have long rewarded companies that provide easy-to-compare features and a quick time-to-market at its expense. We need to assign liabilities to companies that write insecure software that harms people, and possibly even issue and enforce regulations that require companies to maintain software systems throughout their life cycle. We may need minimum security standards for critical IoT devices. And it would help if the NSA got more involved in securing our information infrastructure and less in keeping it vulnerable so the government can eavesdrop.

I know this all sounds politically impossible right now, but we simply cannot live in a future where everything — from the things we own to our nation’s infrastructure — can be held for ransom by criminals again and again.


Burkini: Aussi symbolique de l’islam que le col Mao de la culture chinoise (Look what they’ve done to our nuns’s coiffe, Ma !)

22 août, 2016
KabulIranFemale_hijab_in_Islamburkini-not-allowedcol-mao LangJack_Lang_MottakiFencingIslamic FashionJe suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Il est important pour les pays occidentaux d’éviter de gêner les citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, et par exemple en dictant les vêtements qu’une femme doit porter. (…)  on ne doit pas dissimuler l’hostilité envers une religion devant le faux-semblant du libéralisme. Barack Hussein Obama
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
“Islamic chic” is a fast-growing market. The State of the Global Islamic Economy 2014-2015 report shows that Muslim consumers spent around $266 billion on clothing globally in 2013. And Thomson Reuters, which co-commissioned the study, estimates that figure will increase to about $484 billion by 2019. Aab, one of the world’s leading Islamic clothing retailers, opened its first boutique in East London this spring. Complementing its online offering, the physical store opened its doors to a crowd of 2,000 people eagerly awaiting its arrival. The opening of Aab’s London shop is the first in an international long-term growth strategy that includes expanding to key international fashion and financial hubs in the Middle East, Malaysia and Indonesia over the next three years. “With the success of our first flagship boutique in London, we plan to open more in the UK and overseas due to the demand for our brand,” says Nazmin Alim, creative director of Aab. “[With] the population of young Muslims rising, they have [significant] spending power as this is the generation that are now independent, working and exposed to media in more ways than one,” Alim adds. As Islamic fashion is becoming a global industry, plenty is also happening on the couture front. The Islamic Fashion Festival, which started in 2006 in Kuala Lumpur, has been held 17 times to date in cities that include New York, London, Jakarta, Dubai and Singapore. Names like Sydney-based Frida Deguise, Rabia Z and young trend-aware Muslim fashion lovers, dubbed “hijabistas,” are leading a modest fashion revolution with their own brands, garnering hundreds of thousands of followers on social media in the process. “The new younger generation want to be modern without compromising on their halal lifestyle,” says Salma Chaudhry of The Halal Cosmetics Company, which launched in 2013. “We’re in a society where any and all information is at our fingertips, ladies are chatting and sharing information on social media particularly about topics like beauty and fashion all the time.” Chaudhry, who will be speaking about her cosmetics range in Saudi Arabia, France and Azerbaijan this year, predicts both the Islamic fashion and beauty industries are on the cusp of something big. “Muslims of this generation are embracing their identity, and businesses that do not cater to this huge consumer sector will be left behind. I think that halal cosmetics will be as readily available as any other types of beauty products pretty soon. The industry is still in its infancy and the future is about to boom,” she says. (…) The daughter of a religious leader and politician in Sweden, Aldebe’s groundbreaking quest to modernize Muslim fashion provoked the conservative views of Islamist and right-wing extremists alike. (…) When one of Aldebe’s female friends attended Polishögskolan (Police College) in Sweden and needed a suitable hijab, Aldebe was commissioned to create the hijab that now forms part of the official Swedish police uniform. The task, complicated by security considerations, resulted in is a sleek, stylish, yet highly functional hijab that seamlessly blends with the required headgear. So far, just one Swedish police officer wears it for work. But Aldebe will soon be creating an official military hijab for the Swedish army (in camouflage), as well as another for women working in pharmacies and hospitals. (…) “Sometimes, clothes have a larger impact than politics,” she says. (…) The term “Muslim Cool” relating to fashion was coined by ethnologist Leila Karin Österlind in her doctoral thesis on Muslim fashion that has the working title, “Next Year in Dubai Incha Allah. Islamic Fashion and Muslim Cool.” The concept works in two ways: It includes how trendy hijabistas like Instagram star Mariam Moufid and fashion blogger Dina Tokio dress, as well as the way in which Muslim fashion affect mainstream Western brands—for example, H&M’s offering of harem trousers and Moroccan-style kaftans in its collections. Österlind points to how this has also infiltrated wider male fashion: The now-infamous hipster beard, the height of its popularity occurring a few years ago and much-spotted in capital cities worldwide, was originally an expression of Muslim Cool. While valid as a description of previous trends, both “Muslim Cool” and “Mipsterz” are now dated terms according to Aldebe—as is “Muslim fashion” itself. She says that Islamic-inspired fashions are becoming more and more mainstream. “The pressure for fashion profiles and celebrities to always be the first to deliver inspiring looks has contributed to an increased acceptance of the unknown. Trends shift so quickly today, so people are happy to get inspired from other cultures and religions,” she says. The Observer
Le tourisme halal est une sous-catégorie du tourisme religieux qui s’adresse aux familles musulmanes se conformant aux règles de l’islam. Les hôtels de ces destinations ne servent pas d’alcool et ont des piscines et spas séparés pour les hommes et les femmes. La Malaisie, la Turquie ainsi que beaucoup d’autres pays tentent d’attirer les touristes musulmans du monde entier en leur proposant des services conformes à leurs convictions religieuses. L’industrie du tourisme Halal offre aussi des vols où l’on ne sert ni alcool ni produits à base de porc, où les horaires de prière sont annoncés et où des émissions religieuses font partie des divertissements proposés à bord de l’avion. Wikipedia
En Turquie, les hôtels répondant aux règles islamiques voient leur fréquentation croître de façon exponentielle. Cet engouement va de pair avec l’enrichissement de classes sociales amatrices d’un tourisme de loisir mais aussi culturel. Saphir news
Austria‘s alpine towns of Zell am See and Kaprun have been criticised for producing an eight-page guide for Middle Eastern tourists, featuring « cultural advice » on how to behave. The booklet, in English and Arabic, features tips such as the idea that Austrian shopkeepers do not expect haggling over prices, and that eating on the floor in hotel rooms is a « no-no ». Drivers are informed that wearing seatbelts is compulsory, and they will be given guidance on understanding road signs, to reduce their risks while driving. Visitors are also advised not to wear burkas, and to « adopt the Austrian mentality ». (…) It explains that there are many restaurants where Halal meat is served, and with Arabic-speaking staff, but that Austrians also pride themselves on their food. (…) Alpine destinations are exceedingly popular in the summer with Middle Eastern travellers, who look to escape the extreme heat of their home countries. (…) Leo Bauernberger, executive director of the Salzburger Land Tourism company, told the Austria Press Agency that « Arabs are here in the summer for more than 470,000 nights, making them the second largest visitor group after Germans ». But Peter Padourek, mayor of Zell am See, said that tourists wearing the burka was a cause of friction in the area.(…) But other hotel operators have criticised the leaflets, saying that it unfairly stigmatised Arab visitors – who spend an average of £195 per person per day; more than double the daily amount dispensed with by European tourists. Telegraph
SURFERS Paradise and Broadbeach will convert to Islam and feature more prayer rooms, halal restaurants and extended trading hours, says Mayor Tom Tate. On his return from the Middle East, Cr Tate will meet with traders, restaurant owners, hotels and marketing bodies to look at how both tourism areas can better cater for high-yield Middle Eastern tourists. He also wants to extend trading hours during Ramadan to cater for the later rising and dining tourists as one of the major criticisms was the early closing hours of many Gold Coast restaurants. About 20,000 Gulf tourists visit the region each year, staying on average for about a month with combined spending of between $53 million and $75 million.  Gold coast.com
C’est en fait un bikini deux pièces islamique, ce qui peut sembler idiot. Aheda Zanetti 
Le climat politique actuel n’est pas facile, les musulmans sont scrutés à la loupe et j’espère que les gens comprennent à travers moi ce que veut dire être musulmane. Ibtihaj Muhammad
In 2009, a public swimming pool in Emerainville excluded a burkini-wearing woman, on the grounds that she violated pool rules by wearing street clothes. But burkinis only erupted into a national political issue on Aug. 12 when the mayor of Cannes, a resort town on the French Riviera, banned burkinis (without legally defining what exactly they are) on the Cannes beaches because it represents Islamism. (…) This development astonishes me, someone who has argued that the burqa (and the niqab, a similar article of clothing that leaves a slit for the eyes) needs to be banned from public places on security grounds. Those formless garments not only hide the face, permitting criminals and jihadis to hide themselves but they permit the wearer to hide, say, an assault rifle without anyone knowing. Men as well as women use burqas as accessories to criminal and jihadi purposes. Indeed, I have collected some 150 anecdotes of bank robberies, abductions, murders, and jihadi attacks since 2002; Philadelphia has become the Western capital of burqas and niqabs as criminal accessories, with at least 34 incidents in 9 years. In contrast, the burkini poses no danger to public security. Unlike the burqa or niqab, it leaves the face uncovered; relatively tight-fitting, it leaves no place to hide weapons. Men cannot wear it as a disguise. Further, while there are legitimate arguments about the hygiene of large garments in pools (prompting some hotels in Morocco to ban the garment), this is obviously not an issue on the coastal beaches of France.Accordingly, beach burkinis should be allowed without restriction. Cultural arguments, such as the one made by Valls, are specious and discriminatory. If a woman wishes to dress modestly on the beach, that is her business, and not the state’s. It’s also her prerogative to choose unflattering swimwear that waterlogs when she swims. The Islamist threat to the West is very real, from the Rushdie rules to sex gangs, taharrush, polygyny, honor killings, partial no-go zones, and beheadings. With the influx to Europe of millions of unvetted Muslim migrants, these problems will grow along with the number of Islamists. Nerves are on edge and the political scene is changing rapidly, as symbolized by half the vote for president of Austria recently going to a hardline anti-immigration politician.Issues concerning Islam are arguably Europe’s number-one concern, ahead even of the European Union and the financial crisis; they need to be dealt with by confronting real problems, not by focusing on symbolic irrelevancies such as burkinis, halal shops, and minarets. Burqas and niqabs must be banned (as the German government may soon do), freedom of speech about Islam and Muslims must be reconfirmed, Saudi and Iranian funding for religious purposes must be cut, and a single legal code must apply to all. So, my advice: focus on these real problems and let Muslims wear what they wish to the beach. Daniel Pipes
« What is it about Philadelphia, burqas, and robberies? » (…) The demographics of Philadelphia, whose Muslim population is among the largest in the U.S., make it particularly fertile ground. While only a very small percentage of Philadelphians wear niqabs, they are sufficiently numerous to be seen with regularity. Desensitizing the public to this radical attire opens many doors. (…) Simply put, the increasing prevalence of face-cloaking Islamic garb is rendering traditional masks obsolete. Both provide anonymity, but a niqab grants the wearer access that a mask does not. Whereas spotting a masked individual entering a bank or business strongly indicates a robbery, someone in a niqab doing so may represent just another patch in Philadelphia’s multicultural quilt. Indecision about the wearer’s motives — indeed, most women in niqabs do not have criminal intent — buys crucial time for a heist to unfold on the perpetrator’s terms. The relatively common sight of niqabs, as opposed to masks, also enables a robber to travel to the crime scene in the same face-blocking apparel, further lowering the chances of being identified. Moreover, they take advantage of political correctness, which cautions against scrutinizing people who don such clothes. (…) Islamists promote this cultural paralysis. Case in point: the victimhood narrative pushed in the wake of the latest Philadelphia robberies. One imam declared them « a hate crime against Muslims, » as they allegedly put Muslim women « in danger of being stereotyped, victimized, and ostracized. » City Councilman Curtis Jones Jr. doubled down on the persecution theme: « In many ways I’m reminded of the shooting of Trayvon Martin, stereotyped because of a garment called a hoodie. » Ibrahim Hooper of the Council on American-Islamic Relations (CAIR) chimed in as well. « Islamophobes love to see this sort of thing, because it gives them fuel to express their hatred, » he claimed. « Now they can say, ‘See, this is why Muslim women shouldn’t dress the way they do.' » Therefore, banks must run the gauntlet of « Islamophobia » charges if they pursue a seemingly obvious remedy: forbidding attire that hides customers’ faces from security cameras. Financial institutions nationwide have worked to deter more conventional robberies, reportedly with some success, by implementing dress codes that ban hats, hoods, and sunglasses, but Islamists have fought restrictions on headgear. When disputes arose several years ago over women being asked to remove headscarves or be served in alternate areas, CAIR characteristically demanded more sensitive policies and issued dubious calls for federal probes. Just as predictably, the banks and credit unions tended to cave and exempt hijabs. No doubt robbers note the deference toward Islam enforced by Islamists — a phenomenon exacerbated in cities like Philadelphia with copious Muslims and an aggressive CAIR chapter. (…) How to proceed? The ultimate solution would entail proscribing face-covering apparel everywhere in public, as France and Belgium have done. Yet American banks enjoy plenty of leeway to ban it on their premises right now, assuming that they ignore CAIR’s specious threats and frequently bogus tales of Muslim victimhood. The First Amendment may protect niqabs on the streets, but banks are private entities and thus not bound by it. They also are not listed in Title II of the 1964 U.S. Civil Rights Act among « places of public accommodation » where religiously discriminating against clients is illegal — not that faith-neutral dress codes are « discriminatory » anyway, regardless of Islamists’ pleas. In addition, though numerous states, including Pennsylvania, have civil rights laws that are more expansive than the federal version, the various requirements to accommodate religious practices of customers or employees are not absolute and typically must be balanced against the hardships imposed on others. One can debate whether banks should tolerate hijabs, which often obscure less of the face than hoodies or caps, but it is inconceivable that banks are somehow obligated to welcome niqabs that purposefully hide the face and burden others by undermining safety in a venue where security is paramount. If ski masks are not permitted, niqabs should not be either. Drawing the line with clear policies that prohibit all criminal-friendly garments on bank property would be a significant step in the appropriate direction — and almost certainly a legal one. Situated at the leading edge of this problem in the U.S., Philadelphians have a special responsibility to find effective solutions. Other American cities must stay alert as well, because the ingredients that make Philadelphia a prime target exist elsewhere; Detroit comes to mind. If Philadelphia manages to curtail the trend, its approach can be a template for comparable cities to follow. But if it fails, criminals in the country’s niqab-heavy metropolitan areas may soon thank the trailblazing burqa bandits of Philadelphia for having provided a successful model of their own. David J. Rusin
Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. (…) À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.» Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016. (…) D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues. Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants. Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020. Le Figaro
Contraction de « bikini » et « burqa », le burkini est un costume de bain qui enveloppe l’ensemble du corps, des cheveux jusqu’aux chevilles. Son invention est attribuée à l’Australienne Aheda Zanetti, qui a lancé sa gamme de tenues pratiques pour le sport et « religieusement correctes » en 2003. En Australie, où la plage est une véritable « culture », que ce soit pour le surf ou la simple baignade, il y avait « un vide qu’il fallait combler », expliquait-elle à l’Agence France-Presse en 2007. (…) Dans le livre sacré des musulmans, explique Franck Fregosi, spécialiste de l’islam, « il y a des éléments relatifs aux règles de pudeur, mais pas de codification ». Si plusieurs versets du Coran mentionnent le voile, son port n’est pas explicitement exigé, et les avis divergent quant à l’interprétation des textes. (…) Le burkini ne cache pas le visage. Comme le voile, il est donc autorisé en France dans les lieux publics. Seul le voile dissimulant le visage (niqab) est proscrit dans l’espace public depuis 2011. Les municipalités côtières qui ont récemment pris des arrêtés prohibant le burkini sur les plages ont mis en avant le risque de « troubles à l’ordre public » dans le contexte de menaces d’attentats. Le Point
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
Amid all this intellectual and moral confusion, Ian Buruma and Avishai Margalit have deftly proposed the notion of « Occidentalism. » This is a play on « Orientalism, » the formulation advanced by the late Edward Said, whereby a society or its academics and intellectuals can be judged by their attitude to the « other. » Avishai Margalit is a professor at the Hebrew University of Jerusalem and has been very much identified with the secular and internationalist wing of the Israeli peace camp. Ian Buruma is known to a large audience for his witty and profound studies of Asia, Germany and England. Both authors had in common a friendship with, and a strong admiration for, Isaiah Berlin. … The authors demonstrate that there is a long history of anti-Western paranoia in the intellectual tradition of the « East, » but that much of this is rooted in non-Muslim and non-Oriental thinking. Indeed, insofar as the comparison with fascism can be made, it can be derived from some of the very origins and authors that inspired fascism itself. In many areas of German, Russian and French culture, one finds the same hatred of « decadence, » the same cultish worship of the pitiless hero, the same fascination with the infallible « leader, » the same fear of a mechanical civilization as opposed to the « organic » society based on tradition and allegiance. Christopher Hitchens
We generally understand « radical Islam » as a purely Islamic phenomenon, but Buruma and Margalit show that while the Islamic part of radical Islam certainly is, the radical part owes a primary debt of inheritance to the West. Whatever else they are, al Qaeda and its ilk are revolutionary anti-Western political movements, and Buruma and Margalit show us that the bogeyman of the West who stalks their thinking is the same one who has haunted the thoughts of many other revolutionary groups, going back to the early nineteenth century. In this genealogy of the components of the anti-Western worldview, the same oppositions appear again and again: the heroic revolutionary versus the timid, soft bourgeois; the rootless, deracinated cosmopolitan living in the Western city, cut off from the roots of a spiritually healthy society; the sterile Western mind, all reason and no soul; the machine society, controlled from the center by a cabal of insiders, often jews, pulling the hidden levers of power versus an organically knit-together one, a society of « blood and soil. » The anti-Western virus has found a ready host in the Islamic world for a number of legitimate reasons, they argue, but in no way does that make it an exclusively Islamic matter. The Economist
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear
Le multiculturalisme c’est justement accepter que l’autre soit culturellement différent, et l’on ne peut imposer une culture exclusive sans aliéner ceux qui s’en sentent exclus. Annika
Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear. In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers. All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam. That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet. This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community. In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.) Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon. Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands. In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment. By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America. Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.) The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out. Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries. These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others. All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go topless.) Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam. This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization. It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it. It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war. The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab. Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law. (…) The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine. Amir Taheri

Attention: une coiffe peut en cacher une autre !

A l’heure où la température du débat sur le burkini va bientôt dépasser celle du soleil sur nos plages …

Et que de l’autre côté de l’Atlantique, l’on présente comme une grande avancée de l’émancipation féminine une musulmane qui pousse la pudeur jusqu’à porter le masque sous son masque d’escrimeuse …

Pendant que pour  fustiger une France qui a dix fois plus de musulmans, le NYT lui-même monte au créneau …

Pendant que de l’autre côté de la Méditerranée l’on interdit tranquillement dans les piscines des grands hôtels …

Ou qu’entre la Turquie et la Malaisie ou l’Autriche ou l’Australie se développe le « tourisme halal »

Peut-être faudrait-il aussi rappeler avec le politologue irano-américain Amir Taheri …

Qu’au-delà des radicaux qui récupèrent ou tirent plus ou moins les ficelles derrière …

Ou, contrairement au burkini légalement non-sanctionnable, des petits malins qui s’en servent pour commettre des délits

Et bien après les pratiques ancestrales qu’elles sont censées reprendre et sans compter les fantasmes de nos orientalistes …

Le hijab comme la version plage de la burkha (c’est l’étymologie proprement oxymorique – voire « idiote » du propre aveu de sa créatrice libano-australienne – du terme burkini) sont, comme l’islamisme, toutes des inventions récentes inspirées et imitées d’inventions occidentales (la tunique, le voile et la guimpe de nos religieuses, notamment au Liban pour le premier, les tenues de plongée moderne pour le second) …

Par des musulmans immigrés en Occident ou occidentalisés redécouvrant et faisant redécouvrir à leurs contemporains, en réaction avec l’Occident qui les fascine et donc comme nouveau marqueur identitaire à la manière de nos « born again » et avec le zèle du nouveau converti (voire, pour les plus intellos, comme l’équivalent féminin de la vareuse, de la casquette ou du col du Grand Timonier aux 30 millions de morts qu’appréciaient tant nos jeunes gens engagés des années 60 ou du keffieh des terroristes palestiniens si tendance d’aujourd’hui) …

Une pratique de l’islam largement et souvent volontairement oubliée comme rétrograde par la génération de leurs parents à leur âge, Iran comme Algérie ou Afghanistan compris …

Et donc que l’on est et que l’on reste effectivement en plein multiculturalisme, invention aussi occidentale que récente !

This is Not Islam

FRANCE’S Prime Minister Jean-Pierre Raffarin has just appointed a committee to draft a law to ban the Islamist hijab (headgear) in state-owned establishments, including schools and hospitals. The decision has drawn fire from the French “church” of Islam, an organization created by Raffarin’s government last spring.

Germany is facing its hijab problem, with a number of Islamist organizations suing federal and state authorities for “religious discrimination” because of bans imposed on the controversial headgear.

In the United States, several Muslim women are suing airport-security firms for having violated their First Amendment rights by asking them to take off their hijab during routine searches of passengers.

All these and other cases are based on the claim that the controversial headgear is an essential part of the Muslim faith and that attempts at banning it constitute an attack on Islam.

That claim is totally false. The headgear in question has nothing to do with Islam as a religion. It is not sanctioned anywhere in the Koran, the fundamental text of Islam, or the hadith (traditions) attributed to the Prophet.

This headgear was invented in the early 1970s by Mussa Sadr, an Iranian mullah who had won the leadership of the Lebanese Shi’ite community.

In an interview in 1975 in Beirut, Sadr told this writer that the hijab he had invented was inspired by the headgear of Lebanese Catholic nuns, itself inspired by that of Christian women in classical Western paintings. (A casual visit to the Metropolitan Museum in New York, or the Louvres in Paris, would reveal the original of the neo-Islamist hijab in numerous paintings depicting Virgin Mary and other female figures from the Old and New Testament.)

Sadr’s idea was that, by wearing the headgear, Shi’ite women would be clearly marked out, and thus spared sexual harassment, and rape, by Yasser Arafat’s Palestinian gunmen who at the time controlled southern Lebanon.

Sadr’s neo-hijab made its first appearance in Iran in 1977 as a symbol of Islamist-Marxist opposition to the Shah’s regime. When the mullahs seized power in Tehran in 1979, the number of women wearing the hijab exploded into tens of thousands.

In 1981, Abol-Hassan Bani-Sadr, the first president of the Islamic Republic, announced that “scientific research had shown that women’s hair emitted rays that drove men insane.” To protect the public, the new Islamist regime passed a law in 1982 making the hijab mandatory for females aged above six, regardless of religious faith. Violating the hijab code was made punishable by 100 lashes of the cane and six months imprisonment.

By the mid 1980s, a form of hijab never seen in Islam before the 1970s had become standard gear for millions of women all over the world, including Europe and America.

Some younger Muslim women, especially Western converts, were duped into believing that the neo-hijab was an essential part of the faith. (Katherine Bullock, a Canadian, so loved the idea of covering her hair that she converted to Islam while studying the hijab.)

The garb is designed to promote gender apartheid. It covers the woman’s ears so that she does not hear things properly. Styled like a hood, it prevents the woman from having full vision of her surroundings. It also underlines the concept of woman as object, all wrapped up and marked out.

Muslim women, like women in all societies, had covered their head with a variety of gears over the centuries.
These had such names as lachak, chador, rusari, rubandeh, chaqchur, maqne’a and picheh, among others.

All had tribal, ethnic and generally folkloric origins and were never associated with religion. (In Senegal, Muslim women wear a colorful Headgear against the sun, while working in the fields, but go Topless.)

Muslim women could easily check the fraudulent nature of the neo-Islamist hijab by leafing through their family albums. They will not find the picture of a single female ancestor of theirs who wore the cursed headgear now marketed as an absolute “must” of Islam.

This fake Islamic hijab is nothing but a political prop, a weapon of visual terrorism. It is the symbol of a totalitarian ideology inspired more by Nazism and Communism than by Islam. It is as symbolic of Islam as the Mao uniform was of Chinese civilization.

It is used as a means of exerting pressure on Muslim women who do not wear it because they do not share the sick ideology behind it.
It is a sign of support for extremists who wish to impose their creed, first on Muslims, and then on the world through psychological pressure, violence, terror, and, ultimately, war.

The tragedy is that many of those who wear it are not aware of its implications. They do so because they have been brainwashed into believing that a woman cannot be a “good Muslim” without covering her head with the Sadr-designed hijab.

Even today, less than 1 percent of Muslim women wear the hijab that has bewitched some Western liberals as a symbol of multicultural diversity. The hijab debate in Europe and the United States comes at a time when the controversial headgear is seriously questioned in Iran, the only country to impose it by law.

Last year, the Islamist regime authorized a number of girl colleges in Tehran to allow students to discard the hijab while inside school buildings. The experiment was launched after a government study identified the hijab as the cause of “widespread depression and falling academic standards” and even suicide among teenage girls.

The Ministry of Education in Tehran has just announced that the experiment will be extended to other girls schools next month when the new academic year begins. Schools where the hijab was discarded have shown “real improvements” in academic standards reflected in a 30 percent rise in the number of students obtaining the highest grades.

Meanwhile, several woman members of the Iranian Islamic Majlis (parliament) are preparing a draft to raise the legal age for wearing the hijab from six to 12, thus sparing millions of children the trauma of having their heads covered.

Another sign that the Islamic Republic may be softening its position on hijab is a recent decision to allow the employees of state-owned companies outside Iran to discard the hijab. (The new rule has enabled hundreds of women, working for Iran-owned companies in Paris, London, and other European capitals, for example, to go to work without the cursed hijab.)

The delicious irony of militant Islamists asking “Zionist-Crusader” courts in France, Germany and the United States to decide what is “Islamic” and what is not will not be missed. The judges and the juries who will be asked to decide the cases should know that they are dealing not with Islam, which is a religious faith, but with Islamism, which is a political doctrine.

The hijab-wearing militants have a right to promote their political ideology. But they have no right to speak in the name of Islam.

Voir aussi:

France’s Burkini Bigotry

By THE EDITORIAL BOARD
The NYT

After bans on full-face veils, head scarves in schools and rules about students’ skirt lengths, France’s perennial problem with Muslim women’s attire has taken its most farcical turn yet with a new controversy over the “burkini,” body-covering swimwear whose name is an amalgam of burqa and bikini. As of Thursday, five French mayors had banned the burkini, calling it, variously, a threat to public order, hygiene, water safety and morality, tantamount to a new weapon of war against the French republic. Thierry Migoule, an official with the city of Cannes, the first to ban the burkini, declared the swimwear “clothing that conveys an allegiance to the terrorist movements that are waging war against us.”

This hysteria threatens to further stigmatize and marginalize France’s Muslims at a time when the country is listing to the Islamophobic right in the wake of a series of horrific terrorist attacks. And with presidential elections scheduled for next spring and the right-wing National Front’s popularity on the rise, French officials and politicians have leapt to support the mayors.

Prime Minister Manuel Valls on Wednesday called the burkini a symptom of “the enslavement of women” that “is not compatible with the values of France” and said “the nation must defend itself.” France’s women’s rights minister, Laurence Rossignol, declared the burkini “the beach version of the burqa” and said “it has the same logic: Hide women’s bodies in order to better control them.”

Tell that to the creator of the burkini, the Australian designer Aheda Zanetti, who coined the name for a line of swimwear she introduced to offer women who did not want to expose their bodies — for whatever reason — the freedom to enjoy water sports and the beach. The British chef and television star Nigella Lawson wore a burkini on an Australian beach in 2011, presumably of her own free will. Meanwhile, the world has watched Muslims proudly compete at the Olympics in Rio in body-covering sportswear.

The fact that French parents are increasingly dressing their toddlers in remarkably similar suits to protect them from the sun, or that a wet suit also covers the head and body, adds to the hypocrisy of this debate. But at the heart of the dispute is something far darker: French politicians’ paternalistic pronouncements on the republic’s duty to save Muslim women from enslavement — by dictating to them what they can and can’t wear. The burkini rumpus is also a convenient distraction from the problems France’s leaders have not been able to solve: high unemployment, lackluster economic growth and a still very real terrorist threat.

Voir également:

Burkini®, une marque déposée en 2006 en Australie

La société Ahiida a été créé en Australie en 2004 par Aheda Zanetti. Elle est aujourd’hui implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. D’autres marques se sont lancées sur ce créneau.

Aheda Zanetti, une entrepreneuse australienne d’origine libanaise, ne s’attendait certainement pas à ce que tous les regards se braquent un jour sur sa société, Ahiida, créée en 2004 à Sydney lorsqu’elle était à peine âgée de 40 ans. En pleine polémique sur le burkini en France -qui s’étend en Espagne-, des voix s’élèvent pour demander une loi afin d’interdire ce type de tenue de plage couvrant le corps et la tête des femmes. À l’origine, Aheda Zanetti affirme avoir eu l’idée de créer ce concept de mode pour aider les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. Arrivée du Liban en Australie lorsqu’elle avait deux ans, la créatrice explique sur son site de vente en ligne: «J’ai remarqué que les jeunes filles et femmes qui suivent les préceptes de l’Islam, en adoptant notamment des tenues vestimentaires modestes, doivent souvent se résigner à ne pas participer aux activités sportives que l’Australie a à offrir.»

Il y a 12 ans, estimant que le marché avait du potentiel, elle a donc lancé son entreprise de mode spécialisée dans les maillots de bains et tenues de sports pour les musulmanes. Elle a, dans la foulée en 2006, déposé les marques Ahiida®, Burqini® et Burkini®. Le succès a été immédiat, selon l’entrepreneuse. «Nous avons vendu plus de 700.000 tenues de bain (depuis la création de la marque, NDLR) et nous écoulons également bien nos produits en Europe et en France», explique l’entrepreneuse au Figaro. Les ventes ont, selon elle, augmenté de 40% durant l’été 2016.

À l’international, Ahiida a désormais un pied sur chaque continent. L’entreprise est, d’après son site, implantée au Moyen Orient, au Canada, à Singapour, en Afrique du Sud et en Europe. «Nous sommes ravis du volume de commandes internationales, passées par des femmes en quête de tenues de bain et de sports pudiques», commente Aheda Zanetti. «Nos marchés les plus importants sont les États-Unis, le Canada et l’Europe.» Selon elle, les ventes de l’entreprise ne souffrent pas des interdictions prononcées dans certains pays, comme cela a été le cas au Maroc. «Nous pensons que les femmes européennes, notamment, ont adhéré à nos lignes Burkini Swimwear et Hijood Sportwear et à ce qu’elles représentent.» D’après Aheda Zanetti, 40% environ du marché est porté par des clientes non-musulmanes, pour certaines des femmes qui veulent se protéger du soleil avec ces tenues.

Boom de la consommation musulmane

Slim fit, grande taille, anti-coup de soleil, la gamme de vêtements proposée par Ahiida est vaste. Les prix oscillent de près de 80 euros (même si en ce moment certains produits sont en promotion à environ 60 euros) jusqu’à près de 130 euros, selon les coupes, par exemple. L’entreprise propose aussi des modèles pour enfants.

Malgré les polémiques récurrentes à travers le monde, et sans doute aussi un peu pour en profiter, les grandes marques commencent à s’intéresser à ce marché. Marks & Spencer a lancé une collection de burkinis au printemps dernier, une initiative que la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol avait alors qualifiée d’«irresponsable». De leur côté, les enseignes de mode peuvent-elles réellement passer à côté de la manne de consommation que représente la clientèle musulmane? Selon une étude de Thomson Reuters et de l’institut d’études newyorkais DinarStandard, les dépenses en habillement de la communauté musulmane dans le monde devraient passer de 230 milliards de dollars (204 mds€) en 2014 à 327 milliards (290 mds€) en 2020.

Voir encore:

Histoire du burkini, des origines aux polémiques

Après la polémique, retour sur l’histoire du burkini : son invention, son apparition en France, et le marché qu’il représente aujourd’hui.

Source AFP

 Le Point
17/08/2016|

Chrislam: Attention, un syncrétisme peut en cacher un autre (If you can’t beat them, join them: Welcome to Chrislam, the latest mix-and-match solution to all our problems)

8 août, 2016
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Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici! Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. Genèse 22 :1-2
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime. Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: ‹Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses›. (Ismaël) dit: ‹Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants› (…) Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux.  Le Coran (37, 101-102 & 112)
Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. (…) C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Jésus (Mat 7: 15-20)
The same sun that dries the clothes of Muslims also dries the clothes of Christians. I don’t believe God loves Christians any more than Muslims. Tela Tella (founder of « Chrislam »)
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Je n’aime pas parler de violence islamique : si je parlais de violence islamique, je devrais également parler de violence catholique. Tous les musulmans ne sont pas violents ; tous les catholiques ne sont pas violents. Je crois que dans presque toutes les religions, il y a toujours un petit groupe fondamentaliste. Mais on ne peut pas dire — je crois que cela n’est pas vrai et que ce n’est pas juste — que l’islam est terroriste. Pape François
Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam. L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. (…) Devant l’actuel terrorisme islamiste, il conviendrait de s’interroger sur la manière dont a été exporté un modèle de démocratie trop occidentale dans des pays où il y avait un pouvoir fort, comme en Irak. Ou en Libye, à la structure tribale. On ne peut avancer sans tenir compte de cette culture.  (…) Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité. (…) En Centrafrique, avant la guerre, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et doivent le réapprendre aujourd’hui. Le Liban aussi montre que c’est possible. Pape François
Un passage des propos du pape François attire l’œil: «L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations». Voici le passage évoqué: «Allez donc, faites des disciples (“mathèteuein”, en grec) de toutes les nations, baptisant les gens (…), leur enseignant (“didaskein”) à observer tout ce que je vous ai commandé (Matthieu, 28, 19)». On peut appeler «conquête» la tâche de prêcher, d’enseigner et de baptiser. Il s’agit bien d’une mission universelle, proposant la foi à tout homme, à la différence de religions nationales comme le shintô. Le christianisme ressemble par là à l’islam, dont le prophète a été envoyé «aux rouges comme aux noirs». Mais son but est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir. Les tentatives d’imposer la foi par la force, comme Charlemagne avec les Saxons, sont de monstrueuses perversions, moins interprétation que pur et simple contresens. Le Coran ne contient pas d’équivalent de l’envoi en mission des disciples. Il se peut que les exhortations à tuer qu’on y lit n’aient qu’une portée circonstancielle, et l’on ignore les causes de l’expansion arabe du VIIe siècle. Reste que le mot de conquête n’est plus alors une métaphore et prend un sens plus concret, carrément militaire. Les deux recueils les plus autorisés (sahīh) attribuent à Mahomet cette déclaration (hadith), constamment citée depuis: «J’ai reçu l’ordre de combattre (qātala) les gens (nās) jusqu’à ce qu’ils attestent “Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est l’envoyé d’Allah”, accomplissent la prière et versent l’aumône (zakāt). S’ils le font, leur sang et leurs biens sont à l’abri de moi, sauf selon le droit de l’islam (bi-haqqi ‘l-islām), et leur compte revient à Allah (hisābu-hum ‘alā ‘Llah) (Bukhari, Foi, 17 (25) ; Muslim, Foi, 8, [124] 32-[129] 36)». J’ai reproduit l’arabe de passages obscurs. Pour le dernier, la récente traduction de Harkat Ahmed explique: «Quant à leur for intérieur, leur compte n’incombera qu’à Dieu (p. 62)» Indication précieuse: il s’agit d’obtenir la confession verbale, les gestes de la prière et le versement de l’impôt. Non pas une conversion des cœurs, mais une soumission, sens du mot «islam» dans bien des récits sur la vie de Mahomet. L’adhésion sincère pourra et devra venir, mais elle n’est pas première. Nul ne peut la forcer, car «il n’y a pas de contrainte en religion (Coran, II, 256)». Elle viendra quand la loi islamique sera en vigueur. Il sera alors dans l’intérêt des conquis de passer à la religion des conquérants. On voit que le mot «conquête» a un tout autre sens que pour le verset de Matthieu. Pourquoi insister sur ces différences? Un vaste examen de conscience est à l’œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l’État islamique. Ce n’est pas en entretenant la confusion intellectuelle qu’on les aidera à se mettre au clair sur les sources textuelles et les origines historiques de leur religion. Rémi Brague
Les Chrétiens et les juifs parlent d’un livre «inspiré» par Dieu mais nullement une œuvre de Dieu. Pour les musulmans, le Coran est un «miracle» qui «éblouit le monde», c’est-à-dire une œuvre purement divine, incréée et présente depuis l’éternité. Il est donc par définition infaillible. Il n’a pas à être interprété ou analysé, la Parole de Dieu ne peut l’être, elle ne peut qu’être suivie. (…) Du point de vue coranique, un terroriste musulman n’est pas en contradiction avec les préceptes du Coran et reste donc un bon musulman. D’ailleurs les fatwas touchent des démocrates et tout à fait exceptionnellement des terroristes musulmans, il a fallu attendre jusqu’à mars 2005 pour qu’une fatwa soit lancée contre Oussama Ben Laden, émanant de la commission islamique d’Espagne. Louis Chagnon
 C’est une religion aux préceptes assez simples et convaincants. Un seul Dieu, qui ordonne toute chose dans le monde… Pour adhérer à l’islam, il suffit de prononcer une formule : « J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Mahomet est son prophète. » Avec cela, vous êtes musulman. Il est de coutume de circoncire les nouveaux fidèles. Mais ce n’est pas obligatoire. Si les soldats de Napoléon ne se sont pas convertis à l’islam, c’est que les savants musulmans, en fait très ennuyés par la perspective d’une conversion aussi massive, ont imposé deux conditions : la circoncision et l’interdiction de boire du vin. Cette dernière était inacceptable. Et voilà pourquoi les Français sont chrétiens et pas musulmans.  Maxime Rodinson
D’après les théologiens musulmans, le Coran vient directement d’Allah, il n’a pas changé d’une seule lettre depuis qu’il a été mis par écrit, et sa langue est si somptueusement poétique qu’elle est inimitable par aucun humain. Mohammed l’a récité alors qu’il était analphabète. Avant que le monde ne soit créé, le Coran était déjà présent, ce que la théologie musulmane exprime en disant que le Coran est incréé. Le Coran est en arabe depuis avant la fondation du monde parce qu’Allah parle arabe avec les anges. (…) L’alphabet arabe ne comportait à l’époque de Mohammed que trois voyelles longues : a, i, u, et ne faisait pas la différence entre certaines consonnes. Cette écriture, nommée scriptio defectiva, est indéchiffrable, et ne peut servir que d’aide mémoire à ceux qui connaissent déjà le texte. (…) C’est vers 650, que des collectes ont été faites pour constituer le Coran. Le Coran a donc été primitivement écrit en scriptio defectiva. Vers 850, deux siècles après les collectes, des grammairiens perses qui ignoraient la culture arabe ont fait des conjectures pour passer en scriptio plena, afin de rendre le Coran compréhensible. Cela n’a pas suffi. Il a fallu y ajouter d’autres conjectures sur le sens des passages obscurs, qui concernent environ 30% du Coran. L’édition actuelle du Coran est celle du Caire, faite en 1926. Il a donc fallu 1 300 ans pour la mettre au point. C’est une traduction en arabe classique d’un texte qui est incompréhensible sous sa forme originale. (…) À l’époque de Mohammed, l’arabe n’était pas une langue de culture, ni une langue internationale. Depuis plus de mille ans, dans tout le Proche Orient, la langue de culture était l’araméen. Les lettrés arabes, peu nombreux, parlaient en arabe et écrivaient en araméen. La situation était comparable à celle de l’Europe de la même époque, où les lettrés parlaient dans leur langue locale et écrivaient en latin. Les difficultés du Coran s’éclairent si on cherche le sens à partir de l’araméen. Le Coran n’est pas écrit en arabe pur, mais en un arabe aussi chargé d’araméen que, par exemple, l’allemand est chargé de latin. André Frament
D’après la théologie musulmane, Mohammed, venant à la suite d’une longue suite de prophètes, n’aurait fait qu’un « rappel », rendu nécessaire parce que les hommes oublient. On peut donc penser que des révélations faites aux prophètes prédécesseurs de Mohammed ont du laisser des traces. D’autre part, des historiens pensent que les nouveaux systèmes d’idées se développent à partir d’ébauches antécédentes. Quelle que soit l’hypothèse choisie, il a dû exister une sorte de pré-islam qu’il est intéressant de rechercher. (…) De fait,certaines idées présentes dans l’islam d’aujourd’hui sont également présentes dans les sectes millénaristes et messianiques du Proche Orient, aux premier et deuxième siècles de notre ère. Voir comment ces idées ont cheminé dans cette région du monde a donné un éclairage supplémentaire. Dans le Coran, Myriam, sœur d’Aaron, et Marie, mère du Christ, est une seule et même personne, alors que 1.200 ans les séparent. La Trinité, formée pour les chrétiens du Père, du Christ et du Saint-Esprit, est déclarée dans le Coran formée, du Père, du Christ, et de Marie. Ces éléments, et d’autres de la sorte, font penser que le Coran est formé de plusieurs traditions différentes, comme on peut l’observer pour d’autres livres anciens. (…) Les messianismes juifs se sont formés en trois siècles, de 180 avant notre ère à 150 après. Leur théologie présente cinq idées centrales qui, durent encore de nos jours: · La première est celle d’une guerre menée pour des raisons théologiques. · La seconde est celle d’émigration : les Justes devaient d’abord aller au désert, reproduisant l’Exode de Moïse au Néguev-Sinaï. · La troisième idée était la conquête de Jérusalem. · La quatrième était la libération complète de la Palestine juive. · La cinquième était la conquête du monde entier. Alors que les quatre premières étaient tout à fait générales dans les mouvements messianiques juifs, la dernière n’était acceptée que par une partie des adeptes. Les deux premières idées sont proches de celles de l’islam, et la cinquième reste un rêve que les musulmans ont poursuivi pendant quatorze siècles. (…) Les nazaréens pratiquaient la circoncision, la polygamie limitée à 4 épouses, décrivaient un paradis où les élus trouveraient des aliments délicieux, des boissons agréables et des femmes. Toutes ces idées sont présentes dans l’islam. De plus, un grand nombre de thèses, de conceptions, de dogmes nazaréens se retrouvent à l’identique dans l’islam d’aujourd’hui : ‘Îsâ, le nom de Jésus, le statut du Christ, les récits de l’enfance de Marie, la confusion entre Marie et Myriam, le statut des femmes, la Trinité formée du Père, du Christ et de Marie, la conception du paradis, le vin, interdit sur terre mais présent en fleuves entiers au paradis… (…) Le mot musulman apparaît pour la première fois sur le Dôme du roc, en 691, il entre dans l’usage officiel vers 720, il est utilisé sur une monnaie pour la première fois en 768, et sur papyrus en 775 seulement. La recherche linguistique montre que les mots islam et musulman ne viennent pas de l’arabe, mais de l’araméen, la langue des nazaréens. (…) Le nom de Médine, d’après les documents musulmans, viendrait de madina ar-rasul Allah, la ville du messager d’Allah. Cette étymologie en langue arabe est proposée par l’islam plus de 200 ans après les faits. Or, à l’époque, madina ne signifiait pas ville, mais région. Ville se disait qura. Des textes datant de 30 ans après les faits indiquent une autre étymologie, à partir de l’araméen, impliquant les nazaréens. (…) Il est très douteux que les Arabes du VIIe siècle soient des polythéistes étrangers aux traditions biblique ou chrétienne. Par leur commerce, ils sont, en effet, depuis plus de six siècles en contact avec des juifs et depuis six siècles en contact avec des chrétiens. Ils ne pouvaient pas ignorer la révélation judéo-chrétienne. André Frament
La question de l’Hégire permet d’entrevoir immédiatement ce qui s’est passé. L’Hégire ou Émigration à l’oasis de Yathrib situé en plein désert est un événement très significatif de la vie du Mahomet historique. On sait que, très rapidement, cette année-là – 622 semble-t-il – a été tenue pour l’an 1 du calendrier du groupe formé autour de Mahomet (ou plutôt du groupe dont il était lui-même un membre). Or, la fondation d’un nouveau calendrier absolu ne s’explique jamais que par la conscience de commencer une Ère Nouvelle, et cela dans le cadre d’une vision de l’Histoire. Quelle ère nouvelle ? D’après les explications musulmanes actuelles, cette année 1 se fonderait sur une défaite et une fuite de Mahomet, parti se réfugier loin de La Mecque. Mais comment une fuite peut-elle être sacralisée jusqu’à devenir la base de tout un édifice chronologique et religieux ? Cela n’a pas de sens. Si Mahomet est bien arrivé à Yathrib – qui sera renommé plus tard Médine – en 622, ce ne fut pas seulement avec une partie de la tribu des Qoréchites, mais avec ceux pour qui le repli au désert rappelait justement un glorieux passé et surtout la figure de la promesse divine. Alors, le puzzle des données apparemment incohérentes prend forme, ainsi que Michaël Cook et d’autres l’on entrevu. Le désert est le lieu où Dieu forme le peuple qui doit aller libérer la terre, au sens de ce verset : « Ô mon peuple, entrez dans la terre que Dieu vous a destinée » (Coran V, 21). Nous sommes ici dans la vision de l’histoire dont le modèle de base est constitué par le récit biblique de l’Exode, lorsque le petit reste d’Israël préparé par Dieu au désert est appelé à conquérir la terre, c’est-à-dire la Palestine selon la vision biblique. Telle est la vision qu’avaient ceux qui accompagnaient et en fait qui dirigeaient Mahomet et les autres Arabes vers Yathrib en 622. Et voilà pourquoi une année 1 y est décrétée : le salut est en marche. Dans l’oasis de Yathrib d’ailleurs, la plupart des sédentaires sont des « juifs » aux dires mêmes des traditions islamiques. Et pourtant les traditions rabbiniques ne les ont jamais reconnus comme des leurs : ces « juifs » et ceux qui y conduisirent leurs amis arabes sont en réalité ces “judéochrétiens” hérétiques, qui vous évoquiez à l’instant. Ils appartenaient à la secte de « nazaréens » dont on a déjà parlé à propos de la sourate 5, verset 82. E.-M. Gallez
C’est à la suite de la destruction du Temple de 70 que l’idéologie judéo-nazaréenne se structura en vision cohérente du Monde et de l’Histoire, construite sous l’angle de l’affrontement des « bons » et des « méchants », les premiers devant être les instruments de la libération de la Terre. Le recoupement des données indique que c’est en Syrie, chez les judéo-chrétiens qui refusèrent de rentrer en Judée après 70 et réinterprétèrent leur foi, que cette idéologie de salut – la première de l’Histoire – s’est explicitée. (…) Pour en revenir à l’attente judéonazaréenne du Messie-Jésus, je ne vous apprendrai rien en disant qu’il n’est pas redescendu du Ciel en 638. En 639 non plus. En 640, l’espérance de le voir redescendre du Ciel apparut clairement être une chimère. C’est la crise. (…) Il est invraisemblable que Mahomet ait massacré des juifs rabbanites (orthodoxes ndlr), dont les judéo-nazaréens aussi bien que leurs alliés Arabes avaient besoin de la neutralité, au moins. Mais après 640, on imagine aisément que Umar puis son successeur Uthman aient voulu se défaire d’alliés devenus encombrants. Ironie de l’histoire : les « fils d’Israël » – au moins leurs chefs – sont massacrés par ceux qu’ils avaient eux-mêmes convaincus d’être les « fils d’Ismaël » ! En fait, le problème se posait aux Arabes de justifier d’une manière nouvelle le pouvoir qu’ils avaient pris sur le Proche-Orient. C’est dans ce cadre qu’apparut la nécessité d’avoir un livre propre à eux, opposable à la Bible des juifs et des chrétiens, et qui consacrerait la domination arabe sur le monde… et qui contribuerait à occulter le passé judéo-nazaréen. EM Gellez
Le Calife basé à l’oasis de Médine ne disposait, en fait de « textes » en arabe, que des papiers que les judéo-nazaréens y avaient laissés. Même si l’on y ajoute les textes plus anciens laissés en Syrie, cela ne fait pas encore un choix énorme. Et il fallait choisir, dans la hâte, des textes répondant aux attentes des nouveaux maîtres du Proche-Orient ! Autant dire que, quel qu’il fût, le résultat du choix ne pouvait guère être satisfaisant, même si on choisissait les textes présentant le moins d’allusions au passé judéonazaréen. C’est ainsi que les traditions musulmanes ont gardé le souvenir de « collectes » ou assemblages du Coran divergents entre eux et concurrents – parce qu’ils fournirent évidemment à des ambitieux l’occasion de se pousser au pouvoir. Umar fut assassiné. Son successeur également, et il s’ensuivit une véritable guerre intra-musulmane, aboutissant au schisme entre « chiites » et « sunnites ». Quant aux textes assemblés dans ce qu’on nomma le « Coran », ils continuèrent d’être adaptés à ce qu’on attendait d’eux, dans une suite de fuites en avant : apporter des modifications à un texte, c’est souvent se condamner à introduire de nouvelles pour pallier les difficultés ou les incohérences induites par les premières, etc. Un texte ne se laisse pas si facilement manipuler. Surtout qu’il faut chaque fois rappeler les exemplaires en circulation,les détruire et les remplacer par des nouveaux – ce dont les traditions musulmanes ont gardé le souvenir et situent jusqu’à l’époque du gouverneur Hajjaj, au début du VIIIe siècle encore ! Quand il devint trop tard pour le modifier encore en ses consonnes, sa voyellisation puis son interprétation furent à leur tour l’objet d’élaborations (parfois assez savantes). Ainsi, à force d’être manipulé, le texte coranique devint de plus en plus obscur, ce qu’il est aujoAurd’hui. Mais il était tout à fait clair en ces divers feuillets primitifs c’est-à-dire avant que ceux-ci aient été choisis pour constituer un recueil de 114 parties – le même nombre que de logia de l’évangile de Thomas, nombre lié aux besoins liturgiques selon Pierre Perrier. EM Gellez
Du fait de l’hyperspécialisation, très peu d’islamologues s’étaient intéressés aux textes de la mer Morte qui, particulièrement dans leur version la plus récente, reflètent une parenté avec le texte coranique ; et, en sens inverse, tout aussi peu de qoumranologues, d’exégètes ou de patrologues avaient porté de l’intérêt au Coran et à l’Islam. Or ces deux côtés de la recherche s’éclairent mutuellement, ils constituent en quelque sorte le terminus a quo et le terminus ad quem de celle-ci, renvoyant à une même mouvance religieuse : celle que des ex-judéo-chrétiens ont structurée vers la fin du Ier siècle. On la connaît surtout sous la qualification de “nazaréenne” ; les membres de cette secte apocalyptico-messianiste avaient en effet gardé l’appellation de nazaréens que les premiers judéo-chrétiens avaient portée (durant très peu d’années) avant de s’appeler précisément chrétiens d’après le terme de Messie (c’est-à-dire christianoï ou Mesihayé). Il s’agit évidemment des naçârâ du texte coranique selon le sens qu’y avait encore ce mot avant le VIIIe siècle et selon le sens qu’indiquent certains traducteurs à propos de passages où l’actuelle signification de chrétiens ne convient visiblement pas ; au reste, à propos de ces nazaréens, même certains sites musulmans libéraux en viennent aujourd’hui à se demander si leur doctrine n’était pas celle de Mahomet. À la suite de Ray A. Pritz, l’auteur préconise l’appellation de judéo-nazaréens pour éviter toute ambiguïté ; l’avantage est également de rappeler l’origine judéenne (ainsi qu’un lien primitif avec la communauté de Jacques de Jérusalem, selon les témoignages patristiques). Signalons en passant que l’auteur établit un parallélisme avec une autre mouvance qui prend sa source dans les mêmes années, le gnosticisme ; ceci offre un certain intérêt car les deux mouvances partent dans des directions qu’il présente comme radicalement opposées. L’apparition de l’islam tel qu’il se présente aujourd’hui s’explique de manière tout à fait cohérente dans le cadre de cette synthèse. À la suite de la rupture bien compréhensible avec les judéonazaréens, les nouveaux maîtres arabes du Proche-Orient ont été obligés d’inventer des références exclusivement arabes pour justifier leur pouvoir, explique l’auteur. Ceci rend compte en particulier d’une difficulté à laquelle tout islamologue est confronté, à savoir la question du polythéisme mecquois. Comment les Mecquois pouvaient-ils être convaincus par une Révélation qui leur aurait été impossible à comprendre ? Le détail du texte coranique ne s’accorde pas avec un tel présupposé. À supposer justement que Mahomet ait vécu à La Mecque avant que l’Hégire le conduise à Yathrib-Médine (en 622) : la convergence de nombreuses études, généralement récentes, oriente dans une autre direction. Le travail de recoupement et de recherche effectué par l’auteur débouche sur un tableau d’ensemble ; celui-ci fait saisir pourquoi la biographie du Prophète de l’Islam, telle qu’elle s’est élaborée et imposée deux siècles après sa mort, présente le contenu que nous lui connaissons. M.-Th. Urvoy
Christoph Luxenberg considère (…) que des pans entiers du Coran mecquois seraient un palimpseste d’hymnes chrétiennes. Avant lui, Günter Lüling avait tenté d’établir qu’une partie du Coran provenait d’hymnes chrétiennes répondant à une christologie angélique. Cela me paraît trop automatique et trop rapide. En revanche, Christoph Luxenberg m’a convaincu sur l’influence syriaque dans plusieurs passages du Coran, notamment dans la sourate 100 dans laquelle il voit une réécriture de la première épître de saint Pierre (5,8-9). On reconnaît dans le Coran des traces évidentes de syriaque. À commencer par le mot Qur’an qui, en syriaque, signifie «recueil» ou «lectionnaire». Cette influence me semble fondamentale. D’autre part, Angelika Neuwirth [NDLR spécialiste du Coran, université de Berlin] a bien souligné la forme liturgique du Coran. Et des chercheurs allemands juifs ont noté une ressemblance forte entre le Coran mecquois et les psaumes bibliques. Serait-il un lectionnaire, ou contiendrait-il les éléments d’un lectionnaire? Je suis enclin à le penser. Sans l’influence syriaque comment comprendre que le Coran ait pu reprendre le thème des sept dormants d’Éphèse qui sont d’origine chrétienne? De plus, la christologie du Coran est influencée par le Diatessaron de Tatien et par certains évangiles apocryphes. On peut penser que le groupe dans lequel le Coran primitif a vu le jour était l’un des rejetons de groupes judéo-chrétiens attachés à une christologie pré-nicéenne, avec aussi quelques accents manichéens. Claude Gilliot
Comment a fait Dieu pour revenir dans nos sociétés. C’est le grand paradoxe : grâce aux musulmans. Ce sont les musulmans qui, devenus en Europe une minorité importante, ont demandé de l’espace pour Dieu dans la société. Cardinal Tauran
« 4 ou 5 chapitres du Coran sont assez agréablement tournés, j’en conviens ; mais… qu’est-ce que peuvent faire 5 chapitres pour racheter les prodigieuses niaiseries, les maximes jetées sans ordre, les hiéroglyphes bizarres, les non-sens habituels et les flagrantes contradictions qui remplissent les 114 chapitres de ce tome indigeste ? (…) Dans le Coran je n’ai rien trouvé de bien neuf. Presque tout, excepté les infamies, y est emprunté et contrefait. Ce qui est vrai se trouve dans le Pentateuque et dans l’Evangile ; ce qui est faux, dans le Talmud, dans les légendes arabes ou sabéennes, dans les évangiles apocryphes… Or, on voudrait faire descendre fraîchement du Ciel ce qui est déjà vieux sur la terre, et ce que je rencontre au fond de la boue !  (…) Parce que Jésus s’était choisi 12 apôtres parmi les fidèles, Mahomet en choisit 12 parmi ses sectateurs, ce qui l’a fait appeler par un écrivain du Moyen Age le ’copieur de Dieu’. »… A la place de la simplicité, de la douceur, de la bénignité, de l’esprit de paix et de pardon, de la pauvreté volontaire, de l’humilité, de l’amour des souffrances de Jésus, vous voyez éclater dans Mahomet la duplicité, la cruauté, la soif des jouissances, du butin, de la domination, de la vengeance et de l’orgueil, à leur paroxysme le plus élevé.  (…) Pourquoi suis-je obligé de taire ses 21 épouses qu’il se donne après s’être engagé à n’en avoir que 4, sans compter ses 4 concubines, et cette infâme loi qui lui accorde toute femme musulmane dont le coeur se sentira incliné vers lui », fût-ce une fillette de 8 ans ?… (…) Le Coran exprime, en de pompeuses paroles, les grandes idées des vertus naturelles, et lâche en même temps ouvertement la bride aux penchants les plus violents et les plus sulfureux… Il supprime les remords en introduisant le fatalisme… Mahomet, vaincu par la chair, accepte comme une loi divine sa domination absolue », par ses instincts les plus indignes. (…) Mahomet emprunte à chacune des religions existantes à son époque une portion de ses doctrines, et de cet amalgame incohérent qui prétend ménager le Chrétien, le juif, le sabéen, l’idolâtre, il forme son symbole et lui donne pour suprême couronnement son aphorisme : ’Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète’… Il se fonde sur l’amalgame des doctrines, et se couronne par l’orgueil de la personne »… « Mais la vérité n’est pas une propriété dont on puisse abandonner même une parcelle, dans l’intérêt prétendu de la paix. Monseigneur Louis Pavy (Alger, 1853)
Une certaine bourgeoisie belge traditionnelle n’a jamais vraiment accepté notre modernité capitaliste, individualiste, compétitive. Le prêtre Harpigny, qui fut certainement un bon élève, ne se sent pas à l’aise dans cette société belge laïque où les femmes sont trop libres et égoïstes. Alors, même inconsciemment, il trouve des beautés dans la civilisation musulmane traditionnelle, avec son esprit de partage, la chaleur des relations humaines, les femmes voilées et obéissantes. Et puis, surtout, «les musulmans, eux, ils croient». Et Guy Harpigny, comme tous les prêtres dialogueux massignoniens, estime qu’il vaut mieux croire à quelque chose que de ne rien croire du tout, et ils s’imaginent (ou veulent s’imaginer) que puisqu’ils croient, ils croient à peu près à la même chose. Ils confondent ainsi allègrement foi et religion dans une cécité volontaire ou involontaire. Anne-Marie Delcambre
Before Islam and Christianity arrived in Africa, people here « believed in deities being close » – in gods who resided in trees or rivers and helped or hurt locals daily. You in the West are satisfied with one hour of church on Sunday. But for people in Africa, who he says need so many solutions, « This is about a practical way of life, » about a willingness to combine Christianity or Islam with their own traditions to « see if they can make something new » – something that will help. Kamaldeen Balogun (Olabisi Onabanjo University, Nigeria)
The broader context here is Africa’s dramatic shift in recent decades to Christianity and Islam. During the 20th century, fully 40 percent of Africa’s population moved from traditional religions to « different shades of Christianity, » says Philip Jenkins, a history and religion professor at the University of Pennsylvania. It is, he adds, « the largest religious change that has ever occurred in history. » There are debates about whether Christianity or Islam is spreading faster in Africa, but clearly they’re both on the rise – and sometimes are the source of tension. In Nigeria’s religious city of Jos (short for « Jesus Our Savior ») the government says 50,000 people died between 1999 and 2004 in sectarian clashes. Until a peace deal last year, Sudan’s northern Muslims and southern Christians were at war for two decades. Clearly, the religious revolution is still shaking out. « People are converting rapidly, but they don’t necessarily have instruction » in the details of their faiths, says Boston University’s Professor Robert. Nor have they had « time for their belief system to solidify. » It is, she says, « still shifting. » She argues that eventually the faithful will choose one religion or another, and the hybrids will fade away. (…) Healing is a regularly promised feature of churches across Africa. It’s symbolic of a key element of the continent’s religious explorations – fusing faith and rationality, Professor Balogun says. According to Western thought, with its emphasis on rationality, « Everything that goes up must come down, » he says. But a more African approach is that, « By divine intervention it may not come down. » In fact, his university is initiating a degree focusing on the religion-science nexus. The Christian Science Monitor
L’appel à la violence ne tire pas son origine du Coran, qui est la loi divine, mais exclusivement de la jurisprudence, c’est-à-dire de l’interprétation du Coran, devenue tradition islamique au cours des siècles. Or les radicaux méconnaissent la loi. De même qu’il n’existe dans le Coran ni polygamie, ni injonction de porter le hidjab ou le niqab pour les femmes – autant de traditions pré-islamiques – ni lapidation. La jurisprudence islamique est tout bonnement une nouvelle religion. (…) J’ai lu le livre de Abdallah Azzam, le théoricien d’Al Qaida, sur le djihad. Tous ses arguments sont tirés de la jurisprudence islamique établie par des penseurs du 8ème et 9ème siècle. Cette tradition-là préconise de cultiver la haine à l’égard des gens qui ne croient pas comme eux. C’est malheureusement sur ces interprétations que se fonde la pratique religieuse actuelle. La plupart des imams ne lisent le Coran que pour la prière, et non pour le comprendre. Mon job, c’est de faire le travail qu’ils ne font pas. Car le Prophète a laissé le Coran pour que nous l’interprétions sans intermédiaires. (…) notre problème, c’est qu’à cette tradition issue de l’interprétation des paroles prophétiques a été donnée une dimension sacrée. Moi je prétends qu’elle n’est qu’humaine. Malheureusement, les musulmans n’ont pas compris cela. Comme ils n’ont pas compris qu’elle était instrumentalisée par des pouvoirs politiques. (…) Parce que les Etats arabes tirent leur légitimité de la religion. Raison pour laquelle l’interprétation qu’ils en font renforce leur pouvoir. Quand on ne veut pas d’opposition idéologique, on fait croire qu’il s’agit d’une opposition à Dieu. L’opposant devient un mécréant. C’était déjà le cas au 8ème siècle où les Byzantins avaient été désignés comme des ennemis de l’islam. Puis au temps des Croisades, l’accusation de mécréant s’est dirigée sur l’Occident. Elle y est restée figée depuis. Il ne manquait que la colonisation pour la renforcer encore un peu plus. Alors que si on revient au Coran, on y découvre que l’homme est libre de penser ce qu’il veut. (…) le Prophète n’a pas interprété le Coran, qui a été laissé à l’interprétation selon l’espace et l’époque! Il suffirait d’en faire une lecture contemporaine, et cela fait quarante-cinq ans que je m’y emploie! (…) On me marginalise afin que personne ne m’entende. Beaucoup de chaînes de télévision arabes me boycottent. Pourtant, j’observe que plusieurs de mes livres sont des best-sellers au Moyen-Orient. Ces populations se rendent compte que ces guerres et ces attentats sont le signe que quelque chose dans l’islam ne tourne pas rond. Elles sont en train de se réveiller, de constater la nécessité d’une réforme. Mais elles ne peuvent pas parler. [Mais les musulmans d’Europe] sont tiraillés entre deux forces, la jurisprudence islamique qu’on leur rabâche et la loi civile. Ils sont dans une forme de schizophrénie. Pour les en délivrer, il faut réformer la jurisprudence. Leur montrer que la pluralité est un principe du Coran, qu’il admet le judaïsme, le christianisme et toutes les sectes. Le Prophète a créé une constitution respectueuse des diversités. Il a créé un Etat civil dissocié de la religion. Le christianisme a attendu le 18ème siècle et la Révolution française pour cela. Mais après la mort du Prophète, on a échoué à la mettre en œuvre, à cause de l’esprit tribal de l’époque. Probablement était-elle trop avant-gardiste. Et l’islam a été instrumentalisé. (…) Il ne faut pas faire de concessions sur ce terrain. Seul l’Etat possède des outils de coercition, non la religion. La religion doit être spirituelle et non politique. L’autorité du Coran, c’est la conscience, l’autorité de l’Etat, c’est la loi. Il faut obéir à l’Etat, pas aux muftis. (…) Le salafisme, comme le mouvement des Frères musulmans, a assis son pouvoir sur l’ignorance des peuples. Après les indépendances des pays arabes, trois phénomènes ont obstrué les consciences du monde musulman: Le pan-islamisme, qui jugeait l’Occident comme au temps des croisades, le nationalisme pan-arabe, qui a assis sa haine de l’Occident sur le prétexte colonial, et le marxisme, qui a donné naissance à des gouvernements tyrans. Les deux derniers courants devenus ce que l’on sait, n’est resté que le pan-islamisme pour toute culture. Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée.  Muhammad Shahrour
Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. Anne-Marie Delcambre
Il est utile de dissiper une opinion répandue, si souvent invoquée par les musulmans réformateurs comme par bon nombre d’intellectuels occidentaux: la Bible contiendrait encore plus de violence que le Coran, dans la mesure où elle contiendrait encore plus de passages où Dieu se montre cruel que le Livre saint de l’islam. C’est l’exemple type de l’incompréhension qui règne entre l’Occident et l’Orient, idée fixe que l’on retrouve tant dans le discours interreligieux que dans la doxa nihiliste. La Bible = le Coran est un faux-semblant qui suffit à illustrer l’impasse que constitue le « dialogue des civilisations ». Christian Makarian
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les  » juifs » et les  » chrétiens » d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard

Après le mariage, la religion pour tous !

En ces temps proprement apocalyptiques

Où pris à son tour sous la directe menace du totalitarisme musulman …

Lui-même emporté par le rouleau compresseur de la modernité et l’incroyable pouvoir dissolvant du judéo-christianisme

L’Occident se voit tenté de trouver des excuses à ses ennemis ou de se plier à tous les accommodements

Quel meilleur exemple de ce sansfrontiérisme devenu fou et de ce syndrome de Stockholm généralisé …

Que ces réformateurs auto-proclamés de l’islam qui  se défaussent de la dimension intrinsèquement violente de leur religion sur la seule jurisprudence post-Mahomet …

Ou de ceux qui  nous présentent comme solution à tout conflit des formes syncrétiques africaines du type Chrislam  …

Face à une religion issue elle-même justement d’un syncrétisme totalement remanié du corpus judéo-chrétien …

A laquelle, comme l’a montré René Girard, il manque l’essentiel …

A savoir le refus de réhabilitation guerrière de la victime que symbolise la croix

Où le Créateur lui-même accepte de donner sa vie pour sa créature ?

«Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée»
Exégète du Coran, le Syrien Muhammad Shahrour appelle à réformer l’islam. Car la jurisprudence islamique porte les germes de la violence. A 78 ans, il espère encore convaincre, même si de nombreux pays arabes ne tolèrent pas son discours

Le Temps

Voilà quarante-cinq ans qu’il tente de faire entendre sa voix. Celle d’un exégète du Coran qui s’inscrit en faux contre les islamistes. Né en 1938 à Damas, professeur de génie civil, Muhammad Shahrour publie en 1990 Le Livre et le Coran, dans lequel il propose une nouvelle lecture de celui-ci. Très critique vis-à-vis de l’interprétation jurisprudentielle du Coran perpétuée dans la tradition arabo-musulmane, il oppose à l’islam politique un islam spirituel. Ce qui lui vaut les foudres des traditionalistes dont certains le déclarent apostat.

Plusieurs de ses ouvrages sont même interdits à la vente dans certains pays arabes, ce qui n’empêche pas l’homme de s’exprimer, y compris sur les réseaux sociaux où il cartonne. Invité par l’Association de l’Appel spirituel de Genève, qui s’oppose à l’abus du religieux comme source de violence, il livre au Temps ses réflexions.

– Le Temps: L’islam porte-t-il en lui les germes de la violence?

– Muhammad Shahrour: Absolument. L’appel à la violence ne tire pas son origine du Coran, qui est la loi divine, mais exclusivement de la jurisprudence, c’est-à-dire de l’interprétation du Coran, devenue tradition islamique au cours des siècles. Or les radicaux méconnaissent la loi. De même qu’il n’existe dans le Coran ni polygamie, ni injonction de porter le hidjab ou le niqab pour les femmes – autant de traditions pré-islamiques – ni lapidation. La jurisprudence islamique est tout bonnement une nouvelle religion.

– Si l’islam n’est que miséricorde et tolérance, comment se fait-il qu’autant de musulmans se fourvoient?

– J’ai lu le livre de Abdallah Azzam, le théoricien d’Al Qaida, sur le djihad. Tous ses arguments sont tirés de la jurisprudence islamique établie par des penseurs du 8ème et 9ème siècle. Cette tradition-là préconise de cultiver la haine à l’égard des gens qui ne croient pas comme eux. C’est malheureusement sur ces interprétations que se fonde la pratique religieuse actuelle. La plupart des imams ne lisent le Coran que pour la prière, et non pour le comprendre. Mon job, c’est de faire le travail qu’ils ne font pas. Car le Prophète a laissé le Coran pour que nous l’interprétions sans intermédiaires.

– Au mépris de cette jurisprudence?

– Oui, car notre problème, c’est qu’à cette tradition issue de l’interprétation des paroles prophétiques a été donnée une dimension sacrée. Moi je prétends qu’elle n’est qu’humaine. Malheureusement, les musulmans n’ont pas compris cela. Comme ils n’ont pas compris qu’elle était instrumentalisée par des pouvoirs politiques.

Pourquoi la réflexion critique sur l’islam n’est-elle pas possible?

Parce que les Etats arabes tirent leur légitimité de la religion. Raison pour laquelle l’interprétation qu’ils en font renforce leur pouvoir. Quand on ne veut pas d’opposition idéologique, on fait croire qu’il s’agit d’une opposition à Dieu. L’opposant devient un mécréant. C’était déjà le cas au 8ème siècle où les Byzantins avaient été désignés comme des ennemis de l’islam. Puis au temps des Croisades, l’accusation de mécréant s’est dirigée sur l’Occident. Elle y est restée figée depuis. Il ne manquait que la colonisation pour la renforcer encore un peu plus. Alors que si on revient au Coran, on y découvre que l’homme est libre de penser ce qu’il veut.

– Mais alors, est-il possible de réformer l’islam de l’intérieur?

– Oui, absolument. Parce que le Prophète n’a pas interprété le Coran, qui a été laissé à l’interprétation selon l’espace et l’époque! Il suffirait d’en faire une lecture contemporaine, et cela fait quarante-cinq ans que je m’y emploie!

– Etes-vous l’objet de menaces?

– Oui, mais indirectes. On me marginalise afin que personne ne m’entende. Beaucoup de chaînes de télévision arabes me boycottent. Pourtant, j’observe que plusieurs de mes livres sont des best-sellers au Moyen-Orient. Ces populations se rendent compte que ces guerres et ces attentats sont le signe que quelque chose dans l’islam ne tourne pas rond. Elles sont en train de se réveiller, de constater la nécessité d’une réforme. Mais elles ne peuvent pas parler.

– Mais les musulmans d’Europe, eux, pourraient le faire!

– Ils sont tiraillés entre deux forces, la jurisprudence islamique qu’on leur rabâche et la loi civile. Ils sont dans une forme de schizophrénie. Pour les en délivrer, il faut réformer la jurisprudence. Leur montrer que la pluralité est un principe du Coran, qu’il admet le judaïsme, le christianisme et toutes les sectes. Le Prophète a créé une constitution respectueuse des diversités. Il a créé un Etat civil dissocié de la religion. Le christianisme a attendu le 18ème siècle et la Révolution française pour cela. Mais après la mort du Prophète, on a échoué à la mettre en œuvre, à cause de l’esprit tribal de l’époque. Probablement était-elle trop avant-gardiste. Et l’islam a été instrumentalisé.

– Faut-il que l’Occident admette les revendications d’un islam politique ou qu’il les combatte?

– Il ne faut pas faire de concessions sur ce terrain. Seul l’Etat possède des outils de coercition, non la religion. La religion doit être spirituelle et non politique. L’autorité du Coran, c’est la conscience, l’autorité de l’Etat, c’est la loi. Il faut obéir à l’Etat, pas aux muftis.

– Pour vous, le salafisme est-il à l’origine de cet islam terroriste?

– Le salafisme, comme le mouvement des Frères musulmans, a assis son pouvoir sur l’ignorance des peuples. Après les indépendances des pays arabes, trois phénomènes ont obstrué les consciences du monde musulman: Le pan-islamisme, qui jugeait l’Occident comme au temps des croisades, le nationalisme pan-arabe, qui a assis sa haine de l’Occident sur le prétexte colonial, et le marxisme, qui a donné naissance à des gouvernements tyrans. Les deux derniers courants devenus ce que l’on sait, n’est resté que le pan-islamisme pour toute culture. Le terrorisme est issu de l’ignorance sacrée.

Voir aussi:

In Africa, Islam and Christianity are growing – and blending
Abraham McLaughlin

The Christian Science Monitor

January 26, 2006

LAGOS, NIGERIA — At first, it seems a surprising sight: inside a two-story mosque in sub-Saharan Africa’s largest metropolis hangs a life-size portrait of Jesus Christ.

Yet worshipers at « The True Message of God Mission » say it’s entirely natural for Christianity and Islam to cexist, even overlap. They begin their worship by praying at the Jesus alcove and then « running their deliverance » – sprinting laps around the mosque’s mosaic-tiled courtyard, praying to the one God for forgiveness and help. They say it’s akin to Israelites circling the walls of Jericho – and Muslims swirling around the Ka’ba shrine in Mecca.

This group – originally called « Chris-lam-herb » for its mix-and-match approach to Christianity, Islam, and traditional medicine – is a window on an ongoing religious ferment in Africa. It’s still up for debate whether this group, and others like it, could become models for Muslim-Christian unity worldwide or whether they’re uniquely African. But either way, they are « part of a trend, » says Dana Robert, a Boston University religion professor.

Amid intense sectarian violence in this half- Muslim, half-Christian country, these groups serve as tolerant peacemakers. Also, with widespread poverty and health concerns here, people are seeking practical, profitable religion more than rigid doctrine.

Before Islam and Christianity arrived in Africa, people here « believed in deities being close » – in gods who resided in trees or rivers and helped or hurt locals daily, explains Kamaldeen Balogun, an Islamic studies professor at Olabisi Onabanjo University in southeastern Nigeria.

« You in the West are satisfied with one hour of church on Sunday, » says Mr. Balogun. But for people in Africa, who he says need so many solutions, « This is about a practical way of life, » about a willingness to combine Christianity or Islam with their own traditions to « see if they can make something new » – something that will help.

Worshipers at the « True Message » mission say unifying the two theologies has made a major difference in their lives.

A slight woman with a quick smile, Kuburat Hamzat says she came here in 1998 with a severe menstruation problem. She was embraced by the mission’s « man of God, » a soft-spoken, bald man named Samusideen Saka. He told her, « Dancing will not kill you » and prescribed 91 laps of « running deliverance » each day. He also explained the commonalities of the great faiths to Ms. Hamzat who had grown up in Islam. That understanding, she says, changed her. « Because I understood that in my mind, I got healed, » she says. Her problem hasn’t recurred, she says. Others say they’ve been cured of barrenness, mental illness, and other troubles.

Pastor Saka explains that his father was an herbalist and that both Muslims and Christians would come to him for healing. Although he grew up Muslim, and has been to Mecca on pilgrimage several times, he couldn’t comprehend Nigeria’s sectarian strife. He now considers himself a Christian, « but that doesn’t mean Islam is bad. »

Quite the opposite. Next to his mosque is a televangelist’s dream – an auditorium with 1,500 seats, banks of speakers, a live band, and klieg lights. On Sundays the choir switches easily between Muslim and Christian songs, and Pastor Saka preaches from both the Bible and the Koran. His sermons are often broadcast on local TV.

The broader context here is Africa’s dramatic shift in recent decades to Christianity and Islam. During the 20th century, fully 40 percent of Africa’s population moved from traditional religions to « different shades of Christianity, » says Philip Jenkins, a history and religion professor at the University of Pennsylvania. It is, he adds, « the largest religious change that has ever occurred in history. » There are debates about whether Christianity or Islam is spreading faster in Africa, but clearly they’re both on the rise – and sometimes are the source of tension.

In Nigeria’s religious city of Jos (short for « Jesus Our Savior ») the government says 50,000 people died between 1999 and 2004 in sectarian clashes. Until a peace deal last year, Sudan’s northern Muslims and southern Christians were at war for two decades.

Clearly, the religious revolution is still shaking out. « People are converting rapidly, but they don’t necessarily have instruction » in the details of their faiths, says Boston University’s Professor Robert. Nor have they had « time for their belief system to solidify. » It is, she says, « still shifting. » She argues that eventually the faithful will choose one religion or another, and the hybrids will fade away.

But the ferment is quite evident on the chaotic streets of Lagos, which is home to some 10 million people. Hundreds of church-sponsored banners scream out, « It’s your day of RECOVERY @ LAST where life’s pains are healed » or « Jesus Christ: A friend indeed! Even in times of need!! »

Healing is a regularly promised feature of churches across Africa. It’s symbolic of a key element of the continent’s religious explorations – fusing faith and rationality, Professor Balogun says. According to Western thought, with its emphasis on rationality, « Everything that goes up must come down, » he says. But a more African approach is that, « By divine intervention it may not come down. » In fact, his university is initiating a degree focusing on the religion-science nexus.

Meanwhile, it’s not just Saka who’s exploring the common ground between Christianity and Islam. Sitting in a wrought-iron throne, swathed in silky white fabric, the founder of « Chrislam » has these words for followers of the two great faiths: « The same sun that dries the clothes of Muslims also dries the clothes of Christians. » Stroking his beard, the man named Tela Tella says, « I don’t believe God loves Christians any more than Muslims. »

His followers calls him His Royal Holiness, The Messenger, Ifeoluwa or « The Will of God. » Since the religion’s founding two decades ago, this small band has been gathering almost daily to hear his message of inclusiveness – that Christians and Muslims, « who are sons of Abraham, can be one. »

Voir également:

Chrislam – the Bottom of the Slide

While Terry Jones wanted to burn the Qur’an there are pastors that want to read the Qur’an in church to their congregations. In response to a local Qur’an burning, Larry Reimer, a minister of the United Church of Gainesville, decided to read Scripture from the Qur’an as part of worship services on September 12, 2010, prodded further about religious relatives. “Christianity, Judaism, and Islam are all part of the Abrahamic tree of faith. We all believe in the same God, and in many aspects we are all trying to accomplish the same goals.”
http://www.freerepublic.com/focus/f-news/2584630/posts

Islam recital in Methodist church http://www.youtube.com/watch?v=ybSAinBMb_g

This GROWING TREND is a natural slide to the bottom for common ground to have a peaceful coexistence. There is a movement saying that other religions are as valid as “Christianity.” Unfortunately the way Christianity is practiced today, there may be some truth to this. But if one were to go by the Bible and live Christianity the way it was originally taught, it becomes as different as night and day (Christianity being the day.

Chrislam is an interfaith movement that is a dialogue with Islam – a syncretistic movement that speaks about “spirituality without boundaries.” These churches, softening John 14:6, are opening the door to allow the conversion of their people. Because to them it matters not what you are anymore. For the most part, the majority of these churches are already removed from the faith, so this is expected in the days we live in.

It was Robert Schuller, pastor of Crystal Cathedral, that began this process by housing the offices for « Christians and Muslims for Peace. » Schuller had told an Imam of the Muslim American Society that « if he came back in 100 years and found his descendants Muslims, it wouldn’t bother him…. » (The Berean Call (April 1998), -What’s Happening to the Faith? by Dave Hunt ). That should bother any authentic Christian, but not those who espouse the “new Christianity” of our modern times.

The assumption is that Christians and Muslims all worship the same God; they, along with the Jews, are all faiths from Abraham. This is something we have steadily warned about for years. When you see people make the name Allah acceptable, that it is suitable for a Christian to pray in his name because it is the same God, or that Muslim converts can continue to go into their Mosques and pray and worship as if nothing happened to them, this is leading Christians toward accepting the Qur’an as equal in inspiration as the Bible (both Old and New Testament) when it contradicts it more than it agrees.

Consider the story of Rev. Ann Holmes Redding, an Episcopal priest for about 21 years, who says, « I am both Muslim and Christian » On Sunday mornings, Redding puts on the white collar of an Episcopal priest. On Fridays, she ties on a black headscarf to pray with her Muslim group. She says both Islam and Christianity are compatible at the most basic level.

Are they? Can one be a Christian and a Muslim at the same time? Islam’s Jesus is not divine in the Qur’an; Jesus is not the only-begotten Son of God, nor the Messiah, God in human flesh; He did not die on the cross for our sins; He did not resurrect. Islam denies the gospel of Christianity – the core reason Jesus came to earth for. This is what these churches want to make peace with!

We have no commonality with Islam. The Bible says, “For what fellowship has righteousness with lawlessness? And what communion has light with darkness. This movement is apostasy in action, and we can expect more of this type of compromise.
A few years ago, 138 Muslim scholars and clerics sent an open letter to leaders of Christian churches, titled “A Common Word Between Us and You.” Many of America’s top Christian leaders and known scholars signed in support to find commonality between the religions, ignorant that it contained a rebuke and an Islamic warning.

Now we have Chrislam, which blends the minimalist parts of Christ with Islam, with the intention of making them as equal faiths. In some churches, the Qur’an is placed in the pews next to the Bible; all of this is promoted under “loving your neighbor,” which was part of this open letter that the unwary undiscerning Christians signed to have peace.

This is part of a Jihad: to expose those who normally would not be interested in the Islamic religion, (of course it will be all the peace quotes). Muslims certainly know how to take advantage of this new openness to convert the kafirs to Islam. Islam condemns the belief in the divinity of Jesus as shirk, so to an authentic Christian –born of the Sprit of God there is no debate in this matter.

But to others who name themselves as Christians but care little of Jesus as the truth, they want a peaceful coexistence with those that demean their religion.
The National Cathedral in Washington, D.C. along with 50 churches in 26 states have already joined the effort, As MORE THAN FIFTY CHURCHES AGREE TO HOLD QUR’AN READINGS “Faith Shared is a project of Interfaith Alliance and Human Rights First.”

My immediate reaction to the first line… is it faith SHARED?
Christian clergy at churches across the country hosted readings from the Qur’an and other sacred religious texts as they welcomed their Muslim and Jewish colleagues on Sunday, June 26, 2011. Their purpose was to counter the Anti-Muslim bigotry. On the website sponsoring this (faithshared.org): “Tensions around Islam in America have erupted throughout the country in the past year, leading to misconceptions, distrust and in some cases violence.”

I have to disagree with their premise. Bigotry is part of Islam, as they have no allowance for other religions, even those they call “people of the book.” Tensions and violence have come from Islam itself, not just in our country but all over the world. This becomes enigmatic when you are including the Jews of whom Islam has an open war with and the religious leaders in their most religious lands vow to eliminate. Are people deaf and blind to what is taking place? Leave it to those who accept everything to ignore the obvious. Liberal thinking rules over all logic and common sense.

So we need to ask: What would Jesus do? We know he NEVER once read or quoted from another religion of his day to promote his teaching. He instructed and rebuked when necessary those of his own religion that spoke incorrectly. Which certainly would be applicable in this case with those who profess to be his followers, who apply his name to themselves and call themselves a church.

 Stahnke, director of policy and programs for Human Rights First, stated, “We want to send a message to the world,” he said, “that Americans do respect religious differences and reject religious bigotry and the demonization of Islam or any other religion.”

If I may make sense of his false argument by allowing reality to intrude … America has always allowed all kinds of religions to worship in our country, including Islam. It is the Islamic countries that do not allow the other religions to freely worship. They have no integration in their lands or culture, and they certainly do not allow any integration with their religion.

We have a conundrum; they are the ones who are intolerant; they have bigotry thriving; but it is implied that we are the bigots and haters because we quote their own sermons and measure their actions.

Are we to intentionally put aside hundreds of statements like this to show we are not bigots?
Narrated Abu Huraira: Allah ’s Apostle said, “I have been ordered to fight with the people till they say, ‘None has the right to be worshipped but Allah,’ and whoever says, ‘None has the right to be worshipped but Allah,’ his life and property will be saved by me except for Islamic law, and his accounts will be with Allah, (either to punish him or to forgive him.)” (Bukhari, Hadith, Vol. 4, Book 52, 196)

It’s not whether we respect them, but do they respect us, or others? Do we see Islam asking for rights of other religions in their own land? Of course not. In fact, in most Islamic countries other religions are OUTLAWED. Once they live by Sharia law it becomes difficult for them to allow anything that is contrary. Let’s not overlook the obvious, which would be the things right in front of your nose in plain view (called the news). Of all the compromises made these days, this has got to be the most asinine, irrational, and ignorant.

We have freedom to worship any way we want in America. Go try to have the same freedom, or promote your interfaith in one of the countries that have Islam as the state religion. This is why the whole matter is self-defeating and an exercise in futility.

The fact is, the only religion that is being used for violence is Islam, so we must ask why? Why are the majority of terrorists throughout the world Muslim? It’s because of the Qur’an, not their ethnicity; it is their religion that can affect their person and culture.

The idea of appeasement may exhibit tolerance to Islam, but it exhibits disloyalty to Christ. It is these people who call themselves a church that are not going to stand up against the tide of persecution. You can’t uphold what you don’t know. They will probably convert, since they are halfway there already. They are Christian in name only because they will not stand up for Christ or his gospel. This shows who the head of their church is. For the Lord is not consulted, they have abandoned the head of the body for spiritual correctness and the way of the world.

This supposedly includes reaching out to the Jews. They want to read from each other’s “sacred texts.” Do we expect the Hebrew or Christian Scripture to be read or spoken well in the Mosques? Is it too much to ask to see them do the same for Israel that they do for Islam and stand up for their right to exist and practice their religion not only in their homeland but in Muslim lands.

The Berean Call: Even Atheists on occasion recognize that the real threat to them is not biblical Christianity, but Islam. Consider the comments below, prompted by an article from the Religion News Service printed in the Salt Lake Tribune.
“More than 50 Churches Agree to Hold Koran Readings!!”

In the past I have stated I am not religious, but my goal is to help educate and unite Atheists and members of non-Islamic religions against a common enemy. That enemy is Islam. The good news is that our voice against Islam is clearly getting louder, the bad news is that far too many Americans who identify themselves as « Christians » are taking the easy way out and bowing down to Islam, in an effort to avoid a conflict that has been raging for 1400 years.

Muslim Hadith Book 019, Number 4366: « It has been narrated by ‘Umar b. al-Khattib that he heard the Messenger of Allah (may peace be upon him) say: I will expel the Jews and Christians from the Arabian Peninsula and will not leave any but Muslim. »
A conflict in which Christians are clearly losing!

[The author then quotes the article from the Salt Lake Tribune.] Pulpit pals: Christians, Jews, Muslims plan shared worship « Religious and human rights activists are asking U.S. churches to invite Jewish and Muslim clergy to their sanctuaries to read from sacred texts next month in an initiative designed to counter anti-Muslim bigotry.

The June 26 initiative, called « Faith Shared: Uniting in Prayer and Understanding, » is co-sponsored by the Interfaith Alliance and Human Rights First. Leaders of the two Washington-based groups said the event hopes to demonstrate respect for Islam in the wake of Quran burnings in recent months….
(Adelle Banks, « Pulpit pals: Christians, Jews, Muslims plan shared worship, » Religion News Service, May 17 2011).

There are some trying to respect a religion that considers itself superior to all religions and challenges the Bible on nearly everything it says, giving untrue alternate stories.

Agenzia Fides (the information service of the Pontifical Mission Societies) Continental News reports an increase in rape and forced marriage to convert to Islam of Christian and Hindu girls in Pakistan, a Muslim nation. This has been taking place at a larger scale in Africa. This is what Islam allows with Sharia law? We see no repercussions for this from Islam. Is this what they want us to respect?

Modern History of the Chrislam Movement

Nigeria, like many other African countries, has been experiencing increased violence between Muslims and Christians; the answer came religiously not politically.

The most popular Chrislam movement in Lagos, Nigeria at present is called Oke Tude: Mountain of Loosing Bondage. The older Chrislam movement is called Ifeoluwa: The Will of God Mission.

Oke Tude was founded in 1999 by a Muslim man calling himself Prophet Dr. Samsindeen Saka who was born in a Muslim family. He believed in Allah and went on a pilgrimage to Mecca four times. “During Saka’s second hajj in 1990, he received a divine call by Allah, telling him that he had to unite Christians and Muslims by enlightening them that they are serving the same God, but in different ways:

“The vision to bring mutual understanding between Muslims and Christians was revealed to me by Almighty God, when I rested near the Ka‘aba. In a dream God showed me pictures of religious intolerance in Nigeria, and He assigned me to bridge the misunderstanding between the two religions, to stop the killings. Initially, I didn’t understand the dream. On New Year’s Eve I called several Muslim scholars to my house. They prayed and afterwards fell asleep. It turned out that they all had the same dream: in their dream they saw me bringing together Christians and Muslims. This is how it started.” (Chrislam: Forging Ties in a Multi-Religious Society)

As far back as January 26, 2006, Christian Science Monitor did an article on this movement stating:

“Pastor Saka explains that his father was an herbalist and that both Muslims and Christians would come to him for healing. Although he grew up Muslim, and has been to Mecca on pilgrimage several times, he couldn’t comprehend Nigeria’s sectarian strife. He now considers himself a Christian, ‘but that doesn’t mean Islam is bad.’ Quite the opposite. Next to his mosque is a televangelist’s dream – an auditorium with 1,500 seats, banks of speakers, a live band, and klieg lights. On Sundays the choir switches easily between Muslim and Christian songs, and Pastor Saka preaches from both the Bible and the Koran. His sermons are often broadcast on local TV.” (In Africa, Islam and Christianity are growing – and blending)

Think about what is being said. That God (Allah) told him that he is the same God of both religions and to stop the killing (which was from the Muslims initially). This new revelation from a Muslim started this new synthetic blend that has become the answer for their conflicts.
This is what is being termed “Muslim-Christian coexistence” to accept the premise and practice of the coexistence movement you must depart from faith in Jesus Christ and what He said in the word of God. These religions are not to be united but to stay separated. Clearly, we have prior examples for us today: “They are turned back to the iniquities of their forefathers, which refused to hear my words; and they went after other gods to serve them”(Jeremiah 11:10). Islam believes Christianity has another God but will feign being of a kindred source when it is advantageous to them.
See: http://www.pbs.org/wnet/religionandethics/episodes/february-13-2009/chrislam/2236/

The Modern Chrislam movement in Lebanon
The main Chrislam organization on the web has a minimal amount of content. On its home page, it has a quote by Malcom X. This organization is more about dialogue and recognition of equality with the Abrahamic religions. But it does have some interesting points made in its agenda. We are told that “The members of the Committee are de facto members of the Arab Group for Islamic-Christian Dialogue, affiliated to the Middle East Council of Churches. Some are founding members of this Group.”

It appears there are two main people involved; Emir Hares Chakib Chehab and Mr. Mohammad As- Sammak. Emir Hares Chakib Chehab is the General Secretary of the Committee. Emeritus President of the Maronite League. Emeritus President of the Union of Christian Leagues in Lebanon. Maronite Syriac Church of Antioch is an Eastern Catholic Church in full communion with the Holy See of Rome.
Emirs Chehab, jurist and lawyer, is a consultant in the field of public relations and the owner of the Arab News Agency, which he founded after leaving his key position in the Ministry of Information.

According to the Maronite Syriac Church, they believe in the human nature of Jesus Christ and the reality of the incarnation of the Son of God for our Salvation; they hold to the divinity of Christ. So how this can be reconciled with Islam that calls this blasphemy is perplexing.

Mr. Mohammad As – Sammak is listed as no.101 on the common word website. Sammaka Political scientist – Secretary General of the Islamic Spiritual Summit in Lebanon member in the National Lebanese Unesco Committee, Editor in Chief of the review Al-Ijtihad and writes in several other newspapers. He represents Dar Al-Fatwa on the Committee, which is a Sunni council upholding Sharia law.

Dar al-Fatwa has commissioned lawyers to prepare a lawsuit against Aoun leader of the Free Patriotic Movement who has taken “stances hostile to Islam and Arabism since he began interacting with public affairs.” They accuse him of inciting tensions among sects in Lebanon and of defamation against the Sunni sect:

http://www.nowlebanon.com/NewsArchiveDetails.aspx?ID=274837#ixzz1PYadEL7x

 http://www.naharnet.com/stories/en/7018-dar-al-fatwa-to-sue-aoun-for-inciting-strife-advises-him-to-treat-himself

Dr. Jean Salmanian is the Chancellor of the Armenian Prelacy of Lebanon, representing the Armenian Orthodox Church.

Mr. Camille Menassa is Director of “L’Orient- le Jour,” newspaper and CEO of the publishing house “L’Orient-le Jour.” He is a professor at Saint-Joseph University, Vice-President of the Arab World Cultural Council. He represents the Greek Catholic Partriachate of Antioch and all the East.

Judge Abbas Selim El-Halabi- Jurist and judge as a background, he is member of the Permanent Secretariat of the Islamic Spiritual Summit and in charge of the key responsibilities in the Druze Community who appointed him as her representative to the Vatican Synod for Lebanon in 1995.
He represents the Druze House of the Community on the Committee

Mr. Michel Elias Abs is Professor at Saint-Joseph University of Beirut, he is the former Chairman of Department and Sociology and Anthropology. He is the former Director of the Lebanon Emergency and Development Program of the Middle East Council of Churches. He represents the Greek Orthodox Patriarchate of Antioch and all the East.

Dr. Ali El-Hassan is the founder of “The Lebanese- German Friendship Society » in Germany, the founder and chairman of « The Graduates of German Speaking Universities » in Lebanon, the Vice-President of the « 5th of June society » and a Co-founder of « AMAL Organization,” Dr. El-Hassan was a close associate to Imam Moussa El-Sader in his various political and social endeavors. He represents the Chiite Islamic Supreme Council on the Committee.
See also: chrislam.org website : http://www.chrislam.org/actions.html

[Moussa El-Sader was a Lebanese Shiite religious and political leader who came from Iran to Lebanon. He founded the Amal Movement the “Brigades of the Lebanese Resistance,” the military wing of the movement of the Deprived, which fought alongside the Lebanese National Movement and the Palestinian Resistance.
Lebanon has a real potpourri of political parties at work. Progressive Socialist Party, Socialist Arab Union Lebanese Communist, Party Syrian Social Nationalist Party, Syrian Social Nationalist Party, Christian Democratic Party, Hezbolla, Islamic Gathering Movement, Islamic Jihad Movement, Union of Muslim Ulama, Free Patriotic Movement, Democratic Secular Party, Arab Democratic Party. Many other parties take part in politics and the landscape is constantly changing as new parties spring up and others become defunct.
On the Chrislam site: Under the link “actions” Islamic-Christian National Dialogue Committee- Unified Working Paper, The Islamic-Christian National Dialogue Committee

“On the basis of the fundamental principles on which the Lebanese are agreed, as enshrined in the Document of National Entente (1989), and which affirm the commitment to Lebanon as the definitive country of all its people in its internationally recognized borders, with its Arab identity and membership of the Arab world;

“As an ample human terrain for freedom and dialogue between the followers of the divinely revealed religions, a land of life shared in common between Christians and Muslims, in which the aspirations and goodwill of all Lebanese come together and interact to build their state and political entity on the basis of a free republican, parliamentary, democratic system, under the protection of complete equality in rights and duties between all the people of one single country;
A state committed to the principle of freedom of religion, thought and information, as well as economic freedom, without monopoly and anarchy.” (underline mine)

What they call Chrislamogy is coming from Lebanon. The Lebanese population consists of 28 percent Sunni Muslim, 28 percent Shi’a Muslim, 5 percent Druze, 22 percent Maronite Christian, 8 percent Greek Orthodox,  and 4 percent Greek Catholic. There are also very small numbers of Jews, Bahai’s, and Hindus.

On the site: 4-Christian-Muslim Dialogue

“The coexistence between all denominations of Muslims and Christians is Lebanon’s greatest value. It is Lebanon’s mission to the world, in that it is a pattern of life, as well as a relationship of constant dialogue between the Christian and Islamic worlds, a link of continuity to enrich the values imprinted on human character by these two divinely revealed messages. To safeguard this formula of civilization and emphasize its credibility are therefore both a Lebanese and a human responsibility. However, since the struggle of power is usually exercised in a way that harms this formula, the establishment of a balanced political system constitutes a bulwark to protect this formula from any evil exploitation.
“National fraternization between Christians and Muslims in Lebanon is not merely a commitment dictated by the essentials of coexistence or a necessity for avoiding sectarian strife, but also a destiny, a choice, and a noble human task which makes Lebanon have a world mission. For this purpose, we have to work to unify national oratory so that it transcends sectarian selfishness, rising to openness and the interest of one country, for all denominations and all Lebanese.

“This requires the establishment of a just and conscious national state, which will open up horizons for emerging national forces to participate in creating a better tomorrow, reassure citizens and encourage them to shift from the shadow of the sect to the protection of the state which is responsible for their security and stability, and for providing them with the essential elements of a life of freedom and dignity.”

We need to pay attention to these next statements:
“These include the necessary guarantees of work, education, medical treatment and other social guarantees. The return of all displaced persons to their villages and houses, and a halt to the exploitation of their agonies and sufferings, are considered an essential basis for strengthening the credibility of the state as the protector of all citizens.” (underline mine)

The coexistence movement is not only interfaith but has strong elements of communism. Those involved in Chrislam make Lebanon sound like a prototype for a new world model.

These concepts are lofty goals under the heading of “moving forward” to forge unity. Yet we need to have a better name for Chrislam – maybe Islam-ity, as it is part of the Islamization of Christianity in America.

Voir encore:

What is Chrislam?

Nick Peters

CARM

In an age of pluralism, it’s not really a surprise to see an attempt to mix Christianity and Islam. This has been attempted by Shamsuddin Saka, a pastor in Lagos, Nigeria. His church is highly unusual in that when one looks on the lectern in it, one will see both the Bible and the Qur’an.

The basis for this is Saka going on the Hajj, the pilgrimage to Mecca. According to Saka, this was nineteen years ago (from the time of this writing) when he was in prayer and told by God to make peace between the two religions. While there is nothing wrong with peace between the two religions, provided they are allowed to disagree and reasonably discuss their disagreements, there is a problem with trying to take two contrary worldviews and put them together.

In the services at Saka’s church, they begin with a Qur’anic prayer. The mood of the prayer is intense and like that of what we’d see in a Pentecostal service. There is nothing wrong with expressive worship of course, but one has to be on guard to make sure one’s mind is fully aware of what is going on and able to deal with the information that is coming in.

After this, the sermon speaks on prayerfulness and the commonality between Islam and Christianity. Of course, there are some similarities between the two religions. Both see Jesus as sinless, sent by God, Messiah, and born of a virgin. Both believe in a God who is omnipotent, omniscient, and omnipresent. It is where they differ that matters, such as Islam’s denial of the deity of Christ and the triune nature of God.

Also noteworthy of what happens in Saka’s church is that Christianity appears to be taught as a Word of Faith Christianity with an emphasis on miracles being done. There are reports of women who say that they were unable to conceive and then came to Saka’s church and conceived.

Saka himself drives a Hummer. While this raises some eyebrows, Saka assures those who question him that it does not come from the money he gets from the ministry, as not much is collected. Instead, this was a gift to Saka from some followers based on an answer to prayer. It is a wonder, however, why it is that those who have an answered prayer give a gift to the pastor instead.

How ought Christians to respond? First, it the major differences that exist between Islam and Christianity should be noted. Of course, each person has the freedom to hold his own views and we do not want to see Christianity spread by the sword. However, we also do not want the faiths to be seen as equally valid paths to the same God. Christians should familiarize themselves with the Qur’an. It would do no harm for many a Christian to actually read Islam’s holy book in order to better be able to dialogue with Muslims.

Second, Christians also need to be wary of people who say, “God told me.” Of course, there’s no denying that God can tell a message to someone if he desires, but that message should be authenticated somehow, be it by checking prior revelation given or by some kind of bona fide miracle, much like Jesus and the apostles did. Of course, we must also remember that according to Deuteronomy 13, doing a miracle is not enough. The checking of prior revelation is more important.

Third, Christians should be aware of the health and wealth gospel taught by the Word of Faith churches. Faithfulness to God is not measured by how much money is in one’s bank account, but about how much treasure one has built up for himself in Heaven, something we cannot see on this side of eternity.

Finally, Christians need to make sure they know the essentials of their own faith and how to share it. What difference does the Trinity make and how can it be demonstrated from Scripture? Why should it be important for a Christian to know that Islam does, in fact, teach the virgin birth? Can a Christian answer the questions that Muslims have for them on topics relevant to Christianity?

At the time, this is a small movement, but Christians do need to be aware of attempts to synchronize contrary faiths. While there are areas of disagreement allowable within Christian circles, Islam denies that which is essential to the Christian faith, so Christians cannot view Islam as a valid path to God.

Sources:

http://www.pri.org/theworld/?q=node/24682
http://www.pri.org/politics-society/religion/chrislam.html
http://www.pbs.org/newshour/extra/video/blog/2009/05/chrislam_combines_christian_an.html

Voir de plus:

Chrislam — What is it?
Chrislam is a modern-day attempt to blend the teachings and practices of Christianity and Islam. Historically, Chrislam began under a Nigerian leader named Tela Tella in the 1970s. It recognizes both the Bible and Qur’an as holy books and reads from both sources during its gatherings. Likewise, both Christian and Muslim holidays are celebrated as equal. God and Allah are considered the same god.

While the number of Chrislam adherents in Nigeria is few, the concepts of Chrislam have spread worldwide in recent years. Many have claimed that the interfaith movements that incorporate both Christian and Muslim teaching in the West are Chrislam, while some Eastern movements have used elements of both religions in blended, syncretistic movements. Some also wrongly confuse Chrislam with Christian-Islam dialogue since the website chrislam.org uses the term in this way in Lebanon. However, dialogue is a different matter than blending Christianity and Islam into one religion.

Both biblical Christianity and traditional Islam reject modern attempts of Chrislam. The Bible teaches there is one God (Genesis 1:1) and that Jesus Christ is the only way to God (John 14:6; Acts 4:12). Islam rejects the idea of Jesus as divine, rejects the Christian view of God as Triune, and rejects the Christian belief in salvation by faith alone. These two religions logically contradict one another in numerous ways. The only way in which these two belief systems can be blended into one is to choose only those beliefs that fit one’s preconceived notions or to reinterpret both the Bible and Qur’an to fit a particular agenda.

Chrislam came into particular spotlight in 2009 following megachurch pastor Rick Warren’s address at the ISNA 2009 gathering (a major Muslim national event). Accusations were made that Warren had preached a message of Chrislam, that both religions were one. Warren soon responded with a clear rejection of these Chrislam accusations and a reaffirmation of orthodox Christianity. However, the events surrounding this controversy led to much attention regarding the definition of Chrislam and its spread throughout America.

Some have begun calling interfaith gatherings in the U.S. that involve combined worship services with Muslim and Christian elements Chrislam. Theologically, this label is accurate, though these participants are not connected with the movement in Nigeria and would likely reject the label.

Ultimately, however, Christians must be aware that the blending of Islamic worship elements with Christian worship is to be rejected (Jude 3). Instead, Muslims need a clear example of Christians who stand firm in their faith, present the biblical view of Jesus Christ, and live the teachings of the Bible. Only then will the biblical gospel message be clear to Muslims who seek salvation.

Voir par ailleurs:

“If They Can Burn It, We Can Read It.”

A UCC Minister’s Response to Burning the Qur’an.

 Zachary

The Creative Seminole

August 19, 2010

There are some things that really get under my skin. One of those things is religious intolerance, be it from Christians, Muslims, Jews, Agnostics, Pagans, Pastafarians, or the like.

Larry Reimer, a minister of the United Church of Gainesville, has decided to read scripture from the Qur’an in worship service in response to a local Qur’an burning. It’s good to know that I’m not the only one, then, who sees Gainesville, Florida’s Dove World Outreach Center’s plan to burn as many copies of the Qur’an as possible a stab in the heart to groups of religious followers that care about tolerance. Larry Reimer is a minister at the United Church of Gainesville, a deep advocate of civil rights, and the man responsible for what seems to be a very intelligent response to Dove’s outlash at Islam.

“If they can burn it, then we can read it,” said Reimer from an armchair across from mine in his office, lined with bookshelves and photos from many events canvassing the years. On a side table next to me, there’s a statue of the Buddha, along with various other spiritually-themed trinkets that seem to indicate that this office does not belong to a spiritually firm-handed man.

Reimer, along with other Gainesville religious leaders, will read scripture from the Qur’an as part of worship services on Sunday, September 12.

When asked about how he came about with the idea, “Almost right away, members of the congregation here asked me, ‘what are we going to do about this?’ Originally, I had the intention of giving [Dove Center] no more attention in the media. But as I thought about it, I asked myself what we could do that would be effective and proactive in promoting cooperation among our religious relatives.”

I prodded further about religious relatives. “Christianity, Judaism, and Islam are all part of the Abrahamic tree of faith. We all believe in the same God, and in many aspects we are all trying to accomplish the same goals. And in Islam, there are things that I think any follower of any other religion could learn from. Take prayer, for example. In Islam, one prays at least five times a day. The discipline to do that? Few of us have it. And like Christianity and Judaism, there is a strong call to love God and your neighbor.”

We chat on for a bit about the differences and similarities that each of the Abrahamic religions have when he says to me, “You know, we learn best from our rival siblings. We might not always agree with them, but they always point out our shortcomings. And in the end, we have the most in common with them. We pull from one another and make each whole.

“Look at FSU and UF, or Michigan and Ohio State. All students who grew up together, went to the same high schools, and in reality should be the most understanding of one another. Now that they’re on opposite sides of the stadium, they act like they have nothing in common. But they do, and if each member stopped for a minute and thought about it, they would realize they’re the same students, with the same dreams, looking and hoping to do the same things when they graduate.”

Then I ask him why he thinks these negative attitudes toward Islam exist. “The average American inherently assumes that Islam is violent and decidedly anti-American because we haven’t taken the time to experience Islam from an individual perspective or as a faith up close. A friend of mine was in Egypt when news of Dove Outreach’s Qur’an burning hit, and he told me that it was represented as mainstream Christianity, much in the same way that the violent acts we hear about here are represented as mainstream Islam. Here, Islam is still associated with terrorism. The acts of September 11th were not acts that were Islamic in nature. They were acts of fanatical extremists. And fanaticism is not confined to any one faith. I think that there’s no better time than September 12th to remind ourselves of this, and to read from Qur’an in worship to point out how much we really do have in common.”

Then I asked him the big one. If you could preach to the members of Dove Outreach Center for even five minutes, what would you say? “The danger to our faith comes not most from outside, but from the shadows within. We must pay attention to our neglect to look at ourselves, instead of automatically pointing the finger elsewhere. God’s call is for constant opening.”

Already, Larry has been interviewed for the New York Times. As of now, Fifteen religious leaders in Gainesville have agreed to share verses from the Qur’an on Sunday, September 12th. And he thinks that more will follow. “I’m not trying to make this a national or international event, but I feel that those who understand that allowing [the Qur’an burning] to pass silently by allows Dove Outreach to win in the fight against tolerance and religious compassion will stand up and share scripture from the Qur’an.”

Not a moment too soon. In the words of German poet Heinrich Heine written in 1820, now enshrined on a plaque at the site of Nazi Propoganda Minster Joseph Goebbels’ book burnings, “There, where they burn books, they will in the end burn people.”

Voir encore:

Le Pape sur les terroristes de Bruxelles: «Ils venaient d’un ghetto»
C. TQ
Le Soir

17 mai 2016

Pour le souverain pontife, le pire accueil que l’Europe peut faire aux migrants est de les « ghettoïser » et préconise l’intégration.

Le 16 avril dernier, le pape François ramenait douze réfugiés de l’île grecque de Lesbos à Rome . Un geste symbolique prônant l’accueil des migrants sur le Vieux Continent. Dans un entretien accordé au journal La Croix ce mardi, le souverain pontife est revenu sur la vague de migration qui touche l’Europe. «  On ne peut pas ouvrir grand les portes de façon irrationnelle. Mais la question de fond à se poser est pourquoi il y a tant de migrants aujourd’hui.  »

« Le pire accueil ? Le ghetto »
Le Pape accuse les guerres au Moyen-Orient et le sous-développement de l’Afrique d’être le problème initial du phénomène migratoire et prône l’intégration pour vivre en harmonie. «  Le pire accueil est de ghettoïser les migrants alors qu’il faut au contraire les intégrer. À Bruxelles, les terroristes étaient des Belges, enfants de migrants, mais ils venaient d’un ghetto. À Londres, le nouveau maire (le musulman Sadiq Khan) a prêté serment dans une cathédrale et sera sans doute reçu par la reine. Cela montre pour l’Europe l’importance de retrouver sa capacité d’intégrer. »

Le Pape s’est également exprimé sur l’éventuelle crainte de certains Européens face à la religion islamique. «  Je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui une peur de l’islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l’islam. L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations. »

Tenir compte de chaque culture
Il rappelle l’importance du facteur culturel en géopolitique.« Devant l’actuel terrorisme islamiste, il conviendrait de s’interroger sur la manière dont a été exporté un modèle de démocratie trop occidentale dans des pays où il y avait un pouvoir fort, comme en Irak. Ou en Libye, à la structure tribale. On ne peut avancer sans tenir compte de cette culture.  »

Et de conclure : «  Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité. (…) En Centrafrique, avant la guerre, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et doivent le réapprendre aujourd’hui. Le Liban aussi montre que c’est possible. »

Voir enfin:

Rémi Brague : ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme
Par Rémi Brague
Le Figaro
Publié le 01/08/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le pape a déclaré que s’« il devait parler de violence islamique, alors il devait (aussi) parler de violence catholique». Le philosophe Rémi Brague rappelle que les textes sacrés des deux religions ne justifient pas la violence de la même manière.
Le FigaroVox publie de nouveau cette tribune de Rémi Brague, parue le 24 mai dernier. Le philosophe, professeur émérite à la Sorbonne, était alors «perplexe» quand le pape relevait une similitude dans l’esprit de conquête de l’islam et du christianisme. Une perplexité qui fait écho aux propos tenus ce dimanche par le pape Français à propos de la violence islamique et de la violence catholique.

Rémi Brague est un philosophe français, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive. Membre de l’Institut de France, il est professeur émérite de l’Université Panthéon-Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages, notamment Europe, la voie romaine (éd. Criterion, 1992, rééd. NRF, 1999), il a dernièrement publié Le Règne de l’homme: Genèse et échec du projet moderne (éd. Gallimard, 2015) et Où va l’histoire? Entretiens avec Giulio Brotti (éd. Salvator, 2016).

Les déclarations publiques du pape François suscitent toujours l’intérêt. L’entretien accordé par le Souverain Pontife à deux journalistes de La Croix, publié dans ledit quotidien le 17 mai, contient ainsi une quantité de choses excellentes, et même réjouissantes. Par exemple, sa conception du rôle que le christianisme pourrait et devrait jouer envers les cultures, dont l’européenne, ou encore ses réflexions sur les causes de la crise migratoire et son traitement possible, enfin son amusante dénonciation du cléricalisme. Il y a là-dedans de quoi provoquer une réflexion approfondie, et l’on souhaite que nos décideurs en prennent de la graine.

D’autres points sont affaire de goût, et le mien ne coïncide pas toujours avec celui du Pape. Ainsi, nommer sur le même plan Maurice Blondel et Jean Guitton, et plus encore les deux jésuites Henri de Lubac et Michel de Certeau, me fait personnellement un peu sourire. Mais rien ne prouve que ce soit mon goût qui soit le bon…

En revanche, un passage suscite en moi une perplexité certaine, et c’est celui sur l’islam. Là aussi, il contient d’ailleurs de très bonnes choses, par exemple sur l’imprudence arrogante avec laquelle l’Occident a essayé d’imposer son régime politique à des régions mal préparées. Il est juste aussi de dire que la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible, même si les exemples de l’Argentine, avec son 1,5% de musulmans, et surtout du Liban, doivent être pris avec prudence. Tant qu’il s’agit de faire vivre ensemble des personnes, qu’il est déjà maladroit de réduire à leur seule affiliation religieuse, on a le droit d’espérer et le devoir d’agir en ce sens.

L’entreprise devient plus difficile là où l’on compare non plus des personnes, mais des systèmes religieux considérés dans leurs documents normatifs. De ce point de vue, un passage des propos du pape François attire l’œil: «L’idée de conquête est inhérente à l’âme de l’islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l’Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations». Voici le passage évoqué: «Allez donc, faites des disciples (“mathèteuein”, en grec) de toutes les nations, baptisant les gens (…), leur enseignant (“didaskein”) à observer tout ce que je vous ai commandé (Matthieu, 28, 19)».

Le but du christianisme est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir.
On peut appeler «conquête» la tâche de prêcher, d’enseigner et de baptiser. Il s’agit bien d’une mission universelle, proposant la foi à tout homme, à la différence de religions nationales comme le shintô. Le christianisme ressemble par là à l’islam, dont le prophète a été envoyé «aux rouges comme aux noirs». Mais son but est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir. Les tentatives d’imposer la foi par la force, comme Charlemagne avec les Saxons, sont de monstrueuses perversions, moins interprétation que pur et simple contresens.

Le Coran ne contient pas d’équivalent de l’envoi en mission des disciples. Il se peut que les exhortations à tuer qu’on y lit n’aient qu’une portée circonstancielle, et l’on ignore les causes de l’expansion arabe du VIIe siècle. Reste que le mot de conquête n’est plus alors une métaphore et prend un sens plus concret, carrément militaire. Les deux recueils les plus autorisés (sahīh) attribuent à Mahomet cette déclaration (hadith), constamment citée depuis: «J’ai reçu l’ordre de combattre (qātala) les gens (nās) jusqu’à ce qu’ils attestent “Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est l’envoyé d’Allah”, accomplissent la prière et versent l’aumône (zakāt). S’ils le font, leur sang et leurs biens sont à l’abri de moi, sauf selon le droit de l’islam (bi-haqqi ‘l-islām), et leur compte revient à Allah (hisābu-hum ‘alā ‘Llah) (Bukhari, Foi, 17 (25) ; Muslim, Foi, 8, [124] 32-[129] 36)». J’ai reproduit l’arabe de passages obscurs. Pour le dernier, la récente traduction de Harkat Ahmed explique: «Quant à leur for intérieur, leur compte n’incombera qu’à Dieu (p. 62)».

Indication précieuse: il s’agit d’obtenir la confession verbale, les gestes de la prière et le versement de l’impôt. Non pas une conversion des cœurs, mais une soumission, sens du mot «islam» dans bien des récits sur la vie de Mahomet. L’adhésion sincère pourra et devra venir, mais elle n’est pas première. Nul ne peut la forcer, car «il n’y a pas de contrainte en religion (Coran, II, 256)». Elle viendra quand la loi islamique sera en vigueur. Il sera alors dans l’intérêt des conquis de passer à la religion des conquérants. On voit que le mot «conquête» a un tout autre sens que pour le verset de Matthieu.

Pourquoi insister sur ces différences? Un vaste examen de conscience est à l’œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l’État islamique. Ce n’est pas en entretenant la confusion intellectuelle qu’on les aidera à se mettre au clair sur les sources textuelles et les origines historiques de leur religion.


Islam: Attention, une violence peut en cacher une autre (Violence is hardly the whole problem)

12 décembre, 2015
FortuneWheelDotConnectingIl vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance. Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Foucault (dec. 1978)
Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. NPA
Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique. Michel Onfray
 Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. Julien Salingue (chercheur sur la question palestinienne)
La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État. Les Indigènes de la République
Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? Politis
Notre attention était ailleurs. Ces dernières semaines, nous avons eu les larmes aux yeux, puis la peur au ventre. Ensuite, nous avons douté. Normal. Et, dimanche soir, comme une gifle, nous avons reçu les dernières nouvelles de cette France ébranlée, abîmée, qui s’est largement laissé séduire par un sourire carnassier. Nous n’avons pas vu grandir le monstre. Cette fois, il ne s’agissait pas de Daesh, que des mains alliées sinon amies avaient tranquillement nourri dans le désert irakien, cependant que l’Europe faisait de l’introspection en scrutant les dernières convulsions du Printemps arabe. C’est une autre menace, d’une autre nature. Mais elle est bien réelle et immense. Donald Trump a été plus loin que jamais, et plus bas que le caniveau, lundi soir, en suggérant que les Etats-Unis ferment leurs frontières aux musulmans, « jusqu’à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème ». (…) Donald Trump bénéficie d’une exposition médiatique exceptionnelle. Il est – ou était jusqu’aux derniers sondages, de lundi – le candidat à l’investiture le plus populaire parmi les républicains. C’est peut-être le futur président des Etats-Unis ! Le monde entier a les yeux rivés sur lui. Voilà pourquoi son message de rejet a déjà fait des ravages, de Brooklyn à Jakarta, en passant par Molenbeek, Le Caire et Islamabad. Nous, Européens, ne participerons pas à l’élection du prochain président américain. Nous sommes pourtant tellement concernés… Vladimir Poutine au Kremlin et Donald Trump à la Maison-Blanche ? Au secours, Jean-Claude Juncker ! Le Soir
L’assimilation, maladroite (…) de Mme Pécresse à Mme Morano, est clairement destinée à montrer que la droite serait à l’image de Mme Morano, raciste, alors que le PS défendrait l’antiracisme. Or il n’est pas certain, outre le caractère fallacieux d’une telle imputation, que cela fonctionne politiquement comme le souhaiterait son auteur. (…) Le candidat PS à la région a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova. C’est-à-dire l’appel à la «banlieue», avec tout ce que cela suppose de réduction et d’illusion, et à Paris. Il a pour cela multiplié les clins d’œil et les allusions, n’hésitant pas à déployer une forme de clientélisme ethno-culturel assez étonnant dans ses propos. De la même manière, il a favorisé clairement sur ses listes, la mise en avant d’une forme de diversité identitaire qui tranche avec la faible diversité sociale des profils de ses colistiers – dont la grande majorité est issue du secteur public et en particulier du milieu des collaborateurs politiques et d’élus. Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV, on constate que cette stratégie est encore renforcée dans la mesure où figurent sur les listes de la gauche désormais pour le 2nd tour, des candidats qui ont soutenu et défilé, par exemple, avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la «Marche pour la dignité» à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires. (…) C’est en quelque sorte ici une combinaison du résultat dont témoigne depuis des années l’aveuglement stratégique à la Terra Nova et de la gestion par la gauche de collectivités locales et de territoires sur le mode du clientélisme ethno-culturel. Ce qui a forgé une sorte de vision identitaire – assez symétrique à celle du FN – de la politique, réduisant tout ou presque à cette dimension, spécialement la prise en compte des difficultés sociales. On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis. (…) Les conséquences sont, hélas, déjà là. On voit l’effet de l’évolution que je viens de décrire rapidement sur l’attitude du PS vis-à-vis de la montée en puissance du FN. Une attitude qui se présente comme une fermeté sur les principes, les fameuses «valeurs» mais qui ne renvoie qu’à une forme de tentative désespérée de limiter par un «barrage» – le terme est parlant! – la montée d’un flot incontrôlable. Il est donc déjà bien tard sinon trop tard. Et ce n’est certainement pas entre deux tours d’une élection que l’on peut infléchir voire réorienter des années voire des décennies d’absence de réflexion, de refus de voir les choses telles qu’elles sont et de considérations politiques purement tactiques. (…) On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis. Laurent Bouvet
On est toujours surpris par ce qu’on attend. On annonce la victoire du Front national depuis au moins quinze ans et, quand elle survient, à l’occasion des régionales, on feint d’être terrassé par l’étonnement. C’était le spectre brandi par la gauche et la droite à chaque consultation pour intimider leurs adversaires et les menacer du pire ; voilà que le spectre débarque, il n’est plus un fantasme, mais une réalité. Du Désert des Tartares surgit l’ennemi tant redouté mais aussi tant désiré. Toute une frange du pays espère cette arrivée au pouvoir du parti de Marine Le Pen. Par besoin de clarté : les uns pour voir s’il incarne vraiment l’alternative dont il se réclame ; les autres par une sorte de résistantialisme rétrospectif, volonté de rejouer la dramaturgie de la Seconde Guerre mondiale. On le veut, ce « fascisme », pour s’opposer à lui, solder enfin les comptes, laver, soixante-dix ans après, l’affront de la collaboration. Pas de chance : le vrai fascisme est ailleurs, dans cette conjonction de religiosité et de terreur de masse incarnée à l’échelle mondiale par le djihadisme. Quoi qu’on pense du Front national et de la sottise de ses propositions, il y a entre lui et les soldats de l’islam radical une différence fondamentale : il joue le jeu de la démocratie et de la persuasion quand les kamikazes égorgent et tuent, à commencer par les musulmans.(…) La gauche et l’extrême gauche voudraient rejeter le Front national dans les ténèbres. Elles ont substitué la démonologie à la discussion politique. Voyez Jean-Christophe Cambadélis : son seul argument consiste à dire que le FN, c’est Vichy. Mettez-vous dans la tête d’un électeur. Vichy évoque quoi ? Une eau minérale un peu salée, une villégiature à la fois désuète et charmante du Massif central. Et très lointainement la capitale du gouvernement de Pétain. Rien qui n’appelle l’effroi ou la peur, alors que les attentats, les massacres parlent à tout le monde. On ne saurait imaginer pire décalage. Ou encore, comme le dit le Parti communiste, le FN serait mauvais car hostile à l’ »Autre ». Mais qui est cet Autre, que signifie cette mystique de l’altérité qui se développe parallèlement à celle du respect ? En quoi le souci des siens, de sa communauté serait-il a priori plus détestable que l’idolâtrie de l’étranger qui brille dans son inaltérable splendeur ? La seule réponse appropriée au Front national n’est pas celle de l’exorcisme, mais celle du réalisme : discuter point par point son programme, très proche de celui du Front de gauche – sortie de l’euro, retraite à 60 ans, etc. -, et en montrer les limites, les insanités. Pascal Bruckner
Les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre. Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ». C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs. Régis Soubrouillard
Cela fait des années que le monde se mesure au phénomène de l’islam radical, et de bons esprits n’en ont toujours pas compris les tenants et les aboutissants. (…) Il reste à expliquer comment et pourquoi « l’abandon social et culturel » en Europe rend compte des massacres des yézidis et des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient, des décapitations de journalistes et du meurtre systématique de musulmans qui ne se reconnaissent pas dans l’idéologie de l’Etat islamique. Un « abandon social et culturel » qu’il serait stupide de nier, mais qui est tout de même relatif. Après tout, la France a englouti des milliards d’euros dans sa « politique de la Ville », notamment dans des équipements culturels sur l’ensemble du territoire – pas de quartier « sensible » sans sa bibliothèque, son centre culturel, son stade et sa piscine. Il faudra aussi expliquer pourquoi un certain Mohammed Emwazi, rejeton d’une famille riche originaire du Koweït établie en Grande-Bretagne lorsqu’il avait 8 ans, et qui a fait d’excellentes études dans une université anglaise prestigieuse, est devenu le bourreau global Jihadi John. Et aussi pourquoi environ 20 % des candidats au départ en Syrie sont des Français « de souche » sans histoire, issus des classes moyennes. Enfin, il faudra expliquer pourquoi d’autres populations anciennement colonisées n’ont pas produit de monstres de cet acabit. Selon cette logique, les Vietnamiens, les Chinois, les Indiens, que sais-je encore, auraient dû mettre le monde à feu et à sang. Mieux, ou pis, s’il y a un collectif humain qui aurait dû se muer en peuple de kamikazes, c’est bien le peuple juif, non ? En fait, l’explication sociologiste, oublieuse de l’histoire et de ses ressorts culturels profonds, est révélatrice du déni massif des clercs face à une crise de civilisation que des intellectuels musulmans -Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Kemal Daoud, Boualem Sansal et tant d’autres- s’efforcent d’identifier et de combattre. Elie Barnavi
L’assassinat de plus de 127 innocents vendredi à Paris par un gang djihadiste a de nouveau frappé les Français et déclenché de nouvelles manifestations de solidarité, d’introspection et de colère. (…) Ces affaires rendent les Occidentaux plus inquiets à propos de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin comme la construction de minarets où l’infibulation féminine. (…) Mais quand elle touche l’Establishment – les politiciens, la police, la presse et les professeurs – cette violence implacable a un effet contraire. Ceux qui sont en charge de gérer les suites de ces attaques vivent dans une bulle de déni public (ce qu’ils disent en privé est une autre affaire) où ils se sentent forcés d’affirmer que l’islam n’a rien à voir avec la violence de peur qu’en admettant le contraire cela ne crée davantage de problèmes. Ce groupe de spécialistes des 4 P font ouvertement semblant de croire en un mystérieux virus « extrémiste et violent » qui semble ne toucher que des musulmans et incite ces derniers à commettre des actes gratuits d’une violence barbare. (…) Ce défi au bons sens s’est maintenu après chaque atrocité et je prédis qu’il perdurera après le massacre de Paris. Ce n’est qu’au bout de pertes véritablement massives de vies humaines, peut-être des centaines de milliers, que les professionnels se sentiront obligés de revenir sur leur attitude profondément ancrée de déni par rapport à la composante islamique des vagues d’attentats. Cette attitude a pour effet quasi-systématique de masquer les craintes des électeurs ordinaires, dont l’opinion a dès lors un impact négligeable sur la politique. Les inquiétudes à propos de la charia, des viols collectifs, des maladies exotiques et des bains de sang sont écartées et considérées comme du « racisme » et de « l’islamophobie », comme si l’insulte apportait de réelles solutions aux problèmes. Encore plus surprenant, les professionnels répondent au virage à droite pris par l’opinion publique en virant eux-mêmes vers la gauche, en encourageant une immigration accrue en provenance du Moyen-Orient, en instituant de nouvelles mesures tendant à réprimer les « discours de haine » et à supprimer toute critique de l’islam, et en fournissant davantage d’aide aux islamistes. Cette attitude frappe non seulement l’Establishment de gauche mais également, chose plus surprenante, celui de droite (comme l’Allemande Angela Merkel). Seuls les dirigeants d’Europe centrale et orientale comme le Hongrois Viktor Orbán osent parler honnêtement des vrais problèmes. Il est certain que la voix des électeurs finira par se faire entendre mais cela prendra des décennies et se fera dans de proportions plus faibles que ce qui aurait dû se passer dans un cadre démocratique. Daniel Pipes
Trump’s presidential campaign once again is counterproductive; he simultaneously makes conservatives look like idiots and brings adoring attention to those who oppose his views, in this case radical Muslim groups like the Council on American-Islamic Relations (widely known as CAIR), which has enjoyed an unprecedented cornucopia of media coverage to spread its deceitful message. That said, Trump has raised a critical and urgent issue that all Westerners must face, as symbolized by the recent tsunami of illegal immigration to Europe and the huge strains it has created. Simply put, Muslims present a disproportionately large source of problems, as becomes clear when they are compared with Hindu immigrants, who are roughly the same in number but generally fit quietly into the West. Violence is the headline topic relating to Muslims, whether large-scale plots (Paris) or sudden jihad syndrome lone wolves (San Bernardino), but violence is hardly the whole problem. Muslim hostility toward non-Muslims takes many other forms, such as teaching Islamic supremacism in mosques, spewing antisemitism in the streets, and threatening anyone who dares publicly to criticize Islam. Issues concerning women include female genital mutilation, honor killings, polygyny, and forced marriages. Islamic mores lead to strong antipathies against seeing-eye dogs, mixed swimming pool usage, and homosexuals. Daniel Pipes

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

Enseignement du suprémacisme islamique dans les mosquées, déferlement de l’antisémitisme dans les rues, menaces contre toutes critiques de l’islam, mutilations génitales féminines, crimes d’honneur, polygamie, mariages forcés, phobie des chiens d’aveugle, des piscines mixtes et des homosexuels, charia, viols collectifs, maladies exotiques …

A l’heure où,  comme il y a onze mois, le déni et l’excusisme reprennent tranquillement le dessus après le choc de voir la barbarie jusqu’ici réservée aux seules rues israéliennes atteindre celles de Paris ou de San Bernardino

Et où, de Marine Le Pen à Donald Trump et sur fond de clientélisme ethnique, c’est à nouveau les lanceurs d’alertes qui font figure d’ennemis publics numéro un …

Pendant qu’avec la bénédiction voire l’incitation de nos dirigeants et de nos amis turcs, les nouveaux milliers de crieurs d’Allah akbar que dépose chaque semaine sur nos côtes se transforment en centaines de milliers et bientôt millions dans nos villes …

Qui rappelle avec Daniel Pipes …

La véritable violence au quotidien que ne peut que renforcer dans nos sociétés …

Cet apport incontrôlé de millions de fidèles d’une religion explicitement totalitaire et conquérante ?

Trump: You Should Ban Islamists, Not Muslims
Daniel Pipes
Washington Times
December 11, 2015

Donald Trump, the leading Republican presidential candidate, called on Dec. 7 for « a total and complete shutdown of Muslims entering the United States until our country’s representatives can figure out what is going on. » Replace one word in this formulation and it goes from outrageous to brilliant.

Reacting to massacres by Muslims in Paris and San Bernardino, Trump pointed to a Muslim hatred « beyond comprehension » for the West. Therefore, he concluded, « Until we are able to determine and understand this problem and the dangerous threat it poses, our country cannot be the victims of horrendous attacks by people that believe only in Jihad. »

The negative responses, domestic and international, Muslim and non-Muslim, came in fast and furious – and rightly so, as Trump’s crude blast is unconstitutional, unacceptable, unworkable, and unstrategic.

Unconstitutional: Every Western basic law is secular, disallowing a religious test for immigration, rendering Trump’s statement less an exercise in practical policy making than a gadfly provocation.

Unacceptable: Beyond legalities, secularism represents a Western core value, up there with freedom of speech, a value hardly anyone accepts gutting for reasons of momentary expediency.

Unworkable: Islam is not a permanent identity like skin color. Nothing prevents Muslims from renouncing Islam or converting to another religion. Unless Trump extends his « total and complete shutdown » to former Muslims – which is even more unconstitutional – he just encourages the already-existing phenomenon of Muslim conversions of convenience (as symbolized by a church in Berlin).

Unstrategic: Trump’s presidential campaign once again is counterproductive; he simultaneously makes conservatives look like idiots and brings adoring attention to those who oppose his views, in this case radical Muslim groups like the Council on American-Islamic Relations (widely known as CAIR), which has enjoyed an unprecedented cornucopia of media coverage to spread its deceitful message.

That said, Trump has raised a critical and urgent issue that all Westerners must face, as symbolized by the recent tsunami of illegal immigration to Europe and the huge strains it has created. Simply put, Muslims present a disproportionately large source of problems, as becomes clear when they are compared with Hindu immigrants, who are roughly the same in number but generally fit quietly into the West.

Violence is the headline topic relating to Muslims, whether large-scale plots (Paris) or sudden jihad syndrome lone wolves (San Bernardino), but violence is hardly the whole problem. Muslim hostility toward non-Muslims takes many other forms, such as teaching Islamic supremacism in mosques, spewing antisemitism in the streets, and threatening anyone who dares publicly to criticize Islam. Issues concerning women include female genital mutilation, honor killings, polygyny, and forced marriages. Islamic mores lead to strong antipathies against seeing-eye dogs, mixed swimming pool usage, and homosexuals.

Polls show widespread – and legitimate – concern about these issues as well as growing impatience with governmental dismissal of those concerns. When Germany’s Angela Merkel welcomes an unlimited number of illegal immigrants or Barack Obama ridicules concerns about Syrian immigrants, populist voices like that of Donald Trump inevitably find followers.

Indeed, he is just the latest anti-immigrant figure to find a message that increasingly resonates. Geert Wilders’ PVV in the Netherlands wins 39 out of 150 seats in parliament in a recent survey, up from his current 15 and almost twice that of any other party. In the French regional elections a week ago, Marine le Pen’s National Front led in 6 out of 13 districts. This upward trend will continue until one of these ostracized insurgent parties gains over 50 percent of the vote and enters office. In this sense, Trump stands at the cutting edge.

How to deal with Muslim immigration in a responsible and uncontroversial manner? I offer two suggestions. First, replace the « Muslims entering the United States » in Trump’s formulation with « Islamists entering the United States. » Islamists are those Muslims who seek to apply Islamic law, oppress women and non-Muslims, and establish a worldwide caliphate. They make up about 10-15 percent of the Muslim population; they, not Muslims in general, are the barbarians who « believe only in Jihad. »

Second, engage in serious research into all would-be visitors and immigrants, not the pro-forma review that prevails these days. Doing so requires money and time, as well as creative inquiries to smoke out ideological proclivities, but each person entering the country must be checked to make sure no Islamists are allowed in, ever, at all, even for brief visits, thereby increasing our common security.

Voir aussi:

Pourquoi le massacre de Paris n’aura qu’un impact limité
Daniel Pipes
Philadelphia Inquirer
17 novembre 2015

Version originale anglaise: Why the Paris Massacre Will Have Limited Impact
Adaptation française: Johan Bourlard

L’assassinat de plus de 127 innocents vendredi à Paris par un gang djihadiste a de nouveau frappé les Français et déclenché de nouvelles manifestations de solidarité, d’introspection et de colère. En fin de compte, la violence islamiste à l’encontre des Occidentaux se résume à deux questions : Dans quelle mesure ces dernières atrocités en date vont faire changer l’opinion publique et dans quelle mesure vont-elles pousser l’Establishment à continuer à nier la réalité ?

Comme ces deux questions le laissent entendre, la population et les professionnels évoluent dans des directions opposées, l’une vers la droite, les autres vers la gauche. Au final, cette distorsion réduit de beaucoup l’impact de tels événements sur la politique.

L’opinion publique se positionne contre les islamistes en particulier et plus généralement contre l’islam dès que le nombre de victimes est suffisamment élevé. Les trois mille morts américains du 11-Septembre apparaissent comme le nombre de victimes de loin le plus important. Néanmoins, de nombreux autres pays ont eu leur lot – les attentats à la bombe de Bali dirigés contre l’Australie, l’explosion de trains en Espagne, le massacre dans l’école de Beslan en Russie, l’explosion dans les transports publics en Grande-Bretagne.

Les chiffres bruts ne sont pas les seuls critères à prendre en considération. D’autres facteurs peuvent démultiplier l’impact d’une attaque au point d’en faire pratiquement l’équivalent politique d’un carnage massif : 1) Le renom des victimes comme le Néerlandais Theo Van Gogh et le journal français Charlie Hebdo ; 2) le statut professionnel des victimes comme des soldats ou des officiers de police ; 3) la visibilité de l’événement, comme l’attentat à la bombe du marathon de Boston.

Outre les 27.000 attentats et plus commis en lien avec l’islam dans le monde depuis le 11-Septembre, soit plus de 5 par jour (selon le décompte opéré par TheReligionOfPeace.com), le boom récent de l’immigration illégale en provenance du Moyen-Orient a accentué les sentiments de vulnérabilité et de crainte. Les discours entendus vont toujours dans le même sens et jamais une voix ne s’est fait entendre pour dire : « Avant j’avais des inquiétudes par rapport à l’islamisme mais plus maintenant. »

Ces affaires rendent les Occidentaux plus inquiets à propos de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin comme la construction de minarets où l’infibulation féminine. D’une manière générale, un virage à droite est en train de s’opérer. Des sondages d’opinion européens montrent que 60 à 70 % des électeurs sont préoccupés par ces questions. Les populistes comme Geert Wilders aux Pays-Bas ou comme le parti des Démocrates suédois grimpent dans les sondages.

Mais quand elle touche l’Establishment – les politiciens, la police, la presse et les professeurs – cette violence implacable a un effet contraire. Ceux qui sont en charge de gérer les suites de ces attaques vivent dans une bulle de déni public (ce qu’ils disent en privé est une autre affaire) où ils se sentent forcés d’affirmer que l’islam n’a rien à voir avec la violence de peur qu’en admettant le contraire cela ne crée davantage de problèmes.

Ce groupe de spécialistes des 4 P font ouvertement semblant de croire en un mystérieux virus « extrémiste et violent » qui semble ne toucher que des musulmans et incite ces derniers à commettre des actes gratuits d’une violence barbare. Parmi les nombreuses déclarations grotesques des politiciens, celle que je préfère par-dessus tout est celle de l’ancien gouverneur du Vermont, Howard Dean, qui disait à propos des djihadistes de Charlie Hebdo : « Ils sont aussi musulmans que moi ».

Ce défi au bons sens s’est maintenu après chaque atrocité et je prédis qu’il perdurera après le massacre de Paris. Ce n’est qu’au bout de pertes véritablement massives de vies humaines, peut-être des centaines de milliers, que les professionnels se sentiront obligés de revenir sur leur attitude profondément ancrée de déni par rapport à la composante islamique des vagues d’attentats.

Cette attitude a pour effet quasi-systématique de masquer les craintes des électeurs ordinaires, dont l’opinion a dès lors un impact négligeable sur la politique. Les inquiétudes à propos de la charia, des viols collectifs, des maladies exotiques et des bains de sang sont écartées et considérées comme du « racisme » et de « l’islamophobie », comme si l’insulte apportait de réelles solutions aux problèmes.

Encore plus surprenant, les professionnels répondent au virage à droite pris par l’opinion publique en virant eux-mêmes vers la gauche, en encourageant une immigration accrue en provenance du Moyen-Orient, en instituant de nouvelles mesures tendant à réprimer les « discours de haine » et à supprimer toute critique de l’islam, et en fournissant davantage d’aide aux islamistes. Cette attitude frappe non seulement l’Establishment de gauche mais également, chose plus surprenante, celui de droite (comme l’Allemande Angela Merkel). Seuls les dirigeants d’Europe centrale et orientale comme le Hongrois Viktor Orbán osent parler honnêtement des vrais problèmes.

Il est certain que la voix des électeurs finira par se faire entendre mais cela prendra des décennies et se fera dans de proportions plus faibles que ce qui aurait dû se passer dans un cadre démocratique.

Dans ce contexte, le carnage de Paris fera probablement bouger de façon importante les sentiments de l’opinion publique dans une direction et les politiques de l’Establishment dans la direction tout à fait opposée, ce qui ne donnera au massacre récent qu’un impact limité.

Voir également:

Donald Trump: pourquoi il représente une réelle menace

Maroun Labaki
Le Soir
9 décembre 2015

Notre attention était ailleurs. Ces dernières semaines, nous avons eu les larmes aux yeux, puis la peur au ventre. Ensuite, nous avons douté. Normal. Et, dimanche soir, comme une gifle, nous avons reçu les dernières nouvelles de cette France ébranlée, abîmée, qui s’est largement laissé séduire par un sourire carnassier .

Nous n’avons pas vu grandir le monstre. Cette fois, il ne s’agissait pas de Daesh, que des mains alliées sinon amies avaient tranquillement nourri dans le désert irakien, cependant que l’Europe faisait de l’introspection en scrutant les dernières convulsions du Printemps arabe.

C’est une autre menace, d’une autre nature. Mais elle est bien réelle et immense. Donald Trump a été plus loin que jamais, et plus bas que le caniveau, lundi soir, en suggérant que les Etats-Unis ferment leurs frontières aux musulmans, « jusqu’à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème ». Le milliardaire sulfureux, candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle 2016, persiste et signe. « J’ai des amis musulmans, ce sont des gens très bien, mais ils savent qu’il y a un problème, et on ne peut plus le tolérer », a-t-il notamment déclaré depuis.

Les réactions n’ont évidemment pas tardé. « Donald Trump, vous ne comprenez rien. Cela affaiblit notre sécurité », a tweeté Hillary Clinton, sa possible future adversaire démocrate.

Mais le mal est fait.

Donald Trump bénéficie d’une exposition médiatique exceptionnelle. Il est – ou était jusqu’aux derniers sondages, de lundi – le candidat à l’investiture le plus populaire parmi les républicains. C’est peut-être le futur président des Etats-Unis ! Le monde entier a les yeux rivés sur lui. Voilà pourquoi son message de rejet a déjà fait des ravages, de Brooklyn à Jakarta, en passant par Molenbeek, Le Caire et Islamabad.

Nous, Européens, ne participerons pas à l’élection du prochain président américain. Nous sommes pourtant tellement concernés… Vladimir Poutine au Kremlin et Donald Trump à la Maison-Blanche ? Au secours, Jean-Claude Juncker !

Nous devons nous en remettre à l’intelligence des Américains. Et espérer que Donald Trump finisse par dire la bêtise de trop.

Voir encore:

Elie Barnavi, Ancien ambassadeur d’Israël
CCLJ
1 décembre 2015

Publié dans Regards n°831

Bien que les sociétés européennes soient confrontées depuis des années à l’islam radical, nombreux sont ceux qui se complaisent encore dans le refus de voir la réalité de cette idéologie mortifère.

Etrange et omniprésente pathologie, qui frappe aussi bien individus et collectivités. Il s’agit du rejet de la réalité, ou d’un pan de la réalité. Je vois, mais je ne perçois point, ou plutôt je refuse de percevoir ; je sais, mais je ne veux pas savoir. S’agissant des individus, le déni est du ressort de la psychologie, voire, dans des cas extrêmes, de la psychiatrie. En politique, il prend le masque grotesque de l’idéologie.

Oui, il y aurait un épais ouvrage savant à consacrer au rôle du déni dans la série de malheurs qui ont fait la trame de notre modernité. Fallait-il se complaire dans la cécité volontaire pour ne pas voir la réalité du totalitarisme soviétique et renvoyer ceux qui s’obstinaient à la décrire telle qu’elle était dans l’enfer des ennemis du progrès et de l’émancipation des peuples. Et que de souffrances l’humanité ne se serait-elle pas épargnées si l’on avait consenti à voir dans Mein Kampf ce qu’il étalait au grand jour, à savoir un programme d’action qui allait être méthodiquement exécuté à la face des démocraties sceptiques.

Au prix de quelques dizaines de millions de victimes, et sauf exception, ces deux cas classiques sont bien connus désormais. Ce qui est extraordinaire est que, avec une constance admirable, l’on s’obstine à retomber dans les vieilles ornières. C’était « Le drapeau de la Résistance flotte sur Phnom Penh » (Libération du 17 avril 1975) hier, c’est « Pour les musulmans » (Edwy Plenel, La Découverte), aujourd’hui. Reconnaissons-le, ce déni-là est surtout de gauche et se pare des oripeaux d’un progressisme de bon aloi.

Cela fait des années que le monde se mesure au phénomène de l’islam radical, et de bons esprits n’en ont toujours pas compris les tenants et les aboutissants. Voici ce que m’écrit, après le massacre du vendredi 13 novembre, une amie française qui travaille avec moi sur un projet d’exposition sur les relations multiséculaires entre l’islam et l’Europe : « …cette relecture violente et haineuse des textes cristallise l’abandon culturel et social que vivent certaines populations immigrées et ghettoïsées en Europe, qui n’ont plus que cela à quoi se raccrocher, car exclus de l’école et du monde du travail, exclus de la République. Des jeunes qui ont la haine et sont perdus, car abandonnés par la société sans aucun outil de réflexion, nourris par les jeux vidéo où l’on tire dans le tas sur des ennemis virtuels… »

Il reste à expliquer comment et pourquoi « l’abandon social et culturel » en Europe rend compte des massacres des yézidis et des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient, des décapitations de journalistes et du meurtre systématique de musulmans qui ne se reconnaissent pas dans l’idéologie de l’Etat islamique. Un « abandon social et culturel » qu’il serait stupide de nier, mais qui est tout de même relatif. Après tout, la France a englouti des milliards d’euros dans sa « politique de la Ville », notamment dans des équipements culturels sur l’ensemble du territoire – pas de quartier « sensible » sans sa bibliothèque, son centre culturel, son stade et sa piscine. Il faudra aussi expliquer pourquoi un certain Mohammed Emwazi, rejeton d’une famille riche originaire du Koweït établie en Grande-Bretagne lorsqu’il avait 8 ans, et qui a fait d’excellentes études dans une université anglaise prestigieuse, est devenu le bourreau global Jihadi John. Et aussi pourquoi environ 20 % des candidats au départ en Syrie sont des Français « de souche » sans histoire, issus des classes moyennes. Enfin, il faudra expliquer pourquoi d’autres populations anciennement colonisées n’ont pas produit de monstres de cet acabit. Selon cette logique, les Vietnamiens, les Chinois, les Indiens, que sais-je encore, auraient dû mettre le monde à feu et à sang. Mieux, ou pis, s’il y a un collectif humain qui aurait dû se muer en peuple de kamikazes, c’est bien le peuple juif, non ?

En fait, l’explication sociologiste, oublieuse de l’histoire et de ses ressorts culturels profonds, est révélatrice du déni massif des clercs face à une crise de civilisation que des intellectuels musulmans -Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Kemal Daoud, Boualem Sansal et tant d’autres- s’efforcent d’identifier et de combattre.

Il reste à dire un mot de la Belgique, formidable cas de déni collectif. Cela fait des années que je fréquente cet attachant pays, et que de fois n’ai-je entendu des amis belges comparer favorablement leur pays à la France pour ce qui concerne l’intégration des immigrés. Ici, on ne rejette pas les immigrés dans la périphérie des grandes villes, ici, on sait s’y prendre, ici, on leur fait une place dans la cité… Peut-être. Vu de Molenbeek, ce n’est pas évident.

Voir de plus:

Laurent Bouvet : Bartolone ou le clientélisme ethno-culturel de la gauche Terra Nova
Alexandre Devecchio
Le Figaro
10/12/2015

FIGAROVOX/ ENTRETIEN – Laurent Bouvet réagit aux accusations de Claude Bartolone contre Valérie Pécresse. Pour le politologue, le candidat PS a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova.

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’UVSQ-Paris Saclay. Son dernier ouvrage, L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

En meeting et dans Le Nouvel Observateur, Claude Bartolone a accusé Valérie Pécresse de défendre «la race blanche». Que vous inspirent ces propos?

De l’étonnement! On ne peut en effet se commettre dans de tels arguments dans un débat démocratique. Pour trois raisons, au moins, concernant Claude Bartolone.

D’abord parce qu’en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, il se doit d’une certaine réserve au moins dans son expression, a fortiori à l’égard d’une députée de l’assemblée qu’il préside. Ce ton lié à ce mélange des genres est problématique.

Ensuite parce que l’on peut difficilement, en tant que candidat socialiste, reprocher une telle chose à une élue d’un parti (Les Républicains), pour lequel on appelle ouvertement à voter dans d’autres régions, comme en PACA ou dans le Nord. La campagne étant médiatisée nationalement, cela n’aidera pas nécessairement les camarades socialistes locaux de M. Bartolone. Il y a là, au mieux, une forme d’inconséquence.

Enfin parce que l’usage, abusif, de telles expressions participe de l’agitation identitaire dans le débat public que M. Bartolone et le PS sont les premiers à reprocher, à juste titre à Nadine Morano ou au FN.

Après l’affaire Morano, vous dénonciez une dérive identitaire inquiétante du débat. Cette nouvelle affaire est-elle comparable?

Ce n’est pas strictement comparable dans la mesure où ici c’est utilisé comme désignation péjorative mais le fond du problème, la résurgence identitaire dans le débat politique, est le même.

L’assimilation, maladroite donc, de Mme Pécresse à Mme Morano, est clairement destinée à montrer que la droite serait à l’image de Mme Morano, raciste, alors que le PS défendrait l’antiracisme.

Or il n’est pas certain, outre le caractère fallacieux d’une telle imputation, que cela fonctionne politiquement comme le souhaiterait son auteur.

Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV figurent sur les listes de la gauche des candidats qui ont soutenu et défilé avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la « Marche pour la dignité » à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires.

Claude Bartolone s’inscrit-il dans la stratégie du think thank Terra Nova?

Le candidat PS à la région a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova. C’est-à-dire l’appel à la «banlieue», avec tout ce que cela suppose de réduction et d’illusion, et à Paris.

Il a pour cela multiplié les clins d’œil et les allusions, n’hésitant pas à déployer une forme de clientélisme ethno-culturel assez étonnant dans ses propos.

De la même manière, il a favorisé clairement sur ses listes, la mise en avant d’une forme de diversité identitaire qui tranche avec la faible diversité sociale des profils de ses colistiers – dont la grande majorité est issue du secteur public et en particulier du milieu des collaborateurs politiques et d’élus.

Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV, on constate que cette stratégie est encore renforcée dans la mesure où figurent sur les listes de la gauche désormais pour le 2nd tour, des candidats qui ont soutenu et défilé, par exemple, avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la «Marche pour la dignité» à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires.

Peut-on aller jusqu’à parler d’un appelle au «vote ethnique»?

Il faudrait pour cela regarder de près les résultats, notamment au niveau territorial. Après le 1er tour, on constate tout de même qu’il n’y a pas eu de forte mobilisation en banlieue notamment, là où on trouve supposément davantage d’électeurs qui correspondent à ce que vous appelez un «vote ethnique».

Que cela révèle-t-il sur la gauche? Comment peut-on dans le même temps appeler au Front républicain et de l’autre diaboliser ainsi l’adversaire?

Je ne sais pas. Je trouve cela assez paradoxal comme je vous le disais plus haut.

Il me semble que cela traduit une forte incertitude doctrinale du PS, de M. Bartolone et de son équipe en particulier. Incertitude qui conduit, sur la base d’un manque de réflexion sur ce type de questions, à réduire la politique à de la tactique électoraliste et à du clientélisme à courte vue.

C’est en quelque sorte ici une combinaison du résultat dont témoigne depuis des années l’aveuglement stratégique à la Terra Nova et de la gestion par la gauche de collectivités locales et de territoires sur le mode du clientélisme ethno-culturel. Ce qui a forgé une sorte de vision identitaire – assez symétrique à celle du FN – de la politique, réduisant tout ou presque à cette dimension, spécialement la prise en compte des difficultés sociales.

On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis.

Quelles peuvent-être les conséquences à long terme pour la gauche?

Les conséquences sont, hélas, déjà là. On voit l’effet de l’évolution que je viens de décrire rapidement sur l’attitude du PS vis-à-vis de la montée en puissance du FN. Une attitude qui se présente comme une fermeté sur les principes, les fameuses «valeurs» mais qui ne renvoie qu’à une forme de tentative désespérée de limiter par un «barrage» – le terme est parlant! – la montée d’un flot incontrôlable.

Il est donc déjà bien tard sinon trop tard. Et ce n’est certainement pas entre deux tours d’une élection que l’on peut infléchir voire réorienter des années voire des décennies d’absence de réflexion, de refus de voir les choses telles qu’elles sont et de considérations politiques purement tactiques.

Assiste-t-on durant ces régionales au suicide de la gauche, voire de la classe politique tout entière?

Suicide n’est pas un terme politique. On assiste bien néanmoins, comme à chaque élection depuis 2012, à la mise à jour de l’état réel de la politique française. Ce que nombre de responsables politiques mais aussi de journalistes ou même de chercheurs tentent de masquer ou d’oublier à longueur d’années ressurgit régulièrement en pleine lumière, à travers le vote de nos concitoyens. Ce ne sont pas là des sondages ou des extrapolations, c’est l’expression démocratique du peuple.

On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis.

La prochaine étape étant la présidentielle, je ne saurais trop conseiller, comme j’essaie de le faire depuis des années à mon modeste niveau, avec d’autres, à tous ces responsables politiques et commentateurs d’ouvrir enfin les yeux et de lâcher les moulins à prière qu’ils ont commencé à faire tourner, sans succès, dans les années 1980.

Voir par ailleurs:

Islamo-gauchistes: c’est la faute à la France!
La France est forcément coupable, ou alors elle l’a bien cherché

Régis Soubrouillard

Causeur

11 décembre 2015

Après le 7 janvier, déjà, le délai de décence n’avait pas été très long. Et nombreux étaient ceux, parmi les rangs de la gauche radicale, à laisser entendre, ou parfois même à dire ouvertement, que les dessinateurs de Charlie avaient eu la plume un peu lourde quand il s’agissait du Prophète, laissant trop souvent s’exprimer un humour aux relents « islamophobes ». Les dessinateurs étaient morts pour avoir un peu trop dessiné, les policiers pour avoir un peu trop protégé. Et les juifs… Parce qu’ils étaient un peu trop juifs.

Bref, tout bien pesé, les sacrifiés des 7 et 11 janvier l’avaient sans doute un peu cherché, sinon dûment mérité.

Au Bataclan, ne se tenait pas une réunion de dessinateurs de prophètes et aux terrasses des cafés visés ne se pressaient que des jeunes et innocents leveurs de coudes. Difficile, donc, de défendre l’hypothèse que ceux-là aient dépassé les bornes.

Dix mois après Charlie, l’argument des provocations supposées « islamophobes » s’est écrasé sur les terrasses parisiennes.

Pourtant, la cohorte désormais connue des piètres penseurs, qui trouvent systématiquement des excuses à des hordes de terroristes fanatisés et aiment à présenter les bourreaux en victimes, n’a pas tardé à dégainer ses nouveaux éléments de langage : le prêt-à-penser de la victimisation du poseur de bombes.

C’est le NPA qui a d’abord expliqué que la guerre menée par l’État islamique à l’Occident n’était qu’une réponse aux bombardements menés par l’armée française contre l’organisation terroriste. L’argument pourrait s’entendre si dans son communiqué le parti d’Olivier Besancenot ne mettait pas sur un pied d’égalité la violence des attentats parisiens et les bombardements de l’armée française.

« Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie, suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen », écrit ainsi le parti d’Olivier Besancenot.

Dans la géopolitique ultrarudimentaire qui sert de vision du monde au NPA, les bombardements effectués par l’armée d’un État démocratique contre un groupe terroriste n’ont ainsi pas plus de sens que le massacre aveugle d’innocents venus écouter un concert. Dans ce monde binaire où tout se vaut, et où le terrorisme serait légitimé par la politique étrangère des puissances occidentales, le NPA pratique le révisionnisme historique en faisant de l’État islamique un simple golem de l’« axe du Bien », niant le contexte local, le rôle joué par les monarchies du Golfe dans sa montée en puissance, et occultant par ailleurs totalement le conflit géant interne à l’islam.

Sur son blog, Julien Salingue, chercheur sur la question palestinienne, a publié, lui, dès le samedi 14 novembre, un billet de la même eau intitulé « vos guerres, nos morts », devenu, depuis, le hashtag de ralliement de tous les néopacifistes (« leurs guerres, nos morts ») :« Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. »

Depuis, Michel Onfray s’est lui aussi rallié à ce camp de la paix et du juste « retour de bâton ». Dans une « mise en perspective » en 140 signes, le philosophe estime que « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique ». Une prise de position qui a tellement plu à l’État islamique qu’il s’est permis de la relayer dans une de ses vidéos.

Le site Acrimed, qui a abandonné depuis longtemps la salutaire critique des médias pour la propagande, a laborieusement tenté de relativiser les prises de positions des uns et des autres, ne voyant là que des voix « dissidentes » ou « discordantes » que le « parti des éditorialistes faucons » ne saurait entendre. L’argument est un peu court.

Le débat est légitime, encore faudrait-il ne pas se tromper de sujet. Si le terrorisme ne se combat pas par la guerre – c’est même sans doute un contresens que de croire que des bombes suffiront à anéantir un tel adversaire –, la mécanique intellectuelle qui consiste à faire peser la responsabilité des victimes sur les dirigeants occidentaux relève, en l’espèce, de la mystification. C’est un autre combat que mènent ici les bataillons islamo-gauchistes : contre le virage – largement critiquable – atlantiste et néoconservateur de la diplomatie française, et encore plus sûrement contre la prise de distance de cette même diplomatie avec les Palestiniens dès la fin de la présidence Chirac. Cette partie minoritaire de l’extrême gauche, avec laquelle Mélenchon garde ses distances, se trompe de cible, focalisée sur la question palestinienne, le contexte social et l’histoire coloniale. Autant de procédés peu glorieux qu’elle partage, en l’occurrence, avec les recruteurs de l’État islamique chargés d’attirer les jeunes Occidentaux.

Cette gauche radicale a d’autres ressources dans sa besace, dont l’« excusisme » reste l’argument suprême. Et le suspense n’a pas duré longtemps quant à savoir qui allait nous expliquer en premier que les kamikazes n’étaient en fait que de pauvres victimes d’une société qui n’aurait eu de cesse de les rejeter.

Les Indigènes de la République, particulièrement virulents à l’égard de Charlie Hebdoaccusé de fascisme anti-islamique, ont joué l’effet « double lame » : la politique étrangère française s’expliquerait par l’« islamophobie » qui caractérise la politique intérieure française. « La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État ». La boucle est bouclée.

Dans la chronique du Yéti intitulée « notre irresponsable part de responsabilité »,l’hebdomadaire Politis a, lui, préféré dénoncer la stigmatisation et la ghettoïsation sur notre sol des populations musulmanes. En tirant, de facto, la conclusion suivante : « Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? »

Sur son blog, l’économiste Paul Jorion a accueilli le billet d’un certain Anton Klimm, auteur de l’analyse sociologique la plus indigente qui soit : « Est-il légitime de se demander pourquoi certains se retrouvent du “bon” côté et d’autres, du “mauvais” ? » Entendant par là d’un côté « des jeunes performants » et de l’autre « les assassins, sans moyens financiers » qui se « voient barrer l’accès à la fortune dès la naissance ». Suffisant, selon l’intéressé, pour tenter d’expliquer un tel passage à l’acte.

De plateaux télé en interviews dans L’Humanité ou L’Obs, le sociologue Raphaël Liogier, icône des milieux islamo-gauchistes depuis un livre au titre plein de promesses Le Mythe de l’islamisation, développera partout sa thèse des « ninjas de l’islam ». Le djihadisme n’aurait ainsi rien à voir avec l’islamisme, mais résulterait avec d’un manque de reconnaissance, desproblèmes de virilité ou encore de l’absence du père. sans jamais L’auteur oublie de s’interroger sur le rôle éventuel du religieux dans ces failles spécifiques. Les bouddhistes, les juifs, les chrétiens n’auraient-ils pas de problèmes de virilité ? Évoquant un « djihadisme sans islamisme », Raphaël Liogier conteste totalement que le fondamentalisme islamiste est soit un projet politique et religieux qui se nourrit de l’islam.

Dans le même déni, Edwy Plenel avait déjà été d’une formidable ambiguïté pendant tout le mois de janvier, lors de ses sorties médiatiques après les attentats de Charlie Hebdo,incapable d’énoncer clairement sa pensée tellement pleine de sous-entendus : « On peut être Charlie et on peut ne pas l’être tout à la fois. On peut être Charlie en disant qu’évidemment nous sommes du côté de ceux qui ont été massacrés. Et on a tout à fait le droit de ne pas être Charlie en disant : “Je ne suis pas obligé d’apprécier.” »

Le danger n’était déjà pas alors le terrorisme mais la laïcité ou la stigmatisation des populations musulmanes. À trop fréquenter des Tariq Ramadan et à fustiger régulièrement ceux qu’il appelle désormais les « laïcards », celui qui défendait autrefois mordicus le dessinateur Siné dans son droit à la caricature et à la provocation n’avait eu de cesse de louvoyer : « Aujourd’hui, en France, il y a une forme de laïcisme, d’interprétation sectaire, dogmatique, dominante, exclusive de la laïcité qui fait que moi qui suis areligieux, je veux aussi défendre la liberté de ceux qui croient. De ceux qui ont des croyances, des convictions qui, pour moi, sont des opinions ».

Transformé en Gandhi d’opérette, dépourvu de ses arguments sur le caractère provocateur des caricatures et le « laïcisme », Plenel n’est pas tombé dans l’outrance des Besancenot et autres Indigènes de la République. Bien plus préoccupé par le « virage sécuritaire » que par la menace islamiste, le fondateur de Mediapart s’est contenté d’un appel à « faire société ». La belle affaire ! L’équivalent sociétal de la fête des voisins serait donc la réponse au terrorisme islamiste… Et pourquoi pas tendre l’autre joue ! À peu près aussi indigent que tous les Jean Moulin de bistrots qui prétendent résister à l’ennemi en retournant boire un coup.

Sa recette ? Edwy Plenel n’en dit évidemment pas un mot, se perdant en de vaines paroles –« la peur est notre ennemie » – pour mieux nier qu’en l’occurrence l’ennemi est identifié : le radicalisme musulman qui recouvre pour l’essentiel le salafisme djihadiste. Dans sa prose angélique, Plenel évite soigneusement le sujet quand même le président de la République, d’une prudence de Sioux jusque-là, a fini par lâcher le mot interdit, évoquant pour la première fois des « jeunes islamistes radicalisés » devant le rassemblement des maires de France.

Non, les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre.

Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ».

C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs.

Voir de même:

Leurs guerres, nos morts: la barbarie impérialiste engendre celle du terrorisme

14 novembre 2015

Les attentats horribles qui ont eu lieu à Paris vendredi soir, faisant plus de 120 morts, des dizaines de blessés, cette violence aveugle, suscitent la révolte et l’indignation. Le NPA les partage et exprime sa solidarité aux victimes, à leurs proches. Ce drame est d’autant plus révoltant qu’il frappe des victimes innocentes, que les attaques meurtrières visaient la population.

Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement.

Ces bombardements sont censés combattre l’État islamique, les terroristes djihadistes, en fait, avec l’intervention et les bombardements russes, ils protègent le régime du principal responsable du martyr du peuple syrien, le dictateur Assad.

Et ce sont là aussi les populations civiles qui en sont les premières victimes condamnées à survivre sous la terreur ou à fuir au risque de leur vie.

La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Et cela pour le contrôle des sources d’approvisionnement en pétrole.

Dans une intervention pitoyable, Hollande s’est décomposé en direct et a bafouillé quelques mots sur la République. Lui qui joue les va-t-en guerres et porte une responsabilité immense dans ce nouveau drame réclame de la « confiance ». Il a décrété l’état d’urgence sur tout le territoire, estimant que la réponse à apporter était de piétiner les libertés fondamentales. Il a été immédiatement soutenu par Sarkozy. Les autorités politiques peuvent ainsi désormais interdire des réunions publiques et contrôler la presse.

Une nouvelle fois, les principaux responsables de ce déferlement de violence barbare appellent à l’union nationale. Ils tentent de retourner la situation dramatique à leur avantage pour étouffer l’indignation et la révolte. Ils ont pour cela un bouc émissaire tout trouvé, les musulmans. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen. Nous dénonçons le racisme que distille l’État au nom de prétendues « valeurs de la république » au moment même où, sous couvert de lutte contre le terrorisme, ce sont les droits démocratiques qui sont menacés. Nous demandons la levée de l’État d’urgence.

La seule réponse aux guerres et au terrorisme est l’unité des travailleurs et des peuples, par delà leurs origines, leur couleur de peau, leurs religions, par delà les frontières pour se battre ensemble contre ceux qui veulent les faire taire, les soumettre, pour en finir avec ce système capitaliste qui engendre la barbarie.

Pour mettre fin au terrorisme, il faut mettre fin aux guerres impérialistes qui visent à perpétuer le pillage des richesses des peuples dominés par les multinationales, imposer le retrait des troupes françaises de tous les pays où elles sont présentes, en particulier en Syrie, en Irak, en Afrique.
Montreuil, le 14 novembre 2015

Les limites de l’antifascisme carnavalesque
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
08/12/2015

Ce qui est quand même une entreprise sans précédent d’ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l’identité du peuple français et de la civilisation européenne …
Depuis une quinzaine d’années, on le sait, on a assisté à la multiplication des phobies. Elles contribuent à la psychiatrisation de la vie politique. La dissidence est associée à une forme de dérèglement psychique, et on assistera à la multiplication des interdits moraux et idéologiques. L’inquiétude devant l’immigration massive ou le multiculturalisme sera assimilée à la xénophobie. Celle par rapport à la difficile intégration de grandes populations musulmanes en France sera quant à elle assimilée à l’islamophobie. La critique de l’intégration européenne relèvera de l’europhobie. À ce catalogue des phobies, il faudrait aussi ajouter l’homophobie et la transphobie, dont on a beaucoup parlé ces dernières années. Le nouveau régime issu de mai 68 exige qu’on s’enthousiasme devant sa promesse d’un avenir diversitaire radieux ou qu’on passe pour fou. Devant le déni de réel des élites médiatiques, certains cherchent la protestation la plus vigoureuse, même si elle est excessive. L’idéologie soixante-huitarde, qui prend forme aujourd’hui à travers la sacralisation de la diversité, a besoin du mythe du fascisme pour poursuivre son implantation. Il lui permet d’associer ainsi aux pires horreurs du vingtième siècle la simple défense des valeurs traditionnelles et des institutions qui les pérennisaient. Dès lors, le progressisme dominant propose son alternative funeste: multiculturalisme ou barbarie. Le désaccord populaire est toujours rabattu sur le fascisme, comme s’il représentait la dernière étape avant la conversion décomplexée à l’extrême-droite. En fait, il s’agit de désarmer mentalement le commun des mortels devant ce qui est quand même une entreprise sans précédent d’ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l’identité du peuple français et de la civilisation européenne. Encore aujourd’hui, on peine à traduire politiquement les clivages nés dans la dynamique des radical sixties. Qu’on le veuille ou non, la distinction entre la gauche et la droite structure encore la vie politique, surtout en France qui, à sa manière l’a inventé. Elle n’est pas sans profondeur anthropologique non plus: la gauche et la droite ne sont pas des notions complètement insensées. Mais il faut bien convenir que ce clivage n’est pas parvenu à donner une véritable forme politique aux enjeux qui touchent à la nature même de la communauté politique. Ils ne s’expriment vraiment clairement qu’avec les référendums européens, pour ensuite se dissiper une fois que le système partisan reprend ses droits. Une frange importante du peuple, dans les circonstances, semble privilégier une politique tribunicienne pour se faire entendre, même si, paradoxalement, elle l’isole politique dans les marges. On s’est demandé cet automne pourquoi les intellectuels avaient aujourd’hui plus d’influence que les politiques dans la vie publique. Naturellement, leur parole est plus libre. Ils ne sont pas en position de responsabilité. On les suspecte moins, conséquemment, de dissimuler une part de réalité et d’être lié par une attache partisane. Mais l’essentiel était ailleurs: ne cherchant pas à s’inscrire dans un clivage politique usé, ils parviennent plus aisément à réaliser les synthèses nécessaires et à formuler une vision de l’époque et de ses enjeux délivrée de l’écartèlement habituel et exagéré entre ce que la gauche et la droite de gouvernement croient devoir être. Plus souvent qu’autrement, ils expriment une forme de conservatisme qui est peut-être d’abord et avant tout un patriotisme de civilisation. Ce créneau est aujourd’hui idéologiquement majoritaire en France, même s’il demeure vitupéré médiatiquement.  Si on laisse de côté le grand récit antifasciste maintenu artificiellement en vie par le système médiatique, on découvre une autre histoire de l’émergence du populisme européen. Sa vitalité politique repose sur un double abandon dont se sont rendus coupables les partis de gouvernement. La droite a sacrifié le patriotisme conservateur qui était la marque distinctive du RPR des bonnes années pour se convertir à un libéralisme moderniste qui n’a jamais suscité l’enthousiasme au-delà du cercle étroit des élus de la mondialisation heureuse. La gauche a renoncé à la défense du peuple pour se convertir à la cause de la diversité et à la sacralisation des minorités, en leur prêtant la vertu rédemptrice autrefois réservée au prolétariat. Le Front national a récupéré ces deux créneaux. En un mot, les élites françaises ont sacrifié la fonction protectrice du politique, ou sa part conservatrice, si on préfère. Elles ont ainsi renoncé à certaines aspirations fondamentales au cœur de la cité. Elles ont négligé le besoin d’enracinement au cœur de l’âme humaine. Les enjeux sociétaux ont émergé ces dernières années. Ils rappellent que la politique ne saurait être victime de réductionnisme économique sans s’appauvrir existentiellement. Les hommes, quoi qu’on en pense, ne se représentent pas la société comme une simple association contractuelle d’individus sans liens véritables entre eux. Ils veulent habiter un monde commun, noué dans l’histoire et la culture. Mais on a assisté, à bien des égards, à sa dissolution dans la seule logique des droits. Plus encore, les grandes réformes sociétales ont été présentées comme relevant de la fatalité historique. Ce sentiment d’impuissance entretenu par le mythe de la fatalité historique revalorise, par effet de contraste, ceux qui croient que la politique n’est pas sans lien et qui misent sur cette dernière pour infléchir autrement le cours de l’histoire, et reconstruire ce qui n’aurait pas dû être déconstruit. Les partis politiques qui prétendent, d’une manière ou d’une autre, sortir la politique de la seule logique de l’extension des droits et du traitement gestionnaire des problèmes sociaux retrouvent aisément un écho populaire. Ils laissent croire, en quelque sorte, que l’homme a une maîtrise sur son destin, même s’ils font preuve souvent de démagogie en laissant croire que cette volonté est toute-puissante et peut s’affranchir des pesanteurs de l’époque. On s’est émerveillé, ces dernières semaines, de la réhabilitation de la Marseillaise et du Tricolore, suite aux carnages du 13 novembre. Personne ne s’en désolera, naturellement. Il y avait là une forme de sursaut patriotique absolument admirable, à mille lieux du réflexe pénitentiel dans lequel le système médiatique se complaît spontanément. Mais une certaine autocritique aurait été la bienvenue: pourquoi les élites, et les élites de gauche, en particulier, avaient-elles abandonné les symboles nationaux? Car le Front national avait moins confisqué la nation qu’on ne lui avait concédée. C’est moins sur son programme spécifique qu’il est parvenu à croître, au fil des ans – d’autant que ce programme est assez changeant et ne se caractérise pas exactement par un souci de rigueur – que sur un désir de nation auquel il était à peu près le seul à répondre explicitement, aussi déformée sa réponse soit-elle. Il faut voir plus large. C’est à une crise de légitimité qu’on assiste, en fait. Une crise de régime, si on veut, qui touche toutes les sociétés occidentales même si encore une fois, même si c’est en France qu’elle prend une portée civilisationnelle. La France devient le théâtre des grandes contradictions qui traversent le monde occidental. Le pouvoir semble impuissant à affronter une crise de civilisation à peu près sans précédent et se contente de disqualifier ceux qui le rappellent à ses devoirs et l’invitent à ne pas se contenter d’incantations humanitaires devant des problèmes comme la crise des migrants. Il se permet même de persécuter ceux qui dénoncent son impuissance. Ainsi, ils sont de plus en en plus nombreux à défiler régulièrement devant les tribunaux pour avoir nommé la part de réel qui heurte l’idéologie dominante. C’est, à certains égards, le seul ressort qui lui reste. Il y a certainement d’excellentes raisons de s’opposer au Front national, mais la réduction de sa progression à la renaissance d’une forme de fascisme intemporel, qui serait la tentation diabolique de la civilisation européenne, n’en est pas vraiment une. Elle rassure certainement une frange significative des élites politiques et intellectuelles, qui peuvent dès lors prendre la pose avantageuse de la résistance contre la bête immonde, mais elle rend à peu près incompréhensible et inintelligible le pourrissement de la situation qui a pourtant propulsé le Front national au rang de premier parti de France. Et pour tout dire, la meilleure manière de lui faire barrage ne consiste certainement pas à pousser encore plus loin la politique qui a contribué à sa croissance.

Les limites de l’antifascisme carnavalesque
Mathieu Bock-Côté

Le Figaro
08/12/2015

Pascal Bruckner : « Notre pays souffre désormais de nanisme »
L’essayiste explique le succès du Front national par sa capacité à porter mieux qu’aucune autre force politique le « discours de la plainte ».
Propos recueillis par Sébastien Le Fol
Le Point

09/12/2015
On est toujours surpris par ce qu’on attend. On annonce la victoire du Front national depuis au moins quinze ans et, quand elle survient, à l’occasion des régionales, on feint d’être terrassé par l’étonnement. C’était le spectre brandi par la gauche et la droite à chaque consultation pour intimider leurs adversaires et les menacer du pire ; voilà que le spectre débarque, il n’est plus un fantasme, mais une réalité. Du Désert des Tartares surgit l’ennemi tant redouté mais aussi tant désiré. Toute une frange du pays espère cette arrivée au pouvoir du parti de Marine Le Pen. Par besoin de clarté : les uns pour voir s’il incarne vraiment l’alternative dont il se réclame ; les autres par une sorte de résistantialisme rétrospectif, volonté de rejouer la dramaturgie de la Seconde Guerre mondiale. On le veut, ce « fascisme », pour s’opposer à lui, solder enfin les comptes, laver, soixante-dix ans après, l’affront de la collaboration. Pas de chance : le vrai fascisme est ailleurs, dans cette conjonction de religiosité et de terreur de masse incarnée à l’échelle mondiale par le djihadisme. Quoi qu’on pense du Front national et de la sottise de ses propositions, il y a entre lui et les soldats de l’islam radical une différence fondamentale : il joue le jeu de la démocratie et de la persuasion quand les kamikazes égorgent et tuent, à commencer par les musulmans.

Pour stopper ce parti, la gauche a misé sur l’antiracisme et la diabolisation. La droite, elle, l’a assimilé à un mouvement d’extrême gauche. Les deux stratégies semblent avoir échoué. Pourquoi, selon vous ?

Le terrorisme et l’immigration ne constituent, pour l’extrême droite, que des arguments ou des ingrédients, comme à Calais. Le FN progresse parce qu’il porte, mieux qu’une autre force politique, le discours de la plainte. Il n’est pas facile d’être français aujourd’hui, c’est-à-dire les héritiers d’un passé glorieux dont les péripéties soulignent par contraste notre petitesse. Comme si notre pays, qui se crut jadis le phare du monde, réalisait soudain qu’il a cessé de fixer les règles du jeu. Quelque chose lui a échappé, il a vieilli sans se régénérer. Pour le dire crûment, ça n’est plus ici que ça se passe. La France étouffait jadis dans des frontières trop étroites, elle souffre désormais de nanisme dans un monde trop vaste. Le Front national, en ne cessant de répéter que France rime avec souffrance, en martelant avec une jubilation morose que nous sommes des malheureux, des victimes universelles, traduit ce sentiment de déclassement éprouvé par nos compatriotes. La gauche et l’extrême gauche voudraient rejeter le Front national dans les ténèbres. Elles ont substitué la démonologie à la discussion politique. Voyez Jean-Christophe Cambadélis : son seul argument consiste à dire que le FN, c’est Vichy. Mettez-vous dans la tête d’un électeur. Vichy évoque quoi ? Une eau minérale un peu salée, une villégiature à la fois désuète et charmante du Massif central. Et très lointainement la capitale du gouvernement de Pétain. Rien qui n’appelle l’effroi ou la peur, alors que les attentats, les massacres parlent à tout le monde. On ne saurait imaginer pire décalage. Ou encore, comme le dit le Parti communiste, le FN serait mauvais car hostile à l’ »Autre ». Mais qui est cet Autre, que signifie cette mystique de l’altérité qui se développe parallèlement à celle du respect ? En quoi le souci des siens, de sa communauté serait-il a priori plus détestable que l’idolâtrie de l’étranger qui brille dans son inaltérable splendeur ? La seule réponse appropriée au Front national n’est pas celle de l’exorcisme, mais celle du réalisme : discuter point par point son programme, très proche de celui du Front de gauche – sortie de l’euro, retraite à 60 ans, etc. -, et en montrer les limites, les insanités. »

« 2) La gauche donne le sentiment d’avoir rompu avec son angélisme. Son virage sécuritaire est-il un vrai tournant idéologique et philosophique ou bien une simple réponse aux événements ?

Que la gauche se range enfin aux avis d’un certain nombre d’intellectuels, d’observateurs qui depuis dix ou quinze ans pointent la menace islamiste est hélas un peu tardif, mais quand même salutaire. Spontanément, face aux tueries, ce qui nous vient aux lèvres, ça n’est plus « L’Internationale », c’est La Marseillaise, cet hymne que notre génération avait cru jeter aux orties, c’est le drapeau que tout le monde conspuait il y a encore quelques mois, c’est la défense du mode de vie à la française. C’est toujours un défaut de patrie qui attise le nationalisme, jamais un excès. Beaucoup de temps a été perdu depuis janvier, beaucoup de débats imbéciles, d’anathèmes lancés contre les mauvais philosophes par la presse bien-pensante (c’est-à-dire celle qui ne pense pas mais ânonne son catéchisme), alors que gauche et droite auraient dû se mobiliser contre la barbarie. Penser l’événement du 13 novembre et en tirer toutes les conséquences, c’est ce qui au final départagera les intellectuels, les partis et les gouvernants. Ne pas faiblir, ne pas faillir, abattre la main impitoyable de l’État sur les terroristes et leurs complices, c’est ce que l’on demande aujourd’hui au gouvernement. C’est « Le chant des partisans  » qu’il faudrait apprendre aux écoliers, plus encore que La Marseillaise : l’ennemi doit connaître en effet le prix du sang et des larmes. En France comme en Syrie, en Irak, au Sahel ou en Libye. Aucune complaisance ni hésitation ne seront tolérées.

Dans son nouveau livre, Gilles Kepel pointe la polarisation entre « la kalach du djihadiste et le [Charles] Martel du FN ». Il y voit l’aboutissement de la stratégie préconisée par les théoriciens de l’islamisme, qui ambitionnent de provoquer une guerre civile en Europe. Redoutez-vous un tel scénario ?

Jusqu’à présent, les Français se sont conduits avec une dignité remarquable. Aucun appel à la vengeance, aucun cri de haine, en dépit de quelques actes isolés, montés en épingle. Mais Gilles Kepel a raison : une haine imbécile, attisée par les bons résultats de la droite extrême, risque demain de se transformer en actes de vengeance à l’égard de nos compatriotes musulmans pris comme cibles. Je l’avais signalé dans vos colonnes au mois de juin. On peut voir aussi se développer l’anomie sociale, se multiplier des éruptions de violence, comme à Air France, des révoltes de casseurs qui, comme à Moirans ou sur l’autoroute A1, s’en prennent aux biens publics, des mini-émeutes dirigées contre l’État, la justice ou tel groupe. L’état d’urgence doit aussi réprimer ces actes d’insubordination qui ajoutent le chaos à la confusion actuelle.

Le courant souverainiste, antieuropéen et antilibéral, est-il devenu majoritaire dans le pays ? Comment le discours libéral et réformiste, faisant la pédagogie de la mondialisation, peut-il à nouveau redevenir audible ?

Le fantasme qui travaille la France de 2015, ce n’est pas l’expansion, c’est la séparation. On se trompe en décrivant notre pays comme une puissance qui rêve de dominer ou vibrerait de nostalgie coloniale. C’est au mieux un pays en panne de destin et qui tente de survivre. Le souvenir des gloires d’hier s’accompagne d’un renoncement intégral aux mentalités qui les conditionnaient. Puisque, dans la vulgate antilibérale dominante, tout ce qui va mal chez nous est dû à la malignité de puissances étrangères – la finance, la mondialisation, l’empire américain, Bruxelles, l’euro, la Chine et j’en passe -, le rêve est de se barricader derrière les frontières pour se protéger du monde extérieur. Un peu comme les émeutiers en 2005 défendaient leurs cités contre l’intrusion de la police et des services de l’État. Mimétisme d’assiégés enfermés ici ou là dans leurs villages gaulois. Comment sortir de la peur, du repli ? Bien sûr, de meilleurs chiffres du chômage redonneraient confiance à nos compatriotes. On n’échappe à la névrose d’échec que par une série de petites victoires progressives, de petits pas qui nous rendent la maîtrise de notre destin. Hormis cela, je vois deux autres issues possibles. Le retour des expatriés, qui rapportent chez nous leur savoir-faire, leur goût d’entreprendre, eux qui ont porté avec succès les couleurs de la France aux quatre coins du monde. Mais, dans l’immédiat, nous sommes condamnés à faire confiance à François Hollande. Non parce qu’il est le meilleur, mais parce qu’il est là encore pour quinze mois. L’année 2016 sera cruciale : pour réorganiser l’islam de France, démanteler les réseaux terroristes, remporter éventuellement, avec nos alliés, une victoire sur le terrain contre Daech, accélérer les réformes nécessaires sur le plan économique. Mieux vaut harceler, persuader, influencer le gouvernement actuel plutôt qu’attendre mai 2017 et une hypothétique alternance. Nous n’avons plus le temps. C’est le seul effet positif de ces mauvais résultats. Puisque la gauche a senti le vent du boulet, elle se décidera peut-être à changer. Il faut croire en la pédagogie de la réalité. »

Why Won’t We Call This Islamist Terrorism?
November 19, 2015

victorhanson
This isn’t an attack on “humanity.”  It’s a war against the West.
by Victor Davis Hanson // Politico (Europe Edition)

President Obama summed up the jihadist killing in Paris as “an attack not just on Paris.” But rather, he assured us, “This is an attack on all of humanity and the universal values we share.”

People place flowers and light candles in tribute for the victims of the 13 November Paris attacks at the foot of the statue on Place de la Republique in Paris, France, 14 November 2015. At least 120 people have been killed in a series of attacks in Paris on 13 November, according to French officials. EPA/IAN LANGSDON
But is that assumption true?

Certainly, the president seems as unable to utter the targeted “West” and “Western” as he is the targeter “radical Islam” or “jihadist.”

Were the suicide bombers and the AK-47 shooters who slaughtered the innocent in Paris seeking to destroy the ideology of communist China?

Was their deadly message aimed at the protocols of Cuba, North Korea, or Venezuela? The Islamist terrorists — how careful were the president and the American news media to use the generic “they” and the non-specific “the terrorists” — did not seem too concerned with “all of humanity.” By the pattern of their attacks, our enemies seem not to share with the president that all of humanity embraces “universal values.”

Certainly the Vietnamese and Ecuadorians are more safe than those in Paris, New York, or Fort Hood. Communist Chinese profiteers in Africa or cartoonists in Beijing are not on the targeting list of ISIS.

Instead, radical Muslims and jihadists abroad overwhelmingly focus on Westerners. In the Middle East, when they don’t find them so ubiquitously any more, they kill and torture other religious and tribal groups who do not adhere to their particular brand of fundamentalist Sunni or Shiite Islam.

At home, the agendas of the tea party, Occupy Wall Street, anti-abortionists, Black Lives Matter, radical feminists, Christian fundamentalists and revolutionary atheists do not manifest themselves in blowing up restaurants and massacring innocents. Abroad, Christian crusaders are not desecrating mosques. Kurdish militias are not beheading civilians on videos. Jewish “militants” are not cutting off hands in religious courts, and Sufi clerics are not blowing up UN world heritage sites.

To the degree the Paris killers seek existential resonance, they are clearly attacking the expressions and manifestations of quite singular Western values of consensual government, human rights, equality of the sexes, freedom of expression and religion, and the bounty that follows from free market economics and the sanctions of private property. They hate not humanity so much as they do the West — and for an apparent variety of reasons that transcend the usual boilerplate of supporting Israel, buying oil from plutocratic sheiks and thuggish theocrats, or occasionally bombing or droning an unhinged terrorist or dictator.

* * *

The West is powerful, far more powerful than the alternatives, and its reach threatens, both insidiously and overtly, its antitheses. The treatment by radical Islamists of Christians, women, minorities, and homosexuals reminds us that inclusivity and diversity are not their creed. In fact, Islamists despise diversity as proof of our impurity and apostasy.

Yet radical Muslims, like moths to a flame, gravitate toward the affluent and leisured West — the recruiting grounds of ISIS are often in Europe and North America — as if they too want the security of civilized landscapes, but not the institutions that birth and nurture them. As nihilists, non-integrating Muslim fundamentalists in the West would turn their adopted enclaves into something similar to what they fled in the Middle East — and then move on when they found the water dangerous, medical care nonexistent, and safety for their children iffy.

The more the West welcomes in migrants from the Middle East who break immigration laws and issue demands on their hosts upon arrival, the more radical Muslims see such hospitality as weakness to be despised rather than as magnanimity to be appreciated. They see Western refinement in Thucydidean terms as endangering muscularity; like good parasites they feed off their hosts with the expectation that the meal provider will last for quite some time.

Western affluence and popular culture threaten to obliterate the 7th-century of the madrassa, and not by intent, but, far worse, by indifference. Young male Middle Easterners, in Mohamed Atta fashion, in London, Paris, and Berlin, as good addicts hate the provider of their pleasure — whether expressed benignly in Parisian soccer matches and rock concerts or in more tawdry fashion by the likes of Miley Cyrus and the Kardashians — and would hate them even more if they were to withdraw it.

Even the most clever jihadists cannot make the technology they use to destroy Westerners — from jetliners to plastic explosives to cell phones and the Internet; their religious figures damn Western technology as proof of our decadence and then see their youth hooked on it in addictive fashion. Their reaction to Western popular bounty is of course schizophrenic, true of most passive-aggressives, who alternate between bouts of inferiority and superiority. What did these weak, atheistic, and ambiguous Westerners do, they snarl to themselves, to obtain such extravagant but also decadent lifestyles? Are they wealthy and cocky, and we of the Middle East poor and miserable, because they choose Mammon over Allah, or because as imperialists and colonialists they robbed the treasures of the caliphate and have been living off our bounty ever since?

* * *

By any historical measure, radical Islamists like Al Qaeda and ISIS are weak, lacking the manpower, technology and economic power of the West. But they see willpower, zealotry, and suicidal nihilism as force multipliers in their war against the current postmodern West. And as they grow, they are dismissed by Western leaders such as Barack Obama and John Kerry with assurances that they are “contained” and “their days are numbered.”

The more our intelligence and government technocrats assure us that the Muslim Brotherhood is largely “secular” or that the Fort Hood terrorist Major Hasan’s labors represented “workplace violence,” or that a right-wing video stirred up the spontaneous “rioters” in Benghazi, the more Islamists up the ante — in part due to strategic arrogance that follows the loss of Western deterrence, but also in part due to sick curiosity over just how far one has to go to rile up these “Eloi:” blow up the finale of the Boston Marathon, shoot up  soldiers at a military base, butcher cartoonists in Paris, or something akin to 9/11 and Friday’s massacre in Paris? Will all that ever earn more than campus trigger warnings about “Islamophobia”?

If the president recently announced that global warming was the world’s greatest threat, if John Kerry sees climate change as the catalyst for the implosion of the Middle East (have four years of crippling drought forced Californians to strap on suicide belts?), and if Al Gore is perched high above the fray in the Eiffel Tower tweeting about earth in the balance, the jihadists are far more earthly.

Both before September 11 and afterward, they lost fear of Western retaliation. Before 9/11 they killed hundreds, like a sheep shearer who was careful to keep his periodic sheering reasonable and profitable. After 9/11, they grasped that even when bombed, invaded, and defeated at home, their long wars eventually exhaust Westerners, who, it turns out, can live with an occasional blown-up jet or shot-up rock concert, but not with a constabulary force in Iraq.

ISIL will assume that after the Paris attack, European and American leaders will, in time, remind Westerners of the dangers of right-wing nativists and xenophobes and “overreaction.” They will focus on the need to condemn abstract terrorism and extremism, and the need to reach out and embrace our common humanity. And such Islamist cynicism will be largely spot on about our leadership and culture — in the fashion that Osama bin Laden once blamed us for global warming and the lack of campaign finance reform.

Waging The War on ‘Terror,’ Vichy-style
November 15, 2015
Victor Davis Hanson

National Review Online

A few hours before the catastrophic attack in Paris, President Obama had announced that ISIS was now “contained,” a recalibration of his earlier assessments of “on the run” and “Jayvees” from a few years back. In the hours following the attack of jihadist suicide bombers and mass murderers in Paris, the Western press talked of the “scourge of terrorism” and “extremist violence”. Who were these terrorists and generic extremists who slaughtered the innocent in Paris — anti-abortionists, Klansmen, Tea-party zealots?

Middle Eastern websites may be crowing over the jihadist rampage and promising more to come, but this past week in the United States we were obsessed over a yuppie son of a multi-millionaire showboating his pseudo-grievances by means of a psychodramatic hunger strike at the University of Missouri and a crowd of cry-baby would-be fascists at Yale bullying a wimpy teacher over supposedly hurtful Halloween costumes. I guess that is the contemporary American version of Verdun and the Battle of the Bulge.

This sickness in the West manifests itself in a variety of creepy ways — to hide bothersome reality by inventing euphemisms and idiocies likely “workplace violence” and “largely secular,” jailing a “right-wing” video maker rather than focusing on jihadist killers in Benghazi, deifying a grade-school poseur inventor who repackaged a Radio Shack clock and wound up winning an invitation to the White House, straining credibility in Cairo to fabricate unappreciated Islamic genius. Are these the symptoms of a post-Christian therapeutic society whose affluence and leisure fool it into thinking that it has such a huge margin of security that it can boast of its ‘tolerance’ and empathy — at the small cost of a few anonymous and unfortunate civilians sacrificed from time to time? Is deterrence a waning asset that has now been exhausted after seven years of Obama administration apologetics and contextualizations?

Our premodern enemies have certainly got our postmodern number. Newsmen compete to warn us not of more jihadists to come or the nature of the Islamist hatred that fuels these murderers, but instead fret about Western “backlash” on the horizon, about how nativists and right-wingers may now “scapegoat” immigrants. Being blown apart may be one thing, but appearing illiberal over the flying body parts is quite another. Let’s hurry up and close Guantanamo Bay so that it will stop “breeding” terrorists; and let’s hurry up even more to restart the “peace talks” to remind ISIS that we are nice to the Palestinians.

Hundreds of thousands flock to Europe not in gratitude at its hospitality but largely contemptuous of those who would be so naive to extend their hospitality to those who hate them. Barack Obama recently called global warming our greatest threat; Al Gore — recently enriched by selling a TV station to carbon-exporting Persian Gulf kleptocrats — is in Paris in Old Testament mode finger-pointing at our existential enemy — carbon. John Kerry, hours before the Paris attacks, announced that the days of ISIS “are numbered.” Angela Merkel welcomes hundreds of thousands of young male Muslims into Europe, and the more they arrive with anything but appreciation for their hosts, the more Westerners can assuage their guilt by turning the other cheek and announcing their progressive fides.

To preserve our sense of progressive utopianism, we seem willing to offer up a few hundred innocents each year to radical Islam. The slaughter might cease in a few years if we were to name our enemies as radical Muslims and make them aware that it could well be suicidal for their cause to kill a Westerner — or at least remind the Islamic world in general that it is a rare privilege to migrate to the West, given that immigration demands civic responsibilities as well as rights and subsidies, and is predicated on legality rather than the power of the stampede. But then to do that we would no longer be Westerners as we now define ourselves.​

Obama Has Just Begun
December 6, 2015
Victor Davis Hanson

National Review Online

How much damage can he do in his last year of office?

Insidiously and inadvertently, Barack Obama is alienating the people and moving the country to the right. If he keeps it up, by 2017 it will be a reactionary nation. But, counterintuitive as it seems, that is fine with Obama: Après nous le déluge.

By sheer force of his personality, Obama has managed to lose the Democratic Senate and House. State legislatures and governorships are now predominantly Republican. Obama’s own favorable ratings rarely top 45 percent. In his mind, great men, whether Socrates or Jesus, were never appreciated in their time. So it is not surprising that he is not, as he presses full speed ahead.

Obama certainly has doubled down going into his last year, most recently insisting on letting in more refugees from the Middle East, at a time when the children of Middle Eastern immigrants and contemporary migrants are terrorizing Europe. What remaining unpopular executive acts might anger his opponents the most? Close down Guantanamo, let thousands more refugees into the United States, free thousands more felons, snub another ally, flatter another enemy, weigh in on another interracial melodrama, extend amnesty to another million illegal aliens, make global warming laws by fiat, expand Obamacare, unilaterally impose gun control? In lieu of achievement, is the Obama theory to become relevant or noteworthy by offending the public and goading political enemies?

An Obama press conference is now a summation of all his old damn-you clichés — the fantasy strawman arguments; the caricatures of the evil Republican bogeymen; the demagogic litany of the sick, the innocent, and the old at the mercy of his callous opponents; the affected accentuation (e.g., Talîban; Pakîstan, Îslám, Latînos, etc.) that so many autodidacts parade in lieu of learning foreign languages; the make-no-mistake-about-it and let-me-be-clear empty emphatics; the flashing temper tantrums; the mangled sports metaphors; the factual gaffes; and the monotonous I, me, my, and mine first-person-pronoun exhaustion. What Obama cannot do in fact, he believes he can still accomplish through invective and derision.

In the 2016 election campaigns, most Democratic candidates in swing states will have distanced themselves from the last eight years. Otherwise, they would have to run on the patently false premise that American health care is more affordable and more comprehensive today than it was in 2009; that workforce participation is booming; that scandals are a thing of the past; that the debt has been addressed; that Obama has proved a healer who brought the country together; that immigration at last is ordered, legal, and logical; that the law has never been more respected and honored; that racial relations are calmer than ever; that the campuses are quiet; that the so-called war on terror is now over and won with al-Qaeda and ISIS contained or on the run; that U.S. prestige aboard has never been higher; that our allies appreciate our help and our enemies fear our wrath; that Iran will now not go nuclear; that Israel is secure and assured of our support; and that, thanks to American action, Egypt is stable, Libya is ascendant, Iraq is still consensual, and the Middle East in general is at last quiet after the tumultuous years of George W. Bush.

The hordes of young male migrants abandoning the Middle East for the West are merely analogous to past waves of immigrants and should be uniformly welcome. For Obama,  there is no connection between them and his slashing of American involvement in the Middle East — much less any sense of responsibility that his own actions helped produce the crisis he now fobs off on others.

If an American president saw fit to attack fellow Americans from abroad, and lecture them on their illiberality, there are better places from which to take such a low road than from Turkey, the embryo of 20th-century genocide, and a country whose soccer crowds were recently shouting, “Allahu akbar!” during what was supposed to be a moment of silence offered to the Paris dead. Surely an American president might suggest that such grassroots religious triumphalism about mass death is much more reprehensible behavior than are his own fellow citizens’ demands to vet the backgrounds of refugees.

If you suggested to Obama that, in his search for a contrarian legacy, he should do something to stop the slaughter in the Middle East and be careful about letting in more unexamined refugees, in answer, he would be more likely to do less than nothing abroad and vastly expand the influx of migrants. Getting under his critics’ skin is about all that is left of a failed presidency.

Many of our observers still do not quite grasp that Obama will end his presidency by  , — and that his resentment will lead to some strange things said and done.

Few foresaw this critical element of the Obama character. The tiny number of prescient pundits who warned what the Obama years would entail were not the supposedly sober and judicious establishment voices, who in fact seemed to be caught up in the hope-and-change euphoria and missed entirely Obama’s petulance and pique: the Evan Thomases (“he’s sort of god”), or the David Brookses (“and I was looking at his pant leg and his perfectly creased pant, and I’m thinking, a) he’s going to be president and b) he’ll be a very good president.” “It is easy to sketch out a scenario in which [Obama] could be a great president.”), or the Chris Matthewses (“the feeling most people get when they hear Barack Obama’s speech. My, I felt this thrill going up my leg. I mean, I don’t have that too often.”), or the Michael Beschlosses (“Uh. I would say it’s probably — he’s probably the smartest guy ever to become President.”), or the Chris Buckleys (“He has exhibited throughout a ‘first-class temperament,’ pace Oliver Wendell Holmes Jr.’s famous comment about FDR. As for his intellect, well, he’s a Harvard man”), or the Kathleen Parkers (“ . . . with solemn prayers that Obama will govern as the centrist, pragmatic leader he is capable of being”), or the Peggy Noonans (“He has within him the possibility to change the direction and tone of American foreign policy, which need changing; his rise will serve as a practical rebuke to the past five years, which need rebuking; his victory would provide a fresh start in a nation in which a fresh start would come as a national relief.”).

In truth, it was the loud, sometimes shrill, and caricatured voices of talk radio, the so-called crazy Republican House members, and the grassroots loudmouths of what would become the Tea Party who had Obama’s number. They warned early on that Barack Obama’s record was that of a petulant extremist, that his writing presaged that he would borrow and spend like no other president, that his past associations gave warning that he would use his community-organizing skills cynically to divide Americans along racial lines, that nothing in his past had ever suggested anything other than radicalism and an ease with divisive speech, that his votes as a state legislator and as a U.S. senator suggested that he had an instinctual dislike of the entrepreneur and the self-made businessman, and that his past rhetoric advised that he would ignore settled law and instead would rule by fiat — that he would render immigration law null and void, that he would diminish the profile of America abroad, and that he would do all this because he was an ideologue, with no history of bipartisanship but a lot of animus toward his critics, and one who saw no ethical or practical reason to appreciate the more than 60 years of America’s postwar global leadership and the world that it had built. Again, the despised right-wingers were right and the more moderate establishment quite wrong.

Abroad, from Obama’s post-Paris speeches, it is clear that he is now bored with and irritated by the War on Terror. He seems to have believed either that Islamist global terror was a minor distraction with no potential for real harm other than to bring right-wingers in backlash fashion out of the woodwork, or that it was an understandably radical manifestation of what was otherwise a legitimate complaint of Islam against the Western-dominated global system — thus requiring contextualization rather than mindless opposition.

A lot of ambitious and dangerous powers are watching Obama assume a fetal position, and may well as a consequence act foolishly and recklessly this next year. Not only Russia, China, and North Korea, but also Hamas, Hezbollah, Iran, ISIS, and assorted rogue states may take chances in the next 14 months that they would otherwise never have entertained (given that America is innately strong and they are mostly in comparison far weaker) — on the premise that such adventurism offers tangible advantages without likely negative consequences and that the chance for such opportunities will not present itself again for decades to come.

At home, Obama feels liberated now that he is free from further elections. He thinks he has a legitimate right to be a bit vindictive and vent his own frustrations and pique, heretofore repressed over the last seven years because of the exigencies of Democratic electioneering. Obama can now vent and strike back at his opponents, caricaturing them from abroad, questioning their patriotism, slandering them for sport, and trying to figure out which emblematic executive orders and extra-legal bureaucratic directives will most infuriate them and repay them for their supposed culpability for his failed vero possumus presidency.

The more contrarian he becomes, and the more he opposes the wishes of the vast majority of the American people, all the more Obama envisions himself speaking truth to power and becoming iconic of something rather than the reality that he is becoming proof of nothing.

Hold on. We haven’t seen anything yet.


Police de la pensée: Quand les lois décident de la vérité des dogmes (When truth becomes a revolutionary act)

29 novembre, 2015
truthLes lois n’ont pas à décider de la vérité des dogmes; elles n’ont en vue que le bien et la conservation de l’État et des particuliers qui le composent. John Locke (1689)
A une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. George Orwell
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Certains se satisferont que la justice ait été saisie pour que, à travers un jugement, quel qu’il soit, un nom soit donné à ce qu’il s’est passé il y a quatre-vingts ans entre la Cilice, l’Anatolie et la région de Van. D’autres, perplexes, s’interrogeront sur cette solution qui fait que l’histoire se dit maintenant dans les prétoires. Daniel Bermond
Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c’est un magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue date ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s’y trouvait entassé. […] Vous êtes les premiers démolisseurs à s’attaquer à des destructeurs. Les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes. Nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts . Philippe Muray
Il ne faut pas caricaturer la thèse de Fukuyama qui est plus subtile qu’on le dit. Elle ne consiste nullement à affirmer qu’il ne se passe plus rien dans le monde ! Pour une part, il reprend une version light de la thèse hégélienne de la « fin de l’histoire » qui consiste à dire que nous disposons désormais, dans un espace mondial globalisé, des instruments d’intelligibilité des événements historiques. Le monde est certes complexe dans le détail, mais nous disposons des grilles d’analyse pour en comprendre les phénomènes globaux. Pour une autre part, il constatait, avant même la chute du mur, que l’humanité avait atteint une forme d’unanimité. Pour le dire d’un mot, le capitalisme et la démocratie constituent « l’horizon indépassable de notre temps ». On peut dénoncer le capitalisme financier et être déçu par la démocratie parlementaire, mais les critiques les plus virulentes (à quelques exceptions — un tantinet snob — près) ne remettent en cause ni l’un ni l’autre : elles envisagent un capitalisme plus juste et plus durable ; une démocratie plus participative et plus efficace. Ce sont des critiques internes qui pointent le décalage entre la promesse et la réalisation, mais ne proposent aucune remise en cause totale et surtout aucun autre possible crédible. C’est en ce sens que notre époque est tentée par l’idéologie de la fin des idéologies. On peut même contester que l’Islam radical constitue une « alternative », puisqu’il use habilement du capitalisme financier le plus classique, des techniques de communication les plus « marketées » et aspire à une démocratie épurée. Sa contradiction insurmontable est qu’il mobilise toute la modernité pour lutter contre elle : ce n’est pas tenable, même si cela peut durer longtemps ! Les radicalismes religieux représentent des pathologies classiques d’entrée dans la modernité — et nous sommes bien placés en Occident pour savoir que cette entrée dans la modernité peut durer fort longtemps et produire des terribles tragédies … Pierre-Henri Tavoillot
Regardez les photos des spectateurs quelques instants avant le drame. Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… » comme dit le “quotidien de révérence”. Mais ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… Les uns portent le maillot du PSG – « Fly Emirates » en effaçant le berceau de Louis XIV, et les autres profitent du même argent pour se faire offrir un costume en bombes. Une minute avant leur mort, les uns et les autres étaient penchés sur leurs smartphones, comme accrochés au sein de leur nourrice. Ce n’est pas le retour du Moyen Âge, contrairement à ce que disent les crétins, c’est la postmodernité dans toute son absurdité. Le drame de l’humanisme athée, qui aime le diable, la mort, la violence, et qui le dit… et qui en meurt ! Le signe de la mort et du chaos ne flotte pas que sur les rues de Paris, un vendredi soir maudit. 130 morts, c’est affreux ! Et 600 morts, c’est quoi ? C’est le chiffre des avortements en France le même jour (Ministère de la Santé – merci Orwell !). Où est l’horreur, la vraie ? (…) On peut écarter d’un revers de la main dédaigneux ces faits en estimant qu’ils relèvent d’un humour au second degré. Lorsqu’un membre du groupe revendique son goût pour les armes, la pornographie et la méthamphétamine… (Wikipedia), il ne fait que dealer un cocktail particulièrement efficace pour le contrôle social. Pas besoin de complot, pas besoin de police, l’appât du gain des trafiquants, les névroses sociales pullulantes et l’intérêt du système financier suffisent à faire le boulot. Des milliers de romans de science-fiction l’ont mieux dit que tous les sociologues. Voilà d’ailleurs en grande partie pourquoi vous ne pouvez pas faire la moindre remarque critique sur le sujet, sans vous faire agonir de sottises. Les chiens de garde veillent… Ne parlons même pas des propos consternants de premières communiantes chez ces rockers revenus peureusement à la maison : « Bien que nous soyons désormais rentrés chez nous et en sécurité, nous sommes horrifiés et tentons toujours de comprendre ce qu’il s’est passé… », avant de remercier servilement la police et le FBI… Ils vénéraient Satan mais n’étaient visiblement pas impatients de le rencontrer. Ah, ils peuvent s’afficher avec leurs tatouages virils, leurs admiratrices en bikini et leurs grosses motos, « c’est rien que des demi-sels » comme dirait Audiard, des aigles déplumés, bien loin de la mère des Maccabées, « cette femme héroïque qui parlait avec un courage viril » comme dit l’Écriture Sainte ces jours-ci. Pour finir, le sordide et les intérêts bien compris. Ils vont gagner au grattage après le tirage. Les victimes ne sont même pas enterrées qu’un journaliste du système peut tranquillement expliquer : « Lancée dans la foulée des attaques terroristes ayant frappé Paris vendredi 13 novembre, la campagne visant à porter la chanson Save A Prayer au sommet des ventes de singles britanniques bat son plein » (Le Figaro). C’est nous les complotistes, les obscurantistes, les réactionnaires, mais eux, ils peuvent tranquillement se repaître sur le dos des morts, ça ne gêne personne ! À vomir ! Il n’y a pas que ceux qui tiennent les kalachnikovs qui sont des monstres. Hervé Benoît
A la suite de la publication d’une tribune signée par le père Hervé Benoît, et après avoir pris le temps de le rencontrer et de l’écouter, j’ai décidé, en accord avec son évêque Mgr Armand Maillard [évêque de Bourges], de le relever de ses différentes charges pastorales dans le diocèse de Lyon.  Dans le contexte qui est le nôtre, il n’est pas acceptable que des chrétiens, à plus forte raison des prêtres, ne s’appliquent pas toujours et le plus possible à maintenir entre les hommes la paix et la concorde fondée sur la justice. A l’issue des obsèques de Caroline Prénat, une jeune fille lyonnaise décédée au Bataclan, j’ai dit combien le texte du père Benoît était consternant et blessant. Mgr Philippe Barbarin (archevêque de Lyon)
Non, merci Monsieur le Président, Messieurs les politiciens, mais votre main tendue, votre hommage, nous n’en voulons pas et vous portons comme partie responsable de ce qui nous arrive (…) parce qu’en France, il soit possible d’être en lien avec un réseau terroriste, de voyager en Syrie, et de revenir, librement » avant de déplorer que  « des personnes fichées S circulent librement, empruntent n’importe quel moyen de locomotion ou louent des voitures (…) pour perpétrer les fusillades dans les rues (…) rien n’a été fait (…) et 10 mois plus tard, les mêmes hommes, sont en mesure de recommencer et faire cette fois-ci, 10 fois plus de morts. Emma Prevost (soeur d’une victime du Bataclan)
Nous connaissons l’ennemi, c’est la haine ; celle qui tue à Bamako, à Tunis, à Palmyre, à Copenhague, à Paris et qui a tué naguère à Londres ou à Madrid. L’ennemi, c’est le fanatisme qui veut soumettre l’homme à un ordre inhumain, c’est l’obscurantisme, c’est-à-dire un islam dévoyé qui renie le message de son livre sacré. François Hollande
À force de synthèses politiques douteuses et de relectures historiques frelatées, ils ont rendu la France peu à peu nauséeuse. D’abord, Nicolas Sarkozy s’était plu, pendant la campagne présidentielle de 2007, à préempter avec un art consommé de la triangulation, à la fois de Gaulle et Jaurès, la République et les racines chrétiennes de la France, le message universel de la déclaration des droits de l’Homme et l’appartenance de la France à la civilisation occidentale. À coup de manipulations, il avait fait tomber un à un les repères établis par les respirations de l’Histoire. Et beaucoup des valeurs fondatrices de la République avaient ainsi été passées au laminoir des discours du chef de l’État. Bernard Cazeneuve (2012)
On ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique. Vincent Peillon (2008)
Moi, je suis un grand défenseur de la liberté d’expression. Dès lors, s’il y a des gens qui ont envie d’être climatosceptiques, c’est leur affaire. Je pense quand même qu’à un moment donné du temps, il va falloir tenir un registre très précis de tous ceux qui se seront prononcés et qui auront agi dans un contexte climatosceptique, pour que, dans quelques années, ils portent la responsabilité au moins morale de ce qu’ils auront fait. (…) Pas les condamner juridiquement, mais qu’ils portent la responsabilité de leurs propos, parce qu’on dit pas n’importe quoi n’importe comment. Qu’on ait émis des doutes il y a vingt ou vingt-cinq ans, soit. Quand on voit aujourd’hui ce qui se passe en Islande, ce qui se passe dans le Bordelais, ce qui se passe partout sur la planète, et de dire “ben non, il n’y a pas de changement climatique”, il faut arrêter, quand même, à un moment donné du temps. Corinne Lepage
Les gouvernements occidentaux sont hypocrites; eux qui se sont enrichis avec les combustibles fossiles, disent maintenant aux pays africains: vous n’avez pas le droit de construire des barrages, ni des centrales à charbon, contentez-vous de ces renouvelables hors de prix. Les pays africains ne les écouteront pas. Donald Kaberula (Banque Africaine de Développement)
Dans L’idéologie du réchauffement, terminé en juillet 2015, j’analysais la «tentation totalitaire» inhérente au réchauffisme, en évoquant le 1984 de George Orwell. Le scandaleux congédiement de Philippe Verdier apporte, hélas, une bien triste preuve de la justesse de cette analyse. Le plus lamentable d’ailleurs n’est pas tant la décision de la direction de la chaîne publique contrôlée par le pouvoir politique, que la facilité avec laquelle elle a été acceptée par les syndicats et les médias. Un mois plus tard, Madame Corinne Lepage, sur une radio publique, demandait la création d’un fichier des climato-sceptiques (elle a employé le mot de «registre»). Là encore, cette proposition extravagante est passée comme une lettre à la poste. (…) Ces anathèmes sont faciles à comprendre. Les climato-crédules sont absolument persuadés de connaître, de détenir, et de défendre le Vrai et le Bien, et que leur croyance est la clé de la survie de l’humanité. Tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont donc dans le Faux et le Mal, et menacent la survie de l’humanité. Les réchauffistes se font donc un devoir moral de maudire et de faire taire les sceptiques. C’est la logique de l’inquisiteur. Ce n’est pas par méchanceté, qu’il torture le mécréant. C’est par bonté, pour le sauver des flammes éternelles. Evidemment, cette attitude ne prédispose pas au débat. Le climato-crédule n’éprouve pas le besoin de débattre, puisqu’il sait ; il éprouve au contraire l’envie de censurer, pour empêcher le doute et le mal de se répandre. (…) Les églises, et pas seulement l’église catholique, retrouvent dans le réchauffisme des thèmes qui leurs sont chers: l’homme est coupable ; il conduit le monde et lui-même à la ruine ; seule la punition, la foi, l’ascétisme feront apparaître un homme nouveau qui pourra être sauvé. En ce qui concerne l’encyclique, elle adoube sans nuances la vision noire et apocalyptique des réchauffistes, prône (avec le patriarche Bartholomée) le «passage de la consommation au sacrifice», écrit que «l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance» (dans les pays riches), et va jusqu’à inviter les catholiques à «se convertir» à une autre religion, la religion réchauffiste. Dans au moins l’une édition en français, l’encyclique est accompagnée d’une préface de Nicolas Hulot, comme si le texte du souverain pontife avait besoin de cette béquille. Même le non-croyant éprouve une certaine gêne en observant ces capitulations devant l’air du temps. (…) L’explication de cette évolution par les rejets de CO2 est une conjecture, appuyée sur une théorie assez séduisante (rejetée par certains physiciens cependant), mais assez mal vérifiée empiriquement. Du reste, le bon sens suggère qu’un phénomène aussi complexe que l’évolution des températures a (comme la plupart des phénomènes physiques ou sociaux complexes) est pluricausal, et non monocausal. Le passage de la température aux catastrophes est un autre chapitre, encore plus complexe et plus mal connu que le passage du CO2 à la température. La «croissance verte» est d’abord une trouvaille de langage. Comme tout le monde est pour le vert et pour la croissance, tout le monde est pour une économie verte qui créerait de la croissance. Mais il ne suffit pas d’accoler les deux mots pour créer une causalité. En réalité, si la lutte contre le CO2 crée bien des emplois et de l’activité dans les secteurs qu’elle subventionne, les impôts qui la financent réduisent les ressources des ménages et des entreprises et donc leurs dépenses et détruisent des emplois dans le reste de l’économie; au total, l’effet des créations d’emplois nettes des destructions d’emplois est très faible, et probablement légèrement négatif. Si la dépense publique «créait» des emplois, la France, championne du monde de la dépense publique, n’aurait plus un chômeur depuis longtemps. Quant à l’effet sur le bien-être des ménages, il est très largement négatif. En Europe, le prix de l’électricité est d’autant plus élevé que les investissements éoliens et photovoltaïque sont importants. Et cet effet est régressif, parce que les dépenses affectées (électricité, logement, transports) pèsent plus lourd dans le budget des pauvres que dans celui des riches. La comparaison des dépenses environnementales (vertes) avec les dépenses militaires (rouges) est éclairante: objectifs de lutte comparables, financements également étatiques, prétentions à la croissance identiques. L’impact économique des dépenses rouges a été très étudié: il apparaît négatif. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on est conduit à penser que celui des dépenses vertes est également négatif. Pas pour tout le monde: le complexe écolo-industriel qui est le pendant du célèbre complexe militaro-industriel y trouve son compte. (…) Le réchauffisme est une idéologie née, développée et répandue dans les pays riches: États-Unis, Royaume-Uni (Margaret Thatcher fut le premier leader politique converti), Allemagne, France, pays scandinaves. Le spectacle des G8 qui se réunissent, et qui décident – vous avez bien lu: décident – pas seulement pour leurs propres pays, mais bien pour l’ensemble de la planète, la réduction de moitié des émissions de CO2, sent son néo-colonialisme à plein nez. Pendant trop longtemps, le fossé entre pays riches et pauvres a été terrible, effrayant, et croissant. Depuis une trentaine d’années, il a enfin commencé à se combler. Aujourd’hui, les pays pauvres se développent plus vite que les pays riches. Contrairement à ce que beaucoup (le pape par exemple) pensent et disent, la misère, la faim, l’illettrisme, la maladie, la mort reculent partout, y compris au Bangladesh, en Inde, en Afrique. Au cours des 20 dernières années, la mortalité infantile (bon reflet des revenus, de leur répartition, de l’hygiène, de l’accès aux soins, de l’éducation des femmes, de la production de nourriture) a diminué de 70% en Afrique et de 50% en Asie. Si tout s’explique par le réchauffement, comme on veut nous le faire croire, alors: vive le réchauffement! Bien entendu, le combat contre la pauvreté, qui reste encore dramatique pour bien trop de millions de personnes, est loin d’être achevé, et doit rester notre première préoccupation. Il est la priorité des pays pauvres, bien avant le combat contre le CO2. La volonté des pays riches de réduire à tout prix les rejets de CO2 partout est donc en conflit avec la volonté des pays pauvres de se développer. Ce conflit est particulièrement aigu en matière d’électricité. Sans électricité, pas de développement. Et en Afrique ou en Inde, sans centrales à charbon, pas d’électricité. Au nom du CO2, les pays riches prétendent empêcher les pays pauvres de construire des centrales à charbon. Ils ont tous interdit à leurs agences d’aide, et aux banques de développement internationales qu’ils contrôlent, de prêter un sou à cet effet. Et en prime les ONG environnementales des pays riches s’opposent souvent aux barrages hydro-électriques. Rémy Prud’homme
Jewish groups cheering the jailing of Dieudonné should consider the fact that, informally at least, on campuses, Zionism is now treated as ‘hate speech’ and is frequently shut down by intolerant self-styled warriors against ‘prejudice’. The institutionalisation of hate-policing is generating armies of censors keen to shut up things they find offensive or wrong; it gives people a licence to silence ideas that they hate. The second reason we should oppose the arrest of people like Dieudonné is because censorship is the worst tool imaginable for combatting real prejudice. It is precisely if you are opposed to Dieudonné’s thinking that you must defend Dieudonné’s freedom of speech, because it is only through hearing his ideas that we can know them, expose them, and challenge them. People who are serious about standing up to the foul ideologies of racism, anti-Semitism and Holocaust denial should not seek to silence such ideas but rather should welcome their expression. Because it’s only in a free, rowdy public sphere that we can argue against them and potentially defeat them. Forbidding the expression of such ideas makes it more difficult for those of us who take seriously our responsibility as citizens to shine the light of reason on this dark and backward way of thinking, which allows the thinking to fester and grow, underground, far from the rationalism and corrections of the rest of us. To criminalise Holocaust denial is to turn it into an edgy ideology that will be embraced by many of the alienated as a kind of stupid rebellion against what they see as a defensive and uncaring state. In the underbelly of the internet, in smoky halls in French and Belgian suburbs, some youths say things they aren’t allowed to say in public — or listen to Dieudonné saying them — and in those cut-off, anti-social bubbles their prejudices become more fixed, free from the mocking or questioning of those who aren’t racist and who know that the Holocaust happened. Censoring racial hatred doesn’t challenge it; it can intensify it. It is incredibly illiberal for the state to police hatred. Hatred might not be big or clever, but it’s only an emotion. And officialdom has no business telling us what we may feel — or think, or say, or write. Allowing the state to monitor belief represents a brutal reversal of the Enlightenment itself. John Locke, in his Letter Concerning Toleration (1689), set the tone for the Enlightenment as an attempt to ‘settle the bounds’ between the business of government and the business of morality. ‘The business of laws is not to provide for the truth of opinions, but for the safety and security of every particular man’s goods and person’, he wrote. That ideal is now turned on its head. Across Europe, governments ‘provide for the truth of opinions’, and in the process they silence those they don’t like and patronise the rest of us, reducing us to imbeciles incapable of working out what is right and wrong, and of speaking out against the wrong. Brendan O’Neill
Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installé depuis plusieurs années qui nous amène à l’irréparable puisque maintenant ces quartiers produisent des terroristes. C’est donc extrêmement différent, dix ans après ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes. Malek Boutih
De telles paroles, qui établissent un lien entre des territoires et une dérive terroriste trahissent une profonde erreur d’analyse, fustige le maire. Dix ans après les émeutes de 2005, les habitants des quartiers populaires se seraient bien passés de telles déclarations […] Malek Boutih condamne chaque jeune de ces quartiers à être considéré comme un terroriste potentiel. Philippe Rio
Sérieusement, que voulez-vous qu’on en fasse ? C’est un rapport de droite et qui flirte avec ce que pense la droite dure ! Membre du bureau national du PS
Le succès des recruteurs djihadistes auprès des jeunes repose sur l’adhésion à un projet politique entrant en résonance avec leurs préoccupations internationales et leur rejet de la société démocratique occidentale, plus qu’à une doctrine religieuse fondamentaliste.» D’où cette conséquence: «Une grande partie de la jeunesse se détourne de notre modèle de société.(…) Dans les quartiers, le discours du “deux poids deux mesures”, entre des juifs qui seraient insérés et protégés et des musulmans au contraire stigmatisés et marginalisés socialement, a rencontré un large écho. Les vieux préjugés sur les juifs qui seraient partout, tirant les ficelles du monde de la finance et des médias sont de retour. De façon remarquable, ils sont très largement répandus chez les jeunes aujourd’hui alors que cela aurait été inenvisageable il y a encore une vingtaine d’années. (…) La société est vécue comme totalement verrouillée, ce qui génère une grande frustration. Le corpus de valeurs et l’ordre social très peu contraignant de nos sociétés démocratiques occidentales ne fournissent pas un cadre suffisamment englobant et sécurisant pour s’y ancrer et s’y attacher (…). La notion de République est inintelligible, comme diluée dans le libéralisme et la modernité, et le sentiment d’appartenance à une communauté nationale est très affaibli. Or une partie de la jeunesse refuse ces valeurs trop “molles” et cherche à se distinguer. (…) la radicalité islamiste est dans un mouvement ascendant au sein de notre société (…) face aux autres offres radicales qui visent la jeunesse, le djihadisme a une longueur d’avance, aussi bien dans sa dimension politique que théorique. Pour un jeune homme, une jeune femme assoiffée d’action, le djihad serait l’évidence. Il ne s’agit pas simplement d’assouvir réellement des pulsions meurtrières ou des envies de guerre. La dimension théorique du djihad est la plus complète dans son rejet de la démocratie, dans la désignation de responsables à abattre et enfin dans l’affirmation d’un contre-modèle total. Au creux de l’offre idéologique des forces politiques traditionnelles, le djihad propose des explications et une solution globale. (…) Le djihadisme est bien la radicalité qui prédomine aujourd’hui dans l’offensive antidémocratique. (…) L’ampleur du phénomène et sa pénétration dans tous les milieux, avec la radicalisation de jeunes étudiants, et de jeunes filles en particulier, indiquent qu’on pourrait basculer dans un phénomène de masse. (…) Si les premières vagues de djihadistes comportaient essentiellement des individus fragilisés, plus faciles à recruter, désormais les recruteurs ciblent des proies au profil plus stable et moins détectable et on peut penser que ce phénomène va s’amplifier (…) Les islamistes ont mis sur pied un réseau social humain où chacun joue un rôle dans l’expression de leur idéologie (…) il faut tout de même prendre garde aux effets de contagion et d’identification croisée entre pairs, par lesquels une frange radicale peut influencer l’ensemble d’une génération. Malek Boutih
Les islamistes ont mis sur pied un réseau social humain où chacun joue un rôle dans l’expression de leur idéologie (…) Il faut tout de même prendre garde aux effets de contagion et d’identification croisée entre pairs, par lesquels une frange radicale peut influencer l’ensemble d’une génération (…) Le succès des recruteurs djihadistes auprès des jeunes repose sur l’adhésion à un projet politique entrant en résonance avec leurs préoccupations internationales et leur rejet de la société démocratique occidentale, plus qu’à une doctrine religieuse fondamentaliste. (…) Une grande partie de la jeunesse se détourne de notre modèle de société. Malek Boutih
Comme le temps va vite dès qu’il se passe quelque chose ! Rappelez-vous : il y a moins de trois semaines, ce n’est pas les djihadistes que l’on traquait à Paris, mais les intellectuels déviants. Houellebecq, Zemmour, Finkielkraut, Onfray – avant eux, Taguieff et même Gauchet – étaient accusés d’être réacs, islamophobes, et, bien entendu, de faire le lit du Front national. Dans la presse « bien-pensante », le Monde, Libé, l’Obs, la chasse à l’homme avait pris une telle ampleur que, lors d’un meeting qui fit couler beaucoup d’encre, Marianne avait posé la question : « Peut-on encore débattre en France ? » Et, comme pour se rassurer, les mêmes publiaient des listes, falotes et ridicules, de « vrais » intellectuels de gauche. Il y avait alors des mots interdits, comme « islamisme, islamisation, identité, civilisation » ; d’autres suspects, tels que « laïcité, peuple, France » ; des adjectifs incontournables, tels que « nauséabond » pour dire fasciste ; des slogans obligés, comme « Pas d’amalgame » ! Tous les jours, la gendarmerie de l’esprit étendait ses listes de proscription, qui touchaient tant les écrivains que leur vocabulaire. Où l’on vérifia que de petits esprits pouvaient en un tournemain devenir de grands inquisiteurs. Pour ma part, je ne conserverai pas de cette période le souvenir d’un grand moment de la pensée française. Le seul vrai pouvoir de la bien-pensance était un pouvoir d’inhibition : elle s’était acquis le droit de dire le halal et le haram, c’est-à-dire le licite et l’illicite, autrement dit le bien et le mal. Du coup, un couvercle sacré pesait sur toutes les questions litigieuses, même celle dont l’évidence s’imposait. L’événement a fait exploser cette orthodoxie de la pensée et du langage, a libéré la parole et a posé au grand jour des questions qu’il était déjà jugé « courageux » de murmurer en douce. (…) Le terrorisme en Europe ne serait que le contrecoup différé du colonialisme de jadis. Cette culpabilisation rétrocoloniale ignore gravement le discours de l’Etat islamique lui-même. En dehors de la référence rituelle aux «croisés » (les touristes russes de l’avion abattu dans le Sinaï : des « croisé s» !), l’essentiel de la haine des fondamentalistes ne porte pas sur le passé colonial, mais sur le présent hédoniste de l’Occident. Ce n’est pas aux symboles de la colonisation, mais à ceux de la prétendue dépravation occidentale qu’on s’attaque : le sport, la musique, l’alcool, le féminisme, la joie de vivre. Ce ne sont pas les mânes de Jules Ferry ou de Robert Lacoste qui sont visés, c’est nous-mêmes, dans notre façon de vivre et de penser. (…) Ô Lévi-Strauss ! Que de sottises on a déjà débitées en ton nom ! Poser ou supposer une égalité axiologique entre l’Occident et le monde islamique explicitement représenté par Daech, c’est jouer de la confusion entre les civilisations au pluriel, dont aucune ne saurait, selon le grand ethnologue, se prévaloir d’une supériorité morale sur les autres, et la civilisation au singulier, c’est-à-dire le mode de vie et de pensée qui s’opposent à la barbarie. Pour le moment, je n’ai encore jamais entendu dire que les Alliés auraient eu tort de combattre Hitler sous prétexte qu’il aurait été le représentant d’une hypothétique « civilisation hitlérienne » ! (…) Ce qui est tombé, avec les 130 victimes des ides de novembre, c’est cet étrange « respect humain » qui nous imposait une distance permanente à l’égard de nous-mêmes, fondé sur un obscur sentiment de culpabilité. On ne gagne pas un combat si l’on est persuadé que c’est l’ennemi qui a raison. Voyez les Français depuis dimanche, toutes opinions confondues : s’ils brandissent à nouveau les symboles de leur être-ensemble, drapeau, hymne national, c’est que la haine dont ils sont l’objet et les victimes qu’ils pleurent leur ont redonné l’envie d’être eux-mêmes sans mauvaise conscience. Il ne s’agit nullement, comme commencent déjà à le suggérer les éternels bourreaux d’eux-mêmes, les « malaisés » comme on dit dans mon village, d’une affirmation morbide et agressive de leur identité, mais tout simplement d’un sentiment de fierté retrouvée. Et puisque le monde entier, à l’exception des Corses de Bastia, chante aujourd’hui la Marseillaise, ils pensent qu’ils ont bien le droit de se défendre contre « ces féroces soldats, qui viennent jusque dans [leurs] bras, égorger [leurs] fils, [leurs] compagnes ». Jacques Julliard

Attention: un discours de haine peut en cacher un autre.

Lois condamnant toute recherche sur les sujets qui fâchent, journaliste climato-sceptique renvoyé pour pensée non conforme, appel au fichage desdits climato-sceptiques, mise à l’index d’intellectuels et anathème de partis politiques pour avoir  posé les questions qui fâchent, humoriste antisémite condamné à la prison ferme pour négationnisme, prêtre mis à pied pour critique malpensante  des circonstances de l’attentat du Bataclan, silence unanime autour des revendications de  certaines familles de victimes du plus grand fiasco de l’histoire de l’antiterrorisme français,  rapport prémonitoire sur la radicalisation islamique enterré et auteur menacé de poursuites …

En cette ouverture de la grand messe mondiale sur le climat …

Et au lendemain, fruit de décennies de déni et sur fond d’invasion de crieurs d’Alla Akbar, des pires attentats qu’ait connu le Pays de la laïcité et du métissage  …

Pendant qu’après des décennies des pires violences, le seul petit Etat d’Israël se voit refuser à nouveau toute compassion pour l’actuel djihadisme au couteau de cuisine qu’il subit …

Comment ne pas voir la véritable inquisition, digne des plus beaux jours de la Sorbonne ecclésiale, qui est en train de se mettre en place au nom de la nouvelle religion du politiquement correct et de l’écologie ?

#Climat Le « Monsieur Météo » de France Télévisions, auteur climatosceptique, est privé d’antenne
Publié le 15/10/15
Philippe Verdier, chef du service météo de France Télévisions, auteur d’un livre relativisant les conséquences du réchauffement climatique, a annoncé mercredi que son employeur lui avait demandé par lettre de ne pas venir travailler à cause de la parution de cet ouvrage.

« J’ai reçu un courrier qui me demande de ne pas venir », a déclaré sur RTL le présentateur des bulletins météo sur France 2, qui a publié le 1er octobre « Climat investigation » (Ring), dans lequel il met en cause la probité des scientifiques du Groupe d’experts sur l’évolution du climat (Giec) qui regroupe des spécialistes du monde entier et fait référence.

« Je n’en sais pas plus, je ne connais pas la durée de la décision », a-t-il déclaré, ajoutant : « Cela a à voir avec mon livre ».

« C’est une décision de France Télévisions, je ne suis pas en congé », a précisé le présentateur qui initialement devait retourner à l’antenne lundi après une campagne de promotion de son livre.

Interrogée par l’AFP, France Télévisions n’a pas souhaité commenter la situation de Philippe Verdier mais a rappelé une règle déontologique « selon laquelle on ne peut pas utiliser son statut professionnel, porté par l’image de l’entreprise, pour faire avancer des opinions personnelles ».

« Génération radicale » de Boutih : au placard « le rapport de droite » ?
Sarah Diffalah et Paul Laubacher
L’ Obs
« Caricature », « pas crédible »… Depuis sa publication, le rapport du député PS fait l’objet de critiques sur la forme comme sur le fond. Au point d’être rapidement enterré ? »Désolé, je ne l’ai pas lu ». Lundi 6 juillet, au bureau national du Parti socialiste, on est gêné. Les 72 membres qui le composent ne sont pas tous là. Certains sont à Bruxelles, occupés à « sauver » la Grèce. Mais c’est une autre actualité qui pèse : le bouillonnant Malek Boutih présente son rapport sur la radicalisation de la jeunesse française, sobrement intitulé « Génération radicale ».Le député PS de l’Essonne a été chargé par le Premier ministre, Manuel Valls, après les attentats de janvier, de travailler sur « la prévention du basculement d’individus dans la radicalisation violente ». Devant les camarades, le sujet est expédié en cinq minutes. Le débat est poli. Quatre ou cinq questions sont posées. Et puis c’est tout. « On est passé à autre chose », confie le député PS des Hauts-de-Seine, Alexis Bachelay. Un autre membre du bureau raconte :
Seules quelques personnes ont déclaré avoir lu rapport, comme Jérôme Guedj et Julien Dray. Les autres ? Ils ont sorti leurs excuses fétiches : ‘désolé, je ne l’ai pas lu’ ou encore ‘désolé, je ne l’ai pas reçu’. Ça leur a évité de prendre la parole sur un rapport qui embarrasse tout le monde. »

Critiques en cascade

« Caricatural », « mauvais », « pas crédible », « déception »… Depuis sa publication dans les colonnes du « Figaro » jeudi 2 juillet, le jour même où il a été remis à Manuel Valls, le rapport fait parler de lui. Sur la forme d’abord. Les auditions de Frigide Barjot, porte-parole de la Manif pour Tous, et celle du journaliste controversé Jean-Paul Ney, plus connus pour leurs propos fielleux que pour leur expertise sur le djihadisme, passent mal. Les imprécisions et une trop grande place accordée à des proches, ont décrédibilisé le rapport avant même sa lecture.

Sur le fond, guère mieux. Brossant un tableau très sombre de la jeunesse française actuelle, évoquant sans distinction les différentes formes de radicalité politique, qu’il s’agisse de zadistes, de jeunes identitaires ou de candidats au djihad, Malek Boutih désarçonne. Quant aux propositions, elles sont « faibles » selon un socialiste. Ou détonantes comme celle de créer des boîtes de nuit associatives ou un commissariat à la souveraineté numérique.

« On retrouve les fulgurances de Malek Boutih »

C’est le style Malek Boutih. Cela ne laisse personne indifférent. Evidemment, on respecte le travail effectué. Mais c’est vrai, il y a de la caricature et de la provocation », commente-on au PS.

Comprendre : difficile d’attendre autre chose de l’ancien de SOS racisme. Le député de l’Essonne, à trop vouloir mettre les pieds dans le plat, a finalement « dérapé ». Julien Dray, ancien « pote » et aujourd’hui « meilleur ennemi » de Malek Boutih, explique lui avoir « dit franchement que mettre toutes les radicalités sur le même plan était une erreur » :

On ne peut pas réduire la génération actuelle à la seule radicalité. C’est un phénomène multiple et beaucoup plus complexe que veut bien nous faire croire Malek Boutih ».

Alexis Bachelay ne dit pas moins. Déçu, il s’attendait, au vue de la liberté de ton et des propos iconoclastes de Malek Boutih, à un « rapport au vitriol ». « C’est tiède ». Il estime que son collègue enfonce des portes ouvertes.

L’impression que ça donne, c’est que le rapport est bâclé, il y a un sentiment d’inabouti, de superficialité. C’est en dessous de ce que on est en droit d’attendre dans le cadre d’un rapport parlementaire »

Il regrette notamment un rapport fait de « recyclé », une « impression de non-dits », et une fois encore, d’avoir mis dans le même sac tous les jeunes.

Il ne faut pas se raconter des histoires, la question de la radicalisation et du djihadisme est circonscrite. Le jeune de Normandie parti en Syrie, c’était une exception qui confirme la règle ».

« J’ai dit au député de l’Essonne que j’avais trouvé sa lecture stimulante », fait valoir Jérôme Guedj, l’un des rares interrogés à avoir trouvé des qualités au rapport de l’électron libre du PS :

C’est un tableau impressionniste, où l’on retrouve les fulgurances de Malek Boutih, et pas vraiment un rapport classique et documenté. »

Alors forcément, « il ne peut que faire réagir, ce qui devait être son objectif dès le départ ». Jérôme Guedj concède volontiers que « le rapport est caricatural et qu’il s’expose lui-même à être caricaturé pour ses raccourcis parfois simplistes ».

Surtout, après avoir brossé un tableau d’une noirceur extrême sur l’état de la jeunesse, dans lequel tous les facteurs potentiels de radicalisation se valent, il laisse sur sa faim dans ses propositions. »

Le djihadisme, « produit de la jeunesse française »

« J’ai proposé une analyse politique, elle s’expose de fait à la critique et aux désaccords, je le savais, c’est normal », se défend Malek Boutih.

J’ai voulu avoir un spectrogramme politique plus large et savoir si c’était juste un problème de musulmans ou s’il y avait en sous-jacent un phénomène collectif plus large. Je comprends que cela puisse susciter un malaise, c’est tellement mieux le consensus sur les barbares, qui vise à leur donner un caractère hors humanité. Le djihadisme français est le produit de notre société en partie. »

Critiqué pour avoir élaboré un constat partagé par tous, et depuis longtemps, Malek Boutih se justifie encore : « La politique ce n’est pas inventer. Je ne suis pas là pour trouver une réponse gadget et c’est justement contre ce process que mon rapport a été construit ».

J’ai dit dès le début que les propositions étaient limitées, que je n’apportais que quelques pistes. Il faut s’occuper des petites choses de la vie quotidienne pour remettre de la confiance. Alors forcément les technos sont contre un rapport comme le mien, ce n’est pas dans leur mode de pensée. »

Enfin sur les deux auditions qui ont suscité la critique, il répond encore. Jean-Paul Ney auditionné ?

C’est vrai, sincèrement, je ne le connaissais pas, on me l’a conseillé, il m’a raconté deux trois banalités sur le sport et les jeunes en banlieue et puis bon, ça n’a pas eu d’influence sur le rapport. Je ne suis pas un homme parfait, j’ai peut-être été trop vite pour l’auditionner. »

Sur Frigide Barjot en revanche, il assume :

Frigide Barjot, ce n’est pas de la même hauteur. Elle a été la porte-parole d’un mouvement assez récent autour de la loi pour le mariage pour tous et elle a représenté un changement de ton dans une forme de radicalité, c’était légitime de l’interroger. Si certains pensent que ça disqualifie tout un rapport, c’est leur droit. Il y a des fautes d’orthographes aussi dans mon rapport ! »

« Une campagne à charge »

La lecture du rapport a en revanche reçu un accueil très favorable parmi les personnes interrogées. Ceux qui ont bien voulu répondre à nos questions reconnaissent une méthode surprenante mais se réjouissent de pouvoir lire un rapport très peu technique et disent avoir apprécié les échanges informels, et la disponibilité de Malek Boutih. Serge Hefez, psychiatre et consultant pour le CPDSI, confie :

J’ai été surpris de lire un portrait aussi vaste de tous les déterminants qui font que la jeunesse peut être déboussolée. C’est réducteur si on voit cela comme une relation de cause à effet. Je préfère le voir comme un décor, qui n’était certes pas indispensable et noie la spécificité de l’endoctrinement. »

Mais il salue toutefois la largeur de vue :

Même s’il est difficile d’être novateur en la matière, Malek Boutih a su replacer les dimensions familiales, technologiques et sociétales qui interviennent à différents niveaux. Une action de fond ne peut se concevoir qu’avec cette polysémie. »

Serge Blisko, président de la Miliviludes, balaie les critiques et une « campagne à charge » :

C’est une œuvre de qualité, personnelle, qui fait preuve d’originalité. En général, dans les auditions parlementaires, il y a une parole technocratique et désincarnée avec trois questions convenues. »

« Je crains qu’il ne finisse dans une armoire »

Reste une question : que vont faire le Parti socialiste et le gouvernement de ce rapport jugé sulfureux par certains ? Un membre du bureau national du PS tranche :

Sérieusement, que voulez-vous qu’on en fasse ? C’est un rapport de droite et qui flirte avec ce que pense la droite dure ! »

« Je crains qu’il ne finisse dans une armoire et qu’on ne reparle jamais », confie Alexis Bachelay. « Je ne vois pas en quoi ce qui est dit dans ce rapport peut se concrétiser en action… »

Il suffit d’observer la réaction du PS et du gouvernement à la suite de sa présentation en bureau national. Pas un communiqué de presse, pas une seule déclaration officielle. Seule consolation pour Malek Boutih : Manuel Valls a affirmé devant les députés à l’Assemblée nationale avoir « lu attentivement » son rapport.

Une attitude qui tranche singulièrement avec celle de la droite qui a, elle, applaudi à tour de bras le rapport. Le soutien le plus surprenant est venu de l’extrême droite. Lors du lancement de sa campagne pour les élections régionales de décembre, la jeune députée frontiste Marion Maréchal-Le Pen évoque son souhait d’avoir une région « bleu, blanc, rouge » plutôt que « black, blanc, beur », fustige une France « où prospère aujourd’hui une idéologie totalitaire, guerrière, haineuse, celle de l’islamisme ». Et la nièce de Marine Le Pen de lâcher : « L’ampleur du phénomène et sa pénétration dans tous les milieux, avec la radicalisation des jeunes étudiants, des jeunes filles en particulier, indiquent que l’on pourrait basculer dans un phénomène de masse »…

Phrase que l’on retrouve mot pour mot dans le rapport de l’ancien président de SOS Racisme.

Malek Boutih, lui, garde espoir.

Je ne pense pas que le rapport sera enterré. C’est une base de débat politique sur le phénomène, pas une base de débat religieux. En cela, je pense avoir gagné une première partie »

Il n’a plus qu’à croiser les doigts. Car Malek Boutih est, à son grand regret, abonné aux rapports qui passent à la trappe : ses deux premiers, sur l’immigration et sur la légalisation du cannabis, ont également fait polémique… Avant de tomber dans l’oubli.

Voir aussi:

Malek Boutih sur les banlieues: « C’est plus difficile qu’il y a dix ans »

25/10/2015 Invité de BFM Politique ce dimanche, le député de l’Essonne Malek Boutih expose sa vision des banlieues, dix ans après les émeutes en France. 

Le 27 octobre 2005, Zyed Benna et Bouna Traoré, 17 et 15 ans, meurent dans un transformateur électrique en tentant d’échapper à deux policiers, à Clichy-sous-Bois. Quelques heures plus tard, les banlieues s’embrasent, déclenchant la plus grave crise des cités françaises.

Dix ans après, Malek Boutih, député socialiste de l’Essonne et ancien président de SOS Racisme, a rendu un rapport au gouvernement au début de l’été, dans lequel il établit un état des lieux des banlieues. « En dix ans, les choses ont changé, puisque la situation s’est aggravée. C’est plus difficile aujourd’hui qu’avant », estime-t-il sur BFMTV.

« Ces quartiers produisent des terroristes »

« Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes », poursuit Malek Boutih.

Le député estime que les politiques n’ont plus aucun effet depuis plusieurs années sur les cités. « Il n’y a pas d’efficacité car il y a une mécompréhension du problème. » « Au-delà des clivages, la question des banlieues a toujours été vécue comme: ‘Ce sont des quartiers pauvres et modestes, quand l’économie ira mieux, ça ira mieux dans les quartiers’. Or, l’aspect économique n’est pas le coeur du problème, qui est beaucoup plus vaste », observe Malek Boutih.

Sa vision diffère de celle de François Hollande, qui avait estimé il y a quelques jours qu’il n’y avait « aucun quartier perdu pour la République ». « C’est faux. La République est en affrontement avec certains quartiers. »

« 99% des électeurs du FN n’ont pas lu le programme »

Selon un sondage Odoxa-Le Parisien-Aujourd’hui en France, les Français citent en premier le Front national, à 20%, pour nommer un parti susceptible de régler la crise des banlieues. Malek Boutih a réagi avec force à ce résultat. « J’estime que les gens ne savent rien et répondent n’importe quoi. Je pense que 99% des électeurs du FN n’ont jamais lu une ligne du programme, qui n’existe pas vraiment d’ailleurs, surtout sur les banlieues. »

Le député de l’Essonne félicite par ailleurs le Premier ministre Manuel Valls, « qui a pris conscience depuis janvier, comme d’autres élus politiques, que la poussière sous le tapis, ce n’était plus seulement un problème politique mais un problème de sécurité nationale. Il a la volonté d’agir. »

Lui craint toutefois que la présidentielle de 2017 ne soit « jouée d’avance ». « Je ne crois pas que ce soit une question de casting. On est dans une crise politique. Ma crainte n’est pas que la gauche perde 2017. C’est que la République perde 2017. En l’état actuel des choses, je ne vois pas comment Marine Le Pen peut ne pas gagner l’élection présidentielle« .

Voir également:

Grigny : les propos de Malek Boutih indignent à gauche
La réconciliation entre le député Malek Boutih (PS) et le maire de Grigny s’éloigne de plus en plus. La semaine dernière, un procès en diffamation visant le député a été renvoyé à une date ultérieure par le tribunal correctionnel d’Evry.

Ce dimanche, une nouvelle déclaration de Malek Boutih a mis le feu aux poudres et suscité la colère de l’élu communiste de Grigny.

Interrogé par les journalistes de BFMTV sur la situation dans les banlieues dix ans après les émeutes, le député avait déclaré : « Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installé depuis plusieurs années qui nous amène à l’irréparable puisque maintenant ces quartiers produisent des terroristes. C’est donc extrêmement différent, dix ans après ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes ».

Choqué par les propos de Malek Boutih, Philippe Rio a aussitôt répondu via un communiqué. « De telles paroles, qui établissent un lien entre des territoires et une dérive terroriste trahissent une profonde erreur d’analyse, fustige le maire. Dix ans après les émeutes de 2005, les habitants des quartiers populaires se seraient bien passés de telles déclarations […] Malek Boutih condamne chaque jeune de ces quartiers à être considéré comme un terroriste potentiel », conclut le maire en s’inquiétant pour « la cohésion sociale » et « le pacte républicain ».

L’ancien ministre François Lamy, député (PS) de la 6e circonscription, n’est pas en reste. « Mais comment peut-on raconter autant de bêtises ? Il faut que Malek découvre la réalité des quartiers », s’indigne-t-il sur Twitter.

Voir encore:

Djihadisme : le cri d’alarme de Malek Boutih
Marie-Amélie Lombard
Le Figaro
02/07/2015

INFO LE FIGARO – Dans un rapport qu’il vient de transmettre à Manuel Valls, et que Le Figaro s’est procuré, le député PS Malek Boutih décrit «une jeunesse frustrée, prête à basculer». Il craint que la dérive islamiste en France ne se transforme en phénomène de masse

«Génération radicale»: le titre du rapport que le député PS de l’Essonne Malek Boutih vient de transmettre au premier ministre, et que Le Figaro s’est procuré, traduit bien son contenu. Dès la troisième ligne, il aborde son sujet: «L’analyse et la prévention des phénomènes de radicalisation et du djihadisme en particulier.» C’est une lecture politique que livre l’ancien président de SOS-Racisme, mandaté après les attentats de janvier. Il ne biaise pas avec son sujet, qui concerne avant tout la dérive islamiste d’une partie de la jeunesse française, sachant que près de 65 % des individus impliqués dans les filières djihadistes ont moins de 25 ans. Le député assure que son enquête a conforté son hypothèse de départ: «Le succès des recruteurs djihadistes auprès des jeunes repose sur l’adhésion à un projet politique entrant en résonance avec leurs préoccupations internationales et leur rejet de la société démocratique occidentale, plus qu’à une doctrine religieuse fondamentaliste.» D’où cette conséquence: «Une grande partie de la jeunesse se détourne de notre modèle de société.»

Une génération «au bord de la rupture»

Mondialisation, 11 Septembre, guerre en Irak, conflit israélo-palestinien ont marqué la jeune génération et façonné sa vision du monde, note Malek Boutih. Mais au-delà de ces événements, un nouveau marqueur – «l’enracinement d’un nouvel antisémitisme» – est particulièrement inquiétant. «Dans les quartiers, le discours du “deux poids deux mesures”, entre des juifs qui seraient insérés et protégés et des musulmans au contraire stigmatisés et marginalisés socialement, a rencontré un large écho, écrit le député. Les vieux préjugés sur les juifs qui seraient partout, tirant les ficelles du monde de la finance et des médias sont de retour. De façon remarquable, ils sont très largement répandus chez les jeunes aujourd’hui alors que cela aurait été inenvisageable il y a encore une vingtaine d’années.»

Le refus des valeurs démocratiques

«La société est vécue comme totalement verrouillée, ce qui génère une grande frustration», analyse Malek Boutih, qui parle de «jeunesse frustrée, prête à basculer». Il va plus loin: «Le corpus de valeurs et l’ordre social très peu contraignant de nos sociétés démocratiques occidentales ne fournissent pas un cadre suffisamment englobant et sécurisant pour s’y ancrer et s’y attacher (…). La notion de République est inintelligible, comme diluée dans le libéralisme et la modernité, et le sentiment d’appartenance à une communauté nationale est très affaibli. Or une partie de la jeunesse refuse ces valeurs trop “molles” et cherche à se distinguer.»

Le djihad, une «solution» globale

Reprenant les chiffres, notamment ceux, en hausse croissante, des départs de jeunes Français pour la Syrie, l’auteur du rapport estime que «la radicalité islamiste est dans un mouvement ascendant au sein de notre société», qu’il met en parallèle avec le niveau historique de l’extrême droite. Cependant, «face aux autres offres radicales qui visent la jeunesse, le djihadisme a une longueur d’avance, aussi bien dans sa dimension politique que théorique, note le député. Pour un jeune homme, une jeune femme assoiffée d’action, le djihad serait l’évidence. Il ne s’agit pas simplement d’assouvir réellement des pulsions meurtrières ou des envies de guerre. La dimension théorique du djihad est la plus complète dans son rejet de la démocratie, dans la désignation de responsables à abattre et enfin dans l’affirmation d’un contre-modèle total. Au creux de l’offre idéologique des forces politiques traditionnelles, le djihad propose des explications et une solution globale.» Conclusion sans appel: «Le djihadisme est bien la radicalité qui prédomine aujourd’hui dans l’offensive antidémocratique.»

Un phénomène de masse?

Les signalements recueillis par le numéro vert, destiné aux familles ou aux autorités que la dérive d’un jeune inquiète, sont éclairants sur la diversification des individus prêts à basculer dans l’extrémisme. Mais Malek Boutih va encore plus loin: «L’ampleur du phénomène et sa pénétration dans tous les milieux, avec la radicalisation de jeunes étudiants, et de jeunes filles en particulier, indiquent qu’on pourrait basculer dans un phénomène de masse.» «Si les premières vagues de djihadistes comportaient essentiellement des individus fragilisés, plus faciles à recruter, désormais les recruteurs ciblent des proies au profil plus stable et moins détectable et on peut penser que ce phénomène va s’amplifier», ajoute-t-il.

Un réseau structuré

«Les islamistes ont mis sur pied un réseau social humain où chacun joue un rôle dans l’expression de leur idéologie», remarque le député. Leur «emprise» se construit ainsi sur certains quartiers. Même si tous les jeunes, loin de là, ne sont pas tentés par l’expérience, «il faut tout de même prendre garde aux effets de contagion et d’identification croisée entre pairs, par lesquels une frange radicale peut influencer l’ensemble d’une génération», estime Malek Boutih.

Au terme de son rapport, son auteur dresse une série de propositions qui passent par l’école, la culture, les familles. Et la nécessité de réaffirmer avec force le credo républicain.

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La Parole libérée

Jacques Julliard
Marianne

28 novembre 2015
Les attentats ont fait exploser cette orthodoxie de la pensée et du langage, ont libéré la parole et ont posé au grand jour des questions qu’il était jugé « courageux » de murmurer en douce.

Comme le temps va vite dès qu’il se passe quelque chose ! Rappelez-vous : il y a moins de trois semaines, ce n’est pas les djihadistes que l’on traquait à Paris, mais les intellectuels déviants. Houellebecq, Zemmour, Finkielkraut, Onfray – avant eux, Taguieff et même Gauchet – étaient accusés d’être réacs, islamophobes, et, bien entendu, de faire le lit du Front national. Dans la presse « bien-pensante », le Monde, Libé, l’Obs, la chasse à l’homme avait pris une telle ampleur que, lors d’un meeting qui fit couler beaucoup d’encre, Marianne avait posé la question : « Peut-on encore débattre en France ? » Et, comme pour se rassurer, les mêmes publiaient des listes, falotes et ridicules, de « vrais » intellectuels de gauche.

Il y avait alors des mots interdits, comme « islamisme, islamisation, identité, civilisation » ; d’autres suspects, tels que « laïcité, peuple, France » ; des adjectifs incontournables, tels que « nauséabond » pour dire fasciste ; des slogans obligés, comme « Pas d’amalgame » ! Tous les jours, la gendarmerie de l’esprit étendait ses listes de proscription, qui touchaient tant les écrivains que leur vocabulaire. Où l’on vérifia que de petits esprits pouvaient en un tournemain devenir de grands inquisiteurs. Pour ma part, je ne conserverai pas de cette période le souvenir d’un grand moment de la pensée française. Le seul vrai pouvoir de la bien-pensance était un pouvoir d’inhibition : elle s’était acquis le droit de dire le halal et le haram, c’est-à-dire le licite et l’illicite, autrement dit le bien et le mal. Du coup, un couvercle sacré pesait sur toutes les questions litigieuses, même celle dont l’évidence s’imposait.

L’événement a fait exploser cette orthodoxie de la pensée et du langage, a libéré la parole et a posé au grand jour des questions qu’il était déjà jugé « courageux » de murmurer en douce.

1 La première question, la plus importante, concerne les rapports de l’islam et de l’islamisme. Et même, plus précisément, des musulmans avec les islamistes. Jusqu’ici, contre tout bon sens, la vulgate officielle prétendait que les deux choses n’avaient « rien à voir ». Qu’une telle ineptie, sortie tout droit du ministère de la Vérité dans un roman d’Orwell, ait pu régner tranquillement dans une démocratie libérale en dit long sur la puissance de la persuasion, qui spécule sur l’espèce de pétrification sociale provoquée par l’énormité de la proposition pour la faire accepter sans murmure. Il coule de source en effet que, si tous les musulmans ne sont pas islamistes, tous les islamistes sont bel et bien musulmans. Et encore, que si tous les fondamentalistes musulmans ne sont pas terroristes, tous les terroristes musulmans sont fondamentalistes. Qu’en conclure ? Non pas qu’il faille jeter la suspicion sur le grand nombre qui est sain, sous prétexte qu’il renferme en lui le petit nombre qui est gangrené, mais, au contraire, tout faire pour dissocier le grand nombre du petit. La guerre dans laquelle nous entrons est à bien des égards, comme ce fut le cas pour le conflit algérien, une guerre civile, avec pour enjeu une population au contact des deux belligérants. La règle d’or d’une telle guerre peut s’énoncer ainsi : il faut combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de musulmans en France ; il faut vivre avec les musulmans comme s’il n’y avait pas de terrorisme.

Cette réintroduction de la masse musulmane dans l’ensemble national s’était révélée impossible, aussi longtemps que le terrorisme islamiste, comme en janvier, ciblait ses victimes : les juifs, les journalistes critiques. Les tueries aveugles du 13 novembre ont opéré cette mutation : les musulmans sont des cibles comme les autres ; nous les voyons chaque jour en tirer les conséquences et proclamer leur horreur de ces abominables coreligionnaires. Il y a bel et bien, comme en temps de guerre, un impératif d’union sacrée, qui ne doit laisser de côté aucune fraction de la population.

2 Si cette lutte est bien une guerre, comme le proclame désormais à l’envi la quasi-totalité de la classe politique et de la classe médiatique, il faut, pour la gagner, en tirer les conséquences. Et d’abord empêcher l’ennemi de développer tranquillement sa propagande sur le territoire national. Les imams intégristes qui prêchent la haine et en filigrane le djihad doivent être empêchés de nuire et, chaque fois que la chose est possible, expulsés.

Si nous sommes bel et bien en guerre, il n’est pas possible de laisser des ressortissants français aller tranquillement s’entraîner au djihad en Syrie et en Irak, et de les accueillir à leur retour pour leur permettre d’appliquer ici à notre encontre le savoir terroriste qu’ils ont acquis là-bas. En temps de guerre, cela s’appelle intelligence avec l’ennemi. Des traîtres à la nation doivent être traités comme des traîtres et non comme une poignée de loups solitaires, de paumés et de désaxés relevant de la psychiatrie, ainsi qu’on a essayé de nous le faire accroire après Charlie.

3 La question qui surgit alors est celle de la légitimité de cette guerre. Si elle a été menée jusqu’ici avec autant de maladresse et si peu d’énergie à l’échelle européenne, c’est que les Européens et les Français doutaient de leur bon droit. La culpabilisation envers soi-même et la culture de l’excuse envers l’ennemi reposent sur une série d’arguments indéfiniment ressassés.

Si les terroristes étaient effectivement des paumés, la responsabilité en incomberait alors au milieu qui n’a pas su les accueillir et donner du sens à leur existence. C’est en somme l’argument banlieue, dont la conclusion est que l’exclusion, la ghettoïsation et le racisme sont la cause véritable du phénomène, la radicalisation religieuse n’étant qu’un épiphénomène. Cet argumentaire économiste, sous-produit appauvri du marxisme de jadis, ne tient plus dès lors que les djihadistes ne sont pas des paumés, mais les soldats volontaires et convaincus jusqu’au sacrifice de leur vie d’une idéologie à base religieuse, visant ni plus ni moins qu’à la domination du monde.

Le terrorisme en Europe ne serait que le contrecoup différé du colonialisme de jadis. Cette culpabilisation rétrocoloniale ignore gravement le discours de l’Etat islamique lui-même. En dehors de la référence rituelle aux «croisés » (les touristes russes de l’avion abattu dans le Sinaï : des « croisé s» !), l’essentiel de la haine des fondamentalistes ne porte pas sur le passé colonial, mais sur le présent hédoniste de l’Occident. Ce n’est pas aux symboles de la colonisation, mais à ceux de la prétendue dépravation occidentale qu’on s’attaque : le sport, la musique, l’alcool, le féminisme, la joie de vivre. Ce ne sont pas les mânes de Jules Ferry ou de Robert Lacoste qui sont visés, c’est nous-mêmes, dans notre façon de vivre et de penser.

Le dernier argument est celui de l’égalité des civilisations. Dans un stupéfiant entretien repris par l’Etat islamique lui-même (le Point, du 19 novembre 2015), Michel Onfray invoque contre l’Occident le « mode de vie islamique» et le droit pour ces pays « à se déterminer comme ils le souhaitent et selon leurs raisons». Et de proposer une « trêve […] entre l’Etat islamique et la France pour que son armée dormante sur notre territoire pose les armes ».

Ô Lévi-Strauss ! Que de sottises on a déjà débitées en ton nom ! Poser ou supposer une égalité axiologique entre l’Occident et le monde islamique explicitement représenté par Daech, c’est jouer de la confusion entre les civilisations au pluriel, dont aucune ne saurait, selon le grand ethnologue, se prévaloir d’une supériorité morale sur les autres, et la civilisation au singulier, c’est-à-dire le mode de vie et de pensée qui s’opposent à la barbarie. Pour le moment, je n’ai encore jamais entendu dire que les Alliés auraient eu tort de combattre Hitler sous prétexte qu’il aurait été le représentant d’une hypothétique « civilisation hitlérienne » ! Non, l’Etat islamique n’est pas l’islam, il ne peut être tenu comme représentatif de la civilisation musulmane.

Pour ma part, et quels que soient les fautes et les crimes de l’Occident, d’hier à aujourd’hui, la lutte contre l’Etat islamique est bel et bien une lutte pour la civilisation contre la barbarie.

4 Il n’y a donc plus de honte à être nous-mêmes, et à nous défendre contre qui prétend nous imposer sa loi. Ce qui est tombé, avec les 130 victimes des ides de novembre, c’est cet étrange « respect humain » qui nous imposait une distance permanente à l’égard de nous-mêmes, fondé sur un obscur sentiment de culpabilité. On ne gagne pas un combat si l’on est persuadé que c’est l’ennemi qui a raison. Voyez les Français depuis dimanche, toutes opinions confondues : s’ils brandissent à nouveau les symboles de leur être-ensemble, drapeau, hymne national, c’est que la haine dont ils sont l’objet et les victimes qu’ils pleurent leur ont redonné l’envie d’être eux-mêmes sans mauvaise conscience. Il ne s’agit nullement, comme commencent déjà à le suggérer les éternels bourreaux d’eux-mêmes, les « malaisés » comme on dit dans mon village, d’une affirmation morbide et agressive de leur identité, mais tout simplement d’un sentiment de fierté retrouvée. Et puisque le monde entier, à l’exception des Corses de Bastia, chante aujourd’hui la Marseillaise, ils pensent qu’ils ont bien le droit de se défendre contre « ces féroces soldats, qui viennent jusque dans [leurs] bras, égorger [leurs] fils, [leurs] compagnes ».

C’est pourquoi, à Marianne, nous défendrons plus que jamais ces deux piliers de l’identité nationale et de la paix civique que sont la laïcité et l’école républicaine. Comment, après ce qu’il vient de se passer, faire la moindre concession au communautarisme, symbole d’un « Pearl Harbor à la française » (Pascal Bruckner) et d’un véritable Munich de l’esprit ? Peut-être comprend-on mieux aujourd’hui pourquoi nous faisons de l’école républicaine, celle que l’on a escamotée depuis un demi-siècle, le boulevard principal de la résistance à la guerre civile qui nous guette.

Bien entendu, la défense des valeurs de la République doit se faire dans le respect de ces valeurs. Ce n’est pas parce que certains s’apprêtent à faire d’une crispation pointilleuse sur les libertés individuelles la ligne de repli de leur défaite intellectuelle qu’il en faudra démordre. Nous défendons la liberté avec les armes de la liberté. Certes, toutes les guerres révolutionnaires ou nationales, de 1792 à 1914, se sont accompagnées d’une restriction provisoire de celles des libertés qui nuisaient à la sécurité et au combat. Mais les libertés françaises sont dans de bonnes mains, celles d’un peuple dont on ne peut aujourd’hui qu’admirer le sang-froid. Comme vient de le souligner Robert Badinter, nous vivons dans un pays libre et qui entend bien le rester.

Voir de plus:

Quand Corinne Lepage veut ficher les climatosceptiques
Contrepoint
11 novembre 2015

La COP21 se rapproche à petites foulées pas vraiment feutrées, écrasant avec délicatesse tout ce qui pourrait se trouver sur son large chemin chaotique. Profitant du raout présidentiel international, tous les petits ayatollahs du fascisme vert montent au créneau pour accroître encore leur mainmise physique et intellectuelle sur le paysage politique et médiatique français.

Oh, là, « ayatollah », « fascisme », que voilà des termes choisis bien extrêmes pour ces gens tous animés d’une soif de saine verdure, mus par cette joyeuse volonté de rendre la Nature plus belle et plus duveteuse à coup d’anathèmes, de censure, d’interdiction et de taxes carbone ! Ne serait-ce pas aller un peu fort pour désigner ainsi des gens qui ont, à de maintes reprises, montré à quel point ils appartenaient au Camp du Bien et qu’à ce titre, ils étaient aux antipodes de l’extrême, du fascisme et des interdictions tous azimuts ?

En fait, à bien y réfléchir… non.

Sans reprendre tout l’historique (maintenant fort chargé) des climato-excités, les dernières semaines ont largement prouvé que leur appartenance au Camp du Bien leur avait permis certains débordements qu’il est bien hasardeux de classer dans des démonstrations de tendresse pour la démocratie, la liberté d’expression ou le débat scientifique.

Difficile en effet de trouver cohérente la réaction de la direction de France 2 qui a décidé de débarquer Philippe Verdier, un monsieur-météo trop encombrant au livre en désaccord ouvert avec l’alarmisme climatique officiel : France Télévisions n’est-elle pas censée incarner les principes de liberté d’expression, de soutien sans faille à l’information, à la pluralité des opinions qui forment les piliers d’une rédaction de presse moderne, en démocratie, surtout quand elle appartient officiellement au Camp du Bien ? En tout cas, outre l’effet Streisand provoqué, licencier un salarié pour cause d’opinion déviante, c’est bien faire preuve d’extrémisme.

De la même façon, on pourra trouver assez inquiétante la décision du gouvernement de fermer les frontières françaises pendant la COP21, afin de protéger les dignitaires présents de tous débordements éventuels de méchants activistes (du climat ou d’autre chose, on ne saurait dire tant les dangers s’accumulent sur ce pays), alors que cette fermeture ne garantit absolument rien en termes de sécurité supplémentaire, et représente même une véritable insulte au peuple comme le fait judicieusement remarquer Stéphane Montabert dans un récent article paru sur Contrepoints. Là encore, les fermetures unilatérales de frontières ne sont pas franchement la marque d’un État confiant dans son avenir et sa capacité à gérer les soucis, mais plutôt celle d’un État qui prolonge son naufrage dans le tout sécuritaire dont on sait qu’il ne mène qu’assez rarement à des champs de roses et de petits oiseaux qui font cui-cui niaisement.

Dès lors, on ne sera pas fondamentalement surpris d’apprendre la derrière lubie de Corinne Lepage. Corinne, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, c’est un mélange subtil d’avocat, de député européen, de ministre de l’environnement et de direction d’une association loi 1901 qui s’est auto-bombardée « Comité de recherche et d’information », qui pond avec une constance assez effarante des rapports consternants sur les OGM et toutes ces méchantes choses qui tuent des bébés communistes par paquets de douze.

Corinne est de tous les combats (écolos), de toutes les luttes (vertes), et de tous les militantismes (éco-conscients), et elle serait assez partante pour un bon petit fichage des familles pour tous ces climato-sceptiques qui l’empêchent de refroidir le climat tranquillement.

Non, vous n’avez pas lu de travers, Lepage, au cours d’un entretien sur France Inter il y a quelques jours, a bel et bien déclaré vouloir établir un joli registre du ramassis de connards climato-sceptiques qui discutaillent les belles théories réchauffistes qu’elle et ses copains propulsent pourtant avec ardeur dans les médias. Abordant avec une hypocrisie assez phénoménale la question de la liberté d’expression (vers 1h28 dans le podcast), la brave dame explique ainsi :

« Moi, je suis un grand défenseur de la liberté d’expression. Dès lors, s’il y a des gens qui ont envie d’être climatosceptiques, c’est leur affaire. Je pense quand même qu’à un moment donné du temps, il va falloir tenir un registre très précis de tous ceux qui se seront prononcés et qui auront agi dans un contexte climatosceptique, pour que, dans quelques années, ils portent la responsabilité au moins morale de ce qu’ils auront fait. »

Interloqué, le journaliste tente alors d’en savoir plus et notamment si cette responsabilité permettra de condamner les impétrants sceptiques :

« Pas les condamner juridiquement, mais qu’ils portent la responsabilité de leurs propos, parce qu’on dit pas n’importe quoi n’importe comment. Qu’on ait émis des doutes il y a vingt ou vingt-cinq ans, soit. Quand on voit aujourd’hui ce qui se passe en Islande, ce qui se passe dans le Bordelais, ce qui se passe partout sur la planète, et de dire “ben non, il n’y a pas de changement climatique”, il faut arrêter, quand même, à un moment donné du temps. »

Ben voyons.

On va tenir un joli registre, qui ne nous rappellera absolument pas les heures les plus sombres de toute l’Humanité, et on y notera scrupuleusement le nom et les coordonnées (GPS, par exemple – c’est pratique pour les frappes par drones) de ceux qui ont proféré une connerie climato-sceptique, histoire qu’un jour, on leur fasse bien ressentir leur responsabilité.

Et leur responsabilité de quoi, au fait ?

De crime environnemental, pardi ! Oui, oui, on parle bien de crime :

« Je pense qu’un jour on y viendra. Dans la déclaration des Droits de l’Humanité, on a pris le choix de ne pas proposer le Tribunal Pénal International de l’Environnement et de la Santé, que personnellement je défends activement. Mais on l’a pas mis, parce qu’on s’est dit que la société n’était pas mûre pour l’accepter – la société internationale. Mais on y viendra. Là, je suis pas dans le juridique. Je suis au moins dans le moral. »

Vous le voyez se profiler, ce joli tribunal pénal international, avec ses juges et ses avocats (Corinne serait de ceux-là, soyez-en sûr), avec ses jurés et ses sentences, avec ses potences et ses bourreau ? Vous le voyez, ce grand registre des déviants ? Et vous la voyez, la belle société que dessine Corinne de ses gros doigts gourds et pleins de bonnes intentions dégoulinantes et de moraline empesée du chaud caramel de collectivisme éco-compatible ?

Et si ceci n’est pas du point de croix, si ce n’est pas l’expression chaleureuse d’une envie de débattre, de respecter l’opinion des autres, qu’est-ce que c’est à part du bon gros fascisme ? Et à tous les suiveurs, à tous les niais opineurs de chef dans le sillage délétère de la Corinne, que vous faut-il exactement pour déciller enfin, pour comprendre le piège qui, lentement, se referme sur toute la société à mesure que l’escroquerie du Réchauffement Climatique Anthropique se fait plus évidente ?

Voir de même:

COP 21 : la charge iconoclaste d’un climato-relativiste
Eléonore de Vulpillières
Le Figaro
27/11//15

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Si Rémy Prud’homme ne nie pas le rechauffement climatique, il regrette que sur les questions concernant le climat se développe une pensée unique. Attention, ça va chauffer.

Professeur émérite à l’Université de Paris XII, Rémy Prud’homme a obtenu un doctorat ès sciences économiques en 1963 et passé en 1964 le concours de l’agrégation des Facultés de Droit et de Sciences Economiques, en science économique.

Il a enseigné aux Universités de Phnom-Penh, de Lille, de Paris XII, où il est en poste à l’Institut d’Urbanisme de Paris depuis 1977, ainsi qu’au MIT (Massachusetts Institute of Technology) où il a été invité comme Professeur en visite à plusieurs reprises.

Il est l’auteur de L’idéologie du réchauffement, paru le 28 octobre 2015 aux éditions du Toucan (collection L’Artilleur).

LE FIGARO. – Vous estimez que l’expression consacrée «réchauffement climatique» est impropre, et employez le terme de «réchauffisme» que vous qualifiez de «mini-idéologie». Pourquoi?

Rémy PRUD’HOMME. – L’expression «réchauffement climatique» est grammaticalement incorrecte. Elle confond l’adjectif et le complément de nom. Ceux qui l’emploie veulent parler de «réchauffement du climat», et non pas d’un réchauffement qui serait «climatique», ce qui n’aurait guère de sens. Mais il s’agit là d’un point de détail. La distinction entre réchauffement et réchauffisme est plus importante. Le réchauffement est un phénomène physique, l’élévation des températures sur la terre, qui a été de 0,6-0,8 degrés au cours du XXème siècle, avec alternance d’augmentations et de diminutions, et qui est un objet d’études scientifiques.

Le réchauffisme est un phénomène social qui s’est construit à partir du réchauffement, et qui comprend une explication, des projections de castastrophes, la désignation d’un coupable – le CO2 – promu au statut d’ennemi public n°1, la mise en œuvre de politiques révolutionnaires. Le réchauffisme présente tous les caractères d’une idéologie identifiés par Hanna Arendt: un système monocausal, une révérence/référence à la science, le contrôle par des Etats, la lutte contre un ennemi unique, l’adhésion des masses. Bien entendu, le réchauffisme n’a pas le bilan abominable des idéologies analysées par Arendt: d’où l’appellation de mini-idéologie.

Selon vous la climatologie est encore une science en formation, aux contours incertains…

Le climat est un objet scientifique très complexe, largement ignoré jusque dans les années 1980. Pour que l’étude de cet objet devienne une science comme les autres, il faut beaucoup de temps (un demi-siècle, peut être) et beaucoup d’indépendance. La climatologie n’a eu ni l’un ni l’autre. Le thème a été pris en main par des organisations internationales et des des politiciens, qui ont créé une organisation à leur main chargée de «montrer le caractère anthropique du réchauffement»; trois ans plus tard, le GIEC remettait sa copie; la science avait parlé.

Que vous inspire la mise à pied de Philippe Verdier, chef du service météo de France 2, licencié après la parution de son livre Climat Investigation, un mois avant la COP21?

Dans L’idéologie du réchauffement, terminé en juillet 2015, j’analysais la «tentation totalitaire» inhérente au réchauffisme, en évoquant le 1984 de George Orwell. Le scandaleux congédiement de Philippe Verdier apporte, hélas, une bien triste preuve de la justesse de cette analyse. Le plus lamentable d’ailleurs n’est pas tant la décision de la direction de la chaîne publique contrôlée par le pouvoir politique, que la facilité avec laquelle elle a été acceptée par les syndicats et les médias. Un mois plus tard, Madame Corinne Lepage, sur une radio publique, demandait la création d’un fichier des climato-sceptiques (elle a employé le mot de «registre»). Là encore, cette proposition extravagante est passée comme une lettre à la poste.

La promotion gouvernementale dont a bénéficié la COP21 qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre en fait-elle l’apogée diplomatique du quinquennat du président Hollande? Les accords qui seront trouvés seront-ils contraignants?

Des accords internationaux ne peuvent pas être véritablement «contraignants» . Au mieux (ou au pire), ils exercent une pression morale sur les pays qui tiennent mal ou pas du tout leurs engagements. Mais personne n’imagine les Nations Unies intervenant militairement en Chine pour punir ce pays d’ouvrir plusieurs centrales

au charbon par semaine. La COP21 sera évidemment un échec. L’objectf visé, décrété par le G8, est de diminuer de 50% les rejets de CO2 du globe d’ici 2050; c’est ça ou la fin du monde, comme on nous l’a assez seriné. La quasi totalité des pays en développement, qui rejettent actuellement bien plus de CO2 que les pays développés, ont affiché par écrit leur intention d’augmenter de beaucoup plus de 50% leurs émissions de CO2 d’ici 2030. Il sera amusant de voir comment les politiciens, les diplomates, et les médias vont s’y prendre pour présenter cet échec comme un grand succès.

Comment expliquer les anathèmes lancés sur ce qu’il est convenu d’appeler les «climato-sceptiques»? Le débat est-il encore possible?

Ces anathèmes sont faciles à comprendre. Les climato-crédules sont absolument persuadés de connaître, de détenir, et de défendre le Vrai et le Bien, et que leur croyance est la clé de la survie de l’humanité. Tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont donc dans le Faux et le Mal, et menacent la survie de l’humanité. Les réchauffistes se font donc un devoir moral de maudire et de faire taire les sceptiques. C’est la logique de l’inquisiteur. Ce n’est pas par méchanceté, qu’il torture le mécréant. C’est par bonté, pour le sauver des flammes éternelles. Evidemment, cette attitude ne prédispose pas au débat. Le climato-crédule n’éprouve pas le besoin de débattre, puisqu’il sait ; il éprouve au contraire l’envie de censurer, pour empêcher le doute et le mal de se répandre.

Vous estimez que les médias et les religieux, en particulier l’Eglise catholique sont «réchauffistes». En quoi Laudato Si, la dernière encyclique du pape témoigne-t-elle de l’endossement officiel de cette idéologie? La préservation de la planète n’est-elle pas un souci légitime de préoccupation?

Les églises, et pas seulement l’église catholique, retrouvent dans le réchauffisme des thèmes qui leurs sont chers: l’homme est coupable ; il conduit le monde et lui-même à la ruine ; seule la punition, la foi, l’ascétisme feront apparaître un homme nouveau qui pourra être sauvé. En ce qui concerne l’encyclique, elle adoube sans nuances la vision noire et apocalyptique des réchauffistes (§ 23), prône (avec le patriarche Bartholomée) le «passage de la consommation au sacrifice» (§12), écrit que «l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance» (dans les pays riches) (§193), et va jusqu’à inviter les catholiques à «se convertir» à une autre religion, la religion réchauffiste. Dans au moins l’une édition en français, l’encyclique est accompagnée d’une préface de Nicolas Hulot, comme si le texte du souverain pontife avait besoin de cette béquille. Même le non-croyant éprouve une certaine gêne en observant ces capitulations devant l’air du temps.

Les rapports du GIEC font autorité auprès du gouvernement et des médias en matière de climat. La légitimité de cette institution est-elle contestable?

Pour chacun des rapports quinquenaux du GIEC, le pluriel est de mise. Il y en a en effet trois. Le rapport proprement dit, en trois volumes de 1500 pages chacun, assez indigeste, et que presque personne ne lit, qui est principalement écrit par des scientifiques (même si ceux-ci sont choisis par les gouvernements, et si des militants peu ou pas scientifiques se glissent parmi eux). Un rapport résumé, d’une centaine de pages, préparé conjointement par des bureaucrates et des scientifiques. Et un résumé pour décideurs d’une trentaine de pages, pratiquement rédigé uniquement par des diplomates et des militants, qui est le seul document effectivement lu. Dans ce texte, ce sont les gouvernements qui se parlent à eux-mêmes: ils s’écoutent en effet. Il arrive que ce résumé pour décideur contredise le rapport technique. C’est ainsi, par exemple, qu’un rapport technique écrit que l’aggravation des événements extrêmes n’est généralement pas prouvée ; son résumé sur décideur en parle comme d’une certitude, et c’est ce que médias et gouvernements en retiennent.

Vous écrivez que le réchauffement de la planète est une réalité ; néanmoins vous contestez le fait qu’il serait principalement du fait de l’homme, ainsi que l’idée selon laquelle les conséquences de ce réchauffement seraient catastrophiques. Pourquoi?

Le réchauffement au cours du XXème siècle est un fait, mesuré, même si la production d’une mesure globale agrégeant de millions d’observations n’est pas un exercice évident. L’explication de cette évolution par les rejets de CO2 est une conjecture, appuyée sur une théorie assez séduisante (rejetée par certains physiciens cependant), mais assez mal vérifiée empiriquement. Du reste, le bon sens suggère qu’un phénomène aussi complexe que l’évolution des températures a (comme la plupart des phénomènes physiques ou sociaux complexes) est pluricausal, et non monocausal. Le passage de la température aux catastrophes est un autre chapitre, encore plus complexe et plus mal connu que le passage du CO2 à la température.

En quoi la «croissance verte» serait-elle une chimère?

La «croissance verte» est d’abord une trouvaille de langage. Comme tout le monde est pour le vert et pour la croissance, tout le monde est pour une économie verte qui créerait de la croissance. Mais il ne suffit pas d’accoler les deux mots pour créer une causalité. En réalité, si la lutte contre le CO2 crée bien des emplois et de l’activité dans les secteurs qu’elle subventionne, les impôts qui la financent réduisent les ressources des ménages et des entreprises et donc leurs dépenses et détruisent des emplois dans le reste de l’économie; au total, l’effet des créations d’emplois nettes des destructions d’emplois est très faible, et probablement légèrement négatif. Si la dépense publique «créait» des emplois, la France, championne du monde de la dépense publique, n’aurait plus un chômeur depuis longtemps. Quant à l’effet sur le bien-être des ménages, il est très largement négatif. En Europe, le prix de l’électricité est d’autant plus élevé que les investissements éoliens et photovoltaïque sont importants. Et cet effet est régressif, parce que les dépenses affectées (électricité, logement, transports) pèsent plus lourd dans le budget des pauvres que dans celui des riches. La comparaison des dépenses environnementales (vertes) avec les dépenses militaires (rouges) est éclairante: objectifs de lutte comparables, financements également étatiques, prétentions à la croissance identiques. L’impact économique des dépenses rouges a été très étudié: il apparaît négatif. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on est conduit à penser que celui des dépenses vertes est également négatif. Pas pour tout le monde: le complexe écolo-industriel qui est le pendant du célèbre complexe militaro-industriel y trouve son compte. Ségolène Royal a bien compris ou senti que l’écologie (elle veut dire la politique écologiste) peut être «punitive» ; elle cherche à éviter cela, mais elle a beaucoup de mal à y parvenir car la politique écologique, nécessairement faite de taxes et de contraintes, est naturellement punitive. Jean Tirole, réchauffiste convaincu, mais économiste génial (et homme honnête), est le premier à reconnaître que la lutte contre le CO2 a un prix. Il pense que ce prix vaut la peine d’être payé parce qu’il nous évitera des catastrophes épouvantables.

Pourquoi ce que vous appelez la «propagande réchauffiste» remporte-t-elle un succès populaire?

La propagande est aux idées ce que la publicité est aux produits. Ca paye.

Qu’entendez-vous par la notion d’ «interventionnisme réchauffiste» des pays développés dans les pays pauvres? Le développement de ces derniers est-il réellement entravé par les normes établies par les Etats riches?

Ce point est à mes yeux le point essentiel. Le réchauffisme est une idéologie née, développée et répandue dans les pays riches: États-Unis, Royaume-Uni (Margaret Thatcher fut le premier leader politique converti), Allemagne, France, pays scandinaves. Le spectacle des G8 qui se réunissent, et qui décident – vous avez bien lu: décident – pas seulement pour leurs propres pays, mais bien pour l’ensemble de la planète, la réduction de moitié des émissions de CO2, sent son néo-colonialisme à plein nez. Pendant trop longtemps, le fossé entre pays riches et pauvres a été terrible, effrayant, et croissant. Depuis une trentaine d’années, il a enfin commencé à se combler. Aujourd’hui, les pays pauvres se développent plus vite que les pays riches. Contrairement à ce que beaucoup (le pape par exemple) pensent et disent, la misère, la faim, l’illettrisme, la maladie, la mort reculent partout, y compris au Bangladesh, en Inde, en Afrique. Au cours des 20 dernières années, la mortalité infantile (bon reflet des revenus, de leur répartition, de l’hygiène, de l’accès aux soins, de l’éducation des femmes, de la production de nourriture) a diminué de 70% en Afrique et de 50% en Asie. Si tout s’explique par le réchauffement, comme on veut nous le faire croire, alors: vive le réchauffement! Bien entendu, le combat contre la pauvreté, qui reste encore dramatique pour bien trop de millions de personnes, est loin d’être achevé, et doit rester notre première préoccupation. Il est la priorité des pays pauvres, bien avant le combat contre le CO2. La volonté des pays riches de réduire à tout prix les rejets de CO2 partout est donc en conflit avec la volonté des pays pauvres de se développer. Ce conflit est particulièrement aigu en matière d’électricité. Sans électricité, pas de développement. Et en Afrique ou en Inde, sans centrales à charbon, pas d’électricité. Au nom du CO2, les pays riches prétendent empêcher les pays pauvres de construire des centrales à charbon. Ils ont tous interdit à leurs agences d’aide, et aux banques de développement internationales qu’ils contrôlent, de prêter un sou à cet effet. Et en prime les ONG environnementales des pays riches s’opposent souvent aux barrages hydro-électriques. Laissons la parole à un Africain, Donald Kaberula, président de la Banque Africaine de Développement: «Les gouvernements occidentaux sont hypocrites; eux qui se sont enrichis avec les combustibles fossiles, disent maintenant aux pays africains: vous n’avez pas le droit de construire des barrages, ni des centrales à charbon, contentez-vous de ces renouvelables hors de prix. Les pays africains ne les écouteront pas». Avec d’autres mots, l’Inde dit exactement la même chose. On a là les germes d’un véritable et dramatique conflit qui va éclater dans les prochaines semaines à la COP21 à Paris.

Voir également:

Les Aigles (déplumés) de la mort aiment le diable !

Notre degré d’avachissement intellectuel et moral est tel qu’il faut s’entortiller de précautions pour émettre le moindre propos… Soyons bien clair, aux lecteurs choqués par le titre de cet article, par son contenu ou les titres et qualités de l’auteur, qu’ils sachent que les devoirs, publics et privés, à rendre aux morts, qui devaient leur être rendus l’ont été.

Paix aux morts et, maintenant, debout les hommes !

D’abord, une lecture mystique.

L’idée circule sur les réseaux. Oh, très mollement, comme une sorte de dissonance, de grincement dans la mécanique de sidération collective. Personne ne s’y risque vraiment. D’ailleurs, l’injonction fuse. Le rappel à l’ordre claque ! Vous n’y pensez pas ! Bigot ! Réac ! Coincé !

Il faut bien que quelqu’un se dévoue. Que voulez-vous, j’ai été bercé dans ma jeunesse cléricale, par l’injonction de « lire les signes des temps ».

Quels « signes » ? Pas les corps entassés, les rues ensanglantées, les hurlements des blessés. Non, des images sous-jacentes, en arrière-plan, si fortes qu’elles aveuglent.

Qu’avons-nous vu ? Il est 21 h, ce funeste vendredi 13, au Bataclan. Devant 1 500 personnes en transe, serrées et échauffées comme dans une matrice, les Aigles de la Mort MétalEagles of Death Metal en v.o. – entonnent : « Qui va aimer le diable ? Qui va aimer sa chanson ? Qui va aimer le diable et sa chanson ?… ». Personne, et pour cause, n’entendra la conclusion : « … j’aimerai le diable et sa chanson ! ».

Et cette phrase de l’Évangile selon saint Luc, proclamée le matin même à la messe : « Où sera le corps, là aussi se rassembleront les aigles » (trad. Crampon, 17, 37). D’autres traduisent « vautours », mais c’est la même chose : les rapace qui se repaissent des morts. Voilà des signes ! Je les vois multipliés, sur les tee-shirts, sur les tatouages, sur les pochettes de disques : « mort… diable… », et les ingrédients qui vont avec : violence… sexe… défonce… jouissance… vacarme…, codes partagés de la culture de masse.

Qu’on ne me dise pas, avec des pudeurs de chaisières, que ce n’est pas du « métal ». Enfumage ! Ne me dites pas non plus que ce ne sont que des mots. Que c’est pour rire. À force de ne rien prendre au sérieux, tout fini par devenir tragique. Si vous élevez des pitbulls vicieux et pervers, parce qu’ils sont utiles pour faire peur aux voisins, ne vous étonnez pas si, un jour, ils sautent à la gorge de vos enfants. Vous invoquez le diable en rigolant ? Lui vous prend au sérieux. Un exorciste extraordinaire me le disait le jour même des attentats : « Si vous lui ouvrez la porte, il se fait une joie d’entrer. » On ne joue pas avec les icônes, elles véhiculent le sacré…

Je vais allez plus loin. Tant pis pour les lecteurs sensibles. Regardez les photos des spectateurs quelques instants avant le drame. Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… » comme dit le “quotidien de révérence”. Mais ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… Les uns portent le maillot du PSG – « Fly Emirates » en effaçant le berceau de Louis XIV, et les autres profitent du même argent pour se faire offrir un costume en bombes. Une minute avant leur mort, les uns et les autres étaient penchés sur leurs smartphones, comme accrochés au sein de leur nourrice. Ce n’est pas le retour du Moyen Âge, contrairement à ce que disent les crétins, c’est la postmodernité dans toute son absurdité. Le drame de l’humanisme athée, qui aime le diable, la mort, la violence, et qui le dit… et qui en meurt ! Le signe de la mort et du chaos ne flotte pas que sur les rues de Paris, un vendredi soir maudit. 130 morts, c’est affreux ! Et 600 morts, c’est quoi ? C’est le chiffre des avortements en France le même jour (Ministère de la Santé – merci Orwell !). Où est l’horreur, la vraie ?

Écoutez le sage : « Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c’est un magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue date ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s’y trouvait entassé. […] Vous êtes les premiers démolisseurs à s’attaquer à des destructeurs. Les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes. Nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts » (Philippe Muray).

Puis une lecture politico-sociologique.

Qu’avons-nous vu ? Des rockers californiens de deuxième zone, entretenant la flamme d’une musique désormais recyclée dans la grande lessive consumériste, une fausse rébellion pour de juteuses connexions avec l’industrie. Loin de moi l’idée d’encenser le rock et ses valeurs, mais on peut accorder au minimum à la génération « beat » le désir d’avoir voulu ébranler non pas tant la société patriarcale, que le matérialisme. Ses solutions étaient mauvaises, mais la révolte contre Mammon pouvait avoir quelque chose de sincère. Tout cela est aujourd’hui totalement intégré dans la matrice. Pire, la tentative de révolte a été « retournée » pour servir à la domination, par le divertissement (au sens étymologique), l’abrutissement de la moindre velléité de révolte. On peut écarter d’un revers de la main dédaigneux ces faits en estimant qu’ils relèvent d’un humour au second degré. Lorsqu’un membre du groupe revendique son goût pour les armes, la pornographie et la méthamphétamine… (Wikipedia), il ne fait que dealer un cocktail particulièrement efficace pour le contrôle social. Pas besoin de complot, pas besoin de police, l’appât du gain des trafiquants, les névroses sociales pullulantes et l’intérêt du système financier suffisent à faire le boulot. Des milliers de romans de science-fiction l’ont mieux dit que tous les sociologues. Voilà d’ailleurs en grande partie pourquoi vous ne pouvez pas faire la moindre remarque critique sur le sujet, sans vous faire agonir de sottises. Les chiens de garde veillent…

Ne parlons même pas des propos consternants de premières communiantes chez ces rockers revenus peureusement à la maison : « Bien que nous soyons désormais rentrés chez nous et en sécurité, nous sommes horrifiés et tentons toujours de comprendre ce qu’il s’est passé… », avant de remercier servilement la police et le FBI… Ils vénéraient Satan mais n’étaient visiblement pas impatients de le rencontrer. Ah, ils peuvent s’afficher avec leurs tatouages virils, leurs admiratrices en bikini et leurs grosses motos, « c’est rien que des demi-sels » comme dirait Audiard, des aigles déplumés, bien loin de la mère des Maccabées, « cette femme héroïque qui parlait avec un courage viril » comme dit l’Écriture Sainte ces jours-ci.

Pour finir, le sordide et les intérêts bien compris. Ils vont gagner au grattage après le tirage. Les victimes ne sont même pas enterrées qu’un journaliste du système peut tranquillement expliquer : « Lancée dans la foulée des attaques terroristes ayant frappé Paris vendredi 13 novembre, la campagne visant à porter la chanson Save A Prayer au sommet des ventes de singles britanniques bat son plein » (Le Figaro). C’est nous les complotistes, les obscurantistes, les réactionnaires, mais eux, ils peuvent tranquillement se repaître sur le dos des morts, ça ne gêne personne ! À vomir ! Il n’y a pas que ceux qui tiennent les kalachnikovs qui sont des monstres.

Grégoire Nysse : « Quand on dit que Dieu inflige un châtiment douloureux à ceux qui font un usage pervers de leur liberté, il convient de comprendre que c’est en nous-mêmes que ces souffrances ont leur principe et leur cause » (La vie de Moïse, 2, 87).

P. S. : Les formulaires de dénonciations à quelque autorité qu’on voudra sont à la disposition du public.

Voir aussi:

Dieudonné condamné à 2 mois de prison ferme par la Belgique pour antisémitisme

Laurence Wauters
La Libre Belgique

25 novembre 2015

Il est condamné pour des propos tenus lors d’un spectacle à Herstal en 2012, et devra faire publier à ses frais le jugement qui le condamne dans « Le Soir » et « La Libre ».

Le tribunal correctionnel de Liège a tenu compte, ce mercredi en rendant son jugement dans le dossier de Dieudonné M’Bala M’Bala, de la longueur du délai qui s’est écoulé entre le spectacle qui lui valait d’être poursuivi, qui remonte au 14 mars 2012, et la sanction prononcée. Reconnu coupable d’incitation à la haine ou à la violence à l’encontre des personnes handicapées, des homosexuels et de la communauté juive, de diffusion d’idées visant à attiser la haine ou prônant la supériorité raciale et de négationnisme, il a écopé d’une peine de 2 mois de prison ferme et de 9000 euros d’amende.

Mais il est également condamné, et c’est sans doute ce qui marquera les esprits, à faire publier à ses frais, dans les journaux Le Soir et La Libre, l’entièreté du jugement qui vient d’être prononcé et qui fait pas moins d’une trentaine de pages.

Pour Dieudonné, les handicapés sont « indignes de vivre »

Le juge Kuty a mis une petite heure pour détailler chaque prévention, expliquant à quel point les propos émis par le polémiste à Herstal, lors de deux one-man shows organisés le même jour par le comité de quartier des jeunes du quartier de Bressoux-Droixhe à Liège, forment les éléments constitutifs des infractions pour lesquels il était poursuivi. Ainsi, le tribunal se dit «  frappé par le fait que le prévenu fasse siennes diverses thèses national socialistes ». Le polémiste a évoqué la trisomie 21 en parlant d’un pseudo ami qui en serait atteint : «  normalement on ne les laisse pas vivre mais lui, il est passé sur le côté  », déclarait le Français dans son show. Il estime donc que les personnes handicapées sont «  indignes de vivre  », conclut le tribunal, qui rappelle que le premier programme de meurtre du national socialisme était la suppression des handicapés mentaux.

Au sujet des homosexuels, Dieudonné, résume le tribunal, «  tend à les présenter comme des personnes lubriques, dégénérées, n’ayant aucune pudeur ». Il dresse aussi les musulmans contre les homosexuels, résume le tribunal, en expliquant que les musulmans qui doivent prier dehors parce que la mosquée est pleine sont réprimandés tandis que les pseudo «  actes lubriques  » des homosexuels en rue, en référence notamment à la gay pride, sont cautionnés. «  Les homosexuels étaient envoyés dans camps de concentration par le régime hitlérien  », rappelle le jugement.

Insultes et injures envers les Juifs

Enfin, en « utilisant un catalogue d’insultes et injures », le Français parle de la communauté juive, qualifiant notamment le Talmud de «  merde  », évoquant un «  terrier à rats d’Israël  », fustigeant l’attitude de diverses personnes d’origine juive «  en utilisant une phraséologie évoquant sans ambiguïté de vieilles rengaines national socialistes  ».

Entendu au sujet des faits par le biais d’une commission rogatoire internationale, Dieudonné M’Bala M’Bala avait invoqué le droit à l’humour. Il était défaillant à l’occasion de son procès, mais le juge lui a tout de même répondu que la cour européenne avait eu l’occasion, tout récemment, de rappeler au prévenu que «  la justification d’une politique pro-nazie ne peut bénéficier de la protection de l’article 10 de la convention. »

Condamné à une amende de 10.000 euros par l’État français à la suite de propos tenus lors d’un spectacle, Dieudonné M’Bala M’Bala s’était tourné vers la cour europénne des droits de l’Homme. Celle-ci avait rendu son arrêt le 10 novembre dernier, et un paragraphe de celui-ci figure dans le jugement prononcé ce mercredi : «  une prise de position haineuse et antisémite caractérisée, travestie sous l’apparence d’une production artistique, est aussi dangereuse qu’une attaque frontale et abrupte  », avait conclu la CEDH.

Les constitutions de parties civiles du centre interfédéral pour l’égalité des chances, du Foyer culturel juif de Liège et du Comité de coordination des organisations juives de Belgique sont déclarées fondées et elles obtiennent chacune un euro définitif d’indemnité. Leurs conseils, Me Berbuto et Me Lemmens, se sont dit «  très satisfaits face à ce jugement particulièrement bien étayé  ».

S’il n’est pas d’accord avec cette sanction, le polémiste peut faire opposition et être rejugé par la même chambre, devant le même juge.

Voir également:

If we’re serious about free speech, we should say ‘Je Suis Dieudonné’

Hateful people must be as free as decent people to express their beliefs.

Brendan O’Neill
26 November 2015

It’s the 21st century and Europe is meant to be an open, enlightened continent, and yet a man has just been sentenced to jail — actual jail — for something that he said. Will there be uproar? It’s unlikely. For the man is Dieudonné M’bala M’bala, the French comedian, and what he says — that Jews are scoundrels and the Holocaust is a fiction — is deeply unpleasant. Yet if we’re serious about freedom of speech, if we are truly committed to ensuring everyone has the liberty to think and say whatever they please, then the jailing of Dieudonné should outrage us as much as the attempts to shut down Charlie Hebdo or the jailing of a Saudi blogger for ridiculing religious belief. We should be saying ‘Je Suis Dieudonné’.

Due to the regimen of hate-speech laws in 21st-century Europe — which police and punish everything from Holocaust denial to Christian denunciations of homosexuality — Dieudonné has been having run-ins with the law for years. In 2009, a French court fined him €10,000 for inviting a Holocaust denier on stage during a gig. In March this year, a French court gave him a two-month suspended prison sentence for saying he sympathised with the attack on Charlie Hebdo and with the anti-Semite who murdered Jews at a Parisian supermarket a few days later. Now, this week, a Belgian court has given him an actual prison sentence: a court in Liège found him guilty of incitement to hatred for making anti-Semitic comments during a recent show and condemned him to two months in jail.

In all these cases, Dieudonné has been punished simply for thinking and saying certain things. This is thought-policing. It’s a PC, spat-and-polished version of the Inquisition, which was likewise in the business of raining punishment upon those who said things the authorities considered wicked. To fine or imprison people for expressing their beliefs is always a scandal, regardless of whether we like or hate their beliefs. Dieudonné really believes the Holocaust is a myth, as much as a Christian fundamentalist believes that people who have gay sex will go to hell or American liberals believe Hillary Clinton will make a good president. He is wrong, massively, poisonously so; but then, so are those Christians about gays and those liberals about Hillary. If every person who says wrong, malicious or stupid things were carted off to jail, Europe’s streets would be emptied overnight.

There are two reasons we should be furious about Dieudonné’s sentence. The first is that it sets an extremely dangerous precedent, or rather boosts an already established precedent whereby the state in Europe has assumed the authority to punish not only criminal action and violent behaviour, but also thought and speech. Anyone who feels tempted to smirk at the imprisonment of a lumbering, unfunny anti-Semite should think very carefully, for the authorities haven’t only flexed their muscles against Dieudonné — they’ve asserted their dominion over thought itself, over emotion (particularly hatred), over the right of people to say out loud what lurks in their hearts. The jailing of Dieudonné represents a further encroachment by officialdom into the psychic, emotional lives of their citizens.

Europe’s hate-speech laws do not merely punish explicitly racist stuff (which would be bad enough). They have also been used against people who are seen as possessing the wrong moral beliefs. From the Swedish Christian pastor given a one-month suspended prison sentence for describing homosexuality as a tumour on society to the former actress Brigitte Bardot being fined 30,000 francs for railing against the ‘barbaric’ way in which Muslims slaughter animals for meat, people are being punished for their deeply held, if unpopular convictions. This is the logic of anti-hatred laws: once the state is invited to monitor and govern thought, then anyone who is nasty or edgy or different becomes fair game.

Jewish groups cheering the jailing of Dieudonné should consider the fact that, informally at least, on campuses, Zionism is now treated as ‘hate speech’ and is frequently shut down by intolerant self-styled warriors against ‘prejudice’. The institutionalisation of hate-policing is generating armies of censors keen to shut up things they find offensive or wrong; it gives people a licence to silence ideas that they hate.

The second reason we should oppose the arrest of people like Dieudonné is because censorship is the worst tool imaginable for combatting real prejudice. It is precisely if you are opposed to Dieudonné’s thinking that you must defend Dieudonné’s freedom of speech, because it is only through hearing his ideas that we can know them, expose them, and challenge them.

People who are serious about standing up to the foul ideologies of racism, anti-Semitism and Holocaust denial should not seek to silence such ideas but rather should welcome their expression. Because it’s only in a free, rowdy public sphere that we can argue against them and potentially defeat them. Forbidding the expression of such ideas makes it more difficult for those of us who take seriously our responsibility as citizens to shine the light of reason on this dark and backward way of thinking, which allows the thinking to fester and grow, underground, far from the rationalism and corrections of the rest of us.

To criminalise Holocaust denial is to turn it into an edgy ideology that will be embraced by many of the alienated as a kind of stupid rebellion against what they see as a defensive and uncaring state. In the underbelly of the internet, in smoky halls in French and Belgian suburbs, some youths say things they aren’t allowed to say in public — or listen to Dieudonné saying them — and in those cut-off, anti-social bubbles their prejudices become more fixed, free from the mocking or questioning of those who aren’t racist and who know that the Holocaust happened. Censoring racial hatred doesn’t challenge it; it can intensify it.

It is incredibly illiberal for the state to police hatred. Hatred might not be big or clever, but it’s only an emotion. And officialdom has no business telling us what we may feel — or think, or say, or write. Allowing the state to monitor belief represents a brutal reversal of the Enlightenment itself. John Locke, in his Letter Concerning Toleration (1689), set the tone for the Enlightenment as an attempt to ‘settle the bounds’ between the business of government and the business of morality. ‘The business of laws is not to provide for the truth of opinions, but for the safety and security of every particular man’s goods and person’, he wrote. That ideal is now turned on its head. Across Europe, governments ‘provide for the truth of opinions’, and in the process they silence those they don’t like and patronise the rest of us, reducing us to imbeciles incapable of working out what is right and wrong, and of speaking out against the wrong.

All hate-speech laws should be scrapped. Dieudonné should be freed. And a continent whose governments argue against the imprisonment of bloggers in Saudi Arabia while jailing comedians at home needs to take a long, hard look in the mirror.

Voir encore:

Sortie (de route) de l’histoire : comment la chute du mur de Berlin a précipité l’Europe dans l’illusion d’un présent perpétuel sans passé ni futur
La réunification des deux Allemagnes a ressuscité chez les Allemands la crainte enfouie de son lourd passé. Une attitude inconciliable avec son important potentiel d’influence, et qui handicape jusqu’à l’Union européenne dans la mise en perspective de son avenir.

Série chute du mur de Berlin
9 Novembre 2014

Atlantico : Il y a 25 ans tombait le mur de Berlin, mettant fin à la partition du monde en deux blocs. Comment pourrait-on décrire l’état d’esprit qui prévalait en occident pendant les années 1980, avant l’événement ? La pacification de la majeure partie de l’occident, la prospérité… Etait-ce l’insouciance de l’instant présent qui dominait, et comment en était-on arrivé là ?

Gil Mihaely : La « belle époque », comme on le sait, est devenue belle vue des tranchées de la guerre de 14-18… Essayons de ne pas succomber à la nostalgie en parlant des années 1980. Rappelons que pour l’opinion publique en Occident la Guerre Froide était toujours d’actualité au moins au début de la décennie et la Révolution iranienne avec sa suite (prise d’otages), avait déjà donné des éléments probants sur la logiques des clivages et conflits à venir. Rappelons aussi à ceux qui l’ont oublié le bourbier libanais avec Drakkar, les otages et les attentats en France. Si ces années sont aussi caractérisées par un certain optimisme (à relativiser d’ailleurs) c’est parce que la dérégulation graduelle de l’économie et la révolution informatique ont donné l’impression que la croissance n’avait pas de limite. Et puisque la plupart des citoyens étaient encore protégés par les acquis des Trente Glorieuses, il y avait un moment très particulier où on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre. L’écroulement de l’URSS a été dans ce sens la cerise sur le gâteau : on pensait pouvoir diminuer les crédits militaires, éviter des crises géopolitiques, ouvrir de nouveaux marchés et intégrer des dizaines de millions de personnes au mode de vie occidental.

Quand on se souvient des films que nous aimions collectivement (les blockbusters), il s’agit de E.T, Indiana Jones ou Retour vers le futur. Une dizaine d’années plus tard on a Jurassic Park, Forrest Gump, Apollo 13 et bien sûr Titanic, Armageddon et le Soldat Ryan… On commençait à s’inquiéter sérieusement et à se poser des questions angoissantes sur les limites, comme si nous  avions redécouvert notre finitude. Cependant, il faut souligner un fait important : depuis la fin des années 1950, l’Occident vit au rythme de la génération des baby-boomers (nés entre 1942-1960). Leurs goûts, leurs envies et leurs angoisses façonnent notre culture. Or, si dans les années 1980 ils avaient entre 25 et 40 ans et donc avaient beaucoup d’avenir, des projets et de l’espoir, ils commencent à vieillir et à avoir les idées noires de leur âge. Les fans de « salut les copains » sont toujours là et les spectacles des stars de l’époque ont beaucoup de succès. Il y a donc, au-delà des éléments objectifs, un effet générationnel assez fort à prendre en compte quand on analyse nos humeurs collectives.

Pierre-Henri Tavoillot : J’étais alors étudiant en Allemagne et je suis allé fêter le 1er janvier 1990 à Berlin escaladant le mur pour la première fois à la Porte de Brandebourg et retrouvant là une amie hongroise qui arrivait de l’Est. Ce fut une fête indescriptible, de joie pure et d’insouciance, en effet, où se mêlaient toutes les nationalités européennes. La destruction du mur a été un moment fort de la construction d’une identité européenne positive. Et sans doute la véritable fin d’un XXe siècle qui fut tragique mais heureusement court : 1914 pour son début et, donc, 1989 pour son terme.

Peut-on dire que l’année 1989 a achevé de nous plonger dans l’illusion d’un présent absolu, dans une caricature de « la fin de l’histoire » de Francis Fukuyama ?

Pierre-Henri Tavoillot : Il ne faut pas caricaturer la thèse de Fukuyama qui est plus subtile qu’on le dit. Elle ne consiste nullement à affirmer qu’il ne se passe plus rien dans le monde ! Pour une part, il reprend une version light de la thèse hégélienne de la « fin de l’histoire » qui consiste à dire que nous disposons désormais, dans un espace mondial globalisé, des instruments d’intelligibilité des événements historiques. Le monde est certes complexe dans le détail, mais nous disposons des grilles d’analyse pour en comprendre les phénomènes globaux. Pour une autre part, il constatait, avant même la chute du mur, que l’humanité avait atteint une forme d’unanimité. Pour le dire d’un mot, le capitalisme et la démocratie constituent « l’horizon indépassable de notre temps ». On peut dénoncer le capitalisme financier et être déçu par la démocratie parlementaire, mais les critiques les plus virulentes (à quelques exceptions — un tantinet snob — près) ne remettent en cause ni l’un ni l’autre : elles envisagent un capitalisme plus juste et plus durable ; une démocratie plus participative et plus efficace. Ce sont des critiques internes qui pointent le décalage entre la promesse et la réalisation, mais ne proposent aucune remise en cause totale et surtout aucun autre possible crédible. C’est en ce sens que notre époque est tentée par l’idéologie de la fin des idéologies. On peut même contester que l’Islam radical constitue une « alternative », puisqu’il use habilement du capitalisme financier le plus classique, des techniques de communication les plus « marketées » et aspire à une démocratie épurée. Sa contradiction insurmontable est qu’il mobilise toute la modernité pour lutter contre elle : ce n’est pas tenable, même si cela peut durer longtemps ! Les radicalismes religieux représentent des pathologies classiques d’entrée dans la modernité — et nous sommes bien placés en Occident pour savoir que cette entrée dans la modernité peut durer fort longtemps et produire des terribles tragédies …

Gil Mihaely : On fait un mauvais procès à Fukuyama. En gros, il dit que la démocratie libérale est l’horizon indépassable de l’humanité. On peut ajouter que, si on croit à la thèse selon laquelle une guerre entre démocraties libérales est hautement improbable, cela signifie aussi une relative paix mondiale. Cela ne veut pas dire qu’il souhaite voir des démocraties libérales sur le modèle de celles des années 1980-1990… On peut tout à fait accorder démocratie libérale et nationalisation des banques par exemple… Et puis, est-ce que l’individu contemporain qu’on connait, quelqu’un comme nous, accepterait un régime où il n’a pas son mot à dire ? Fukuyama a donc mis le doigt sur quelque chose de profond : depuis la fin de l’URSS il n’y a plus d’alternative radicalement différente. Aujourd’hui encore, on ne voit pas un véritable projet politique et idéologique crédible et mobilisateur qui propose une rupture totale avec les systèmes politiques et économiques existants.

Voir enfin:

GENERATION RADICALE
Malek Boutih, Député de l’Essonne
– JUIN 2015 –

« C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’on a échoué. C’est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux juste parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ ».
Antoine de Saint-Exupéry – Le Petit Prince – 1943

Par décret du 26 février 2015, le Premier Ministre a nommé M. Malek Boutih, Député de l’Essonne, parlementaire en mission auprès du ministre de l’Intérieur et l’a chargé d’une réflexion sur l’analyse et la prévention des phénomènes de radicalisation et du djihadisme en particulier. Le présent rapport restitue les travaux de cette mission.
Tout d’abord, constatant que près de 65% des individus impliqués dans les filières djihadistes ont moins de 25 ans et que les autres formes de radicalisation politique relèvent également le plus souvent de jeunes contestataires, le choix a été fait de centrer le propos sur la jeunesse. L’approche choisie est une approche générationnelle, au sens où elle s’attache d’abord à identifier l’état d’esprit de la jeunesse dont sont issus ceux qui se radicalisent. A cet effet des auditions des organisations de jeunesse ont été menées pour approfondir les constats issus des enquêtes des sociologues et comprendre le rapport de cette génération à la politique et à l’engagement.
Il est également apparu pertinent d’aborder les différentes formes de radicalité, à travers l’actualité des mouvements de jeunesse et de contestation, car si elles ne partagent pas les mêmes objectifs que le djihadisme, elles témoignent tout de même d’un même rejet des mécanismes démocratiques de représentation et de règlements des conflits.
Dans un second temps, des entretiens avec les acteurs publics, les associations et les professionnels qui accompagnent les familles des jeunes qui basculent dans la radicalisation djihadiste ont permis de comprendre les mécanismes qui conduisent à la radicalisation. Leur éclairage a conduit à formuler une hypothèse qui s’est confirmée au fil des entretiens : le succès des recruteurs djihadistes auprès des jeunes repose sur l’adhésion à un projet politique entrant en résonnance avec leurs préoccupations internationales et leur rejet de la société démocratique occidentale, plus qu’à une doctrine religieuse fondamentaliste. Si le discours des djihadistes a d’abord touché des individus au profil fragile, il faut noter que les jeunes concernés proviennent désormais de toutes les régions françaises et de différentes catégories sociales. Il ne s’agit pas uniquement de jeunes issus de milieux défavorisés ou de culture musulmane ; des convertis, des enfants d’enseignants, des étudiants ont également basculé, ce qui confirme la primauté de la dimension politique.
Evidemment cette hypothèse est déstabilisante, mais il est nécessaire de faire le bon diagnostic pour poser les bases d’une politique de prévention efficace : il ne s’agit pas seulement de prévenir la dérive de quelques individus marginalisés ; il faut plutôt s’interroger sur le fait qu’une grande partie de la jeunesse se détourne de notre modèle de société.
Ce rapport propose une analyse politique des dynamiques à l’oeuvre dans la jeunesse et pointe les objectifs des politiques publiques qui sont à inventer. Il ne prétend pas néanmoins à l’exhaustivité et pourrait être utilement complété par d’autres travaux, des monographies de cas notamment, et des évaluations détaillées de certaines politiques publiques. L’enjeu est bien d’identifier les différents ressorts de la radicalisation, y compris ceux que l’on préférerait ignorer, pour élaborer une stratégie de prévention pertinente.

Le 11 janvier ou rien  !

Depuis quelques années, plusieurs signaux nous ont alertés sur l’effritement de la confiance en nos valeurs républicaines. De la multiplication des revendications communautaires, régionalistes et corporatistes au succès populaire de Dieudonné en passant par la banalisation des propos racistes, les lignes de faille au sein de notre société sont devenues nettement perceptibles. Avec les évènements de janvier ces failles sont devenues des plaies béantes. La nature et l’ampleur des attentats, perpétrés par des français, ont d’abord sidéré nos concitoyens puis ont suscité une mobilisation sans précédent. Beaucoup ont eu envie de s’engager mais sans savoir comment se rendre utile, car pour agir il faut d’abord comprendre. C’est dans cette perspective que s’inscrit ce rapport, analyser avec lucidité la progression de la radicalité, en particulier djihadiste, dans notre société, pour y apporter des réponses adaptées.
Existe-t-il un « esprit du 11 janvier » ? Notre pays est-il en capacité, non seulement de se défendre, mais de juguler tous les dangers, toutes les failles révélées par ces évènements ?
La réponse n’est pas dans l’analyse, le décryptage de la réaction massive et historique des français, qui ont exprimé leur unité, leur refus de la violence, leur soutien aux institutions républicaines face à cette épreuve. Face à un tel évènement la simple observation de données statistiques, de cartes et de graphiques, ne suffit pas à construire une analyse politique. Si un « esprit du 11 janvier » existe, il ne sera perceptible que dans la capacité collective de notre pays à tirer la leçon de ces évènements, de ce qui a précédé, et surtout dans la capacité de l’Etat républicain à relever le plus grand défi politique auquel il est confronté depuis l’après-guerre.
Par le choix des cibles, par les discours, les auteurs des attaques du mois de janvier 2015 ont en effet frappé au coeur notre modèle républicain, en visant la liberté d’expression, la laïcité, l’unité nationale. Nos ennemis auraient pu viser des intérêts diplomatiques, militaires ou économiques, mais ils ont choisi des cibles plus symboliques. L’équipe de Charlie Hebdo représentait la liberté d’expression, le droit de blasphémer, les policiers abattus étaient le symbole d’une diversité française au service de tous, les citoyens juifs symboles d’un pays qui combat l’antisémitisme et garantit la liberté d’identité.
La France a été visée par cette attaque, mais précisément c’est la République, son modèle laïc et émancipateur qui étaient la cible. Du point de vue de nos agresseurs, le point faible de la France n’est pas tant son déclin économique que son modèle républicain fragilisé.
Le gouvernement a d’abord apporté des réponses visant à assurer la sécurité de nos concitoyens. Des dispositifs législatifs ont fourni des outils supplémentaires aux services de sécurité et un effort budgétaire conséquent va renforcer leurs effectifs et leurs équipements. Pourtant, comme l’a exprimé le Premier Ministre lors de son discours du 14 janvier 2015 devant l’Assemblée nationale, le défi à relever est de plus grande ampleur. C’est au coeur de notre pays que se trouve la plus grande adversité. Pas simplement parce que les tueurs étaient tous français, mais parce que c’est dans les failles, les déchirures du tissu républicain, qu’a grandi et prospéré leur haine avant qu’ils ne passent à l’acte.
Par le travail de nos diplomates, de nos services de renseignement, de nos experts, par celui de la presse, nous en savons maintenant davantage sur les djihadistes et ceux qui nous menacent. Deux commissions parlementaires se sont penchées sur les filières et réseaux djihadistes, préconisant un certain nombre de réponses et d’adaptation des dispositifs de sécurité et de surveillance. Mais quid du sens, des motivations de ces passages à l’acte ? Comment expliquer que des enfants de la République se soient retournés contre elle ? L’aspect identitaire et religieux est présent mais n’explique pas tout. Comment comprendre le basculement de jeunes filles et de jeunes hommes de toutes origines, de toutes les régions, qui partagent cette « haine » alors que leurs parcours n’ont rien de semblable ?
Une grande partie de la réponse aux djihadistes de toutes sortes, à ceux qui veulent imposer leurs vues par la violence, repose donc sur notre capacité à cerner les ressorts profonds qui ont conduit à cette situation et à y apporter des réponses structurelles. L’histoire de la République l’a démontré, sans cohésion nationale, sans patriotisme, sans volonté de vivre ensemble, nous sommes faibles et exposés aux dangers. L’unité nationale, l’adhésion à la République, sont au coeur de notre projet collectif, indispensables à notre sécurité.
Ce rapport se propose de cerner les dynamiques profondes qui poussent aux actions radicales et violentes, pour comprendre bien sûr, mais surtout pour anticiper et prévenir les dangers qui pèsent sur notre société. Protéger la République, c’est d’abord remettre en ordre la responsabilité de chacun. Notre défense nationale, nos services de renseignement et de police agissent sur leurs terrains respectifs. Leur efficacité est incontestable mais leur action ne peut pas répondre à l’ensemble des défis posés par le djihadisme. Les Etats démocratiques ont une expérience du terrorisme, ils savent le combattre et le neutraliser. Le danger du processus en cours c’est qu’il dépasse désormais la dimension terroriste par le nombre et la diversité des candidats au djihad. La responsabilité des institutions de notre pays n’est donc pas seulement d’accompagner et de soutenir l’action de nos forces de sécurité. Tout le monde doit être sur le front, non pas militaire, mais sur le front de la défense républicaine. Du gouvernement à l’institution de village, nous voilà tous responsables de l’avenir de notre pays.
Répondre à la question de savoir si l’esprit du 11 janvier existe, c’est choisir l’action réfléchie et déterminée pour faire vivre cet « esprit ». L’alternative étant la défaite, le reniement de notre histoire. Pour la République, c’est l’esprit du 11 janvier ou rien !

1. Portrait d’une génération au bord de  au bord de la rupture
Dans nos sociétés mondialisées, les conflits internationaux se sont peu à peu éteints au profit d’une paix et d’une sécurité collective symbolisées par la création d’organisations internationales telles que l’ONU et l’Union Européenne. La dernière génération française confrontée à la guerre fut celle des conscrits appelés durant la guerre d’Algérie il y a plus de cinquante ans maintenant. Cette stabilité dans la paix ferait presque croire que la guerre, qui a touché auparavant toutes les générations, est désormais l’affaire de professionnels agissant loin de nos territoires.
Le djihadisme, depuis ses débuts en Afghanistan, ne concernait qu’un nombre restreint d’adultes très engagés. Depuis le confit en Syrie et l’avènement de l’Etat islamique, des centaines de jeunes issus de tous les départements français ont fait le choix de la guerre et sont partis pour la faire les armes à la main. Pourquoi ? Comment est-on passé de quelques individus convaincus, à ce qui pourrait devenir un phénomène de masse dans la jeunesse de France et d’autres pays européens ?
L’observation de ce phénomène au travers du seul prisme des convictions religieuses, d’une spiritualité dévoyée, n’est pas simplement insuffisante. Elle est dangereuse à terme car elle fait le jeu des ennemis de nos sociétés, dont la propagande vise à semer le doute, la confusion, à provoquer des erreurs de notre part. Il nous faut voir plus loin que leur « fatwa » et nous intéresser à cette jeunesse française que l’on pensait apolitique, désengagée et simplement consommatrice. Qui est la jeunesse candidate à la guerre ? Sommes-nous confrontés à des dérives individuelles ou aux prémices d’un phénomène de masse ? Comprendre la jeunesse ce n’est pas seulement l’observer, c’est aussi regarder le monde et notre époque à travers ses yeux.
Pour aborder la question de la montée de la radicalité dans la jeunesse et comprendre le contexte à partir duquel certains basculent, une première étape est nécessaire. Qui sont les jeunes d’aujourd’hui ? Dans quel monde ont-ils grandi, quels évènements ont forgé leur perception du monde ? Sans prétendre à l’exhaustivité, on s’attachera d’abord à dresser à grands traits le portrait de la jeunesse d’aujourd’hui : ses conditions de vie, son état d’esprit, son rapport à la politique.
1. a – Les marqueurs historiques et politiques qui façonnent leur vision du monde
Chaque génération voit son rapport au monde façonné par de grands évènements historiques. Celle qui nous intéresse a grandi dans le monde de l’après 11 septembre, un univers très éloigné des références du XXème siècle qui ont structuré les générations précédentes (l’affrontement des idéologies et la construction des social-démocraties européennes). Les dernières décennies sont celles d’une mondialisation libérale hégémonique, émaillées par une succession de soubresauts et de crises de toute nature.
Une mondialisation heureuse ?
L’époque a consacré le caractère libéral de la mondialisation, qui n’est plus concurrencé par des modèles alternatifs. La ratification du traité européen malgré la victoire du non au référendum de 2005 illustre très bien cet état de fait. Les seuls débats de politique économique auxquels les jeunes assistent portent sur la meilleure façon de s’adapter, les réformes à conduire pour améliorer la flexibilité ou la compétitivité. S’il reste quelques économistes pour critiquer le néolibéralisme, ils sont comme l’exception qui confirme la règle.
Néanmoins la mondialisation a montré ses failles lors de crises qui l’ont fortement ébranlée. La plus marquante est évidemment la crise des subprimes qui a débuté aux Etats-Unis pour ensuite s’étendre au monde entier à partir de 2007. Les faillites des plus grands établissements bancaires mondiaux et surtout la ruine de centaines de milliers d’américains, mis à la porte de leur maison, ont donné à voir de façon spectaculaire le « colosse aux pieds d’argile » qu’est le système économique et financier international. Et depuis 2010 c’est en Europe, chez nos voisins grecs notamment, qu’on assiste à ce type d’ajustement structurel brutal. Ces crises montrent la fragilité mais aussi la force du libéralisme, qui en sort chaque fois renforcé, le remède préconisé étant d’administrer toujours plus de dérégulation et de flexibilité.
Une opposition à cette mondialisation offensive a bien émergé, avec la création d’ATTAC dans les années 90, puis le développement des mouvements altermondialistes, qui se retrouvent lors des grands forums sociaux mondiaux depuis Porto Allegre en 2001. Ils dénoncent les politiques d’ajustement structurel imposées aux Etats par les banquiers internationaux (FMI, Banque Mondiale et Banque Centrale Européenne) et se font entendre en manifestant bruyamment lors des grands sommets économiques mondiaux comme à Seattle en 1999. Mais la tournure prise par les manifestations, qui virent au saccage des banques et aux affrontements avec les forces de l’ordre, apparait comme un aveu d’impuissance.
Plus récemment, les mouvements Occupy Wall Street en janvier 2011 ou Podemos en Espagne en 2014 ont illustré un renouveau des luttes et surpris par leur ampleur. Mais là encore les débouchés politiques de ces mobilisations ont été difficiles à trouver, en raison de la nature de ces mouvements, se réclamant de la démocratie directe, refusant de désigner des chefs en leur sein, et de l’hétérogénéité de leurs membres. Si l’irruption de Podemos dans la bataille électorale et ses premiers succès sont encourageants, aux Etats-Unis la contestation s’est dissoute avec la destruction du campement de Wall Street.
Et que dire des printemps arabes, en Tunisie en décembre 2010 puis en Egypte février 2011, centrés eux sur des revendications démocratiques, autour des institutions et des libertés publiques ? Ces révolutions ont finalement débouché sur la mise en place de régimes et l’émergence de forces politiques qui ne sont pas ceux que l’on attendait, laissant le goût amer d’une dynamique avortée, d’un élan gâché. Enfin pour clore cette liste d’espoirs déçus, il ne reste qu’à évoquer l’élection de Barack Obama en 2008, à se rappeler l’engouement qu’avait suscité son « Yes we can » au regard ce qui s’est réellement passé. Voilà pour enfoncer le clou et disqualifier profondément les processus traditionnels de transformation aux yeux des jeunes.

Le tournant du 11 septembre
Sur le plan international, les attentats du 11 septembre 2001 constituent l’évènement fondateur du monde dans lequel évolue la jeune génération. D’abord parce qu’ils inaugurent une série d’attaques contre le monde occidental (Madrid en 2004, Londres en 2005) et installent durablement un climat de menace. L’origine des groupes terroristes qui se revendiquent de l’islam radical fait naître au sein des pays occidentaux une suspicion diffuse sur la communauté musulmane aux effets délétères à long terme. Surtout, les attentats de 2001 conduisent au déclenchement de la seconde guerre d’Irak en 2003, sur la base de l’existence d’armements lourds dont les « preuves » se révèleront fausses. Cette guerre fut lourde de conséquences géopolitiques, d’abord parce qu’elle n’a pas lieu seulement sur le terrain, mais sur tous les écrans de la planète. Comme pour le conflit israélo-palestinien, la charge émotionnelle des images relayées par les médias jouent un rôle central, la réalité des violences suscite de l’empathie pour les victimes et empêche de prendre du recul. Le discours des peuples musulmans opprimés par les occidentaux se nourrit très largement des images des victimes civiles des bombardements américains ou encore de la répression brutale de la seconde intifada.
Ces deux conflits ont fortement marqué les consciences de la jeune génération, qui éprouve l’injustice pour la première fois à cette échelle mondiale et développe une sensibilité particulière sur les sujets internationaux. En témoigne l’ampleur des mobilisations de l’été 2014 à l’appel de collectifs de solidarité avec les palestiniens, qui ont rassemblé plus de jeunes que les manifestations aux mots d’ordre économiques et sociaux. Leur vision du monde est fortement polarisée, les Etats-Unis et Israël incarnant la morgue et le cynisme des puissances occidentales, convaincues de leur supériorité. Les conflits qui ont suivi n’ont pas démenti cette logique de légitimation de la violence, qu’il s’agisse de l’opération Plomb durci en 2008 ou de la traque de Ben Laden.
Insistons sur ce point, la jeunesse est plus sensible à la géopolitique qu’à des débats qui la touchent plus directement. Parce que les évènements se déroulent dans des contextes lointains, méconnus, ils peuvent y appliquer une lecture simpliste et binaire. L’identification au camp des victimes et des opprimés, le rejet des injustices sont les premiers mécanismes de conscientisation politique. Ils ne nécessitent pas de manipuler des notions complexes ou de s’approprier des théories élaborées. Et ils fonctionnent à plein régime à la faveur du flot d’images toujours plus sensationnelles diffusées par les médias modernes, qui décuple l’impact des faits et bannit toute distance avec le réel.
Un monde anxiogène
Pour compléter ce tableau du monde vécu par les jeunes d’aujourd’hui il faut évoquer les catastrophes naturelles et sanitaires. Le tsunami de 2004 en Indonésie, l’ouragan Katerina en 2005 à la Nouvelle Orléans, la catastrophe dans la centrale nucléaire de Fukushima en 2011, et dernièrement le virus Ebola qui s’est répandu en Afrique, sont autant d’évènements apocalyptiques vécus en direct, même s’ils se déroulent à des milliers de kilomètres de la France, qui nous rappellent brutalement la fragilité de la prospérité et du confort moderne. Ces catastrophes font office de signal d’alerte sur les conséquences climatiques de certains modes de développement et contribuent à l’éveil des consciences écologiques.
Les faits cités ci-dessus n’embrassent évidemment pas toute l’histoire des dernières décennies mais ils sont de nature à influencer la lecture du monde que se construisent les jeunes. Or ils sont significatifs d’une situation paradoxale : alors que la mondialisation et le libéralisme sont censés amener le confort et le progrès à travers l’accès à la consommation, les crises mettent sur le devant de la scène des populations faibles et vulnérables. Certes on peut boire du coca en regardant MTV vêtu des derniers modèles d’H&M à Bamako, mais cela ne fait pas le poids face aux images implacables des populations déplacées, des enfants affamés, ou des migrants risquant leur vie pour traverser la Méditerranée. La mondialisation semble s’imposer comme la seule dynamique possible de développement, mais force est de constater qu’elle s’accommode d’une grande instabilité et se soucie peu de laisser une partie du monde sur le côté.

Et au plan national, la situation n’est pas exempte de ces contradictions. Le progrès est censé permettre la réussite de tous et l’accumulation des richesses, mais à la condition de s’adapter, d’être plus flexible, d’évoluer vers l’économie de l’innovation… Les jeunes avant même d’entrer dans le monde du travail perçoivent chez leurs aînés cette pression et cette injonction à la performance. Or comment prétendre ressembler aux actifs urbains ultra-connectés lorsque l’on grandit dans un quartier relégué ou dans un territoire rural et que l’on n’a pas les moyens de s’acquitter d’un abonnement téléphonique ou d’une carte de transports ?

Il y a bien un décalage entre le développement économique et technologique que vivent les classes moyennes supérieures, et la précarité, l’insécurité auxquelles doivent faire face les employés et les travailleurs non-qualifiés.
De cette dichotomie sont nées des crispations dans la société française, certains cherchant à désigner des coupables. L’émergence des identitaires sur la scène publique, ayant pris pour cibles les immigrés et les musulmans, en est l’illustration, mais aussi plus largement la progression continue du Front National.
L’une des manifestations de cette intolérance qui a prospéré est le succès des listes constituées autour du personnage de Dieudonné aux élections européennes de 2009. Il témoigne en particulier de l’enracinement d’un nouvel antisémitisme. Celui-ci combine plusieurs sources. D’abord le conflit israélo palestinien, à travers lequel sous l’effet d’une certaine gauche à court d’idéologie, les musulmans sont devenus la figure du peuple opprimé et Israël, puis les juifs par extension, le symbole de l’oppresseur occidental. D’autre part, à la faveur des discours de l’extrême-droite et des actes dénoncés comme islamophobes et par une sorte de renversement ou d’effet miroir, s’est installée l’idée que les musulmans sont traités par les démocraties occidentales comme l’ont été les juifs dans les années trente, stigmatisés et opprimés. Enfin, le travail de mémoire sur la Shoah est de plus en plus contesté au nom d’autres mémoires qui seraient tout autant légitimes et injustement sous-traitées, celle de la colonisation et celle de l’esclavage, comme s’il y avait un gâteau de la mémoire à répartir et donc une « concurrence mémorielle ».
Dans les quartiers le discours du « deux poids deux mesures », entre des juifs qui seraient insérés et protégés et des musulmans au contraire stigmatisés et marginalisés socialement, a rencontré un large écho. Les vieux préjugés sur les juifs qui seraient partout, tirant les ficelles du monde de la finance et des médias sont de retour. De façon remarquable ils sont très largement répandus chez les jeunes aujourd’hui alors que cela aurait été inenvisageable il y a encore une vingtaine d’années. Les enseignants et associations qui interviennent dans les établissements en témoignent.
Enfin, les distorsions liées aux inégalités en France sont d’autant plus clivantes qu’elles se combinent avec une relégation territoriale, sociale et culturelle. Les émeutes urbaines de 2005, bien plus qu’une réaction de circonstances à la mort de deux jeunes à Clichy-sous-Bois, actaient dans ces territoires la fin de la promesse républicaine pour une génération.

Ainsi les évènements retracés ici et qui ont façonné la conscience politique de la jeunesse dressent le tableau d’un monde instable et paradoxal, ébranlé par les soubresauts de la mondialisation, et d’un libéralisme dans lequel tout le monde n’a pas sa place, loin de la dynamique homogène et continue de progrès qu’il est censé prodiguer. Il y a incontestablement une forte distorsion entre les progrès de la mondialisation et la diffusion d’un consumérisme planétaire censé offrir partout l’accès au confort, à la modernité, aux mêmes modes, aux mêmes produits, et les réalités telle qu’elles sont vécues et constatées. Que ce soit au niveau national, avec le décrochage de certains territoires, la précarisation et la paupérisation d’une jeunesse qui n’a pas les moyens de se déplacer ou de se connecter à internet, ou au niveau international, avec des conflits meurtriers, des populations entières déplacées, des Etats inexistants ou corrompus, des milliers de migrants qui meurent en Méditerranée…
1. b – L’enfermement social de la jeunesse
Pour mieux comprendre cette génération, après avoir décrit le monde dans lequel elle évolue, il faut s’intéresser à ses conditions de vie. En effet l’environnement familial, les conditions de vie matérielles, les perspectives scolaires et professionnelles des jeunes, matricent nécessairement leur vision du monde.
« Il n’y a pas une seule jeunesse », c’est l’expression qu’emploient en général ceux qu’on interroge sur l’état de la jeunesse. Plus précisément, ce que met en évidence cet état des lieux c’est d’une part une inquiétude partagée sur les chances de réussite, et d’autre part le décrochage d’une frange de la jeunesse, qui aurait en quelque sorte perdu d’avance.
Rappelons d’abord quelques chiffres qui montrent que les enfants ne sont pas épargnés par les inégalités et la pauvreté qui touchent l’ensemble de la société, bien au contraire. En 2011, 1 famille sur 5 est monoparentale, deux fois plus que dans les années 70. Dans plus de 90 % des cas il s’agit de femmes seules et près du tiers de ces familles sont pauvres (au sens de l’Insee, soit des revenus inférieurs de 60% aux revenus médians). Au total ce sont plus de 3 millions d’enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté, soit près d’un mineur sur cinq. Et parmi les 3.5 millions de mal logés dénombrés par la Fondation Abbé Pierre en 2015 on compte 500 000 mineurs.
La situation économique et sociale des jeunes adultes n’est pas plus favorable. En 2014, 23% des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté, et jusqu’à un tiers d’entre eux renoncent aux soins pour des raisons financières.
Et c’est surtout dans le domaine de l’insertion professionnelle que le constat est alarmant : 150 000 jeunes sortent du système éducatif sans qualification chaque année et c’est donc entre 1,6 et 1,9 millions de jeunes soit 13.1% des 16-25 ans, qui sont actuellement sans emploi et sans formation (les «Neet» pour «Not in education, employment or training»).
Quant à ceux qui poursuivent leurs études et obtiennent une qualification, ils ne sont pas pour autant sortis d’affaire. Un jeune sur cinq est toujours à la recherche d’un emploi trois ans après sa sortie du système scolaire. Et 55% des 15-29 ans occupent un emploi précaire. Or ces périodes prolongées d’insertion, où les jeunes alternent entre les stages, le chômage et des emplois précaires peu rémunérés, altèrent durablement leurs perspectives salariales et professionnelles et minent leur confiance en eux, c’est ce que les sociologues appellent l’ « effet cicatrice ». Les jeunes vont en quelque sorte de déception en déception : ils peinent à accéder à l’emploi malgré de longues études, se voient contraints de passer par de longues années de statut précaire, et pour ceux qui travaillent en tant qu’employés le constat de ce à quoi ils peuvent prétendre sur le marché immobilier en particulier au regard de leur revenu est amer.
On comprend ainsi aisément que ¾ des 18-25 ans aient la conviction que leur vie ne sera pas meilleure que celle de leurs parents. Les enquêtes sociologiques évoquent « le sentiment d’appartenir à une génération sacrifiée » et expliquent ce pessimisme record par les « crises en cascade » : le manque de croissance, la dette publique, la crise du logement, de l’université, de l’intégration… Le fonctionnement actuel du marché du travail instaure une barrière à l’entrée difficilement franchissable, ce qui génère une incertitude des jeunes sur leur capacité à prendre leur autonomie.
Plus préoccupant encore que cette inquiétude généralisée, l’affaiblissement de la méritocratie et de la mobilité sociale crée les conditions d’un enfermement d’une partie de la jeunesse qui a de bonnes raisons de se sentir d’avance exclue du jeu. En cause ici des institutions scolaires censées incarner les possibilités d’ascension sociale grâce au mérite personnel, qui ne remplissent plus leur rôle. Symptomatique de ce changement de paradigme, une étude consacrée à l’Ecole Polytechnique conclut que « mieux vaut être parisien issu d’une famille aisée que jeune provincial boursier » et souligne qu’ « on compte aujourd’hui moins de fils d’ouvriers dans les classes préparatoires qui mènent aux grandes écoles que dans la France des années 50 ». Plusieurs études et ouvrages récents amènent aux mêmes conclusions, si bien qu’aujourd’hui personne ne nie plus cette réalité : l’école reproduit les inégalités. En 2005, Georges Felouzis dans L’apartheid scolaire : enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, levait ce tabou en mesurant pour la première fois en France le niveau de ségrégation ethnique dans une académie. Il mettait ainsi en évidence l’existence d’établissements scolaires fortement ségrégués, du fait notamment des stratégies d’évitement des familles, connus depuis sous l’appellation de « ghettos scolaires ».
Cette année dans Le destin au berceau, inégalités et reproduction social, le sociologue Camille Peugny rappelle que la République « méritocratique » est un mythe. La mobilité sociale, après avoir progressé des années 50 aux années 70, stagne depuis 1977. Le clivage entre qualifiés et non-qualifiés supplante progressivement celui entre employés et ouvriers, l’école consolidant la stratification sociale en la faisant reposer sur des critères scolaires plutôt que sociaux. Et le milieu social d’origine reste pénalisant, puisqu’à niveau de diplôme et orientation équivalents, les enfants d’ouvriers ont statistiquement moins de chances de parvenir à un métier de CPIS (cadres et professions intermédiaires supérieures) que les enfants de cadres.
La réalité est donc bien loin de la France démocratique et « moyennisée ». La jeunesse est coupée en deux et le destin au sein d’une même classe d’âge sera différent selon que le jeune sera diplômé ou non. L’école produit de l’échec et le marché du travail accentue les clivages. Les jeunes sans diplôme et sans soutien familial se retrouvent dans des situations de grande détresse économique sans pouvoir bénéficier d’aucune aide sociale tant les conditions d’accès sont restrictives lorsqu’on a moins de vingt-cinq ans.
En définitive l’élimination des plus faibles est quasi-systématique. Pour les enfants qui grandissent dans des quartiers relégués, mais également pour les jeunes issus de l’immigration, les dés seraient pipés ; ce n’est pas une affirmation controversée d’auteur de pamphlet, mais bien une observation formulée par les institutions elles-mêmes, qu’il s’agisse du Conseil national d’évaluation du système scolaire ou de France Stratégie.

En effet, une note du CNESO intitulée « École, immigration et mixités sociale et ethnique » montre que les résultats scolaires des élèves issus de l’immigration se sont dégradés durant la dernière décennie. A 15 ans, près de la moitié de ces élèves issus de l’immigration présentent des difficultés scolaires sévères qui vont obérer la poursuite de leurs études secondaires et supérieures.
Ce phénomène est intimement lié à la ségrégation sociale et ethnique en milieu scolaire et va au-delà de la performance scolaire. Plus les écoles sont ségréguées socialement et ethniquement, plus les problèmes de santé des jeunes, leur consommation de stupéfiants, les incivilités, les maternités précoces, l’intolérance vis-à-vis de l’étranger ou plus généralement de l’altérité, la difficulté à dialoguer et à travailler avec des jeunes de milieux sociaux et culturels différents… progressent. Notre système scolaire produit du séparatisme ethnique et plus globalement social, il génère donc logiquement un fort sentiment d’injustice.
Les travaux de France Stratégie confirment ce constat en matière d’insertion professionnelle des jeunes issus de l’immigration (« Jeunes issus de l’immigration, quels obstacles à leur insertion économique ? »).
Les jeunes descendants d’immigrés sont plus souvent sans diplôme à la fin de leur scolarité que les natifs, ou atteignent en moyenne des niveaux de diplôme moins élevés, dans des filières souvent moins porteuses en matière d’insertion professionnelle. Plusieurs facteurs sont relevés, comme la ségrégation spatiale encore une fois (70 % de jeunes d’origine immigrée à Saint-Denis ou Grigny, environ 75 % à Clichy-sous-Bois, Aubervilliers et La Courneuve – Aubry B. et Tribalat M., 2011) et le retard dans la maîtrise de la langue, et les difficultés d’apprentissage, lié à une scolarisation plus tardive en maternelle. Les conséquences en termes d’emploi sont sans surprise : les descendants d’immigrés sont davantage exposés au chômage que les natifs sans ascendance migratoire directe (14,2 % de taux de chômage contre 8,6 % en 2012) et c’est particulièrement vrai pour les jeunes de moins de 25 ans d’origine africaine dont le taux de chômage dépasse les 40 %, soit presque le double du taux des jeunes sans ascendance migratoire directe. On peut noter également que le seul fait d’habiter en ZUS accroît la probabilité d’être au chômage de moitié par rapport à un habitant hors ZUS.
A ce stade, sans trop anticiper sur les développements qui suivent, on perçoit déjà la profondeur des frustrations qui peuvent détourner une grande partie de la jeunesse de la société. Les enquêtes montrent que les aspirations des jeunes sont relativement simples : exercer un métier et fonder une famille, or pour les plus défavorisés ces objectifs semblent inatteignables, ce qui nourrit frustration et défiance à l’égard de la société démocratique, mine leur sentiment d’appartenance et peut éventuellement les conduire à des comportements de rupture.

1. c – La fébrilité psychique et morale
Les comportements à risque et l’état psychique des jeunes nous renseignent également sur leur état d’esprit et leur rapport à la société. De ce point de vue, le diagnostic est celui d’une jeunesse insouciante, tant certains comportements relèvent d’un déni manifeste du danger, mais aussi celui d’un mal-être croissant.
La pratique du « binge drinking », qui consiste à boire de grandes quantités d’alcool le plus rapidement possible, chez les adolescents de plus en plus jeunes, est symptomatique des risques pris par les jeunes en toute connaissance de cause. Malgré les multiples campagnes d’information et de prévention sur les dangers encourus, ils persistent dans leurs comportements à risque. La consommation d’alcool ou d’autres substances psychoactives, les relations sexuelles non protégées, les conduites routières dangereuses, les ivresses répétées correspondent chez certains, notamment les garçons, à la recherche du plaisir et de l’adrénaline, mais ces comportements à risque peuvent aussi être l’expression d’un mal-être et dans tous les cas ils conduisent à des risques accrus de marginalisation sociale et de pathologie à l’âge adulte.
Une étude menée en 2014 par l’Unicef France relève que plus d’un jeune sur trois (36.3%) serait en souffrance psychologique. Conduite auprès de 11 000 jeunes de 6 à 18 ans, elle a été intitulée « Adolescents en France : le grand malaise ». Ce mal-être concerne leurs conditions et cadre de vie, relations familiales, amicales, ou leur expérience scolaire. Il a conduit 28% des adolescents interrogés à penser au suicide (34 % chez les filles, 19.5 % chez les garçons), 1 sur 10 déclare avoir tenté de se suicider.
Les relations familiales ont un rôle important : si 1 jeune seulement sur 10 a le sentiment de ne pas pouvoir compter sur (ou compter pour) sa mère ou son père, environ 40% ont des relations tendues avec un de leur parents (tensions qui surviennent le plus souvent en cumul avec d’autres difficultés : familles monoparentales ou recomposées, problèmes économiques…).
Conséquence ultime de ce mal-être, le suicide est la 2ème cause de mortalité chez les jeunes (après les accidents de la circulation, 16.3 % du total des décès). Certes ce n’est pas chez les jeunes que le taux de mortalité par suicide est le plus élevé, mais environ 600 jeunes de moins de 25 ans se suicident chaque année. Trois facteurs récurrents sont cités par les professionnels : manifestations psychiques (troubles anxieux, dépressifs), consommation de produits psychoactifs (tabac, alcool, stupéfiants) et conditions de vie (précarité, relations interpersonnelles…), à côté des autres facteurs de risque comme les discriminations (homophobie notamment), le harcèlement à l’école ou sur les réseaux sociaux (1/3 des jeunes déclare faire l’objet de harcèlement ou être ennuyé à l’école), les évènements douloureux durant l’enfance et les situations de stress économique.
Une note de l’INJEP de 2015 sur le suicide des jeunes pointe d’autre part un fait remarquable. Un tiers des jeunes qui ont tentés de se suicider n’ont eu recours ni à une structure ni à un professionnel de santé. Toutes les tentatives de suicide ne donnent pas lieu à enregistrement, c’est le cas quand il n’y a pas d’hospitalisation, ou seulement passage aux urgences, et quand les conséquences de la tentative sont jugées peu graves sur le plan somatique. Les chiffres sont donc probablement sous-estimés, cela révèle surtout des carences évidentes dans la prise en charge.

Les services psychiatriques existent pour prendre en charge les cas pathologiques graves, mais qu’en est-il de l’accompagnement des jeunes en souffrance dans leur quotidien ? A priori, comme pour ceux dont la tentative de suicide est passée inaperçue, ils n’ont pas accès à un soutien psychologique. La psychologie et la psychothérapie se sont peut-être banalisées dans une frange intellectuelle et urbaine de la société, mais c’est loin d’être le cas partout. La récente grève des personnels du secteur de pédopsychiatrie en Seine-Saint-Denis qui ne peuvent plus assurer leur mission de service public (plusieurs mois de délais sont nécessaires avant d’obtenir un rendez-vous) illustre bien cette situation.
1. d – Une génération connectée
Enfin, ce qui distingue incontestablement cette génération des précédentes, c’est son rapport aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Comme le souligne l’expression anglaise « digital natives », les jeunes dont nous parlons ont grandi dans un monde connecté et maîtrisent parfaitement les outils numériques et les réseaux sociaux.
Le fonctionnement des nouveaux médias impacte les formats et le contenu des produits culturels qu’ils consomment : primat de l’image, recherche du divertissement, de la provocation… L’environnement culturel de cette génération est caractérisé par la diffusion rapide et massive des succès, qui va de pair avec leur nature éphémère. La popularité de la plate-forme Youtube en est le symbole, de façon inédite ce réseau permet la diffusion en quelques jours et à l’échelle mondiale des succès musicaux ou des modes. Et il faut souligner que si ces mécanismes de diffusion rapide fonctionnent pour les artistes célèbres ou les grandes entreprises qui investissent dans la communication virale, ils sont aussi à la portée du simple bloggeur depuis son salon. Tout internaute peut créer ses contenus et les mettre en ligne, certains inconnus ont ainsi rencontré un grand succès.
Danah Boyd, qui a travaillé surtout auprès de jeunes américains, est considérée comme l’une des meilleures spécialistes des pratiques des jeunes sur internet. Elle décrit les réseaux sociaux comme « un espace public » dans lequel traînent les jeunes, se substituant aux lieux de rencontre physiques qui disparaissent avec la transformation des villes. Elle note en effet que si le monde virtuel permet de bannir les frontières géographiques, en réalité les jeunes l’utilisent d’abord pour communiquer avec leur cercle d’amis proches.
D’autre part elle décrypte les comportements et l’utilisation des applications. Les selfies ne sont pas qu’un geste narcissique, ils sont une manière de « prendre possession d’un lieu, d’un moment et d’un contexte ». Les images ou les phrases partagées dans l’espoir d’un « j’aime » participent d’une recherche et d’un besoin d’attention, tout-à-fait naturelle à un âge où l’on se construit une identité. Il est intéressant de constater qu’internet induit de nouveaux usages mais ne modifie pas les motivations ou les objectifs recherchés par les jeunes : échanger avec leurs amis en dehors des adultes, construire son image et son identité, rechercher l’assentiment… Il en va de même pour les centres d’intérêt des jeunes qui sont très proches de ceux de leurs parents plusieurs décennies auparavant. Sur l’application YAX utilisée par les adolescents par exemple, où ils peuvent aborder tous les sujets, on observe que les thématiques les plus récurrentes sont le sexe et l’amitié, suivies par la religion, ce qui est plus original mais s’explique par la date de ce relevé, février 2015.

Il faut donc comprendre qu’internet est devenu une partie de l’univers social des jeunes, ils s’y comportent comme des acteurs tout-à-fait maîtres de leurs mouvements car ils en maîtrisent les codes. Par le choix des sites consultés, des images « likées » ou « retwitées », l’adhésion à des communautés, ils se forgent un profil à leur image et interagissent en produisant ou en diffusant des contenus. C’est un lieu d’échanges, où ils jouent, où ils nourrissent et entretiennent des amitiés, où ils nouent des relations sentimentales…. Si pour les adultes internet est un outil (de recherche d’information, de gain de temps, de communication) mis au service de leurs activités réelles, pour les jeunes c’est une partie de leur vie, au même titre que le réel.
Défiance envers les médias traditionnels
D’autre part, si internet n’est pas nécessairement facteur d’acculturation, il est vrai qu’il contribue à la diffusion de croyances irrationnelles. Le phénomène désarçonne les adultes, qui manquent d’arguments pour contrer des théories finement élaborées, images à l’appui, et distillées par de multiples canaux. En 2014, la MIVILUDES (mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a observé la propagation des théories du complot, sans parvenir à identifier de source structurée. Elle faisait alors l’analogie avec la mode du satanisme et du spiritisme dans les années 90-2000 et rappelait que le questionnement du monde, la volonté de chercher des réponses ésotériques, de provoquer les adultes et de bousculer leurs certitudes étaient des comportements adolescents typiques.
Dès 2005, Pierre-André Taguieff expliquait le succès des récits sur les Illuminati dans La Foire aux illuminés : « Le récit Illuminati donne l’impression de connaître la cause de nos malheurs : discriminations, pauvreté, racisme. Pour des jeunes qui se sentent victimisés, ce grand récit explicatif omnipotent est séduisant : ils tiennent leurs coupables. Les Illuminati englobent les capitalistes, les francs-maçons, les juifs, les monarques, les clubs d’hommes politiques, les sociétés pseudo-secrètes, les finances apatrides, les banquiers, etc. ». Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, spécialisé sur ces questions, met également en avant la fonction gratifiante des théories complotistes pour des jeunes qui acquièrent ainsi « un discours politique propre ».
S’il faut s’inquiéter de ces phénomènes plutôt que de les mettre sur le compte d’une rébellion adolescente passagère, c’est d’une part à cause du public qu’ils touchent : des jeunes issus des milieux défavorisés, des ZEP et lycées professionnels, mais aussi de plus en plus d’étudiants, même au niveau de la licence, et d’autre part parce qu’ils font écho aux thèses de Dieudonné et de Soral qui professent qu’une oligarchie financiaro-américano-israéelienne (« l’empire ») dirige le monde.
Enfin, le fait que les téléphones portables soient devenus les principaux terminaux consultés par les jeunes, y compris pour prendre connaissance de l’actualité, va de pair avec la perte d’influence des médias d’information traditionnels que sont la presse et la télévision. Les jeunes les consultent moins, mais au-delà certains ne leur font plus confiance. Alors que les adultes considèrent la presse comme la source d’information la plus fiable, une grande partie de la jeunesse s’en méfient parce qu’ils seraient « du système ». L’expression témoigne de l’influence des théories complotistes, mais plus généralement c’est par le biais de sites d’information alternatifs, ou des vidéos qui circulent sur les grandes plateformes d’échange, que le doute s’installe sur certains faits. Et en quelque sorte plus la supercherie serait grande plus elle serait crédible aux yeux des jeunes, puisque dès le lendemain des attentats du 11 septembre, un élève de Seine-Saint-Denis affirmait à son professeur que « c’était un coup des juifs ».

1. e – La politique sans les partis
Après avoir décrit les évènements qui ont façonné leur vision du monde et relevé les éléments saillants de leurs conditions de vie, sur le plan économique et social et sur le plan psychique, ce portrait de la jeunesse s’achève sur son rapport à la politique et sur la façon dont elle s’engage.
Avant de s’intéresser aux jeunes engagés dans des actions militantes ou des organisations politiques, arrêtons-nous sur le regard que porte la jeunesse sur la société et le monde politique. L’enquête menée par France Télévisions fin 2013, « Génération quoi ? », à laquelle plus de 210 000 jeunes de 18 à 34 ans ont répondu, nous renseigne sur leur état d’esprit.
En premier lieu la crise économique et les difficultés d’accès au monde du travail semblent peser très lourd sur leur vision de l’avenir, d’autant plus que pour 81 % d’entre eux le travail est important dans leur vie. Si deux tiers d’entre eux sont plutôt optimistes quant à leur devenir personnel, ils sont en revanche majoritairement désabusés quant aux perspectives offertes à leur génération, qu’ils qualifient de « sacrifiée » ou « perdue ». Les mots sont forts et reflètent un constat très sombre : 45 % des jeunes interrogés imaginent que leur vie sera pire que celle de leurs parents. Olivier Galland, sociologue spécialiste de la jeunesse, cite dans son dernier ouvrage un sondage de 2012 selon lequel 79% des 18-30 ans se déclarent pessimistes concernant l’avenir de la société française. Camille Peugny qui a analysé les résultats de l’étude de France Télévision remarque que le « poids du discours de crise dans lequel nous baignons » peut conduire certains à noircir le tableau mais note cependant que le pessimisme est d’autant plus fort chez les jeunes peu diplômés ou en statut précaire et qu’il est donc bien corrélé à une réalité.
La désillusion qui semble caractériser cette jeunesse s’explique aussi par la fin du mythe de la société méritocratique. 70 % des jeunes ont le sentiment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables (ils étaient 53 % en 2006) et 61 % pensent que le système éducatif ne récompense pas le mérite. Enfin deux phénomènes découlent assez logiquement de ce qui précède : la famille apparaît comme une valeur refuge, vécue majoritairement positivement, et trois quarts des jeunes sont tentés par un départ à l’étranger. Notons que les doutes de la jeunesse sur son avenir et sa vision d’une société et d’un système scolaire bloqués correspondent en tout point à ce que les données socio-économiques et les sociologues mettent en évidence.
Quant au jugement des jeunes sur la politique, il est sans appel. Certes certaines valeurs restent plus fortes dans la jeunesse, en particulier la solidarité et la tolérance (70% par exemple estiment que l’immigration est une source d’enrichissement). Ils s’engagent volontiers dans des actions locales et sont favorables à 80% à un service civique obligatoire. Mais la défiance face à la politique traditionnelle et aux institutions est immense, qu’il s’agisse des médias (40 % de non-confiance) ou des hommes et femmes politiques. La moitié des jeunes pensent qu’ils sont « tous corrompus», et surtout ils sont 90 % à considérer que les politiques laissent la finance diriger le monde. Dès lors il semble évident que les jeunes ne voient pas leur salut dans l’engagement politique traditionnel dans un parti et se détournent aussi du vote. Une autre étude, réalisée par Audirep auprès de 15-30 ans a abouti au même constat, ce sont 30 % des jeunes qui ne se retrouvent dans aucune proposition de l’échiquier politique actuel.
Quelles dynamiques peuvent découler de ces résultats ? Deux perspectives significatives se dessinent. D’abord, comme le décrit Cécile Van de Velde, « à l’image de ce qui se passe dans l’ensemble de la société, une grosse minorité campe sur des positions autoritaires et xénophobes. Une véritable bombe à retardement. Ce sont les jeunes invisibles, dans des vies d’impasse, perdants de la mondialisation. Beaucoup de ruraux et de périurbains, en difficulté, déclassés. Ils sont souvent tentés par le Front national. »
D’autre part, nous retiendrons tout particulièrement un chiffre de l’étude Génération quoi ? : 61% des jeunes interrogés participeraient à un mouvement de révolte de grande ampleur. Rien de surprenant lorsque la frustration se combine à l’impuissance du monde politique. Les conditions de la radicalisation sont réunies, pas seulement pour une frange marginalisée, mais bien pour une majorité de la jeunesse.
Des organisations de jeunesse en mutation
Pour confirmer les analyses issues des enquêtes sociologiques, mais aussi pour confronter l’état des lieux statistique de la jeunesse aux réalités vécues et aux paroles des jeunes eux-mêmes, différentes organisations de jeunesse, syndicats, mouvements d’éducation populaire, ou organisations politiques ont été interrogés. Leurs représentants ont été questionnés dans le cadre de ce rapport sur les formes d’engagement, l’appétence pour le militantisme et les revendications les plus mobilisatrices.
Ce qui ressort de ces auditions confirme que les aspirations relativement simples des jeunes (un métier, une famille) sont contrariées par les difficultés d’insertion professionnelle et la précarité dans l’emploi. Doutant d’avoir accès à une réelle autonomie, ils sont dans l’incapacité de se projeter. Ce qui a significativement changé c’est qu’ils n’attendent plus des institutions qu’elles leur donnent les moyens de leur autonomie. Professeurs et conseillers d’orientation sont disqualifiés et ne sont donc plus respectés. Pour s’en sortir et réaliser leurs projets les jeunes comptent sur leurs proches, parents et copains.
N’y a-t-il pas un reflux de l’engagement ? Pour les aînés de cette génération qui ont assisté aux mouvements sociaux des années 90 et 2000 qui réunissaient dans les rues des centaines de milliers de jeunes (manifestations lycéennes ou mouvements contre le CIP), tels que l’on n’en a plus connu depuis les manifestations contre le CPE en 2006, l’hypothèse d’un recul de l’engagement chez les jeunes est logique.
Les responsables des organisations de jeunesse, quelle que soit leur orientation politique, ne partagent pas cette hypothèse. Pour eux les jeunes ne sont pas moins engagés, en revanche leurs motivations ont évolué. Les jeunes ne militent plus pour des transformations radicales ou pour des valeurs ; au contraire ils s’investissent sur des combats concrets, relevant de leur quotidien. Ils attendent de leur engagement un enrichissement personnel et des résultats visibles. Cette approche pragmatique de l’engagement, on la trouve chez les jeunes de la JOC qui s’entraident localement pour s’insérer professionnellement, ou chez les lycéens qui signent massivement une pétition pour que l’apprentissage du code de la route soit dispensé dans leurs établissements. Moins d’idéologie et plus de pragmatisme en somme. Ces témoignages reflètent une partie de la réalité et ne sont pas nécessairement contradictoires avec le fort potentiel de révolte qui ressort des enquêtes évoquées précédemment, les processus de conscientisation politique étant toujours faits d’une combinaison de différentes postures et niveaux de revendication.

Autre élément mis en avant par les organisations, le manque d’espace d’expression libre pour les jeunes, l’absence de lieux pour se retrouver et échanger. Cela semble difficile à concevoir à l’heure où internet est censé offrir une multitude de possibilités de s’exprimer et où les médias alternatifs se multiplient. Pourtant à bien y regarder, le manque de dialogue est bien réel. Dans le milieu scolaire tout d’abord, il n’y a pas qu’entre professeurs et parents qu’on ne parvient pas à se comprendre. N’a-t-on pas, après les attentats de janvier, entendu les professeurs témoigner de leur difficulté à aborder certains sujets avec leurs élèves ? Qu’il s’agisse de l’éducation à la sexualité ou de la déconstruction des préjugés, les associations qui interviennent dans les établissements témoignent autant de la disponibilité et de la forte participation des élèves que de l’attitude ambiguë des enseignants et responsables d’établissements, partagés entre demande de formation et crainte d’être débordés par l’ouverture d’espaces de dialogue.
Et dans la société civile, si le jeunisme s’impose dans le marketing ou dans la mode, c’est l’image des jeunes qui est recherchée (les attitudes, les vêtements, la musique) et certainement pas ses idées ou son point de vue. Les adultes cherchent parfois à leur ressembler mais ne s’intéressent pas réellement à ce qu’ils ont à dire. Tout simplement on ne donne pas la parole aux jeunes, les responsables des organisations politiques le déplorent mais qui les entend ?
Un dernier aspect de ce qui se joue dans le déficit de dialogue et d’expression, l’absence de confrontation entre les points de vue, doit être relevé. Les communautés virtuelles et réelles dans lesquelles les jeunes évoluent sont de plus en plus des communautés d’identité, de ressemblance ; or en évoluant dans ce type de milieu fermé et homogène on ne se confronte pas à l’altérité, on finit même par ignorer qu’un autre point de vue est possible. Les associations qui interviennent dans les établissements scolaires pour travailler sur les préjugés et tenter de les déconstruire en dialoguant avec les élèves témoignent que la méconnaissance est souvent à l’origine des stéréotypes. L’une des forces de leur action est de faire intervenir dans les classes des animateurs issus de diverses cultures et confessions, tout simplement pour répondre aux questions que les élèves se posent. On voit bien ici, si trivial que cela puisse paraître, tous les bénéfices à retirer du développement des échanges et du dialogue dans les établissements scolaires et dans toutes les collectivités.
Une jeunesse frustrée, prête à basculer
Le portrait de la jeunesse dressé ici n’est évidemment pas exhaustif mais il met en évidence quelques traits saillants qui la rendent singulière et la différencient des générations précédentes.
D’abord la frustration. Elle nait d’une situation paradoxale : l’entrée précoce dans le monde adulte est favorisée par l’autonomie dans l’accès à l’information et les relations sociales (socialisations multiples et choisies, en dehors des cadres physiques de l’école, du voisinage ou des loisirs) permise par les nouvelles technologies ; mais l’insertion professionnelle et l’accès à l’autonomie réelle, financière ou termes de logement, s’avèrent difficiles et plus tardifs. Cette génération n’a connu que la société mondialisée et très concurrentielle, elle a totalement intériorisé le « struggle for life », la lutte contre le déclassement, dans laquelle se débattent ses aînés. Elle n’a pas expérimenté le volet intégrateur des mécanismes de protection sociale ou la capacité émancipatrice de l’éducation nationale et à cet égard les acquis sociaux-démocrates ou progressistes sont ressentis comme les privilèges d’une génération qui ne veut pas céder sa place. Dès lors la société est vécue comme totalement verrouillée, ce qui génère une grande frustration.
Ce sentiment que, quels que soient leurs efforts, ils pourront difficilement assouvir leurs aspirations est destructeur pour des jeunes qui rêvent eux de réussite rapide et clinquante. Pour beaucoup ils prennent le contrepied de la bien-pensance adulte qui les enjoint à l’abnégation et à la modération et refusent de rester anonymes. A l’origine de cette aspiration se trouve probablement le rôle crucial de l’image et du regard des pairs chez les adolescents, qui a toujours existé mais est devenu prépondérant aujourd’hui. On le constate dans l’environnement scolaire où les jeunes cherchent absolument à être associés à un groupe car le moindre faux pas peut conduire au harcèlement et à l’exclusion.
Cette soif de reconnaissance des pairs et de valorisation de son image, qui revient à maîtriser sa réputation, à être performant, renvoie à une logique de domination : l’obligation d’affirmation virile pour les garçons et de choix radicaux (tout ou rien) en terme de sexualité pour les filles.
Pour comprendre leur vision du monde, il faut prendre la mesure de ce que donnent à voir les conflits armés, les crises financières et les catastrophes environnementales, qui installent une atmosphère « apocalyptique » de « crise perpétuelle ». Comment les jeunes appréhendent-ils cette instabilité ? L’omniprésence de la violence, les conflits armés qui se succèdent et l’exclusion partout visible dans l’espace public, tout porte à croire que nous n’allons pas vers l’apaisement et la prospérité généralisée. Au contraire, cette conjoncture millénariste serait le signe que le vieux système se craquèle et s’essouffle, créant une situation propice aux bouleversements et donc aux radicalités.
Enfin, si la situation donne l’impression aux jeunes que tout peut basculer, c’est à cause de ces crises en cascade, mais c’est aussi parce qu’ils ne s’inscrivent pas dans une perspective solide, structurante et mobilisatrice. Le corpus de valeurs et l’ordre social très peu contraignant de nos sociétés démocratiques occidentales ne fournit pas un cadre suffisamment englobant et sécurisant pour s’y ancrer et s’y attacher. Chacun est libre de ses pensées, de son comportement et peut mener sa vie comme il l’entend dès lors qu’il n’empêche pas les autres d’en faire autant. La notion de République est inintelligible, comme diluée dans le libéralisme et la modernité, et le sentiment d’appartenance à une communauté nationale est très affaibli. Or une partie de la jeunesse refuse ces valeurs trop « molles » et cherche à se distinguer. A côté de ceux qui briguent la richesse et la célébrité, certains réclament de l’ordre et la moralisation de la société décadente pour retrouver une fierté et un sentiment de supériorité (l’extrême-droite et les identitaires), d’autres essaient de mettre en pratique une contre-culture et des alternatives à nos modes de production et de consommation, les derniers enfin sont tentés de renverser la table…

2. 2. Dé mocratie de façade mocratie de façade mocratie de façademocratie de façademocratie de façade mocratie de façademocratie de façademocratie de façade mocratie de façademocratie de façademocratie de façademocratie de façade mocratie de façade et et et répurépurépurépublique désincarnée blique désincarnée blique désincarnéeblique désincarnée blique désincarnéeblique désincarnée blique désincarnée blique désincarnée blique désincarnée , comment la , comment la , comment la , comment la , comment la , comment la , comment la crise nourrit les extrêmes crise nourrit les extrêmes crise nourrit les extrêmescrise nourrit les extrêmes crise nourrit les extrêmes crise nourrit les extrêmes crise nourrit les extrêmescrise nourrit les extrêmescrise nourrit les extrêmes crise nourrit les extrêmescrise nourrit les extrêmes crise nourrit les extrêmescrise nourrit les extrêmes ?
Le développement de formes d’action alternatives aux mouvements sociaux traditionnels, l’usage de la violence dans les manifestations et la radicalisation de certains discours politiques traduisent l’affaiblissement des mécanismes démocratiques de régulation et de règlement des conflits. La radicalité politique s’exprime à travers des mouvements très variés, aux valeurs parfois opposées, mais qui partagent le rejet de la démocratie représentative. En cela les groupes radicaux, certes minoritaires, sont le symptôme d’une crise politique profonde, confirmée à chaque élection par les taux d’abstention très élevés.
En passant en revue rapidement les nouvelles formes de radicalité, il apparaît nettement que le radicalisme islamiste est aujourd’hui le plus dangereux, du point de vue de son emprise et des failles qu’il creuse au sein de notre société. Néanmoins l’implantation de l’extrême-droite dans le paysage politique, et notamment son audience auprès de la jeunesse, est également très préoccupante car facteur de division et de délitement de la cohésion nationale.
2. a – Défiance envers la démocratie
Nouvelles formes de lutte
Dans le domaine de la contestation sociale, le début du XXIème siècle marque indéniablement un tournant avec la disparition des luttes sociales adossées aux idéologies révolutionnaires marxistes qui ont structuré des générations de militants. L’ultra-gauche n’a pas disparu mais ses combats et ses modes d’organisation ont changé de nature.
On a affaire aujourd’hui à des groupes d’individus autonomes à la recherche d’actions directes plutôt qu’à des organisations militantes structurées. Constellations, ouvrage collectif paru en 2014, témoigne de l’émergence de modalités d’action alternatives en retraçant les luttes « alter » depuis 2000. Ces mouvements liés à des projets spécifiques ou à une revendication précise (le mouvement Génération Précaire qui défendait les stagiaires et précaires ou Don Quichotte sur le logement par exemple) menés par des communautés protéiformes réinventant les outils révolutionnaires. On y trouve le récit des squats organisés dans les villes ou à la campagne, des expériences de jardins communautaires, des actions de soutien aux sans-papiers… de multiples initiatives qui ne s’inscrivent pas nécessairement dans un projet de grand bouleversement, de « grand soir », mais participent plutôt d’une volonté de s’ancrer et de se réapproprier le territoire.
L’une des caractéristiques de ces luttes, qui les distingue des mouvements sociaux traditionnels, est leur capacité à « s’organiser sans organisation ». Les Indignados ou les occupants de Wall Street par exemple revendiquaient le fait d’être « apolitique » et « sans-chef ». On retrouve ce principe d’autogestion dans le fonctionnement des Zones à Défendre (ZAD) qui illustrent sûrement le mieux ces nouvelles formes de mobilisation. La première est née à Notre-Dame-des-Landes en 2012 pour contester le projet d’aéroport qualifié de « Grand Projet Imposé Inutile », elle rassemble des profils divers, écologistes, décroissants, anarcho-autonomes… autour de la volonté de construire un mode de vie collectif alternatif
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à la société de consommation. La primauté du combat local, la méfiance vis-à-vis des médias, les modes d’organisation informels et collaboratifs, le mépris des forces de l’ordre, sont autant de traits qui distinguent les zadistes de leurs aînés militants. Certains d’ailleurs font débat chez les théoriciens révolutionnaires contemporains qui s’interrogent sur les débouchés potentiels de ces mobilisations, la nécessité de globaliser les combats et d’y associer d’autres pans de la société.
Dans un autre registre, le développement des Anonymous s’inscrit dans cette même recherche d’action directe et de nouveaux outils de contestation.
Violence et « radicalité antisystème » assumées
D’autre part depuis quelques années des groupes radicaux revendiquent l’usage de la violence dans les manifestations. La radicalité antisystème est assumée, l’action directe devient une finalité en soi et la violence prend la place du discours politique.
Les Black Blocs, pour qui « frapper un flic ce n’est pas de la violence mais de la vengeance » contre des institutions illégitimes, s’inscrivent dans cette logique. Apparus en 1999 lors du sommet de l’OMC à Seattle ils sont à l’origine de pillages et de dégradations en marge des manifestations, recherchent sciemment l’affrontement avec les forces de l’ordre, et surtout ils n’ont pas d’autre existence que ces manifestations brutales et ponctuelles. A l’extrême-gauche comme à l’extrême-droite, plusieurs groupuscules recourent ainsi à la violence. Cela a conduit à la mort d’un militant, Clément Méric, en juin 2013, lors d’une rixe contre des jeunes nationalistes révolutionnaires, ou encore aux violences commises en marge des manifestations de la Manif pour Tous.
Et sans que cela ne relève tout-à-fait de la même logique, puisque ce n’est pas le fait de groupes plus ou moins organisés, la profanation du cimetière juif de Sarre Union ou le projet d’attentat contre une mosquée de jeunes du lycée militaire de Montbonnot-Saint-Martin (Isère) sont symptomatiques du niveau de violence dont est capable la jeunesse et de sa banalisation.
Radicalisation politique
Enfin, l’extrême-droite se radicalise, non pas tant dans ses actes que dans son discours. On observe un double mouvement, la banalisation et l’institutionnalisation politique d’une part, et l’affirmation des identitaires comme tête de pont dans la société d’autre part.
Ces dernières années, l’extrême-droite s’est installée dans le paysage politique français au gré de ses victoires électorales. Elle a acquis une forme de respectabilité qui permet désormais à ses électeurs et ses partisans de s’afficher publiquement, ce qui est une nouveauté. Elle est même devenue la première force politique chez les moins de 35 ans : 30 % d’entre eux ont en effet voté pour les candidats du Rassemblement Bleu Marine aux élections européennes de 2014. Cette ascension traduit la banalisation de ses idées dans la société qui se manifeste également par la multiplication des insultes racistes ou homophobes assumées par leurs auteurs dans l’espace public.
Quant au mouvement des identitaires, il dépoussière en quelque sorte l’image de l’extrême-droite en adoptant des outils modernes, ils sont très présents sur internet, et en s’investissant par exemple dans la création de groupes musicaux. Le Bloc Identitaire s’est fait connaître en créant du buzz avec ses apéros « saucisson-pinard » par exemple, et on ne compte plus les sites d’information comme « fdesouche.com » (français de souche) qui distillent sous couvert d’une information objective des idées réactionnaires, des arguments contre l’immigration et l’islam. A cet égard le lissage des discours électoraux ne doit pas occulter la radicalité du projet politique. Fermer les frontières et sortir de l’euro, cesser d’accueillir des immigrés sur notre territoire, stigmatiser les musulmans, retirer la possibilité de se marier aux couples homosexuels, envisager, même par le biais d’un référendum, de rétablir la peine de mort, toutes ces propositions de l’extrême-droite sont d’une violence symbolique extrêmement forte pour une grande partie de la communauté nationale.
En dehors de l’émergence des identitaires, qui s’appuient sur un discours banalisé dans la société française et disposent des soutiens nécessaires pour s’installer dans la durée, comme une sorte d’avant-garde de l’extrême-droite, on note que les groupes radicaux tels que les Black Blocks ou les antifascistes ne cherchent pas à se constituer comme des entités structurées et stables. Au contraire il s’agit plutôt de nébuleuses, de regroupements ponctuels liés à un évènement.
Ces différentes formes de radicalisation semblent contenues par les services de police et de renseignement. Qu’il s’agisse de l’ultra-droite ou de l’ultra-gauche, les effectifs sont peu nombreux, et les actions restent classiques, des occupations de chantier notamment. Pour y faire face, les autorités ont des moyens adaptés et bénéficient d’un savoir-faire éprouvé en matière de maintien de l’ordre. Quant aux mouvances anarcho-autonomes, leur nature même, très désorganisée, incite à croire qu’ils ne représentent pas une menace réelle dans l’immédiat.
Ce que l’on retient surtout, c’est l’investissement des sujets environnementaux et des enjeux de territoire par l’ultra-gauche, comme point de départ de la contestation du système démocratique et de la construction de modes de vie collectifs alternatifs. Compte tenu de la sensibilité des questions environnementales dans la société et chez les jeunes en particulier, l’hypothèse de la multiplication dans les années à venir de sites de ZAD et de projets d’aménagement contestés est réaliste et par la même préoccupante.
2. b – Djihadisme, l’hybride politico-religieux
La révolution convertie à l’islam
Le succès du fondamentalisme religieux auquel souscrivent des milliers de personnes y compris dans les sociétés les plus développées ne cesse d’interroger les observateurs. Comment à l’ère du numérique, de la modernité débordante, peut-on adhérer à des idéologies présentées comme relativement primaires et sans fondement théologique solide ?
L’émergence de l’islamisme radical et particulièrement du djihadisme n’ont pas été perçues immédiatement par nos sociétés démocratiques comme un réel danger. Les pays concernés au Maghreb, au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est partageaient des points communs : pas ou peu démocratiques, un niveau de développement faible, des disparités sociales extrêmes, un système éducatif primaire et une absence de séparation entre religion et Etat, voire une religion portée par l’Etat lui-même. Ces caractéristiques permettaient de comprendre, si ce n’est la forme, du moins les raisons des actes de rébellion contre les autorités et institutions de ces pays. Si la diatribe révolutionnaire iranienne a dans un premier temps inquiété, l’image plutôt sympathique du peshmerga afghan luttant contre les hélicoptères soviétiques aux cris d’ « allah akbar » a détourné l’attention du phénomène naissant.
Présenté comme avant tout un phénomène sectaire (déjà !), l’islamisme révolutionnaire iranien marque en réalité la naissance d’un nouveau syncrétisme, celui du fait totalitaire religieux et de la contestation politique révolutionnaire. Dès lors l’islam n’est plus uniquement un fait religieux, mais il est revendiqué comme un fait politique. De tels mouvements ont eu lieu au sein des églises chrétiennes, le plus connu étant la « théologie de la libération », mais le fait religieux et l’acte politique restaient séparés et le projet politique passait toujours par l’alliance avec d’autres forces autour d’idéaux démocratiques ou sociaux. Aussi si l’idéologie islamiste est souvent datée du début du XXème siècle, avec la pensée des Frères musulmans, la révolution iranienne reste l’acte politique majeur et réalisé qui va influencer d’abord les pays musulmans puis le reste du monde, et ce dans un projet assumé de révolution radicale et mondiale. Des attentats du 11 septembre à l’émergence de Daesh, c’est le même processus qui se développe.
Crise politique et radicalité
Au coeur du processus à l’oeuvre on retrouve une constante. L’expression politique radicale, le basculement dans la violence, se fait toujours quand apparaît une double impasse politique. « Ni Est ni Ouest, Dieu » proclament les banderoles islamistes. Quand les forces politiques progressistes et les forces conservatrices se retrouvent renvoyées dos à dos, la solution la plus aboutie radicalement parlant peut se développer. Dans les pays musulmans et avec beaucoup de facilité, l’islamisme radical s’est imposé. Dans les pays non musulmans, d’autres forces de radicalité voient le jour, souvent à caractère nationaliste et xénophobe dans les pays les plus fragiles démocratiquement. Au coeur même des pays les plus avancés ces tendances s’expriment : poussée électorale fulgurante ou durable de l’extrême-droite, émergence d’une gauche « révolutionnaire » parfois victorieuse aux élections comme en Grèce, organisations clandestines de contestation symbolique violente tel les Black Blocks, multiplication des actions de blocage, d’occupation de lieux publics, création de Zones à Défendre (ZAD), résurgence des théories révolutionnaires et anarchistes violentes…
Pour comprendre ce désir d’action directe, de destruction du système, qui semble exclure tout mot d’ordre intermédiaire, il faut rappeler l’effondrement des forces de contestation traditionnelles. Les idéologies et les structures d’encadrement qui canalisaient auparavant les volontés de transformation sont disqualifiées, dès lors le champ est libre pour les extrêmes.
République momifiée
De tels phénomènes sont présents depuis longtemps dans notre pays. La crise des « bonnets rouges » en Bretagne par exemple illustrait les risques de déchirement qui menacent notre nation. L’appréciation politique du danger pour l’équilibre de la société de telle ou telle forme de radicalité ne fait pas consensus dans notre pays. Certains trouvent normal d’occuper de force un territoire, d’affronter les forces de l’ordre, de prendre le risque de blessures graves et de victimes car la cause serait juste. D’autres comprennent l’expression de violences homophobes, de menaces sur les élus, de refus de l’autorité, parce qu’ils partagent le point de vue de leurs auteurs.

Le consensus républicain s’est effiloché pour devenir un decorum, respecté, fêté, solennisé. La République Française semble être une expression historique, souvent nostalgique, pour les forces politiques françaises. Le changement de paradigme de la société mondialisée, l’intégration européenne actuelle, la mondialisation économique agissent comme des « normalisateurs » de la société française, de la même façon que pour les autres nations qui nous entourent.
La République se distingue des autres modèles démocratiques parce qu’elle constitue la nation autour d’un projet collectif émancipateur tel qu’il fut rappelé par le Conseil National de la Résistance. Résumer la crise française aux difficultés économiques est réducteur, les faits politiques de ces dernières années le prouvent, en particulier l’élection présidentielle de 2002. En définitive, la crise politique est déterminante, y compris dans la persistance de nos difficultés sociales et économiques. Sans projet collectif puissant, notre pays est soumis aux forces centrifuges du monde, aux intérêts divergents de groupes et d’individus. De fait la France est affaiblie. Nos institutions sont de plus en plus contestées, l’action publique bloquée, la morale citoyenne reléguée derrière l’esprit de communauté, de territoire, voire les valeurs consuméristes. Dans un jeu de faux-semblant, les références nationales, nos symboles, notre drapeau sont de plus en plus présents, alors même qu’au coeur de la société ce qui nous unit s’étiole et se déchire.
La crise française est une vieille connaissance. On en parle depuis tellement longtemps que chacun a fini par se lasser et par s’adapter de gré ou de force aux nouvelles réalités qui s’imposent. La déstructuration sociale a atteint un stade critique, mais surtout une double fracture territoriale s’est produite ces dernières années. D’abord dans les zones rurales où la fin de l’Etat providence, la rationalisation des politiques publiques et la désindustrialisation ont rompu un continuum républicain. Avoir 20 ans dans certains territoires c’est se sentir enfermé et sans perspective ; pour les plus âgés c’est attendre son tour, celui où tout s’effondre, où plus rien n’est comme avant. L’autre fracture c’est celle des banlieues des pôles urbains. Comment douter de leur « explosivité » ? Misère aux portes des richesses, déstructuration des forces sociales traditionnelles, concentration des populations étrangères ou des « minorités visibles »… Les émeutes de 2005, par leur durée et par leur ampleur, suffisent pour décrire cette fracture républicaine. La France rurale, territoire symbole de la droite, les quartiers populaires, étendards de la gauche, une double fracture, un double échec qui rassemble les conditions d’émergence de la radicalité politique.
Islamisme vs fascisme
Dans la diversité radicale du paysage français deux forces semblent avoir pris l’ascendant. L’extrême-droite a atteint en France un niveau historique ces dernières années lors des différentes élections. Dans de nombreuses régions, des nébuleuses de groupes violents d’extrême-droite apparaissent, même si à ce jour ils restent à l’état groupusculaire.
La radicalité islamiste est elle aussi dans un mouvement ascendant au sein de notre société. Au-delà des chiffres officiels des départs vers le théâtre de guerre (457 français sont actuellement en Syrie et en Irak, 320 sont en transit et 521 projettent de s’y rendre), il faut prendre en compte l’organisation de réseaux sur le territoire et surtout l’influence croissante des djihadistes sur une partie de la population. Si la résurgence et l’attractivité de l’extrême-droite est relativement bien analysée, l’implantation et l’adhésion des jeunes de notre pays au djihadisme surprennent. Pourquoi ? Tout part de l’a priori religieux sur ce phénomène. La religion joue son rôle, les musulmans sont particulièrement visés par cette idéologie et les auteurs des différents attentats et crimes sur notre territoire le démontrent. Pourtant les djihadistes de la nouvelle génération ne viennent pas que des banlieues, nombre d’entre eux ne sont pas issus de culture ou de famille musulmane (près de 30 %) et ne correspondent pas aux profils d’individus fragiles psychologiquement ou d’adolescents en rupture. La diversité des recrues du djihadisme s’élargit sans cesse. Ni musulmanes, ni fragiles, ni en crise d’adolescence, les nouvelles recrues marquent par leur profil la nouvelle dimension de cette radicalité, sa dimension politique.
Face aux autres offres radicales qui visent la jeunesse, le djihadisme a une longueur d’avance aussi bien dans sa dimension politique que théorique. Bénéficiant de territoires, de pays conquis, d’une zone de guerre contrôlée, cette force a acquis une expérience et des moyens puissants et revendique maintenant le statut d’Etat. C’est une chose de proclamer l’action directe, c’en est une autre de la réaliser, surtout à grande échelle. Pour un jeune homme, une jeune femme assoiffée d’action, le djihad serait l’évidence. Il ne s’agit pas simplement d’assouvir réellement des pulsions meurtrières ou des envies de guerre. La dimension théorique du djihad est la plus complète dans son rejet de la démocratie, dans la désignation de responsables à abattre et enfin dans l’affirmation d’un contre modèle total. Au creux de l’offre idéologique des forces politiques traditionnelles, le djihad propose des explications et une solution globales.
Théorie du complot
Au coeur des radicalités de différentes natures on trouve toujours la propagande, le discours et la manipulation. Tous les mouvements et regroupements qui prônent la violence comme forme d’action ont besoin de la justifier et d’amener les individus qu’ils manipulent à ne pas avoir d’autre choix que le passage à l’acte. Evidemment le vecteur essentiel de cette action psychologique est internet mais pas seulement. Ouvrages, article de presse, rumeurs, chaînes de SMS… par capillarité de multiples moyens s’entrecroisent pour rendre efficace le « bourrage de crâne ». Et dans ce domaine l’extrême-droite et les islamistes radicaux sont en pointe.
La particularité de ces deux radicalités repose sur leur capacité à relayer leur vision du monde par l’ensemble de leurs membres et sympathisants de manière à faire croire à l’objectivité de leur point de vue. Ces mouvements ont des outils identifiés de communication et expriment par voie certifiée leurs positions. Pourtant, conscients du rejet a priori des idéologies, ils prennent soin de diffuser l’essentiel de leur message par les rumeurs, les fausses informations, les montages et autres manipulations d’images.
L’efficacité de leur technique de manipulation repose sur deux éléments. Le premier c’est la défiance de plus en plus forte de la population, et des jeunes en particulier, vis-à-vis des médias installés et plus encore de la parole de l’autorité publique. Quand, en choeur, journaux et responsables dénoncent la « théorie du complot », les nouveaux manipulateurs leur retournent l’argument. Le recours outrancier aux techniques de communication pour justifier l’action de certains états et en particulier des Etats-Unis finit par se retourner contre ses utilisateurs. Ainsi l’accès aux archives textuelles et visuelles et la possibilité de les diffuser massivement brisent les codes de la manipulation. Il suffit pour un jeune de voir quelques images sur la guerre en Irak menée par les Etats-Unis pour être « accroché » d’abord au doute, puis lentement à la conviction que tout le monde ment et que la vérité est ailleurs. La preuve de la présence d’armes de destruction massive « bidonnée » à l’ONU, la fille d’un ambassadeur koweïtien présentée comme une jeune réfugiée, chaque acte de « communication maîtrisée » a fourni autant
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d’arguments pour décrédibiliser la parole des démocraties et celle des médias qui l’ont relayée. Les organisations islamistes sont dans ce domaine les plus outillées, les plus pointues dans leurs techniques de déconstruction du discours des autorités.
La seconde technique repose sur le relais par la population elle-même de leur idéologie. Tout dans leur action porte vers cet objectif : travailler en profondeur les populations, semer le doute, lever une contre opinion pour agir efficacement et à long terme. Dans cette logique, la forme particulière des attentats, volontairement spectaculaire (New York, Madrid, Londres, Paris…) est un déclencheur puissant de leur manipulation. En choquant les opinions, en créant un trouble chez les autorités (perceptible dans l’image du président américain le 11 septembre), l’objectif est de briser le cycle classique de l’information de masse, de percuter les esprits les plus faibles et d’entraîner la recherche par les individus eux-mêmes d’une autre explication. Si les adultes plus expérimentés en restent souvent au stade du doute, les jeunes eux deviennent très vite les relais de la propagande, par l’intermédiaire de la rumeur et de la circulation d’images, de textes parfois grossièrement manipulés mais qui impactent fortement.
Au-delà de justifier leurs actes, les techniques de propagande des radicaux islamistes visent à construire et renforcer une vision binaire du bien et du mal et à déconstruire tout ce qui créerait un doute à leur égard. Aussi à la suite des attentats de janvier 2015, c’est autour des images du véhicule des frères Kouachi que l’opération de désinformation s’est organisée. L’affaire des rétroviseurs de différentes couleurs, qui semblait si simpliste aux yeux des médias, avait un but précis : semer le doute sur le meurtre du policier Ahmed Merabet. Pourquoi ? S’agissant d’un policier français, musulman, se sacrifiant pour sa mission et exécuté sans défense, cet acte risquait de nuire à leur image de « justicier ». Autant la tuerie à Charlie Hebdo que les crimes de l’Hyper Cacher sont assumés, autant ces images du policier à terre leur posaient problème, c’est donc sur ce fait que l’action de propagande s’est concentrée. Si elle paraissait grossière dans un premier temps, le doute distillé dans l’esprit de certains individus a tout de même fait son chemin et à moyen ou long terme le meurtre pourrait être remis en question. Aucun site islamiste, aucune expression de ce mouvement ne reviendra sur ce fait, c’est au coeur de la population et dans la jeunesse que la propagande continuera de prospérer, sous forme de rumeurs et de fausses affirmations. Ce qu’il est convenu de nommer « théorie du complot » n’est donc qu’un outil de la guerre de l’information que mènent les forces islamistes radicales. Le désemparement des médias et des autorités face à ce discours démontre simplement qu’à ce jour les techniques et l’expérience de ces mouvements sont redoutables de modernité et d’efficacité. Ce n’est pas l’outil internet en soi qui est à l’origine de la puissance de la propagande des djihadistes, mais leur maîtrise de cet outil, leur connaissance des phénomènes d’opinion et leur usage de la « neutralité » du net.
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3. 3. Succès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ulti uccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ultiuccès du djihadisme, radicalité ultime, qu’est me, qu’est me, qu’est me, qu’est -ce qui conduit à ce qui conduit à ce qui conduit à ce qui conduit à ce qui conduit à ce qui conduit à ce qui conduit à ce qui conduit à ce qui conduit à prendre les armesprendre les armesprendre les armes prendre les armesprendre les armesprendre les armes prendre les armesprendre les armes prendre les armesprendre les armesprendre les armes ?
Le portrait de la jeunesse dressé au début de ce rapport souligne les difficultés de celle-ci à se projeter et à trouver sa place dans la société. Le choix de la radicalité dans l’expression ou les modes d’action des contestataires et le rejet des mécanismes traditionnels de régulation et de représentation indiquent que le malaise va au-delà d’une question d’insertion professionnelle et économique. Il y a bien une défiance forte vis-à-vis de nos institutions et de notre démocratie.
Mais cette défiance est sans commune mesure avec le phénomène de rupture totale avec la République auquel on assiste avec le basculement de centaines de jeunes Français dans le djihadisme. Apparu en 2013, le phénomène a rapidement pris de l’ampleur et prospéré en 2014, bénéficiant des victoires militaires et de la création de l’Etat islamique. De jeunes européens affichent fièrement leur rôle de bourreaux dans des vidéos d’exécution, des citoyens français commettent des attentats sur le territoire national contre des journalistes, des policiers, des juifs ; la société française a été sidérée en réalisant que ses propres enfants pouvaient la haïr au point de rejoindre les rangs des terroristes.
Si l’on considère le nombre français partis rejoindre les rangs des combattants islamistes en Irak et en Syrie ou se préparant à partir (plus de 1 750 français sont impliqués d’une façon ou d’une autre dans les filières djihadistes) et le niveau d’implication personnelle que requiert cet engagement, le djihadisme est bien la radicalité qui prédomine aujourd’hui dans l’offensive anti-démocratique. La description et la lecture de ce phénomène présentées dans ce rapport s’appuient sur des entretiens avec des acteurs publics et associatifs qui prennent en charge les familles, ainsi que des journalistes et universitaires qui travaillent sur cette question.
Il en ressort tout d’abord que le public touché n’est pas limité à des individus marginalisés et fragiles, le phénomène se répand dans toutes les catégories de la jeunesse, y compris chez des étudiants ou des jeunes filles de milieux catholiques favorisés par exemple. D’autre part on ne peut pas réduire cette radicalisation à un phénomène religieux. La dimension politique et géopolitique, de combat contre l’oppresseur occidental, et la légitimation de la violence érigée en programme politique, sont déterminants dans l’attractivité du djihadisme. Ces deux éléments confèrent au phénomène un fort potentiel de développement et font craindre qu’il ne devienne un phénomène de masse.
Une nouvelle génération de djihadistes
Tout d’abord, même si quelques européens étaient partis lors des conflits d’Afghanistan et de Bosnie rejoindre le théâtre des opérations, c’est bien à une nouvelle génération de djihadistes que nous avons affaire, comme le soulignent Gilles Kepel ou Farhid Khosrokhavar. En effet dans les années 90, les chiffres étaient sans commune mesure avec ceux que l’on connaît aujourd’hui et les profils étaient beaucoup moins diversifiés. Ce qui marque la nouvelle forme de djihadisme depuis 2013, c’est en effet qu’elle attire de nouveaux profils, jeunes des classes moyennes, jeunes femmes, « des jeunes pas du tout issus des banlieues, (qui) n’ont aucun passif judiciaire, ne sont pas dans la délinquance ». « Le djihadisme s’élargit donc, en acquérant de nouveaux visages. Il y a des jeunes filles, (…) des convertis aussi. Des anciens bouddhistes, qui se sont convertis à l’islam. On a quelques cas de juifs qui se sont reconvertis à l’islam radical. On a des chrétiens. Des laïcs. » (Farhad Khosrokhavar). Peter Neumann de
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l’ICSR, centre de recherche londonien, souligne la jeunesse du public touché en Europe, des mineurs de 15 à 17 ans.
Ces nouveaux profils s’ajoutent aux profils observés à partir des années 90, décrits par Farhad Khosrokhavar : celui des jeunes issus pour la plupart de cités, de troisième ou quatrième génération d’origine nord-africaine, « qui pensent que la société leur en veut, les déteste, qu’ils sont les victimes innocentes de gens qui les marginalisent en les enfermant dans ces espèces de ghettos que sont les cités » ; celui des individus radicalisés en prison et celui des jeunes totalement « désislamisés » qui consomment de l’alcool, de la drogue, fréquentent des filles, puis finissent par se « réislamiser » radicalement.
Les signalements recueillis par le numéro vert créé en avril 2014 et par les services déconcentrés (les états-majors de sécurité départementaux) confirment la diversification des profils des personnes qui basculent. Le phénomène touche toutes les régions et toutes les catégories sociales, ce qui amène certains acteurs à parler d’ « épidémie ». Parmi les 3 600 individus détectés, engagés dans un processus de radicalisation, on compte d’abord une majorité de jeunes de moins de 25 ans (65 %). La tranche d’âge des 18-25 ans est la plus concernée et s’y ajoute 25 % de mineurs.
De plus, il faut relever que l’on trouve 40 % de femmes, 55% de convertis et que 50% des individus signalés n’étaient pas connus des services de police et de gendarmerie. En termes de catégorie socio-professionnelle, on peut noter, même s’il ne faut pas extrapoler ce chiffre à l’ensemble des signalements, que parmi les 160 familles suivies par le CPDSI (Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam) de Dounia Bouzar, 80 % sont issues des CSP moyennes et supérieures.
Enfin la carte des signalements montre que toutes les régions sont concernées (un seul département est épargné). Celles qui sont le plus touchées sont assez logiquement les régions urbaines denses, l’Ile-de-France, le Nord, le Sud-Est et le Sud-Ouest, mais des départs ont lieu également depuis des zones rurales et des villes moyennes.
L’ampleur du phénomène et sa pénétration dans tous les milieux, avec la radicalisation de jeunes étudiants et de jeunes filles en particulier, indiquent qu’on pourrait basculer dans un phénomène de masse. Depuis janvier 2015, de 150 appels par mois environ au CNAPR (la plateforme du numéro vert), on est passé à 300, cette augmentation pourrait être liée à la médiatisation du djihadisme suite aux attentats et aux campagnes de sensibilisation sur le numéro vert, mais elle témoigne surtout de la diffusion du phénomène. Quant aux nouveaux profils, des diplômés et des jeunes filles, ils correspondent à des cibles spécifiquement visées par les recruteurs. En effet les écoutants du numéro vert ont remarqué que certaines compétences semblent plus particulièrement recherchées : infirmiers, artificiers, sportifs, ingénieurs. Au même titre que la stratégie de recrutement axée sur les jeunes filles, cela démontre leur volonté de construire une société.
Au vu de ces données, désigner les individus radicalisés comme des fous ou des marginaux serait une contre vérité. Dans son livre Le vrai visage des terroristes, Marc Sageman l’exprime très clairement : « l’idée que nous nous faisons du terroriste est en fait un cliché : celui du déshérité-révolté ayant grandi dans les faubourgs misérables du monde arabe et en proie à quelque désordre mental (…) Le djihadiste (…) ressemble davantage à un étudiant petit-bourgeois acculturé et frustré qu’à un damné de la terre ».
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Des profils d’individus fragiles ou marginalisés
Les jeunes en difficulté et fragiles font bien partie des proies des recruteurs djihadistes qui exploitent leurs failles en leur offrant une nouvelle communauté et en répondant à leurs doutes d’individus en construction. Les psychologues qui ont suivi des jeunes radicalisés soulignent que beaucoup ont en commun des questionnements identitaires et des structures familiales défaillantes. Ils décrivent des jeunes « sans père ni repère », en quête de sens et d’identité, ne se sentant pas appartenir à la communauté nationale, ayant connu des enfances difficiles, liées à l’absence de père, à la maltraitance parfois.
Les traumatismes liés à des maltraitances psychiques, physiques, verbales ou sexuelles peu ou mal pris en charge, les parcours chaotiques, les évènements traumatiques ou les « chocs moraux » liés à des images, la défaillance ou l’absence de la figure d’autorité, ces facteurs isolés ou combinés sont à l’origine d’une fragilité qui rend l’individu plus perméable aux logiques d’endoctrinement. Un mécanisme similaire est à l’oeuvre chez des garçons avec des problèmes psycho-pathologiques qui consomment beaucoup de haschich, à qui les religieux tendent la main et proposent de s’en sortir tout en accédant à la connaissance.
Chez des individus fragiles l’emprise du discours des recruteurs est d’autant plus forte qu’ils apportent une réponse totale qui comprend à la fois des valeurs très strictes et des règles de comportement pour tous les moments de la vie quotidienne. En opposition à la société de liberté, ils fournissent un véritable manuel de vie et un accompagnement permanent, en rythmant toute la journée par les prières et les rites, en réglementant les comportements vestimentaires, l’alimentation, les lectures, les fréquentations et en apportant une réponse identitaire qui tranche avec le consumérisme anomisant et l’identité laïque et républicaine désincarnée.
Cette première approche du processus de radicalisation centrée sur la fragilité des individus touchés reflète effectivement une partie de la réalité, elle est rassurante pour les observateurs car elle fournit une explication intelligible et laisse entrevoir une solution. Les djihadistes séduisent des jeunes qui sont déjà dans des situations de décrochage parce qu’ils sont les premiers à leur tendre la main ; il suffirait alors d’apporter de l’aide à ces jeunes pour les détourner de la voie radicale.
Malheureusement on ne peut se contenter de cette explication mécanique fondée sur les facteurs sociologiques et psychologiques. Plusieurs études européennes dont l’objectif était d’identifier les profils et les facteurs de radicalisation ont en effet montré qu’il ne s’agissait pas d’un processus linéaire et renoncé à distinguer des parcours types, tant les facteurs et combinaisons de facteurs multiples observés étaient nombreux.
Si les premières vagues de djihadistes comportaient essentiellement des individus fragilisés, plus faciles à recruter, désormais les recruteurs ciblent des proies au profil plus stable et moins détectable et on peut penser que ce phénomène va s’amplifier.
Les convictions djihadistes
« En France comme dans le reste de l’Occident, il y a un recrutement de la désespérance sociale, de gens issus de milieux sociaux très défavorisés, mais la nouveauté réside dans le phénomène des conversions, qui touche les classes moyennes et procède donc d’une analyse sociologique totalement différente :
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dans ce cas ça n’est pas la situation économique et sociale qui justifie les postures radicales » (Pierre Conesa). On ne peut donc pas faire l’impasse sur d’autres dimensions du basculement des jeunes, beaucoup plus déstabilisantes pour notre société, celle du projet de vie et de l’adhésion au projet politique.
En écoutant les parents qui parlent de ce que leurs enfants partis en Syrie leur écrivent et les psychologues qui suivent des jeunes signalés pour leur projet de départ, on distingue nettement un facteur positif, volontaire, dans l’engagement des jeunes dans le djihad. Il peut être de deux types.
D’abord il y a la volonté de bâtir un projet de vie, dans cette dynamique ce qui attire en Syrie ce sont les perspectives professionnelles et le statut social qu’offrent Daesh. Il s’agit d’une réalité, à leur arrivée les apprentis djihadistes reçoivent une somme d’argent, une maison ; ils se voient confier un rôle dans la communauté et sont payés. 2000 dollars à l’arrivée, puis 800 dollars par mois plus 200 dollars supplémentaires par femme et par enfant. Outre l’offre de pureté, de rédemption et d’accès au paradis pour soi et 70 membres de sa famille, le djihad prend en charge financièrement, professionnellement et maritalement ses membres. Le fait est que Daesh a entrepris de structurer le territoire qu’il a conquis comme un Etat et recrute des médecins, des juges, des électriciens, etc. afin de s’en donner les attributs. Si bien que des jeunes installés en Syrie ou en Irak disent à leurs proches y avoir trouvé « leur paradis ». D’un certain point de vue des jeunes vont faire le djihad simplement pour avoir une vie meilleure, à l’image de ce jeune homme qui pour convaincre sa petite amie de partir avec lui faisait remarquer qu’en restant en France ils ne pourraient jamais se payer la maison qui leur serait mise à disposition là-bas. Cet aspect du succès du djihadisme est sûrement trop dérangeant pour être mis en avant, mais il n’en est pas moins vrai.
Les observateurs qui se sont penchés sur le parcours de français qui ont commis des attentats, les Kouachi, Merah ou Nemmouche, notent que tous, à un moment ou à un autre de leur vie, ont tenté de s’en sortir positivement, en essayant d’entrer dans l’armée par exemple, et qu’ils ont échoué, ce qui les a alors conduit à envisager d’autres voies. Il y a une forme d’accomplissement dans leur décision de passer à l’acte, aussi difficile que cela puisse être à concevoir.
L’autre facteur d’engagement volontaire et positif au djihadisme est l’adhésion à un projet politique, à une idéologie de rupture avec les sociétés occidentales décadentes. L’offre de Daesh fait écho à la contestation de l’impérialisme américain, aux thèses complotistes et antisémites, éléments présents à différents niveaux dans l’imaginaire de la jeunesse (les palestiniens opprimés par les juifs soutenus par les Etats-Unis, les médias noyautés pour formater des consommateurs, etc.). Son discours s’appuie judicieusement sur la réalité de la multiplication des conflits internationaux et les ambiguïtés diplomatiques : chaos irakien, guerre en Libye, financement de groupes armés par certains pays du Golfe. La sensibilité des jeunes aux questions internationales et géopolitiques explique que beaucoup aient été happés par la propagande réalisée autour du peuple syrien martyrisé, décimé dans l’indifférence de la communauté internationale et sous le regard des grandes puissances. Et cette accroche fonctionne autant chez des jeunes filles en quête de pureté, désireuses de s’investir dans l’humanitaire, qui ont une vision très idéalisée et naïve, que chez des garçons pétris de « haine » de l’Etat français, rêvant de passer à l’action. Aussi violente donc que soit l’action djihadiste, elle se pare des attraits de ce qui ressemble à un nouveau romantisme révolutionnaire.
Xavier Crettiez, professeur de sciences politiques, en a décrypté l’un des ressorts. Avec le déclin de l’ultra-gauche depuis les générations des années 60 et 70, la notabilisation de l’extrême-droite et son
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intégration au système politique, l’abandon de la violence par les mouvements nationalistes et indépendantistes, la véritable radicalité est aujourd’hui du côté des djihadistes. Pierre Conesa a également insisté sur l’importance de la dimension géopolitique du phénomène. « Toutes les analyses ne tiennent pas compte des politiques extérieures. Or la radicalisation sectaire salafiste/djihadiste, contrairement à d’autres sectes, se base avant tout sur des thèmes internationaux : victimisation des musulmans, théorie du complot américano-juif… Quand vous trouvez sur des sites web djihadistes : « 2000 morts à Gaza et on ne fait rien, 4 occidentaux égorgés on envoie l’armée », vous ne pouvez pas avoir de contre-arguments face à ce type de posture diplomatique. Et tant qu’on ne prend pas en compte cette dimension de la politique extérieure, une des causes de la mobilisation et de la radicalisation ne sera pas arrêtée ». « Par ailleurs, à la mobilisation du tiers-mondisme des années 70-80, à la lutte contre l’impérialisme et à l’action violente de l’extrême-gauche, succède, pour certains, la défense des musulmans, nouvelle cause du héros positif qui part défendre des victimes. »
L’un des arguments développés systématiquement par les recruteurs est la discrimination à l’égard des populations de confession musulmane installées dans les pays occidentaux. Il s’inscrit dans la stratégie développée par Al-Souri en 2004, dont les thèses ont été traduites par Gilles Kepel en 2008 dans Terreur et martyr. Cette stratégie est d’approfondir les failles dans les sociétés occidentales entre les populations d’origine musulmane et les autres, taxées d’islamophobie, pour créer à terme des situations de guerre civile selon la logique « provocation – répression – solidarité ». Cet argument de l’islamophobie des sociétés occidentales est d’autant plus facile à utiliser pour les recruteurs djihadistes qu’il a été installé depuis plusieurs années par les militants islamistes. Ils ont d’ailleurs inventé le terme d’islamophobie pour évoquer le racisme contre les musulmans, afin de renforcer l’union des populations musulmanes autour de revendications qui les singularisent de la communauté nationale.
Géraldine Casutt, chercheuse travaillant sur les femmes djihadistes à l’EHESS, met en évidence la déclinaison de cet argument à destination des femmes. « L’idéologie djihadiste a tendance à présenter la femme comme un être de très grande valeur, complémentaire de l’homme. Une image de la femme musulmane (« al-ukhti », « ma soeur » en arabe) bafouée, selon eux, en Occident et dans les pays musulmans qu’ils estiment corrompus. (…) Ce discours résonne dans l’esprit des jeunes femmes et jeunes hommes qui ont développé un certain ressentiment à l’encontre des politiques religieuses menées dans leur pays. Ces femmes ont le sentiment de servir une cause qu’elles estiment juste. A travers le djihad syrien, et l’éventuelle création d’un nouvel État islamique, elles endossent la défense des musulmans et musulmanes réprimés dans le monde». Nahida Nakad, journaliste, consultante en relations internationales, évoque ce même « lavage de cerveau visant à faire croire aux femmes que seul l’islam les respecte et que l’Occident leur manque de respect, puisque cette société montre leur corps et les oblige à côtoyer des hommes ».
La force de l’endoctrinement
La force des djihadistes est d’avoir su développer un discours et des arguments qui résonnent chez les jeunes mais elle s’explique aussi par le recours à des mécanismes qui relèvent de l’endoctrinement.
Les recruteurs utilisent en effet des techniques qui relèvent des dynamiques sectaires. Ils sèment le doute chez leurs cibles et leur imposent petit à petit une nouvelle croyance, en remplaçant leur raison par la répétition et le mimétisme. La nouvelle recrue est intégrée dans une nouvelle communauté et entretenue dans l’état d’esprit de la clandestinité, ce qui l’amène à cesser ses anciennes activités mais surtout à rompre avec sa famille, soit frontalement soit par désaffiliation progressive. Ce processus
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sectaire fait du débutant un prosélyte qui critique l’attitude impure de ses proches et cherche à leur imposer certaines pratiques, ce qui accélère la rupture.
Ce mécanisme de « captation de l’âme » et de la raison d’un individu fonctionne parce qu’il est relayé par un travail qui relève du harcèlement. Les vidéos très élaborées des recruteurs agissent comme des appâts en quelque sorte, pour « hameçonner » et diriger les individus vers des forums et des blogs où des tuteurs vont les prendre en charge, prenant la posture du grand frère, du séducteur ou de la soeur. Ces individus jouent un rôle, aussi voire plus déterminant, qu’internet dans la radicalisation des jeunes ciblés. Ils les contactent dès lors quotidiennement, par internet ou par téléphone, pour leur rappeler les rites à effectuer, leur enseigner des préceptes religieux ou distiller des commentaires sur l’actualité. Et il y a également des lieux de prière clandestins, des cybercafés, où ils se retrouvent physiquement.
Les convertis illustrent bien cette logique où le débutant devient prosélyte car ils sont souvent les plus zélés, se sentant obligés d’en faire plus pour démontrer leur loyauté et la sincérité de leur nouvelle foi. Et il s’avère que leur maîtrise des codes des deux mondes, par leur milieu social et culturel d’origine et la connaissance qu’ils ont acquis de l’islam au cours de leur apprentissage pour se convertir (alors que les individus d’origine musulmane n’ont en général pas suivi d’enseignements théologiques), leur confère une autorité et un ascendant particulier. C’est ce que l’on observe dans les prisons notamment, mais c’est aussi le cas au sein des troupes de l’Etat islamique, plusieurs convertis étant à la tête de katibas.
Conscients de ce phénomène, les responsables de la plateforme de recueil des signalements conservent la trace des appels portant sur des conversions même s’ils ne les transmettent pas dans un premier temps aux préfectures concernées comme des signalements avérés, parce qu’ils ont constaté que dans la majorité des cas les conversions rapides sont suivies de radicalisation.
D’autre part les discours des djihadistes exploitent des ressorts psychologiques « basiques », en promettant l’accès au paradis, l’épanouissement conjugal et la puissance. La sexualité joue bien sur un rôle et le tour de force des djihadistes est d’arriver à attirer aussi bien des jeunes filles dont la vision de l’amour est totalement idéalisée que des garçons à qui ils offrent tout simplement l’accès à une vie sexuelle par le mariage.
Surtout, ils proposent aux jeunes une aventure concrète qui fera d’eux des héros, leur offrent la possibilité d’échapper à la médiocrité et à l’anonymat de leur quotidien pour rejoindre une élite, une « race de seigneurs ». C’est le rôle de l’identité nouvelle de combattant qu’affichent fièrement ceux qui sont déjà partis rejoindre Daesh et postent sur internet leur portrait dans des postures sans équivoque sur leur fierté et leur sentiment de puissance. A cet égard, l’affirmation de soi, l’envie de plaire et de se singulariser, font indéniablement partie des motivations des jeunes tentés par le djihad.
Une jeunesse seule face au monde
Au moment même où le monde est en bouleversement, où de nouveaux outils d’information s’imposent, l’encadrement de la jeunesse n’a jamais été aussi faible. Les associations de proximité, dans les quartiers populaires comme dans les zones rurales, sont quasiment en voie de disparition. Dans une période de recul idéologique, de méfiance face aux formations politiques traditionnelles, le secteur associatif reste une des rares références de confiance chez les jeunes. Pourtant peu d’associations
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résistent sur le terrain, parfois par manque d’engagement mais le plus souvent faute de moyens. En effet même si les chiffres publiés régulièrement ne semblent pas indiquer de recul de l’activité associative, ils mettent en évidence l’évolution des modes d’engagement, plus ponctuels, sur des projets précis et sur des durées plus courtes.
Dans une société d’abondance en termes d’offre culturelle commerciale, les notions d’éducation populaire, d’accès à la culture et aux savoirs, de citoyenneté de proximité ont pu paraitre désuètes et onéreuses. Ces dernières années les politiques publiques n’ont cessé de se désengager du secteur associatif. Cette évolution s’est traduite sur le terrain par l’assèchement des subventions au profit d’une logique d’appels d’offres. Le caractère souple et amateur des associations s’est heurté à l’accumulation de règlements et de normes comptables contraignantes, tant et si bien que peu de jeunes souhaitent continuer l’aventure. Les meilleures volontés se brisent sur le « mur administratif » français.
Le maillage associatif, le liant social qu’il produisait, manque aux jeunes eux-mêmes, particulièrement les plus isolés, les plus démunis, mais il manque aussi aux institutions locales qui se retrouvent sans repère dans la jeunesse, sans interlocuteur. Les dispositifs publics destinés à la jeunesse sont eux totalement déconnectés des réalités des nouvelles générations. Souvent conçus comme des points de ressources et d’information, à l’heure d’internet ils se retrouvent sans utilité et sans capacité à remonter les informations sur la jeunesse.
Cette crise du milieu associatif jeune a un impact très fort sur les organisations politiques républicaines. Le monde associatif est le principal « réservoir » de futurs cadres politiques et les organisations de jeunesse des formations politiques manquent aujourd’hui de militants et de dirigeants portant les aspirations des nouvelles générations. Des sections jeunes en dépérissement c’est aussi, à terme, un assèchement du vivier des futurs cadres des partis et élus de la République.
Le réseau social humain
Différencier les organisations et les individus radicalisés et violents de ceux qui auraient simplement des convictions religieuses ou politiques radicales semble évident du point de vue de la loi et des libertés publiques. En tirer comme conclusion que les radicalités de discours et d’acte sont séparées et sans lien serait une erreur. Le djihadisme doit être conçu comme la partie la plus avancée de la radicalité politico-religieuse de l’islamisme. Non pas dans l’objectif de criminaliser tous ceux qui pensent contre nous, mais pour comprendre et combattre plus efficacement ce phénomène. Les dispositifs législatifs et institutionnels adoptés ces derniers mois en matière de surveillance et de prévention de la radicalisation apportent un début de réponse. Les signalements très nombreux depuis l’ouverture du numéro vert par le ministère de l’Intérieur et les institutions territoriales (3630) démontrent l’ampleur du phénomène. Et il faut y ajouter la partie non visible, les radicalisés qui ne laissent rien percevoir à l’extérieur.
Comment procèdent-ils pour avoir une si grande influence ? Les islamistes ont mis sur pied un réseau social humain où chacun joue un rôle dans l’expression de leur idéologie. Forts de leur longue expérience dans les pays arabes totalitaires, mélangeant les techniques de recrutement des sectes, des religions et des organisations révolutionnaires, ils ont élaboré une méthode pour s’implanter, élargir leur sphère d’influence et recruter dans notre pays sur tout le territoire.
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Les étapes de ce mécanisme apparaissent désormais assez clairement.
1. Commencer par planter un drapeau, autrement dit afficher ouvertement l’existence d’individus radicalisés. C’est là le rôle du voile puis de la burqa, ou des barbes non taillées et des vêtements traditionnels, voire de codes comme le port permanent de pantalons courts laissant voir les chevilles.
2. Construire un noyau assez convaincu pour essaimer sur le territoire à conquérir.
3. Elargir le cercle de connaissances aux sympathisants, c’est-à-dire celles et ceux qui ne veulent que discuter.
4. A partir de ce moment ne jamais laisser le sympathisant sans contact journalier pour le convaincre avant tout et en priorité sur le message religieux et les rites de purification. Le téléphone portable et les SMS sont alors utilisés en permanence pour faire basculer les individus dans des rites journaliers. A cela s’ajoutent des premiers éléments politiques centrés sur l’actualité et son interprétation.
5. Le néo-converti devient alors lui-même un élément moteur de recrutement, ce qui permet par capillarité de toucher de plus en plus de monde.
Il faut comprendre que l’objectif de ce réseau social humain n’est pas destiné à recruter simplement les combattants. C’est toute une communauté humaine qu’ils cherchent aussi à structurer, certains faisant le djihad pacifique (propagande, finance, logistique) et d’autres étant ciblés pour basculer dans la dimension militaire ou terroriste. Ce type d’implantation privilégie bien entendu les milieux urbains et particulièrement les cités populaires, mais on peut aussi le retrouver à petite échelle dans des zones rurales comme ce fut le cas à Lunel dans l’Hérault.
La nouvelle dimension du djihadisme doit donc nous interpeller sur les conséquences qu’elle engendre. L’implantation du radicalisme islamiste dans certaines parties de notre territoire et sa volonté de structuration de la population portent en germe des conflits de plus en plus compliqués à gérer par les institutions et les services de sécurité. Dès 2004, un rapport, rédigé par Jean-Pierre Obin sur les signes et manifestations d’appartenance religieuses dans les établissements scolaires, alertait sur les pressions exercées sur les jeunes filles, sur le financement problématique de certaines associations religieuses, et sur l’ethnicisation de l’identité musulmane liée à la montée de l’intégrisme. Si à l’époque on a pu croire que cela relevait uniquement d’une problématique religieuse, on comprend aujourd’hui comment les radicaux ont construit leur emprise sur certains quartiers.
Un phénomène qui impacte toute une génération
Plusieurs centaines de jeunes français ont basculé dans un processus de radicalisation, témoignant d’une véritable rupture avec la société française. C’est très préoccupant en soi mais aussi parce que cela impacte l’ensemble de la jeunesse.
Evidemment les jeunes ne sont pas tous tentés par le djihadisme, on peut même affirmer que nombre d’entre eux, qui disposent d’un bagage culturel solide et sont parfaitement insérés, sont à l’abri de cette dérive. Mais il faut tout de même prendre garde aux effets de contagion et d’identification croisée entre pairs, par lesquels une frange radicale peut influencer l’ensemble d’une génération.
On a pu constater lors de la minute de silence organisée dans les établissements scolaires en hommage aux victimes des attentats du mois de janvier le malaise exprimé par une grande partie des élèves. Près
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de la moitié d’entre eux ne se reconnaissaient pas dans le slogan « Je suis Charlie », il faut prendre la mesure de cette réalité. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont prêts à passer à l’acte, mais c’est un indicateur du trouble semé dans leurs esprits par les discours sur le « deux poids deux mesures » et les diatribes antisystème et antimondialiste. Plus trivialement, dans certains établissements ou dans certains quartiers, le djihad bénéficie d’une sorte d’effet de mode. Cette influence est rendue possible par la démonétisation des valeurs démocratiques, et cette désaffection, ce détachement de la jeunesse des principes républicains, sont très alarmants parce qu’ils peuvent être lourds de conséquence.
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4. Les premières Les premièresLes premièresLes premières Les premièresLes premières réponseréponse réponse s publiquepubliquepubliquepubliquepublique publiquepubliques au djihadisme au djihadismeau djihadismeau djihadisme au djihadisme au djihadismeau djihadisme au djihadisme : d : détecter et étecter et étecter et étecter et étecter et étecter et étecter et prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte prévenir les passages à l’acte
Les politiques de lutte contre le terrorisme et la radicalisation dans les pays occidentaux se sont développées depuis 2001. A partir de l’expérience des Pays-Bas et du Royaume-Uni qui les premiers ont initié des programmes de déradicalisation, des réseaux européens de recherche et de partage de bonnes pratiques se sont constitués, notamment à l’initiative de la Commission européenne. Mais la France était jusqu’à présent peu investie dans ces démarches, son approche vis-à-vis du terrorisme étant essentiellement répressive et judiciaire.
Ce n’est que récemment, au printemps 2014, que les pouvoirs publics français ont pris la pleine mesure du phénomène des départs de leurs ressortissants vers les théâtres d’opération syriens et irakiens pour rejoindre des organisations terroristes. L’identification du risque généré par cette nouvelle génération de terroristes, susceptibles de frapper le territoire national à leur retour, et la pression des familles désemparées face au départ de leurs proches, ont suscité une réaction déterminée de l’Etat français, rejoignant ainsi nombre de pays européens, comme la Belgique, l’Allemagne, le Danemark ou le Royaume-Uni, déjà dotés de politiques actives de lutte contre la radicalisation.
C’est dans ce contexte que, lors du conseil des Ministres du 23 avril 2014, le Gouvernement a présenté un plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes, comportant un volet répressif, avec la présentation d’un nouveau projet de loi anti-terroriste visant à compléter un arsenal juridique déjà très complet, et un volet préventif destiné à combler les insuffisances du dispositif existant.
Un système de détection des individus en cours de radicalisation est mis en place, avec la création d’un numéro vert permettant de recueillir les signalements des proches ou des professionnels, pour prendre le relai des services de renseignement. En effet les effectifs de ces derniers, même renforcés, ne sont pas dimensionnés pour assurer le suivi de cohortes aussi nombreuses d’individus, et leurs méthodes ne sont pas adaptées aux nouveaux profils concernés, individus inconnus des services de police, jeunes étudiants insérés, etc.
En ce qui concerne la méthode de prévention de la radicalisation et l’accompagnement des familles, les pouvoirs publics ont choisi de s’appuyer sur l’expérience, même récente, des associations en contact avec les familles des jeunes radicalisés, et sur des dispositifs existants relevant essentiellement de la prévention de la délinquance, de la protection de l’enfance et de l’assistance aux victimes de maltraitances. Ces dispositifs mobilisent, au plan local, de multiples acteurs (administrations de l’Etat et des collectivités locales, institution judiciaire) et les actions mises en place s’appuient soit sur la notion d’assistance sociale, soit sur la notion de protection judiciaire. Dans un cas, elles nécessitent l’accord des intéressés (ou de leurs parents dans le cas de mineurs), dans l’autre cas, au titre de la protection de la jeunesse, les actions de suivi peuvent être imposées par le juge.
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Le dispositif de signalement et de prise en charge
Les modalités de mise en oeuvre du plan de lutte contre la radicalisation violente ont été précisées par la circulaire du ministre de l’Intérieur, en date du 29 avril 2014 qui affiche l’objectif de détecter les cas de radicalisation et de proposer aux individus non judiciarisés un suivi psychologique et social.
Le dispositif retenu s’appuie sur la mise en place d’un Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR) doté d’un numéro vert pour recueillir les signalements, complété d’une page web dédiée sur le site internet du ministère de l’Intérieur. Le CNAPR est géré par l’UCLAT (Unité de Coordination de la lutte anti-terroriste) au sein d’un nouveau département de lutte contre la radicalisation. Il regroupe une équipe d’une dizaine de professionnels, pour la plupart réservistes de la police nationale, formés à écouter et orienter les familles. Cette équipe d’écoutants est épaulée par une psychologue clinicienne, qui prend le relai dans les cas les plus difficiles.
Leur première mission est d’évaluer la pertinence des signalements, en interrogeant l’appelant à partir d’une grille d’indicateurs de basculement qui évalue le niveau de rupture de l’individu avec son environnement. Cette étape dite de « discernement » vise à identifier les cas qui relèvent uniquement de la dimension religieuse des cas de basculement dans une idéologie violente.
Dans les cas de présomption avérée de radicalisation, les appels sont transformés en signalements via l’établissement d’une fiche standardisée au niveau national, puis transmis très rapidement aux préfets concernés, selon le lieu de résidence du signalant, dans la perspective d’une prise en charge adaptée. Les fiches sont également envoyées aux états-majors de la DGSI et du SCRT, ainsi qu’à la Police de l’Air et des Frontières (DCPAF) en cas de présomption de départ vers la zone syro irakienne.
A la date du 4 juin, 2243 signalements ont ainsi été confirmés et transmis aux préfectures, à la DGSI et au SCRT.
Un rôle majeur a été confié dans le dispositif de prévention aux préfets de département auxquels il est demandé de mobiliser l’ensemble des services de l’Etat et leurs partenaires institutionnels (collectivités locales, associations) pour analyser chaque signalement, prévenir d’éventuels départs vers le Proche-Orient et, pour les individus non judiciarisés, mettre en place des parcours individualisés de réinsertion. Dans les départements les préfets ont été ainsi conduits à préciser les procédures d’instruction des signalements et d’opposition à la sortie du territoire, pour protéger les mineurs.
Ils ont également été chargés de mettre en place le cadre administratif de pilotage et les instances du dispositif. Un comité restreint, l’état-major de sécurité, autour du préfet et du procureur de la république, définit les mesures à prendre en urgence, par exemple un retrait de passeport, ou une saisine du juge au titre de l’enfance en danger. Puis une cellule départementale de suivi composée des services de l’état concernés par la prévention de la délinquance, l’éducation et la politique de la ville, des collectivités locales et de professionnels tels que des psychologues et des éducateurs spécialisés, élabore pour chaque cas un programme d’accompagnement constitué de deux volets. L’un porte sur la déconstruction psychologique, pris en charge par une association, et qui associe généralement les familles, l’autre concerne la reconstruction sociale et prend la forme d’un parcours de réinsertion (rescolarisation, chantier humanitaire) suivi par un référent de parcours identifié.
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L’objectif est de construire une réponse ciblée en direction de publics identifiés, les démarches d’accompagnement sont volontairement individualisées, élaborées dans un cadre pluridisciplinaire et expérimental.
Pour faire fonctionner ce dispositif les préfets doivent rechercher les bons interlocuteurs afin de s’appuyer sur un réseau de référents de terrain, impliquer l’ensemble des services pour capter les signaux faibles et faire remonter les signalements, et mobiliser les professionnels en capacité de prendre en charge l’accompagnement social et le soutien psychologique des individus signalés. Ils disposent à cet effet de crédits disponibles du FIPD (Fonds interministériel de prévention de la délinquance), pour développer par exemple des groupes de parole de soutien aux parents, mettre en place des chantiers d’insertion sociale ou des séjours éducatifs, ou encore recruter des référents de parcours, des psychologues et des psychiatres.
Depuis peu a été créée, au niveau national, une équipe mobile d’intervention, chargée d’apporter un soutien aux cellules de suivi départementales, notamment en les aidant à intervenir auprès des jeunes et de leurs familles et en formant sur le terrain les équipes locales à la méthodologie de soutien et d’accompagnement. Cette équipe d’intervention est celle du CPDSI (Dounia Bouzar).
Enfin le comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD) est chargé du pilotage national du dispositif. Il lui revient à ce titre la responsabilité de coordonner l’action des différentes cellules de veille au sein d’un comité de pilotage, mais aussi de recenser et de diffuser les bonnes pratiques et d’organiser des actions de formation spécialisées à l’attention des acteurs locaux.
Difficultés et limites
Le phénomène de radicalisation constitue pour les pouvoirs publics français et singulièrement pour les administrations de terrain un sujet nouveau : méconnaissance des mécanismes psychologiques des jeunes concernés, méconnaissance des méthodes employées par les recruteurs, méconnaissance de la culture musulmane sont autant de facteurs qui font que les administrations sont démunies sur ce champ largement étranger à leurs domaines traditionnels d’intervention. La principale difficulté est donc, pour les acteurs engagés dans ce dispositif, qu’il leur faut apprendre tout en agissant. C’est pourquoi il est nécessaire de capitaliser le plus rapidement et le plus efficacement possible la connaissance sur le phénomène, ainsi que sur les bonnes pratiques permettant de prévenir le basculement. C’est le rôle du CIPD d’effectuer cette capitalisation, de faire circuler les bonnes pratiques et de dispenser les formations adaptées. L’UCLAT qui est en première ligne puisque ce sont les écoutants du numéro vert qui recueillent les premiers les signalements, plaide de son côté pour la mise en réseau des psychologues de terrain (il y en aurait une cinquantaine sur tout le territoire, dans les commissariats ou auprès des préfectures). Ce réseau pourrait ainsi être animé par une cellule de professionnels spécialisés (psychologues cliniciens, ethnopsychologues, etc.) placée auprès du CNAPR, qui serait la « tête de réseau » chargée d’accélérer, à partir de l’analyse des cas concrets, la connaissance des mécanismes à l’oeuvre dans la radicalisation et des méthodes susceptibles de les enrayer.
Quelles que soient les modalités qui seront retenues pour former et sensibiliser les agents de l’Etat, il faudra surtout prendre en compte les obstacles intrinsèques à l’appréhension de la problématique de la radicalisation djihadiste par les fonctionnaires. Les travailleurs sociaux par exemple, habitués à signaler des cas de maltraitance ou de décrochage scolaire, sont beaucoup moins à l’aise avec le signalement de
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cas de radicalisation religieuse qui s’apparenterait pour certains à de la délation. Parce qu’ils connaissent mal les enjeux, parce qu’ils s’identifient aux populations concernées, et parce qu’ils privilégient une approche sociologique, de nombreux travailleurs sociaux ne perçoivent les conséquences de la radicalisation religieuse qu’une fois la rupture des individus avec leur environnement consommée, les premiers signes ne constituant pas pour eux un problème en soi. Une autre dimension entre en jeu pour les agents des préfectures, celle de la culture de neutralité et du principe de laïcité. Aborder le problème de la radicalisation serait s’immiscer dans une question d’ordre privée et cultuelle, et donc contre-nature, c’est ce qui explique les réticences et parfois le déni de certaines administrations. Pour que ces postures ne freinent pas l’action des pouvoirs publics, il est nécessaire d’en tenir compte dans les programmes de formation à destination des agents, d’autant plus que nombre d’entre eux souhaiteraient être mieux outillés pour faire face à ce défi républicain.
La deuxième difficulté est d’ordre juridique. Le droit français permet d’intervenir auprès des mineurs, soit avec l’accord des parents, soit par décision judiciaire dans le cadre de la protection de l’enfance ; dans les deux cas, les travailleurs sociaux, ou les psychologues, peuvent prendre en charge le jeune et travailler par le dialogue et d’autres mesures appropriées (parcours citoyens, chantiers à caractère humanitaire, etc.) à éviter le basculement. Cependant, lorsqu’il s’agit d’un jeune majeur, il est très difficile de proposer et plus encore d’imposer un suivi. La seule solution est de passer par la phase judiciaire, ce qui est délicat juridiquement tant que les intéressés n’ont pas commis d’actes répréhensibles.
Enfin, la question du dimensionnement du dispositif au regard d’une possible montée en puissance du phénomène se pose inévitablement. Si le dispositif, qui repose au niveau national sur 10 personnes au CNAPR (numéro vert) et 20 personnes au département de lutte contre la radicalisation, permet d’assurer la prise en charge de l’ensemble des cas à ce jour, qu’en serait-il si le public touché venait à doubler ?
Premiers enseignements
En France, la mise en oeuvre de la politique de détection et de prise en charge des individus en cours de radicalisation date de quelques mois, il est donc difficile de tirer des conclusions définitives sur son efficacité. En revanche le témoignage des acteurs du dispositif, mais aussi l’évaluation des programmes de déradicalisation plus anciens expérimentés par d’autres pays, permettent d’identifier des points d’appui et des points de vigilance méthodologiques.
D’abord il faut souligner l’importance des familles. Elles détiennent une partie de la clé parce qu’elles sont le premier socle de socialisation et de construction du jeune. Les mères en particulier jouent un rôle essentiel, elles doivent être conseillées et soutenues pour être capables de maintenir le contact avec leur enfant. Il faut veiller à ne pas faire reposer uniquement sur les familles les processus de « retour à la raison » des jeunes radicalisés et surtout les aider à traverser ce qui est un réel traumatisme, d’autant plus qu’elles n’osent pas évoquer ce qu’elles vivent dans leur entourage.
La prise en charge des jeunes avec leur famille est très importante. Elle repose sur la mise à disposition de lieux spécifiques, la mobilisation de professionnels sensibilisés à l’approche de la thérapie familiale et le développement des actions d’appui et de soutien à la parentalité comme celles qu’organisent les réseaux d’appui et d’accompagnement des parents (REAAP).
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Au regard des expériences étrangères, le choix des interlocuteurs chargés du suivi des individus radicalisés est déterminant. Il faut veiller en particulier à distinguer les interventions qui relèvent des autorités de sécurité, comme les mesures préventives d’interdiction de sortie du territoire, et la démarche d’accompagnement et de réinsertion qui doit être conduite par des acteurs distincts de ces autorités. Donner en quelque sorte une double casquette, répressive et préventive à la fois, aux services de sécurité, serait une erreur dans la mesure où cela décrédibiliserait la dimension de réinsertion de l’accompagnement proposé. Il est ainsi nécessaire de trouver des intermédiaires et des interlocuteurs indépendants des services de sécurité pour assurer le volet de réinsertion de l’accompagnement, mais également pour recevoir les témoignages de familles de certains milieux que l’on sait réticentes à faire appel aux autorités.
Un autre élément clé de l’efficacité du dispositif est la pertinence de la grille d’évaluation et des indicateurs utilisés pour déterminer le niveau de radicalisation et sélectionner les signalements pertinents. Le CIPD a d’ores et déjà initié un travail pour actualiser et approfondir les indicateurs de radicalisation. En effet il est indispensable d’adapter régulièrement cet outil pour l’enrichir de l’expérience acquise auprès des premières cohortes d’individus suivis et contrer les stratégies de dissimulation mises en place par les recruteurs afin de contourner la vigilance des familles.
Enfin, il ne faut pas négliger les acteurs qui sont quotidiennement au contact des publics ciblés par les recruteurs djihadistes et s’appuyer sur ce maillage de professionnels pour renforcer la vigilance et la détection des individus dès les premiers signes de radicalisation. Les professionnels qui travaillent auprès des jeunes et des familles, professeurs, médecins, infirmières, assistantes sociales, sont d’ailleurs de plus en plus nombreux parmi les signalants qui contactent le numéro vert. Le déploiement de la formation à destination de l’ensemble de ces acteurs est donc essentiel et l’effort initié par le CIPD doit se poursuivre et s’amplifier, d’autant plus qu’il y a une réelle disponibilité et une réelle demande chez les agents des services de l’Etat notamment, qui souhaitent contribuer au combat national contre le djihadisme.
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5. Apporter des réponsespporter des réponsespporter des réponsespporter des réponses pporter des réponses pporter des réponsespporter des réponsespporter des réponses pporter des réponsespporter des réponsespporter des réponsespporter des réponses structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la structurelles pour prévenir la radicalisationradicalisation radicalisation radicalisation radicalisation radicalisationradicalisation radicalisation
Le dispositif de prévention de la radicalisation mis en place depuis 2014 est efficace pour détecter et prendre en charge les individus qui basculent, il n’est pas conçu pour empêcher les jeunes de basculer. Or il y a bien un contexte et des conditions dans la société française qui conduisent les jeunes à la rupture. Certes la situation internationale est un facteur aggravant, certes le phénomène est mondial et concerne donc des sociétés dont les modèles d’intégration sont très différents, mais cela ne doit pas occulter les facteurs internes à notre société, et en particulier la lame de fond que représente le nombre croissant de jeunes qui ne croient plus au modèle républicain.
A cet égard, prévenir la radicalisation, c’est s’attaquer aux enjeux de cohésion sociale et surtout redonner corps au pacte républicain. Les djihadistes, pétris de haines et de slogans réactionnaires, n’ont pas de projet émancipateur, nous pouvons donc leur opposer un contre-projet fondé sur le progrès, l’autonomie, l’émancipation, qui redonne tout son sens à la citoyenneté républicaine. C’est une nécessité car d’autres mouvements, y compris nationaux, pourraient prendre le relais du djihad et canaliser la volonté partagée par une grande partie de cette génération, de manière plus ou moins forte, de renverser un système qui ne tient pas ses promesses.
Les propos du Premier Ministre évoquant un long combat contre le radicalisme doivent être entendus. Un long combat avant tout contre les organisations radicales qui s’ancrent sur notre territoire. Au-delà de l’engagement militaire sur le terrain, le gouvernement a mis en alerte l’ensemble de nos forces de sécurité face à un danger à l’extérieur comme à l’intérieur de nos frontières. Les moyens humains et budgétaires conséquents affectés à la protection du pays sont à la hauteur de cette situation que l’on pourrait qualifier de « guerre en pointillés », tant elle dépasse le simple stade du terrorisme. Nous sommes confrontés à des ennemis nombreux, organisés et engagés dans une lutte sans concession contre notre société. Au regard de leurs objectifs, on peut considérer que nous sommes au-delà du terrorisme. Les islamistes radicaux sont lancés dans une dynamique interne sans limite. Chaque nouvelle génération exprime dans ses actes comme dans ses revendications des objectifs toujours plus radicaux. Avec l’émergence de Daesh, les djihadistes ne prétendent plus seulement prendre le pouvoir dans un pays, comme en Iran, mais dans l’ensemble du Moyen-Orient et de l’Afrique. A chaque avancée leur appétit de conquête est revu à la hausse et il ne faudrait pas prendre à la légère leur ambition de dominer, ou pour le moins de déstabiliser profondément les pays démocratiques hors terre d’islam et particulièrement notre pays. C’est d’ailleurs pourquoi, même si tous les efforts militaires et diplomatiques pour conscrire cette flambée et rechercher la paix sont légitimes, la recherche à terme d’un compromis ou d’une stabilisation de la situation semble illusoire. La vocation internationaliste de l’islam radical lui est consubstantielle ; soit la démocratie, les droits de l’homme, s’imposeront là-bas, soit leur vision du monde cherchera à s’imposer ici.
Le long combat c’est aussi celui qui nous attend sur notre propre territoire pour reconstruire les bases d’une société homogène et unie. Les grands moments de la vie d’une nation renvoient souvent à son histoire et à sa nature profonde. La République française est toujours sortie victorieuse de ses épreuves quand elle a été unie, elle s’est trouvée affaiblie quand des fractures trop importantes la traversaient. Or, précisément, l’unité nationale est mise à mal par la montée des radicalismes. L’ampleur du phénomène est telle que les méthodes classiques de surveillance sont désormais aux limites de leur
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capacité. Même avec des moyens supplémentaires, les services de sécurité ne peuvent juguler un phénomène qui emporte des centaines, voire des milliers, de jeunes hommes et femmes. La logique d’expansion et de recrutement des radicaux crée un effet « tonneau des Danaïdes » : pour un cas repéré combien de nouveaux convertis aux thèses radicales ?
Comme nous l’avons expliqué, les causes de la radicalité sont diverses et profondes, l’enjeu n’est pas tant de trouver des réponses ponctuelles mais de concevoir une politique de sécurité nationale nouvelle s’installant dans le long terme et mobilisant tous les moyens de la nation. Face aux radicalismes, la sécurité n’est pas qu’une question de moyens humains, financiers ou législatifs. Il s’agit d’un débat politique pour reconstruire et régénérer l’esprit républicain dans notre pays, celui qui fait de chaque citoyen français le protecteur de tous les autres.
Nous devons donc concevoir une action de prévention autour de deux temps. Celui de l’urgence d’abord, c’est dans ce cadre que les premières mesures publiques ont été décidées. Le dispositif de détection, de suivi et de traitement des individus happés par la logique radicale pourrait d’ailleurs être utilement complété par un travail de sensibilisation pour outiller en profondeur la société afin qu’elle cerne et combatte la pensée radicale.
Dans le même temps, l’action de long terme doit être engagée. Un combat sans perspective est un combat perdu. L’action quotidienne des services de l’Etat ne prend son sens que dans un mouvement général qui attaque à la racine les causes de la radicalité. Cette action profonde est sans doute la plus difficile car l’urgence mobilise les énergies alors que la restructuration républicaine devra faire face à toutes les inerties, tous les égoïsmes. Si l’esprit du 11 janvier a un sens c’est celui-là, reconstruire l’idéal républicain, affronter nos déficiences, faire les choix qui seront partagés par nos concitoyens et surtout par la nouvelle génération, cette jeunesse française qui est la première victime des forces radicales islamistes.
Pour mener à bien cette action de long terme et lui donner tout son sens, son pilotage doit être placé au plus haut niveau et dépasser les logiques sectorielles. Nommer un énième délégué interministériel ou missionner un nouveau Secrétariat d’Etat serait donner l’impression qu’il s’agit d’une politique parmi d’autres et ne permettrait pas de créer l’impulsion nécessaire. Au vu des enjeux c’est bien au plus haut sommet de l’Etat qu’une volonté et des orientations doivent être affirmées. Si l’ambition est de mobiliser l’ensemble des citoyens et des institutions pour reconstruire le pacte républicain, c’est aux chefs de l’Etat et du gouvernement de prendre la tête de ce combat.
Le fonctionnement en comités interministériels est pertinent pour coordonner les choix politiques de moyen et long terme. Cependant le travail spécifique sur la reconstitution du lien républicain nécessite un outil d’action souple, rapide, capable de mobiliser les institutions mais aussi la société civile. La constitution d’un Etablissement public national doté d’antennes locales et ouvert aux forces sociales et culturelles semble indispensable pour mener à bien une action d’ampleur. Sous l’autorité directe du Premier Ministre une personnalité choisie pour ses compétences ou son autorité serait nommée à la tête de ce nouvel outil bénéficiant d’une marge de manoeuvre décisionnelle et budgétaire. Nommé pour une période courte (3 ans) renouvelable une seule fois, il serait aux yeux de l’opinion un interlocuteur sur les enjeux républicains et surtout il aurait la responsabilité de s’assurer que les décisions et choix politiques trouvent une traduction rapide sur le terrain.
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Les premières réponses du comité interministériel du 6 mars 2015
Quelques semaines seulement après les événements de début janvier, lors du comité interministériel du 6 mars 2015, le gouvernement prenait une première série de décisions s’inscrivant dans cette logique de long terme, destinées à conforter les fondations de la République. L’objectif de ce programme qui embrasse tous les domaines de la vie sociale à travers une cinquantaine d’actions concrètes est d’affirmer les valeurs essentielles de citoyenneté, d’appartenance à une communauté de destin et d’égalité des citoyens, que ce soit en termes de chances données à chacun ou de devoirs qui s’imposent à tous.
Une première série de mesures vise l’éducation : enseigner les valeurs essentielles de la République, en mettant un accent particulier sur la laïcité, souvent mal comprise ; renforcer la maitrise de la langue française, vecteur essentiel de communication et d’appartenance ; renforcer la mixité sociale à l’école et lutter contre l’échec scolaire, source d’inégalité durable.
En second lieu de nombreuses actions sont destinées à accélérer l’intégration et à renforcer la cohésion nationale : développer la mixité dans l’habitat de chaque quartier ; favoriser la mixité sociale dans les collèges et les lycées ; favoriser la participation du plus grand nombre aux activités qui créent du lien : associatives, sportives, culturelles ou citoyennes, avec notamment le développement du service civique et la création de la réserve citoyenne.
Une troisième série de mesures a pour objectif de faire vivre la promesse républicaine de permettre à chacun de bâtir son projet de vie : lutter contre les discriminations à l’embauche ; faciliter un accès égal à la fonction publique ; travailler au développement économique endogène des territoires ; développer le parrainage des jeunes ; développer les dispositifs de deuxième chance ; favoriser les expériences à l’international, y compris pour les jeunes des quartiers populaires ; s’appuyer sur le numérique pour créer de nouveaux métiers, développer de nouveaux usages et former de nouveaux professionnels.
Enfin le plan propose des mesures à forte valeur symbolique ainsi que des actions dans le domaine de la communication : solenniser les cérémonies d’accueil dans la nationalité ; soutenir les médias de proximité ; gagner la bataille des idées sur Internet.
Les propositions qui suivent s’inscrivent dans cette logique de reconquête républicaine à long terme. Il ne s’agit pas d’une liste exhaustive et les modalités précises de mise en oeuvre des propositions ne sont pas détaillées. Les mesures suggérées illustrent surtout la façon d’agir qui paraît la plus pertinente au regard de l’analyse de la situation.
Retrouver la vigueur de l’esprit républicain n’est pas cultiver la nostalgie d’un ancien ordre, d’un vieux monde avec ses blouses grises. La république du XXIème siècle est celle qui permet la liberté des individus dans tous leurs choix en protégeant chacun de la pression communautariste. Moderne, ouvert, acceptant les contre-pouvoirs et la transparence, l’Etat républicain doit non seulement être exemplaire, il doit surtout susciter de nouveau de la fierté : autorité retrouvée, dynamisme renouvelé, la République doit de nouveau donner envie.
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5. a – Ecole et jeunesse au coeur du réacteur
En faisant du budget de l’Education Nationale le premier budget de la nation, le gouvernement a apporté une première réponse aux difficultés rencontrées par la nouvelle génération. Il y avait urgence à soutenir l’école qui, malgré tout, est une des institutions qui résiste le mieux aux dérives de notre époque. Ceux qui font porter à l’école la responsabilité de la violence et de la radicalité d’une partie de la jeunesse se trompent lourdement. De la maternelle à l’université, l’Education nationale reste la « grande muraille » de la République. Même si son rôle d’ascenseur social a été mis à mal ces dernières années, il n’en reste pas moins que l’école publique est laïque, gratuite, obligatoire et qu’elle dispense un enseignement de qualité. Même dans les secteurs les plus en difficultés, les plus ghettoïsés, grâce à la loi sur les signes religieux et l’esprit républicain du corps enseignant, le basculement communautaire au sein des établissements n’a pas eu lieu. L’école a son lot de difficultés et d’inégalités, mais elle reste une institution républicaine qui forme des millions de citoyens et perpétue la culture d’unité de notre pays.
L’école doit donc être la colonne vertébrale d’une nouvelle politique de la jeunesse audacieuse dont l’objectif serait de lever une génération d’éclaireurs républicains, une génération d’enfants du 11 janvier et de faire de l’école un lieu de vie. Faire de l’école la base d’une nouvelle politique de la jeunesse c’est répondre à l’urgence, car parler de jeunes et de résultats à long terme est un oxymore, seul le court terme compte. Si le dispositif de détection et de sensibilisation aux dérives radicales a son utilité, en matière de jeunesse il faut plus qu’ailleurs gagner la bataille du coeur et des esprits. C’est une erreur de penser que les jeunes qui sont recrutés et radicalisés ne sont que des victimes. Il ne faut pas nier la part de jugement, de choix par raison, et surtout chez les jeunes de conviction.
Former des éclaireurs républicains c’est s’engager pour contrer le mouvement de fond, contrer pied à pied le radicalisme, ses méthodes, sa pensée. C’est aussi proposer un nouveau pacte de confiance entre la jeunesse et la République en donnant aux jeunes non pas des prestations, mais un rôle et des responsabilités. Un programme d’instruction civique approfondi pourrait ainsi être dispensé aux élèves volontaires, qui seraient ensuite chargés d’intervenir dans les classes, car on sait que des jeunes qui s’adressent à des jeunes seront davantage entendus que des adultes.
Dire de l’école qu’elle est au coeur de la reconquête républicaine n’est pas qu’une image ou un schéma administratif. En trois ans un lycée accueille un adolescent pour en faire un adulte autonome. Les bâtiments scolaires et universitaires, le corps enseignant et le personnel de l’Education Nationale représentent les institutions les plus proches et les mieux connues des jeunes de France. Un nouveau fonctionnement doit être fondé sur la base du volontariat et de l’engagement consenti de tous ceux qui font vivre l’école. Des états généraux de l’école républicaine pourraient mettre chacun à contribution, permettre de partager les expériences réussies et de déterminer les nouvelles responsabilités de l’école. L’objectif est de faire de l’école, en dehors des enseignements, un lieu ouvert aux jeunes pour des activités sportives, culturelles, de loisirs, voire militantes. Les enseignants doivent trouver de nouvelles responsabilités là où vivent leurs élèves, être associés ou responsabilisés dans les politiques de jeunesse ou les investissements d’avenir. Hors des temps d’enseignement les établissements scolaires pourraient devenir des lieux d’élaboration de projets locaux associant toutes les composantes des communautés locales. On peut penser à des universités populaires, à des échanges de services, à des partenariats avec les agriculteurs locaux pour organiser des circuits courts, à des chantiers de rénovation thermique ou de mise en accessibilité, à des spectacles culturels, à des groupes de parole de parents… mais aussi à toutes les idées nouvelles qui pourraient ainsi voir le jour.
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Il ne s’agit pas ici de décrire en détail ce qui doit être compris comme un processus nouveau marquant une inflexion de l’Etat dans son rapport à la société. La neutralité de l’Etat, de ses serviteurs, ne doit plus être conçue comme un désarmement de la puissance publique, de l’intérêt général et des choix démocratiques. Au contraire, les administrations publiques peuvent être mises au service du vivre ensemble en outillant la société civile, en l’aidant à déployer ses projets, et en étant le garant des valeurs républicaines.
5. b – Que mille associations s’épanouissent
En lien avec l’école, le secteur associatif, en particulier les associations de jeunesse et d’éducation populaire, doit prendre une nouvelle dimension. Face au réseau humain des radicaux décrit précédemment (cf. page 35), la République doit structurer et renforcer le réseau républicain que constitue le tissu associatif.
En s’appuyant sur l’expertise du milieu associatif, les rapports parlementaires récents et une politique d’essaimage à partir des structures existantes, l’objectif d’un doublement du maillage associatif semble réalisable à deux conditions, une simplification drastique des normes administratives et un investissement budgétaire significatif. L’Etat doit reprendre les rênes dans l’attribution des subventions, sa responsabilité, en lien avec les collectivités, étant de veiller à un accès égalitaire aux subsides de l’Etat et à l’état d’esprit républicain des bénéficiaires.
D’autre part, pour qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle, les associations doivent retrouver une place d’interlocuteur incontournable dans les politiques publiques concernant leur territoire ou le domaine dans lequel elles interviennent. Pour en finir avec les consultations sans lendemain, le monde associatif jeune pourrait voir ses représentants aux instances représentatives (CNVA) élus par un suffrage direct ouvert à tous. D’autant plus que ce type d’élection serait l’occasion de regrouper et remobiliser un secteur émietté autour des grands enjeux qui le concernent.
5. c – La culture, levier d’émancipation
La violence terroriste frappe le plus souvent des lieux fréquentés par des civils, des gares ou des bâtiments publics. En janvier, la cible des terroristes était bien spécifique. En s’en prenant aux journalistes et caricaturistes de Charlie Hebdo, ils ont attaqué la liberté d’expression mais aussi la culture en général. Par leur geste ils ont désigné en quelque sorte la tradition culturelle française comme leur ennemi. Dans les territoires qu’ils occupent, ils s’emploient d’ailleurs à effacer toute culture, détruisent les monuments, les livres, interdisent la musique, les images… Prenant le prétexte du respect littéral de vieux préceptes religieux revisités, cette annihilation de la culture vise surtout à éteindre toutes les facultés critiques, toutes les formes d’émancipation ne serait-ce qu’intellectuelle, des populations qu’ils maintiennent sous leur joug.
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Pour les combattre la culture française, sa richesse et sa diversité, est donc une arme précieuse. Car elle est un levier puissant pour dépasser les préjugés, combattre la fatalité du déterminisme et faire évoluer les consciences. Si l’on ne peut remédier à la ségrégation territoriale en un tour de mains, s’il n’est pas possible de transformer du jour au lendemain les conditions de vie de certaines populations, il est en revanche plus facile de développer les pratiques culturelles. Or l’accès à la culture, en donnant à voir des univers qu’on ne côtoie pas, en valorisant l’individu à travers un talent particulier, en fournissant des clés de lecture sur le monde qui nous entoure, en multipliant les moyens d’expression, est un facteur d’émancipation très efficace.
Quand une jeune fille qui porte le voile se découvre pour son cours de danse, quand un enfant qui n’a jamais assisté à un spectacle découvre l’opéra, quand un élève en échec scolaire reprend confiance en lui en se découvrant un talent en dessin, quand l’atelier photo ou le cours de théâtre est la seule activité mixte pour certains enfants, quand un jeune apprend à connaître les codes d’une autre culture et cesse d’en avoir peur… des portes s’ouvrent et l’horizon s’élargit. La diversité des pratiques culturelles est telle que chacun y trouvera un centre d’intérêt. Et ces pratiques confèrent un rôle, soit en tant qu’acteur d’une activité culturelle soit en tant que spectateur amené à interpréter, à commenter, qui est accessible à tous, sans qualification requise ni critère de sélection.
Pour toutes ces raisons la culture devrait être une priorité, alors qu’elle est aujourd’hui trop souvent considérée comme accessoire, comme une variable d’ajustement. La vie culturelle repose bien souvent sur des amateurs et des bénévoles. Et sans institutionnaliser ces activités artistiques qui y perdraient sûrement en créativité, on pourrait néanmoins les soutenir davantage, en particulier en mettant à leur disposition les infrastructures adaptées (salles de spectacles, instruments de musique, salles d’enregistrement, de montage et de projection, etc.).
On ne peut pas en effet se reposer sur l’offre commerciale de biens culturels ou sur internet et considérer que l’accès à la culture est assuré. Le rôle des acteurs culturels et des infrastructures de proximité est essentiel. En ce sens nous avons besoin d’une dynamique comparable à celle du Plan Malraux qui a permis d’implanter des MJC sur tout le territoire. Ces réseaux locaux continuent tant bien que mal d’animer la vie culturelle, y compris dans les quartiers relégués, mais ils sont à bout de souffle. Une forte impulsion et des moyens supplémentaires sont indispensables pour redéployer ces réseaux et inciter les acteurs territoriaux à développer de nouveaux projets. En effet la France dispose de ressources extraordinaires dans ce domaine, sans quoi il ne serait pas question d’exception culturelle française, mais malheureusement l’expression fait davantage référence aux quelques artistes qui s’exportent plutôt qu’à la richesse des initiatives locales.
5. d – Un antiracisme républicain
Afin de pousser une partie de la jeunesse à épouser leurs thèses, les organisations radicales utilisent et manipulent les faits pour discréditer les sociétés démocratiques. Ainsi ils recourent sans cesse au terme « islamophobie » pour transformer des tensions sociales en conflit religieux et font de la lutte antiraciste, qui est un combat civique, un combat identitaire à travers deux arguments principaux.
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Le premier repose sur ce qu’il est convenu d’appeler la concurrence mémorielle, l’objectif étant de briser l’unité de l’antiracisme en créant une hiérarchie supposée parmi les victimes. Les radicaux visent ainsi à modifier la perception du racisme, il ne serait pas lié à des aprioris et des mécanismes socio-politiques mais serait fondé sur la stigmatisation d’identités particulières, et évidemment en premier lieu de l’identité religieuse. Soufflant ainsi sur les braises identitaires, les radicaux poussent au regroupement de la population musulmane autour de la défense de la religion pour mieux la prendre en otage de futurs conflits. Comment dans un tel contexte peut-on penser que les statistiques ethniques seraient une réponse ? Au contraire les données récoltées ainsi parées d’objectivité deviendraient des éléments à charge contre la République. Et il y aura toujours une catégorie pour faire de la surenchère, se plaindre d’être maltraitée et finalement rompre avec la logique d’égalité républicaine.
D’autre part au coeur de cette manipulation on retrouve tout l’attirail du nouvel antisémitisme, désignant les juifs comme des victimes préférentielles, toujours protégés alors que les autres populations et singulièrement les musulmans seraient eux abandonnés à leur sort. L’un des principaux objectifs des actes et crimes antisémites est de susciter l’indignation, afin d’utiliser ensuite la réaction des pouvoirs publics pour prouver que certains seraient mieux protégés, davantage considérés que d’autres. Cette manipulation s’appuie également sur la stigmatisation de l’Etat d’Israël dans une dialectique qui identifie l’antisionisme et l’antisémitisme pour pouvoir répandre ce poison au travers des sociétés démocratiques en contournant la législation interdisant la propagande raciste et antisémite. A ce jeu les dégâts provoqués par cette propagande antisémite sont considérables. Cautionné par des forces politiques, des associations de droits de l’homme, des intellectuels, l’antisionisme / antisémitisme s’est diffusé dans toute la société et est maintenant ancré chez beaucoup de jeunes au point parfois de devenir une opinion dominante. L’antisémitisme est bien un élément central de la propagande radicale, au coeur de la thèse complotiste et de la justification du djihad des islamistes.
Face à cette dérive l’erreur dramatique serait de croire qu’en faisant l’ « inverse » on amoindrirait la pression radicale sur notre société. Passer sous silence l’antisémitisme, accepter de distinguer les différentes victimes du racisme, concéder le moindre élément sur cette question est totalement contradictoire avec la lutte contre les violences radicales. Non seulement nos sociétés doivent assumer sans trembler le combat contre les nouveaux antisémites, mais il est essentiel d’expliquer en quoi, par ses caractérisations politiques et historiques, l’antisémitisme est porteur de tous les totalitarismes, de toutes les violences, et qu’il est à cet égard un racisme particulier. Il serait aussi utile et pédagogique de rappeler comment nos pays démocratiques ont sombré face au nazisme parce qu’ils avaient laissé en leur sein prospéré l’antisémitisme. Ou encore de signaler que l’apogée politique et culturelle des sociétés musulmanes est, sans hasard, concomitante avec une période de cohabitation pacifique avec les populations juives. L’histoire, le savoir, sont dans ce domaine des outils bien plus puissants que le tabou ou l’interdit.
L’autre priorité des pouvoirs publics concerne la situation des populations noires qu’elles soient d’origine africaine ou antillaise. Il est incontestable qu’elles subissent des discriminations plus violentes que d’autres et ces discriminations antinoires sont d’ailleurs très fortes dans de nombreux pays. La place qu’occupe la lutte pour les droits civiques des noirs américains dans l’imaginaire politique de la jeunesse, souvent par la figure de Martin Luther King mais aussi par le parcours de Malcom X, est très significative. Car tous ceux qui se sont intéressés à ces deux leaders notent que l’un était pasteur et que le second s’est converti à l’islam durant quelques années, comme symbole de rupture avec l’occident, conférant ainsi à l’islam une connotation révolutionnaire.
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L’instrumentalisation des discriminations par les radicaux islamistes peut donc trouver un écho également auprès de populations qui ne sont pas toutes de confession ou de culture musulmane. La progression des thèses extrémistes dans une partie de la jeunesse échappe d’ailleurs aux dispositifs de détection et de prévention, tant le reflexe musulman=arabe est fortement ancré.
Pour la population noire de France les pouvoirs publics ont donc une obligation d’agir pour éviter une dérive aux conséquences lourdes. Evidemment il n’y a rien de comparable entre la situation des noirs aux Etats-Unis et celle de nos concitoyens. Récemment arrivés en France, en cours d’intégration dans notre pays, il n’y a aucun fatalisme à voir se reproduire chez nous des phénomènes de ghettoïsation générale de cette population. Les outils législatifs, les dispositifs décidés en matière de peuplement, doivent permettre aux populations noires vivant dans notre pays de trouver toute leur place et de se sentir protégées par la République.
Certains spécialistes tiennent à la distinction entre la pratique salafiste de l’islam et les dérives sectaires des radicaux. Cela va de soi sur le plan de la légalité, mais sur un plan plus politique il existe un continuum entre les deux mouvances. C’est bel et bien à partir du discours et des pratiques salafistes qu’un révisionnisme de l’histoire musulmane s’est constitué et répandu dans notre pays comme ailleurs. Derrière un discours sur les préceptes et les pratiques religieuses s’installe une véritable idéologie faisant des musulmans des victimes et appelant à rompre avec les sociétés modernes et démocratiques. Du port du voile obligatoire aux discriminations de genre en passant par les interdits alimentaires, le salafisme prépare le terrain aux thèses les plus radicales. Ce qui sépare les deux mouvements est souvent infime, la condamnation formelle des violences terroristes par les quiétistes par exemple est immédiatement relativisée par un discours déresponsabilisant ceux qui passent à l’acte. Bien entendu notre régime nous oblige à laisser faire ce qui n’est pas hors la loi, mais cela ne doit pas se traduire pour autant par un déni et une inaction totale de notre société. C’est le devoir de la République de ne pas laisser une vision unique de l’islam s’imposer en France.
Pour contrer la propagande radicale il faut donc répondre au défi de la fameuse « islamophobie » manipulée par certains acteurs du débat. En rappelant tout d’abord que le caractère laïc de notre nation ne réduit pas les citoyens à leur identité religieuse ou à leur origine, et que le droit individuel de pratiquer sa religion est garanti en principe et de fait par la République. Les musulmans qui vivent en France ont bien les mêmes droits que tous les citoyens ; on peut même dire que la France offre éminemment plus de liberté à la pratique de l’islam que nombre de pays musulmans et est aux antipodes des comportements sectaires et totalitaires observés dans les territoires djihadistes.
La République doit combattre sans relâche le travail de sape de la propagande djihadiste auprès de la jeunesse visant à inculquer une image « victimaire » de l’islam et des musulmans. Le dialogue permanent avec les représentants religieux peut y contribuer. Mais les autorités publiques n’ont pas de légitimité à influencer le discours religieux, tout dépend donc du bon vouloir et surtout des capacités des représentants religieux des musulmans à mener à bien la sécularisation de l’islam de France dans l’esprit des règles et moeurs de notre pays. En revanche la République a les moyens d’agir indirectement sur le terrain. La France entretient depuis longtemps des relations culturelles avec le monde musulman, nous avons de nombreux spécialistes de l’islam reconnus internationalement, autant d’éléments qui peuvent nous permettre de contrer les discours stigmatisant des extrémistes et de redonner aux musulmans de France une image de leur croyance, de leur histoire, plus digne et plus apaisée. Si la République n’a pas vocation à s’immiscer dans le fait religieux, elle a toute légitimité à agir sur le terrain
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des sciences sociales et historiques pour outiller les musulmans sur le terrain intellectuel et culturel. Au travers des manuels scolaires, des activités culturelles, des médias publics, un travail sur l’image de l’islam dans l’opinion publique doit être mené, pour lutter contre les préjugés discriminant et pour réhabiliter la vérité historique de la civilisation musulmane.
En se donnant les moyens nécessaires pour réhabiliter l’histoire des musulmans, leur apport à la culture mondiale, à la science et au progrès, nous renforcerons la compatibilité de l’islam avec la démocratie, nous permettrons aux jeunes musulmans ou de culture musulmane de se sentir en phase avec les lois et modes de vie de notre pays. En refusant que soit imposé un islam politique qui enferme les musulmans dans la défiance nous répondrons par l’action aux radicaux religieux qui pensent que la démocratie est un régime faible, incapable de se défendre, et dont on peut exploiter les contradictions.
Assumer le caractère spécifique du combat contre l’antisémitisme, empêcher la ghettoïsation de la population noire, combattre le discours intégriste de marginalisation des musulmans, sont les priorités de l’action contre les préjugés et pour la défense de la République.
5. e – Money !
Quelques centaines d’euros de prime d’installation, un salaire régulier, une maison offerte, un statut professionnel, voilà ce qu’apporte l’Etat islamique à nombre de ses recrues. Si la guerre, le djihad, reste la première motivation des jeunes candidats au départ, l’aspect économique, les promesses de réussite jouent également un rôle non négligeable pour attirer les futurs djihadistes. Là où la société se demande pourquoi part-on mourir à vingt ans au bout du monde, le djihadiste, lui, voit un chemin pour sortir de l’ennui de la pauvreté, de l’absence de perspectives. La notion de « terre promise », le sentiment d’être un pionnier, de vivre une aventure, sont très présentes dans la motivation des jeunes. Dans ce domaine les radicaux islamistes se sont inspirés des mouvements émancipateurs indépendantistes pour faire une véritable offre sociale à leurs recrues. C’est probablement pourquoi ils ont accentué leurs efforts de recrutement sur les jeunes filles qui représentent désormais près de 40 % des départs de notre pays.
Si la foi déplace les montagnes, la faim déplace les êtres humains. Cette dimension est peu présente dans les médias, elle est pourtant perceptible dans les contacts entre les djihadistes qui sont partis et leurs familles et amis. Ils y décrivent un quotidien confortable et affirment s’épanouir dans leur nouvelle vie. A cet égard il n’est pas surprenant que l’Etat islamique permette aux néo-djihadistes de rester en contact avec leurs proches, puisque c’est aussi un moyen de propagande sous leur contrôle. Le combat contre le djihad est donc aussi un combat économique et social. Une partie de ceux qui sont attirés par le radicalisme sont influencés par des éléments économiques, particulièrement dans les zones de rupture du territoire républicain, les villages pauvres et les cités urbaines. Après plusieurs années de récession aigüe et en prenant appui sur la reprise et le fonds d’investissement européen, une action volontariste des pouvoirs publics doit permettre de créer des dispositifs spécifiques à la jeunesse et aux plus pauvres d’entre eux.
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Bankbus
Dans les milieux populaires que ce soit à la campagne ou dans les banlieues, le chômage endémique des jeunes s’explique en partie par l’image dégradée renvoyée par le monde du travail à cette génération. Cette défiance est très forte dans les catégories de jeunes les moins qualifiés. Etre ouvrier, travailler sur un chantier, c’est une image sociale négative sans réelle contrepartie en confort financier ou même en sécurité de l’emploi. Sans charge familiale, peu rompus à défendre leurs droits, les jeunes sont une variable d’ajustement quasi systématique dans les entreprises, sans compter les multiples statuts et dispositifs qui finissent par l’emporter sur une embauche en bonne et due forme. Le monde du travail accueille peu et mal les jeunes non qualifiés et la jeunesse est prête à tout pour gagner sa vie sans « aller à l’usine ». C’est dans cet espace que les filières djihadistes distillent les notions d’utilité à la communauté, d’amour propre retrouvé.
Pour répondre à cette situation, il ne s’agit pas de créer une nouvelle allocation mais de réinvestir l’esprit d’initiative, la faim de réussite sociale de cette jeunesse. Pour aider les jeunes à développer leurs projets, et pas uniquement les mieux lotis ou les mieux informés, un outil inspiré de la Banque Publique d’Investissement pourrait voir le jour, une « BPI jeune » dont les fonds seraient distribués aux porteurs de projet de moins de 30 ans.
Un dispositif spécifique aux zones de fracture pourrait être pensé autour de deux axes. Proposer un micro-crédit destiné aux petits projets commerciaux ou de services des jeunes, sans aucune condition de garantie financière, et déplacer la banque plutôt que d’inviter le jeune à s’y rendre. Des bankbus sillonneraient le pays avec des rendez-vous réguliers dans les territoires concernés afin de toucher un nouveau public jeune. Car celui-ci est souvent très peu mobile, pour des raisons financières, d’infrastructures de transports inexistants, mais aussi par une spirale d’immobilisme qui entretient l’inactivité. L’impact du chômage, la désocialisation, l’extrême précarité des revenus des jeunes génèrent une forme de refus de quitter son territoire, d’assignation à résidence. Dès lors, la présence de la BPIJ par un bus serait un signal fort, une main tendue de la République pour cette génération.
Au-delà de l’impact concret en matière d’insertion professionnelle, c’est tout l’état d’esprit de la République à l’égard des jeunes qui s’en trouverait transformé. Emancipatrice, la République se doit de créer un nouveau lien de confiance avec sa jeunesse. C’est par la jeunesse que notre pays est attaqué, c’est aussi grâce aux jeunes que nous pourrons nous défendre efficacement, à condition qu’ils soient davantage fiers d’être français, qu’ils se sentent pleinement citoyens. Intervenir sur les problématiques sociales de la jeunesse ne doit pas être conçu simplement comme de la solidarité mais comme un investissement d’avenir pour le pays.
5. f – Miser sur les familles
Si notre politique familiale est plébiscitée au regard de la démographie elle ne joue plus aujourd’hui le rôle de stabilisateur social qu’elle devrait endosser. L’illusion d’une modernité qui réduit l’aide aux familles aux prestations de la CAF, qui monopolisent tous les débats parlementaires sur la famille, est un non-sens. La famille française est en crise et en mutation. Crise dans les catégories populaires où la cellule familiale fragilisée voire déchirée aggrave considérablement les conditions de vie des femmes et des enfants en particulier. Dans toute la population le modèle familial est en cours de transformation.
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Depuis quelques années maintenant les enfants nés hors-mariage sont les plus nombreux, les familles recomposées sont devenues banales et la séparation des couples presque la règle. Les réseaux de voisinage qui constituaient une sorte de famille élargie disparaissent dans l’anonymat urbain renforçant l’isolement des parents. Pourtant, dans le domaine de la politique familiale, tout fonctionne comme avant, comme si rien n’avait changé !
L’impact dans la jeunesse de ce mouvement de fond est considérable. Les séparations et les recompositions dans les familles peuvent affecter les jeunes, perturbés par l’absence de repères affectifs solides. La stabilité matérielle et sociale est remise en cause et des changements parfois violents impactent les enfants. Le suivi scolaire ou psychologique est également rendu plus chaotique par les changements de situation. Reconstruire un maillage républicain passe donc par une politique familiale actualisée qui s’adapte aux familles telles qu’elles sont et remette en avant la présence humaine plutôt que l’offre prestataire uniquement.
Des assistants de vie familiale
Par nature toutes les situations de familles en difficultés ne se ressemblent pas et les simples critères de revenus sont à cet égard très insuffisants pour déterminer l’accompagnement adéquat. Lieux de vie, contraintes professionnelles, situation sanitaire, environnement culturel, liens affectif etc. autant d’éléments concrets qu’il faut connaître pour aider au mieux une famille. De plus, vivre en famille ne s’enseigne pas, les pratiques se transmettent informellement mais il n’existe aucun manuel. Confronté à un bouleversement, une situation de crise, les parents peuvent se retrouver démunis, incapables de reconstruire un équilibre, de trouver la bonne organisation. Pour agir efficacement un corps d’assistants de vie de famille, présent sur le terrain, pourrait être constitué. Sans nécessairement créer de toutes pièces un nouveau corps administratif de l’action sociale, un redéploiement des crédits de la politique familiale et du personnel en fonction des priorités et dans les zones les plus en difficultés doit être envisagé. Et le soutien du réseau associatif familial doit évidemment être intégré dans ce nouveau maillage d’aide et de soutien aux familles.
Les femmes monoparentales
Séparation, divorce, abandon du domicile conjugal, la part des familles dites monoparentales ne cesse de croître. Derrière l’expression monoparentale se cache quasi-exclusivement des femmes qui élèvent seules leurs enfants. Ces femmes, quelle que soit leur catégorie sociale, se retrouvent confrontées à d’importantes difficultés matérielles, un tiers d’entre elles sont même dans une très grande précarité, sous le seuil de pauvreté. Des mesures de soutien financier ont été décidées par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre la grande pauvreté. Pourtant il n’existe pas de dispositif ciblé sur ces familles qui ont besoin d’un soutien spécifique. Aider les femmes seules avec enfants à trouver des emplois qui leur permettent de subvenir à leur besoins et soient compatibles avec les horaires scolaires de leurs enfants. Créer un nouveau critère prioritaire pour leur faciliter l’accès aux logements sociaux alors qu’aujourd’hui les bailleurs considèrent leur situation comme un risque d’insolvabilité. Permettre aux enfants de ces familles d’être prioritaires pour accéder aux internats ou aux chambres universitaires. Autant de mesures concrètes, parmi d’autres, dont la vocation est de permettre la stabilité matérielle et affective dans les familles monoparentales.
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Droit des femmes et éducation sexuelle
Pour les français la montée de la radicalisation islamiste s’est manifestée par la généralisation du port du voile par les femmes et les jeunes filles de culture musulmane ou converties, qui a été opportunément freinée par la loi interdisant les signes religieux à l’école. Le port du voile par les femmes est toujours la première campagne du radicalisme, sous une forme insidieuse mélangeant prescription religieuse et pressions plus ou moins amicales. Les libertés individuelles et la laïcité ne permettent évidemment pas d’interdire une telle pratique. En France la femme musulmane a le choix, mais a-t-elle vraiment le libre arbitre ? Sans nier la responsabilité de toutes ces femmes, pour certaines on peut s’interroger. Derrière les convaincues, les volontaires, combien sont plus ou moins contraintes de le porter ? Les musulmans vivant souvent dans les mêmes quartiers, comment une jeune fille peut-elle se soustraire aux regards, au jugement de sa « communauté » ? Les femmes musulmanes ont la liberté de porter le voile islamique, cela ne peut être remis en cause, mais la République doit donner aussi les moyens de ne pas le porter à celles qui le souhaitent.
Cela passe par un travail éducatif spécifiquement en direction des femmes sur les droits, y compris les droits des enfants et la sexualité. Malgré l’inscription de l’éducation à la sexualité dans les programmes de l’Education Nationale, les interventions sur ces sujets auprès des élèves sont de plus en plus rares. Pour de multiples raisons, par crainte de la réaction des élèves ou des parents notamment, les équipes éducatives renoncent à aborder ces questions. Et si la sexualité n’est pas non plus abordée au sein de la famille, ce qui est fréquent, le seul discours audible pour le jeune sur ce sujet est celui des religieux.
Or depuis longtemps maintenant les mouvements féministes ont prouvé qu’une femme maîtrisant sa sexualité, au fait de la contraception, est une femme plus autonome, plus en capacité de choisir sans pression son mode de vie. L’éducation à la sexualité doit donc reprendre toute sa place, à l’école mais pas seulement. Des relais doivent aussi être présents sur le terrain et on peut imaginer que la CAF soit un des lieux ressources avec les associations du planning familial et les organisations féministes.
La souffrance affective et sexuelle touche aussi les jeunes hommes pris en tenaille entre l’injonction de la « performance », de la virilité, et la réalité d’un vécu souvent coupé des filles. En zone rurale ou urbaine, les jeunes hommes se retrouvent souvent privés de rencontres avec des femmes de leur génération parce que trop isolés, trop pauvres, trop discriminés. Il n’y a qu’à constater le nombre d’unions avec des femmes d’autres pays pour comprendre comment cette coupure entre les genres impacte les choix de vie. Sous-estimer la frustration ainsi accumulée ne permet pas de comprendre pourquoi l’offre matrimoniale et sexuelle proposée par les djihadistes a un impact certain. Développer l’éducation sexuelle chez les garçons est donc aussi utile. Mais il nous faut aussi favoriser la mixité dans notre société et en particulier dans les classes populaires. Mixité dans le sport, à l’école et surtout dans les loisirs. Peut-être pourrait-on expérimenter, à cet égard, l’ouverture de « boîtes de nuit » gérées par des associations et financées publiquement. La haine qui germe chez un « refoulé » des boîtes de nuit est porteuse d’énormes frustration et de haine. Plus on rencontre de jeunes de son âge, plus on flirte, plus on échange, plus on s’éloigne intimement des logiques radicales.
Echanger les familles
Un des signes positifs de la vivacité républicaine est le nombre important de mariages mixtes chez les enfants des immigrés installés dans notre pays. Plus que tout discours ou modèle, les alliances familiales ainsi constituées resserrent les liens dans la population et contribuent à lutter contre le repli
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communautaire. Ce n’est pas un hasard si les prêcheurs radicaux dénoncent les mariages mixtes, sauf bien entendu dans les cas de conversions.
Dans ce domaine, qui relève évidemment de la vie privée des individus, la puissance publique ne peut pas s’immiscer. En revanche cela pourrait inspirer un dispositif d’échange de familles pour resserrer les liens entre cultures différentes et influencer positivement les choix de vie des uns et des autres, en multipliant les modèles à suivre. Il y a quelques années les enfants de familles en difficultés étaient ainsi placés pour quelques semaines de vacances dans d’autres familles pour « souffler ». Ce même dispositif pourrait être reconstitué, mais sans dimension sociale, basé sur le volontariat des enfants et des familles d’accueil. Notre société a des ressources propres que la République doit solliciter. Les nouvelles solidarités familiales nées de ces échanges auraient un impact considérable pour accélérer le processus d’intégration, lutter contre les stéréotypes racistes et créer des réseaux de solidarité pour ceux qui n’ont pas de grande famille. Elles offriraient des référents affectifs aux enfants et aux jeunes, renforçant leur sentiment d’appartenir à la communauté républicaine, d’être français au quotidien et aux yeux des autres. Par un investissement minime, les pouvoirs publics lanceraient ainsi une dynamique profonde, autonome et positive pour l’ensemble de la société.
La première expérience, sur la base du volontariat, devrait solliciter les familles de culture musulmane et juive. La montée de l’antisémitisme, les agressions, ont entraîné une séparation physique de ces familles françaises, sous la pression de la violence. Elles ne se côtoient plus ni dans les quartiers, ni au supermarché et même plus à l’école. Comment alors lutter contre les préjugés, la défiance ? En accueillant les enfants des « autres », en créant de nouveaux ponts, nous pouvons reconstituer une digue de fraternité capable de contrer la vague de haine. La République doit redevenir la maison commune des citoyens et pas l’hôtel des communautés !
5. g – Recoudre le territoire républicain
L’identité républicaine de notre pays s’est constituée par un corpus législatif, réglementaire et une conception territoriale égalitaire, pour que chaque citoyen, où qu’il vive, se sente totalement partie prenante de la nation. Au cours de ces dernières années cette homogénéité territoriale s’est distendue pour de multiples raisons. Deux fractures importantes sont apparues et c’est dans les zones concernées par ces fractures que le radicalisme recrute le plus massivement et le plus facilement.
Du village au djihad
Les zones rurales paupérisées sont les grandes oubliées des politiques publiques. Transformation de la production agricole, désindustrialisation, désengagement partiel des services publics… une lente érosion économique et sociale a isolé ces territoires de la marche au progrès et des valeurs républicaines. Avoir 18 ans dans ces régions c’est souvent vivre sans perspective réelle autre que le déracinement, c’est ne pas avoir d’avenir. Dans les grandes villes, l’accès des jeunes aux transports est facilité par des politiques tarifaires favorables et subventionnées. Ailleurs il faut trouver vingt euros pour payer l’essence, calculer au plus juste les horaires pour ne pas rater le seul bus, et le plus souvent les jeunes restent assignés à leur territoire parce qu’ils n’ont pas le choix. Avec un taux d’emploi extrêmement faible, un recours aux prestations sociales très élevé, de nombreux territoires ont
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décroché du rythme de développement du reste du pays. On comprend bien dans ce contexte comment la propagande radicale peut devenir tentante pour celles et ceux qui pensent qu’ils n’ont rien à perdre et que toute aventure serait une meilleure issue que ce qui les attend.
La difficulté des pouvoirs publics pour traiter ces poches de réclusion est qu’elles ne forment pas des territoires vastes et homogènes ; la pauvreté, la relégation en milieu rural se présente sous forme de « taches de léopard ». L’Etat et les collectivités locales savent agir sur des départements ou des régions mais ont plus de difficultés à être efficaces à petite échelle avec les outils d’intervention et d’investissement actuels. On retrouve là la même difficulté que celle rencontrée pour le traitement des cités où s’accumulent les difficultés dans les zones urbanisées.
Il faut donc utiliser les mêmes outils pour permettre à l’action publique d’avoir une attention, des solutions et des budgets spécifiques aux territoires ruraux en déprise. Plutôt que constituer ex nihilo un nouvel outil public, il semble opportun que le ministère de la ville, compte tenu de son expérience, soit chargé de la mise en oeuvre de cette politique. Devenu Ministère de l’égalité des territoires, il aura pour charge de proposer aux collectivités locales, aux populations et aux jeunes en particulier, des dispositifs pour sortir de l’enclavement territorial et de la marginalisation économique et sociale. Donner aux villages pauvres ce que l’on donne aux cités défavorisées, c’est reconstruire du lien et du sens républicain en considérant à égalité les situations de toutes les populations, loin des notions de préférences communautaires, territoriales ou identitaires.
Ghettos urbains, le nécessaire retour de l’Etat régalien
Sans surprise c’est dans les quartiers urbains les plus dégradés et les plus ghettoïsés que le radicalisme a réussi son implantation sur notre territoire. Le fait que les éléments les plus violents soient issus de ces territoires est révélateur de l’emprise de l’idéologie radicale auprès d’une partie de la population de ces quartiers. Dans ces territoires l’enjeu désormais va au-delà de la simple prévention ou du suivi de quelques individus. Ici le radicalisme a pour objectif de maîtriser le territoire, d’y imposer ses normes pour implanter son projet au coeur de la république. A ce jour les islamistes radicaux ne contrôlent pas encore ces quartiers, mais ils y ont établi un rapport de force nettement visible, à travers l’affichage ostentatoire de signes religieux, le contrôle des commerces de proximité, et parfois même les affrontements contre la force publique. Les faits qui se sont déroulés à Dammarie-les-Lys suite à la verbalisation d’une femme portant la burqa sont à cet égard très inquiétants.
Evidemment tous les quartiers de banlieue et cités HLM ne sont pas dans la même situation, mais un axe Nord/Sud de grands ghettos urbains violents s’est dessiné ces dernières années. Des quartiers Nord de Marseille à la banlieue lilloise en passant par la périphérie lyonnaise et des secteurs de la région parisienne, de nombreux quartiers ont rompu avec l’ordre républicain. Ces bastions radicaux se caractérisent par trois critères majeurs. La présence majoritaire de populations issues de l’immigration et de culture musulmane, une concentration de misère sociale et humaine au-dessus de la moyenne et enfin une violence et une délinquance endémiques qui frappent les plus jeunes générations. En effet paradoxalement les militants radicaux s’implantent souvent en se présentant comme engagés contre la délinquance pour gagner la confiance des familles. Combien d’entre elles se sont félicitées de voir leur fils sortir de la consommation de drogue et d’alcool ou de la délinquance sous l’influence religieuse, sans comprendre le risque de les voir pris en main par des organisations criminelles ?
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Ne faut-il pas que les points de repère républicain et laïc se soient tous dissous pour que des autorités locales, des élus aient accordé leur soutien à des représentants cultuels ou des associations contrôlées par les radicaux. Il ne s’agit pas là de juger ou de leur faire porter une responsabilité, mais d’illustrer la « facilité » avec laquelle parfois le radicalisme se fraie un chemin dans des territoires abandonnés par la république où règne désormais un sentiment d’impuissance face au fatalisme du ghetto. En outre, l’influence grandissante des leaders religieux, des réseaux radicaux, leur donne une opportunité politique. Au coeur de la théorie islamiste, la démocratie est présentée comme un régime « faible », dont il faut profiter. A cet égard pousser ses ouailles à s’inscrire sur les listes électorales, les mobiliser le jour d’élections territoriales, est une manière d’influencer la démocratie.
On constate que dans les quartiers devenus des bases fortes du radicalisme, l’action des pouvoirs publics, avec son cadre juridique et ses modes d’interventions classiques, devient inopérante. Avant que l’ampleur du phénomène devienne une difficulté majeure pour le pays, il faut agir vite et fort pour étouffer dans l’oeuf ce qui s’apparente à des sécessions antirépublicaines. Seul l’Etat est aujourd’hui en situation d’agir. La première réunion interministérielle concernant la politique de logement et de peuplement va dans le bon sens. Ce n’est qu’un début qui doit s’accompagner d’une offensive plus importante pour récupérer le terrain et les populations qui y vivent. Radicalisme, misère, violence, l’action à entreprendre sur le court et long terme dans ces quartiers appelle à la constitution d’un nouveau statut dérogatoire particulier dans lequel l’Etat par ses représentants prend autorité sur ces territoires et y mène des actions et investissements hors du commun. Cette « mise sous tutelle » de territoires doit être ciblée sur quelques quartiers et limitée dans le temps avec pour objectif de retourner le plus vite possible au droit commun. Et il ne s’agit pas seulement de la redéfinition des circuits administratifs ou de la constitution d’une nouvelle commission ad hoc mais bien d’une prise en main directe par l’Etat.
Face à ce défi inédit, il semble utile de doter la puissance publique d’un outil adapté, destiné à des opérations publiques fortes et relativement ponctuelles. En prenant appui sur l’expérience des GIP (groupements d’intérêt public) ou des PPP (partenariats public privé) pourraient être constitués des GAR (groupements d’action républicaine) alliant la puissance de l’Etat et le dynamisme des acteurs sociaux et économiques. Sous le contrôle exclusif de l’Etat ces groupements dirigés nationalement et localement par des femmes et des hommes d’expérience seraient engagés contractuellement sur des objectifs et un calendrier précis. Forts d’un cadre d’action élargi et des ressources appropriées les GAR auraient toute latitude pour intervenir sur l’ensemble des dimensions de la vie d’un territoire, y compris sur le terrain de l’école, de la police ou du logement, en laissant place aux expériences et aux nouvelles pratiques. Rétablir l’autorité républicaine passera alors par le rétablissement de la sécurité et le recul de la violence, le soutien à toutes les initiatives en direction de la jeunesse, la reconstruction sociale de la population et du tissu économique local. En y associant le secteur privé par le biais d’entreprises, de professionnels de santé, ou encore d’acteurs culturels, les GAR doivent devenir le fer de lance républicain pour faire reculer significativement le radicalisme et ses réseaux.
L’enjeu urbain pour ces quartiers ne se limite pas aux objectifs de rénovation urbaine et de sécurisation. La crise des banlieues est liée à l’absence de politique urbaine au sens le plus philosophique du terme. Certains quartiers ne sont plus des lieux de vie mais des enchevêtrements de liens qui enferment ceux qui y vivent. Les urbanistes, les architectes, les artisans doivent reprendre du service ! Une pensée nouvelle et globale de la ville est à développer autour de plusieurs questions : Comment éviter, ou relativiser, la projection des ségrégations sociales dans l’espace ? Comment rendre la ville durable et écologique ? Comment effacer la frontière entre ville et campagne ? Autrement dit, on ne change pas les
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quartiers sans changer toute la ville. Aussi la réponse républicaine n’est pas une politique de compensation ou de rééquilibrage mais bel et bien d’intérêt général, et donc une politique soutenue par tous les citoyens.
Le constat fait par le Premier Ministre sur la situation de ces quartiers nous oblige à agir et à bousculer les frilosités et les habitudes. L’urgence de traiter ces abcès au coeur de notre territoire est absolue, cette action politique est sans doute la plus essentielle et la plus attendue par notre société après les attentats du mois de janvier. Et elle doit être menée avec une rapidité exceptionnelle, parallèlement à d’autres combats de longue haleine, pour la cohésion nationale et le développement économique et social. Ce qui est en jeu est essentiel. Des pans entiers de la population finiront-ils par être plus ou moins sous l’influence du radicalisme religieux ? La République française a-t-elle encore la force et les moyens de s’imposer sur son propre territoire ? Nous sommes ici concrètement face aux dangers qui nous menacent et devant notre responsabilité de répondre au moment historique du 11 janvier.
5. h – Une immigration républicaine
Théoriser un lien direct entre immigration et radicalité ne repose sur aucun fondement, puisque les candidats au djihad ou ceux prêts à des actions violentes sont issus de différentes catégories de la population. Ce lien entre migration et violence politique est un argument utilisé par l’extrême-droite pour manipuler l’opinion et faire croire à des solutions simplistes et dangereuses, de la même manière que lorsqu’elle impute toutes les difficultés économiques à l’euro. Cette manipulation fonctionne dans une partie de l’opinion publique pour deux raisons, d’abord parce qu’il est indéniable que des enfants ou petits-enfants des immigrations récentes ont franchi le pas du djihad, ensuite parce que dans les quartiers ghettoïsés la présence du radicalisme est visible. A cet égard le port du voile qui s’est généralisé dans les jeunes générations à travers tout le territoire inquiète jusqu’aux citoyens engagés dans la lutte contre les préjugés, troublés par ce qui est vu comme un « repli communautaire ».
L’immigration n’est pas en soi le vecteur du radicalisme qui s’implante dans notre pays. Mais au même titre que l’aménagement du territoire ou la marginalisation sociale de la jeunesse, l’absence de politique organisée de l’immigration y participe sûrement. Sujet maintes fois abordé dans le débat politique, la politique d’immigration de notre pays a fait l’objet de plusieurs législations. Pourtant force est de constater que l’arrivée des immigrés se fait dans la désorganisation la plus totale et ne répond de fait qu’aux logiques purement économiques autour de la main d’oeuvre non qualifiée que représentent majoritairement les immigrés. Pourquoi ? La disponibilité historique d’une main d’oeuvre issue des colonies depuis l’après-guerre a laissé de mauvaises pratiques s’enkyster. Alors que la France accueille une population immigrée importante depuis longtemps, elle ne s’est jamais donnée les moyens d’organiser en amont ce flux de population comme d’autres nations peuvent le faire. La raison de ce laisser-faire dans notre pays, plutôt habitué à multiplier les normes, tient à la difficulté historique des dirigeants politiques à traiter rationnellement l’immigration, sans cesse renvoyée à des enjeux symboliques ou culturels. Finalement la « main invisible du marché » impose sa réalité.
Dans le nouveau contexte historique que nous vivons ce « laisser-faire » doit cesser pour l’intérêt de tous et pour renforcer la République. Se doter d’une politique migratoire républicaine nécessite de sortir d’un système de pensée binaire : stop ou encore. Stratégiquement l’apport de l’immigration est
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essentiel pour la France, mais elle doit désormais anticiper les conséquences et la responsabilité de cet accueil de population étrangère. Le débat qui ressurgit sur les « seuils de tolérance » est à cet égard totalement superficiel et sans fondement. Bien entendu la quantification des capacités d’accueil est importante, mais elle doit être fondée sur des données objectives. Et c’est dans l’organisation de la filière légale d’immigration et les critères de choix que notre pays doit évoluer.
Les aspects techniques et logistiques (accueil, alphabétisation, logement…) sont importants pour la répartition territoriale des populations migrantes et leur rapport avec les autorités publiques, mais c’est sur les critères d’accueil que l’évolution doit être la plus marquée. Les qualifications professionnelles et le marché du travail ne peuvent être l’unique référent pour s’installer dans notre pays. La République française est en droit de demander une adhésion aux valeurs qui organisent la collectivité, en particulier sur deux points essentiels et non négociables.
En premier lieu le statut des femmes immigrées, qui doivent bénéficier de l’égalité des droits mais surtout de la liberté individuelle dont elles sont privées par les lois ou traditions de leur pays d’origine. Polygamie, excision, mariages forcés, esclavage domestique, obligation du port de signes religieux n’ont pas de place dans la République. Les candidates à l’installation en France doivent souscrire à ces conditions de manière à structurer les familles étrangères présentes chez nous autour de nos valeurs d’égalité et d’émancipation. Protéger et garantir les droits des femmes immigrées c’est créer un pare-feu interne et puissant contre le recrutement et l’influence du radicalisme religieux.
Le second point essentiel est bien entendu le principe de laïcité qui régit l’ensemble des relations sociales de notre pays. La laïcité doit être imposée et l’étranger qui souhaite vivre en France doit s’engager clairement à la respecter. Cette obligation n’est en rien attentatoire aux libertés individuelles et à la liberté de conscience toutes deux garanties dans le droit et dans les faits par la République. Les manipulations dialectiques autour des valeurs démocratiques pour contester la laïcité en France doivent être contrées. La laïcité n’est pas une option, pas plus qu’un choix individuel. C’est une règle qui s’impose à toutes et tous comme garante de l’équilibre entre les individus et la nation. Droits des femmes garantis et laïcité acceptée sont les deux piliers indispensables à la réussite d’une intégration politique et culturelle. Ce n’est pas le nombre d’immigrés qui pose des difficultés à la République mais le processus d’intégration sans ces valeurs structurantes.
Certains objecteront que ces nouvelles normes d’une politique migratoire seraient discriminantes. Cela est faux sur deux points. Tout d’abord, il faut rappeler que toutes les libertés individuelles doivent s’inscrire dans le cadre des droits de l’homme. De plus la France étant membre de l’espace Schengen, un candidat à l’immigration qui ne partagerait pas nos valeurs républicaines pourrait tout-à-fait s’installer dans un pays voisin, aux traditions et législations différentes.
La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’étrangers et qui a une des plus grandes communautés musulmanes. En prenant des décisions politiques offensives, l’Etat peut faire de cette réalité une protection face à nos ennemis et à ceux qui veulent déstabiliser la population française. Plutôt que de se lamenter sur l’importation des idées radicales, la République doit se donner les moyens d’exporter un modèle d’émancipation et de progrès qui fasse envie aux populations qui vivent sous le joug des radicaux. Voltaire, l’esprit des lumières, reste une des forces de notre République, fille infidèle des religions mais mère protectrice des droits de l’homme !
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5. i – Internet, la loi du Far West
Les derniers dispositifs législatifs et réglementaires renforçant les mesures de sécurité sur internet ciblent les canaux d’expression, de propagande et de recrutement des djihadistes. Depuis longtemps le constat a été fait de l’utilisation subtile d’internet par les groupes radicaux. Pourtant les décisions prises par les pouvoirs publics ne sont que des réponses d’urgence et de colmatage qui n’élimineront pas l’activité des djihadistes sur la toile. Cela tient bien sûr à la difficulté d’opérer un contrôle total du réseau et aux limites évidentes du respect des libertés individuelles et collectives. Il y a de grandes chances qu’après une période d’adaptation, les djihadistes trouvent les moyens de contourner les barrières sur le net. Et leur propagande peut continuer à se diffuser de manière édulcorée sur des sites qui restent dans le cadre juridique légal. Faut-il en conclure que les pouvoirs publics, l’état de droit, ne peut s’imposer sur la toile ?
La réponse à cette question a été apportée par Pierre Bellanger, spécialiste incontesté des enjeux du réseau, qui a théorisé le concept de souveraineté numérique. Son constat, basé sur des années d’expérience, est que derrière l’anarchie supposée de la toile, se cache un ordre, celui des opérateurs américains qui de fait sont les vrais maîtres. Sa démonstration est implacable quand il évoque par exemple la plateforme YouTube. Premier site mondial de vidéos, il est utilisé par les djihadistes pour afficher leur propagande et en particulier les vidéos les plus violentes et les plus criminelles. Confronté aux demandes de particuliers ou d’Etats de censurer ces images, YouTube s’est toujours réfugié derrière le droit américain et les notions de liberté pour refuser de répondre aux injonctions. Aussi les images d’une décapitation peuvent rester accessibles plusieurs jours alors qu’une association de lutte contre le cancer du sein est censurée dans les minutes qui suivent sa mise en ligne pour cause de pornographie !
Bien entendu les Etats-Unis sont nos alliés dans le combat contre le djihadisme et c’est aussi leur intérêt de lutter contre leur propagande. Les révélations sur l’entrisme des services américains sur les réseaux démontrent que le gouvernement américain n’est en tout cas pas dans une politique de laisser-faire. Maîtrisant mieux les technologies d’internet, étant géographiquement plus éloignés du danger djihadiste, les américains, tout en étant dans le combat contre le radicalisme, sont aussi dans une stratégie impérialiste dans le domaine de la nouvelle économie et des nouveaux outils de surveillance. Autrement dit, si internet n’est pas régulable par les démocraties européennes, le réseau n’échappe pas à l’autorité américaine.
C’est à partir de ce constat que Pierre Bellanger en appelle à une prise de conscience rapide des autorités publiques pour assurer une souveraineté démocratique sur internet et défendre nos intérêts vitaux. Cela ne passe pas par une action juridique ou réglementaire, mais par le contrôle du coeur de la toile qu’est le système d’exploitation. La création d’un Commissariat à la souveraineté numérique s’impose comme l’outil indispensable permettant l’alliance des pouvoirs publics et du privé pour doter la France et l’Europe de leur propre infrastructure numérique, sans reproduire la logique autarcique du modèle chinois. Il ne faut pas oublier que sur internet les affaires continuent même pendant les guerres, et que les intérêts de nos alliés ne sont pas nécessairement les nôtres.
Invoquer la souveraineté à propos d’internet, c’est avant tout comprendre ce que représente le réseau pour la nouvelle génération. Pour cette net-génération, le réseau est une chambre, un salon, une rue, une place, une école, une entreprise, etc. Ils ne sont pas dans l’utilisation d’un média, mais se déplacent
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dans une nouvelle dimension, un nouvel espace dématérialisé. Au-delà de leur vie privée, la construction du lien social, de la conscience politique est désormais générée par l’interaction de réel et du virtuel. De fait cette segmentation n’a plus de sens pour eux, le réseau est souvent leur réalité et parfois le réel leur apparaît comme un artifice. Imaginer internet comme un tuyau à image et à texte que l’on pourrait filtrer est une illusion. Pourrait-on empêcher les individus de se parler ?
Et si internet est un territoire il faut y établir des règles de droit, mais surtout il faut que l’esprit républicain y soit présent en permanence. A cet égard, internet n’est pas un espace neutre, aujourd’hui c’est le droit américain qui le régente, demain c’est le modèle français qui doit s’y imposer comme garant de réelles libertés et de progrès. Tel est l’enjeu de la souveraineté numérique.
5. j – Libérer la parole, construire la fraternité
Le triptyque républicain concentre l’identité de notre nation, l’équilibre des termes qui le composent structure le débat politique. Liberté et égalité ont leur partisans, un peu plus de l’un ou de l’autre, voilà ce qui organise la segmentation gauche / droite et anime la vie politique.
La fraternité est consensuelle, ce qui dans l’esprit français passionné est aussi une marque de désintérêt. Pourtant c’est là que se trouve la plus grande blessure de notre pays. Aux crises successives sur le terrain social et économique s’est ajouté depuis près de trente ans la crispation d’un débat identitaire alimenté par l’extrême-droite mais traversant l’ensemble des familles idéologiques dans une ronde sans fin. Immigration, droit du sol et droit du sang, différentialisme contre égalité, nation contre Europe, identité régionale face à identité nationale, tous ces débats ont déchiré petit à petit le pacte fraternel qui lie notre pays. En matière d’identité, les haines, les rejets, les aprioris naissent du repli de chacun dans son camp, des points de vue univoques qui enferment et finissent par rendre inconcevable l’idée de vivre ensemble. En France on parle donc beaucoup d’identité mais on n’échange pas, on n’écoute pas l’autre qui de son côté se méfie aussi. Cette suspicion identitaire nourrit les tabous et dérégule en profondeur notre société. N’importe qui se croit autorisé à dire tout haut ce que les autres penseraient tout bas ! La place est alors largement ouverte à toutes les peurs, tous les fantasmes, tous les replis.
L’épisode de la minute de silence dans les écoles en hommage aux victimes des attentats en fut une illustration spectaculaire. Les uns montraient du doigt des enfants parfois très jeunes comme de véritables « criminels », les autres se sont enfermés dans le déni face à une jeunesse décalée de l’unité nationale qui régnait alors. Les deux parties étaient pourtant dans leur tort, car nul ne savait réellement ce que la jeunesse ressentait. Pourquoi ? Parce qu’une confusion s’est installée entre la nécessité de moments solennels et une minute de silence à contre-emploi. Il eut été alors utile de lier un acte d’hommage symbolique à une prise de parole des élèves pour comprendre. Comprendre que finalement près d’un jeune sur deux ne se sentait pas « Charlie », les uns par esprit rebelle, d’autres par incompréhension des enjeux, certains par adhésion symbolique aux arguments anti-Charlie.
Cette minute de silence dure en fait depuis des années, et finalement, à sa manière le monde adulte porte les mêmes contradictions, les mêmes désaccords, les mêmes ambiguïtés que la jeunesse. Regretter la « libération de la parole » à chaque fois que s’expriment des points de vue extrêmes est une
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posture confortable mais totalement contreproductive. Notre pays souffre à l’inverse du non-dit, de la confusion à laquelle mène l’absence de dialogue, d’échange et de contradiction. Tout ce qui est à la naissance du langage ! Dans toutes les communautés humaines, dans toutes les nations, l’identité est un sujet passionnel marqué par l’histoire. Les blessures ne guérissent pas seules, même avec le temps qui passe, il n’y a qu’à observer le traitement de la Révolution française ou de l’histoire coloniale pour le constater. Invoquer la fraternité républicaine pour qu’elle apaise notre pays n’est pas suffisant. Il faut guérir des blessures, des humiliations, chasser des peurs. Donner place à la raison face à la passion passe alors par la parole libre, non contrainte, qui seule permettra de reconstruire un dialogue national constructif.
Pour que l’esprit du 11 janvier perdure, il faut le remettre entre les mains du peuple français. Aucun parti, aucune institution n’est à l’origine de ce mouvement historique. Ce sont les femmes, les hommes, les enfants de notre pays qui l’ont fait naître en étant Charlie, en sortant dans la rue, en ne cédant pas à la violence, à l’envie de revanche. La parole doit être rendue à notre peuple.
A l’image du processus créé par Nelson Mandela en Afrique du Sud, un réel échange sur l’avenir de la République, sur les changements nécessaires, sur le bien commun, doit être organisé à travers tout le pays, dans tous les territoires. Les élus de toutes les obédiences et leurs administrations doivent organiser des rencontres en donnant la parole à tous pour que chacun puisse enfin dire ce qu’il a sur le coeur, dénoncer et proposer sans aucune censure, avec les mots de son choix, fussent-ils brutaux.
Le gouvernement, le Parlement, coeur de notre démocratie, doivent participer au processus et lui donner une traduction concrète dans des mesures exceptionnelles de salut républicain. Seule la vérité est révolutionnaire disait un homme politique russe. L’esprit de la révolution française, la République qui en est née, a besoin de cette vérité pour reconstruire la fraternité sans qui ni la liberté, ni l’égalité n’existeraient dans notre pays.
5. k – Toujours plus de République
Les grands évènements qui marquent l’histoire républicaine sont révélateurs des tendances lourdes et des mouvements de fond qui impactent notre société. Le défi lancé par le radicalisme à notre pays survient alors même que nous sommes en plein doute sur notre destin commun. Dans la mondialisation économique et technologique la France est en perte de repères. Puissance économique, puissance militaire, puissance culturelle, notre pays ne semble pourtant pas trouver sa place originale dans le concert des nations. Le projet européen pour les français se limite à des enjeux économiques au détriment de l’identité politique particulière que nous portons. La crise d’identité nationale ne peut se réduire aux difficultés économiques et sociales d’insertion dans la globalisation. Elle s’explique aussi par l’affaiblissement de la promesse républicaine, du pacte historique, celui de constituer un modèle qui conjugue liberté et progrès.
Un dicton populaire dit qu’ « à toute chose malheur est bon ». Quelle espérance pouvons-nous tirer du drame du mois de janvier 2015 ? La réponse repose sur la mobilisation historique du 11 janvier, là où nos ennemis ont frappé nous devons relever la tête et agir, pas simplement pour nous protéger, mais surtout pour assurer, défendre et relancer une République honnie par tous les obscurantismes. Nous ne
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sommes pas confrontés à un problème sécuritaire mais bel et bien à un défi politique majeur : opposer un contre modèle puissant à la montée du radicalisme sous toutes ses formes et au retour des obscurantismes. Nous n’avons plus le droit de douter, de pinailler, de calculer. L’heure est à l’action déterminée pour imposer le projet républicain. Si la France échoue, non seulement elle perd le fil de sa propre histoire, mais les autres nations perdront également un repère indispensable. L’action publique en réponse au radicalisme doit s’inscrire dans une logique de contre-attaque, en rendant à la République toute sa force et tout son attrait.
Pays de la diversité, pays de la laïcité, la France a un rôle central à jouer dans le combat mondial contre le radicalisme. Même si l’unité républicaine est menacée par des extrémismes de plus en plus influents, même si les français doutent, l’attachement à la démocratie et aux grandes institutions républicaines comme l’école ou le système de santé est profondément ancré chez nos concitoyens. Le radicalisme étant l’objet de ce rapport, l’accent a été mis sur les risques de division, les tentations de sécession, mais il ne faut pas occulter pour autant l’existence d’une matrice républicaine du corps social. Les nombreux mariages mixtes ou la présence de toutes les communautés au sein de l’armée française témoignent de la puissance intégratrice de notre modèle. Les français, dans leur grande majorité, reconnaissent les vertus de notre système républicain et sont imprégnés de ses valeurs. Soins médicaux de qualité, école gratuite, indépendance de la justice… les français tiennent à ces acquis qui sont autant de points d’appui pour redorer le blason républicain. Avant qu’elle ne soit minée par les extrêmes, il faut donc s’appuyer sur cette majorité pour mener le combat républicain.
Ce combat pour l’avenir est avant tout un engagement pour la jeunesse, pour lui redonner les raisons d’espérer et de faire de sa révolte un levier positif plutôt qu’un engrenage de violence et de destruction. C’est un long combat dans une période où l’éphémère règne, où le superficiel et l’égoïsme dominent. La puissance publique, par l’intermédiaire de l’Etat et de ses institutions, a l’occasion de retrouver son autorité. En effet dans l’épreuve les citoyens ont plébiscité nos institutions, nos fonctionnaires, à rebours des discours déclinistes qui alimentent notre quotidien.
Il nous faut être à la hauteur de cette confiance et de cette responsabilité. Pourtant, quelques semaines après l’union nationale qui a prévalu face aux attaques, la France semble déjà retomber dans ses vieux travers. Les grandes déclarations d’hier, les serments d’engagement semblent s’évanouir au profit des petites affaires du quotidien. Plus que de la force de nos adversaires, nous devons nous méfier de nous-mêmes, de l’esprit de résignation, d’autodénigrement, qui mène à la faillite morale et politique. Considérer que l’impact politique et émotionnel des attaques du mois de janvier 2015 est suffisant pour nous garantir un avenir serait une erreur considérable.
L’histoire de notre génération n’est pas encore écrite, notre destin est entre nos mains, c’est à nous de défendre la liberté dont les ennemis de notre pays veulent nous priver. Agissons pour être fidèle à notre histoire, pour notre peuple et toutes celles et ceux qui dans le monde se sentent « Charlie ».
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Annexes
Lettre de mission
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Liste des personnes auditionnées
 PJJ – Protection judiciaire de la jeunesse
Mme Catherine Sultan, directrice de la PJJ
Mme Delphine Bérgère-Ducote, adjointe au chef de bureau des méthodes et de l’action éducative
 CIPD – Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance
M. Pierre N’Gahane, secrétaire général du CIPD
M. Matthieu Piton, chef de cabinet
 UCLAT – Unité de Coordination de la lutte Anti-Terroriste
Rencontre dans leurs locaux avec M. Jean-François Gayraud, adjoint au chef de l’UCLAT et son équipe
 M. le Préfet Alain Zabulon, coordonnateur national du renseignement
M. Eric Bellemin-Comte, conseiller sécurité intérieure
 M. Patrick Kanner, Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports
 M. le Préfet Lambert, ancien chef du Raid, ancien commissaire de Police devenu Préfet
 M. Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du Ministère de la Défense (France), auteur d’un rapport sur la contre-radicalisation pour la Fondation d’aide aux victimes du terrorisme (2014).
 M. Bernard Schmeltz, Préfet de l’Essonne
 Maison de la prévention et de la famille (cellule de déradicalisation)
Mme Sonia Imloul, responsable de la cellule
Mme Valérie Aubry-Dumont, interlocutrice des familles
Mme Carole Grandu, psychologue
 Mme Inès Weber, psychologue clinicienne spécialisée en psychopathologie de l’enfance et de l’adolescence
 M. Tobie Nathan, professeur émérite de psychologie, ethnopsychiatre
 M. Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris
 M. Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste français, responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Pitié-Salpêtrière de Paris, consultant pour le CPDSI
 MIVILUDES – Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
M. Serge Blisko, Président
Mme Audrey Keysers, conseillère
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 CEIS – Compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique
Mme Olivia Cahuzac, mission de veille et d’analyse sur les questions de défense et de sécurité
M. Axel Dyevre, Directeur du Bureau européen de CEIS
 JOC – Jeunesse ouvrière chrétienne
Mme Fabienne Ferrerons, Secrétaire Nationale
 UNI – Union nationale inter-universitaire
M. Olivier Vial, Président
M. Kevin Fontaine
 FNJ – Front national de la jeunesse
M. Gaëtan Dussausaye, Directeur national du FNJ
M. Jordan Bardella, secrétaire départemental du Front National du 93
 FIDL – Fédération indépendante et démocratique lycéenne
Mme Zoia GULCHBAUER, Présidente
 UEJF – Union des étudiants juifs de France
M. Sacha Reingewirtz, Président de l’UEJF
Mme Judith Cohen Solal, fondatrice et formatrice du module Coexist
 EMF – Etudiants musulmans de France
M. Anas Saghrouni, Président
M. Yanis Khalifa, responsable relations publiques de EMF
 FAGE – Fédérations des associations générales étudiantes
M. Alexandre Leroy, Président
 MJS – Mouvement des Jeunes Socialistes
Mme Mathilde Maulat, secrétaire nationale en charge de la Conférence Climat
M. Quentin Henaff, secrétaire national à l’éducation et à la jeunesse
 Planning familial
Mme Véronique Sehier, coprésidente
Mme Carine Favier, coprésidente
 M. Jean-Paul Ney, ancien éducateur, auteur de Génération Merah, Pourquoi font-ils le djihad ?
 MJC de Sainte-Geneviève-des-Bois
 Mme Virginie Tellenne – Frigide Barjot, porte-parole de la Manif pour Tous
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Ont contribué à l’élaboration de ce rapport, Madame Olivia Jean et Monsieur Xavier Dupont, administrateur civil hors classe, Ministère de l’Intérieur.


Attentats de Paris: Attention, un Etat islamique peut en cacher un autre ! (Sleeping with the enemy: When will the West finally recognize its real enemy ?)

21 novembre, 2015
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epa04589159 A handout picture provided by the Saudi Press Agency (SPA) shows US President, Barack Obama (centre - L) accompanied by his wife, Michelle Obama (centre - R), the new Saudi King, Salman bin Abdul Aziz (R), and deputy Crown Prince and Interior Minister, Mohammed bin Nayef (2 - L) shortly after his arrival in Riyadh, Saudi Arabia, 27 January 2015. Obama cut short his trip to India to head a high profile delegation to one of America's closest allies in the Middle East to offer his condolences on the death of the late King Abdullah bin Abdulaziz al-Saud and attend a bilateral meeting at the Erga Palace, to discuss regional developments including Yemen, Iran and the ongoing unrest resulting form the activities of the group calling themselves the Islamic State (IS). EPA/SAUDI PRESS AGENCY / HANDOUT HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES

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Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
L’esclavage fait partie de l’islam et quiconque souhaite son abrogation est un infidèle. Sheikh Saleh Al-Fawzan (autorité religieuse saoudienne)
The recent marriage of a 90-year-old Saudi man to a 15-year-old girl has sparked condemnation from human rights and social media activists in the kingdom. In an interview, the groom insisted that his marriage was “legal and correct,” and that he paid a $17,500 (SAR 65,000) dowry to marry the girl, who is the daughter of a Yemeni father and Saudi mother. The 90-year-old told the story of his first night with the bride. He said she entered the bedroom before him, and she locked the door from inside so he could not enter. This, he said, made him “suspicious about some kind of conspiracy” by the girl and her mother. He vowed to sue his in-laws to give him back the girl or return him the expensive dowry. Al Arabiya
Selon une information révélée par nos confrères du New-York Times, samedi 27 décembre, Usaid Barho, un jeune Syrien de 14 ans, a réussi à échapper aux fanatiques de Daesh, en se portant volontaire pour une mission suicide. L’adolescent, revêtu d’une ceinture d’explosifs, se rend à Bagdad, dans une mosquée chiite du quartier de Bayaa. C’est le lieu de culte dans lequel il doit se faire exploser. Mais, selon nos confrères, au lieu de déclencher sa charge, Usaid décide de vivre et se rend aux forces de sécurité : « J’ai ouvert ma veste et j’ai dit : ‘Je porte une ceinture d’explosifs, mais je ne veux pas me faire sauter' », a-t-il raconté au New York Times. Il est arrêté, sa ceinture désamorcée, mais il a la vie sauve. Le Midi libre
Aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète. Ayaan Hirsi Ali
Il suffirait d’un mot du clergé saoudien et ce serait le commencement de la fin pour l’Etat islamique. Malcom Nance
Le problème qui se pose est d’imposer à certains pays un minimum. Je pense en particulier à la Turquie, compte tenu de l’ambiguïté de ses relations avec l’OEI. (…) Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table. Marc Trévidic
Pour Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, la “guerre de civilisation” et celle contre le “terrorisme” brandies par le gouvernement comme par l’opposition de droite constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l’alliance militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du djihad. L’Humanité
 Ce que nous appelons « salafisme », en arabe, cela s’appelle « wahhabisme». Et là nous sommes à contre-emploi de manière systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire, puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc., nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène terroriste. (…) On s’épuise à s’attaquer aux exécutants, c’est-à-dire aux effets du salafisme, mais pas à ses causes. Alain Chouet
Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes. Malek Boutih
Peu à peu, dans les anciennes banlieues rouges, sous l’effet conjugué de l’explosion des flux migratoires et de la désindustrialisation, l’intégration des nouveaux venus et de leurs enfants est devenue plus difficile, voire dans certains cas impossible. À ce phénomène s’est ajouté le choix de nos élites de renoncer au modèle traditionnel d’assimilation. Celui qui avait pourtant fait ses preuves avec des générations d’Italiens, de Polonais, de Portugais ou d’Espagnols. Ils ont penché pour la société multiculturelle et ouvert la porte à toutes les revendications particulières. Ghettoïsés, frustrés de ne pas avoir accès à la société de consommation, nourris d’idéologie victimaire, les enfants de la deuxième ou de la troisième génération ont fait sécession avec la nation française. Déshérités, déracinés, désintégrés, ils se cherchent une identité de substitution dans l’islam ou dans un ailleurs fantasmé. Certains se contentent de siffler La Marseillaise ou de brandir #JesuisKouachi comme un étendard. Les plus fanatiques partent grossir les rangs de Daech. Longtemps la violence des banlieues a été circonscrite de l’autre côté du périphérique. On sait maintenant qu’elle peut venir percuter les quartiers branchés de la capitale. Une jeunesse enfiévrée par une mystique mortifère de l’islam radical en a visé une autre. Une jeunesse perçue comme privilégiée et qui avait les charmes de l’innocence. Ils étaient venus supporter leur équipe de foot, applaudir leur groupe de rock préféré ou savourer en terrasse les derniers jours de douceur de l’automne. Leurs parents n’avaient pas connu la guerre et rêvé d’une société où il serait interdit d’interdire. Cette jeunesse devait être à l’avant-garde d’une humanité «festive, plurielle et métissée», pionnière d’un monde sans frontières qui communierait dans le culte de la consommation et du vivre-ensemble. Après les attentats de janvier, elle avait cru que les marches blanches et les slogans suffiraient à congédier les ombres. Moins d’un an plus tard, elle découvre de la façon la plus épouvantable que l’on puisse imaginer que l’Histoire est tragique. Alexandre Devecchio
C’était une idée simple. Facebook propose un filtre qui permet de mettre le drapeau tricolore sur sa photo, en signe de solidarité avec les victimes des attentats du 13 novembre 2015. Il y a bien un petit parfum de marketing à l’opération, mais l’intention est pour la bonne cause. Des personnes de toutes les générations et de toutes les conditions l’ont adopté. Et évidemment, les critiques ont commencé. Il y a l’écologiste prudent qui considère que le drapeau BBR a une « connotation agressive » et que, par conséquent, cela le gêne de le mettre en ligne, surtout vis-à-vis de ses amis étrangers. Un « ami » lui rappelle que les étrangers précisément ont utilisé le tricolore pour signaler leur amour de la France et leur solidarité face à la violence. Un pacifiste s’avise soudain que le drapeau français a une portée impérialiste. Il oublie que ses couleurs devaient manifester le retour de la concorde en un temps où le pays frisait la guerre civile, à l’aube de la Révolution. Plus radical, un militant d’extrême gauche déclare « effacer tous ses amis fb qui mettront le drapeau » et il conclut sans plus d’explication « Désolé, il existe d’autres symboles ». Une féministe extrême accentue l’attaque, tout ce bleu, blanc, rouge « donne une allure FN à Facebook ». (…) Etrange retournement que de se déclarer citoyen d’un pays et d’en rejeter les symboles, complaisance étonnante à un moment où le tricolore porte un idéal de solidarité et de paix à l’heure du deuil. Fabrice d’Almeida
On sait que l’Arabie saoudite a financé et armé les factions les plus radicales de la rébellion et que la Turquie a laissé massivement passer des armes vers ces groupes pour précipiter la chute de Bachar el-Assad. Si les États-Unis ne s’y sont pas opposés activement, on ne peut pas dire pour autant qu’ils aient encouragé les djihadistes. François Géré
President Obama and other Western leaders desperate to resolve the conflict in Syria should keep in mind that the enemy of your enemy can also be your enemy. For the U.S. and the West, allying with Iran, Mr. Putin’s Russia and the Assad regime would be morally repugnant, strategically disastrous and entirely unnecessary. The immorality of such an alliance is self-evident: The U.S. officially designates Iran and Syria as state sponsors of terror. The argument in favor of such an alliance cites the World War II precedent that the Allies joined Stalin to defeat Hitler. The comparison is inapt. First, NATO doesn’t need the help of Mr. Putin or Iran to defeat ISIS; NATO simply needs the resolve to do it. Second, such an alliance would only undermine the effort. Seeing the U.S. working with Mr. Assad and the Shiites of Iran—who essentially control Baghdad, too—would further convince the region’s Sunnis that they have no choice but to turn to ISIS for protection. Americans above all should realize the importance of the Sunnis. The 2007 U.S. military surge in Iraq was so successful because it included the protection and recruitment of Sunni tribes to fight Sunni extremists. The Obama administration’s hasty exit from Iraq left the Sunnis at the mercy of a hostile Shiite government in Baghdad. Conditions were made ripe for the rise of Islamic State. Even with France’s stepped-up bombing campaign against ISIS in Syria, and U.S. vows to intensify its own bombing effort, the fact remains: You can’t win hearts and minds from 30,000 feet. The problem with an air-power-only offensive is not only that you don’t always kill the right people, but that you can’t protect anyone. The people of Syria and Iraq need the protection and stability that will starve ISIS of its main source of recruits. No bombs, whether American or French, can provide that. Airstrikes will inspire as many ISIS volunteers as they kill, while also creating countless new refugees. Destroying infrastructure makes the refugees’ eventual return less likely. “Boots on the ground” is the phrase that must never be mentioned, but mention it we must. Anything less than a major U.S. and NATO-led ground offensive against ISIS will be a guarantee of continued failure and more terror attacks in the West. It is immoral to continue putting civilians—Syrian and Western alike—instead of soldiers on the front line against terrorists. (…) Heartfelt expressions of solidarity and candlelight vigils for the victims won’t stop ISIS unless that goodwill is turned to action. Playing defense is hopeless. The world today is too small, the threats too big. The only solution is to fight the problem at its source. You cannot have liberté, égalité, fraternité without sécurité. Garry Kasparov
Comme le rappelait (…) Jean-Pierre Le Goff, la disparition des grandes idéologies avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde unifié et pacifié sous la triple modalité de l’économie de marché, d’Internet et des droits de l’homme. Cette illusion se dissipe brutalement: nous vivons la fin de la fin de l’Histoire. L’Histoire fait son retour dans un pays et sur un continent qui se croyaient définitivement hors d’atteinte. Et cette Histoire n’est pas belle à voir. Ce n’est pas la réalisation triomphale de l’esprit décrite par Hegel. Ce n’est pas le grand récit palpitant de l’émancipation universelle. Ce n’est pas le progrès de l’humanité jusqu’à son accomplissement final. Ce n’est pas, entre guerre d’Espagne et 2e DB, la geste héroïque rêvée par Régis Debray et tant d’autres. Bref, ce n’est pas Madame H. (1), c’est l’Histoire avec une grande hache, qui, au titre de «croisés», d’«impies» ou d’«idolâtres», peut nous faucher n’importe où, à tout moment, quels que soient notre âge, notre sexe, notre profession ou notre appartenance. Les spectateurs du Bataclan et les clients de La Bonne Bière, de La Belle Équipe, du Carillon et du Petit Cambodge ne portaient pas d’uniforme. Ils ne militaient pour aucune cause, ils ne remplissaient aucun mandat. Ils buvaient un coup, ils partageaient un repas, ils écoutaient un concert: ils ont pourtant été tués. Nous avons beau vivre en démocratie, le totalitarisme de l’Histoire est désormais notre lot. Totalitarisme, en effet, car, loin d’accoucher de la liberté, la violence qui se déchaîne est une calamité sans échappatoire, un fléau auquel personne n’est libre de se soustraire. Envolée comme promesse, l’Histoire ressurgit comme destin et nous dépouille pour longtemps de notre droit à l’insouciance. (…) Nous avons voulu, avec l’Union européenne, instaurer le règne de la paix perpétuelle. Notre grand rêve helvétique se fracasse aujourd’hui sur la réalité de l’islamisme. De la haine qu’il nous voue, cet ennemi n’a jamais fait mystère. Il joue cartes sur table et pourtant nous avons longtemps refusé de l’identifier.(…) Pour ne pas récidiver, le parti intellectuel composé aujourd’hui d’universitaires, de journalistes et de personnalités du show-biz en appelle, quand surgit l’ennemi, au respect de l’Autre. Dans l’Europe posthitlérienne, l’antiracisme tient lieu de vision du monde et on expie le fait d’avoir pris l’Autre pour l’ennemi en prenant l’ennemi pour l’Autre. Ce contresens fatal a survécu au 11 janvier. Survivra-t-il au traumatisme du 13 novembre? C’est toute la question. (…) Les semaines qui ont précédé le carnage ont été occupées par une campagne de presse assourdissante contre les «néoréacs». Les éditorialistes dressaient des listes. Des historiens, des sociologues, des philosophes, des «humoristes» même s’inquiétaient des risques de contamination et préconisaient la plus extrême vigilance. (…) On préfère anéantir le messager plutôt que d’entendre un message qui oblige à voir la réalité et à penser autrement. (…) L’islamisme n’est pas tout l’islam, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un phénomène marginal ni une création de l’Occident. Nous n’avons pas, par nos politiques néocoloniales, nos guerres impérialistes et nos pratiques discriminatoires, enfanté ce monstre. Nous ne payons pas pour nos crimes. (…) le djihad n’est pas un retour de bâton, c’est un projet de conquête. (…) Daech constitue une menace pour le monde entier. Mais ce n’est pas en bombardant Raqqa qu’on réglera le problème posé par la sécession culturelle à Molenbeek et dans de nombreuses cités françaises ou par la montée de l’intégrisme religieux jusque chez les chauffeurs de bus de la RATP. (…) Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaine abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps? (…) L’esprit du 11 janvier était un leurre. Mon seul et fragile espoir est que le 13 novembre nous ait enfin ouvert les yeux. Alain Finkielkraut
Les événements dont nous sommes témoins sont la conséquence prévisible de décennies de propagande, d’une part, et de laxisme, de l’autre. Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale. L’avancée rapide des mouvements terroristes, qui tuent dans des buts à la fois politiques et religieux, est en train de provoquer des vocations chez un nombre effarant de jeunes. Chaque attentat procure aux islamistes une publicité effrénée qui fait rêver beaucoup d’adolescents, partout dans le monde. Qui peut leur faire comprendre qu’ils sont exploités quand ils acceptent de se transformer en bombes humaines? (…) En 2005, un ancien directeur de la CIA évaluait les sommes dépensées par l’Arabie saoudite en prosélytisme wahhabite dans le monde, à 90 milliards de dollars. Ceci, sans compter l’argent versé à des organisations terroristes, comme celle de Ben Laden à ses débuts, ou celui utilisé pour tenter de déstabiliser d’autres pays, influer sur leurs élections et acheter leurs politiciens. Ce n’est pas grand-chose pour la dynastie saoudienne, qui exporte, chaque jour, 10 millions de barils de pétrole brut. Cela lui procurait 1,5 milliard de dollars par jour quand le baril était à 150 dollars (en 2014). Maintenant que le baril est à 50 dollars, elle encaisse 500 millions par jour. Et elle laisse le peuple saoudien dans la pauvreté. Depuis les années 2000, d’autres pays financent l’islamisme dans le monde, notamment le Qatar qui tire d’énormes revenus de l’exportation de son gaz naturel. (…) Les islamistes, comme Ben Laden et Baghdadi, sont francs et vous montrent le couteau. Les islamistes «polis» enveloppent des lames de rasoir dans des gâteaux à la crème. (…) Daech a promis de faire du Vatican une mosquée, de prendre la Maison-Blanche et de remplir de sang les rues de Paris et de Londres. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons. L’immigration illégale en masse est, peut-être, l’un de ces moyens. Les islamistes «polis» disent aussi qu’ils prendront l’Europe, par la conquête démographique et les conversions. Mais dans quelle mesure ces conversions sont-elles volontaires, quand on sait la pression morale et financière qui s’exerce dans certains quartiers? Des dons appelés «aumônes» sont offerts aux convertis, aux prédicateurs et aux femmes qui acceptent de se voiler. Il n’y a pas de liberté quand il y a de l’argent. Il n’y en a pas non plus quand il y a une propagande phénoménale, surtout sur les réseaux sociaux. Lina Murr Nehmé
L’Arabie Saoudite n’est rien d’autre qu’un Daesh qui a réussi. Éric Zemmour
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud

Attention: un Etat islamique peut en cacher un autre !

Multiplication des veillées aux bougies et des slogans les plus creux,  « défis à la barbarie » tournant aux mouvements de panique sur la même place et les mêmes rues qui accueillaient l’an dernier le drapeau noir du djihad ou des cris de « mort aux juifs », locutions alambiquées et euphémismes frisant le ridicule (entre le prétendu arabe dialectal d’un Daesh et le carrément grotesque Dash aux sonorités de lessive américaine !), anathèmes, sur fond d’invasion de l’Occident par les crieurs d’Allah Akabar, contre les seuls lanceurs d’alerte dénoncés comme racistes et fascistes, redécouverte du drapeau ou de l’hymne national jusque là abandonnés à la seule extrême-droite …

Au lendemain, suite aux plus graves attentats qu’ait connu la France, d’un assaut dont la violence (5 000 balles, destruction d’habitations, évacuation forcée d’habitants et déshabillage des suspects pour repérer les gilets explosifs) se serait vite vu qualifier sous d’autre cieux de « disproportionnée » …

Et à  l’heure où comme après le coup de semonce de janvier dernier ou ceux qui se préparent ailleurs et malgré  les mesures – avec dix mois de retard – de l’état d’urgence …

Une  France qui redécouvre la guerre semble repartie comme les Etats-Unis ou le reste du monde occidental pour un nouveau tour de déni …

Pendant  que s’accumulent, après le catastrophique abandon de l’Irak et de la Syrie par l’Amérique d’Obama,  les preuves de l’incroyable faillite de nos services de renseignement et de sécurité ainsi que de nos gouvernants

Comme de l’invraisemblable cynisme et duplicité de nos prétendus amis turcs, qataris, saoudiens et à présent iraniens …

Qui de nos responsables politiques et médiatiques aura le courage de désigner, trop gros pour être vu, le véritable éléphant dans la pièce ?

Qui,  à l’instar d’un Eric Zemmour ou d’un Kamal Daoud, criera haut et fort …

Qu’égorger, tuer, lapider, couper les mains, crucifier et abuser des enfants, c’est ce que fait depuis plus d’un demi-siècle cet Etat islamique qui a réussi qu’est l’Arabie saoudite ?

Que ce sont les représentants du même Etat qui, propres sur eux et bien mis, passent leur temps dans nos palaces et sur nos tapis rouges …

Et qui depuis tout ce temps répandent sur l’ensemble de la planète le poison du même djihadisme qui nourrit l’Etat islamique ?

Et ce au-delà des Ben Laden, kamikazés du 11 septembre et gros bataillons des bouchers de Rakka …

Via un véritable complexe religio-industriel,  produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives …

Qui derrière les faux sourires et les prétendues condoléances et à coup de dizaines de milliards de dollars …

Instrumentalise le conflit israélo-palestinien, la guerre d’Irak ou l’histoire de la colonisation ..

Pour instiller à l’ensemble du monde musulman cette même haine de l’Occident, des juifs et des chrétiens …

Et transformer, comme on vient de le revoir à Paris, nos émeutiers en terroristes ?

Mais surtout qui refuse, dans sa lutte à mort avec ses frères ennemis chiites de Téhéran, de prononcer le seul mot …

Qui pourrait condamner dans l’instant même l’Etat islamique aux poubelles de l’histoire ?

L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi
Kamel Daoud

The New York Times

Nov. 20, 2015

Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh.

Le wahhabisme, radicalisme messianique né au 18ème siècle, a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste à la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste, et puis aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation et donc l’art, ainsi que le corps, la nudité et la liberté. L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives.

On pourrait contrecarrer : Mais l’Arabie saoudite n’est-elle pas elle-même une cible potentielle de Daesh ? Si, mais insister sur ce point serait négliger le poids des liens entre la famille régnante et le clergé religieux qui assure sa stabilité — et aussi, de plus en plus, sa précarité. Le piège est total pour cette famille royale fragilisée par des règles de succession accentuant le renouvellement et qui se raccroche donc à une alliance ancestrale entre roi et prêcheur. Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime.

Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée.
Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale?

Guérir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saoudite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Orient. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équilibre illusoire : On dénonce le djihadisme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le soutient. Cela permet de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres.

Les attaques à Paris remettent sur le comptoir cette contradiction. Mais comme après le 11 septembre, nous risquons de l’effacer des analyses et des consciences.

Kamal Daoud, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est l’auteur de “Meursault, contre-enquête.”

Voir aussi:

Fatwas et caricatures, la stratégie de l’islamisme. «Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale»

L’Hebdo mgazine

20 novembre 2015

Dans son ouvrage Fatwas et caricatures, la stratégie de l’islamisme, Lina Murr Nehmé se base sur des documents pointus pour tenter de répondre à toutes les questions suscitées par la montée de l’islamisme. Un document référence à découvrir… avec stupéfaction.

En revenant dans votre livre à tous les ouvrages, les fatwas, les sermons, les livres qui ont déclenché la montée des mouvances extrémistes, à quelles conclusions êtes-vous arrivée?

A ceci: les événements dont nous sommes témoins sont la conséquence prévisible de décennies de propagande, d’une part, et de laxisme, de l’autre. Un affrontement est imminent à l’échelle mondiale. L’avancée rapide des mouvements terroristes, qui tuent dans des buts à la fois politiques et religieux, est en train de provoquer des vocations chez un nombre effarant de jeunes. Chaque attentat procure aux islamistes une publicité effrénée qui fait rêver beaucoup d’adolescents, partout dans le monde. Qui peut leur faire comprendre qu’ils sont exploités quand ils acceptent de se transformer en bombes humaines?

Qui finance al-Qaïda et Daech?

En 2005, un ancien directeur de la CIA évaluait les sommes dépensées par l’Arabie saoudite en prosélytisme wahhabite dans le monde, à 90 milliards de dollars. Ceci, sans compter l’argent versé à des organisations terroristes, comme celle de Ben Laden (Oussama, ndlr) à ses débuts, ou celui utilisé pour tenter de déstabiliser d’autres pays, influer sur leurs élections et acheter leurs politiciens. Ce n’est pas grand-chose pour la dynastie saoudienne, qui exporte, chaque jour, 10 millions de barils de pétrole brut. Cela lui procurait 1,5 milliard de dollars par jour quand le baril était à 150 dollars (en 2014). Maintenant que le baril est à 50 dollars, elle encaisse 500 millions par jour. Et elle laisse le peuple saoudien dans la pauvreté. Depuis les années 2000, d’autres pays financent l’islamisme dans le monde, notamment le Qatar qui tire d’énormes revenus de l’exportation de son gaz naturel.

Tous les islamistes, dites-vous, même ceux qu’on qualifie de «polis», sont à mettre dans le même sac. Quel est l’enseignement essentiel qu’ils dispensent notamment en Occident?

Les islamistes, comme Ben Laden et Baghdadi, sont francs et vous montrent le couteau. Les islamistes «polis» enveloppent des lames de rasoir dans des gâteaux à la crème. Mais leurs résultats les trahissent. Regardez la haine que les admirateurs de Tarik Ramadan ont pour les Européens. Pourtant, Tarik Ramadan parle beaucoup d’amour. Comparez-le au cheikh Maher Hammoud qui, lui, a l’amour pour résultat. Et, comme par hasard, les islamistes font la promotion de Tarik Ramadan et cherchent à tuer Maher Hammoud.

Quel est le but ultime des islamistes? Islamiser ces terres ou protéger leurs fidèles des «mécréants» en terre d’Occident?

Daech a promis de faire du Vatican une mosquée, de prendre la Maison-Blanche et de remplir de sang les rues de Paris et de Londres. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons. L’immigration illégale en masse est, peut-être, l’un de ces moyens. Les islamistes «polis» disent aussi qu’ils prendront l’Europe, par la conquête démographique et les conversions. Mais dans quelle mesure ces conversions sont-elles volontaires, quand on sait la pression morale et financière qui s’exerce dans certains quartiers? Des dons appelés «aumônes» sont offerts aux convertis, aux prédicateurs et aux femmes qui acceptent de se voiler. Il n’y a pas de liberté quand il y a de l’argent. Il n’y en a pas non plus quand il y a une propagande phénoménale, surtout sur les réseaux sociaux.

Propos recueillis par Danièle Gergès

C’est la fille de May et Alfred Murr, écrivains libanais célèbres. C’est une historienne et politologue franco-libanaise, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain. Elle est professeur à l’Université libanaise. Durant 35 ans, elle a fait des recherches intensives au sujet des guerres contemporaines du Moyen-Orient, des mouvements terroristes. Lina Murr Nehmé a pris aussi  l’initiative de défendre des sites archéologiques voués à la destruction à Beyrouth dans le but de préserver l’héritage culturel du pays. Elle a plusieurs ouvrages à son actif dont Les Otages libanais dans les prisons syriennes,Le Liban assassiné, lettre ouverte à monsieur Sarkozy, 1453, Mahomet II impose le schisme orthodoxe, Baalbeck, monument phénicien,Si Beyrouth parlait…

Voir également:

Marriage or rape? 90-year-old Saudi weds 15-year-old girl
Reem Hanbazazah
Al Arabiya
07 January 2013

The recent marriage of a 90-year-old Saudi man to a 15-year-old girl has sparked condemnation from human rights and social media activists in the kingdom.

A member of the Saudi National Society for Human Rights (NSHR), urged authorities to intervene to save the child.
On Twitter especially, activists criticized the parents of the girl for giving her to a man decades older than her.

In an interview, the groom insisted that his marriage was “legal and correct,” and that he paid a $17,500 (SAR 65,000) dowry to marry the girl, who is the daughter of a Yemeni father and Saudi mother.

The 90-year-old told the story of his first night with the bride. He said she entered the bedroom before him, and she locked the door from inside so he could not enter. This, he said, made him “suspicious about some kind of conspiracy” by the girl and her mother.

He vowed to sue his in-laws to give him back the girl or return him the expensive dowry.

Close friends of the bride’s family said she was frightened on the wedding night, and locked herself in the room for two successive days before fleeing back to her parents’ home.

The member of the Saudi National Association for Human Rights (NSHR), Suhaila Zein al-Abedin, urged authorities to intervene “as soon as possible to save this child from tragedy.”

Abedin noted that marriage in Islam must be based on mutual consent, and this was not satisfied, as demonstrated by the girl’s move to lock herself in the room.

She said the girl’s parents were also to be held responsible for marrying their daughter to a man the age of her great grandfather.

Abedin urged the establishment of a minimum age of 18 for marrying girls, saying this would pave the way for punishing violators, according to a report by al-Hayat newspaper.

Jamal al-Toueiki, a psychologist, said forced marriage may subject girls to abuse and violence, and this could lead to their suicide if nothing is done to save them.
Twitter reaction
On Twitter, Mouhammad Khaled Alnuzha ‏@mkalnuzha, a legal expert, asked: “Is this a case of human trafficking crimes punishable by law?”

‏@sx84, who identifies himself as another legal expert, stated: « She is still considered as a product! A father sells his daughter without mercy, to be bought by money and status and power; all of it for the sake of fulfilling a desire.”

Nawal Saad @lhnalkhlwd wrote on his account: “When people of reason and wisdom are asked to be silent and the ludicrous are set loose, we will see these anti-human behaviors.”

Samira al-Ghamdi @SamiraAlGhamdi, a psychologist at a child protection center, wrote: “We need a law to penalize these acts … enough child abuse.”
She added that the story of the child bride should be titled “A 90 years old ‘buys’ a girl … or : A father ‘sells’ his daughter…”

Voir de plus:

Il devient kamikaze à 14 ans pour échapper à Daesh
Le Midi Libre
28.12.14

L ‘adolescent, revêtu d’une ceinture d’explosifs, se rend  à Bagdad, dans une mosquée chiite du quartier de Bayaa. C’est le lieu de culte dans lequel il doit se faire  exploser.

Selon une information révélée par nos confrères du New-York Times, samedi 27 décembre, Usaid Barho, un jeune Syrien de 14 ans, a réussi à échapper aux fanatiques de Daesh, en se portant volontaire pour une mission suicide. L’adolescent, revêtu d’une ceinture d’explosifs, se rend  à Bagdad, dans une mosquée chiite du quartier de Bayaa. C’est le lieu de culte dans lequel il doit se faire  exploser. Mais, selon nos confrères,  au lieu de déclencher sa charge, Usaid décide de vivre et se rend aux forces de sécurité  : « J’ai ouvert ma veste et j’ai dit : ‘Je porte une ceinture d’explosifs, mais je ne veux pas me faire sauter' »,  a-t-il raconté au New York Times. Il est arrêté, sa ceinture désamorcée, mais il a la vie sauve.

Un calcul risqué mais nécessaire
Comment Usaid en est-il arrivé là ? Après avoir rejoint l’Etat islamique, il se rend vite compte qu’il a « mis les pieds en enfer ». Il ne pense plus qu’à s’évader. Un jour, on lui donne à choisir entre partir au front ou commettre un attentat-suicide. « J’ai levé la main pour me porter volontaire pour une attaque kamikaze », raconte l’adolescent au New-York Times qui sait alors la balle au bond.  Une ruse qui lui a finalement permis, après s’être rendu aux forces de sécurité chiites,  d’échapper aux griffes de Daesh. Un calcul risqué mais nécessaire quand on sait que la sentence appliquée, à ceux qui tentent d’échapper à l’Etat islamique, est la peine de mort. L’exécution récente, par Daesh , d’une centaine de jihadistes étrangers, qui tentaient de s’enfuir, en est la preuve macabre.

BAGHDAD — Before war convulsed his hometown in Syria, Usaid Barho played soccer, loved Jackie Chan movies and adored the beautiful Lebanese pop singer Nancy Ajram. He dreamed of attending college and becoming a doctor.

His life, to say the least, took a detour.

On a recent evening in Baghdad, Usaid, who is 14, approached the gate of a Shiite mosque, unzipped his jacket to show a vest of explosives, and surrendered himself to the guards.

“They seduced us to join the caliphate,” he said several days later in an interview at a secret Iraqi intelligence site where he is being held.

Usaid described how he had been recruited by the Sunni extremists of the Islamic State from a mosque in his hometown, Manbij, near Aleppo. He said he joined the group willingly because “I believed in Islam.”

“They planted the idea in me that Shiites are infidels and we had to kill them,” he said in the interview, which took place in the presence of an Iraqi intelligence official.

If he did not fight, he was told, Shiites would come and rape his mother.

He soon found himself in Iraq, but he quickly had misgivings and wanted to escape. His best chance, he decided, was a risky deception: volunteer to be a suicide bomber so he could surrender to security forces.

The wars in Syria and Iraq have set grim new standards for the exploitation and abuse of children. Thousands of them have been killed or maimed through indiscriminate bombings, in crossfire and, in some cases, executions. Young girls from minority groups, especially Yazidis in Iraq, have been captured as sex slaves by the Islamic State, also known as ISIS or ISIL. Young boys have been given rifles and told to staff checkpoints or patrol neighborhoods — or have been recruited, as Usaid was, to become suicide bombers.

In the areas it controls in Iraq and Syria, the Islamic State has established centers for the military and religious training of children, in an effort to indoctrinate them and build a new generation of warriors.

One of the group’s videos, depicting a camp near Mosul, in northern Iraq, calls the children the “cubs of the caliphate.” At the camp — named for the brutal leader of Al Qaeda in Iraq, Abu Musab al-Zarqawi, who was killed by an American airstrike in 2006 — children are shown doing physical fitness exercises and reciting the Quran, while an instructor explains that they are being trained to fight “hate-filled Shiites.”

The United Nations wrote in a report last month that “ISIS prioritizes children as a vehicle for ensuring long-term loyalty, adherence to their ideology and a cadre of devoted fighters that will see violence as a way of life.”

The United Nations has released a catalog of horrors inflicted on children by the Islamic State. In Raqqa, Syria, the militants’ de facto capital, the group has gathered children for screenings of execution videos. It has forced children to participate in public stonings. And in many of the group’s grisly execution videos, children are seen among the audience. (Usaid said that his parents did not allow him to attend the public executions in his town, typically held after Friday Prayer.)

In the aftermath of one videotaped beheading in Deir al-Zour, Syria, children are seen playing with the victim’s head and mocking the corpse, according to the SITE Intelligence Group, which monitors the communications of extremist groups.

Referring to past wars and the role of children, Laurent Chapuis, the regional child protection adviser for the Middle East and North Africa for the United Nations Children’s Fund, or Unicef, said: “When it comes to recruitment, in the past, kids were predominantly supporters — messengers or spies. It seems now they are pushed to take a more active role.”

Mr. Chapuis said that all parties in the wars, including pro-government militias in both countries, were guilty of abuses of children. What sets the Islamic State apart, he said, is how “public and aggressive” they are in their exploitation.

Usaid’s account of how he went from a Syrian childhood that he said was not particularly religious to become a jihadist held in an Iraqi cell is one of the few firsthand accounts from an Islamic State child soldier turned defector.

The Iraqi authorities have increasingly showcased Islamic State detainees to the public, as part of a strategy to demonstrate  that the government is making progress in the fight, although they have not typically made detainees available for interviews with journalists. The details of Usaid’s personal background could not be independently verified, but his surrender at the mosque gate was captured on cellphone video by a bystander.

First, after the Islamic State took control of his town, Usaid was drawn to the local mosque. “We started being taught that Shiites were raping Sunni women, and that Shiites were killing Sunni men,” he said.

He now says he was brainwashed. But he admitted that he willingly ran away from home one morning on his way to school and joined a training camp in the desert. For about a month, he was put through military training, and he was taught how to shoot an assault rifle and how to storm a building. He had two meals a day, mostly cheese and eggs.

Soon, though, he said, “I noticed things I saw that were different from Islam.”

Back home he saw the group inflict severe punishments on men who were caught smoking cigarettes, yet in the camp, he said, he saw fighters smoking. He said he saw men having sex with other men behind the tents in the desert night. And, he said, he was increasingly put off by “the way they are killing innocent people.”

At the end of the training, he was told his trainers wanted him to go fight in Iraq. He was driven, with other new fighters, in a minibus to Mosul.

There, the recruits were given a choice: be a fighter or a suicide bomber.

“I raised my hand to be a suicide bomber,” he said. That, he figured, would give him the best chance at defecting.

“If I were a fighter and tried to surrender to security forces they might kill me, with my gun in my hand,” he said.

Within a few days, he was taken, along with a German volunteer, on a circuitous journey to Baghdad. He said he was passed from one Islamic State operative to another and stayed at various safe houses along the way — including a photography studio and a house covered by reeds. He spent a week in Falluja, waiting. Finally, he arrived in the early morning at an apartment in Baghdad, where he had tea and kebabs for breakfast.

He was shuttled to another apartment, where he took a nap. Two hours later, he was shaken awake.

“Wake up, wake up, it is time to put your vest on,” he was told.

He was given his target: a Shiite mosque in the neighborhood of Bayaa.

A few hours later, at dusk, he walked up to the mosque gate.

“I opened up my jacket and said, ‘I have a suicide vest, but I don’t want to blow myself up.’ ”

The chaotic scene that unfolded, as a plainclothes officer snipped off the vest, was captured on cellphone video by a bystander and distributed over social media. “Keep the people away!” one officer yelled.

What happens now to Usaid is unclear. He said he wanted to be reunited with his family in Syria, but the Iraqi authorities have not tried to reach them. The intelligence officer who has been interrogating him said he needed more time to investigate the case.

During the interview, the officer playfully tapped Usaid on the knee and the top of his head, and urged him to eat baklava. “Eat more sweets, they are good for you,” he said.

Usaid said he still planned to become a doctor, and hoped to study in Turkey. He said that he missed his mother, and that the Iraqis had promised to return him to his parents one day.

Before the war, he said: “We were a normal family. It was just a normal life.”

Whether he has a chance at a normal life again depends, in part, on how the Iraqis treat him: as a terrorist or as an exploited child.

During the interview, Usaid was dressed in a gray sweatshirt and cargo pants, and he was not handcuffed. A few days later, though, he appeared on state television in handcuffs and a yellow prison jumpsuit. The television host labeled him a terrorist, and he was made to re-enact his surrender.

Yet Saad Maan, the spokesman for both the Interior Ministry and the Baghdad Operations Command, appeared on Tuesday on state television and described Usaid as a victim of the Islamic State.

And the intelligence officer who has been interrogating Usaid, who spoke on the condition of anonymity because of the secretive nature of his work, said he and other intelligence agents would oppose any efforts to prosecute Usaid.

“Even if he was brought to court, we would be on his side, because he saved lives,” he said.

Omar Al-Jawoshy contributed reporting

Voir de plus:

Quand la jeunesse de France entre en guerre
Alexandre Devecchio
Le Figaro
16/11/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Les terroristes qui ont frappé le vendredi 13 novembre étaient très jeunes. Leurs victimes également. Pour Alexandre Devecchio, ces enfants du siècle sont le miroir d’une France fracturée par un profond malaise culturel et social.

«J’ai pu regarder l’un des assaillants, il m’a semblé très jeune, c’est ce qui m’a tout de suite frappé. Ce visage juvénile, extrêmement déterminé.» Le témoignage de Julien Pearce, journaliste d’Europe 1 présent dans la salle de concert du Bataclan lors de ce vendredi 13 infernal, glace le sang. Il est à mettre en parallèle avec l’information de la chaîne i-Télé selon laquelle l’un des trois terroristes du stade de France serait âgé de 15 ans. Encore une fois, les Français constatent horrifiés que la barbarie islamiste ne vient pas d’un ailleurs lointain, mais a le visage de jeunes gens qui ont grandi en France. Ismaël Omar Mostefaï, le djihadiste qui a déclenché sa ceinture d’explosifs dans la salle de spectacle, n’avait pas 30 ans et était né à Courcouronnes, dans l’Essonne. Comme Mehdi Nemmouche ou Mohamed Merah, il appartient à cette «génération radicale», que Malek Boutih décrit dans un rapport choc. Comme eux, il est le produit des territoires perdus de la République. «Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes»,affirmait justement Boutih à propos des dix ans des émeutes en banlieue. «Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes», insistait le député de l’Essonne, prophétique.

Peu à peu, dans les anciennes banlieues rouges, sous l’effet conjugué de l’explosion des flux migratoires et de la désindustrialisation, l’intégration des nouveaux venus et de leurs enfants est devenue plus difficile, voire dans certains cas impossible. À ce phénomène s’est ajouté le choix de nos élites de renoncer au modèle traditionnel d’assimilation. Celui qui avait pourtant fait ses preuves avec des générations d’Italiens, de Polonais, de Portugais ou d’Espagnols. Ils ont penché pour la société multiculturelle et ouvert la porte à toutes les revendications particulières. Ghettoïsés, frustrés de ne pas avoir accès à la société de consommation, nourris d’idéologie victimaire, les enfants de la deuxième ou de la troisième génération ont fait sécession avec la nation française. Déshérités, déracinés, désintégrés, ils se cherchent une identité de substitution dans l’islam ou dans un ailleurs fantasmé. Certains se contentent de siffler La Marseillaise ou de brandir #JesuisKouachi comme un étendard. Les plus fanatiques partent grossir les rangs de Daech.

Longtemps la violence des banlieues a été circonscrite de l’autre côté du périphérique. On sait maintenant qu’elle peut venir percuter les quartiers branchés de la capitale. Une jeunesse enfiévrée par une mystique mortifère de l’islam radical en a visé une autre. Une jeunesse perçue comme privilégiée et qui avait les charmes de l’innocence. Ils étaient venus supporter leur équipe de foot, applaudir leur groupe de rock préféré ou savourer en terrasse les derniers jours de douceur de l’automne. Leurs parents n’avaient pas connu la guerre et rêvé d’une société où il serait interdit d’interdire. Cette jeunesse devait être à l’avant-garde d’une humanité «festive, plurielle et métissée», pionnière d’un monde sans frontières qui communierait dans le culte de la consommation et du vivre-ensemble. Après les attentats de janvier, elle avait cru que les marches blanches et les slogans suffiraient à congédier les ombres. Moins d’un an plus tard, elle découvre de la façon la plus épouvantable que l’on puisse imaginer que l’Histoire est tragique.

Bien avant «Charlie», une troisième jeunesse se construit dans l’angoisse: celle de la France périphérique. Une jeunesse silencieuse qui se considère victime de l’insécurité physique et culturelle liée à l’immigration. Celle des «petits Blancs» dont les parents ne sont pas assez aisés pour vivre dans les quartiers protégés des grandes métropoles et qui sont relégués dans des villes dortoirs où les barres de béton encerclent les quartiers pavillonnaires. Humiliée de devoir baisser les yeux devants les caïds et les petits ayatollahs, c’est cette jeunesse qui crie les soirs d’élections: «On est chez nous!» Le FN y récolte en masse des électeurs et même des militants. Il n’est pas impossible qu’elle bascule un jour, elle aussi, dans la violence.

Tous ces enfants du siècle sont le miroir d’une France fracturée par un profond malaise culturel et social. Au Bourget, François Hollande avait fait de la jeunesse sa priorité. En prononçant les prénoms des victimes à la tribune du Congrès, le chef de l’État avait du mal à cacher son émotion. La génération 68 voulait jouir sans entraves. Pouvait-elle se douter que ses enfants tomberaient sous les rafales de kalachnikovs tirées par des fous de Dieu haïssant les valeurs qu’ils avaient tant chéries ?

Voir de même:

« Nous vivons la fin de la fin de l’Histoire »
Alain Finkielkraut
Le Figaro
20 novembre 2015

INTERVIEW EXCLUSIVE – Une semaine après le carnage du 13 novembre, le philosophe exprime son accablement et son inquiétude devant la confirmation du retour violent d’une Histoire qui «n’est pas belle à voir». Il s’élève contre «l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience de l’Occident».Sa parole exigeante trouve un écho profond dans l’inconscient collectif. Comme il est écouté, comme il est lu, il est régulièrement qualifié de «populiste», en tête de la nuée des «oiseaux de malheurs». Ces intellectuels que certains voulaient faire taire quand il fallait, plus que jamais, les entendre. Dans La Seule Exactitude*, son dernier ouvrage, Alain Finkielkraut intitule son chapitre consacré aux attentats de Copenhague (en février 2015) «Le tragique de répétition».Une semaine après les attentats du 13 novembre, le philosophe espère qu’un sursaut national permettra à la France de reprendre les territoires qui, sur notre sol, sont déjà entrés en sécession culturelle.

LE FIGARO. – Dix mois après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, Paris et sa banlieue ont été le théâtre de scènes de guerre. Cent trente personnes sont mortes. On compte des centaines de blessés. Le pays est traumatisé. Le mot «guerre» est sur toutes les lèvres. Quel sentiment prime chez vous: le chagrin, l’inquiétude ou la colère?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui domine en moi, c’est l’accablement et même le désespoir. Comme le rappelait dans ces colonnes Jean-Pierre Le Goff, la disparition des grandes idéologies avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde unifié et pacifié sous la triple modalité de l’économie de marché, d’Internet et des droits de l’homme. Cette illusion se dissipe brutalement: nous vivons la fin de la fin de l’Histoire. L’Histoire fait son retour dans un pays et sur un continent qui se croyaient définitivement hors d’atteinte. Et cette Histoire n’est pas belle à voir. Ce n’est pas la réalisation triomphale de l’esprit décrite par Hegel. Ce n’est pas le grand récit palpitant de l’émancipation universelle. Ce n’est pas le progrès de l’humanité jusqu’à son accomplissement final. Ce n’est pas, entre guerre d’Espagne et 2e DB, la geste héroïque rêvée par Régis Debray et tant d’autres. Bref, ce n’est pas Madame H. (1), c’est l’Histoire avec une grande hache, qui, au titre de «croisés», d’«impies» ou d’«idolâtres», peut nous faucher n’importe où, à tout moment, quels que soient notre âge, notre sexe, notre profession ou notre appartenance. Les spectateurs du Bataclan et les clients de La Bonne Bière, de La Belle Équipe, du Carillon et du Petit Cambodge ne portaient pas d’uniforme. Ils ne militaient pour aucune cause, ils ne remplissaient aucun mandat. Ils buvaient un coup, ils partageaient un repas, ils écoutaient un concert: ils ont pourtant été tués. Nous avons beau vivre en démocratie, le totalitarisme de l’Histoire est désormais notre lot. Totalitarisme, en effet, car, loin d’accoucher de la liberté, la violence qui se déchaîne est une calamité sans échappatoire, un fléau auquel personne n’est libre de se soustraire. Envolée comme promesse, l’Histoire ressurgit comme destin et nous dépouille pour longtemps de notre droit à l’insouciance. Pour résumer le bonheur parfait, les Juifs d’Europe centrale disaient: «Wie Gott in Frankreich.» Selon Saul Bellow, cette expression signifie que «Dieu serait parfaitement heureux en France parce qu’il ne serait pas dérangé par les prières, rites, bénédictions et demandes d’interprétation de délicates questions diététiques. Environné d’incroyants, Lui aussi pourrait se détendre le soir venu tout comme des milliers de Parisiens dans leur café préféré. Peu de choses sont plus agréables, plus civilisées qu’une terrasse tranquille au crépuscule.» Paris était «la ville sainte de la laïcité», mais les massacres du 13 novembre ont fait le malheur de Dieu.

Une rhétorique antiterroriste rythme les discours de nos gouvernants et de nos politiques. Notre ennemi, c’est le terrorisme?

Nous avons voulu, avec l’Union européenne, instaurer le règne de la paix perpétuelle. Notre grand rêve helvétique se fracasse aujourd’hui sur la réalité de l’islamisme. De la haine qu’il nous voue, cet ennemi n’a jamais fait mystère. Il joue cartes sur table et pourtant nous avons longtemps refusé de l’identifier. Lâcheté? Non, mémoire. Du Juif, c’est-à-dire, selon l’expression de Jankélévitch, de l’Autre indiscernable, de l’Autre imperceptiblement Autre, Hitler avait fait l’ennemi, et même l’ennemi absolu. Pour ne pas récidiver, le parti intellectuel composé aujourd’hui d’universitaires, de journalistes et de personnalités du show-biz en appelle, quand surgit l’ennemi, au respect de l’Autre. Dans l’Europe posthitlérienne, l’antiracisme tient lieu de vision du monde et on expie le fait d’avoir pris l’Autre pour l’ennemi en prenant l’ennemi pour l’Autre. Ce contresens fatal a survécu au 11 janvier. Survivra-t-il au traumatisme du 13 novembre? C’est toute la question.

Avant le 13 novembre, le débat intellectuel était très tendu. L’unité nationale est-elle possible chez les intellectuels?

Les semaines qui ont précédé le carnage ont été occupées par une campagne de presse assourdissante contre les «néoréacs». Les éditorialistes dressaient des listes. Des historiens, des sociologues, des philosophes, des «humoristes» même s’inquiétaient des risques de contamination et préconisaient la plus extrême vigilance. Ma tête était mise à prix pour ce crime: nommer l’ennemi au lieu de dénoncer les humiliations infligées à l’Autre et de faire le procès du Même (c’est-à-dire de l’identité nationale). Contre cette pensée «nauséabonde» et «putride», L’Obs a battu le rappel des nouveaux intellos de gauche et promis sur une pastille jaune (oui, jaune!) en couverture «0 % de Finkielkraut, Zemmour et les autres», et Alain Badiou, sur le site de ce journal où soufflait naguère l’esprit d’Albert Camus, a expliqué le plus sérieusement du monde qu’il ne pouvait se rendre à mon émission «Répliques» (où je l’avais invité pour le mois de janvier prochain) du fait du «devenir central» dans ma pensée «du concept néonazi d’État ethnique». Le fils d’un rescapé d’Auschwitz nazifié alors qu’il puise son inspiration dans l’œuvre de Péguy et non dans celle de Barrès ou de Vacher de Lapouge! Cette impudence témoigne de la férocité de l’idéologie aujourd’hui en France. Démentie par les faits, elle se jette sauvagement sur celui qui les rapporte. On préfère anéantir le messager plutôt que d’entendre un message qui oblige à voir la réalité et à penser autrement.

Voir la réalité, n’est-ce pas résister à la tentation de l’amalgame?

Par la multiplication des attentats, l’État islamique veut provoquer des lynchages, des attaques de mosquées, des agressions contre les femmes voilées et déclencher ainsi une guerre civile. Ce serait donc tomber dans le piège mortel qu’il nous tend que d’incriminer l’ensemble des musulmans de France. Nombre d’entre eux se sentent pris en otages par les barbares. L’islamisme n’est pas tout l’islam, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un phénomène marginal ni une création de l’Occident. Nous n’avons pas, par nos politiques néocoloniales, nos guerres impérialistes et nos pratiques discriminatoires, enfanté ce monstre. Nous ne payons pas pour nos crimes. L’obligation du djihad, rappelle Bernard Lewis, se fonde sur l’universalité de la révélation musulmane: «Cette obligation n’a de limite ni dans le temps ni dans l’espace. Elle doit durer jusqu’à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l’autorité de l’État islamique. Jusqu’à ce moment, le monde est partagé en deux: la maison de l’islam et la maison de la guerre. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécessaire, juridiquement et religieusement obligatoire jusqu’au triomphe final et inévitable de l’islam sur l’incroyance.»Bref, le djihad n’est pas un retour de bâton, c’est un projet de conquête. L’Occident doit se défaire de la croyance mégalomaniaque que, pour le meilleur et pour le pire, c’est toujours lui qui mène le bal. Il faut en finir avec l’ethnocentrisme de la mauvaise conscience. Les islamistes ne sont pas des corollaires, ce sont des sujets historiques à part entière. Aujourd’hui l’État islamique a une adresse. Le califat n’est plus un rêve mais un lieu. On peut donc et on doit répondre par la guerre à la terreur qu’il répand. Daech constitue une menace pour le monde entier. Mais ce n’est pas en bombardant Raqqa qu’on réglera le problème posé par la sécession culturelle à Molenbeek et dans de nombreuses cités françaises ou par la montée de l’intégrisme religieux jusque chez les chauffeurs de bus de la RATP.

Lutter contre l’islamisme, c’est se donner les moyens de reprendre les territoires perdus de la nation en reconstruisant l’école républicaine abêtie, abîmée et même saccagée par un demi-siècle de réformes démagogiques et en maîtrisant les flux migratoires, car plus il y a d’immigrés venus du monde arabo-musulman, plus la communauté nationale se fragmente et plus se développe la propagande radicale. Mais est-il encore temps?

Dans votre dernier ouvrage,La Seule Exactitude (Stock), vous méditez sur le sursaut du 11 janvier, les espérances et les déceptions que cette marche a pu faire naître. S’agit-il désormais d’histoire ancienne?

L’esprit du 11 janvier était un leurre. Mon seul et fragile espoir est que le 13 novembre nous ait enfin ouvert les yeux.(1) Titre du dernier ouvrage de Régis Debray consacré à la disparition de l’Histoire.* La Seule Exactitude (Stock). 20 €.

Voir enfin:

A propos de la polémique sur le drapeau français sur Facebook

Fabrice d’Almeida
Huffington Post
15/11/2015

RÉSEAUX SOCIAUX – Bleu, blanc rouge, un symbole national partagé. A propos de la polémique sur les réseaux sociaux.
C’était une idée simple. Facebook propose un filtre qui permet de mettre le drapeau tricolore sur sa photo, en signe de solidarité avec les victimes des attentats du 13 novembre 2015. Il y a bien un petit parfum de marketing à l’opération, mais l’intention est pour la bonne cause. Des personnes de toutes les générations et de toutes les conditions l’ont adopté. Et évidemment, les critiques ont commencé. Il y a l’écologiste prudent qui considère que le drapeau BBR a une « connotation agressive » et que, par conséquent, cela le gêne de le mettre en ligne, surtout vis-à-vis de ses amis étrangers. Un « ami » lui rappelle que les étrangers précisément ont utilisé le tricolore pour signaler leur amour de la France et leur solidarité face à la violence. Un pacifiste s’avise soudain que le drapeau français a une portée impérialiste. Il oublie que ses couleurs devaient manifester le retour de la concorde en un temps où le pays frisait la guerre civile, à l’aube de la Révolution. Plus radical, un militant d’extrême gauche déclare « effacer tous ses amis fb qui mettront le drapeau » et il conclut sans plus d’explication « Désolé, il existe d’autres symboles ». Une féministe extrême accentue l’attaque, tout ce bleu, blanc, rouge « donne une allure FN à Facebook ». Et voici peu à la télévision un ancien footballeur regrettait que l’on fasse le procès de ceux qui ne connaissent pas la Marseillaise et préfèrent un autre drapeau, comme s’ils étaient de « mauvais Français ». Etrange retournement que de se déclarer citoyen d’un pays et d’en rejeter les symboles, complaisance étonnante à un moment où le tricolore porte un idéal de solidarité et de paix à l’heure du deuil.

Le drapeau français n’est pas l’apanage d’une force politique. Depuis l’apparition de la cocarde, vers 1789, ces couleurs ont traversé tous les régimes, dans la peine ou dans la gloire, avant d’être adoptées par notre Constitution, en 1958. Ce symbole appartient à tous et à chacun. Ne pas le comprendre aujourd’hui paraît totalement décalé, tout comme ne pas admettre que la Marseillaise, l’hymne national depuis 1879, est, certes, un chant guerrier, mais qu’elle dit aussi l’espoir des dépossédés et que, pour cette raison, des révolutionnaires en ont fait partout dans le monde le chant de la liberté. Prétendre préférer des icônes bricolées en un jour à un signe fondateur de la République signale un raisonnement à courte vue et l’oubli que le contrat qui nous lie à la nation suppose d’en adopter les signes.

Voir aussi:

Sept heures d’assaut et 5000 munitions: le récit d’une opération d’une violence rare
Christophe Cornevin
Le Figaro
18/11/2015

VIDÉO – Plus de 110 policiers d’élite ont tué mercredi matin au moins deux terroristes dans un appartement «conspiratif». Le commanditaire présumé des attaques de vendredi dernier pourrait figurer parmi les membres du groupe islamiste.

Après l’épouvante, l’assaut final, puis la sidération. Depuis cinq jours, la traque hors norme menée pour neutraliser les complices des sept kamikazes qui ont frappé le cœur de la région parisienne, avec un bilan encore provisoire de 129 morts identifiés, devait déboucher sur l’interpellation de deux «cibles prioritaires» en cavale. À savoir Salah Abdeslam et un neuvième kamikaze, tous deux impliqués dans les fusillades qui ont ensanglanté les terrasses des cafés des Xe et XIe arrondissements. Il n’en a rien été.

C’est un extravagant nid de terroristes, l’un des plus venimeux que la France ait jamais abrité en son sein, qui a été mis au jour en plein quartier historique de Saint-Denis, à deux pas de la basilique des rois et à moins de 1 km du Stade de France, visé par trois opérations suicides. La cellule était composée de sept islamistes, vraisemblablement passés par les camps d’entraînement de l’État islamique, qui a revendiqué les attaques. Au moins deux sont morts, dont la première femme kamikaze à périr sur le sol français. Cinq ont été interpellés, après avoir été «extraits» de force par les unités d’élite ou retrouvés tapis dans les décombres de leur appartement transformé en Fort Chabrol.

Le commanditaire serait venu en personne s’installer aux portes de la capitale
Parmi eux pourraient figurer, à la stupeur générale, Abdelhamid Abaaoud, inspirateur ou commanditaire présumé des huit attaques coordonnées en 33 minutes que François Hollande avait présentées comme «planifiées depuis la Syrie». Cette hypothèse, si elle se confirme, administrerait donc la preuve inverse. Fossoyeur, puis sergent recruteur de Daech, avant d’être érigé comme une figure emblématique du djihadisme européen, celui qui s’affichait dans les images de propagande sous le nom guerrier d’«Abou Omar al-Baljiki» serait venu en personne s’installer aux portes même de la capitale pour superviser les équipées barbares.

S’il ne figure pas au nombre des gardés à vue, son empreinte ADN est en cours de comparaison avec les échantillons génétiques prélevés sur les cadavres et débris de corps des terroristes neutralisés mercredi. La chasse à l’homme s’est accélérée mardi, a révélé le procureur de la République de Paris, François Molins: «Beaucoup de travail a été effectué et a permis d’obtenir par la téléphonie, les surveillances ainsi qu’un témoignage recoupé par données bancaires, les éléments qui pouvaient laisser penser que le nommé Abaaoud était susceptible de se trouver dans un appartement conspiratif, à Saint-Denis.»Surplombant une rue piétonne du centre-ville, l’immeuble vétuste où sommeille la cellule islamiste est cerné dans la nuit. Le siège, tenu par 70 superflics du Raid pendant plus de sept heures, a été émaillé d’épisodes d’une violence inouïe.

Les policiers auraient «sous-estimé la violence qu’ils allaient affronter»
Sur place, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a évoqué «des conditions jusqu’à présent jamais rencontrées». Le chef de l’État allant même jusqu’à considérer, devant l’Association des maires de France, que les policiers auraient «sous-estimé la violence qu’ils allaient affronter». Alors que les unités d’élite progressent dans les étages sous la protection de leurs boucliers «sarcophages», deux hélicoptères survolent le quartier, qui se transforme en scène de guerre. Les façades blanches de l’immeuble assiégé sont balayées par la lumière de puissants projecteurs et les faisceaux des rayons laser d’une demi-douzaine de tireurs d’élite postés sur les toits. «Nous savions qu’il y avait trois personnes sans doute équipées d’armes de guerre, dont a priori Abaaoud et une femme kamikaze, retranchées dans l’appartement situé au troisième et dernier étage»,raconte au Figaro

À 4 h 16, l’assaut est déclenché lorsque les policiers tentent de faire sauter la porte. Mais le blindage de celle-ci résiste. L’effet de surprise n’est plus dans le camp de la police. Embusqués, les terroristes commencent à faire parler leurs kalachnikovs, ouvrant un feu nourri sur les colonnes des policiers qui ont lancé des grenades assourdissantes pour «sidérer» leurs adversaires. «Pendant des dizaines de minutes, des centaines de coups de feu ont été tirés coup par coup et en rafales sur mes fonctionnaires, poursuit Jean-Michel Fauvergue. Bien que protégés par leurs porte-boucliers, cinq d’entre eux ont été blessés par des balles, des éclats ou des ricochets, à la main, au bras, dans les jambes ou encore dans le bas du dos…» Vers 4 h 45, le Raid interpelle trois islamistes, dont l’un blessé au bras.

Les terroristes se sont relayés pour ne jamais interrompre le feu
Au terme d’une fusillade de forte intensité, les terroristes continuent de tirer de manière plus sporadique. Sans discontinuer, ils se sont relayés pour ne jamais interrompre le feu. À l’occasion d’une brève accalmie, un maître-chien du Raid reçoit l’autorisation de lâcher Diesel, sa chienne d’attaque de race berger malinois. Mais l’animal est mortellement fauché par un tir de gros calibre. Passé 7 heures, l’un des snipers avise dans sa lunette un des forcenés qui tire en rafales. Il le neutralise, sans savoir si cet assaillant est mort ou non. À ses côtés, la femme kamikaze tire aussi sans discontinuer. «Elle s’est fait sauter toute seule dans l’appartement, en espérant que la force de l’explosion nous touche, explique le patron du Raid. Le souffle de la déflagration fait voler les vitres en éclats et tomber un des murs porteurs. Un bout de colonne vertébrale passe par la fenêtre avant de chuter sur une de nos voitures.» Une vingtaine de grenades assourdissantes sont à nouveau lancées pour maintenir la pression sur les irréductibles.

«Pour mieux comprendre la situation, nous avions envoyé un drone de surveillance pour capter des images depuis les Velux, mais la visibilité était nulle, se rappelle encore Jean-Michel Fauvergue. On balance un premier robot muni d’une caméra pour faire une reconnaissance des lieux. Mais il est bloqué par les gravats. On emprunte un robot plus gros, celui de la sécurité civile qui sert au déminage, mais il ne peut pas non plus progresser.» Les policiers empruntent alors un appartement du deuxième étage, situé juste en dessous de celui où la bataille a fait rage, pour laisser passer une caméra télescopique. Là, ils tombent sur le cadavre d’un second terroriste au travers d’un plancher effondré. Criblé d’éclats de grenade et enseveli par une poutre, ce corps méconnaissable lui non plus n’a pu être identifié.

À la nuit tombée, la police scientifique inspectait toujours l’immeuble criblé de balles
Au prix d’une interminable progression méthodique dans les décombres, susceptibles d’être piégés, les policiers du Raid ont gagné jusqu’au plus près les lieux de la fusillade, avant de maîtriser les ultimes forcenés vers 11 heures. Au total, trois terroristes ont été interpellés dans les étages, deux autres ont été découverts alors qu’ils se cachaient sous un inextricable fatras de gravats et de vêtements, ainsi qu’un suspect blessé dans la rue. De leur côté, une quarantaine de leurs collègues de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI, antigang) ont perquisitionné des appartements voisins pour débusquer des complices.

Jawad, le locataire de l’appartement assiégé, a reconnu avoir offert l’hospitalité «pour quelques jours à deux potes d’un ami qui venaient de Belgique». Placé en garde à vue, il avait été condamné pour «coups mortels» à huit ans de prison par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis en novembre 2008. Il était sorti en septembre 2013. Une de ses connaissances, qui dit avoir dormi dans l’appartement la semaine dernière, a quant à elle expliqué qu’il s’agissait d’un logement dont son ami avait forcé la porte, «une sorte de squat». Toujours selon ses dires, les visiteurs belges étaient arrivés «il y a deux jours». La jeune femme est également en garde à vue.

Tandis que la police scientifique inspecte toujours à la nuit tombée l’immeuble criblé de balles et d’éclats et menaçant de s’effondrer, 830 limiers de la brigade criminelle et de la sous-direction antiterroriste, mais aussi ceux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), ne relâchent rien de leur traque pour retrouver les derniers membres de la nébuleuse terroriste. Outre Salah Abdeslam et le neuvième kamikaze, un autre objectif est dans le collimateur des enquêteurs: Jean-Michel et son frère Fabien Clain, vétéran du djihadisme, qui apparaît dans un enregistrement de revendication des attentats par l’État islamique. «Grâce à une logistique d’ampleur minutieusement mise en œuvre, selon le procureur de la République François Molins, les terroristes étaient programmés dans une logique jusqu’au-boutiste. Tout laisse à penser que le commando neutralisé à Saint-Denis pouvait passer à l’acte» pour un nouvel attentat, a ajouté le haut magistrat. À l’instar de tous les responsables de l’antiterrorisme, il n’ignore pas que la guerre contre le djihadisme n’en est qu’à ses prémices.

Voir enfin:

Mouvements de panique dans le centre de Paris suite à une fausse alerte
Noémie Halioua
Le Figaro
15/11/2015

VIDÉO – Plusieurs scènes de panique ont eu lieu dimanche dans Paris, sur la place de la République et près des Halles, après de fausses alertes.

En fin d’après-midi, une fausse alerte a déclenché un mouvement de panique dans le centre de la capitale. Des témoins et des journalistes ont rapporté des scènes de confusion dans plusieurs rues de Paris, près des Halles, dans le premier arrondissement, et sur la place de la République.

Rue Étienne Marcel, vers 18h45, les policiers ont demandé aux gens de quitter les terrasses. Les cafés ont alors baissé le rideau. Le même scénario s’est produit à la cantine de Belleville, où un mouvement de panique a eu lieu avec des personnes qui couraient dans la rue. Soixante-dix personnes se seraient réfugiées à l’intérieur.

Autre témoignage d’un journaliste du Parisien, qui se trouvait rue Saint-Denis: «J’étais en terrasse, trois types sont remontés dans la rue en courant et en hurlant qu’il y avait des tirs, ça a été la panique, il y a eu un mouvement de foule, toutes les tables ont volé, on s’est mis les uns sur les autres, mais on ne sait pas ce qui s’est passé».

La place de la République brutalement vidée de ses occupants
Tandis que sur la Place de la République, plusieurs milliers de personnes se rassemblaient pour rendre hommage aux victimes des attaques de vendredi soir, celle-ci s’est brutalement vidée. Après un jet de pétards et l’éclatement d’une ampoule ou d’un chauffage de terrasse, les gens effrayés par le bruit se sont rués vers le canal Saint-Martin ou se sont engouffrés dans les cafés à proximité.

«Tout le monde se bousculait, se piétinait, et les CRS nous demandaient de nous protéger, c’était horrible» raconte Rachida, 51 ans, présente au pied de la statue de Marianne au moment des faits. Eric, lui, était attablé à l’intérieur du café «Chez Prune» quand le mouvement de foule s’est déclenché. Immédiatement, le gérant a baissé les volets et les personnes attablées se sont couchées à même le sol. «Difficile de dire combien de temps» raconte-t-il. Avant d’ajouter: «Je me disais comme ça, si je reçois des balles, je les reçois dans le dos».

Présente également, Caroline Piquet, journaliste du Figaro, relate la scène: «Des gens se sont aplatis par terre à des terrasses de cafés, certains relayaient des rumeurs sur des hommes portant des kalachnikov». La reporter s’est réfugiée dans un magasin avec d’autres personnes. «Les gens étaient paniqués, certains ont laissé des valises, ce qui a interrompu le métro en plusieurs endroits pour vérification de colis abandonnés», précise-t-elle.

La station Hôtel de ville a été fermée quelques minutes «par mesure de sécurité», avant que le trafic ne reprenne normalement quelques instants plus tard. Vers 19h30, la place était toujours encerclée de CRS armés de fusils d’assaut mais le calme était revenu.

Voir par ailleurs:

Stranger Still

Kamel Daoud and Algeria, caught between Islamist fervor and cultural flowering.

Adam Shatz

The New York Times

April 1, 2015

I first heard about the writer Kamel Daoud a few years ago, when an Algerian friend of mine told me I should read him if I wanted to understand how her country had changed in recent years. “If Algeria can produce a Kamel Daoud,” she said, “I still have hope for Algeria.” Reading his columns in Le Quotidien d’Oran, a French-language newspaper, I saw what she meant. Daoud had an original, epigrammatic style: playful, lyrical, brash. I could also see why he’d been accused of racism, even “self-hatred.” After Sept. 11, for example, he wrote that the Arabs had been “crashing” for centuries and that they would continue crashing so long as they were better known for hijacking planes than for making them. But this struck me as the glib provocation of an otherwise intelligent writer carried away by his metaphors.

The more I read Daoud, the more I sensed he was driven not by self-hatred but by disappointed love. Here was a writer in his early 40s, a man my age, who believed that people in Algeria and the wider Muslim world deserved a great deal better than military rule or Islamism, the two-entree menu they had been offered since the end of colonialism, and who said so with force and brio. Nothing, however, prepared me for his first novel, “The Meursault Investigation,” a thrilling retelling of Albert Camus’s 1942 classic, “The Stranger,” from the perspective of the brother of the Arab killed by Meursault, Camus’s antihero. The novel, which was first published in Algeria in 2013, and which will be published in English by Other Press in June, not only breathes new life into “The Stranger”; it also offers a bracing critique of postcolonial Algeria — a new country that Camus, a poor Frenchman born in Algiers, did not live to see.

What impressed me about Daoud’s writing, both his journalism and his novel, was the fearlessness with which he defended the cause of individual liberty — a fearlessness that, it seemed to me, bordered on recklessness in a country where collectivist passions of nation and faith run high. I wondered whether his experience might provide clues as to the state of intellectual freedom in Algeria, a peculiar hybrid of electoral democracy and police state. Late last year, I had an answer of sorts. Daoud was no longer merely a writer. He was now someone you had to take a side on, in Algeria and in France.

His ordeal began on Dec. 13, during a book tour in France, where “Meursault” received rapturous reviews, sold more than 100,000 copies and came two votes shy of winning the Prix Goncourt, the nation’s most prestigious literary prize. He was on a popular late-night talk show called “On n’est pas Couché” (“We’re Not Asleep”), and he felt, he would tell me later, “as if I had all of Algeria on my shoulders.” He insisted to the French-Lebanese journalist Léa Salamé, one of the panelists on the program, that he considered himself an Algerian, not an Arab — a view that’s not uncommon in Algeria, but that is opposed by Arab nationalists. He said that he spoke a distinct language called “Algerian,” not Arabic. He said that he preferred to meet with God on foot, by himself, rather than in an “organized trip” to a mosque, and that religious orthodoxy had become an obstacle to progress in the Muslim world. Daoud said nothing on the program that he hadn’t said in his columns or his novel. But saying it in France, the country that ruled Algeria from 1830 to 1962, got him noticed by people back home who tend to ignore the French-language press.

One of them was an obscure imam named Abdelfattah Hamadache, who had reportedly been an informer for the security services. Three days after Daoud’s appearance on French television, Hamadache wrote on his Facebook page that Daoud — an “apostate” and “Zionized criminal” — should be put on trial for insulting Islam and publicly executed. It was not quite a call for Daoud’s assassination: Hamadache was appealing to the state, not to freelance jihadists. But Algeria is a country in which more than 70 journalists were murdered by Islamist rebels during the civil war of the 1990s, the so-called Black Decade. Those murders were often preceded by anonymous threats in letters, leaflets or graffiti scrawled on the walls of mosques. Hamadache’s “Facebook fatwa,” as it became known, was something new, and uniquely brazen, for being signed in his own name. It provoked an outcry, and not only among liberals. Ali Belhadj, leader of the banned Islamic Salvation Front (F.I.S.), harshly criticized Hamadache, asserting that he had no authority to call Daoud an apostate and that only God had the right to decide who was or wasn’t a Muslim: a message, some said, that the F.I.S. saw Hamadache as a tool of the state. Indeed, although the minister of religious affairs, Mohamed Aïssa, a mild-mannered man of Sufi leanings, came to Daoud’s defense, the government otherwise maintained a strange neutrality, declining to respond when Daoud filed a complaint against Hamadache for incitement.

That neutrality reflects something deeper than political expedience. The principal lesson that the Algerian state drew from the decade-long war with Islamist insurgents was that Islamism could not be defeated on the battlefield: It had to be co-opted rather than crushed. In effect, Algeria is running a decade ahead of other countries where secular elites are clashing with powerful Islamist movements over the shape of new governments after the Arab uprisings. Now it is prosperous and has a growing sense of confidence that the Algerian model of power-sharing can and should be exported to neighbors like Libya and Tunisia. The Daoud Affair, however, is putting the Algerian model to the test.

By the time I flew to Oran, on Jan. 15, the war over blasphemy had spread to France, when the offices of Charlie Hebdo were attacked by French jihadists, brothers of Algerian ancestry. In Oran, Daoud’s supporters had been saying, “We are all Kamel Daoud”; now millions of people in Paris were saying “Je suis Charlie.” I wondered how the events in Paris would affect Daoud’s predicament. On my layover at Orly, I opened Le Monde to find an interview about Charlie with Daoud, who said he feared more “micro-9/11s.”

To be an Algerian writer is to be a student of political violence. Algeria won its independence from France in 1962 after one of the world’s longest and bloodiest wars of decolonization. Its political system, which people simply call the pouvoir, or power, is still strongly influenced by the mujahedeen, the “holy warriors” of the National Liberation Front (F.L.N.) who fought against France. Algeria’s 78-year-old president, Abdelaziz Bouteflika — who is now in his fourth term, and who governs from a wheelchair equipped with a microphone because his voice is so faint — joined the National Liberation Army in 1956. Rumored to be living in a villa outside Algiers, Bouteflika is able to work only a few hours a day. When Bouteflika was hospitalized in France in November, Daoud wrote of his regime, “Even the question of what comes after has become secondary: There’s no life before death, why worry about life after death?” Bouteflika is not the only senior figure in the pouvoir whose time is running out. The heads of the army and the intelligence services are both in their mid-70s. Algeria is facing a potential triple succession crisis at a moment of falling oil prices. A precipitous drop in oil prices could push Algeria toward a “violent rupture,” Daoud says.

Whether the pouvoir has a transition plan for the post-Bouteflika era is anyone’s guess, because its machinations are so obscure. This is deliberate: When the former French president Nicolas Sarkozy asked an Algerian minister why the government was so opaque, the minister reportedly replied, “Because that is our strength.” The code of impenetrable secrecy, like so much else in Algeria, is a product of the War of Independence. Secrecy was a necessity for an anticolonial insurgency fighting one of the most powerful armies in the world, but it has remained the pouvoir’s modus operandi ever since independence. Algeria is governed as if the war never ended. Every new crisis — bread riots, the civil war, Berber protests, the Arab Spring — has justified a permanent war footing. And every emergency has delayed the question of “what happens after liberation,” as Daoud puts it: “Is the goal to have enough food, enough housing? Why haven’t we made happiness one of our goals?” This is a young man’s question, but Algeria hasn’t been run by young men since the early 1960s.

Today, Algeria’s décideurs — the men who actually make decisions, as opposed to the politicians who bicker in its pluralist but impotent National Assembly — have two claims to legitimacy. The first is that they liberated Algeria from French rule. The second is that they defeated a wave of Islamist terrorism in the 1990s. In Daoud’s view, neither achievement is enough. Algeria will be truly free only when it has been “liberated from its liberators.” It is not simply a matter of overthrowing the government, which he believes was the great illusion of the Arab Spring. Society, too, needs to change if Algeria is to release itself from the fetters of authoritarianism and Islamic piety.

Daoud’s writing has attracted many well-placed readers. He regularly receives calls from members of the pouvoir. Manuel Valls, the prime minister of France, recently called to say how much he admired “Meursault.” “Men in power are fascinated by people like me,” he said. “I don’t have a state or an army, I’m just a guy with an apartment and a car. But I’m free, and they want to know, Why are you free?”

On Jan. 16, the day I arrived in Algeria, thousands of protesters, including Hamadache, marched toward the Place de la Poste in downtown Algiers after Friday prayers, in defiance of a ban on demonstrations in the capital. The Rally in Defense of the Prophet Muhammad had been called in protest against the Muhammad cartoon that ran on the cover of Charlie Hebdo after the massacre in Paris. Aïssa, the minister of religious affairs, opposed the demonstrations, but the anger over the cartoons was raw and easily fanned by Salafist preachers. “Je suis Muhammad” was a common slogan: a curious phrase with which to denounce blasphemy, because it is considered by some Muslims to be blasphemous to declare yourself the Prophet. (The slogan was promoted by the Arabic tabloid Echorouk, a platform for tirades against Daoud; it was later amended to “Je suis avec Muhammad” — I am with Muhammad.) Young men waved the black flag of the Islamic State in Iraq and Syria and declared the Paris killers to be martyrs. Like many demonstrations in Algeria, it devolved into a riot, with shop windows smashed in the name of the Prophet. Hamadache was arrested in Belcourt, where Camus was raised, and briefly detained for his role in the rally.

The protests in Oran, where anti-Islamist sentiment runs high, were much smaller than in Algiers, but still boisterous enough to hold up traffic. I was heading to my hotel from the airport with Robert Parks, an American academic who is a close friend of Daoud’s. Parks, who has run a research center in Oran since 2006, had been telling me that Algeria was slowly but surely recovering its confidence. Algerians, he said, were grateful to have avoided the tumult of the Arab revolts, thanks to which they had been able to make a more sober, judicious and favorable appraisal of their own conditions. But when a group of young demonstrators marched toward us, he swerved into a back road: he was worried that we would be mistaken for Frenchmen.

The boldness with which Islamists took to the streets was a reminder of the deal that Bouteflika had cut with them shortly after coming to power in 1999. His “reconciliation project” offered amnesty to those who fought in the civil war of 1992-2002, provided they laid down their arms. The pouvoir never negotiated with the political wing of the F.I.S., preferring to settle matters with armed rebels behind closed doors. Security forces who were responsible for extrajudicial killings and disappearances were never charged. Islamist fighters made out even better. They came down from the maquis, the resistance in the mountains, and returned to the mosque. Many were reportedly given jobs and property. The paradox of the recent civil war is that while the Islamists failed to overthrow the state, Bouteflika’s reconciliation project allowed them to increase their presence within it. Islamists are now, in effect, a wing of the pouvoir, which has not merely tolerated them but has allowed them to participate in the National Assembly. And their presence has the added attraction, to Algeria’s generals, the most influential décideurs, of warning other Algerians — and the country’s allies in Washington and Paris — about what might lie in store if the army and the intelligence services loosen their grip.

There’s no doubt that Algeria has made strides since the Black Decade. Although Bouteflika has hardly appeared in public since his stroke in 2013, he remains relatively popular, if only for lack of an alternative, and is widely credited with rebuilding Algeria after the civil war. When I reported from Algeria in 2003, a year after the war officially ended, it was a jittery, traumatized place, and people were still afraid of car bombs and fake checkpoints set up by rebels. Although radical jihadists are still active in the east and the south, today the country is largely safe, not only in the cities but on the roads connecting them. The new East-West highway, built with Chinese labor, has cut in half the drive from Algiers to Oran, once a 10-hour journey. The economy remains heavily dependent on natural gas and oil (more than 90 percent of its exports), but it has nearly $200 billion in foreign-currency reserves. Algeria has earned the admiration of Western powers, above all the United States, for its role in regional counterterrorism, for the expertise and efficiency of the intelligence services and for its resourceful diplomatic efforts in Tunisia, Libya and Mali. In the words of its energetic foreign minister, Ramtane Lamamra, Algeria is “an exporter of security and stability.”

The pouvoir has been shrewd in maintaining that stability. There were anti-government protests in early 2011, after the self-immolation of Mohamed Bouazizi in Tunisia, but the pouvoir swiftly contained them in the usual ways: deploying thousands of police officers in the capital; cutting prices on sugar, flour and oil; and offering cash handouts to young people who want (or claim they want) to start their own businesses. “The Arab Spring is a mosquito against which we shut the door of our country,” Prime Minister Abdelmalek Sellal gloated in a speech, and then added a reference to a brand of insecticide: “If it ever tries to get in, we’ll fight it with Fly-Tox.”

The pouvoir is neither secular nor Islamist: it has pursued a policy of deliberate indecision, tolerating radical Islamists like Hamadache while at the same time turning a blind eye to what Parks described to me as a “fragile experiment” in cultural liberalization. The best place to witness that experiment is Oran, the birthplace of raï, an Algerian pop that fuses Arabic and Spanish music, disco and hip-hop. On my first night in Oran, only hours after the anti-Charlie demonstrations, I went to a nightclub with Parks and the poet Amina Mekahli, also a close friend of Daoud’s. A fan of Philip Roth, Mekahli quoted from memory passages from “The Human Stain,” Roth’s novel about Coleman Silk, a black college professor who passes for white; she said it spoke directly to the Algerian anguish of living a double life. Cabarets in Oran are basically speakeasies, but we had managed to talk our way in. A waiter brought us a bottle of Johnnie Walker Red Label, along with a plate of fresh fruit. Most of the clients were Algerians in their 20s and 30s. I was surrounded on all sides by leopard-skin pants, miniskirts, Louis Vuitton knockoff bags and lipstick. Mekahli introduced me to a friend of hers, whom she called Gigi, the “famous homosexual.” She explained that Gigi, a sweet, androgynous man in his 40s, plays matchmaker outside the bathroom; if a young man fancies a young woman, he tells Gigi, and when the girl emerges from the bathroom, he tells her of the man’s interest. “What’s interesting about Gigi,” Mekahli said, “is that he’s from a working-class neighborhood and accepted, though the word ‘gay’ is never mentioned.” I was less enthralled than Mekahli, but then I remembered Camus’s remark that Oran is a city where “one learns the virtues, provisional to be sure, of a certain kind of boredom.”

Oran has changed since Camus’s day, of course. Under French rule, it was a European city. After independence, the Europeans left en masse, and their homes were occupied by migrants from neighboring villages. Others found housing, grim but free, in Eastern-bloc-style complexes built by the state. The skyline has grown taller in recent years: the Sheraton and Méridien hotels look as if they were imported from Dubai. Yet Oran has preserved its languorous, Mediterranean character. In little cafes, men sip cups of black coffee and mint tea; seaside restaurants offer grilled fish, paella and breathtaking views of the Mediterranean, while corner stands serve calentita, a baguette stuffed with mashed chickpeas, a sandwich that Spanish settlers introduced to Algeria. On the street, most women wear hijabs. But at late-night cabarets like the one we went to, young people dance, drink and, as Camus wrote in 1939, “meet, eye and size up one another, happy to be alive and to cut a figure.”

At midnight, when we arrived, the crowd seemed tentative, but when Cheba Dalila, a raï singer with a voice as deep as Nina Simone’s, came on at 2 a.m., the dance floor filled up. She strode with her microphone from table to table, collecting bills from people who paid to have their names mentioned in her songs. The bass was so loud I felt it in my belly. A woman in tight jeans wore a T-shirt that said “Detroit 1983”; pairs of men danced with women when their interest was plainly in each other. I took a photograph, but Mekahli’s son, Hadi, told me not to: “This place is run by the mafia.” The “mafia” makes its money on bootleg liquor and prostitutes. Some of the women at the nightclub were apparently for hire. “For me,” Mekahli said, “clubs like this are a reappropriation of Algerian identity. France doesn’t exist here. The people here are totally decolonized.”

When I first visited Daoud at his apartment in a gated community on the outskirts of Oran, he was in his pajamas, watching television with his 12-year-old son. He was multitasking as he rattled off his latest news, typing out emails, checking his Facebook account, taking calls. He hardly looked up from his screen, and I feared that we would never get to talk. It would be easier, he said, if I stayed with him.

Two days later, when I checked out of my hotel, I sparked a minor diplomatic incident. The concierge came outside to talk to Daoud, who was waiting in his car. If I left, he said nervously, there would be no way of checking the whereabouts of the étranger — the foreigner. He could not afford to have another Hervé Gourdel on his hands: Gourdel, a French hiker, was kidnapped and beheaded by radical Islamists in September in the mountains of Kabylia. Daoud said he might have to notify the police. Housing an American, he joked, would doubtless turn out to be one more black mark against him, further proof that he had sold out to the forces of imperialism. Daoud knows how his critics think, in part because he used to think the same way. He is an ex-Islamist, and he has a defector’s zeal. Two years into their marriage, Daoud says, his ex-wife became increasingly religious and started wearing the hijab. They divorced in 2008, after the birth of their daughter.

The great theme of Daoud’s writing is the Algerian condition. To be Algerian, he argues, is to be “schizophrenic,” torn between religious piety and liberal individualism. The liquor stores in Oran are legal but concealed; a ring of traffic forms around them on Thursday evening, the night before prayers. There is a growing acceptance of sex outside marriage, but women are seen as little more than prostitutes if they walk into a cafe for men. Algerians are becoming more modern, but on the down low, as if they were loath to admit it to themselves. Hypocrisy might be a step on the arduous road to a more tolerant civil society, but it exasperates Daoud. “The Islamists have at least made their choice,” he said.

Daoud’s campaign against Islamism has won him adoration, particularly among liberal, French-speaking Algerians, who hail him for staking out positions they share but are often too shy to express in public. But he is also widely reviled, not only among Islamists but among nationalists and leftists who see him as hostile to his own society. Daoud sometimes gives the impression of taunting them, as if he were spoiling for a fight. During the recent war in Gaza, he published a column titled, “Why I Am Not ‘in Solidarity’ With Palestine.” Daoud wasn’t in solidarity with Israel either; he just didn’t like the implication that he had to be in solidarity with Palestine because he was a Muslim. He opposed Israel’s bombing for anticolonial and humanitarian reasons, not religious or ethnic ones. As such, his hidden subject was Algeria; what he resented, in the call to solidarity with Palestine, was not the cause itself but the pressure to unify, once again, under the banner of Arab and Islamic identity.

The coercive pressure to unify has always been a defining feature of Algerian nationalism. During the struggle for independence, the leaders of the F.L.N., many of whom were Berbers, suppressed Berber identity politics in the name of national unity against the French. Since independence, as Daoud points out, Algerians have been taught to see themselves as belonging exclusively to the Arab-Islamic world and to deny what they know from their history and experience: that most are of Berber, not Arabic ancestry; that a large minority still speaks either Berber, a language that only recently was recognized as a national language, or French, which became a “foreign language” after independence; and that even the Arabic most Algerians speak at home is a creole larded with words on loan from other tongues. (Hence Daoud’s insistence on calling it “Algerian.”) Far from representing an alternative to the ideology of Arab-Islamic unity, Algeria’s Islamists preach a more religious version of it. As a result, Algeria remains, in Daoud’s view, “stranded between the sky and the land. The land belongs to ‘the liberators,’ ” while “the sky has been colonized by religious people who have appropriated it in the name of Allah.” Algerians “have been persuaded that they are impotent; they can’t even build a wall without Chinese help.”

This sense of impotence finds physical expression in Algeria’s decrepit infrastructure. “The streets of Oran are doomed to dust, pebbles and heat,” Camus wrote in an essay. “If it rains, there is a deluge and a sea of mud.” Once you’re off the main roads, it’s no better today. On a rainy night I drove with Daoud to a dinner in a secluded bourgeois neighborhood of Oran. The streets were a brown porridge, and we nearly got stuck. “What a mess,” he exploded. Daoud, who is obsessed with cleanliness, thinks that Algeria’s tolerance for dirt is a political symptom, even a spiritual one. Under French rule, Algerians were violently dispossessed of their land. Because the domestic interior was all that they owned, they came to see public space as something that didn’t belong to them; as France’s property, it was someone else’s problem. After independence, it became the state’s problem. Religion only reinforced the notion that everyday problems were in the hands of a higher authority. “Our ecological problems are also metaphysical,” he said. “People who are waiting for the end of the world can’t be bothered with the present.”

Islamism thrives, he thinks, on this deeper malaise. The same sense of futility and boredom leads others to flee, even to risk death at sea. Daoud’s younger brother is one of thousands of young Algerians — the so-called harraga — who have escaped to Europe by boat. He was picked up by a British ship and now lives, without papers, in the United Kingdom.

Daoud is no longer a practicing Muslim, and he describes himself as philosophically close to Buddhism. I asked him if there was anything about Islam he still admired. “The primacy of justice, rather than faith, is something I find very attractive,” he said. “I also like the absence of intermediaries between the individual and God. The imam’s only role is to officiate at prayers. Insofar as Islam is about the direct relationship between God and the believer, it’s a very liberal faith.”

He might have been describing the Islam that he knew as a child in Mesra, a village in northwestern Algeria. The Daouds, he said, “were sure of their faith, so they didn’t feel they had to defend it, unlike the Islamists today, who are incredibly fragile.” The same was true of his family’s attachment to the land: They were patriots who lived through the War of Independence but felt no need to deny “the complexities of life under colonialism.” In school, he learned “a single story,” a black-and-white tale of infallible mujahedeen battling evil French settlers. At home, though, his grandparents told him about the impoverished French they knew in Mesra; about the Catholic priest who fed the family in times of shortage; about French soldiers who deserted their posts, rather than torture and kill. Later he would learn that his father’s first great love was not his mother but a Frenchwoman with whom he was involved during the war.

The eldest of six children, Daoud was born in 1970, when Algeria was widely seen as a postcolonial success. Its president, Col. Houari Boumediene, enigmatic and taciturn, was an authoritarian strongman, but he transformed Algeria into a regional player, a leader of the nonaligned movement. Under Boumediene, who seized power in a military coup three years after independence, the army became the dominant institution in Algerian life. Daoud’s father, Mohamed, was a gendarme. In spite of his poverty, he was able, as “a member of a rising generation,” to marry a woman from a prosperous, landed family outside of Mesra, socially his superior.

Mohamed Daoud, who studied in French schools, was the only member of the family who could read. He taught his son the alphabet and shared his small library of books in French. At the library in Mostaganem, the port city where Kamel Daoud attended school, he read Jules Verne, “Dune” and works of Greek mythology. But the book that most captivated him was “The Revival of the Religious Sciences,” by Abu Hamid al-Ghazali, an itinerant 11th-century Persian theologian who, after a crisis of faith, tried to purify his soul through mystical experience. Daoud said that after reading al-Ghazali at age 13 “the Quran was no longer enough for me. It was merely the visible face of a hidden text.” In order to decipher that concealed, more sacred text, he became increasingly ascetic. He kept a stone in his mouth to prevent himself from speaking, after reading that silence opens the heart to God. Daoud wanted to be a writer, but he also wanted to become an imam. “It was a contradiction, but I didn’t experience this as a contradiction,” he said. “When you pray, you construct meaning, just as you do when you write. God is your only reader, but in essence, it’s the same thing.”

At first, the Quran won out. Religion was a more promising career path than literature for an ambitious Algerian teenager in the early 1980s. President Chadli Bendjedid, who came to power in 1979, two months after Boumediene’s death, rolled back his predecessor’s project of socialist land reform and began to liberalize the economy. The shops were flooded with Western consumer products, but “de-Boumedienization” left an ideological void. Bendjedid filled it with Islam and Arab identity. He put down the “Berber Spring” of 1980, a nonviolent movement that called for the recognition of Berber culture and language, intensified the Arabization of education and presided over a mosque-building spree.

Emboldened by these changes, the Islamist movement, which had been tightly controlled under Boumediene, began to train a generation of young militants. Daoud, a young Islamic mystic in a djellaba and turban, was recruited by his geography teacher, a member of an Islamist cell. He introduced him to the writings of Abul Ala Mawdudi, Sayyid Qutb and Hassan al-Banna — the founders of modern Sunni Islamism — and persuaded him that the individual salvation he sought could be achieved only through collective salvation, in the form of an Islamic state. Daoud grew a beard, handed out leaflets and became the imam of his high school. At an Islamist-run summer camp, “we lived as if we were companions of the Prophet.” It was in camps and athletic clubs that the young militants of Algeria’s emerging Islamic movement were indoctrinated, and Daoud appeared to be on his way to becoming a leader. But when he turned 18, Daoud quit the movement. “I felt I had the right to live and to rebel,” he told me. “And I was tired. At a certain point, I no longer felt anything. I don’t know if this is what losing faith means. But what’s dangerous for a religious person isn’t temptation, it’s fatigue.”

On Oct. 5, 1988, three months after he broke with Islamism, Algeria experienced the first in a series of violent anti-government demonstrations. Daoud went to Mostaganem, armed with a chain, hoping to “break stuff.” By the time he arrived, the military had started to fire on people. An old man tried to use him as a human shield. He was saved by a woman who took him by the arm and, pretending that she was his mother, led him to safety. “I was furious at that generation of men, men who would hide behind a young man,” he said. “It seemed very symbolic to me.” Several hundred Algerians died in Black October. The following year, a new constitution was adopted, legalizing political parties other than the National Liberation Front and thereby dismantling the one-party state. The Islamic Salvation Front emerged as the country’s most powerful opposition party.

In January 1992, the army canceled the second round of national elections, in order to prevent the Islamic Salvation Front from coming to power. Deprived of victory at the polls, Islamists took up arms, and a brutal civil war erupted. Daoud, who was studying French at the University of Oran, opposed the cancellation of the elections, but “I really didn’t care. I was an individualist. I hated everyone. I looked at the events from a distance, and I thought, They’re going to eat each other up.” He had chosen a much more personal form of rebellion, in literature, music and beer, though he would not take his first sip of wine, which is specifically proscribed in the Quran, until he was 30. He read Baudelaire, Borges and the Syrian poet Adonis, and began to write poetry and fiction.

After college, Daoud took a job as a crime reporter for a monthly tabloid called Detective. (“What made ‘The Wire’ so great,” he told me, “is that it’s a collaboration between a writer and a policeman, the dogs of the world.”) It was through traveling to small, remote towns, where he wrote about murder trials and sex crimes, that Daoud discovered what he calls “the real Algeria.” When Detective folded in 1996, he went to work for Le Quotidien d’Oran. While other journalists complained of the danger they faced from Islamist rebels, Daoud rented a donkey and went out to interview them. He reported on some of the worst massacres of the civil war, including the 1998 killings in the village of Had Chekala, where more than 800 people were slaughtered. His work as a reporter, Daoud told me, left him suspicious of “hardened positions and grand analyses,” and that sensibility infused the column he began writing for Le Quotidien. Daoud upheld no ideology, spoke in no one’s name but his own. To his new admirers, this was something to celebrate: the emergence of an authentically Algerian free spirit. To his adversaries, Daoud became the face of an Algerian Me-Generation: selfish, hollow, un-Algerian.

“The Meursault Investigation” arose from one of his columns. The premise is ingenious: that “The Stranger,” about the murder of an unnamed Arab on an Algiers beach, was a true story. It might as well have been from the perspective of many Algerians; nationalist critics have long spoken about “The Stranger” as if the murder it described had actually happened and Camus, whose opposition to independence was difficult for many Algerian writers to forgive, had committed it. Daoud’s stroke of inspiration was to take the next step and make Meursault, the fictive murderer, the author of Camus’s novel. Just as “the Arab” is never named in “The Stranger,” so the name of Camus is never mentioned in “The Meursault Investigation.”

“Meursault” is a confessional monologue, in the style of Camus’s novel “The Fall,” addressed by an Algerian named Harun to an unnamed Frenchman at a bar in Oran. Harun’s brother, Musa, was murdered in 1942 by a French settler named Meursault, who went on to achieve fame by describing the killing in a novel called “The Other.” Now an old man, Harun is determined to give his brother a name and a story and to correct Meursault’s version of events. For the first half of the book, he does just that, settling an old account that Algerian nationalists — and postcolonial critics like Edward Said, who derided Camus’s “incapacitated colonial sensibility” — have had with “The Stranger.”

But the second half of Daoud’s novel shows how little bearing that critique has on Algeria’s present, denying the reader the easy satisfaction of anticolonial justice. Algeria, not Camus, is on trial here. Harun, we realize, is himself a stranger in a country overrun by religious fervor. The local mosque strikes him as so imposing “it prevents you from seeing God”; the man reciting the Quran sounds as if he were playing all of the roles, from “torturer to victim.” Men wander around in crumpled pajamas and slippers “as though Friday exempts them from the demands of civility.” Friday is “not a day when God rested, it’s a day when he decided to run away and never come back.”

Harun reveals that he, too, has murdered. His victim, randomly chosen a few days after independence, was a Frenchman named Joseph Larquais, a roumi or stranger. His accomplice and enabler was his own mother, who wanted revenge for her son’s murder. The new authorities chastise him not for the deed but for its timing: because he killed after July 5, 1962, Independence Day, his murder is not an act of liberation, but an embarrassment for the regime. Looking for his brother, Harun has instead found his double: he is Meursault’s Algerian brother, a murderer in equally absurd circumstances, a stranger in a land caught between “Allah and ennui.” When an imam urges him to accept God before it’s too late, Harun violently rejects his appeal, in almost exactly the same words that Meursault uses in his conversation with the priest who begs him to accept Christ before his execution. “I had so little time left I didn’t want to waste it on God,” he says. “None of his certainties was worth one hair on the head of the woman I loved.” It is just one of the many lines lifted from Camus. “Meursault” is less a critique of “The Stranger” than its postcolonial sequel.

“ ‘The Stranger’ is a philosophical novel, but we’re incapable of reading it as anything other than a colonial novel,” Daoud told me when I asked him what drew him to Camus’s fiction. “The most profound question in Camus is religious: What do you do in relation to God if God doesn’t exist? The most powerful scene in ‘The Stranger’ is the confrontation between the priest and the condemned man. Meursault is indifferent with women, with the judge, but he becomes choleric in the face of the priest. And here, in my novel, is someone revolting against God. Harun, for me, is a hero in a conservative society.”

“Meursault” was published by Éditions Barzakh in 2013 to strong sales and widely admiring reviews in Algeria. Only when it was published the following year in France, by Actes Sud, a prestigious house in Arles — and even more so after it was nominated for the Goncourt in September 2014 — did the novel stir controversy back home. A half century after independence, Algeria’s intellectual life exists under the shadow of its former occupier. For many Algerian intellectuals, it was inconceivable that Daoud could have succeeded in France without the help of the ubiquitous but invisible and invariably sinister main étrangère, or “foreign hand.”

In a sense, the “foreign hand” is French itself, the language that many Algerian writers still prefer to Arabic, but which for younger Algerians is now a foreign language: one they learn to speak only if it is spoken at home or if they choose to study it in school, as Daoud did. One Friday morning, I set out to meet the novelist Maïssa Bey, one of Algeria’s most distinguished French-language writers, at her home in Sidi Bel Abbes, a quaint, dilapidated colonial town. It was the day of prayer, so the streets were deserted. Eucalyptus trees cast delicate shadows on the walls of buildings painted in bright shades of blue, pink and yellow. Bey, who was born in 1950, is the daughter of a nationalist schoolteacher who was tortured and killed by the French Army when she was 6. Like Daoud, she has written eloquently about Algeria’s identity traumas, about the pluralism repressed by the rhetoric of national unity. Like Daoud, she has paid tribute to Camus as a fellow Algerian. “A lot of Algerians can’t imagine you’re not writing for France if you write in French,” she told me. “It’s as if the war never ended for them.” The persistence of this colonial complex, she says, explains why there’s such an acute sense of taboo among writers in Algeria today. “There are subjects you simply cannot touch, Islam above all. It’s sacred, and even if you criticize the way it’s practiced, not the religion itself, as Kamel did, your words will be twisted, and no one will know, because these rumors acquire a force, and they’re manipulated by the pouvoir. And if you question the official discourse on Israel or on France’s relationship to Algeria, you are inviting trouble.”

The most surprising attack on Daoud has come not from a jihadist but from a fellow breaker of taboos, the novelist Rachid Boudjedra, who fled Algeria under a similar threat from Islamists four decades ago. Boudjedra, who is also published by Éditions Barzakh, came to prominence in 1969 when he published, in French, “The Repudiation,” about a young man whose father leaves his mother to marry a much younger woman. He avenges his mother’s humiliation by sleeping with his stepmother; his gay brother kills himself after an affair with a Jewish man. Soaked in bodily fluids — blood, feces and semen — and filled with graphic depictions of sex and masturbation, “The Repudiation” was an extreme act of literary rebellion. Shortly after the book was published, Boudjedra went into exile in Paris, then Morocco, for the next six years. He still keeps an apartment in Paris, and after a brief period of writing in Arabic, he has returned to writing in French. If anyone was in a position to understand Daoud’s predicament, it was Boudjedra. Instead he ridiculed Daoud’s novel as “mediocre” on Ennahar, the Arabic satellite channel that on that same day gave a platform to Hamadache. He later called Daoud one of “those writers who are trying to get a literary visa. They go to France and lick their boots.”

Boudjedra is a famously difficult man. But his disdain is not unique, and it reflects a more widespread class prejudice. Boudjedra, who fought in the War of Independence as a young man, is from a prominent rural family, while Daoud is a self-made man from a dusty village. One friend in the Algerian publishing business compares him to Rastignac, the parvenu who scales the social ladder in Balzac’s “Human Comedy.” For leftist intellectuals in Algiers, that alone makes Daoud a provincial hustler rather than a genuine intellectual.

The day after I met Bey in Sidi Bel Abbes, I took the 8 a.m. train from Oran to Algiers, to visit some old friends, including the historian Daho Djerbal, whom I had first met here in 2003. Algiers felt very changed. Walking along Rue Didouche Mourad, the main commercial drag, I saw a city to which life, at least commercial life, had returned. I passed a Swatch shop, jewelry stores, travel agencies and fashion boutiques. The sidewalk cafes were full. At the Place de la Poste, hundreds of people, mostly men, were watching the Africa Cup on a giant outdoor television screen. I browsed in a lovely new bookstore, in the premises of a bookstore that had belonged to Joaquim Grau, a pied noir gunned down in 1994 by radical Islamists. The outdoor market that winds through Bab el Oued, a working-class neighborhood that was once an Islamist stronghold, was no less vibrant; the merchants’ stalls were awash in Chinese electronic goods and clothing, CDs and DVDs and fresh produce.

At the offices of the historical journal he edits, Djerbal tried to persuade me that this normalcy was an optical illusion, the ephemeral effect of a consumption boom fueled by high oil prices. It couldn’t last, and the reckoning with reality, he said, would not be pleasant. Djerbal gave me a tour d’horizon of the ravages of Algeria’s economic liberalization — the capture and sale of key state industries by regime cronies, the accumulation of vast private fortunes, the emergence of a parasitic middle class that creates no wealth of its own. These were the people I saw in the shops of Rue Didouche Mourad, which he portrayed as a Potemkin village that would not survive the fall of oil prices or the failure of the Algerian state to diversify the economy. Perhaps the crash was coming soon, but I remembered hearing a similar chronicle of a disaster foretold from Djerbal 12 years ago.

When I changed the subject to Kamel Daoud, Djerbal grew uncharacteristically impatient, as if I’d asked him about someone beneath his pay grade. Daoud, he told me, was a part of the problem he had just described, a pampered child of the state he attacked. Surely, though, he had to admit that Daoud was a very good writer. Djerbal smiled. “Not good enough for the Goncourt. Besides, France will never give the Goncourt to an Algerian.” He seemed to be savoring Daoud’s loss. Daoud, he continued, “represents a stratum without historical legitimacy.”

In Algeria, the term “historical legitimacy” is very specific. When the War of Independence broke out in 1954, the F.L.N. proclaimed its “historical legitimacy” as the sole representative of the Algerian nation. To have legitimacy means that you represent a collective social force and therefore have the right to be heard. Most Algerian intellectuals set great store by legitimacy and by the implicit claim that they speak on behalf of a larger cause: the nation, the people, the working class, the Berbers. The fact that Daoud speaks only for himself may be what his critics find most unsettling about him.

One evening in Algiers, I provoked a four-hour row merely by mentioning Daoud’s name. I was at a dinner party given by Samir Toumi, a writer who lives in an airy, elegant apartment in a Haussmann-style building across from the National Theater. The pro-Daoud faction was led by Sofiane Hadjadj, who runs Éditions Barzakh with his wife, Selma Hellal. (Together, they edited Daoud’s novel.) The anti-Daoud faction was led by Ghania Mouffok, a radical journalist who admires his fiction but despises his column. Mouffok, whom I first met in Algiers in 2003, had just returned from reporting on the protests against the extraction of shale gas in the south, a historically marginalized region that is also the source of Algeria’s riches, its gas and oil. The movement had rekindled her faith in Algeria’s spirit of resistance. “When you think about all that we’ve gone through — more than a century of colonization, decades of dictatorship, a brutal civil war — it’s astonishing that we’re even able to raise our heads,” Mouffok said. “This is what Kamel Daoud doesn’t see.”

With a glass of wine in one hand and a cigarette in the other, she laid out the case for the prosecution. Daoud “writes as if imperialism and capitalism didn’t exist.” He was “self-hating.” It was “hardly a surprise that Kamel’s narrator feels closer to the man who killed the Arab. You only have to read his columns.” The novel was excellent, yet there was something “suspicious” about the book’s success in France. “I think it comforts white readers,” she said.

“Which country do you think was the first to want to translate Kamel’s novel?” Hadjadj interjected. “Vietnam.”

“I don’t give a damn about whether the novel is translated in Vietnam,” Mouffok said. “I’m worried about what French readers see in it.”

She took a drag from her cigarette and paused. “Look, I adore Kamel. He was luminous on ‘We’re Not Asleep.’ He was beautiful, well spoken and sexy. A few days later I saw him on Echorouk television, and the guy interviewing talked to him as if he were an insect. I said to Kamel: ‘Don’t go on those shows, and don’t behave as if you’re guilty. Fight back. Algeria is a country that’s failing, where you’re not allowed to succeed and, if you do, people want you to fail. It’s a hard country and it can be a brutal one.’ ”

I asked Mouffok why she could criticize Algeria so severely, when she condemned Daoud for doing much the same. She said she reserved her criticisms for the powerful, while Daoud attacks the people. “This is childish,” Daoud said when I told him about Mouffok’s criticisms. “I don’t criticize ‘the people,’ I criticize people. You see that guy running a red light?” — we were in traffic — “I think he’s responsible. If someone throws trash on the street, he’s responsible. People like Ghania think the same thing, but they won’t write it. Instead, they accuse me of hating Algeria, which is absurd. Of course capitalism exists, and when you have an empire, you also have imperialism. But imperialism doesn’t explain everything. And it doesn’t absolve us from solving our own problems.”

In Mouffok’s view, Daoud’s belief in individual responsibility simply “reproduces the pouvoir’s contempt for the people.” Accusing someone of being in league or even in sympathy with the pouvoir is, in Algeria, the ultimate trump card.

If Daoud shares the pouvoir’s dim view of the people, the pouvoir doesn’t seem to appreciate him. When I met Hamid Grine, the minister of communication, he dismissed Daoud’s concerns about the fatwa. “Kamel isn’t any more threatened than others like him,” he said. Hamadache, who started out as a professional dancer, was a crank without a following, and thus best ignored. “The case has attracted attention because it sells newspapers, but in the Algerian heartland, people are talking about the price of potatoes, not about Kamel Daoud.”

As it happened, Grine called Daoud the day before. He was upset over a column that Daoud had just published, “The Other ‘Je Suis Mohamed,’ ” praising Mohamed Aïssa, the minister of religious affairs, for his campaign against Islamist incitement on Algerian-owned Arabic satellite channels. (“Hamid would have preferred a column titled “Je Suis Hamid,” Daoud says.) Grine claimed that he was the first to defend Daoud, but his remarks were less than stirring. He had spoken privately to executives at the satellite channels that featured Hamadache, but, unlike Aïssa, he refrained from publicly reproaching them, because “in Algeria, we have a tradition of discretion.” (A month after our conversation, Grine made statements echoing Aïssa’s criticisms.)

Grine, who is 60, is also a novelist who, like Daoud, writes in French. I told him that I enjoyed his novel “Camus in the Hookah Lounge,” about a man who hears a rumor that Camus is his biological father. He complained that his novel hadn’t benefited from the “huge promotion team” that catapulted Daoud’s book to success in France and hinted that his perspective on Camus might not have been welcome in Paris. The hero of “Camus in the Hookah Lounge” realizes that Camus was not his father and that Algerians have to abandon the fantasy of reclaiming Camus, as writers like Daoud and Bey have proposed.

“Camus wasn’t an Algerian writer, he was a French writer,” Grine said. “He was a colonizer of good will, a pied noir. Yes, he made gestures toward Algerians, but he was opposed to independence.”

Grine hadn’t read “Meursault.” “I’m sure it’s excellent. My son has read it, and he enjoyed it. I only read what you see here,” he said, pointing to the stack of official documents on his desk.

Adam Shatz is a contributing editor at The London Review of Books and a writer in residence at the Hagop Kevorkian Center for Near Eastern Studies at New York University.


Corée du nord: Pourquoi vous ne connaissez pas la Division 39 (As China-supported North Korean butcher and starver of his own people puts on his yearly show for the West’s complicit media, who bothers to investigate the world’s largest state criminal organization ?)

10 octobre, 2015
office38KimLe jour où la Corée du nord s’effondrera, on découvrira un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire, avec des survivants dont les récits feront honte au monde libre. Et l’on s’interrogera alors sur les raisons pour lesquelles les informations n’ont pas conduit à rompre les relations diplomatiques et à demander des comptes à Pyong Yang. Thérèse Delpech
En dépit de l’impitoyable dictature qui y règne, la Corée du Nord est souvent traitée dans les pages buzz des sites web, et non dans les pages International. Le pays rentre dans ce champ indifférenciant qu’est l’info buzz, où des lamas dans le tramway de Bordeaux ou dans les rues de Phoenix et des controverses sur des robes bleues ou blanches côtoient des exécutions sommaires d’opposants politiques, le tout dans un grand rire général. Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed et pas Le Monde Diplomatique. L’exemple le plus frappant se trouve sur le très respectable Monde.fr. Big Browser, le blog consacré aux contenus viraux, et seul lieu du site pouvant héberger une polémique sur la couleur d’une robe, s’est fait une spécialité des sujets sur la Corée du Nord. Big Browser a publié pas moins d’une cinquantaine d’articles sur la Corée du Nord, traité le plus souvent avec une légèreté inhabituelle pour le quotidien du soir: «Kim Jong-un vous manque, et tout est dépeuplé», «La guerre du sapin de Noël aura-t-elle lieu?», «Comment Björn Borg a fait bombarder Pyongyang de caleçons roses». Même les sujets sur la famine y sont traités sous un angle «insolite». Contacté par mail, Vincent Fagot, rédacteur en chef du Monde.fr, tient à rappeler que la Corée du Nord est davantage traitée par Le Monde en rubrique International. La particularité de l’info buzz — qui explique le traitement réservé à la Corée du Nord — est qu’elle circule le plus souvent sur le mode du bouche-à-oreille, avec des critères de vérification très limités et un contenu altéré au fil des reprises et des traductions. Ce type de format journalistique ne cherche pas à dire le vrai. La vérité de l’info buzz est celle qu’on veut bien entendre. C’est une info qui se conforme à nos attentes, qui confirme nos fantasmes et nos bonnes blagues. Les articles sur la Corée du Nord ne nous disent pas «Le monde est dangereux» comme souvent les articles des pages International, mais plutôt «Le monde est fou». La Corée du Nord est une dictature acidulée, où s’épanouissent un dictateur à la coupe de hipster et de charmantes licornes. Chaque nouvel article doit nous renforcer dans cette vision du «royaume de l’absurde». (…) L’info buzz jubile de ce moment où la réalité dépasse la fiction, où une news sur Kim Jong-un devient plus drôle que The Interview, le film de Seth Rogen sur la Corée du Nord, où LeMonde.fr peut rivaliser avec le Gorafi. La Corée du Nord est reléguée au rayon buzz car les images qui nous arrivent du pays, via la propagande nord-coréenne, sont celle d’un grand Disneyland, un décor de carton-pâte dans lequel évolue le poupin Kim Jong-un. C’est une leçon pour les communicants de toute la planète: pour que les médias reprennent un message, il suffit de les penser comme une scène de mauvais téléfilm, organisé autour d’une figure reconnue de la culture pop, comme l’est Kim-Jong-un. Il faut être le moins crédible, le plus proche de la fiction, pour que l’info buzz s’en empare. Vincent Glad
Located in a heavily guarded concrete building in downtown Pyongyang, Bureau No. 39 is the nerve center of North Korea’s state-run network of international crime. Its official name is Central Committee Bureau 39 of the Korean Workers’ Party. The authors refer to it by what Bechtol says is the more accurately nuanced translation of “Office No. 39.” The mission of Office No. 39 is to generate torrents of cash for North Korean ruler Kim Jong Il, by way of illicit activities abroad. Favorite rackets include international trafficking of drugs produced under state supervision in North Korea, and state production and laundering into world markets of counterfeit U.S. currency, and cigarettes. Such activities are tied directly to the survival of Kim’s regime. The authors report “the crimes organized by Office No. 39 are committed beyond the borders of North Korea by the regime itself, not solely for the personal enrichment of the leadership, but to prop up its armed forces and to fund its military programs.” What sets Office No. 39 apart from more pedestrian political corruption or organized crime is that this operation is not some wayward private gang or unauthorized appendage of government. It is an integral and institutionalized part of the North Korean regime. As such, it enjoys the perquisites and protective trappings of the modern nation-state, including the use of North Korean embassies and state-run businesses abroad, and the reluctance of other nations to intervene in the sovereign affairs of North Korea. Office No. 39 is directly tied to Kim himself, who set it up way back in 1974, when his father, Kim Il Sung, was still in power. The authors explain: “This office was established for the explicit purpose of running illegal activities to generate currency for the North Korean government.” Since the 1991 Soviet collapse, which ended subsidies from Moscow, Office No. 39 has become ever more important, and especially over the past 10 years, its activities have become more prolific. Office No. 39 continues to report directly to Kim, who took charge of the regime when his father died in 1994. According to a North Korean defector interviewed by the authors, Kim Kwang-Jin, who has firsthand knowledge of North Korean financial practices, Office No. 39 is also known to North Korean insiders as “the keeper of Kim’s cashbox.” Organized into 10 departments, specializing in various illicit activities, Office No. 39 serves as a slush fund through which billions of dollars have flowed over the years. In a bizarre personal touch, these funds are collected and presented periodically to Kim in aggregate amounts, labeled “revolutionary funds,” on such special occasions as his official birthday, Feb. 12, or the birthday of his late father, Kim Il Sung, April 15th. This money is not spent on easing the miseries of millions of repressed and famished North Koreans. That effort–from which Kim also has a record of appropriating resources to sustain his regime–is left to the likes of international donors, contributing via outfits such as the United Nations. The authors explain that the profits of Bureau 39 help swell the offshore bank accounts of Kim’s regime, used not only to pay for his luxurious lifestyle, but to buy the loyalties and materials that underpin his totalitarian, nuclear-entwined military state … Claudia Rosett
En dépit de leur rhétorique sur le besoin pressant de développer un arsenal nucléaire, la plus grande priorité des dirigeants nord-coréens est de faire entrer des devises étrangères. Sans elles, estiment les experts, le régime risquerait de s’effondrer sous le poids des sanctions internationales. Les courses de taxis ne peuvent bien entendu à elles seules combler cette lacune. Mais les taxis KKG ne sont que l’arbre qui cache la forêt. La flotte de taxis de KKG est l’un des produits issus d’un partenariat entre un groupe d’investisseurs basés à Hong Kong et une antenne occulte de l’Etat nord-coréen qui, comme le montre notre enquête, a pour vocation première de négocier des contrats à l’international. L’alliance de Pyongyang avec le groupe Queensway [basé à Hong Kong], un groupement d’hommes d’affaires connus pour avoir des liens avec des régimes parias, est opaque. Mais il semble évident que cette alliance permet au régime le plus isolé du monde de garder la tête hors de l’eau. (…) “La plupart des sociétés nord-coréennes sont sous le coup des sanctions des Etats-Unis, de l’UE ou des Nations unies. Elles changent régulièrement de raison sociale, tout comme leurs navires changent de pavillons. Mais la plupart appartiennent à des officiers supérieurs de l’armée ou au Parti du travail de Corée, au pouvoir. Comme elles sont inscrites sur la liste des sanctions, elles ont besoin d’une société étrangère susceptible de les aider à commercer avec des pays étrangers.” (…) Selon plusieurs hauts responsables asiatiques et américains, la branche nord-coréenne du réseau KKG conduit à une organisation clandestine nommée la Division 39 du Parti du travail. Les Etats-Unis qualifient la Division 39 de “branche clandestine du gouvernement (…) qui assure un soutien essentiel au pouvoir nord-coréen, en partie en menant des activités économiques illicites et en gérant des caisses noires, et en générant des revenus pour les instances dirigeantes.” Les dirigeants nord-coréens ont dû recourir à cette stratégie après des années de sanctions internationales. Imposées en réaction aux essais nucléaires de 2006, 2009 et 2013 ces dernières prévoient notamment un embargo sur les armes visant à empêcher la Corée du Nord de se livrer au commerce de matériel militaire et de se procurer des pièces pour son programme atomique ; un gel des avoirs destiné à exercer une pression financière sur le pouvoir ; et un embargo sur l’exportation de produits de luxe, conçu pour priver les hauts dirigeants des attributs du pouvoir – des homards jusqu’aux cigarillos, en passant par les fourrures et les yachts. Les Nations unies ont fixé le cadre général des sanctions, les Etats décidant par eux-mêmes ce qu’ils interdisent. Les rapports annuels d’une commission onusienne qui surveille les sanctions parlent cependant d’un jeu du chat et de la souris, car les dirigeants nord-coréens usent d’une panoplie de subterfuges en constante évolution pour déguiser leurs activités commerciales à l’étranger. Le dernier rapport en date de l’ONU, remis au Conseil de sécurité en février, fait ainsi état de ventes d’armes en Afrique et de l’utilisation de “pavillons de complaisance” pour échapper aux contrôles sur le transport maritime nord-coréen. Il indique également que “des structures commerciales légales ont été utilisées pour des activités illégales”. (…) Au cours des dix dernières années, le groupe Queensway a bâti un empire commercial contrôlant un portefeuille de plusieurs milliards de dollars, dont les tentacules s’étirent du Zimbabwe jusqu’à Manhattan. La nature précise de l’association avec KKG n’est pas très claire – on ignore s’il s’agit d’une joint-venture officielle ou d’un arrangement plus informel. Les liens entre les financiers de KKG se sont noués vers 2006. Selon le récit du haut fonctionnaire asiatique – dont des détails ont été corroborés par d’autres témoignage –, la percée de Queensway en Corée du Nord a été initiée par le représentant du groupe qui a promu ses intérêts en Afrique et ailleurs. Il utilise au moins sept identités différentes, la plus connue étant Sam Pa. L’année dernière, une enquête du Financial Times a établi que M. Pa et les autres fondateurs du groupe Queensway entretenaient des liens étroits avec de puissants intérêts à Pékin, y compris le service de renseignements chinois et plusieurs entreprises d’Etat. Ils ont également des relations avec de grands groupes occidentaux : des sociétés du groupe Queensway sont en affaires avec BP [compagnie pétrolière britannique] en Angola, Gl encore [entreprise anglo-suisse de négoce et d’extraction de matières premières] en Guinée, et d’autres. (…) “Les taxis KKG peuvent rapporter au régime quelques devises, grâce aux touristes de passage à Pyongyang, mais tout indique que les véritables cibles du groupe Queensway sont les secteurs minier et pétrolier”, souligne le chercheur américain J. R. Mailey, l’un des auteurs d’un rapport de 2009 du Congrès américain qui a récemment publié une deuxième étude détaillée sur le groupe. Le think tank britannique Chatham House signalait dans un rapport datant de 2009 qu’une filiale chinoise de Queensway, avait proposé en 2007 une entreprise publique chinoise pour réaliser des explorations sismiques sur deux sites de prospection pétrolière en Corée du Nord. Financial Times

Attention: une désinformation peu en cacher une autre !

A l’heure où « l’un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire » dont l’effondrement, comme le rappelait Thérèse Delpech, fera un jour la honte d’un monde libre indifférent qui, via ses satellites et les abondants témoignages des transfuges, en connait pourtant tous les détails …

Fête ignomineusement, avec la Chine sans laquelle il  ne tiendrait pas une semaine,  70 ans d’oppression et de famine systématique de sa population …

Pendant qu’avec les 16 mois restants, à la tête du monde libre, de l’incroyable vacance du pouvoir introduite par l’Administration Obama …

Toutes sortes d’Etats voyous ou faillis, et leurs affidés, de l’Iran à la Russie et l’Etat islamique aux Palestiniens, mettent le Moyen-Orient à feu et à sang et menacent d’invasion l’Europe et le reste du monde …

Combien, parmi nos journalistes qui, tout en diffusant sans la moindre vérification « buzz » oblige les rumeurs les plus folles, accourent régulièrement dans ses hôtels cinq étoiles pour l’occasion …

Prennent la peine de rappeler la vérité d’un régime proprement criminel …

Et notamment de la tristement célèbre Division 39 ..

Cette véritable organisation criminelle qui entre vente d’armes, contrefaçon monétaire et trafic de drogue …

Permet au régime le plus isolé au monde, dans la plus grande opacité et avec le soutien de tout ce que la planète compte de pays et d’individus peu recommandables comme le rapportait cet été le Financial Times, de se raccorder à l’économie mondiale pour ses besoins en devises et marchandises ?

Mais aussi fournit à l’ensemble des autres régimes-voyous de la planète comme l’Iran non seulement les moyens de construire leurs armes de destruction massive …

Mais sert d’inspiration et de modèle pour tous dans l’art, pour se maintenir au pouvoir, de déjouer tant les sanctions que les aides d’un système international bien peu regardant ?

Enquête. Division 39 : la botte secrète de la Corée du Nord pour déjouer les sanctions
Tom Burgis (avec Tan-jun Kang à Séoul)

Financial Times
traduit par Courrier international
06/08/2015

A l’été dernier, les habitants de Pyongyang ont commencé à remarquer une nouvelle flotte de taxis dans la capitale nord-coréenne. Avec leur carrosserie brun et or, les rutilantes berlines ne passaient pas inaperçues dans les rues pratiquement désertes de la ville. Les voitures étaient estampillées du logo de la compagnie de taxi : KKG. La compagnie KKG a si rapidement évincé ses concurrents que l’on ne pouvait manquer de se demander qui se cachait derrière cette nouvelle entreprise. Le même logo a été repéré sur des 4×4, sur un panneau publicitaire vantant un projet résidentiel en bordure du fleuve et des autobus à l’aéroport de Pyongyang. Comme d’autres chauffeurs de taxi nord-coréens, ceux de KKG faisaient payer leurs courses en devises – essentiellement en renminbis chinois, mais aussi en euros ou en dollars. De quoi mettre la puce à l’oreille.

En dépit de leur rhétorique sur le besoin pressant de développer un arsenal nucléaire, la plus grande priorité des dirigeants nord-coréens est de faire entrer des devises étrangères. Sans elles, estiment les experts, le régime risquerait de s’effondrer sous le poids des sanctions internationales. Les courses de taxis ne peuvent bien entendu à elles seules combler cette lacune. Mais les taxis KKG ne sont que l’arbre qui cache la forêt. La flotte de taxis de KKG est l’un des produits issus d’un partenariat entre un groupe d’investisseurs basés à Hong Kong et une antenne occulte de l’Etat nord-coréen qui, comme le montre notre enquête, a pour vocation première de négocier des contrats à l’international.

Un royaume plus isolé que jamais

L’alliance de Pyongyang avec le groupe Queensway [basé à Hong Kong], un groupement d’hommes d’affaires connus pour avoir des liens avec des régimes parias, est opaque. Mais il semble évident que cette alliance permet au régime le plus isolé du monde de garder la tête hors de l’eau. “KKG est l’une des plus grandes joint-ventures établies en Corée du Nord”, confie un haut fonctionnaire asiatique qui, pour commenter cette affaire sensible, a souhaité conserver l’anonymat [ancienne colonie britannique, Hong Kong a conservé un système économique particulier : les sociétés étrangères qui y sont enregistrées ne versent pas de taxes, l’identité des actionnaires peut rester cachée, et les transferts de fonds avec l’étranger ne sont soumis à aucune restriction].

“La plupart des sociétés nord-coréennes sont sous le coup des sanctions des Etats-Unis, de l’UE ou des Nations unies. Elles changent régulièrement de raison sociale, tout comme leurs navires changent de pavillons. Mais la plupart appartiennent à des officiers supérieurs de l’armée ou au Parti du travail de Corée, au pouvoir. Comme elles sont inscrites sur la liste des sanctions, elles ont besoin d’une société étrangère susceptible de les aider à commercer avec des pays étrangers.”

A l’heure où les relations des puissances occidentales avec l’Iran et Cuba semblent se réchauffer, le royaume est politiquement plus isolé que jamais. Même la Chine, qui a longtemps été une alliée, prend depuis quelques années ses distances avec Pyongyang. L’année dernière, un rapport des Nations unies décrivait“d’innommables atrocités” perpétrées à l’encontre des détenus des camps de prisonniers nord-coréens. Les démonstrations de force orchestrées par le régime de Kim Jong-un – dont une cyber-attaque contre Sony que Washington a attribuée à Pyongyang, et le tir d’essai d’un missile balistique depuis un sous-marin [en mai dernier] – ont relancé les efforts visant à comprendre comment le régime parvient à se raccorder à l’économie internationale.

Selon des estimations du gouvernement de Séoul fondées sur des données limitées, ces dernières années, l’économie intérieure nord-coréenne aurait soit ralenti, soit enregistré une croissance de 1 %. Toujours est-il que le volume annuel d’exportations, d’environ 3 milliards de dollars, est loin de compenser la facture des importations. Avec la baisse du cours du charbon et d’autres matières premières que la République populaire démocratique de Corée (RPDC) exporte vers la Chine, les réseaux d’entreprises comme celui qui est derrière KKG risquent de devenir de plus en plus vitaux pour apporter au régime des devises indispensables au fonctionnement de l’économie.

Selon plusieurs hauts responsables asiatiques et américains, la branche nord-coréenne du réseau KKG conduit à une organisation clandestine nommée la Division 39 du Parti du travail. Les Etats-Unis qualifient la Division 39 de “branche clandestine du gouvernement (…) qui assure un soutien essentiel au pouvoir nord-coréen, en partie en menant des activités économiques illicites et en gérant des caisses noires, et en générant des revenus pour les instances dirigeantes.” Les dirigeants nord-coréens ont dû recourir à cette stratégie après des années de sanctions internationales. Imposées en réaction aux essais nucléaires de 2006, 2009 et 2013 ces dernières prévoient notamment un embargo sur les armes visant à empêcher la Corée du Nord de se livrer au commerce de matériel militaire et de se procurer des pièces pour son programme atomique ; un gel des avoirs destiné à exercer une pression financière sur le pouvoir ; et un embargo sur l’exportation de produits de luxe, conçu pour priver les hauts dirigeants des attributs du pouvoir – des homards jusqu’aux cigarillos, en passant par les fourrures et les yachts. Les Nations unies ont fixé le cadre général des sanctions, les Etats décidant par eux-mêmes ce qu’ils interdisent.

La “caisse noire” du régime

Les rapports annuels d’une commission onusienne qui surveille les sanctions parlent cependant d’un jeu du chat et de la souris, car les dirigeants nord-coréens usent d’une panoplie de subterfuges en constante évolution pour déguiser leurs activités commerciales à l’étranger. Le dernier rapport en date de l’ONU, remis au Conseil de sécurité en février, fait ainsi état de ventes d’armes en Afrique et de l’utilisation de “pavillons de complaisance” pour échapper aux contrôles sur le transport maritime nord-coréen. Il indique également que “des structures commerciales légales ont été utilisées pour des activités illégales”.

En 2010, les Etats-Unis ont ajouté la Division 39 à leur liste d’entités soumises aux sanctions. L’Union européenne a suivi. Entre temps, la Corée du Nord a engrangé des devises étrangères en exportant des armes, des méthamphétamines, de champignons et de la main-d’œuvre à bas coût. Ses ventes de textiles, de charbon et de minéraux à la Chine lui rapportent peut-être davantage.

Le Conseil de l’Union européenne affirme que la Division 39 était placée sous l’autorité directe de Kim Jong-il, président de Corée du Nord de 1994 à sa mort en 2011, date à laquelle son fils Kim Jong-un lui a succédé. La Division 39 “figure parmi les plus importantes organisations chargées de l’achat de devises et de marchandises”, précise-t-il. Les Etats-Unis et l’UE ont également imposé des sanctions à ce qu’ils considèrent comme des sociétés écrans agissant en faveur de la Division 39. L’une de ces entités, la Korea Daesong General Trading Corporation, également connue sous plusieurs autres noms comparables, “est utilisée pour faciliter les transactions étrangères pour le compte de la Division 39”, a déclaré le Trésor américain. L’entreprise n’a pas souhaité commenter cette information. L’UE la décrit comme une filiale du groupe Daesong, “le plus grand groupe d’entreprises du pays”.

Le rôle du groupe Queensway

Au cours des dix dernières années, le groupe Queensway a bâti un empire commercial contrôlant un portefeuille de plusieurs milliards de dollars, dont les tentacules s’étirent du Zimbabwe jusqu’à Manhattan. La nature précise de l’association avec KKG n’est pas très claire – on ignore s’il s’agit d’une joint-venture officielle ou d’un arrangement plus informel. Les liens entre les financiers de KKG se sont noués vers 2006. Selon le récit du haut fonctionnaire asiatique – dont des détails ont été corroborés par d’autres témoignage –, la percée de Queensway en Corée du Nord a été initiée par le représentant du groupe qui a promu ses intérêts en Afrique et ailleurs. Il utilise au moins sept identités différentes, la plus connue étant Sam Pa.

L’année dernière, une enquête du Financial Times a établi que M. Pa et les autres fondateurs du groupe Queensway entretenaient des liens étroits avec de puissants intérêts à Pékin, y compris le service de renseignements chinois et plusieurs entreprises d’Etat. Ils ont également des relations avec de grands groupes occidentaux : des sociétés du groupe Queensway sont en affaires avec BP [compagnie pétrolière britannique] en Angola, Gl encore [entreprise anglo-suisse de négoce et d’extraction de matières premières] en Guinée, et d’autres.

M. Pa s’est refusé à tout commentaire. De tous les dirigeants des diverses sociétés du groupe Queensway, un seul a accepté de répondre à nos questions. Jee Kin-wee, directeur du service juridique du groupe à la succursale singapourienne de China Sonagol, assure que son entreprise et KKG “sont des entités distinctes qui n’ont aucun rapport entre elles”. Il n’a toutefois pas précisé la nature des relations unissant son entreprise de Singapour et sa société-sœur, China Sonangol International Holding, enregistrée à l’adresse de Queensway à Hong Kong. Cette entité est détenue conjointement par les associés de M. Pa et le groupe pétrolier national d’Angola. Elle est citée dans des procès-verbaux des tribunaux de Hong Kong pour avoir effectué des versements destinés à des projets de KKG.

Jee Kin-wee n’a pas voulu s’exprimer au sujet des activités commerciales du groupe Queensway en Corée du Nord, se bornant à rappeler que “la Chine entretient des relations diplomatiques et économiques normales avec la Corée du Nord et que […] des dizaines de pays dans le monde, dont plusieurs pays de l’UE, ont des relations diplomatiques bilatérales avec la RPDC”. M. Pa a conclu un contrat avec Daesong pour toute une série de projets en Corée du Nord, concernant aussi bien des centrales électriques que l’extraction minière et la pêche, affirme toutefois le haut fonctionnaire asiatique.
L’argent a commencé à affluer – mais on ne sait pas exactement quelles sommes ont atterri directement dans les caisses de Corée du Nord. Un livret de comptes publié dans une décision de 2013 de la Cour suprême de Hong Kong dans le cadre d’un différend opposant des associés de M. Pa comporte plusieurs références à des versements du groupe Queensway : “réseau d’autobus urbains de Pyongyang”, “Aéroport de Pyongyang”, “Corée : 5 000 tonnes d’huile de soja” et “exposition sponsorisée par le consul coréen”, lit-on dans ce document, sans plus de détails. Mais la liste des paiements comporte également des références à KKG.

Les habitants de Pyongyang ont commencé à entendre parler de KKG, dès 2008. Cette année-là, des photographies en ligne montraient un immense panneau publicitaire représentant la maquette d’un projet spectaculaire de constructions résidentielles à Pyongyang. Dans une présentation PowerPoint de 2014, le groupe Hawtai Motor, constructeur automobile privé chinois basé à Tianjin, décrivait KKG comme l’une “des plus grandes entreprises publiques de Corée du Nord”. Les dirigeants de Hawtai ont refusé de commenter cette déclaration. Certains observateurs qui ont assisté à la percée de Queensway en Corée du Nord estiment que le groupe cherche à reproduire un modèle qu’il a déjà expérimenté en Afrique : le groupe y a conclu des contrats “infrastructures contre ressources naturelles” avec des régimes répressifs comme ceux de l’Angola, du Zimbabwe et une junte militaire qui a brièvement dirigé la Guinée. Pour la Corée du Nord, le groupe semble avoir jeté son dévolu sur le potentiel pétrolier inexploité du pays.
“Les taxis KKG peuvent rapporter au régime quelques devises, grâce aux touristes de passage à Pyongyang, mais tout indique que les véritables cibles du groupe Queensway sont les secteurs minier et pétrolier”, souligne le chercheur américain J. R. Mailey, l’un des auteurs d’un rapport de 2009 du Congrès américain qui a récemment publié une deuxième étude détaillée sur le groupe. Le think tank britannique Chatham House signalait dans un rapport datant de 2009 qu’une filiale chinoise de Queensway, avait proposé en 2007 une entreprise publique chinoise pour réaliser des explorations sismiques sur deux sites de prospection pétrolière en Corée du Nord. Comme l’entreprise de taxis et le projet immobilier de Pyongyang, il semblerait que la prospection pétrolière se fasse au moins en partie par l’intermédiaire de KKG, qui fait office de maillon entre Queensway et la Division 39. Selon le haut fonctionnaire asiatique et un intervenant du secteur pétrolier connaissant bien la Corée du Nord, KKG a recherché du pétrole dans plusieurs régions du pays, sans succès pour l’instant.

Le désir de faire des affaires

En novembre 2013, la télévision d’Etat nord-coréenne a diffusé un reportage surune cérémonie organisée dans la ville de Kaesong, non loin de la zone démilitarisée séparant les deux Corées depuis 1953 (DMZ). Des dignitaires saluaient l’inauguration du chantier d’un “parc industriel high-tech”. Selon les médias officiels, le parc devait accueillir un centre de technologies de l’information, un hôtel, des résidences, une école et une centrale électrique. L’un des orateurs était un homme en costume sombre et aux cheveux coupés court, identifié par les médias locaux sous le nom de Jang Su-nam. Il est présenté comme le représentant du “Groupe pour la paix et le développement économique.” Or, d’après M. Mailey, M. Jang a autrefois travaillé pour Daesong. M. Jang n’a pu être contacté pour répondre à nos questions.

La caméra du reportage balayait les autres personnalités invitées : des ambassadeurs de pays africains dans lesquels le groupe Queensway a des intérêts. A côté d’eux, se tenait Nik Zuks, le fondateur australien de la société minière Bellzone, cotée sur le marché alternatif de Londres et opérant en Afrique orientale, et qui a cédé une part majoritaire de son capital à la Chine. M. Zuks n’a pas voulu répondre à nos demandes de commentaires. Selon un haut fonctionnaire asiatique, M. Pa se trouvait à Pyongyang en décembre dernier et a envoyé une carte d’anniversaire personnelle à Kim Jong-un en janvier. Les deux hommes ont en commun autre chose que leur désir de faire des affaires : M. Pa est tombé sous le coup des sanctions américaines l’année dernière pour ses transactions au Zimbabwe, où il a été accusé de financer la police secrète de Robert Mugabe en échange de concessions dans les mines de diamants. Des allégations “infondées” selon M. Pa. “Le rôle de Sam Pa est d’être une vitrine pour le régime de Pyongyang sur les marchés capitalistes, résume un haut fonctionnaire asiatique. Je pense qu’à ce titre, il a un bel avenir devant lui.”

North Korea: The secrets of Office 39

Shadowy organisation’s alliance with Queensway Group helps Pyongyang bring in cash
Tom Burgis
The Financial Times

June 24, 2015

The businessman Sam Pa in front of the Pyongyang skyline. His Queensway Group is linked with KKG, a North Korean enterprise

in the middle of last year, the residents of Pyongyang began to notice a new fleet of taxis operating in the North Korean capital. With their maroon and gold bodywork, the gleaming sedans were easy to spot as they cruised the city’s orderly streets. The cars bore the taxi company’s logo: KKG.

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The swiftness with which KKG edged out rival taxi operators — one of which was rumoured to be linked to the security services — piqued curiosity about who was behind the new outfit. The same logo has been spotted on 4x4s, on a billboard displaying a planned riverside property development and on buses at Pyongyang airport. Like other North Korean cabbies, the drivers of the KKG taxis asked their fares to pay in foreign currency: mainly Chinese renminbi, but also euros or dollars. And therein lay a clue.

For all their rhetoric about the paramount need to develop a nuclear arsenal, North Korea’s rulers have no more pressing task than bringing in foreign exchange. Without it, experts say, the regime would be at risk of crumbling under international sanctions. Taxi fares alone could hardly fill the gap. But the KKG cabs are just a small part of a much larger endeavour.

The KKG taxi fleet is one product of a partnership between a group of Hong Kong-based investors and a secretive arm of the North Korean state that seeks to cut international business deals, a Financial Times investigation has found.

The North Korean government’s alliance with the so-called Queensway Group, a syndicate of businesspeople with a record of forging ties with pariah states, is opaque. But it seems clear that it is one of a handful of crucial business ventures that allow the world’s most isolated regime to sustain itself.

“KKG is one of several joint ventures in North Korea and it’s one of the biggest ones,” says an Asian official who asked not to be named because of the sensitivity of the matter. “Most North Korean companies are under US or EU or UN sanctions. They always change names, like their ships change flags. But most of the companies belong to military leaders or the ruling Workers’ party of Korea. And they are on the sanctions list. So they need any foreign company that could give them an opportunity to trade with foreign countries.”

While western powers’ relations with Iran and Cuba appear to be thawing, the hermit kingdom’s political isolation is as deep as ever. Even China, long an ally, has grown frostier with Pyongyang in recent years. A UN investigation last year described “unspeakable atrocities” perpetrated against the inmates of its prison camps. The sabre-rattling under Kim Jong Un — including a cyber attack against Sony that Washington blamed on Pyongyang and last month’s test-firing of a ballistic missile from a submarine — has added fresh impetus to efforts to understand how the regime plugs itself into the world economy.

The domestic economy has either contracted or grown at 1 per cent in recent years, according to South Korean government estimates based on limited data, with annual exports of about $3bn falling well short of the import bill. As prices for the coal and other commodities that North Korea exports to China fall, business networks such as the one behind KKG are likely to become increasingly vital in garnering crucial foreign exchange for the regime.

The North Korean end of the KKG network leads to a shadowy organisation called Office 39 of the Workers’ party, according to Asian and US officials. The US has described Office 39 as “a secretive branch of the government . . . that provides critical support to [the] North Korean leadership in part through engaging in illicit economic activities and managing slush funds, and generating revenues for the leadership”.

North Korea’s rulers have had to resort to such tactics after years of international sanctions. Imposed in response to nuclear tests in 2006, 2009 and 2013, the sanctions comprise an arms embargo designed to stop North Korea trading weapons and sourcing parts for its atomic programme; an asset freeze to apply financial pressure to the leadership; and a ban on luxury goods that is meant to deprive senior figures of the trappings of power, from lobster and cigarillos to furs and yachts. The UN sets the overall structure of sanctions; states decide what to prohibit.

But annual reports by a UN panel that monitors the sanctions describe a game of cat-and-mouse, as North Korea’s rulers use an ever-shifting web of subterfuge to disguise commercial activities abroad. The most recent UN report, sent to the Security Council in February, documents arms sales in Africa and the use of “flags of convenience” to conceal North Korean control of shipping. The UN report also suggests that “legitimate business structures have been used for illegitimate activities”. In 2010, the US added Office 39 to its sanctions list. The EU followed suit.

North Korea has brought in foreign exchange by exporting guns, methamphetamines, mushrooms and indentured labourers. Perhaps most lucratively, it also sends textiles, coal and minerals across its border with China. Andrea Berger, a North Korea expert at the UK’s Royal United Services Institute, a think-tank, says: “Office 39 is extremely important. It’s generally regarded as the regime slush fund.”

The EU says Office 39 reported directly to Kim Jong Il, North Korea’s ruler from 1994 until his death in 2011, when his son, Kim Jong Un, took over. Office 39 is “among the most important organisations assigned with currency and merchandise acquisition”, the EU says. The US and the EU also imposed sanctions on what they said were Office 39 front companies. One, which is known as Korea Daesong General Trading Corporation and several similar names, “is used to facilitate foreign transactions on behalf of Office 39”, the US Treasury said. The company did not respond to a request for comment. The EU describes it as part of the broader Daesong group, “the largest company group of the country”.

According to the Asian official and JR Mailey, a researcher at the Pentagon’s Africa Center for Strategic Studies, Daesong is one of the backers behind KKG. Another, according to these people and court documents from Hong Kong, is the business network known informally to those who have studied it as Queensway Group, after the address of its headquarters at 88 Queensway in Hong Kong’s financial district.

Global footprint

Over the past decade, the Queensway Group has built a multi-billion-dollar corporate empire that stretches from Zimbabwe to Manhattan.

Tom Burgis looks at North Korea’s alliance with the Queensway Group, a syndicate of Hong Kong based investors. Such ventures as a taxi fleet with the KKG brand are part of a much larger endeavour by Pyongyang to cut international business deals.

The precise nature of the KKG partnership is unclear — whether it is an incorporated joint venture or a more informal arrangement. Searches by the FT yielded no records for a company called KKG that matched the profile of the one active in North Korea. Nor did searches in English and Korean for Kumgang Economic Development Corporation, KKG’s name when written in Korean characters. That suggests that KKG is either simply a brand, or, if it is a company, it is registered within North Korea, which does not keep company records online. The FT was unable to find contact details for KKG.

The relationship between KKG’s backers was formed around the end of 2006. According to the Asian official, details of whose account were corroborated by others, the Queensway Group’s foray into North Korea was spearheaded by the frontman who has advanced its interests in Africa and elsewhere. He goes by at least seven names — but is best known as Sam Pa.

An FT investigation last year found that Mr Pa and his fellow founders of the Queensway Group have connections to powerful interests in Beijing, including Chinese intelligence and state-owned companies. They also have ties to big western groups: Queensway Group companies are in business with BP in Angola, Glencore in Guinea and others.

Mr Pa did not respond to requests for comment. Only one of the Queensway Group figures and companies contacted for comment replied. Jee Kin Wee, group head of legal at China Sonangol’s arm in Singapore, says his company and KKG “are separate and unrelated companies”. He did not clarify the link between his company in Singapore and its sister company, China Sonangol International Holding, registered at the Queensway address in Hong Kong. That company is jointly owned by Mr Pa’s business associates and Angola’s state oil group. It is named in Hong Kong court documents as having made payments related to KKG projects.

Mr Wee did not answer specific questions about the Queensway Group’s dealings in North Korea. But he stressed that “China enjoys full diplomatic and economic relations with North Korea and . . . scores of countries around the world, including EU countries, have bilateral diplomatic relations with North Korea”.

Mr Pa is said to have met senior North Korean officials as he began his courtship of the regime in 2006. At the time, Pyongyang needed new partners. It had found itself increasingly locked out of the global financial system. A year earlier, the US had accused Macau-based Banco Delta Asia of laundering money for the regime, causing the near-collapse of that bank and prompting others to avoid North Korea.

Mr Pa struck a deal with Daesong for an eclectic range of North Korean projects, the Asian official says, ranging from power plants to mining to fisheries. Money started to flow — although it is unclear how much flowed directly into North Korea. A ledger published in a 2013 Hong Kong high court ruling in a dispute between some of Mr Pa’s business associates refers to Queensway Group payments including “Pyongyang city bus system”, “Korea airport”, “Korea: 5,000 tons of soyabean oil” and “exhibition sponsored by the Korean consul”. There are no further details. But the list of payments also contains references to KKG.

Corporate presence

KKG first came to the attention of Pyongyang’s residents around 2008. That year, photographs posted online showed a billboard displaying a spectacular image of a planned property development close to the Pyongyang Mullet Soup Restaurant. Located by a bend in the Taedong River, the planned properties included a pair of shimmering skyscrapers that would not have looked out of place in London’s riverside Canary Wharf business district. The new development was to be called KKG Avenue and bore the same KKG logo that would appear on Pyongyang taxis.

KKG Avenue made little headway beyond some rickety hoardings and preliminary work on foundations, according to foreign officials, visitors to Pyongyang, photos and satellite images.

Despite such setbacks, KKG has been described at least once as a major North Korean company. A 2014 presentation by Hawtai Motor Group, a privately owned Chinese carmaker based in Tianjin, indicates that the company supplied the vehicles for the KKG taxi fleet. The presentation describes KKG as one of “North Korea’s largest state-owned enterprises”. Hawtai declined to comment.

Some who have observed Queensway’s thrust into North Korea say it is seeking to replicate a model it pioneered in Africa: striking infrastructure-for-natural resources deals with oppressive governments such as Angola’s, Zimbabwe’s and a military junta that briefly ruled Guinea. The group appears to have set its sights on North Korea’s untapped potential for oil.

Mr Mailey, who was one of the authors of a 2009 US congressional report who recently published a second detailed study of the group, says: “The KKG taxis might earn the regime some foreign currency from tourists visiting Pyongyang, but most signs point to the oil and mining sectors as the Queensway Group’s true target.”

Voir aussi:

Pourquoi les informations sur la Corée du Nord sont-elles traitées avec tant de légèreté ?
Vincent Glad

L’an 2000

20 mai 2015

L’actualité du pays est souvent couverte en page « info buzz » plutôt que dans la rubrique International.
Le 13 mai tombait sur les smartphones cette alerte info du Point.fr :

Twitter s’est indigné, Twitter a ironisé, mais Twitter s’est peut-être un peu emballé: le «stagiaire» du Point (nom usuel de celui qui doit assumer seul une erreur collective) n’a fait qu’appliquer avec un peu trop de zèle les préceptes du traitement de l’information sur la Corée du Nord. (le titre de l’article a depuis été changé)

Ce pays est une no-go zone de la déontologie journalistique. Les infos sur la Corée du Nord sont reprises dans la presse mondiale le plus souvent sans aucune vérification. C’est pourtant le pays dont les nouvelles sont le plus sujet à caution, les sources les plus partiales: avec la propagande nord-coréenne d’un côté, les services secrets sud-coréens et les réfugiés au Sud de l’autre.

Le ministre exécuté au canon antiaérien

Le 13 mai, donc, on apprenait que Hyon Yong-chol, le ministre de la Défense nord-coréen, avait été exécuté au canon antiaérien, notamment parce qu’il s’était endormi pendant des célébrations militaires. L’info donnée par les services secrets sud-coréens a fait le tour du monde et occasionné ce superbe push du Point.fr. Avant de passer rapidement au conditionnel, les services secrets sud-coréens n’étant plus si sûrs de leur renseignement.

Evidemment, personne n’avait vérifié l’info, et il sera bien difficile d’avoir le fin mot de l’histoire. La Corée du Nord est un pays totalement fermé, comme le notait le correspondant de l’AFP à Séoul: «Différencier les faits de la fiction est quasi-impossible à propos de la Corée du Nord, dont le régime verrouille tous les canaux d’information et de communication, rendant difficile la vérification des rumeurs. Parallèlement, l’intérêt de la presse internationale est énorme. Surtout lorsqu’il s’agit d’histoires à sensations qui confortent le public dans sa perception de la Corée du Nord comme un pays étrange, brutal et arriéré.»

«Une règle journalistique tacite»

Il y a comme un malaise : derrière l’insolite, le lol et le pittoresque, il y a un régime totalement fermé sur l’extérieur, qui torture ses opposants, détient l’arme nucléaire et reste en guerre latente avec la Corée du Sud. Le démenti des services secrets sud-coréens, obligeant à corriger l’info sur l’exécution du ministre de la Défense, semble avoir été un petit électrochoc dans la presse. France24 a publié un mea cupla sur son site: «C’est une sorte une règle journalistique tacite qui ne s’applique qu’à la Corée du Nord. Presque tous les médias occidentaux – et France24 ne fait pas exception – la respectent scrupuleusement : ignorer l’un des fondamentaux de la profession, la vérification de l’information. Ainsi se retrouvent-ils à relayer les rumeurs (exotiques, cruelles ou insolites) concernant la dictature du leader nord-coréen Kim Jong-un.»

Mais d’où vient cette «règle journalistique tacite», comme l’écrit France 24 ? Sans doute de la rubrique dans laquelle est reléguée l’information sur la Corée du Nord : l’info buzz.

Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed

En dépit de l’impitoyable dictature qui y règne, la Corée du Nord est souvent traitée dans les pages buzz des sites web, et non dans les pages International. Le pays rentre dans ce champ indifférenciant qu’est l’info buzz, où des lamas dans le tramway de Bordeaux ou dans les rues de Phoenix et des controverses sur des robes bleues ou blanches côtoient des exécutions sommaires d’opposants politiques, le tout dans un grand rire général. Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed et pas Le Monde Diplomatique.

L’exemple le plus frappant se trouve sur le très respectable Monde.fr. Big Browser, le blog consacré aux contenus viraux, et seul lieu du site pouvant héberger une polémique sur la couleur d’une robe, s’est fait une spécialité des sujets sur la Corée du Nord.

Big Browser a publié pas moins d’une cinquantaine d’articles sur la Corée du Nord, traité le plus souvent avec une légèreté inhabituelle pour le quotidien du soir: «Kim Jong-un vous manque, et tout est dépeuplé», «La guerre du sapin de Noël aura-t-elle lieu?», «Comment Björn Borg a fait bombarder Pyongyang de caleçons roses». Même les sujets sur la famine y sont traités sous un angle «insolite». Contacté par mail, Vincent Fagot, rédacteur en chef du Monde.fr, tient à rappeler que la Corée du Nord est davantage traitée par Le Monde en rubrique International.

Une info qui confirme nos fantasmes

La particularité de l’info buzz — qui explique le traitement réservé à la Corée du Nord — est qu’elle circule le plus souvent sur le mode du bouche-à-oreille, avec des critères de vérification très limités et un contenu altéré au fil des reprises et des traductions. Ce type de format journalistique ne cherche pas à dire le vrai. La vérité de l’info buzz est celle qu’on veut bien entendre. C’est une info qui se conforme à nos attentes, qui confirme nos fantasmes et nos bonnes blagues.

Les articles sur la Corée du Nord ne nous disent pas «Le monde est dangereux» comme souvent les articles des pages International, mais plutôt «Le monde est fou». La Corée du Nord est une dictature acidulée, où s’épanouissent un dictateur à la coupe de hipster et de charmantes licornes. Chaque nouvel article doit nous renforcer dans cette vision du «royaume de l’absurde».

Ce moment où la réalité dépasse la fiction

Dans L’Esprit du Temps en 1962, Edgar Morin donnait une définition parfaite de l’info buzz. Il parlait alors des faits divers dans la presse: «Tout ce qui dans la vie réelle ressemble au roman ou au rêve est privilégié.» C’est exactement ce qui se passe dans le champ de l’info buzz, dans lequel les médias cherchent dans l’actualité, la vie réelle, des récits qui ont des apparences de fiction.

L’info buzz jubile de ce moment où la réalité dépasse la fiction, où une news sur Kim Jong-un devient plus drôle que The Interview, le film de Seth Rogen sur la Corée du Nord, où LeMonde.fr peut rivaliser avec le Gorafi. La Corée du Nord est reléguée au rayon buzz car les images qui nous arrivent du pays, via la propagande nord-coréenne, sont celle d’un grand Disneyland, un décor de carton-pâte dans lequel évolue le poupin Kim Jong-un.

Kim Jong-un au milieu des tortues

C’est une leçon pour les communicants de toute la planète: pour que les médias reprennent un message, il suffit de les penser comme une scène de mauvais téléfilm, organisé autour d’une figure reconnue de la culture pop, comme l’est Kim-Jong-un. Il faut être le moins crédible, le plus proche de la fiction, pour que l’info buzz s’en empare.

Ainsi, pour faire passer l’austère information que le dirigeant nord-coréen s’active pour améliorer l’élevage dans son pays, le Parti du travail a diffusé dans son journal une photo de Kim Jong-un hurlant sur des dignitaires du régime, au milieu d’un élevage de tortues. Mission accomplie.

Voir également:

Kim Jong Il’s ‘Cashbox’

Claudia Rosett

Forbes

4/15/2010

Despite all the pomp and nuclear summitry, North Korea keeps sliding down President Barack Obama’s to-do list. Yet something must be done. The threat here is not solely North Korea’s own arsenal, or its role, despite U.S. and United Nations sanctions, as a 24/7 convenience store for rogue regimes interested in weapons of mass destruction plus delivery systems. The further problem is that North Korea provides perverse inspiration for other despotisms.

While Obama talks about a world without nuclear weapons, Kim Jong Il sets tyrants everywhere a swaggering example of how to build the bomb and get away with it. Indeed, if recluse weirdo Kim can have the bomb, how on earth could Iran’s ayatollahs face themselves in the mirror every morning if they don’t have one too?

In the new millennium, Pyongyang has been blazing a proliferation trail that includes illicit nuclear tests in 2006 and 2009; illicit tests of ballistic missiles; and such extravagant stuff as help for Syria in building a secret nuclear reactor (which might even now be cranking out plutonium for bombs, had the Israelis not destroyed it with an air strike in 2007). Coupled with such North Korean habits as vending missiles and munitions to the likes of Syria, Iran and Iran’s Lebanon-based terrorist clients, Hezbollah, all this is a wildly dangerous mix.

So what to do about North Korea? Over the past 16 years, nuclear talks and freeze deals have repeatedly failed, under both presidents George W. Bush and Bill Clinton. Asked about North Korea in a press conference at the close of this week’s nuclear summit in Washington, Obama gave the vague reply that he hoped economic pressure would lead to a resumption of the six-party talks. But he ducked the question of why sanctions have failed to halt North Korea’s nuclear program, saying “I’m not going to give you a full dissertation on North Korean behavior.”

OK, it’s not Obama’s job to deliver dissertations on North Korea. But he missed a fat opportunity to say something genuinely informed and useful. The president–and his entire foreign policy team–ought to be reading and talking (loudly) about the material contained in a highly readable 36-page monograph published just last month by the Strategic Studies Institute of the Army War College: “Criminal Sovereignty: Understanding North Korea’s Illicit International Activities.”

This study is co-authored by three men who share an unusually clear-eyed interest in exploring the nitty-gritty of North Korea’s inner workings, Paul Rexton Kan, Bruce E. Bechtol Jr. and Robert Collins. Among them, going back more than three decades, they have more experience observing North Korea than some of the high-profile diplomats who have parleyed with Pyongyang in recent years from the five-star hotels of Beijing and Berlin. For this publication the three analysts draw on congressional testimony, press reports from around Asia and interviews with North Korean defectors (a resource too often ignored or underutilized by Washington officialdom).

“Criminal Sovereignty” focuses not on proliferation per se, but on a curious institution within North Korea’s government, usually referred to as Bureau No, 39. And what, exactly, is Bureau No. 39?

Located in a heavily guarded concrete building in downtown Pyongyang, Bureau No. 39 is the nerve center of North Korea’s state-run network of international crime. Its official name is Central Committee Bureau 39 of the Korean Workers’ Party. The authors refer to it by what Bechtol says is the more accurately nuanced translation of “Office No. 39.”

The mission of Office No. 39 is to generate torrents of cash for North Korean ruler Kim Jong Il, by way of illicit activities abroad. Favorite rackets include international trafficking of drugs produced under state supervision in North Korea, and state production and laundering into world markets of counterfeit U.S. currency, and cigarettes. Such activities are tied directly to the survival of Kim’s regime. The authors report “the crimes organized by Office No. 39 are committed beyond the borders of North Korea by the regime itself, not solely for the personal enrichment of the leadership, but to prop up its armed forces and to fund its military programs.”

What sets Office No. 39 apart from more pedestrian political corruption or organized crime is that this operation is not some wayward private gang or unauthorized appendage of government. It is an integral and institutionalized part of the North Korean regime. As such, it enjoys the perquisites and protective trappings of the modern nation-state, including the use of North Korean embassies and state-run businesses abroad, and the reluctance of other nations to intervene in the sovereign affairs of North Korea.

Office No. 39 is directly tied to Kim himself, who set it up way back in 1974, when his father, Kim Il Sung, was still in power. The authors explain: “This office was established for the explicit purpose of running illegal activities to generate currency for the North Korean government.” Since the 1991 Soviet collapse, which ended subsidies from Moscow, Office No. 39 has become ever more important, and especially over the past 10 years, its activities have become more prolific.

Office No. 39 continues to report directly to Kim, who took charge of the regime when his father died in 1994. According to a North Korean defector interviewed by the authors, Kim Kwang-Jin, who has firsthand knowledge of North Korean financial practices, Office No. 39 is also known to North Korean insiders as “the keeper of Kim’s cashbox.” Organized into 10 departments, specializing in various illicit activities, Office No. 39 serves as a slush fund through which billions of dollars have flowed over the years. In a bizarre personal touch, these funds are collected and presented periodically to Kim in aggregate amounts, labeled “revolutionary funds,” on such special occasions as his official birthday, Feb. 12, or the birthday of his late father, Kim Il Sung, April 15th.

This money is not spent on easing the miseries of millions of repressed and famished North Koreans. That effort–from which Kim also has a record of appropriating resources to sustain his regime–is left to the likes of international donors, contributing via outfits such as the United Nations. The authors explain that the profits of Bureau 39 help swell the offshore bank accounts of Kim’s regime, used not only to pay for his luxurious lifestyle, but to buy the loyalties and materials that underpin his totalitarian, nuclear-entwined military state.

If Office No. 39 enjoys the amenities of operating as part of the North Korean state, it is by the same token an avenue of vulnerability leading straight to Kim Jong Il. That was evident back in 2005, when the U.S. Treasury caused clear pain for Kim by targeting a major hub of Office No. 39 financial activities in Macau–only to be yanked off the case by a State Department desperate to coddle Kim into a nuclear freeze deal, which then flopped.

These days U.S. and U.N. efforts to corral North Korea seem focused narrowly on activities tied directly to nuclear proliferation. It’s been a while since Washington complained loudly about the rest of Kim’s rackets. Obama needs to think bigger, speak up and solicit the world’s help in cracking down much harder on the all the networks of Office No. 39. Emptying Kim’s cashbox could go farther toward ending the North Korean nuclear threat than any amount of six-party talks or summits.

Claudia Rosett, a journalist in residence with the Foundation for Defense of Democracies, writes a weekly column on foreign affairs for Forbes.

Voir encore:

Report: NKorea fires director of Kim’s finances
South Korean Foreign Minister Yu Myung-hwan, right, escorts Kurt Campbell, U.S. assistant secretary of state for East Asian and Pacific Affairs, during a photo call before their meeting at Yu’s office in Seoul, South Korea, Thursday, Feb. 4, 2010. (AP Photo/Lee Jae-won, Pool)
Kwang-Tae Kim
Associated Press

February 4, 2010

SEOUL, South Korea—The director of North Korean leader Kim Jong Il’s secret moneymaking « Room 39 » bureau has been fired, a news report said Thursday. Analysts said the move may be a way to get around international sanctions.

Kim Dong Un, head of the infamous « Room 39 » department said to control Kim’s family enterprises, was replaced by his deputy, Jon Il Chun, South Korea’s Yonhap news agency reported, citing an unidentified source familiar with North Korean affairs.
The National Intelligence Service, Seoul’s top spy agency, said it could not confirm the report. North Korean state media did not mention the personnel change.

Room 39 is described as the lynchpin of the North’s so-called « court economy » centered on the dynastic Kim family. The department is believed to finance his family and top party officials with business ventures — some legitimate and some not — that include counterfeiting and drug-smuggling.
The bureau oversees some 120 trading companies and mines, accounting for some 25 percent of North Korea’s total trade and employing up to 50,000 North Koreans, said Lim Soo-ho, a research fellow at the Samsung Economic Research Institute think tank.
He said the reported move to fire the Room 39 chief may be part of attempts to get around stringent international sanctions imposed on North Korea.
It was unclear which Room 39 companies or officials might be under U.N. sanctions, but North Korean firms frequently change names to evade scrutiny. And Kim, the Room 39 chief who was reportedly fired, had been blacklisted by the European Union in December, making his movements in Europe difficult and prompting the change in personnel, Yonhap said.

U.N. Security Council sanctions were tightened against North Korea after a May 2009 nuclear test. The order bans North Korea from exporting arms, calls for freezing assets, and forbids travel abroad for certain companies and individuals involved in the country’s nuclear and weapons programs.
The report came as the United States renewed its call for North Korea to return to talks aimed at ending the country’s nuclear weapons programs.
Assistant U.S. Secretary of State Kurt Campbell made the comments Thursday during a meeting with South Korean Unification Minister Hyun In-taek in Seoul, according to Hyun’s office.

The North wants a peace treaty with the U.S. formally ending the 1950-53 Korean War as well as the lifting of sanctions before returning to the disarmament negotiations it abandoned last year. Campbell said no discussion about easing sanctions, a peace treaty or diplomatic relations can take place before the disarmament talks are back on track, according to Yonhap.
A military fracas off the west coast last week emphasized the precarious security situation in the region.
The North fired rounds of artillery toward its disputed western sea border with South Korea, prompting the South to fire warning shots. No injuries or damage were reported.

North Korea has designated five new « naval firing zones » — four off the west coast and one off the east coast — effective from Feb. 6-8, Yonhap reported later Thursday citing an unidentified intelligence source.

Seoul’s Joint Chiefs of Staff said it could not confirm the report. It said Wednesday that the North had issued two separate « naval firing zones » off the west coast, effective from Feb. 5-8. Two other no-sail zones, also off the west coast, remain in place through March 29.

Voir enfin:

Trois idées reçues sur la Corée du nord
Claude Fouquet

Les Echos

10/10/15

 Pays peu ouvert en dépit de l’avalanche d’images diffusées depuis quelques jours par les télévisions invitées à venir couvrir l’anniversaire du parti unique, la Corée du nord est l’objet de nombreuses idées reçues.
Pays fermé à toute influence extérieure. Régime particulièrement violent qui exécute à tour de bras. Classe dirigeante qui vit à l’occidentale … les idées toutes faîtes circulent régulièrement sur la Corée du nord qui fête ce weekend les 70 ans de sa création. S’ils ne sont pas infondés, les clichés sur ce pays singulier cachent une réalité souvent plus complexe.

1) La Corée du nord est le pays le plus fermé du monde

C’est sans doute l’une des expressions qui, avec celle de « dictature communiste », revient le plus souvent. Pourtant s’il est de fait toujours difficile de s’y rendre et d’y voyager à son aise, force est de constater la multiplication depuis plusieurs années des sites et blogs photographiques consacrés à la Corée du nord. Et ces derniers ne publient pas que des photos volées et passées sous le manteau.

Afin de paraître moins hostile à l’extérieur, Pyongyang ouvre régulièrement la porte à certains médias. Mi-septembre par exemple, la chaîne américaine CNN a été autorisée à filmer l’un des centres spatiaux du pays. Bien sûr pas question de laisser les caméras pénétrer à l’intérieur. Les officiels, sagement assis sur des chaises à l’extérieur d’un bâtiment dont l’architecture rappelle le vaisseau spatial « Enterprise » dans la série de science-fiction Startrek, y regrettent même de ne pouvoir y guider les journalistes.

Plus anecdotique mais révélateur, le traditionnel marathon de Pyongyang qui était réservé aux coureurs professionnels (nord-coréens et étrangers) jusqu’en 2013 est désormais ouvert à tous. Et, comme ce qui se passe en Corée du nord n’est pas à un paradoxe près, sur les deux principales agences qui font la promotion de cet événement, l’une est anglaise et a ses bureaux à Pékin, et l’autre est américaine et située dans l’Etat du New Jersey.

2) Les exécutions sont plus nombreuses que par le passé

Début juillet, le chiffre a commencé à circuler sur Internet. Kim Jong-un aurait, depuis la fin 2011 et son arrivée au pouvoir, exécuté environ 70 personnes. Bien plus que son père, Kim Jong Il qui n’aurait exécuté par exemple « que 10 personnes » lors de sa première année au pouvoir. Mais cette affirmation, qui ne concerne que les personnalités importantes et les dirigeants, est difficile à vérifier.

Tout d’abord, Pyongyang reconnaît rarement les condamnations et, de ce fait, les exécutions : celle de l’oncle de Kim Jong-un, le vice-président de la Commission de défense nationale, est en effet l’une des rares a avoir été officiellement reconnue. Ensuite, même les sources extérieures réputées les mieux informées reconnaissent parfois des imprécisions. Ainsi, les renseignements sud-coréens (NIS), qui affirmaient le 13 mai dernier que le ministre nord-coréen de la Défense avait été exécuté (au canon anti-aérien ou au missile selon les interprétations qui ont circulé), expliquaient le lendemain ne pas pouvoir vérifier s’il avait bien été passé par les armes.

De même, Ma Won-chun, le directeur du bureau de planification de la Commission de défense nationale, que l’on croyait avoir été purgé, est réapparu en public cette semaine. Presque 11 mois après sa dernière apparition publique.

3) Seule la classe dirigeante profite d’un certain confort économique

Pyongyang n’est pas avare en images montrant ses avancées et son développement (comme par exemple le nouvel aéroport international de Pyongyang) et le sentiment général, y compris en Corée du sud, est que les choses semblent bouger un peu, principalement dans la capitale où la population paraît pouvoir goûter aux délices d’une certaine forme de société de consommation.

En témoignent les images ramenées de la 11ème Foire commerciale de Pyongyang par un photographe de Singapour qui anime le site « DPKR 360 ». L’occasion de constater que certains prix sont libellés en dollars américains (2 dollars pour une paire de lunettes de soleil), qu’un stand d’équipement de cuisine est tenu par une co-entreprise germano-nord coréenne tandis qu’un autre propose des ordinateurs de marque sud-coréenne Asus. Et bien sûr de nombreuses marques locales.

Et plus récemment, une délégation nord-coréenne s’est rendue à Singapour pour comprendre notamment comment aider le développement de start-up.

Mais la photo publiée le 26 septembre dernier sur Twitter par l’astronaute Scott Kelly parle d’elle-même et relativise ces avancées. On y voit en effet la péninsule coréenne de nuit et vue de l’espace. Et la zone sombre de la Corée du nord où le seul point lumineux correspond à la capitale contraste avec la situation des voisins chinois et sud-coréens largement illuminés.

Un signe que la politique d’autosuffisance et d’indépendance nationale, maîtres-mots jusqu’à ces dernières années du développement du pays, ne porte sans doute pas ses fruits.

 


Héritage Obama: Avez-vous embrassé votre dictateur aujourd’hui ? (Pope Francis in Obama’s footsteps: Have you hugged your dictator today ?)

21 septembre, 2015
https://i0.wp.com/images.csmonitor.com/csm/2015/04/0412-Obama-Castro-handshake.jpghttp://www.brookings.edu/~/media/research/images/z/za%20ze/zarif_kerry_jan15_b/zarif_kerry_jan15_b_16x9.jpghttps://i0.wp.com/www.lesechos.fr/medias/2015/08/13/1144213_john-kerry-a-cuba-avec-la-levee-de-lembargo-en-tete-web-tete-021260107201.jpg
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PopeFidelCastrohttps://external-ams3-1.xx.fbcdn.net/safe_image.php?d=AQDxKAhckyj36Aqu&w=487&h=365&url=https%3A%2F%2Fpbs.twimg.com%2Fmedia%2FCPIeVC4UwAA4P5r.jpgIl n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule une personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. Un organisateur doit accepter sans crainte, ni anxiété, que les chances ne soient jamais de son bord. Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky
L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright ( janvier 2006)
The U.N.—General Assembly or Security Council—has no power to create states or to grant all-important formal « recognition » to state aspirants. The right to recognize statehood is a fundamental attribute of sovereignty and the United Nations is not a sovereign. Those who cite as precedent the General Assembly’s 1947 resolution providing for the partition of Palestine misread that instrument and its legal significance. Resolution 181 outlined a detailed (and rigorous) process whereby the British Mandate in Palestine was to end and two new states, one Jewish and one Arab, were to be established. It recommended that process to Great Britain (as the mandate-holder) and to other U.N. members. It did not create or recognize these states, nor were the proposed states granted automatic admission to the United Nations. Rather, once the two states were established as states, the resolution provided that « sympathetic consideration » should be given to their membership applications. In the event, the Arab countries rejected partition and Israel declared (and successfully defended) its independence. Israel’s statehood was recognized, in accordance with international law, by other states—including the United States and the Soviet Union. The Palestinian Authority, by contrast, does not meet the basic characteristics of a state necessary for such recognition. These requirements have been refined through centuries of custom and practice, and were authoritatively articulated in the 1933 Montevideo Convention on the Rights and Duties of States. As that treaty provides, to be a state an entity must have (1) a permanent population, (2) a defined territory, (3) a government, and (4) the capacity to enter into relations with other states. As of today, the PA has neither a permanent population nor defined territory (both being the subject of ongoing if currently desultory negotiations), nor does it have a government with the capacity to enter into relations with other states. This pivotal requirement involves the ability to enter and keep international accords, which in turn posits that the « government » actually controls—exclusive of other sovereigns—at least some part of its population and territory. The PA does not control any part of the West Bank to the exclusion of Israeli authority, and it exercises no control at all in the Gaza Strip. The PA does not, therefore, qualify for recognition as a state and, concomitantly, it does not qualify for U.N. membership, which is open only to states. All of this is surely understood by the PA and its backers, and is also why the administration has correctly labeled this effort as a distraction— »stunt » being a less diplomatic but even more accurate term in these circumstances. What is unfortunate is that the Obama administration has failed to present the case against a Palestinian statehood resolution in legal rather than tactical terms, even though these arguments are obvious and would greatly reinforce the U.S. position, also providing a thoroughly neutral basis for many of our allies, particularly in Europe, to oppose Mr. Abbas’s statehood bid. The stakes in this battle are high. The PA’s effort to achieve recognition by the U.N., even if legally meaningless, is not without serious consequences. To the extent that state supporters of that measure may themselves have irredentist populations or active border disputes with their neighbors—as do Russia, China, Britain and Turkey—they will certainly store up future trouble for themselves. David B. Rivkin Jr. And Lee A. Casey
Comme le notent Evelyn Gordon commentatrice, et Eugene Kontorovich spécialiste du droit constitutionnel et international, chercheur – les mêmes fonctionnaires de l’UE qui traitent de l’occupation israélienne comme criminelle  » facilitent favorablement l’activité turque dans la partie occupée de Chypre du Nord, l’activité marocaine au Sahara occidental, l’activité chinoise au Tibet occupé , et bien plus ». P. David Hornik
D’autant qu’on n’a jamais coupé les ponts avec l’Iran. La fidélité paie dans une industrie à cycle très long. Source haut placée chez Total
Le président de l’autorité Palestinienne est arrivé dimanche à Paris pour une visite de trois jours au cours de laquelle il doit rencontrer le président François Hollande, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius et Anne Hidalgo, la maire de Paris. Anne Hidalgo, accueillera à l’hôtel de ville, « Son Excellence Monsieur Mahmoud Président de la Palestine » en visite officielle en France. À cette occasion, la maire de Paris lui remettra la médaille Grand Vermeil, la plus haute distinction de la ville. Apres avoir été l’ange de la Paix du Pape François, Abbas devient une icone de la paix pour la mairie de Paris, le monde marche vraiment sur la tête…qu’a fait Abbas pour la paix ? Telavivre
I would like Pope Francis’ agenda to include a meeting with people who were persecuted for their beliefs, imprisoned, beaten and tortured for their thinking. I wish Pope Francis would embrace women who are beaten every Sunday leaving the church [the so-called « Ladies in White », mothers, sisters, wives who protest every Sunday for the release of their husbands or relatives]. I would love to see the Pope embraces the victims, even before going to greet their torturer. Cuban exile
Nothing says « mercy » and « joy » like a seven-story high neon picture of a communist mass-murderer. Yes folks, it’s the Pope Francis in Cuba show! Brought to you by the Obama administration and Pope no-one-was-ever-merciful-in-the-Catholic-Church-until-I-came-along Francis.
In reality one can say that the young Syrian men are lured to Sweden by the oldest trick in the book – money and girls. Pictures of blonde beauties are published, and that Swedish women require real men … Dala-Demokraten
The Syrian citizens are mainly Muslim and speak Arabic. The refugees have their own culture. Because our school is directly next to where they are staying, modest clothing should be worn in order to avoid disagreements. Revealing tops or blouses, short shorts or miniskirts could lead to misunderstandings. Lettre au parents du lycée allemand Wilhelm-Diess-Gymnasium
When Muslim teenage boys go to open air swimming pools, they are overwhelmed when they see girls in bikinis. These boys, who come from a culture where for women it is frowned upon to show naked skin, will follow girls and bother them without their realizing it. Naturally, this generates fear. German local politician
According to an editorial comment in the newspaper Westfalen-Blatt, police are refusing to go public about crimes involving refugees and migrants because they do not want to give legitimacy to critics of mass migration … Soeren Kern

Avez-vous embrassé votre dictateur aujourd’hui ?

Après la poignée de mains historique du président et du secrétaire d’Etat américains …

Et au lendemain d’une autre visite historique d’un autre des plus notoires dictateurs de la planète …

Par un pape qui n’avait tout récemment pas de mots assez doux pour se féliciter, avec nos hommes d’affaires qui voient leur fidélité enfin récompensée et sur fond de boycott de la seule vraie démocratie du Moyen-Orient, d’un autre accord historique du Monde dit libre …

Légitimant le retour de centaines de milliards d’avoirs gelés et l’accès au nucléaire d’un régime qui non content de semer le fer et le sang sur l’ensemble du Moyen-Orient appelle depuis des décennies à l’annihilation d’un de ses voisins …

Et à la veille d’une autre visite, à Paris cette fois-ci, du dirigeant, élu pour quatre ans en 2005, d’un état-fantôme et d’un mouvement qui lui aussi appelle à l’annihilation d’un de ses voisins …

Alors que, suite à l’abandon de l’Irak puis de la Syrie et de la Libye par le prétendu chef du Monde libre et au coup de folie d’une chancelière allemande jusqu’ici exemplaire,  l’Europe entière est à présent balayée, aux cris d’Allah Akbar et à coups de pierres, par une véritable horde de centaines de milliers de migrants illégaux …

Pendant qu’en Amérique même et  sous prétexte que sa religion appelle ouvertement au massacre des mécréants comme on l’a vu un certain 11 septembre et quasi-quotidiennement au Moyen-orient ou ailleurs, un petit Ahmed est à son tour victime d’autorités scolaires et d’une police sur-protectrices pour avoir pporté en classe un engin qui faisait tic t,ac comme une bombe …

Comment ne pas voir avec ce rapport de l’Institut Galestone …

Sur le silence-radio, pour ne pas légitimer les critiques des migrations de masse, de la police et des autorités allemandes …

A propos de la véritable épidémie de violence et notamment de viols qui sévit actuellement dans le pays non seulement das les camps de réfugiés mais à leurs abords …

Une énième illustration de ces « idées chrétiennes devenues folles » dont le monde moderne est désormais rempli …

Prophétisées il y a un siècle par l’auteur britannique G.K. Chesterton ?


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